MARVEJOLS
A peu de distance des Cévennes, dans un riche vallon que baigne, avant de se précipiter dans le Lot , la rivière de la Cnlagne, s’élève Marvejols , dont l'origine n’est jais très-ancienne. Petit village au commencement du xi" siècle, le plus antique monument que l’histoire nous en ail conservé, c'est une charte, en date de ÎOOO, par laquelle un seigneur dcGevaudan donne une partie de Marvejols à la fameuse abbaye de Saint-Victor de Marseille. Les rois d'Aragon en furent les
1. Grégoire de Tours, Histuria franeorum , elc — Bnttillel, Vie de saint Privai. — Gallia rhrintiana. — Chronique de Régi non. — Cidon , Martyrologe. — Dora de Vie el dom Vaisselle, Histoire générale de luinguedoc. — Archives de Saint- Victor de Marseille. — Calel , Mémoires pour l'histoire de Languedoc. — Archives de 1‘évéclié de Mende. — M irléno. Thésaurus anerdolorum. — Histoire ginérule du gr. off. — Chubrou , Histoire manuscrite des vicomtes de Polignne. — Baluze, manuscrit u" 3*ï6; manuscrits de Coarlin (n« 765), de Rricnne ( î 18 ), de Cliauvelin ( 199 — Trésor des chartes du roi. — Caseneuvc , Chartes du Langurdoc. — Thuan. —
Gâche, Mémoires manuscrits. — Piganiol de Li Force, Nouvelle description de ta Franct, I \ I.
LANGUEDOC
suzerains. L’un d'eux, en 1258, fit don au roi de France Louis IX d'un territoire assez étendu dans la province de Languedoc , territoire dans lequel Marvcjols se trouvait compris. Les habitants de cette ville , dont l'importance augmentait de jour en jour, se montrèrent, depuis lors, entièrement dévoués à la cause de la monarchie ; et les successeurs de Louis IX leur tirent plusieurs fois (‘prouver les effets d'une gratitude méritée. Durant les guerres civiles qui éclatèrent au commencement du xv" siècle , Marvcjols eut beaucoup à souffrir. Dès que la paix fut rétablie, Charles VII s'empressa de la dédommager en y instituant une monnaie royale (1443). Cette faveur ajouta singulièrement à son importance. On comptait déjà plus de deux mille feux dans la ville. Elle partageait avec Mende la juridiction de l'évêché de Gévaudan. Elle était plus peuplée, plus riche, mieux bâtie même que cette dernière ville. Sa situation agréable offrait, en outre, plus d'avantages pour le commerce. Elle était telle, en un mot, que Louis XI, en 1483, crut faire un très-beau présent à Louis de Joyeuse, en lui donnant Marvejols quand ce seigneur épousa Jeanne de Bourbon.
Les guerres de religion trouvèrent Marvejols toute prête à y prendre une part active. Les habitants se déclarèrent en faveur des huguenots, et fournirent la plus grande partie des troupes à l'aide desquelles le baron d'Alais s'empara, en 1562, du chltteau de Quesac. L'amiral de Joyeuse en garda bonne mémoire. En 1586, au lieu de marcher sur Devra , château situé entre son année et Marvejols, il va droit à cette ville. Les habitants, pris au dépourvu, n’avaient pour les défendre qu’une très-faible garnison, à la tête de laquelle, il est vrai, était le vaillant la Roche. Il fit de grands efforts pour repousser les assiégeants; il opéra des sorties vigoureuses ; mais l'ennemi, le serrant de près, l'obligea bientôt à rester dans la ville. Pendant ce temps, deux mille hommes de troupes nouvelles venaient grossir l'armée de Joyeuse , qui feignit alors de diriger toutes ses forces du côté de la Canourgue. Les assiégés s'empressèrent de porter tous leurs efforts sur ce point. Joyeuse ne perdit pas de temps. Il lit vivement attaquer la ville par un autre côté. A cette nouvelle, le trouble se répand dans la place; la garnison accourt en désordre. Mais les assiégeants avaient déjà pratiqué une large brèche. Force fut donc à la Roche de demander à capituler. Joyeuse lui imposa de sortir de la ville accompagné de ses troupes. Les soldats purent garder leur épée, les officiers toutes leurs armes. Joyeuse lit entrevoir aux habitants l'espoir du pardon; mais il exigea qu'ils se rendissent à discrétion. L'armée victorieuse entre alors dans la ville, sous le commandement de Saint-Vidal, homme de sang et de carnage. Aussitôt le massacre commence. Une grande partie des habitants est passée au 01 de l'épée ; on pille les maisons, on brûle les remparts; on met ensuite le feu à ces ruines, et pour qu’il ne restât rien de Marvcjols, on pousse la fureur jusqu’à détruire ses fondements. Il paraît que ces violences convertirent ce qui restait d'habitants. Ils demandèrent à être baptisés catholiques, à condition qu'on leur permettrait de relever leurs foyers. Le roi leur accorda cette grâce 11586) ; et dans la suite, lorsque Henri IV fut monté sur le trône, se souvenant des maux soufferts pour sa cause par les habitants de Marvejols, il se montra plus bienveillant encore envers eux. Il permit que les murailles de la malheureuse cité fussent reconstruites ; il l’exempta de tous les deniers extraordi-