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il autorisait les habitants à posséder des fiefs, affranchissait les nobles des charges communes , en considération des services qu'ils étaient tenus de rendre , et il permettait à la ville de se donner des lois. Tous ces avantages étaient sans doute considérables; mais une longue habitude de la licence et de l'impunité avait rendu les bourgeois impatients de tout frein. Les passions d’un homme donnèrent bientôt une direction à l'esprit turbulent des habitants.
Walthcr ROsselmann, (ils de Jean, investi de la charge de prévôt, quelques années après la mort de son père, n'ayant pas su vivre en bonne intelligence avec le grand bailli , Othon d'Ochsenstein , neveu de l’Empereur, Rodolphe le dépouilla de cette dignité. Othon, débarrassé alors d’une opposition redoutable, leva une contribution de trente mille livres sur les habitants et voulut, en outre, peu de temps après, les imposer au trentième de leur fortune. Les bourgeois exaspérés signifièrent à l'Empereur, le 7 mai 138'», qu’ils renonçaient à son obéissance, et en même temps ils prirent parti pour le faux Frédéric II , qui lui disputait la couronne. Leurs premières hostilités furent dirigées contre quelques villages impériaux qu'ils brillèrent. L'Empereur accourut aussitôt pour assiéger la ville rebelle; mais informé de l’importance que prenait le parti de son compétiteur, il tourna ses armes contre lui et le fit prisonnier près de Wetilar. Lorsqu'un bûcher eut fait justice des prétentions de Frédéric II , les Colmariens réduits il leurs propres forces, jugèrent prudent de se soumettre : l'Empereur ne leur fit grâce qu'en les condamnant è une amende de quatre mille marcs. ROsselmann avait échappé par la fuite à sa colère, lin noble, le chevalier de Slammheim, obtint la charge de prévôt. Scs exactions, son orgueil et, plus encore, sa qualité, provoquèrent bientôt un nouveau soulèvement. l'n parti nombreux attaqua, le jour de Pâques 1286 , les serviteurs de l’officier supérieur dans les rues de la ville, en blessa plusieurs et arrêta les autres. Mais bientôt tous ceux qui avaient pris part au mouvement furent mis au ban de l’Empire ; on confisqua leurs biens, et leurs maisons furent rasées. A la mort de Rodolphe de Hapsbourg, le prévût Stanimheim désespérant de se maintenir sans l'appui de l'Empereur, se hâta de prendre la fuite. Waltlier ROsselmann revint aussitôt à Colmar et s’y ressaisit de la charge vacante. Son retour fut le signal d'une réaction contre les nobles. Ceux-ci appelèrent à leur secours l'évêque de Strasbourg, le vaillant Conrad de Lichteinberg, lequel ayant formé le siège de Colmar, à la tète de trente mille hommes, lit rentrer les habitanls dans le devoir (1292).
Pendant cette révolte, le choix des électeurs s'était porté sur Adolphe de Nassau. Le nouvel Empereur ayant demandé le serment aux villes impériales, les habitants de Colmar firent des difficultés . et le prévôt imposa , comme conditions de la soumission de la ville , la promesse d'être conservé dans sa charge, la confirmation du bannissement prononcé contre les nobles , enfin l'engagement de la part du bailli provincial de ne jamais se faire arcompagner dans Colmar d’une suite trop nombreuse. Toutes ces conditions furent acceptées. Néanmoins, lorsque l’évêque de Strasbourg se déclara contre Adolphe de Nassau, en faveur d’Albert d'Autriche, les habitants de Colmar, à l’instigation de leur prévôt , firent alliance avec Anselme eh1 Ribeaupierre, auquel ils ouvrirent leurs portes , le 10 septembre 1293.
