‹ Histoire des villes de FranceChapitre 64 sur 137 · AGDE. — PÉZENAS · texte numérisé non relu

AGDE. — PÉZENAS

d'une lutte désespérée, ni quatre assauts, dont les deux premiers furent consécutifs et le dernier dura plus de deux heures, ne purent faire fléchir l'héroïque résistance du gouverneur de Cayla. Joyeuse, forcé de battre en retraite, se replia snr Pézenas, laissant derrière lui, morts ou blessés mortellement, au pied des murs ou le long des chemins , quatre cents de ses plus intrépides soldats et vingthuit de ses meilleurs officiers Les catholiques ne rentrèrent à Adge que quinze années plus tard ( 1577). En 1632; les habitants embrassèrent le parti du duc d’Orléans; mais à la nouvelle du combat de Casteinaudary, ils reconnurent l’autorité royale et démolirent eux-mêmes la citadelle, d'où ils avaient expulsé l.a Croix, capitaine des gardes du duc de Montmorency, qui se réfugia dans le fort de Breseou. Une escadre anglaise, commandée par le chevalier de Norris, débarqua sur la côte, en 1710, le général Laissai!, protestant réfugié de Béziers, qui s'empara du port et de la ville; le duc de Noailles, accouru en toute hâte du Itoussillon avec mille grenadiers et neuf cents chevaux, contraignit l'ennemi à se retirer.

Agde est située dans une plaine fertile , à l'embouchure d une des branches du canal du Midi, sur la rive gauche de l'Hérault , qu'on y traversait autrefois sur un pont de bateaux , remplacé depuis quelques années par un pont suspendu. Les quais et la plupart des maisons sont biltis en lave, les rues en sont pavées. L’église jadis cathédrale de Saint-Étienne, passe pour un des monuments les pins curieux de l'art gothique. La ville possédait, avant 1789, deux abbayes : Saint-Scver et Saint-André, dont les églises servent aujourd'hui de paroisses. L'évéché datait, à ce qu'on prétend, de l’an 453; il était suffragant de Narbonne, et l’évèque portait le titre de comte. On remarque, aux environs de la ville, non loin de la mer, la chapelle de Notrc-Dame-du-Grau , où la Vierge a laissé, dit-on, sur une dalle l'empreinte de son genou , dans une grande inondation , et où l'on se rend en pèlerinage, au mois d'aoùt, pendant les quatre jours que dure la foire. la1 port , précédé d'un beau chenal, formé, par l'Hérault, peut contenir quatre cent cinquante navires d'un tonnage moyen, lesquels font un commerce très-actif avec l'Espagne et l’Italie ; plus de quarante petites tartanes vont, en outre, à la pêche dans le golfe., et fournissent de marée tout le département. A un kilomètre de distance s'élève l'ilc de Breseou ( Blasconisjnsula ), qu'on croit être un volcan éteint ; les batteries , les casernes et les magasins du fort ont été creusés dans le roc : c'est là que furent détenus, en 1815, quelques fédérés du bas Languedoc.

Parmi les villes de l'ancien diocèse d'Agde , il en est une à laquelle il convient de consacrer quelques lignes : nous voulons parler de Pézenas ( Pieccna ou Piscenœ), dont les habitants jouirent de bonne heure du droit latin. Pline vante la bonté de ses laines, l'art avec lequel on les mettait en couleur, et la solidité des étoffes qu'on en fabriquait. La châtellenie de Pézenas {Caslrum Prdenalium, Prsenacum, ou de Pesenaco) fut érigée en comté par le roi Jean , au mois d'aoùt 1362 Pendant la démence de Charles VI, les Piscénois gardèrent une fidélité inébranlable au parti d'Armagnac. Le Dauphin les visita, en 1420, et leur accorda un grenier à sel, ainsi que le rétablissement des trois foires annuelles de la ville, que le comte de Genève , l’un des quatre commissaires bourguignons , avait transférées

