VILLEFRANCHE DE LAURAGUAIS.— REV EL
La fondation de Villefranrhe de Lauraguais ne remonte qu’au mil* siècle : on la trouve portée sur lu liste des villes appelées Bastides , qui furent construites , en 1271 , par JeanDC , comtesse de Toulouse , et par son mari , Alphonse , comte de Poitiers. Viliefranche, toutefois, ne Ut que remplacer probablement un ancien
1. Thrésordes chartes. — Archivée de l’.ildiayc du Mois sac. — G allia christ iana. — L'Anonyme Languedocien. — Histoire générale de Languedoc. — Dictionnaires d'£i|>v!!y et de Hessçln. —
Annuaires de la Haute-Garonne «t de Tarn-et-Garonne.
LANGUEDOC
bourg ou village détruit pendant la guerre des Albigeois, puisque le mémoire relatif aux acquisitions du comte Alphonse, tant dans le Toulousain que dans l'Agénais et le Quercy, et où sont indiquées la position de la dite bastide, ainsi que sa valeur en livres tournois , donne à entendre qu'H rétablit seulement Villefranche : fecit enim seu œdificacit de novo bastidam Villa-Francha juita Sanctum Romanum, in diœcœsi to/osanà , valentem cilrà L lib. luron. Le nom même de la viHe nouvelle confirme, d'ailleurs, cette supposition : il implique, en effet, l'octroi de privilèges et de franchises nécessaires pour l’aider à sortir de ses ruines. L’histoire de Villefranche est, du reste, è peu prés nulle. Le Prince-Noir, lors de son expédition à travers le haut Languedoc (1355), s'empara aisément de cette petite localité qu’il livra aux flammes et au pillage; en 1439, elle eut à souffrir, comme toutes les autres villes ouvertes du Lauraguais, de l’invasion des routiers; les protestants , en 1561,'s’y opposèrent à la publication de l’édit de juillet , et le procureur général au parlement de Toulouse , Sabbat ier, la signala, dans sa lettre du 18 octobre , h la reine-mère et nn connétable de Monlmorenci , connue un des principaux foyers de la conspiration que les calvinistes tramaient en Languedoc.
Villefranche était, avant la Révolution, le premier des onze lieux du diocèse de Toulouse, dont lé député siégeait par tour aux États de Languedoc; elle portail de gueules à la croix de Toulouse ifor , accolée de deux tours d'argent, en chef cousu d'azur, chargé de trois fleurs de Igs du second émail.. L’heureuse situation de Villefranche sur le Lers, près du canal du Midi , au milieu d’une plaine extrêmement fertile, l’a fait ériger en chef-lieu de sous-préfecture du département de la Haute-Garonne; il y a un tribunal de première instance et une société agricole; sa population n’atteint ]>durtant pas encore 3,000 fîmes, et l’arrondissement n'en renferme guère que 63,000. La ville, assez agréable, est bAtic en briques; elle se compose, dans sa presque totalité, d’une rue fort longue que traverse la route royale.
A trente kilomètres au nord-est de Villefranche, sur une éminence d’où l'œil embrasse une vaste plaine, que BoulaiuvilILers cite comme un des plus beaux endroits de ta province , s’élève la ville de Revel ( Rcbellum j, qui faisait autrefois partie du comté de Lauraguais. Rcvcl doit, selon toute apparence, son origine à un chiltcau-fort que Bernard de Saissac ut Isarn Jourdain , vassaux de Roger II, vicomte de Béziers et dè Carcassonne, bâtirent, en 1174 , par l’expresse permission du vicomte, sur la colline dont la forteresse prit le nom. Les environs du château de Mont-Revel n’étaient encore, dans lés premières années du xiv siècle, qu’un désert affreux, couvert de bois et de broussailles, retraite ordinaire des voleurs, lorsque Philippe-de-Valois ordonna d’y construire une bastide (1332). Trois mille bourgeois des cités voisines s'établirent dans la ville nouvelle, et le roi leur accorda divers privilèges, dont il confia la conservation au sénéchal de Toulouse et au juge de Lauraguais (mai 1345'.
C’est dans la plaine de Revel que Gaston-Phœbus, comte de Foix, élu capitainegénéral du Languedoc par la pluralité des communes du pays, assigna rendezvous, en 1381, au duc de Berry, .oncle de Charles VI, auquel il disputait le gou-.
VILLEF KANCIIE. - IlEVEL.
vernement de la province. Le duc avait mis le siège devant la ville : Gaston-Phrrbus fondit sur son armée, lui tua trois cents Hommes et l'obligea de se réfugier à Carcassonne (15-10 juillet). Quelques auteurs, tels qu’Andoque et l.a Faille, placent le clmmp de cette bataille à Rabastens; mais Dom Vaissotte, expliquant le silence de Juvénal des Ursins et commentant un passage des chroniques de Froissart , prouve avec la dernière évidence qu’on a confondu deux actions différentes. Au mois de janvier 1474, la peste sévissaut à Toulouse, le parlement de Languedoc vint siéger à Revel : la contagion pénétra bientôt aussi dans cette ville et le contraignit à s’en éloigner; il y retourna puurtant, dans le cours de la même année , puisque nous savons qu’il y enregistra, le 3 septembre, une déclaration royale du 1-9 juillet précédent, par laquelle Louis XI, après la mort de son frère, Charles, ducide Guienne , réintégrait le Quercy dans le ressort de la dite cour, et défendait à scs habitants d'interjeter appel au parlement de Bordeaux.
Dès le commencement des guerres de religion , les calvinistes fomentèrent des troubles à Revel; ils s’en saisirent violemment, au mois de septembre 1567, et ‘ nous lisons dans une letlre adressée au maréchal de Damville, par Charretier, son secrétaire, qu’en 1577, ils y massacrèrent les ecclésiastiques, de sang-froid, précipitèrent leurs cadavres dans un puits, et chassèrent tous les autres catholiques de la ville. Le traité de Nérac concéda ltevel, comme place de sûreté, au roi de Navarre (février 1579); deux années auparavant, Henri IH y avait momentané- ■ Inent fixé le siège d’une chambre mi-partie, laquelle, après avoir été successivement transportée à l’He-d'Albi et à Castres, fut de nouveau transférée, sous Louis XIII, dans la première de ces deux villes, sur le refus qu'on fit à ltevel, à Puylaurcns et à I’amiers, de la recevoir, En 1627, le duc de Rohan ayant réussi è se ménager des intelligences parmi les .habitants de Revel, ceux-ci lui ouvrirent leurs portes , le 25 octobre , malgré le serment de fidélité au roi qu’ils venaient «r de prêter, le jour même, entre les mains du conseiller d'État Auguste Galland. Le mardi , 3 novembre , le duc quitta Revel, vers cinq heures du matin, à la tête de quatre mille hommes de pied et de quinze cents maîtres, afin de se rendre dans le pays du Foix. Les ducs de Montmorenci et de Veutadour, instruits de son projet ,■ marchèrent aussitôt û sa rencontre, avec trois mille fantassins et huit cents' chevaux. Le combat s'engagea , à deux lieues de la ville , entré Souillanel et Souilles, deux villages du' diocèse de Saint-Papoul , situés sur. la petite rivière de Fresquel; il fut court et peu sunglant, et n’eut d'autre • résultat que de faire abandonner le champ de bataille aux calvinistes. Louis XIII punit les bourgeois de Revel do leur mauvaise foi , en faisant raser les remparts (1629). — Le comte de Las Cases, auteur du Mémorial de Sainte-Hélène et de l’Atlas historique publié sous le pseudonyme de Lesage, est né dans cette commune, au château de fois Cases. On compte 5,800 âmes à Revel et on y trouve, comme à Villefranche, quelques fabriques : l une et l'autre de ces deux villes font •le commerce des grains. ' • ■ V
1. Calél. — La Faille. — Andoqttc. — Dom Vaisselle. — Piganiol. — Boulainvfllicrs. — Hcssvln.
— Annuairct dt la Hautt-Garonnt.
