CX)MPT0IR DE BÔNE
t L'Agent de ce Comptoir se rendra agréable au Caïd, ai\x Turcs et aux Habitants de la ville dont il étudiera les moaurs, les inclinations, et s'instruira à fond des usages établis sur la justice pour découvrir et empêcher les contraventions que la Compagnie essuyé dans les différents articles de son commerce exclusif ; il recourra au Bey de Constantine dans toute occasion, après avoir consulté et pris l'avis du Gouverneur de la Calle auquel il communiquera tout ce qui surviendra dans son Comptoir, en vue d'agir de concert pour le plus grand avantage de la Compagnie qui ordonne à son Agent de s^opposer non* seulement aux innovations dangereuses qui peuvent porter préjudice au commerce, mais de s'occuper de l'abolition des usages plus anciens dont l'introduction ne peut être attribuée qu'à l'incapacité ou à la faiblesse.
» L'Agent entretiendra le bon ordre et la subordination dans le Comptoir et veillera d ce qpe tous les Employés y remplissent exactement leurs obligations et qu'ils s'abstiennent, surtout, de fréquenter dans les maisons, en vue de prévenir les troubles et les avanies qui peuvent en résulter.
9 L Agent aura l'attention la plus exacte à procéder,
tous les mois, à une vérification de Caisse ob seront mid les dépôts dont lui ou le Caissier auront été char* gés, la Compagnie vonlarit qu'il eu soit tenu par la Chancellerie un Btat détaillé et circonstancié dans un registre qai prouve le temps, la qualité des dépôts et Tépoque où iis auront été confiés ou retirés. Ce soin, duquel on ne s*écartera jamais, obviera à des abus ou inconvénients éprouvés par la Compagnie qui défend de prêter aux Habitanis de fiône, autant pour ne pas perdre que pour ne pas ensuite s'endosser ceux qu'on voudrait obliger à payer.
L'Agent surveillera le Commis chargé des achats de cuirs et cire pour que les premiers ne soient pas achetés au dessus de (eur juste valeur et que la cire ne soit pas falsifiée ; et, comme il arrive souvent que sous différents prétextes, des Turcs demandent d'acheter de ta cire, TÀgent doit être attentif à n'en délivrer qu*à ceux qui se présenteront avec des Lettres du Dey ou des Officieris du Divan d'Alger.
» L'Agent se donnera tous les soins possibles en vue d'être instruit du véritable motif auquel on doit attribuer le manque de Traite, et lui-même s'efforcera de ramener cet article en tenant, conjointement avec le Caïd qui y a intérêt, toutes les demandes relatives à un objet de cette conséquence ; les laines seront pesées par l'Agent avec toute la justice possible pour encourager les vendeurs et les engager à retourner.
» De concert avec le Gouverneur de La Calle, l'Agent réclamera d'avance les deux chargements de blé accordés par YOéoman, sans négliger les moyens et profiter de toutes les circonstances pour se procurer Tacliat de plus dn denrées qu'il sera possible. Des récoltes abondantes, le défaut d'interlopes et bien d'autres circonstances pourront favoriser leur 2îèle et
le besoin où se trouve laCompagniô d'augmenter soa commerce.
s L'Agent tiendra un journal exact et fidèle de tout ce qui se passera dans son comptcfir et du commerce que les interlopes feront à Bône ; il en fera passer une copie par tous les bâtiments à la Compagnie et une autre au Gouverneur de La Calle, au moins une fois le mois, et comme la Compagnie a trouvé bon de réserver pour son compte toutes les parties du commerce particulier attribué autrefois à l'Agent, celuici, en agissant toujours comme seul appelé à ce commerce, veillera à son extension et à le faire fructifier autant qu'il dépendra de lui en ne vendant point à crédit et en demandât d'avance tous les articles qui pourront avoir du débit.
» Finalement la Compagnie de Bône, pour éviter les détails qui feront peu à peu la matière de ses lettres, de recommander à l'Agent d'user de soins économiques qui, écartant toute dépense superflue, annoncent une bonne administration: elle exige de plus que l'Agent présente ses opérations telles qu'elles sont, afin que la Compagnie et le Gouverneur de fa Calle, parfaitement instruits, soient à même de donner de» ordres utiles et analogues aux véritables circonstances.
Chancelier. ^ Inséjnœéions ordinaires en
Caissier. [ raison de leur spécialité
Garde magasin* ) ^^^ «^^^^« particularités,
m COMPTOIR DU ÇOLLO
» L'inobservance de légitimes usages, ayant toujours été la source des tracasseries et des graves préjudices que la Compagnie essuyé dans son Comptoir du Collo, l'Agent s'attachera à les étudier pour les bien
connaître et éviter toute innovalioa comme très préjudiciable aux intérêts de la Compagnie et à sa trau* quiliité. Il usera de douceur avec les Turcs de la garnison et des Coiiins, çans jamais se départir de la fer* meté et de la patience nécessaires dans les achats des cuirs dont il proportionnera le prix à la qualité, au poids et au plus ou moins qu'ils auront été mutilés.
» La connaissance de ce qui se pratique dans les achats de cuirs doit faire distinguer à TÂgent ceux de Kralcî d'avec ceux de Ba^ar, et les cuirs secs qui ne peuvent être achetés qu'après l'arrivée du bâtiment destiné à les charger.
» Les cuirs de Kralel sont payés six réaux j'un, at« tendu leur grosseur et bonne qualité ; l'Agent doit faire attention que chaque Chef de famille n*a le droit de produire qu'un seul cuir de Kraleï dans le courant de l'année ; quant aux cuirs de Bazar, TÂgent ne les payera, suivant l'usage, que 3 r. pourvu qu'ils soient apportés au Comptoir, frais et sans être mutilés, la Compagnie lui recommandant de veiller et de s'instruire de la quantité des bœufs que les habitants font tuer au Bazar, en vue de ne pas payer, au mémo prix, ceux que les Caballcs peuvent tuer à la montagne.
« Oblige, par lusage, d'acheter au Collo des cuirs de Mousse (moussem), qui signiûe fête ou solennité, au prix de 5 r., l'Agent sera attentif à s'informer du temps de ces fêtes, dont le nombre n'est pas au«dessus de six durant l'année, et n'admettra jamais que dans le cas de règle et d'usage, les cuirs de Kraleï et Bazar et de Mousse : parmi ces derniers, sont compris ceux des mariages et des circoncisions.
» La loi fondamentale du pays défendant l'achat des cuirs secs avant l'ouverture de la Traite et l'arrivée du bàtimept, l'Agent sera exact à la cuivre et h
De pas s'en écarter, sous quelqoe prétexte que ce puisse être ; il s'absUeudra de faire aucuns prêts aux CoUios, et ne leur ioomira jamais* de londs, en vue de leur donner le moyen d*acheter des cuîrs ou cire, à la montagne ou à Gigerl. Cette pratique, reconnue pernicieuse aux intérêts de la Compagnie, doit êlre abandonnée ainsi que l'usage des gratiûeations accordées à ceux qui apportent des parties de oire ou de cuirs, attendu que ces marchandises n'ayant point d'autre dél>ouclié que le Comptoir, toute gratification devient inutile et n'aura jamais le succès de priver Ie5 interlopes qui chargent à Stora de la cire qu'ils peuvent y acheter, ou qu'ils s'en chargent, à un prix tellement haut, lors même que la qualité en est altérée, qu'on accorderait des gratifications en pure perte pour les en priver.
» L'Agent du CoUo doit avoir un soin particulier, en actietant la cire, de découvrir les altérations dont elle est susceptible, par le mélange des matières qui, en augmentant le poids, rendent encore la qualité inférieure et le débit difQcile.
» L'Agent sera exact à tenir un journal de tout ce qui surviendra dans son Comptoir et en fera passer, par toute occasion, des copies à la Compagnie et au Gouverneur de La Calle auquel il s'adressera, dans tous les cas, soit pour recevoir des ordi*es, soit enfiu qu'il soit besoin de recourir aux Puissances pour le redressement des injustices dont il pourra se plaindre ; il sera chargé des écritures et d'envoyer tpus les mois à la Compagnie, à La Calle, un Etat bien dé^ taillé d'entrée et sortie des marchandises du Magasin et un des dépenses du commerce et de bouche ; il aura le dépôt de la Caisse et recevra conséquemment tous les fonds que la Compagnie fera passer an Co lo dont il tiendra un compte exact; mais, comme la bonne
règle exige que celui qui achète la marchandise ne là, paye pas, l'Agent laissera toujonrs entre les mains du Commis une certaine quantité de piastres qui seront employées tant â acquitter les cuirs et cires achetés Journellement, qu'aux dépenses de bouche et autres déterminées par f agent qui fournira, sur te Comnrià- Caissier, des billets numérotés qui seront enregistrés et sur lesquels sera détaillé le. prix des cuirs et de la cire. »
Commis-Caissier. [ ^'"'^t'j^'^ds. ^°'"' ^" *^"'**''
L'année suivante, c'est-à-dire le 14 mars 4768, M. de Saialeu, notre (Consul général k Tunis, signait avec Ali-Bey. au nom da Roi et pour le compte de la Compagnie royale d'Afrique de La Calle, un Traité qui assurait à cet Etablissement le droit exclusif de la Pêche du corail dans les eaux de Tunis, celles de Taharqve exceptées (1), pour un temps dont la durée était abandonnée à la convenance de la Compagnie. La redevance à payer annuellement à la Régence, pour prix de ce monopole, fut fixée â 4,500 piastres. Il était permis d'établir un Comptoir k Bizerte.
Peu fle temps après, une nouvelle rupture ayant éclaté entre la Régence et la France, la Compagnie fut troublée dans la libre et tranquille exploitation de sa Concession, et ce ne fut qu'en 1770 qu'elle fut remise en possession de ses droits que consacra l'article 2 du Traité conclu par l'Amiral comte de Brèves, le 13 septembre de cette même année, ainsi qu'une déclaration spéciale d'AH-Pacha par laquelle la Compagnie acquit de nou\'eaux avantages : « Lui permet-
(I) Ànnaiei ivmititnnei, — llovs MuttfDonf ifec intenUo* ce qui concerne Tfebarque. Nous rcTiendront, plut loin, sur celle queslioa relaliTe à U déUmilaUob de U fVonUère.
» tant d'exercer son privilège de Pêche du corail et B s'établir noD- seulement dans les villes ot mers du jt Royaume de Tunis, mais .dans toutes celles qui en » dépendent ou les lies qui les avoisinent. »
• Et pour mieux assurer à la susdite Compagnie la » paisible possession et entière jouissance des Fran- 9 chises et Concessions que le Bey de Tunis lui ac* » corde par cette convention, ce Prince la rend obli- » gatoire à ses héritiers et successeurs et s'engage et > les oblige, dans tous les cas de gène et d'opposition » directe ou indirecte à son exécution, de payer à la D dite Compagnie, avec les nouveaux dommages » qu'elle aurait à prétendre, ceux que l'interruption » de son nouveau privilège ioi causerait en eonformi- » té de comptes qu'elle serait autorisée & produi- » re (0-
Nos archives, d'Alger, nous apprennent qu'à cette même époque, la Compagnie obtint aussi de s'établir à rtle de la Galite, pour la sûreté de sa Pêche et de la Navigation de 8.*s bateaux de commerce (2).
Nous lisons ensuite, sur un feuillet du journal tenu à La Calle, à la date du 4 juillet 1772, que le Dey d'Alger, avisé que de nouvelles constructions ont été faites à cet Etablissement, a prescrit au Bey de Constantine de les faire examiner • En effet, le 6 juillet, le Caïd de Bône, suivi de l'Agha des Spahis et de celui de la Delra, de plusieurs Turcs et d'Ali Bey, le Cheikh de la Mazoule se rendent à La Calle. L'Agha de la Deïra ayant vu les travaux, prend la parole et dit ù ses compagnons : « 11 est juste que si la Ré- » gence veut les Cbrétlens à La Calle, il leur péril) .4nnc(ef tunitiênnet de Rousseao.
(i) Li petite tleile la 6iHie est à enrfren 35 tniHet au nord de Ttbar^M. t*eftt U UjalU dea Ar«b«t<
» mette d*avoir les logements doat ils ont besoin et » de remplacer ceux que la mer leur a enlevés. *
Ali Bey quitte ensuite La Calie pour aller avec tous ses cavaliers se mettre à la disposition du Rhallfa du Bey pour marcher contre la Nation des Chiebna, qui à refusé de payer ses impôts. En ce moment, du reste, tout le pays est en mouvement : les Oulad Arid et les Nehed, en guerre avec les Béni Mazen, coupent les routes et empêchent d'apporter des denrées à La Cal le.
Extrait dujournaî de La Calle, 6 août 1772 :
« NosAgents dn Comptoir du Cap Nègre ont été attaqués pendant la nuit à coups de fusil.
:> Le Caïd de la Behira se rendit ici hier matin, escorté de plusieurs soldats du Bey de Tunis et de tous les Nadis; le nombre de. ces hôtes était si considérable que je me serais trouvé embarrassé pour les tous satisfaire s*ils avaient couché ici. Après avoir eu un entretien avec le Caïd, que je connais depuis longues années, j'obtins qu'il repartirait après le dîner. Si AlKlalla qui devait le joindre ne paraissait pas. Heureusement, je unis tout avec lui, et, après avoir reçu la somme d'usage pour le Bey de Tunis, et la sienne, je crus qu'il était temps de le prier de favoriser le commerce de la Compagnie. Cet Arabe, aussi vieux qu'intéressé, me répondit : « 0 capitaine, il y a longtemps, qu'au lieu d'empêcher mes sujets d'apporter ici leurs denrées, je les excite à vous les venir vendre, sans pourtant qu'il m'en revienne on sol de profit ; la Compagnie était plus reconnaissante quand je la servais avec moins de zèle. » J'ai voulu nous justifier, à ce sujet, en le priant de vouloir bien me dire, tout naturellement, ce qui pourrait
lui faire plaisir, avec la certitude que la Compagnie tenait beaucoup à lui donner des preuves de sa reconnaissance. Ce Caïd a répondu qu'il ne désirait rien autre que de favoriser notre Commerce. Jaballa l'a enfin obligé d'articuler, et il s*est décidé, avec peine, de demander une belle paire de pistolets montés sur argent pour son fils et une pièce toile d'Holande pour lui, que je prie la Compagnie de m'envoyer, au plus tôt possible, poi]r entretenir la bonne volonté de ce Caïd, auquel j'ai fait plusieurs fols des présents de cette espèce.
» Si Âti el-Eleissasi était à peine hors la Place, qu'arrivait le Chek Abdalla qui venait Ty joindre. Il fut un intervalle où je craignis de voir retourner le CaTd de la Bebira ; mais, s'étant contenté d'entretenir durant demie heure Jaballa, ce Chek se rendit ensuite ici où, après nous être' réciproquement donné des marques de la plus sincère amitié, nous nous entre* Itmmes de notre Traite que ce Chek m'assura devoir être considérable, s'il ne survenait aucun irconvénient. Je voulais exiger de lui que nous enverrions chercher les Béni Mazen et les Nadis pour les mettre d'accord, mais son fils AU Bey ayant été joindre le Kalife avec la plupart des cavaliers et piétons de la Mazoule,ÂbdalIa m'assura que la tranquillité de son pays dépendant de son prompt retour chez lui, il ne pouvait se dispenser départir demain grand matin, n'étant pas même encore praticable de venir habiter Ragoabc où je l'avais prié de placer ses douai*s. Tous cés arrangements n'étant que diférés, il s'est borné d'écrire aux Béni Mazen auxquels il indique les chemins qu'ils doivent pratiquer en attendant de contribuer â leur sûreté par sa présence,
» Jamais Abdalla ne m'a paru plus content et porté de meilleure volonté pour ce que la Compagnie dési-
re. J'ai passé avec lui jusqu'à onze heures du soir. Il m'a prévenu, pour cette fois, qu'il ne me demanderait point d'argent, mais que quand il en faudrait pour se débarrasser d|i Calife il se flattait que je ne lui en refuserais pas, l'intérêt commun exigeant d'éloigner de cette contrée les hommes qui la tiennent en désordre. Entre hier et aujourd'hui, il a été acheté 471 mesures de blé,133 mesures orge et 3 mesures fèves.»
8 juillet ir72.
« Senoussi, fils aîné de Jabella, est venu ici ce matin pour mener avec lui tous les Eulmas qui se trouvent dans la Place ; ils sont partis tout de suite pour aller renfQrcer les troupes du Calîfe qui doivent attaquer deux Nations obstinées à ne pas payer les droits du Bey. Abdalla favorise singulièrement les Turcs, mais bien en vue de son avantage qui exige de s'en débarrasser le plus tôt possible. »
• Un courrier,d'Abdaila, arrivé la nuitdernière pour me demander 1^4 piastres dont ce Chek me marque avoir besoin pour débarrasser ces contrées du Calife »
ft Î9 novembre 17*2. — Le nouveau bey donne la préférence de la vente des grains aux Juifs et aux Mahonnais.
Le commerce est suspendu, depuis un mois, pour favoriser les juifs Bakri dit ben Zaout et Daninos. »
Il existe ici une lacune dans nosdocuments ; mais les annales Tunisiennes nous apprennent qu'en 178 J, le 21 juin, notre représentant, M. du Rocher, signait avec le Bey de Tunis un nouveau Traité qui donnait à à la Compagnie royale d'Afrique le privilège exclusif
de la Pêche du corail, dans les limites comprises depuis l'Ile de Tabarque \\is(jxi'k la frontière de Tripoli,
Ce Traité était renouvelé, en 1782, moyennant une redevance annuelle de 13,500 piastres, pour six années consécutives. Il le fut encore plus tard en 1790.
t Marseille, 7 mars 1783.
» La Cooûpagnie vient d'apprendre la mort du Chek Abdalla, allant à la Mecque. Le Bey de Constantine a mandé son fils, El-Bey (El-Bahy), qu'il avait déjà investi de la Chefferie en l'absence de son père.
» C'est, sans doute, pour le confirmer dans cette dignité. M. Ramel Ta fait accompagner par le Chancelier de la Place et il a écrit, en même temps, au Bey, pour lui représenter l'intérôt que la Compagnie a à la nomination d'El-Bey, fils du Chek, et qu'il s'engage à acquitter, envers la Compagnie, la dette de son père, qui s'élève à 40 mille piastres. »
a Bonne, le 18 août 1783.
» A M. Ferrier, Chancelier du' Consulat de France,
à Alger.
» Je vous félicite. Monsieur, du départ de devant Alger de L'Armée Espagnole (1). Nous n'avons été bien assurés, ici,ie leur arrivée devant votre ville que le 14 de ce mois, jour que Ton a annoncé leur départ par deux salves do canon des deux forts de cette ville. Vous voilà, grâces à Dieu, délivré des craintes où cette attaque a dû vous mettre. J'en fais également, ici, mon compliment à Mcfhsieur de Kercy, à qui je vous prie de présenter mes respects.
(1) Il s*agit ici de rattaqne d*Alger par TEscadrf Espagnole, coiiiiMndéo par Don Antonio Barcelo .
i Quoique vous fussiez proprement dans le danger, j*étaîs ici dans une plus grande crainte que vous, attendu que nous n'avons affaire, quant aux habitants, qu'à des gens ignorants, jaloux de notre commerce quoique réduits à rien. Pillards, qui n'auraient souhaité qu'un désordre pour tomber sur notre maison, nous enlever les fonds de notre caisse et nous massacrer en cas de résistance de notre part ; et même sans cela, du côté des Officiers, je craignais encore plus, attendu que le Caïd, Agy Assein, qui est également Mercanti, a tellement pris le dessus sur tous les autres, qu'il n'y a que sa volonté qui passe. Ce Caïd est guerrier, juge souverain et législateur, tellement que TAga du Divan, le Cadi et le Mufti, et Sidi Cheilch se sont interdits de leurs fonctions, craignant ses emportements et ses violences, et plus encore ses malices : je ne veux pas dire autrement. La quantité de fonds que nous aviofts en caisse me faisait tout craindre de la part de cet Officier, qui, en apparence, faisait valoir les ordres du Bey pour protéger notre maison. C'était cependant lui qui mettait l'épouvante dans la ville, en disant que les Espagnols étaient arrivés à Alger.
• Il détruisait ensuite cette nouvelle et maltraitait ceux qui s'en occupaient, faisant des avanies à tous propos et maltraitant tout le monde. Il a, surtout, tourné sa rage contre les Papas (Religieux) et les Gens de la justice, qu'il a bâtonnés et fait bâtonner ces . jours passés.
» Il vint un jour chez nous, ne sachant, sans doute, que faire* et y resta quatrç heures et demie, tellement, qu'il nous fit dîner à trois heures et demie, et cela pour me tenir des propos d'un enfant ou d'un imbé- j
cile. Il s'est toujours imaginé que je savais à quoi m'en tenir sur les entreprises des E^[>agnols, et tâchait
de me sonder pour tirer de moi ce que j*en avais appris. Cependant, la première nouvelle que nous avons eue de la part de la Compagnie, ce n'a été que par le Capitaine Etienne, arrivé hier, qu'elle m'apprend qu'il était décidé que les Espagnols allaient à Alger.
9 Ce Caïd, dans sa visite, ayant appris ma crainte dans le cas de troubles dans la ville , voulut me rassurer d'un côté, en me disant qu'il en faisait son affaire, qu'ainsi je n'eus rien à craindre de la part des Turcs et des Maures ; mais que si je craignais quelque chose de la part des Espagnols, je l'en avertisse, parce que alors, il enverrait chez nous les argents qu'il a du compte du Bey et les siens, que je ferais passer avec les nôtres à La Calie. A quoi je répondis qu'il ne convenait point d'attendre l'extrémité pour prendre cette précaution, attendu que Ton courait risque de ne pas y ôlre à temp^; que mon avis était d'écrire au Gouverneur de La Calle, de m'envoyer un moment plus tôt la frégate, afin d'y embarquer nos fonds, ceux en quantité que nous avons du Bey, ainsi que ceux qu'il voudrait me remettre. Le Cald s'étant opposé à cet avis, les choses en restèrent là.
9 Plusieurs jours après, M. Ramel, prévoyant qu'il ne pourrait m'expédier de quelque temps la frégate, pour nous porter nos besoins, jugea à propos de nous l'envoyer avec du bois et du vin. La frégate étant ici, voyant les continuelles vexations du Caïd, et que les enfants de trois à six ans demandaient à nos Messieurs qu'ils rencontraient dans leur promenade, de leur donner de l'argent, qu'autrement on le» tuerait à la première occasion, jugetnt que ces propos ne partaient pas de leur tête, mais bien de ce qu'ils entendaient dire à leurs père, mère et autres, j'envoyai notre Drogman chez le Caïd, pour lui dire que puisque la frégate se trouvait ici, et que je ne pourrais
l'avoif de longtemps, je pensais qu'il conviendrait d*en profiter, pour faire passer à La Galle les fonds de la Compagnie et du Bey, et que s'il voulait en profiter pour ceux qu'il avait ainsi que s'il me l'avait dit l'autre fois, il en était le maître. Cet Officier m'envoya dire qu'il n'y avait rien à craindre, qu'il avait donné des ordres à diverses Nations maures qui nous environnent, de se tenir prêles à se rendre à notre plaine auprès de la ville, à la première demande qu'il leur en ferait, qu'ainsi je n'eus rien à craindre. Pour n'avoir rien à me reprocher, en cas d'événement, je renvoyai notre Drogman chez le Caïd» pour lui dire que la précaution que je voulais prendre, n'ayant pas été approuvée par lui, je m'en déchargeais sur lui-même, en cas d'événement fâcheux ; que ce que j'en faisais, était pour le prévenir et me tranquilliser sur ce qui intéressait beaucoup la^ Compagnie et le Bey. Sur quoi il répliqua que je pouvais être en toute sûreté, laisser jour et nuit, les portes de notre maison entièrement ouvertes et me reposer entièrement sur lui.
a Je m'en tins à son dire et ne pensais plus à cette affaire, d'ailleurs la frégate était partie. Le lendemain matin, notre Drogman venant, à son ordinaire, chez nous, je lui vis un air courroucé, je- lui en demandai la raison, et me dit : « Ne voulez-vous pas que je S'ils fdché, je viens do visiter le Caïd qui, d'abord, m'a reçu poliment, mais un instant après, en présence des Chiaoux de la garnison, il m'a dit : le Capitaine de la Compagnie veut fuir ; si cela arrive, je te ferai pendre à la porte de sa maison.
