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on le frappe, on l'entraîne de rue en rue, au milieu d'un tumulte effroyable. Que ce traître sorte de la ville.’ qu'il meure! Il n’est pas permis de le laisser vivre! Les coups, les cris n'y font rien : il arrive au cimetière, en maître. Satisfait d'avoir dominé ce peuple par sa résolution fanatique , l'inquisiteur retourne dans la cathédrale, et devant l'évêque, le clergé, et les assistants, il excommunie toute la ville. Tant de fermeté intimide les plus résolus, qui demandent grdee à frère Arnaud Catalan, et en obtiennent un pardon général. Aucun obstacle ne s'oppose donc plus à ce que les ossements de la pauvre femme et ceux des autres morts soient flétris et brûlés dans les carrefours d'Alby.
Les poursuites se multiplièrent surtout d'une manière effrayante à Toulouse et à Carcassonne, où siégeaient les deux principales commissions des inquisiteurs de la foi. On y tenait en réserve les condamnés pour le fait d'hérésie, de judaïsme, de sortilège, de magie et de maléfice, alin de les produire, de temps à autre, devant la foule, comine un spectacle de terreur, dans ces tristes cérémonies auxquelles on donnait alors le nom de sermons publics , et qui , plus tard , furent appelées, en Espagne, actes de foi {autos da fé). De ces deux centres, les inquisiteurs se portaient de tous eûtes avec leur justice ambulante, leur ténébreuse procédure, leurs sanglantes proscriptions; et partout ils soulevaient contre eux une haine et une horreur aussi profonde et aussi implacable que leur fanatisme'. Les habitants de tout une ville, celle de Castclnaudary, instruits de la prochaine arrivée du tribunal, se donnèrent le mot pour garder le silence devantses juges, qui, faute de délateurs, ne purent cette fois trouver des victimes; mais les inquisiteurs, se tenant pour avertis, fondirent, dès lors, à fimprovistc, comme des oiseaux de proie, sur les autres localités de la province. Pendant une de leurs tournées, ils liront brûler à Moissac, en Quercy, plus de deux cents hérétiques. L’exaspération des populations allant toujours croissant : Toulouse , Carcassonne et Narbonne, expulsèrent les inquisiteurs de leurs murs; la plupart des autres villes du Languedoc chassèrent aussi ces religieux : on se porta à de plus grandes extrémités envers eux, à Cordes, en Albigeois, où trois frères prêcheurs furent massacrés (1233-1235). I)u reste, dans ces luttes incessantes l’avantage demeurait toujours à l'inquisition, dont le flot ne se retirait, devant la tourmente populaire, que pour revenir plus furieux. Quoique des évêques, des ecclésiastiques et des frères mineurs aient été associés aux religieux jacobins pour la recherche de l’hérésie, presque tous les inquisiteurs sortirent de l’ordre de Saint- Dominique : les plus célèbres furent : Pierre Cellani, Guillaume Arnaud, Élienne de Saint-Tiberi , Nicholas d'Abbeville, Ganfrid de Albusiis, Guillaume de Morières, Foulques de Saint-Georges, Jeun de Beaunc, et Bernard Guidonis (1233- 1319).
De nouveaux supplices marquèrent, h Alhy, le passage des inquisiteurs Guillaume Arnaud et Jean de Nettoya, provincial des frères mineurs en Provence ( 1237). Sept années après , la tournée d'une autre commission , envoyée de Carcassonne dans le diocèse, y raviva encore la persécution. On voit, parles actes
I. L'indignation était grande aussi contre les délateurs. Les vengeances particulières en tirent périr un si grand nombre qu’on fui obligé de prendre des mesures pour la protection de leurs personnes.
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do cotte dernière commission, qu’on distinguait alors soigneusement Y hérésie , ou le manichéisme, de la vaudoisie , et que celle-ci comptait un plus grand nombre d'adeptes que celle-là parmi les populations de la province (121V). A la lin du xiil' siècle, les poursuites redevinrent très-fréquentes à Alby, sous l’épiscopat de Bernard de Castanet. Ce prélat s'intitulait, dans son diocèse : I ’icegérant de l' Inquisiteur du royaume de France, qui n’était autre qu’un religieux jacobin résidant à Carcassonne. Bernard de Castanet se faisait assister comme inquisiteur tantôt par son supérieur, tantôt par un confrère de Toulouse et quelquefois par ces deux religieux. I.e tribunal d’Alby se composait, en outre, du prieur et du lecteur du couvent des Dominicains de cette ville et de quelques ecclésiastiques du diocèse, parmi lesquels on désignait un greffier. Le zèle outré du prélat et île ses assesseurs indisposa profondément les esprits ; on lui reprochait de supposer des hérétiques dans un pays où il n’y en avait pbis.pt d’avoir condamné comme telles des personnes connues pour leur attachement à l’église romaine. Vers le même temps, les nombreux attentats de l'inquisition contre la société civile, dans tout le Languedoc, soulevaient contre elle une réprobation presque aussi générale que celle dont cette institution avait été frappée à son origine. Les prélats, les ecclésiastiques , les comtes , les barons et les notables du Toulousain se concertèrent pour exposer leurs griefs à Philippe-le-Bel ; de leur côté , les villes d’Alby et de Carcassonne portèrent leurs plaintes devant le roi de France ( 1301 ). Un moine franciscain , frère Bernard Délicieux , qui avait embrassé les doctrines des spirituels de son ordre , et qui cherchait à susciter partout des ennemis à l’Inquisition, contribua à exalter ce sentiment universel de résistance. Un prétend même qu’il exhorta les habitants de Carcassonne, d’Alby et de Cordes, à se donner au prince Ferdinand , infant de Majorque , dont le gouvernement , disait-il , saurait mieux les protéger contre les entreprises de l'Inquisition que celui de Philippele-Bel. Quoi qu’il en soit, les plaintes des habitants d’Alby et de Carcassonne avaient produit une grande sensation à la cour de France. Le roi envoya deux commissaires, Jean de Pecquigny, vidante d'Amiens, et Richard Neveu, archidiacre de Lisieux , dans la sénéchaussée de Toulouse , avec plein pouvoir de réformer tous les abus. Les commissaires tirent , tout d’abord , relâcher quelquesuns des prisonniers de l’Inquisition et arrêter plusieurs de scs ministres. Les languedociens, ne se sentant plus de joie, poursuivaient les inquisiteurs des cris : aux traîtres! Le temporel de l’évêque Bernard de Castanet fut saisi ; et lorsque ce prélat revint de Toulouse , où il était allé demander justice aux commissaires du roi , les habitants d’Alby se portèrent tumultueusement à sa rencontre pour lui faire mille outrages (février 1302). Grande était la consternation au couvent des frères prêcheurs de la ville : insultés jusque chez eux, ils n’osaient plus affronter dans les rues le mépris populaire; leur église restait déserte, comme si elle eût été interdite, et ils se voyaient menacés dans leur vie même par l'absence absolue des uumônes ; enfin , les prédicateurs de leur ordre, qui s’étaient présentés pour prêcher, au commencement de l’Avent, avaient été ignominieusement chassés de tous les lieux saints.