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à Béziers, pour les punir. François I", St* rendant à Marseille, passa par Pézenas, en 1533. Les calvinistes y ouvrirent un prêche, dés 1300; et Beaudiué, l'un de leurs meilleurs capitaines, fut battu sous ses murs, deux ans après, parle vicomte de Joyeuse. Le connétable de Montmorency, gouverneur du Languedoc, lit de Pézenas sa résidence favorite; il y tint plusieurs fois les États de la province. Le comté échut, en 1632, au prince deCondé, beau-frère du dernier duc de Montmorency, décapité à Toulouse, et devint ensuite un des apanages de la maison de (,’onti , qui le conserva jusqu'à la Révolution. On sait que Molière débuta, comme acteur et comme auteur dramatique, sur la scène de Pézenas. i.a Comédie-Française a récemment enrichi son mobilier de la chaise sur laquelle le grand écrivain avait, dit-on , l’habitude de s'asseoir chez le barbier Gély. — Pézenas fait un grand commerce consistant en soies, laines, savons, eaux-de-vie, verdet, ligues et olives ; et ses trois foires des mois de mai , de septembre et de novembre , offrent d'excellents débouchés au spéculateur et au fabricant. Cette ville est, comme Agde, un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Béziers. Agde renferme près de 9,000 âmes, et Pézenas plus de 8,000. 1

o HH ooc-c^

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Cette est une ville toute moderne : son origine , à proprement parler, ne date que du règne de Louis XIV. Velleius Paterculus parle, il est vrai, d'une colonie de Cette [Colonia Selia ), que les Romains établirent, 115 ans environ avant notre ère , dans la partfe nord de la presqu'île , du côté de Bataruc , et plusieurs vestiges d'antiqHité viennent à l'appui de son assertion ; mais il ne parait point qu’elle fût très-importante , puisque tous les monuments postérieurs , ainsi que les chartes du moyen Age, ne mentionnent jamais que la montagne même au pied de laquelle la ville actuelle a été bâtie en amphithéâtre. Il n’est pas , au surplus , un géographe ancien qui ne fasse mention du promontoire de Cette : Mans Sigittt ou Sctius, du grec Siyiov ou Sevitiv opoç, mots dont les Phocéens de Marseille se servirent , les premiers , sans doute , pour indiquer le cap , la côte et la presqu'île. La montagne de Celte, bien qu'elle n’ait que cent huit mètres d'élévation, devait avoir un grand intérêt pour les navigateurs. Quand on vient, en effet, de la mer d’Italie, ce cap , détaché de ceux d’Agdo, de Sigean et de Fnbrègues , s’offre au regard, à l'ouest du golfe du Lion, et comme isolé de tout le reste du continent; sa foi-me même sert à le reconnaître, car il ressemble à la tente d'une galère.

Nous laisserons de côté les longues dissertations auxquelles se sont livrés les étymologistes, et les litres nombreux qu'ils ont cités en preuves, pour substituer

1. Fe.-lus Avienus.— Strahon — Pline. — Dont Vaisselle. — I.’alïlw tic Longenic. — I jmarlinièrr. — Annuaire, de l'Hérault.

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une i au c dans le nom de Celle : il esl évident que la racine grecque et latine leur donne raison ; néanmoins , l’usage du c a prévalu. Bernard Guido, auteur du xiv" siècle, est le premier qui ait employé le c, mais avec un seul t {Cèle). Quoi qu'il en soit, la presqu'île de Ce,tte appartenait, dès le commencement du ix* siècle, à l'abbaye d’Aniane, comme en fait foi une charte de Louis-lc -Débonnaire , en date de l'an 8J-2. Nous trouvons ensuite, pour seigneur de ce fief, un certain Bernard Athon , qui le eède.’cn 1183, A deux frères, nommés Bernard et Guillaume Fontanus, sous Pexpressc condition d’en doter eux-mèmes quelque monastère. Quatre ans après, il passe aux moines de Saint-Kufï , et ceux-ci s'en dessaisissent eu faveur de l'évêque d'Agde (12V7). Henri H de Montmorency, fils du connétable, acheta, dit-on, ce domaine au prélat et construisit des fortifications sur la crête de |a montagne : de IA, le nom de Monlmoren-Sile, sous lequel on le désigna jusqu’à ce qu'09 eût bâti à côté un ermitage et une chapelle dédiés à saint Clair. Nous ignorons si Montmorency rétrocéda, de son vivant, le fief de Cette à l'évêque d’Agde, ou bien si Louis XIII le rendit A ce prélat après la mort du duc ; un fait positif, c’est que les évêques d'Agde en étaient encore proprétaires; lorsque l'Assemblée Constituante, par son décret du mois de novembre 1791 , déclara biens nationaux toutes les propriétés ecclésiastiques.

