‹ Histoire des villes de FranceChapitre 65 sur 137 · VV · texte numérisé non relu

VV

d’Agdc et l'agrandissement de l'enceinte murale, en 1190, sous la direction de Pierre Conchis , Raymond-Lambert- Auguste Pulvérel et Pierre de Montbéliard , Ouilhem ne lit rien pour sa seigneurie et usa son activité et sa vie , en mille efforts impuissants, pour faire reconnaître la légitimité de son mariage avec Agnès et pour calmer ses troubles de famille. A peine l'infortunée Marie avait-elle eu douze ans, que sa marâtre l'avait forcée d’épouser Barrai , le vicomte de Marseille : la mort brisa cette union disproportionnée; alors Agnès jeta l’enfant dans le lit du comte de Comminges, qui avait déjà deux femmes. Chassée deux fois du château de Muret par les fureurs brutales de Bernard, Marie se remaria, sans, attendre la mort de ce second époux , à don Pédro , roi d’Aragon ; et Guilhcm étant mort, en 1202, sans laisser d'autres enfants mâles que ceux d'Agnès, marqués du sceau de l'adultère et inhabiles à lui succéder, elle fut seule héritière de Montpellier, qui passa ainsi sous la couronne d’Aragon.

Le roi don Pédro était habile politique : en prenant possession de la ville, que Marie lui donnait par son contrat de mariage, il s'empressa de confirmer solennellement, le 15 août 1201, les privilèges, coutumes et franchises dont voici les principaux articles fidèlement copiés sur le vieux parchemin du Petit Thalamus : Montpellier n'a qu'un seigneur qui gouverne le peuple et la terre par la volonté divine : il a un baile après lequel viennent le baile de Lates et celui de Castelnau. Les trois doivent justice au pauv re comme au riche. Le seigneur ne revient jamais sur les décisions de son baile. Il a un bon conseil et des curiales pleins de droiture qui aiment la justice et la clémence. Il aime ses hommes; il ne cherche pas à guerroyer sans motifs ni à leur faire perdre leurs propriétés; et c’est ainsi que l’on vit les hommes de Montpellier se multiplier et croître en avoir et en considération [e sic a egon è se multipliqucroH li haine de Mvnlpetjlier en averel en honor ). Le seigneur ne pourra prendre pour baile un juif. 11 ne lui est pas interdit de faire entrer des légistes dans sa cour, mais à titre de conseillers seulement. Les usuriers (li renouvier) qui prêtent deniers pour deniers, ne sont pas reçus en témoignage. Les hommes de Montpellier sont libres de vendre leurs biens et d'en emporter le prix où ils veulent. Il n’existe à Montpellier aucun droit sur le pain , sur le vin , le foin et toutes denrées appartenant à ses hommes. Si une femme ayant mari op un mari possédant femme sont pris en adultère, qu’on les promène en les fustigeant dans la ville pour toute peine. Le seigneur ne pourra donner asile ni sauf-conduit à l’homme qui a insulté, blessé ou tué un citoyen de Montpellier. Tout homme venant du dehors , à moins qu’il ne soit débiteur, trouve refuge et liberté à Montpellier. Le duel (batatha) et l'épreuve du fer chaud, comme celle de l'eau bouillante , n’auront jamais lieu sans le consentement des deux parties. Le châtiment des domestiques ( dometges ), des esclaves serfs, des affranchis, des mercenaires, des enfants, des neveux et des femmes, n'est pas du ressort de la cour. Le juge doit entendre et non souiller les témoins. Les procès ne doivent pas souffrir de l’absence des avocats. Ijë seigneur peut appeler les hommes de Montpellier à l'ost et à la cavalcade pour les injures faites à la ville ou à ses citoyens , mais seulement lorsqu’il est bien constaté que celui qui a causé le dommage refuse de le réparer. Tout écrit de notaire, qu'il renferme un acte ou un testament, est inviolable. Le seigneur lui-méme n'a pas le droit de le con-

LANGUEDOC

naître. f.a justice est gratuite. Le seigneur ni ses bniles ne peuvent la vendra. Il y aura quatorze prud'hommes, deux par échelle. Le haile, le sous-bailc, le juge ni le viguicr, ne seront rééligibles qn'après deux ans. On élira tous les ans douze consuls ou plutôt conseillers ( rosselhs ) ou représentants du seigneur. Au tout de l’année , ceux-ci en éliront douze autres avec le concours de sept prud'hommes , un par échelle.