■L’affaire des troubles du Languedoc n’en resta pas là. Philippe-le-Bel vint à Toulouse, et y publia un édit , le 13 janvier de l’année 1301 ; il y exposait briève-
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ment les inotifsdeson voyage : o Étant informé par les habitants «le Carcassonne et d'Alby et de quelques autres villes, y déclarait-il, du scandale qui était arrivé à l'occasion des procès intentés par les inquisiteurs, il avait jugé à propos de se rendre en personne dans ce pays, pour y rétablir la paix. » L'édit contenait, du reste, quelques règlement fort sages. Les commissaires du roi, y lisait-on, visiteront avec les inquisiteurs les prisonniers renfermés dans les prisons de l'Inquisition ; ils veilleront à ce que ces lieux puissent servir pour ta garde et non pour la peiue des prisonniers ; et quant aux accusés sur le sort desquels il n'aurait pas été statué, les évéques diocésains ou leurs vicaires pourront en instruire le procès suivant la manière prescrite. » Pendant tout l'hiver le roi parcourut les provinces d'Albigeois , de Toulouse et d'Aquitaine. Nous ignorons s’il visita la ville d’Alby. Ce qu’il y a de certain, c'est qu'en ordonnant à ses commissaires royaux de s’immiscer dans la procédure de l’inquisition , qui jusqu'alors avait été impénétrable, Philippcde-Bc! prépara la ruine de cette institution. La bulle du pain* Benoit XI , et le décret du concile de Vienne, confirmé par le pape Clément V, hâtèrent encore ce résultat : il fut défendu aux inquisiteurs de la foi d'agir dorénavant contre les hérétiques «sans le concert des évêques diocésains» (1303-1312). Mais, en l'absence même de ces sages dispositions, le progrès des mœurs publiques, l'opposition éclairée. des États du Languedoc, les arrêts restrictifs du parlement de Toulouse et surtout la ruine de l’hérésie des Albigeois auraient infailliblement mis lin à l'existence de l’Inquisition.
La cour de Rome ne s’était point trompée, en se reposant sur les pouvoirs extraordinaires confiés à l’ordre des frères-prêcheurs pour la prompte répression de l'esprit de révolte religieuse dans le midi de la France. ^Inquisition fit plus que la croisade; elle n'attendit pas la manifestation de l'hérésie pour la combattre; elle alla la surprendre jusque dans le for intérieur de la conscience humaine. Nulle force ne pouvait lutter contre un tribunal qui pénétrait de vive force dans le secret de la pensée pour en étouffer plus sûrement la liberté. Des sectaires vaincus, les uns coururent au martyre, c'est-à-dire au suicide spirituel; d'autres abjurèrent leurs croyances religieuses ou feignirent d’y renoncer; un plus grand nombre enfin se réfugièrent dans des lieux inaccessibles ou au fond des vieilles forêts, si nombreuses encore et si inextricables au moyen ûge. Mais ils ne vécurent pus longtemps en paix dans ces retraites; cernés comme des bêtes fauves, ils en furent peu à peu débusqués par les limiers de l'Inquisition. Vers le milieu du xiu* siècle , il lie restait guère aux hérétiques albigeois qu'un seul asile dans le Languedoc ; c’était le château de Monlségur qui appartenait à Raymond de Pérèle et à Pierre Roger de Mirepoix , amis du dernier des Trencavcls. Simon de Moulfort s’en était emparé au début de la croisade, et l'avait donné en fief à Gui de Lévis , maréchal de l'armée de la foi, lequel n'avait pu empêcher ses anciens seigneurs d’y rentrer l'épée à la main. Bêti sur un rocher abruptement détaché de tout ce qui l'entourait et dont les abords étaient semés de précipices , le château de Monlségur s’élevait en nid d’aigle et avec la réputation de place imprenable, au-dessus du village qu’il domine encore aujourd'hui de ses ruines. Il était situé à l'extrémité du Toulousain , vers les limites du paysde Sault. Le vicomte d'Alby, Raymond Trencavel H, ce prince des proscrits , en avait fait sa principale place d'armes , et il en avait
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ouvert les portes toutes grandes h ceux que la fortune de la guerre ou les persécutions religieuses avaient jetés, comme lui, hors de la loi commune. Depuis l'établissement de l'Inquisition dans la province, des chevaliers de mérite et des personnes de distinction étaient venus, avec leurs familles, grossir cette société de bannis. Vers 1 229, Guillabert de Castres y avait ordonné, en présence de Raymond de Pérèle , un évéque et deux diacres pour les églises réformées de Toulouse et d'Agenais. C'est aussi du haut de ce pic que Pierre Roger de Mircpoix, l’autre seigneur de Montségur, était descendu avec une troupe de chevaliers et d'hommes dévoués, pour gagner nuitamment , à travers la forêt de Gaïac , la maison des Lépreux d'Avignonet, où il lit main basse sur onze inquisiteurs, au nombre desquels se trouvaient Guillaume-Arnaud et Étienne de Saint-Tiberi (28 mai I2V2).
Pierre Amélii, archevêque de Narbonne, et Durand , évêque d'Alby, se concertèrent, en 121Y, avec Hugues d'Arcis, sénéchal de Carcassonne, Raymond de Campendu , et quelques autres seigneurs de la province, pour réduire la dernière place forte des hérétiques albigeois. Ils s'assignèrent un rendez-vous, où rharun d'eux devait se présenter accompagné d'un corps de troupes levé à ses frais; tous s’y trouvèrent exactement , et de là se portèrent avec leurs forces réunies devant le château de Montségur. Aux attaques acharnées de l'aimée de la ligue catholique, les assiégés opposèrent une défense désespérée, les hommes se battant comme des lions, et les femmes affrontant héroïquement la mort à leurs cétés. Selon toutes les apparences, les prélats et les seigneurs coalisés auraient échoué, s’ils n'avaient pas imaginé de prendre à leur service des gens du pays, qui , à la faveur de la nuit , escaladèrent le rocher. Le gros des assiégeants suivirent ces guides à travers un dédale de voies périlleuses, et dont la vue leur eût donné le vertige si le jour avait éclairé leur marche; de cette manière, ils purent surprendre un poste avancé, en égorger les gardes, faciliter l'accès du pic au reste de l’armée, s’élever jusqu'au château et le serrer de plus près. Les assiégés reconnurent hientét que toute résistance était impossible, et demandèrent à se rendre. Ils curent la vie sauve, mais à la condition d’abandonner aux chefs de la ligue catholique environ deux cents hérétiques rerétus ou parfaits qui s'étaient réfugiés dans la forteresse. Il y avait autant de femmes que d’hommes parmi ces proscrits : tous, refusant d'abjurer, se précipitèrent dans un immense bûcher allumé au pied de la montagne ; leur évêque, Hertrand Martin , et Esclamonde, fille du seigneur de Montségur, Raymond de Perèle, donnèrent l’exemple au reste , en se précipitant des premiers dans cette fournaise ardente (mars 12Vt). On rendit le château à Gui, marérhal de Mirepoix, qui en tit hommage nu roi de France.