» Le Drogman, surprisse ce propos, lui demanda qui est-ce qui lui avait dit que je voulais fuir ; que c'était lui qui l'inventait; que d'autre part, il était Turc comme lui et Oilicier, et qu'ainsi il n'avait au* cun pouvoir sur lui et il le quitta aussitôt.
» Ce Caïd a ensuite fait courir le bruit dans la ville que je voulais fuir et le disait à qui voulait Tentendre. Il est détesté de toute la ville qu'il tyrannise. Comme il est beaucoup emporté, on le craint et le bruit court que, prévoyant que le Bey le tirera de sa place, il joue de son reste et tire parti de tout ce qu'il peut. Ce qui fait dire à plusieurs qu'il veut mourir, pour dire que par ses vexations, le Bey ou quelque particulier résolu le tueront, ainsi que peu s'en est fallu, par deux fois, que cela ne lui arrivât. Je ne vous ai fait ce long détail qne pour vous faire connaître à quoi nous sommes sujets dans ce pays par le peu de protection que nous avons
» Bourguignon se plaint ensuite de la vente faite à des étrangers, au préjudice de la Compagnie et termine par cette réflexion :
» Ainsi, Monsieur, il n'y a que vous et M. le Consul qui, par la voix du Pacha, puissiez faire entendre raison au Bey, en représentant à ce premier, dans les moments favorables, nos raisons, auxquelles votre expérience peut encore ajouter, ainsi que notre situation, car pour peu que ceci augmente, la Compagnie ferait mieux d'abandonner et d'éviter de se ruiner entièrement. La France ne serait plus dans le cas d'avoir dans ce pays quantité d'otages qui y mènent une triste vie, sous peu ou point d'espoir. »
Bourguignon, Agent de la Compagnie, â Bonne*
Bonne, 9 mars 1784.
« Je ne sais si je vous ai jamais entretenu sur le compte de Mohamed Benadoux, écrivain de confiance du Caïd Agy Assen et Mercanti aujourd'hui. Ce Benadoux, qui est Collin, était autrefois marmiton à la
maison de la Compagnie, au CoIIo ; il est aujourd'hui le Sultan à Bonne, c'est lui qui est le Caïd et qui mène tout le monde, Chrétiens et Maures, tambour battant. Il les pressure on ne peut davantage ; par ses fourberies et ses vexations il s*est procuré beaucoup d'argent, au point qu'on lui compte aux environs de 25 mille piastres, dans moins de six années, sans comprendre quantité de présents qu'il extorque sous divers prétextes, de tous en général, mais surtout des Chrétiens marins : il n'oublie pas notre maison. Il est devenu d'une insolence insupportable ; il s'est avisé plusieurs fois de vouloir commander dans notre maison, vouloir tout savoir, tout régler, à contrôler toutes nos opérations. Si le Bey entendait ses intérêts et qu'il fut discret, je l'aurais instruit de tout et me serais certainement débarrassé depuis longtemps de Benadoux qui, à la Traite dernière des Oleddan (Ouled-Dahan), son compte du Caïd arrêté avec le Bey, lui a fait trouver 1.500 caflis de bonne mesure, sur la vente faite aux Chrétiens et autres ; et, appuyé par Agi Messaoud, à la sollicitation de l'Agi Ahmed son Ecrivain, pour deux mille sequins vénitiens qu'il présenta à Agi Messaoud, ce dernier sauva le Caïd et, conséquemment, Benadoux, contre lesquels le Bey était furieusement courroucé. Vous sentez bien qu'il ne tira pas ces deux mille sequins de sa bourse, ni de celle du Caïd, mais bien des bénéfices qu'ils avaient faits lors de la livraison des grains qu'ils font paraître au Bey comme ils veulent. Ce pillage, avec les Etrangers et les gens de la ville, m'importe fort peu, mais je suis irrité (jontre les manières insolentes de Benadoux qui veut nous mener à volonté et qui nous rend la vie dure dans toutes nos opérations, en irritant le Caïd contre nous, sur ce que nous faisons difficulté sur la recette des grains que nous re-
cevons .cependant bien mauvais. U nous traverse lors de l'embarquement, soit pour avoir des Sandals ou Amals (chalands et portefaix); il manœuvre de même avec les étrangers, afin de les faire cracher au bassin. Nos capitaines ne pouvant plus, avec leurs chaloupes, débarquer à port Génois, soit à s*y promener en attendant leur chargement comme pour y faire de petit bois, ce qui de tous les temps et depuis qu'il y a Compagnie a été permis : et c'est sous divers faux prétextes. Cependant les Etrangers y débarquent la nuit bien d'articles et surtout de poudre, dont Benadoux est le principal acheteur, laquelle il fait passer au CoUo où il gagne gros en la vendant aux Maures ; il en achète quelquefois des interlopes et s'en fait donner, en présent, sous divers prétextes. Enfin, c'est un homme insatiable, insolent et méchant au dernier point. L'on rendrait un grand service au public de l'en débarrasser. Il est protégé d'Agi Messaoud, qu'il fait manger. Il entretient une correspondance avec l'écri^train de l'Okilardji de la Marine d'Alger qui est,comme lui, du Collo.
» Cependant, ce Benadoux dont je me plains tant a reçu et reçoit mille services de la maison. M. Serra lui a beaucoup donné. Gelin a aussi donné et il exige de moi jusqu'à cinq piastres par cafiis sur cent qu'il me laisse embarquer de plus, ce que je ne faisais que pour améliorer la qualité du blé que j'envoyais A la Compagnie ; car celui du Bey ne me coûtait qu'une piastre de plus, et, sur soixante autres caffis que le Caïd me laissa embarquer, je ne lui en donnais que quatre piastres pour chaque, car il faut distinguer les permissions du Caïd d'avec celles de Benadoux qui comptent davantage
^ Bourguignon. »
■ Bonne, le 6 avril 1*164.
1 NotM Drofcmaii est arrivé, ce matin, venant de Constantine ; il m'a rapporte les huit canons de lusil que i'avaiït envoyés au Boy, qui sun est beaucoop o(tensé (les trouvant d'une valeur au-dessous du prin qui lui en était demandé) . . .
• II se plaint aussi de la pouirc que la Compagnie lui. a envoyée; il la trouve trop grosse et cli6re pour sa qualité...
» Le Bey en veut absolument i la Compagnie. Il est excité en cela par son Casnadar Braliam, par la plupart de ses Esclaves qui sont T^apolitains et Génois, et par son Ciiirurgien Pasquale Cuomo, qui en veut bien à noire Nation : témoin l'insulte faite à M. Amalric. Il a dit à notre Drogman qu'il n'avait pas besoin de la Compagnie, mais bien la Compagnie de lui. Je lui passe ceci ; mais il lui a lait sentir qu'il tramait quelque cho:« contre elle ; cela ne me sur- ' prend pas, parce que l'on voit depuis plusieurs années que cette Puissance la traverse en tout autant qu'il lui est possible. Les Etrangers qui fréquentent ici, et surtout ceux qui y sont alliliés, nous portent un grand préjudice. Ces derniers sont Barlholoméo Scudero, Mahonnais, qui est ici sur un bateau Anglais, Capitaine Wood ; Pietro Magnolo, Mallais, et Qiuzeppe Garazino, Génois..,
■ Ces Supercargues, à leur arrivée, vont presque tous à Constantine, portent des présents au Bey, aux divers de ses Officiers, régalent les Esclaves et donnent de hauts prix des grains. Ils portent toutes sortes de marchandises, et Bartlioiomeo, entr'autres, a un magasin oti il détaille de l'eau-de-vle, des liqueurs et du vin. Celui-ci et le Maltais prennent souvent de l'argent de Mohamed Benadoux, Ecrivain de confiance du Caid, qui en retire un bon bénéfice elquan-
tité de présents, surtout de poudre qu'il aime beaucoup et qu'il fait passer au CoUo. Ces Etrangers, comme vous voyez, ont un grand avantage sur la Compagnie qui, par ses Lismes et autres dépenses qu'elle a à supporter, ne saurait offrir les mêmes prix qu'eux, et se trouve, de plus, obligée de faire porter ses grains à Marseille. .
» Bourguignon. »
« Bonne, le 7 may 1784.
» A Messieurs les Présidents et Directeurs de la Comj)agnie Royale d'Afrique
» Parti le 24 du mois dernier, pourConstantine, en compagnie du Caïd, Mercanti du Bey de CrUto ville(l), je me suis rendu à la dite ville, le 27. Le Bey devant expédier son Caliphe à Alger, le Pacha l'ayant dispensé de ce voyage à cause du soulèvement de plusieurs Nations du côté du Déserl, m'envoya prendre Taprès-midi pour lui remettre l'argent que je lui avais porté pour solde de son compte, ce qui fut bientôt fait. Cette Puissance me renvoya au 29 pour convenir des articles mentionnés dans son compte avec la Compagnie...
» J'avais porté avec moi les huit canons de fusil que le Bey avait commandés et qu'il a refusés deux fois à cause qu'ils étaient trop chers, espérant que par la voie d'Agy Messahoud, son grand Courrier, je pourrais me débarrasser de cet effet, en engageant ce dernier à porter le Bey à m'accorder la permission d'acheter 1.200 calîis bié àJa Rabe (ou marché public), dont je lui tiendrais compte au prix de p. 16 le caflis, moyennant quoi, en étant assuré, je ferais présent au Bey des dits canons.
(1) ht Mercanli était \t nom donné à TAgent du Dey, chargé d« surTeiller le commerce arec les Européens.
9 Je fus donc, en conséqueDce, le môme soir de mon arrivée, chez Agy Messahoud, pour lui proposer cet arrangement ; il me promit d'agir. Son Ecrivain l'avait déj4 prévenu. Je lui portai les remèdes que le Chirurgien-Major de La Calie m'avait envoyés sur l'exposé que je lui avais fait de la maladie de ce grand Courrier (1). Il me témoigna d'avoir du regret de ce que je n'avais pas amené avec moi ce Cliirurgien et me demanda de le faire venir. J'expédiai aussitôt à La Calle, avec prière à M. Amalric de me l'envoyer. J'ai appris, à mon arrivée, que ce Chirurgien était parti le !•' de ce mois pour Constantine. Les détours que nous devons faire sur notre route sont la cause que nous ne l'avons pas rencontré.
t Agy Messahoud, ayant été instruit que le Bey avait encore dans ses Magasins, à Bonne, environ 300 cafiis de blé et voulant l'en débarrasser, jugea à propos de faire proposer au Bey de me donner le blé de ses Magasins au prix de p. 15 de Constantine le caffîs, de m'accorder la permission d'acheter 1,200 caffisblé de . la Rabe (le marché), dont je tiendrais compte au Bey à raison de p 16 de Constantine le cafiis, moyennant quoi il ferait prendre les 8 canons de fusil au Bey, qu'il me payerait suivant le compte à lui donné ; et comme ce grand Courrier est beaucoup alTaibli par ses indispositions, ou soit par politique, il envoya chercher le grand Ecrivain le 28 au matin, Tinstruisit de l'affaire et le chargea de cette commission auprès du Bey. Notre Drogman me fit part de cet arrangement. Comme je voulais ménager Tamitié du Bey et celle d'Agy Messahoud à cause de la Traite des laines,
(1) Son litre éuit Bach S'eïar, Courrier de Gabinel en chef.
On remarquera que beaucoup de noms sont écrits tan^i d'une manière tantôt d'une autre. C'est que j*ai consenré exactement l'ortograpbedes pièces originales.
du blé que je voulais obtenir à la Rabe et me débarrasser des canons de fusil, j'acceptai la proposition.
t Le grand Ecrivain, rendu chez le Bey, lui paria blè. Cette Puissance, après s'être consultée avec ses alentours, consentit à m'aocorder le blé de ses Magasins au prix de 15 p. lecaffîs et celui de la Rabe à p. 16. Mais, dès que le grand Ecrivain eut ouvert la bouche pour lui parler des canons, il se dresse comme un furieux, traite le grand Ecrivain de chrétien et s'emporte contre la Compagnie, contre moi et contre notre Drogman traitant ce dernier de chien sans loy, etc... Tousceut: qui étaient dans Tappartement du Bey, le voyant hors de lui-môme, furent saisis de frayeur. Cette Puissance m'envoya aussitôt dire, par son Caïd de Gibièrc (1) que j'eusse à partir pour retourner à Bonne, à quoi je répondis que j'allais dtner, fermer mes malles et me mettre en route.
a Quelqu'un ayant fait observer au Bey sa promptitude mal en place, le Caïd Mercanti de Bonne qui, sans doute, se trouvait chez cette Puissance, vint me dire qu'ayant prié le Bey de me laisser à Constantine jusqu'à son départ, il le lui avait accordé. Ce retard me donna le temps d'envoyer plusieurs fois chez Agy Messahoud et chez son Ecrivain pour l'instruire de l'emportement du Bey.
9 Comme l'arrangement de cette affaire avait été imaginé par ce grand Courrier, il en a été beaucoup affecté et piqué en môme temps contre le grand Ecrivain de ce qu'il n'a su s'y prendre ; d'autre part, il croit s'être aperçu que cet Ecrivain et bien d'autres travaillent à le supplanter et à lui faire perdre crédit.
» Le 29, Agy Messahoud, ayant la ûèvie, ne se dispensa pas de sortir dès que l'accès l*eut quitté ; il se
(1) Sl-Pj«blra, portf feoiUe.
rendit chez le Béy, le raisonna, lui fit sentir le tort qu'il avait d^avoir si mal pris cette affaire et d'en avoir agi de la sorte avec moi. Le Bey n*a pas été seulement blâmé par Agy Messalioud : presque tous les Grands de Constantine lui donnent tort. Agy Messahoud a dû dire au Bey, ainsi qu'il Ta raconté à d'autres, que Tafifaire de M. Dejean, ci-devant Agent, à Bonne, coûta bien d'argent au grand Courrier d'alors et à luimême, Agy Messahoud, quoi qu'il n'eût rien à y voir, et qu'il pourrait bien en arriver autant à l'occasion de cequi s'est passé à mon égard. Il a dit, au Bey, qu'en fait d'affaire de commerce, il n'était point Bey mais bien Marchand : que lorsque une affaire ne lui convient pas, il n'a qu'à la laisser et non point s'emporter el exiger les ciioses de force.
» Le Bey. revenu un peu à lui, a appelé le grand Ecrivain, le Casnadar et le Caïd, lesquels s'étant consultés sur l'affaire en question, ils arrêtèrent que le Grand Ecrivain et le Caïd viendraient, le 30, me proposer de prendre le blé des Magasins du Bey, au prix de 15 p. de Constantine et celui de la Rabe, que je pourrais acheter jusqu'au blé nouveau, à p. 16 le callis.
» Le 30, le grand Ecrivain et le Caïd vinrent chez moi me proposer de prendî'e le Blé du Bey et celui de la Rabe, ainsi que je viens de le dire, se réservant pourtant la charge de deux bâtiments dont un est celui sur lequel le sieur Millanto est embarqué, et l'autre est le bâtiment sur lequel Bartholomeo Scudero, de Mahon, viendra.
Je m'entretins assez de temps avec ces deux Officiers et je leur fis connaître combien la Compagnie, en tout temps, s'est prêtée et a été au-devant de ce qui pourrait plaire au Bey. Que ses Agents ne se sont jamais écartés des ordres de la Compagnie là-dessus.
mais que les Etrangers, jaloux d'elle, et l'avidité de bien des personnes qui sont auprès du Bey, est cause que cette Puissance, étourdie de continuelles calomnies dont on la charge, se laisse persuader, ce qui Tindispose contre elle, que l'affront que le Bey m'a fait est inouï ; que des personnes honnêtes et qui réprésentent la Compagnie, le sentent mieux que ce le font les Maures lorsqu'on les maltraite à coups de bâton ; que cette insulte ne me regardait pas particulièrement, mais bien la Compagnie que je représente.
» Je n'ai pas laissé ignorer, à Agy Messaoud et à son Ecrivain, combien nous sommes traversés en tout. J'en ai également entretenu le grand Ecrivain autant qu'il m'a été permis, attendu que c'était en présence du Caïd et de Benadoux, son Ecrivain : sur ceux-ci plus que sur les autres, portent mes plaintes. Comme ils sont fortement appuyés par Agy Messihoud et son Ecrivain, mes plaintes ne pourront, tout . au plus, que me procurer moins d'inquiétudes ; et, si je veux obtenir quelques facilités de ce Caïd, ce ne pourra jamais être qu'en me prêtant à leur pillage et par des présents qui sont indispensables. Il m'a fallu arroser Agy Messahoud et son Ecrivain dont je suis plus satisfait que de tous autres, le grand Ecrivain et le Caïd. Sur ce qu'Agy Messahoud m'a fait espérer, cette affaire nous ramènera l'amitié du Bey autant qu'il en est capable.
» Les premiers temps heureux de la Compagnie sont passés et ne reviendront plus, surtout avec le Bey d'aujourd'hui. Les Etrangers, nos concurrents, traversent trop le commerce de la Compagnie, principalement ceux qui sont comme afTiliés. Ils apportent toutes sortes de marchandises à un prix dont on est content. Ils donnent un plus haut prix que nous des
grains et font beaucoup de présents et de donatives* lis comptent, dans leur calcul, le bénéfice d'entrée sur les espèces, et, quand ils ne feraient que ce gain, ils se croient très heureux. Ainsi, si la Compagnie veut faire des affaires, elle sera obligée de se contenter d'un profit modique, à moins que les circonstances ne la favorisent. Il faut que les présents ou bonnesmains soient distribués à propos, sans trop d économie, et, quoique ainsi que la Compagnie a pu le voir, i*ai donné plus que lors de ma première résidence: je me suis cependant attiré sur les bras presque tous les alentours du Bey. Je dis presque parce que les Officiers, plus politiques et plus orgueilleux, savent dissimuler : mais ils vous traversent sous main dans vos affaires. L'on m'a cité M. Garcin et M. Serra. M. Garcin, m'a-t-on dit, avait le Bey, ses Officiers et ses Esclaves et donnait gros. M. Serra n'avait que les Officiers et les Esclaves du Bey.
» Le grand Ecrivain me parlait de M. Garcin. L'on parlerait encore plus de moi si je donnais comme lui, puisque, lors de mon arrivée, je fus pénétré des amitiés que je recevais du Bey ainsi que de tous ceux qui l'entourent ; mais ma juste économie m'a enlevé cette amitié, aujourd'hui trop intéressée, et m'a attiré leur haine. Je la leur ferais bientôt oublier si je semais l'argent dans leurs mains. Voilà comme est devenu Constantine, ainsi que les Officiers du Bey à Bonne...
» Le 30, je fus le soir, de Tavis d'Agy Messahoud, ebez le grand Ecrivain, pour le remercier d'avoir tempéré la fièvre du Bey, qui, dans son délire, avait protesté de ne plus rien faire avec la Compagnie. Cet Ecrivain travaille, avec le conseil d'Agy Messahoud, à porter cette Puissance à recevoir ma visite avant mon départ pour Bonne, lui ayant protesté que sans
cela ie a'y retournais pas ; il me donna comme assuré, que je serais satisfait. . .
» Cet Ecrivain m*a beaucoup flatté pour l'avenir, il me répétait, sans doute, ce qu*Agy Messahoud lui avait dit en prenant congé de lui ; je lui ai laissé un rouleau de cent sequins Zermabouts... J'ai également donné cent sequins à Agy Messahoud et soixante autres sequins au Caïd et à Agy Ahmed écrivain d'Agy Messahoud...
» Le Caïd méritait une punition et non une récompense, car c'est lui qui nous a fait le plus de mal dans cette affaire, ayant été dire au Bey que j'avais dit que je m'embarrassais fort peu de lui et que je ne connaissais que le Pacha, ce qui a beaucoup contri* bué à irriter cette Puissance qui est extrêmement jalouse de son autorité, se disant être plus puissant dans sa province, que le Pacha à Alger...
» Le 2 mai, je me rendis chez le Bey que je remerciai de ce qu'il m'avait donné son blé et permis d'acheter à la Rabe, celui que les Maures apporter ront jusqu'à la nouvelle récolte. Cette Puissance me confirma le Traité et me parla avec beaucoup de douceur, tellement qu'on l'aurait pris* pour un ange. Il me dit que toute la laine viendrait et qu*il avait donné des ordres sévères pour qu'il n'en passât point à Tunis ; que la belle laine qui est sur les frontières est la plus belle, qu'ainsi je Taurais. Quant au blé de la nouvelle récolte, il fallait voir comment elle sortirait, qu'alors il verra quel prix il peut y mettre. Je le saluai et pris congé de lui.
M Comme c'est l'usage lorsqu'on va visiter le Bey de lui porter un présent, je lui avais envoyé à ma première visite une caisse de sirop, et je comptais de lui présenter les canons ; mais il me la renvoya, lors de son délire, et le sirop resta à Agy Messahoud...
» Le Caïd (de Bonne), conduit par Benadoux, son Ecrivain, qui efl le Maure le plus délié et le plus tourbe que i"aic coonu, outre ses di'oils d'usage accroche autant de présents qu'il peut ; il fait passer en contrebande, sans que le Bey le saclie et à son proût, 50, lOO jusqu'à 150 caiiis de blé par bâtiments ; il pressure les Suprecargues en leur détournant les saudals et amals, afin de les porter à lui laisser quelque chose, et if en agit ainsi lantùt avec l'un, lantùt avec l'autre ; il leur fait passer, comme  nous, le blé gâté des magasins, qu'il fait mêler avec le bon ; peu soucieux à la recette du blé des Mai'rcs, qu'il soit chargé de terre, paille ou mouille, cesdcrniers chargcntâ couler presque bas les sauJals. telleinent que quelquesuns ont péri et quautîtéout porté du blé mouillé de l'eau de la mer, soit que le sandâl ne soit pas bien caifatéou que les vagues y entrent facilement. S'il pieut, les tentes ne sont pas mises, et si, ;■! force décrier, on la met, ce ne sont que de mauvaises tentes pourries, d'une toile claire où l'eau passe et mal tendues. Le Raïsdea sandals et encore plus les Matelots, Sijut d'une insolence insupportable, puisque toujours ils insultent les Equipages des biltiments et exigent qu'on leur donne à manger et A boire et qu'on leur mette dans les sandals un matelot pour les aider. Si le Cald faisait son devoir, tout cela ne serait pas.
