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Raymond Vf succéda à son père. Il fit fa paix , en 1195 , avec Richard-Cœur ■ de-Lion , qui renonça à ses prétentions sur le comté de Toulouse , lui rendit le Quercy, et lui donna Jeanne, sa sœur, veuve du roi de Sicile, avec l’Agénois pour dot. Raymond Vf était déjà marié à Rourguigne de Lusignan, mais une répudiation ne coûtait guère aux princes de ce temps. Jeanne fut comtesse de Toulouse, et son nouvel époux, rendant hommage au roi d’Angleterre pour le comté d'Agen, s'engagea à le servir dans les guerres de Gascogne avec cinq cents hommes d’armes. Richard ne réclama point ce service, et cette alliance étant rompue, en 1199, par la mort de ce monarque et de sa sœur, Raymond VI épousa , un au après, Éléonore d'Aragon , sœur de Pierre II , successeur du roi Alphonse. Un épisode de ce règne atteste la puissance et l'indépendance des communes. Les capitouls de Toulouse, insultés sans doute par les gens de llabasteins, déclarèrent la guerre, en 1201 , aux chevaliers et habitants de cette ville, et s'avancèrent en armes au renduent de l’Agout et du Tarn. Mais des hommes sages intervinrent , et le différend , remis h l'arbitrage de Raymond Vf , ne servit qu'à consacrer ce droit municipal et à montrer le cas qu'on faisait de la justice du comte.
Des troubles d’une autre nature allaient désoler la ville de Toulouse ; les enuemis de la cour de Rome y manifestaient depuis longtemps une opposition que le saint-siège avait intérêt à réprimer. Dès l’année 1278 , le cardinal de Saint-Chrysogone y était venu de la part du pape Alexandre III , avec de nombreux missionnaires, pour catéchiser ce qu'on appelait encore des manichéens. Le peuple les avait hués et poursuivis en les traitant d'apostats et d'hypocrites ; il avait fallu employer la force pour arrêter cette émeute, et ces scènes s'étaient plusieurs fois reproduites quand le pape Innocent III résolut de mettre lin à cette hérésie. Pierre de Castelnau , moine de Fonfrède , fut envoyé par lui à Toulouse en 1204 ; il y rencontra Diègue d'Azébès, évêque d'Ostna , avec don Guzman Dominique, et leurs terribles anathèmes annoncèrent au peuple le caractère de leur mission. Raymond de Rnbaslens, évêque du diocèse, voulut défendre son troupeau contre les rigueurs de ce triumvirat sacré ; on l'accusa de tiédeur, de connivence même avec les hérétiques , et l’on mit à sa place un certain Folquet , jongleur débauché, qui avait rempli la Provence du bruit de ses sirventes et de ses adultères, mais à qui le fanatisme tenait lieu de toutes les vertus. Raymond VI , qui s'était déjà brouillé plusieurs fois avec la cour de Rome pour quelques démêlés avec les moines de Saint-Gilles, eut alors deux persécuteurs intraitables; et quand le ' meurtre de Pierre de Castelnau eut armé contre lui les foudres du saint-siège , l'évêque Folquet ou Foulques, comme disent les écrivains ecclésiastiques, fut un des principaux agents de l’ambition de Simon de Montfort. Le comte de Toulouse ne se trompa point aux promesses d’innocent III; il vit qu'on en voulait à ses états , et , après avoir essayé de négocier avec le roi de France et l’empereur Othon , il aurait dû s'unir aux Trancavel , à tous ses vassaux , appeler son peuple aux armes et faire tête à l'orage; mais c’était au-dessus de son énergie ; il s'humilia aux pieds des légats; il se croisa lui-même contre ses sujets, et ne reconnut l'inutilité de ses bassesses qu'après avoir vu les domaines de Trencavel livrés à Simon de Montfort. Retiré dans sa capitale, il en appelle trop tard à son courage, vi. 18
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On le somme (le livrer tous ceux de ses sujets que les légats lui désigneront; on punit ses refus d'une excommunication nouvelle ; on l’accuse de n’avoir pas rétabli les évoques de Vaison et de Carpentras sur leurs sièges, comme si les croisés n’étaient pas les maîtres du comtat et libres de les rétablir eux-mèmes. Innocent 111, qu'il va suppliai' encore, lui montre le désir de l'absoudre, mais ses légats, fidèles à scs instructions secrètes , ne le trouvent jamais digne d’être absous.
Le pape a été plus sincère- avec les députés de la ville de Toulouse; il leur a franchement pardonné , parce que Simon , son favori , a besoin de sujets ;-il n'en veut qu'à la couronne du comte. Maître Thédise, le colégat de Pierre de Castelnau , ne veut jamais le déclarer innocent du meurtre de ce moine. Raymond essaie de traiter avec Simon lui-méme, il le voit à Alby, à Narbonne, et revient do plus en plus convaincu de l'insatiable ambition de cet hypocrite. 11 appreud bientét que Simon de Montfort a recherché l'alliance du roi d'Aragon ; que Pierre 11 a fiancé son (ils, âgé de trois ans, avec la fille de son ennemi, qu'il a livré cet enfant royal en otage ou chef de la croisade. Raymond VI craint que l'alliance de ce roi ne lui échappe, il se lutte de lui demander sa scrur doua Garde pour le jeune Raymond, son fils, Agé de quatorze ans; et, dans l’espoir que ce jeune prince sera plus respecté que lui-méme , il lui fait donation de tous ses états; vaine illusion ! Ce mariage alarme les légats, et le roi d’Aragon et le comte de Toulouse sont mandés au concile d’Arles.
On ordonne à Raymond de licencier ses troupes, de livrer les hérétiques, de raser ses places fortes, d'interdire le séjour des villes à ses vassaux , d'aller faire pénitence en Palestine , pour laisser le champ libre A l'usurpation ; et comme dans les actes de ce temps le ridicule se mêle toujours à l’atroce, on lui enjoignait de ne manger que de deux sortes de viande, et de forcer ses sujets de substituer à leurs vêtements des habits noirs et râpés. Pierre II et Raymond s'échappent en fugitifs de cette absurde conférence, et les anathèmes les poursuivent dans leur retraite. De nouveaux croisés arrivent, le 10 mars : ce sont Robert de Courtenav, Enguerrand de Coucy, Léopold d’Autriche. L'évéque Eolquet anime les catholiques de Toulouse contre leur seigneur; il forme une confrérie blanche de cinq mille hommes sous le commandement de quatre prévéts, qui s'érigent en tribunal et dépouillent les riches sous prétexte d’usure. Les Albigeois de Toulouse se liguent, A leur tour, sous le nom de confrérie noire; on se bat dans les rues, et les siraires de l’évêque, ne pouvant tenir contre leurs adversaires, vont joindre Simon de Montfort au siège de Lavaur. Raymond ordonne A Eolquet de les suivre; il s'y refuse; il reste quelques jours pour constater sa résistance, et va de lui-méme assister A la prise de Lavaur, que suivent des atrocités sans exemple dans un pays où l'on croyait avoir épuisé tous les genres de supplices. Baudouin , frère de Raymond, en est tellement effrayé qu'il l'abandonne pour passer A ses ennemis; Simon de Montfort vient enfin mettre le siège devant Toulouse. Folquet , trahi par son clergé , lui enjoint d'en sortir ; et les chanoines , les moines, les prêtres , se retirent pieds nus, emportant avec eux le Saint-Sacrement et chantant les psaumes de la Pénitence. Les croisés attaquent la ville du cété du bourg et de l’église de Saint-Sernin ; les autres cétés sont libres , et les comtes de Fois et de
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f.omminges s'y introduisent pour la défendre. Après un assaut inutile , les croisés sont attaqués par les trois comtes et poursuivis à une lieue de la ville , malgré les prédications de l'abbé de Liteaux et de saint Dominique, qui assistaient à ce siège.
Le 27 juin , pendant qu'un détachement de croisés est allé chercher des vivres, les comtes de Toulouse et de Foix font une nouvelle sortie , brûlent et pillent les tentes , mettent en déroute les troupes du comte de Bar, égorgent tout ce que la fuite ne dérobe point à leurs épées. La disette force enfin Simon de Montfort à lever le siège; et Raymond peut voir ce qu'il aurait fait si, dès le début de cette guerre, il se lût montré digne de la soutenir. Un renfort de deux mille Basques lui arrive, sous la conduite de Snvarir de Mnuléon , sénéchal d'Aquitaine; et il se met en compagne pour attaquer son rival dans Castelnaudary. la puissance de Simon est ébranlée, mais il appelle des secours de toutes parts. Gui de Levis, Bouchard de Mark et l'Anglais Martin d'AIgnis lui en amènent, auxquels Itogcr de Foix essaie en vain de fermer le passage ; il est battu, repoussé dans son camp. Raymond va lever le siège et va se venger sur les villes de Gaillae, de Puylaurens et de Rahnstcins, qu'il rattache à sa puissance. I)e son côte, Simon reçoit encore de nouveaux renforts; il s'empare de l’Agénois, de Moissac, d'une partie du comté de Comminges, et la bataille de Muret , où Pierre d'Aragon vient perdre la vie, met le comble au rétablissement de sa fortune. Simon de Montfort va soumettre les environs du Rhûne , pendant que Raymond court en Angleterre implorer l'assistance du roi Jean : il en revient seul et pour se souiller d’un fratricide , en ordonnant le supplice de Baudouin , son frère , que le seigneur de l'OIme a attiré daHS un piège. <> crime était d'autant plus inutile, que Raymond était sans ressource; puisque un mois après, en avril 121 V, il déposa sa couronne et celle de son fils aux pieds du cardinal de Bénévcnt, nouveau légat du saintsiège. C’est nu pape qu’il croyait la remettre, avec l'espoir secret de la recevoir de nouveau , comme vassal du saint-père; mais ce fut è Simon de Montfort que le concile de Montpellier l’adjugea, au mois de janvier t2lô. I.'évèque Folquet prit alors possession de lacapitale que les Toulousains n'osèrent plus défendre, quoique les deux comtes et leurs royales épouses fussent encore dans la ville Ils livrèrent tristement leur palais ù Pévéque et se retirèrent dans la modeste demeure d'un particulier nommé David de Roaix, tandis que douze des capitouls étaient envoyés en otages dans la ville d’Arles. Les deux comtes quittèrent enfin leur ville, à l’approche de Simon de Montfort , qui y reçut en souverain le prince Louis de France ; les seigneurs et les évêques y vinrent tour à tour lui faire hommage de leurs domaines, et c'est a l'abri de sa puissance que saint Dominique y établit ses Frères Prêcheurs dans deux maisons situées près du château Narbonnais, que lui donnèrent deux Toulousains, nommés Pierre Cellnni et Thomas, en se rangeant au nombre de ses diseiples. I.'évèque Foulques leur donna , en 122G, l'église de Saint-Romain; mais, en 1229, il s'établirent définitivement dans le couvent de Saint-Thomas d'Aquin, qu'ils occupèrent jusqn’ii la révolution de 1789.