Dans tous les pays de l’Europe, les Bulgares, les Cathares ou les Pntnrins étaient proscrits comme leurs frères les Albigeois de France. Pierre II, roi d'Aragon, et l’empereur Othon IV, avaient publié des édits contre eux ; depuis le concile de l.érida, )' Inquisition régnait en delà, comme en deçà des Pyrénées (1237). Les sectaires du l^inguedoc , de quelque cûté qu’ils cherchassent un refuge , se trouvaient donc en face de nouveaux persécuteurs. Une multitude d'hérétiques albigeois franchirent pourtant les monts pyrénéens et tentèrent de s'établir en Espagne par la force des armes : ils y commirent de grands désordres , s'y rendirent maîtres de plusieurs villes, et y ordonnèrent des évêques; mais les peuples, me-
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nacés par ces étrangers, se liguèrent contre eux, les mirent en déroute dans une bataille rangée, reprirent leurs places de refuge et les tuèrent tous jusqu'au dernier (1231). Vivian, évêque des sectaires de Toulouse , se retira avec quelquesuns des siens dans 1a I’ouille ; ils ne purent s’y maintenir, le prince Muiufroi ayant reçu l'ordre, du roi d'Aragon et de l’Inquisition, de saisir ces hérétiques. Vivian rejoignit ses coreligionnaires en Lombardie, où ils avaient fondé l'église de France (1372). Il y avait alors de nombreuses colonies de réfugiés albigeois dans ce pays; les principales étaient celles de Plaisance, de Pavie, de Tortone, de Coni , d'Alexandrie, de Vérone , de Sermione , etc. Elles étaient placées sous la direction de trois chefs spirituels : Bernard Olibo , autre évêque des hérétiques de Toulouse; Guillaume Petit, de Vérone, évêque de ceux de France ; et Henri, évêque de ceux de Lombardie. Cette église , dernier appui des réformés, s’efforçait de soutenir l'hérésie expirante dans la mère-patrie. De temps à autre, deux parfaits ou ministres (un parfait ne pouvait pas marcher seul) entreprenaient le voyage de Languedoc. Vêtus de grosse bure, s'imposant une chasteté absolue, éprouvés par le jeûne, vivant d'aumônes, et les repoussant quand elles étaient trop abondantes , ils erraient au péril de leurs jours sur cette terre brûlante; tantôt dans les villes, tantôt dans les campagnes, ils exhortaient les croyants à ne point abandonner leur foi religieuse, travaillaient avec ardeur à faire de nouveaux prosélytes, et, pour échapper à la surveillance de l'Inquisition, ne tenaient leurs conventiculcs qu'aux heures de la nuit. Mais cette pieuse sollicitude et ce généreux dévouement ne purent prévenir l'extinction complète de la secte des réformés en France. Guillaume de Cohardon, sénéchal de Carcassonne, en dispersa les restes, en fondant une ville dans l'Albigeois, 8uprèsdu château de Lombers, a pour l'exaltation de la foi catholique, l’utilité du roi, et la destruction entière des repaires des hérétiques , de leurs fauteurs et des voleurs qui se tenaient cachés dans les forêts des environs » (mars 1272). Le sénéchal ordonna que la nouvelle ville, à laquelle il donna le nom de Realmout, serait régie par les coutumes de Carcassonne ; Kéalmont existe encore de notre temps , et c'est la seule œuvre durable dont la persécution religieuse ait doté la province. Telle fut la fin de celte fameuse hérésie albigeoise , qui avait imprimé une si forte secousse au inonde, et qui avait failli en changer entièrement la face; mais le principe de la réforme religieuse ne périt point avec les dernière des Albigeois, il se perpétua parmi les populations du Languedoc , de la France , des Flandres , de l’Allemagne et de l'Angleterre ; il lutta contre l'Inquisition avec une indomptable énergie, en Italie, à Rome même, en Espagne et en Portugal; et il survécut enfin à cet odieux tribunal , par la loi divine , qui veut qu'en ce monde le droit l'emporte toujours sur l'oppression '.
C'est moins un épisode de notre esquisse historique sur la ville d’Alby, qu'un chapitre de l'histoire de l'Europe , que nous venons d'écrire , en racontant la guerre des Albigeois. A partir de l'époque à laquelle nous sommes arrivés notre
1. A partir de 1330, les sermons publics, malgré le zèle des inquisiteurs de la foi, devinrent de plus en plus rares dans le Languedoc. 11 y eut pourtant encore trois actes de foi dans la seconde moitié du xtv* siècle; savoir : un à Toulouse en 137 i, et deux à Carcassonne, dont le premier en 1357 et le second en 1383.
