ALTKIRCH. — BELFORT
FBREETTE — TBiNN.
Il ne nous reste plus qu'à retracer l'histoire des villes du Sundgaw. Aucune d'elles n’est antérieure au xn« siècle, et elles ont toutes dépendu , pendant une période plus ou moins longue, du comté de Ferrette. Ce comté, dont les seigneurs comptaient parmi les plus puissants feudataircs de l'Alsace , parait avoir été une portion du territoire de l'ancien royaume de Bourgogne, démembrée, soit à l'époque de la réunion de ce royaume à l'empire germanique, soit plutôt pour former la dot d'une héritière de la famille royale. On attribue à Frédéric, le plus ancien comte de Ferrette dont l'existence soit certaine (1125), la fondation du château de ce nom. Il en est fait mention, pour la première fois, dans un titre de 1144, et l’on voit encore des ruines du vieux manoir [Phirrele , Fierritum , en allemand Pfirt), origine de la ville actuelle.
C'est aussi par un château , bâti à la même époque et où les comtes de Ferrette ont fait souvent leur résidence, qu'a commencé la ville d'Altkirch. Petite, mais plus considérable cependant que la précédente, elle fut construite, dans les premières années du xni' siècle, sous Frédéric II, et on lui donna le nom qu’elle porte encore, parce qu'il existait sur son territoire une église dont la fondation se perdait dans la nuit des temps. Ce fut près d'Altkirch que ce même Frédéric lit prisonnier l'évêque de Bâle, avec lequel il était en négociation pour des affaires d'intérêt. Le comte , frappé aussitôt des foudres de l’Église, fut obligé de se soumettre à la réparation de Yharnttcar, c’est-à-dire qu'à la porte de la ville il se chargea les épaules d'une selle, et , accompagné de tous les siens, chargés de même, se rendit devant le portail de l’église, où il pria; puis, se relevant avec sa suite, il alla chercher l’évêque et se prosterna trois fois à ses pieds pour lui demander pardon. Ce n'est pas tout : il dut encore faire d’immenses concessions au prélat, et contraindre son propre fils, Louis, à les approuver. Mais celui-ci s’étant révolté, jeta son père dans un cachot et l’étrangla. On le surnomma Criminel, le Furieux. Sous fl rie, son frère, l’évêque de Bâle acheta la suzeraineté de Ferrette huit cent cinquante marcs d'argent, et la laissa en fief au comte pour lui et ses hoirs.
Le château d'Engelbourg, ou deThann, faisait alors partie du comté de Ferrette, et la ville de Tliann existait déjà. Nous raconterons , sur la foi d’une ancienne chronique, la fondation de l’église, berceau de la ville de Thann. Saint Thibaut, évêque d'Engubine, en Ombrie, étant mort sans pouvoir « payer un fidèle serviteur, lui recommanda de prendre, après sa mort, l'anneau d’or qu’il portait au doigt. Le serviteur obéit, et grand fut son étonnement, lorsqu'il vit le doigt suivre l'anneau. C'était visiblement un don de Dieu. Aussi le pieux légataire ayant enfermé sa relique dans la pomme de son bâton , s'empressa-t-il de prendre le chemin de sa patrie. Il arriva en vue du château d'Engelbourg , dont les en-
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virons étaient alors couverts d'épaisses forêts de sapins. C'était au mois de juin (1161) : le soleil était brûlant; le voyageur, épuisé de fatigue, appuya son précieux bâton contre un arbre, s'assit et s'endormit. O prodige ! quand il veut continuer sa route , le bâton ne se laisse point enlever , tous les efforts du serviteur sont inutiles, ainsi que tous ceux des habitants du voisinage qu’il appelle â son aide. Mais , en même temps , la volonté du ciel s'est manifestée : du haut de son château le comte de Ferrette a vu trois flammes s’élancer de la cime du sapin auquel s’est attaché le bâton mystérieux ; il accourt avec toute sa suite. On s'agenouille , on prie , et dés lors il n’y a plus d’obstacle : la relique apparaît à tous les yeux. On s’empressa de conduira le pèlerin à Engclhourg, et on construisit une chapelle, en l’honneur de Saint-Thiébaut, sur le lieu même où, avait été opéré le miracle. » Autour de cette chapelle se forma bientôt la petite ville de Thann, que ses seigneurs firent fortifier dans les premières années du siècle suivant.
Belfort appartenait à la famille de Montbéliard, dès l'époque où l'évêque de Bâle acheta la suxeraineté de Ferrette ; ce n’est qu'au commencement du xiv* siècle qu’il fut réuni à ce comté , comme dot de Jeanne , femme du dernier comte l’Iric II. Il n’y avait pas longtemps que la ville avait pris naissance, au pied d’une tour qui est encore debout et que l'on croit avoir été construite au xr siècle ; sa population était assez considérable, et René de Bourgogne, comte de Montbéliard, avait accordé aux habitants, en 1307, l'affranchissement de la servitude et le droit d'élire un magistrat. La comtesse Jeanne y fonda un hôpital et une collégiale que l'on croit être l'église Saint-Christophe , appelée vulgairement La Brasse et située dans le faubourg près du cimetière.