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A peine Adolphe de Nassau eut-il connaissance de cette rébellion , qu'il vint camper autour de Colmar avec une armée considérable , et fit détourner le Mühlbach , canal dérivé de la Fecht, au-dessus de Turckhcim, et qui alimentait , ainsi que son nom l’indique, les moulins de la ville. Les moulins ne pouvant plus alors fonctionner, la farine monta à un prix excessif, malgré l'abondance du blé, et une cruelle disette se fit sentir. Dans cette extrémité, quelques bourgeois formèrent le projet de livrer Colmar à l’Empereur. Ils profitèrent , pour le meltre à exécution , du refus opiniâtre que fit le peuple de laisser entrer dans la place un renfort qu'y voulait jeter l'évêque et qui eût augmenté le nombre des bouches à nourrir. Le complot réussit : le frère de l'évêque, Frédéric de Lichtemberg, parvint à se sauver par-dessus les remparts ; Anselme de Ribeaupierre , qu'on trouva caché dans le couvent des Franciscains, fut livré à l’Empereur. Le prévôt s'était évadé sous les habits d'un mendiant : on fit promettre cent livres à qui l'arrêterait. Reconnu par une femme, près d’Eguisheim , il fut délivré par des cavaliers bâlois qui le conduisirent au château de Si h» art/bourg, près de Munster; mais l’Empereur exigea impérieusement le prisonnier, qui lui fut enfin remis à la condition que ses jours seraient respectés. Le malheureux ROsselmann, traité comme un parjure, fut attaché à une roue et placé sur un chariot, la main fixée en- l'air à un pal , faisant le geste du serment. On le traina ainsi, pendant quelque temps, a la suite de l’Empereur; puis on le jeta dans un cachot où il mourut. Son fils, qu’on avait arrêté aussi . ne fut rendu à la liberté qu'après la mort d'Adolphe de Nassau. Quoi qu'en aient pu dire les détracteurs de Wallher ROsselmann , c'était un homme d’un noble caractère et dont le seul tort est d'avoir été vaincu.
Colmar ne resta pas étranger aux troubles causés par l’excommunication lancée contre Louis de Bavière; il s’y forma deux partis, les noirs et les ronges, dont les divisions troublèrent gravement la petite république. La faction opposée à l'Empereur invoqua le secours de l'archiduc Othon d'Autriche : elle se fût emparée de Colmar, sans l'intervention du roi Jean de Bohême, vicaire de l'Empire en Lombardie , qui passa les monts pour soutenir les intérêts de Louis. Cependant les divisions ne se calmèrent point , même après que l’Empereur eut fait grâce aux villes où ses ennemis avaient trouvé des adhérents ( 1330). Le Magistrat, de concert avec les bourgeois, dut enfin prendre des mesures énergiques, et après avoir prononcé une sentence de bannissement contre tous ceux qui persisteraient à porter les couleurs séditieuses, il commit, pour cinq ans, l'administration de la v illc à un conseil extraordinaire de neuf citoyens : ceux-ci gouvernèrent avec tant de sagesse, qu’à l'expiration de leur mandat la commune, d'un consentement unanime, le leur prolongea pour cinq nouvelles années.
C'est pendant cette seconde dictature que le Conseil résista aux paysans soulevés contre les juifs. Un tavemier de village , connu sous le nom de compère Thoms , prétendit avoir reçu de Dieu la mission d'exterminer tous les juifs de la chrétienté ; il eut bientôt de nombreux partisans et se fit appeler le roi Armleder, par allusion aux bracelets en cuir qu'il portait aux bras, comme marque de son pouvoir. Sa troupe composée de paysans armés de gourdins, de faux , de haches et de fléaux , poursuivit les juifs jusque dans les villes : à Rouffach et à Ensisheim , ces fanatiques en tuèrent plus de quinze cents : puis ils accoururent sous
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les murs de Colmar, en réclamant les fugitifs. Le conseil des neuf était au-dessus des aveugles passions de ces temps barbares : il refusa de livrer de nouvelles victimes. Armleder eut l'audace d'assiéger la ville. L'arrivée de l’Empereur lui (U suspendre les hostilités , mais il les reprit bientôt et ne mit un terme à ses excès que lorsqu'il vit les États de la province conclure une alliance contre les perturbateurs de la paix publique ( 1338). Il prit la fuite et sa troupe se dispersa. C’est donc à la résistance honorable du conseil extraordinaire de Colmar, que la province dut sa paciOcation. Malheureusement le Magistrat n’imita point la conduite généreuse des Neuf, lors du soulèvement universel que la peste noire provoqua contre les juifs, au milieu de ce siècle; tous ceux qui habitaient la ville furent brûlés dans un lien qui porte encore le nom de Fosse-avx-Juifs.
