‹ Histoire des villes de FranceChapitre 96 sur 137 · AI. B Y · texte numérisé non relu

AI. B Y

raient se rendre maîtres à la pointe de l’épée. L'abbé de Cl (eaux offrit successivement les quatre vicomtés des Trencavels au duc de Bourgogne, au comte de Nevcrs et au comte de Saint-Paul ; n'ayant pu les décider à se rendre complices d'une odieuse spoliation , il se tourna vers le comte de Leicester : Simon de Montfort accepta sans scrupule, et, pour intéresser l'Église à ses futures usurpations, il ordonna qu’un cens de trois deniers, par feu ou par maison, serait levé au bénéfice de la cour de Borne, et s'engagea, en outre, à lui payer une somme considérable à titre de redevance annuelle (1209) 11 envahit ensuite les terres

de Kaymond-Hoger, comte de Foh. Ce seigneur, fort hostile au clergé , dont il pillait les églises, et grand protecteur des hérétiques, avait recueilli à sa cour son pupille, Raymond-Trencavel II : il disait publiquement « qu'il croirait rendre un grand service à Dieu s'il pouvait tuer tous les croisés de sa main ». Montfort lui enleva Pamiers et le château de Saverdun. Puis revenant sur l'Albigeois, dans lequel il occupait déjà la ville de Castres, il se fit livrer le château de Lombers. l.a découv erte d'un complot formé par cinquante chevaliers de ce bourg, pour s’emparer de su personne , en précipita la reddition. L’évéquc d’Alby s’empressa de recevoir le comte Simon dans sa ville épiscopale, et tout le pays, sauf quelques châteaux , lui fut soumis dés la première année de la croisade. I.e mécontentement était pourtant au fond des cœurs. Une révolte fit presque aussitôt perdre à Montfort, Castres, Lombers et tout l’Albigeois, moins Alby- et le château d'Ambinlct (120!)). Le roi d'Aragon , Pierre 11 , qui le premier avait pris la croix contre les hérétiques, n'était pas étranger à ces mouvements : il travaillait en secret à susciter des ennemis au comte Simon, qu’il regardait comme un voisin dangereux, et dont il avait longtemps hésité à accepter l'hommage pour le comté de Carcassonne. Le pape Innocent III vint en aide à son lieutenant général, en lui confirmant, par une bulle du 28 juin 1210, la possession d'Alhy. Montfort comptait plus sur son épée que sur l'intervention de l'Église pour réduire la révolte. Avant la fin de l'année, il réparait à Castres, qui lui jure de nouveau fidélité, reprend Lombers abandonné par ses habitants, et dont le château renfermait des approvisionnements considérables, y met une garnison, et se rend au château d’Ambialet , où il devait avoir une conférence avec Raymond Vf.

Le comte de Toulouse ne pouvait plus se dissimuler (pie le saint-siège , d'accord avec Simon de Montfort, avait juré sa ruine. Les légats lui avaient suscité toutes sortes de difficultés au sujet du reproche d: hérésie, de l'accomplissement de ses engagements envers la cour de Rome , et de sa participation présumée au meurtre de Pierre de Castelnau. Sa capitale', la ville de Toulouse, avait été frappée d'interdit. Condamné par le concile de Saint-Gilles et excommunié peu de temps après, contre toute justice et sans avoir été écouté, il ne put amener ses ennemis à des sentiments plus favorables dans la conférence de Narbonne; celle du château d’Ambialet, à laquelle les légats n'assistèrent point, et où il n'eut A débattre ses intérêts que contre Simon de Montfort , eut encore une issue plus malheu-

I. Le pape Innocent MI se réserva lui-même la propriété du conilé de Melgucil, qu’il avait -confisqué sur le comte de Toulouse , et le donna en fief aux évêques de Maguelonne. Les chefs spirituels de la croisade ne s’oublièrent pas non plus: le légat Arnaud devint archevêque et duc de Narbonne, et Guy, abbé de VauvSernay, évêque de Carcassonne.

