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dessous terre coin me par un coup de baguette après le désastre de Waterloo. Eu un clin d'œil, Montpellier apparut pavoisé de drapeaux blancs; les chants, les farandoles, les visites domiciliaires chez les bonapartistes et les protestants , les emprisonnements des suspects, signalèrent la chute de t usurpateur. Pendant ce temps, le général Briche se tenait enfermé dans la citadelle avec ses soldats, que les jardiniers du Lez auraient bien voulu traiter comme A Mmes. Les bouches de ses canons semblaient protester silencieusement contre les excès du dehors, et dire qu’ils seraient réprimés s’ils étaient portés trop loin. Ce moment arriva. Au commencement d’août, vers les dix heures du matin, une bande de paysans et de portefaix , dont la figure halée et poudreuse , les manches retroussées, la veste sur l’épaule et les pistolets à la ceinture, inspiraient l’effroi , déboucha par l’esplanade, venant de Nîmes. C'était la bande de Trestaillons, qui se prélassait à sa tète avec l’uniforme volé au capitaine Passebois. Le début de ce misérable fut l'assassinat d'un vieillard inoffeusif, qu'il fit tailler en pièces à coups de sabre, sur l’esplanade même, pour annoncer son arrivée. Gagnant de là les hauts quartiers, il se mit, aidé du boucher Truphémy, son lieutenant, et de ses sanglants séides Hours, Servait et Penaud, à recommencer ses exploits de Mmes. Mais Briche veillait : une proclamation, affichée, malgré la fermentation populaire, au coin de toutes les rues, enjoignit à la bande de Trestaillons de quitter la ville. Sortant lui-même de la citadelle avec ses vieilles bandes , il l'escorta jusqu'aux dernières masures des faubourgs. Dans les quinze ans écoulés entre cette époque et la révolution de Juillet, qui s'y fit reconnaître sans résistance , les haines )K>litiques perdirent peu à peu leur ardeur , et les passions politiques leur soif de sang et leur violence. L'antagonisme des deux religions , si longtemps armées l'une contre l'autre , et toujours rivales , l'intolérance de leurs ministres, les missions provoquantes des jésuites et le libéralisme des étudiants, troublèrent seuls de temps en temps la paix de Montpellier.
Cette ville, qui , comme l'a dit un voyageur anglais, Arthur Young, « ressemble au premier aspect à une grande capitale , couvre une colline -dont la vue enfle prodigieusement l'étendue; mais quelle surprise, en approchant, de ne trouver que des rues étroites et tortueuses». A ce reproche ltenaud de Vilback répond avec raison : # Montpellier, l’une des villes les plus mal percées du monde, est aussi l'une des mieux bâties. Toutes les maisons sont en pierres de taille; un grand nombre furent construites avec goût. Cette ville a mérité d'être appelée un magasin de belles maisons. Elles y sont entassées pêle-mêle». Les boulevards , plantés sur l'emplacement des anciens fossés , entourent la ville. La plupart des places de Montpellier sont resserrées comme des carrefours; cependant celle de Louis XVI , bâtie sur les dépendances de l’ancien couvent des Capucins, est assez régulière. La place de la Canourgue, où s'élève l’hôtel de ville, domino le quartier de la cathédrale. De ce dernier point, on jouit d’une belle vue sur la campagne , mais qui n’approchc pourtant pas de celle du Pcyrou. Qu'on se figure, sur le sommet de la colline où est bâti Montpellier, une magnifique plate forme carrée, qu’entoure une balustrade murale; deux rangées d’arbres qui l’ombragent dans toute sa longueur, vont aboutir vers l’ouest à l’arc de triomphe appelé porte du Peyrou, et du côté de l’est à l’élégant château d'eau
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de l'aqueduc. Ce dernier ouvrage , digne des Romains , dont la première pierre fut posée en 1753 par l'intendant Saint-Priest , parcourt , pour conduire sur le plateau les eau* de la source de Saint-Clément , treize mille neuf cent quatre mètres; huit cent quatre-vingts mètres, depuis le réservoir dit des Arcades jusqu'au Peyrou , sont supportés par cinquante-trois arceaux qui en soutiennent cent quatre-vingt-trois autres, sur lesquels est établie la rigole. Le Peyrou est entouré de trois côtés d'une promenade basse , communiquant avec le plateau supérieur par de belles rampes en pieire de taille. De la plate-forme on découvre une des plus belles vues de l'univers. Au midi , l'œil s'égare avec délires sur une riche vallée parsemée de maisons de campagne, et terminée par les ruines de Magueloune et la mer; au nord se hérisse la croupe ahrapte et verdoyante des Cévennes, dont le pic de Saint-Loup semble la sentinelle perdue.; d’un côté , brillent dans le lointain les masses de neige du Canigou, de l’autre le mont Ventoux, appendice des Alpes, dont la cime est noyée dans un ciel d'un azur admirable.