NARBONNE
Naitonne est une de ces villes déchues qui n’offrent d'autre intérêt que celui des souvenirs historiques : capitale, d'abord, de la Celtique méridionale , puis principale place d'armes des Romains dans les (Joules, spécula ac propugnacuhtm populi romani , ainsi que l'appelle Cicéron , eHe devint, lorsque la conquête du pays Tut entièrement réalisée, le chef-lieu de quatre vastes provinces qui portaient son nom; à la chute de l’empire, les Wisigoths y établirent l'un des deux sièges de leur domination , et enfin les rois maures la choisirent pour leur résidence passagère, pendant tout le temps qu'ils essayèrent d'envahir la France. Telle a été la brillante destinée de Narbonne. Aujourd'hui , c’est à peine si elle peut montrer quelques débris de son antique splendeur. Au iv* et au v' siècle,* deux poètes, Ausone et Sidoine Apollinaire, la célébrèrent à l'égal des plus florissantes cités de leur époque ; vers la fin du xvir siècle, deux antres poètes, Chapelle et Bachaumont, lui adressaient dédaigneusement une insultante apostrophe. Narbonne, cependant, n'avait pas encore alteint le dernier degré de son abaissement : c’était alors le siège d'un archevêché important qui comptait pour solTragants dix évêques, et dont le titulaire, président-né des États du Languedoc, se qualifiait glorieusement de primat de toutes les Gaules. L'Assemblée constituante réduisit Narbonne au rang de chef-lieu de district : c’est actuellement l'iin des trois chefs-lieux de sous-préfecture du département de l’Aude ; là s'arrêtera peut-être sa décadence.
L'étymologie de Narbonne est incontestablement celtique : d'après tous les témoignages historiques, cette ville fut un des grands centres autour desquels vinrent se grouper les hordes indo-germaniques, appelées Celtes, lors de leur invasion dans les Gaules. Le nom de Narbonne exprime, en effet, l’idée d une ville bâtie près de l’eau (nor eau, et I/o habitation ) . La configuration du bassin au milieu duquel elle s'élève et l’étude des différentes révolutions qü’a SHbies la constitution géognostique du sol, suffisent pour prouver l'exactitude de cette étymologie. Dans l’origine , la mer occupait un espace très-étendu du bassin de Narbonne ; plus tard , un vaste lac d'eau douce , circonscrit de tous côtés par des montagnes secondaires, et séparé de la mer- par une digue calcaire, occupa le même bassin. Des irruptions marines vinrent ensuite plusieurs fois changer la nature des dépôts de ce lac, et permirent aux mollusques marins d’occuper, pendant quelque temps, des eaux exclusivement habitées auparavant par des coquilles d'eau douce. Lorsque les eaux de la mer curent considérablement diminué, de grandes secousses terrestres brisèrent les digues et favorisèrent l'écoulement du lac dans la mer. Depuis cette commotion, ou pour mieux dire depuis cette série d'ébranlements, qui ont redressé les couches tertiaires et donné à la surface de l’arrondissement de Narbonne le relief qu'il possède aujourd'hui, les eaux de la mer ont encore cnvaiii la plaine, et cet ordre de choses s'est continué jusqu’aux temps historiques.
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puisque, durant la période gallo-romaine, les terres basses des environs de cette ville étaient occupées par les eaux salées d'un vasle lac, que les anciens géograplies désignent sous le nom de lacus Narboncnsis, lacus Kubrcsus ou Kubrensis. Cet ancien lac est aujourd'hui presque entièrement attéri par suite des limons que l’Aude y a déposés.
Le bassin, dont Narbonne occupe le centre, a une circonférence d'environ trente-six kilomètres, et se termine par un cordon de petites montagnes déboisées ; au pied de celles qui sont du côté de In mer se trouvait sans doute le Port, qui, par le lactti llubresus, mettait Narbonne en communication directe avec la Méditerranée. Un bras de l'Aude I 4lnx) , petit (louve qui prend sa source dans le Capcir, aux Pyrénées, avait été détourné au moyen d'une saignée faite près du bourg de Sallèlcs, pour la plus grande commodité du port et de la ville, travail ingénieux, qui a toujours porté le nom de canal de la llobinc; ce canal, rectifié, est encore aujourd'hui l'une des embouchures par lesquelles le grand canal du Languedoc pénètre dans la Méditerranée au port de La Nouvelle, situé à vingt kilomètres environ de Narbonne.
Essayons maintenant de déterminer les populations qui , aux époques les plus reculées, se groupaient autour de Narbonne : divers auteurs ont mentionné les Bebrjces, les Volskes , les Hélisikes , les Tectosages. Hérodote, Polybe, Strabon, Zonarre, Tieliès , ont paru soutenir à cet égard des opinions contradictoires; cependant la contradiction n'est qu'apparente. Il est certain que les Bebryces ont habité ces parages, dans les temps les plus éloignés de nous ; que cette race d'hommes, si renommée par sa force et sa stature et célébrée dans tous les poèmes écrits sur la conquête des Argonautes, subit de fréquentes modifications par son croisement avec la race des vainqueurs , et qu'entin elle se réfugia dans les montagnes des Corbières, situées à six kilomètres de Narbonne. Quant aux Volskes ou Elisykes, procédant tous-deux de la même origine, et divisés en A récomiques, Tectosages, Troëmes et Tolistoboges, on voit par l'inspection des consonnes radicales que ces deux noms n'en font qu'un et ne désignent en réalité qu'un seul et même peuple. Selon le témoignage de quelques historiens, Narbonne était la plus considérable des cinq villes appartenant aux Tectosages ; Festus Avicnus n’hésite pas à dire :
...... Gens Elvsicum prias
Loca h:cc fenebat, atquc Narbo ci viras Erat ferocis maximum regni caput.