Les deux Raymond se rendaient, pendant ce temps, à la cour de Rome pour implorer la justice du pape; mais ils n'en obtinrent qu'une bénédiction dérisoire. Le concile de Latran était dominé par les envoyés de Simon, qui se croyait assez sûr de sa conquête pour en faire hommage h Philippe-Auguste. La mort d'Inno-
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cent III change la face des affaires. Les Toulousains, informas que la Provence a donné une armée ù Raymond le jeune, que son père négocie auprès de Jacques d'Aragon , manifestent quelques espérances d’affranchissement. Simon de Montfort s'en indigne et se venge en barbare. Il fait mettre le feu à trois quartiers de la ville, à Saint-Remesy, à Joux-Aigues et vers la place Saint-Étienne. Les Toulousains se révoltent ; ils éteignent l’incendie, chassent les soldats de Mont fort de rue en nie, le forcent à se réfugier hii-mème dans la cathédrale. Mais l'intervention et l’adresse de l’évêque et de l'abbé de Saint-Semin apaisent cette émeute ; sur la foi des prélats , dont il connaît cependant la perfidie , le peuple consent à déposer les armes et à payer trente mille marcs d'argent pour racheter le sac de la ville. Simon fait raser les tours et les maisons qui pouvaient servir de défense aux habitants, et les met à la merci de la garnison du château Narbonnais. Mais ces rigueurs ne produisent qu'une exaspération nouvelle. Les Toulousains députent vers leur ancien maître , qui s'avançait par le Comminges avec un corps de Catalans et d'Aragonais, et le 13 septembre 1217, à la faveur d’un brouillard, Raymond, traversant la Garonne au gué qui est sous le moulin du Basacle, rentre dans sa capitale, aux acclamations de son peuple et sous les yeux de la comtesse de Montfort , qui était réduite à regarder cette révolution des remparts du château Narbonnais. Le frère et le neveu de Simon accourent des environs de Carcassonne, et croient surprendre la ville de Toulouse, du côté du plan de Monlolieu et du jardin de Saint-Jacques. Repoussés dans deux assauts , ils sont contraints de se barricader dans les environs du château. Les deux partis appellent des secours de toutes parts ; plusieurs seigneurs de ^ province viennent prêter leur assistance à Raymond. Ce sont Gaspard de la Barthe, Roger de Comminges . Jourdain de Lille, Geraud de Gourdon et de Caraman , les frères de Montaigu , les frères de Marmande, les frères de Lavalette, Bertrand de Pestillac, Geraud d'Amanicu ; ils arrivent successivement dans Toulouse , enseignes déployées. Raymond le jeune vient y rejoindre son père; le comte de Foix l'y suit avec un renfort de Catalans et de Navarrais. Simon de Montfort s'adresse au roi de France, aux évêques de la province, et marche sur la capitale, à la tète d'une armée.
Vers la lin de septembre 1217, il camposous les murs de cette ville, que ses habitants ont eu soin de relever. 11 les attaque , du côté de Montolieu , sans le moindre succès, et passe la Garonne pour faire une nouvelle tentative sur le faubourg de Saint-Subra. Mais les Toulousains lui laissent à peine le temps de dresser scs machines. Le comte de Foix le surprend , le repousse jusqu'aux portes de Muret. Raymond assiège à son tour le château Narbonnais, sans que le siège de la ville discontinue. Simon de Montfort, revenu dans son camp, y reçoit les bannières des comtes de Fezcnsac, d'Anissand de Caumont, d'Oton de Montaut, de chevaliers flamands que l'évêque Foulques est allé recruter. La constance et l'audace des assiégés n’en sont point ébranlées. Le 23 juin 1218, iis tentent une sortie vigoureuse , surprennent les croisés et les font plier de toutes parts , quand Simon de Montfort se précipite dans la mêlée, refoule les soldats et les chevaliers jusque dans la place. Mais son heure est venue; une pierre, lancée par un mangonneau , l'atteint à la tête et le renverse sans vie. Les moines en font un martyr, un Judas Machabée; les hommes justes n’y voient qu’un capitaine plein de bra-
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voure, mais couvert de crimes que ne justifie pas même ce temps de barbarie.
Ainaury, son fils et son successeur, leva, le 25 juillet, le siège de Toulouse, et en appela tout à la fois au pape et à Philippe-Auguste. Louis de France revint à la tête d'une armée; il joignit Amaury au siège de Marmandc, dans les premiers mois de 1219, prit cette ville, la noya dans le sang, et parut, le 16 juin, devant Toulouse. liaymond VI on avait entièrement réparé les fortifications ; et pour ranimer le courage de ses habitants, il les avait exemptés d'impôts; no se réservant que ses droits sur le vin , le pain et le sel. Leur contenance héroïque ne se démentit point. Deux ou trois assauts impuissants rebutèrent les chevaliers français, dont la plupart faisaient des vœux secrets pour les comtes de Toulouse ; et Louis s'en retourna, le 1*' août, laissant aux assiégés toutes ses machines de guerre Nous avons dit quelle pensée politique avait causé cette retraite précipitée, et comment Amaury de Montfort avait été amené à céder tous ses droits au nouveau roi de France Louis VIH. Toulouse avait aussi changé de maître. Une mort subite avait enlevé Raymond, au mois d'aoüt 1222, et les hospitaliers de Saint-Jean avaient eu à peine le temps de Le couvrir du manteau de l'ordre, sous lequel il avait fait vœu de mourir, par un acte du 30 mai 1218. Cet acte de pénitence n'empêcha point l’historien Pierre de Vaux-Cernay de l’appeler membre du diable elflls aine de Satan. La sépulture ecclésiastique lui fut même refusée. Les papes Grégoire IX et Innocent IV ordonnèrent en vain des enquêtes. En vain Raymond VII prouva par cent dix témoins, et devant deux commissions successives , que son père avait toujours rempli ses devoirs de bon catholique ; qu'il avait rétabli la cathédrale de Saint-Étienne de Toulouse, enrichi de ses libéralités douze grandes abbayes et une foule de couvents de la province. Ce procès dura quinze ans.et n'aboutit à rien. Le corps de Raymond VI , jeté dans un cercueil de bois, resta déposé près du cimetière de Saint-Jean , à la merci des intempéries de l’air et des animaux rongeurs, et un auteur du xiv* siècle déclare l'avoir vu encore à cette même place. Raymond VII fut tourmenté par les persécuteurs de la mémoire de son père. Il trouva vainement un défenseur dans ce même Arnaud, abbé de Liteaux , qui avait commandé la croisade, et qui, devenu archevêque de Narbonne,.avait eu à souffrir de l'ingratitude et de l'ambition de Simon de Montfort. Le concile de Montpellier demanda vainement son absolution. Nous avons dit, dans la notice sur le Languedoc, par qui cette réconciliation fut traversée, et comment le comté de Toulouse et la province furent réunis à la couronne de France.
Une des clauses du traité de 1229, qui dépouillait Raymond Vil de la plus grande partie de ses domaines, au prolit de Louis IX, l’obligeait à entretenir dans sa ville des maîtres de droit canon, de théologie, de philosophie et de grammaire. Ces professeurs y existaient déjà pour la plupart. Un Alexandre, qui mourut évêque de Chester, en 1239, y avait professé la théologie, au commencement de ce siècle ; et en 1227, le droit civil y avait été enseigné par le célèbre François Accurse. Un bref du pape Grégoire IX avait créé ou permis ces établissements, en 1223. Mais c'est après le traité de Louis IX que ces diverses chaires formèrent nn ensemble de quatre facultés, et ce fut là l’origine de l’Université de Toulouse.