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reuse. L’auteur de la guerre d'Aibigeois aflimie que Raymond VI s'était fait accompagner à Ambialet par quelques-uns des ennemis capitaux du chef des croisés; il voulait lui tendre une embûche et peut-être même attenter à sa vie, dangers auxquels celui-ci échappa, non sans avoir acquis la preuve de la trahison du comte de Toulouse et s'en être expliqué avec lui en termes fort vifs. De part et d'autre on se sépara profondément irrité et dans les dispositions les plus hostiles. Mais ce fait, basé entièrement sur le témoignage de Pierre de Vaux-Sernay, nous parait au moins suspect. Quoi qu'il en soit, le concile d'Arles excommunia Raymond VI, pour avoir refusé de se plier aux nouvelles exigences des légats, et livra ses domaines au premier occupant (1211). C'était là surtout qu'on en voulait venir. Simon de Montfort fut, comme on le pense bien, le premier occupant , l'instrument préféré des rigueurs de l'Église ; pendant six années , il 01 la guerre au comte de Toulouse et à son Gis , le jeune Raymond ; il ajouta à ses nombreuses conquêtes, tous les pays dont le concile de Montpellier, par une confiscation anticipée , l’avait déclaré prince et monarque (1215). Toulouse passa par les horreurs de deux sièges. Les ravages de la guerre s'étendirent dans le Toulousain, l’Albigeois, le Lauraguais, le Commingcs, leCarcasscz, l’Agenais , le Rouergue, le Qucrcy et le Périgord; enfin, deux années après la bataille de Castelnaudary, fut livrée celle de Muret, dans laquelle périt Pierre II, roi d’Aragon , tardif allié des deux Raymond de Toulouse (1211-1218).

L’Albigeois fut une des provinces qui souffrirent le plus de ce nouveau débordement de calamités : on s'en disputa les villes et les châteaux avec un tel acharnement , que plusieurs changèrent jusqu'à quatre fois de maitre dans une année. L’évêque d'Alby, Guillaume-Pierre, y conduisit, en personne, l'avantgarde des croisés. Simon de Montfort, assisté des évêques de Lisieux et de Baycux , de Pierre de Courlenay , comte d'Auxerre, et de plusieurs autres seigneurs, y avait, dès le mois d’avril de l'année 121J , entrepris le siège de Lavaur; cette ville s’était longtemps défendue avec l'enthousiasme de la foi, et, emportée d'assaut , en avait été cruellement punie par les assiégeants. Le comte Simon , après sa rupture avec Raymond VI, prit les châteaux de Gaillac, de Montaigu, de Cahusac , de la Garde , de Puicelsi et de la Guepic , tous situés aussi dans l'Albigeois, et soumis immédiatement à l’autorité du comte de Toulouse. Raymond VI , en une campagne , reprit la plupart de ces petites places, et réduisit, en outre, Rahastens et la Grave; mais son frère, le traître Beaudoin, allié du chef des croisés , ressaisit ce dernier château au moyen d’une surprise. Simon de Montfort, aidé de son frère Gui, s'empara lui-même des châteaux de Tudclle et de Gahusac, et força celui de Gaillac à se rendre par capitulation, en présence de l'armée des comtes de Toulouse, de Foix et de Commingcs (1211). Quoique vigoureusement secondé par Beaudoin , il fut moins heureux dans l'attaque de Saint-Marcel , château peu éloigné d'Alby , et dans lequel le comte de Foix s'était jeté : les manœuvres do comte de Toulouse ayant mis la disette parmi les assiégeants, ils décampèrent au bout d'un mois de siège (24 mars 1212). De Saint-Marcel, Simon se rendit à Alby, où il avait eu antérieurement une conférence avec Arnaud , abbé de Cltaux , et où il célébra la fête de Pâques. Cette même année, revenant dans l'Albigeois avec un renfort considérable de croisés

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