Vers la même époque, les nobles s’étaient ligués et avaient déclaré la guerre au Magistrat de la ville, ainsi qu'au grand bailli de Haguenau. Il parait que leurs efforts furent couronnés de succès à Colmar, car nous voyons, en 1358, l’archiduc d'Autriche, Rodolphe, assiéger la place, s'en emparer au nom de l’Empereur, chasser les nobles et raser les maisons des principaux coupables : deux inscriptions rappellent encore ces événements. Mais à partir des dernières années du xiv* siècle, la ville ne fut plus livrée à ces grands désordres intérieurs qui avaient tant de fois menacé son existence politique. Forte désormais de l'union de ses habitants , elle souffrit peu des luttes qu’elle eut 6 soutenir contre quelques seigneurs du voisinage. Les invasions des Anglais et des Armagnacs ne l'exposèrent pas , non plus , à de grands périls , et , grâce à la prudence des bourgeois , Charles-le-Téméraire lui-méme échoua dans ses projets contre elle. Lorsqu’au mois de décembre 1473, le duc de Bourgogne pénétra dans la province par le val de Villé, son lieutenant, Pierre de Hagenbach, réclama pour son maître l'hommage des habitants, et, pour lui-même, la liberté d’entrer dans la place avec deux cents chevaux. Le Magistrat répondit favorablement è la seconde partie de la demande ; mais on s’aperçut bientôt que Hagenbach introduisait dans Colmar des forces plus considérables; Charles lui-méme approchait avec le reste de son armée. Alors le Magistrat Bt fermer les portes, et parvint à empêcher les Bourguignons de poser leur camp dans le voisinage. Cette mesure sauva la ville. Le duc , qui avait déjà décidé d'y passer la nuit , dut accepter l'hospitalité que le possesseur du château de Kiensheim lui offrit. Les Colmariens prirent une part active à la condamnation de Pierre de Hagenbach , ainsi qu'aux guerres des cantons suisses et des cités d'Alsace contre les Bourguignons. Enfin, au commencement de l’année 1493, l'empereur Maximilien Ier vint visiter leur cité, où il reçut les ambassadeurs du rzar Ivan III.
Quel que soit l'intérêt de ces événements , la période que nous venons de parcourir est plus remarquable encore par le développement du pouvoir municipal, A cette époque, la commune jouissait de la libre disposition de ses propriétés, du droit de posséder des Befs, du pouvoir législatif, du droit de péage sur les marchandises qui entraient dans ses murs, du droit d'octroi et de mouture, du droit de s'imposer à son gré, de celui de frapper des monnaies d'or, d'argent et de cuivre. Les biens des citoyens étaient affranchis de la confiscation et les causes civiles soustraites aux tribunaux ecclésiastiques. Ceux qui avaient été mis au ban vi. 9
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de l'Empire trouvaient è Colmar un asile assuré ; les terres des bourgeois situées hors du territoire de la ville , ne payaient d'autre impôt que la contribution à l'Empire ; la commune pouvait refuser le droit de bourgeoisie oui seigneurs trop ' puissants ; les marchandises des bourgeois naufragées sur le Khin étaient garanties à leurs propriétaires ; les bourgeois nobles n'étaient tolérés qu’en se soumettant à un serment rigoureux. Mais le plus important de tous les avantages obtenus par la cité , depuis l'ouverture de l'ère communale , celui qui rendit Colmar ville libre, c’est l'autorisation que l'empereur Sigismond lui accorda en 14*24 , de racheter des nobles de llattstadt la prévôté impériale qui leur avait été engagée. L’ancien représentant du pouvoir souverain , nommé autrefois le premier dans les actes émanant de la commune , fut mis alors au dernier rang des magistratures municipales. Quant à l’administration de la ville, son organisation était trèssimple : à sa tête se trouvait l'obristmeister et immédiatement au-dessous de lui trois stettmesters exerçaient leurs fonctions alternativement pendant quatre mois. Un conseil de vingt-huit membres, réduit plus tard à vingt-quatre, réglait et partageait leur pouvoir, et cent quarante-quatre élus des tribus formaient un grand conseil , que l’on ne convoquait que dans les circonstances extraordinaires, et qui avait, pour ainsi dire, le contrôle de l'administration.