L'histoire n’a pas conservé le nom de la ville tectosagc qui permit à Annibal de traverser son territoire pour marcher contre l'Italie ; mais cette ville doit être certainement Narbonne. Rome songea, dès ce moment, à étendre sa domination sur la (îaule. Lorsque ce grand dessein fut en voie d'exécution , Narbonne faisait partie de la confédération des Celtes, qui, sous la conduite de Bituitus, roi des Arvemes , avaient résolu de s'opposer à la conquête des Romains. Le consul Q. Fabius Maximus fut chargé de les combattre. Nous avons raconté ailleurs la victoire qu'il remporta sur Bituitus, au confluent de l'Isère et du Rhône. I-cs Romains poursuivirent les vaincus dans deux directions, au nord et au sud. La VI. 5t .«e J
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Celtique méridionale fut dès lors conquise; le sénat résolut aussitôt d'y fonder une rolonic, et la position heureuse de Narbonne, sur le bord de la mer, au débouché des Pyrénées, le décida à en faire le centre de cet établissement, le second hors de l’Italie ; c'était l'an de Itome C36, sous le consulat de Quintus Martius Rex. Lucius Crassus, jeune praticien qui avait appuyé dans le sénat la réalisation de ce projet , fut chargé , en qualité de chef des triumvirs , de la conduite de la colonie et du partage des terres. On ajouta , dès ce jour, au nom de Narbo, celui de Martius , plutôt pour consacrer un souvenir religieux que pour célébrer le courage militaire des Narbonnais ou honorer le nom du consul en exercice. Lorsque Jules César renouvela cette colonie, Narbonne fut surnommée Colonia Jalia Patenta, parce que ce prince était père adoptif d'Auguste ; plus tard elle reçut le titre de Narbo Decumanorum , parce qu'après la bataille de Pharsale , les soldats de la dixième légion furent chargés de la repeupler.
Dès les premiers jours de son inauguration, la nouvelle colonie jouit de tous les privilèges attachés au titre de cité romaine. Divisée, comme Rome, en tribus et en centuries, elle’eut des édiles, des questeurs , des préteurs , des pontifes, des prêtres, des Ranimes et des augures. L'ordre admirable qui présida à l'organisation de la colonie, la liberté dont le peuple y jouissait, contribuèrent puissamment à faire accepter la domination romaine. La situation de Narbonne fut alors aussi des plus florissantes : cette cité devint l'objet de l'affection toute spéciale de Rome ; véritable capitale des Gaules, elle était le centre de toutes les opérations stratégiques, commerciales et politiques de la métropole dans cette vaste contrée ; les proconsuls y faisaient leur séjour habituel, et comme on lui avait donné la même magistrature, le même sacerdoce qu’à Rome, on l'orna des mêmes édifices ; on y bâtit des temples , un capitule, un théâtre, des marchés, des thermes, et, afin d’infiltrer plus sûrement , chez les habitants de la province, l'amour de la civilisation romaine, on y créa plusieurs écoles. Narbonne devint aussi l'entrepôt du commerce que les Romains faisaient avec la France centrale, l'Espagne et l'Angleterre ; les mines d'étain de Cornouailles y avaient un dépôt spécial de leurs produits ; sous la protection.de Rome, une foule d'industries s'y formèrent, et les eaux limpides de Livière ( Ligurioe ), petit ruisseau qui prend sa source à peu de distance de la ville, au pied du Mont-Laurès [Mons~Ijturcut) , servirent à l’établissement de l’uuc des teintureries de pourpre les plus renommées de l’Empire; enfin, de Narbonne à Capestang, on construisit au milieu des marais, et sur une étendue de quatre milles, mi pont divisé en sept parties, qui existe encore et qui atteste la magnificence romaine ainsi que l'importance de la ville, en faveur de laquelle la métropole faisait tant de travaux et s'imposait de si grands sacrifices.
Sous les Romains, comme sous les Tectosages, les impôts furent votés dans la Narbonnaise par le peuple ; ce droit était éminemment celtique ; tous les ans , à certaines époques, les députations des diverses bourgades de la province se rendaient au ronvent ( conventus ) qui se tenait dans la cité, et là les États, ou l'assemblée, après avoir délibéré sur- les affaires générales, discuté et défendu leurs libertés ou leurs coutumes, s'imposaient une contribution. César rapporte , dans ses Commentaires, que lorsqu’il visita les villes de la Gaule, il n’en exigea aucun tribut. Aussi , Narbonne , fière de ses privilèges, adressa-t-elle des plaintes très-
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vives au sénat, lorsqu'elle vit un des prêteurs de la province, Marcus Fontéius , les méconnaître , et frapper scs vins d'une contribution exorbitante. Le sénat manda à Rome le préteur coupable, et sa cause, défendue par Cicéron, nous a valu , sur Narbonne et les mœurs de ses habitants, quelques détails curieux.
Les sanglantes divisions qui désolèrent les dernières années de la république, ne troublèrent que faiblement la tranquillité de Narbonne. Elle paraît avoir été préservée des attaques des factions par Jules César, qui, ayant alors le commandement de cette partie des Gaules, avait fixé son quartier général dans sa capitale. L’empereur Auguste, è son avènement, tint à Narbonne un convent général, dans lequel il confirma à la province toutes scs libertés , et accorda au préteur de Narbonne la même extension de pouvoirs qu’à celui de Rome. Le préteur jugeait en dernier ressort les appels faits contre les sentences prononcées par les juges provinciaux, et il avait droit aux honneurs des faisceaux. Quand la conquête de la Gaule fut achevée, la juridiction de Narbonne s’étendait sur le Languedoc, la Provence, le Dauphiné, le Forez, les Alpes maritimes; en un mot, sur toute la Celtique Bracata , qui prit dès lors le nom de Goule Knrbonnaise. Sous Auguste , les habitants de Narbonne se distinguèrent par leur empressement à lui élever des autels. Trois années avant la mort de ce prince, ils érigèrent en son honneur, au milieu de la ville, un autel de marbre blanc, dont ils célébrèrent la dédicace, le 22 septembre de l'an h de J.-C. Cè jour-là, suivant l'inscription qu’ils firent graver et qui s'est conservée jusqu'à nous, les habitants de Narbonne se dévouèrent à la divinité d’Auguste et s'imposèrent l'obligation de célébrer, à l’avenir, pendant cinq jours différents de l'année, une fête en son honneur.
Sous Tibère, un violent incendie détruisit de fond en comble la métropole de la Narbonnaise; ses thermes, ses théâtres, fureid consumés en quelques heures. L'empire vintàson secours, et plus tard, Antonin-le-Pieux paya de scs propres deniers la restauration de plusieurs monuments ; mais la nouvelle enceinte fut plus circonscrite et l’extension du titre de citoyen romain accordé à tous les habitants du pays, contribua puissamment à faire décroître la population. Narbonne perdit , en outre , de son importance lorsqu'elle ne fut plus , sous Probus , que la métropole d’une partie de l'ancienne Narbonnaise , partagée en deux provinces. Sous Constantîn , elle jeta pourtant encore un vif éclat , grâce à son école , où l’on se rendait de tous les points de l'empire : les deux neveux de l’empereur, Dalmacc cl Annibalicn, vinrent y étudier sous la direction d'Kxupère. Mais enfin Théodose lui porta le dernier coup en transformant son siège proconsulaire en simple présidence. •
Une tradition respectable donne pour premier évêque à cette ville Paul Serge , ancien proconsul de l’île de Chypre, converti au christianisme par saint Paul. Sa parole éloquente lie rencontra que peu de résistance parmi les habitants de la Narbonnaise. On accourait en foule pour l'écouter et embrasser la foi du Christ., Aussi les persécutions, sous Dioclétien, furent-elles nombreuses à Narbonne : nous placerons en tête de ces martyrs saint Sébastien , issu d'une famille distinguée de la ville et capitaine de la première compagnie des gardes prétoriennes.