Raymond VII revint tristement dans sa capitale, on le cardinal de Saint-Ange
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régnait en mattre. Il vit ordonner la démolition de toute* »es places par le concile que présidait ce légat. L'établissement de l’inquisition y fut confirmé; et l'eiercice en fut d'abord attribué aux évêques. Mais, par un bref du mois d'avril 1233, Grégoire IX le remit exclusivement aux enfants de Saint-Dominique. Il s'ensuivit des supplices et des atrocités qui produisirent partout des soulèvements. Toulouse se révolta, en 1234, et fut d'abord comprimée par Durand de Saint- Bars, viguier de Raymond ; mais l’exécution de quelques chefs , et l'exhumation des cadavres suspectés d'hérésie, excitèrent à bon droit une explosion nouvelle. l,es rapitouis se mirent à la tète du peuple. Le 6 novembre 1235, les féroces dominicains furent chassés de la ville , et en sortirent en procession au nombre de quarante. L’évêque Raymond de Felgar, leur ancien provincial, se hâta de les rejoindre , et fulmina l'anathème contre onze capitouls et autres hérétiques toulousains; et le pape écrivit, le 28 avril 1236, au comte Raymond , pour lui commander de rétablir l'évêque dans son diocèse et ses bourreaux enfroqués dans leur couvent. Raymond VII n’était plus que l’esclave de Rome et du roi de France, il obéit ; et les exécutions recommencèrent , quelques efforts que fit le pape luimême pour modérer la fougue meurtrière des inquisiteurs. Raymond ne tenait nulle part. On le voyait à Rome, en Allemagne , à la cour d’Espagne, impatient de sa situation , poursuivant en vain la réhabilitation de la mémoire de son père , et se consolant, par des hommages et par des fêtes, de la décadence de son autorité. Ainsi, pendant un court séjour à Toulouse, un jour de Noël 1244, il fient une cour plénière , où il crée deux cents chevaliers. Trois ans après, il recrute pour une croisade nouvelle, prend la croix lui-même, et concède aux Toulousains le droit d élire, tous les ans, leurs vingt-quatre capitouls. Mais il laissa partir sans lui et saint Louis et Alfonse, comte de Poitiers, son gendre et son successeur. Il est même difficile de croire qu'il eût réellement l'intention de faire le voyage d'outre mer. Quoi qu'il en soit, la mort ne lui en laissa pas le temps. Il mourut à Milhau, le 27 septembre 1249, à l'Age de cinquante-deux ans, et fut enterré, suivant ses dernières volontés, auprès de Jeanne d'Angleterre, sa mère, dans l'abbaye de Fontevrault qu'il avait comblée de ses libéralités. Avec lui finit la postérité masculine des comtes de Toulouse, après quatre siècles de règne. La poésie fleurit dans leur capitale, pendant la vie des deux derniers Raymond, qui, au milieu de leurs éternelles perplexités, trouvaient encore des loisirs à donner aux troubadours. Parmi les plus fameux de ces courtisans vagabonds, on cite Raymond de Miraval, chevalier du Carcassès, Pierre Vidal, son rival en amour auprès d'Adélaïde de Boissesson, Raymond Jourdain, vicomte de Saint-Antonin , Guillaume Figuière, fils d’un tailleur de Toulouse, Cadenet le Provençal , Hugues de Saint-Cyr, Aymar-lc-Noir, à qui Ray mond VI donna des maisons et des terres, Raymond Roger „.comte de Foix , Savari de Mauléon , le Catalan Guillaume de Bergadou, Pierre d'Auvergne, dit le moine de Montaudon, et Pierre Ordinal, chanoine de la cathédrale du Puy, qui composait, tout à la fois, des sermons et des sirventes.
Ce fut seulement le 23 mai 1251, que la comtesse Jeanne, fille de Raymond, et son royal époux, Alfonse, frère de saint Louis, firent leur entrée solennelle dans la ville de Toulouse. Ils jurèrent le maintien des franchises communales , et en
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repartirent, le 30 du même mois . après avoir Tait casser le testament du dernier comte. Alfonse ne gouverna plus ses comtés que du donjon de Vincennes, et ne reparut à Toulouse qu'à la lin d'avril 1270 , su moment de s'embarquer avec sa femme pour les cèles d'Afrique à la suite de saint Louis. Philippc-lc-llardi hérita presque à la fois du royaume de France et du comté de Toulouse. En apprenant la mort d' Alfonse et de Jeanne, Guillaume de Cohardou, sénéchal de Carcassonne , n’attendit point les ordres du roi pour prendre possession de la province. Il s’établit, le 10 septembre 1271, dans le château Narbonnai», reçut le serment des capitouls et des habitants; et le 4 octobre, les ordres du roi étant arrivés , ces mêmes magistrats renouvelèrent leur foi et hommage , mois toujours sous la réserve des droits de leur consulat , du maintien du droit romain et du vote iibre des impôts. Philippc-lc-llardi n’y vint lui-mémc que le 25 mai 1272, et n’y passa que huit jours.
C’est ici que nous devous placer l’origine du parlement de Toulouse. Alfonse eu avait bien convoqué d’annuels, en 12GG et 12G8; Pbilippe-le-llardi en avait aassi assemblé un dans l’abbaye de Sorèze, en 1271 ; et le 18 janvier 1280 , il en lit tenir un autre dans Toulouse même par trois commissaires. Mais en général les affaires de la province se traitaient au parlement de Paris. Ce furent les États du languedoc qui sc plaignirent, en 1302, à Philippc-le-Bel, de l’éloignèment de cette juridiction et de l’irrégularité des convocations de leurs propres cours de justice, et Pliüippe-le-Bel les (Ha dans Toulouse sous le nom de parlement. Pierre de Chcrchemont en fut le premier président; Jean de Saint-Bonnet, le second, et le 10 janvier 1301, Philippc-le-Bel les installa lui-même en présence de la reine et de ses trois lils. Ce bienfait calma les murmures qu’avait excités la levée des subsides destinés à sa guerre de Flandre. Il y ajouta, pour les Toulousains; l’exemption de toute servitude de corps , moyennant un cens de douxe deniers tournois par séterée de terre, mesure qui équivaut à un tiers d’arpent forestier, et s’en retourna, le 25 janvier, laissant le gouvernement de Toulouse à Hubert d’Artois.
Le pape Clément V y arriva l’année suivante avec neuf cardinaux , pour réchauffer sans doute le fanatisme que Philippe-le-Bel avait essayé d’amortir. Il concéda aux capitouls le droit de nommer g quelques places canoniales et monacales ; et en souvenir du bon accueil des Toulousains , le 17 avril 1300 , il envoya d’Issondun aux étudiants de l'Université le privilège de ne pouvoir être cités en jugement hors dé la ville. Louis X le Butin ajouta, en 1315, à res immunités qtte 1rs capitouls et leurs enfants ne pourraient plus être appliqués à la question, sauf les. cas de lèse-majesté divine et humaine.
Il accorda, en même temps, de grands privilèges aux nobles toulousains. Mais le fanatisme des dominicains ne se ralentissait point, et, le 30 septembre 1319, une scène scandaleuse affligea la ville de Toulouse. Les inquisiteurs Bernard Guidonis et Jean de Beaune appelèrent dans la cathédrale de Saint-Étienne le sénéchal, le juge-mage, les capitouls, et leur tirent renouveler le serment de maintenir la foi et de poursuivre les hérétiques. Après cette cérémonie, furent amenés cent huit malheureux qui gémissaient 'dans les cachots de l'inquisition. Cinq furent livrés au bras séculier, vingt-sept femmes furent condamnées à une
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prison perpétuelle, et soixante-seize autres des deux sexes à porter des croix en feutre jaune sur leur dos et sur leur poitrine. Guidonis fit même déterrer encore et brûler des cadavres d’hérétiques, et les magistrats, qui étaient si jaloux de leurs privilèges à l'égard de l'autorité civile , souffrirent toutes ces infamies de la juridiction ecclésiastique. Philippe-le-Long leur donna pour gouverneur, en 1320, Alpliohse de la Cerda , qui laissa piller Toulouse par une nuée de pastoureaux venus du Bordelais. Ils massacrèrent tous les juifs de cette ville; et, si Aymcry de Cos, sénéchal de Carcassonne, n'avait dispersé cette horde d'égorgeurs, la province tout entière aurait subi le même sort. C’est sous le même règne, en l'an 1317, que l'évêché de Toulouse fut érigé, par le pape Jean XXII , en archevêché; et le premier de ses archevêques fut l'évêque de Maguelonne, Jean de Comminges. Philippe-le-Long y envoya , la même année , Jean , comte de Forez, et Raoul, évêque de Laon , (mur réformer quelques abus; il annonça luimême son arrivée en ordonnant à Jean de Levis-Mi repoix et au seigneur de Crussol de s'y trouver à Noël, mais il en fut sans doute empêché par les factions que venait de susciter la nouvelle proclamation de la loi qui excluait les femmes de la couronne. Charles-le-Bel accomplit, en 1324, la promesse de son frère; il fit son entrée à Toulouse, au mois de janvier, et y resta six semaines.
