‹ Histoire des villes de FranceChapitre 66 sur 137 · VS · texte numérisé non relu

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supérieures. Montmorency Dain ville, gouverneur de Languedoc, y rétablit les catholiques et la messe, et l’arrivée de Charles IX , en 156à, rendit le consulat et la prééminence à ces dernière. Cet état de choses dura jusqu'en 1567, où les reli— gionnaires se soulevant avec fureur, au commencement d'octobre, prirent une revanche complète, et rasèrent toutes les églises. Lors du guet-apens monarchique de la Saint-Barthélemy, leur nombre était trop considérable pour que Joyeuse osât exécuter les ordres reçus : le sang protestant n’y fut donc pas versé en 1572 et les années suivantes, grâce à l'anarchie qui dévorait la France. Montmorency Damville en fit sa place d'armes pour résister au roi et garder son gouvernement malgré lui et le duc d’Uzès. Cependant , les protestants qui le méprisaient au fond du cœur, autant que les catholiques , lui fermèrent les portes en 1577. Il voulait y rentrer de force, mais Chatillon , le fils de Coligny, sut bien l'en empêcher et le renvoyer à Béziers avec la honte de la défaite et du meurtre ltarbare d’un des plus héroïques enfants de Montpellier, le capitaine Scnglar, qui lui avait naguère sauvé la vie et dont on promena, par ses ordres, la tête sur une pique.

Sans la peste de 1580 , Catherine de Médicis serait venue à Montpellier, mais les Imbitants reçurent une visite plus agréable , celle du prince de Condé. L'orage de la Ligue éclata trop loin d’eux pour qu’ils en fussent atteints, et ils sc félicitaient sans réserve de la victoire d'Henri IV, en 1596, lorsqu'il choisit parmi eux presque tous les membres de la chambre mi-partie de Castres. A la vérité ils n'entendaient |tas l’édit comme leur ancien allié : .sûr des protestants, Henri IV ne cherchait qu’à se concilier les catholiques et n'hésitait jamais à leur donner raison : aux termes de l’édit, ceux de Montpellier réclamèrent l'église de Notre- Dame-des-Tables, le peuple s'opposa hautement à ce qu'elle leur fût rendue, et une grêle de pierres accueillit, en 1600, le duc de Ventadour, qui venait les mettre en possession. Il fallut recourir au roi, qui en écrivit si vertement aux consuls, qu'ils s’exécutèrent sur-le-champ. Les factions protestantes de Malhordy et des Catherinots, et le tiers-parti, dit des etcarlambals parce qu'ils avaient un pied chez les réformés et l'autre chez les catholiques, commencèrent, peu de temps après la mort d'Henri IV, à remplir la ville de leurs agitations. Les prétextes d'insurrection étaient tantôt une croix peinte en rouge que l'évêque avait fait planter, tanlût un jésuite qui venait prêcher le carême , tantôt le pillage des mnz ou maisons de compagne des catholiques. Les choses allèrent encore plus loin, en 1621 ; le premier consul , zélé catherinot , Gt démolir toutes les églises, abattre les croix , et reconnut le duc de Rohan pour seul chef et généralissime. Tant d'excès, comme on disait alors à la cour, appelaient l’armée royale; elle arriva le 3 août 102-2, et campa d’abord à la vue de la ville , du côté de Castelnau, sur un mamelon ombragé d'oliviers. Ce camp était enfermé dans le contour du Lez , et protégé par deux corps de garde placés au pont de Castelnau et au pont Juvénal. Pour la cavalerie, elle s'appuyait aux Suisses et aux lansquenets établis dans la petite plaine qui borde le Merdanson. La ville était bien fortifiée et mieux défendue; aussi, pendaut deux mois et demi, Louis XIII et sa noblesse attaquèrent vainement ses bastions. Il fallut renoncer à y pénétrer de force et songer aux négociations. Par les soins du duc de Rohan, la paix fut faite le 19 octobre, et

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le 20, à quatre heures du soir, Louis XIII lit son entrée dons la place Un des articles du traité stipulait la démolition des fortiflcations; il fut exécuté à la lettre, puis deux ans après , lorsqu'il ne l'esta plus vestige de ces fortes murailles qui avaient sauvé Montpellier, Valencé, le gouverneur des troupes, réunit le conseil de la cité pour lui faire demander une citadelle , alléguant l'avantage matériel qui résulterait pour la ville, du séjour des officiers. Deux hommes protestèrent seuls contre cette honte, l'un timidement, c'était le bourgeois Fournier, l’autre avec force, c'était le baron Lafarelle d'Aumes. Mais il eut beau citer à ces hommes effrayés ou séduits lu fable du cheval qui se laisse mettre une selle et un mors , ils obéirent au commandant Valencé , et le 10 juillet ldi'* , on posa la première pierre de la citadelle. La prédiction de Lafarelle ne tarda guère A se vérifier. Fort des ouvrages nouveaux que le cardinal de Richelieu avait fait ajouter, eu 1030, a la citadelle, le vicomte d'Aubijoux , lieutenant du gouverneur, viola insolemment, en 1644, l'antique liberté du consulat, et prescrivit, nu nom du roi, de nommer premier consul le chancelier de l'école de médecine préférablement à tout autre. Les quarante années suivantes ne virent s'accomplir que des événements de peu d'importance, tels que les brouilleries de la lourdes aides avec le parlement do. Toulouse, l'insurrection contre les partisans de 1645, dirigée par des femmes dont les eafunts mouraient de faim , les démêlés , en 1650, entre le sénéchal et le juge-mage, les querelles, en 1666, des maisons de Castpics et de Toiras, et la démolition du grand et du petit temple, en 1680.