D BenadouK, son Ecrivain, malin comme un singe et extrêmement avide, a, pour sa portion, au moins les deux tiers de leur industrie, et le Caïd, brutal comme un cheval et béte en même temps, a l'autre tiers. Ce premier s'est acquis, jusques aujourd'hui, par ses rapines, au moins ib mille piastres. Il échange son argent blanc en sequins, qu'il fait passer à sa maison, au Collo, toutes les lois que le Gouverneur de I^Calle y envole la (régate. Sous nous prêtons à
cela et je ferme led yeux sor tous les effets qu'il envoie aussi par ee bateau ; il dépose souvent et presque toujours son argent chez notre Caissier, et, nonobstant cela, ce malheureux nous contrarie et prétend qu'il nous rend service parce qu'il ne nous fait pas plus de mal. S'il n'était que je me suis prêté à son pillage eu passant quelques caffis de plus sur nos bâtiments, ainsi que la Compagnie a pu le voir, je l'aurais déclaré au Bey; mais, d'autre paj% cette Puissance, peu réfléchie, en lui faisant part des agissements d'Agy Messahoud, je m'attirerais à dos ce grand Courrier qu'il convient de ménager, même qu'il convicpt de dire du bien de lui dans les représentations qu^ l'on pourrait faire à Alger ; mais il faudrait appuyer sur les malversations et la tyrannie du Caïd et de Benadoux, et sur l'ignorance du Bey à se laisser conduire par ses Esclaves qui, aujourd'hui, mènent pour ainsi dire toutes les affaires en s'employant pour procurer le chargement auxEsclaves mis en liberté et à quelques Mahonnais, Génois et Maltais, affiliés dans ce port quoique de Nations ennemies d'Alger.
» La Compagnie verra, par ce que dessus, que le Bey ne fait guère attention aux ordre» que le Pacha peut lui donner, et que toutes les représentations de M. de Kercy et de M. Ferrier n'aboutissent qu'à des promesses sans effet. M. Ferrier m'a marqué que le Pachaavait écritau Bey que s'il avait du blé à donner, de le donner plutôt aux Français qu'il reconnaissait, aujourd'hui, être les seuls ses véritables amis. Cependant, le Bey n'y a aucun égard et traite avec dureté la Compagnie, l'obligeant à prendre son mauvais blé parce qu'il ne peut le placer ailleurs.
> Cette Puissance sait cependant, ainsi que tous les Grands, que M. de Kercy, Consul, visite souvent le Pacha et qu'il est très bien auprès de lui ; mais cette
PaiBsance, lalouse de son autorité et voulant user d'un pouvoir absolu, ne voit qu'avec colère et pour ainsi dire avec rage' les démarcliea que l'oQ fait auprès du Pacha, et qu'il nous traite plus favorablement qu'il ne fait ou, pour mieux dire, avec moins de dureté. *
. P.-S. du 12.
> Je dois ajouter, ici, et rappeler à la Compagnie ce que je lui ai écrit dans mes précédentes lettres, ainsi qu'A H. Ferrier, au sujet de Mohammed Benadouii, du Collo, Ecrivain particulier de Agy Assen, Caïd et Mercacti du Bey- Ce Maure, le plus fourbe que j'aye connu, et le plus délié, protégé fortement par-Agy Messahoud ainsi que par sou Ecrivain Agy Ahmed, auquel il fait passer souvent toutes sortes de présents et de bons groups de sequins, agit despotiquement k Bonne, en s'appuyant de l'autorité du Caïd Merçanti et des intérêts du Bey, pour écorcher Chrétiens et Maures dans les affaires qui les obligent de passer par leurs mains. Quoique ce Benadoux, en pressant tout le monde sans exception, même les habitants de la ville, écorne beaucoup les droits du Bey et du Caïd, il en est écouté et soutenu, au point qu'on ne saurait faire aucune représentation sans s'exposer à des insultes â rompre toute affaire de la Compagnie avec le Bey surtout, au moins, à n'être pas écoutés. J'ai lait tout mon possible pour m'attaclier ce Maure, en me prêtant k toutes ses demandes et le facilitant en tout; mais son insatiable avidité le rend insensible A tout : il n'a des yeux que pour voir oii il pourra piller. Dans la recette que nous faisons du b)é des Magasins du Bey, nous sommes convenus à Constantine, avec le grand Ecrivain du Bey et avec le Cald, que je ne prendrai pas le blé brûlé et pourri ; mais cette précau-
lion a été inutile par la coquinerie de Benadoux et des mesureurs du Mercanti, qui sont sous son commandement et avec lesquels îls*entend indubitablement afin de faire passer, autant quil est possible, du mauvais grain et diminuer par là la quantité de celui que nous rebutons, à quoi ils ne sauraient se refuser, attendu sa trop mauvaise qualité... Je vois toujours plus qu'il n*y a rien à compter sur la bonne foi des gens de.ce pays, dans quel état et grade qu'ils soient.
ê L'on m'a voulu assurer, et c'est le nommé Jérémie Timon, Tabarquin, qui a été au service de la Compagnie lorsqu'elle avait le Cap Nègre, que Benadoux a fait embarquer pour son compte ou vendu, ce que je crois plutôt, au Suprecargue Bartholoméo Scudéro, Mabonnais (i), soixante quintaux cire qu'il avait ramassé peu à peu en la faisant acheter, par ses émissaires, des montagnards qui l'apportent en ville et en les envoyant, peut-être, chercher à la montagne; de laquelle cire, comme de quantités d'autres parties, il a dû vendre aux bâtiments interlopes qui venaient de jour et le plus souvent la nuit aborder avec leurs chaloupes ou canots, à la plage du port Génois, pour y embarquer la cire et y débarquer quantité de poudre dont il fait un grand commerce soit ici, soit au Collo. C'est pourquoi, pour éviter que nous en eussions connaissance, il a ordonné sous le nom du Caïd Mercanti^ aux Maures du port Génois, de ne point laisser mettre pied à terre aux équipages Français, tellement, que le Capitaine Couttet et d'autres ont été insultés pour avoir voulu descendre à terre y faire.
(1) Bartholoméo Scadero, Architecte Mahonais, fut appelé à Coni- UDtlne par Salah Bey, en 1789. Il construisit, sur le ftoumel, le pont df t d'El-Kantara, qnt ft*eit écroulé, le 18 mars 1857.
Noos Toyons, par ce qui précède, que Bartholoméo continua à rester en relations aTcc le Bey qui fat orisait son commerce.
comme d'usage, quelque peu de petit bois ain^ que nos Capitaines l*ont pratiqué depuis le commencement de nos Etablissements sans qu*aucun s'y fut opposé. Mes représentations, là-dessus, n'ont presque pas été écoutées, parce que Benadoux et le Caïd Mercanti ont trop d'intérêts pour ne s'y pas opposer. A ce Caïd, qui est rustre et d'une brutalité sans exemple; l'on ne saurait faire de représentations un peu vives sans s'exposer à son emportement. Depuis quelque temps, il marche avec son couteau et un pistolet moitié tirés de sa ceinture, et comme Benadoux est seul depuis quelques jours, à conduire les affaires, attendu que le Caïd a été faire une tournée à la montagne, il marche aussi, pour la première fois que je l'ai vu, avec un pistolet à la ceinture. Il faut qu'il ait de fortes raisons pour cela, n'ignorant pas qu'il n'est pas aimé car il écorche tout le monde; il me paraît très essentiel que ceci soit représenté à Alger...
» BOURQUIGNON. »
"^ Bonne, 2 août 1784.
c Le Corail devient toujours plus rare, surtout le beau, et, par surcroît de malheur depuis quelques années, les TrapanaiSy Liparotes et autres pécheurs de Corail du Royaume de Naples, viennent en nombre avec leurs bateaux équipés d*hommes jeunes et robustes, escortés de deux bâtiments armés et péchant depuis rile de la Galite jusques au Cap Nègre et devant Tabarque, à toucher presque la terre. Il y en a actuellement 297 de ces bateaux, dont 150 pèchent devant le Cap Nègre et Tabarque et le restant pèche au Ponent, Levant et Midi, de l'Ile de la Qalite.
i Partout où pénètrent ces bateaux, ils balayent le fond de la mer, au point qu'ils n'y laissent pas un
brin de CoraU; tout est enlevô par eux : aussi la plupart de nos pécheurs se sont retirés en France par la tartane du Capitaine Mouton^ partie hier matin. Ainsi voilà la Place de La Calle dans une mauvaise situation. Si la Régence n*avait pas été occupée par les Espagnols, peut-être aurait*elle fait courir ses corsaires sur les pécheurs étrangers qui disent : o morire, o cascare sechiavo, o pescar'e.
» Leurs bateaux vont plus vite que les gelestes, c'est pourquoi ils se reposent ainsi sur leurs bâtiments armés....
» Le Comptoir du Collo ne fait presque plus de cuirs et donne des pertes à la Compagnie. Ainsi, voilà deux Comptoirs (Collo et La Calle), sur lesquels la Compagnie n'a presque plus d'espoir, à moins qu'une forte protection ne les relève. Autrement, celui de Bonne aura la même chute. Tous seraient déjà détruits si n'était la protection que la Compagnie a eue ces derniers temps, mais il est certaines gens qui travailleront toujours à sa ruine et Tobliger à se retirer...* »
BOURGUIGUÎON.
Bonne, 29 août 1784.
c Je ne crois pas devoir vous laisser ignorer que le 22 du mois dernier, quelques Officiers de La Calle firent une partie de pèche et s'embarquèrent dans la chaloupe du Capitaine Mouton qui fut du nombre des pécheurs, parcourant divers endroits pour y trouver du poisson. Ils s'avancèrent jusques près le Cap Rose, où trouvant ce qu'ils cherchaient, s'y arrêtèrent et s'amusèrent agréablement et innocemment. Deux sandals qui suivaient la côte ne les épouvantèrent pas, ne devant craindre personne là où ils étaient.
■ L'un de ces sandals i^ui était sn Gerbi, passait eotre la terre et la chaloupe et ât la route trauquillemeot. L'autre, qui passait en dehors, avait environ quarante hommes dedans. Il s'approcha inseasiblement de la chaloupe, et, à environ trente pas de dis- . tance sans qu'il fut question de rien et sans dire mot, tirèrent sur la chaloupe un coup de fusil et deux coups de pistolet.
> Ces messieurs n'eurent rien de plus presse que de se cacher dans la chaloupe où ils se mirent ventre à terre. L'un d'eux, nouveau venu de France, voulant donner & connaître aux gens du sandal qu'ils n'étaient point là pour mal faire et qu'ils étaient amis et habitants du pays, prend un poisson, ie dresse et le fait voir aux gens du sandal; au même Instant, il part une pierre de ce sandal qui attrape la tête de cet Ofllcier, le renverse dans la chaloupe grièvement blessé. Le sandal fit sa route et vint i Bonne ainsi que le Gerbin. Ignorant ce qui s'était liasse, il ne m'était pas possible de faire aucune démarche. Deux jours après, un courrier que M. Ramel m'expédia, m'apprit l'afEairc. J'envoyai secrètement notre Drog-. man pour prendre des informations ; le Gerbin dit bien que l'autre sandal était du Collo, mais rien de plus. Comme il était tard, j'attendais au lendemain pour prendre les éclaircissements nécessaii'es et faire les démarches convenables, mais ce sandal, du Collo, était parti. J'ai su ensuite, par M. Hugues et par des gens de cette ville, que le Raïs de ce sandal est Rais Bergem, du Collo. Je suis tellement pénétré de la haine des Collins contre nous, que s'il dépendait de moi jamais aucun l'rançiis ne mcltrait plus le pied dans ce pays.
RouRaiiaNON.
Ramcl, gouverneur de La Calle, à la Compagnie
Royale d'Afrique,
cr La Galle, le 7 novembre 1784.
» Vous m'aviez prévenu en son temps, Messieurs, qu'après les démarches faites à Alger, de votre part, en faveur du Chef de la Mazoule, celui-ci serait dorénavant plus tranquille et moins pressuré de la part du Bey, qu'il ne l'avait été jusqu'alors. Sur cette nouvelle, le Chef paraissait content et moi, à mon tour, qui connais que le mal être de ce Chef reflue toujours infailliblement sur la Compagnie, je Tétais également. Cependant^ depuis, les choses n'ont jamais changé ; le Bey continue toujours ses vexations et ses demandes indiscrètes à ce Maure, et d'une façon inconnue encore même avec Abdalla père.
c Tous les étés, le Camp du Calife vient se camper auprès de ce Chef, et, là, à portée de diverses Nations pour ramasser les droits du Bey à l'aide de la Nation du dit Chef qui sabre quand il le faut, contre les rebelles, il y reste des deux à trois mois, aux frais de ce dernier, par un brigandage et un dégât immense de son camp voisin du pays de la Mazoule, et^ce Calife se retirant, reçoit du Chef 1,200 piastres, pour le droit appelé droit de Deifo. (1)
» Indépendamment de ce coûteux événement, le Bey renchérissant toujours sur des usages lucratifs, oblige annuellement le Chef de la Mazoule, le menaçant à défaut de le remplacer par son frère, d'aller lui baiser la main avec un présent de trois à quatre mille piastres, sans compter les accessoires de ce voyage et douze cent cinquante six piastres de Lisme annuelle, que ce Chef paye à ce Prince. Il n'est
(1) Donner la nourriture jouroalière nécessaire aux hommes et aox cheTaux.
pas possible, d'après cela, qoe ce 0ii6f. puisse subsister avec de si fortes entraves n'y ayant point de Traites, sans ruiner, désoler sa Nation, sans importuner cette Place par des demandes en argent, en pure perte pour la Compagnie s'il fallait s'y prêter.
• Ce. Chef fait donc annuellement le voyage de Constantine, par recommandation du Bey, par la crainte de son frère comme il a été dit ci-de>'ant. Jusqu'à présent/comme nouveau Chef, il a convenu qu'un Officier de la Compagnie l'accompagnât, autant pour annoncer publiquement notre crédit auprès du Bey que pour encourager la timidité de ce nouveau Chef. L'usage de ce pays étant qu*on ne saurait se présenter devant les Puissances les mains vides, l'Officier de la Compagnie a toujours fait, au Dey, un présent qui ne vaut jamais moins avec les frais du voyage d'environ douze cents livres. Aujourd'hui que la Chefferie est assurée et vraiment établie sur la tète du nouveau Ciief, l'accompagnement d*un Officier de la Compagnie, dans ces sortes de visites, parait d'autant plus superflu qu'en continuant plus longtemps on s'exposerait, et à un usage qui ferait enfin loi, et à une nouvelle dépense annuelle pour la Compagnie.
» Les choses en l'état, il paraît indispensable. Messieurs, pour la tranquillité de cette Place et pour les intérêts de la Compagnie qu'elle fit agir vivement à Alger, vis-à-vis du Bey, pour modérer son avidité et son espèce de tyrannie envers ce Chef qu'il doit laisser tranquille, une fois qu'il lui a payé sa Lisme de 1256 piastres, et sa Deïfe de 1,200 piastres pour le Calife. C'est ainsi que le Bey se comportait constamment avec Abdaila père et comme 11 le pratique avec les autres Chefs. Sans cotte démarche, ce pays est réduit à la misère sans espoir d'aucune production et la chose presse,
ê HâMËL. »
EatroQs nminteaânt dans quelques dôUûls sQor CoUo:
Les archives des missions conserveot encore ie texte d*uQ contrat de nolis pour un voyage à faire en 1326« à cette tocalitô. On y apportait, des montagnes voisines, de grandes quantités de cire qui étaient principalement achetées par les marchands de cette Nation. Les Kabyles venaient aussi échuiger à Colio des cuirs excellents et des céréales contre des marchandises européennes. Aji rapport de Léon i* Africain, « il n*y a.vait pas alors, par toute la côte de TuniF» cité plus opulente ni plus sûre, à cause que Von y gagnait toujours au double sur les marchandises, t
Gollo, que les négociants français fréquentaient déjà dans le courant du XVI* siècle, devint une des Echelles les plus importantes de la Compagnie d* Afrique qui y avait un comptoir. Peyssonnel rapporte que, de son temps, 1725, les employés y passaient toute Tannée pour y faire leurs achats de cuirs et de cire. Celle-ci, ils po.uvaieut se la procurer directement par les Kabyles ; mais il n'en était pas de même des cuirs qu'il ne leur était permis d'acheter que par l'intermédiaire des habitants de Colio, remplissant l'ofl^ de courtiers. C'était un usage depuis longtemps établi et dont la Compagnie s'accommodait. Elle payait, au Bey de Constantine,dix pour cent de toutes les marchandises qu'elle achetait et qui se composaient annuellement de 400 qtiintaux métriques de cire, des céréales, du miel, de Thuile, du corail, du suif, un peu de GOton,et 130 à 150,000 cuirs non tannés. D'Aviti assure que t la Compagnie des marchands de cette ville rendait en six mois au pacha d'Alger 26,000 doubles. »
Le personnel du Comptoir, entretenu par la Corn-
pagnie du Bastion de France^ se composait de deux commis et d'un domestique. Ils y passaient leur temps atycc beaucoup de désagrément et de peur, selon les expressions de Peyssonnel .
Du tempsdeHugues,c'est-à-dire en 1783, l'état des choses, au point de vue commercial, était à peu près le même ; voyons plutôt ce qu'en dit l'abbé Poiret, dans ses Lettrée sur la Barbarie, écrites dans le courant de cette même année 1783 :
« Les bâtiments qui abordent à Collo pour la Traite sont forcés d'être sans cessa sur leurs gardes; ils ont à éprouver les plus fortes insultes de la part des habitants : souvent les gens de l'équipage n'osent débarquer qu'à la faveur des ténèbres. Ils se hâtent de charger les cuirs et autres denrées qui sont au dépôt, dans la maison de l'Agent de la Compagnie, et s'éloignent le plus tôt qu'ils peuvent d'un pays où les hommes sont plus à craindre que les hôtes féroces.. . Vous serez sans doute surpris que l'on expose ainsi la vie des hommes, en continuant de commercer avec des êtres aussi peu traitables... Les précautions, que l'Agent de la Compagnie est obligé de prendre pour sa sûreté, font frémir et annoncent bien l'évidence du danger. Il habite, avec un caissier et quel^iue domestiques, une maison qui n'a d'autre ouverture que de très-petites lucarnes : encore les fenêtres et les portes sont-elles doublées de fer et en état de résister aux balles de fusil. Ces Messieurs font, avec leur domestiques, une garde continuelle tant le jour que la nuit : malgré ces précautions, il est arrivé plusieurs foisdcsaccidents fûcheux.L'on a vu des Arabes monter pendant la nuit sur les toits,enlever les tuiles, faire une ouverture pour passer le bout de leurs fusils et tuer ou blesser la personne en sentinelle. Ils ont une fois poussé leur rage jusqu'à mettre le feu aux quatre
coîDS de la maison, et brùlè l'Agent et tout son monde (1). M. Hugues, agent actuel de la Compagnie, a été mille fois insulté ; il y a quelques années, il reçut un coup de fusil à la joue dont il fut heureusement guéri. Il avait voulu se retirer : les Arabes s'opposèrent à son départ. Son successeur s'étant présenté, ils le reçurent si mal qu'il n'eut que le temps de se rembarquer. »
Nous aurons plus loin à reparler de Collo. Mais, pour suivre notre ordre clionologique, nous devons insérer ici divers renseignements fort curieux que nous fournit encore l'abbé Poiret dans ses lettres sur son voyage en Barbarie.
De La Galle, 12 mai 1785.
0 .. .. Depuis deux ans, la peste ravage ces contrées et la négligence des habitants la propage d'une Nation chez une autre. Outre ce cruel fléau. Ton m'a dépeint les Arabes et les Maures comme les êtres de la nature les plus inhumains et les plus féroces, haïssant lus Chrétiens, tant par principe de religion que par préjugé d'éducation.
tt C'est un triomphe, un acte méritoire pour un Arabe que de répandre le sang d'un Européen. Ils ne s'épargnent pas davantage entre eux et il est rare qu'une Nation ne soit pas en guerre avec ses voisins et qu'un Arabe sans défense soit en sûreté parmi ses semblables à quelques lieues de sa tente. Le peu que j'ai vu jusqu'à présent, m'a confirmé ces rapports. La Calle, principal Comptoir de la Compagnie Royale d'Afrique, a fermé ses portes et s'est barricadé pour éviter toute communication avec les Maures du dehors in-
(1) La maiBon du Comptoir était tltuée aa-delà de la mosqaée où s'élèTo actueUemeiit rhabitation da kaid Ali bou Saà. Los Golliotet l'appelaient Dar-el«CoDioul, — la maison du Consul.
lectéa de Ja pesle. Ceux-ci, irrités et jaloux de voir les Chrétiens échapper à une maladie qui humilie le Musulman, parce qu'il la regarde comme une punition du ciel, font tout ce qu'ils peuvent pour introduire la contagion parmi nous. Ils viennent enterrer à nos barrières des cadavres pestiférés et jettent par dessus les murs des lambeaux trempés dans des bubons pestilentiels. La Nation dont nous avons le plus à souffrir est celle des Nadis. nos voisins et nos plus cruels ennemis. Ils ne se contentent pas de nous tendre des pièges secrets, ils nous attaquent encore à force ouverte. Il y a quelque temps qu'ils ont enlevé près de deux cents bœufs du troupeau que tous ies jours on est obligé de conduire dans les pâturages des environs et que Ton entretient pour la nourriture de La Calle. Peu auparavant, ils avaient mis le feu à nos barricades pendant la nuit ; ils s'y tiennent souvent cachés et tirent sur le premier Chrétien qu'ils apperçoivent.
Plus loin, Poiret ajoute :
> Les grandes chaleurs m*ont ramené à La Calle. Elles sont si fortes en ce moment, qu'à peine ai-je le courage de conduire ma plume* Je suis obligé, à chaque ligne, de suspendre mon travail pour essuyer mes sueurs. Le vent du Midi souffle depuis quinze jours, et son haleine embrasée par les sables brûlants du Sahara nous desséche et nous br(^le. Une cause accidentelle ajoute encore à la chaleur de ces contrées : comme tout le pays est rempli d'abondantes broussailles qui, d'une année à l'autre, rendraient les chemins inaccessibles et les bois impénétrables, les Maures ont la précaution, tous les ans après leur moisson, de mettre le feu partout.
» J'aperçois a^tuellemeot, à plusieurs tieuaada dis* tance, d'énormes tourbillons de flammes et de fa« mée s'avancer avec rapidité dans les campagnes, ga« gner les collines, pénétrer sans obstacle dans les plus épaisses forêts et ne laisser derrière eux que de noirs monceaux de cl\arbon et de cendres. Ce speclacle a quelque chose d'imposant, surtout pendant la nuit Une flamme pétillante qui s'élève par torrents et s'élance jusque dans les nues, une épaisse et noire fumée qui borde l'horizon et rend sensible l'horreur des ténèbres, les grands effets de lumière, la pâle lueur de la lune, tous ces objets contrastants offrent un tableau sublime dans son genre, mais efl!rayant pour rimagination.Les animaux fuient de toutes parts; plusieurs devenus la proie des flammes, font retentir au loin leurs cris douloureux : le trouble est partout et la frayeur est générale (1).
» Quoique les Maures aient soin de pourvoir à leur sûreté, cependant il arrive plusieurs fois que des douars entiers, hommes et troupeaux, sont envelop* pés dans cet incendie général. Rien n'est épargné, excepté les pâturages et les bords des étangs. Ces feux durent plus de deux mois et enflamment l'atmosphère à un tel point que le thermomètre de Réaumur se tient constamment de 36 à 40 degrés d'élévation...
