‹ Histoire des villes de FranceChapitre 58 sur 137 · SIGEAN. — LEUCATE · texte numérisé non relu

SIGEAN. — LEUCATE

Sigean , capitale autrefois du pays de Corbières, est situé à trois kilomètres au sud de l’étang qui.porte son nom, sur une hauteur qu’arrose la lierre. La proximité du port de lu Nouvelle, seul débouché maritime de tout le commerce du département de fAude avec le Roussillon et la Catalogne, lui donne une trèsgrande importance. Entre la ville et l’étang s’étendent les quatre salines de Talavignes, de Grimaud, de Sigean et du Lac. Le nom même sous lequel on trouve Sigean désigné dans une charte de Louis-lc-Débonnaire , en date de l’année 822 { Ad Signa), témoigne assez de l’antiquité de son origine. Nul doute, en effet , que les Romains n’eussent établi un phare sur la hauteur, afin d’indiquer aux navires ‘ l’entrée du port & l’approche d’une côte plate. Ils avaient , en outre , creusé h la rivière d’Aude, à travers l’étang voisin, un canal revêtu et pavé en pierres, jusqu’à son issue dans la mer, où deux fortes levées protégeaient l’ouverture qu’on a depuis appelée Grau de la Nouvelle, Ce canal n’est autre que la Bobine d’Aude. Lacus accipit eum (l’d/ar) Bubrcsris nom i ne, dit Pomponius Mêla, spaliosits adtnodiim, sed gu à mare admittil tennis aditu ; et Pline ajoute: Atax à Pgrenœo Bubrensem permeans lacum.

Au delà de la Rohine d’Aude, entre l’étang de Sigean et Salses, règne le rivage de Lcucate mentionné aussi par Mêla. Vitra llubrcsum lacum est Leucata, littoils

1. L'auteur de cette notice n déjà indiqué la plupart des ouvrages qui lui ont servi à la composer, el presque toujours il a eu recours aux sources originales ou aux documents extraits des archives de la ville : il a encore été assisté dans cç travail par quelques personnes bienveillantes, qui l’bouorent de leur amitié ; ce sont : MM. JallalKTt, Tournai , CnfTort , Ducros de Saint-Germain, Faure, Durcau, Baissas, Haynul, qui ont bien voulu mettre à sa disposition le fruit de leurs études et de leurs recherche.*.

LANGUEDOC

AU

nomen, el salsuhr font. Ce nom, d'origine grecque, parait lui avoir été donné par les Phocéens de Marseille, à cause de la blancheur de scs rochers. Festus A vienus appelle l'iplas les Iles parsemées entre les étangs de la côte et la mer, et y comprend la presqu'île de Leucate. Itoger de Hovedcn, au xir siècle, Adrien de Valois, au xvii», ont parlé l'un et l'autre du golfe et du promontoire de Leucate. Ce dernier dit que , de son temps , on voyait sur la montagne un clulteou et un village , avec une église et une source d’eau vive. On peut encore reconnaître l'exactitude de ces indications. Seulement les fortifications n'existent plus: jugées inutiles depuis la eonquétr'du Koussillon, elles ont été démolies en 166A. L'étang communique aujourd'hui par un canal avec celui de Sigean; la vil le, est bâtie au boni, et 6 l’extrémité opposée commence le pays de Corbières. Quant au promontoire, on l'appelle aussi Cap de lu I-'ranqui , du nom d'une petite Ile plate, sise au nord-est , dans l'enfoncement de la côte r il servait anciennement de point frontière à la France et à l'Espagne.

S’il faut en croire la tradition, c'est dans le bassin de la Berce , entre Villc- Salscs et Sjgeau, à une demi-lieue de la mer, qu'eut lieu, en 737, une rencontre sanglant*' des Franks et des Sarrasins. Débarqué à la Nouvelle , d’où il se proposait de remonter la rivière d'Aude, pour secourir Narbonne, l'émir de la mer Amoroz [Orner ben Amru), avait assis son camp dans In vallée, près d'un ancien palais gotli , résolu à continuer de là sa route par terre. Charles-Martel, instruit de son arrivée , abandonna soudain le siège de Narbonne, et, se portant à sa rencontre, l’attaqua brusquement dans sa position. Le premier choc fut terrible. Les Sarrasins prirent enfin la fuite : ils se précipitèrent en désordre dans l’étang,' afin de regagner leurs vaisseaux ; mais les Franks les y poursuivirent sur quelques barques dont ils s’étaient emparés , et en tuèrent un grand nombre , soit en les enfonçant dans l'eau , soit en les frappant à coups de dard. C’est par erreur que dom Vaisselle fait périr Amoroz dans la mêlée, de la propre main de Charles- Marte! , puisqu'il se révolta en 7i9.

La charte de Louis-lc-Débonnaire , à laquelle nous avons fait allusion , nous apprend que, dès le commencement du il’ siècle, Sigean était un domaine du monastère d'Aniane. l’n château y fut bientôt bâti, sans doute, car plusieurs litres du moyen âge mentionnent des châtelains de Sigean , vassaux des archevêques de Narbonne, de qui relevaient également les châtelains de Leucate (1080-1171). La supériorité de ce dernier fief Unit pourtant par passer aux seuls vicomtes de Narbonne. En 1309, le domaine utile appartenait aux seigneurs de la maison de Durban. l’hilippe-le-Bcl voulant établir un port à Leucate, conclut un traité de pariage avec les deux parties intéressées, et affranchit, moyennant trois cents livres tournois , les habitants du château qui étaient serfs de corps et de casnlage. Louis-le-Uutin et Charlcs-le-Bel firent continuer ces travaux, sans aboutir à aucun résultat : et Philippe de Valois qui, en 1337, avait repris le plan de ses prédécesseurs, ne réussit pas davantage. M. Enjalric de Narbonne pense que le lieu choisi par Phi!ippc-lc-Bcl et Philippe de Valois pour y construire un port, est l’anse même de la Franqui, où la profondeur d’eau, plus considérable qu’à Cette, peut offrir une excellente relâche aux bâtiments de guerre.

Sous Louis XII, le maréchal de Rieux, forcé d’abandonner le siège de Salses,

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