A la chute de l'empire, les Vandales, les Suèves et les Alains saccagèrent deux fois le territoire de Narbonne, avant d’envahir définitivement l'Espagne et
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l’Afrique (406400). Ataulphe, successeur d'Alaric, y conduisit, un peu plus lard , les Wisigoths victorieux, et, après avoir vaincu Joviuus qui lui en disputait Ja souveraineté, fit son entrée solennelle à Narbonne, où il consacra son mariage avec Placidia-Galla , sœur d’Honorius (413). «Les noces furent célébrées, dit Olympiodorc, dans la maison d'Ingenuus, l’un des principaux citoyens de la ville. Là, sous un magnifique portique, décoré selon l’usage romain, était assise i'iacidie, dans tout l'appareil d’une reine, et à côté d'elle Ataulphe, couvert de la toge et complètement vêtu à la romaine. Parmi les divers présents de noce qu'il fit à Placidic, on remarqua cinquante jeunes garçons tout habillés de soie, portant un disque à choque main, l'un plein de pièces d’or, et l'autre de pierres précieuses, provenant du pillage de Rome par Alaric. Un empereur déchu, Attalc, depuis longtemps le jouet de la fortune et des Wisigoths, conduisait le chœur des musiciens. » Pendant qu'Ataulphe se livrait dans sa ville royale aux plaisirs et nu repos, le comte Constance, lieutenant d’iionorius à Arles, et qui depuis longtemps aspirait à la main de Placidie, l’attaqua à l'improviste, et le força de s'enfuir dans la Tarragonaise , avec sa femme et ses trésors. Cette conduite indigne d’un roi , fut stigmatisée par une épigranune qui est parvenue jusqu'à nous : fugit gallum tequitur gallam , jeu de mots que nous n'essaierons pas de reproduire en français. Une partie de la Narbonnaise première ou Septimanie , revint, comme on sait, sous le joug des Wisigoths (417); mais Honorius, tout en y ajoutant la seconde Aquitaine, se réserva expressément Narbonne avec tout le littoral, qui demeurèrent quelque temps encore aux Romains. Suivant la chronique de Wulsa, on compte , de 412 à 711 , quarante-quatre rois wisigoths : les six premiers résidèrent dans la Septimanie, soit à Toulouse, soit à Narbonne; quant aux trente-huit autres, ils habitèrent de préférence l'Espagne, sans toutefois renoncer à aucun de leurs droits sur cette province , où d'ailleurs ils venaient faire de fréquents séjours. Neuf rois wisigoths ont frappé monnaie à Narbonne; ce sont : Leovigile , Rercarcde , Sisebuth , Swinthila , Chintilla , Chindnw inthe , Erwigc, Egica et Witiia (568-709).
En 437, Théodorik, quatrième roi des Wisigoths, profitant de la dissolution de l'empire, attaqué par les Bagaudcs et les Burgondcs, vint mettre le siège devant Narbonne; mais le patrice des Gaules, Aélius, le contraignit à le lever. Les habitants avaient opposé aux Barbares une résistance héroïque. Rappelé en Italie , Aétius laissa le commandement à son lieutenant Littorius, qui délivra de nouveau Narbonne, encore une fois assiégée par les soldats de Théodorik et but constant de ses efforts (439). Sévère élu empereur, en 461 , voulant opposer les Wisigoths à son compétiteur dans les Gaules, le comte Gilles, céda h Théodorik la ville de Narbonne et une partie du pays jusqu'à Nîmes. L'ancienne métropole de la Narbonnaise, grâce à cette concession spontanée, put conserver les formes de l'administration romaine, scs libertés et ses privilèges. C’est là que fut laissé, sous la garde de sa mère, quelque temps avant la défaite des Wisigoths à Vouglé (507) , le jeune Amalric, seul héritier de la monarchie. Après cette défaite, Gésalich , frère naturel d'Alaric II, courut en toute hâte à Narbonne pour sauver le prince, son neveu ; mais Gondebaud et scs Burgondcs pressaient vivement la place : à la vue de l'ennemi, ils redoublèrent d'efforts et l’emportèrent d'assaut. Gésalich
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n'eut que le temps (l'enlever le jeune roi et de le conduire à Barcelone. Théodorik, roi d'Italie, envoya bientôt une armée au secours des Wisigoths; les Burgondes et les Franks furent \aincus, à leur tour, et leur abandonnèrent Narbonne, qui dès lors fut la seule capitale de la Septimanie. Amalric la choisit môme pour y célébrer, dans le capitole , ses noces avec Clotilde , fille de Chlodwig ; les fêles durèrent plusieurs jours , et deux évêques, l’un arien, l'autre catholique, consacrèrent cette union. Mais bientôt éclata entre les deux éponx une mésintelligence profonde, causée par la différence de religion. Amalric, qui était arien, accabla d'outrages Clotilde, qui était catholique; celle-ci envoya un mouchoir teint de son sang à son frère Childebert, roi de Paris, et le prince frank prit aussitôt les armes pour venger sa seeur (531 j. Amalric vint à la rencontre de son beaufrère et lui offrit la bataille à quelques milles de Nurbonne. Il fut battu et chercha un refuge sur ses vaisseaux, car cette ville était encore un port de mer. Mais au moment de s’embarquer , s’étant rappelé qu'il avait laissé dans son trésor une quantité de pjerreà précieuses , il rentra dans la place afin de les emporter. Les Franks y avaient déjà pénétré par escalade. Amalric , voyant toute retraite coupée , voulut se réfugier dans l'église des catholiques pour donuer le change à l'ennemi : il ne put en atteindre les portes, et , frappé d'un coup de lance, expira sur le seuil même de la basilique.