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sujet, grandi outre mesure par les circonstances ■ reprend enfin des proportions ordinaires; c'est un fleuve, dont mille affluents avaient fait une mer sans bornes, et qui rentre dans sou lit pour n'en plus sortir. La réunion de l'Albigeois à la couronne de France avait placé sa capitale dans des conditions nouvelles de vassalité ; le comte de Toulouse et le vicomte d’Alby, qui jusqu'à présent s'étaient interposés entre elle et le roi, ajant disparu de la scène politique, elle se trouva en contact direct avec l'uuturilé souveraine. Il y eut à Alhy un viguier et un bailli royal, le premier relevant du sénéchal de Toulouse, le second du sénéchal de Carcassonne. Les officiers royaux ne vécurent pas longtemps en bonne harmonie avec l’évéque, Bernard de Combret; ils voulurent le dépouiller, au profit de Louis IX, héritier des vicomtes d'Alby, de sa juridiction temporelle sur la ville. Le vice-légat du saint-siège, Pierre deColmieu, ayant rendu, à ce sujet, une sentence arbitrale, ils refusèrent de s’y soumettre sous le prétexte que les intérêts de la couronne avaient été sacrifiés (1229). Dans le cours de cet interminable débat, les habitants d'Alby, qui doivent a leur qualité de vassaux de l'Église l'avantage d'être exemptés de la taille, prennent, un beau jour, fait et cause pour leur évêque, chassent le bailli, mettent des gardes aux portes de la ville, et s'opposent à la levée du péage du roi. I)e son côté, le prélat, ne gardant plus aucun ménagement, prétend que la seigneurie d'Alby lui appartient tout entière, sous le vasselage de l’archevêque de Bourges son métropolitain; il lève un cor|>s de troupes, et, aidé d'isarn et d'Amalric, vicomtes de Lautrec, il déclare la guerre à l'al>l>é de Gaillac et à ses alliés, Bertrand , aussi vicomte de Lautrec , et Bertrand , vicomte de Bruniqucl. Ce dernier est fait prisonnier avec plusieurs autres seigneurs il -259 a Ix sénéchal de Carcassonne, Pierre d'Auteuil, tout en se préparant à combattre la révolte avec les armes, cite à son tribunal l'évêque, les consuls, les habitants d'Alby et leurs soutiens; et comme ils ne comparaissent pas, il arrive, saisit le temporel du prélat, et condamne la ville à une amende considérable. Bernard de Combret se venge en renouvelant son hommage à l'archevêque de Bourges pour sa seigneurie d'Alby (1202). Enfin, de guerre lasse, on en vient à une transaction dans le mois de décembre de l'année 1264 : le roi cède à l’évêque la haute justice; dans la ville, mais il partage avec lui la moyenne, et se réserve la moitié des confiscations pour crime d'hérésie. Quant aux rapports de vassalité des deux églises , il n'en est point parlé. L'archevêque de Bourges n’en conserve pas moins scs prétentions sur la seigneurie de son suffragant; et les habitants d'Alby, dans les circonstances difficiles, continuent, comme par le passé, de recourir à sa protection.
Ce ne furent pas , comme on le pense bien , les derniers démêlés de l'évêque et du peuple d’Alby avec l'autorité royale : les guerres de la croisade avaient développé dans tous les esprits un besoin elfréné d'indépendance. En 125b , les habitants d'Alby refusèrent de mettre leur milice sur pied, comme ils en avaient été requis par le sénéchal de Carcassonne, pour la guerre de Louis IX contre les infants d'Aragon; ce refus leur valut l'infliction d'une amende de mille livres tournois, de la part du sénéchal, dont la sentence fut confirmée par le roi, en plein parlement, le jour de la Pentecôte de Vannée 1258. Avant la Gn de ce même siècle, Philippe-le-llardi, qui venait de réprimer la révolte du comte de Foix , Itoger-
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Bernard f TI, passa par l.ombcrs et Alby, fit un court séjour dans ces villes, et y signa quelques règlements sans importance (juin 1 272). Nous ne nous arrêterons pas au compromis des Albigeois avec les officiers du roi , au sujet du paiement d'un subside pour Toxpcdition de Flandres ( 12117 ), afin d’arriver plus vite à la petite guerre de l'évêque lîcraud contre Amhlard de l’oullan , seigneur de Puyzo* gon. Ce seigneur n'avait pu s’entendre avec le chef spirituel du diocèse relativement aux limites de leur juridiction respective : Géraud ordonna à son bailli d'aller investir le château de Puyzogon avec quatre mille fantassins et cinquante chevalets ( n octobre 13.12) ; ensuite, par représailles contre l'intervention du prévôt royal de Réalmont, en faveur d’Amblanl de Poullan, l'évêque slattaqua au roi lui-même. Ses troupes assiégèrent le Château-Vieux d'Alby , propriété de In couronne , et commirent quelques actes de brigandage dans les environs. I.a mort vint fort à propos soustraire le prélat au châtiment qu'il avait mérité, et son successeur, Béraud de Farges, obtint de Philippe-le-Bel des lettres de rémission (27 avril 1315) '. C’est ce même Béraud de Farges qui reçut du roi l'ordre de se trouver « en chevaux et en armes » à Arras, le 29 juillet 13)5, pour marcher contre les Flamands, sous la bannière de France. Quelques années après, les consuls d'Alby , sur l'invitation de Philippe-le-Long, envoyèrent un député aux États généraux de Bourges ; leur choix se porta sur Arnaud de Saint-Étienne, citoyen de la ville (1317). Les innombrables bandes de pastoureaux qui traversèrent l'Albigeois pendant l'été de l'année 1329, étaient à Alby le 25 juillet. Elles y. signalèrent leur passage par beaucoup de désordres et probablement s'y donnèrent l’horrible plaisir de chasser aux juifs ; la responsabilité des pillages et des meurtres revint aux habitants, qui payèrent une amende de mille livres tournois aux commissaires du roi Cliarlcs-le-Bel (1322).
L'invasion étrangère se rapprochait chaque jour des bords du Tarn. Dès l'année 1355, les pillards anglais du Qnercy poussaient leurs courses jusqu'à six lieue s d'Alby; et le comte d’Armagnac, lieutenant du roi en Languedoc, autorisait les habitants de cette ville à établir des droits d'entrée sur les marchandises et les denrées pour subvenir à la réparation de ses murailles ; mais presque aussitôt la permission était révoquée sur les réclamations faites par i'évêque d'Alby, qui, en vertu de sa juridiction temporelle sur la cité , avait seul le droit de la fortifier. Ce prélat confia le gouvernement de la place et des autres châteaux de ses domaines, au damoiseau Élie de Monts (1355). En 1357, le comte d'Armagnac réunit les États du Languedoc à Alby, pour y délibérer, sans doute , sur. la situation générale des affaires. Les bandes de routiers firent plus de mal â l'Albigeois que les Anglais : de 1391 à 1393, ces brigands s'y livrèrent à d'affreux ravages, et tinrent longtemps la ville d'Alby comme assiégée. Elle en souffrit si cruellement, que le maréchal d’Audeueham autorisa ses consuls à y imposer la défunte du vin à tous les marchands, pendant trois jours de la semaine et pour un temps déterminé ; celte prohibition réservait tons les bénéfices dn débit à la communauté, des mains si 1 .
