‹ Histoire des villes de la province de ConstantineChapitre 11 sur 15 · GUIBERT · texte numérisé non relu

GUIBERT

• 7 novembre 1793

» Au même,

» Ma position est toujours la mépue, oa ne

peut plus inquiétante, et je ne serais pas dans cet embarras si j'avais de Targent, quoique je ne serais pas non plus sans soucis par la tournure qu*ont pris les affaires dans notre trop malheureuse Patrie. •

» GUIBBRT. •

G*est au moment où nos Comptoirs d'Afrique marchaient à grands pas vers leur ruine que la France allait encore une fois avoir recours h eux pour se procurer des approvisionnements. Un Comité de quinze personnes, établi par les Représentants du Peuple délégués dans les départements méridionaux, devait attirer, à Marseille et dans les Ports voisins, tout le blé possible. Les besoins, étaient grands et urgents, il était prescrit d'acheter^ des grains à Bône, à Alger .et à Arzew. Les instructions étaient ainsi con« çues :

» Marseille, le 20 frimaire de Tan second de la République une et indivisible.

(10 décembre 1793).

• Comité d'approvisionnements maritimes en blé.

» Citoyens,

< Si, dans tous les temps nous avons été animés de Tamour de la Patrie et ambitieux de lui être utiles,

c*est dans les occasions essentielles que nous devons, plus que jamais, ranimer les sentiments qui nous y attachent. C'est lorsque nous sommes appelés à remplir une mission importante que nous devons nous livrer, avec le plus parfait dévouement, à l'objet qui nous est confié; c'est,. enfin, lorsqu'il s'agit de la chose publique que nous devons nous y sacrifier entièrerement. Je comprends toutes les sollicitudes, tous les dégoûts, toutes les difficultés que vous pourrez essuyer par les démarches pressantes et réitérées que vous serez obligés de faire pour obtenir tout ce que vous demanderez, mais rien ne doit vous coûter ni vous arrêter un instant ; ne vous laissez donc point abattre dans les refus ' que vous pourrez essuyer et continuez vos démarches. Donnez-vous tous les mouvements possibles pour parvenir à votre but ; le Consul de la République pourra vous aider, au besoin, de sa protection, de ses conseils et de tous les moyens qui seront en son pouvoir.

€ C'est la seule personne avec laquelle vouspuîssiez conférer confidemment de l'objet dont il s'agit, c'està-dire de la commission qui vous est donnée de procurer à la République tout le blé que nous pourrons obtenir, à moins qu'il ne pense lui-même qu'en donnant connaissance de lout au Dey, c« ne fut le véritable moyen de réussir dans les différentes demandes que vous aurez à lui faire. Vous vous concerterez ensemble là-dessus et vous prendrez, avec lui, le parti qui vous paraîtra le plus sûr.

9 CSlMON. •

« Complément d'instructions pour le citoyen Gui^ bert, Agent de la Compagnie d'Afrique, à Bône.

c Pleine de confiance dans le zélé, dans le patriotisme, dans les lumières et dans les connaissances

•JU^^t^'

locales du citoyen Guibert, Vallière attend de lui le plus grand succès possible dans les vues cl après, pour l'exécution desquelles ii ne négligera aucun moyen praticable.

c Le Comité d'approvisionnements maritimes en blé, établi à Marseille, a ordonné, à Alger, Tachât de tous les blés qu'on pourra s'y procurer, pour être expédiés dans les Ports de la République sur la Médîterranée.

c Valiiére a en main tous les tonds nécessaires pour les dits achats. Guibert est chargé d'arrêter tous les blés qu'il pourra, pour le compte de la Compagnie d'Afrique et à ses périls et fortune, s'il le juge convenable.

c En cas de refus, il opérera, 80U8 le secret, pour le compte de la Nation, agira et se mettra en règle avec nous, comme le pratiquent des commissionnaires envers leurs commettants, le relevant, en ce dernier cas, de tous les risques et événements dont la commission est susceptible.

» Le projet est donc de faire arriver dans un Port du continent de la République sur la Méditerranée, quel qu'il soit, à l'Est ou à TOuest de Marseille, mais à Marseille principalement, si les vents le permettent et que les navigateurs voient jour à l'atteindre. Ils éviteront les îles d'Hyères (Port- Vendre et Collioure sont au pouvoir des Espagnols en ce moment) et ne considéreront l'tle de Corse que comme un lieu de refuge.

»Tous les Capitainesexpédiés seront instruitsdecette destination et leur voyage sera terminé au Port de la République où ilsaborderont. Ils écriront, par exprès et par le courrier, au citoyen J.-N. Gimon, à Marseille, pour le prévenir de leur arrivée dans un de nos Ports, afin quil soit disposé de leurs cargaisons, conformément aux ordres du Comité;

i Si les Juifs ou les Neutres ont à Bône des blés, Quibert tâchera, par tous les moyens de prudence, de les acheter^ livrables dans un des Ports de la Rëpa* blique. Il faut faire ces propositions avec sagesse, ménagement, ne s'adresser qu'à des gens qu'il croira de bonne foi et portésà entreprendre ces Expéditions. Dans celte manière de traiter, il sera stipulé un prix seul et unique, pour la chajgo de blé rendue en France; le coût, les frais, l'assurance, les avaries, etc. , étant sur le vendeur. Le blé doit être livré sain. Il sera payé au clioix du vendeur, soit au lieu du débarquement, soit à Bdne, soit à Alger, soit à Livourne, en telle monnaie qui sera convenue, après la livraison au lieu du déchargement. On ne limite aucun prix, s'en rapportant au zèle et aux lumières de Guibert qui n'écoutera pas, sans doute, des prétentions extravagantes et horriblement exagérées. Il doit cependant apprécier nos besoins de blé et les obligations à contracter par les vendeurs et exciter, en conséquence leur cupidité^ jusqu'à un certain point, afin de les déterminer à ces sortes de marchés qui nous sont très convenables sous toutes sortes de rapports: on désire pouvoirenconclure un grand nombre. L'intérêt est tout puissant sur les Juifs et autres. On peut encore stipuler de payer le blé, au prix qu'il vaudra à Lîvourne, le jour de sa livraison en France et accorder une prime en sus, toujours payable au choix du vendeur, après la livraison. S'il est homme connu et solide, ayant Etablissem»^nt à Alger, on peut lui compter une avance remboursable en cas de non livraison.

» Au i^este, les marchés ci-dessus ne conviennent que pour les blés déjà livrés par le Bey de Constantlne, et, dans le cas inadmissible où ce Gouverneur continuerait ses livraisons aux Juifs, Neutres otEooe*

mis^ il faut franchir tout obstacle pour obtenir t"ut le blé exclusivement, en droiture du Bey lui-môme. Il faut se hâter d*abord d'enlever par bâtiments Neutres et à défaut par bâtiments Français, les deux chargements que le Dey vient de promettre, à 38 piastres le cafiis et pour lesquels ce Souverain a expédié les ordres les plus forts au Bey ; et, ensuite, si ce prix de 38 piastres est insuffisant pour que ce Gouverneur continue ses envois de blé, il faut y mettre un prix supérieur, quoique le Dey ait accordé cinqâ six chargements, au prix de 38 piastres. Le meilleur moyen d'obtenir beaucoup, est de bien payer. Cet argent employé sagement et de manière à ce que Thonneur du Dey ne soit pas compromis, est le meilleur protecteur. Il convient aussi do récompenser ses Officiers, qui vous serviront bien, en évitant cependant une profusion inutile et en suivant Téconomie possible. Il est à espérer que, par ce moyen, tous les blés nous viendront promptement et abondamment. Les étrangers ne doivent plus rien avoir : ils n'ont que trop eu. Le Dey lui-même en est convaincu et ses promesses me donnent les plus douces espérances. Les choses venues à ce point, plus ou moins, Guibert chargera sur les bâtiments Neutres, quand il en aura, et, à défaut, sur bâtiments Français, en observant les précautions suivantes :

â Quand ce sera sur bâtiment Neutre, qu'il soit capable d'un coup de main, embarquez dessus un Subrecargue Turc ou Maure, sujet d'Alger, et, à défaut, un Juif également sujet d'Alger. La cargaison doit paraître faite pour compte Algérien, ou du Subrecargue lui-même et à sa consignation, et il faut donner à ces chargements la destination simulée pour Gènes. S'accorder avec lesSubrecargues et les Capitaines neutres pour les récompenses à leur payer après leur arrivée

et la consignation du blô dans un Port de la République ; prendre toutes les mesures que Texpérience et la prévoyance suggéreront pour que rien ne décèle la simulation et pour que ces étrangers, ne puissent abuser de leur écrit dans la traversée. Il serait bon que le Subrecargue fut au fait du commerce et un homme de confiance, afin que, si un ennemi le conduisait à Gènes, destination simulée, il put vendre, exiger et reporter le produit à Bône ou à Alger, pour le même compte simulé. Cet expédient serait un grand malheur en privant la République du blé, mais conserverait au moins la propriété. Il faut enfin que le Subrecargue et le Capitaine s'obligent expressément, sous serment, deprendre toutes lesmesures pour arriver dans les Ports français, et la meilleure garantie est une gratification sufi&sante à leur arrivée dans un des dits Ports sur cette mer. Dans le cas où la* simulation et le Subrecargue (car il faut Tun et l'autre), ne pourraient s'obtenir, il faut renoncer à l'emploi des bâtiments étrangers et courir nécessairement tous les risques soifs Pavillon Français. Il est indispensable d'exigerdes Capitaines etSubrecargues étrangers une obligation particulière d'aller en France, où il sera fait mention des récompenses promises s'ils y arrivent avec leur cargaison de blé. Obligation réciproque dont un double restera entre les mains deGuibert et l'autre dans celle des récompensés, mais avec de sages mesures, afin que cette pièce, en cas de visite de l'ennemi, ne parvienne pas à sa connaissance et ne prouve la dissimulation : s'il est quelque meilleur moyen, il sera préféré. Si on pouvait se dispenser d'embarquer cette pièce, cela vaudrait mieux.

B En cas que les bâtiments Neutres ou Français soient foroés d'aller à Gènes, ils seront adressés à

J. B. Romayrone, négociant,qui dirigera leur marche.

» Si Gaibert emploie des bâtiments Français, il est également bien d'observer la simulation comme pour les Neutres, au moyen d*un Subrecargue, Musulman ou Juif. Cette précaution, en cas de prise par l'ennemi pourrait sauver au moins la valeur de la cargaison.

B II est juste aussi d'accorder une gratification aux Capitaines français qui porteront leur cargaison dans un Port de la République. Leur patriotisme n'a sans doute pas besoin de cet aiguillon, mais doit être récompensé. Guibert prendra aussi avec eux les mesures les plus sages, et doit être bien sur de leur républicanisme prouvé, avant de leur confier les subsistances de l'Btat.

B Valliére confirme par les présentes les instructions précédentes d'hier et d'avant-hier, imparfaitement rédigées par manque de temps. Il prévient encore qu'il Y a à Bône un gros Vénitien presque chargé de blé appartenant aux Juifs. Ce serait une bonne affaire de pouvoir se procurer bâtiment et cargaison.

» Ci-joint deux décrets d^ la Convention dont voas ferez connaître les dispositions à tous les négociants. Elles sont très-propres à attirer des subsistances dans nos Ports.

» Il ne faut pas trop charger les bâtiments pour les tenir plus légers et plus propres à échapper à la poursuite de l'ennemi.

