‹ Histoire des villes de FranceChapitre 55 sur 137 · HAUT LANGUEDOC. - TOULOI SAIN. — ALBIGEOIS. — LU HA G U VIS · texte numérisé non relu

HAUT LANGUEDOC. - TOULOI SAIN. — ALBIGEOIS. — LU HA G U VIS

M \ Byl-'IS AT l»R MIREPOIX. — BAS LANGUEDOC. — RARES. — CA UC ASSEZ.

COMTÉ DE NAHHONNK. — AGADKZ. — VICOMTÉ DK BEZIERS. — VICOMTÉ DE LODÈVE. COMTÉ DK MONTPELLIER — NÉMOSKZ. — CÉVENNES PROPRES.

rZKGEOIS. - VIVARAIS. — VELAT- — GÉVAUDAN.

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE. — HISTOIRE GÉNÉRALE

Le Languedoc est une des plus grandes et des plus riclies provinces de l'ancienne France. Borné au nord par une partie de l'Auvergne, par le Quercy et le Rouergue, au midi parle comté de Foix, le Roussillon et la Méditerranée, a l’orient par le Rhône, sur une longueur de prés de quarante lieues, à l'occident par l'Armagnac et la Garonne, il s’étemlail sur un espace de quatre-vingt-dix lieues, du sud-ouest au nord-ouest , depuis Valentine, sur la frontière du pays de Comminge, jusqu'il Annonay, sur les limites du Lyonnais. Sa largeur prenait un quart du V3* degré de latitude, tout le iV et le tiers au moins du 15'. Sa longueur était coupée en deux parties à peu près égales par le méridien de Paris. La partie de la mer qui en baigne les rivages, s'appelle le golfe de Lion : lion, comme on l'a cru souvent, que ec nom lui vint de la ville de Lyon, d’oii descend le Rhône, mais par allnsion aux tempêtes qui donneraient à cette mer un caractère de cruauté ; accusation gratuite, si on compare les habitudes de ce golfe avec celles de la côte barbaresque, et surtout avec celles du golfe de Gascogne, dans l’Océan. Quoi qu’il en soit, du haut de cette mer le Languedoc se présente aux yeux du navigateur comme un amphilhiltre dont la plage forme la hase, etqtii monte graduellement jusqu'aux montagnes de l'Albigeois et des Cévennes. C’est sur les premières, qu'à seize lieues de la mer a été nouvcllcmènt placé le phare du Sommail, dans l’ancien diocèse de Saint-Pons de Thomièrcs. Le I-anguedoc faisait partie de cette contrée de la Celtique que les Romains appelèrent Gnllia Hrorcala, à cause des braies que portaient ses habitants. Ces conquérants lui donnèrent ensuite la dénomination de Gaule Narhonnaise, du nom de la première ville qu'ils y fondèrent ; mais cette province , démembrée de ce que le proconsul Domitius avait nommé la province romaine, d'où est venu le nom de Provence, ne comprenait pas toute l’étendue du Languedoc. L'Albigeois, le V'ôlay et le Gévaudau, que l’ancienne monarchie y incorpora plus tard, faisaient partie de la première Aquitaine des Romains, et le Vivara» appartenait à la première Viennoise. Dès le v* siècle, d’après le témoignage de Sidoine Apollinaire, cette

Languedoc.

contrée avait quitté le nom de Gaule narbounaise pour pn ndir celui de Septimanie, par allusion aux sept villes principales de la province; et dans le même siècle, l'invasion gothique infligea à ce pays le nom de Gotliie, sans lui enlever toutefois celui de Septimanie. Les deux dénominations lui forent conservées sous la courte domination des Sarrasins , qui n'eurent pas le temps de lui en imposer une autre; et celle de Marche d' Espagne, donnée par Charlemagne à la réunion du Languedoc, du Itoussillon et de la Catalogne, ne dura que jusqu'il la lin de Charles-le-Chauvc. On dit alors, comme avant, la Septimanie ou la Gotliie jusqu'à In possession définitive de la province |uir la France, suus le fils de saint Louis, vers la fin du xnr siècle. On ne sait pourquoi le sire de Joinville a appelé ce pays l.anguc-lorle. Les étymologisles sont allés chercher en Allemagne l’explication de son nom : il vient, disent-ils, du substantif composé land-got, que les géographes tudesques auraient donné à la contrée conquise par Alarie, roi des Goths , comme si la Catalogne et la Bulgarie en avaient conservé la moindre trace. Pasquier, qui n'a point admis le mot tnml, est parti cependant du même point en disant langue de got. Mais ces étymologies, fort arbitraires, ne supportent pas le moindre examen ; et c'est dans Froissart qu’il faut prendre l'origine du nom que porte actuellement cette province. C'est là qu'on trouve une division de lu France en langue d’oil et en langue d'oc, parce que les habitants du nord de la Loire disaient oil 'pour oui, tandis que ceux du midi prononçaient oc. Quant au mot lengua d'oc, que de vieux chroniqueurs ont adopté, ce n'est que l'appellation patoise du pays , et elle ne constitue aucune époque distincte.

Pour faciliter l'intelligence de notre travail, nous commencerons par faire connaître les anciennes subdivisions de cette province et celles que leur a substituées l’Assemblée constituante. Le Languedoc était divisé en haut et bas. Le haut se composait de tout ce qui avoisinait l'Albigeois et la Garonne ; le bas , de tout le littoral de la Méditerranée. Dans la première division étaient le (>avs Toulousain; le Lauraguais, qui prenait son nom du château de Laurac, maintenant miné; l'Albigeois, que ne mentionnent ni Strabon ni Mêla, ni aucun historien antérieur au v' siècle , et dans lequel le géographe Sanson a voulu retrouver les Éleuthères de César et les Comboleclres atlantiques de Pline. Le bas Languedoc est plus étendu, il partait des contins du Lauraguais pour aller toucher à la rive droite du Ithône. Cette i égion comprenait le Carcassès , ou comté de Carcassonne ; le liazès; le territoire de Narbonne , qui renfermait encore le pays de Thomièrrs et la vallée des Corbieres; celui de Béziers , moins étendu que ne l’était l’ancienne vicomté de ce nom , mais auquel appartenait encore la ville d'Agde ; celui de Lodève, qui eut aussi ses vicomtes dans le xr siècle; la seigneurie de Montpellier; le territoire de Mmes, qui fut aussi une vicomté du temps des Carlovingiens ; et enfin le diocèse d l'zès. Au-dessus du bas l anguecloc on trouvait le pays des Cérennes, appelées nions Cebena par César, Pline et Pomponius Mêla ; sur le versant oriental de ces montagnes, le Vivarais ou l'ancien comté de Viviers; sur le versant occidental le Gévaudan et le VéJay.

Le Languedoc était un pays d Étals et formait un gouvernement particulier. Il avait un parlement à Toulouse, une chambre des comptes et une cour des aides à Montpellier, des sénéchaussées à Béziers, à Castelnaudary, à Mmes et dans

d'autres villes. Ses divisions ecclésiastiques étaient plus nombreuses et l'onuaient vingt-trois diocèses; mais les treize év éques de Narbonne, de Béziers, de Toulouse, de Viviers, de Mende, d' Agile, d’Alby. d'tzès, de Lodève, de Nîmes, de Carcassonne, de Maguelonne, du Puy-cn-Vélay, furent, pendant huit ou neuf siècles, les seuls directeurs spirituels du Languedoc. Autour d’eux se groupèrent de nombreuses et riches abbayes : celles de Saint-Saturnin , à Toulouse ; de Primuliae , près de Marbouuc; de Saint-Féréol , à Uzès ; de Saint-llausile et de Sainl-Gilh s, à Nimes; celles de Castres; de Sainl-|*aul , à Narbonne; de Saint-Aphodise , à Béziers; de Lavaur, dans le Lauraguais; de. Saint-Pierre de Caunes, dans le Narbonnais, et de Carmery, dans le Vélay. Toutes ces abbayes étaient en partie séculières et en partie soumises à la règle du Moutcassiu ; mais elles s'étaient fort relâchées de leur première discipline, quand un nouveau saint Benoit, [ils du comte de Maguelonne, vint les réformer, vers le milieu du vin* siècle. Bientôt, sous la dépendance du monastère qu'il avait fondé lui -môme près du ruisseau d'Aniane, à six lieues de Montpellier, s'élevèrent des communautés nouvelles. Telles furent les abbayes de Joncels, de (îellone ou Samt-Cuilhem-du. Désert , fondée, en 80V, par Guillaume, duc de Toulouse et d’Aquitaine; de Saint-Chinian, dans le diocèse de Narbonne ; les monastères de Saint-Thibéry, de Villemagne de Cassait; ceux d'Aleth, de Saint-Papoul, du Mas d'Azil, de Saint-Sauveur, de Fonrrède, de Montolieu, de Franquevaux et de Saint-Pons de Thomièrcs.

Les fondateurs de tous ces monastères, tout en demandant des ouvriers à celui d'Aninue et en adoptant la règle du nouveau saint Benoit , y introduisaient avec la richesse, le germe de tous les vices que le réformateur avait voulu en bannir, le séjour des papes à Avignon accrut considérablement le nombre des établissements ecclésiastiques du Languedoc. Le pape Jean XXII y créa de nouveaux sièges épiscopaux , et choisit presque partout pour évêques les abbés des monastères existants dans les villes qu'il érigeait en évêchés. Jean XXII ne tenant aucun compte des divisions administratives de la province, attribua le territoire de Castel-Sarrasin au nouveau diocèse de Montauhan , et étendit la juridiction du nouvel évêché de Commingês sur une portion de l’ancien évêché de Toulouse. L’évêque de cette capitale reçut, en compensation , le titre d’archevêque; de manière que les évêchés de la province furent paitagés entre deux métropoles, au préjudice du primat archevêque de Narbonne, l-’n 1331», le siège de Maguelonne fut transféré à Montpellier. Plus tard, h; pape Innocent XI érigea une troisième métropole dans la ville d’Alby, et lui donna des sulTragants aux dépens des deux premiers archevêques { ltiSO). Sept ans après, le pape Innocent XII créa l'évêché d’Alais. .

Ces divisions territoriales et ecclésiastiques furent bouleversées par la révolution de 1789. L’Assemblée constituante partagea le Languedoc en huit départements. Dans relui île la Haute-Garonne fut compris le pays Toulousain ; on y adjoignit le pays de Cominingcs dont l’évêque avait assisté autrefois aux Etats de Languedoc, et une très-petite portion du Lauraguais; mais le décret impérial qui créa le département de Tarn-et-Garonne, enleva à celui de la llaule-Garonne l'arrondissement de Castel-Sarrasin pour l’attacher à la prélecture de Montauhan. I.e département du Tarn prit tout l'Albigeois et une autre portion du Lauraguais;

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celui (le l’Aude enveloppa ce t|ui restait de ce dernier pays, outre le Rasez et le Carcassez. Le département de l'Hérault se composa des territoires de Montpellier, de Béziers, de l.odéve et de Saint-l'ons de Thomièrcs; celui du Gard renferma le pays de Mines et d'tzès ; celui de l'Ardèche fut formé du Vivarais; et le Vélay prit le nom de département de la Haute-Loire, dans lequel on enclava une très-faible portion de l'Auvergne. Le Gévaudan et la plus grande partie des Cévennes servirent à constituer le département de la Lozère. N'oublions pas de rappeler que le pays de Feuouillèdes , l une des subdivisions du pays de Itazès, fut détaché du Languedoc et attribué au département des Pyrénées-Orientales L'Assemblée constituante réduisit en même temps le nombi'e des diocèses de vingt-un à sept, qui furent : les archevêchés de Toulouse et d’Alby, et les évêchés de Carcassonne, de Montpellier, de Mmes, de Mende et du Puy. Plus tard, celui de Viviers fut rétabli et eut pour diocèse tout le département de l’Ardèche. Les évêchés de Ricin et de Mirepoiv furent absorbés par le département de la Haute- Garonne, ceux de Castres et de Lavaur par le Tarn, ceux d’Aleth et de Saint- Papoul et la riche archevêché de Narbonne par l'Aude; ceux d'Agde, de Béziers , de Saint-Pons et de Lodève par l'Hérault. Enfin, ceux d’Uzès et d'Alais par le Gard.

Une longue chaîne de montagnes traverse le Languedoc depuis le revers occidental des Corbières jusqu'aux escarpements de Crussol, dont les cornes sont suspendues sur le cours du Rhône. Les Corbières forment un groupe distinct, entièrement enclavé dans le département de l'Aude ; situées à l'est du Canigou, elles sont séparées de ce pic des Pyrénées par la vallée de la Gly, et de la montagne Noire par le cours de la riv ière d’Aude. Le terrain secondaire de ce groupe, dont le Tauch roriue la sommité, est composé de calcaire, sur lequel repose une agglomération de calcaire jaune et gris, réunis par un ciment d'argile calcaire. Le terrain tertiaire y présente d’abord une couche de marnes schisteuses jaunâtres, recouvertes d'une couche de douze mètres, formée alternativement de veines de gypse ou dit piètre, et de veines d'argile : le piètre abonde dans le territoire de Sigean, qui est au pied de ces montagnes, vers la Méditerranée; et dans les marnes schisteuses de ce même terrain, on remarque une foule de poissons pétrifiés appartenant à l'espèce lluviatilc. Le terrain de Narbonne abonde également en gypse et présente des amas considérables de soufre. Un puits creusé a Malvèses, à six kilomètres de la ville, a fourni à MM. Dufrénoy et Èlie de Beaumont le moyen d'analyser le terrain secondaire et tertiaire de cette contrée. I.cs parois de ce puits, qui a seulement dix mèln s de profondeur, leur a offert : 1" à sa base une couche d’argile schisteuse mêlée de rognons de soufre et de quelques indices de lignite; 2“ du calcaire marneux à filets do gypse; 3" de l'argile schisteuse à rognons de soufre, comme lu première couche; 4° une couche de piètre d’environ trois pouces; 5° de l’argile tendre mélée de rognons de soufre plus abondants; b" de la«marne dure à odeur de bitume; 7* des marnes schisteuses à cristaux de gypse; 8° de la marne rubanée à petites veines de soufre; !)" la répétition de la septième couche; 10" de l'argile mêlée de gy pse en fer de lance, et enfin différentes couches de calcaire, de piètre ou de marne mêlée de soufre et

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piquée de squelettes de poissons d'eau douee. I-es mêmes géologues ont observé que le terrain tertiaire n'occupait dans le bassin du Languedoc qu’une bande fort étroite qui ne s'élargissait qu’en approchant de la Garonne; que la base était, en général , un calcaire d’eau douce , sur lequel se sont superposées des couches diverses. Les collines des environs de Toulouse ont une hase argileuse, tandis que leurs sommités présentent une couche de galet quartzeux. On remarque le calcaire grossier sur les mes de la Garonne. Des environs de Montauban au pied de la montagne Noire, la partie inférieure des hauteurs est un grès friable que l'air décompose et transforme en sable’ siliceux. Au-dessus, sur une épaisseur de dix à doute mètres, est une couche d’argiles jaunes très-compactes, sablonneuses, à couleur ferrugineuse, et enfin de l'argile mêlée de rognons de calcaire. Vers Castres, les couches inférieures du calcaire sont colorées en rose. En reprenant le littoral de la Méditerranée, de Narbonne à Sonunières, se montrent, comme à Béliers, des dépôts considérables de mollasse coquiliière, ou de calcaire moellon , comme à Montpellier. • ...

Au nord de Carcassonne, à l'est de Bevel , commence la Montagne-Noire, premier contre-fort de la grande chaîne qui va passer au nord de Saint-Pons et de Lodève, où elle prend le nom particulier desCévennes; puis s'élève au-dessus du Vigan et de Saint-Ambroix , dans le Gard , se rattache près de Mende à la montagne de la Lozère , et , se prolongeant è droite vers le Lyonnais , sépare la vallée du Rhône de celles de la Loire. Les géologues pensent que tout ce pays a été bouleversé par le dernier soulèvement du mont Ventoux ; que les filons des diverse» mines que renferme cette chaîne en ont reçu une direction moins horizontale. Cest possible : il y a longtemps que ce soulèvement a eu lieu , et la plus ancienne des histoires du monde n’en fait point mention. J'aime mieux croire ce qu'on en dit , que de- l'approfondir. Dans les escarpements méridionaux de cette chaîne, depuis Saint-Chinian jusqu'à Saint-Paul-de-Mont-Carmel , dans les environs de Montpellier, sur une étendue de quatre-vingts kilomètres , on remarque le poudingue connu sous le nom de brèche du Toulon net, espèce de marbre qu'on employait fréquemment au xu* siècle pour l'ornementation. Mais pour ne point fatiguer l’attention par des répétitions inutiles, nous ne décrirons le terrain des différentes montagnes de cette chaîne, qu'en analysant, dans notre résumé de la province , tes richesses minérales qu'elles renferment.

Les nombreux cours d'eau qui descendent des montagnes du Languedoc, portent la fertilité dans les plaines ou tes vallées du littoral. Comme la chaîne des Vosges , ces montagnes partagent leurs eaux entre l’Océan et la Méditerranée ; et tes sources qui prennent une direction si différente ne sont souvent séparées l'une de l'autre que par un mamelon. Ainsi les sources de la Loire et de l'Ailier, tributaires de l’Océan , sont à trois lieues de celle de l’Ardéche, qui verse ses eaux dans le Rhône. Sur ce dernier versant coulent te Doux, qui joint le fleuve à Tou mon ; t’Krieux, qui s'y perd au-dessous de la Voulle ; l'Ouvèse, qui passe à Privas; le Lhasserac et la Beaume , qui vont grossir te cours de l'Ardèche ; 1e Cèze , qui joint le Rhône au-dessous de Bagnols; l’Anduxe et 1e Gardon, qui vont s'y perdre au-dessous de Remoulins. Le Yistre est le premier ruisseau qui porte directement ses eaux à la mer, ou plutôt aux étangs qui communiquent avec elle.

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m > - i.ANfli'F.noc. - '■ .

Le Vidourle, qui passe & Sommières , vient aussi alMiutir à l’étàng de Màuguio. à peu de distance de l’embouchiire du Vistre. Le Salaison y porte également ses eaux. Le Lez, qui prend sa source au-dessus d’Alayrac/ passe dans un faubourg de Montpellier et se perd dans l'étang de Perds. L’Hérault sort des montagnes qui séparent les départements du Gard et de la Ixlzère , reçoit l'Arve au-dessous du Vigan , le Vis h Congés , l’Erg lies entre Rrignac et PottadU) , dans l'arrondissement de Lodève , traverse ainsi tout le département qui porte son nom, et va se perdre directement dans la mer, en face de l’Ile de Brescou , et à trois kilomètres de la ville d’Agde dont il a formé le po’rt. L’Orb coule parallèlement à l’Hérault : après avoir quitté les montagnes du Rouergue, il reçoit , au-dessous d’OIargnes, les eaux du Jaur, qui sort tout entier d’une grotte dans la ville métne de Saint- Pons, les eaux de l’Escouloubre, et aboutit à la Méditerranée, à six kilomètres de Béziers. La rivière d’Aude, dont l’embouchure n’est qu’à trois lieues de celle de l’Orb , prend sa source dans les Pyrénées , passe A Quillan , au pied <Je la montagne qui fournit des sapins à toute la province, baigne les villes (PAIeth, de Limouv , de Carcassonne , prend , au-dessous de Trèhes , les eaux de l’Orbiot , de T Argent et de la Ccysse qui descendent de la Montagne-Noire, celles de t’Orbieii , qui vient des environs de Quillan , et passe enfin entre les étangs de Capestang et de Vendras ,. pour arriver à la Méditerranée. Les rivières qui vont à l’Océan sont plus considérables. Nous avons cité la Loire et l’Ailier; nous retrouvons au pied de la Lozère, les sources du Lot et du Tarn. Le Lot entre immédiatement dans le Rouerguc ; le Tara coule presque tout entier dans le Langue^ doc ; il reçoit, avant d’arriver à Milbau, les eaux de. la Joute et de la Pourbie, celles de la Sorgues et du Bourdon, en se rendant à Alby, celles duGijou, du Lun , du Taure et du Snr, que la rivière d’Agout lui apporte après avoir arrosé les territoires de Castras et de Lavaur, et va se perdre enfin dans la Garonne, au-dessous de Moissac. Ce dernier fleuve n’appartient au Languedoc que pour un cinquième de son cours, depuis la limite de l’arrondissement dé Saint-Gaudens , jusqu’à celui de Castel-Sarrasin ; et , avant le Tarn et ses affluents, la province ne lui fournit que les petites rivières du Peyrancon, et du Giron dont la Montagne- Noire alimente les sources.