» Je me bornerai, dans cette lettre, à vous entretenir du Comptoir que j*hâbite^ du caractère de ceux qui le composent et de la manière dont cette Place
(t) Gttte désutreoM habttudo d^Bcendlor !•• forèlt te ■•tôtUDl •Bcere et caase de grande ra? agee, melgré lea ebftiiroenU eéf ères infligés aux Incendiaires elle Tigilante sorTeillaoce de nos Agents. le pins seuTent, le fisn éeUie en terrltotre Tanislen el se cemmi- Biqnean B^ire.
est dirigée et gouvernée. J'affligerai votre âme par le tableau que j'ai à vous tracer ; votre humanité gémira sur les maux de toute espèce auxquels le mercenaire est exposé sur ces côtes barbares, et votre cœur formera des vœux pour voir à jamais anéanti un commerce qui fait le déshonneur de la France, occasionne tous les ans la mort d'un grand nombre de personnes et offre une retraite à une foule de scélérats qui. par la dissolution de leurs mœurs, remplacent les crimes qu'ils ne peuvent commettre ici avec impunité. ,
» Vous chercheriez inutilement La Calle sur la plupart des cartes géographiques : vous y trouveriez le Bastion de France, quoique en ruine depuis près d'un siècle ; et bien des géographes modernes vous apprendront encore que cet ancien Comptoir est défendu par une bonne garnison de trois à quatre cents hommes. Il n'était éloigné de La Calle que de trois lieues. Les mortalités annuelles, occasionnées par les grands lacs qui Tenvironnaient, obligèrent les Français à Tabaûdonner. Les maladies furent si meurtrières un certain été, que de plus de quatre cents hommes il n'en resta que six.
» La Calle, à trente-six lieues Ouest de Tunis, est bâtie sur un rocher stérile de très peu d'étendue. C'est, aujourd'hui, le principal Comptoir de la Compagnie Royale d'Afrique. Un Agent, auquel on donne le titre de Gouverneur, et une quinzaine d'Officiers subalternes en ont la direction. Les Maures sont exclus de cette Place, excepté quelques-uns que l'on y reçoit comme otages ou qui sont employés à des travaux manuels. Les habitants sont au nombre de trois à quatre cents, la plupart Corses ou Provençaux. Les uns sont chargés de la pèche du Corail. D'autres, avec le titre de Soldats, escortent un troupeau de
bceufs et le conduisent tous les jours aux pâturages des environs. Souvent ces mômes Soldats, convertis en charretiers, vont dans les forêts voisines couper le bois nécessaire pour le chauffage ou la construction ; les autres ouvriers portent le nom de frègataires. Ils sont destinés aux travaux intérieurs de la PJace, comme à charger les bâtiments, à transporter le blé dan» les magasins, à nettoyer le port, etc.... La Galle est encore munie d'autres ouvriers nécessaires, de boulangers, de serruriers, de maçons, etc.. Tous ceux qui habitent ce Comptoir sont nourris, logés et stipendiés par la Compagnie.
* Excepté les Magasins, le logement du Gouverneur et celui des principaux Officiers, les autres bâtisses ne consistent qu'en une soixantaine de barraques à un seul étage. La Calle, défendue de trois côtés par la mer, l'est encore du côté de la terre par un mur suffisant pour nous garantir des insultes des Maures, qui n'ont d'autre artillerie que leurs' fusils. Le port est dominé par une quinzaine de pièces de canon. Il est petit, peu profond, très dangereux par certains vents qui y introduisent les vagues avec un fracas effrayant. L'entrée est environnée de rochers à fleur d'eau, où -nombre de bâtiments sent venus se briser.
9 Les femmes, destinées à consoler l'utile citoyen dans ses travaux, a adoucir par l'aménité de leurs mœurs celles de l'homme grossier, sont exclues de La Calle. Si quelquefois le Gouverneur a obtenu la permission d'y conduire la sienne, il en est presque toujours résulté des troubles, des séditions qui ne lui ont pas permis de la garder longtemps. En se déterminant à passer dans ce pays, il faut se résoudre à rompre les plus doux liens de la nature, pour vendre ses bras et souvent môme sacrifier sa vie au service d'une
- 4W - Compagoie qui s'inquiète peu de ce que l'on BoidEra pour elle.
■ La privation des temmce porte dans tous les e^ prits ta tristesse et i'enaui. Des étrangers, divisés par des intérêts particuliers, jaloux les uns des autres, obligés de se réunir par désœuvrement, à se dëteatw par envie, u'étant rapprochés par aucune sorte de liens, ni distraits par aucun délassement, ne [ormeront jamais une société amicale dont l'union «t les agréments puissent dédommager de l'absence des femmes.
II résulte de là une monotonie accablante, un ennui difficile à supporter, des désirs ardents de repasser en France et de se réunir au sein de sa tamllle et de ses amis ; il résulte, parmi le peuple, 1cm vices les plus abominables, une entière corruption de ' mœurs, l'abandon aux plus honteux désordres et des horreurs dont on ne peut avoir Idée que dans ce pays. Mais que (aire, dira - t - on, si cet Etablissement ne comporte pas d'y souffrir de femmes? Que taire ? 11 faut le réformer ou l'abandonner tout à fait. Faut-il, pijur favoriser une Compagnie de commerce, peupler La Calle d'habitants plus coupables peutêtre que ceux de Sodome et de Gomprrbe I Faut-il arracher des pères à leur famille, des entants & leurs parents, pour eu faire des monstres en Barbarie !
■ A ce premier inconvénient ajoutez, mon cher Docteur, l'air malsain du pays, corrompu chaque été par les exhalaisons de trois grands lacs qu'il serait tacile de dessécher en les faisant communiquer avec la mer dotf Ils sont peu distants. Ce travail, il est vrai, occasM^nerait quelques dépenses à la Compagnie ; mais i^cqmblea d'hommea il conserverait la vie ! Quand le temps des maladies arrive, et j'ai actuellement sous las yeux ce cruel tableau, l'bdpital en
peu de jours est plein de malades. Une fièvre ardente circule dans les veines de ces infortunés ; en moins de quatre jours, leur existence est terminée. Ces symtOmes effrayants, l'air brûlant et lourd que Ton respire, le son continuel d'une cloche lugubre, les hommes frappés de mort à la fleur de Tâge, tout jette l'effroi dans les esprits. L'on ne parle. Ton ne s'entretient que de morts et de mourants ; chacun craint pour soi^ et celui qui est en santé semble n'en jouir que pour ressentir plus vivement les peines de l'esprit. Combien l'imagination effrayée n'en a-t-elle pas précipité dans le tombeau 1
9 Jugez, d'après cela, de ce que doivent être les habitants de La Calle. Il se fait de temps en temps des recrues à Marseille, pour peupler ce Comptoir, que les maladies et l'abandon fréquent de ses habi tauts, oblige à renouveler. La Compagnie reçoit, indistinctement, tout ce qui *se présente, sans examen, sans information. Pour être admis, il suffît d'avoir des bras. Si elle ne voulait que des honnêtes gens, La Calle serait déserte et elle le serait pour longtemps. L'honnête homme ne s'expatrie point pour gagner peu et risquer beaucoup. Aussi, cette Place n'est-elle habitée que par des hommes sans asile, sans établissement, sans ressources ; des hommes, la plupart flétris par la Justice, ou poursuivis par les lois ; des hommes perdus par le libertinage, la débauclie, sans principes de religion, sans le moindre sentiment de probité. On en a vu de la troupe de Gaspard de Bèze, chef de voleurs exécuté à Aix, il y a quelques années ; on en a vu, dont les épaules attestaient les mœurs et la conduite ; enfln, j'en connais un à qui l'on écrivit cette lettre caractéristique : « Je 4*apprends, mon ami, que tu as été rompu vif à Aix, il y a huit jours. » Vous serez peut-être cu-
vieux "de saTOir comment il est possil^e de vivre en sûreté, au miliea d'une troupe d'hommes de cette nature. Ces scélérats, n'ont point, ici, d'occasions fréquentes de se livrer au crime. D'ailleurs, aucune mauvaise action ne peut-être impunie. Le criminel, renfermé en une doublé barrière, la mer d'un côté, sur laquelle personne ne peut s'embarquer sans l'avœu du Gouverneur; la terre d'un autre côté, où il est impossible d'errer seul, sans être égorgé par les Maures.
» Excepté les grands crimes, les autres actions sont presque impunies à La Calle. Le Gouverneur n'y a que l'ombre de l'autorité. Il est forcé de ménager cette canaille, toujours prête à se révolter. Il ne punit le particulier qu^autant que celui-ci n'a point de parti pour le soutenir, et cette punition se borne à la prison ou à être renvoyé en France par le premier bâtiment : si arrivé à Marseille le coupable a envie de repasser, il suffît qu'il se présente au bureau de la Compagnie, sous un autre nom.
» Plusieurs sont revenus à La Calle à l'aide de cet artifice, en se moquant de Tautorilé du Gouverneur et de ses menaces. Il y a plqs : les fautes deviennent une spéculation d'intérêt pour ceux qui ont envie de retourner dans leur patrie. La Compagnie a coutume de faire payer le passage et la quarantaine a tous ceux qui reviennent en France. On leur retient à La Calle, sur leurs modiques salaires, la somme nécessaire ; et ceux qui ne peuvent la donner sont forcés de rester ou de commettre des fautes assez graves pour que le renvoi devienne une punition. Dans ce cas, argent ou non, on les fait embarquer.
» Il y a, à La Calle, plusieurs postes où Ton fait une garde continuelle. Les soldats de faction sont tenus de sonner et de répéter toutes les heures. De l'autre
côté du port, hors de.la Place, ^ une éminence sur laquelle Ton a bâti un moulin assis sur une tour^ et défendu par quelques pièces de canon. C'est de là que Ton observe tout ce qui se passe au dehors et que le soldat de faction, à l'aide d'un porte-voix, en donne avis aux habitants de La Calle. I! a soin également d annoncer tous les cavaliers qui arrivent, ainsi que les bâtiments qu'il découvre en pleine mer.
» Le principal commerce de la Barbarie est accor^ dé exclusivement à une Compagnie établie à Marseille sous le nom de Compagnie Royale d'Afrique. C'est à la pèche du Corail que cette Compagnie doit sa première existence. Cette Pèche fut longtemps la base et le fondement de son commerce. C'était une récolte dont le produit calculé était réputé invariable, qui, seul, procurait et la rentrée des dépenses que néx^essite un grand Etablissement et les bénéfices qu'il doit donner : mais alors Ja Pèche était constamment al)ondante et belle ; les frais d'exploitation étaient beaucoup moindres, les débouchés autant et peut*ètre plus avantageux et quelque révolution qu'éprouvassent les autres branches du commerce de la Compagnie, la pèche du Corail suftisait pour la maintenir, sinon dans un état florissant, au moins dans cet état d'équilibre et de solidité dont une Compagnie de commerce ne doit jamais sortir.
» Depuis un certain nombre d'années cette Pèche a toujours été en décroissant. Aujourd'hui, elle est à un tel degré de pénurie, les qualités sont si faibles, si minces, que la situation de la Compagnie est totalement subordonnée au commerce des grains et de la laine, auquel elle joint celui des cuirs et de la cire, quoiqu'elle retire un bien faible profit de ces derniers articles.
9 La laiae, l'orge et le blé sont les denrées sur lesquelles la Compagnie gagne le plus : elle achète ses marchandises avec des piastres d'Espagne rognées. Elle enlève sur chaquç piastre la valeur d'environ là sols et les f^it passer en Barbarie pour le prix de 5 livres, piastres entières, et 2 livres 5 sols la demipiastre. Cette spéculation ne laisse pas que de donner un profit assez considérable, qui monte à environ dix pour cent. Les principaux Comptoirs de la Compagnie sont à La Calle, à Bône, û Tabarque et à Collo.
» Si le Négociant, dans les Indes et *en A mérique, est fier et despote, en Afrique il est bas et rampant. Il paie, et il paie très chèrement le droit d'acheter les productions de ce riche mais trop inculte pays. C'est principalement sur la Compagnie d'Afrique que tombent les plus fortes exactions. Les Puissances Barbaresques ne lui accordent le privilège exclusif de leiir commerce qu'à raison d'un tribut annuel et la forcent de prendre leur denrées au prix qui leur est offert par d'autres Marchands interlopes, quoique la Compagnie paie en tributs ce que ceux-ci paipnt en augmentation.
». Pour avo'ir la liberté de faire pécher le Corail sur les côtes du Royaume d'Alger et obtenir le commerce exclusif des grain.s, de la laine, de la cire et des cuirs dans ses diflérents Comptoirs, la Compagnie paie chaque année, au Dey d'Alger, environ cent mil le livres et s*oblige de lui envoyer deux caisse.s d*u plus beau Corail. Les droits que le Bey de Conslaiiline retire du bI0 qu'il fait vendre à Bône lui rendent prés de cent pour cent, et on lui paie pour la laine 4 liv. 10 s. par quintal.
D'un autre côté, La Calle s'est soumise à payer aux différentes tribus Arabes, qui l'a voisinent, des re-
venus annuels sous le nom de Lismcs (Lezmaj ; les Nations qui les reçoivent sont appelées Lismataircs.
» La Compagnie donne au chef de la Mazoule une demi-piastre (2 liv. 5 s.) sur chaque mesure de blé et. un quart de piastre pour chaque mesure d'ôrge. Les autres hordes retirent également un tribut relatif aux denrées qu'elles apportent ; l'on paie aux Merdas 500 livres, quoique le commerce n'ait pas lieu avec eux à La Calle et que le Bey de'Conslantine les oblige de porter leur blé à Bône, sur lequel il gagne à à son tour ; aux Nadis, 1^600 livres et ainsi par proportion à plusieurs autres Nations. Par un nouvel arrangement fait'avec le Bey de Tupis, pour établir la pèche du Corail dans ses mers, ce Bey doit par la suite, retirer annuellement près de 27,000 livres. Le Comptoir de Cîollo a également des. droits à payer à la Djcmda ou Tribunal de justice.
» Ces tributs, quoique exorbitants, sont dans le droit des gens et n'ont ri'en qui puisse humilier le Négociant... Mais ce qui avilit le Négociant Européen sur ces côtes, c'est le souverain mépris qu'il lui faut essuyer de la part des Maures ; ce sont [es vexations et les injustices qu'il lui faut supporter pour y continuer un commerce tranquille.
» Les habitants de La Calle y sont le plus exposés. Lorsque les Maures se présentent, il faut leur distribuer du pain, de l'huile, du sel et bien d'autres objets qu'ils exigent avec lierté. Si, fatigué do leurs demandes, on leur refuse la. moindre chose, ils font des menaces qu'ils exécutent presque toujours et avec d'autant plus de confiance qu'ils sont certains de l'impunité. Le mécontent se cache derrière un buisson, dans quelque défilé, et le premier Chrétien qui se présente est victime de ^on ressentiment. D'ailleurs, il n'est pas difficile à un Maure de mettre la Nation entière dans
ses intërôts» de sorie qu'au lieu d*un ennemi i*on en a cent â craindre. Il faut alors parler d accommodement, aj)aiser les mécontents et les Traités de Paix finissent toujours par tout accorder aux Maures. Maigrô cela, l'on n*est pasen sûreté. C'est, au contraire, quand les Maures nous voient sans défiance, qu'ils nous attaquent avec plus de succès. Ils commencent leurs hostilités par enlever une partie de notre troupeau, qui ne nous est rendu qu'aux conditions les plus humiliantes.
» Enfin, mon cher Docteur, pour achever de vous prouver combien le nom Français est méprisé sur ces côtes, il sufilt de citer la loi du sang. Si un Maure tue un Chrétien hors le temps de guerre, il doit payer 300 piastres, qu'il ne paie jamais; si, au contraire, un Clirétien tue un Maure, même pour sauver sa vie, la Compagnie est tenue de payer 500 piastres, dont on ne lui fait pas grâce d'un denier... Les Maures, qui profitent de tout pour nous piller, souvent assassinent un d'entr'eux, en déposent secrètement le cadavre aux environs de la Place, accusent les Chrétiens de ce meurtre et les obligent à payer.
» Il suit de là qu'il faut tout souffrir des Maures, tout leur accorder, oublier les insultes, supporter leur mépris et recevoir de ces Barbares des lois iniques et avilissantes. Par exemple, ne serez<vous pas surpris que la Compagnie n'ait pas le droit de nommer ses Truchonans f II appartient aux Maures qui ont toujours le soin de choisir celui d'entr'eux qu'ils connaisnaissent le plus propre à trahir les Chrétiens.
» Le Bey de Constanline s'est oblige, par Traité, à secourir les Chrétiens dans tous les cas ; toutes les fois qu'il le fait, il en résulte quelque nouvel impôt; il est môme quelquefois le premier à exciter des troubles, afin de se rendre nécessaire et xle faire payer chèrement les secours qu'il accm-de.
» Lorsqu'on obtint un CUef pour contenir les Maures de la Mazouie, ce Bey, à cause de qm^lques divisions, envoya un camp de 500 liommes, pour rétablir le bon ordre ; mais il exigea de la Compagnie, une piastre par homme qu'il fallut payer. Il n'y avait pas trop à se récrier. Mais l'année suivante, il réclama les 500 piastres d'usance et n'osant fonder ce tribut sur les secours qu'il avait accordés, il l'établit pour le passage de la rivière des Celbas (Mafrag), sur la route de Bône, quoiqu'il n'y ait ni pont» ni bateau, et que les Clirétiens n'y passent que très rarement, à moins qu'ils n'aillent à Bône par terre. Pour avoir la Paix, on se décida à payer et ce droit est resté. A ce trait, je pourrais en ajouter beaucoup d'autres de cette nature ; mais je crois vous en avoir assez dit pour vous donner une idée du commerce que Ton fait avec les Maures. »
€ Bonne, 12 janvier 1785.
9 A M. Fer r ter, à AUjcr.
» L'absenc3 du Bey et d'Agy Messahoud, de Conslantine, qui sont bien avancés dans le désert, ce qui rend les courriers pour chez vous, très rares, joint .aux expéditions suivies des bâtiments que la Compagnie m'aexi^diés, pour enlever le blé que le Mercanti nous livre, sont cause que je suis resté jusqu'à aujourd'hui, de répondre à la lettre que vous m'avez (ait l'honneur de m'écrire.
. « J'ai expédié, jusqu'à présent, 5,800 cafûs de blé, ce qui fait 200 caffis en plus de vos accords avec Agy Messahoud. J'ai actuellement sous charge un gros vaisseau. Il y a ensuite sur la rade, une petite tartane, et j'attends d'autres bâtiments que la Compagnie m'a écrit devoir bientôt m'expédier. Il peut y avoir
encore dans les diambres de hi ville et quelques Magasins aux environs, 2,000 caffis, ce qui ferait en tout 8,000 caffis à peu près.
» La Compagnie a bien tardé quelque temps de m'envoyer des bâtiments, parce qu'elle n*en trouvait pas ou qu'il fallait payer de gros nolis et que le blé n'avait pas de vente. La saison avancée est cause aussi que les temps à la plage et la grosse mer, ne nous permettent pas d'embarquer du blé; l'on ne peut pas faire non plus beaucoup de diligence à l'embarquement, à cause du peu d'Âmats et surtout cette année, par rapport à Tôlolgnemenldes chambres, où l'on a été obligé de mettre le blé, attendu la quantité qu'il en est venue à la fois. Si les gens de ce pays travaillaient comme chez nous, les affaires se feraient avec plus d'aisance et rien ne souffrirait ; mais on ne peut pas compter sur leur parole. J'ai été trompé pendant deux années ; ce* n'est que dans cette dernière affaire qu'ils n'ont pas varié. Cependant, de 8 à 10 mille, il y en a deux de plus qui font la charge de plusieurs tartanes et 50 mille piastres de plus, que l'on ne trouve pas si aisément, surtout en espèces telles qu'il le faut dans ce pays.
» J'en ai prévenu la Compagnie depuis longtemps ainsi que pour la laine de la nouvelle toison, que l'on méfait espérer venir toute; ets'ilen est comme Tannée dernière, qu'elle vient toute dans un mois, il faut avoir de gros fonds en caisse pour la payer, autrement c'est un murmure et un vacarme t'^rrible, comme encore des plaintes au Bey. Souvent, ce manque d'argent vous fait manquer la Traite: c'est aussi alors un travail de force et nous nous en faisons tous malades
» Agy Messahoud, parti d'Alger, a été en droiture au camp du Bey où il est encore. A leur arrivée à
Constaotine j'y enverrai notre Drogman, mais fau* rais voulu savoir auparavant si, lors du Traite fait avec lui, vous lui avez fait quelque donative ou quelque présent, parce que à défaut, il lui faudra donner quelque ehose : vous savez que c'est Fusage dans ce pays. Ainsi, veuillez bien me le mander pour ma règle et pour que cet Officier n'ait pas à se plaindre de moi. Je lui ai envoyé prendre une pièce de toile qu'il m'a demandé peu avant son départ pour Alger: j'attends qu'il soit de retour à Constantine pour la lui envoyer Elle est du prix de 45 piastres, que je ne lui ferai point payer, ainsi que je l'ai pratiqué dans tout ce qu'il m'a demandé.
» J'ai su qu'il nous avait fort recommandé dans diverses de ses lettres au Caïd et à Benadoux ; ils sont, l'un et l'autre plus honnêtes et moins difïici les dans le travail où les expéditions nous obligent, mais cela ne nous donne pas une meilleure mestire. Sur le blé, nous sommes au contraire plus mal qu'auparavant, attendu que les gnelbes (mesures) sont entièrement usées, fenduoB en divers endroits, amoindries par l'entrée qui est sans fin et les bords rongés ; le blé, rasé avec des bâtons qui, presque tous, sont courbes et qui forment un creux dans la guelbe. Le blé, cette année, est plus que jamais chargé dé terre qui donne une poussière insupportable et qui rend malades tous ceux qui assisteht à la mesuré. Le blé venu de Constantine a, outre cette terre,une poussière de chaux qui incommode non-seulement ceux qui sont à la mesure, raaisencoreles équipages des bâtiments, ce qui méfait craindre que la Compagnie ne trouve pas sa mesure à Marseille. Toutes les années, le Mercanti nous emprunte des guelbes et ne nous les rend pas toutes. Je prendrais patience s'il s'en servait lorsqu'il nous livre du blé, mais point du tout : ils ne font usage alors
qufi des vieilles, sous prétexte qu'elles sont plus lé* gères. Cepeadant, comme telles» ils n^ s'e^ servent pas lorsqu'ils reçoivent le blé des Maures. Je conoai» la raison qui fait agir ainsi Benadoux ; œtte diiférence de mesure fait qu'il en fait trouver raisonna* blement au Bey et qu'il a une bonne part pour lui qui lui rend considérablement, ce qui lui procure le moyen de donner gros à Agy Messahoud, au grand Ecrivain et d'augmenter son capital, diaque année, d'une forte somme, tellement que je ne crains pas d'avancer que ce Maure a actuellement au-delà de 45 mille piastres, ce qui le rend insolent et osé. S'il n'è* tait Benadoux. le Caïd serait plus traitabie. Outre que CHt Ecrivain l'irrite en lui disant que nous ne lui donnons pas assez, il afiaiblit nos donatives par le pillage qu'il fait sur tout, même sur ce que nous lui donnons. C'est l'homme le plus avide que j*ale jamais connu et qui liasarde tout sans aucuQ ménagement, parce qu'il compte fort et avec raison, sur la protection d'Agy Messahoud qui, jusqu'à présent, Ta épaulé en tout. Voilà, Monsieur, comme nous en sommes, malgré les grandes recommandations dont je sens un mieux être. Jugez un peu s'il n'avait été les peines que vous avez pris pour nous procurer quelque tranquillité et que les Etrangers eussent pu venir, comme de coutume, pour y enlever les grains.