I, Dons d’autres lettres de rémission accordées au cpuile de Gomminges et à ses complices par Philippe de Valois, en 1333, il est fait mention dos ronsul» de Château-Vieux auxquels «ledit comte et «es complices, lors de leur rébellion contre l’autorité royale , avaient défendu qu't U n’allanmt en l'ayâe royale rn la guerre de Gascogne » ( Dom Vaisselle, ». ÏV, Preuves , p. 180. )
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de laqucllr on devait s'approvisionner exclusivement (136V). L'évêque d’Albv, qui était neveu du pape Innocent VI, s'associa, à ce qu'il parait, avec les routiers, pour faire la guerre & quelques seigneurs du pays; mais il racheta cette faute par l'extermination, vers Asprières, de la troupe d'Adémar de Justel, composée de deux cents maîtres. En définitive, on éloigna les routiers à prix d'argent, et le prélat , dans cette circonstance, vint en aide aux consuls de la judicaturc d' Albigeois en leur prêtant trois mille florins d’or. Le maréchal d'Audeneham, nmené sur les rives du Tarn par les opérations de la guerre , passa douze jours à Alby, avec son armée, dans le mois de décembre 1263. Les Anglais avaient pris Gaillac et occupaient les chAteaux de Thurie, de Paulin, de Tersac et de Penne en Albigeois, lorsque, vers 128V, le comte d’Armagnac d'une part, et de l’autre, les habitants d’Alby, traitèrent avec Ces étrangers pour l'évacuation des places fortes du pays. On ne saurait croire dans quel déplorable état d’épuisement les courses des Anglais et des routiers avaient mis la pauvre ville ; l'avidité même du duc de Berry se crut obligée de garder des ménagements pour une si grande misère : Alby ne contribua aux subsides généraux de l'année 1388, qu'A raison de rent quarante feur , nombre auquel se trouvait alors réduite sa population presque éteinte. Disons en passant que le duc de Berry visita la capitale de l'Albigeois , le 5 mars de la même année. - -
A peine la ville d'Alby commençait-elle A se remettre de tant de maux , qu'elle se vit en butte, par un singulier concours de circonstances, à toutes les calamités de la guerre civile. L’évêché étant vacant depuis deux aimées, le chapitre se prévalut d'un récent décret du concile de BAIe , qui rétablissait les élections et supprimait les réserves, pour y élever Bernard de Casilhac, prévôt de la cathédrale, lequel, assure-t-on, acheta la renonciation d'un de ses concurrents les plus favorisés, moyennant quinze cents écus d'or (14311. Mais le nouvel évêque comptait sans le pape Eugène IV, qui précisément s'était réservé la nomination au siège d'Alby, et avait fait choix de Kobert Dauphin , issu de la maison des Dauphins d’Auvergne, et évêque de Chartres. Le pape annula l'élection de Bernard de Casilhac ; le concile de BAIe la maintint, et il fut sacré, sous le patronage des Pères, dans l'église des Cordeliers de cette ville (1435). Robert Dauphin, muni de ses bulles, et après avoir prêté le serment de.fidélité an roi, s’était présenté aux portes de sa cité épiscopale ; déjà Bertrand de Casilhac, frère de Bernard , l'occupait avec une nombreuse suite de gens d'amies ; les habitants cependant reçurent dans leurs murs Robert Dauphin , qui prit possession de l'évêché. Bientôt il crut pouvoir s’absenter pour faire un voyage en Auvergne, et il donna ainsi beau jeu à son rival , dont le frère , de concert avec le seigneur de la Coste , en Qucrcy, avait rassemblé un corps de troupes. I.es deux capitaines réduisent le château île Combefa , mettent la main sur les antres forteresses de 1# temporalité de l'évêché, s’emparent d’Alby, et s'y comportent comme en pays ennemi, la cathédrale est forcée, son trésor pillé; on se livre aux mêmes excès dans l'église de Kargues; l’oflicialilé, la trésorerie, et le petit hôtel de Robert Dauphin, sont brôlés; un des faubourgs de la ville s’effronde dons les flammes avec l'hôpital; enfin on rançonne les partisans de l'élu du pape et on détruit leurs maisons. Quand les pillards firent le compte de la journée, ils trouvèrent qu'ils avaient pris cinq mille écus d'or dans
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la cathédrale de Sainte-Cécile, et quinze cents dans l'église de Parques. I.a capitulation du Château-Neuf d'Alby, dont ils avaient pressé le siège avec det canon/ , boiiilmrbes et arOufètci, acheva de leur livrer la ville , où Bernard de Casilhac vint tréner à son tour en évêque (1436). Toutefois, Hubert Dauphin, qui en avait appelé au roi Charles VII , et s'était associé le fameux chef de routiers Hodrigues de Villandradc , ne désespérait point de sa fortune épiscopale, le capitaine, accompagné de son beau-frère, le bâtard de Bourbon, entra dans lu province avec une armée d'environ sept mille hommes ; Il se campa devant Alby, et de cette ville envoya des détachements dans tous les pays d'alentour. Scs courses incommodèrent tellement les peuples, que les Étals du Languedoc consentirent à payer sa retraite, la somme de sept cents. écus d'or, dont cinq cents pour lui et deux pour son beau-frère. De chef de routiers écarté , restaient les troupes du roi de France, qui, sous les ordres des trois sénéchaux de Toulouse, de Carcassonne et de Itouerguc, firent irruption dans l'Albigeois. Les officiers de Charles Vfl prirent Cordes et Montirat , achetèrent la reddition de Combefa , avec l'or de Robert Dauphin , et citèrent Bernard de Casilhac devant le conseil du roi (1537). Celui-ci n'eut garde de comparaître, muis il prit pour juge le parlement, qui, en 1454 et 1460 , rendit deux arrêts eu sa faveur : la mort de Robert Dauphin, auquel son concurrent survécut à peiue une année, mit fin à leur débat (1401).
