‹ Histoire des villes de FranceChapitre 63 sur 137 · AGDE.— PÉZENAS · texte numérisé non relu

AGDE.— PÉZENAS

Agde, que Strabon appelle Poev-Ayaôx et Ptolémée AyotGr.roAiç , fut fondée par les Marseillais, vers l’an de Rome 1C3, à l’embouchure de l'Hérault, Arnuria, dans le pays des Volees Teclosages , et devint en peu de temps une de leurs plus florissantes colonies. Après la prise de Marseille, César, ayant dépouillé les habitants de tous leurs privilèges, incorpora In ville et le territoire d’Agdc à la province romaine. Plus tard même , le sénat ne la comprit pas sans doute au nombre des domaines qu’il leur rendit, puisqu'à l’époque où écrivait Pline, cette ville n'était déjà plus sous leur dépendance. Les Vandales saccagèrent Agdè, l'an 408 avant J. -C., et Venustus, son premier évêque, subit le martyre plutôt que de renoncer à la foi catholique. Agde, cependant, dut bientôt sortir de ses ruines, cor on la compta, dès le commencement du vi* siècle, parmi les sept CUét de la Septimanie. Wamba l'assiégea , en 673 , et obligea l’évêque Wilesinde , qui s'était déclaré pour le duc Paul, à se rendre sans condition ; elle passa ensuite sous la domination des Sarrasins (719), et Charles-Martel, revenant du siège de Narbonne, qu’il n'avait pu prendre, en Ht raser les murailles et brûler les faubourgs (735). Les annales des abbayes de Moissac et d'Aniane nous apprennent qu’au milieu du vin* siècle, son diocèse formait, avec ceux de Béziers, de Nîmes et de Maguelone, un État particulier, sous là suzeraineté du comte goth Ansemond, le même qui, en 732, livra la Septimanie à Pépin-le-Brcf.

Nous glisserons ici sur les comtes d'Agdc , dont l'histoire ne présente d’ailleurs qu'une grande obscurité. Ce comté, sans doute , fut annexé de bonne heure au

1 , Dom Vaisselle, Histoire du Languedoc. — Henri Julia , Histoire de Béziers. — Histoire des Albigeois par Pierre de Vaux-Cernay. — Chroniqws de Froissart.— Mèzeray, Histoire de France. — Histoire de France par Anquetil. — Manuscrits divers.

Nous devons celle excellente esquisse historique sur la ville de Béziers , à la plume de notre collaborateur, M. Vienne!, de l'Académie Française.

LANGUEDOC

marquisat de Gothie. Quant au\ vicomtes d'Agde, le premier que nous trouvions en date est un certain Jonus ou Jonas, mentionné dans une charte de Raymond- Pons, comte de Toulouse (937). La puissance temporelle échut bientôt aux évêques : elle leur fut transmise par les vicomtes eux-mêmes. Depuis la fin du viii' siècle, le tiers de la ville, le faubourg et l’abbaye de Saint-Sever, ainsi que les droits domaniaux de l’ancien comté, appartenaient du reste aux prélats. Eu 1/90, lu vicomte Guillaume leur donna le bourg de Saint-André ; Louis-le-Jeune les investit, en 1 173, de la justice civile et criminelle; enfin , en 1187, le vicomte Bcrnard-Aton II , fils de la vicomtesse Guillelmette de Montpellier, se dessaisit en leur faveur, devant l’autel de Notre-Damc-du-Grau, de tous ses droits sur la ville et ses dépendances. Les évêques d'Agde prirent dès lors le titre de vicomte et en exercèrent l'autorité. Pendant la guerre des Albigeois , Agde fut une des villes qui eurent le plus il souffrir de la fureur des deux partis. Prise par Amaury de Montfort, en 1216 , elle rentra, cinq ans plus tard, sous l'obéissance de Bernard- Trencavel, vicomte de Béliers. Raymond VII, comte de Toulouse, s'y rendit, .en 122! , pour recevoir le serment de fidélité des habitants; et saint Louis la réunit, en 1-239, au domaine de la couronne. A l'époque des différends de Philippe-le-Bel avec Alphonse 111, roi d'Aragon , l'amiral André Dorla étant débarqué ou grau d'Agde , pénétra de vive force dans la ville, massacra tous les habitants, depuis l'Age de quinze ans jusqu'à soixante, livra tous les quartiers aux flammes et n'épargna que la cathédrale et l'évêché (1286). Le comté et Je v icomté avaient fini . peu à peu , par se confondre l'un dans l'autre ; vers le milieu du xiv' siècle, ils ue constituèrent plus qu'un seul domaine.

La ville avait été rebâtie. Son commerce prospérait, chaque jour, et réclamait de nouveaux débouchés. Les habitants, jaloux de ceux d'Aigucs-Murtes, essayèrent sous Charles VI de construire un porl sur la plage; mais le roi leur défendit de continuer les travaux, par lettres du mois de novembre 1396. Forts de cette décision, les Aigucs-Mortains enlevèrent, au commencement du siècle suivant, plusieurs barques marchandes, mouillées dans la rivière d'Agde. Charles VI permit alors aux Agathais de commercer, pendant deux années entières , en payant les mêmes droits qu’on payait à Aigues-Mortes { 23 août 1 iOO) . Telle a été l'origine du port établi sous le cap d'Agde , en face de l'ile et du fort de Brescou. Louis XIII, en 1630, érigea dans celte ville l'un des quatre principaux sièges d'amirauté du Languedoc. Le port , auquel les États de la province ne contribuèrent pas moins .que le gouvernement, fut construit, ainsi que le chenal de Brescou, de 1637 à 16*2. Le surplus des sommes servit à la fondation de la digue de Richelieu, dont ou voit encore les vestiges à l'ouest du cap.

Dès l'origine des guerres de religion, Agde, considérée comme place frontière, Tut une des villes où Charles IX défendit expressément qu’il y eût aucun prêche (avril 1562). Celte année-là même, Bcaudiné en prit possession, avec l'aide des calvinistes , au nom du prince de Coudé. Le vicomte de Joy euse fit investir la place, le 30 octobre, par Villeneuve, l'un de ses lieutenunts, et lui-même en forma le siège, deux jours après. Mais en vain réussit-il à pratiquer une large brèche dans les remparts et à dresser une formidable batterie du côté de la plage, en vain ses soldats mirent-ils le feu à la porte pour faciliter l’escalade ; ni quatre jours

Page 1