Avant la Révolution , Montpellier était le siège de la généralité du bas Languedoc , d'une cour des aides et des comptes, et d’un bureau des finances. L'Assemblée nationale eu fit le cher-lieu du département de l'Hérault; Napoléon lui donna une cour martiale ; elle possède aujourd’hui une préfecture, une division militaire, une cour royale, un évêché, une faculté des lettres, un musée, une académie, une Société d’agriculture, des écoles de pharmacie, de médecine vétérinaire , de dessin , de géométrie , de mécanique , d'architecture , de chant , et sa faculté de médecine. Cette vieille et célèbre institution, dont la Terreur avait dispersé les maîtres et les élèves, fut rétablie en 1791, et réorganisée sur le rapport de Fourcroy. Il y avait juste cinq cent soixante-quatorze ans que le cardinal Conrad s'était donné la peine d’en rédiger les statuts. Pendant ce laps de temps sa renommée avait grandi de siècle en siècle dans le monde scientifique. En 1257 , l’évêque Pierre d'Uerford était venu se faire guérir à Montpellier d'un polype. Au commencement du siècle suivant, Jean, roi de Bohême, s’y était rendu incognito pour s'y faire traiter des yeu*. Philippe-le-Bel, Philippe de Valois, le roi Jean et les trois Charles, confirmèrent les privilèges de la faculté de médecine. Charles VII ratifia même solennellement, dans un édit de 1196, la permission que le duc d'Anjou avait accordée h l'école, en 1376, de prendre chaque année" le cadavre .d’un criminel pour le disséquer. Ce prince avait en outre créé quatre charges de régents fixes aux appointements de cent livres par an ; Louis XII, sein successeur François 1" et Henri 11 confirmèrent cet établissement. Charles IX se montra plus favorable encore en augmentant de douze cents livres les gages des professeurs. Henri IV, grâce aux sollicitations du duc de Montmorency, gouverneur du Languedoc, créa, en 1393, deux chaires nouvelles d'anatomie et de botanique , et, en 1597, deux autres de chirurgie et de pharmacie. On lui dut, de plus , l'établissement d’une charge de dissecteur ou anatomiste royal, et la construction du Jardin des Plantes, commencé, en 1598, par Richer de Belleval. Il fallut plus d’un siècle pour ensuite arriver à la création de la chaire de chimie. Antoine Itnquin , premier médecin de Louis XIV, obtint pourtant cette faveur en 1673, et dès lors l'enseignement médical de Montpellier fut aussi complet que solide. L’école compte, parmi ses professeurs et ses élèves, vt. 58
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une foule de noms illustres parmi lesquels on peut citer, en 1230, Richard et Jean de Saint-Gilles ; en 1280 et 1295, Anselme de Porte et Arnaud de Villeneuve; en 1300, le juif Profat , Guilhem de Mazères , Gérard de Solo, Jean d’Alais, Biaise Ermengaud, Bernard Gourdon, Guilhem de Bresse; en 1338, Raimon de Molières, l'Anglais Grisaunt; en 1300, le fameux Guy de Chauliac et Jean-Jacques; au xv‘ siècle, Jean de Tornamire, Jean de Pise, Balescon de Tarante, J. de Conroregio, Jacques Angely, Jean Bruguières, Martial de Genolhac, Dieudonné Bassols, Louis Saporta, Dragonisde Beaucaire, Trosscllicr, Martin, Miron, Ponceau- Cahride ; au XVI* siècle, Jean Gressin, Robert Pierre, Pierre Tremolet, Fontanon, Schyron , Rocaud , Rondelet, Castellan , Rabelais; au xvir, Aucher, Du La u cens , Jean Saporta , Pierre Dortoman , Varandal , Delort , l’Écossais Scharpe, François Ranchin , Lazare Rivière, Martin Richer de Belleval, les deux Sanche; au xvm*, Michel Chicoyneau, Jean Châtelain d'Agde, Nissole, Pierre Magnol, Pierre Chirac, Antoine Deidier, Jean Astruc, Fizes, Sauvages, Barthès, Beaumes, Yigaroux , Dumas, Lallemand; et de nos jours, Chaptal, Chrétien, Flourens, Delpech, Candolle, Ribes, Pétiot, Fouquet, Gouan, Billard , qui a découvert le brème.
En dehors de ces illustrations médicales, dont la plupart lui appartiennent par la naissance, Montpellier compte parmi scs enfants une foule d'hommes célèbres dans la littérature , les arts , la politique et les sciences. Nous citerons, en suivant l'ordre alphabétique ; Allelz, avocat , mort en 1785 ; Scipion Allut, traducteur de plusieurs ouvrages ; les deux Barri de Suint- Aimez , gouverneurs de Leucatc ; Ben utac , avocat, mort en 1804; Beuulac , prédicateur, mort vers 1690; Hénezech, ministre de l’intérieur, mort en 1802; Berlhézene , lieutenant général; Boyer, premier président au parlement de Bordeaux, mort en 1529; Xavier Bon, savant; le conventionnel Bonnier d'AIro, assassiné à Rastadt en 1799; Borelly , peintre de portraits, né en 1782; Burnier, jurisconsulte, mort en 1711 ; Sébastien Bourdon, peintre d’histoire, de portraits et de paysages, premier peintre de la reine Christine, mort en 1671 ; Brueys . auteur du Giondeur, de l'Avocat Patelin, mort en 1723; l’abbc Cambacérès, prédicateur, mort en 1802; Cambacérès, duc de Panne, archichancelier de l'Empire; Catnbon, president de l' Assemblée législative et de la Convention, créateur du Grand-Livre de la dette publique, mort en exil en 1820; Castel, jésuite, auteur du clavecin oculaire dont parle Jeao-Jacqurs Rousseau; Jean Clapiés , géomètre, mort en 1740; Coulomb, ollicier du génie, et le