Outre cette indépendance de tout pouvoir étranger, Colmar jouissait d’une grande importance commerciale ; placée à peu de distance de l’endroit où l’Ill devient navigable, elle était l’entrepôt naturel des marchandises qui descendaient ou remontaient cette rivière. Aussi , entretenait-elle des relations très-fréquentes avec les villes impériales de la Franconie ; souvent même elle admit au nombre de ses habitants d’industrieux bourgeois d’Augsbourg, d’Ulm, de Nuremberg. C’est ainsi qu'elle reçut au xv* siècle une branche de la famille patricienne des Schôngauer d’Augsbourg, qui devait porter si haut la gloire de sa nouvelle patrie. Martin Schongauer, connu en France sous le nom de beau Martin, est le plus célèbre ; orfèvre, peintre et graveur, il est le chef d’une école de peinture dont le siège était à Colmar et qu'il faut reconnaître comme la première de l’Allemagne, en date et en importance. Elle se rendit surtout populaire par l'art de graver, dont l’Allemagne attribua longtemps l’invention à Martin Schongauer, non sans quelque apparence de raison ; ce que tout le monde accorde à cet artiste , c’est la perfection de son burin. Il mourut jeune et dans toute la vigueur de son talent (1488). Son œuvre se compose d’environ cent cinquante pièces d'une excessive rareté.
L’exemple des communes voisines conquit de bonne heure à la réforme quelquelques adhérents parmi les habitants de Colmar. Le Magistrat lui-méme , sans adopter les idées nouvelles , ne resta pas étranger à leur inlluence , car on le voit par ses ordonnances réprimer les déportements du clergé , tout en défendant aux habitants, sous des peines sévères, de se rendre au prêche des églises protestantes du voisinage. Malgré cette défense, les bourgeois continuèrent à suivre les offices des communautés de Horbourg et de Riquewihr, et bientôt on trouva des dissidents- jusque dans le conseil. Enfin, en 1568, les protestants demandèrent un prédicateur protestant et un temple. Mais ce fut seulement en 1575 que, sur la proposition de l'obristmeister Michel lluob, le conseil autorisa l'exercice
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public du nouveau culte, auquel il assigna l’église des Récollels. Cependant lé chapitre de la paroisse de Saint-Martin adressa ses plaintes à l’évêque de Bâle et à l’archiduc Ferdinand, grand bailli d'Alsace; l’Empereur commanda à la commune de rétablir l'ancien ordre de choses, révolution qui ne s’accomplit pourtant qu’en 1617. Les ministres luthériens furent chassés, les membres du Magistral remplacés par des catholiques ardents. On ferma les écoles de la réforme , qu’on donna au* Jésuites, et les bourgeois récalcitrants eurent ordre de s’expatrier dans un délai de six mois. Cette intervention de l'Empereur fut , sous plus d’un rapport, fatale à Colmar ; les habitants les plus riches et les plus éclairés quittèrent la ville; l’administration passa dans les mains d’hommes inexpérimentés. Leurs prédécesseurs, profilant des conseils du célèbre ingénieur de Strasbourg , Daniel Specklin , avaient relevé les fortifications et réuni en code les principaux articles du droit de la cité. Eux ne firent rien , et pendant la terrible guerre de trente ans , ils se montrèrent , en outre , tout à fait indignes de leur mission.
