Elles étaient fort exploitées du temps de Strahon
MENDE
dan A Jacques, roi d’Aragon. Ses successeurs n’en revendiquèrent pas moins le droit de propriété sur ces domaines. Les rois de France, leurs suzerains, réclamèrent aussi de leur côté; il en résulta un inextricable conflit qui tourna au préjudice de la maison d'Aragon. Le successeur de Peyre, Étienne de lirioude, reprend l’exercice des anciens droits des évôques de Mende (122G) ; il fait respecter son autorité par tout le pays; il s’établit le juge des seigneurs aussi bien que du peuple; ChAteauneuf de Itandon appartenait à un baron qui rendait son autorité dure et pesante à ses vassaux : ce fut un prétexte dont ne manqua pas de s'emparer l'ambitieux évêque de Mende; il déclara la guerre ou seigneur de Handon ; il lui prit en peu de temps une vingtaine de châteaux ; il les lit raser. Mais sous son successeur, Odilon de Mercœur, le baron de ChAteauneuf prit sa revanche. Il força l'évêque à se retrancher dans Mende (1270); il assiégea même cette ville, et il en fut repoussé. Odilon de Mercœur vendit alors à Louis IX les droits de son évêché sur tout le Gévaudan. Cependant sous le régne de Philippele-Bel, Guillaume, évêque de Mende, fit avec ce prince une convention d'après laquelle lui et ses successeurs, recouvrant leur ancienne puissance, purent se qualifier à l’avenir comtes de Gevuudan (1300).
Ces droits, tantôt vendus, tantôt repris, cédés à plusieurs, puis revendiqués violemment, introduisaient des germes de discorde sans cesse renaissants parmi les rois et les seigneurs. L'année 1317 nous fait assister A un nouveau conflit entre le roi de France et l'évêque comte de Gévaudan. L'un et l’autre prétendaient A la juridiction presque exclusive du diocèse. Après plus de trente années de contestations, voici ce qu'on arrête ; L’évêque partage la juridiction avec les officiers du prince , dans tous ses domaines en Gévaudan , et réciproquement le roi jouit du même privilège dans la possession de l'évêque ; l'un et l'autre lèvent les mêmes impositions; la justice est rendue une fois tous les ans, au nom du roi et de l'évêque, tantôt A Mende, tantôt A Marvejols; l'évêque de Mende a le droit de faire la guerre dans tout le Gévaudan , de battre monnaie , de conserver son titre de comte, etc.
Dans le siècle suivant, le pouvoir municipal de la ville devient également l'objet des concessions royales. Mende n'avait pris part à aucun des troubles qui agitèrent le royaume A cette époque. Four récompenser scs consuls et ses habitants, Louis XI leur permit, en 1170, d'ajouter aux armes dont il les avait gratifiés une I. couronnée de deux fleurs de lis au chef de l'Écu. Le roi alla même plus loin. « Informé, dit-il, que le duc de Bourbonnois le vouloit et le désiroit, •• il nomma, en 1474, Jean Petit, évêque de Mende, son lieutenant général en Languedoc. La capitale du Gévaudan fut une des villes sur lesquelles les guerres de religion déchaînèrent toutes leurs fureurs. I.’un des successeurs de Jean Petit ne put défendre cette ville contre les reformés des Cévennes. la- baron d'Alais , A leur tête, assiège Mende eu 1562, et force l’évêque A capituler. Mais n’y ayant laissé qu'une très faible garnison , la ville tomba peu après au pouvoir de l’armée catholique, qui y laissa beaucoup de troupes; si bien que les Protestants, quoique encouragés par la prise d’une place forte des environs, le chdteau de Chanac, n'osèrent pas cependant assiéger Mende de nouveau. La tranquillité qui succéda à ces premières agitations religieuses ne fut pas de longue durée. Vers la fin du
LANGUEDOC
xvi* siècle, une autre cause de trouble vint jeter la désolation dans tout le Gévaudan. Depuis le milieu du siècle précédent , de misérables et audacieux paysans ravageaient la province ; ils trouvèrent enfin dans Mathieu-le-Merle un chef digne de leur bravoure, llomme simple, mais habile. Mathieu sut se créer une sorte de suzeraineté, et l'on ne voit pas en vérité de quel droit les seigneurs du temps, tous revêtos d'une autorité dont la légitimité était contestable, auraient trouvé mauvais qu'un aventurier demandé! comme eux & la force une élévation que la naissance, cet autre hasard, ne lui avait point donnée. Mathieu-le-Merle s'avisa de vouloir prendre Mende. Un jour de l’année 1579, il s'approcha sans bruit de la ville, et il attendit que la nuit pilt couvrir de ses voiles l’exécution de son projet. C’était la nuit de Noël. Habitants et soldats étaient à l'église. Les cloches retentissaient au loin dans la campagne et empêchaient qu'on n’entendlt ses troupes approcher. Il arrive ainsi sous les murs de Mende , et comme il avait eu soin d'y pratiquer des intelligences, les portes s'ouvrirent à son passage ; en un instant la ville fut pleine de ses soldats. Le gouverneur, surpris mais non découragé , essaie de se défendre. Il ne parvient qu'à vendre chèrement sa vie. Une partie de ses troupes, réfugiées dans la tour, fut forcée de se rendre; et un grand nombre de Catholiques scellèrent de leur sang ce facile triomphe. On saccagea les églises. La ville , on la pilla , on la brûla , on la rasa en grande partie.