jésuite Cusson, tous deux géomètres distingués; l)aru, auteur de l’ Histoire de Venise ; Daniel David , troubadour, qui vivait en 1189 ; David le Sage , poète, mort en 1650 ; llraparnaud , naturaliste, mort en 1805; Fabre, peintre, élève de David, qui a donné le musée à sa patrie , (lariel Pierre , né vers 1599, auteur de quelques ouvrages historiques sur le Ijingucdoc et de l' Idée de la ville de Montpellier ; le chevalier Graves, ministre de la guerre en 1792; Gref mille ou d' Aigrefeuille , auteur de V Histoire ecclésiastique et civile de Montpellier ; Guilhem Durand, troubadour, mort en 1207 ; James-le-Conquérant, roi d'Aragon; Lajard ,. ministre de la guerre en 1792; » Faucheur, prédicateur protestant ; Mathieu Dumas, lieutenant général; Pellissier, évêque de Maguelonne, mort en 1568; Philippi, jurisconsulte, auteur des Mémoires
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protestants qui portent son nom, 'mort vers la lin du xvi* siècle; l'Ianlude, astronome, mort en 1711 sur le pic du Midi ; Poitevin , autre astronome, mort en 1807; Jacques Itanrhin, poète; liane , premier peintre du roi d'Espagne, mort après 1739; Raoux , peintre, èlève de Bon Boulogne, né en 1677 ; Halte , astronome, né en 1722; Hebu/fe , jurisconsulte, mort en 1128; Henaud de Vilbaek , auteur de l' Excellent voyage en Languedoc; Renaud de Vilback, son fils, compositeur , grand prix de Borne à quatorze ans ; liené , général de brigade , assassiné par des guérillas en 1808 ; De la Rivière , écrivain protestant, mort h Amsterdam en 1742; saint Roc h mort en 1328; Rosset, auteur du poème sur ['Agriculture , mort en 1788; Roucher, auteur du poème des M ois, mort sur l'échafaud en 1791 ; Sotignac, auteur d'une histoire de Pologne, mort en 1773; Tessier, historiographe protestant du Brandebourg ; Bernard de Treviez , mort en 1715, chanoine, auteur du roinau de la Belle Maguelonne ; Vrsine des Vrsières et Rixinde de Montpellier, beautés célèbres du xnr siècle ; Uzilis , jurisconsulte du xvi* ; Verdier , peintre d’histoire , mort en 1721 ; Suzanne Verdier Allut, femme de lettres, morte et) 1813; Joseph-Marie Vien, peintre, mort sénateur en 1809. ‘
CASTELNAUDARY
1AU11C - LE-OR1 VD. > lAZHT-f ÂPOUL
Nous laisserons de côté la tradition ridicule d’après laquelle un château appelé Sostomagus s’élevait , sous le règne de l’empereur Constantin , à l’endroit même occupé actuellement par la ville de Castelnaudary. Catel, d’Hauteserre et La Faille se sont trompés tous les trois en donnant pour origine à cette ville les Caput Arietis Castra dont Grégoire de Tours nous apprend que Heccared, fils de Leuwigilde, roi des Goths d’Espagne, s’empara, en 585, pendant sa première campagne de Septimanie. î)ofti Vaissette a victorieusement démontré, dans une de ses savantes notes, que les deux mots languedociens cap , tête, et aret , bélier, répondant parfaitement aux deux mots latins caput arietis , il convenait avec bien plus de raison
1. Pomponius Mêla, 11* chap. — Arnaud deVerdale. — Mémorial des nobles. — Manuscrits d'Auhays. — Catcl , Mémoires pour servir d l'histoire de Languedoc. — D'Aigrefeuille, Histoire civile et histoire ecclésiastique de Montpellier. — Garid , Idée de la ville de Montpellier. — Grand et petit Thalamus. — Pierre Serres, Annales de Montpellier. — Philippi , Responsa juris. — Bonnefoy, Historia haresis in Occitaniâ oppugnatee. — Astnic, Histoire de la faculté de Montpellier. — Mercure de se|>tembre de 178t. — Renaud de Vilback , Voyages dans les départements formés de l'ancienne province du Languedoc. — Bclleval, Notice sur Montpellier.— Archives municipales de Montpellier. — Conseil général, n** 8, 4 et 5. — Histoire du midi de la France , I. III.
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de les appliquer à deu\ tours, ou châteaux , qu’on voyait encore , de son temps , à trois lieues environ de Carcassonne , vers le nord, et à cinq de Castelnaudary, sur la montagne ou puy de Cabaret, ainsi nommé a à cause de sa ressemblance avec la tête d’un bélier: » châteaux d'où le petit pays de Cabardés tirait, d'ailleurs, son nom. Reste l’opinion, beaucoup plus vraisemblable, suivant laquelle un château-fort, construit par les Wisigoths ariens, aurait été le berceau de Castelnaudary. Le seul vocable sous lequel cette ville soit désignée dans toutes les chartes du moyen âge , est , en effet , Catlellum Novttm , ou Caslrum Piovum A ni , ou Arii, ou de Ario, et quelquefois, mais rarement, Caslrum Novum tout court ; dénomination très-significative et qui s'est conservée presque tout entière, jusqu’il la fin du xvm* siècle, dans le nom de la langue vulgaire figuré ainsi : Caslelnaud'Arri. Mais pourquoi le souvenir des Ariens serait-il demeuré à cette forteresse, plutôt qu’à toute autre? Duchcsne nous semble avoir indiqué l’étymologie véritable de la ville et du château, en écrivant Caslel-Naudari ; c’est-à-dire château bâti ou réparé par Naudarius , un seigneur goth du pays probablement. Nous adoptons le sentiment de Duchesuc d’autant plus volontiers, qu’il s’appuie sur des exemples nombreux et probants : tels que Châtcl-Ilérault, Château-Thierry, Puy-Guillem, la Ferté-Milon, etc.