La révocation de l'édit de Nantes, proclamée cinq ans après, eut lieu comme à Monlauban. L'intendant d'Aguesseau , quelques jours avant l'arrivée de Basville, sou successeur, réunit, de concert arec le cardinal de Bonzy et le duc de Noailles, les principaux réformés, et leur déclara que le roi ne voulait plus souffrir qu'une religion dans ses États. Pour abréger la délibération , le 29 septembre 1685, huit compagnies du régiment de Lafère et autant de celui de I (empierre J ' entrèrent tambour battant à Montpellier. Les protestants, comprenant à merveille la valeur de cet argument, se présentèrent en foule à l'hôtel de ville où l'on inscrivit leurs noms à la hôte sur des cartes marquées du cachet de l'évéque. Cependant, comme la cour faisait peu de fonds sur ces conversions forcées, l’intendant Basvillc ne cessait de veiller sur les nouveaux catholiques : ils lui parurent si chancelants, l'année suivante, qu’il demanda le meilleur prédicateur du roi , et le célèbre Bourdaloue vint prêcher le carême à Saint-Pierre et ouvrir des conférences dans l’église des Jésuites. Malgré tous ces soins, malgré les communions et les processions que l'infatigable évêque imposait aux enfants des réformés, ceux-ci |»ersistnient de cœur dans leurs croyances; taudis que les plus faibles semblaient se soumettre , les riches allaient chercher à l'étranger la liberté des enfants de Dieu : les plus énergiques se réfugiaient dans les Cévennes. Là, des prédicants intrépides luttaient encore, quoique leur tête fût mise à prix et que chaque jour on en martyrisât quelques-uns sur l'esplanade de Montpellier. Le jeune Olivier, Agé de dix-huit ans à peine, avait ouvert la marche : ni sa faiblesse ni son religieux enthousiasme ne purent toucher le cœur de l’intendant , qui le Ut pendre aux plus hautes fourches.

C'est ainsi qu'on préludait aux exécutions atroces qui souillèrent les dernières années de Louis XIV. Depuis le 26 septembre 1685, jour de l'arrivée du sieur

LANGUEDOC

Nicolas Lamoignon de Basville, intendant du Languedoc, jusqu'au 28 avril 1718, jour de son départ, les bourreaux n’eurent pas un instant de trêve. Pas une prison qui ne fût pleine , pas une famille protestante qui ne portât le deuil , pas un village que les Montluc du xvii* siècle, les Broglio, les Montrevcl, les Bèrwick, n’eussent décimé ou brûlé par ses ordres. Durant toute la guerre des Camisards le sang rougit l’esplanade de Montpellier. On ne saurait rouvrir, sans frémir d’indignation, la longue liste des victimes de l'intendant Basville. Qu’on juge par un seul exemple de la cruauté qui l’animait. Au mois d’octobre 1705, écrivait à Londres, le 3 avril 1707, une demoiselle de Montpellier, deux jeunes hommes de ceux qu’on appelait camisards furent condamnés à être roués et brûlés vifs devant la citadelle. Après qu’on leur eut rompu les quatre membres de quatre coups que chacun reçut, on les jeta dans un feu allumé qui était joignant l’échafaud. Quand ils y eurent été quelques moments ils se levèrent, comme si ce feu leur avait été un remède pour rejoindre leurs os brisés et pour guérir leurs plaies. Ils sortirent du milieu des flammes et s'en éloignèrent à quelque distance. Mais les bourreaux de soldats les repoussèrent à coups de baïonnettes dans le bûcher ardent.

Pour racheter toutes ces horreurs aux yeux de la postérité , Basville ne fit qu’une œuvre d’utilité publique, la promenade du Peyrou, commencée en 1689, et dont il s’honorait beaucoup moins sans doute que de la statue équestre de Louis XIV, qu’il érigea sur la place du même nom avant son départ. Bernage, son successeur, et le maréchal de Hoquelaurc allant plus loin que lui dans cette voie, laissèrent le présidial juger à grand bruit la secte des multipliants, derniers disciples des fanatiques des Cévenncs, et nivelèrent la surface raboteuse et pour ainsi dire impraticable de l’esplanade. En 1725 , grâce à la bonne direction du premier consul Joseph de Valon , sieur de Saint-Homans, les soldats de la citadelle avaient aplani tout cet espace et planté une allée de quatre rangées d’ormeaux. Quatre ans auparavant , Montpellier, à peine revenu des terreurs produites pur la peste de Marseille , s’était distingué par son enthousiasme, quand il s’était agi de célébrer la convalescence de Louis XV. Ce prince, encore enfant, avait été deux jours malade. A la nouvelle de son rétablissement, tous les trésoriers de la généralité de Montpellier et l’intendant des gabelles, flrent dire, le 16 août, une messe dans leur chapelle. Ils s’y rendirent avec leurs robes de cérémonie ; la messe finie, il fut chanté un Te f)eum magnifique par la musique de la cathédrale, une des meilleures de France, étant composée de la musique des États de la province. Ce ne fut pas tout. La ville résolut d’envoyer à Versailles les meilleurs danseurs du chibalet, cette vieille danse historique, conservée en mémoire de Pedro d’Aragon, lequel , après un long oubli, étant allé voir la reine Marie à Mirevaux , la rapporta en croupe à Montpellier. Huit danseurs , dont les jambes étaient ornées de Ans grelots d’argent, exécutèrent donc, le 21 août 1721 , les rigaudons occilaniens devant Louis XV, en chantant un triolet national.