Childebert, contraint par Thcudis, successeur d’Amalric, d'évacuer la N'arbonnaise , se consola de cet échec eu emportant les riclies dépouilles de Narbonne. I.e trésor d'Amalric renfermait, mtre autres choses précieuses, soixante calice», quinze patènes d'or enrichies de pierreries , six statues d’argent et vingt textes d'évangile magnifiquement encadrés. A la mort d'Athanagildc, quatrième successeur d’Amalric (507), Liuva, gouverneur de la Septimanie, sur lequel était tombé le choix des Wisigoths de cette province , laissa & soh frère Leu» igilde la possession de l’Espagne et üxa le siège de son gouvernement à Narbonne , qui reprit ainsi son ancienne splendeur. C’était déjà l’une des sept cités, ou, pour mieux préciser, l’un des sept diocèses, d'où la Septimanie lirait son nom. Dix-neuf ans plus tard , Reccored ayant embrassé le catholicisme, cette conversion froissa vivement les évêques ariens. L’évêque de Narbonne, Athalocus, se mit à leur tête : une ligue puissante se forma sous sa direction ; tous les Wisigoths furent déliés du serment de fidélité envers leur roi, et les rebelles offrirent la Septimanie au roi de Rourgognc Contran , à condition qu’il y enverrait un corps de troupes pour l'occuper. Reccared franchit les Pyrénées, chassa les ariens de Narbonne et soumit les rebelles. Pour prévenir le retour de semblables tentatives, il convoqua ensuite dans celte ville un concile, auquel assistèrent les juges séculiers, les procureurs fiscaux et sept prélats de la Gaule narbonnaisc , présidés par le métropolitain Megetius. Deux des canons qu'on y rédigea, nous apprennent que la Septimanie était alors habitée par cinq peuples différents, divisés en hommes libres et en esclaves, savoir : les Wisigoths, qui formaient la majorité de la population, les Gallo-Romains, Ira Juifs, les Syriens et les Grecs.
L’ avènement de Wamba (672) provoqua une révolte parmi les principaux chefs de la Septimanie qui n’avaient pas été consultés sur son élection. Le nouveau souverain envoya aussitôt contre eux une armée sous les ordres du duç
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Paul j mais celui-ci , dévoré d’ambition , résolut de se servir, pour son propre compte , des forces qu’on lui confiait : gagnant de vitesse l’évéque de Narbonne , Arg-Bald, qui avait pénétré ses desseins et essayé de lui en fermer les portes, il entra dans cette ville, où il se fit proclamer roi. Narbonne, entourée de fortes murailles et centre de l'empire gothique dans les Gaules , était In clef de toute la province : une fois cette capitale au pouvoir des rebelles, la Septimanie était perdue pour les Golhs. Aussi Wamba, après avoir franchi les Pyrénées, par la Cerdagne, et dirigé une (lotte contre Narbonne, tourna-t-il tous ses efTorts de ce côté. Paul n'osa pas l'attendre, et, se repliant sur Nîmes, laissa le commandement de la place à Witmir, l'un de ses lieutenants. La garnison en était nombreuse : elle opposa une vigoureuse résistance, et les Wisigoths furent obligés de faire jouer toutes leurs machines de guerre, « lantos imbres inpidum concutiunt, dit saint Julian, ut clamore vocum et strielore petrarum civitas ipsa submergi testimelur ». La ville fut enfin prise d'assaut, et Witmir, arraché d'une église où il s'était réfugié , fut haltu de verges avec scs complices. De Niiiies, où il avait fait Paul prisonnier, Wamba revint à Narbonne ; il y entra en vainqueur et répara les désastres qu'avait éprouvés cette ville, désolée par la guerre et par la fièvre, magnis febribus anhrtantem ; il récompensa magnifiquement la fidélité du vénérable Arg-Bald, chassa les juifs, congédia les recrues qu'il y avait levées et « arracha toute semence de rébellion ».
Dans les premières années du vni* siècle, les Arabes se montrèrent en Septimanie. Le gouverneur de l’Espagne, El Hoir, quitta la Catalogne pour s'emparer de Narbonne qu'il prétendait appartenir A son rnatlre, comme successeur des rois wisigoths (717). Il ne réussit point, mais Al Sarnah, qui vint après, fut plus heureux. Il assiégea la place avec tout l'art que les Arabes commençaient alors à déployer dans ces sortes d'opérations. On traça des lignes de circonvallation; les balistrs et les catapultes furent dressées contre les murailles, tandis que les archers et les frondeurs faisaient tomber une grêle de traits et de pierres sur les habitants qui se présentaient sur les parapets pour empêcher l’approche des machines. Après vingt-huit jours de siège , Narbonne, mal approvisionnée, se vit obligée d'ouvrir ses portes. Tous les hommes furent passés au fil de l'épée ; les femmes et les enfants emmenés en esclavage. Le pillage et l’incendie complétèrent la ruine de cette malheureuse cité. Al-Samah sut utiliser sa conquête : comme Narbonne, entourée de marais et voisine de la mer, offrait un accès facile aux navires qui venaient d'Espagne, il résolut d’en faire la place d'armes des Sarrasins au delà des Pyrénées, et s'occupa activement d'en augmenter les fortifications.
Une fois maîtres de Narbonne, les Sarrasins firent des incursions dans toute la Septimanie et les provinces limitrophes, qu'ils mirent à feu et a sang. Ce torrent dévastateur fut arrêté, comme on sait, par Charles-Martel, et ce n’est qu’avec peine que les débris de l’armée d'Ahd-el-Rahman , échappés au désastre de Poitiers . parvinrent à se réfugier dans la Septimanie (73î). Abd-el-Meleck , général du khalife de Damas, vint bientôt A Narbonne, afin de réveiller l'ardeur des musulmans (737). Il fut si bien secondé par le wali de Septimanie, JousÂouf, que les Arabes ne tardèrent point A reprendre les armes. Charles-Martel résolut alors
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de les refouler ou delà des Pyrénées , cl , dans ce dessein, marcha droit sur Narbonne. Juussouf n’avuit rien négligé pour fortifier la place ; Otliinan, son lieutenant, fut chargé de la défendre, tandis que le wuli d'Espagne, Okbah, envoyait à son secours une flotte conduite par l’émir Orner ben Amru. Charles Martel courut au-devant des Sarrasins, dès qu'ils eurent débarqué au port de la Nouvelle, les mit dans une complète déroute, et alla reprendre le siège de Narbonne. Cette place, quoique affaiblie par plusieurs mois de siège, lassa pourtant les efforts des Franks victorieux. Charles-Martel , que rappelaient en Neustrie de plus graves intérêts , retourna dans ses états , semant partout , sur son chemin, lu carnage et la désolation. Le siège de Narbonne fut repris par Pépin-lc-Bref ; il battit, près de Salses, à cinq lieues environ de cette ville, les fils du duc d'Aquitaine qui s'étaient emparés de la Septimanie ; mais ce n'est qu'en 759, que les Goths , lassés du joug des Sarrasins, s'étant entendus avec lui pour le maintien de leurs lois et de leurs coutumes , massacrèrent tous les soldats de la garnison et lui ouvrirent, les portes de Narbonne. Le siège ou plutôt le blocus, car Pépin ne possédait alors ni vaisseaux ni machines de guerre, avait duré près de sept années. Charlemagne, à qui son père en avait confié la direction , était trop habile pour ne point reconnaître l'importance d'une pareille position : aussi , tout en incorporant plus tard Narbonne au royaume d'Aquitaine, en tit-il une place principale, destinée à défendre la France contre les invasions des Arabes, du côté des Pyrénées et de la mer. .