9 La plus grande extension au présent projet est recommandée au citoyen Guibert, par Bressan et Val- Hère, chargés de concert de son exécution et qui s'estimeront heureux dusuccèsdu dit Agent. Au surplus, quoiqu'une sage économie ne doive pas être perdue de vue» il faut aussi ne pas risquer de manquer notre

objet. C'est à lui de concilier l'importance du succès au point de vue économique qu'on ne doit pas négliger. Il serait peut-âtre t>on,par exemple, d'augmenter un peu le prix qu'on paye aux Maures, afin qu'ils apportent leui* blé au marché avec plus de célérité et d'alKtndaDco.

s C'eBt du blé principalement et t>eaucoup qu'il faut, mais à défaut : orge, lèves, mais. Ne balancez pas à tout accepter.

1 On le répète, captez le Bey, sondez la quantité de blé qu'il peut encore fournir et pressez-le en conséquence; ëconduisey. les étrangers, que tout soit pour la Patrie! qu'il nous serait glorieux d'être en même temps ses enfants et ses nourriciers !

< Si La Calle peut fournir, prenez.

> L'essentiel est d'avoir du blé et promptement, beau et très-sain tant que possible ; maisun peu inférieur; il convient encore de s'en accommoder à plus bas prix, comme déraison.

0 SI en quoi que ce soit l'Iiïlervention des soussignés est nécessaire, elle sera employée avec zèle, et, on espère, avec efUcacité.

• Guibert est autorisé à noliser tous les bdtimenls nécessaires et d'en demander en France. Alger lui fournira ceux qu'il pourra.

V L'adresse  Marseille est J. N. Oimon.préposéà la direction du présent projet; compte lai doit être rendu.

■ Les Capitaines auront ordre, en cas de poursuite de l'ennemi, de jeter à la mer tous paquets, lettres et papiers autres que ceux relatifs à la simulation qu'il faut assurer par tous ies moyejis possibles, de manière qu'il paraisse clairement alors que la propriété est Algérienne. Le Subrecargue est seul propriétaire ou Vekil de quelque grand, ou Officier de BOne ou de

Constantine. Il faut avoir soin que le contrat d'affrètement soit victorieusement k Tappui de la simulation et concorde exactement avec les dépositions que le Subrecargue pourrait être forcé de faire à l'ennemi.

C'est sans doute trop de détails Citoyen Guibert : il n'en fallait pas tant» d'après la connaissance que nous avons de vos lumières et de votre talent, mais le désir de bien faire nous a rendu faciles et agréables les explications.

« Courage, allez à Constantine si besoin est. D'une manière ou d'autre il faut vous distinguer. Apprenez, avant que nous terminions, que nous avons tout lieu de compter sur l'attachement et la protection du Dey.

Adieu, succès, prospérité et fraternité.

t Alger, le 7 pluviôse. Tan 2 de la République française une et indivisible (le 26 janviisr 1794, vieux style.) »

t Signé : Valliàrb et Bressan. »

P. -S. Le Citoyen Guibert est prié de garder sur ses opérations et le» nôtres le secret nécessaire en tout ce qui sera possible. ~ Deus protegat !

» Alger, le 10 pluviôse, 29 janvier 1794.

» Vallière à Nicolas Gimon,

t Qu'il est cruel, pour nous, que les ordres du Comité d'approvisionnements en blé, ne nous aient pas été donnés plus tôt ! Tes craintes ne sont que trop fondées. Le temps des Traites des denrées est passé ; les étrangers pendant notre silence et notre inaction en ont prodigieusement enlevé par Oran, par Arzeou et par Bône et même par Tedelès (1). Ils viennent de finir d'enlever tous les comestibles dont les prises Améri-

(I) D«Uyt.

catnes étaient chargées. Malgrércela, la Gie Bressan et moi, nous nous sommes bien pénétrés du projet du Coniité et de tes instructions, et nous avons vu jour à glaner encore apré» la moisson des autres. Le don de Furne d*or nous a paru au préalable indispensable, sans lequel nous ne pouvions espérer grand succès. Elle nous a précédé chez le Dey. Je m'y suis rendu ensuite en compagnie de Bressan et de l'Agent de la compagnie d'Afrique.

» J'ai tenu à ce Souverain un discoursanalogue aux circonstances heureuses que la République vient d'éprouver, et, insensiblement, j'en suis venu à Tarticle Subsistances. J'ai demandé les blés d'Arzeou, ceux d'Alger et ceux de Bône, Il a répondu qu'il n'y en avait pas dakis la province de Mascara, qu'il y en avait peu dans les magasins du Beyiik et il a tout promis pour Bône. Nous avons expédié sur le champ, à Mascara, et les lettres du Bey arrivées hier disent qu'il ne peut pas livrer un seul grain d9 blé ni d'orge. Le blé est très-cher ici. Le Dey craint le murmure du soldat et ne peut rien accorder des magasins de Beyiik : nous n'avons donc plus de ressources que Bône. Les ordres du Dey au Bey de Oonstantine sont partis depuis six jours et sont très-forts ; ils permettent de livrer tous les blés aux Français, au prix de 38 piastres le cafiz (nota : on en paye jusqu'à 45).

» Nous avons instruit en même temps l'Agent de la Compagnie, à Bôoe, de ces dicq[K)sitfons afin qu'il ea presse l'exécution et qu'il charge tout de suite tous les bâtimeats qu'il aura. Il lui est enjoint, aussi fortement que possible, de faire la plus grande extraotion. Les ordres du Dey sont tels. Ce Prince nous faisant beaucoup espérer en réponse à nos prières, et les Comptoirs de la Compagnie ayant de grandes dettes, notre marche aurait été entravée faute de fonds. J'ai

obtena 50 mille piastres fortes du Dey qui nous les a prêtées de la meilleure grâce du monde et qui serviront pour les acliats de blè et pour la Compagnie. Nos vœux seront remplis si l'extraction est considérable et si le fruit de notre travail parvient à nos concitoyens. . . Le Dey, le Bey, son Vekil, tout a été et sera mis en usage pour réussir; Tœuvre est bien commencée, puisse-t-elle arriver à beureuse fin. Je crois que nous aurons au moins les six mille charges ordonnées.

» J'apprends avec indignation, par le Dey même, que les Anglais ont osé lui demander de nous refuser tout secours, afin de nous laisser périr par la famine. Le Dey a répondu en homme maître dans son pays et en ami des Français. Le Consul Anglais a fait une seconde tentative tout aussi infructueuse que la première. Ce début me fait espérer de la persévérance de la part du Dey, mais ne me livre pas moins à de vives inquiétudes pour Tavenir.

» Au re^, continuons à être vainqueurs et nous obtiendrons toujours beaucoup ici. Tu dois savoir que la navigation et le commerce ennemis travaillent depuis longtemps, comme en pleine paix, sans escorte et sans périls. N'y aurait-il pas moyen de mettre en mer quelques bâtiments de TBtat et quelques Corsaires particuliers qui balayeraient la navigation ennemie et protégeraient la nôtre?

• P.-5. — Le 17 Pluviôse (5 février). »

c Le bon génie de la République nous protège, Citoyen. Les ordres tout puissants du Dey viennent de nous obtenir du Bey de Mascara un chargement de blé à Arzeou.

» Le Bey de Constantine a répondu au Dey que nos bâtiments chargeraient à Bône le plus tôt possible.

» Les Espagnols croisent, depuis cinq à six Joars. en vue de ce Port; il faut qu'un coup de vont les éloigne. Une Escadre Espagnole croise sur Tunis; on dit qu*une seconde doit croiser sur Bône.

» L'ennemi est partout. C'est un grand tourment pour nous de travailler au milieu de tant de dangers. Nous ne posons les pieds que sur des charbons ardents. Mais Dieu et notre courage nous sauveront . . .

» VALLlàRB. «

Le Mercanti de fiône confirma à Guibert les instructions que le Dey avait données au Bey de Constantine; mais, à ce moment, les magasins de ce dernier étaient vides, tout avait été enlevé par les Juifs, et riiiver, ainsi que le mauvais état des routes, retenaient les Arabes de l'intérieur, qui auraient été à même d'apporter des grains. A ce moment, La Galle n'avait plus que son approvisionnement de deux mois de vivres, et l'argent faisait défaut à Béne aussi bien qu'à La Calle pour en acheter et m&me pour payer les Lismes en retard. Heureusement que les Arabes de la Mazoule ne les tourmentaient pas.

« A La Calle, le 22 pluviôse, l'an second de la République. (10 février 2794, vieux stylej.

« Au citoyen Valliére.

• Le Citoyen Guibert, s'est rendu ici pour me communiquer les différentes lettres que vous lui avez écrites. Nous n'avons pas eu de la peine à nous entendre. Enfants de la Patrie, nous sommes tout à elle, trop heureux d'avoir des occasions de lui marquer notre zélé et notre dévouement. Réduits à l'inaction, faute de fonds et de moyens de nous on procurer, nous ne pouvions que gémir sur le commerce que faisaient

les interlopes au prèjadice des plus chers intérêts de notre Pairie. Votre patriotisme a su tout aplanir, le nôtre e3t d*y répondre en faisant tout ce qui dépend de nous pour le succès de vos vues. Quoique la Compagnie nous mande seolement de préparer les v^ies pour une extraction considérable de grains, nous n'hésitons pourtant pas de prendre pour son compte deux chargements que vous venez d^obtenir du Dey et que nous expédierons aussitôt que le Bey nous les aura fait remettre. Il n'y a malheureusement dans ce moment-ci, guèreplus de lOOcafi&s de blé dans ses Magasins et il faut que le surplus vienne de la montagne : il n'est que trop à craindre que les pluies, la difficulté des gués de rivières ne nous contrarient.

» Le Citoyen Guibert àson retour àBône, n'oubliera rien pour s'assurer la totalité ou partie du blé que les Juifs peuvent y avoir, en sorte que le départ du capitaine Mordeille soit différé le moins possible. Cet Agent vous a déjà donné connaissance des engagements que le Bey a pris avec les Juifs et les Espagnols. Vos deux chargements passeront avant tout : nous y comptons du moins, d'après les ordres que le Bey a donnés à son Mercanti à Bône. Pourquoi n'aurions-nous pas tout le surplus de son blé ? II n'y a qu'un moyen, c'est que le Dey l'ordonne et qu'il exprime dans robligation qu'il en fera au Bey, la sortie de Stora, comme celle 'de Bône. Votre crédit auprès du Dey, ses bontés pour la Nation, me font espérer qu'il vous sera assez facile de le décider pour cette faveur. Sans cela, il sera bien à craindre que nous ne soyons menés comme les années précédentes, c'est-à-dire qu'après que le Bey se serait engagé pour tout son blé, il ne nous en accordât point ou presque point. . .

» Nous avonsexpédié; cematin, un courrierà Cons*

tantiaej^ur demander auBeydevous verser tout son blé et en savoir la quantité.

Si sa réponse est affirmative, le Citoyen Qaibert se rendra aussitôt auprès de ce Gouverneur pour tialter d^^itivement avec Lui. Il agira, en cela, comme pour la Compagnie. Mais nous ne saurions prendre cette afEaire qui pourrait être très majeure pour son compte qu'après des ordres précis de sa part, et jusqu'alors nous travaillerons pour compte de la Nation, avec le plus grand désir de faire réussir ses vues et les vôtres.

« Vous connaissez les démarches que fait la Compagnie, combien elles sont dirigées vers le bien public, et qu'elle n'attendait que d'être autorisée par le Gouvernement pour donner à son patriotisme tonte Ténergie dont elle est susceptible.

» Le Citoyen Guibert vous a informé de ma pénurie en blé. J'en ai tout au plus pour un mois pour la provision de la Place, et, n'ayant point d'argent pour en acheter, je me suis vu dans la dure nécessité d'en demander au Bey 200 cafi^ à crédit. Je ne serais pourtant pas sans espoir d'en attirer quelques mille charges de la montagne, dans le courant de germinal, floréal et prairial, surtout si la nouvelle récolte promet bien, en ayant de l'argent pour les payer, car je n'éprouve que trop que les Arabes n'entendent pas de me vendre à crédit. Il ne me faudrait pas moins de 30,000 piastres pour me liquider de mes dettes, acquitter les charges consenties et reprendre ici mes opérations de commerce.