A ces cours d’eau naturels, dont la Garonne et le Tarn sont les seuls navigables* le génie de Paul de Riquet en a ajouté un qui a donné au Languedoc une prospérité nouvelle : c’est le canal du Midi ou des Deux Mers , qui joint la Garonne à Tonlouse, et qui aboutit à la Méditerranée par l’embouchure de l’Hérault, et au " Rhône par les étangs et le canal de Beaucaire. Pierre-Paul de Riquet était né a Béziers, en 160k, d’une famille originaire de Florence qui avait donné à la France, vers 1506, les branches de Riquëtti-Mirabeau et de Riquetti-Caraman. Celle-ci possédait de grands biens dans le tanguedoc, et Paul deRiquet, naturellement porté vers l’étude de la géométrie, conçut le projet de doter sa province de cette grande communication à laquelle les Roniains , dit-on, avaient songé, et dont Charlemagne , François I”, Henri IV et Louis XIII s’étaient occupés. La grande difficulté était de trouver un assez grand volume d’eau pour alimenter le canal : Riquet combina longtemps les moyens de la résoudre. Propriétaire d’une grande terre , au pied de la Montagne-Noire , il en étudia les sources abou-

HISTOIRE GÉNÉRALE, dantes, et reconnut qu'en fermnnt deux vallées pour les transformer en lacs, il y ramasserait assez d’eau pour suffire à son œuvre. Dès lors ses plans furent dressés , et il se rencontra dans son siècle avec, un ministre et un roi passionnés pou.’ les grandes entreprises. Approuvé par Colbert et par Louis XIV, appuyé par les États du ümguedoc, Itiquct lit poser la première pierre du bassin de Saint-Ferréoi , en 1067. Le parlement , les capitouls , l'archevêque de Toulouse et l'évéqqp de Saint-l'apoul y assistèrent. Des médailles de bronze y furent déposées. D'un côté était Louis XIV avec cette légende : Indarum lerrtrque païens nique arbiler orbis. Le reVfers représentait la ville de Toulouse et une écluse sur la Garonne avec ces mois : Expectala diit populis commercia pandit; et au-dessus: Tolosa ulriusque maris emporium. Un autre bassin fut creusé plus tard a Lumpy par ses descendants, en 1782. Le premier contient six millions neuf cent cinquante mille mètres cubes d'eau, le second deux millions trois cent mille. Une rigole fut creusée pour amener les eaux jusqu'à Naurouse où Itiquet avait lixé le point culminant de son canal, à six cents pieds au-dessus de la mer, et le point de partage de ces eaux qui devaient transporter ses barques à droite vers l'Océan, à gauche vers la Méditerranée. Huit mille ouvriers, quelquefois douze mille y furent constamment employés, peudant treize ans, sous sa direction, et presque toujours a ses frais. Vauban , qui encourageait par ses conseils l'auteur de cette vaste création, lui demandait plus qu'il n'aurait pu faire, en exigeant une assez grande profondeur pour amener les vaisseaux d une mer dans l’autre.

C'était grandiose , mais le canal ne serait pus fuit encore. Riquet se contenta de lui donner une profondeur de six pieds et une largeur de soixante , sur une longueur de cinquante-quatre lieues. Dans cet espace furent construits cinquante aqueducs, vingt-un déversoirs, trente-un ponts et cent une écluses; et près de Béziers, l’illustre ingénieur se donna le plaisir de percer une montagne qu'il pouvait facilement tourner, comme si lu nature ne lui avait point donné assez de difficultés à vaincre. Le plus grand trait d'audace, relui qui étonne encore les professeurs de notre siècle, c'est d'avoir suspendu ce canal à mi-côte, pendant un assez long parcours qui finit aux écluses de Foncerauncs, en face de la ville de Béziers, et de n'avoir donné pour digue à res eaux suspendues que les déblais même de son canal. Le ciel lui fut plus dur que les hommes : Riquet ne vit point la lin de son œuvre; il lui restait encore trois mille toises à creuser près du Sommait , quand la mort vint le surprendre, le 1" octobre JG80. Mais ses enfants se montrèrent dignes de lui : malgré une dépense personnelle de ti-ois millions, qui en vaudraient six aujourd'hui, et deux autres millions de dettes, les Caramaft achevèrent l'œuvre de leur père; et, le 19 novembre 108V, sur le rapport de M. d'Aguesseau, père du chancelier, le conseil de Louis XIV déclara que le canal était reçu : il avait coûté dix-sopt millions de ce temps ; et l'argent que celte illustre famille y avait dépensé ne lui rapporta quelque intérêt qu'en 172V, quarante ans après l'ouverture.

Ou a fait , depuis, de plus grandes choses en ce genre, surtout en Angleterre et dans l'Amérique septentrionale : le canal des Deux Mers n’en reste pas moirife un magnifique ouvrage, monument d'un grand règne; et, en se reportant à l’époque où il fut exécuté, on pourrait, sans scrupule, lui appliquer l'épithète de

Languedoc.

svr

gigantesque. On évalue , aujourd'hui , à soixante-quinze mille tonneaux les marchandises qu'on y transporte , et le revenu en est estimé à quinte cent mille francs; mais, par l'effet de nos révolutions politiques, il n'oppartient plus que pour dix-neuf quatre-vingt-quatrièmes à la famille de son immortel créateur. À ce canal vient se rattacher celui de la Robine, ouvrage, dit-on, de l'empereur Antonio , lequel part de TruiHas , dans le département de l’Aude, et traversant la ville de Narbonne, transporte les marchandises au port de la Nouvelle, en passant entre l'étang de Bages et celui de Gruissan. Cette robine est attribuée aux Romains, qui l'alimentaient par une dérivation de la rivière d'Aude, t'n prolongement plus considérable a été donné à l'œuvre de Paul Riquet, par ce qu'on appelle le canal des Étangs rt celui de la Uadellc. La navigation du canal du Midi se continue d'aliord dans l’étang du Thau, vaste et profond réservoir d'eau salée qui. s'étend depuis le port d'Agde jusqu'à celui de Cette, et qui baigne encore les villes de Marseillan et de Mèzc. Cet étang est navigable par lui-méme ; mais à partir de Cette, il a fallu pratiquer une longue ligne de canaux qui cétoie l'étang de Frontignan, entre dans ceux de Maguelonne et de Pérols, passe entre refui de Mauguio et la mer, va chercher la ville de Lunel par un embranchement, joint l’ancien port d’Aigues-Mortes, où un second embranchement se dirige vers la Méditerranée , et colin par h; canal de la Itadelle on de Beaucairc , atteignant le Rhône à travers cette dernière ville, complète la communication de ce fleuve et de la Gironde.

Tous ces étangs dont nous venons de parler, comme celui de Vendres, à l'embouchure de l'Aude , et celui de Leucate , dont la moitié est enclavée dans l’ancien Roussillon , appartenaient autrefois à la mer et n'en ont été séparés que par des langues de terre qu’ont formées les sables du Rhône. Ces sables, poussés par la masse des eaux que vomit l’embouchure de ce fleuve et refoulés par les vagnes et les vents du sud , refluent à droite vers les Pyrénées et s'étendent sur toute la plage du Languedoc qu'ils élargissent sans cesse. C’est ainsi qu'ont cessé d'exister le port d’Aigues-Mortes et celui de Maguelonne, ville autrefois considérable, mais qui n'est plus aujourd’hui qu'un misérable village décimé tous les ans par les miasmes pestilentiels de ses étangs. La plupart de ces marais sont exploités comme marais salants et ont donné, en 18V2, cinq cent soixante mille quintaux métriques de sel. l'ne industrie nouvelle, dirigée par la maison Lichstenstein, de Montpellier, va en convertir une grande partie en rizières , qui ajouteront une nouvelle richesse- à celles de la province et donneront une nouvelle activité aux trois seuls ports qu’elle possède; savoir, ceux d'Agde, de la Nouvelle et de Cette, par lesquels , ainsi que par le Rhône et la Garonne, s'écoulent les divers produits alu pays.

Les premiers habitants du Languedoc appartenaient à la nation celtique, dont ils formaient, sous le nom de Volces, une division considérable. Cette nation, plus policée que les autres par son commerce avec tous les peuples de la Méditerranée, était encore subdivisée en Volces arécomiques et en Volces tectosages; TOrb ou l’Hérault marquait cette division. Les premiers occupaient la partie qui se prolonge jusqu'au Rhône ; les seconds s’étendaient jusqu’à la Garonne. Un

HISTOIRE GÉNÉRALE. RM

détachement de Tectosages suivit Sigovèse en Germanie , vers les temps de Tarquin-le-Superbe. Césnr dit dans ses Commentaires que, de son temps, Hs se maintenaient encore dans les environs de la foret Herrynie avec une grande réputation de valeur et de justice. Après l'expédition do Belgius et de Brennus, une portion de ces Tectosages revint dans son pays chargée de butin, et d'autres s’établirent, sous le nom de Seordisques, au confinent de la Save et du Danube. Mais ce sciait abuser du privilège des panégyristes que de voir seulement des Tectosages dans les Gaulois qui, pendant deux siècles, troublèrent le repos de la Thraee et de l'Asie. Les anciens historiens ont évidemment donné ce nom à tous les Celtes qui ont fait ou alimenté cette irruption de l'Europe sur le Bosphore. Annihal fut le premier étranger qui envahit le territoire îles Volees. Achetés ou séduits, les Tectosages livrèrent passage à son armée-, mais les A récomiques , travaillés par les atnbasmdenrs de Rome, voulurent défendre b -s abords du RhAne. Le pillage de leurs villes, le ravage de leurs terres, furent h-s tristes résultats de leur résistance; l'or dos C/arthaginois acheva leur soumission : ils fournirent des barques et des radeaux A Annihai, qui, ayant perdu douze mille fantassins et mille chevaux dans ces divers combats, se lutta de passer un fleuve qui pouvait être le tombeau de ses éléphants et de ses troupes. Les Romains n'y parurent qu'un siècle après, 120 ans avant J.-C. ; ils étaient déjà maîtres du pays des Salyens et des Allobroges, qui forment aujourd'hui la Provence et le Dauphiné, quand ils passé n-nt le RhAne sous la conduite de Domitiux .Knobarbus, qui n'eut qu'à recevoir la soumission volontaire de la nation, des Volees qu’avaient amollie l'abondance et le luxe, suite naturelle de son commerce aver les peuples «le la Méditerranée. Ils ne songèrent qu’à sauver leurs lois, qui étaient, comme leurs divinités, celles de tous les Celtes habitants de la Gaule ; ils étaient div isés en cantons que César appelle cités dans sa langue, et ils assistaient en armes dans leurs assemblées cantonales.

Pendant trois ou quatre années le pays des Vôtres ou le Languedoc fit partie du • gouvernement qui réunissait les Gaules cisalpine et transalpine; mais l’an 036 de Rome, 1 17 ans avant J.-C„ le sénat ayant ordonné la création d'une place forte dans la province . le proconsul Marcius Rex vint fixer une colonie romaine à Narbonne, sous le nom de \arbo Martin*. Narbonne devint la capitale d'une province nouvelle qui fnt appelée Gaule nartvonnaise. Domitius y avait fondé précédemment le f orum Domitii qu'on veut retrouver dans Front ignan, et près de laquelle passait le prolongement de la voie Domitienne. Ces colonies et relies que les Romains y ajoutèrent par la suite , reçurent toutes les institutions de la métropole, et, sans abandonner tes dieux de leurs druides, les Volees adoptèrent sans scrupule Jupiter, Mars et autres divinités du peuple conquérant, qui leur transmit avec scs prêtres et ses augures , ses jeux publics, ses rodes et sa langue. Des temples, des cirques, des thermes, furent, pour ainsi dire, ses premières constructions , soit dans les villes anciennes, soit dans les nouvelles; et les restes de ees monuments en attestent encore la grandeur. Les lois celtiques et romaines y furent simultanément suivies ; mais tous les cantons de la province furent réduits à trois, qui eurent pour chefs-lieux Nartmnne, Toulouse et Ntmes; et chaque année le proconsul ou le préteur venait y rendre la justice et présider les États particuliers qu'on appelait convenlut; l’irruption des Cimbres troubla celte har-

moitié vers l'an 640 de Home (1 13 ans avant J.-C.) j la fidélité des Voice* en fut ébranlée, mais le pillage de leurs temples par le consul Servilius Cepion , et la défaite de leur général Copillus par Sy lia , lieutenant de Marius, apaisèrent cette révolte. Le passage des Cimbres par le littoral de la province et leur retour d'Espagne par la même route en achevèrent la ruine, et après la défaite des Cinabres et des Teutons le contre-coup des guerres de Marius et de Sylla y fut tristement ressenti. Les A récomiques furent rudement châtiés de leur connivence avec le parii de Sertorius: Pompée le* dépouilla, en passant, d'une partie de leurs terres, dont il paya la fidélité des Marstiillais. Mais celte exaction donna une violence nouvelle à la révolte. Les Tectosages s'y associèrent. Narbonne fut assiégée par eux (75 ans avant J.-O. ), et le proconsul Marrius Fouteius eut quelque peine à en faire lever le siège. Ce proconsul usa cruellement de sa victoire; il étendit partout la confiscation ordonnée par Pompée, et affaiblit le pays par des levées et des contributions extraordinaires. On trouva plus tard les Volces, l’an 55 avant J. -C., sous les drapeaux de Crassus, lieutenant de César dans la guerre contre les Aquitains, et parmi les alliés de ce grand capitaine pendant la rébellion de Vercingétorix. César Vint les visiter lui-même pour les récompenser de leur fidélité; et de nombreux bienfaits, en signalant sa reconnaissance , les attachèrent de plus en plus a son parti. Il en repeupla les colonies, rendit aux A ré comiques les trrres que Pompée leur avait enlevées, et fit admettre plusieurs Volces au nombre des neuf cents sénateurs dont il avait accru le sénat romain, ce qui fit dire à Cicéron que la langue latine en était corrompue.

Pendant la guerre d’Octave et d'Antoine les peuples de la N'arbonnaise se déclarèrent pour le dernier; mais dans le partage qui suivit la réconciliation des deux triumvirs , la province retourna sous la domination d'Octave. Celui-ci, devenu maître de l’empire» eut à réprimer plusieurs séditions dans la Narbonnaise : la première fut apaisée par le consul Vipsanius Agrippa (39 ans avant J.-C.l, la seconde, neuf ans après, par le proconsul Valerius Messata Corvmus, qui battit les Volces sur les bords de l'Aude et de la Garonne. Octave, dont le nom venait d'être changé en celui d'Auguste, se rendit à Narbonne l'an 26 avant J.-C. pour présider les États-Généraux de la Gaule ; c'est là qu'il régla le partage de cette grande conquête en quatre provinces, qui furent la Belgique, l'Aquitaine, la Lyonnaise et la Narbonnaise, et celle-ci demeura exempte du cens personnel que l'empereur essaya d’imposer aux trois autres. Ce fut peu de temps après, que, par un acte dérisoire de sa politique, ce maître de l'univers fit passer la province sous les ordres immédiats du peuple romain, comme s'il n'était pas le suprême arbitre des hommes et des choses de ce temps; et les- grands chemins que son ministre Agrippa fit construire, attestent qu’il en avait conservé le gouvernement. C'est encore à ce même ministre qu'est attribué le percement du canal de Narbonne. Auguste fut payé de ces bienfaits par l'érection d’un autel, voté en son honneur par les Narhonnais, et, chose remarquable, dans Tannée même où naissait à Bethléem le Dieu qui devait triompher de tous les autres.

La mémoire d’Auguste fut aussi honorée par des temples, à l iés, à Nîmes, à Béliers et autres villes de la province. A chacun de ces temples furent attachés des collèges de prêtres sous le nom de sèvirs uugustales ou de /lamines. Strabon,

contemporain «h* Tibère , parle de In prospérité de la Nnrhomiaise sous ce règne; et le gouvernement d'Antistius I.abeo lui attira tellement l'affection du peuple des Volces, qu'ils ne prirent aucune part il la révolte des soixante-quatre nations gauloises contre ce même empereur. Le règne de (Taudc n'y fut signalé que par la réparation de quelques chemins, et par le privilège accordé aux sénateurs de la Narbonnaise de se rendre à volonté dans leurs terres, sans attendre, comme les autres, la permission du sénat ou du chef de l'empire. Les violences des proconsuls de Néron troublèrent cette harmonie. Les peuples de la Narbonnaise prirent part à la révolte de Vindex et de Galba , qui, après la mort du tyran, vint d'Es|iagne à Narbonne pour y recevoir les députés du sénat qui lui apportaient le sceptre du monde.

En l'an 68, la Narbonnaise se déclara pour Othon, contre Vitellius, et fut soumise à ce dernier "par les armes de Fabius Valens; mais toutes ces guerres Se passèrent sur la rive gauche du Hhène. Le Languedoc ne s'eo ressentit point, et continua à prospérer en paix sous les règnes de Titus, de Domitien , de Trajan , d'Adrien, auquel on attribue les arènes de Mmes et le pont du Gard, dont quelques auteurs font honneur au favori d'Auguste. Adrien passa quelque temps dans la Narbonnaise avant de faire son voyage en Espagne , en 12t. Los Antonius et leurs successeurs n'en troublèrent point la tranquillité. Un tauroOo/e Int célébré & Narbonne , en 198, par une assemblée générale de la province, pour demander aux dieux la santé de Septimc Sévère et de son indigne fds , Caracalla, qui la récompensa à sa manière en l'aceablant d'impAts et en y signalant sa présence par le trouble et l'assassinat. I>es règnes de Dèce et de Valérien n'y furent connus que par le martyre des principaux chrétiens de la province, où saint Paul Serge et saint Saturnin venaient de porter la foi sous le pontificat de saint Fabien. C’est l'empereur Probus qui, en 278, sépara le pays de Vienne ou du Dauphiné de la Narbonnaise ; et le pays des Volces conserva seul cet ancien titre. Dioclétien y renouvela les persécutions des chrétiens, et vers la lin du ni* siècle, saint Thibery, saint Modeste et autres y scellèrent leur foi de leur sang. Constantin mit un terme à ces atrocités, que nous verrons plus tard , en parlant des Albigeois et des Cévenooles , renouveler par les chrétiens eux-mêmes. La paix donnée à l'Église amena les controverses religieuses. Un certain Marc, disciple du gnostique Basilide , avait déjà porté les dogmes des manichéens dans la Narbonnaise , en 161, L'arianisme s’y introduisit vers 350 , par les intrigues de Saturnin , èvéque intrus de la ville d'Arles. Malgré les efforts de Khodanius, évêque de Toulouse, et de saint Hilaire de Poitiers, saint Athanase d'Alexandrie fut condamné une seconde fois par les évêques de la province assemblés nu concile de Béziers, que Julien l'Apostat vint soutenir par sa présence. Mais sous le règne même de cet empereur, après l'excommunication de Saturnin par le concile de Paris, ces mêmes évêques revinrent d’eux-mêmes à l'orthodoxie. Valentinien 1" augmenta même le nombre des provinces. La Provence prit le nom de seconde Narbonnaise , mais cette division ne changea rien à la partie de ta (lutlia llraccata qui fait le sujet de cette notice, et qui conserva le nom de Narbonnaise première. Les lettres florissaient alors dans toutes scs villes, qu'enrichissaient la paix et le commerce. Mais les grandes migrations des peuples du Nord vont fondre sur ces contrées, y troubler