Dans la seconde moitié du xi* siècle , Castelnaudary n’était encore qu’un château, c’est-à-dire, comme l’on commençait déjà à l’entendre du mot Caslrum , un bourg défendu par une forteresse, lorsque Raymond-Bernard, vicomte d’AIbi et de Nîmes, à qui sa femme , Ermengarde de Carcassonne , avait apporté les deHx vicomtés d’Agde et de Béziers , le donna à sa fille Guillelmette , en la mariant à Pierre, vicomte de Bruniquel (1069). Le Lauraguais, Lauracensis ou Lavriacensis Pagus, avait à cette époque pour chef-lieu un château auquel tout le territoire d’alentour devait son nom : c’était Laurac-le-Grand, Lauracum-Castellvm , situé dans une région montagneuse, à deux lieues au sud est de Castelnaudary. Quant au pays lui-méme, il appartenait à la branche aînée de la maison de Carcassonne, qui en faisait hommage aux comtes de Toulouse. En 1071, Raymond-Bernard et sa femme Ermengarde vendirent le domaine supérieur du Lauraguais à Raymond-Bérenger I", comte de Bareelonue , dont le comte de Toulouse, Guillaume IV, ne manqua point d’exiger l’hommage; Bernard- Aton , leur fils, réussit à le remettre sous sa main (1082); mais comme le successeur de Raymond-Bérenger le revendiquait énergiquement , il consentit, afin de l’apaiser, à lui céder en alleu et à reprendre ensuite en fief douze châteaux de ses domaines, parmi lesquels est mentionné celui de Castelnaudary ( 1112). Six ans après, Bernard-Aton se disposant à marcher contre les Maures d’Espagne, légua dans son testament aux deux aînés de ses fils, Roger 1" et Raymond-Trencavcl 1", trois de ses châteaux pour qu’ils en jouissent en commun, entre autres Castelnaudary, Caslellum Novum quod cognominalur Arri (1118). La suzeraineté de ce fief passa postérieurement à Roger, qui fut vicomte de Carcassonne et qui, du consentemeut d’ Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, obligea , en 1112, Sicard IV, vicomte de Lautrec , à se reconnaître son vassal pour Castelnaudary, comme il l’avait déjà fait envers son père, Bernard-Aton. La mouvance retourna , par héritage, aux vicomtes de Béziers (1150). Sicard V rendit alors hommage à Raymond-
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Trcncavel et è son fils, Roger U; ajoutent que si quelqu'un ou quelques-uns de ses enfants ne recevaient en fief, if l’avenir, que le clutteau de Laurac , sans Castelnaudary, ils n’en seraient pas moins redevables du serment à Raymond-Trenrave! et à Roger, ainsi qu'à leurs descendants (ll.">8). Le domaine supérieur du f auraguais continuait, ce|iendant, à être possédé par la inoison de Toulouse. Ce n’est que dans le milieu du xii* siècle , et à la suite de ses différends avec Raymond V, que Raymond-Trencavel eu fit plusieurs fois hommage à Raymond- Hérenger IV, comte de Bareelonne. Roger II l'imita : en 1167, ayant sollicité d'Alphonse II , roi d’Aragon , des secours pour venger la mort de son père, assassiné par les bourgeois de Béziers, il déclara tenir, sous la suzeraineté de ce prince et des rois ses successeurs , tout le pays de Lauraguais avec le château de Laura*'. La maison de Toulouse eut quelque peine à rentrer dans toute la plénitude de scs droits (1171]. Roger, poussé par son inconstance, revint encore une fois sous le vasselage d'Alphonse ! 1 I8.">). Mais enfin, en I -205 , Raymond VI, maître de Castelnaudary , put unir cette ville à celles de Castel-Sarrasin, de Moissac et de Montauban, dont il forma le domaine de sa bru future, Saneic, fille de Pierre II, roi d’Aragon.
Ces diverses vicissitudes dans la destinée de Castelnaudary , nous conduisent à la guerre des Albigeois. A peine les légats du pape eurent-ils excommunié de nouveau le comte de Toulouse, à la suite du concile d’Arles, et abandonné ses terres au premier occupant, que Simon de Montfort commença les hostilités contre lui. Raymond VI, trop faible en ce moment pour se défendre, se retira devant son redoutable agresseur, après avoir incendié le fort de Castelnaudary. ' Aymeri, seigneur de Laurac, avait été dépouillé de ses biens par les croisés , et son château s’était soumis au légat. Montfort ayant réduit celui des Casses , sis aussi en Lauraguais, poursuivit sa marche victorieuse et se saisit du fort de Castelnaudary qu’il releva et pourvut d’une bonne garnison (1211). Lui-même ne tarda point à s’y enfermer, à la nouvelle que Raymond VI se dirigeait sur Carcassonne, accompagné des comtes de Fois et de Comminges, du vicomte de Béarn et du sénéchal anglais d'Aquitaine, Savnry de Mauléon. Des récits exagérés portent cette armée à cent mille hommes , taudis que Montfort n'en avait, dit-on , que cinq cents, tant chevaliers que sergents ou fantassins , et cinquante autres chevaliers qu’un de ses lieutenants. Gui de Lucé, lui avait ramenés d’Espagne où ils avaient été servir contre les Maures. Vers les derniers jours de septembre 1211, le comte de Toulouse parut en vue de Castelnaudary ; il assit, d’abord, son camp dans les prairies voisines de la ville , que les corps nombreux de son armée couvrirent en peu de temps d’une multitude éblouissante d’étendards , de tentes et de pavillons : Talumen , dit l’Anonyme Languedocien, que semhlava que lot le monde fossa aqui ajustai, tant grand eta lodU sétg et armada.