• Je sens qu'avec la meilleur volonté la Compagnie aurait trop de risques à courir pour me faire ces fonds que je n'ai cessé de lui demander. Ne vous se^ rait-il pas possible. Citoyen, delà suppléer pour ce besoin, en vous servant des moyens qui sont en vo*

tre pouvoir pour ooiis proenror «ette somme de 30 mille piastres et la mettre à ma disposition le plus t6t possible...

» Hier jet auioiurd'hui ooos avcms o6iétiré kà par des féioiûesaiices publiques la reprise.de Toutou^..

Le Gouverneur des Etablissements de la

Compagnie d^ Afrique,

Pbïron.

» Bône, 10 germinal (30 mars) 1794.

t A Valière, Consul à Alger,

» ... Tu me parles de la population de La Calle qui bientôt serait réduite à rien s'il ne Tenait des bâtiments sous escorte. Presque tout le monde veut s'en aller.

» La Place est à Teau depuis près de trois mois. Elle 7 a été pendant quatre Tété dernier. Nous manquons de toutes sortes d'autres provisions. €ea genslà nous croient abandonnés, et ce qui leur fait plus de peine, c'est que presque personne ne re^it de nouvelles de sa famille. Enfin, s'il reste 150 hommes à La Galle, après que j'aurai chargé le bâtiment qui doit me venir, ce sera le hoxA du monde, et ce serait bien autre chose s'il me venait une escorte et qu*on put s'en aller avec un peu plus de sûreté.

» GUIBBBT. 9

U était bien difficile de faire des achats sans argent; mais, peu de jours après, un bâtiment, parti de Marseille, apportait 12,000 piastres à Bône et 9,000 pour Collo. Ce navire avait fait le trajet en cinq jours.

Le l*' juin arrivait â Bône un voilier armé en cour* se, apportant aussi de l'argent de Marseiiie, qui n'a mis que deux jours pour sa traversée, dit Ouiber^ dans son journal.

» A Valliére, Coneul.

■ Bdoe, 5 floréal (24 afril} 1794.

■ Les piastres de La Calle ont tait un eUet merveUiflux sar l'esprit des Maures. Hs ne les surent pas plutôt dans las mains du citoyen Peiron, que, le sariendemain, ils lui ont apporté, dans un seul jour, 400 charges de blé avec promesse de revenir, mais il est déjà A sec d'argent.

» OUIBBBT. »

Dans les premiers jonrs d'avril, Ouibert parvenait à expédier, à Marseille, trois bâtiments portant 1,730 caffis de blé ; il lui en restait encore 600 caffis en magasins, que venait de lui livrer le Bey de Coostanline.

Mais en ce moment qu'il eut fallu ne songer qu'aux approvisionnements, une nouvelle réforme intempestive vint Jeter la contusion dans les ailiaires de nos Concessions Afrlcaioes.

f A Valliére, Contul général, à Alger.

* La Calle, le 33 fructidor, l'an III- (9 septembre 1794).

■ Je crois nos mers purgées des pillards Corses et Anglais, du moins je n'en ai vu aucun depuis quinze jours, quoique des Maures m'assurent qu'il y en ait encore qui font la Pèche du Corail dans les mers de Tabarque. Je suis toujours en mesure contre eux et le ferai jusqu'à la Un du mois prochain, malgré que le service de nuit soit entièrement fatigant pour tous nos frères de La Calle.

■ Quelques bateaux Corses ont voulu nous taire une seconde visite de nuit en débarquant à une plage voisine, ce qui rendait leurs ioteotions plus suspectes;

— •ffil —

fldaiB ils lorônt aosâi bien reçâs que la première fois et s'en forent en ripostant, à conps de pierrièrs, aux Maures que j'aTàis postés à la défense de la plage en question. Ils n'ont pas été envieux d'y revenir.

» U me tarde, cependant, de connaître ce que définitivement le Dey aura prononcé sur les vingt-deux bateaux qu'on tient à Bône et dont les équipages ont été expédiés à Alger, parce que cette décision doit considérablement influer sur notre manière d'être ici. Nous n'y serions pas bien si les Anglais venaient à rompre avec la Régence. La sûreté de l'Etablitoement exigerait, pour sa défense, des dépenses considérables et qu'Alger nous permit de nous fortifier, de nous monter en toutes cboses pour faire (ace à quelques frégates et aux débarquements qu'elles pourraient vouloir efEèctuer. Dans ce cas, il serait très essentiel que l'Agence put en être Instruite tout de suite, afin de prendre des mesures pour mettre la Place â l'abri d'un coup de main ; ayant vu par expérience que dans pareil embarras il ne faudrait compter que faiblement sur les Maures de ce canton, et ne rien espérer que de nos propres forces. •• »

» PeIron. »

La révolution dA 1789, ayant al>oli tous les privilèges, ne pouvait laisser sul)sisler ceux des Compagnies commerciales. De très-vives réclamations arrivaient de toutes parts, au Gouvernement, et, parmi les Compagnies privilégiées dont on demandait la dissolution, celle d'Afrique était attaquée avec d'autant plus de vivacité que, seule entre ses pareilles, elle faisait bien ses affaires.

Les Comités de l'Assemblée constituante examinèrent ie principe général des privilèges mercantiles. Bertrand, Directeur de la Compagnie, alla exposer.

46mt m», jM ooqdUqBt qpÉtfiidaBdo IteMMee A i»t6»«tdfMenaM. iiejiéaultat^^i dtaHMtaiMta dîBSOhiUoa ^ tfioks las Oomp^gobe, iMvmds odto d'Alri^ie.

Ifjdq, 10 :prliml|ia était cond^nn^ la flooBaace tfffjiflèfl «t 11 arrf «t es i^iw twit la ivende laéwyalt : iMil.|ï«é,du SiittUIst 17f)l,pn}Qaii«B]t.«ii tavHir d8 bws tas fi'caaçiits, la liberté da comaiarae diM ka Scbell^duLavsirttcttie la Banbaria. Anjtakmaaâmn 4es4:^qté8 de la Oane, Satieâtti et Pazes lii fiorsa, une coBveiHteB fut tiîto -ai vertu de tai|tte)te cia- SuaateH^iK «pqdolw «iiMBt la faoolli. de faifQ oh* pept»e 4e leiagimtte-iokMi iovs. •

Lae OA^iUaitrs oaeaeB mnâaimtt «le partie 4a pte* âuit ^9 (eitf péobe é Livopraa, 'St oomaoe ea proniar canp porté mx œaaulaDtaFes de UeiveUla et da Oas* sis lut sulpi de ibsauootip d'aulne, elles ne «'an lalat yéreotpas f'S^^'onipB^iad'Afnqaa, quoique feit»meid^tïraBléaparoesinoaiireB aubitr-sirBa, m Boattat çfSKin^Rnt juHfu^ ISM, Apotiae où eltelât oqipri*' aie par its Ajnélé dn CmuM (te JSaM initfw (48 pluvidae, ao II), et remplacée par wn JuRepaa an compta ç|e l'Etat, k qui elle ne tut d'aucun profit

Les deux millions gitarania-huit mille deux cet^t fiKpvnJ^ftuit iivm provenant de la UquldatîQQ du fouds MCJAl furent varaéos an Tréaar. r<3elBt 4it le lutfOB Saade, une déplorable erreur et noa tiTUt^le JDiu^tloe.

liais, avfuu d'4Uer plus loia, pasaMs aqe mtw rétrospaotive de la sltuatioa de la Coa^agnle q«l venait d'élre ^nsi dissoute.

Voici d'abord le relevé de ses imenlafres «le fin d'autée, poodant la deralèFe période de aea existent i le ntOHTement (le iends avUt été ;

ÀPUéfi mj ...,,.., >,20p.Q00 Uvre3,

- 1790 ,. , » 9» • , •ftpm » tftpf 2#8o5»,q01 ^-

DÀB^ fès dertdèi«eé atoèes; lés^ehairgès ooulràDtes de la OoMpagnie étalent les fiki1f«iMltfB :

Droits et présents aux autorités

Bârbâresques , 188.137 lîv.

^I^polntements en France, ^ • 25.900 —

— à La Calle^ fiOne,

Çoîlo, tabarqUé, Aïgér, l'unis. . . 54.538 —

Vivres pour L'a Çalle , 56.500 —

Impenses diverses , , . 6.706 —

Loyersà Marseille *.t à. 300 —

Pènsionsdé retraite ^ , 9 400 —

Inté'rôt du capital prîmîtît 72 .000 —

Total 4*6.481 Hv.

L'intérêt & six pour cent avait toujours été payé régulièrement aux Actionnaires. La mauvaise lidministration du Directeur principal, Armeny de Benezét, avait réduit le fonds social à moins de cinq cent mille francs. Benezét fut révoqué et remplacé par un sieur Martin, dont Thabileté sauva la Compagnie d'une ruihe imminente^

t Jamais, disent les Mémoires du temps, les affaires ne furent dans une situation plus florissante, et cet état prospère était dû aux soins que prenait le sieur Martin de conduire les opérations de la Compagnie sur tes principes d'une Société marchande, de rendre

son administration économe, exacte et fidèle, et de n*empIoyer en Barbarie que des sujets probes, sages et conciliants avec les Maures. Chaque année, les Actionnaires recevaient un assez fort dividende (300,000 livres), et la moyenne annuelle des exportations de blé qui, dans la période précédente, était tombée à vingt mille charges; était, en i773, de quatre-vingtcinq mille. Dans ce chifEi*e n'étalent pas comprises les exportations du Cap Nègre, de B6ne et de Collo.

« Trois ans après, lorsque Martin mourut, le fonds social était de quatre millions cinq cent mille francs, indépendamment des créances douteuses, de la valeur des édifices de la Compagnie et de quelques marchandises qui restaient invendues dans les magasins. Cent à cent vingt navires, dont le fret coûtait annuellement trois cent mille livres, étaient employés au transport des marchandises et denrées achetées par la Compagnie.

« La Compagnie vendait son corail brut à des fabricants de Marseille, qui le travaillaient et le versaient dans le commerce.Les négociants TexpédiaientenBarbarle.en Egypte, en Syrie,.en Bussie,en Perse et,enfin, dans les diverses parties des Indes Orientales. Chacun de ces pays recevait les divers ouvrages, couleurs et qualités à sa mode et à ses usages. De ces envois, de ces expéditions lointaines, il résultait un commerce d'échange d'un avantage immense pour Marseille, indépendamment de celui d'occuper une quantité considérable de bras pour la fabrication de ce produit, occupation dont on ne peut se faire une idée qu'en sachant que le corail brut doit passer par quatorze mains pour arriver à sa pleine confection et être livré au commerce.

<r Enfin, si le corail des Concessions était d'un prodigieux avantage pour cette ville, l'Etat y trouvait de

son côlé, pour sa marine, une ressource qu*il appréciait d'autant mieux que la Comp^nie, en lui formant des marins devenus excellepLs à son école, par les dures épreuves où ils devaient passer sur une côte aussi orageuse que celle-ci, ne recrutait jamais aux dépens de l'arméç navale pour, ses l^esoins. Car, chose remarquable, elle employait des hommes qu'elle appelait de l'intérieur de la Provence et eu faisait des marins q^i, sans la pèche du corail, n'eussent jamais connu la mer ; et ces hommes se succédaient, en Afrique, de telle manière que, nonseulement ils suffisaient à la pèche, mais encore à tous les divers travaux de la Colonie (!)•

t Les relations d'amitié que. les marchands, dés la première année de leur mstallation, avaient eu soin d'établir avec le Cheikh des tribus de la Mazoule, étaient maintenues avec une grande attention. La bienveillance de ct^ Chef puissant était, en quelque sorte, pour le Comptoir de la Galle, une question de vie ou de mort. Il n'eût tenu qu'à lui d'anéantir en- Uérenient le commerce de grains que faisait la Cornpagpie, si cette dernière eût été assçz imprudente pour l'indisposer contre elle. Les marcliands, aûn de sassurer son bon vouloir d'une manière définitive, lui avaient permis de percevoir, à son profit, une taxe assez forte sur tout le blé qui était e.ubarqué, ainsi qu'un droit de sortie de dix piastres sur tous les chevaux que l'on transportait à Marseille.