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cl anéantir enfin la domination romaine. Vers l'an 105, Crocus et ses Vandales arrivent du fond de l'Allemagne, lis passent comme un torrent à travers l'Auvergne, portent leurs ravages daus le Vivarais, ruinent les villes d'Albe, d'ITès, de Mmes et d'Agde, égorgent leurs évêques, et vout finir dans les environs d'Arles, sous les coups d’un autre Marius , qui promène leur roi enchaîné dans tous les pays qu'il a dévastés, et le fait périr d'une manière ignominieuse, line autre bonde se jeta du côté de Toulouse, et alla se perdre ou s'établir au delà des Pyrénées , avec les Suèves et les Alains, vers l'an 409. L'irruption des Wisigoths fot moins passagère , et ne fut pas moins désastreuse. Ou dit qu'Honorius, ne pouvant défendre contre eux ni Rome ni l’Italie, leur livra la Gaule narbonnaise. S’il faut en croire les vers de saint Prospcr, témoin de ces calamités, l'inondation de L'Océan n’eût pas été plus funeste. Alaulphc, roi des Wisigoths, passa le Khône en 412, s'empara de Toulouse et de toute la Narbonnaise, épousa dans Narbonne même Plaeidie, sieur d'Honorius et sa captive. Mais, pressé par le générai romain Constance, qui aspirait à la main de cette princesse , il prit, comme les Vandales, la route de l'Espagne, et se fixa à Barcelonne, où, trois ans après , une conspiration lui ôta la vie. -

Le gouvernement de Constance fit respirer les peuples de la Narbonnaise ; mais ce ne fut qu'un moment de répit. Wallia, successeur d'Ataulphe et de Sigéric, son assassin , repassa les Pyrénées en 418, s'empara d'abord de Toulouse et en fit sa capitale. Tliéodoric , qui lui succéda en 419, prit le reste de la province,, alla se faire battre en 425 par Aëtius sur la rive gauche du Rhône, et fut refoulé jusque dans Toulouse par ce général qui remit le littoral sous la domination de Valentinien III. Nous retrouvons ce même roi en 451 sous les drapeaux du môme Aëtius, dans les champs cataiauniques où vint Gnir la fortune du terrible Attila. Théodoric paya de sa vie cette grande victoire, et Thorismond son fils et son successeur ramena son armée à Toulouse , après avoir vainement tenté de s'emparer du reste de la province , sous prétexte que sa part du butin n’avait pas été proportionnée aux services de son père. Assassiné par ses frères, l’année suivante, il eut pour successeur Théodoric II, l'un de ses meurtriers. Ce prince douita un grand exemple de modération en proclamant Avitus empereur, après le meurtre de Maxime, au lieu de marcher sur Rome pour y rétablir ta domination des Wisigoths. 11 alla même, comme allié des Romains, défaire à la bataille de Paramo, prés d'Astorga, son propre beau-frère Riciairc, qui avait insulté les ambassadeurs d' Avitus et les siens. Mais après la mort de cet empereur, Théodoric Il mit un terme à ses ménagements pour ces prétendus maîtres du monde, et s'empara, vers l’an 459, de toute la Narbonnaise. Celte conquête ne fut pas plus durable que les autres. Les Wisigoths échouèrent, comme toujours, devant la ville d’Arles, et Théodoric II redevint l'allié du nouvel empereur Majorien jusqu'à la mort de ce dernier. Ce fut alors seulement que la ville et ta province de Narbonne passèrent définitivement , en 462, sous la domination des Wisigoths, soit par droit de conquête , soit par une cession de l'empereur Sévère , comme l’admettent quelques historiens. Quatre ans après, Théodoric II fut à son tour assassiné et détrôné par son frère Euric ; et son royaume usurpé sur les Romains commença dès lors à souffrir de l'usurpation des Franks, Ce royaume avait déjà

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pris à cette époque le nom de Scptimanic et de Gothie , comme nous l'avons dit au commencement de cette notice; Euric y ajouta ce qu'il restait à conquérir du côté de Nîmes, ainsi que l'Albigeois, le Gévaudan et le Velny. Il poussa même ses conquêtes jusqu'à la Loire en 473, et mit deux fois b? siège devant Clermont en Auvergne, que son évêque Sidonius Apollinairis défendit avec la même vigueur qu'il mettait à combattre les doctrines ariennes du conquérant wisigoth. L'Auvergne lui fut cédée cependant, en 475, par l'empereur Nepos ; et le roi Euric se vengea lâchement du saint prélut qui en avait défendu la capitale et la religion : il le fit enfermer dans le château de Liviane, entre Narbonne et Carcassonne, et ne lui rendit la liberté que plusieurs années après, à la prière de son ministre Léon. Ce ministre, né à Narbonne, fut appelé par les écrivains du temps le Mécène de la Scptimanic ; il adoucit le caractère de son maître, et les prélats de la province jouirent , sous son ministère, d'une assez, grande tolérance. Euric ajouta à ses conquêtes une partie de l'Espagne, ainsi que la Provence, et vint mourir, vers la fin de 494, daits la ville d'Arles , comine si cette ville était destinée à devenir le tombeau des rois wisigotlis, ou du leurs armées. Alaric II son fils lui succéda ; et le premier acte de son règne fut une lâcheté. Les batailles de Tolbiac et de Soissons avaient livré la Gaule au sceptre de Clovis, et donné un rivnl redoutable aux rois barbares qui l’avaient démembrée. Le Romain Syagrius s’étant retiré dans la Seplimanie après sa défaite, le roi des Franks le fit demander à Alaric 11 , et ce prince le remit aux envoyés du vainqueur, sans espérer même que cette condescendance |>ùt arrêter son ambition. Il chercha d’autres moyens de salut dans l'alliance de Théodoric l'Amale, qui tenait alors la ville et la place des empereurs d'Occident, et pour rattacher ses sujets gaulois à sa domination chancelante, il fit réviser et interpréter le code Théodosien, qui était resté la loi du pays, et publier sous le nom de tireviaire ce travail des plus habiles jurisconsultes de son royaume. C’était peu contre la destinée. Trahi par les évêques de la Scptimanic qui, instruits de l'orthodoxie assez étrange de Clovis, faisaient des vœux secrets pour le sucrés de ses armes et contre le prince arien, Alaric II fut vaincu à la bataille de Vouglé, où il perdit la vie. Sa mort précipita la destruction du royaume des Wisigotlis. Leurs principaux chefs donnèrent en vain la couronne au prince Gesalic, fils naturel de leur roi, dont le fils légitime Amalarir était trop jeune pour soutenir une pareille lutte. Cio vis , maître de l’Aquitaine et de la Novcmpopulunic, entra en 508 dans Toulouse et dans Carcassonne, sans trouver de résistance , tandis que son fils Thierry et le roi bourguignon Gondebaud, son allié, s'emparaient de Narbonne, et forçaient Gesalic de chercher un asile au delà des Pyrénées. La retraite de Clovis fit changer la fortune. Ibbas, général de Théodoric l'Amale, dont les armées avaient enfin passé les Alpes, reprit sur Thierry tout le littoral de la Narbonnaise, et Théodoric fit dès ce moment gouverner le pays en son nom, comme tuteur de son petit-fils Amalarir , à la majorité duquel il se garda bien de le rendre. Il fit même transporter à llavenne le reste des trésors que Gesalic n'avait point enqvnrtés en Espagne.

Il est, dès cette époque, assez difficile de faire un partage exact de la Septimanie entre les divers princes qui s’en disputèrent la domination pendant les deux siècles qui précédèrent l'arrivée des Sarrasins. Les Franks restent maître VI. 44

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du territoire de Toulouse et le gouvernent par des ducs. Le jeune Amalaric , devenu roi par la mort de Gesalic , rentre à Narbonne et s’y établit d'abord sous l'autorité de son illustre tuteur, dont la mort le met enfin en possession de cette couronne éphémère. Le mariage qu'il conclut onze ans après, en 526, avec la princesse Clotildc, fille de Clovis, dans l'unique but d'écarter les armes des Franks, devint , au contraire, la cause de sa perte. Son zèle pour l'arianisme le rendit intolérant pour sa jeune épouse; et les rois Childebert et Clotaire, informés par elle des mauvais traitements qu’il lui faisait subir, coururent l'assiéger, en 531, dans sa capitale de Narbonne. Amalaric fut battu devant cette place, son armée taillée en pièces, et il ne trouva de refuge que sur sa flotte qui le transporta dans la Catalogne, où son ancien gouverneur, Theudis, lui coupa la gorge dans une émeute. Childebert et Clotaire ne songèrent point à conserver leur conquête ; ils emmenèrent leur sœur, qui mourut en route, pillèrent les palais et les églises, rançonnèrent les villes, et rentrèrent dans leurs états avec un butin considérable, laissant à l'usurpateur Theudis la partie du littoral qu’Amaiaric avait gouvernée ; mais Thierry, roi d’Austrasie, ne tarda pas à la revendiquer. Théodcbert, son fils, descendit par le Rouergue dans la Soptimanic, en 533, s’empara de Lodève, d'Uzès, du Vivarais, de quelques villes de la Provence, et retourna dans ses états, content d'emmener la belle Deuteric qu'il avait prise dans le château de Cabrières. Les Wisigoths n'en restèrent pas moins les maîtres des territoires de Nîmes et de Carcassonne , et de tout le pays qui séparait ces deux villes de la Méditerranée; mais leur roi Theudis résidait en Espagne, et leur portion de Septimanie fut gouvernée par des comtes jusqu'au règne de Liuva, qui reporta sa capitale à Narbonne. A la mort de ce roi , cette capitale fut encore abandonnée , et la province wisigothe n'eut plus pour gouverneurs qu’un duc et des comtes, que le roi Reearèdc, successeur de Leuvigüde, fut obligé do soutenir contre l'ambition des rois franks. C'est en 585 que, sous prétexte de venger la mort de saint llcrmcnigitde , époux de sa nièce Ingonthe, Contran résolut de repousser les Wisigoths au delà des Pyrénées. Rccarède, frère du martyr, les franchit avec une armée, battit les armées de Gontran sous les murs de Carcassonnp et dans les environs de Nîmes, et réunit à son empire le diocèse de Lodève, qui , depuis l’expédition de Théodobcrt , était resté sous la domination des rois d’Austrasie, Gontran ne se tint point pour battu ; une armée plus forte, confiée au duc Boson, reporta ses ormes dans la Septimanie; mais les troupes de Rccarède, commandées cette fois parClaude, duc de Lusitanie, détruisirent encore cette nouvelle armée près de Carcassonne, en 588 ; et la mort de Gontran , survenue deux ans après, rendit la paix a cette partie de la province, qui passa successivement sous les lois de Liuva II, de Vittcric, de Gondemar, de Siscbut, de Rccarède Il et de Suintila, rois wisigoths d'Espagne, et dont les règnes nous amènent à l'an 630.

Pendant cette même période de soixante-dix ans, les hauts pays de la Septimanie changèrent fréquemment de maître. Après la mort de Clotaire , qui les avait momentanément réunis, ils furent partagés, en 561, entre ses trois fils : l'Albigeois et le Toulousain échurent à Charibert, roi dè Paris; le Vivarais, à Gontran, roi de Bourgogne; et Sigebcrt, roi d’Austrasie, reçut le Veley, le Gé-

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vaudan et les diocèses d’Uzès et de Lodève. Ln mort de Charibert modilta ces dispositions, en 567. I je Toulousain passa sous les lois de Chilpéric, roi de Soissons, et l'Albigeois fut le partage du roi d'Austrasic. F.n 576, l'Albigeois fut encore réuni au Toulousain , parles armes du duc Didier, au nom de Chilpéric. A la mort de ce roi, en 584, un Gondcbaud, se disant fds du roi Clotaire, se fait reconnaître dans ces pays; mais, abandonné par les ducs et comtes, qui avaient favorisé son usurpation , il est pris dans Coraminges et assassiné deux ans après son triomphe.

Contran, roi de Bourgogne, usurpa ces deux provinces et les gouverna pendant une année, au bout de laquelle il céda l'Albigeois au roi d'Austrasie Childebert qui , à la mort de Contran , en Tan 590, y réunit encorelc pays de Toulouse. Les enfants de Childebert le partagent de nouveau en 596. L’Albigeois est donné à Théodebert il avec le Velay, le Gévaudan et le diocèse d’Uzès, tandis que le Vivarais et le Toulousain passent sous la domination de Thierry. En 612, celui-ci bat et tue son frère, suivant l'usage de cette famille d'adultères et d'assassins, et réunit encore une fois toute la Septimanie française sous son sceptre. En 613, Clotaire II, roi de Paris, massacre les enfants de Thierry, et cette même Septimanie lui est soumise comme la monarchie tout entière. En 630 , Dagobert, fils de Clotaire, céda l'Aquitaine et sa portion de la Septimanie à son frère Charibert, qui s'intitula roi de Toulouse^ mais ce roi ne vécut qu'une année, et son fils Chilpéric passa immédiatement du berceau à la tombe. On dit qu'il y fut aidé par Dagobert , qui trouva cette façon mérovingienne de reprendre ce qu'il avait donné. Charibert de Toulouse avait laissé deux fils en bas Age, qui se nommaient iloggis et Bertrand. Dagobert leur rendit les états de leur père sous le nom de duché d'Aquitaine ; mais (ont en le déclarant héréditaire , il le fit vassal de sa couronne , et ce duché fut le premier de ces grands fiefs qui furent pendant si longtemps des causes de trouble et de discorde pour le royaume. Ces deux princes se fixèrent à Toulouse, et bientôt, par une bizarrerie inexplicable, la Septimanie française fut partagée encore une fois entre les deux couronnes d’Austrasie et de Neustrie. Sigebert III eut l'Albigeois, le Gévaudan, le pays d'I'zès et le Velay , tandis que le Toulousain et le Vivarais passèrent avec l'Aquitaine sous les lois de Clovis II, roi de Neustrie. -Ce ne fut, il est vrai, qu'à titre de suzeraineté. Le gouvernement du duché resta aux deux enfants de Charibert; et il est probable que ces deux princes, dont le nom est la seule trace qu’ils aient laissée dans l'histoire, s'étaient aussi partagé le vusselage de ces pays. Quoi qu’il en soit, à ia mort de Sigebert III, la Septimanie française subit, comme par le passé, le sort de la monarchie, réunie sous Clovis II en 653, partagée encore en 660 entre Clotaire 111 et Childeric II, réunie une autre fois par ce dernier, en 665, puis en 673 par Thierry III. C'est alors, en 688, que le duché d' Aquitaine ou de Toulouse fut gouverné par Eudes , qui en reçut la moitié de Boggis , son père , et l'autre de Hubert , Uls de Bertrand , qui préféra le cloître et l’auréole de saint à la couronne de duc. Pendant tous ces règnes, la Septimanie française jouit d'une assez grande tranquillité; mais la partie des Wisigolhs ne fflt pas aussi paisible.

C'est sous le règne de Wambaque laSeptimanic des Wisigolhs fut en proie à la

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guerre civile. L'étendard en fut levé par Hildéric , comte de Mmes ( 672). Le duc Paul , envoyé par Wamba pour le ch, Hier, s’arrêta dans Narbonne où, proclamé roi par son armée et reconnu par ce même Hildéric, il écrivit au roi goth une lettre dans laquelle il se qualifiait de souverain des parties orientales de la Gothie.' Wamba franchit aussitôt les Pyrénées, força le rebelle à s’enfuir de Narbonne et le poursuivit jusqu'à Mmes, où Paul se remit enfin à la discrétion de son maître. Celui-ci se contenta de lui faire couper les cheveu* , et pardonna également à quelques seigneurs franks qui avaient pris parti pour le duc Paul. On attribue cet acte de bonté à la peur qu’inspirait l'arrivée d'une armée toulousaine sous les ordres d'un duc appelé Loup. Mais Wamba n’eut qu'à paraître pour mettre en fuite cette année, qui , après avoir ravagé les environs de Béziers, se replia vers la Garonne sans avoir osé combattre le roi des Wisigoths. l'ne guerre sans résultat éclata quinze ans plus tard , en G88, entre les deux Septimanies, sous le règne d'Egiza, deuxième successeur de Wamba, et deux autres rois lui succédèrent sans en altérer la paix. La peste seule ravageait les deux provinces, et, depuis un siècle, ce fléau décimait les populations, quand un fléau plus terrible encore vint fondre sur elles.

En 719, huit ans après leur débarquement en Espagne, les Sarrasins s'élancèrent du haut des Pyrénées sur la Septimanie. Narbonne fut prise et dépeuplée, et tout le littoral envahi. Zamnn, leur général, n’ayant pu franchir le Rhône, se reporta vers le duché de Toulouse. Eudes, duc d'Aquitaine, accourut au secours de sa capitale assiégée, et livra bataille à Zaman, au mois de mai 721 . Les Sarrasins furent taillés en pièces, le général périt dans la mêlée, et le reste de cette armée fut repoussé au delà des monts par le vainqueur. Une seconde irruption de Sarrasins eut lieu en 725, sous le commandement d'Ambiza. La Septimanie des Wisigoths fut dévastée. On dit même qu’ils poussèrent jusqu'au centre de la Bourgogne ; mais ce torrent se replia sur lui-même, et Ambiza mourut en repassant en Espagne, sans qu’aucun historien ait raeonté les causes dé celte retraite. Il règne une telle confusion dans les écrivains du temps, qu'on est réduit à des conjectures sur ces expéditions, jusqu'à celle d’Abdéraine. La Septimanie n’en souffrit qu'au retour de ces Barbares, (pii ravagèrent dans leur fuite )' Albigeois et le Toulousain. Mais il parait, sans qu’on sache par quelle voie, qu'ils étaient paisiblement établis en souverains dans la Gothie narbonnaisc, puisqu'on 735 nous y trouvons un gouverneur arabe du nom de Jusuf-ibin-Abdérame. Attirés an delà du Rhône par la rébellion de Manronte, duc de Provence, en 737, les Sarrasins vinrent encore s'y heurter contre Charles Martel, qui les refoula jusque sous les murs de Narbonne dont il forma le siège. Une armée de Sarrasins courut au secours de celte place ; Charles Martel la délit complètement sur les bords de la Boitc et chassa le reste dans les Pyrénées ; mais In résistance d'Athima dans NarlKinne rebuta son courage ; il prit de nombreux otages et repassa le Rhône pour retourner dans ses états.

A la mort de ce maire du palais et jusqu’à l'usurpation de Pépin-le-Bref , en 750, în Septimanie resta partagée entre llunohl, fils d'Eudes d'Aquitaine, et les Sarrasins contre lesquels cependant se révoltèrent quelques seigneurs vôtres ou wisigoths. Les annales de l'abbaye d'Aniane parlent d'un comte Ansemond qui

s’était fait un état particulier des territoires de Nîmes, de Béliers et de Maguelonne. C’est en effet par lui que ces villes furent livrées A Pépin, en 752 , et après sept ans de blocus, les chrétiens wisigoths ou gaulois de Narbonne ayant massacré la garnison sarrasine, en ouvrirent les portes à l’armée française. Il ne restait plus è conquérir que le Gévaudnn , l'Albigeois ou le Toulousain. Hunold s’était fait moine dans l'intervalle ; et Gaifre, son fils, gouvernait ces pays, ainsi que tout le duché d’Aquitaine. Ce Gaifre, pressentant le sort que lui réservait le nouveau roi de France, se ligua avec tous ses ennemis, et envoya une armée, en 765, vers le littoral de la Méditerranée, pour l’enlever à la domination de Pépin , qui était retourné dans sa capitale. Mais ces troupes, commandées par un comte Mancion , Rirent battues et (aillées en pièces par les comtes Australd et Galeman , lieutenants de Pépin , dans les environs île Narbonne. Ce roi , qui pendant ce temps avait envahi l’Aquitaine, revint l’année suivante dans la Septimanie par la Provence , remonta vers la Garonne , s'empara sans coup férir de l’Albigeois , du Gévaudan et du Toulousain, et après l'nssassinat de Gaifre (2 juin 768), réunit enfin toute la Septimanie è la couronne de France. Il y établit des comtes pour la gouverner en son nom , répara ses monastères, en fonda de nouveaux , enrichit les églises de ses libéralités, et s'attacha les peuples par le maintien de leurs privilèges, du code Théodosien , sous lequel ils avaient toujours vécu, et de quelques lois plus libérales qu'ils avaient reçues des rois wisigoths.