Raymond s'établit ensuite sur la colline de Castelnaudary ; il s’y retrancha derrière une double ceinture de fossés et de chariots et dressa ses machines. Elles décochaient, une entre autres appelée le tréburhet, une si prodigieuse quantité de pierres , qu'une des tours du château, battue sans relâche par ce formidable engin, s’écroula toutà coup avec un fracas horrible. Réduit à la défensive, Simon dépécha son niaréchal, Gui de Lévis, à Carcassonne, pour y convoquer les milices
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de la sénéchaussée, et manda en même temps à Bouchard de Marii de lui amener des troupe» de Lavaur, dont il lui avait donné le gouvernement et la seigneurie. Gui de Lévis, et Bouchard rallièrent, en chemin, un renfort considérable commandé par l'évêque de Cahors et l'ahbé de Castres. Simon, instruit de leur approche , les lit soutenir par quarante de ses chevaliers; il n'en garda prés de lui que soixante avec l'infanterie. Le lendemain de leur jonction , les croisés s'avançaient en lion ordre, lorsque leurs éclaireurs vinrent leur annoncer une embuscade. C'était Kaymond-Koger, comte de Foi* , qui , à la tête d'un gros détachement, les attendait à une demi-lieue de Lastelnaudary , entre cette ville et Les Bordes. Raymond- Roger se voyant découvert , dispose sans hésiter ses troupes en trois corps et se porto en avant. Les croisés tombent avec furie sur son centre, où étaient les chevaliers pesamment armés ; mais toute l'impétuosité de leur choc se brise contre cette masse impénétrable de fer qui les écrase et les broie par sa seule résistance, lisse découragent et prennent la fuite. De la porte du château, où il s'apprêtait à les recevoir, Simon a pu se convaincre de la défaite des siens. Il rassemble aussitôt ses soixante chevaliers, n'en laisse que cinq dans la forteresse et marche en toute diligence à la rencontre du comte de Foix. Les croisés l'ont aperçu de loin ; ils se raniment et fondent en désespérés sur les Toulousains. Vains efforts ! leurs rangs serrés plient encore une fois , tourbillonnent et s'entrouvrent. Raymond- Roger tue de sa main le fils aîné de Bouchard de Marti et parcourt le champ de bataille en vainqueur. Malheureusement l'appât du butin a ralenti l’ardeur de ses soldats. Bouchard profite de cette faute pour arrêter les fuyards : il se précipite A ('improviste sur les Toulousains débandés, qu'il taille en pièces à discrétion, enfonce et disperse leur cavalerie, fait un carnage affreux des fantassins, et oblige enfin Raymond-Roger lui-même à céder au torrent qui l’enveloppe et l’entraîne, après avoir immolé à sa rage trois autres fils du châtelain de Lavaur et rompu son épée A force de frapper.
Sur ces entrefaites, Simon de Montfort avait débouché dans la plaine. Pierre de Vaux-Semay raconte que les Toulousains étaient en pleine déroute , A son arrivée; qu’il pressa seulement leur fuite, et que plusieurs, ayant crié Montfort t Montfort! afin d'échapper au massacre, furent contraints d’égorger eux-mêmes les gens de leur parti. Guillaume de Puylaurens affirme , au contraire , qu'il se jeta dans la mêlée comme un lion et que sa présence détermina la. victoire. L'Anonyme Languedocien ajoute que le fils du comte de Foix , Roger-Bernard , ung cavalier ratent et ai dit autant ou plus que son pagre , étant accouru au plus fort de l'action avec un corps de troupes fraîches , prolongea le combat jusqu'A la chute du jour ; que chacun alors se retira de son côté ; que le comte de Toulouse allait décamper, quand le comte de Foix le rassura et l'avertit de tenir tout son monde sous les armes ; qu’effectivement A la première heure de la nuit , sur le premier son de ta neict, le comte de Montfort voulut surprendre les Toulousains dans leurs retranchements , croyant avoir bon marché de soldats harassés et endormis ; mais qu’il fut ramené vivement vers le château , et que tel était venu , selon l'énergique et pittoresque familiarité de son langage, qui jamais plus ne s'en retourna, tnt es vengut que jamais no s'en tomet. Quoi qu'il en soit, l ‘expédition de Raymond VI était manquée complètement. Pendant qu'on se battait dans
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la plaine, Savary de Mauléon avait Tait une démonstration inutile contre la forteresse. Simon reprit en triomphe le chemin de Castelnaudary ; il se déchaussa devant la porte du château , puis se dirigea nu-pieds vers l'église et y fit chanter un Te. Oeuw. Il sortit, quelque temps après, de b place et continua sa chevauchée
jusqu'à Narbonne, où se trouvait en ce moment un corps de chevaliers Français conduit par Alain de Itoucy. Le comte de Toulouse, craignant une nouvelle attaque, plia brusquement bagage et tira tout droit vers Puylaurens dont il s'empara sans coup férir; ce qui prouve qu'il ne conservait plus aucun espoir d'entrer dans Castelnaudary et que , par conséquent , il s’avouait lui-même vaincu.
L'heureuv Simon demeura donc en possession de cette place, l une des moins Fortes de la province, mais aussi l'une des plus précieuses pour lui, à cause de sa situation eutre le Carcasse! , qu'il avait déjà conquis , et le Toulousain oii il se proposait de porter bientôt de plus rudes coups à son adversaire. C'est à Castclnaudary, dont le nom lui rappelait un de ses plus glorieux exploits, que, deux ans plus tard , le général de la croisade, au moment où la fortune semblait l’abandonner, convoqua une grande assemblée de chevaliers et de prélats, afin de donner à sou fils Amaury la ceinture militaire. Iji cérémonie eut lieu hors des murs, sous des tentes, parce que la ville trop petite ne pouvait contenir une si nombreuse assistance (2'i juin 1213). On conçoit que la perte de Castelnaudary dut être particuliérement sensible à l'héritier de Montfort , lorsque le jeune fils de Raymond VI „/o comte Jure, la lui eut enlevé, vers la fin du mois de juin 1220. Aussi vint-il l'investir avec une puissante armée, en compagnie des évêques de Nîmes et de Carcassonne, de l'abbé de Montolieu, du maréchal de Lévis, et de son propre frère Guy, comte de Bigorre, qui fut pris et blessé à mort dans une sortie des assiégeants. !j> comte Jove et le fils du comte de Foix , Hoger-lternard, s’étaient jetés dans la place : ils la défendirent vaillamment et lassèrent si bien par de fréquentes attaques la constance d' Amaury, qu'ils l'obligèrent de décamper après plus de huit mois de privations et de fatigues (juillet 1220- mars 1221).