La Septimanie conserva son nom; mais, au lieu d’être un royaume, elle devint un duché, dont cette ville fut la capitale. Narbonne eut des tribunaux supérieurs et inférieurs et fut en même temps duché et marquisat , comté et vicomté. Charlemagne divisa, en outre, sa seigneurie en trois parties bien distinctes ; l'une destinée à Ayméric, chevalier courageux, en récompense des services signalés qu'il avait rendus pendant le siège; l'autre dévolue à l'archevêque Daniel, alors titulaire de l'épiscopat de Narbonne; enfin, la troisième, fait bien remarquable à constater, fut réservée aux juifs. Par suite de cette concession, ils se concentrèrent dans un quartier de la cité, hèti tout exprès pour eux et qui prit le nom de Ville Neuve. La raison qui détermina Charlemagne à user de tant de générosité envers les Juifs, dit le roman de la fondation du monastère de la Grasse, fut un sentiment de reconnaissance; il voulut ainsi les récompenser de leurs démarches et de leur dévouement à sa cause. Narbonne devint donc le centre d’Israël dispersé et désolé : maîtres absolus dans 1a Ville-Neuve, ils y élevèrent des synagogues* fondèrent des léproseries , ouvrirent des écoles; Narbonne, en un mot, devint célèbre à celte époque par la liberté dont les juifs y jouissaient , tandis qu'ils étaient traqués partout ailleurs comme des bêtes fauves ; aussi est-ce dans ses murs que prit naissance celte école, fameuse au moyen âge, de talmudistes, de cabalistes, d'astrologues et d'alchimistes, à la tête desquels nous devons placer le rabbin Moïse Khimkhi. Un des plus savants professeurs des écoles juives do Narbonne fut le grammairien David Khimkhi , frère de l’alchimiste ; elles conservèrent leur réputation jusque vers la fin du xn* siècle, époque à laquelle Philippe- Auguste chassa les Israélites du royaume.
Les Sarrasins n'avaient pas perdu , cependant , tout espoir de reconquérir la Septimanie. Ils franchirent les Pyrénées, en 793, sous Iq conduite d'Abd-el-
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Meleck, et vinrent assiéger Narbonne ; un seul faubourg tomba en leur pouvoir et fut impitoyablement saccagé : ce faubourg, bdti sur un petit plateau inférieur à la ville, a conservé depuis dans la tradition le nom de mala seing ( mauvais sang). Du reste, le nom de Maure est encore, chez le peuple du pays, le symbole de la laideur et de la cruauté. Charlemagne envoya au secours de Narbonne , à la tête de vingt mille hommes, un chevalier natif, dit-on , de cette ville, et dont la vie a été le sujet de récits extraordinaires ; il était fils du duc de Tocsin et s'appelait Guillaume. Les Franks et les Arabes se rencontrèrent à quelques milles de Narbonne, veçs le confluent des deux rivières de l'Aude et de l’Orbieu. Des vingt mille hommes de l'armée de Guillaume , treize seulement survécurent ; lui fut le quatorzième, mais, quoiqu'il eût eu le nez coupé dans la mêlée, le vaillant chevalier n'abandonna point le champ de bataille , car il avait eu la gloire de tuer Ahd-el-Meleck de sa propre main et de mettre l'armée arabe en pleine déroule. Charlemagne, pour prix de ses services, lui confia le gouvernement de TAquitaine, du Languedoc et de la Provence, avec le titre de duc,
Charlemagne s'occupa encore d'une manière toute particulière de Narbonne , à propos du différend qui s'était élevé entre Milon , l'un des premiers titulaires de la principauté , et l'archevêque Daniel ; Milon prétendait être seul seigneur dé Narbonne, tandis que la moitié de la seigneurie avait été affectée à l’apanage des archevêques. Charlemagne n'hésita pas à se prononcer en faveur de Daniel , qu’il honorait de son estime ; et en 791 , Alcuin, conseiller intime de l’empereur, référa à l'archevêque de Narbonne l’hérésie de Félix, évêque d'Orgcl. Les propositions de Félix furent formellement condamnées par le concile que Daniel avait réuni à cette occasion à Narbonne. Ce prélat fut , à ce qu'on assure , un de ceux à qui Charlemagne adressa l'un de ces évangéliaires, que l'on confectionnait dans le palais impérial, sous la direction du savant Alcuin. Cet évangéliaire, l'un des plus beaux monuments de l'art graphique au vin' siècle , figura longtemps dans la bibliothèque des archevêques de Narbonne. Après la révolution de 1789, la bibliothèque ayant été dispersée, l’évangéliaire de Charlemagne fut pieusement recueilli par un des archéologues les plus distingués de la ville , M. Jallabert ; on lit encore sur sa couverture cette inscription caractéristique : ex do no carolinaghi.
Ici cesse, pour ainsi dire, l’illustration historique de Narbonne. Sa glorieuse individualité s'efface et elle relève tantôt des comtes de Toulouse et tantôt des comtes de Barcelone ou de Foix , jusqu'au moment où elle devient partie intégrante du royaume de France. Sous toutes les dominations étrangères, l'administration municipale de Narbonne était restée intacte : le conseil des Douze avait toujours été chargé des affaires de la ville ; en 1 148, la vicomtesse Ermengarde et Louis-le-Jcune, roi de France, autorisèrent chaque moitié de la ville, naturellement divisée par le canal de la Robine, à se constituer en des communautés particulières. Cette disjonction n'affaiblit point le caractère moral de la cité. Dépositaires fidèles des privilèges des Narbonnais, les consuls (tel était le nom des magistrats municipaux de la ville) s'opposèrent sans cesse bhx empiétements des rois de France, des évêques et des vicomtes. En 1297, ils firent d’énergiques représentations à Philippe-le-Bel , qui avait grevé la ville de charges extraordinaires ; trois mille Narbonnais ayant péri dans les guerres de Guyenne
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et (le Gascogne, et la commune ayant payé six sols tournois, par feu , on ne pouvait raisonnablement lui demander de plus grands sacrilkcs. Cette remontrance attira la disgrtlre royale sur les consuls, qui furent remplacés par des régents (lu consulat, mais seulement pour un temps. Par suite de l'extinction d'une des
premières races des vicomtes de Narbonne, la seigneurie était passée aux mains de Manriquès de Lara, infant de Castille; celte nouvelle souche occupa la vicomté jusqu'eu 1447, époque à laquelle Pierre de Tinières la céda, avec ses dépendances, à Gaston IV, comte de Foix , qui l'unit à son domaiue. Gaston donna la vicomté à Jean, son (ils puîné (14 GH . Celui-ci, après lu mort de François-Pluebus, roi de Navarre, son neveu (1488) disputa ce royaume et le reste • de la succession de Foix, à Catherine, sa nièce, sœur de François-Plioebus , et prit le titre de roi de Navarre; il mourut en 1500, laissant un lils, Gaston II, qui, comme son père , soutint ses droits au royaume de Navarre. F.nlin le même Gaston échangea, le 19 novembre 1507, avec Louis XII , la vicomté de Narbonne contre le duché de Nemours, et par là la vicomté fut réunie à la couronne.