(Ju’était devenue la vicomté de Laulrec , c'est-à-dire la partie méridionale de l’Albigeois, depuis le partage de ce pays entre les enfants de Bernard, à la fin du ix* siècle? Il est difficile do- répondre à cette question, la vie politique s'étant retirée de bonne heure du midi de la province , pour se concentrer au nord , dans la vicomté d'Alby. On a, d’ailleurs, très-peu de renseignements sur les seigneurs de lAutruc, qui, propriétaires de la vicomté par indivis, s'en étaient toujours ri S; rvé indistinctement le titre tout en partageunl les terres, en autant de portions différentes qu’il y avait d’héritiers mâles de leur race : ainsi , par exemple , on compta aux États de Carcassonne, en 1275, quatre vicomtes de Lautrec, dont un pour la moitié, et trois pour un sixième; ce furent ces derniers, |sarn, Bertrand et Almaric, tous trois frères, qui accordèrent divers privilèges aux habitants de la ville de Lautrec (.1273). Vers la fin du xir siècle , la vicomté passa dans les mains de Beaudoin , frère de Raymond VI , par son mariage avec Alix , héritière de la première branche des vicomtes de Lautrec , et ce seigneur la transmit en partie à ses descendants, bit 1306, le roi Philippc-lc-llcl acquit de l'un d’eux, Bertrand III, la moitié de lu vicomté, en échange de la baronnie du Caraman ; et cette moitié, donnée, plus tard, par Philippe de Valois a Gaston 11, comte de Poix, constitua l'apanage de la branche illustre des seigneurs de Béarn, qui prit le nom de Lautrec et donna à la France plusieurs capitaines fameux dans les guerres du moyen âge. L'Albigeois, politiquement morcelé en tant de grands fiefs, avait, du reste , perdu aussi son unité épiscopale. Le pape Jean XXII , ayant érigé en évêché l'abbaye de Saint-Vincent et de Suint-Benoit de Castres , au préjudice du siège épiscopal d'Alby, on avait détaché cent quatorze paroisses ou succursales de l’ancien diocèse pour constituer le nouveau (1317). Mais, bien que ce démembrement eut fait perdre cinq mille livres de rente à l'évêché d'Alby, il lui res-
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tait encore d'immenses revenus. Ses évêques vivaient avec une magnificence princièrc dans le Château-Neuf, auquel on avait donné le nom de la Uerbié, changé depuis en celui de la Verbie. La superbe cathédrale de Sainte-Cécile s'achevait lentement, comme tout ce qui est grand, et on s’y disposait A y recevoir les reliques de saint Amaranthe et de saint Eugène, que l'évêque, Louis d'Amboise, fit transporter de Viouvdàns l’église métropolitaine d’Alby (1494). Pendant le moyen âge, deux nouveaux couvents, celui des Dominicains (1272), et celui des Carmes '1311) , avaient été fondés dans Ja ville; par la suite, des religieux de l’Observance, des Cordeliers (1484-1486) , des sœurs de Saintc-Colotte, et des religieuses de l’Annonciade, vinrent aussi s'établir à Alby ( 1432-1306).
Rien de plus décousu que l'histoire de la cité épiscopale, depuis les troubles occasionés par les deux concurrents à l'évêché , jusqu'aux guerres de religion. Le Dauphin Louis, qui devait porter si rudement la couronne de France, séjourna longtemps dans l'Albigeois, en 1439; instruit des projets de l'Anglais . Hottington , sur le Languedoc , il ordonna au sénéchal de Toulouse de réunir A' Alby les milices de la province; il s'arrêta dans cette ville, et visita Lautrec; Castres et Cordes, d’où il passa dans le Rouergue. Le parlement , forcé par la peste de s'éloigner de Toulouse, se retira A Alby en 1472. Ce fléau s’y étant ' anssi déclaré, il se transporta A Réalmont, où il reprit ses travaux. Les mêmes circonstances h: ramenèrent AGaillac, deux années après (1474). Louis d’Amboise, lieutenant du gouverneur de Languedoc , sous le règne de Louis XI , et un des plus illustres évêques d'Alby, consacra la cathédrale de Sainte-Cécile, le 13 avril 1480 : il y ajouta le chœur, l'enrichit de dons magnifiques, et insti— * tua les pauvres ses héritiers. Il avait failli être arrêté dans sa ville épiscopale , en 1486, par ordre de Charles VIII , à cause de ses relations avec le duc d’Orléans, dent il était le principal conseiller, et il ne s'était soustrait aux gens du roi qu’en se réfugiant A Avignon. Les États de Languedoc se réunirent trois fois A Alby, probablement dans le réfectoire des Jacobins, de 1499 A 1538. On vit le cardinal Antoine Duprat et deux princes de la maison de Lorraine, Jean' et Louis > monter successivement sur le trône épiscopal de l'Albigeois, dans la première moitié du xvi* siècle ; car les plus grands personnages dé la cour se disputaient cet évêché, qui leur donnait la jouissance d'une fortune de prince. Le roi de Navarre, Henri d'Albret, et sa femme, Marguerite de Valois, sœur de François I", firent une entrée solennelle A Alby, le 10 juillet 1535. Le chapelain de Marguerite de Valois prêcha devant elle dans cette même cathédrale où saint Bernard avait combattu l'hérésie des henricieus : les consuls, sur l’invitation de la reine, mandèrent toutes les femmes (Testai de la ville pour assister A ce sermon. Sous le règne de Charles IX , un siège présidial de la sénéchaussée de Carcassonne fut établi A Alby (1555-1569); mais les États de Languedoc, qui s'étaient toujours opposés A la création de ce siège, en obtinrent la suppression de LouisXIII.
Le chapelain de la reine de Navarre, pendant le court séjour de cette princesse • A Alby, y avait ravivé dans 'quelques esprits la tradition presque éteinte de la réforme religieuse. Les nouvelles doctrines trouvèrent les autres villes de l’Albigeois encore mieux disposées A les accueillir. En 1561, les protestants sont déjà assez nombreux A Castres pour prétendre à l’honneur de représenter, avec
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ceux de Mme», tou» leurs autres coreligionnaires du Languedoc ; ils demandent» de concert, d'abord à la cour et ensuite aux États, que des temples leur soient accordés dans la province. Quand, l'année suivante, les premiers coups d'arquebuse sont tirés, les calvinistes de l’Albigeois envoient des secours à ceux de Toulouse : bientôt Castres, Lavaur et Habastens se déclarent pour le prince de Condé. Ces villes ne peuvent toutefois prévenir la ruine des protestants de (iaillac, qui expient cruellement les succès de leurs coreligionnaires. Le cardinal Laurent Strozzi , cousin de Catherine de Médicis , lieutenant du roi et commandant en Albigeois, était alors évêque d'Alby! U envoie une compagnie d'Italiens qu'il avait pris à son service , aux gens du faubourg de l'Orme , vignerons pour la plupart et catholiques des plus zélés : tous se portent vers Gaillac , y soulèvent la population fidèle et se réunissent à elle pour faire inain-basse sur 1rs hérétiques au moment où ils sont au prêche. Beaucoup sont massacrés , mais on en réserve de soixante à quatre-vingts pour les conduire, dit un auteur, « dans une galerie de l'abbaye de Saint- .Michel, située sur un rocher escarpé, au bas duquel coulait la rivière de Tarn ; » là, un certain Cabrol, laboureur, affublé de la robe et du bonnet du lieutenant du juge d’Albigeois, sa victime , ét ayant l'avocat l’ousson pour assesseur, procède au jugement des prisonniers; au fur et à mesure qu'il les condamne, on les précipite du haut de la galerie dans la rivière, en assaisonnant chaque exécution d'atroces plaisanteries. Des mariniers vont avec leurs batelels achever, à coups de rames, ceux des protestants qui savent assez nager pour se soutenir sur l'eau. D'autres horreurs marquèrent cette journée , dans laquelle le ministre Gardés péril avec presque tous les siens, et dont la responsabilité pesa surtout sur l'évêque d'Alby. Tous les historiens s'accordent à dire qu'il complota l'expédition de Gaillac , et quelques-uns ajoutent même qu’il la dirigea eu personne.