• C’est vers l'époque de ce voyage que prit naissance l'Académie des jeux floraux, la plus ancienne des institutions littéraires de l'Europe. Sept poètes toulousains se rassemblaient dans un jardin hors de la ville-, sous le nom de collège du gai-savoir. Il leur prit envie, en 1323, (le faire un appel à tous seigneurs, amis et compagnons qui cultivaient la poésie, de les inviter à se trouver sous leurs frais ombrages, au mois de mai suivant, pour lire leurs ouvrages, et ils promirent une violette d'or fin à l'auteur du meilleur poème qui serait lu dans cette réunion. Le concoui's fut immense et le prix fut décerné à A rnaud Vidal de Castelnaudary . Les Capitouls y virent une ère de gloire pour leur cité, et se chargèrent à l’avenir d’acheter la violette d'or. Vers 1385, on y joignit deux lleurs nouvelles, l'églantine et le souci d'argent. Les statuts de la société, rédigés trente ans avant , donnaient le nom de mainleneurs aux sept juges, et interdisaient le concours aux juifs, aux Sarrasins, aux blasphémateurs et aux excommuniés Le lauréat était proclamé bachelier, et s'il remportait un second prix, il était déclaré maître du gai-savoir, docteur du jeu d’amour, l-es faubourgs de Toulouse ayant été bnilés, en 1350, par les Anglais, la gaie société , privée de son beau jardin, se réfugia à l'hôtel de \ ille , nommé le capitule , et y prit le nom de collège de rhétorique. Sa prospérité se maintint jusqu'au xve siècle. Mais la peste et les séditions l'interrompirent, pendant quelques années, jusqu'à la venue de démence Isaure. Celte belle Toulousaine, née d'une famille illustre, était passionnée pour la poésie. Elle consacra une partie de sa fortune à la restauration de la société du gai-savoir, pourvut à toutes ses dépenses, pendant sa vie, et lui assuru par son testament un revenu considérable. Cette daine ou demoiselle vivait en 1498, puisqu'un des lauréats (M* de Villeneuve) lui adresse directement ses vers. Mais elle n'existait plus en 1513, suivant un registre qui commence à cette même année. C'est alors pour la première fois que cette société prit le nom de collège des jeux floraux; et les maîtres du gai-savoir ne savaient peut-être pas que ce titre avait été donné
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par la vieille Rome , u des jeux où les courtisanes luttaient d'impudicité. Les jeux de Toulouse furent d'abord plus chastes. Les vers des concurrents étaient exclusivement consacrés à célébrer Dieu , la Vierge et les saints; et l'historien Anquetil a observé que c'étaient de singuliers sujets pour des docteurs en gaie science. Mais tout dégénéré en ce monde , et la pureté des mœurs n'est pas toujours cil rapport direct avec la civilisation. L'académicien La Loubèrc, auteur du I oijage à Simm, ayant visité Toulouse, sa ville natale, vers 1094, fut indigné de voir que l'argent de Clémence Isaure se dépensait en orgies, au lieu de servir à payer les fleurs du concours. Il s’en plaignit à Louis XIV; et ce roi, aussi jaloux de la dignité des lettres que de la sienne propre, réforma ces abus par des lettrespatentes datées de Fontainebleau, ou mois de septembre 1694. Le collège des jeux floraux fut érigé en académie ; le nombre des mainteneurs porté de sept à trente-cinq, la dotation Axée à quatorze mille livres. A l’égkmtinc, & la violette et au souci fut ajoutée l'amaranthe d’or. Pur un édit de 1715 , Louis XV éleva à quarante le nombre des mainteneurs , y compris le chancelier et le maire de Toulouse, dont Louis XIV avait fait un académicien-né. Par un autre édit de 1773, à foftice inamovible de chancelier fut substituée la présidence trimestrielle d’un modérateur désigné par le sort; les sujets de prix furent modifiés par le temps, les quatre fleurs furent destinées au discours, à l’ode , à l'épltrc et à l’élégie. La Vierge fut maintenue dans ses droits, le sonnet lui fut consacré et récompensé par un lys d’argent. Un noble Toulousain vient enfin d'y ajouter une primevère pour l'apologue. C’est le président Boyer, descendant d'un capitoul et aujourd'hui pair de France , qui a fait cette fondation nouvelle. La distribution des fleurs a lieu le 3 mai. C’est un jour de fête pour la ville. Le Capitole est décoré de fleurs et de verdure. La statue de Clémence Isaure y est couronnée de roses , et son éloge est prononcé par le modérateur. L'Académie va chercher les fleurs en grande pompe sur le maltre-autel de l'église de la Daurade, où elles sont exposées depuis le matin, et revient au bruit des fanfares au Capitole, où les lauréats les attendent. Deux couronnes ne sulDseut plus pour être proclamé maître ez jeux floraux , il en faut trois; mais on a fait des exceptions en faveur de quelques poctes illustres. Cet honneur fut accordé jadis à Baïf, à Maynard, à Ronsard , dont la gloire a passé de mode, malgré les efforts qu'on fait aujourd'hui pour la faire reluire. Voltaire le reçut aussi ; et celui-là vivra encore quand il ne sera plus question de ceux qui l'attaquent. Raynouard, l'auteur des Templiers, l’a cntln obtenude notre temps, en récompense de son beau travail sur les troubadours.
Nous avons voulu rassembler tout ce qui concernait la plus ancienne de nos académies, pour ne pas mêler ces détails littéraires nu récit des événements politiques. Nous y revenons avec "Philippe -de -Valois, au nom duquel Toulouse fut gouvernée, en 1317, par le maréchal de France Robert-Bertrand de Briquebec. Le sénéchal de la même époque se nommait Jean de Trye. Il avait succédé à Guiard Guidonis, frère de l’inquisiteur. Philippc-de-Valois rétablit le parlement, ou plutôt il le convoqua de nouveau et y envoya pour commissaires le chevalier Raymond de Châlons, Bertrand, abbé de Saint-Hilaire, et Pierre (ialvan , chantre d'Orléans. Ce parlement eut cela de remarquable , que les évêques de la province n’y furent point appelés; et leur protestation, qui d'ailleurs vi. 49
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fut sans résultat , prouve que eet oubli était une nouveauté. Les troubles qui suivirent la funeste bataille de Poitiers et la eaplivité du roi Jean ne se. firent point d'abord sentir i Toulouse. Cette ville et la province se distinguèrent dans ce désastre par leur empressement à fournir au Dauphin , Charles V, de l'argent et des hommes. Les États y furent convoqués, en 1356, et présidés par le comte d’ Armagnac, lieuteuant du roi, qui rendit hommage à leur patriotisme. Il en reçut une nouvelle preuve , en 1366, quand le Prince Noir vint ravager le Languedoc, à la tête de quinze cents lances, de onze mille archers et d'une foule innombrable de valets et de bandits. Le comte d'Armaguac détruisit les faubourgs pour dégager les remparts de la ville. Les habitants s’armèrent tous à sa voix : quarante-neuf mille combattants attendirent les Anglais, qui n'osèrent donner l'assaut et portèrent leurs ravages dans le bas Languedoc , pillant tout dans un pays bien gras , comme dit Froissart. Les Toulousains furent moins heureux contre les grandes compagnies, qui traversaient le pays sous la conduite du sire d'Alhret pour se rendre en Espagne. Menés par leur sénéchal Guy d’Azay, ils allèrent se faire battre à Montauban, le 14 août 1366, et s’en retournèrent heureusement sans être poursuivis. Au gouvernement du comte d’Armaguac succédèrent ceux des ducs d'Anjou et de Berry, qui vinrent l'un après l'autre accabler la ville d'exactions et ■ de rapines. C'est le premier qui eut l'honneur d'y recevoir, en 1370, le fameux Du Guesclin, à son retour d’Espagne, et ils en partirent tous deux au mois de juillet pour aller guerroyer en Aquitaine. Huit ans après la mort du ronnétablc, la guerre était revenue aux portes de Toulouse : des partisans sans nombre tenaient et fortifiaient les places des environs, nu nom du roi d'Angleterre. Charles VI y envoya un capitaine limousin, nommé Gautier de Passac, qui, vaillamment secondé par Hue de Frondeville, sénéchal de Toulouse, réprima leurs incursions et leur enleva, en 1389, quelques-unes des places qui leur servaient de repaire. Charles y parut , l’année suivante, et fut reçu avec de grandes démonstrations de joie. Le comte de Foix vint l'y saluer et lui rendre hommage, à la tête de deux cents chevaliers, et Froissart raconte qu’il lui fut douné un dinar bel el bien étoffe de toutes choses, qui coûta bien au roi soixante mille francs.