L’église de Narbonne a eu, ainsi que nous l'avons déjà indiqué, une brillante origine; les successeurs de saint Paul Serge, voulant conserver à ce siège son éclat primitif, prirent le titre d'archevêques métropolitains et primats de toutes les Gaules: les archevêques d'Aix et d'Arles devaient leur céder la prééminence, ainsi que cela fut établi par plusieurs décisions des papes , dans le courant du if siècle; enfin, jusqu'en 1316, les évêques de Toulouse se trouvèrent placés sous la dépendance de l'archevêque de Narbonne, qui confirmait leur élection. Aux titres de métropolitain e! de primat, les archevêques de Narbonne joignirent («lui de seigneur, par suite de la donation faite, en 759 , à l'archevêque Dauiel , par le roi Pépin. Les successeurs de Daniel conservèrent cette qualitication jusqu'en 1212; A rnauld-A mairie fut alors reconnu duc de Narbonne par les évêques de sa province et par le vicomte Aymeric, gouverneur de la ville. Ceux qui suivirent négligèrent ce titre; mais en 1600, François Fouquet, frère du surintendant des finances, le lit revivre en sa personne, et Louis XIV le reconnut , en 1690, à Pierre, cardinal de Bonzy . La liste des prélats qui ont occupé le siège de Narbonne présente un singulier assemblage de noms de saints , d'hérésiarques , de pupes, de simoqiaqucs, (le jeunes seigneurs sans consécration , appelés par la naissance ou par de honteux compromis à ce poste éminent, et enfin de prélats guerriers, qui, plus d’une fois, présidèrent leurs synodes en éperon*, portant l’épée et lançant des cartels, bc dernier archevêque, Arthur-Richard Dillon , est mort eu 1806. C’est pour perpétuer le souvenir de ce siège antique,, que l’archevêque de Toulouse a été revêtu du titre d’archevêque de Narbonne. N’oublions pas , enfin, de dire que deux papes sont sortis de celte église : l'un, Guy de Fulcodi, sous le nom de Clément IV, et .l'autre, Jules de Médicis, sous celui de Clément VII.
Quoique considérablement déchue de sou rang politique , depuis la conquête de Charlemagne, Narbonne continua néanmoins à être, pendant longtemps encore, la ville la plus commerçante de l'Occitanie inférieure ; ses navires sillonnaient toutes les mers, et on la voit, au moyen Age; signer des traités de paix ou de commerce avec Gènes , Fisc, Tarragone , ainsi qu’avec les rois de Sicile et les em-
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pereurs de Constantinople. Cependant son port s'ensablait , chaque jour, et d'autres villes mieux favorisées s'agrandissaient à ses dépens. Plusieurs épidémies contribuèrent à hâter sa décadence. Elle fut , jusqu'à huit fois, décimée par des maladies contagieuses , de 1259 à 1652 , et la peste de 1348 y fit périr, selon les annales municipales, plus de trente mille personnes. Ces cruels fléaux portèrent le dernier coup à sa prospérité commerciale et à son existence politique : en effet, dans les années que nous allons parcourir, Narbonne , plongée dans une espèce de léthargie, ne prendra aucune part aux guerres religieuses ni aux soulèvements politiques qui tant de fois agiteront le Languedoc.
Louis XII résolut de faire de Narbonne une place de guerre importante, destinée à repousser les invasions que l'on pourrait tenter du côté des Pyrénées : en conséquence, tous les faubourgs, devenus déserts par suite de la dépopulation de la ville, tous les anciens monumenls élevés par les Romains , toutes les fortifirations construites par les Wisigoths et les Arabes, furent immédiatement démolis , et servirent à construire une enceinte plus circonscrite que les précédentes. François 1" donna une direction artistique à l'élection des nouveaux remparts; il voulut que toutes les pierres sculptées fussent symétriquement placées au couronnement des bastions et des courtines, et cet ordre, assez gauchement exécuté, permet encore aujourd'hui à Narbonne de montrer aux voyageurs curieux qui la visitent, les débris de son aidiquc splendeur : sans la sollicitude du roi chevalier, il n'en resterait peut-être aucun vestige. Narbonne est la ville de France la plus riche en inscriptions romaines, et il ne dépendrait que du gouvernement , au moyen de fouilles bien dirigées, d'en augmenter lif nombre.
Sous le règne de Louis XIH, et durant les guerres incessantes que l’Espagne et la France se livrèrent à cette époque; Narbonne acquit , en deux circonstances différentes , une certaine importance historique. Lors des graves dissentiments qui s'élevèrent entre Louis XIII et son frère, Gaston d'Orléans (1632), elle se fit remarquer par son attitude ferme et son dévouement inébranlable à la cause du roi ; dévouement dont elle ne négligea pas ensuite de se glorifier, dans cette devise qu'elle adopta et qu'eHe conserva longtemps dans ses armoiries : Narbo Martius semper Deo Regiquc ftilclis. Le duc de Montmorency ayant demandé aux États des pleins pouvoirs, soit pour lever des subsides, soit pour organiser des troupes, n’y rencontra qu'un seul opposant : ce fut l’archevêque de Narbonne. Le due le fit arrêter, séance tenante; puis il écrivit aux consuls que l'intention du roi était de leur faire bâtir uni- citadelle , et que tous les bnliis que l'on répandait au sujet de la guerre avec l'Espagne étaient un simple prétexte pour les engager à recevoir garnison et se saisir de leur place; qu'il leur transmettait cet avis par pure affection pour eux , espérant qu'ils lui rendraient . la pareille en lui donnant asile dans leurs murs, attendu qu'on en voulait à sa personne. Mais les consuls de Narbonne surent éviter ce piège et laissèrent Montmorency courir seul les chances de sa fortune.
Dix ans après, Narbonne vit se dénouer une autre conspiration tramée contre Louis XIII , ou plutôt contre son premier ministre. Ce monarque ayant résolu de diriger on personne le siège de Perpignan, s’y rendit accompagné de toute sa cour. Richelieu, atteint d'une cruelle maladie, fut forcé de s'arrêter à Narbonne, où il
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lit même son testament ; Louis XIII, sous les murs de Perpignan, se trouva à son tour assez gravement indisposé et se replia sur Narbonne. Là , des émissaires secrets du cardinal lui apprirent que Cinq-Mars et de Tliou , à la télé des principaux seigneurs de la cour, ôtaient résolu de renverser la monarchie. Saisi de frayeur, le roi ordonna aussitôt l'arrestation des prévenus. Cinq-Mars, qui avait déjà noué une intrigue amoureuse avec une jeune personne de la ville, put un instant se soustraire aux poursuites dirigées contre lui ; il Se croyait même sauvé, car il était près de sortir de ses murs, lorsqu'il fut saisi par les archers du cardinal (1012).