A la mort de Pépin, arrivée le 24 septembre de la même année, la Septimanie fut comprise dans le lot qui échut A Carloman son fils; mais la mort de ce prince, en 771 , fit rentrer toute la monarchie sous h'S lois de Charlemagne son frère. I.c Toulousain fut alors gouverné par le duc Chorson , l’Albigeois par le comte Aymon , le Velay par Bullus, Narbonne par Milon. On ignore le nom des autres; mais toute la province eut autant do comtes qu’elle renfermait de diocèses. I.a Septimanie fut enveloppée en 780 dans le nouveau royaume d’Aquitaine que Charlemagne créa pour son fils Louis, Agé de trois ans, et dont Toulouse devint la capitale. Mais quelle était déjà cette royauté, puisque cinq nu six ans après, nous voyons un Adalarir, duc de Gascogne, faire la guerre pour son compte, et le duc de Toulouse Chorson pris dans cette guerre et s'engager par un traité honteux à ne jamais porter les armes contre Adalarir, quand même son roi lui en donnerait l'ordre ? Chorson fut à la vérité destitué par la diète de Wonns, présidée par Charlemagne en 790. Le duc Guillaume, mis à la place de Chorson, eut à combattre une nouvelle irruption des Sarrasins qui, sous la conduite d'Abdelmelec, avaient brûlé les faubourgs de Narbonne, en 793. Ils battirent ce duc et son armée, sur les bords de l’Orbieu , dans la vallée de Villedaigne ; mais après avoir ravagé cette partie de la Septimanie, ils repassèrent les Pyrénées sans y être Contraints, et sans doute pour s'opposer aux glorieuses entreprises du roi de Galice. Les guerres que Louis leur fit par la suite en Catalogne et en Navarre appartiennent à l'histoire de France. In Septimanie n'y figure que pour fournir des soldats à scs armées, pour leur servir de passage, et pour trois on quatre assemblées générales des États d'Aquitaine tenues a Toulouse. A la mort de Cltarleinagne (28 janvier 814), Louis le llébonnniro prit les rênes do l'empire; l'Aquitaine fut soumise aux mêmes conditions A l’épin , second fils du nouvel empereur, qui

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guerroya de suite contre les Sarrasins, comme avait fait son père ; mais un nouveau partage, fait en 817, brisa encore une fois l'imité de la Septimanie. Le pays de Toulouse et le comté de Carcassonne restèrent annexés à l’Aquitaine ; le reste fut donné à Lothaire, fils aîné de louis. C’est cette portion qui fut appelée duché de Septimanie, ou marquisat de Gothie. Elle réunit les diocèses de Narbonne, de Béziers, d'Agde, de Lodève, de Maguelonne, de Mmes, d'Uzès, et les comtés de Rodez et de Fenouillèdes, démembres depuis longtemps du comté de Narbonne. Ces territoires , unis à la Catalogne et au Roussillon, prirent le nom de Marche d'Espagne jusqu'en 865, époque à laquelle les Pyrénées devinrent la limite de deux gouvernements distincts. Dans cet intervalle surgirent, en 832, les guerres impies des eufants de Louis contre leur père, où se distinguèrent Bernard, duc de Septimanie, par sa fidélité à l'empereur, et Bérenger, duc de Toulouse, par la réconciliation de louis avec son fils Lothaire. Après la mort de Pépin II , Louis fit , en 839, un nouveau partage de ses états à la diète de Worms. La Septimanie tout entière échut avec l' Aquitaine à Charles dit lo Chauve, que la victoire de Fontenay et les traités qui la suivirent confirmèrent dans cette possession ; mais à partir de ce moment jusqu’en 877, il devient aussi fastidieux qu'inutile d'énumérer les changements que subit la Septimanie pendant les sanglantes querelles des enfants de l'empereur. Elle est divisée , subdivisée, réunie, démembrée, sans que ces peuples connaissent souvent les maîtres que leur donnent les traités. Les ducs se révoltent contre les rois, les comtes contre les ducs.

Pendant cette anarchie, de nouveaux Barbares arrivent des pays du nord. Ijc» Normands étaient entrés dans la Garonne en 8H ; ils la remontent une seconde fois en 850 , pour seconder la vengeance de Pépin ; ils prennent la ville de Toulouse et la livrent au pillage. Huit ans après, leurs vaisseaux ont franchi le détroit de Gibraltar ; ils descendent sur les cétes dc Narbonne, s’emparent de cette ville, et y portent la dévastation. Pendant que dure le marquisat de Gothie, cette dignité passe successivement àAledran, à Odalric ou Adolaric (851), et à llunafrid (858 ). C’est à la mort de ce dernier, en 865, que la Catalogne en est séparée, et que le marquisat de la Gothie septimanieuue passe à Bernard. L'ère de la féodalité commence dans la Septimanie comme partout, et la diète de Kiersi, tenue en juin 877 par Charles le Chauve, consacre l’hérédité de ces usurpations. La province comprend alors deux marches ou marquisats , celui de Gothie et celui de Toulouse ; dans le premier s’établissent les comtes ou vicomtes de Narbonne, du Nîmes, de Maguelonne, de Béziers', do Lodève, de Fenouillèdes, d'Agde et de Minerve. Dans la marche de Toulouse, ce sont les ducs ou marquis et comtes do ce nom ; les comtes ou vicomtes de Girnocz, d'Alby, de Lautrec , de Carcassonne, de Rodez, de Polignac, dans le Velay ; de Glèses dans le Gévaudan.

A cette époque, la province avait trois populations distinctes , les Français, les Goths et les Gallo-Romains, sans compter les jttifs qui étaient partout. Chacune avait conservé ses lois particulières. Ces nations vont se fondre désormais en une seule, parce que l'autorité ne viendra plus du dehors. La loi romaine y prédominera, parce qu'elle y a toujours été considérée comme la reine et maîtresse do toutes les lois. Mais les libertés municipales, altérées sous (es rois wisigotlis et plus encore sous les Carlovingiens, qui faisaient administrer la justice par des

comtes de leur choii , vont disparaître sous la tyrannie de ces mêmes comtes , devenus les maîtres héréditaires de leurs contrées. Trois langues ont lutté pendant ce temps dans la province. Une Fusion va s'opérer, et quoique la population gothique y soit, dit-on, supérieure aux autres, la langue romaine, quoique Fort altérée, dominera dans celle qui sortira de cette contusion. Elle sera nommée occiiana dans les annalistes et les chroniqueurs, et de là viendra le nom poétique d'Occitanie que suivra la dénomination de Languedoc appliquée à la province. Cette langue sera connue enlln sous le nom de langue romane , dont la corruption Formera plus tard le patois languedocien. Ce patois se modifiera même de ville en ville, prendra vingt à trente accents dilTérens, et produira autant d'idiomes, sans que ces diverses populations cessent de s’entendre entre elles.

Dès l'année 877, et pendant un espace de plus de deux siècles , de la diète de . Kiersi à la première croisade , la Septimanie cesse presque de prendre part à l'histoire générale du monde. De petits états; de petits intérêts, de petits hommes, voilà ce qui s'agitera sur ce théâtre. Les rois de France n'y viendront désormais par intervalles que pour recevoir un inutile et ridicule hommage; le marquisat de Gothie n'est plus qu’un litre sans valeur, qui à la mort de Guillaumele- Pieux , dur d'Aquitaine, eu 918, passe à la maison de Toulouse, ou plutôt à la branche cadette avec le comté de Rouergue. Il y reste cent cinquante ans et s'éteint avec cette branche , sans que les comtes de Toulouse et de Saint-Gilles, ses héritiers, songent à la reprendre (1065). Les historiens manquent à ce long espace de temps. Il a Fallu toute la patience de doin Vaisselle et de son collaborateur pour tirer quelques Faits d'un millier de Chartres enFouies dans les chancelleries et les monastères, et quels Faits! des disputes d’évêques et de moines, des guerres de châteaux , des usurpations des seigneurs sur le clergé , et du clergé sur les seigneurs à l’aide de testaments, des monastères Fondés ou réparés, enrichis par des libéralités extravagantes, des conciles sans nombre assemblés pour • réFormer les mœurs des cloîtres, et pour tâcher de rétablir la discipline ecclésiastique. Au milieu de ces événements sans intérêt, arrive comme une diversion terrible, en 92V, une irruption de Hongrois ou de Huns, qui Franchissent les Alpes et le Rhéne, et se répandent dans la Septimanie comme un torrent destructeur. C'est une des invasions les plus désastreuses qu'ait subies ccttc province. La peste vient heureusement les décimer, et Raymond Pons, comte de Toulouse, à la tête de ses vassaux , Fond sur les restes de cette bande , la taille en pièces et la rejette an delà du Ithène (924). L'histoire de la Septimanie n'est désormais que celle de celte puissante maison , et dans la notice qui concernera ccttc capitale, nous donnerons de plus amples détails. C’est avec elle que nous allons rentrer dans l'histoire générale de la France.

Urbain II a prêché la croisade, et tous les barons et chevaliers de France se sont unis pour la délivrance du saint sépulcre. Raymond de Saint-Gilles, héritier du comté de Toulouse, a Fait annoncer, par ses ambassadeurs au concile de Clermont , qu'il s'unissait à cette sainte Folie. Ses nombreux vassaux s'empressent de le suivre; le Velay lui donne Hercule de Polignnc, Pierre et Pons de Fay; le Vivarais , Pons de Balaznn , Gerenton de Biage et Lambert Adhémar de Montcils et de Roqucmaure ; Guillaume de Sabran quitte le territoire d'Uzès, et Dccan

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de Jonquières celui de Mmes. Des campagnes de Magueionne partent Guillaume Raymond, fils de Gaucelin, Pons et Bernard de Fabrègues, Êléazar de Montredon , Pierre Bernard de Montagnac , Eléazar de Castries, Othon de Cornon «4 Guillaume de Montpellier; le diocèse de Béliers donne Bérenger Pierre de Gignac, Pierre Raymond de Montpeyroux et Pierre Bermond ; le contingent de Toulouse Tut sans doute considérable, mais, avec le nom de Reymond de Saint- Gilles , l'histoire ne nous a transmis que ceux de Raymond Bertrand de Lille et Jourdain Pierre Raymond de Hautpoul et Galon deCaimont; bientôt s’y joignirent Raymond Pelet, seigneur d'Alais, et le vicomte Raymond de Turenne. Le pape Urbain traverse la province pour soutenir le zèle des croisés, ouvre un concile à Mmes, et règle quelques différends survenus entre les seigneurs et les évéques. Raymond de Saint-Gilles ou de Toulouse part enfin à la tète de cent mille croisés ; Aymar de Monteils, évêque du Puy, l'accompagne ; il passe le Rhône vers la fin d'octobre 1096, laissant l'administration de ses domaines à Bertrand, son fils. Sa marche è travers la Dalmatie fut longue et péuible ; tes provinces de l’empire d'Orient lui furent encore plus fatales. L’armée de Godefroy de Bouillon et celle de Hugues de Vennandois avaient déjà dévasté le pays, et tes peuples, excités par l’empereur Alexis Commène, s'en vengeaient sur tes derniers venus; il ne joignit la grande armée des croisés, au delà du Bosphore , qu' après avoir éprouvé toutes tes perfidies d’Alexis. L'histoire des croisades n'appartient pas à notre sujet ; nous dirons seulement qu’après des prodiges de valeur, de désintéressement, d'abnégalion , de piété, Raymond de Saint-Gilles mourut au sit^çe de Tripoli, au commencement de l'an 1105. L’ambition de Guillaume IX, doc d'Aquitaine et sou beau-frère, 1e récompensait de tant de vertus en dépouillant son fils du comté de Toulouse ; mais c'est à l’histoire particulière de cette ville que nous renvoyons cette usurpation et la restauration du comte Bertrand.

Nous rentrons dans l'histoire générale de la province, en racontant le départ d’autres chevaliers pour la Terre-Sainte, sous la conduite de Beruard Alton, vicomte de Béziers, en 1101 , et plus tard, en 1101, sous la bannière du vicomte Aymeri de Narbonne. Deux ans après, le pape Pascal II vint visiter la province et jugea plusieurs conflits de juridiction entre la puissance des comtes et celte des évéques, ce qui ne tes empêcha point de renaître après sou départ. L'histoire du pays est fastidieusement absorbée par ces incidents mesquins ; tes grands caractères vont s'user et finir tristement en Palestine. Quatre mille chevaliers ou hommes d'armes quittent encore la province, en 1109, pour s'y rendre sur les pas du nouveau comte, Bertrand de Toulouse, et de son fils Pons. Cest vers cette époque que fut fondé ,.en Scptiinauie, le prieuré de Saint-Gilles, la première maison hospitalière de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem en Europe. Le voyage du pape Gélasc II dans la province, remplit l'année 1118, et son successeur, Calixle 11, y revient l’année suivante , en attendant que l’Italie lui soit rouverte par les ennemis de Henri V. La querelle de Guillaume, comte de Poitiers, et d’Alfonse Jourdain, comte de Toulouse, trouble encore te pays. Le comte de Barcelone, allié de Guillaume, le traverse pour aller assiéger Alfonsc dans Orange, et le repasse après avoir été battu par les Toulousains, qui vont reprendre leur seigneur en 1123. La puissante maison de Trencavcl s'élève en face de la maison de

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Toulouse ; il s'ensuit des guerres et des traités de paix dont les détails sont imparfaitement connus.

Ces querelles sont interrompues, en 1147, par la seconde croisade, celle de Conrad d'Allemagne et de Louis-le-Jeune de France. Raymond de Trencavel et Alfonse, comte de Toulouse, partent ensemble à la léte d'une puissante année. Le comte meurt empoisonné, en touchant la Terre-Sainte : les uns en accusent Eléonore de Guyenne, les autres Hélisende, reine de Jérusalem , mère du roi Baudouin 111. Trencavel rentra, deux ans après, dans ses domaines, pour accepter la suzeraineté du comte de Barcelone , au préjudice du comte de Toulouse. Raymond V n’en succéda pas moins paisiblement à son père, Alfonse Jourdain; mais cet acte de félonie causa de grands troubles dans la province , où la maison de Barcelone possédait déjà le comté de Fcnouillédcs et le Gévaudan : elle acquit ainsi la suzeraineté des comtés ou vicomtés de Béziers, de Carcassonne, du Luuraguais, d’Alby et de Nîmes ; celle de Narbonne en sera la conséquence. Le comté de Foix, dépendant d’une branche cadette des anciens comtes de Carcassonne , suivra cet exemple, et, dans notre notice sur la ville de Toulouse, nous raconterons plus en detail les guerres que suscite cette puissance rivale. La Septimanie fut visitée, en 1155, par le roi Louis-lc-Jeune, qui avait donné sa sœur Constance à Raymond V. Il revenait d'un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelie, et il lit, en passant, quelques actes de suzeraineté, dont les évêques profitèrent pour accroître le temporel de leurs églises. Déjà, par des chartes de Pépin et de Charlemagne, l'archevêque de Narbonne avait reçu la moitié des droits domaniaux de la ville et du comté , et le tiers de ces droits avait été attribué à scs sulfragauts dans l'étendue de leurs diocèses ; ils disputèrent plus tard les droits régaliens aux comtes et vicomtes, qui, [vendant la vacance des sièges, s'emparaient de toutes les dépouilles des évêques défunts. Ce dernier droit fut successivement abandonné par les laïques, et les empiétements des prélats ne furent arrêtés par aucun frein. Le voyage du pape Alexandre III, en 1162, donna plus de violence à leur ambition ; ce pontife, chassé d’Italie par l’empereur Frédéric Barberousse, débarqua à Maguelonne, le 11 avril, tint, le 17 mai, un concile à Montpellier, et s’en alla, au mois de juillet, par Alais et par Mende, chercher la protection de Louis-le-Jeune. C'est dans ce siècle que les chevalière du pays commencèrent à prendre le titre de seigneurs, et les prélats imitèrent cet exemple. Gardiens de la Trêve de Dieu, ils réussirent cependant quelquefois à paciiier les querelles des grands et des petits vassaux, qui ne cessaient de guerroyer entre eux. Bientôt les seigneurs, les prélats et les peuples ■«Commencèrent à voir qu'il y avait quelque chose au-dessus des plus grands de la province; les uns et les autres invoquaient déjà l’autorité des rois de France dans leurs démêlés, et leur assistance dans les dangers qui les menaçaient. A l'abri de cette autorité tutélaire, sous les règnes de Louis-le-Gros et de Louis-le-Jeune, les franchises municipales reparurent, et la loi romaine, qui n’avait jamais cessé de dominer, reprit une vigueur nouvelle. 'nÉT

Mais ces présages de paix publique s’anéantirent , pendant un siècle, dans la plus terrible des guerres do religion, épisode sanglant qui donne à l'histoire du Languedoc une physionomie particulière. Dès le commencement du xnc siècle,

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les erreurs des manichéens y avaient pénétré , et dans le dixième concile de Toulouse, en 1119, le pape Calivle H les avait frappés d'anathème. Quelques-uns de ces hérétiques avaient péri par la main du bourreau , mais l'hérésie était restée ; et vers 1117, Pierre de Bryus et son disciple Henri étaient venus la réchauffer par leurs prédications. Ils niaient l'Eucharistie, repoussaient le baptême des enfants, le purgatoire, la célébration des fêtes, le sacrifice de la messe, l'adoration de la croix, les prières pour les morts, et tous les signes extérieurs de la religion. Saint Bernard vint opposer ses éloquentes paroles à celles de ces energumènes, et parut opérer partout des conversions puissantes. Ce n’était qu’un feu caché sous une cendre trompeuse. Il éclata vers 1162, et fut signalé au monde par les anathèmes d'Alexandre III nu concile de Tours. Ces sectaires étaient alors désignés sous les noms de petrobrusiens , d' herniciens , de bonshommes; et comme le principal foyer de l'hérésie était dans la contrée d'Alby , l’Église et l'histoire finirent par les nommer Albigeois. C’est cependant sous le titre de Bonshommes que le concile de Lombers les excommunia, en 1165. Les foudres de l'Église furent de vaines armes; la secte se multiplia de toutes parts : la Gascogne, le Périgord, en furent infestés ; elle pénétra dans la Bourgogne et dans la Flandre, où ces hérétiques furent appelés poplicains. Des seigneurs, des prélats même s’y associent, et le nombre en devient si grand , que Raymond V appelle au secours de la foi les rois d'Angleterre et de France, et l'abbé de Clairvaux , successeur de saint Bernard. De nombreux missionnaires lui arrivent, sous la conduite du cardinal de Saint-Chrysogone, légat du saint-siège ; ils sont insultés par le peuple : d'autres légats ne réussissent pas mieux. Les conciles, les anathèmes, les bourreaux sont impuissants, et l'hérésie marche tète levée sous la protection de quelques seigneurs et grâce à la tolérance de tous les autres. Mais Innocent III a ceint la tiare, et cette tolérance va avoir un terme. Ce pontife, altier, implacable, sanguinaire, remplit la Septimanie de scs légats et du bruit de ses bulles. Pierre de Castelnau, Arnaud Ambalric, abbé de Citeaux, s'y rencontrent avec Diègue d’Azébès, évêque d'Osma, et le fameux Guzman, que les légendes nommeront saint Dominique. Pierre de Castelnau, muni des pleins-pouvoirs du saint-siège, dépose l’archevêque de Narbonne, les évêques de Béziers et de Toulouse, comme des défenseurs trop tièdes de la foi catholique. Il parcourt la province en maître , gourmandant comtes et vicomtes, et vient enfin à Saint-Gilles reprocher au comte Raymond V sa faiblesse pour les hérétiques, que Rome appelle vaudois, putarins et cathares. Le pape écrit lui-même à ce souverain la lettre la plus dure, la plus extravagante, la plus injurieuse qui soit sortie de sa plume féconde. 11 lui enjoint de faire la paix avec ses vassaux , et de ne songer qu'à faire la guerre aux ennemis de l'Église.