» Vous sentez bien que le Bey, le Meicanti et les alentours du Bey n'ont pas vu avec plaisir la préféronce que le H. Paclia a donné, cette année, à la Compagnie ; cependant ils gagnent tous beaucoup, du moins veux-je dire le Bey et le Mercauti : lo premier gagne 13 p. par caffis^ et l'autre, par l'industrie de Son Ecrivain, n'y perd rien outre ses droits d'usage.
» Je ne suis pas s:urpris si Agy Messahoud n'a pas
été€6Q(ent du médecin Génois que Millanto lui a amené. Primo, il ne le lui avait pas demandé ; 2* «on air jeune n*a peut-être pas inspiré de confiance ; 3* la maladie d'Agy Messahoud n'est que dans son esprit» pour quelque afi^ire qui l'affectait, ce qui ne demandait pas de remèdes forts qui missent trop ies humeurs ni te sang en mouveiùent.
• Lorsqu'il me demanda de lui faire venir ie 0htrurgien de La Galle, je prévins ce dei*nier de la maladie d'Agy Messahoud; il lui donna quelque petit remède doux et lui dit qu'il n'en avait pas besoin, seulement de s'égayer et faire de l'exercice. Hais comme il ne voulait pas qu'il fut dit que ce Chirurgien fut venu exprés pour lui et qu'il tardât de se rendre à Constantine, et que j'en tirais parti, il ne le garda pas, d'autant qu'il connaît par lui-même qu'il n'a pas besoin de remède, mais bien d<) toute autre chose. Il se contenta de le laisser reposer quelques jours chez Agy Ahmed et le congédia ensuite.
9 II parait, par ce qu'on m'a dit, qu'il n'a plus le même attachement pour Millanto. Ce Tabarquin à*est grandement brouillé avec ie Médecin, au point que Millanto, à ce qu'on m'a rapporté, lui a dit qu'il a encore quelques sequins pour ie faire assassiner à Gènes. Le Médecin a une obligation de la part de Millanto, ou, pour mieux dire, de la maison Fabrega de Gtônes, comme quoi on lui accordait deux cents sequinspour venir traiter Agy Messahoud Ce Médecin est à Constantine où il traite Assem Bâcha. Ils sont contents l'un de l'autre. L'on dit que le Bey, lors de son départ avec son camp, a dit au Médecin d'attendre son retour. J'ai cependant entendu dire que la maladie de cette Paissance est inguérissable.
* Vous me marquez que les cuirs et les laines se vendaient bien à Marseille. Nous ne pouvons pas pro-
fiter beaucoup sur. ces premiers» puisque les Oarrasin (Kherazin-cordonniers), nous les enlèvent tous à plus haut prix que nous ne pouvons les acheter, et surtout les grands ; ils ont triplé lôu'rs tanneries de ce qu'elles étaient autrefois et vendent leurs cuirs aux Tunisiens. Quant à la laine, au prix que nous Tachetons et que la Compagnie la vend à Marseille, il n'y a presque point de profit. Elle a été heureuse de tout vendre, dans un dernier marché qu'elle a fait, autrement elle y aurait perdu gros.
• Je crains pour celle de la nouvelle toison qui, suivant les apparences, sera bien inférieure, attendu la maladie et la mortalité des bestiaux occasionnée par le manque de nourriture. Cependant, faudra-t-il la recevoir telle qu'elle viendra, et, sur ce qu'on a voulu me dire, elle viendra encore toute cette année, ce qui obligera la Compagnie à envoyer de gros fonds; je l'en ai déjà prévenue à l'avance...
» Le neveu du Bey ou soi-disant, est parti, le 3 décembre dernier, sur un bateau Ragusais, qui a chargé 400 calfis de blé pour AJexandrie. Il n'a pas dû toucher à Tunis k cause de la peste ; que ce fléau, quoiqu'il ait diminué, est encore bien fort, puisque, par les dernières lettres qui sont du 13 décembre, il y mourait encore 200 personnes par jour. A la un, l'on a reconnu que c'était la peste, et le Bey et Messieurs les Consuls, ainsi que les Négociants, ont commencé, le 16 novembre, de prendre des précautions contre cette maladie.
» Ce fléau ne s'est étendu que jusqu'à Bege, où il est mort beaucoup de monde, ainsi qu'à Bizerteet tout le reste du Royaume. A peine a-t-on pu semer le tiers des terres. Il était défendu à tous les fours de plâtre d'en vendre pour la bâtisse, il devait être livré en.entier pour les sépultures (1).
(I) Les tombes qui s«nt blanchies à la chaux^
» Un frère du Bey est mort. Tabarque, jusqu'à pré« sent, a été exempte de ce fléau. La Calle a une barrîère. Des ordres/ du Bey, ont été portés à toutes les Nations sur les frontières dé Tunis de ne laisser passer personne pour aller ni venir. Jusqu'à présent, nous sommes ici tranquilles. Dieu fasse qu'il en soit de môme te printemps procbain.
» Si le Rais du CoUo, qui avait insulté la cbaloupe de La Calle, sous le Cap de Rose, a été bâtonné par ordre du Caïd, ce n*a été que parce qu'il était ennemi de Benadoux et il s*est servi du prétexte de la cbaloupe pour passer sa haine sur ce Rais. Il ma fallu paraître comme demandant cette justice à laquelle j'étais présent. Ce sont là les ruses de Benadoux, auxquelles je ne me laisse pas surpreudre, d'autant qu'il m'avait donné à connaître qu'il en voulait à ce Rais.
» Les Vénitiens tiennent deux cliebeks à LaGalite, pour courir sur tout bateau qui voudrait aller et venir, et, lorsqu'ils en trouvent, ils font main basse sur tout. Leurs bateaux font de temps en temps acte d'apparition et restent deux ou trois jours, passé lesquels ils gagnent le dehors. Le Bey de Tunis, ditr-on, ne veut point entendre parler de Paix sans argent. Les vaisseaux ont beaucoup de malades dans leur bord; il parait que le Grand Seigneur ne se mêle pas de ces affaires.
» Comme vous voyez, entrés dans une nouvelle année, veuillez bien, Monsieur, que je vous la souhaite des plus iieureuses en. santé et que vous puissiez aussi bien réussir, comme vous l'avez fait cette année, «laus vos sollicitations auprès de Son Hautesse le Pacha. La Compagnie en a besoin, car il y a plusieurs années que La Calle et Le Collo lui donnent des pertes...
» Bourguignon. »
Tunis, le S8 ianTiernaS.
A Monsieur Ferrier^ à Alger,
n Un retour d'exprès p<Mir La CaUe Aie proeure l'oe-^ casion de répondre à la lettre que vous m'ayez fait l^bonneur de m'écrire le ^7 novembre dernier. La peste désole ce Royaume depuis neuf mois, éloignetous les bâtiments et met de longues lacunes à toute oorrespondanee. Ce lléau fait constamment, id, les plus grands ravages et on ne dirait pas trop si Ton faisait monter le nombre des morts des villes et de la campagne à 150 mille âmes depuis six mois.A Tunis, les journées les plus modérées sont de trois cents p^sonnes^et toute Toccupatlon des vivants est celle d'enterrer les morts. Heureusement on ne perd point courage, grâce au système du fatalisme qu'il faut prô* cber à tout ce qui est peuple dans l'univers. De sorte que te venin ne se répand point dans l'air et qu'en vivant emprisonné on peut compter sur la conservation de sa vie.
» Nous attendions l'hiver avec impatience, dau:^ l'espérance que les froids et les pluies détruiraient le germe de cette cruelle maladie. L'l)iver est presque passé sans avoir essuyé des froids et vu de la pluie, ce qui dans ce moment n'augmente pas peu la calamité publique; maintenant, toute notre espérance est dans les grandes chaleurs ; il y a encore bien loin, mais il faut bien vouloir ce que Dieu veut.
• Je n'attends, monsieur, que la fin de la peste pour quitter le pays et aller terminer ma carrière à Paris où on m'a donné une place de Secrétaire-Interprète du Roy, depuis le premier octobre dernier. Je vous prie de vouloir bien donner cette nouvelle à M. de Kercy *et à M. Desfontaines qui s'intéressent assez à ce qui me regarde, pour l'apprendre avec plaisir.
Veuillez bien ajouter à cela un million de compliments.
c Les Vônitit^ns ont disparu depuis longtemps et il y a apparence qu'ils ne reparaîtront sur ces parages que lorsque la peste aura cessé. On prétend que Ton est occupé, à Venise, à construire quelques vaisseaux pour remplacer ceux qu'ils ont eu Tadresse de jeter en terre sur la Sicile. Il a péri un vaisseau de premier rang et la frégate du furieux Chevalier Acogna, qui a eu ordre, avant de quitter cette rade, de nous restituer las groups et les sandais qu'il nous avait enlevés . . .
Vbnturb (i)
Bonne, 14 mars 178G.
« .... La pe^te à laquelle on ne songeait plus, vient de se renouveler chez les Nadia, et de se manifester dans notre ville. Il meurt icl,depuis le iO du courant, de cinq à six personnes par jour atteintes de cette cruelle maladie. Nous prenons des, précautions pour nous en garantir et i*ai fait poser aujourd'hui, à cet effet, une barrière au devant de la porte de la maison poiîr empêcher que les Maures y communiquent. Nous sommes dans une mauvaise passe et nous faisons tous des vœux pour que la mortalité n'augmente pas et pour la cessation de ce fléau. J'Instruis le Bey de ce qui se passe à ce sujet.
Barre, agent de la Compagnie.
Bonne, 21 mars.
• . * .. La peste fait des progrès en ville ; il meurt joumellemenl de 14 à 18 personnes.
(1) Le célèbre Orientaliste Veotare de Partdli, se trouvait alors mn Coasulat de Tunis. Nous le verrons plus tard tenir à Alger. Au raodient de rexpédiiion d*Egypte, Bonaparte remmena atec lut en qualité de Chef du Corps des Interprètes. Venlure succomka pendant rexpédition de Saint-Jean d'Acre,
i6 mars.
1.... Depuis nue leBeyamisdesDeiraaeti compagoe pour eoipëcher la communlcatioD des Natious pestllérées avec celles qui ne le soot pas, 11 n'est pas venu un grain de blé à noire marcM. Ce Prince voudrait préserver le reste de la province de la contagion, mais je pense qu'il n'y réussira pas. On a voulu me dire que diverses personnes en sont mortes à Constantine; ce (|u'il y a de sûr, c'ust qu'elle est parmi tes Senadja, Nalion de Maures entre cette ville et Le Collo. It est bien A craindre qu'en suivant la cdte elle ne gagne notre ville,
- Barui.
Bonne, 38 mars ITBIi Lettre au Bey de Conslantine.
> Seigneur,
* J'ai eu l'honneur de rëpondre,en dernier lleu.à la Lettre que vous me Ittes celui de m'écrire au sujet d'Aly Bey pour le reconnallre Uhef de la Mazoule, A la place de sou frère ; élant, Seigneur, comme vous êtes le maître du pays, vos ordres lurent exécutés au moment de leur réception par une lellre que j'écrivi» & ce Chef, n'ayant pu le voir ici A cause de la peste.
* Cet événement, Seigneur, auquel nous n'avions pas lieu de nous attendre, exposant la Compagnie à de grandsdommages, j'ose vous représenter, comme chargé de se^s intérêts, que la Chef destitué, lorsqu'il reçut de notre part.ù la mort de son père, la Oandour d'Iionnear pour lui succéder, promit au Truchement de la Compagnie, Votre Grandeur présente, la teneur de la dette rie 40 mille piastres dont son dit père Atidalla restait débiteur à la Compagnie, cette somme ayant passé en di\-ers temps dans vos coffres :
votre Grandeur n'ignore point tout cela. Seigneur.
> Vous savez, également, Seigneur, qu'Ali Bey, Chef actuel, lorsqu'il vous plût de lui enlever la CheflEerie pour en investir son père Abdalla, sous le Capitaine Garavaque, restait débiteur à la Compagnie de la somme de 5,000 piastres, dont i,800 lui fursnt avancées à votre sollicitation et sous votre cautionnement verbal,à Bonne môme, lorsque le dit Capitaine se rendit à cette ville, où vous étiez alors, pour vous y baiser la main, cette même somme de 5,000 piastres étant également entrée dans vos coffres en diverses occasions.
» D'après des vérités si constantes, permettez-moi de vous demander, Seigneur, puisque vous enlevez à la Compagnie, par tant de changements de Chefs, tout moyen de recouvrement de tant de sommes, quel sera son espoir, dorénavant, sur de si fortes dettes et sur quel débiteur peut-elle faire ccls aujourd'hui ? — Vous êtes trop juste et trop éclairé. Seigneur, pour ne pas voir et toucher que dans tant de troubles et de changements qui épuisent le pays, qui en empêchent la production,et, par conséquent, les recetles, la Compagnie seule, plutôt que toute autre, est toujours la victime de ces tristes événements ; je dis plus, Seigneur» et la chose est incontestable: si de pareils troubles ont de nouveaux exemples, cette Place do La Galle touche malheureusement au moment de sa ruine par la perte de tant de sommes, d'un côté, et par plus de dépense que de profit de l'autre.
^ D'autre part et pour comble d'accablement, à peine paraît-il parfois, lors des récoltes, quelque peu de denrées à cette Place pour sa subsistance, soit pour fournir au Chef de la Mazoule et ses besoins et les moyens de payer la Compagnie, que des ordres de votre autorité, Seigneur, et des cavaliers sur les
Ëhemins, de la part d« vos Officiers, en empêchent te transport pour taire passer à BoDue cette denrée : cet événement, inconnu par le passé, est arrivé l'anoée dernière, qui nous a fourni A peine la provision de ta Place. Quelle ressource reste-t-il d'après cela à la Compagnie, Seigneur, pour se refaire de tant de Lismes qu'elle paye dans le pays, soit ici comme à Alger, si . ù chaque année votre Grandeur trouve le moyen de l'en empêcher pour attirer tout à Bonne ?
» Ce n'est point de la façon, Seigneur, que l'Illustre Divan d'Alger, en accordant A la Compagnie le pri%'ilége du Commerce par mer comme par terre sous la redevance d'immenses Lismes, a prétendu qu'elle fut traitée. On ne paye jamais de Lismes pour taiic un commerce sans pourtant le faire pour en être empêché.
> Dans le temps de vos prédécosseurs. Seigneur, et même au commencement de votre glorieux règne, ta Compagnie avait le bonheur de trouver plus de ressources dans leurs bontés et les vûtres, par la liberté de commerce et la tranquiltilé de la Maisoule ) nous remplissions annuellement, selon le plus ou le moins de récolle, nos Magasins de denrées de toutes les Nations, de près comme de loin. Cependant ce n'est plus la même chose aujourd'hui, et, depuis plus de dix ans, touta disparu, quoique le bièsoit abondant bien souvent dans tes Nations mêmes Lismalairesde taCompagnle, pour raison de commerce, comme les Merdas et autres, les Lismes ne pouvant avoir que cet objet et tellement que pour peu que cela continue encore, ta Compagnie sera ou obligée de subatanter celle Place, de France même, ou forcée de l'abandonner entièrement par la privation de ses droits quoiqu'elle en paye exactement la teneur A Alger.
• Tel est l'état des choses. Seigneur, depuis long-
temps ; ma qualité de représentant de ia Compagnie^ m'a souvent obligé et m'oblige encore, de nouveau, de représenter à Votre Grandeur, le triste tableau de notre situation. Si votre bonté et votre justice ne viennent généreusement k notre secours, il ne restera bientôt à la Compagnie d'autre perspective que celle de la ruine Inévitable et, forcée par là, de représenter à rillustre Divan d'Alger sa triste situation.
» Vous êtes, Seigneur, notre père et nous sommes vos enfants ; en cette qualité, nous espérons avec confiance que vous effacerez de notre visage la honte de notre ruine sous un régne si glorieux que le vôtre, et quen qualité de Lismataires d'Alger, nous trouverons dans vos bontés un protecteur équitable dans le soutien de nos droits, soit dans la liberté du commerce de la denrée, soit dans la tranquillité de la Mazoule, sans laquelle le pays n'est plus habitable, et soit enfin dans le recouvrement de la somme de 40 mille piastres sur le nouveau Chef, puisque vous nous avez enlevé l'autre, dans le cas de bonne récolte oii votre équité ne permettra pas que des cavaliers sur les chemins interrompent le commerce de cette Place.
» Si notre prière trouve grâce dans vos bontés,
nous ne cesserons d'adresser des vœux au ciel pour
le bonheur de votre glorieux régne et la félicité de
vos jours.
Râmel.
' 0 Bonne, le 28 mars 1785.
« A M, Février, à Alger,
n Sans vous ennuyer par des répétitions inutiles, je joins ici le double de la lettre que je viens d'écrire au Bey, au sujet d'un nouveau changement d'un Chef ii la Mazoule. Je vous assure. Monsieur, que, si cela
continue^ ce Prince sape la Compagnie dans ses fon* déments en appauvrissant et désolant le pays, et en ôtant à la Compagnie tout espoir de recouvrement des sommes dues par divers Chefs et celui encore de renoncer entièrement à tout commerce de denrées dans ces contrées.
» Je passe en France par congé absolu, M. ilmalric, négociant de Marseille» m'ayant succédé....
» Rambl.
» P.'S. — A propos, je dois vous dire queia peste de Tunis 8*est étendue jusques aux environs de La Calle et en deçà, vers les plaines de Bonne. Ces gensci, cnticliés d'une prédestination aveugle, ne prennent pas plus de précaution qu'il ne faut. Je ne doute pas que ce mal n'infecte peu à peu tout le Royaume. M. Venture m'apprit, en dernier lieu, qu*il avait déjà emporté à Tunis et ses environs 150,000 âmes. Je parie d*un mois et demi ; depuis, ce mal, qui semblait avoir suspendu ses ravages, ayant repris avec plus de fureur, je vois, d'après ce compte, que cette infortunée ville et ses entours en sont pour plus de 250,000 âmes. Je vous parle d'après diverses lettres de Tunis, de Bizerte et de Tabarque. Quelle rafle ! >
« Bonne, le 1" avril i785.
• M. Guibert, notre Caissier, partira pourConstantine avec notre Caïd Mercanti, dans peu de jours. Je le chargerai de parler au Bey pour la réparation des Magasins que nous tenons de lui en rente: lui payer 300 piastres de Constautine Fatinée et ne pouvoir y rien mettre dedans à cause que la pluie perce les terrasses, c'est fort désagréable. Il y a deux ans et demi qu'il me manque de parole. Son Caïd Mercanti ne fait qu'y passer un peu de chaux qui ne tient qu'à la pre-
. miëre pluie, passé quoi, ils sont aussi mai arrangés qu'auparavant...
» Le nombre de bateaux et vaisseaax ainsi qu'autres bàtimenls qui doivent composer TEscadre Espagnole est bien considérable, mais les Algériens, qui en sont informés, se préparent depuis longtemps. Je souhaite que ces troubles ne nous occasionnent rien
de mauvais.
» Bourguignon. »
« Bonne, le 21 avril 1785.
» La famine qu'il y a à Tripoli de Barbarie oblige le Pacha Bey d'expédier des bâtiments à Bonne pour chercher du blé...
» La peste, à Tunis, continue à faire toujours beaucoup de ravages. Il y en a encore aux environs de La Galle.
» Tabarque est attaqué de ce mal, et,quoique l'endroit ne soit pas peuplé, il y meurt assez de monde et beaucoup plus chez les Nations qui Tavoisinent. Je regarde comme un miracle que nous n'en soyons point encore attaqués, par le peu d'attention que l'on porte à empêcher que des Maures des Nations où ce mal est, viennent en cette ville.
» La Mazoule est en désordre, tous les habitants en désertent ; le nouveau Chef, Ali Bey, s'attrape où il peut et déshabille ses Nations pour pouvoir remplir ses obligations auprès du Bey, etc...
» Je vous ai fait part du changement de notre Drogman Mahmoud, que le Bey a remplacé par Osman Martegal, Français ruiné, qui, dans le temps^ a mis le désordre dans la Maison de Bonne. Voyez de nous débarrasser de ce nouveau Drogman, et faites-nous rendre Mahmoud qui est doux, docile, honnête, incapable d'occasionner de brouillerie.
» Bourguignon. »
Donne, le 30 mai 1785.
A Monsieur Février, chancelier à Al'jer
• La Coir.pagnie espftre que vous aurez porté le Beyàëtre plus juste envers elle, en la ménageant
pins qu'il na fait dans les traitemeots et changements qu'il lait du Cliel de !a Maboule qu'il met, non-seulemeni lui le premier ot ensuite ses grands Officiers à contribution, dans l'espoir que la Compagnie se prêtera toujours aux demandes de ces Chefs, ce qui n'est plus aujourd'hui ayant pris le parti de ne plus rien avancer à ce Clicf quoi qu'il en mÉsarrivo.
Il Elle vous aura également écrit sur la défense du Bey aux Nations voisines de La Caile qui étaient en usage, de tous les temps, de porter leur blé à cette Pince, et que le Catd de Bonne enlève lorsi]ue ses cavaliers rencontrent de leurs gaffeles (caravanes), qui vont à La Calle. Cependant l'on payedes Lismcs à ce Chef et le Boy s'en empare, peu à peu. en se les taisant payer par le Chef de la Mazoule qui. sur ses ordres, oblige ces Nations A les lui payer et en fait fournir un mandat par le Gouverneur de La Calle, qui le lire sur nous. De manière que nous payons ces Lismes au Bey et non à ces Nations, et nous ne recevons pas leur biè qu'elles sont obligées de porter à La Calle. Il y a dix années que cette Place no fait plus de grain. Le Corail aussi ne donne plus, Fo't  cause qu'il devient plus rare, comme ù cause de la contrebande qu'il s'en fait avec les gens du pays et ailleurs...
0 Lesdernières lettres de Tunis nous disent que la poste y fait toujours de grands ravages. Presque toute la garniaon de Tabarquc a péri de ce fléau, et il n'y reste que très pou d'Iiabitanlu, ainsi que parmi les Nations voisines.
BnURGOlUNON.
Bonne, le 29 mai 1785.
A Monsieur Février, chancelier à Alger
a Je vous remercie de Tavis que vous me donnez du bruit qui court du dessein des Espagnols sur Bonne. La nouvelle en était publique dans cette ville et Ton se prépare en conséquence pour la défense....
Une petite tartanne de Saint-Tropez, allant à Tripoli de Barbarie, ayant fait erreur dans sa route, a donné dans notre golfe et mouilla avant bier soir à notre rade. Le Capitaine Lieutaud du Postillon y fut à bord, lui dit où il était et la tartanne repartit la nuit même pour Tripoli. Les gens de Bonne disçnt que c'est un bâtiment Espagnol qui est venu pour épier ce qui se passait. Comme nous sommes Chrétiens comme lui, ils disent que nous leur fesons la main. C'est là, comme vous savez, la façon de penser des gens de ce pays, qui ne distinguent pas les Nations et jugent qu'elles pensent toutes de même et ne forment qu'un corps.
Bourguignon.
Bonne, le 10 juin 1785.