En 1659, Louis XIV allant sur la frontière des Pyrénées consacrer son union avec l infaute d'Espagne, Marie-Thérèse, passa aussi à Narbonne avec sa mère; mais il n'y laissa d'autre souvenir que celui de sa inagnilicrnce. Le xvii* siècle s'écoule et Narbonne reste plongée dans la plus insigniGanle torpeur; ce n'est qu’en 1788 qu'elle se sent renaître : elle s'honore alors en se prononçant, à l’occasion des États-Généraux . pour les réformes les plus libérales. Lu Convention lit droit , plus tard , à toutes ses réclamations, et les Narbonnais , dans leur reconnaissance, montrèrent un attachement à toute épreuve aux principes de la Révolution. Tant de dévouement méritait une haute récompense : leur ville fut néanmoins déshéritée de toutes ses institutions et descendit presque au dernier rang des cités de France.
Ce n'est qu'à force de soins et de sacrifices que Narbonne est parvenue à se reconstituer, à organiser divers établissements nécessaires au progrès de la civilisation des écoles de différents degrés, des hôpitaux, une bibliothèque, un musée où sont recueillies toutes les antiquités découvertes dans l'arrondissement ; ce n’est qu'en s'imposant extraordinairement qu’elle a pu assurer l’existence de quelques-uns de ses monuments, et poursuivre la découverte et la conservation de quelques rares vestiges de l’antiquité que le hasard plutôt que la volonté des hommes semble avoir transmis aux générations actuelles. Le [valais archiépiscopal, surmonté d'une tour mauresque , complètement restaurée et embellie , produira un bel effet, surtout a côté de la cathédrale de Saint-Just qui, quoique non achevée , est sans contredit l’un des plus beaux types de l’art monumental au moyen âge. La première pierre de la nouvelle église de Saint-Just, destinée à remplacer celle que l'évéqne Rustique avait fait construire, au V siècle, et celle dont Char-, lemagne ordonna l'érection, quatre siècles plus lard , fut posée, le 3 avril 1271 , par le premier chanoine Maurice, promu postérieurement au siège archiépiscopal de Narbonne ; elle avait été envoyée toute bénite , et ornée d'une croix d’or, |>ar le pape Clément IV. Saint-Just est surtout remarquable par l'élégance de ses proportions , la majesté de son architecture et la hardiesse de ses voûtes qui s'élèvent à quarante mètres au-dessus du sol : une de ses tours est classée comme point géographique de premier ordre. L’église paroissiale de Saint-I’aul ne se recommande aux amis des arts que par son antiquité.
Narbonne, enfermée dans des remparts (pii ne peuvent, du reste, la défendre, n'a pris qu'une faible part nu développement industriel ot commercial des autres villes du Languedoc. Sa population flotte entre 10 et 11,000 Ames; l’arrondissement n’en renferme guère plus de 59,000. Le commerce y a pour principal objet
les vins , dont In production ne récompense pas toujours le propriétaire de ses soins et de ses dépenses. Cependant , depuis les progrès récents de notre colonie d’Alger, Narbonne expédie par le port de la Nouvelle des quantités de vins assez considérables en Afrique ; le reste est converti en alcool ou sert à colorer et renforcer les vins faibles et aigrelets du nord. Les distilleries et les fabriques de vert de gris sont aussi très-nombreuses aux environs de la ville ; la culture des céréales , autrefois importante dans l'arrondissement , a donné naissance à plusieurs établissements de minoterie ; l’éducation des vers à soie commence à s'y répandre. A vingt kilomètres de Narbonne, une vaste exploitation rurale vient de se former; elle se propose surtout l’élève des bestiaux et la culture du riz. Les terrains bas et marécageux, situés en partie dans le lit de. l’ancien lac Kubresus , semblent promettre aux entrepreneurs le plus beau succès; les salines sont aussi d'un très-grand produit. Le miel de Narbonne, si renommé par sa blancheur, son arôme et sa cristallisation, est recueilli sur les montagnes avoisinantes, lé où les défrichements n’ont pas encore arraché le thym, la lavande, Te romarin, le serpolet , et mille autres plantes aromatiques. Les progrès de l'agriculture font décroître, chaque année, cette branche de commerce. L’industrie ne fournit que lies-peu d'aliments au commerce de Narbonne : les tanneries de cette ville sont cependant renommées, ainsi que ses fabriques de poterie et de salpêtre. Ses moyens naturels d'exportation sont le canal de la Robine, qui la met en communication directe avec la Méditerranée par le port de la Nouvelle , et avec l’Océan et la France centrale par le canal royal du. Languedoc. Le roulage est activement employé pour les marchandises de peu d'encombrement, ou dont la destination est peu éloignée. Le chemin de fer de Cette à Bordeaux et celui de Perpignan à Barcelonnc, mettront un jour Narbonne en communication directe avec la Péninsule et les principales parties de la France.
Narbonne , autrefois gouvernement de place et chef-lieu d'une recette particulière, était la cinquième ville de la province qui députait annuellement aux États; elle y envoyait son premier consul et un autre député. L’archevêque avait onze suffragants, savoir : les évêques de Béziers, Agde, Carcassonne, Nîmes, Montpellier, Lodève, l'zès, Saint-Pons-de-Thomières, Aleth, Allais et Perpignan. Les évêchés de Barcelone, Urgel, Girone et Aussonuc, avaient aussi anciennement dépendu de la métropole narbonnaise. La ville renfermait enfin un grand . nombre de communautés religieuses : des Dominicains, des Carmes, des Augustins, des chanoines réguliers de la Sainte-Trinité, des Carmélites, des filles de l'ordre de Citeaux , des Ursulines , des Sœurs grises , etc. , etc. Il y avait un collège des Frères de la Doctrine chrétienne, un grand et un petit séminaire, et deux hôpitaux.
Parmi les personnages célèbres auxquels Narbonne a donné le jour, nous eitei*ons particulièrement les trois empereurs romains Carus, Carinus et Sumérien; l'orateur Montaniu, qui fut relégué dans l'Ile de Majorque pour avoir parlé avec un peu trop de véhémence contre les désordres des dernières années de Tibère ; Terentius l'arro, l’ami de Cicéron, et surnommé par (.luintilien le plus érudit des Romains ; Jacques Dupuis , nommé cardinal par Jules III et légat et président du concile de Trente par Pie IV ; l'rançois Bousquet, évêque de Montpellier, à qui
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l'on doit l’histoire des papes d'Avignon el l'histoire de l’église gallicane; Augustin, orateur saeré du premier ordre ; Mondonvilte, l’un des pins célèbres musiciens du xviu* siècle; Jean-Joseph Barthez, grand médecin et collaborateur de l’Encyclopédie de Diderot; le général tlirabel, l’un des lieutenants de Dugommier; le général de brigade Sabatié, qui fit toutes les campagnes de l'Empire; et le général d'artillerie Espéronnier, aujourd'hui membre de la chambre des députés. M. Barthe, ancien ministre de la justice, est né aussi à Narbonne, N'oublions pas de dire, en terminant, que Fléchier, depuis évêque de Nîmes, fut envoyé dans celte ville, vers 1650, comme régent de rhétorique et y professa pendant neuf années ; sa première oraison funèbre fut celle de monseigneur de Laboucbère, archevêque de Narbonne, qu’il prononça dans l'église de Saint-Jùst. 1
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