Entre ces bruyantes réjouissances et la convocation des États-Généraux , Montpellier vit arriver dans scs murs deux hommes dont le nom vivra longtemps. L’un, Jean-Jacques Rousseau, venait demonder au célèbre Fizes, l’esculape de son siècle, cette santé que ne pouvaient lui rendre les frais ombrages des Charinettes; l’autre, Young, accourait du fond de l’Angleterre pour porter sa Narcisse plus

MONTPELLIER

près du soleil dans l’espérance vaine, hélas! que le soleil la ranimerait de ses rayons bienfaisants. Le premier en repartit quelques mois après avec ses palpitations, que le joueur de mai), Fit» Moritz , son hôte, prétendait guérir par l’exercice, et le second y laissa cette fille chérie, à laquelle le fanatisme catholique refusant un tombeau, ce père au désespoir fut forcé de creuser lui-méme furtivement, la nuit , une fosse dans un coin du jardin des plantes. Vingt-cinq ans plus tard et lorsque le génie de Pilot eut élevé le magnilique aqueduc de la promenade, qui coûta un million à la ville, eu 1706, les États de l-anguetloc posèrent la première pierre de la place du Peyrou. Rien ne semblait alors présager les tempêtes qui éclatèrent en 17W et l’année suivante. La cour des aides et des comptes, établie, comme nous l’avons vu, par François 1", et qui jalousait les États, donna le signal de la guerre contre l’ancien régime en attaquant ce corps imparfait où les représentants des trois ordres, disait-elle, ne les représentaient pas, où le droit de voter était commun, et non celui de contribuer. En même temps une réunion de députés des municipalités de Toulouse, Pézenas, Béziers, Saint-Hippolyte et Montpellier, tenue dans celte dernière ville, démontrait dans une adresse pleine de logique et de vigueur, que la constitution actuelle des Étals ne représentait ni le clergé, ni la noblesse, ni le tiers-état. Emus de cette audace, les États se plaignirent au roi , qui écrivit de sa main à l'archevêque de Narbonne , leur président, pour les rassurer. Necker, de son côté, cassa et annula bruyamment, le 13 février 1789, les arrêtés de la cour des aides. On a peine à concevoir comment , après le rôle joué par Necker dans cette affaire, son rappel put inspirer un enthousiasme si ridicule aux bourgeois de Montpellier. On fit chanter un Te Deiim, son portrait et celui du porteur de la nouvelle furent placés, par délibération spéciale, à l’hôtel de ville. Cependant l’horizon si brillant, dans les premières années de la Révolution , ne tarda pas à s'obscurcir ; 1792 et 1793 amenèrent les agitations violentes, les troubles causés par la cherté des grains et la profusion des billets de confiance, les assassinats et les manœuvres occultes de la société du Plan de l’olivier, ainsi nommée de la petite place qu’ombrage un olivier énorme. Bientôt , en apprenant la proscription des girondins , le maire Durand se déclara en insurrection contre la Montagne ; mais cette échauflourée n’eut d’autre suite que de conduire son auteur à la guillotine, et Montpellier se garda d’aller aussi loin que Marseille et Toulon dans la voie du fédéralisme.

Sous le Directoire et l'Empire, la paix ne fut pas troublée è Montpellier : un événement domestique y lit seul quelque bruit, le procès Montolieu. Montolieu, parent de Joséphine, avait assassiné son beau-frère ; il périt sur l’échafaud , malgré le brillant plaidoyer de l’avocat Caissergues , le Cicéron du temps. Rien que Napoléon aimât la ville de Montpellier, le retour des Bourbons y fut salué comme dans le reste du Midi, par des transports d’enthousiasme : aussi n'est-ce qu’en frémissant de rage que la population , tout entière sur pied , vit passer, dans les Cent-Jours, le duc d'Angoulème se rendant à la Palud. Aux applaudissements qui éclataient partout pendant le dédié du 10* régiment de ligne, resté seul fidèle au prince, à la consternation mêlée de colère du peuple, on pouvait pressentir la réaction de juillet et d'août. La confrérie du Plan de l'olivier et lesverdets, commandés par M. de Montcalm, sortirent en effet de

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