En 1632, Gustave Horn, l’un des lieutenants de Gustave Adolphe, se présenta devant Colmar ; afin d’en hâter la reddition , il détourna le Mühlbach , brûla les moulins et interrompit les communications; les vivres venant à manquer au bout de six semaines , le Magistrat se concerta avec les habitants pour demander an capitaine suédois une suspension d’armes. Toulefois on ne put rien conclure. Dans l'intervalle, Gustave Horn ordonne d’ouvrir la tranchée. Le commandant de la garnison , Vernier, cherche alors à ranimer le courage des Colmariens. Voyant tous ses efforts inutiles, il reproche aux membres du Magistrat leur lâcheté, et appelle la garnison aux armes; mais, au bruit du tambour, les habitants sortent épouvantés , se ruent sur les soldats , les désarment avant qu'ils aient eu le temps de se réunir, en tuent plusieurs et font les autres prisonniers avec le brave Vernier. Le Magistrat resté maître de la ville , s’empressa d'ouvrir de nouvelles négociations avec les assiégeants. Colmar capitula le 10 décembre. Horn fit rendre aux protestants les droits qu’ils possédaient avant 1620; une égale protection fut d’ailleurs stipulée pour les deux cultes , ainsi que le maintien de’ la constitution et le respect des propriétés.
Les Suédois occupèrent Colmar jusqu’après la bataille de Nordlingue. Alors la ville fut livrée aux Français, du consentement même des habitants (août 1635). La petite république adhéra à l'alliance conclue entre la France et la Suède, et le roi la prit sous sa protection jusqu'à la paix générale. Il fut convenu qu’à cette époque elle serait remise en l’état où elle se trouvait avant 161Ô; qu'on maintiendrait les bourgeois dans tous leurs privilèges et que l'exercice des deux cultes Tes-’ ferait entièrement libre. La garnison devait être entretenue aux frais du roi, qui laissait au Magistrat la garde des portes et la moitié des clefs de la ville, pendant la nuit; l’autre moitié devait être déposée chez le gouverneur. Ce traité, renouvelé dans les mêmes termes, le 12 mai 164k , fut pour les Colmariens le terme de lenr indépendance politique ; mais il les préserva du moins des désastres qui accablèrent l’Alsace pendant le reste de la guerre. Lorsque la paix de Westphalie ent rendu définitive leur réunion à la France , comprenant que c’en était fait de leur liberté, ils toûrnèrent des regards de regrets vers l’Allemagne. Ce n’est qu’en 1673, au moment où la guerre de Flandre éclata, que Louis XIV nsa exécuter ses projets
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sur Colmar. Il fil d’abord occuper la ville par une nombreuse garnison; pois la bourgeoisie fut désarmée et l'on conduisit tonte l'artillerie sur Brisach. Bientôt arrivèrent de nouvelles troupes, années cette fois de pelles et de pics. Le 20 août, le roi vint lui-même; il refusa d'entendre le Magistrat qni était allé à sa rencontre pour le complimenter et, après avoir parcouru la ville et reconnu les ouvrages extérieur», doDna l’ordre de raser sur-le-champ toutes les fortifications. Six mille hommes se mirent aussitôt à l'œuvre. Les habitants furent obligés de payer les travailleurs ; durs sacrifices qui épuisèrent le trésor commun, et les ressources individuelles auxquelles on eut recours par de continuelles réquisitions. La guerre avec l'Empire acheva de ruiner les malheureux Colmariens. Mais un régime plus doux suivit ces temps désastreux , et lorsque le conseil souverain fut transféré à Colmar , en 1698 , cette ville devint la capitale judiciaire de toute la province.
Les décrets de l’Assemblée constituante, relatifs à la nouvelle organisation judiciaire, occasionnèrent A Colmar de graves désordres provoqués par ceux des habitants qui occupaient les nombreuses charges du conseil souverain. De nouveaux troubles y éclatèrent, dans la nuit du 3 au 4 février 1791 , A l'arrivée des commissaires du roi, Dumas, Hérault de Séchelies et Foisset-, mais ils furent promptement réprimées par l’intervention de la société populaire, par celle surtout de Martin Stociuneyer, homme dont la force prodigieuse est encore proverbiale dans te pays. L'Assemblée nationale déclara que ce généreux citoyen avait bien mérité de la patrie. Colmar eut fort A souffrir des deux invasions de 1814 et 1815. Dans la première, un régiment de dragons venu d'Espagne arrêta, pendant plusieurs jours, aux portes de cette ville, l’avant-garde des armées coalisées. Sous la Restauration , c'est A Colmar que furent jugés les conspirateurs de Béfort. Pour les délivrer, le lieutenant-colonel Caron, qui, déjà impliqué dans une première conspiration , avait eu le bonheur d'être absous , s'exposa A de nouveaux dangers , en cherchant A opérer une révolution au nom de Napoléon II ; mais les suus-uiliciers auxquels il s’était confié le trahirent et le livrèrent lâchement ; il fut condamné à mort par un nouveau conseil de guerre et fusillé à Strasbourg avant qu'il eût le temps nécessaire pour se pourvoir en cassation (1822).