Le cardinal Strozii , grâce à un stratagème bien digne d'un Italien, n’avait rien à craindre pour le repos de sa ville épiscopale. Les protestants d'Alby s'étant enhardis au point de lui demander un local qui ptlt leur servir de temple, il feignit d'être disposé à les traiter favorablement : tout ce qu’il demandait, c'était de savoir les noms et le nombre des réclamants , afin de s'assurer s'il devait avoir égard à leur requête. Les calvinistes ne lui curent pas plutôt donné cette satisfaction, qu'il les condamna à une forte amende et les chassa de la ville. Alby demeura donc aux catholiques, mais les calvinistes se dédommagèrent amplement dans le pays : sous l'épiscopat de Rodolphe, neveu de Strozzi , trente-huit villes, bourgg ou villages de l'Albigeois, entre autres Gaillac, Lombers et Kéalmout, tombèrent en leur pouvoir ; il» se rendirent maîtres, en outre, des faubourgs d'Alby , les mirent à sac et y tuèrent un grand nombre de catlioliqucs (septembre 1568décembre 1569). L'excessive intempérie des saisons ne permit point aux peuples de jouir de la poix de 1570 : il en résulta une disette, une épidémie et des Sèvres pestilentielles qui sévirent surtout dans les villes de Toulouse, d'Alby et de Castres, et dans les pays dont elles étaient les chefs-lieux. Sept années s'écoulèrent sans modifier d’une manière bien sensible la situation des partis ; en 1577 , lulien de Médicis , qui avait succédé à Rodolphe , évaluait encore à trente-quatre le nombre des places de l’Albigeois occupées par les protestants; il s’en plaignait
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dans une lettre adressée au due d'Anjou et le priait de lui envoyer des secours.
Toulouse entraîna Alby, Lavaur et Uaillac dans lo parti de la Ligue (1589). Quoique l'abbé Delbène , homme remarquable à plus d’un titre et bon catholique, occupât alors le siège épiscopal de l'Albigeois, on eu confisqua les revenus au profit de la sainte Union; ou n’était pas content de Delbène, et il refusait d’ailleurs de prêter le serment de fidélité au duc de Mayenne. I.es États sanctionnèrent celte spoliation pour laquelle la province fut condamnée, par la suite, à payer au prélat une indemnité de cent douze mille écus, qu'il voulut bien réduire à vingt-six mille. Eu 1592 , Antoine-Scipkm de Joyeuse, créé- maréchal de France par le duc de Mayenne, remporta un avantage signalé sur les royalistes, devant le château de la Cour, près de Mon tels , en Albigeois; il prit et rasa ensuite le château et la ville de la Guépie ; mais le gouverneur d'Auvergne, Messillar de Knstignar, et plusieurs autres capitaines dn parti du roi, prirent leur revanche à Villeinur, où ils enlevèrent à la pointe de l’épée le camp de Joyeuse, qui , en voulant se sauver, se noya dans le Tarn. Vers le milieu de l’automne de l’année 1593, Henri de Joyeuse, que les ligueurs avaient tiré du couvent des Capucins de Toulouse, pour succéder è son frère Scipion dans le commandement des troupes catholiques de la province, convoqua les États de son obéissance à Alby ; il en fit lui-méme l’ouverture, le 21 octobre, dans le réfectoire des Cordeliers, et leur demanda de nouveaux subsides et de nouveaux serments. Il eut beau faire : tout allait lui échappera la fois, comme il en témoigna bientôt la crainte lui-méme, en saisissant , pour garantir au moins ses intérêts personnels, les villes d’Alby et de Gaillac, où furent emprisonnés sur son ordre plusieurs habitants catholiques dévoués au roi. La paix de Folembray remit Alby et tout le diocèse sous l'autorité royale (1596). Les consuls de cette ville et ceux de Cordes et de llabastens assistèrent aux États ouverts à Pézenas, le 15 décembre 1597, par le due de Véntâdour. Cette assemblée, entre autres demandes adressées au roi , réclama la démolition de la citadelle' d'Alby.
Au commencement du xvir siècle, il y eut â Alby une nouvelle réunion des États de l-anguedoc (1602). En 1608, l'évéque Delbène mourut, laissant son siège épiscopal à son neveu. Alphonse Delbène, esprit remuant et dangereux, servit le roi tant qu'il n'eut pour enuemi dans la province que le prince de Rohan, chef du parti protestant : è l’occasion de la révolte de 162t , il équipa , dit-on, & ses frais un régiment de mille hommes de pied , qu’il joignit aux troupes du duc d'Angoulême, lieutenant du roi. Nous n'avons nullement l'intentioh de raconter les diverses alternatives de succès et de défaites des deux armées opposées , pendant cette nouvelle guerre civile : les marches et contre-marches occasionées par les sièges de Lombers, de Réalmont et de La Fauch, en Albigeois, aboutirent d'abord à la défaite des rrligionnaires; le duc d'Angoulême, accompagné de l’évéque d'Alby, leur tua, blessa ou prit sept cents hommes ( 1631 ). La ville de Réalmont, six ans après , quand Rohan appela encore les siens aux armes, fut des premières à embrasser son parti. C’était la plus forte place que les calvinistes eussent dans le pays ; le duc y mit un gouverneur, et y tint le colloque d' Albigeois (1627). Le prince de Üondé partit d’Alby pour assiéger Réalmont, où il entra par capitulation ( 1" mai 1628 ) , avantage qui fut compensé par
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la perte de Castres, dont la population protestante se révolta. Les autres événements de la guerre se passèrent en dehors de l'Albigeois : après la conclusion de la paix, signée à Alais le 27 juin 162!) , le cardinal de Kichelicu , affaibli par la maladie, se lit transportera Alby : il y était le. 1-2 août et y reçut la soumission des députés de Montauban , que lui amena le maréchal de Bassompierre.