Telle était la charte municipale de Montpellier depuis sa fondation : don Pédro la confirma hautement , comme nous l'avons dit ; mais accoutumé à parler en maître il voulut régner dans une cité qui n'obéissait que dans de certaines limites à son seigneur, et trouva tous les esprits rebelles au joug. H avait commencé par bannir 1(4 citoyens qui lui semblaient suspects. En 1206, une insurrection éclata pour les rappeler. 11 ne fallut rien moins, afin de l'arrêter à temps, que l'intervention de l’Église. Par les soins de l’archevêque d’Arles et des évêques de Mmes, de Lodève et Maguelonne, un traité de paix, rédigé dans le palais épiscopal de Villeneuve, donna pleine satisfaction à la ville. Mais si les hommes de Montpellier étaient inflexibles quand il s’agissait de leur liberté, ils poussaient loin le dévouement à la royauté aragonnaisc dans tous ses autres rapports avec la ville. Un an après le traité de Villeneuve , les consuls en donnèrent un exemple singulier. Le roi aimait une femme veuve avec passion; Boccados, le premier consul, s’arrangea de façon que don Pédro croyant entrer dans son lit entra dans celui de la reine. Pendant ce temps, dit le vieux Muntaner, les vingt-quatre personnages du consulat , les abbés , les prieurs, l’official , l'évêque, les religieux , les douze dames et les douze donzèles de la reine vinrent s'agenouiller, assistés de deux notaires et surtout de cierges allumés, ai /or ciris rn ma... devant la chambre de la reine où ils passèrent tous la nuit en oraison. Puis au point du jour ils y entrèrent en procession et constatèrent solennellement, au grand déplaisir du roi, le stratagème de Boccados et le rapprochement des deux époux. Le roi James fut le fruit de cette surprise. Aussi éloigné de la reine qu’auparavant , don Pédro ne songea plus qu'aux armes : après s’être couvert de gloire à la fameuse iintaille de Las Navas , où périrent , dit-on, cent mille Sarrasins , il essaya de jouer le rôle de médiateur, entre cette horrible croisade qui noyait le Languedoc dans le sang , et le protecteur des Albigeois. Mais ses desseins généreux échouèrent è Béziers, à Narbonne, au concile d'Arles : honteux alors d'humilier sa dignité royale devant ces bourdonnters, il déploya sa bannière et marcha contre Montfort. Malheureusement celui-ci, par un effort désespéré, l'ayant surpris dans son camp à Muret, il eut beau s'écrier : Je suis le rai ! on ne l'entendit pas et il fut si cruellement frappé et blessé que son sang coula jusqu'à terre et qu'il tomba là étendu mort ; à loras cazec morts aqui lots estenduts. « Dont grands furent le dommage , In douleur et la perte, dit avec raison AVilhem de Tudèlc , dont grande fut la honte pour la chrétienté et tout le monde. »

Par ce funeste événement , arrivé le 13 septembre 1213 , son fils James hérita jeune de la couronne d’Aragon et de la seigneurie de Montpellier. Pendant sa minorité , la querelle se continua sur les champs de bataille de la langue d’Oc, entre Rome et Toulouse, jusqu'en 1229 où le traité de Meaux vint dénouer brusquement le drame en faveur du roi de France. Pùr de l’hérésie albigeoise et

MONTPELLIER

constitué en état de neutralité par le respect que les croisés portaient au roi d'Aragon, Montpellier avait assisté de loin , et sans en souffrir, à cet effrayant spectacle. Telle était la tranquillité dont on jouissait dans ses murs, qu'au moment même où les dentiers bourdonniers de la croisade pleuraient à Carcassonne sur le cadavre de Montfort, le cardinal Conrad, légat du pape, rédigeait (1220) paisiblement les statuts de cette faculté de médecine qui devait devenir si célèbre.