Arrivons maintenant A l’histoire du port. L’idée première d'établir sur celte côte un point de relâche pour les vaisseaux exposés aux dangers d'une navigation de plus de quarante lieues sur le golfe du Lion, appartient fi Henri IV. Les Etats de la province furent consultés plus d'une fois sur cette question, mais le gouvernement n’aboutit A aucun résultat. Richelieu la laissa aussi en suspens, soit qu’il n'adoptfit point le projet, soit que des travaux plus importants l’en eussent détourné. Ce n’est qu'en 1666, après l'adoption des plans de Paul Riquet pour le canal des Deux-Mers, et pendant qu’on travaillait à sa construction , que Louis X I V résolut de creuser un port à Cette, afin d'ouvrir ainsi un débouché nouveau au canal. La première pierre du môle fut posée le 29 juillet de la même année. Les travaux, exécutés sous la direction d'un ingénieur hollandais, nommé Rcnaycux, auquel on adjoignit plus tard un Français, le chevalier de Clerville , ne furent terminés qu'en 1681. On évalue la dépense A deux millions de francs; les Etats de Languedoc et te trésor royal y contribuèrent per moitié. Le port donna naissance A la ville de riches capitalistes des cités voisines y formèrent bientôt une * société, sous le nom de Compagnie <tu Levant, et bâtirent sur les quais de larges magasins et de vastes hangars. A cette société , dont les opérations n'avaient point réussi, en succéda une autre que des négociants de Montpellier fondèrent à Cette pour le commerce d’Amérique, avec une grande raffinerie de sucre. Elle croula comme la première , mais l'impulsion était donnée : d'autres établissements s’élevèrent au fur et A mesure; le succès couronna tant de persévérance et tant d’efforts, et la ville devint en peu d'années une des places de commerce les plus ' florissantes du .Languedoc.

Louis XIV voulant encourager les habitants, leur accorda, en 1673, de précieuses immunités et de nombreux privilèges. Les forts de Saint -Louis et de Saint-Pierre existaient déjà , ainsi que l'église dont l'architecte Deviler avait fourni les dessins ; le môle était revêtu en bonne maçonnerie. Enfin, le nombre vi. 56

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des colons augmentant toujours, la ville fut dotée, en 1685, d'une administration municipale. Cependant, quelques précautions qu'on eût prises, le lièvre de Cette péchait par un vice originel. Les graviers que charriait le lt lié ne ensablaient le bassin, et les jetées qui lui étaient contiguës du côté nord-est, maladroitement situées , n'empéchaient point que l’agitation de la mer ne se fit sentir jusque dans le port. Vauban étant arrivé sur les lieux , conseilla quelques palliatifs. M. de Niquct, directeur des fortifications de Narbonne, ordonna plus tard la construction d'une jetée isolée , afin d'affaiblir la lame venant de l'est ; mais tous ces travaux restèrent insuffisants, et l’existence du port de Cette fut souvent menacée.

On essaya pourtant de l'améliorer, à diverses époques ; la République et l'Empire ne s'en occupèrent, il est vrai, que très-peu ; mais la Restauration y apporta un empressement et un zèle louables. Le brise-lame qu'elle fit établir atténua l'ensablement, sans réussir jamais à le détruire. Sous le gouvernement actuel, une somme de sept millions a été votée par les Chambres afin de compléter l’ouvrage de la Restau ration. Le brise-lame est aujourd'hui revêtu d'une maçonnerie si solide , qu’on pourra y asseoir, aux deux extrémités, deux batteries pour défendre l’entrée du port, dans les eaux duquel des dragues à vapeur assurent partout une profondeur de sept mètres, laquelle permet aux frégates d’y mouiller. On a , de plus , creusé un nouveau bassin , ainsi qu'un canal maritime parallèle A celui de l'ancien port, et au moyen duquel l'étang communique avec la mer; cinq ponts mobiles en fonte ont remplacé le vieux pont si incommode, et une ceinture de quais s’étend sur une longueur de six mille mètres. Grèce à tous ces travaux , Cette est avec raison regardé comme un des bons ports de commerce de la France ; aucun autre ne possède des quais aussi beaux ; son môle a une surface de douze mille mètres carrés et s'avance à une distance de six cents mètres dans la mer. 11 peut passer pour magnifique : l'un des forts qui le protègent, le fort Saint-Louis, esté batterie rasante, et un phare à réflecteur cylindrique le domine.