C'était, chaque année, 60 à 70.000 francs qui étaient versés au Cheikh de la Mazoule ; mais, comme il était intéressé lui-même à ce que les achats de grains se lissent en grand nombre, Icfs marchands avaient la liberté d'en exporter autant qu'ils voulaient.

(I) Bande.

Préoccupée des ôeufe idtéréts de son commerce, là Compagnie avait même slipulé, avec U» Arabes, que si l'un d^enx ttîaft un ChréCieu, hors du (M dé guerre ou de légitime défense, il ne payerait qtie oinq àétUs piaètres, tandis que le Chrétien qui aurait tué mt Ârat)e serait taxé de huit cetUë. C'était ponsser tn peu Mû le mépris de sa dignité ; mais, en flatfMt ainsi les préingés des Arabes, les marchands espéraient qu'ils se montreraient plus accconmiodantsdans les transactions commerciales.

Enfin, en 1*750, la Compagnie, voulant augmenter encore la sCtreté de ces relations, demanda, au Dfv^n d'Alger, de lui accorder une certaine part danÉ Ik riomination du Cheikh de la Mazoule. Le Divan ayafnt accueilli favorabiement cette requête des marchands, il hit déciéé que le Cheikh nomfmé par le fief de Constantine ne pourrait entrer en fonctions quf après atoir été agréé par le Directeur français chargé M hii remettre le bprnous dlnvestitore.

La Compagnie exerçait une grande iûfhience dans le pays. Le patois provençal devenait familier àttl trftms toisraes, perlsuadéés qu'elles apprehaient h^ français. De grands troùpeatix, dans fesquels étaient intéressés nos Agents, étaient devenus des^prbprf&té^ communes entre Arabes et Bu^péens ; et, pour dé^ fendre ces magiâshvs, ces cultures, contenir les indi* gènes, quelles ètalient les forces de la Compagnie ?

La garnison de La Caliez esomposéede cinqiMmte^ tèièrans, commandée par un Cafpftaine, et SM^mée de sht pièces de quatre qui n'ont jamatis fait feu qu'à poudre, en signe de réj<yefâsai»ce.

Toutes dés mesurés, atïssi habiles que sages, assuraient la libre possesÈsfo^ de La Callé bien miemc qu'un corps de troupes entretenu à grands frais..

Mais, avec des gens au caractère capricieu^^i; ^f|-

li^liieea osètnelMips} qaf anMesr de Morâ, tooMi ms flMaiftasfiiptai^BiMte pMT là Coopagiito rie fomit 9M B^gitiièfMi0p« ébBêefém sartoÉt te» lé» é»'

La correspondance du Directeur de La Galle esb Mb tetHMlive : elle* noaë démènlff»' h» cvpitfllô iueattable desPaehas et «Tèe Beyv 8^iMi{Miniifli «KMliiAiveiiiefitdw biens de leurs sujets. Tout Agent dci<Mfi?i#ti€meat tùJBb4 à(|MBl9aa degré (p^r fâtiAnfr la* MérarcHlie, obeiehail, avant toot^^à* stertehtr eii pressuraitt sans, podeotf les i»opiiliUiii«B pài^ tous lee nfoyetis alors en pratique. C'était me expMtaHon orgdiri^ sée SBttuae Tâsla éciieUe, wtBà& aon une admiMstra- Ifoa ; on* en> sortait le» naios pteines d'or, de sang et delMie.

Quand le Faeha eu le Biy stenta^ qt^^am fôn^tioAnaireensoësondtBaYaitsuffisaAiiiiéiït rançonné ou mMgé son idoodey — éxpreeeiow and)e oonMcrèe^, «^ qn^il- avait, en un. uoi^ fait son mmffot, -^ p6\xt me servir d*une expression triviale, mais iostdaient art»ptldrible ici, il le vèiroqiialteaprioieusementel; lui faisottr rimdre gorga, sootentà Faidede supplices ItariMires. Un autre, aussi avide que» le pitècédMit; ètttit ncmoDé àstb plaee^ }«nqu*à eei qiie scfà tour cTalHneAter le trésor du souverain maRre arrivât aussi. Afin ée se soustraire à de telles spoliations, la dernière resflÉMurdè était de càeCver son bien, d*affecter la misère pour né pas tetitèr isL cupidité.

N09fi voyons que cet amour de Targent fut cause que les Beya de Coastaotinev oubliant leurs engagements, ne consultaient même plus la Compagnie sur le choix des Cheilchs de la Màzoulé, ef qu'ils vendaient ééis loitctlons kicrativestoplus offrant des membres de la famille féodale dés Oolad Dieb. Poussant mètoë les choses plus loin, excités en cela par" des

marchands Joils, ils faisaient, pour leur propre compte, le commerce et l*exportation des grains, bien que la Compagnie, qui devait, seule, Jouir de pe privilège, fût tenue d'en payer très régulièrement les droits*

On exigeait, en outre, des cadeaux de joyeux avènement à Toccasion d'une noce, d'une naissance, d'une fête musulmane, etc.

Nous trouvons, dans nos archives, une liste détaillée indiquant la composition* de ces cadeaux en na ture adressés, en 1783, au Bey de Oonstantine ; elle est assez curieuse ; la voici :

t Perles. — Diamants — Sirop de capillaire. — Bouteilles de liqueurs assorties. — Cannelle. — Muscade. — Girofle. — Poivre. — Drap de couleur. — Bagues montées en diamants. — Pistolets. — Café Molca. — Toile de Hollande. — Tabac d'Arles — Bazin des Indes. — Sucre royal. — Confitures. - Chaîne en or pour montre. — Tabatières. ^ Montres. — Poudre de guerre

On comprend que, soumise à de pareilles obligations et le commerce ne marchant pas, la Compagnie ne pouvait que se ruiner.

Voyons maintenant les opérations de la nouvelle Compagnie, dite Agence d'Afrique :

Marseille, le 7 floréal, 2* année de la République une et indivisible (26 avril 1794).

Jules-Nicolas Gimon au Citoyen Vallière, Consul de la République, à ^Iger,

Citoyen Consul,

« Tu auras peut-être déjà appris que j'ai été nommé Directeur de V Agence d'Afrique par la Commission de Paris; mes collègues sont au nombre de cinq.

de aorte que nous sommée six» Celte nemmation est apfiroavée par leOoiàitô éedalol public. L'Agence resiplaçe la ei-devant Compagnie d'Afrique (à compter du 19 pluviôse) et. suit entiôrement' rorganisalioQ de cella^i, en attendant qu'il en soit autrement ordonné. Il n*y a de changement que dans la dénomination.

c GlMON. »

République française une et indivisible.

Marseille, le 14 floréal, Tan II de la République

(3 mai 1794).

V Agence d'Afrique au Citoyen Vallière, Cùnsul d€

la République, à Alger.

Citoyen Consul,

t L'Agence d'Afrique prend, sous cette dénomination, les aôaires de la ci-devant Compagnie qu'elle remplace pour suivre son commerce sous le même * mode, et pour retendre, autant qu'il sera possible, dans toute la Barbarie, même dans le Levant, et principalement en grains et autres approvisionne^ ments.

« Cette A^nce est également chargée de la suite des opérations du ci-devant Comité d'approvIsionnQmenta maritimes en blé, qui est supprimé, et qui avait fait passer des ordres à Alger par l'organe de Jules-Nicolas Gimon, l'un de nous.

« Bn ces deux qualités, nous entrons volontieraen correspondance avec toi, et nous nous chargeons de répondre à tes lettres adressées au dit Citoyen Gimon en date de pluviése et de ventôse.

« Les Capitaines Mordeille, Martin et Remes, venant de B<^ne, sont arrivés Ici ou à la céte ; Ville'

ésidiiilielit ; ii Mutf iMD^^ le Bt^gmâaiêf qàk a* gô.à^Aiaeoii^ dont DOQitaoMuliMiflMHl aooffblifsi; iHMMi4Micttpoil8.4ateît0rite cbugumêOtéû^Bàméis.

« Nmi» anoiiB. resiatt|iié [&. iélejeil» cfhnM»^ féfBeai dlu»Miiaiit^ MtnM>; notfi en éprdiuMBLle succès ; nous en attendons la oontlnoation. TmÈÈDa*veras emneiMk.itt mômes dispositions, et tu éprouveras la plus ggande activUè et la mise en oBUvre de tous les moi^eos.i^pre&â éteodf^ rkopostnUon des subsistances et marchandises de première nôoessitè dans la Rèpûbffque.

c Nous ne nfégAgerons pas les envois en marchandîâe» k Al06r^ ^namkf sonoiea^ wuxdsôs^; aods sentons, comme 1foi,r qa'H^ tdovleat de fournir aux Algériens ce qui leur est utile.

« Nous disposons, en ce moment, plosienrs expé- Mkm» poorBôflw etpoonLft CaM amelé&fofnds qoi y 0Mit ixtotassMfêii ; lem Concsodiwttfl^ seront eu étail d'aeliqiimer to«» liuvs eogagotteots et de Mveile âowwfltil^aehans^ et prkielpalettieiit en sobélstaneG». * NodséxhértDn» iea Agw>te à.éteodr» oecommeMe^at à Mi étiùmttom» ractMIé poasibki.

t Cela nous conduit à t'iuTiter, Citoyen Consdi à Gbtênii< du Dey^ ^<Hir les» mêmes GonoessIonsY la ^MPteislioni l«pfa»spèetAlè(, ta phis éteftdM; 0009 e»pôroPâs qo»]mTnm& serotfl observés ; now eupè-^ fôèê même 411e irapfpui du Dey ter tent'ObteûAr asdessus de nos droite ; noU9 ûoadfliiAtoiie^ enfin, que ce Pirtnce éomprettdiFa téut davantage cTauginealer ses^nalâdnfâf arec^ia Rféj^bRqM et comMei^ m prespéim» tÉQiptffte à tout FémpiiM OItodia».

t Nos armées on<^ iMtfrrtôt' c^mcftfis lotA/0 laSlavoie ôl aoM 0e tarderuns pas à^ t^npj^nidM dus cisn^oétes ilÉfiorlaWfee éa edtè ée fH^pi^i L« iMn génie^ 4e

la MfuMiqaer nei» teftaiOHtOMr a^cn^lftpliitgtàiiile rëpidttè danftles paye etmttii». Nèus lier tetein» piÉ^ à Bèniede ls<MrépiflÉBi^» déL*«oalAM» les elwtefinto mOfrpkigMft €^9*81» ^vf fMtv ta ctnle^tai Coqil|»î* gttie, mal» oous perùsomé à te le» fafw fiarvénlr paf l6^ CapMaiae IMlee BÉûoia, eft les faieà&f ohargtfif pour compte du Dey et à sa consignation, et surtoot si noos poiyvoais le faire policer et accompagner par des sujets Algériens. Si cet expédient manque, nous aimyns recours à quelque atttre* ef, fhialeméiiff, nfous te Retirons bfetfCdt en état d^acqùittef caetfe dette (tuf* à excité Dfôtrie reconnaissance. SalM ei f l'àtérriifé. •-

t RiCBUiuD, Dbnbt, Gimon. »

Bône, le 20 messidor, an II (8 juillet 1794),

A ValUêre^ ConêUl à. Al§9^,

« «.«•• Figure toi la Galle comme abandonnée pour le Goraîi. Nous n'avons en tout que quaire Corses, compris: cefui que Ton a v^oulu nous prendre et qu'on (lent encore. Tous les l^rovençaux sont à terre faute de monpfe, faute de ûï coraifleur, etc.^ etc. J'ignore si cette année nous pourrons fournir ïeb deux caisses de Corail de redevance.