L’année même de la pacification des troubles de la croisade, en 1229, les bommes de Montpellier prirent part 6 une grande expédition contre les Maures de Majorque, dirigée par le roi James d'Aragon. L'histoire baléare, en mentionnant le courage éclatant de Jantes Sans, persona de singular valu prend soin de noter qu’après la conquête du pays la communauté de Montpellier fut comprise pour deux métairies dans la distribution des terres, Atqufrias, Muxarrut e Moracesin, son de los hombres de Montpellier. Le roi reconnaissant s'empressa, peu de temps après l'expédition, de confirmer les privilèges de sa bonne ville, qui paya cette grftce cent mille sols melgoriens. Moyennant pareille somme, les bourgeois se rédimèrent , en 1204 , du droit imposé sur les bêtes de labour h l'occasion des guerres mauresques. On voit, par la facilité avec laquelle étaient consentis ces tributs , à quel degré de richesse se trouvait déjà parvenu Montpellier. En 1273 , il rénfemiail dix-sept cents maisons, et le pape Grégoire X hésita longtemps entre cette ville et Lyon lorsqu'il vint tenir son grand concile en France. Cependant le roi James I" était mort couvert du capuchon de Citeaux : par testament il avait donné le royaume de Majorque et la seigneurie de Montpellier à James, son second fils. Celui-ci se fit reconnaître en 1270, et ne tarda pas à s’apercevoir qu'il avait un dangereux voisin dans la personne du roi de France, maître de tout le l-anguedoc, à l'exception de Montpellier. Pour avoir sous la main la ville et son seigneur étranger, Philippc-le-Bol échangea vers 1292 les terres de Durfort , de Sauve, de Fontanei et du Poussan contre Montpellieret qui appartenait à l'évêque de Maguelonnc et d'où relevait Montpellier. Par cette acquisition le roi de Mayorque devint le vassal du roi de France, et Montpellier se vit tout à coup à moitié français. Bientôt le roi James étant mort, Philippe-le-Bel revendiqua toute la seigneurie, et il l'aurait prise & Sanche, héritier de James II, si la lugubre tragédie des Templiers n'avait absorbé toute son attention. Lu mort empêcha Louis-le-Hulin , son fils, de reprendre ce projet ; et la peste qui désolait Montpellier, en 1323, en détourna seule Charles-le-Bel. Mais en 1341 , quoique les Anglais ne lui donnassent pas un moment de trêve, Philippe de Valois, somma James III de venir lui rendre hommage, et celui-ci ayant refusé, il fit saisir la seigneurie de Montpellier par le sénéchal de Beaucaire,

Cinq ans plus tard, la reine de Mayorque, Constance, mourait de chagrin à Montpellier, et les frères Mineurs, chez lesquels avait été porté son cercueil de plomb avec une pompe extraordinaire, et qui coûta soixante-quinze livres , venaient de célébrer son troisième anniversaire , lorsque James III , sentant qu'il allait la suivre, vendit cette noble seigneurie de Montpellier à Philippe de Valois six vingt mille érus d'or. Ce prince confirma tous les privilèges de la ville par lettres-patentes de 1350, cl y établit un lieutenant , dit gouverneur de la justice,

LANGUEDOC

La conquête île Montpellier était si populaire en France que Jean, successeur de Philippe de Valois, vint voir la Capouc méridionale aussitôt qu’il fut sacré. Il se logea , dit le grand Thalamus, hors de la porte du Peyrou , dans le magnifique couvent des Jacobins. Sous ce règne funeste , Montpellier vit ses remparts insultés par les compagnies de Seguin de Badcfol, et Bernard d’Albret. Pour comble de malheur la ville fut cédée, en 1364, au roi de Navarre, Charles-le- Mauvais, qui la garda jusqu'en 1378, époque à laquelle Charles V, poussé à bout par ses félonies , confisqua la seigneurie et la remit sous l'autorité française. Montpellier n'eut pas d’abord lieu de s’en applaudir. Cet infâme duc d'Anjou, que l'histoire ne pourra jamais assez flétrir pour scs exactions épouvantables , ayant voulu frapper sa population d’un louage illégal, elle se révolta et massacra scs officiers.

« Le vendredi 20 janvier 1380, le duc d'Anjou , dit le vieux Thalamus, vint donc à Montpellier, et mena quant et quant lui mille lances et beaucoup d'arbalétriers à cheval. Tous les ordres mendiants sortirent de la ville et allèrent à pied jusqu'à la croix des Areniers, comme firent aussi les autres ordres et les religieuses recluses et autres, et grande quantité d’enfants mâles, juvenetz et toute l’Université , et puis les consuls avec le peuple criant à haute voix et avec larmes miséricorde ! » Le duc d'Anjou répondit , du haut d’un échafaud dressé sur le pont-levis de la Sauncrie, par la lecture d’une sentence qui dépouillait la ville de son consulat, de ses murs, de ses cloches, la condamnait à six cent mille francs d’or d'amende, et prononçait que deux cents des principaux coupables seraient pendus, deux cents décapités et deux cents brûlés vifs. Puis après avoir laissé planer vingt-quatre heures cette terrible menace sur Montpellier, il révoqua la sentence le lendemain, moyennant cent trente mille francs d'or pour lui , et vingt-cinq mille six cents pour les parents des victimes. Malgré ces rigueurs excessives, Montpellier se para en 1389 de ses plus beaux habits de fête pour recevoir Charles VI : à la vérité , tout en lui présentant avec le plus profond respect le dais semé de fleure de lis d'or, les consuls se plaignirent hardiment du duc d'Anjou, dont ils avaient les cent trente mille francs d'or sur le coeur, et du duc de Berry, son successeur, gui n'avoit nully épargné ne pauvre ne riche et avoil tout moissonné et cueilli devant lui par le fuit d'un trésorier appelé Bétisac. Chaimé de reconnaître la gracieuse réception des consuls, le roi calma toutes les doléances en faisant brûler Bétizac, lequel était, au reste, selon le chroniqueur roman, son propre cousin ( son cos propri ).