Ulric U mourut, en 1321, laissant pour unique héritière de ses vastes domaines, sa fille Jeanne, qui les transmit à In maison d’Autriche, par son mariage avec le duc Albert, fils de l’empereur Albert I"; et , comme les archiducs étaient déjà en possession du Landgraviat , le comté fit ainsi partie de l'Alsace. Plusieurs fois , depuis cette réunion, les seigneuries de Ferrette, d’Altkirch, de Thann et de Belfort , furent engagées à des seigneurs du voisinage : aux Rechenberg, aux Ramstein, aux d'Andlau, aux Fugger, aux Morimont, etc. ; mais les villes restèrent toujours organisées comme sous leurs anciens maîtres, avec des magistrats élus. Ferrette seul perdit de son importance, et on n’y frappa plus monnaie. Le château de Belfort fut, d'abord, gardé par les paysans des environs ; puis la régence d’Ensisheim y établit une garnisou permanente. Altkirrh , qui était déjà le siège de l'official de l’évêque de Bâle , chargé des affaires ecclésiastiques du Sundgaw, devint la résidence des archiducs, lorsqu'ils visitaient la contrée. Thann s'agrandit : de 1387 à 162k, on y battit des monnaies dont le coin représentait un sapin et sur lesquelles on voyait, au revers, les armes de la maison d'Autriche. La ville eut, par une faveur toute spéciale, le privilège d'asile et fut, [vendant quelque temps, le siège de la chambre des comptes, ce qui lui fit donner le nom de IjegtstaU.
Dans le xiv' siècle, les Anglais dévastèrent le Sundgaw : la plupart des maisons religieuses furent ruinées, et, en 1 442, on transféra à Thann le chapitre collégial de Saint-Amarin. Belfort venait d'être presque entièrement détruit par un incendie. Vers la même époque :' 1 445) , les Bâlois brûlèrent Ferrette, parce que le seigneur
AI.SACE.
de Morimont, cngagiste de la plupart des domaines autrichiens dans le Sundgaw, avait fait des invasions sur leur territoire. Bientôt après , l'archiduc ayant engagé toute la haute Alsace à Charles-le-Téméraire , la tyrannie du gouverneur Hagcnbach se fit surtout sentir dans les villes du sud de la province. On raconte que quatre bourgeois de Thaun , députés auprès de lui pour se plaindre d'un impôt arbitraire , furent mis à mort par son ordre. C'est dans la ville de Thann qu’Hagenbach célébra ses noces avec la comtesse de Thengen : la solennité dura huit jours, et le despote força tous les habitants à lui faire individuellement des présents. Après le supplice d'Hagenbach ( 1V7V) , Étienne , son frère, se jeta sur le Sundgaw et y brûla une trentaine de villages.
tes annales du x>T siècle ne nous offrent rien de remarquable, si ce n’est la condamnation d’un grand nombre de sorciers. Mais pendant la guerre de trente . ans, toutes les horreurs de l’invasion s’appesantirent sur le pays. En 1632, les villes de Ferrette , de Thann et de Belfort furent prises par les Suédois. Thann ne tarda point à leur échapper; et l’année suivante, le dur de Feria reprit Belfort. Ils furent chassés ensuite de Ferrette par les paysans catholiques révoltés , qui les traitèrent avec la dernière rigueur; mais ces bandes indisciplinées ne purent conserver leur conquête , et les Suédois, après être rentrés dans la ville , emmenèrent neuf cents prisonniers au Landser. Deux fois aussi ils se rendirent maîtres d’Altkirch. En 1631, ils reprirent Thann et Belfort. La misère était si grande dans le Sundgaw, que les propriétés territoriales n'avaient plus aucune valeur : on donnait un champ pour un morceau de pain , et, si l’on doit en croire les chroniques locales, les populations affamées déterraient les morts. En 1636, la Suie vint prendre possession du château de Belfort, au nom du roi de France, et, en 1639 , Bernard de Weimar entra dans Thann. Mais après le traité de Westphalie, et pendant la minorité de Louis XIV, les gouverneurs de ces deux places ayant trahi la France, le maréchal de La Ferté marcha contre eux, pour les faire rentrer dans le devoir (165V). Louis XIV, en 1659, donna au cardinal Mazarin les seigneuries de Ferrette, d'Altkirch, de Thann et de Belfort. Pendant la guerre de 167V, les Impériaux s'emparèrent de Thann , mais Turenne les rejeta bientôt au delà du Rhin. C’est alors que les Français firent sauter le château d’Engelbourg : la tour principale tomba sans se briser, et aujourd'hui encore elle apparaît , sur la cime de la montagne , comme une énorme roue qui menace d’écraser dans sa chute les habitants de la vallée.
Les Valentinois, héritiers des Mazarin, possédèrent les quatre grandes seigneuries du Sundgaw jusqu'à la révolution de 1789. Belfort, considérée comme place de guerre, occupe, depuis 1686, un rang considérable parmi les cités du royaume ; à cette époque , Vauban la fortifia sur un nouveau plan , et tout en conservant le vieux château , il l’entoura d’un pentagone irrégulier flanqué de tours casematées. Les troupes alliées bloquèrent Belfort, en 181V et en 1815; c’est sous ses murs que le général Lecourbe effectua sa belle retraite. Le nom de cette v ille a eu un triste retentissement pendant la période la plus critique de la Restauration. Les carbonari y avaient porté le siège d’une de leurs ventes, et dès la fin de 1821 tout s’y trouvait préparé pour un soulèvement, ainsi qu’à Neufbrisach, Colmar, La Rochelle, Poitiers, Niort, Nantes, Bordeaux et Toulouse. C’est de Belfort même