L’habile administration de M. le baron Keynaud, maire actuel de Cette, peut être regardée comme l’époque de la plus grande prospérité de cette ville ; rien de ce qui concerne les intérêts de scs administrés ne pouvant être indifférent A ce magistrat , il a eu la complaisance de nous donner des notes précieuses sur la situation présente du port. Le commerce s'y est développé considérablement, surtout dans ces dernières années; le nombre des patentés y a augmenté de près des deux fiers, de 1841 A 1847. Il s'élève à quatorze cents, chiffre qui ne peut manquer de s’accroître encore, si, comme tout le fait espérer, les négociants de cette ville obtiennent l’affranchissement sur le droit de tonnage au môme titre que Marseille. La première industrie de Celte fut la salaison de la sardine et du maquereau , dont la pêche était alors très-abondante. Le commerce de réception et d’expédition y consiste aujourd'hui principalement en grains, vins et eaux-de-vie; on y fabrique des vins de Bordeaux, d’Espagne et de Portugal, et plus de mille ouvriers sont occupés seulement A la sécherie des cargaisons de poisson qui arrivent de Terre-Neuve; il y a, en outre, une minoterie et une fonderie de machines A vapeur. Au moment où nous écrivons cette notice, un paquebot A vapeur de la force de deux cent cinquante chevaux quitte Cette pour l'Algérie, inaugurant ainsi une

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ligne directe de communication régulière au moyen de sa partance de tous les dix jours. Bref, l'avenir du port parait assuré, surtout depuis que le chemin de fera fait de la ville un faubourg de Montpellier. Il en sort annuellement une moyenne de plus de deux mille navires charges de différentes marchandises, et il n'y entre plus qu’un très-petit nombre de bâtiments sur lest. C'est l'entrepôt de tout le bassin de l'Hérault.. Ses négociants expédient également à Toulouse par le canal de Languedoc, et à Lyon par le Rhône, où l'on arrive aussi vite que de Marseille môme, par la double voie des canaux et des chemins de fer qui aboutissent directement à Beaucaire. La ville a pris, d'ailleurs, un essor très-remarquable; sa population fixe qui, en 1789, n'était que de 10,000 âmes et que les guerres maritimes de l'Empire avaient réduite, en 1813, à 8,128, s’élevait, d'après le recensement de 1841 , à 13,500 habitants; elle est actuellement de 20,000; l'époque des bains de nier y amène , en outre , une population flottante d'environ deux mille cinq cents personnes. Rien enfin n'a été oublié pour rendre la ville de Cette digne de l'importance qu'elle a aequise, quoique ce ne soit qu'un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Montpellier : on y trouve un tribunal et une bourse de commerce, un conseil de prud'hommes pêcheurs, une bibliothèque publique, un collège communal, de vastes casernes d'infanterie, un lazaret, un hôpital, et bientôt elle possédera aussi une école do mousses, grâce à la part qu’elle a droit de prétendre dans la somme de huit cent mille francs léguée au département de l’Hérault par M. Bousquet qui a fait une fortune considérable eu Amérique. ' * ». ' *