Castelnaudary, fortifié par Raymond VII, était devenu l'une des meilleures places de lu province : saint' Louis la comprit, ainsi que Laurac, au nombre des trente villes ou châteaux dont il exigea, dans l'article IG du traité de Paris, que le comte de Toulouse détruisit les murs et comblât les fossés (1229). Frère Guillaume Arnaud et frère Étienne de Saint-Tihéri s'y rendirent, en 1237, afin de procéder à la recherche des hérétiques ; ils tirent exhumer et traîner le long des rues, sur des claies, au son des trompes, les cadavres de plusieurs habitants convaincus d'être décédés dans l'erreur des Albigeois ; ils citèrent ensuite à leur tribunal beaucoup de personnes des plus notables, eu les menaçant du bûcher, mais ne purent en obtenir aucune révélation. A la mort de Raymond Vit ( I2i9), le Lauraguais passa sous la domination d'Alphonse, comte de Poitiers, et, en 1271 , Philippe-le-lfardi le réunit intégralement au domaine royal. Tout le pays dépendait encore, au commencement du \iv' siècle , du diocèse de Toulouse. Le pape Jean XXII , en 1317, ayant promu cette ville au rang de métropole, lui donna pour suffragants deux évêchés qu'il créa dans le lauraguais, l'un a Lavaur, l'autre à Saint-Papoul , ancienne abbaye de Bénédictins, Initie, dit-on, par Charlemagne, on ignore en quelle année, dans le lieu même où avait été marty-
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risô le principal disciple de saint Saturnin, i/tttm à pappo (aïeul, grand’père) Pappulum et Pappvtum i ?etere.< dixere, comme nous l'apprend Adrien de Valois. . Castelnaudary , >itmi à trois lieues de Saint-Papoul, fut alors soumis à ce dernier diocèse, et Je, ni XXII fonda en même temps dans son église de Saint-Michel une collégiale , dont il voulut que les chanoines séculiers concourussent, avec les chanoines réguliers de la nouvelle cathédrale , à l'élection de l'évêque ; ce qui fut observé jusqu'au pontificat de Clément VI (1343). Sous le roi Jean , Castelnaudary fut brûlé par le prince Noir 11355) ; le comte d’Armagnac, lieutenant du roi dans les parties de la Langue d’Oc, accorda divers privilèges à scs habitants, afin de tes aider à reconstruire la ville (1356); et, plus tard, au moment où Charles V se préparait à rompre le traité de Brétigny, son frère, le duc d'Anjou , qui avait remplacé le comte d'Armagnac dans son gouvernement, ordonna de fortifier la Bastide ou Ampliation de Castelnaudary (1368).
En 1478, le Lauraguais, une des six judicatures ou jutgeries de la sénéchaussée de Toulouse , qu'on appelait aussi provinces, à cause de leur étendue, ne renfermait pas moins de quarante baiilies ou districts. Louis XI l'échangea contre le comté de Boulogne, avec Bertrand de la Tour, comte d'Auvergne, en faveur duquel il l'érigea en comté, déclarant que tout le pays désormais ressortirait nuement au parlement de Languedoc. Bertrand de la Tour, pour cette raison , y institua un sénéchal ; mais c’est seulement en 1553 que, par l’expresse permission de Henri 11, et malgré l'opposition des États Provinciaux , des capitouls et des officiers de la sénéchaussée de Toulouse, Catherine de Médicis, héritière de Madeleine de la Tour, petite-fille de Bertrand , convertit In judicature de Lauraguais en sénéchaussée, dont elle fixa le siège à Castelnaudary, où Henri II , de son rété, établit un présidial. Dès l'origine des guerres de religion, les calvinistes fomentèrent des troubles dans toutes les cités-maltresses du comté de Lauraguais; mais Saint- Pnpoul échappa toujours à leur influence. Ceux de Castelnaudary furent attaqués, le 18 mars 1562, dans leur maison du prêche, hors des murs, à l'instigation des chanoines de la collégiale ; ils eurent le dessous et laissèrent une soixantaine de morts ou de blessés sur le carreau. Cet échec n'abattit point leur courage, et, au mois de mai suivant, la ville soulevée par eux se prononça ouvertement pour le prince de Condé. L'édit de septembre 1577 ne répondit point à leur attente : ils essayèrent de ressaisir l’autorité ; le complot échoua, et plusieurs furent appiiquésà la question, d’autres décapités. Après les conférences de Nérac, la reine-mère, comtesse de Lauraguais, se rendit a Castelnaudary, où elle séjourna pendant toute la durée dis États de la province, qui venaient de s'y assembler sous la présidence d’Alexandre de Bardis, évêque de Saint-Papoul (27 avril 1579). Les calvinistes y avaient déjà perdu tout leur crédit , et a la mort du dur de Guise, les habitants , entraînés par les députés du parlement de Toulouse, adhérèrent sans peine à la Sainte-Union. Précédemment le maréchal Henri de Joyeuse avait tenu deux foisà Castelnaudary les États de son obéissance (1586), qu’il y convoqua de nouveau, en 1589 et 1 MM). Le duc de Ventadour marchant , en 1595, à la rencontre des ligueurs, détacha de son corps d’armée les volontaires de Revol , Maznmet et Puylaurens , sons les ordres du capitaine Portai, qui entra de v ive force à Saint-Papoul (10 juin). Les royalistes y recueillirent un riche
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butin , mais ne versèrent que peu de sang, selon le témoignage même des vaincus. L'année suivante, le traité de Foleiubray rangea sous le sceptre de Henri IV toutes les villes du haut et du bas pays qui jusqu'alors n'avaient reconnu que la Ligue ( I59G).