Les troubles de ce malheureux règne se concentrèrent dans les provinces du . nord de la France et sur les eûtes de l'Océan. Mais Charles Vil vint, en 1442, faire de Toulouse le centre de ses opérations contre la Guyenne ; et à partir de la soumission de celte province , en 1453, Toulouse put jouir d’une tranquillité paiTaite, pendant un grand siècle. Ce fut un temps de prospérité pour l'Université de cette ville. Elle s'était distinguée, depuis sa création , par le nombre et la réputation de ses professeurs; et, sous les règnes de Louis XII et de François I", elle en vint à compter plus de dix mille étudiants. C'est dans ce temps que le droit romain y était professé par Arnould Ferrier, le maitre du célèbre Cujas , qui , méconnu par les Toulousains , ses compatriotes , alla chercher à Bourges des écoliers et de la gloire. Mois avec le calvinisme revinrent le trouble, la discorde et les massacres. Les huguenpts dç Toulouse, persécutés par le parlement , sollicitèrent l'appui du prince de Condé, qui leur assigna un jûur pour une révolte générale. Cette correspondance fut interceptéo par le maréchal de Montluc , et renvoyée à rette cour suprême. Quelques arrestations donnèrent l'éveil aux calvinistes, lten-
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forcés par ceux des Pyrénées, qu'ils avaient introduits dans In ville, dans In nuit du 1 1 nu 12 mni 1562, ils se crurent assez forts pour lutter contre les catholiques, et commencèrent leur révolte par l'incendie d'une centaine de maisons. Il s’ensuivit un combat de quatre jours, pendant lequel les deux partis luttèrent de courage et de férocité. Mois l’armée de Montlur, avertie par le parlement, courut à marches forcées sur Toulouse ; les calvinistes, épouvantés, s’enfuirent vers Montauban, mais ils n'échappèrent pas tous, et ceux qu'on put saisir furent impitoyablement égorgés ou livrés aux bourreaux. Le viguier Portai , le rapitoul Mandinelli eurent la tête tranchée ; le capitaine Sans fut écartelé. Cependant , l'esprit de sédition ne fut pas étouffé par cm vengeances, car l’année suivante une nouvelle révolte éclata dans la ville , à l’occasion d’une muraille que le parlement Taisait élever autour de son palais ; et ce fut alors que les cardinaux d’ Armagnac et de Strozzi formèrent une sainte ligue pour donner plus de force aux catholiques. Cette association fut signée, le 2 mars 1503, au château dcTerridc, et servit de modèle à celle de Paris. Les statuts en furent présentés , un an après , au roi Charles IX, qui visita la ville de Toulouse , le 20 février 1564, avec Catherine de Médicis, sa mère. Ce voyage ne rendit point la paix à ses habitants; et huit ans plus tard, le massacre de la Saint-Barthélemi fut continué dans cette ville par l’assassinat de trois cents huguenots, que les étudiants égorgèrent dans les prisons, il l'exception de trois conseillers au parlement , qui furent pendus au grand orme du palais. Catherine de Médicis revint à Toulouse , le 10 avril 1579, sous le règne de son dernier (ils, Henri III, dont les ligueurs languedociens commençaient à se délier. Ce roi, faible, irrésolu, ne faisait qu’irriter l’impatience de ces fanatiques ; et le premier président Duranti, qui, tout en les contenant, manifestait de plus en plus sa fidélité pour son souverain, devint l’objet d'une haine qui n'attendait qu'une occasion pour éclater. Henri III la leur fournit en 1508, en faisant assassiner à Blois, pendant les États, le duc de Guise et le cardinal son frère. La nouvelle de ce double meurtre souleva les Toulousains. Henri III fut pendu en effigie. sur leurs places publiques, et les prédicateurs de la Ligue tonnèrent dans toutes les chaires contre le président Duranti. La populace l'attendit, au sortir du palais, et il ne dut sou salut qu'à la vitesse de ses chevaux. Il ne put cependant gagner son hétel, et fut contraint de se réfugier dans le Capitole , autour duquel mugirent pendant trois joura les vociférations et les menaces. Les ligueurs du parlement excitaient ces misérables, en leur racontant que le premier président avait, seul empêché sa compagnie de proclamer la déchéance du roi. Cependant on le lit passer, sous l’escorte de quelques soldats, dans le couvent des Dominicains, dont on lui lit une prison; mais cette populace, que la promesse d’un jugement avait un moment radoucie , s'impatienta des délais de la cour suprême, et redemanda sa victime. Duranti se revêtit des marques de sa dignité , embrassa la malheureuse Kose de Caulct , sa femme, qui avait partagé sa captivité, et se présenta à ce peuple dans l'espoir de lui imposer par sa contenance et de le ramener par sa parole ; mais à peine avait-il commencé de haranguer ces forcenés ligueurs, qu’un coup d'arquebuse le jeta sans vie sur le |>avé ( 10 février 1589 ; . Sa mort n'assouvit pas même la rage des assassins. Son corps fut traîné dans toute la ville, et pendu avec le portrait du roi au pilori de la place
Saint-Georges. I/avocnt général DefOs, l’ami, le beau-frère de cet intrépide magistrat, fut étranglé , le même jour ; et l'atroce fanatisme des Toulousains ne se démentit point, après l'assassinat du roi qu'ils avaient proscrit. Six mois après, au commencement de 1590, ils honorèrent la mémoire du parricide Clément par une fête qui a souillé leur histoire; et il fallut qu’Hcnri IV menaçât le parlement d'une visite armée, en 1596, pour forcer cette compagnie' à le reconnaître. La paix que ce grand roi fit régner en France fut troublée; par la minorité de Louis XIII ; mais cette guerre de la mère et du lils n'altéra point la tranquillité de Toulouse. Ce roi la visita, le 14 octobre 1621 , en se rendant au siège de Monlaubao, qu’il ne put prendre sur les calvinistes. Ses armes furent plus heureuse» contre le duc Henri II de Montmorenri ; et il revint à Toulouse;, le 22 octobre 1632, pour assister au jugement de ce grand coupable. Louis XIII oublia les grands services de ce malheureux complice de son indigne frère ; mais le parlement montra une grande douleur en prononçant l'arrêt de mort. Les troupes qui l'avaient vaincu entrèrent , le 29, dans la ville, en témoignant une afllirlion qui aurait diî tempérer la dureté de leur maitre, et les Toulousains pleurèrent hautement un gouverneur dont la ville et la province avaient apprécié le noble caractère. Ce fut le 30 octobre , qu'au milieu de la douleur publique , ce maréchal fut décapité dans la cour du Capitole, devant la statue de son parrain Henri IV, et Louis XIU reprit le chemin de Paris avec l’inexorable ministre qui avait provoqué cet acte d'une cruelle justice.
Toulouse eut l’honneur de recevoir deux fois Louis XIV, en 1659, pendant que ses envoyés traitaient de la paix avec le roi d'Espagne Philippe IV, et en 1660, quand il se rendit à Saint-Jean-de-Luz pour épouser l'infante Marie-Thérèse. Le petit-fils de ce roi traversa aussi cette ville, en 1701 , pour aller prendre la couronne d'Espagne ; il était accompagné des ducs de Berri et de Bourgogne , ses frères ; et le capucin Lachrsnaic des Bois, dans son Dictionnaire des Français , a remarqué à cette occasion, qu'aucune autre ville de France n’avait reçu autant de visites royales. Cependant le parlement poursuivait sa guerre contre les huguenots. Toulouse fut encore souillée, le 9 mars 1762, par l'assassinat juridique de Jean Calas. Ce vieillard presque septuagénaire était un négociant estimé , fort attaché à la religion protestante , mais sans intolérance. Il avait souffert qu'un de scs fils abjurât cette religion, et depuis trente ans il avait pour servante une rélée catholique, quand son aîné, Marc-Antoine, dans un accès de misanthropie, osser. ordinaire à son caractère inquiet et sombre, fut trouvé, par son père même, pendu à la porte de son magasin. Les cris de douleur qui partent de la maison à la vue de ce malheureux , attirent la foule étonnée ; et bientôt un misérable s’écrie que celte mort est le crime de Jean Calas. On avance , on affirme que Marc -Antoine avait manifesté l'intention de se faire catholique, et que le père l'en avait puni par un assassinat. Cette absurde et révoltante calomnie est recueillie par cette populace ameutée : aucun catholique toulousain n'oserait la révoquer en doute. Un capitoul , nommé David Baudrigue , s'empare de l'accusation et fait traîner la famille Calas dans un cachot. On arrête avec elle un jeune homme, nommé tavaise, arrivé de Bordeaux, la veille, et qui avait soupé dans la maison. Les prêtres adoptent la version de la populace et du fanatique David. Un monitoire de l'archevêque vient
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en aide à la procédure de cet infâme capitoul. Le clergé réclame le corps de Marc- Antoine, les pénitents Blancs viennent le chercher en procession. L'église s'ouvre pour son cercueil ; et les prêtres, résolus d'en faire un martyr, prononcent, sur la dépouille mortelle d'un calviniste, les prières qu'ils auraient refusées à un catholique flétri pur un suicide. Une foule superstitieuse se pressait autour de sa tombe , et des jongleurs lui prêtaient des miracles. Le parlement commit treize juges pour terminer ce procès. Il s’en trouva de justes dans le nombre : ceux-là déclarèrent que le crime était impossible. Mais huit de ces juges opinèrent comme la lie du peuple, la: vieux Calas fut condamné à la roue, et subit cet épouvantable supplice sans autre cri que celui d’une âme noble, demandant à Dieu le pardon de ses bourreaux. C'était le 9 mars 17G2, jour de fête pour les Toulousains , en commémoration d'une sanglante victoire remportée sur les huguenots. Le supplice d'un calviniste eu devenait le plus bel ornement, aux yeux de ce peuple d’énergumènes. Les juges furent encore assez humains pour ne lui jeter qu'une victime. Un troisième Gis de ce vieillard fut livré à la milice de Saint-Dominique, qui l'emprisonna dans son couvent et lui Gt faire publiquement des actes de catholicisme. Ses tilles furent enfermées dans un autre cloître. Leur malheureuse mère fut seule rendue à la liberté avec le jeune Lavaisse. Elle arriva mourante à Paris, demandant à la philosophie la justice que la religion lui avait déniée. Les avocats de Beaumont, Loiseau et Mariette, embrussèrent sa défense. Douât Calas, dernier lils de la victime, s'étant réfugié en Suisse, Voltaire l'avait fait appeler; et du fond de sa retraite de Ferney, il dirigeait ce grand acte de réhabilitation tardive. Sa voix intéressait l’Europe entière au sort des malheureux Calas. Mais la réparation fut plus lente que le crime des juges de Toulouse. Il fallut trois ans de plaidoyers, de démarches, de supplications, pour obtenir la cassation de cet arrêt de cannibales. La justice eut enfin son jour. Cinquante maîtres des requêtes proclamèrent à Paris , d'une v oix unanime , l'innocence des Calas ; et ce Tut le 9 mars 17C5, jour anniversaire du supplice, que le conseil du roi rendit l'honneur et la liberté à celte triste famille. Louis XV s'honora en joignant un don de trente-six mille francs à cette décision réparatrice. Le parlement de Toulouse et la populace de cette ville en furent seuls attristés ; mais les malédictions de l’Europe répondirent à ce dernier cri d'un fanatisme expirant.