Raymond VI se soumet, mais il ne persécute point ses sujets , et l'intraitable Pierre de Castelnau vient encore le traiter en face de lâche, de traître et de parjure. lin chevalier, témoin sans doute de cette insulte, rencontre ce farouche légat aux bords du Rhênc, et le poignarde, le 15 janvier 1108. Ce meurtre redouble la colère d'innocent III; il en accuse Raymond, l'excommunie, donne ses tares au premier occupant , écrit à Philippe-Auguste , à ses grands vassaux , à tous les prélats, leur enjoint de se croiser contre les hérétiques de la sacrilège

Die

Scptimanie. Tout se soulève en France : le duc Eudes de Bourgogne, les comtes de Nevers, de Saint-Paul, de Montfort, de Bar-sur-Scine , d'Auxerre, le sénéchal d'Anjou, une foule d’autres barons y conduisent un ramas de Bourguignons, de Normands, de Flamands, d’ Aquitains, tous avides de sang et de pillage. Raymond VI implore d'abord le secoure de Philippe-Auguste, de l’empereur Othon IV. Scs prières sont aussi vaines que scs bassesses devant la cour de Rome ; il se soumet en vain au légat Milon , en vain il s'humilie et se dégrade au pied de l'autel de Saint-Gilles par une pénitence honteuse ; en vain il livre aux croisés ses chiteaux-forts , et se croise lui-mèmc contre ses propres sujets. Innocent III l’abuse par une fausse absolution, et commande secrètement à ses émissaires la destruction de la maison de Toulouse. Plus de cent mille croisés arrivent sous la bannière de l'abbé de Clteaux , qui marche insolemment escorté de six archevêques , de vingt-cinq évêques , d’une foule innombrable de moines , parmi lesquels se distingue saint Dominique par son fanatisme et sa brutalité. Ils passent le Khéne, en juillet 1209 , et le -21 ils ont déjà conquis les villes de Nîmes, de Montpellier, de Béziers. Là, deux autres armées les rejoignent : l’une, sous le commandement de l’archevêque de Bordeaux et de quatre de ses suffragantSi l’autre, sous les ordres de levêque du Puy. Carcassonne voit tomber scs murailles; Raymond-Roger de Trencavel périt sous les ruines de ces villes. Les détails de cette marche sanguinaire se trouveront ailleurs. Ce seront des brigandages , des atrocités , des assassinats.

Les chrétiens d’innocent III, de saint Dominique, du barbare abbé de Citcaux se montreront plus féroces que les Wisigoths, les Huns et les Vandales du v* siècle. Le duc de Bourgogne, le comte de Nevers se retireront indignés de la barbarie des prétendus hommes de Dieu. Mais il l'estera un homme, un intrigant de haut étage qui cherchera une fortune de grand vassal , et qui , par son atroce fanatisme , méritera la faveur du saint-siège. Cet assassin privilégié est le comte Simon de Montfort. On lui livre l’héritage de la maison de Trencavel. Le roi d’Aragon, Pierre il , est venu vainement faire un appel à la démence des croisés; c’était parler à des tigres. Raymond retourne vainement auprès de Philippe- Auguste. Le roi de France a d’autres ennemis à combattre. Le comte de Toulouse va jusqu’à Rome, et le pape le trompe encore ; il ordonne à ses légats de l’absoudre. Mais pendant l’absence du comte, Simon de Montfort s’est rendu maître de l’Albigeois, du comté de Foix , et le pape le confirme dans tout ce qu’il lui plaît de conquérir et d’usurper. Il s'empare de Lavaur, de Puylaurcns, de Castelnaudary, et laisse partout d’horribles traces do vengeance. Renforcé, en 1212, par de nouveaux croisés de France et d’Allemagne, il soumet une partie de l’Agénois que Raymond tenait de Jeanne d’Angleterre sa mère, gagne la bataille de jCaltcinaudary sur le comte de Foix, et celle de Muret sur le roi d’Aragon, cl 12 septembre 1213. Pierre II avait tenté plusieurs fois de fléchir Innocent III; fatigué des fourberies de ce pontife, des duretés plus sincères de ses légats, il avait enfin pris les armes pour le comte de Toulouse son beau-frère, et il était venu périr à cette bataille avec l’élite de .son armée. Cette journée fatale comble la fortune de l’ambitieux Montfort. Des croisés lui arrivent de toutes parts; il se retrouve à la tête de cent mille hommes. Les comtes de Foix , de Comminges et

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de Roussillon, le vicomte de Narbonne, se soumettent h Pierre de Bénévent, nouveau légat du saint-siège, en 121V. Le comte de Toulouse et son (ils viennent eux-mêines déposer leur couronne, et se remettre à la miséricorde du pape.

Mais cette nouvelle absolution n'est encore qu'une fraude pieuse, comme l'avoue l'historien Pierre de Vaux-Cernay. Simon de Montfort continue ses conquêtes ; le 8 janvier 1215, quatre archevêques et vingt-huit évêques, réunis à Montpellier en concile, adjugent à cet ambitieux le comté de Toulouse, et le pape confirme la déposition des deux Raymond. Louis de France, fils de Philippe-Auguste, avait accepté depuis trois ans cette croisade étrange. Il parut enfin dans cette province pour être témoin des triomphes de l'usurpateur, et s'en retourna satisfait d'emporter en France quelques reliques de saint Vincent. Simon de Montfort le suit, en 121 6, à la cour de son père, et va rendre hommage à son suzerain pour le comté qu'il a volé à ses maîtres légitimes. Mais Dieu ne ratifia pas les sentences de son vicaire ni les canons du concile de Latran. Après la mort d’innocent III, arrivée le 16 juillet 1-216, les deux Raymond débarquent à Marseille. Avignon et Beoucaire les reconnaissent. Le jeune comte force Montfort de lui abandonner cette dernière ville. Ih>s soulèvements, des révoltes annoncent partout le déclin de cette puissance usurpée, et après une longue alternative de succès et de revers, le 25 juin 1218, une pierre lancée par un mangonneau écrase cet homme couvert de sang et de crimes, sous les murs même de la capitale où il se flatte de régner en paix. La Septimanic eut alors deux maîtres, Amaury do Montfort et Raymond. Ses villes se partagent'; Raymond s'établit à Toulouse-, Amaury à Carcassonne. Mais malgré les bulles tutélaires d’IIonoré 111, successeur d’innocent, malgré les armes de Louis de France, le fils de Simon de Montfort, traqué de tous cAtés par les troupes de Raymond le jeune, essaie de sauver ce qui lui reste par un traité avec son rival. Raymond VII , devenu comte de Toulouse par la mort de son père, profite de la faiblesse de son ennemi pour l'achever ; et le 14 janvier 1224, Amaury, réfugié à la cour de France, cède tous ses domaines A Louis VIII , successeur de Philippe-Auguste.

La scène change : le nouveau roi de France prend au sérieux la cession qui lui est faite. Raymond VII implore sa grâce du saint-siège, Louis traverse ses négociations. Il veut s'allier au coi d’Angleterre, I.ouis fait écrire par le pape à ce roi pour lui enjoindre de ne pas secourir le comte de Toulouse. Le roi arrive enfin A la tète de son armée. Il n’a pas besoin de combattre; les villes se soumettent à son approche. Avignon seule a résisté ; elle succombe, le 12 septembre 1226. Louis VIII, rappelé dans ses états, meurt le 29 octobre en regagnant sa capitale. Mais Ymbert de Keaujru , son lieutenant , continue la guerre contre le comte de Toulouse; Louis IX accepte cet héritage des Montfort; et après quelques prises de ville, un traité signé à Paris , le 12 avril 1229, sous les auspices du cardinal de Saint-Ange, réduit Raymond VII au diocèse de Toulouse et à la partie septentrionale du diocèse d’Alby. Tout le littoral de la Septimanie , à l'exception de la seigneurie de Montpellier, passa sous les lois du roi de France, qui, par compensation , fit à Raymond l'honneur de l'aimer chevalier, et de lui donner son frère Alfonse pour gendre. Un fils de Roger de Trencavel essaya de reprendre ses domaines. Après dix ans de petites guerres, il se soumit au roi, le 7 avril 1247, et

HISTOIRE GÉNÉRALE, lui céda l'héritage de ses concitoyens, moyennant siv cents livres de rente sur la sénéchaussée de Bcaucaire. Raymond VII fut obligé de souffrir dans ses états rétablissement de l'inquisition , de combattre ceux de ses sujets qui maltraitaient ou chassaient les inquisiteurs. 11 guerroya vingt ans contre le comte de Provence, an lieu de s'en faire un allié pour repousser ceux qui le dépouillaient lui-méme. C’est sans doute par politique, plus que par esprit de religion, que saint Louis l'engagea à le suivre dans la croisade d'Égypte. Le saint roi traversa la province, qui commençait à prendre le nom de Languedoc, pour aller s'embarquer au portd'Aigues- Mortes, le 27 octobre 1248. II fut suivi de plusieurs chevaliers du pays, entre lesquels se distinguaient l'cx-vicomte de Trencavel , deux Montfort, seigneurs de Lombers et de Castres, Olivier de Termes, et Hercule de Polignac. Mais Raymond manqua à ce rendez-vous. La fièvre l’arrêta dans un village près de Rodez; et sa mort fit passer ses domaines à l’époux de sa fille. Alfonse de Poitiers et Jeanne de Toulouse étaient en mer quand cet héritage leur advint. A leur retour d’Égypte, ils prirent possession du comté , tinrent quelques parlements annuels dans leur capitale, et après un second voyage outre-mer, à la suite de Louis IX , ils vinrent mourir tous deux à Savonc, les 21 et 25 août 1271. C’est alors qu'à l'exception de quelques seigneuries dont nous parlerons tout à l'heure, le Languedoc fut réuni à la monarchie française , sous le règne de Philippe III , surnommé le Hardi.

Ixs mœurs du temps où eut lieu cette réunion se ressentaient un peu de la guerre civile. Les reproches que les Albigeois faisaient aux gens d'église n'étaient point des calomnies. lies conciles nombreux et fréquents s'étaient assemblés dans la province pour réformer la vie licencieuse des ecclésiastiques , et un canon du concile de Lntran ordonnait, en 1215, aux abbés et prieurs de se réunir tons les trois ans en chapitre général pour réprimer ces désordres. Dans le commencement de ce siècle, les Carmes, les Augustins , les Pères de la Merci , les Dominicains et les Franciscains «'étaient établis dans le Languedoc , où jusque là on n'avait eu que des disciples des deux Saint Renoît. A la faveur de la croisade, les évêques avaient fort empiété sur les droits des seigneurs et par suite des officiers du roi. Louis IX avait partagé ses conquêtes entre deux sénéchaux établis à Beaucaire et à Carcassonne. Philippe-le-Hardi en créa quatre autres pour gouverner le Toulousain , la Provence , le Rouergue et le Quercy. Ces sénéchaux rendaient la justice et marchaient à la tête de la noblesse pour le service du roi. On les nommait aussi baillifs supérieurs, et le nom de baillifs inférieurs était donné aux v iguiers, prévôts et autres juges subalternes. Les lois romaines n'étaient pas seules en vigueur. Chaque ville ax ait pris ou reçu des coutumes particulières, et la plupart interdisaient le duel judiciaire , les épreuves du fer chaud , et autres , que la superstition avait mises en usage sous le titre sacrilège de jugement de Dieu. Les peines étaient laissées à l'arbitraire des seigneurs, et plus tard des sénéchaux. Le châtiment le plus commun de l'adultère était de faire courir les coupables tout nus dans les rues , et de les faire fouetter jusqu'au sang. Saint I-ouis supprima la fustigation et ordonna de mettre une chemise aux femmes. Les adultères pouvaient, toutefois, se racheter par une amende. La même indulgence s'étendait aux filles publiques. On se contentait de les |>arqucr dans certaines rues.

La noblesse du Languedoc n'avait point de privilège qui lui fût particulier ; elle

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était cc que l’avaient faite partout les lois féodales : l’établissement de la bourgeoisie y attestait , comme partout ailleurs, l'action de la royauté française. l.cs franchises communales y étaient généralement respectées ; elles consistaient surtout à ne payer certains subsides que du consentement des peuples. Mais les cas exceptionnels emportaient souvent la règle, puisque le seigneur avait le droit d'imposer scs vassaux , pour son rachat des mains de l'ennemi , pour la dot de ses Biles , pour le voyage en Terre-Sainte. Dans certains lieux , on y ajoutait le cas de promotion à la chevalerie. Ce dernier pouvait mener loin , car, dans une seule cour plénière, tenue à Noël 1244, le dernier des Raymond créa deux cents chevaliers d'un seul coup. C'était une compensation de l’accroissement de la bourgeoisie ou du tiers-état qui , déjà , se distinguait du clergé et de la noblesse , et qui , devançant les coutumes des autres provinces de France, se réunissait fréquemment en assemblées provinciales : origine des États annuels du Languedoc. Une remarque à faire, c'est qu’à l’exception des seigneurs qualifiés, les premiers de la bourgeoisie allaient de pair avec les chevaliers , et avaient des sceaux ou armoi- , ries comme la noblesse. Les juifs y étaient plus nombreux et plus libres que dans les autres provinces de France. Ils pouvaient, comme les bourgeois, posséder des alleux ; on les admettait aux charges publiques , à l'administration des finances , malgré les décrets des conciles. Ils avaient des synagogues dans plusieurs villes ; et l’histoire de ce temps a cité plusieurs rabbins dont la célébrité s’étendait bien au delà des Cévennes et des Pyrénées. Ces juifs , par leurs relations avec ceux de tout le littoral de la Méditerranée, avaient été les premiers agents d’un commerce maritime, auquel la bourgeoisie s'était promptement associée comme corporation.

Les habitants de Montpellier, d'Agde, de Narbonne , faisaient des traités avec les républiques de Gênes, de Pise et autres, comme avec les princes chrétiens du Levant. On battait monnaie dans presque toutes les grandes villes de la province : la plus célèbre et la plus ancienne était celle du comté de Melgueil, près de Montpellier. Les sous melgoriens avaient déjà cours dans toute la Septiraanie avant la création des monnaies de Narbonne , de Toulouse , dont les sous s'appelaient raymondens , du nom de ses comtes. Les évêques du Puy, de Mende et de Viviers battaient aussi monnaie ; et celui de Maguelonne fut vertement repris par le pape Clément IV, pour en avoir fait frapper au coin de Mahomet, afin de favoriser les transactions commerciales de ses vassaux avec les Sarrasins. La cupidité menait ainsi à la tolérance. Quant aux vêtements de ces peuples, la mode y produisait de fréquents changements. A l'époque de la réunion , l'ampleur de la toge avait fait place à l'habit serré des Espagnols et des Gascons, et au capuchon des moines.

Nous avons dit que le Languedoc n'avait point passé tout entier sous la domination française; en effet, la maison d'Aragon lui disputait la seigneurie de Montpellier. Jacques II , roi de Majorque , reçut cette seigneurie dans son apanage ; et c'est à Montpellier qu’il établit sa résidence : mais le roi I’hilippe-le-Hardi protesta contre cette prétention , par la voix du sénéchal de Beaucaire. II enjoignit même aux notaires de la seigneurie d'inscrire en tête de leurs actes : l'hilippe, roi des Français , régnant ; et, après quelques menaces sans résultats, la conférence de Palairac, dans le diocèse de Narbonne, le 18 août 1283, termina ce différend à l'avantage de la France. Jacques II reconnut que la baronnie de Mont-

HISTOIRE GÉNÉRALE, pellicr et le château de Lates appartenaient à ce royaume ; et Philippe , en recevant l'iiommage de ce royal vassal , lui accorda la faveur de ne relever que de la cou- . ronne de France. Le roi acquérait en même temps de l'évêque de Maguelonne ce qu'il possédait encore dans la baronnie de Montpellier. Quelques ferments de révolte, qui se manifestèrent , en 1303, parmi les nobles de la province, furent étouffés par la seule présence de Philippe-le-Bel; et, jusqu'à l’avénement des Valois , la tranquillité du Languedoc ne fut plus troublée. A cette époque même où commença ta longue et sanglante rivalité de la France et de l'Angleterre , la guerre ne dévasta que les frontières de la province, et s’arrêta, en 1347, sous les murs d'Aiguillon. Mais sous le roi Jean, en 1356, le prince Noir fondit sur le Languedoc avec une armée d’Anglais et de Gascons, ravagea tout le pays jusqu'à l'embouchure de l’Aude, et s’en retourna si chargé de butin, que, selon Froissart, à peine pouvoient leurs chevaux aller avant. Cette insulte ne fut vengée que quatorze ans après, par Du Guesclin et le duc d'Anjou , qui partirent de Toulouse, en juillet 1370, et refoulèrent les Anglais et la guerre sur les rives de la Loire. Dans cette armée, la noblesse du Languedoc était menée par le vicomte de Narbonne, par les sénéchaux dé Toulouse, de Carcassonne et de Beaucairc. Entre ces deux événements, la province avait beaucoup souffert du passage de ces bandes qni dévastaient la France sous le nom de grandes Compagnies.

Les ravages de ces brigands et de leurs dignes alliés d’Angleterre lui coûtèrent la moitié de ses feux et le tiers de sa population. Le gouvernement oppresseur des ducs d'Anjou et de Berry lui enleva tout l’argent qu'elle possédait ; et la justice de Charles VI, en ne frappant que les agents de ses oncles, n'apporta aucun soulagement à la province. Vers la Un de ce malheureux règne, elle se ressentit des divisions qu’il suscita dans tout le royaume. Le prince d’Orange s’étant emparé du pays, au nom de la faction de Bourgogne, le Dauphin, qui fut, depuis, Charles VII , le reprit par les mains du comte de Foix; mais celui-ci l’exploita uniquement pour son propre compte, et le Dauphin fut obligé, en 1419, de passer le Rhdne, de réduire même par la force les villes du Pont-Saint-Esprit et de Nîmes, pour ramener la province tout entière à son parti. Il en laissa le gouvernement au comte de Clermont, tils du duc de Bourbon , et remonta vers le Berry avec des renforts qui lui permirent de prolonger sa glorieuse lutte. Les guerres de ce prince, devenu roi de France, se renfermèrent d'abord dans le nord et le centre. Ce fut seulement en août 1442 qu'il reparut dans la province, pour rassembler à Toulouse l’armée qui lui servit à ravager le pays d’Aquitaine, où se trouvaient les plus grandes forces des Armagnacs. Pendant le règne de son tils Louis XI , le Languedoc n’est cité que pour avoir servi de passage aux troupes qui, en 1473, allèrent faire le siège de Perpignan. Charles VIH ayant vendu le Roussillon à Ferdinand, roi d’Aragon, celui-ci en fit le repaire d'une foule de partisans qui troublèrent de leurs incursions le territoire de Narbonne; mais le comte Albon de Saint-André, lieutenant du roi, refoula tous ces partis dans le Roussillon, et força même Ferdinand à accepter une trêve. Cette guerre se ranima , en 1542. François 1" vint à Montpellier pour diriger l'armée de son fils sur Perpignan. Mais cette aimée, décimée par la dyssenterie et les inondations, s'en revint à travers le Languedoc pour aller étouffer quelques rébellions dans les environs de La Rochelle.

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Le règne de Henri H ne fournit rien à l’histoire particulière de la province; mais déjà même avant ce règne, le calvinisme avait pénétré dans un pays où fermentaient toujours les vieilles idées des Albigeois. D'Annonay à Toulouse, ie Languedoc fut en feu ; la messe fut abolie dans ses villes principales , les églises transformées en temples. Guillaume de Joyeuse, gouverneur pour le roi Charles IX, fut obligé de les combattre; et les cardinaux d'Armagnac et de Strozzi formèrent, en 1563, une ligue catholique qui servit de modèle à celle de Paris. Jacques de Crussol d'Acier, père du duc d’Uzès, se mit à la tète des calvinistes du bas Languedoc ; ceux du haut marchèrent pour la plupart sous la bannière de leurs seigneurs. Un nouveau gouverneur y fut envoyé. C’était Henri de Montmorenci , plus connu sous le nom de Damville , homme de cœur, mais homme de sang. Il mena rudement cette première guerre, reprit aux protestants toutes les villes dont ils s’étaient emparés, multiplia les vengeances et les supplices , et rétablit en apparence la foi catholique dans la province. Catherine de Médias y conduisit son fils Charles IX , en 1561 , pour bien s'assurer de la situation des partis. Les protestants se plaignirent en vain des cruautés de Damville. Son insolence triompha de leurs plaintes et de leurs menaces ; et la guerre civile ayant éclaté pour la troisième fois, en 1568, il fut renvoyé dans le Languedoc avec des pouvoirs plus étendus ; mais l'armée des princes de Navarre et de Condé y pénétra sous les ordres de l’amiral de Coligny, et rendit aux catholiques tout le mal qu'ils avaient fait aux calvinistes. L'impuissance de Damville fut dénoncée comme une connivence, une trahison, par les victimes de cette irruption de protestants qui s'en retournèrent par le Vivarais, laissant partout des traces sanglantes de leur passage. L'édit de pacilication , publié au mois d'aodt 1569, ne fut qu’une trêve armée. 11 avait été précédé de deux premiers traités, et fut suivi de six autres qui n’eurent pas plus de résultat. L’exécrable massacre de la Saint-Barthélemi ralluma justement la guerre; et Damville reprit le cours de ses conquêtes et de ses barbaries. Heureusement la cour paya ses services d'une noire ingratitude. Sous prétexte de négocier avec les protestants du Languedoc, deux envoyés de Charles IX eurent ordre d’arrêter ce maréchal , et même de l’assassiner. Il déjoua cet infâme complot, s'assura de plusieurs villes, conclut une trêve avec les calvinistes, et, méprisant les arrêts du parlement de Toulouse, il tint à Montpellier les États du Languedoc.