Le comté de Lauraguais appartenait , à cette époque , au fds naturel de Charles IX, Charles de Valois, comte d’Auvergne. Le parlement de Toulouse, ayant égard à la clause de substitution spécifiée dans le. contrat de mariage de Henri II avec Catherine de Médiris, en dépouilla le comte d’Auvergne pour l’adjuger à la reine Marguerite, sœur légitime et unique héritière de Henri III (1601). Celle-ci le céda, en 1G06, au Dauphin, depuis Louis XIII, sous l'expresse condition’ qu’à son avènement il le réunirait inséparablement au domaine de la couronne. Les titulaires du comté de Lauraguais étaient assujettis à une singulière redevance envers le parlement de Toulouse, ainsi que tous les seigneurs ecclésiastiques ou laïques de son ressort; ils oITraient, au mois de mai, un déjeuner splendide à tous les officiers de la cour, et faisaient porter ensuite dans chaque chambre, au son des hautbois, et sur un grand plat d’argent, des bouquets de roses et des couronnes de (leurs artificielles ornées de leurs armoiries. Henri IV lui-même acquitta la redevance des roses, comme roi de Navarre et comte de Rhodez , Armagnac et Bigorre.
La guerre de Guiennc conduisit, en 1622, Louis XIII dans le Lauraguais; il arriva , le 5 juillet , à Castelnnudary et y demeura huit jouis. Dix ans plus tard , lors de la levée de boucliers du due de Montmorency contre Richelieu, le maréchal de Schomberg se dirigea précipitamment vers cette ville , où il savait que les rebelles comptaient des partisans nombreux. Mais Gaston d'Orléans l'avait prévenu: ses troupes, rangées en bataille auprès d'un pont de briques jeté sur la petite rivière de Fresquel , barraient le chemin au maréchal. Arrêté dans son mouvement, Schomberg remonta jusqu'à un autre pont rompu, qu'il fit réparer, et alla camper sur la rive opposée, au milieu d’un vaste terrain défendu par de larges fossés et des chemins creux. Le 1" septembre, les deux armées étaient en présence : celle du roi tournait le dos à Castclnaudary, celle de Monsieur lui faisait face ; mais les forces du maréchal consistaient tout au plus en mille chevaux et autant de fantassins, tandis que Gaston avait deux mille hommes de pied, trois mille chevaux, huit cornettes de cavalerie étrangère et trois canons. L'action s'engagea par quelques escarmouches de mousquetaires, dans l'une desquelles le comte de Moret, fils naturel de Henri IV, qui combattait à l’avant-garde de Gaston, avec le duc de Montmorency, fut blessé mortellement d'un coup de mousquet. Montmorency n'écoutant que sa bouillante ardeur, prend aussitôt un escadron de cent maîtres , et se rue tête baissée sur la cavalerie de la gauche de Schomberg. Accueilli presque à bout portant par une décharge de mousqueterie qui lui tue douze hommes du premier choc, il s'élance, franchit le fossé du camp royal, accompagné seulement du colonel de Itieux et de quelques gentilshommes dévoués, perce jusqu'au septième rang de l’ennemi, à travers une grêle de balles, écarte ou renverse tout sur son passage. Soudain son cheval , criblé de blessures, bronche, tombe mort, et l'entratue dans sa chute. Le duc, atteint de dix-sept coups de feu, dont un à la gorge, un autre à la joue droite , essaie en vain de se vi. 59
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débarrasser; il appelle, on accourt, et il est fait prisonnier. A cette nouvelle, Schomberg, sûr de la victoire, décampe et se retire à Castelnaudary. Le combat n’avait guère duré plus d’une demi-heure. L'émotion fut grande dans la ville quand on y apporta le duc couché sur une échelle; le peuple fondait en larmes : il fallut mettre l’épée à la main pour fendre la foule. Le lendemain, 2 septembre, un trompette de l’armée de Monsieur vint demander la bataille au maréchal, qui refusa et fit répondre qu’il se défendrait si on l’attaquait. Gaston se replia alors sur Alzonne, tandis que Schomberg, dont l'armée s'était successivement renforcée de cinq mille fantassins et huit cents chevaux, se préparait à lui couper toute retraite en Roussillon (1632).