Enfin les rapilouls et le parlement périrent, comme tant d'autres choses, dans le naufrage de toutes les vieilles institutions du royaume, qu'abattirent successivement les décrets de l'Assemblée constituante. Les jours de la Terreur succédèrent malheureusement à ces jours d'espérance, et Toulouse en fut cruellement affligée. Les sbires du tribunal révolutionnaire de Paris vinrent arracher des prisons de cette ville cinquante-trois membres de son parlement : six moururent sur l'échafaud, le 20 avril; vingt-cinq, le là juin, et les vingt-deux autres, le fi juillet 179V. Ses fautes ne méritaient pas une aussi barbare expiation. Le |h:u qui restait de ce corps illustre fut recherché par l’empereur Napoléon , et admis en 1811 dans la cour impériale de Toulouse. Une réaction contre-révolutionnaire éclata dans Toulouse, vers les derniers temps du Directoire. En 1799, quelques gentillâtres, escortés de paysans funatisés, se levèrent à la voix d'un agent vrai on sup|>osé de Louis XVIII. I.es complices qu’ils avaient dans la ville
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môme n’osèrent se joindre à ce noyau de Vendée du Midi. Cette levée de boucliers ne dura que neuf jours, et n’eut d'autre résultat que la mort d’une jiartie des eonjurés. Le retour et le régne de Napoléon mirent un terme à res tentatives de restauration anticipée. Lorsque l’Empire s'écroula sous la ligue de rois et de peuples , les environs de Toulouse servirent de champ de bataille à l'année du maréchal Soult, qui, chassé d'Espagne par Wellington, et poussé, à travers la Gascogne et le Béarn, sur la vieille rnpitale du Languedoc, ne voulut point assister h la chute du grand homme sans porter un dernier coup à scs ennemis les plus acharnés.
Soult n'avait plus que vingt mille hommes à opposer aux cent mille Anglais ou Espagnols que commandait son adversaire. Mais il ne prit conseil que de son courage; il lit élever à la hâte un camp retranché autour de la ville, entre les routes d’Auch et de Saint-Gaudens. Le faubourg Saint -Cyprien fut fermé par des ouvrages de campagne , flanqués de deux fortes redoutes. D'autres furent construites sur la rive droite de la Garonne, en avant des trois ponts du canal des Deux-Mers. Les ponts de l’Ers furent détruits, et des retranchements formidables s’élevèrent sur un coteau qui dominait le canal et la rivière. Les citoyens de Toulouse , les etudiants en droit , se mêlèrent aux soldats pour lutter l'achèvement de ces fortifications improvisées; et grâce h la lenteur prudente de Wellington, toutes ces lignes de défense étaient terminées quand il parut enfin devant la ville , le 6 avril 181 4. Une reconnaissance poussée sur la rive gauche du fieuve lui ayant fait reconnaître que le faubourg Saint-Michel n'avait pas été fortifié , il y dirigea sa première' attaque. Mais le maréchal Soult s'en était fié, de ce cété, au débordement de l'Ariége, au mauvais état des chemins ; et l’aile droite de Wellington reconnut bientôt qu'il était impossible d'y faire avancer des canons et de la cavalerie. Les Anglais repassèrent sur la rive droite, et les journées du 8 et du 9 furent employée» à ce mouvement. Il ne resta sur la rive gauche que les corps des généraux llill et Piéton, chargés d’attaquer le faubourg Saint-Cyprien , et un pont jeté sur la Garonne , près du château de Blagnac , assura la communication des deux ailes. Le 10 avril, dès sept heures du matin , le feu commenta sur toute la ligne. Les généraux Maransin et Danican défendirent avec intrépidité l’embouchure du canal et se maintinrent, toute la journée, dans leur* positions. Les deux divisions françaises de Brille soutenaient, en môme temps, dans le faubourg Saint-Cyprien, tous les efforts des corps de Piéton et de Hill. Les attaques des Anglais trouvaient sur ces deux points une résistance invincible, et leurs soldats venaient périr au pied de nos retranchements, sans pouvoir jamais y pénétrer. Des coups plus décisifs étaient portés au centre et à la droite de l'armée française.
Le général anglais Beresford avait fait attaquer ce centre , où commandait le comte d'Erlon , par le général espagnol Freyre ; et la division d' Armagnac avait d'abord mis en déroute ces masses espagnoles et portugaises qui avaient entraîné leur chef dans leur fuite. Mais un corps anglais, commandé par Beresford luiniôme, avait repoussé les avant-postes de Villatc au delà de l’Ers et forcé cette autre division du centre à se retirer dans ses redoutes. Beresford remontait la rive gauche de l'Ers , sous le feu de ces retranchements. Il devait tourner la
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droite des Français que commandait le général Clausel. Mais le maréchal Soult avait compris les intentions de son ennemi, et cette droite renforcée lui opposa longtemps un obstacle insurmontable. La redoute dite la Pujade, attaquée par Bcresford, fut prise et reprise deux fois, couverte de cadavres des deux partis; et les Français ne l'évacuèrent que lorsqu'ils furent accablés par le nombre. Le mouvement des Anglais , sur notre droite, en devint plus facile, et Wellington le lit soutenir par un effort général sur toute la ligne. Iteille et Ounican n'en fuient point ébranlés, les Anglais vinrent encore échouer contre leurs retranchements; et le maréchal SouK , qui ne désespérait point de la victoire, conçut le projet de . faire repentir lieresford de son audace, en jetant la division Taupin dans les haies pour le séparer du reste de l’armée ennemie. L’ardeur de Taupin fit manquer cette combinaison savante. Il ne laissa point aux Anglais le temps de s'engager assez avant dans le délilé que la rivière d’Ers formait avec nos redoutes ; et son attaque trop précipitée devint un malheur irréparable. Beresford revint , avectoutes ses forces, sur cette division trop faible pour leur résister. Elle fut dispersée, massacrée, refoulée en désordre sur ses retranchements. Soult envoya vainement quelques troupes fraîches à son secours. Il ne lui en restait plus assez pour réparer cette faute de son lieutenant, qui la paya de sa vie en cherchant à ramener les fuyards. La nuit seule mit fin à cette boucherie de douze heures. Vingt mille Français y avaient bravé l'attaque île cent mille hommes, et la victoire était restée indécise. Soult n'avait perdu qu'une redoute ; et Wellington n'osa point , le lendemain, renouveler ses attaques. Mais la droite de l'armée française était tournée ; elle n’avait rien à espérer de cette lutte sanglante, et son ennemi pouvait lui couper la retraite sur le bas Languedoc, où s’était repliée l’année du dur d’Albuféra. Soult eut la prudence de se contenter de l'inaction de Wellington. C’était un témoignage d'impuissance qui attestait la gloire du maréchal ; et ce qui . l'attestait plus encore, c'étaient les pertes énormes de sort ennemi qui avait laissé dix-huit mille hommes, morts ou blessés, sur le champ de bataille. Soult évacua ses positions, dans la nuit du 11 au 12 avril , sans que les Anglais songeassent à l'inquiéter. Wellington n’entra dans Toulouse qu'après le départ du dernier soldat de l'armée française. Quelques Toulaisains se distinguèrent par l'exagération de leurs opinions légitimistes, surtout après la bataille de Waterloo. Us prirent le nom de verilels , et signalèrent leur triste existence, le 15 août 1815, par le mas- , sacre du général Ramcl , dont le seul crime était d’avoir commandé le déjvartement pendant les Cent-Jours. Ce crime fut blême des honnêtes gens du parti, malgré l'exaltation de leurs principes.
Les discordes civiles n'ont point empêché cette ville célébra de croître en étendue et en prospérité. Elle était toute parlementaire et, par conséquent, fort triste avant la Révolution ; l'esprit de ses habitants s'est tourné vers l'industrie et le commerce. Ils ont su profiter de leur situation sur le confluent de la Garonne et du canal des Deux-Mers, situation dont les avantages seront diminués, sans doute, par le prolongement de ce canal jusqu'à Bordeaux. En attendant, Toulouse s'embellit, tous les jours, par des constructions nouvelles; et sa population, qui était, en 1817, de i8,170 habitants, dépasse aujourd’hui 70,000. Nous avons dit qu'il n'existait dans ses murs aucune trace d'antiquités ; mais les monuments
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religieux y abondent. Nous avons parlé des vieilles églises du Taur et de Saint- Semin, de la Daurade où sont exposées les fleurs destinées aux lauréats. Nous citerons encore la métropole de Saint-Étienne, qui serait une des plus belles du moyen fige , si la nef répondait à la magnificence du chœur, et dans laquelle on voit encore la chaire où ont prêche saint Bernard et saint Dominique ; l'église plus moderne de Saint-Pierre, qui appartenait autrefois aux Chartreux , celle de la Dalbade, où les Bénédictins s'étaient établis, depuis 1067, et plusieurs autres paroisses ou églises de couvent. Les institutions religieuses y étaient en grand nombre. Outre les deux que je viens de nommer, il faut citer les Dominicains ou Jacobins, qui dataient de 1815 et qui conservaient le corps de saint Thomas d'Aquin dans une châsse de vermeil d'une grande richesse; les Bernardins qui y furent introduits en 1228, les Carmes en 1264, les Franciscains, en 1287, les Grands-Augustins en 1310. Le xvi' siècle fut encore plus fécond. C'est alors que les Chartreux y vinrent avec les Théatins, les Minimes, les Jésuites, les Cordeliers , les Capurins et les Doctrinaires. Au xvu' siècle y parurent les Récollets, les Feuillants et les chanoines réguliers de Saint-Antoine. Les couvents de femmes n'étaient pas moins considérables : les chanoinesses de Saint-Sernin dataient du xiil* siècle. Elles furent suivies des Dames de Saint-Pontaléon et de Sainte-Claire, des religieuses de la Magdelaine et de Sainte-Catherine, des Feuillantines, des Bénédictines, des Carmélites, des Maltaires, des Visitandines , des Sœurs du Refuge, du Bon-Pasteur. Toulouse possédait , enfin, plus de quarante couvents de l’un et de l'autre sexe, et ne le cédait à cet égard qu'à la capitale du monde chrétien. La Révolution a transformé tous ces monuments en casernes, en hôpitaux , en magasins de fourrages, en rues , en places , en maisons particulières, et la ville en est devenue plus riante et plus aérée. Les pénitents y étaient au nombre de quatre confréries : des Noirs , des Bleus, des Blancs et des Gris , digne cortège de l'inquisition. Ne quittons point ce chapitre sans parler du fameux caveau des Grands-Cordeliers qui avait la propriété de conserver les corps; les voyageurs ne manquaient jamais de descendre dans ce charnier peuplé de squelettes à peau noire , et au nombre desquels on montrait celui de la belle Paule, baronne de Fontenilles, dont François 1" et Charles IX avaient admiré la beauté, à cinquante ans d'intervalle.