A M. Février à Alger,
« J'ai avis de la Compagnie, par sa lettre du 31 mai, qu'elle a reçue la nouvelle de Mahon que le général Barcello avec une escadre composée de 4 frégates, 4 chebeks, 3 brigantins, 6 chaloupes canonnières et 5 à 600 hommes de troupes de débarquement, doit venir ruiner Bonne, le Collo et Bougie. Je viens de donner cette nouvelle au Caïd qui va expédier deux cavaliers au Bey. J'en profite pour demander à cette Puissance d'envoyer à La Calle nos effets et de charger le reste sur quatre bâtiments. A défaut, je la prie de me per-
metlrc que je fasse porter â la campagne nos effets que nous accompagnerons. Je lui demande aussi de nous recommander au Caïd, pour éviter que nous ne soyons ni pillés, ni insultés.
t Des lettres de Tunis,du 18 mai, disent que la peste était encore plus allumée que iamais ; deux janissaires (le la Nation en sont morts, ainsi que trois religieux. Les Vénitiens sont sur la ciMc de Tunis, ils disent qu'ils veulent forcer le Bey à faire la Paix. BOUROOISNOM.
• Bonne, le VJ juillot 17S5.
A M. Février.
» ...3c vois lus promesses que le fiey et Agy Mcssalioud vous ont faites et à M. de Kercy, à l'occasion du Oliel lie la Mazoule et du nouveau Drogmau ; que ces deux personnages ne se conduisent pascommeils devraient; aussi, nous n'attendons qu'une occasion pour en porter nos plaintes. J'ai même commencé, avant hier, d'écrire au Caïd de cette Ville qui est avec son Camp dans la plaine de Bonne, pour le prier de mettre à la raison ce Chef qui inquiète beaucoup le Gouverneur de la Calle et vent absolument qu'il lui prête l'argent dont il a besoin pour payer auBey, ce à quoi il s'est obligé pour être remis en la place de ÏÏLef. Ce Gouverneur, qui a des ordres très précis de la Compagnie, de ne lui plus rien avancer, ni à tout autre qui pourrait avoir sa. place, lui a refusé constamment, à l'excoptiou de 1,500 piastres qu'il lui a avancées en diverses occasions, en sus de la Lismo de cette année, ce qui a telleraetil piqué ce Chef «lu'U s'est porté à défendre absolument à sa Nation de ne porter aucune sorte de grains à La Calle, et d'enipôeLer qu'aucune autre dos (ronlières de Tunis en porl»
aussi; il a enoore écfit à M. Amairic, qu'il ne voulait plus qu'il envoyai ses charrettes à la montagne pour y faire du bois, ni qu'il y fit paître ses troupeaux. Ce Chef, voulait encore que M. Amalric lui payât la Lisme de 1, 256 piastres qu'il paye au Bey, laquelle, depuis quelques années, du consentement du Chef Abdalla, la Compagnie paye pour le Chef, au Bfy.
M. Amalric lui dit là dessus qu'il n'avait qu'à le faire autoriser par le Bey, qu'alors il la lui donnerait.
» Les changements par le Bey, de ces deux personnages et leur conduite, vous feront juger sur quoi vous devez compter sur la protection dont vous vous flattez...
» Bourguignon. »
Bonne, le 21 août 1785.
. A M. Février.
<r liC Chef de la Mazoule qui ne disco/ilinue pas de tracasser M. Amalric pour des avances considérables qu'il lui demande, a enlevé, depuis huit ou dix jours, de concert avec le Caïd de cette ville, 1,200 bœufs, quelques centaines de moutons, les tentes, femmes el enfants de quelques branches des Nadis voisines de la Place de La Calle. Le Caïd, qui a eu la meilleure part du butin, est retourné ici depuis quelques jours. Nous avons craint, avec raison, qu'il ne nous eut apporté la peste avec son Camp, puisque les diverses Nations qu'il a dépouillées en étaient attaquées. Mais, grâce à Dieu, nous nous sommes trompés et la santé est toujours parfaite en cette ville.
» M. Venture m'écrit, en date du 17 de juillet dernier, qu'il ne mourrait que six ou huit personnes par jour de la peste à Tunis, mais que cette cruelle mala-
die faisait de grands ravages à Tripoli de Barbarie où il mo.<.rait journellement mille personnes, que tous les religieux qu'il y avait sont morts et avec eux une quarantaine d'Européens.
> Le sieiir Nicolet, que la Compagnie a fait passer ici depuis environ trots mois, n'ayant pu se procurer encore ni tigre, ni lion, objet pour lequel il est venu,me cliarjîe rie vous prier de l'aviser s'il pourrait se procurer actuellement ou dans quelques mois, quelqu'un de ces .animaux qu'on porte parloîs à Alger. Barre.
Bonne, le 27 septembre 1785 A M. Ferricr,
■ . . . . Des lettres que j'ai reçues de M. Venture, de Tunis,en date du l5coarant, médisent qu'onn'entend plus parler dans celte ville, ni dans aucune autre du royaume, d'aucun accident de peste depuis près do quarante jour^. Que le Fondouck des Français avait ùlâ ouvert le jour de la St-Louis, et que cliacun vacquait à ses nfiaires tout comme avant la pe.sle. M. Venture ajoute qu'il doit quitter Tunis A la &n de ce mois et qu'il attend Atout instant U. Adanson, ciriev.int premier Drogman et Chancelier à Alexandrie, pour le remplacer. Ce H. Adani^on est le fr6re du célèbre Académicien de ce nom, connu par des ouvrages estimés sur l'histoire naturelle.
» Je connais de réputation M. Desloiilaioes que vous me recommandez et en faveur de qui l'on m'avait déjà écrit dans le temps que j'étais Inspecteur à I.a Callc et qu'il devait s'y rendre. Je le verrai arriver avec hleu du plaisir et je serai tr**» charmé de pouvoir lui être utile. Je lui ai écrit à Constanline, oii El-Agy Mcssalioud m'a dit qu'il Était arrivé et j'espè-
re que nous aurons bientôt la satisfaction de l'avoir auprès de nous (i).
Barrb.
29 septembre.
• P. S. — Je rouvre ma lettre pour vous apprendre Tarrivée depuis ce matin de M. Desfontaines. M. Ni colet est arrivé de Constantine à sa suite; il s*est procuré un lion et deux autruches : j'espère que je no tar derai pas à en être délivré, ainsi que de tous ces animaux qui ne me plaisent guère dans la maison.
La Calle, 30 septembre 1785. A M. Février.
a M 'étant rendu à Constantine pour faire ma visite au Bey^ je fus étonné de ce qu'il me dit que les ûls d'Abdalla ne devaient rien à la Compagnie» que cet Abdalla avait payé avant de mourir. Cependant,avant la mort de ce Maure, je fis moi-même le voyage de Constantine pour le prier de nommer pour Chef de la Mazoulc, un flis cadet d'Abdalla qui se chargea, en sa présence et la mienne, de la dette de son père. Voilà que cette famille doitaujourd'hui environ cinquante mille Piastres et qu'elle ne se met guère en souci de payer.
» Voilà que le commerce de La Calle est entièrement perdu ; il n'y a plus de Corail, les mors se trouvent épuisées ; 5 à 600 voiles de Trapanais raflent tout, toutes les années : nos Corail leurs se dégoûtent, ne trouvant plus à gagner leur vie.
» Il s'est fait, cette année, environ mille cailis de grains à La Calle, dont partie blé et partie orge;voiià
(1) L'oovrage publié par Desfonlaines aor aon voyage en AlgcriQ est trop coDoo pour qo*il soit nécessaire de le rappeler.
tout le commerce que cette Placeafaitcetteannée. L'avidilé du Bey attire tout à Bonne et si la Compagnie ne trouve pas le moyen de ranimer son commerce en cette Place, elle ne pourra pas subvenir aux (rais immenses qu'elle lui occasionne.
» Bonne, le 28 octobre 1185.
■> A Messieurs les Directeurs de la Compagnie Royale d'Afrique.
» De retour da Conslaiitine, depuis avant-hier, je fis cliarger tons les effets et embarquer notre monde sur la (régate qui a été se réfugier A la rivière pour se mettre à l'abri du mauvais temps qui me délient malgré moi en cette ville.
1 Dès que !e temps rae le permettra, je me rendrai à La Galle et vous instruirai de ce qui s'y passe. Je ne puis, en attendant, que me rapporleràceque vous écrit H. Decindrieux, qui me marque que la peste s'est de nouveau manifestée aux environs de La Oalle; que, notamment, il y était mort le fds, la lemme et le frère de Jat)alla, notre Drogman Maure. li m'annonce que depuis mon départ, il ne vient plus de blé à la Place, ce qui ne saurait me surprendre, parce qu'il a augmenté à la Rabe où il est payé à raison de 16 piaa- Ircs, ce qui me décide à (aire usage de la permission que vous m'avez donnée d'en porter le prix A :t piastres la mesure, ce que je ferai publier dès mon arrivée ; ce prix sera encore moindre que celui d'Ici de Bonne..
i> Etant A Constantine et parlant au Bey de ia dette immense du Cliel Abdaila et ses enfants envers la Compagnie, et lui rappelant ce que M. de Kercy et Ferrier, d'Algt-r, lui avaleut dit pour les ordres (or-
mels que i*ai reçus de la Compagnie, de ne faire aucune espèce d'avance au Chef de la Mazoule, et d'entrer en compensation de compte avec lui ; j entendis, avec autant de surprise que d'indignation, la réponse du Bey, qui fut que le Chef Abdalla ne devait rien à la Compagnie, qu'il Tavait payée avant que de partir pour la Mecque, ainsi qu'il l'en avait assuré. Je lui répondis que cet Âbdalla lui en avait tellement im* posé que loi^u'ii décida de faire ce voyage, M. Ramel, mon prédécesseur, fit partir de La Calle M, Maurin, Drogman, pour Constantine, et qu'à cette époque lui, Bey, consentit à mettre El-Bey (El Bahy», Chef de la Mazoule, parce qu'il promit de rembouraer à la Compagnie les quarante et tant de mille piastres dues par son père; que ce père étant mort, je fis moimôme le voyage de Constantine en compagnie d'EI- Bey, et qu'étant tous les deux en sa présence, il renouvela sa promesse de se charger de la dette de son père. Qu'aujourd'hui, sans nous prévenir, il avait changé le Chef de la Mazoule en ' y plaçant un autre fils d'Adalla, débiteur en son propre d'autres cinq mille piastres, ce qui fait que cette famille doit à la Compagnie une somme d'environ cinquante mille piastres; que lors du changement du dit Chef, M. Ramel et moi lui avons écrit pour lui rappeler la dette et le prier de conserver nos droits ; qu'aujourd'hui, je venais l'en prier de nouveau et espérais de sa probité qu'il voudrait bien favoriser le Commerce de La Calle, pour mettre le Chef à portée de se libérer et la Compagnie de se payer. Le Bey me dit alors que nous avions fait cette année beaucoup de grains à La Calle, qu'il le savait. Je lui répliquai que nous avions, tout au plus, de quoi charger entre orge et blé de quatre à cinq petites tartanes, de 200 caffis l'une; alors il branla la tète en disant : Mi sabir.
• D'après ie résultat des conversations que j'ai eues avec l'Agy Mcssaoud, le grand Ecrivain, autres OrandsdeConstantine, le Caïd de Bonne et Benadoux, tous bs Grands qui font fa cour au Bey, loi font entendre qu'Ali Bey, le Chef actuel de la Mazoule, a tait venir cette année lieaucoup de blé à La Calle et que, par là, il portait un préjudice notable aux intérêts du Bey, moyennant quoi je ne croîs pas qu'il reste longtemps en place car le Bey m'a dit que cet Ali Bey lui avait acheté ia Cliefferie de la Mazoule pour le prix et S')mme de vingt mille piastres qui devaient âlrc comptées avant la fin do l'élë, qu'il n'en avait payé A compte que 1,500, qu'il retenait ses fera mes et ses enfants jusqu'au payement entier des 1?,&00 restantes, ù moins que je ne voulusse lui cautionner le payement de cette somme.
» Je lui répondis qu'il était le mattre do retenir la famille d'Ali Bey et que je ne pouvais en aucune façon ni'engager pour ce Cticf, puisqu'il savait que la Compagnie mo l'avait défendu. J'observai que cette réponse ne lui lit pa» plaisir. Il a cependant promis de payer le dommage fait aux bateanx que nous lui prêtâmes.
H Le Caïd de Bonne et Benadoux partisans du Chef déposé, m'ont assuré qu'il serait bientôt remis en place, et divers Maures de cette ville prétendent que <% Chef déposé a promis qu'en le faisant redevenir Chef, il ferait passer A Bonne toutes les denrées des environs de la Mazoule. Si cela est vrai, voilà que le commerça des grains bien plus lucratif ft La Callo qu'à Bonne, se trouvera entièrement anéanti. Il sera fort heureux si, dorénavant, nous pouvons parvenir à faire l'approvisionnement nécessaire aux habitants de la Place.
Aluaric, Gouverneur de La Calle,
Bonne, 3! décembre 1785.
a Agy Messahoud est mort du chagrin qu'il a eu de voir dépouiller par le Bey, son petit fils Ould Boubage et nombre de ses plus proches parents. On ignore encore qui remplacera Agy Messahoud, mort, dit-on, dans la disgrâce du Bey.
» La peste ne prend point fin du côté de La Galle. Le Caïd de cette ville a les ordres du Bey, les plus précis, de prendre les précautions que je lui prescrirai pour nous garantir de ce cruel fléau qui avait commencé à se manifester dans la plaine. Des cavaliers sont en campagne pour empocher la communication avec les Nations pestiférées.
Barbb.
Collo, le 21 mai 1786.
« Des lettres en date du 6 du courant, de
Bonne, m'apprennent que la peste y chauffe avec acharnement, et que cette terrible épidémie y moissonne tous les jours de 40 à 50 personnes. Dieu veuille vous en préserver. Quant à nous, je regarderais comme un miracle si elle ne nous rendait pas visite cette année ; la situation du pays et le caractère des habitants mettent un grand obstacle aux prë^ cautions que j'engage les Collins de prendre.
ff Depuis environ quatre ans, exilé dans ce maudit pays, pour ne point vous importuner, j'ai patienté contre toutes les tracasseries et demandes journalières des Turcs de la garnison. Cette dernière garnison que je vois partir avec plaisir, ma surtout beaucoup inquiété. Je vous aurais une obligation infinie si vous vouliez bien m'envoyer une Lettre du Pacha pour l'Aga et le Divan (de Collo) qui leur ordonne de s'en tenir, pour leur usage, ô ce qui est
coatenu dans l'Ottoman et de veiller mieux que n'ont fait leurs prédécesseurs à ce que les Maures ne nous tassent point de violences, lors des achats des cuirs que nous sommes forcés d'aller taire dans leurs mai-
HuauES, Agent àColio Bonne, 20 mai 178G.
• ... 11 serait bien à propos que la peste cessât ses ravages, et les apparences no le prametlont pas de sitôt. Ce cruel fléau a détruit plus de la moitié des habitants : la ville est déserte ; la mi>rtalitè est toujours plus effrayante : elle roule depuis assez longtemps sur 60 & 80 personnes par jour. Vous serez plus qu'lieureux si la Nouba (changée) ne vous porte pas la même désolation. ..
» La peste a enlevé, liier, 103 personnes.
Bonne. 13 aofit 1786. .
a ... tl y a près de quinze jours qu'il n'y a eu en celle ville aucun accident (le peste, mais il n'en est point de même dans quelques douars de la plaine et à Coiistantine oti l'on assure qu'il meurt plus de cinquante personnes par jour.
Bonne, le 5 septembre 178G.
( ... Leblèa été publié, par ordre du Bey, & 10 piastres; aussi les Maures ne se pressent point d'en apporter à notre tiazar, quoiqu'il en paraisse beaucoup: c'est presque tout blé de Liame. Le Bey a (ait Beylik des quantités de matamores (silos) de blé appartenant a feu Agy Messahoud. Il a également enlevé tout celui de son grand et premier Ecrivain ; de son Caïd de Delraet autresnotablesdu paya ; il n'y a enfin que
le CasDadar et le grand Courrier qui n'aient point été mis à contribution,
« P. S. La santé est toufours bonne en cette rille, mais quelques douars de notre plaine et Oonstantine sonl toujours inteetés.
24 septembre. — Sidi Braham Oasnadar a donné
depuis quelques jours sa démission au Bey, par mé-
contement. Ali, Caïd des Melcahlia, a été nommé à sa
place.
Barre.
Bonne, 17 octobre 1786.
« Je reçus dernièrement une Lettre du Bey qui m'annonçait que le, Pacha d'Alger avait résilié Tachât de 600 cafids de blé de Garame que vous aviez fait, pour ensuite vendre ce même blé à des Anglais, au prix de 37 piastres le caffls. Veuillez bien me dire ce qui en est.
» On a voulu me dire aussi que le Pacha d'Alger avait accordé une permission de sortie de miile caf^ fis d*orge à 9 piastres. Je suis presque assuré que le Pacha n'a point donné cette permission.
» LeCald, MouleyAssen,vient d'être destitué et remplacé par Cheikh Omar. Le Bey m'a écrit qu'il savait de bonne part que ce premier Caïd avait en dépôt, dans notre maison, de l'argent et des bijoux, et de vouloir bien le lui dire. Crainte que le Caïd Assen ne l'avouât lui-même, sous le bâton, et ne me con^promette avec le Bey, ce qui également l'indisposerait contre la Compagnie, j'ai répondu à ce Prince que ce serait honteux pour moi de lui avouer ce qu'a en dé^ pôt, chez nous, le Caïd Assen, et que je le priais de vouloir bien m'en dispenser, qu'il était pourtant le maître et que s'il voulait le savoir absolument il eut à me le dire en réponse à ma lettre.
» Benadoox, dont H. Boni^nignon vous a sonvent parlé, a été mis aux fers, ainsi que le Kalite, le Oald Qflbrt, l'EcrivaiD, etc.; 11 n'est point douteux que tous ces personnages ne soient dâpoulllës par le Bey, et l'on dit même que la plupart d'entre eux perdront la vie.
• Il y a eu, ce matin, une rébellion. Divers Tores avaient forcé la prison du Caïd et l'avaient fait réfugier chez Sidi Chili, d'où on l'a retiré de force. Ce Gouverneur doit être conduit A Constantlne, au premier jour, ainsi que les susnommés dont les affaires. Je pense, seront bientôt terminées.
Barre.
Bonne, le 17 janvier 1788, < .... Nous ne cessons d'avoir des difOcultés avec le Hercanti Omar, au sujet de la qualité de blé qu'il nous livre... J'envoie aujourd'hui notre Drogman auprès du Bey pour lui porter la montre de celui que Je refuse et lui faire les représentations convenables, afin qu'il ordonne à son Hercanti de discontinuer ses maltotes : de ne pas faire mêler du blé vieux avec du nouveau. Je me plains également, au Bey, du passe , droit qu'on nous fait en chargeant les bâtiments étrangers plus promptement et de préférence aux nfttres. > Le Oald Assen avait chex nous, lorsqu'il fut déposé, prés de 20 mille piastres. Je ne puis vous l'at&rmer cependant parce qu'il avait une cassette dont nouH ignorions au luste le contenu. Il avait, en outre, divers effets et bijoux que le Bey s'eet approprié, ainsi que de plusieurs Uagaalns orge et fèves : je ne crois pas me tromper en évaluant le tout A 30 mille piastres. Benadoux s'est bien mieux tiré de cette affiiire. Il en est sorti moyennant i& mUle piastres dont 5,550que j'avaisen dépOt furent réclamées par leBey.» Baub.
Le rètiâ>lifi8ement de la Paix entre les Espagnols et les Algériens, en 1788, avait renda œs derniers plus iimolents que jamais, il semblait que c'était particulièrement à la France qu'ils tenaient à faire quei^qe avanie et ils ne la ménageaient dans aucune circonstance. Leurs corsaires parcouraient les côtes de la Provence et y violaient les Traités en s'emparant des bâtiments Napolitains ou Génois qu'ils rencontraient dans les limites stipulées, et, cependant, s'ils venaient à y être pris par quelque navire ennemi, Us nous rendaient responsables de ce fait. Dans cet état de choses, M. de Eercy, notre représentant à Alger, pensa que le moment était venu de faire un nouveau Traité (1). On touchait à l'année 1789, et, aux termes de /a traduction française du Traité de 1689, les conventions réglées alors entre la France et les Etats fiarbaresques étaient sur le point d'expirer.
Le Traité de 1689 avait été, il est vrai, renouvelé en 1719, à quelques modifications prés, et la traduction Française portait dans l'un et Tautrecas une durée de
cent ans ; mais la Cour de Versailles ne savait pas si le Dey Mohammed ben Osman prenait pour base de ses relations le Traité de 1689 ou la rénovation de 1719, et il gardait le silence le pius absolu sur ce point.
M. Venture de Paradis, Interprète des Langues Orientales, fut envoyé en août 1788 pour sonder les dispositions du Divan, aider le Consul et comparer la version Française du Traité avec celle qui était entre les mains des Turcs. Il fut surpris de la différence notable qu'il remarqua entre les deux versions, pour la désignation de la durée des conventions. La version Turque du Traité de 1689.nîsa ratification, nepor-
(I) Rof .
tAHeottime ki veisioti Française, la limite de Mût ans : Faiticle 31 du TriUtô en Tore» disait que le traita de Paix ta ètô fàti pour être observé lûtigtempe et daoa la i^fication il était dit qu*ll dorerait à perpéini^
té, (i)
Louis XVI voulut recourir aux voies de négociation plus avantageuses qu'une guerre qui eût entraîné des dépenses qu'on n'était pas à même de supporter alors et qui ne pouvaient que jeter le trouble dans notre marine marchande et causer de grands préjudices aux Etablissements de la Compagnie d'Afrique. À ces motifs très puissants s'en joignait un autre non moins important : on manquait de blé en I^rovence et la Bégence seule en fournissait (t).
M. de Senneville; notre Ambassadeur, aitivaA Alger, le 6 mars 1790 avec les frégates Vlris et la Bellonne, Le négociateur, aidé de Venture, obtint le renouvellement du Traité pour Cent ans et une non* velie démarcation des limites pour la course des Corsaires près des côtes, à la portée du canon. 13,6î9 livres furent dépensées au compte de la chambre de Oommerce de Marseille en caftans offerts aux principales autorités d* Alger ; 309,608 livres en présents aux personnages qui pouvaient appuyer M. de Senneville ; près de deux millions comme annexe du Traité^ et pour la jouissance des trois Comptoirs de La Calle,de
(1) Moire profQsaear Bremier a mi maintes fois Toccasiopi de faire reisorUr, {>ar des exemples» les immenses InconTénlents de ces inetaeiiindes de iradaeUdD de ^oeneients iiollUqaes'oa dlyloma- Uqnee. AglssaDi le phis souvent sans contrôle, les Drogmans pon- Talent commettre des erreurs grates au point de tue des reUl^ons iotemàtionalek.
Bresnier pensait judicieusement que, pk^s fîiToris^ que nliqiptf ta quelle antre nation, la France recruterait i FaTenlr en Algérie. Véritable Bcote d'atsbtsants, ses Agents Consniaires et seè Drogmànt pour les BtatsBarbaresques: mais sa toIx n'a pu été entendue.
(9) Rang.
Bôœel de Oono. £a Qonnj^agiiie Royale fut imposée par la Rôgence à 2,000 sequins tous les deni^ mois, ce qui quadruplait presque la somme payée juaqa*alors ; en juillet 1790, cette eomme (ut cependant râdoite à 1^0 sequins (1)«
Le traita de Paix a^ec la Fraiice fat déânltintement confirmé en ces termes :
c Le sujet de cet éorit est qu'en rannée 1205 et le » dixième de la lune de DoulcaAda, sous le règne » de Huflseiù Dey, la Paix a été renouvelée, eonfor- 9 mément aux Traités et accords qui existaient avec le » Roi de France du temps de feu Mohammed Pacha. • En foi de quoi ceci a été écrit et registre en cet en* > droit le 10 Doulcaâda 1205 (16 juillet 1791.)