Comme on vient de le voir, les événements sont à peu près nuis dans les annales de Cette : son histoire moderne se borne à quelques faits secondaires que nous allons raconter sommairement. En 1710, dans la nuit du 24 au 25 juillet, les Anglais, voulant faire une diversion dans l'armée de Roussillon, se présentèrent devant Cette avec vingt-quatre vaisseaux de ligne. Ils s'emparèrent du port, des forts et de la ville; mais -le maréchal de Noailles les contraignit à se rembarquer cinq jours après. Sous l'Empire, en 1809, l'amiral Baudin , commandant des forces de la Méditerranée, poursuivi par une escadre anglaise, supérieure en nombre, se réfugia dans le port de Cette, où entrèrent fl&leines voiles le Borée, vaisseau de soixante et quatorze, et la Pauline, frégate de quarante canons. L'amiral ne put sauver son troisième vaisseau , le Lion , qu'il échoua et fit sauter. Les Anglais arrivèrent en vue du port ; la ville , aussitôt , se leva en masse, et sa garde urbaine réunie à celle de .Montpellier, se préparait à la défendre énergiquement, lorsque l’ennemi se retira. Au mois d'avril 1815, le duc d'Angoulêmc, fait prisonnier à la Palud, fut dirigé sur Cette, d’où un vaisseau le conduisit en Espagne. Est-il vrai, comme on l’a écrit, que la duchesse de Berri ait débarqué à Celte, en 1832, pour se rendre, de là, en Vendée? Nous n'osons l’afllrraer, le fait n'étant point confirmé par les rapports du gouvcrnemefl§..,»\‘ *

1. Géographies de Ptolemée et de Sltabon. — Velleios Patcrculus. — Mémoires de Basville. — lk>m Vaisselle. — Faits historiques sur l'ile Ou la presqu'île de Scie, par Urangcnl.

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L'Ilistoirc de MontpelUèr débute comme les contes de fées. Écoute* plutôt son premier chroniqueur, le vénérable Arnaud de Verdoie, évêque de Maguelonnc : Il y eut autrefois deux sœurs (ainsi qu'une tradition constante et les archives nous l'apprennent) dont l'une possédait en franc alleu Montpellier et l’autre Montpcllicrct; elles étalent d’une ancienne noblesse, car il est prouvé quelles eurent pour frère le bienheureux Fulcrand , dont la mère était des comtes de Substantion, et qui, après avoir été archidiacre de Maguelonnc, remplit avec beaucoup de gloire la chaire des évêques de Lodève. Ces deux sœurs firent une donation irrévocable à l'église de Maguelonnc , de tout le droit qu'elles avaient sur Montpellier et Montpellieret (975). Quinze ans plus tard , un seigneur nommé Guillem obtenait de Iticuin , évêque de Maguelonnc , moyennant foi et hommage, l'inféodation de Montpellier. Dans l'origine les deux villages étaient bâtis sur la colline couverte par la ville actuelle , l'un au sud-est et l'autre au nord-ouest : un bois épais nommé le Val 1ère , parce qu’il avait longtemps servi de retraite aux bêtes féroces , les séparait alors , au dire de Ranchin et de Garicl. Quant à leur fondation , l'opinion commune ln fait remonter jusqu’à la première ruine de Maguelonne, arrivée en 737, mais , selon Astruc, elle est bien plus ancienne et doit être reculée jusqu’aux Romains. Il paraîtrait , en effet, qne le premier bourg du vol 1ère qui prit au moyen âge le nom de Monspessultts ou Pessulo ('Jaunis ( mont fermé au verrou) , était d'abord ce castellum Latara dont parle Pomponius Mêla dans sa description de la Narbonnaisc. Si même , comme l’assure notre auteur et comme semble le prouver l’acte d'Ermessinde, le bourg de Latcs n’était qu’un marais en 1 lit , le fait nous semble hors de doute. Quoi qu'il en soit, en 990 les deux villages ne formaient plus qu’une seule bourgade, qui , durant cent ans, ne cessa de s’étendre sur le penchant de la colline.

Malheureusement , comme la reconnaissance n’était pas le faible, des féodaux , un siècle suffit pour effarer de la mémoire des descendants de Guillem , la reconnaissance qu’ils devaient à l'évêque de Maguelonnc. En 1090, le jeune Guilhem , fils d’Ermengarde, fut cité à un plaid solennel par l'évêque Godefroi, et condamné à perdre le fief de Montpellier, pour scs méfaits envers le prélat et ses clercs, propter mnlrfaclu quœ episcopo cl cUricis Jecerat. La sentence était rigoureuse, mais grâce à l'intervention des juges, parmi lesquels se trouvaient l'archevêque d'Aix et les évêques de Cavaillon et de Grenoble, elle amena un accommodement. Guilliem perdit tous scs droits sur l'église de Sainte-Marie et les autres églises de Montpellier et de Montpellieret , et reçut en échange , en comptant cependant trois cents solsmclgorois, tout ce que possédait Pierre Licas hors des murs et des fossés de Montpellier, avec le tiers des maisons bâties cl à bâtir dans Montpellieret. I.a nouvelle acquisition de Guilhem comprenait, dit—