Colmar renfermait, avant la Révolution, plusieurs communautés religieuses : des Dominicains , des Augustins, des Capucins, des sœurs de Sainte-Catherine et une commanderie de Saint-Jean. Cette ville, aujourd'hui chef-lieu du département du Haut-Rhin , est le siège de la cour royale des deux départements formés de l’Alsace; elle a un collège communal de plein exercice, appartenant autrefois aux Jésuites, et où l'on trouve une bibliothèque de quarante mille volumes, ainsi qu'un musée riche des nombreuses peintures de l'ancienne école colmarienne. Parmi les édifices publics, on doit citer l’église paroissiale de Saint-Martin, construite dans le soi* siècle par Guillaume de Marbourg, et le vieil hôtel de ville, monument de la renaissance. La population du Haut-Rhin est de 464,800, Ames. L'arrondissement de Colmar compte plus de 202,500 habitants et la ville en renferme près de 19,000. On y fait le commerce des groins, des vins, de l'épicerie, du fer, etc. , et l’on y exploite quelques fabriques de drops et de toiles peintes , des cbamoiseries et des tanneries. A peu de distance de ht ville on trouve tes importantes filatures de Logeibach.
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Colmar a vu naître plusieurs hommes d'un mérite distingué : entre autres, le peintre Martin Schongauer ; le graveur FrançoU Ertinger; le savant traducteur Jérôme Boner; Jean Hof/meitler, prédicateur de Charles-Quint; Schumacher, l'un des savants attirés par Pierre-le-Grand en Russie ; les deux Pfrffet , le premier, diplomate et historien, le second , l’un des grands poètes allemands modernes; Jean Bewbel , membre du Directoire; le général Hnpp ; Jean-Michel Haussmann, savant chimiste , qui a rendu les teintures en garance possibles en Alsace , et le médecin Morel, dont les nombreux services sont suffisamment connus.
A deux kilomètres à l’est de Colmar, sur la rive droite de l’Ill, on trouve le village de Horbourg, situé sur l'emplacement de l'antique Argentovaria, et sur une voie romaine qui se rendait de Mons Brisiacut chex les Leuks par la vallée de Keysersberg. M. de Golbéry a très-bien établi qu’Argentovaria était une ville celtique , antérieure à la conquête et dévastée une première fois par les Barbares ; il fixe l'époque de cette catastrophe à l'an 357. En adoptant ces conjectures, il faudrait aussi admettre qu’un castrum fut construit par Julien sur les ruines de la cité , après qu’il eut repoussé les Barbares. M. de Golbéry, du reste , a parfaitement déterminé l’enceinte de ce fort , dont les fondations , qui existent encore sur plusieurs points, renferment en abondance des débris de statues, de colonnes , d’inscriptions et de bas-reliefs. Ce castrum devint célèbre plus tard par la victoire que Gratieu y remporta, en 378, sur les Alamans. Suivant Orose, l'armée romaine était commandée par Gratien lui-même : les légions se rompirent au premier choc ; mais bientôt se ralliant , elles se précipitèrent de nouveau sur l’ennemi , qu'elles mirent dans une déroute complète. Trente-cinq mille Barbares périrent dans cette journée , et le roi Priarius se trouva au nombre des morts. On découvre encore fréquemment des débris d’armes sur le champ de bataille d’ Argentovaria. Le village qui a succédé au castrum faisait partie des domaines des ducs de Wurtemberg : ils y possédaient un château sur l’emplacement duquel Voltaire songea un moment, en 1753, à construire une maison de campagne , afin de fixer sa résidence dans le voisinage de ses vignes de Kiquewibr. Le château ne fut détruit qu’à l’époque de la Révolution. '