Vers la lin du règne de Lonis XIII, Castelnaudary n’était déjà plus qu’une place de guerre de dernier ordre. La construction du canal des Deux-Mers lui donna, sous Louis XIV, l’aspect d'une ville de commerce. Le bassin qu'on y creusa, non loin de l'éminence sur laquelle elle s'élève en amphithéâtre, dans un fonds sablonneux planté de vignes, qui en forme aujourd’hui le port, n’eut pas moins de six cents toises de circonférence et en plusieurs endroits vingt-cinq pieds d’eau de profondeur. Des quais, des magasins, des chantiers bordèrent bientôt le bassin ; et les habitants, grâce à ce puissant débouché, purent exploiter plus utilement les richesses de leur territoire. La plaine de Castelnaudary, en effet , est « féconde de tous costés en bleds , légumes et pastels , » ainsi que s'exprime André Durhesne; éloge mérité et que confirme un itinéraire latin de la Gaule, imprimé en 1649 à Amsterdam : t/ber terne circà eam feeundiisimum . La ville resta, toutefois, ce qu'elle est encore de nos jours, mal distribuée et mal bâtie, sans autres édifices remarquables que l’église de Saint-Michel, et l'hôpital général sis en dehors de l’enceinte et dont la fondation date de quatre cents ans. Parmi les hôtes illustres qu’elle reçut dans ses murs, au xvr siècle, nous avons oublié de nommer François Pr et Charles IX (1533-1565), les ducs de Bourgogne et de Berry la visitèrent aussi, en 1701 ; Monseigneur de l^ingle, évêque de Saint- Papoul, ne l'oublia pas non plus dans ses tournées épiscopales; et en 1774, l’hôpital général fut doté par lui d'une somme de cinq cent mille livres. Le comté de Lauraguais, quand éclata la Révolution, avait été engagé depuis plusieurs années à la maison de Bram as. Le dernier titulaire, Louis-Léon-Félicité comte de Brancas, plus connu sous le nom de duc de Lauraguais, est mort en 1823, laissant, comme on sait, la réputation d'un homme de quelque talent et de beaucoup d'esprit. Parmi les députés du Tiers que la sénéchaussée de Castelnaudary envoya aux États Généraux de 1789, il en est un, Martin d’Auch, licencié ès-lois, dont le nom, malgré son obscurité, restera dans l’histoire. Seul entre tous ses collègues, Martin eut le triste courage de s'opposer au serment du Jeu de Paume, et ni les prières ni les justes représentations de Bailly ne purent vaincre son entêtement. L’Assemblée Constituante érigea Castelnaudary en chef-lieu de district du département de l’Aude; son présidial fut remplacé par un tribunal de première instance, devant lequel le gouvernement traduisit , en 1794 , les auteurs des dégâts du canal du Midi. Des six districts de l'Aude, Bonaparte en conserva quatre seulement lorsqu'il créa les arrondissements communaux ; il n'eut garde de méconnaître l'importance de Castelnaudary et y fixa le siège d’une sous-préfecture. Ce fut sur
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cette ville que le maréchal Soult, en 1814, battit en retraite après la glorieuse bataille de Toulouse (11-12 avril).
Situé dans le haut Lauraguais et capitale de tout le pays, dont les limites, nu surplus, n'avaient jamais été parfaitement déterminées, Castelnaudary, sous l'ancien régime, était compris, ainsique nous l’avons dit, dans le diocèse de Saint- Papoul. Il n'y avait, dans toute l’étendue de sa sénéchaussée, aucun bailliage royal. le sénéchal était d’épée et présidait de droit au présidial. I.c premier consul disposait d’une voir aux États, conjointement avec celui de Saint-Papoul. Outre son tribunal de première instance, Castelnaudary a aujourd'hui un tribunal de commerce, une société d’agriculture, une société polytechnique et un collège communal. L’arrondissement renferme 54,336 habitants, la ville, 9,748 : on y a construit, en 1813 , un palais de justice, et, en 1830, une halle aux grains. Trois marchés hebdomadaires et quatre foires annuelles attirent au chef-lieu un grand concours de marchands et de spéculateurs. Les principaux articles du commerce d'exportation de l’arrondissement sont les blés et les farines, qu'il échange coqtre des bois de charpente , des fers et des cuirs ; on y exploite des carrières de chaux et de gypse, des fabriques de draps grossière , des faïenceries, des briqueteries, des machines à épurer les grains et les farines, et de nombreuses distilleries. Saint-Papoul, sur le Limbe, dans une plaine très-fertile, fait partie de l'arrondissement et du canton même de Castelnaudary : c’était autrefois le chef-lieu d’une recette, et sept cardinaux avaient tour il tour occupé son siège épiscopal ; l’évêque tenait aux États le huitième rang pnnni les prélats du Languedoc, et le chapitre de la cathédrale avait clé sécularisé par le pape Clément X ( 1670). La population de cette petite ville ne dépasse guère 1,400 âmes ; toute son industrie consiste en quatre ou cinq fabriques de faïence commune. Laurac n’est actuellement qu’un pauvre village et a tout au plus 600 habitants.
Castelnaudary peut citer avec orgueil les noms de quelques-uns de ses enfants. Il nous sufliru de mentionner ici Arnaud Vidal, l’un des sept poètes qui formèrent à Toulouse le collège du Gai-Savoir, origine de l'académie des Jeux floraux ; le savant annaliste Germain de La l'aille; les lieutenants généraux Dejean et tn dréosstj; et le poète Alexandre Soumet, dont le buste a été inauguré , le 20 du mois de mai 1845, dans une des salles de la maison commune. Pierre de Castelnau, légat du paix", assassiné, en 1208, sur les bords du Rhéne, près de Sainltlilles, par un gentilhomme de la cour de Raymond VI , et le célèbre prédicateur Antoine Tolosani, abbé de Saint-Antoine de Vienne, naquirent aussi dans celte ville. 1
1. Thrésor des chartes. — L'Art de vérifier les dates. — Histoire générale de Languedoc.— Pierre de Vaux-Cornay. — Guillaume de Puylaurens. — L'Anonyme Languedocien. — JVotitia Galliarum. — Jodoci Sinceri Itinerarium Galliae. — Antiquités de Iïuchesm*. — Dictionnaires de Lamartinière , d'Expüly cl de Hesselu. — Piganiol — Le Moniteur Universel. — Annuaires de l'Aude. ,