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on , tout l'espace qui va du lieu nommé le Bout du monde jusqu’à l’ancienne porte de la Blanqueric. Après cet accord, Guilhem, tout joyeux de s'ètre réconcilié avec l'Église , se maria , lit une réception magnifique au pape Urbain II , qui passa le 3 et le 4 juillet 1096 à Montpellier, et se rendit ensuite en Orient. Là, le seigneur de Montpellier se distingua parmi les plus braves. Guilhem était le second des cinq chefs que les croisés envoyèrent à la découverte de la Syrie : il commandait, avec cinq autres barons, le onzième corps d'armée des chrétiens à la grande sortie d'Antioche ; et au siège de Marrah c'est lulqu’on aperçut le premier sur la tour de bois du comte de Toulouse , animant les croisés par son exemple et lançant d'énormes blocs de pierre à l'ennemi. Sa mission accomplie par la prise de la ville sainte, Guilhem revint à Montpellier en 1104, et désormais sans inquiétude snr ses intérêts spirituels, il se peina et se remit de nouveau en souci pour les choses de la U ne. La guerre 'd’Orient coûtait cher; pour la faire honorablement, (ÿilhem avait engagé ses droit* ait son domaine, i retirer scs terres et son moulin- rentrer dans sa juridiction Seigneuriale sur les fours bâtis à Montpellier depuis la mort de Guilhem Opta aïeul, et sur les femmes veuves , fut le premier objet de ses soins. Il choisit ensuite parmi les citoyens les plus riches (opu- Untioribus ) et les plus sages ( sapien/ionbus ) , deux syndics ou magistrats commerciaux appelés cotuult de la mer, perfectionna les lois municipales et régla la

ge et les limites de l'autorité du baile ou bailli , premier juge de la ville.

us ce bon seigneur, qui mourut eu 1123, au retour d'une autre croisade •e les Maures de Majorque , Montpellier jouit d’une paix profonde ; mais il n’en fut pas de même lorsque Guilhem, son fils, sortit de tutelle. Il s'agissait d'une chaussée que Bernard Guadolmar avait construite dans le Lez. Soit que la chaussée fût trop haute et rejetât l'eau sur ses terres, soit qu'il voulût délivrer ses meuniers d'un concurrent , Guilhem détruisit l'œuvre de Guadalmar. Celui-ci était vassal du comte de Melgueil. La querelle devint donc féodale, et ceux de Melgueil grevèrent moult ceux de Montpellier en ravageant leurs vignobles et leurs olivettes. Le bourgeois voyant gâter scs arbres jeta les hauts cris , et il fallut que les maîtres se mêlassent de la querelle. Guilhem alla combattre en conséquence le comte de Melgueil qui l'attendait sur le grand eherain, et lui navra beaucoup de gens. Bref, cette chaussée détruite aurait caapé-te ruine de Montpellier, si le pape Calixte II n'eût étendu la main entre les combattants et calmé leur furie. Pour les punir il les envoya tous deux, en Terre-Sainte : Bcmud.de Melgueil s'y ruina, et au retour, en 1129, il fiff forcé d’engager pour treize mille sols à son ancien ennemi MMhtOit sur la monnaie de Melgueil , puis il se fit moine de Cluny et Guilhem se maria; Pendant douze ans, ce qui était un phénomène à cette époqqe*>r|en ne troubla la paix de Montpellier. Mais en 1139, Guilhem ayant eu l'imprudence de choiSIr.pour viguiers ou vicaires, Gaucelin de Claret et les Airaon , ses neveux, ceux-ci abusèrent de leur autorité au point de chasser Guilhem lui-même. « Hélas ! dit la chrouique romane, en 1141 , les hommes de Montpellier jettèrent dehors don Guilhem : et il se retira dans son château de Latcs. Et dura la bataille deux au*. Enfin te comte de Barcelone lui rendit la ville qu'il dompta par siége, et en ce temp^dix fèves valaient un denier (et adoucs vallian x favas un denier) ». Le comte de Barcelone battit alors la grande tour de Lates. Rentré dans