« La peste continu^ à (aire du. maf à Ûonstantine.

t La GaUd, te 28 measidor (l&ittll!et!l7H^.

A Vaili^e, Consut à Alger,

« Je n'ai presque plus fait de commercie et

je dois renopçeiià eir faire jusqu'à ce qu'il me vienne de l'afgeoft^ Ge ^i' 019 vîpite suffit. ^,p#i«e pepr oeoir' plél^ m% pi^ifioBidjuAe aea^ W l^lé et>oifek et acquitter le solde des redevances de cette année.

« Une me reste que trois bateaux corailleurs... Daps ceh abandon de la Pèche, H me sera impossible de satisfaire, cette année, à la redevance de Corail d'Alger. On pourra peuUôire y suppléer de lilanseUle, où il doit y avoir encore les dernières caisses de Corail que j*ai expédiées en février de Tannée pas*

€ PBlaON. »

Cependant, Baba Hassan, Dey d'Alger, continuait à être parfaitement disposé en faveur des Français. Le Directoire manquait d'argent ; il avait chargé un Juif, dont nous allons bientôt parler, de faire au Dey un emprunt de cinq millions, payables au bout de deux années. Baba Hassan, dont l'avarice était pourtant aussi bien constatée que celle dé ses prédécesseurs, consentit, uoa-deulement  prêter cette somme, mais encore il se refusa à en exiger les intérêts.

Une maison juive d'Alger commençait, à cette époque, à se faire remarquer par ses entreprises commerciales. Les chefs de cette maison étaient un certain Néphtali Busnah (Boudjenali). habile spéculateur, et Joseph Bakri, digne émule de son collègue. Leurs frères habitaient Marseille. Ils eurent l'occasion de faire venir d'Alger quelques chargements de blé. Bienlôl, ils voulurent, de concert avec leurs associés, entreprendre une grande fourniture que les circonstances rendaient fort importante à cette époque. Bakrl, de Marseille, demanda, aux Représentants du peuple, de protéger son entreprise, et leur remit une Lettre du Dey qui recommandait son Commission" natVe à leur bienveillance. Cette pétition eut son effet, et la maison Busnah et Bakri commença les fournitures de grains dont il a taht été parlé depuis.

Le Dey aurait constamment usé de la même bien-

Teillanoe à l'yard de la France «41 n'eût sans-cesee été assailli par lessoUieitaUoDa de, quelques Btats qui ne laissaient passer aucune occasion de Tindlsposer contre elle en lui exagérant les revers qu'elle subissait ei en la représentant dans un état d'anarchie complète. Et si, parfois, il semblait céder à la pression de ses Ministren, il ne tardait pas à revenir é des dispositions pacifiques, tant était grande l'influence personnelle que le Consul Yalliére exerçait sur son esprit (1). Il poussa la bienveillance jusqu'à offrir des secours au ComUé de Salut public, par la lettre suivante :

t Des vivres et de bons chevaux» voilà nos priocit pales productions. C'est au besoin qu*un véritable t ami doit se faire connaître ; voilà nos principes.

< Nous sommes disposée à vous donner des grains, « des cx)mB8til>les de toute espèce, en un mot tout

< ce que vous demanderez, parce que nous sentons c que dans la .guerre générale que vous aveis à sou- « tenir contre toute l'Borope, il e^t impossible que c vous n'éprouviez pas quelques difficultés à vous « procurer des subsistances et d'autres objets de c première aécessité. C'est dans de semblables circ constances que nous devons déployer toute la ma-

(1) Celte infloeace de certalot Consalt dans les Buts Barbaresqoet, ae s'aeqaiert q»e par un long séjonr dans lea pays musolisans, et surtout par une connaissance parfaite de la langoe et des usages indigènes. On se souvient de celle qu'ont exercée naguère nos Chargés d'affaires Roche et Rousseau, peudaai leur passage à Tanis^ à Tanger, à Tripoli.

Quelques Nations européennes, les Anglais surtout, ont parfaite- Ment compris celte nécessité ; aussi, ont-ils coMne Représentants des spécialités qui pasfent toute leur Tie dans les mêmes régions et y font leur a?ancement ju8qu*aux plus hauts grades. Leur Influence est, dès lors, tediseulable ; nous en atoas maints exemples sous les yeux, eomme aussi nous avons l'exemple du résultat contrair^^ pour les Puissances qui donnent ces postes importants à des Agents non préparéf à ce rdle en Afrique, ne connaissant les Arebes que de nom et qui sont, en outre, déplacés à chaque instant.

fPTMive de lalwMdtté 4e «oeemittmentB r "c Lêê AgiêntB dê$ PiU$9(moe$ beAHjêroHtgê qui ¥éêMmt ^uprèfi de Hieu«, «a ctm^rani du t^otle 4e Pémétié, ne deMsM de nouê preëêer et ^ nous ^U4&iter de pf^&fUer de vue imberrae prèeetde pour rompre lèe TraUêe emerêe ^i noue uni$» een^ à H Nation frtLnçéshe, et pour hU dêcienmr 4m guerre (I).

« if àiiÉ, ii(Ni8, ftMes et aoeietti «hOs -el toCelM, nous écartons de notre présence quiconque ote les pMferérer ; fMTce que e'est imrlèul âMm 1« dreon- ■lances épinewes dû vo^ Voue trouver qee oois devons respecter et Obsen^er pins écmpdtéufljMiieQt qae Jamais, vUkàffe de vOM^ les égaHs qai boas éont itnposéB par le ton ^^oisinage etnoCK aneténae aittitie. ^.

14 «leminalt «a lettre «a BoitCettaol uMfiMMrpoar l'telgré iCeUrun, qu'ft aSéctioÉMft partUmltèreiMmt.

Méifrunv beau-frère du Oénsul Valltëre, ^ttatt an émigré eoupable d'atotk» rempli des f ottedei» uuaioipales à Toulon, pendant que eetle ville ^Mait entre les matas des Aj]i^lais.

ifeUran avait été |Adis Ohanceèier ée Oonsalfit 4'Aiger, et té Dey, qui lé éonpafâs^lt dé vlétAè ibjb^, lai avait voué une grande ^ilié à la eiiile ée dîveffs services qu'ii lui avs^tt rendus.

Meifnia,saBs resseuroes, lut ooniraintdeise réfugier â Carthagéno pour sauver sa tête; c*ébt là qtte lé Déy, instruit de ses maUieurs, lui envoya un bÂibmit pôv» le chétcher et le mettre sous sa prMeeUdil.

(l)lef>é!r ^totl» lid-|tt6iiM l«i ifMptf det %%eàii kpUtlIA %t Bapagnols.

iieilBiaétaHiuiDaapacpé thi f$ fMmo> rif A9tML floivite, dba te m^re e( du par* (UdQqmiiI Vi^Mr^ ëtoé 40 82 «H. iCoideniéir A'MUitMiiin^ è l|i«iiiiiOr iîM, 4fÊMli «I j'y mndiiifaât, tme^nroc» ^'11 nWm^,

9ltô dejcoatelre <ii la mont )e pèw 4^ O0M qt:ri watt Mfroyé Maf vata^^aiMU fbflwéiidii M(&, fHi V!fian9^ ofi Ton moarralt de faim.

Le Dey, voyant arriver M^^iUraQ, -loit 8,00p^ fraoQS à sa di^K)3ltipp, le cppbMt de présents et se ciiargea de son entretien fUnsi que de celui de sa famille.

Le document ci-après montre, du reste, les sentiments d'affection qu'il aVàll pour lui :

Emttwtt de$ mÙÊ(itiM de iaCkanonl^çtiedu Cém$uM ^éM^étml de France m 4^^.

•• Ri\p][>ort, sur la demande du Dey d'Âl^r, tendant » à obtenir, de!a République, la rentrée de Meifhm » éansses ptfndiMs et dans ses Msas.

f i^ejov^liui^ vipgl-pept ipepsifîQr, l'an II de la Répul)Uqu^ fr^çaise up,e eft indivisible, a com|)aru 4evaot nom, laoMsajgpé, h Citoyen Vallière, leqiiel «koqs a dit -

•9 fm €itoyeo, je yions 4^ nhez )e |)ey à l'effet d'wrMer, avec «0 Prteeft, là traita d«0 denréei^ 4e œt^ aiiQé0. Je lui ai a^^oopoé q^ la RôpubUqui^ fluttiit •reconnala^Mitew Sîdi Hasei^n i^'a axiseitât coupé laparole et m'a^t : « Oonaut, é^^Mi^lfi-flapi ; M me dis pkis iE!ieB> m m'offre r^en ; jq ne ivaeux riea. J'ai p«a (ait pour Vmi {>ay8t pnals je ferai tcmt œ nae je ppwmi. Voici la i>l98 sr^pde faveur qi^è j'en désiffe, qui me 9fm plus préeiejKisid fue de^ millions en argent : — Fais n/m MeHrua* irieUlard nattiattTeax ^'Bertneuc, puisse j»ntper da«s sa Pa«

k trie; «dans ses peoBloDs et dans séi biens, avec c toute sa famille* Il est ici, je le porte dans mon « cœor ; c'est mon Tiens, mon melileor ami ; je « veille snr Inl ; ]e referai sa fortune, je le lai dois ; ir mais, pour payer toute ma reconnaissance, toute « mon amitié envers lui, je dois le rendre à sa Pa- « trie. Consul, prépare cette œuvre ; c'est tout ce que « je demande »

Aiger, le 45 juillet 1794.

Le Chancelier^

ASTOIN - SiBLVB,

Au mois de février 1794, le Comité de Salut public avait envoyé, à Alger, un Commissaire du nom de Ducher : i" pour assurer les subsistances du Midi de Ja.Frapce ; 2* racheter les Esclaves français, mais devant exclure du rachat les criminels ifugUifs de France ; 3<> examiner la conduite du Consul Vallière et, sll la trouvait répréhensible, le remplacer par lui-même ou piar un Citoyen quelconque, digne de la confiance de la République. 500.000 francs furent mis à la disposition de .Ducher pour cette mission. La conduite de Yalliére, dans la gestion de son Consulat, fut trouvée irréprochable ; maïs un rapport, adressé au Comité de Salut public, le représentait comme suspect de patriotisme pour ne pas s'être opposé à l'arrivée de l'émigré Meifrun, son beau*frôre, et lut avoir, au contraire, donné l'hospitalité.

Etait* il admissible que, pour faire preuve de civisme, Yaniére eût pu se résoudre à fermer la porte à son père, à sa mère et à son beau-frôre, Meifmn, qui les avait sauvés de la guillotine? C^est ce qu'on eût voulu de lui cependant.