Signé : BussBiN Dby.
Gouverneur d'Alger, et dessous son Sceau.
Nous trouvons dans nos archives d'Alger, la trace authentique de cette nouvelle convention. A la suite de l'Ottoman, dont nous avons reproduit le texte plus haut, nous lisons d'abord :
a La cause de cet écrit est que, dans la présente année » onze cent quatre-vingt, sur la fin de la lune zihil- » quadé (ce qui revient au 28 may 1767), Armeny, » Agent du Bastion, résidant à Alger, ayant cessé de » l'être et Meifrun lui ayant succédé ; sur ce que An- » net Caissel, Agent du Bastion, longtemps avant 9 eux, avait établi une avoide ou droit consistant en 9 deux mille piastres courantes d'Alger pour scarpa 9 du Dey, et six mille saïmcs pour les quatre grands » Ecrivains de la Régence, avoide qu'il avait réelle- » ment payé, Mehemet Pacha ben Osman, Dey ac- » tuel d'Alger, et les quatre grands Ecrivains de la
(I) MéiDfiretdt la CongrégatioB de U aiMiOD.
> Régence d'uoe part, et U. Vallière, Cionsal de
> France d'aatre, sont convoaas et ont arrêté d'aban-
> donaerla forme dadltavoideètabli parledit Oals-
• sel ; que ce qui est passé à cet égard sott passé, et 1 qu'à l'avenir tout nouvel Ageot du Bastion ne sera 1 soumis à d'autre avoide lors de son arrivée, qu'à
■ celui de la distribution ordinaire d'étoiles, et,quaDt
> i l'avoide de l'argent ci-deasus (montant à trois
• mille deux cent quatre-vingt-treize piastres coa-
• rantes d'A.lger), il ue sera payé que tous les dix
• ans, à compter de ce jour, qu'il a été payé par le
■ dit Meilrun, Agent actuel, dont il est bien et vat lablement déchargé. ■
Signé : ?Ai.LiàRB, avec son cachet sur cire d'Espagne rouge.
Puis, à la suife. sur un teuillct dont le baut est légèrement rongé par le temps, Tient la mention suivante ;
• piastres d'ici de tro question
> d'AFrique palatt chaque deux mois à la Porte
> dire au Palais du Dey que la dite Compagnie
■ avec ses Actionnaires, aurait acquiescé à cette ( augmentation, — en conséquence, le Consul de
> France, résidant auprès de nous, et le Régisseur de
• la maison de commerce des sieurs Gimon, Agent
> de la dite Compagnie, se seraient présentés de-
• vant Son Excellence Uohammed Pacha, et, après ' avoir conféré ensemble, seraient convenus que la
• ci-devant redevance de mille deux cent vingt-une
> piastres d'ici, serait abolie ; qu'elle serait rempla-
• cée par une de quatre mille cinq cents piastres
> d'ici, de trois pataquès cbéqaes l'une, qui seront
> payées chaque mois, et qu'on contiauerait, en ou-
> tre, de payer au Bey du Levant, son droit d'usage » de cinq cents piastres d'ici, à Bonne, par chaque « deux mois: la susdite Convention a été faite de
* plein gré des deux côtés et à la satisfaction de cha-
• cnne des parties qui l'ont signée, bullée, écrit la » lune de chewal 1284 de l'Hégire, de l'ère chrétien- » ne, le 23 juin 1790. > . '
Signé : De Kbrct, avec son cachet en cire rouge.
et Parbt, Agent de la Compagnie.
Cachet du Pacha et parafe.
D^ns les débats qui précédèrent ce renouvellement de Traité, le Bey avait montré l'intention de retirer les Concessions d* Afrique à la France. Il les avait offertes à l'Bspagne qui n'en avait pas voulu et qui les sollicita plus tard ; puis il fut sur le point de les accorder au Bey de Constantine dont les demandes réitérées inquiétaient à Juste raison les Français. A la suite de nombreux débats, il fut décidé, comme nous venons de le voir, que ces derniers les conserveraient, mais que la Compagnie payerait désormais 2,000 sequins algériens (10.000 frO> toutes les deux lunes,indépendamment des redevances allouées d'habitude au Bey de Constantine et au Cheikh de La Calle (i)
M. de Kercy, notre Consul de France, céda bientôt son poste à M. Vallière (2) qui aborda,à Alger, le 15 janvier 1791. Ce fut la corvette la Poulette, comman-
(1) Rang Précès.
(9) Ce GoDsal Vallière B*eti pat le néme que celai qae nous aToni d^à Ta ploft haai occapant lei mémea foncliona à Alger. Celal-ei éuii aon fila ; életé à Alger, Il parlait parfaitement rarabe et atalt de Bombreas anla parmi lei iDâigènei.
déepar M. de Braeys, qui ramena. Trois mois après, ce bâtiment reparut : il venait . notifia au Dey le cbaûgement opéré dans le Pavilkm Français (les trois couleurs remplaçaient le blanc fleurdelysé). Un instant les Algériens faillirent se îùchér à ce sujet sous le prétexte que le rouge, leur couleur nationale, au lieu d'éti^ contre la bampe, ne flottait qu'au bas de notre Pavillon en troisième ordre. Une lettre du Directeui de La Galle àfinonce.en cestermes,que des objections analogues ont été faites aussi à Tunis.
r La Galle, 17 avril 1791.
* A M. Vallièrê, char gè d'affaires, à Algtr.
9 Je viens de recevoir des lettres de M. de Gbateauneuf qui, en m'apprenant son procbain départ pour France, voie d'Italie, me marque que le Bey de Tunis n'a point voulu reconnaître le Pavillon national, et que son refus obstiné en cela, est fondé sur Ijacertitude qu'il prétend avoir que le Dey d'Alger a tenu la même conduite à cette occasion. D'autres lettres, de Tunis, m'ajoutent que l'on y dit publiquement que votre Régence a demandé an nouveau Traité et 800,000 livres, sans quoi elle ordonnera à ses corsaires de courir sur notre nouveau Pavillon, j'aime à croire que ces bruits sont faux, et que le changement de Pavillon ne peut être capable de rompre la bonne intelligence qui a été consolidée par le Traité renouvelé
I l'année dernière...
» Peiron,
L t Gouverneur de La Callc, »
if t Lettre de la Compagnie Royale d* Afrique, à Sidi
^ Salah, Bey de Constantin^, du 16 septembre 179 ï.
» Seigneur, » Nous avons appris, avec une véritable douleur, le mécontentement où vous êtes du sieur Guibert, notre
if
Agent à Bonne, et nous en sommes tort sorprie ai* tendu (pie, depuis le temps qo^il dirige nos aUsIres auprès de vous, nous n'svons reconnu en lui que probité, désintéressement et désir de Toas être agréable en ménageant, tontefols, les intérêts de la Compagnie qu'il est de son honneur et de son devoir de regarder comme les siens propres.
» Nous pensons, Seigneur, que ce qui vous a prévenu contre notre Agent ne provient que des fansees relations qu'on vous a faites de lui et des caioaniies que des gens malintentionnés ont cherché à répandre ponr lui nuire auprès de vous.
» Il est vrai, Seigneur, qu'il a refusé de recevoir le blé gâté que votre Caïd a voulu lui livrer ; mais en cela il s'est conformé aux ordres de la Compagnie et au Traité qui a été conclu A Alger, par la médiation du Seigneur Dey, entre votre Vekll et l'Agent de la Compagnie : nous ne pouvons donc qu'approuver sa résistance et lui prescrire de nouveau de ne point recevoir du blé avarié à la place du bon blé sans mélange, qui nous a été promis, et qu'à cette condition nous avons consenti de payer à 31 piastres le Oaffis.
ê Nous nous sommes assurés, Seigneur^ que l'on vous cache le véritable état du blé que votre Vekil veut nous livrer, parce que nous connaissons trop votre justice pour croire que vous vouliez nous causer un préjudice aussi énorme que celui qui en résulterait, pour nous, si vous nous forciez à recevoir un blé que nous ne pourrions vendre ici que la moitié, tout au plus, de ce que nous le payerions. Nous en avons reçu la montre et nous vous assurous, Seigneur, qu'elle est en si mauvais état que nous ne pourrions point vous en donner 20 piastres si notre Agent ne nous avait marqué les avoir déjà offertes; cependant.
pour TOUS prouver notre bonne volontéet le désir que nous avons de capter votre bien veiUance, noua lui écrivons qu'il peut recevoir an mdme prix les 2,400 caffis qui vous restent, pourvu qu'ils lai soient livrés tout do suite et indépendamment des 4,000 caffia de Uè nouveau dont l'achat a été condu à Alger. Nous nous flattons, en outre, qu'en coosidératlon du saeriQce que nous faisons, vous lui ferez livrer, exclusivement, tout votre blé de cette année, jusqu'A l'époque d'avril prochain, au prix qui a été fixé A Alger, bien entendu que ce sera toujours sans mélangn, ni blé vieux, ni gdtâ.
» Nous pouvons vous assurer. Seigneur, que la Compagnie a perdu 5,000 livres l'année dernière et une somme impartante sur les blés de Bonne, reçus au commencement de cette année. Vous avez connaissance des Tributs considérables auxquels elle est soumise; elle serait hiantdt ruinée, si les affaires n'allaient pas mieux à l'avenir ; mais nous comptons sur votre justice' et nous espérons que vOus accorderez à une Compagnie aussi ancienne que la nôtre et qui voQs a toujours donné des preuves de l'attachement qu'elle a pour votre personne, toute la protection qu'elle croit mériter et dont elle a le plus grand besoin pour continuer son commerce.
> Nous serons toujours très empressés de taira tout ce qui dépendra de nous pour vous être agréables, et nous prierons sans cesse le Seigneur pour qu'il vous conserve...
I Le» Directeurs de ta Compagnie Royal» d'Afrique, Signé : DOLIBN, Ba.iibiIUO,
A.HT. Martin, Hifard. »
A Monsieur Valliire, Consul général de France a Alger.
Bonne, le 5 octobre 1791 .
t J'ai vu avec bien de la peine, par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'ècrire le 21 du passé, que notre situation politique auprès de la Régence perd tous les jours de sa faveur et que nous le devons à la position critique où se trouve notre Patrie depuis rinstant de la Révolution. II faut espérer qu'à présent que le Roy a sanctionné la Constitution et que les divisions intestines qui tourmentent notre Nation étaient à la veille d'être portées au comble, diminueront sensiblement et qu'un bon ordre et le calme succéderont aux orages qu'on cherche à dissiper. Dieu le fasse, c'est mon vœu le plus sincère. Je sens parfaitement que dans cet état de choses, qui ne peut que refluer aussi sur les affaires de la Compagnie, vous ne pouvez pas trop vous hâter d'obtenir satisfaction des injustices dont on l'accable, elle qui est tributaire d'une si forte somme à la Régence et que le Bey traite avec si peu de ménagements, malgré qu'il ne puisse ignorer que le Dey s'est montré ouvertement son protecteur en lui accordant sa Garame à 30 piastres et le blé du Bey â 31 »
GUIBBRT.
A Monsieur Valliére, à Alger,
Bonne le 28 juillet 1792.
t . « . . Vous avez raison de dire que la Compagnie' bat furieusement de l'atle. Je m'attends qu'elle sera forcée de quitter au premier jour, et bientôt nous devons savoir à quoi nous en tenir sur son sort, car je vois que c'est partout en août qu'on doit se décider pour ou contre son existence. »
» 19 ûdat.
P. -S. —Je ne m'attendais pas que trolè jours après ma lettpe noire Bey serait destitué. M. Sielve vous dira que j'avais terminé le Traité du blé pour 4.000 caffis à 32 piastres, et j^en avais déjà informé la Compagnie J'ignore à présent si le nouveau Bey voudra tenir cet engagement. Je serai dans l'obligation de retourner à Constantine incessamment. Cette révolution inattendue m'occasionne un bien grand dérangement. »
GUIBBRT.
Alger, 20 août 1792.
c Le Dey^ sur les plaintes qu'on lui avait portées que les bateaux de la Compagnie venaient pécher dans des endroits qui n'étaient point de leur ressort, m'a fait demander le Traité de la Compagnie, et,aprés examen, ayant vu qu'il leur était permis de faire la Péehe du Corail, même jusqu'à Bougie, il a écrit tout de suite qu'on eût à ne les point inquiéter, qu'au contraire on les reçoive bien et qu'on les laisse acheter toutes les provisions dont ils auraient besoin. Mais en môme temps, il m'a fait dire qu'il savait qu'il y avait beaucoup de Napolitains qui faisaient lemômemèUer et qu'il donnera ordre à ses Corsaires, lorsqu'ils partiront, de prendre tous les bateaux qui n'auront point une expédition Française. »
Vallièrb.
Nous voici arrivés à nne époque où de graves événements se produisirent à Constantine et exercèreht urne oertaintt inïlaence sur nos af^ires comnierdates. Satah Bey gouvernait cette Province depuis vhijgt-elun ans. Brave et intelligent, il accomplit de grandes choses ; mais, dans les diemfers temps de son rogne,
Us^UaiifflMd^ nombreux ennemis* Le Pacte d'ÂU ger, aiMiuel on orait insinoè que 8alah Bey n'atait exèeaté des travaux à Conatantioe qoe pome se reodre indépendant, prononça sa destitution. Ibrahim Bey vint pour le remplacer; mais à peine depuis trois jours avait-il rejoint son poste, que Salah Bey et ses partisans-l'assassinaient et se proeianMiieDi en effet indépendants. Le Pacha prit aussitôt toutes ses mesures pour réduire Salah Bey par la force et empocher en tous tes cas qu'il ne s'enfait. La lettré suivante a trait à cet épisode.
t iOger» le 23 août i7d3.
• A M, Guibert, agent à Bonne,
9 D*ordre du Dey, je vous fais à la hâte deux lignes, poiMT VOUS taire pacvenir ses volontés, qui sont que vous donniez, bien g^de de favoriser l'évasion de Salah Bey, s*il se présente chez vous pour s'embarquer. Il veut qjue vous donniez ordre à tous les bâtiments Français^ de se tenir au large et même de faire voile, s'il est nécessaire, menaçant de rompre avec la Nation si le dit Bey. parvient à s'échapper par le moyen deiqpelqu'un.denos bâtiments. Il veut aussi que vous refusiez l'asile â ce Gouverneur, si le cas fait qu'il veuille se réfugier dans votre maison. Tels sont^ Monsieur, les ordres du Souverain, qu'il m'a fait intimer par. notre Brogman. Il a nommé Hassan Pacha, pour remplacer Brahim Bey queâalah a tué.
> P.-S. -^ U août — Ma lettmfiniè, on reçoit ]a< nouvelle que l'ancien Bey de Oonstantine avatt eu le moyen de se niettre en liberté, et de tuer, de su propre main, son successeur dont il a fait massacrer la suite, eo|upQ$ée de soixante personnes. Attasitôt, le Déy a lait partir l'Aga et le Vekil Khardji de la Marine,
avec des troupes, pôar aller contre ce Qottfemeur ; il me fit dire, en mémo temps» d'écrire aux Agents de la Compagnie de se donner garde de favoriser son évasion. »
> ASTOIN SiBLVI. 0
t A MesBieurs le$ Directeurs.
» Alger, le 29 août 1792.
» Jusqu'à cette heure, il n'y a eu aucune décision de l'affaire du Bey de Constantine. L'Aga et le Vekll Rhardji de la Marine, ont demandé des renforts, parce que Salah Bey est en forces pour soutenir la démarche qu'il a faite et pour pouvoir forcer le passage, dit la Porte de Fer, (1) par où il faut qu'ils passent, que ce dernier a fkit occuper, et du haut duquel il peut les accabler facilement. Le Dey est inquiet des suites qu'aura cette désobéissance ou pour mieux parler, de cette révolte du dit Bey.
» Ce Prince ne s'est pas contenté de m'avoir fait expédier un exprés pour informer de ses intentions les Agents de la Compagnie ; il a fait partir dans la nuit du même jour un bateau, pour porter l'ordre de faire partir sur le champ tous les bâtiments de quelle Nation qu'ils soient qui se trouveraient à Bône, Collo et La Calle, afin d'ôter tous moyens au Bey, de s'évader. Il prend toutes les mesures possibles pour terminer bientôt cette révolte : il a renforcé de cinq cents Turcs ies troupes qu'ont menées avec eux, l'Agha et le Vekil Khardji. L'on prétend même que le Bey de Titery a ordre de marcher : on craint cependant qu'il ne puisse parvenir à le réduire, surtout
(t) Las Biban, à l'entrée de la Medjana, sur la roaia d*Alf er à Goaa- UBUne, aotrement dit les Portea de Fer. Vttr à et aajet, non btatelradta MektrasI.
s'il a la proTlQce pour lui. ht» Ifadres du cdU de Stora, oat profité du eommeacefflent de ras dteordres pour s'emparer de deux bâtiments Espagnols qui chargeaient du bled de ces côtés lA et en ont mis nuds les éqaipi^KS, après avoir pillé tout ce qu'ils ont pu emporter et détruit tout ce qui ne pouvait pas se transporter.
> Cet ëvénemenl inattendu ne peut. Messieurs, qae déranger le commerce des Pays soumis à Salah Bey, et porter préjudice & celui de la Compagnie dans ses Concessions. Il est k désirer que les choses ne re^ tent pas longtemps dans la confusion ob elles sont actuellement ; pour peu qu'elles durent, 1« province de Constantiiie s'en ressentira tnrleusunent, pour ne pas dire qu'elle sera perdue.
• Las Maures ont enlevé aussi tout le bled qne le Bey avait fait ramaseer dans l'endroit 0(1 les deux bâtiments Espagnols ont été dëprédés.
> Ij'od pense généralement, ici, que ce sera le Vekll Kliardji, de la Marine, qui sera Bey de Conslanttne au lieu d'Hassan Pacba, qui a été effectivement nommé comme je vous l'ai marqué le 24, é ce Gouvernement, pour remplacer Brahim Bey tué. Depuis 90» retour de soo ambassade de Constantinople, il parait revenu des mauvaises Impressions que l'on lui avait lait prendre contre la Nation et contre le Consul. Sa nomination serait favorable à la Compagnie ; suivant les apparences du moins, elle n'en aurait pas à se plaindre plus que de Salah Bey, surtout al on parvient & gagner, dès le commencement, sa bienveillance.
P. S. — Da même Jour.
> Il vient d'arriver deux béUments Espagnols de Bonne, qui m'ont apporté des lettres de H . <2utbert.
ett date du 23 de ee mois, par tosqualles il me marque que tout est confusion dans cette ville Ik; que le commerce y est suspendu depuis le 17 et qu'il allait vous expédier, un bâtiment pour tous en faire part.
« L'on débite actuellement qae vingt mille hommes entoureiït Constantine et qae tous les Cheikhs des environs sont contre le Bey qui, de cette façon, n'aura plus d'autre moyen de se sauver que de se déguiser et de sortir de nuit pour s'enfuir dans le désert. La résistance lui deviendra inutile. Fasse le ciel que la tranquilhté renaisse bientôt !
ASTOÏN SiBLVB.
A Messieurs les Directeurs, à Marseille. (Voie de Mahoh.)
. « Alger, le 3 septembre 1792.
» Je me sers d'un bâtiment Espagnol qui part pour Mahon, pour vous faire ces deux mots, afin de vous informer que le 31 du passé, après midi, divers courriers apportèrent au Dey la nouvelle que Salah Bey a été arrêté, poùt la seconde foid, par lé Camp des Turcs qu'il y a toujours auprès de Constantine et qu'on s'était assuré dé sa personne. Cette câpture'a. été faite avant l'arrivée, au dit Constantine, de l'Agba et du Vakil Rhardji de la Marine. Cette nouvelle a fait un extrême plaisir à ce Prince qui envoya aussitôt dire à notre Consul qu'il n'avait qu'à écrire à M. Gùibert que, si quelque bâtiment Français avait souffert le moindre dommage de ces troubles, Il le ferait dédommager. Il n'y a pas doute, Messieurs, que la prise de Salah Bey aura fait renaître l'ordre et la tranquillité dans la province de Cona^ntine, et que le commerce reprendra son cours ordinaire.
» Je pcQse aussi que Hassan Pacha, qu'on désigne loueurs pour nouveau Bey, ne fera aucune difficulté de ratifier le Traité fait avec l'ancien par M. Guîbert, pour Textraction de quatre mille cafiis de bled. Il ne manquera pas d*aller trouver ce nouveau Bey aussitôt qu'il saura son installation et sa prise de possession de son Gouvernement. Je suis impatient de recevoir des lettres de sa part.
9 Je dois porter, le 6, la première Lisme de cette année de Thégire 1207.
» ASTOIN SiELVE. »
A M. Guiberty agent à Bonne.
a Alger, le 6 septembre 1792.
» L'on vient de m'avertir qu'il va partir dans un moment un courrier pour Gonstantine. J'en profite pour vous informer, par ces deux mots, que je ne fais que de sortir de chez le Dey, qui m'a réitéré que je navai» qu'à vous écrire devons rendre auprès du nouveau Bey de Gonstantine, de lui expliquer tous les privilèges accordés à la Gompagnie par les Traités, et de lui faire connaître la manière dont vous traitiez avec l'ancien Bey et les accords que vous aviez faits avec lui. Que vous n'aviez qu'à vous accorder avec ce premier et que lui. Dey» lui écrirait pour lui ordonner d'observer strictement les conventions du Traité et pour lui recommander les intérêts de la Gompagnie.
» ASTOIN SiBLVS. »
t Alger, 6 septembre 1792.
c Le Souverain de ce pays a toujours son dégoût pour la Française et son goût pour l'Espagnole (s'entend la Nation). Il a enlevé à la maison de M. Gi-
moD, les laines et les cires d'ici et les huiles de Bougie, pour les donner à une espèce de marchand Espagnol établi ici, depuis peu, qui avait été ci-devant son esclave et qui Tavait servi en qaalité de cafedji. »
« La Calle, 10 septembre 1792.
A Monsieur Valliêre, chargé des affaires du Roy
à Alger.
• Je suis, grâce à Dieu, débarrassé de tous
les Corsés depuis le 18 du n;ois passé. Les bateaux pris par un corsaire Tunisien ont été rendus, mais non sans beaucoup de difficultés à cause de quelques Napolitains qu'il y avait dans Téquipage. Je n ai pas été si heureux dans mes représentations au Bey Salah. Il n'a point fait de réponse à ma lettre. Tout ce que M. Guibert, qui la lui remit, put obtenir fut qu'il écrirait pour recommander le Comptoir du Collo. Il avait déjà donné des ordres â TAga de ce pays, de traiter en pirates les bâtiments Français qui y reparaîtraient. Celte rigueur annonçait assez qu'il voulait faire naître l'occasion de porter la France à rompre avec Alger. J'ai instruit M. André des dispositions contraires faites par le Dey, que M. Sielve a fait connaître à M. Guibert, et qui, sans doute, auront été notifiées au Collo, comme dans tous les autres Ports delà côte jusqu'à Bougie....