L'évêque d'Alby, Alphonse Delbène, fut l'Ame de la fatale révolte du due. de Montmorency contre le roi : créature de Marie de Médicis , il avait auprès d'elle ses neveux et son frère, lin de ceux-ci vit secrètement le duc de Montmorency A Pézénas, de la part du dur. d'Orléans; levêque d’Alby s'était chargé- d'agir sur l’esprit de la duchesse, dont il Ot l'instrument de ses projets : elle décida son mari à recevoir Monsieur dans son gouvernement. l)ès lors tout est à la guerre dans le Languedoc. Aux États de Pézenas , le mauvais génie de la province pousse A la fois le duc et les députés à la rébellion ; l'archevêque de Narbonne, combattant ses intrigues, il le fait arrêter, et prend en son lieu et place la présidence de l'assemblée : sous sou influence-, elle vote les impôts et les gratifications ordinaires, c'est-à-dire les dépenses prochaines de la guerre civile ( 1632). Le parlement de Toulouse , instruit des menées secrètes de Delbène , fait saisir les reVe-, nos de son évêché Le prélat ne s'en nmd pas moins à Alby , qu'il jette , de gré ou de force, dans le parti de Monsienr. Il se porte à la rencontre du duc d'Orléans, et, à Lodève, « la première ville de ht province qui ouvrit ses portes au frère dû roi, » il lui présente des vers satiriques eonlre le cardinal de Richelieu. C’était une ivresse d'ambition et de méchanceté dont il ne fut tiré que par les sanglantes catastrophes de Castelnaudary et de Toulouse. La réaction ne se fit pas attendre A Alby, où Monsieur avait mis une garnison de cinq cents hommes: les Capucins et les Jésuites (nous n'avons pu encore noter l’établissement de ces derniers dans la ville ) ameutèrent le peuple ; on chassa l'évêque , on força les troupes à déguerpir, et les bons pères des ordres de saint François et de Jésus se partagent en vainqueurs la bibliothèque épiscopale. Louis XIII excepta Alphonse Delbène .ainsi que son frère , l’abbé Delbène , de l'amnistie accordée aux rebelles ; il fit déposer le premier, comme criminel de lèse-majesté, par une commission erelésiastique convoquée à Paris , en vertu d'un bref du pape Urbain VIII (19 juin 163V). Delbène, remplacé par Gaspard de Haillon, évêque d'Agen, se réfugia A Florence, fit sans succès quelques tentatives pour être réintégré dans son évêché, et mourut en 1651.
Gaspard de Haillon fut un des prélats les plus éminents du siège d'Alby. Imrsqu'en 1637 les Espagnols envahirent le Languedoc, il fit le dernier acte de serv ice militaire que les.évêqnes de cette ville aient rendu au roi de France , comme seigneurs féodaux , en conduisant cinquante gentilshommes, de ses amis , équipés pour la guerre, au quartier général de Béziers, où le duc d’Halwin , gouverneur de la province, avait convoqué les prélats, les barons et les consuls des villes environnantes. La fortune immense de Gaspard Je Haillon , accrue des revenus considérables de l’évêché, lui permit de tenir à Alby on grand état de maison. \a couvent actuel du Bon-Sauveur, hospice des aliénés et des sourds et muets, fut dans l'origine un pavillon charmant élevé par le prélat , au milieu d’un beau parc, et dont il laissa la jouissance A scs successeurs. En 1638 , il fonda, dans sa ville
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épiscopale, une communauté des Dames de la Visitation, où, plus tard , l'infortunée comtesse dlsembourg, né princesse de Hohenzolern , prononça ses vrmn. Six ans après la mort de Gaspard de Daillon , le riche temporel de ce siège épiscopal détermina Louis XIV à en demander l'érection en archevêché au pape Innocent XI (1676). I jc métropolitain de Bourges avait renoncé, l’année précé>denle, à sa suprématie spirituelle sur les six évêchés d'Alby, de Cahors, de Blindez, de Mende, de Castres et de Vabres, qui devinrent lessnftragants de la nouvelle métropole. Le premier archevêque d’Alby fut le dominicain Hyacinthe de Serroni , modèle de vertu, de dévouement et de charité. Parmi ses successeurs, nous nommerons Charles-Léopold de Choiseul, qui, plein des idées progressives de sa famille, ht une guerre impitoyable aux monuments du passé : grand abatteur des tours, des forteresses et des hautes murailles des villes, dontil changeait les fossés en promenades, il ne respecta ni le magnifique château de Combefa, ni la tour colossale du palais épiscopal d'Alby , construite en 1570 par l’évéque Rodolphe, ni l’antique chapelle et les vastes salles de cette magniilque résidence où l'évêque Delbène avait donné l'hospitalité au cardinal de Richelieu. Léopold de Choiseul eut pour successeur, en 1764 , le cardinal de Remis , qui prit pour coadjuteur l’archevêque de Damas, son propre neveu , et mourut à Rome, le 2 novembre 1794. la révolution ne fit, du reste, qu'un petit nombre de victimes dans l’ancien Albigeois, dont la capitale ne vit que rarement dresser l'échafaud sur sa place publique. Les passions politiques s’y réveillèrent pourtant à la chute de l’empire et s’y émurent profondément des dramatiques péripéties du procès intenté aux assassins du malheureux Fualdès devant la cour d'assises du Tarn.
L’Assemblée constituante réunit les deux diocèses de Castres et de Lavaur, pour en former un seul département, qui reçut le nom de la principale .rivière du pays ( 1790). Le chef-lieu du Tarn avait d’abord été placé à Castres, dont on supprima l'évêché; le Directoire, voulant punir cette ville de quelques mouvements séditieux que les élections y avaient fait éclater, transféra le chef-lieu à Alby, après le 18 fructidor; Bonaparte l’y maintint, lorsque, par la loi du 29 pluviése an vin, il substitua des préfectures aux chefs-lieux de départements; enfin, en 1802, lors du Concordat, le premier consul soumit tout le territoire de l’AIbi geois au diocèse de Montpellier. La Restauration releva le siège archiépiscopal d'Alby, et lui donna pour sufTragants les évêchés de Rliodcz, de Cahors, de Mende et de Perpignan. On évalue la population du département du Tarn è 351,795 habitants; l'arrondissement d'Alby eu compte, à lui seul, plus de 87,000, et le chef-lieu, dans lequel la révolution a confondu les deux communes indépendantes de Château-Vieux etdcChéteau-Neuf, près de 12,000. Itéalmont, Lombers et Ambialet, ont, le premier, 2,782 habitants, le second 1,745, et le troisième 3,141. Lautrec n’a pas moins de 3,600 âmes, et figure, ainsi que Itéalmont, parmi les chefs-lieux de canton du département du Tarn. Alby a donné naissance à Pierre Gilles, voyageur, géographe et helléniste; au célèbre mathématicien Rossignol; aux deux poêles Boyer et Leclerc, connus par les épigrammes de Boileau ; au savant magistrat Clari; à l’illustre navigateur l.apeyrousr , dont la statue a été récemment érigée sur une des places de la ville; au conventionnel Comptons; et aux généraux Dugna et tl'llaulpouU, morts glorieusement sur les champs de