Dans le même temps, le Directeur de La Calle, qui

it^ sfttalt totmOëtH ^^plklëër la ceèâdtloti du Hdtn^ ÉàfAtée, èe ^a\^i% de ce qtj^ lé CoâëM TalflèKS tffl^ lldtdes eDttràved atix envois de Mè, tarfdks qu'il ècft-' vttU, àti Comité, qull le^ a^fVall pdr tous les luot^ns j^osâmes. Le ttie tt^am^vlait plus, eu effet. Oè A^tAteni pfélut tes fofïdii q*ui iiék^alènt puféque, iûéAgté ta cmisièi^ e^agrk!»lè et anglaise, le CommàiMNilH Perrô âVart pu arriver à Algfer et y aïniofrtél^ lea».^ plaôtms pour lés àtéhatd de graiite que te^YI la Votti^ papile : tcaâs, e*eBt que la detnatide àdresdêè ()Uel^ temps auparavant, par llasHan Dtey, en faveur de ^îï ftOfti ifeUruYi, pour obtenir i(a radiutitm dé la ilktett^ èmfgrèB, avait été stupId^tfnefA't retiffiêe pàt le mti^ culotte Buehot, alôirs k la tète des nefatrûtiÉi èstëérfèores. Dès lors^ le Dey, qtril ëtm de riotrd dbVdft* de beaucoup ménager, n'eûse^ été q«te ^r ééèeé«fté ou par rMonnaissance, changea inhïskfnèuiktt éti Wiûté ranHIè qu'il avait pour nous, et prohiba Tètpë^^MAû des cérédiee en Pranee (1 ).

Les a&ires de la Compagnie se ressentirent de cette situation ; la correspondance des divers Comptoirs le démontre suffisamment :

La Calle, 18 ventôse, Tan III de la Républiqiia^

(8 mars 1795). .

A ValUére-, C&n»ul à Alger,

m ..... I/Àgencé ne m'envoie pas d^ niohdë, W

(trB«dhot,awttrett*4e0l8 4ns leJtra, a»»iai 0»1hilè>tt< ••• reUUoos extér|fqr«t ton» la Teneur. Son ifnorâncey lUt Wfo^/iff^ ÉààiÉlèf^i lin'oftfek, m' stupidité dépastaieni tobl ce qae Vob peut laiftliMr. Oâ ae lé in6if«H jUMlH ànà M eëbWéi; flOns^OIcA^ WeW Af rèa m clrai«, U inUiclla Te^iplol 4« mfoajie .totm Abi le fuiiïaUrè on it a?ait teao la prattiiè^ place. Il &îul piV •«««tH^ a» éw^oi dé evoAÉ&U récin^. M étaii fCMlliÉi'^ ranaptt «Ion noa reiaUona «vee /MfAr ti f^^ do pi^ lo^^pot^ «> ûiioBi du Éidl de la i'rance, qui s'afaleai pat a» de récolte de-

chaque bâtiment qui part dimlaue |e nombre des personnes snr œtte Colonie. Il sera diffioile d'y t^nir cet ëtô si les choses, à c^t égard, ne changent point, et surtout si j'ai à craindre des Corses ou des Napolitains. Je ne pourrais, daasaijioun cas, compter sur les Arabes qui m'avoisinent ; il sesait môme dan* gereux que je me livrasse à eux a^ec trop de confiance* Je ne verrais de moyen de conserver la Colonie avec peu de Français, qu'en aillant une garnison turque composée de 50 hommes. Le fiey pourrait me la faire fournir de BOne^ Le Dey pourrait donner les ordres nécessaires ; convenir que cette garnison occuperait les postes du moulin et du puits qui sont hors la place; qu'elle n'aurait d'autre obiet que notre défense pat* terre comme par mer ; qu'elle serait nourrie à l'égal des chrétiens et que je serais libre de la congédier lorsque ses services ne me seraient plus nécessaires. Si on exigeait un salait*e pour ce service d'amitié, il serait payé ici ou à Alger. »

t Peïron. a

Lettre de Bel Abés, Cheikh de La Mazoule, à Peïron :

« Je vous écris au sujet de la Lettre du Bey que j'ai reçue par lé chaouch qui a été vous voir. Il ii]\'ordonne de ne point laisser pa3ser du blé à l^a Calle ; de dépouiller impitoyablement ceux qui refuseroBtde'S» soumettre^ ee commandement Je vous eilvoié en oHgin^ la Lettre du Bey; qu'il vous plaira de me renvoyer apcés l'avoir lue. N'en parlez à qui ^tfô ce soit. V6US jugerez de ce qu'il convient de faire rèlativemient à cette défense du Bey ; je n*ai pu pren<-^ dre sur nxoi de vous la -tenir cachée. Le chaôueh voulait se saisir d'une petite caravane de bléqu*ila

s^perçue et qui lui a ôchap|>é en gagnait up bois, voir siii. Il n'y a paa d'exemple d*un pareil procédé. Je dois vous dire que le chaouch est parti assez m^ontentde vous, et que, pour l'adoucii:» je lui ai fait ca*

deau de dix bœufs.

« Ecrivez, mon ami, au Bey, que, depuis la venue du chaouci), jo m'oppose à laisser aller du blé à La Calle, et étendez - vous à oe sujet sans craindre dp me charger. J'imagine que c'est quelque ami d'Ali Bey qui nous joue ce mauvais tour. »

Lettre du Bey à Bel Abès :

« Louange à Dieu et à son Prophète Mabomet I « Que Dieu tout puissant aide celui qui mai*che dans la droite voie !

« A notre fils Mohammed Bel Abès, Cheikh deç Oulad Dieb, que Dieu comble de ses bienfaits. Salut!

f Nous te faisons savoir que nous t'envoyons notre ûls Ahmed Trouni. chaouch, à qui nous avons donné ordre d'empêcher que ta Nation, ni nulle autre, porte du blé à La Calle ; de saisir et de punir sévèrement ceux qui oseraient contrevenir à notre volonté. Tu auras soin toi-même de t'y conformer et de bien prendre garde de ne t'écai^r en rien de ces ordres^ car tel est notre plaisir. Salut.

• De la part de 8idi Moustapha, Bey de Oonstaii* Une. »

Bonne, 27 floréal, an III, (16 mai 17§5).

c J'apprends que les équipages refusent de

charger pour venir décharger ici. Ils veulent retourner en France avec leurs chargements et refusent

411881 <to passer Télé à La Oatte, paroe que dans ostte saison le aéjoor de La Calle est daagepeiix iMir les maladies.

c Peiron éprouve d'autres désagréments. Les Nations arabes qui avoisinent la plaee Tinquiétent et menacent de faire la guenre à la Ooloale, comme c'est leur usage lorsqu'ils mettent en avant des prétentions ridicules. Oes Maures ne sont si insolents dans ce moment que parce qu'ils sentent La Caiie faible en monde et manquant de tout, surtout de poudre.

« Le nouveau Cheikh ensuite, que le^ Bey de Con-

staotine a fait, ne se comporte pas trop bien ; cW

à lui à protéger La Calle et à contenir, par la force,

les Nations qui remuent, et il ne parait pas qu'il s'en

occupe. C'est peut-être, au contraire, lui qui les fait

agir sous mahi... ..

< OumRT. »

Alger, 9 prairial, an III, (S8 mai 1795). A l'Agence d'Afrique,

€ Sidi MoQStapha, nouveau Bey de ConstaotUie, est venu, suivant l'usage, rendre son hommage k la Bé* geoce et hii porter ses tributs. J'ai vu ce Gouverneur iSt je loi ai fait le beau présent que je vous ai amioncé

pour le bien disposer en notre faveur Le Bey m'a

offert la plus grande quantité de blé qu'il lui serait possible de fournir, sans vouloir prendre un engage* ment formel.

c J'ai été voir le Day , qui avait des préventions contfe pous ; il a été sourd : il ne m*a parlé que de Meifrun, et, Vidée que sa parole ne passait pas en France et que nous le trompions à ce sujet, eaîcitait en lui une grande colère : c'était le lion irrité.

& J'ai dû ma retira sans avoir, rien changé à ses sentiments

€ Le temps et ies circonstances dirigeront notre marclie ; ce qui pourrait nous arriver de plus favorable, serait un partage des grains avec Bosnab. Cette extrémité doit vous paraître extraordinaire et mérite explication. Le Bey de Constantine d'aujourd'hui était Bey de Titery. Une crainte le porta à se réfugier au grand Marabout, asile pour tous les coupables ; ses amis n'osaient le secourir. Busnah, le Juif Busnah, va lui tenir compagnie, lui fournit des vivres, le console, le rassure, iataroède pour lui, ac^ commode ses affaires^ concourt à <ri^(enir son pardon, et lui prête une grosse somme d'argent dans un mo« ment de détresse et de disgrâce où il avait peu d'es* poir de remboursement, en disant qu'il n'en demandait aucun. Le Bey de Titery, disgracié, est devenu Bey de Constantine ; il est reconnaissant. Busnah est son premier homme d|af(aire8, son confident, souvent son guide ; il est devenu tout puissant auprès de ce Gouverneur, qui ne lui refuse rien, et dirige à songré ses faveurs, sa protection et ses rigueurs (i).

• Je ne prévois pas. Citoyens, que l'humear inatantanée du Dey doive nous donner de l'inquiétuëe ; je l'ai prédite an Comité de Salut public, le 15 floréal, lorsque ce Prince médit qu'il ne voulait aeoepter aucun présent de la Vrmce jusqu'à es qu*ellû lui eût aœordè la rentrée de Metfnm en France, d^ns see kiens eé dans ses pensions. Il y a plus d'un an que cette affaire languit Le Deiyest impatient et il entend dire tous les jours que les émigrés rentrent ; il croit qne la rigueur ne pèse que sur son prot^ et

(1) Valttère boub «ipUqoe, par cette lettre, le mystère de ces grandes foomitores de grains faites par les deax asancMs Jaifs BnsnahetBakri.

son ami. Son anflour-proprc s'alarme, et si, d*une manière ou d'une aulre, on ne le satisfait pas, on doit s'attendre qu'il sera grandement offensé de cette inortiflcation, d'autant plus qu'il affecte de nous rendre service gratuitement.

« Valliere. »

La Galle, 10 prairial de l'an III, 59 mai 1875).

A Valliere.

<r Mon commerce a été nul ce printemps ; je

le dois aux troubles qu'il y a eus à la montagne et qui subsistent encore, occasionnés par le changement de Oheikb qu'y a fait le Bey îl y a trois mois ce qui a, à pen prés, achevé de dépeupler et de rainer ce canton. Les récoltes promettent assez avantageusement dans mes environs. Pourrais-je en profiter ? Je le désirerais bien, mais j'y vois peu de probabilité, parce que je regarde comme toujours très difficile de pouvoir tenir à La Galle, pour peu que l'Agence tarde à me faire p&sser le monde nécessaire. Tout languit ici faute de bras, et mon embarraj> augmente cha-* que jour par la surveillance extraordinaire qu'exigent les bateaux napolitains, qui ont reparu depuis plusieurs jours sur oes parages, et même les Arabes des environs qui remuent de temps en temps, par le mécontentement des pei*8onnes que j'ai ici, à cause du plus grand travail qu^elIes doivent faire, par le départ successif de quelques-unes et, enfin, parles maladies qui se font déjà sentir. Tout cela me fait bien craindre d'être obligé de plier bagage et d'aller me réunir au Citoyen Quibert. en attendant que les choses puissent s'arranger de la manière qu'il convieuL.,.,»

« Peïron. »

La CaUe, 21 prairial de fan III (9 jaiii 1795). A Vallière.

«" Il est beareux que le Commissaird des relations extérieures ait fait suspendre l'exèeuticm du premier arrêté du Comité du salut public, sans cela, ITavrl^rée ici de 500 hommes le troupes eût effrayé tout le parys et dOQûé grand ombrage aux deux Régences d'Alger et de Tuais.

« Il n'y aurait eu qu*un moyen de prétenir les effets d'une pareille expédition : c*eût été de faire repartir ces troupes par les mêmes bâtiments qui ieè auraient amenées, et c'est ce que l'aurais fait à coup sûr.