» Il s'en est fallu de très peu que je n'aie eu la satisfaction de vous rendre mes devoirs en personne, puisque tous mes arrangements étaient faits pour évacuer la Colonie avec tout mon monde au premier avis que j'avais eu de la sortie du Bey Salâh de Constantine ou qu'il voulut profiter de l'invitation que le Chek de ce canton lui avait faite de s'échapper par
son pays, et, dans ce cas, mon dessein était de tout entreposer A Bonne qui a ètè inébranlable dans sa fidélité et de me rendre moi-même à Alger pour solliciter, avec votre appui, pins de faveur pour la Compagnie que par le passé. L'arrivée au Bcy Assem Bâcha, la punition de Stdi Salab, qu'on dit avoir été étranglé, m'ont heureusement épargné les derniers embarras de notre déménagement. Le calme est revenu, tout ne peut que rentrer incessamment dans l'ordre dans la prortnce....
t Peiron. »
A cette époque, l'état du commerce de La Calle devenu si précaire, provoqua de la part du Cousu! Valliére, la proposition d'abandonner ses trois Comptoirs, la Compagnie n'ayant plus l'espoir de se relever des pertes qu'elle avait faites et qui ne pouvaient qu'augmenter chaque jour.-
Le rOle que la France avait depuis longtemps joué à Alger, rOle qu'elle avait obtenu A l'aide des bombes de Duqaesne et de d'Estrées, perdait chaque jour de son importance ; cependant elle continuait A se faire craindre. M. de Missiessy parut devant Alger avec la frégate la Modeste. La mission de cet ofQcier avait pour objet d'arranger les différends qui venaient de troubler de nouveau la bonne intelligence entre le Dey et notre Consul ; mais il était chargé surtout de détruire par ses discours la mauvaise impression que le Dey pouvait avoir éprouvée au récit exagéré des commotions qui agitaient k cette époque la France et que nos ennemis, en Afrique, exploitaient avec une grande activité. Baba Hassan Dey le reçut avec beaucoup de courtoisie, et, après avoir prêté une oreille attentive A ses paroles, il le chargea de dire A sa Majesté chrétienne, Louis XVI < qu'il prenait part aux
-*5I — malheurs ds la France ot que si son eoncoura pouvait lui être utile, rien oe l'arrâleralt pour prouver son attachement à la Nation et à sa Uajest£ en partiea- Uer. Cl).
Vers la fin de cette mâme année 1792, la fiigate la Minerve parut devant Alger. Elle venait notiâer, au I>ey, le renversement de la Boyautè en France et proclamer le Gouvernemeut Républicain nouvellement adopté.
t II représentera, disaient les iDstructioas du capi-
* taine de la Minerve, la faiblesse du ci-devant Oou-
> vernementHonarchiquequisouitrait que les petites
■ Puiaeances d'Italie vinssent vicier le territoire Frao-
* cais, en attaquant les Barbaresques jusques sur les
> C4Me8 de France et fera valoir la détermination prf- 1 se par la République de faire respecter le droit de
■ gens par tous les moyens que lui assurent des ri-
* ehesses immenses et une population de 25 miUiona » d'hommes. Le Consul déclarerera, au Dey, que la
■ République Française n'entend pas vendre sonami-
> tié i la Régence, ni acheter la sienne par des pré-
> sents qu'elle ne veut plus qu'on lui demande ; Il
■ fera connaître que la République r^ardera comme
* un acte d'hostilité la moindre Infraction aux Trai-
* tés. ■
La Municipalité de llarseUle qui connaissait les usages d'A.lger, craignit qu'une rupture ne fut la conséquence de cette déclaration et adressa au Conseil exécutif un Mémoire qui donna lieu de modifier les instructions du Capitaine Rondeau, Commandant la Minerve, en ce qui touchait le relus des présents et des infractions du Traité.
Les premières nouvelles qui suivirent cette notiS-
(t) lui riM*.
eatioft firent coonattre» au Dey^ 16 succès (}ue les armes de la République venaient d'obtenir sur ses ennemis. Ce Prince en prenait déjà quelque ombrage lorsque des avis, venus d'Espagne, annoncèrent Toccupation de Toulon, par les escadres d'Angleterre et d'Espagne. Baba Hassan se rassura: son entourage exploita si bien la nouvelle, que le manque de oon--^ fiance dans les Français devint général et que le Bey de Constantine refusa des blés à la Compagnie d'Afrique, ce qui pouvait passer pour un acte d'hostilité. Dès cet instant, les insultes ne nous manquèrent pas ; mais tout à coup la Vigie annonça un brick de guerre Français ; c'était le Haaard, commandé par le lieutenant de vaisseau Raccord : il apportait la nouvelle du succès de Dumouriez sur les frontières de la Hollande. L'opinion publique nous redevint aussitôt favorable.
Les Algériens, habitués à changer souvent de Chefs, par des moyens expéditifs, en leur arrachant à la fois le pouvoir et la vie, trouvèrent, dès lors, tout naturel que les Républicains eussent décapité le Roi et changé la forme du Gouvernement Français, comme ils faisaient fréquemment eux-mêmes avec leurs Deys et Pachas.
La République fut solennellement reconnue par le Divan. Les Armées Françaises marchaient de victoire en victoire, et la nouvelle de tant de succès venait chaque fois étonner les Algériens. Le Dey se déclara décidément ami de la République, et les relations entre les deux rives opposées de la Méditerranée devinrent plus suivies que jamais. Le Consul de France Yailière, en profita pour faire expédier de nombreuses cargaisons de blé dont les provinces du Midi de la FraiK^, en proie 4 la plus cruelle disette, avaient un grand besoin. (1)
(1) Ranf, Précis.
Bientôt cependant, nos relations avec A^lger éprouvèrent un moment de crise court, mais violent. Une frégate Napolitaine, donnant la chasse à deux corsaires Algériens, les poursuivit jusques dans la rade de Qavalaire, sur les côtes de Provence, où elle les coula à fond. Elle mit môme des embarcations en mer, pour aller attaquer les équipages Maures qui s'étaient sauvés à terre ; mais des détachements de la Garde nationale, accourus en toute hâte, les prirent sous leur protection. Le Gouvernement se hâta dé pourvoir aux besoins des Algériens et de les faire reconduire dans leur patrie. Il ût aussi procéder à ses frais, au sauvetage des deux corsaires, qui furent relevés et conduits à Tarsenal de Toulon, pour être radoubés. Mais Tempressement que nous mîmes, à donner toute satisfaction à Hassan-Pacha, produisit sur cet homme bon, mais emporté, un effet tout contraire à celui qu'on devait naturellement en attendre. Voyant revenir ses marins sans leurs navires, il crut que ceux-ci ne luiseraient pas rendus, et, sans attendre aucune explication, il déclara sur le champ la guerre à la France, prescrivant au Consul Valliére de s'embarquer dans vingt-quatre heures pour France, avec tous ses nationaux. Les Agents de la Compagnie, à Bône, Collo et La Caile devaient subir le même sort ; aucune observation n'était admise, il fallait obéir. Mais au moment où notre Consul allait quitter Alger, le Dey revenu de son emportement le fit appeler, et finissant par où il aurait dû commencer, reçut de lui des explications qui le satisfirent sur le sort de ses deux bâtiments corsaires, lesquels lui furent bientôt renvoyés en parfait état de réparation.
La rupture n'avait duré que quinze heures, pendant lesquelles d'autres corsaires, sortis d'Alger, capturèrent quelques bâtiments Français mais qui furent aussitôt restitués.
— 455 ^ Revenons à la Correspondance de la Compagnie.
c Marseille, le 4 janvier 1793.
^ AM. Vallière, Consul de France, à Alger.
t Revenu de Paris depuis un mois, je n'ai rien à vous apprendre de plus particulier sur la situation de la Compagnie que ce que vous en savez. Des circonstances ont encore éloigné à l'attention de TAssemblée législative, Texamen de TËtablissement de la Compagnie. L'intérêt public y trouve trop son avantage pour en provoquer la discussion, et, tout en la laissant tranquille, on donne à son existence une forme privée et individuelle qui contrarie sa nature et qui en mine sourdement les bases. Nos efibrts doivent donc se réunir pour soutenir cet édifice en attendant que les architectes s'oôcupent à le restaurer ou à le démolir.
« C'est dans cet ob}et que la Compagnie m'a chargé de la rédaction du Mémoire qu'elle vous adresse. Il est certain que si Alger loin de vous traverser, nous favorise raisonnablement, si même le Dey n'est que juste envers nous, nous pourrons soutenir, alimenter notre établissement et prolonger son existence telle qu'elle est actuellement jusqu'à un temps plus calme. La Compagnie compte avec raison sur votre zélé et sur vos soins; s'ils parviennent à obtenir à gagner sur la Régence, d'être juste envers nous, nous sauverons la chose et nous ferons avec l'intérêt public le salut des actionnaires. . . Je ne vous parle point de l'état où j'ai laissé les affaires et le département à Paris. Vous en êtes aussi bien instruit que je pourrais le faire. Nos amis se portent bien et ont
quitté la Capitale, d
« Bertrand, »
Directeur de la Compagnie.
Une autre lettre, du même, annonce que le Bey, quia succédé à ConBtantine à Salali Bey .donne la préférence pour la vente des grains aux Juifs et aux Mahonnais Cependant il a envoyé au nouveau Dey un cadeau consistant en une aigrette en diamants.
Le commerce est suspendu depuis un mois pour favoriser IcsjuilsBakri dit ben Zaout et Daninos qui ont obtenu la livraison de dix-mi lleraosures de grain.
Bonne, 24 février 1193, l'an second de la République
Irançatse.
Au Citoyen Vallièie, Consul ijéniral de
France, à Alger.
B J'ai rcru, Citoyen, la lettre que vous m'avez écrite le te du courant et qui m'a été remise par le Kald de cette ville, âidi Amet Cogea, J'ai déclaré en sa présence, celle du Divan et Sidi l'Hagi Assem, Mercanti de notre Bey.que je n'avais rien absolument, ni fonds, ni eHcts, appartenant â feu Kaid Omar. Vous en pourriez répondre comme de vous-même et assurer que c'est une imposture manifeste d'avoir dit au Dey <{ue le Kald Omar avait mis des fonds en dépôt  la maison de la Oompagnie ; que bien loin de cela, il était toujours endetté avec nous. Que toutes nos affaires passent par les mains de notre Drogman et qu'il en peut faire foi si on l'exige.
I J'avais, i! y a encore peu de jours, quelques effets des enfants de ce Kald en dépôt pour deux cents piastres à eux prélés par notre Drogman qui, lui-même, en a informé le Bey et qui me dit, de sa part, de les lui envoyer et de débiter son compte de deux cents piastres. Ces effets doivent être maintenant au pouvoir du Bey et ils consistent en une pendule, une montre à répétition mauvaise, deux miroirs et un fusil
monté sur argent que Tai envoyé en France depuis un an pour y refaire le canon et dont je n'ai encore aucune nouvelle. Ces effets là ne valent guère plus de deux cents piastres que le Boy paye. Il sera peut-être à propos que vous n'en parliez pas au Dey» car, suivant le rapport que m'a fait mon Drogman de la part du Bey, il y aurait à croire qu'il veut garder ces effets, mais qui, je le répète, ne valent guère plus do deux cents piastres qu'il consent à payer.
» Le Dey peut savoir que la maison de la Compagnie jouit des privilèges des mosquées, qu'elle sauve un malfaiteur quand il peut s'y réfugier, que de plus nous recevons les dépôts que tout particulier veut y faire, mais que nous rendons ces dépôts quand le Bey les fait réclamer et qu'il en a eu connaissance par les propriétaires. Cet usage est aussi ancien que la Compagm*e. Le Kald Assem, qui était ici en place avant le Kald Omar et que le Bey Salah fit étrangler, avait de Targent en dépôt et à la caisse. Le Bey Salali le réclama et il lui fut rendu sur sa demande par l'Agent qui était alors en place : tout fut dit là. Mais pour le Kald Omar, je vous proteste que nous n'avons jamais rien eu à lui et que le Bey en aurait été informé par moi si j'avais eu quelque chose.
» Voilà, Citoyen, tout ce que je puis vous dire avec vérité....
• GUIBBRT. »
t Bonne, 7 mars 1793.
1 Je vous félicite sur ce que vous me dites, des bonnes intentions du Dey pour notre Nation et pour la Compagnie, mais cette dernière est loin de s'en ressentir. Notre Bey m'a fait signifier par son Mercanti, qu'il ne pouvait plus me livrer de blé que je ne le payasse d'avance au comptant, parée que, m'a-»
t'On ajouté, nous étions en guerre avec toutes les Puissances. J*ai trouvé cette défiance si déplacée et si ridicule, que j'en ai été étourdi et n'ai su qu'en penser, si le Bey n'a pas (ait cela de sa tête. J'ignore encore s*ii persistera.
» GUIBBRT. • .
a Bonne, 23 avril 1793.
• . . .L'état d'incertitude dans lequel je suis sur nos affaires avec le Bey de Constantine, et qui est connue de la Compagnie, ne pouvant compter sur rien, notre position critique auprès de la Régence et ce qui se passe en ï'rance, tout concourt à rendre nos opérations incertaines, à marcher en aveugles et fait que la Compagnie ne peut ni ne doit aventurer des fonds considérables qui, peut-être, ne seraient pas ici aussi bien qu'où il faut. Enfin, Tétat dans lequel je me trouve est insoutenable et peut avoir des conséquences funestes pour la Compagnie...
» GuiBBRT. »
Note du Journal de La Calle.
25 mars. — Peïron, directeur, prête de l'argent au Cheikh et lui achète des boeufs.
Peïron part pour Bonne, pour se rendre de là à Constantine, où le Cheikh Ali Bey doit le rejoindre.
A son embarquement, en partant de La Calle, le Directeur reçoit le salut d'usage de 21 coups de canon.
Le Cheikh Ali Bey ayant demandé de l'argent à ses administrés, ceux-ci s'enfuient avec leurs femmes, leurs enfants et leurs troupeaux et vont chez les Nadis insoumis.
Les canoBs de La Oalle tirent pour le Ramadan des Arabes.
1*' avril. — ^ Le bateau de service est. parti 'pour Tabarque, y portant des bois et divers ravitaillements pour le dit Comptoir (1).
7 juin. — Deux chebeks Algériens surveillent la Pêche dû Corail, pour la protéger et chasser les Napolitains.
7 juin. — J'ai envoyé le bateau de service à Tabarque pour approvisionner 66 Comptoir de pain et de bois. Le Citoyen Papillon, Abbé, a profité de cette occasion pour aller passer quelques jours avec le Ci toyen Burlat.
16 juin. — Le CbeîliLh de la Mazoule m'écrit que le Bey de Constantîne, qui avait à sa suite le Prince Bon Aziz (2), l'a fait mettre aux fers à sa sortie d'Alger et a établi à sa place un enfant, proche parent de Bou Aziz. Cette conduite du Bey inspire la terreur aux Chefs qui ont des reproches à se faire. — On rachète ses fautes par de l* argent, moyen qui manque rarement dans ce pays.
17 juin. — Tabarque, occupé par nous, reçoit des approvisionnements *de LaCalle. (Burlàt, Agent Français à Tabarque). Deux chebeks Algériens, armés, surveillent et protègent les Oorailleurs, au nombre de 200, contre les Napolitains.
23 juillet. — Les Nadis volent un cheval et deux mulets au Caïd de Bonne, venu en visite à La Calle. Ils ramènent ces animaux à Peïron, Directeur du Comptoir, à sa considération, après les avoir refusés au Bev.
(1) Nous avons 'Vu que notre Installation ' k Tabarque, datait du Traité passé atec TuDi>, le 24 juin 1181, par notre Consul du Rocher.
(2) Hou Aziz était le Cheikh bérédilaire des Ilanencha. (Voir dans la Revue Arricaioe mes Notices sur cette famille féodale, dite les Ba-« rar).
Le Cald de Bonne devait» tous tes ans, alter visiter le Comptoir de La Galle, et, à cette oocasion, on lui donnait une gratification de 50 piastres. Il avait te droit de rester trois jours à La Calle et d*ôtre hébergé aux frais de la Compagnie; mais il s*exemptait de cette course et recevait son argent à Bone. Quand il venait, il y avait toujours à craindre des démêlés fâcheux entre l'escorte et Ijs Chrétiens, et, plus d'une fois, la tranquillité fut fortenient compromise dans ces sortes d'occasions: insolence de l'escorte difficile à contenir; obligation de fermer tous les magasins et les ateliers pour éviter les vols. Mauvais propos, exigences — obligation d*avoir une grande patience et des ménagements.
a Journal de La Calle.
» La Calle, te 24 juillet 1793*
» Un exprès de Sidi Mustapha Codja, arrivé aujourd'hui, m'a remis une lettre du Citoyen Devoize. Je reçois en même temps de Sidi Mustapha Codja, une lettre très flatteuse, en remerciements des services qu'à sa recommandation, j'ai été dans le cas de rendre, aux gens qu'il avait envoyés pour faire une coupe de bois dans le pays des Nadis, et à laquelle les Nadis n'ont cessé de s'opposer, ainsi qu'à l'enlèvement de ce bois, qu'après que je suis intervenu pour leur faire connaître tout le danger de leur violence, dans une pareille affaire.
» La résistance de ces Nadis aux ordres du Bey,au sujet des deux mules e1^ du cheval à rendre au Kald de Bonne^ et la manière dont j'ai terminé cette affaire, m'a donné l'occasion d'exprimer de nouveau, à oe principal Ministre, mon dévouement pour ce qui regarde son Maître et lui-même dans ce canton et de
lui laire une peiature des Nadis« bien capable d*aug* menter en lui son indignalloa pour ces Maures, et de lui persuader que la Place n'a janiais*porté de pIïiiDtes contre eux, sans beauT^oup de raisons. »
Journal de Bonne,
«14 août 1793. - La Peste fait des progrès à Oonstantine, où il meurt 80 à 100 personnes par Jour.
c Ordre aux Corailleursde ne pas communiquer avec d'autres bateaux, crainte de la Peste.
« Le Bey de Constantine demande un Médecin au Comptoir de La Galle.
< 23 août.- Le Cheikh de la Mazoule, pressé parle Cheikh el*Arab, à qui il a promis de Targent pour se faire nommer Cheikh, s'adresse à Peiron, Directeur de La Calle, qui fait un bon de 1 ,000 piastres payables à la Caisse de Bonne. »
ff Journal de La Calle,
i La Calle, le 8 septembre 1793.
» Je reçois une Lettre du Bey de Constantine, me notifiant qu'il vient de destituer Ali Bey et nommer à sa place, Chek de la Mazoule, Mohamed Belabès auquel il me dit avoir donné les ordres les plus positifs de ne se conduire en toutes choses, dans le pays, que par mes avis, et qu'il espère qu'il justifiera pl^nement rintérèt qu'il prend à la tranquillité de ce canton.
» AH Bey, prévenu de ce changement, a pu s'évader et emporter avec lui tous ses meubles et ses troupeaux et 110 IxBufs appartenant à la Compagnie. Suivi d'une trentaine de cavaliers, il s'est réfugié chez les Khoumirs. Il emporte aussi 1000 piastres que je lui avais avancées à son dernier voyage à Constantine.»
• PbIron. »
» La Caile, 19 septeiûBre 1793.
» Le Bey de Gonstantine m'écrii pour me prescrire de ne point payer aux gens, de la Mazoule, pour la denrée qu'ils ont livrée. Je réponds que la chose est impossible, dans la crainte de bouleverser le pays chez les Maicouliens et les Nadis : ce serait détruire la confiance. »
« Le Kalife et Beiabés demandent un Chirurgien pour soigner quelques blessés dans Taffaire que le Camp du Bey a eue contre Ali Bey.
A Ali Bey et son fils se sont réfugiés chez les Khoumirs.
9 Les gens du Kalife viennent en maraude auprès de la Place et enlèvent trois bœufs des charrettes.
» Le Camp du Kalife est composé de ^,000 cavaliers du pays de Bouaziz (Hauencha), qui, ayant à leur suite femmes et enfants, veulent vivre aux dépens des habitants des endroits où ils passent. C'est une calamité pour le pays.
» Beiabés veut tomber avec le Camp sur les Béni
Mazen ; je lui conseille de n*en rien faire. »
« La Calle, 24 septembre 1793.
» Beiabés me demande une avance de 10,000 piastres, quil s'est engagé de payer au Bey tout de suite, indépendamment des i 5,000 piastres pour lesquelles il a un délai de deux ans. Je refuse de prêter cette somme.
» Beiabés repart mécontent en menaçant d'aller piller les Béni Mazen et d'obtenir ainsi la somme qu'il ne peut refuser au Bey.
» J'ai réclamé à Beiabés la restitution des trois bœufs de charrette qui m'ont été pris par les gens du
Cam{K. Il assure qu'il a chdrchè tnutileinetit, qu'ils oui été mangés aiftsitôt que volés. Il est inutile de recher^ cher chez des gens qui ne respectent rien et font leur occupation principale du butin, s*en pr^iant jusqu^aux matamores (silos à grains) qu'ils ont un talent particulier de découvrir. »
c Le Bey répond au sujet des dettes du Cheikh de la Mazoule. Abdalla est mort et Âli Bey est destitué: donc cela ne le regarde pas, d*autant plus qu'il n'a jamais autorisé ces prêts de la Compagnie. — C'est une affaire particulière qui ne le regarde pas. »
« Le Camp du Kalife rentre à Constantine, emmenant i,200 bœufs que le Cheikh Belabès est parvenu à se procurer de ses vassaux, et qui l'acquittent envers le Bey des 10,000 piastres qu'il avait promises en recevant l'investiture, sans préjudice des 15,000 qu'il payera dans deux ans. »
a Belabès prie Peïron d'intervenir pour faire rentrer les réfugiés et leur faire des avances d'argent pour reprendre les cultures du pays qui est vide d'habitants.
» Belabès enlève 500 bœufs et 1,000 moutons à une Nation qui refuse de le reconnaître. »
» Belabès, menacé d'être attaqué par son rival Ali Bey, demande 1^ fusils à La Calie.
6 novembre 1793. — Ali Bey est venu, la nuit dernière avec sa suite, en dehors de la Place, dans le dessein de m'intéresser à son rétablissement, m'ayant laissé à cet effet plusieurs lettres qu'on lui écrit de Constantine, une du Cheikh £i-Arab, surtout, où il loi dit d'envoyer son fils à Constantine et de ne pas
désespérer de rentrer en grâce du Bey qui poura oublier ce que sa mauvaise langue et son inconduite lui ont fait faire.
• Belabès arrête et met aux fers trois Maures au seryice de La Galle. Plainte au Bey contre Belabès.— Le Bey envoie unAgpnt. Belabès vient faire des excuses à Peiron et rend tout ce qu'il a pris aux trois Maures.
*• Les Esclaves de Belabès se sont réfugiés cbez les Nadis, pour excuse que celui-ci a tué un de leurs parents pour disposer de sa femme quMl a envoyée en cadeau à Constantine et en voulant encore disposer de deux de leurs ûUes pour les donner également à Constantine.
» Belabès prie Peïron d'écrire aux fugitifs de rentrer. Il refuse ne pouvant se mêler de ces affaires. H est alors allé lui-même js*aboucher avec les Esclaves. S*étant rencontrés en route avec les dits Esclaves qui, armés, revenaient dans le pays, pour enlever à la faveur de la nuit, le surplus des effets qu'ils avaient laissés et cachés^ ils se sont pris de parole avec Tonde de Belabès, auteur des vexations et Tout assassiné. »
Si dans le pays de La Calle, les affaires ne marcbaient pas par suite des troubles qui régnaient dans les tribus, la situation n'était pas meilleure à Bône :
a Bonne, le 30 octobre 1793.
> Au citoyen Valltère, Consul général, à Alger.
» Rien de nouveau, quant aux affaires de la
Compagnie ; c'est-à-dire que je suis toujours dans les ornières jusqu'au cou et avec peu d'espoir de m'en tirer bientôt, puisque je ne reçois point d'argent Je
prends patience et me résigne. Je viens de revendre une très grande partie de blé que j*avais depuis le mois de mars