Toulouse possédait encore quatre hôpitaux, quatre bibliothèques publiques, onze collèges, un grand prieuré de l’ordre de .Malte, une école de droit, une de médecine et de chirurgie. Outre l’académie des jeux floraux , il y avait une académie des sciences, inscriptions et belles-lettres , fondée en 1729; une académie royale de peinture et de sculpture, qui datait de 1746, et une académie des . armes , fondée par Louis XIII , et qui décernait deux épées tous les ans. Le Capitole, dont nous avons souvent parlé, forme un des côtés de la place Royale. Sa façade est moderne. Elle a été construite sur les dessins de l'architecte toulousain Cammas, et de vastes galeries en parent l’intérieur. Le préjugé populaire y montrait, sur une muraille, les traces du sang de Montmorency. On y montre aujourd'hui, avec un juste orgueil, la salle des Illustres, où étaient rangés, dés 1771 , trente-un bustes d'hommes célèbres, qui avaient honoré cette ville par leur naissance, leur gouvernement ou leur professorat. Là se trouvaient les images des
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deux Théodoric, de deux comles de Toulouse, d'Antonius Primus, de Surrulus, d’Arborius, de Ferrier, de Cujas, de Campislron. De beaux tableaux ornaient et ornent encore ce magnifique hôtel de ville qui donna son nom anx capilouts , dont les fonctions étaient un titre de noblesse pour ceux qui en étaient revêtus. ' Le palais archiépiscopal est oussi un des plus beaux de France ; et il a eu l'honneur de voir siéger sous ses lambris quatorze ou quinze cardinaux. On remarque un beau pont de pierre et de briques construit sur la Garonne par Souflron, architecte du temps de Louis XIV. La statue équestre de ce roi ornait la place dont ce pont est l'issue. L’arc de triomphe qui en forme la tête, a été élevé sur les dessins de Mansard. On a construit, depuis peu, sur In même rivière, un pont suspendu remarquable par son élégance. Le moulin du Basacle passait autrefois pour un des curieux édifices de la ville. On a fait mieux, de nos jours ; mais ce moulin a cela de particulier, que scs seize meules , mises en mouvement par la Garonne, tournent sans le bruit assourdissant des autres moulins.
A la fin du xvm* siècle, le commerce de Toulouse se bornait aux laines d'Espagne que l’on convertissait en petite draperie. Depuis l'édit qui avait permis la libre exportation des blés, cette ville était aussi devenue l'entrepôt de tous les grains que produisait la province ; mais un seul banquier suffisait alors à toutes ses transactions commerciales. La révolution leur a imprimé un grand essor. Les banquiers s'y sont multipliés, comme les établissements industriels. Le commerce des huiles, des savons, de l'épicerie, y a créé de grandes fortunes. Les magasins de toute espèce s'y sont accrus dans une proportion prodigieuse. On y tient quatre foires par an ; elles durent plusieurs jours, et elles attirent un nombre considérable de marchands et d'aclieteurs. Quoi qu'en disent les légitimistes, dont k's opinions dominent dans la haute société, Toulouse a plus gagné que perdu à la «évolution. Elle est devenue le chef-lieu de la dixième division militaire, d'une préfecture, d'une légion de gendarmerie. Elle a un arsenal, une école d'artillerie, Hne fonderie de canons et une poudrerie. Une cour royale de trente-sept membres y a remplacé en quclqnc sorte le parlement. Elle possède un tribunal civil de seize membres, un tribunal de commerce, quatre justices de paix et une école de droit. Elle a conservé son archevêque, dix paroisses ou succursales, deux séminaires, deux maisons de missionnaires, et a rouvert, en dépit des lois, six couvents de femmes. Elle a un musée aussi riche que peut l'être un musée de province, une conservation des eaux et forêts, une école préparatoire de médecine, un chef-lieu d'académie universitaire, un collège royal, trois grandes institutions, un inspecteur et deux sous-inspecteurs des écoles primaires, et avec l'académie des jeux floraux, qui la distingue des autres villes de France, elle a • maintenu son académie des sciences, inscriptions et belles-lettres. Elle a de plus une société de médecine, chirurgie et pharmacie, une société d'agriculture et une société archéologique.
Toulouse , comme nous l'avons dit , s’est fait remarquer dans tous les temps par son amour pour les arts libéraux et par ses fortes études , et u'n jamais méconnu son titre de Pailadienne. Nous avons cité plusieurs de ses hommes célèbres, sous la domination romaine ou wisigotbc, pendant In période des troubadours et dans le cours des guerres de religion. Nous citerons encore Gui Du Fuur, scivi. 50
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gneurde Pibrar , fameux par scs quatrains, cl son parent Du Faur de Saint- Jorry, l’un des premiers présidents du parlement; les jurisconsultes Jacques de Ferrière, La Faille, Routorlc , Simon d’Olive, Maran, Doujat el Calellan; les chanceliers de France Bertrand el Dubourg; le ministre Bertrand de MolleviUe , auquel on joindra plus tard MM. de Villcle et de Monlbel ; les peintres Rivais, Cammas, Nicolas et François, de Troy, et Valenciennes ; le sculpteur Raehelier; les académiciens Fermât, Im Loubère , Mariette, Tourreil, Campistron , et Baour-Lormian, le seul qui \ive encore; les poètes Goudoulin, nommé le roi des rimeurs languedociens , Muynard, Jeanne de Montégut , Marie de Calages , I’alaprat et Caitkava; le littérateur Péchantrc; les chroniqueurs Rardin, Caiel et Cazeneuve; le botaniste Picot de Laperouze; Casimir de Puymaurin, écrivain et député; deux grands maîtres de Malte, Antoine Pauto et Roger Depins; cl le général Dupuy, tué dans la campagne d'Égypte. Cette liste serait encore plus longue si nous y voulions admettre une foule de célébrités locales qui ont écrit , administré ou jugé dans cette ville; mais leurs noms, quoique religieusement conservés dans ses archives ou dans ses souvenirs, ajouteraient peu d'éclat à ht gloire toulousaine, et on nous pardonnera de les passer sous silence.
Les dernières statistiques ont porté la population de Toulouse à 7 (>,960 habitants; celle de l'arrondissement dont elle est le chef-lieu à 171,243, et celle -du département de la Haute-Garonne, dont elle est la capitale, à 468,153. Avant la Révolution’, les armes de cette v ille étaient de gueules, à la croix vidée., elcchée , pommetée et alésée d’or, soutenue d’une vergelte d'argent : un agneau de mémo, en pointe, brochant sur la vergelte, la télé contournée : en chef, deux tours il urgent, celle a dexlre donjon née de trois donjons ; celle à seneslre aussi donjonnée de trois donjons, se terminant en clochers, au chef cousu d’azur, semé de fleurs de lys d’or. 1 «
CASTEL-SARRASIN
Le premier document qui fasse mention de Castel-Sarrasin dans le haut Languedoc, est un acte en date du mois de mars 847, par lequel un seigneur, nommé Astanove, se dessaisit' d’un certain chAteau situé sur la Garonne, et dans la vi-*guerie de Garonne, en faveur de l'abbé Guilard et de ses moines, vivant au lied de Moissac, sous la règle de saint Benoit , pour qu'ils y fondent , sous le nom de
1. Justin. — Commentaires de César. — Saint Jéràmc. —.4 nnoles de saint Bertin. — Dom Vaisselle, Histoire du Languedoc. — La F*aillc, Annales de Toulouse. — Mezeray cl Anquelil, Histoire de France. — Chroniques de Froissart. — Philippi et Castelnau, Mémoires. — Histoire des Albigeois, par Pierre de Vauxcernay. — Almanachs du Languedoc tt de Toulouse , 175^
à 1791. — Dictionnaire des mœurs des Français , parle capucin Lachesnale. — Dictionnaire nniversel de la France , par RoVrl de llesseln. — Document* manuscrits communiqués par M. de ComlieUes-Labourélio à notre honorable collaborateur M. Viennet (de l’Académie française), auteur de celte notice.
CASTEL-SARRASIN
Bonneval ( cui nomen imponimus bonœ vallis), un monastère dédié aux saints Pierre et Paul, et h saint Avitus. Ce château, que le donataire déclare dans sa charte tenir de la munificence de Pépin, roi d'Aquitaine, y est appelé Castnim ou Castel/um Cerrucium. D’où dérive le mot Cerrucium , et comment a-t-il pu se changer plus tard en Sarracenum ? On pourrait parler beaucoup là-dessus. Bornons-nous à constater que le château qu’Astanove avait reçu en flef du roi Pépin n’était point de construction sarcasme, comme on l'a cru pendant longtemps. Ainsi, du même coup, tombe l'opinion lie ceux qui font remonter aux Sarrasins le berceau de In ville actuelle , et celle des étymologistes plus adroits qui attribuent à la petite rivière d’Azine, au bord de laquelle elle est bâtie, l'origine véritable de son nom r Cartel sur-Azine.'