« Lorsque je fis connaître, à l'Agence, qu'il mé faudrait 500 hommes et de la grosse artillerie, nous craignilons que l'Angleterre ne rompit avec Alger. J'ol)servai pourtant que cette mesure de défense pour* rait souffrir des difficultés de la part d'Alger, que vous la tiendriez informée de tout. Je vous en priai en vous donnant connaissance de la demande que je faisais à l'Agence. Je lui fis part de votre réponse, conlraire à l'établissement, ici, d*nn train de guerre, et des probabilités que vous me donniez que l'An* gleterre ne se brouillerait pas avec Alger. D'ailleurs, les explications que j'ai données & l'Agence n'ont aucun rapport avec des troupes de ligne ; elle ne peut ignorer que jamais il n'y en a eu ici ; que cette Colonie n'est rien moins qu'une Place fdrte, et que le service qu'exige la garde de quelques postes, au-dedans et au dehors de la Place, a toujours été fait par des personnes de bonne volonté et qui, comme vous l'observez fort bien, sont à la fois ouvriers, ^soldats, portefaix et propres à tous les travaux de la Co* lonïe.

L'A^g^f^ u'avaiti besoin qm^ d'être liutorisée à me faire passer des gens qu'elle se serait procurée elleinéme. C'est ce que par ses dernières lettres elle me dit 9nHt o|)t«oa ; eUe prévoit» eepend«»t» qu^à cause d«ft eii9^n$tiiaaes il ne Uïi sepA pas aisé de metlr^ 4 lO^iW^q^itioa les IM hommes qui »e soat oéoaftawjea. Que je (aa^ du commerce ou non, U ne me faiitpfis mpi^s de 2J^ homiues poiu* meltre tant au complet et être en état de fournir aux autrea Gomploin» ie^ reoiplAct^m^Dt^ dor^t ils oqt beaoin.

Il L'int^ie^K di^ payi? aembie repfeodre un peu de ti!|iqqaiUil^« ^i cela se souti^Q(» je a» SQraîa paa aaos ^apQir d» faire, quelque ooqMueroe, puisque^ la récolte est très belle dans les environs. Les Beys ont si bien fait qiie» sans égard po\ir les redevances qi^e l'Agence p^yse aux Naiipns voisines, et qu'ils ont eu Tadresee de 6*appcoprier en grande partie» ils oqt. restreint le comiperçe de La Galle au canton de l^iHa^Qu^e qui, presqqe tc^l dé^^euplé, n'est plus qnune tréa petit? i^efu^urce^ insttifis^nteméme po^^ la provision de la Place. Je n'oublieiai rien povtr étendre oetfe liofiite, poqr recevoir de la deiunëe du pays de Tunis, et poijr enlever k Bône tout.ce que je pourrai sans me comp^onieltre.

a L'Agence n^'a fourni de^ moyens, qui n'avaient japiais éjiiê ej>ipIoyés pax la ci-devf^nt Coniipa^nic, que je fepa^ valoir de mou mieux et qui, quoique extraordinaires^^ ne feront cependant pas revenir encore le blé 4 plus, de 28 à 3û piastres de Coustantine le caDis.

« J'ai appris que le Bey n'a voulu sen^^ager avec vpvis qv^epour mille cafiis de blé et, pour le surplus de 1^ traite» il u a fail que des pvon^e^i^es vagues^ U n'e^l pa$ moiui^ d<^sagréabM} d'attendre, dç la di^^crétion de iiusnalj, une meilleure traite. Nous devons

souhaiter aèaamoins qtt'il se contente de vDuloif partager »vec nous.

c Le Bey causai donné l'aseurance» à QoU)ert^ qa*il fera louien les iaioes de sa provinee ; ii a même fait coarir des deira (cavaliers), pour cet objet, cbea toutes les Nations, mais rien n'est encore venu ; ii est d^à bien tard. Autrefois» la traite de la laine était presque faite à cette époque.

€ Depttia plusieurs années, les Espagnols, qui chargent à Stora, oat enlevé la majeure partie de la cire et des cuirs qui» auparayaot» allaient au C!oUo. Cest inutilement que les BeysSalab et A^sea avaient promis de Mre finir cette contrebande^ Sidi Musta* pba fera«<t-il mieux tenir les défenses qu'il m'a écrit, il y a quelque temps, avoir faites à ce sujet ? Le temps nous en instruira.

• Les cuirs et les cires de Gigeli étaient aussi une grande ressource pour le commerce du Compteur du Qollo ; tout doit aller à Alger depuis que le Dey l'a ordonné ainsi, en sorte qu'il y a trois ou quatre ans que cela dure. C'est évidemment une injustice.

« Veuillez bien vous employer pour la faire cesser.

« PeIron.

Fetron au Bey de ConsianUne,

« La Calle, 9 août 1795.

« Seigneur,

a J'apprends que Bel Abés, Cheikh de La Mazoule, vient de déleodre aux Arai)es d'apponer du blé en cette Place ; que, môme, il a fait retourner quelques caravanes qui étaient en chemin, et qu'il a posté des gens, sMr les dilSèrenles routes, pour empêcher que rien n'arrive à La Calle. La conduite de ce Cheikh est

d*&utant plqs extraordîoaire qu'il n'a reçu de moi que (les bienfaits. Vous êtes instruit» Seigneur, des sont* mes que je lui ai avancées pour se soutenir dans le pays, et que, sans mes bons ofiftces, ta moitié du peu de monde qui lui reste Taurait abandonné pour se retirer dans les montagnes.

« C'est moins l'ingratitude de Bel Abès qui me peine, dans cette affaire, que le caractère de défaveur qu'il y met. Vous sentirez aisément, Seigneur, quelles conséquences . fâcheuses il pourrait résulter de cette conduite du Cheikh, si les Maures la regar^ daient comme sAitorisée par vos ordres et en inferaient une roé8intelIi]i?enco entre le Pacha et la France. Bel Abès a évidemment oublié que le Cheikh de La Mazoule n'a été établi qu'à la sollicitation de la Compagnie", et que pour assurer la tranquillité et le commerce de la Place avec tous les environs. Il fait plus encore en voulant, de son autorité, anéantir les privilèges de l'Agence d'Afrique, par un procédé qui n*a point d'exemple et dont inutilement je lui al demandé raison. Je ne puis, Seigneur, à cette occasion, qu'invoquer les Traités de l'Agence avec Alger, la liberté illimitée du commerce dont cette Place a constamment joui depuis son établissement, et votre protection, non - seulement pour faire rentrer Bel Abès en lui-même, mais pour lui imposer une conduite opposée à celle qu'il vient de suivre. Je vous saurai gré Seigneur, de faire passer par mes mains la lettre que je vous supplie de lui écrire tout de suite, afm que je puisse profiter de la belle saison pour faire une provision de blé et pour recevoir, des Arabes des environs, celle de leur récolte, qu'ils sont dans l'usage d'apporter à La Calle. Bel Abès, en voulant m'en frustrer, a sans doute dessein d'obliger l'Agence d'Afrique d'abandonner un Etablissement

qui, par ce fait, deviendrait très inutile, et de priver la Régence d'Alger, et vous-^môme, Seigneur, des redevances qu'elle paye. Mais, vos bontés pour les Français en général, et pour l'Agence d'Afrique en* particulier, autant que votre justice, me rassurent parfaitement et me font espérer qu'autant Bel Abés se montre contraire à TEtablissement de La Galle, autant il vous plaira de lui être favorable et de le soutenir dans toutes les occasions.

i Peîron. »

. Le Bey de Conetantine à Peîron.

21 août 1795

« J*ai reçu votre lettre et compris tout ce que vous me dites au sujet de la défense faîte, par Bel Abés, de vous laisser venir de la denrée, et de votre demande de faire votre provision suivant Tusage . Je vous confirme que j'ai tout entendu ; c'est par mon ordre que Bel Abés a fait la défense dont vous vous plaignez. Il m'est assuré que vous avf^z reçu du blé pour cliarger plus de deux navires. Quant à votre provision, je ne saurais vous la refuser parce que vous êtes mon serviteur et que je vous regarde comme un des nôtres. J'écris en conséquence, à Bel Abbés, de vous envoyer du blé pour votre provision, comme vous le souhaitez, mais pas aurdelâ.

Salut

Lettre de Peîron au Bey de Constantinc.

« De La Calle, 4* jour complèm. de Tan III,

« 20 septembre 1795.

« J'ai reçu, Seigneur, la lettre que vous m'avez écrite au sujet d'Ali Bey, que .vous avez placé Cheikh au lieu de Bel Abbés, que vous avez destitué. J*ai

tout coiqpris : Ali Bey est l'homme qui convient le mieux pour ce pays et qui peut le rétablir s'il était moins g^té. En y entrant^ il n'y a trouvé qu'une yingtaine de mauvalKes tentes ; ce qu'il y avait de plus est sorti du pays avec Bel Abès, qui a gagné les montagnes» d'eu il faut s'attendre qu'il inquiétera et AU Bey et toute La Mazoule.

' « Il y a longtemps, 8eigi>eur, qpe je vous ai dit que le pays était ruiné. Je puî$ vous assui*er maintenant, avec vérité, qu'il est entièrement perdu. Ceux qui sont dehors, dépouillés alternativement par Ali Bey et par Bel Abés, ne retourneront pas. crainte de se voir enlever les bœufs qui peuvent leur rester et qui font toute leur ressource pour se substanter. Je suis fâché pour Ali Bey qu'il se trouve dans ces circonstances. Il est venu me trouver pour lui faire une avance de douze mille piastres ; je ne saurais l'aider en rien, d'abord parce que le pays est désert, et en^^ suite parce que, tant qu'il sera dans cet état, il n'y a pas d'espoir de pouvoir faire, à La Calle, aucun commerce avec les Nations voisines. Vous m'aviez aussi, Seigneur, fortement recommandé Bel Abès lorsque vous le mites Cbeikh ; à cette considération» je lui ai avancé, en différentes fois, quatre mille pias très qu'il vous a envoyées et qu'il ne m'a point payées.

« Vous conviendrez, Sidi, qu'il est plus que fâcheux pour moi de supporter cette perte pour avoir voulu faire le bien du pays et mettre Bel Abès à môme d'en faire un moyen envers vous pour vous engager à protéger ce même pays.

a Vous n'aurez pasde doute, Seigneur, de la ruine totale de La Mazoule en apprenant que, dans ce moment, je me vois obligé de faire venir du blé de Bône pour ma provision .

t Je ne vois, BelÉfnctir, quHiû moyen de relôveir le pays : ce serait que, pour quelques anûèes, vous n'obligeassiez Ali Bey qu'aux Lismes d'usage ; alors, peut-étre, les gens du pays reviendraieut et les étrangers même pourraient venir s'établir dans le pays et le faire valoir ; sans cela, La Mazoule restera un désert, et, n'y ayant plus rien à attendre, pour vous ni pour les Français, TEtablissement de La Galle, iDutUe, à charge, ne poilrjra plus subsister, et son abandon devenir nécessaire pour épargner les redevance^ 6t les autres dépenses.

t .11 dépend de vous. Seigneur, de remédier à tout ceia, et je suis dans la confiance que vous vous plairez à le faire.

f PeTron. »

« La Galle, il vendémiaire dé Pan IV.

(3 octobre 1795).

• Faites-moi Tamitié de dire au Gitoyen Valliére que le commerce de La Galle n'est fondé sur aucune convention particulière avec les Beys de Gonstantine; mais que son libre exercice est de temps immémorial et que, pour cela, la Placç paye des redevances au Gheikh de La Mazoule et 1 .000 piastres de La Galle aux Mirdas que les Beys ont eu l'adresse de s'approprier. Vous savez que les caravanes qui viennent de la province de Gonstantine doivent passer par les Mirdas et que c*est pour avoir chez eux libre passage et sùre^ qae «ette Lisrae. a été établie depuis un temps fort reculé et dont aucun document n'indique l'époque. Les Beys n'ont jamais ignoré lobjel de cette redevance ; j en réclamai inutilement les avantages du feu Bey Hassen, mais, du moins, je n'eus pas à me plaindre que, comme le Bey Mustapha/ il

eût mis i*ôclat daas la jalousie qui pouvait avoir du commerce de cette Place et encore moios qu'il ait jamais voulu la réduire à notre provision

c PbIron. »

A Ptîron, à La Calle.