Cette rupture n’était pas sérieuse; après la mort de Charles IX, Damville courut au-devant de Henri 111 qui revenait de Pologne , le rencontra à Turin et lui conseilla de s'unir aux politiques, espèce de tiers-parti formé des honnêtes gens des deux religions, mais faible et incertain comme tous les partis honnêtes. Henri III promit et ne tint pas. La reine-mère se rendit maîtresse de ce caractère irrésolu; et Damville eut peine è échapper aux émissaires de Catherine, qui le détestait autant que les Guises. Heveuu à Montpellier, en 157i, il ne garda plus de mesure, signa un traité avec les calvinistes, publia un manifeste contre la cour et les Guises, et jura de ne désarmer qu’après avoir pacihé le royaume. Tout le bas Languedoc fut soumis par ses proclamations ou par ses armes. Henri 111 vint jusqu'à Avignon et n'osa passer le Khône. Les assassins et les empoisonneurs échouèrent contre la fortune de Damville. Il s'allia ouvertement

avec je roi de Navarre et Te prince de Condé ; mais leabalomniateuis Turent plus heureux. Les protestants, travaillés par de mystérieux agents, se mélièrent de leur nouveau chef ; ils lui enlevèrent toutes ses placés ; et DetnviUe , emporté per la vengeance , s'accommoda avec la cour au prix du marquisat dé Salures. J.es t calvinistes du Languedoc le revirent , en 1579, à la tête de l'armée royale et reconnurent l'ancien persécuteur de leur secte. Il se nommait alors le maréchal de Montmorenci , mais son changement de nom n’avait pas plus changé son caractère que les sentiments de la reine-mère et des Guises. Lejeune duc de Joyeuse fomenta des révoltes contre le gouverneur avoué de la cour, son père l’attaqua par les armes. Ils échouèrent tous deux ; et la maréchal renoua ses négociations avec le roi de Navarre , tout en comprimant les calvinistes de la province. Il publia même un manifeste contre la ligue des Seize, que Joyeuse avait signée, et poursuivit les ligueurs de Languedoc avec la même barbarie. A l’avénement d'Henri IV, en 1589, il revint à des sentiments plus humaius, s’accommoda avec les Joyeuses pour faire respirer la province et reçut, en 1598, l'épée de connétable des mains du nouveau roi , dont il devint l'un des conseils les plus intimes,

L-’édit de Nantes, accordé par Henri IV, en 1598, rendit quelques années de paix au Languedoc. Sous le règne de Louis Xlil , le dur de Rohan, nouveau chef des protestants , y réveilla le calvinisme (t621); mais le connétable de Lesdiguières y entra, en 1622, à la tête de l'armée royale, assiégea et prit la ville de Montpellier, en présence de Louis XIII qui rendit la paix aux rebelles en confirmant l'édit de Nantes. Cette paix ne dura point. Le duc de Rohan et son frère Soubisc , excités peut-être par le cabinet espagnol , entretenaient dans le Languedoc des ferments de guerre civile. Le roi fut contraint d'y revenir, en 1623. Privas, Alais, Nîmes, Castres et Uzèssc soumirent à son approche; et il confia, en partant, au cardinal 4e Richelieu, le soin de démanteler ces places. L'ambition d'un autre Montmorenci ( Henri II) causa , en 1632 , de nouveaux troubles dans la province. Mécontent de n'avoir pu obtenir l'épée de connétable , il se jeta étourdiment dans le parti de Gaston, duc d’Orléans, et y entraîna par son influence les États du Languedoc , qui ordonnèrent une levée de troupes. Ce gour verneur infidèle marcha à leur tête avec Gaston , se fit battre à Castclnaudary par le maréchal Schomberg, et paya de sa vie la fatale amitié d'un prince qui menait tous ses amis à l’échafaud sans jamais y monter.

Le calvinisme avait eu peu de part à ces derniers combats : réprimé dans le haut Languedoc, affaibli dans l’Albigeois, il finit par se concentrer dans les Cévcnnes et dans les territoires de Nîmes et de Castres. C'est dans les Cévennes surtout qu’il résista à tous les efforts de Louis XIV. Les premières rébellions éclatèrent, en 15G2, pour répondre aux persécutions du comte de Rieux. Les missions bottées de Louvois, en 1681 , donnèrent lieu aux premières dragonnades que dirigea cruellement le duc Jules de Noaillcs. Le 2G octobre de l'année suivante;, un arrêté du parlement de Toulouse ayant ordonné la démolition du temple calviniste de Montpellier, les protestants du Languedoc répondirent à ces actes de violence par une révolte armée. Le 27 juillet 1G83 , leurs temples se rouvrirent è la fois, et l'intendant Henri d’Aguesseau fut réduit è leur offrir une amnistie; ceux qui l'acceptèrent furent victimes de leur crédulité; les habitants des Cévi. 40

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venues qui la refusèrent furent livrés aux sabres des dragons ; et la révocation de l’édit de Nantes, signée enfin le 2 octobre 1685 , multiplia les supplices, les spoliation-. cl les exils. Un Lamoignon, du nom de Basville, se dégrada par la plus abominable férocité. La temples furent détruits, les ministres peudus ou envoyés aux galères, Les protestants cévennols reparurent , en 1702, sous le nom de Camisards, criant: point d'impôt s et liberté de conscience. L’intendant Basville demanda vingt mille convertisseurs armés ; ils arrivèrent sous les ordres du maréchal de Montrevel, qui se montra digne de ses prédécesseurs. Mais du sein de ce peuple mutilé, ruiné, s’élèvent quatre chefs intrépides : Roland, Câlinât, Ravanel et Cavalier; ce dernier, garçon boulanger de son état, fit à la fois le prophète et le capitaine; il battit les troupes de Montrevel et se montra digne de vaincre, par sa clémence envers les vaincus. Ce maréchal, auquel ces mallieureux donnaient des leçons d'humanité, et qui ne put les dompter, ni par les armes, ni par la trahison, fut rappelé et remplacé par Vitlors, dont la modération fut plus efficace que la barbarie de scs devanciers; il traita avec Cavalier qui reçut le grade de colonel après avoir combattu en général, et qui fut envoyé à Versailles pour être présenté à Louis XIV. Mais on ajoute , qu'à l’aspect de ce roturier de petite taille, le grand roi leva les épaules et lui tourna le dos.’ Cavalier végéta quelque temps sous les dédains de la noblesse ; il quitta la France pour aller mourir au service de l’Angleterre; et la pacification de cette partie du Languedoc, commencée par Villars, fut achevée, en 1711 , par le maréchal de Berwick qui, malgré l'intendant Basville, sut allier la tolérance à la vigueur. Cette paix, dont abusèrent les catholiques, ne fut, pour les protestants du Languedoc, qu'une longue suite de vexations. Les galères, les amendes, les emprisonnements punirent souvent leur opiniâtreté religieuse. De 1745 à 1750, quelques dragonnades les décimèrent encore. Le diocèse de Nîmes, malgré les représentations de l'évéque Bec de Lièvre, digne successeur de Fléchier, fut encore châtié par des arrestations sans nombre. Le règne libéral de Louis XVI mit un terme à ces persécutions, que la révolution parut abolir pour toujours; mais le fanatisme politique et religieux, que produisit la réaction de 1815, renouvela, dans Nîmes même, des atrocités qui semblaient n’étre plus de notre temps. Ces guerres de religion ont absorbé , pendant près de deux siècles , l'histoire du Languedoc ; il ne resterait à donner, pour la compléter, que la liste de ceux qui exercèrent l’autorité royale ; mais à quoi servirait cette sèche nomenclature? Nous dirons seulement que ses gouverncui’S militaires furent supprimés par le cardinal de Richelieu , qui avait raison de les trouver trop puissants. A partir de cette époque, le Languedoc ne fut administré que par des intendants, dont quelques-uns suivirent les honteux et sanguinaires exemples de l'infâme Basville. Seulement, pour l’administration des finances, on créa deux généralités dans chacune desquelles fut établi un bureau de trésoriers généraux de France : celle du haut Languedoc resta à Toulouse, celle du bas fut placée à Montpellier. Louis XIV rétablit cependant le gouvernement de la province; mais son étendue le fit subdiviser en trois lieutenance» géuérales : une pour chacune des deux généralités, une troisième pour les Cévennes, le Velay et le Gévaudan.

Nous avons cité souvent les États du Languedoc sans en donner la constitution

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•et l'origine. KHc remonte à la tenue de ces plaids généraux qu'on assemblait, dès le v siècle, pour l'administration de la justice et des affaires de la province. Les seigneurs et les prélats y étaient seuls admis. C'est en 1 1 H seulement, au temps de Louis-le-üros, qu'on voit poindre le tiers-état pour la première fois. Ce roi convoque une assemblée à Toulouse et y appelle les principaux habitants (opd- ' mules Tulusœ). Simon de Montforl suit son exemple dans l'assemblée générale qu'il ouvre en 1212 à Pamiers, dans le pays de Foix, qui, sous l'autorité de cet ambitieux , était momentanément réuni nu Languedoc. Une ordonnance de Louis IX contient les mêmes dispositions pour les assemblées de la sénéchaussée de Heaucaire. A Carcassonne en 1209, & Beziers en 1271 , les prélats et les barons délibèrent avec les consuls que les principales villes envoient au noriibre de deux pour chacune. Mais c’est par l’hilippe-le-IIel que ces différents plaids furent transformés en États-Généraux de la province. Il vint en 1303 les ouvrir lui-même, avec une grande pompe, dans la ville de Toulouse. I.a chambre ecclésiastique fut présidée par l'archevêque d'Auch, celle de la noblesse par le sénéchal de Toulouse, celle du tiers-état par le capitoul Roger Barra vi. Elle se composait alors de deux bourgeois élus par chacune des villes de trois cents feux. Plus tard, l’archevêque de Narbonne fut le président-né des États comme primat du Languedoc , malgré les prétentions de l’évêque du diocèse où on les tenait; ce qui prouve que ce n'était pas toujours dans la capitale. Les Étals votaient des subsides et n'accordaient pas tous ceux que les rois leur demandaient ; mais il est une remarque a faire à l’éloge du clergé et de la noblesse : c'est que, dans les premiers temps, ces deux corps s'imposaient pour les quatre cinquièmes des subsides votés, et n'en faisaient payer qu'un cinquième au tiers-état.

Le vote des invpéts n'était pas le seul objet des États du Languedoc; ils faisaient des remontrances souvent très-énergiques sur la conduite des gouverneurs, sur les prétentions des rois, et ordonnaient la plupart de res grands travaux d'art et d'utilité publique, qui ont tant contribué à la prospérité de la province. Un mois après la déluré des États, chaque diocèse tenait ses assemblées particulières pour faire la répartition de ses impôts ; et res assemblées étaient appelées assiettes, excepté celles du Vivarais, du Velay et du Gévaudan, qui prenaient le litre A’ Étals particuliers du pays. 1

I. Slrabon , Géographie. — Sidonius A (•ollinnrls. — Su I pic»* Sévère — Justin, Histoire. — Chroniques de Froussard. — Chroniques de Moustrelel. — Histoire des Albigeois . — Mézoray, //»jioire de France. — Dom Vaisselle, Histoire du l/ingutdoc. — Lafaille, Annales de Toulouse. — Anquetil, Histoire de France. — llesseln. Dictionnaire universel delà France. — Description historique et géographique de la France. — Oiifrenoy el fille de Beaumont, Voyage géologique et minéralogique. — Dictionnaire des Français. — Audrcossy, Histoire du canal du Languedoc. — Histoire des Troubadours.

LJL •

TOULOUSE

- Toulouse, capitale du Languedoc, est la plus ancienne ville de la Gaule, et peut-être de l'Europe. Nous n'adopterons pas cependant les rêveries du cordclier Jean de Ganuo et autres écrivains du xv' siècle qui font venir sur les bords de la Garonne un certain Limosis, fils de Japliet, pour fonder la Toi usa Teclosagum, et qui lui donnent une longue postérité de rois. Catel et l.afaille ont assez réfuté ces inventions , imitées de tous les peuples primitifs, liais tout prouve que la fondation de Toulouse est antérieure à celle de Home. Elle est assise sur la rive droite de la Garonne, dans une vaste et riche plaine, et par sa population elle est aujourd'hui la sixième ville de France. Son enceinte a plus d'une lieue de circuit; le faubourg Saint-Oyprlen , que les habitants nomment Saint-Subrn, et qui est situé ; sur la rive gauche de la rivière, lui donne une forme à peu près ronde. Scs maisons, assez élevées, sont bâties en briques; mais, à l'exception de ses quartiers neufs , scs rués sont en général étroites et tortueuses, comme celles île toutes les vieilles villes. Les Volccs sont le peuple celtique que les Humains y trouvèrent établi , et ils lui donnèrent le nom de Tectosagrs , par allusion à ses vêtements.

Les Latins inventèrent aussi les noms de To/osali, Tolosensfs qu’ils étendirent aux contrées d'alentour. Toulouse reçut aussi l'épithète de paltailla d'un temple de l’allas élevé dans ses murs ; et la préface de la messe de Saint-Scrnin la surnomma plus tard Rom a Garonmr en latin du moyen ilgc. Scs premiers dieux "* étaient ceux de la Gaule, les druides étaient scs prêtres. Elle adopta ensuite les dieux de Rome; Justin parle d'un temple d'Apollon, et Sidoine Apollinaire rite Jupiter et Minerve comme étant plus particulièrement adorés des Toulousains. Mais il ne reste aucun vestige de ces monuments de l'antiquité païenne , en dépit des antiquaires du paya, qui font de l'église de la Daurade une continuation du temple cité par Justin, et qui biltissent l'église de Saint-Quintiu sur les ruines de relui de Jupiter. On croit seulement , sur la foi de Catel , qti'en 1621 , la digue du moulin du Basadc s'étant rompue, les eaux mirent a découvert quelques restes d'un ancien édifice de marbre dont les fragments portaient des ligures de chouettes; et la présence de cet oiseau fit attribuer ces vestiges à un ancien temple de Minerve. L’archéologie n'étant point la manie de l’époque, cette découverte fortuite ne fut suivie d'aucune recherche sérieuse, et la digue du Rasade recouvrit ces marbres antiques.

Le capitoul l.afaille parle encore d'un amphithéâtre romain dont on voyait les restes près du rluHenu Saint-Michel , et qu'il suppose avoir été construit entre César et Galba. Il est probable qiie des Volccs Tectosages quittèrent leur ville et leur territoire pour s'associer à l'expédition des neveux d'Amhigat. Tite-I.ive ne les nomme point parmi les nations celtiques que Bcllovèse conduisit en Italie 56ï ans avunl Jésus-Christ ; mais César les trouva près de la forêt Hercynienne cinq siècles après ; et comme il n’y a pas trace d'une autre excursion de Teclo-

sages au delà du Rhin , il est convenu que ceux dont César a fait l'éloge étaient des descendants des compagnons de Sigovése. Une autre émigration de Celtes rut lieu deux cents ans après la première, car Tite-Live assure positivement que 1rs soldats de Brennus étaient autres que les descendants des soldats dè Bellovèsc. Une part de ces nouveau-venus prit par lillyrie, et après quelque séjour en Pannonie , ils se ruèrent sur la Macédoine et la Grèce , sous la conduite du second Brennus. Justin nomme particulièrement les Tectosoges de Toulouse dans cette expédition, et les fait rentrer dans leur pays chargés de butin. Mais d'où provenait ce butin? Orose et d'autres historiens ont avancé que c’était du temple de Delphes. Slrabon démontre que ce temple avait été déjà pillé par les Grecs , pendant la guerre sacrée, et Justin assure que les Gaulois de Brennus Turent repoussés par la colère d'Apollon du haut du Mont-Parnasse et qu'un tremblement de terre en détruisit une partie; et que la peste les poursuivit jusqu'à Toulouse. Il ajoute, cependant, quel'orarlc leur enjoignit de jeter dans le lac voisin l’or et l'argent , qui étaient le fruit de leurs sacrilèges. Possidonius rejette cette version : il prétend que ces trésors venaient des mines de la province ; que ce peuple, superstitieux et ennemi du luxe , ne se servait de ces métaux que poulies consacrer à leurs diviuités ; et c’est dans un temple d'Apollon qu'il entasse ces richesses. Mais, avant l'arrivée des Romains, il n'y uvait point de temple d’Apollon à Toulouse. Plus tard, on a mis en doute l'existence même de ses lacs; on a nié qu'une partie de la ville fut bâtie sur ces marais desséchés. Mais Lafaille dit positivement qu'en ItitH), on découvrit des restes d'aqueducs par lesquels s'écoulaient des torrents souterrains. Ce n'est pas seulement de nos jours que les faits sont altérés et controversés. L'histoire ne fut peut-être jamais que le recueil des conjectures les plus accréditées. Adoptons, en définitive, les lacs dont parlent Justin et Aulu-Gèlc; répétons, comme les autres, qu'en s'emparant de Toulouse, l'an 640 de Home , 200 avant Jésus-Christ , le proconsul Serv ili us Cepion en retira des niasses d'argent et d'or, dont il réserva la plus grosse part pour lui-même; mais comme cet illustre voleur vit périr un grand nombre de ses soldats dans la guerre contre les Cimbres , comme ses deux Tilles moururent déshonorées, la superstition romaine y vit une punition divine; et de là vint le proverbe habet nurum lolosanum , qu’on appliquait aux hommes poursuivis par un malheur constant.

Les Romains ne parurent point d'ubord à Toulouse, comme conquérants. Cette ville était , depuis plus de deux siècles, admise parmi les alliés de la république, avant que Cépion n’eût ordre de s'en emparer. Les Cimhres avaient en même temps (tassé les Alpes; et leurs ambassadeurs, instruits sans doute du mécontentement causé par le pillage des lacs sacrés, vinrent offrir aux Toulousains les moyens de recouvrer leur indépendance. Un fort parti se déclara contre les Romains, et fit leur garnison prisonnière. Un autre courut se réfugier dans le camp de Cépion. Ce proconsul marcha à l’instant sur Toulouse . j| s-en nppi-oc lia pendant la nuit, et , profilant des intelligences qu’il avait dans la ville, il la reprit sans combattre. Un nouveau pillage fut le diàtimrnt de cette révolte. Cépion , accusé, condamné après sa défaite , céda la place à Marcus Fontcius; et, quoi qu'en ait dit Cicéron dans son Oralio pro Fonteio, Toulouse n'eut point à se louer

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de son nouveau gouverneur. C'est à lui que le Languedoc doit la création de l'im- . > pOt sur le vin. Il exigeait quatre deniers par amphore, et c'est sans doute par imitation que, sous Philippe de Valois, on y prélevait sur le vin vendu en détail un droit de quart, qui depuis a été considérablement étendu. César avtdt une grande estime pour les Tectosages de Toulouse. Il en obtint de puissants renforts, pendant sa guerre contre les Helvétiens ; et quand il fut maître de Home , il en fit entrer dans le sénat un assez grand nombre pour faire craindre à Cicéron la dégradation de la langue de Virgile. Il est difficile d’assigner l'époque où une colonie de vétérans vint s'établir à Toulouse. Une médaille de Galba, qui porte à son revers: Tolo*a colon ia , ne prouve que l'existence de cette colonie , sans en préciser la date. Outre l'amphithéâtre, on croit que les colons romains y établirent un capitule ; mais tout prouve que ce n'est point le palaig qui porte aujourd'hui ce nom. Le commerce et les lettres y florissaient déjà sous Tibère. On a dit même que le nom de Palladio lui venait plutôt de sa réputation littéraire que de son temple de Minerve. Parmi les hommes illustres qu'elle produisit sous la domination romaine, on cite un Fullonius, qui fut le premier sévir augustal d’un temple de Narbonne ; les rhéteurs Scdatus et Statius Ursulus, dont Eusèbe a parlé dans sa chronique, un Exupère autre que l'évêque de ce nom: un Arborius, qui fut le précepteur d'Annihalien , de Constance et de Dalmace , frères de Constantin ; un Clodius Flaccus , duumvir et flamiiic de la ville, qui fut encore tribun de hi quatrième légion : mais le plus célèbre des Toulousains de ce temps est Antonius Primus, surnommé Becco, chef de la septième légion et sénateur sous Néron.