-De 8V7 jusqu'après le milieu du xn* siècle, pas le moindre détail sur Castel-.Sarrasin. Eu 1162 seulement, nous lisons une bulle d’Alexandre III, par laquelle ce pape, désirant fortifier l'église de Toulouse, confirme à l'évèque Bernard, et aux chanoines de ta cathédrale de Saint-Étienne, la possession de plusieurs terres ou églises que leur at ait données l’évêque Isarn, entre autres l'église de Castel- Sarrasin , ecclesiam Castelli Sanaceni. Vers la fin de la même année, Raymond V, comte de Toulouse, eut dans celte ville une conférence infructueuse avec-an grand nombre des plus sages Anglais , relativement à la trêve dont il était convenu avec le roi d'Angleterre , Henri II. Nous retrouvons ensuite le nom de Castel -Sarrasin sur la liste des villes que Raymond VI assigna d'avance, comme douaire, à sa bru future., Sancie, fille de Pierre II, roi d’Aragon (1205). Dès le début de la guerre des Albigeois, les habitants de Castel-Sarrasin promirent à Raymond AT une fidélité inviolable (1211). L’année suivante, cependant, instruits que la comtesse de Montfort- amenait un secours de quinze mille hommes à son mari , occupé alors du siège de Aloissac ( 1212) , ils envoyèrent des dépotés au comte Simon dans son camp, pour se soumettre, mais tout en gardant l’arrière-pensée de rompre la négociation au besoin ; car se fisacan , dit l’Anonyme Languedocien, que si lo comte llamon pot venir à ses attentas, que leu serait virais. En 1228, vers Pâques, Raymond VII investit Castel-Sarrasin; ses troupes eurent bientôt enlevé le corps de la place, et la garnison se réfugia dans la cour du château. Raymond , après ce succès, fittracer autour de son camp des lignes de circonvallation et de contrevallation ; il S’y fortifia si bien, qu’Humbcrt de Beaujeu, -accouru au secours de la ville , accompagné des archevêques de Narlionne et de Bourges et des évêques de Toulouse et de Carcassonne , n'osa point l'y attaquer. Enfin la garnison, quand ses vivres furent épuisés, se rendit à Raymond. Un auteur contemporain, Mathieu Paris, prétend même qu'un corps de troupes, envoyé par le roi Louis VIII, s'étant porté, au mois de mai , sur Castel- Sarrasin pour l’y assiéger, le comte de Toulouse, averti de leur marche, leur tendit une embuscade dans une forêt voisine ; qu'il'les battit, leur prit quinze cents chevaliers et deux mille sergents, et qu'ayant fuit arracher les yeux, coupelle nez et les oreilles ou les bras et les pieds aux sergents , il les congédia dans cet état , afin de terrifier ses ennemis.
Castel-Sarrasin, comme place de guerre; devait avoir alo.rs de l’importance, puisqu'elle figure parmi les trente villes ou châteaux que Raymond VII s'engagea
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à démolir, dans l'article IG du traité de paix conclu à Paris avec saint Louis, le 12 avril 1229. Les habitants sans doute aussi jouissaient déjà du droit de commune, car on sait qu'en 1249 desconsuls prêtèrent, en leur nom, dans le château . narbonnais de Toulouse, et devant les commissaires de la reine Blanche , sermeut de fidélité à Alphonse, comte de Poitiers, et à Jeanne, sa femme, absents l’uu et l’autre. Leur ville, à cette époque, faisait partie du diocèse dé Toulouse et de la judicaturc de Vülelongue. Au commencement du xn" siècle ( 1317 ) , le papo Jean XXII l'incorpora au nouvel évêché de Montauban. En 1367, les bourgeois de Castel-Sarrasin, molestés par le commandant de la place, Olivier de Mauny, résolurent d'égorger les soldais de la garnison et dé recevoir les Anglais dans leui's murs; mais le complot ayant été découvert, le duc d'Anjou, gouverneur de Languedoc, usa de clémence envers eux et leur octroya des lettres de rémission. Dix-neuf ans plus tard, les provinces limitrophes du Toulousain étaient tellement dépourvues de troupes, que les Anglais faisaient impunément des courses jusqu'aux portes de Castel-Sarrasin. Dans le siècle suivant, Charles VII D'étant encore que Dauphin, accorda à oette ville trois foires l’année, par lettres-patentes datées du Puy-en-Velay (mai 1420). . •
Pendant les guerres de religion du xvr siècle, Castel-Sarrasin demeura constamment fidèle au parti catholique ; les chanoines de Montauban, chassés de la cathédrale, cherchèrent un asHe dans ses murs. Ce fut en vain que les calvinistes essayèrent de pratiquer des intelligences parmi scs habitants. Sur la foi d’une promesse que certains d'eutre eut leur avaient faite de livrer ta ville, les vicomtes de Paulin, de Bruniqud et de Montclar, crurent la surprendre, en 1568. Mais leurs prétendus complices avaient averti le gouverneur : CelHi-ci les laissa tranquillement avancer jusqu'au pied des murs ; il permit même à quatrevingts de leurs chefs de pénétrer dans In place. A peine eurent-ils franchi le guichet, qu'il ordonna de le fermer; et tandis qu’on faisait main-basse sur eux, il s'élança lui-même par une autre porte, A la tête de soixante chevaux, afin de charger ceux qui étaient restés dehors. Malheureusement .un- coup de feu parti des remparts tua Je gouverneur ; les catholiques, effrayés, se rejetèrent eu désordre dans la ville, et les calvinistes purent se replier sur Montauban. L’année suivante, au mois de mai, le vicomte de Bruniquel voulut avoir sa revanche; mais le soldat de la garnison qu’il avait gagné le trahit, et il périt dans cette tentative, avec vingt-deux, capitaines ou gentilshommes de ses troupes.
Les habitants de Castel-Sarrasin entrèrent, plus tard, dans la Sainte-Union : il parait, toutefois, que leur zèle fut toujours assez tiède, puisqu’une partie des gens du parlement, chassés de Toulouse .par les violences des ligueurs, y trouvèrent un refuge, en 1595; tes Toulousains, que le duc de Ventadour menaçait d’un siège, firent vendre les meubles des dissidents. 11 y . eut alors trois parlements en Languedoc : celai de Toulouse, où siégeaient les ligueurs rigides; celui de Castel-Sarrasin , composé de ligueurs modérés ; et celui de Béziers , qui ne comptait dans son sein quodes officiers du roi. Le 9 moi, les parlementaires de Castel- Sarrasin, se fondant sur des lettres royales qui les autorisaient à rendre la justice en quelque lieu proche de Toulouse , enjoignirent aux trésoriers de France , à la chambre des requêtes et au présidial , de so transférer de cette dernière ville
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à Castel-Sarrasin. Le maréchal de Joyeuse viot les y assiéger, au mois de septembre ; mais informé du- dessein qu'avaient les habitants de Carcassonne et do Narbonne, de faire leur paix avec le roi, il décampa brusquement et se relira à Toulouse. Le 23 du même mois, un arrêt du conseil, daté de Lyon où était Henri IV, prescrivit la réunion des deux parlements de Castel-Sarrasin et de Bélier», auxquels il fut ordonné de siéger en corps dans la première de ces deux ’ villes , jusqu'à la reddition de la capitale du Languedoc. Le 26 mars 1596, le parlement de Castel-Sarrasin enregistra l'édit de Folembray. Le 31 , sur l'invitation qu’ils en avaient reçue des seigneurs de Mircpoix et de Rochcmaure, commissaires royaux de l'édit, les trésoriers de France et autres officiers du roi, rassemblésdans cette ville, la quittèrent ayant à leur tète les présidents de Saiul-Jorri et de Saint-Jean ; ils arrivèrent a Toulouse , Je 2 avril au soir, lin grand concours de gentilshommes toulousains s'était porté à leur rencontre. La réunion de tous les membres du parlement eut lieu, le lendemain, dans la grande salle d'audience , où le président L’Estang et les huit conseillers, demeurés à Toulouse , attendaient , assis aux bas sièges , la venue des membres de la compagnie que la guerre civile en avait fait sortir.
Castel-Sarrasin , quoiqu'il fût compris autrefois dans le diocèse de Montauban , dépendait pourtant de la généralité de Toulouse. L’Assemblée constituante l’érigea ’ en chef-lieu de district du département de la Haute-Garonne ; ot Napoléon l'en détacha, en 1808, pour l’enclaver, cWroe chef-lieu de sous-préfecture, dans la nouvelle circonscription administrative à laquelle il donna le nom de Tarn-et-Garonne. La population de Castel Sarrasin dépasse aujourd'hui 7,000 Ames; l'arrondissement en renferme 71,450. La ville, propre et jolie, est située dans une vaste plaine trèvfertilc, (Km loin de la rive droite de la Garonne, et sur la petite rivière dont nous avons parlé ; ou n’y remarque pas d'autres édifices que l'église paroissiale, au portail gothique assez curieux. Castel-Sarrasin]» un collège communal et un tribunal de première instance; on y fait le commerce des huiles et des grains, et l’on y fabrique des toiles , des serges et divers articles de bonneterie. 1