sa ville, Guilhem donna nu\ Génois, qui avaient envoyé quatre galères h son secours, une maison franche où l'on pouvait acheter les marchandises du Levant sans payer de droit, privilège qui attira aussitôt un concours immense à Montpellier; puis il fit ranger vis-à-vis de l'église Notre-Dame-des-Tablcs, réparée et agrandie par ses ordres, les bancs des changeurs autour desquels devait s'élever plus tard la magnifique loge de Jacques Cœur. Fatigué ensuite de cette vie de luttes quotidiennes et de troubles, après avoir vu descendre Sibylle, sa femme chérie, dans la tombe, il s'ensevelit volontairement dans les froides cellules de Grandselve, que la Garonne et des forêts séculaires séparaient du monde habité. Il fallut pourtant qu'il en sortit ou bout de quinze ans, pour venir éteindre la guerre féodale qui éclatait entre le comte de Melgueil et Guilhem VII, son fils, chevalier hardi et bon au* armes. Mais en ce siècle de violence, le feu du combat couvait toujours sous la cendre, il suffisait du moindre souffle pour le rallumer. Irrités sans doute de quelques vexations fiscales , en 1169, les Génois attaquèrent les navires de Montpellier et firent à plusieurs reprises le dégât sur la côte, tant au port de Lates qu'à Maguclonne. La voix du pape Alexandre III, qui aimait la ville de Guilhem et l'avait habitée trois mois, en 113a, eut beau tonner menaçante contre Gènes , les ravages continuèrent. Par bonheur pour les marchands de Montpellier, qui n’en pouvaient plus et n'osaient rien confier à la mer, les Génois vinrent mettre le feu aux bastides de la côte: le comte de Toulouse vit les flammes, et s'en plaignit si haut que les Génois eurent peur et chargèrent le consul de l'ise à Montpellier, de les réconcilier avec la ville.

Ce n'était plus l’humble Montpellieret caché vis-à-vis de l'autre village derrière les massifs épineux du val Fère. En 1170, voici l'effet que produisait Montpellier sur les voyageur-s : Hargâas, la montagne tremblante (si ce n'est plutôt har naal le mont clos) ou Montpellier, est, dit Benjamin de Tudèle, un lieu fort agréable pour le commerce , et situé à deux parasanges de la mer. Les Iduméens et les Ismaélites y viennent de tous côtés pour le négoce. On y vient d’Algarve, de Lombardie, du royaume de Borne la grande, de toute la terre d’Égypte, du pays d’Israël, de Grèce, de France, d’Espagne, d'Angleterre et de toutes les langues et nations qui se trouvent aux environs de Gènes et de Pisc. On voit à Montpellier des disciples des sages les plus célèbres de cette génération , qui ont à leur tète Ruben, fils de Théodore, Nathan, fils de Siméon, Samuel leur maître, Sélémias et Mardochée d'heureuse mémoire. Il y en a parmi eux qui sont très-riches et qui se présentent à la hrèche pour tous les indigents.

L'année suivante, Guilhem VII alla rejoindre son père sous les voûtes funèbres de Grandselve. Guilhem, fils de Mathilde, son successeur, commença par se marier avec la fille de l’empereur de Constantinople dans des circonstances assez romanesques. Eudoxie était promise au roi d'Aragon , mais celui-ci , ennuyé de l’attendre, avait épousé l'infante de Castille; lorsque la noble Grecque prit terre à Montpellier, Guilhem en devint amoureux , et obtint sa main à condition que le premier enfant né d'elle aurait la seigneurie de Montpellier, puis , n'en ayant eu qu’une fille nommée Marie, il la répudia et prit, en 1187, pour lui succéder, une belle Aragonnaisc nommée Agnès. Depuis ce moment jusqu'en 1202 , sauf deux actes utiles à Montpellier, un traité de commerce avec l’évèque et le vicomte

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