Géuéral sous Vitellius, dont il combattit les partisans à la bataille de Bebriac, en octobre 69, il fit proclamer Vespasien par son armée, gagna une seconde bataille à Crémone sur les Vitelliens, qui perdirent cinquante mille hommes, et conduisit à Home Domitien , fils de l'empereur de son choix. C’était , selon Martial, un homme poli , un orateur éloquent, un ami des lettres. Mais il aimait à se vanter aux dépens des autres ; il se fit des ennemis puissants , et ces ennemis le perdirent dans l’esprit de sa créature impériale : l'ingratitude de Vespasien fut la dernière récompense de ses services. Quant au poète Ausone , il ne doit à Toulouse que son éducation; il y fut amené jeune auprès d' Arborius, son oncle, et il s’en retourna dans sa ville natale pour ouvrir une école de rhétorique.

Une prétendue épltre de saint Martial, rapportée dans la bibliothèque des Pères, a fait supposer que l'église toulousaine remontait à ce disciple des apôtres, l'ne saine critique a démontré le contraire. C’est en 252, sous le règne de l’empereur Gallus, qu'on place l’avénement de sou premier évêque, saint Saturnin ou Semin , comme ont dit, depuis, les historiens espagnols, dont la version a été consacrée par l'usage ; et cette église . comme presque toutes les autres, a commencé par un martyr. Pour arriver à sa petite chapelle , Saturnin était obligé de passer devant le Capitole ; les pi ètres païens l'accusèrent d'ôter la parole à leurs oracles. On le saisit, on le força de sacrifier à Jupiter; et, sur son refus, il fut attaché par les pieds à la queue d'un taureau indompté, qui lui brisa la tête sur les degrés du Capitole. I,n corde rompit, mais l'évêque était déjà sans vie; deux femmes recueillirent son cadavre et l’ensevelirent. On les fête, lel7 octobre, à Toulouse , sous le nom des «i iules Putllcs ; et, sur lu foi d’une histoire castillane.

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on croit que ces femmes étaient les filles d’un roi d'Huesra. L'endroit où s'était arrêté le corps du niarlyr fut consacré plus tard par un monument qu'on appelle l'église du Takr ou du Taureau. Une autre église fut fondée dans le IVe siècle par Sylvius, cinquième évêque de Toulouse, sur le tombeau même que lui avaient donné les saintes J’uelles , et cette église achevée par saint Exupère, successeur de Sylvius, est restée sous l'invocation de saint Seruin. Une abbaye y fut d'abord attachée ; et quand cette église fut devenue la collégiale du diocèse , le chef de son chapitre conserva le titre d'abbé , avec une grande partie des revenus de l’ancien monastère.

Le triomphe du christianisme fut troublé, comme on sait, par les interprètes sacrés de ses dogmes : l'arianisme fut apporté à Toulouse, sous le règne même de l’empereur qui avait rendu la paix à l'église chrétienne ; les ariens y devinrent si puissants qu'en 356 , sous le règne de Constance, leur protecteur, ils chassèrent Rhodanius, le quatrième des évêques toulousains, pour le punir de n’avoir pas souscrit les canons du concile de Béziers, qui venait de condamner saint Athanase d’ Alexandrie. Ils profanèrent la chapelle où officiait cet évêque, et poursuivirent ses prêtres à coups de bétons plombés. Rhodanius fut rétabli par une autre sédition, et une nouvelle hérésie naquit dans Toulouse même, en 403. L'illustre Sulpice Sévère y séjournait alors, et c'est de cette ville qu'il a écrit sa troisième épttre adressée à sa belle-mère. Parmi les suivants de cet historien sacré était un prêtre nommé Vigilantius, qui se mit à prêcher contre le jeûne, la virginité et le culte des martyrs; il attaqua saint Jérôme dans ses écrits; et l’éloquent défenseur de l’orthodoxie le traita fort mal dans ses répliqués : il l'appelle extravagant, tête sans cervelle, langue digne d'être coupée, juif, samaritain; il joue sur le nom de Vigilantius , et dit qu'il faut plutôt le nomm.'r Dormilantius ; il appelle sur sa tête tous les supplices imaginables , toute la colère de l'cvêque Exupère. Cet évêque était un saint homme, fort pauvre; il officiait avec un calice de verre et portait le viatique dans un panier d'osier, ustensiles sacrés qui ne tardèrent point à être convertis en or. Mais Exupère était intolérant; il chassa Vigilantius, qui alla mourir à Barcelone. Il ne faut pas prendre à la lettre tous les éloges quu saint Jérôme prodigue à ce prélat ; ce ne furent point ses prières qui délivrèrent Toulouse des Vandales; le courage de ses habitants y contribua pour beaucoup, et les Vandales ne firent que traverser leur territoire, en 404, pour aller se perdre en Espagne. Ils furent moins heureux contre les Wisigoths, en 412. Sulpice Sévère en sortit à leur approche, ainsi que Victorin, ancien vicaire d’un préfet de la Grande-Bretagne, qui s'était retiré à Toulouse pour y Gnir ses jours. Mais le poëte Rutilius. enfant de cette ville, élevé à la dignité de patrice par Arcadius, se lutta d’y revenir pour encourager et consoler ses compatriotes. A l’époque de cette invasion, qui finit ia domination romiine, Toulouse occupait le quinzième rang parmi les villes de l’empire, et le troisième dans les villes de la Gaule ; elle était un des trois cciitres de la Narbonnaisc où les proconsuls et prêteurs tenaient leurs conventus annuels. Les Wisigoths en firent la capitale de leur royaume. -

C’est Vallia", successeur de Sigeric et d’Ataulphe, qui y transporta le siège de sa domination. Mais il n'y parut, en 418, que pour mourir quelques mois après.

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Théodoric lui succéda, en 419; et son ambition belliqueuse lui fit tourner ses armes vers les frontières du Rhône. Littorius, lieutenant d'Aëtius, le repoussa jusqu’aux portes de Toulouse, malgré l'intervention de saint Orens, évéque d’Aucli, dont les prières ne purent arrêter le général romain. Théodoric, assiégé dans sa capitale, en appela au courage de ses troupes; il fit une sortie vigoureuse, surprit Littorius dans son camp, mit son année en déroute, le prit lui-même, le promena sur un Ane dans toute la ville , et lui fit trancher la tête dans un cachot. L'Espagnol Idace donne le nom de guerre gothique à cet épisode qui finit en 42-2 ; et les légendaires en attribuent l'issue aux prières de saint Orens et à la piété de Théodoric, à qui ils font revêtir un cilice au moment de la bataille. Une procession fut même instituée en mémoire de cet événement. Elle avait lieu le jour de la fête de saint Orens ; et la statue de cet évéque a longtemps figuré sur une des portes de la ville qu'on appelait la porte Matcbatif. Le roi Théodoric alla mourir, en 461 , dans les champs catalauniques en combattant contre Attila ; et son fils Torismond ramena son armée A Toulouse qui le reçut avec de grandes démonstrations de joie. Les frères du nouveau roi ne partagèrent point cet enthousiasme.

Frédéric et Théodoric entrèrent de nuit dans sa chambre avec d'autres bandits : privé de ses armes , Torismond se défendit longtemps avec un escabeau , il assomma quelques-uns de ces misérables ; mais , accablé par le nombre , il -fiit impitoyablement massacré avant d'avoir accompli la première année de son règne; et le chef de ses assassins fut proclamé roi sous le nom de Théodoric. Sidonius Apollinaire n'en fait pas moins un éloge pompeux de ce prince. L’empire romain était toujours au pillage , et pour empêcher les Wisigoths de troubler son usurpation, Maxime , autre assassin qui venait de prendre la vie et le trône de Valentinien III, envoya le maître de la milice, Avitus, à Toulouse. Cet Avilus avait été le précepteur ou le gouverneur de Théodoric qui le reçut, le 10 juillet 455, au milieu de son sénat. Il le remercia publiquement de lui avoir appris le droit romain,de lui avoir fait goûter la lecture de Virgile, d’avoir enfin poli ses mœurs ; et dans l’effusion de sa reconnaissance, le monarque fratricide lui proposa d'accepter l'empire, à la place de celui qui l'avait envoyé. Avitus se laissa couronner ; et la mort de Maxime facilita son avènement. Théodoric II l'accompagna jusqu'au HhÔnc, le fit reconnaître dans la ville d'Arles, et s'en revint à Toulouse, où, dix ans après, Euric, son dernier frère, l'assassina à son tour.

Les évêques de ce temps faisaient peu d’attention aux crimes de ces nouveaux Atrides. Mais Euric persécutait les catholiques, et alors commencèrent les anathèmes et les présages miraculeux. Grégoire de Tours , Aimonet Idace racontent sérieusement qu'une source de sang jaillit. tout à coup du milieu de la ville; et que, dans une revue passée par Euric, on vit, à la lueur de deux soleils, tous les fers des lances devenir jaunes , verts , noirs et couleur de rose. Ces prodiges annonçaient évidemment la mort d' Euric et la fin des rois wisigoths; un historien du xvii- siècle y voit encore une marque de la colère divine. Euric régna cependant dix-huit ans, et Alaric II, son fils, qui lui succéda en 483, se montra vainement plus tolérant envers les catholiques; il leur permit en vain de s’assembler en concile : il restait attaché aux doctrines de l'arianisme ; et dans le nord de la Gaule s'élevait une puissance que saint Ucmi avait montrée à tous les évêques

TOli LUISE.

comme l'arc-boutant de la foi catholique. Marie alla se heurter, en 507, contre le roi des Francs. La bataille de Vougié décida de sa couronne et de sa vie. Son (Ils Amalaric , âgé de cinq ans, s’çnfuit de Toulouse avec ses trésors ; et Clovis , reçu en conquérant orthodoxe, y anéantit la puissance des Wisigoths, après quatrevingt-neuf ans de règne.

Ses successeurs ne prirent point la peine de visiter leur nouvelle conquête. Ils la gouvernèrent par des ducs. C'est Launobode, le premier de tous, qui fit bâtir, en 570, l'église du Taur, dont j’ai parlé plus haut. L’évêché de Toulouse fut détaché en même temps , par ordre de Childebert , de la métropole de Narbonne, qui restait encore sous la domination du (ils d'Alaçic, pour être compris dans lu juridiction de la métropole de Itourges. Mais celte translation ne fut jamais cousentie par le métropolitain dépossédé , et cette dispute ne finit que dans le xiv* siècle, quand Toulouse fut elle-même érigée en archevêché. Le duc Didier succéda, en 574, à Launobode. Il soumit aux lois de Chilpéric le Querey et le Vivarais, chassa du Périgord et de l'Agenois, un duc Raynoval qui les gouvernait au nom de Contran, roi de Bourgogne, prit sa femme dans Agen , et l’emmena prisonnière à Toulouse. Le sort de cette femme atteste que le droit d'asile appartenait aux églises de cette ville et qu'il était respecté même des plus violents. Elle s'échappa des mains de ses geôliers, et se réfugia dans Saint-Sernin, où elle demeura jusqu'au moment où son mari la lit redamer, l'n second exemple de ce droit d'asile fut donné par la princesse Rigonthc, tille de Chilpéric et de Frédégonde, üancée malgré elle à Rfcccarède, fils du roi d'Espagne ■ Leuvigilde : elle s'était arrêtée à Toulouse sous prétexte de réparer ses équipages; et n'avait pas encore repris son voyage quand elle apprit la mort de son père.

Didier, la croyant sans appui, lui vola les trésors qui faisaient sa dot, et, comme le libertinage de ce duc égalait sa rapacité, il est facile de deviner les violences auxquelles Rigonthe fut obligée de se soustraire. Elle se réfugia dans l'église du Taur, et y resta jusqu'au jour où un otlicier nommé Cappanez , vint la réclamer au nom de Frédégonde. Didier connaissait cette reine et. chercha des protecteurs qui pussent la défendre. 11 s'attacha d'abord il un aventurier qui se disait bâtard de Clotaire et qui s'était fait proclamer roi des Français, à Brives, sous le nom de Gondebaud. Il l’amena à Toulouse en 584 , malgré la résistance de l'évêque Magnulfe , qui ne voulait reconnaître d'autre roi que Contran . et lui livra les trésors de Rigoulhe. Gomlclnmd se moqua des remontrances de l'évêque; il se logea de force dans le palais épiscopal ; mais les injures du prélat devinrent si acerbes que le duc Mummol le soulflctta et le chassa de lu ville. Ce Mummol avait quitté le parti de Contran pour se donner au billard de Clotaire ; mais Contran et Childebert , récemment réconciliés, marchèrent de concert sur Toulouse; Gondebaud et ses partisans manquèrent de courage et s’enfuirent dans le pays de Comrainges. Didier abandonna l'aventurier pour se rattacher h Contran , et Mummol lui livra le prétendu roi des Français, (pii fut assassiné à quatre pas par le duc Bozon et parWaddon, intendaid de Rigonthc. Cet acte de lâcheté de Mununol ne répara point sa première trahison aux yeux de Contran , qui le Ht massacrer avec ses complices. Mais il lit grâce au plus coupable en rendant è Didier ses honneurs et ses emplois ; le fer de l'ennemi fut plus juste, re Didier périt trois ans

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a pics , en 587, au siège de Carcassonne ; et il Tut remplacé , dans Toulouse, par le duc Austrovalde, qui alla périr aussi, sous les mêmes murs, dans une bataille que le duc Bozon , dont il était le lieutenant, livra, en 538, à l'armée de Kcecarède. Serenus, successeur d' Austrovalde, fut en même temps duc d'Aquitaine. Mais à la mort du roi de France Clotaire II, son second fils, Cbaribert, prit le titre de roi de Toulouse , et s’établit dans cette ville où il mourut , en 631 , après un règne insignifiant. Avec lui finit cette royauté ; Dagobert, son frère, la réunit à sa couronne , et fit gouverner le pays par le duc Abundantius , qui alla soutenir, au delà dos Pyrénées, la révolte de Siscmind, contre son roi Suintilta. Deui ans avant sa mort, Dagobert donna une nouvelle forme au gouvernement de Toulouse. Il en fit, en 637, la capitale (l'un duché héréditaire d’Aquitaine relevant de la couronne de France , et en investit les deux fils de Cbaribert , Boggis et Bertrand. Le premier parait avoir vécu jusqu'en 688, et, comme c'est h |>eu près tout ce que l'histoire en raconte, ce dut être , pour les Toulousains, une assez longue période de paix et de bonheur. I.e règne d'Eudes , son fils, fut plus tourmenté. La retraite d'Hubert, fils de Bertrand, dans un monastère, lui avait donné tout le duché d'Aquitaine, et il eut à combattre, tout a la fois, l'ambition des maîtres du palais et le fanatisme armé des musulmans. Il reçut, en 717, à Toulouse , les envoyés de Chilpéric 11 , qui implorait son secours contre Charles-Martel ; et , battu près de Soissons , avec ce pauvre monarque , il l’emmena dans sa capitale pour le soustraire à la vengeanre du vainqueur. Il le lui rendit cependant , en 719, et Charles-Martel permit à ce fantôme couronné de vivre et de mourir roi de France.

En 721 , l'année même de sa mort ,' les Sarrasins, conduits par Zaman, parurent sous les mure de Toulouse, après avoir envahi le littoral de la Méditerranée. Tous les peuples du duché d'Aquitaine s'en émurent. Eudes livra bataille aux musulmans, mit leur armée en pièces, tua leur général et délivra sa capitale. Mais il ne faut pas croire aux trois cent soixante-quinze mille Sarrasins qu’Anastasc le-Bibliothécafre fait périr dans cette sanglante journée. Eudes ne crut point en avoir tant exterminé, car il prévit une irruption nouvelle et songea à si* fortifier contre cette nation puissante. Il y avait dans la portion des Pyrénées qu'on appelle la Cerdagne un capitaine maure nommé Munuza , ou Mugnoz suivant les Espagnols, que les Sarrasins y avaient établi pour garder ce passage. Ce Muiniza était épris de la fille d'Eudes. Mezerai la nomme Lampagic ; Audigicr lui donne le nom de Manille ou de Numérane. Mais tous les historiens s’accordent à dire que c'était la plus belle femme de son temps. Eudes profita de cette passion. Il acheta Munuza par cette alliance; et , se croyant ainsi à l'abri des invasions musulmanes, il alla de nouveau attaquer la puissance de Charles-Martel dans la Ncustrie. Tous ses plans furent renversés par la fortune.' Battu une seconde fois, il regagna son duché en fugitif, tandis que son gendre périssait dans la Cerdagne sous les coups d’Abdérame , gouverneur de la Péninsule; et que la belle Toulousaine, sa veuve, était envoyée au calife Hescham. Abdéramc poursuivit ses avantages, mais il prit une autre route; c'est par le Bordelais qu'il rentra dans la Gaule, et sa défaite et sa mort n'appartenant plus à l'histoire de Toulouse, je me borne à dire que son vaillant souverain eut une grande part à la victoire de

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Cliaiies-Martel , qu'a près avoir repoussé les débris de l'armée musulmane au delà des Pyrénées , il reporta ses armes en 735 contre le maire ambitieux , dont il avait été momentanément le lieutenant, et que, battu une troisième fois, il revint mourir dans sa capitale, du chagrin de n'avoir pu sauver la famille mérovingienne, dont il était le plus illustre rejeton.

Toulouse n'en continua pas moins de servir d'asile à tous les mécontents qui fuyaient les armes ou la vengeance des Carlovingiens. Le frère même de Pépin, le turbulent Griffon , y vint , en 752, solliciter l'appui de Gaifre, fils et successeur d'Hunauld , et pour protester contre le faible a|>anage que lui avait laissé le nouveau roi de France. Mois les charmes de la duchesse d’Aquitaine lui firent oublier tout à la fois et ses projets ambitieux et les devoirs de l’hospitalité ; le duc Gaifre le renvoya de Toulouse et le fit tuer, dit-on , dans la Maurienne, pour se venger de sa perfidie. D'autres historiens , adoptés par Anquetil , attribuent ce meurtre aux troupes apostées par Pépin. Après sept ans de guerre , Gaifre ay ant perdu la vie au fond du Périgord, Pépin-le-Bref s'empara de Toulouse sans combattre et la réunit à la monarchie, en 707. L'Aquitaine fut érigée en royaume par Charlemagne. Louis, son fils, qui en fut investi à l'âge de trois ans, fit son entrée dans sa capitale, en 781, sous la conduite de son tuteur Arnold. Mais ce rbi enfant, qui fut depuis Louis-le-Débonnaire , n’y séjourna que .peu de temps. Le duc Chorson gouvernait l’Aquitaine depuis 778 , et il conserva ce gouvernement jusqu’à l'année 790; il fut déposé par la diète de Worras pour avoir fait un traité humiliant avec Adalaric, duc de Gascogne, et fut remplacé par. le duc Guillaume, que Louis, âgé de treize ans, vint installer à Toulouse. A la mort de Charlemagne, en 814, Louis, devenu roi de France, céda le vain titre de roi d'Aquitaine à Pépin , son fils. Ce prétendu royaume comptait si peu , qu'on s'habitua dès lors à lui donner le nom de Marche ou marquisat de Toulouse : Bérenger, fils de Hugues, comte de Tours, le gouverna’ sous Pépin jusqu’en 835, époque de sa mort ; et son successeur immédiat n'a pas laissé son nom dans l'histoire. Mais, par compensation, il y en eut deux en 840 : l'un se nommait Bernard et gouvernait au nom du fils de Pépin , que des sujets fidèles avaient couronné ; l'autre était Warirï, qui tenait le pays pour Charlqs-le-Chauvc. Ce roi vint mettre le siège devant Toulouse, le 13 mai 843, et y revint en mai 844. Leduc Bernard fut pris, dans une sortie sans doute, et mis à mort. L'annaliste de Saint-Berlin donne à cette mort un caractère dramatique. Ce duc avait été l'amant de l'impératrice Judith, épouse du Débonnaire. Charles-le-Chauve le savait. J1 le reçut dans le monastère de Saint-Sernin, où il s'était établi pendant le siège , et feignit de se lever de son trône pour l'embrasser ; mais il lui enfonça son poignard dans le cœur en lui disant : Malheur à toi qui as souillé le lit de ton seigneur et de mon père. Bien des gens pensaient alors que ce meurtre était un. parricide. Le jeune Pépin donna le titre de duc à Guillaume, fils de Bernard, lui confia la défense de sa capitale , se mit en campagne pour harceler les assiégeants, battit le 7 juin une année de Charles-le-Chauve, le força de lever le siège au mois de septembre et de lui accorder la paix et la possession de Toulouse. L'année suivante, il eut à la défendre contre les Normauds, qui avaient remonté la Garonne et porté le ravage autour de ses murailles. Vainqueur de ces pirates, le jeune

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Pépin fut trahi et livré au roi de France par ses propres vassaux, qui, pour sc justifier sans doute , l’acrusaient de tous les vices imaginables. Quoi qu’il en soit, il fut tondu et relégué dans le cloître de Saint-Médard de Soissons ; et Charlcs-Ie- Chauve remit en 8'»9 le siège devant Toulouse. Elle était défendue cette fois par le comte Frédelon , lieutenant du duc Guillaume , qui parait lui avoir laissé tout le poids de cette guerre. Les évéques et les abbés s’y battaient comme des chevaliers. Ce fut Héribert , abbé de Saint-Wandrille , qui mit le feu i la porte Narbonnaise, et qui força Frédelon à capituler. Cbarles-le-Chauve fit donc son entrée dans la ville, et charmé sans doute du courage et de la fidélité de ce comte, il le maintint dans son gouvernement.