Mathieu-le-Merle n'en fit pas moins de Mende le rentre de ses opérations dans le pays. Elle devint dès lors un foyer de brigandages. De là pariaient ces bandes farouches qui semaient partout la destruction et la mort. La noblesse du Gévaudan, réunie dans un même sentiment de crainte ou d'indignation, réso lut enfin d'attaquer le fléau de la contrée ; ils sommèrent Mathieu-le-Merle de rendre les clefs de la ville. Mais lui, plein de fierté et d'audace, répondit comme le Spartiate de l'antiquité : « Viens les prendre! » Il ajouta avec dédain que s’ils ne venaient pas, il irait les chercher. C’est ce qui arriva. Mathieu-le-Merle se précipite sur le château de Chanac et s'en empare (1580); puis il va par toute la contrée, bravant les chevaliers. Ceux-ci s'étaient renfermés dans une inaction aussi imprudente que peu honorable. Ils se décidèrent enfin, pour la seconde fois, à attaquer Mathieu-le-Merle, mais avec des armes déloyales, la ruse, la perfidie. Châtillon , feignant de ne pas partager la haine des- autres seigneurs, scs complices, fait proposer au possesseur de Mende une expédition en commun ; il lui demande des troupes ; Mathieu lui en envoie. Châtillon profite alors du peu de soldats qui sont dans la ville pour l'attaquer; il réussit à la prendre. A cette nouvelle, Mathieu-le-Merle court au plus pressé; il cherche à se créer un asile. Il se jette sur le ch&leau de Blois , s’en saisit ; il va ensuite sous les murs de Mende, et malgré les efforts des troupes de Châtillon, il ne tarde pas à s'en emparer de nouveau. Les habitants lui étaient devenus suspects; il les chassa en partie. Et s’il évacua la place dans la suite , ce ne fut que volontairement , en vertu d’un traité dont il dicta les conditions [ 1581 ). Mende rentra donc , vers la fin du xvi* siècle , sous la domination du parti catholique ; Joyeuse , en 1595 , y fit construire une citadelle. Mais les Protestants ayant repris la place, la citadelle fut rasée. Nous ne voyons point que cette ville, depuis qu'elle avait été démantelée, ait pris aucune part aux guerres civiles du Languedoc. Son nom ne figure point
MENDE
dans les dernières luttes des religionmiires contre le gouvernement de Louis XJU.
Les pères de la doctrine chrétienne avaient un collège à Mende, et plusieurs couvents de moines y subsistaient encore à l’époque de la Révolution. Nous citerons les Carmes, les Cordeliers et les L'rsulines. l.es habitants avaient pour toute industrie la confection des cadis et des serges. Possesseur d'un métier, chacun travaillait chez soi. Ces petites manufactures ne laissaient pas de produire pour une valeur de plus de deux millions; elles avaient pour tributaires la Suisse, l’Italie, Malte, l’Allemagne et même le Levant. A ces ressources se joignaient celles qu'on tire d'un pays, moitié stérile, moitié fertile, mais où les châtaigniers abondent. Aujourd'hui , les fruits de ces arbres forment encore la principale nourriture des habitants de la campagne. Mende, chef-lieu de la Lozère, ne compte pas plus de 5,822 habitants; l'arrondissement en a 15,410, et le département 140,347. Cette ville est petite et de forme triangulaire. Ses rues sont un peu. étouffées ; elle n'en possède pas moins quelques anciens monuments dignes d'ètre signalés. L'antique résidence de ses évéques subsiste toujours, mais détournée de sa destination. Sa cathédrale est belle. Ses clochers, qu’on aperçoit du dehors, s’élèvent gracieusement au milieu des montagnes et de la verdure qui les environnent. Les lieux d’alentour rappellent de touchants souvenirs , et quelquefois ils excitent la curiosité du voyageur. Ici, vous voyez les vestiges d'un cirque; là, un beau mausolée des premiers temps de l'Eglise. Et si vous gravissez la cime rapide et dépouillée de l’ancien lUimatentit Mon», du mont Mimât, vous retrouvez encore, dans le roc, à deux cents mètres au-dessus de la ville, l'ermitage qui perpétue dans ce pays la mémoire de saint Privât '.