Le xv' siècle fut inauguré à Montpellier par un terrible coup de tonnerre qui brisa la moitié de la balustrade du clocher de Notre-Dame des Tables, et parut aux yeux des timides comme un présage des malheurs que la croix blanche et la croix rouge allaient attirer sur la France. Le duc de Bourgogne, chef de la faction rouge, fit convoquer, le 26 mai 1419, les États de Languedoc à Montpellier: la faction blanche les réunit cinq mois après à Carcassonne, et le 29 mare de l’année suivante, le Dauphin vint en personne combattre l’influence bourguignonne à Montpellier. On l’y revit le jour de Pâques de 1437 ; mais alors il avait chassé les Anglais de Paris. En conflrinant leurs privilèges et prenant sous sa protection l’Université de Montpellier, Charles VII paya noblement aux bourgeois la dette

Die

MONTPELLIER

du Dauphin. La proscription de Jacques Cœur, le premier négociant de son temps, auquel Montpellier devait ses plus beaux monuments (la loge des Marchands, la façade des Trésoriers de France et la Font-Pulanellc) , la translation dans cette ville, en 1467, du parlement de Toulouse, l’établissement d’une cour des aides par lettres-patentes du 12 septembre de la même année , et les grandes inondations du Lez , furent les seuls événements remarquables du xv* siècle. Aux fièvres chaudes, qui en avaient tristement marqué la fin, succéda la peste qui ouvrit le siècle suivant. On combattit la contagion , qu’avaient apportée les troupes du siège de Salces, par trois différentes processions solennelles ; de même qu’en 1543 on ne trouva rien de mieux à lui opposer que le supplice de quelques malheureux soupçonnés d’avoir semé dans la ville des liards pestiférés. Entre ces deux fléaux François I" avait établi, au mois de mars 1522, une chambre des comptes à Montpellier ; puis , onze ans plus tard , son bon plaisir ayant été de visiter la ville , il lui avait été fait une réception telle qu'il y séjourna neuf jours , honneur dont s’enorgueillirent d'autant plus les consuls, qu’il n’en passa que quatre à Toulouse. Le successeur de François I" vendit aux consuls, en 1552, le domaine royal pour trois mille trente livres, que les magistrats populaires payèrent sur-le-champ en treize cent dix-sept écus d’or au soleil , en pièces de dix sols tournois et en douzains. L'établissement du présidial, dtl au même prince, date de la même année. Par l'effet de l'acquisition précédente, les consuls se trouvant investis de l'autorité exercée auparavant au nom du roi et ayant même réuni l'ancien droit de justice du viguier à leurs attributions municipales, presque sans limites, désormais le peuple de Montpellier se sentit plus libre , plus hardi, et plus disposé par conséquent à prêter l'oreille à la voix de la réformation qu'il entendait s'élever dans le lointain vers Paris et Genève.

a Enfin , dit le vieux Théodore de Bèze, la clarté de l'Évangile illumina quelques élus, et le 8 février 1559 fut plantée l’église de Montpellier, par Guillaume Maugel , ministre de Nîmes. La cave de M. de M. Désandricux servit de temple à Jean de La Chasse , son successeur. Ce ne fut qu'au bout de quatre mois que les Enfants de Dieu , comme ils se qualifiaient eux-mêmes , en sortirent tumultueusement, au nombre de douze cents, pour se réunir sur l’emplacement actuel de l'hOpital Saint-Éloi, alors occupé par l'école Mage. De là ils allèrent installer de force leur prédicateur dans l'église Saint-Mathieu. Telle était leur confiance dans leur nombre et la tolérance secrète de l’évêque Pélissier, qu'un des leurs put aller interrompre impunément, quelques jours après, le prédicateur de Notre-Damedes-Tables et donner un soufflet au premier consul. Les gendarmes dcVillars, ceux de Terride, et les flammes qui brûlèrent le pasteur llélie du Bosquet, réprimèrent pourtant les premières ardeurs de ce zèle ; mais en 1561 les Enfants de Dieu prirent les armes, s'emparèrent des églises et agirent avec tant de promptitude que des soixante édifices religieux aucun ne se trouva ouvert le lendemain , et ne fut vu ni prêtre ni moine, ainsi que le constate le procès-verbal huguenot audit Montpellier. C’était assez pour allumer la guerre civile : elle éclata l’année d'après entre le baron de Crussol , chef militaire de la ville pour les protestants , et les sieurs de Joyeuse et de Fourquevaux, représentants de Charles IX. Bien que les protestants eussent obtenu l’avantage , ils durent céder, en 1663 , à des forces

LANGUEDOC

Page 1