Ce Frédelon, tige des comtes héréditaires de Toulouse, était fils d’un, comte de Rouergue nommé Fulguald, et de sa femme Sénégonde. C’est probablement lui qui repoussa la seconde attaque des Normands, et il s’en récompensa luiméme en assurant son héritage à sa famille , à la faveur dé l’anarchie qui régnait dans tout le royaume. Son frère, Raymond l", lui succéda en 851 , et prit le titre de comte de Toulouse et de Rouergue ; mais il eut il lutter, en 863, contre Humfrid, marquis de Gothie, qui s’empara de sa capitale. L’annaliste de Saint-Bertin accuse les Toulousains d’avoir favorisé cette entreprise par esprit de désobéissance et de sédition. Mais le marquis Humfrid ayant été déposé par la diète de Worms, le comte Raymond rentra dans sa ville à la fin de 864 , et y mourut l’année, suivante. Bernard, son fils, lui succéda. Il sc fit appeler duc et marquis de Toulouse pour opposer sans doute ce titre aux marquis-de Gothie, et gouverna ainsi les territoires de Rasèi et de Carcassonne. A sa mort, arrivée en 875 1 Eudes , son frère, devint le quatrième comte de Toulouse,- et acquit l’Albigeois par son mariage avec Garsinde, fille d’F.rmcngaud , comte d’Alby. Au-dessous de ses comtes héréditaires, Toulouse avilit alors des vicomtes, qqi soulevaient parfois des conflits d’autorité. Le vicomte de ce temps se nommait Benoit : il eut quelque différend avec Raymond, fils d’Eudes, qui le fit mettre en prison , mais qui le relâcha plus tard à la prière du comte Geraud , oncle du prisonnier. Eudes mourut en 919, après avoir partagé ses états entre ses deux fils: Raymond II eut le comté de Toulouse, Ermengaud, son frère, prit le Rouergue. Tous deux s’intitulèrent marquis de Gothie; mais le marquisat réel, devenu vacant par la mort de Guillaume-)e-Pieui , duc d’Aquitaine, fut donné par Charles-le-Simple au comte de Toulouse, qui acquit ainsi la souveraineté de Narbonne, de Perpignan, de Béziers, de toutes les côtes de la Méditerranée. Raymond repoussa en 920 les Sarrasins des environs de sa capitale. Il resta fidèle , comme son frère, à Charles-le- Simple, quand les fils de Robert-le-Fort lui disputèrent successivement la cou» ronne de France, et mourut enfin en 922. Raymond Pons fut son successeur et le sixième des comtes de Toulouse. Il ajouta le Vivarais et le pays d’Uzès à ses domaines, et ne montra point la même fidélité que son père à la dynastie carlovingienne. Raoul, autre descendant de Robert-le-Fort, avait usurpé la couronne et marchait en 931 sur Toulouse à la tête d’une armée : Raymond Pons se soumit et reçut l’Auvergne et le Gévaudan pour prix de sa soumission. Guillaume Taillefer, son fils, lui succède en 951 sous la tutelle de sa mère. Il épouse en 975 Arsinde d’Anjou, fille de Geoffroy Grisegonnelle , et foit avec l’héritier d’Ermen-

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■'.mil , son cousin , un nouveau partage des états de leur puissante maison. Le comte de Toulouse prend l’Albigeois , le Quercy, et laisse le marquisat de Gothie au comte de Roucrgue. Le territoire de Mmes est divisé entre les deux : la partie supérieure est ajoutée au Rouergue, et le littoral du Rhûne et de la Méditerranée est donné au comte de Toulouse sous le nom de comté de Saint-Gilles.

Guillaume eut il réprimer en 981 l’ambition de son vassal Roger de Carcassonne, qui aspirait à conquérir son indépendance. Il épousa en secondes noces Envmc. Tille du comte de Provence Rotbold, à la mort duquel une partie de ce riche comté fut, en 1024, ajoutée au comté de .Toulouse. Vers cette, époque commencèrent dans cette ville les exécutions d’hérétiques : de prétendus manichéens y furent brûlés en 1020, et elle en acquit un tel renom de piété, que le pieux Robert , roi de France, "y fit un pèlerinage en 1Q30 , pour honorer les reliques de saint Saturnin. Les moines de cette abbaye purent lui faire une réception royale, car ils avaient hérité de biens considérables qu’un certain Hugues de Toulouse leur avait légués cinquante ans auparavant Guillaume Taill’efer mourut en 1037, à l’âge de quatre-vingt-dix ans, et laissa son comté’à son fils Pons, qui fut le huitième de cette famille 11 avait épousé Majore, comtesse de Foix, ét avait hérité de la terre d’Argens et du château de Tarascon à la mort de sa mère, Emme de Provence. Il épousa plus tard, en 1037, Almodis de la Marche , femme divorcée de Hugues de Lusignan , et la répudia à son tour en 1050, s’il ne la céda point à Raymond de Bérenger, comte de Rarcelonne, qui TépOusa de la troisième main. Pons mourut en 1001 , et Guillaume IV, son fils , fut le neuvième comte de Toulouse. Son fils puîné fut appelé comte de Saint-Gilles, et s'illustra bientôt sous ce nom. Guillaume s'intitulait duc et comte du Toulousain, dç l’Albigeois, du Quercy, du Lodévois, du Périgord, de Carcassès, de TAgénois et de l’Astarac. Le roi de France n’en avait pas tant.

Cette grande puissance ne l’empêcha pas pourtant d’être battu en 1079 par .Guillaume de Poitiers et d’Aquitaine , qu’il était allé insulter dans Bordeaux , et qui le repoussa jusqu’à Toulouse. Le comte de Poitiers prit sa capitale, et la lui rendit après en avoir reçu la promesse de rester tranquille. 11 fit", cette même année, un voyage de Rome pour se distraire, et prit pour fémine, à son retour, Emma, fille du comte de Mortaing. Les moinès de Saint-Sernin s’étant avisés, en 1083, de se faire chanoines pour ne relever que du saint-siège, Guillaume IV soutint ouvertement l’évêque Iiorn, chassa les nouveaux chanoines de l'abbaye, et y introduisit des moines que l’évêque avait demandés à l’abbé de Cluny ; mais il avait compté sans le terrible Grégoire VII , qu’il aurait dû cependant connaître pendant son voyage de Rome. Les anathèmes ne se firent pas alteudrc , et Guillaume rappela bien vite les chanoines de Saint-Sernin pour calmer la colère du fougueux Hildebrand. L’évéque Izarn fut obligé lui-même de se justifier devant le concile tenu en 1090 à Toulouse. Guillaume mourut sans enfants en 1093; mais il avait déjà adopté pour héritier son frère Raymond de Saint-Gilles , qui , ajoutant son apanage aux domaines de sa maison, se qualifia comte de Toulouse, duc ‘de Narbonne et marquis de Provence. Chacun prenait alors les titres qu’il voulait : c’était à peu près comme aujourd’hui , mais on travaillait plus en grand. Raymond IV ou de Saint-Gilles avait déjà usé deux femmes; il épousa en troisièmes

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noces Elvire, fille naturelle d'Alphonse VI, roi de Léon et de Castille. Il reçut en 1095 le pape Urbain 11 dans sa capitale , et partit deux ans après pour la croisade , laissant le gouvernement de scs états è Bertrand son fils , qui prit dès lors le titre de comte de Toulouse, de Rouergue et d' Albigeois. C'est à cette époque qu'à l'exemple de tous les chevaliers , la maison de Toulouse prit pour armes une croix cloché» , vidée , pommelée et olesée d'or sur un champ de gueules.

L'absence de Raymond de Saint-Gilles et la faiblesse du jeune Bertrand engagèrent Guillaume de Poitiers .et d'Aquitaine à réclamer le comté de Toulouse au nom de sa femme-Philippe, sœur de Raymond. Le vicomte Adhémarqui, à l'exemple de ses aïeux , intriguait toujours contre la famille de ses comtes, favorisa les prétentions du duc d'Aquitaine. Les chanoines de Saint-Sernin , dont Bertrand avait voulu usurper les domaines , s'unirent à cette ligue , et à la faveur de ces intelligences, Guillaume s'empara de Toulouse eu- 1098; mais deux ans après, nous y voyons rentrer le comte Bertrand sans sommation ni résistance, sans savoir quel motif avait forcé l'usurpateur à déguerpir. La mort de Raymond de Saint- Gilles avait peut-êtré donné une force nouvelle aux droits de son fils, et Bertrand , s'étant réconcilié avec les chanoines , partit à son tour pour la Terre-Sainte avec quatre mille chevaliers. Le jeune Alphonse, son frère, né en Palestine, et ramené à Toulouse par les premiers croisés , prit donc en (109 le gouvernement du comté , et en hérita définitivement le 21 avril 1112 par la mort de Bertrand , qui finit ses jours à Tripoli de Syrie. La jeunesse d’Alphonse, surnommé Jourdain parce qu’il était né près de ce fleuve, réveilla l'ambition de Guillaume d'Aquitaine. Il revint encore une fois à Toulouse en l'an 1114, soutenu par le vicomte do Béziers et autres grands vassaux du comté. Les Toulousains, divisés eux-mèmes en deux fractions, abandonnés par leur jeune comte qn’on ne sait où trouver dans cette guerre, se livrèrent un rude combat dans les rues de leur ville. Pierre Andoquc, évêque de Pampeiune , fut tué d'uu coup de pierre en se jetant comme un médiateur entre les deux partis. La victoire resta à Guillaume, qui reçut l'hommage das vassaux du comté, en pcésence dé Léger , archevêque de Bourges, de l'évêque' Gérard d'Angoulême, deCentulle, comte de Bigorre, d'Arnoul de Mongomery, et du fameux Robert d'Arbrisscl , abbé de Fontevrauld. On fit une procession célèbre pour consacrer l'avènement du duc d'Aquitaine. II y vint tant de prélats , de moines et de peuple , qu'op fut obligé d'en loger les trois quarts sous des tentes hors de la ville.. Les couv ents y arrivaient avec les châsses de leurs saints, les moines de Lézat y apportèrent celle de saint Antoine ; mais quand il fallut se remettre eu route, le saint ne voulut point s’en retourner, çt on fut obligé de lui bâtir une église sur place. Guillaume en désigna le terrain , et cette église, construite sous l'invocation de saint Antoine, fut démolie en 1555 par les Anglais. La princesse Philippe eut le bonheur de mourir, en 1115, dans la ville qui l'avait vue naître, et son époux ne la pleura pas longtemps ; mais ses dérèglements révoltèrent à tel point le peuple et le clergé de Toulouse, qu'ils le chassèrent, lui et scs troupes, dans une nouvelle émeute. Alfonse Jourdain ne reparut pas encore, et les Toulousains se consolèrent de son absence par la tenue de deux conciles ; l'un', qui fut le dixième de celte ville , fut présidé par le pape Calixle. II , qui lança les foudres du saint-siège sur les manichéens de la contrée. Il parait cependant que le

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château Narbonnais était encore occupé par un officier du duc d'Aquitaine nommé Guillaume de Montmaurel. Après huit ou neuf ans de patience, une nouvelle attaque força ce Montmaurel à capituler, et les Toulousains appredant alors, en 1223, que leur comte Alfonse Jourdain était assiégé dans la ville d'Orange par lé comte de Barcelone , allèrent le délivrer à main armée.

Alfonse ne rentra pas de suite dans sa capitule. Il s’arrêta dans Saint-Gilles pour châtier les moines qui l’avaient sans doute abandonné dans sa disgrâce, brava même les excommunications de t’.alixte II, et fortifié par la mort de. son rival d’Aquitaine, il força, pour ainsi dire, le comte de Barcelone, Raymond Bérenger III i a signer un traité de paix qui lui valut le comté d’Argens, le château de Beaueaire, la moitié de la ville d'Avignon, et toute la partie de la Provence située entre la Durance et l’Isère. Alfonse, rentré dans Tpdlouse, fit, en 1 127, de grandes libéralités au nouveau couvent de Saint-Antoine et aux chanoines de Saint-Sernin. Il assista au nombre des douze pairs au sacre de I.ouis-le-Jeune, au mois d'octobre 1131 , renonça , en 1138, au droit qu'avaient les comtes de s’emparer de la dépouille des évêques au moment de leur mort ; et fit , en 1 1 îo , un second pèlerinage à Saint-Jarques de Compostellc. Est-ce pendant ce voyage que Louis-le- Jenne s'avança vers Toulouse avec une armée, pour revendiquer cet héritage prétendu de sa remine Aliénor de Guiennc? Et les Toulousains furent-ils réellement dans le cas de se défendre? On ne connaît de cet épisode que les remeret-ments d' Alfonse Jourdain à son peuple, à son retour d’Espagne. On n'en sait pas plus sur les résultats de la ligue des vicomtes de Béziers, de Carcassonne , de Nîmes , de Lantrec, des comtes du Rouerguc et de Barcelone, contre le comte de Toulouse , en 1 1 42. On sait seulement qu’ayant cherché à soulever les sujets de la vicomtesse de Montpellier, qui était entrée dans cotte ligue, il fut excommunié encore une fois par Innocent II et absous en 1 143. Alfonse Jourdain alla mourir cinq ans après en Palestine, comme son père et ses frères. On dit que le poison trancha ses jours, et les Toulousains furent vivement affligés de sa perte. Il avait publié le premier recueil de leurs coutumes, les avait affranchis des droits de queste , de tolte et de chevauchée commune. Il leur avait permis de construire un pont sur la Garonne , avec exemption de tout péage ; et, à l’exemple des rois de France, en confirmant les franchises municipales de la cité, il avait institué les magistrats qui prirent hientét après le nom de Capitouls. la poésie fut en honneur sous son règne. I.es troubadours fréquentaient assidûment sa cour, et dans le nombre se distingua un Toulousain , fils d'un chevalier nommé Geraud, et un poêle latin du nom de Raymond , qui félicita en vers l’abbé de Cluny, Pierre-le- Vénérable.

Raymond V, fils aîné d’Alfonso Jourdain, lui succéda à l'âge de quatorze ans, et ses manières affectueuses lui gagnèrent tous les coeurs II fit la guerre, eu 1153, à Raymond Trencavel, vicomte de Béziers, et à Guillaume VI, seigneur de Montpellier, qui avaient accepté la suzeraineté des comtes de Barcelone , les battit , les prit le 10 octobre, et ne h-s relâcha qu’après en avoir tiré une forte rançon et la reconnaissance de leur ancien vasselage. C'est après cette guerre qu’il épousa, en 1154, Constance, sœur de Louis VII de France. C’était la première alliance royale que contractait sa maison. Aussi In ville de Toulouse fit-elle

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aux deux époux une entrée magnifique. Il y eut des joutes , des tournois dans lesquels figura, pour la première fois, la compagnie des chcvalicis du faubourg. Mais cette*joie ne fut pas de longue durée. Les déréglements de Raymond fatiguèrent bientôt la malheureuse Constance, et dix ans après son mariage, elle l'abandonna à ses maîtresses et rentra à la cour de son frère. La vie du ronde ne fut plus qu’une longue suite de guerres. La ligue de scs vassaux et du comte de Barcelone se renouait sans cesse. Henri II d'Angleterre, nouvel époux d’Aliénor de Guyenne , y entra |>our réclamer le comté de Toulouse. Il marcha sur çette ville , à travers le Quercy, au mois de juin 1159, suivi d'Étiénne de lllois et de Malcolm d’Écosse, auxquels le comte de Barcelone ne tarda point à se réunir. Mais Louisle-Jeune trouvait cette, fois que les prétentions d'Aliénor n'étaient pas fondées; pressé par les sollicitations des capi louis , il arrive avec son armée , passe à travers le camp des Anglais, pénètre dans la ville, défend sou vassal avec une grande vigueur; et après avoir perdu Aymond de Glocestre, Guillaume de Boulogne et' autres chevaliers, Henri II se retira en publiant qu'il ne pouvait pas attaquer une ville défendue par son suzerain en personne. Raymond, délivré des Anglais, se vengea de ses infidèles vassaux , de Treucavel et d'Ermengardfe de Narbonne ; mais ■ pendant qu'il guerroyait loin de sa capitale, l'archevêque de Bordeaux, lieutenant du roi d’Angleterre, faisait des courses jusqu'aux portes de Toulouse, rasait les châteaux , brûlait même les églises. Ray moud revint sur scs pas pour mettre un terme à ces désordres. 11 fit, en 1165, une alliance assez inutile avec l'empereur Frédéric II; et dans l’espoir de gagner le comté d’Arles , liérilagc de Raymond Bérenger, il épousa Richilde, sa veuve. '

Mais Alphonse , roi d’Aragon et comte de Barcelone , cousin germain du mort, chassa Raymond de cette partie de la Provence cl lui suscita assez d’ennemis dans scs états pour l'empêcher d’y revenir. Fatigué de celte guerre intestine , le comte de Toulouse voulut du moins lui ùter l’appui de l'étranger : il Gt la paix avec Henri 11, en 1173; se raccommoda, en 1176, avec le roi d'Aragon et lui vendit ses droits au comté d'Arles pour trois mille marcs d'argent. Mais la bonne foi n otait d'aucun côté. Raymond lie signait ces traités que pour avoir la liberté d’opprimer ses vassaux, et le roi d'Aragon commençait à fomenter en secret leurs rébellions. Il s'allia bientôt avec Richard, duc d’Aquitaine, qui , rassemblant une armée de Brabançons et de cottercaux , vint ravager tous les environs de Toulouse. Cette guerre devint encore plus dangereuse quand ce même Richard fut devenu roi d'Angleterre, en 1189, à la mort de Henri II. Mais Philippe- Auguste attaqua vigoureusement les Anglais dans le Berry, et cette diversion sauva Raymond et sa capitale. Ce comte n'eut vraiment de repos que dans la tombe*. Il y descendit, en 119'», à l’âge de soixante ans, et Int pleuré par son peuple qui l'appelait le bon ttaymond. Les troubadours perdirent en lui un de leurs plus grands protecteurs. On cite , parmi ces joyeux parasites, Bernard de Ventadour, Pierre Vidal le Toulousain, Bruncncs de Rodez, Pierre d’Auvergne, Arnaud d’Aniels , Pons de (àipducnil, Guillnurne-le-Pizier, seigneur de Noaillac; Bérenger de Palazol, Kainaud de la Ciotat, Raymond de Durfort, chevalier du Quercy; Guillaume de Ralazun, Bernard de Miraval, et autres qu'il serait trop long d'énumérer.

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