« Alger, 18 novembre 1795.

m Le Dey paraît déterminé à ce qu'il ne soit plus donné, à La Calle, un seul grain ^u-deasus de ses besoins pour la subsistance de la Place ; il me l'a signifié. Je ne puis m'y opposer en ce moment, mais ce grief sera, jespère, redressé comme tous les autres.

« Vallière. »

Nous avons vu plus haut, à propos de l'Agent Hu* gués, l'impossibilité dans laquelle se trouvait la Compagnie pour se maintenir au Comptoir de Collo, à cause du caractère difficile des habitants de cette petite localité ; mais, quand la France eût besoin de s'approvisionner en grains, Vallière insista tellement que de nouveaux Agents étaient envoyés, à la fois, à Arzew, pour traiter, avec le Bey de Mascara ; à Dellys, et, enfin, à CoIIo, où le Comptoir se réinstalla au mois dé novembre 1794. Mais, toujours pour les mêmes raisons, cette nouvelle tentative ne réussit pas mieux que les précédentes, ainsi que l'établissent les documents ci-^prés.

La Calle, 4 vendémiaire, 3* de la République (25 septembre 1795).

A Vallière, Consul général de France à Alger.

c Le 20 du mois passé, se présenta dans la maison de CoHo un montagnard d'une nation alliée aux Col-

lios. Ce Maure avait un morceau de cire qui no pesait pas un quart de livre et dont la qualité n'était pas de recette, n'étant qu'un mélange de terre avec un peu de cire. Je refusai de Tacheter, et pour prouver au Maure que la cire ne valait rien, je brisai le morceau en deux, et je prouvai à tout le monde que ma raison était juste. Le montagnard, voyant que j'avais brisé le morceau, dit que je n'avais qu'à Tacheter. Je ne lui fis d'autre réponse que de remettre à notre drogman le morceau de cire, en lui disant de le rendre au montagnard et de le faire sortir de la maison. Ce Maure s'en fut alors, sans rien dire, se placer sous la fenêtre de notre salon, et un moment après, m'élant présenté devant la fenêtre, sans penser à rieu^ ce scélérat me décocha un coup de fusil. Il fut heureusement un peu bas, et deux balles restèrent au bord de la fenêtre où j'étais appuyé. Je sortis tout de suite de la maison en appelant les Turcs de la garnison pour courir après l'assassin ; nous y fûmes après, mais nous ne pûmes l'atteindre, parce que les. Cdllins le protégèrent et ne firent aucune démarche pour Tarrôter. Au contraire, ils se moquèrent des Turcs et dirent des sottises à tous ceux qui voulurent prendre nos intérêts. Le frère de notre domestique, ayant tiré un coup de pistolet sur Tassassin, n'est plus en sûreté au Collo, parce qu'il a pris nos intérêts. Les ColTms sont restés toute la journée avec ce monstre et tous ses parents ; ils y sont tous les jours, en le félicitant d'avoir fait un si beau coup ; enfin tout prouve que les habitants du Collo ont trempé dans cet asaïAssioat, et les antécédents démontrent que ce que j'avance n'est pas sans fondement, car il y a environ deux mois que deux CoUins me dirent quantité de sottises et me mirent le fusil dessus, pour avoir refusé à un d'aoheter un cuir au prix qu'il voulait, et à l'autre de donner

du sel dans un molnèht àh nou^ A^éti àyîbnn pas pàttr nos salaisons.

» Lors du dernier chargement que J'ai Tafl au Cûllo, dêf; principaux du pays me volèrent dans mes appartements une montre en or, que je ne pus l'avoir qu^en donùant 30 piastres de Oonstantine. Enfin, cRoyeû, je nô finirais plus si je vous disais toutes les avanies que nous sommes obligés d'essuyer de la part de ces Collins; mais la dernière passe la règle, et la récicifve qui vient d'être faite, même avant d'avoir reçu satisfaction de la première, lève le courage à tout homnm d'habiter pareil pays. Je ne rapporte pas le nowtBl assassinat qu'on vient de nouveau de méditer au Collo envers les chrétiens, parce que le citoyen Peïron ra*a dit qu'il vous en instruirait

9 L. Granbt. »

Granet, chargé de la direction du comptoir de Collo, craignant d'être assassiné un jour ou l'autre, jugea à propos d'abandonner son poste et se retira à La Calle. Il laissa la gérance de son établissement à son adjoint Raimbert, qui. peu de jours après son départ, signalait une nouvelle insulte par la lettre suivante : *

Du Collo, le 27 frucUdor (13 octobre 1895). A Velron, Directeur de la Compagnie, à La Cal le,

« La seèoe d'hier m'oblige à vous éGflte peur vovs faàre part de la seconde avanie qn'on devait ûota sus^ ciler» iet de l«queile nous aVons été dôlirrès par lai sttrveillance des Turbs, qui sont r^éllemeRt |[k>Hô8 d nôUB protéger. H4er donc, un ecoBio da mélne qni Bt* tenta A la vie du citoVen Grànet, lé 20 du moiis éer« '

uk», vint 9t plaoer sur tme petitaei émindaoe d^ la-^ quelle on dôcoutre tout notre jardin, où nous nous nous tenons presque toute la journée. Arrivé sur ce lien, il commença à changer l'amorce de son fusil et à y faire courir encore quelques balles. Les Tares, qui depuis.rarriyôe de >ce Maure sur ce lieu, observaient attentivement la conduite qu'il tenait, s'apercevant de son manège, n'ont pas balancé à se saisir de sa personne et à le mettre aux fers, en attendant que le Dey donne ses ordres. Il y a Meu d'espérer que le Bey mettra à la raison cette bande de brigands, qoi sont cinquante ou soixante personnes tout au plus en état de porter les armes, et qui néanmoins font la loi sur le pays soutenus de quelques Collins de leur e^)éce. Ces mêmes gens ont fait l'impossible pour faire mettre le détenu en liberté; mais je n'ai jamais voulu souscrire à leurs volontés, et j'ai même signifié à FÂga qu'il en répondait sur sa tèle jusqu'à nouvel ordre.

» Vous ne devez pas douter, Citoyen, que nous sommes menacés et des montagnards et des Collins de leur parti ; mais n'importe, je tiendrai toujours bon ; nous sommes, tous les chrétiens du Comptoir, sur le qui-vive.

» Au moment où je vous écris, j'entends la monsqueterie des Collins qui ronfle. Qu'est-ce que c'est? J'envoie tout de suite du monde pour apprendre quelque chose.

» On me rapporte que ce sont les montagnards qui sont venus faire feu sur le nommé Ài^our ben Abenott, à cause que le frère de celui-ci lâcha un coup de pistolet sur celui qui tira sur le citoyen Granet, le 20 domior. Au brait de cette escarmouche, la saine partie des Collins tfest montrée digne d'avoir des cbrttîeiis chez eux; car, au premier feu, ils ont pour« ,

suivi leB moDtagiiarâ& jusque ohec eux et en ont blés» se deux ; mais la partie gangrenée, qui est le village de Benadonx et le village de notre écrivain, qu'a-telle fait ? Bien loin de prendre notre parti, peu s*en est fallu qu'elle ne fît feu sur les Oollins qui poursuivaient les montagnards.

9 Encore du nouveau, Citoyen. Le chef Assein, sur qui les Turcs fondent leur espoir et nous aussi, en cas de quelque mauvais dessein de la part des autres montagnards, le chef Assein, dis-je, est arrivé accompagné d'une partie de sa Nation. Sa première démarche a été de venir me voir et de me dire qu'il fallait faire mettre en liberté le détenu et qu'il ferait payer la Kratle. Je lui ai répondu qu'il perdait son temps, et que cet homme ne serait lâché que par ordre du fiey, et j'ai fait dire de nouveau à TAga de prendre garde à ce qu'il ferait concernant le prisonnier ; mais toute mon obstination n'a servi qu'à me faire moquer de moietàme faire craindre pour tous leschrétiensqui sont ici, plus que jamais, puisque un moment après le chef Assein, le Kald Ali ben bou Kroumeri,du village de l'écrivain, et le chef Belkrir, du village de Benadoux, sont montés et ont délivré le prisonnier et terminé avec les Turcs la première et la dernière affaire, moyennant quelques petits bœufs du montant de 8 piastres de Constantine ensemble.

» Voilà, Citoyen, les résultats de toute cette affaire. Nous avons à présent le village de Benadoux contre nous, le village de l'écrivain, le chef Assein et l'Aga (non tous les Turcs, parce qu'ils se sont bien compor^ tés) et les montagnards agresseurs à redouter, surtout le prisonnier, qui a promis de se venger.

• Les chrétiens, qui sont persuadés que quelque Jour il en mésarrivera, ont demandé à s'en aller d'ici. Voyant; Citoyen, que leur terreur n'est pas sans fou*

déments et qu'il n'y a léellement phis de sûreté pour personne, j'ai tout de suite nolisô un gros sandal pour m'y embarquer avec eux et toutes les marchandises et les effets les plus conséquents du Comptoir ; mais les CoUins et les Turcs s'y sont opposés. Par ce procédé, Citoyen, nous voilà en détention sans être esclaves et toujours dans la crainte de quelque mauvais coup de la part des Cabayles

B Raimbbrt. »

Peiron rendit compte au Bey de Constantine des insultes faites à ses agents et des dangers qu'ils couraient à Collo. A cette plainte, le Bey répondit de la manière suivante :

» J'ai reçu votre lettre et compris tout ce que vous m'y dites, et que vous êtes sorti avec les Turcs pour aller contre les Kabyles qui vous ont fait feu dessus, et peu s'en est fallu qu'ils ne vous aient lue. J*ai tout compris. Je dois vous dire que c'est contre l'usagé que vous sortiez de votre maison, quelque chose qu'il arrive. Pourquoi ôles-vous sorti de votre maison et vous ôtes-vous mis avec les Turcs pour aller contre les Kabyles ?

» N'avez-vous pas cherché ainsi ce qui vous est arrivé? Que cela ne vous arrive plus. Restez chez vous, vous y serez tranquille. Je vous ferai justice contre les gens des Achach qui ont tiré sur vous ; soyez-en

assuré. '

• Salut.

» Mustapha Bbt. »

Nouvelle lettre de Peiron au Bey de Constantine.

c De La Calle, le 4* jour complémentaire an III. (20 septembre 1795).

9 Avec cette lettre, vous en recevrez d'autres du

Colla, qui vous rendront compte d'une nouvelle insulte faite aux Français. C'est encore un Kabyle qui • voulait faire feu de dehors sur les chrétiens qui étaient dans leur m,ajson, sans les Turcs de la garnison, qui se sont aperçus du mauvais dessein de ce Maure ; ils Ton! saisi au moment où il l'allait exécuter ; quelque clïrétien était infailliblement assassiné. La garnison voulait garder ce Maure jusqu'à votre décision. Les Collins, les Kabyles, le Cheick Asseïn, réunis et armés, l'ont arraché de force, en donnant pour Kralie, 'aux Turcs, pour cette afTaire et pour le coup de fusil tiré à l'Agent du Collo, quatre petits bœufs, ensemble de la valeur de 8 piastres chacun. Les Français qui sont au Collo, n'ont certainement jamais donné sujet, ni aux Collins, ni aux Kabyles, de leur faire du mal. Ce qui me fait présumer que s'ils se sont portés à la dernière extrémité, cest qu'ils ont été informés de Constantine de votre décision contre le Kabyle qui a tiré sur l'Agent du Collo,et qu'au moyen d'une si faible Kratie, ils peuvent assassiner impunément les Français. Dans la réponse que vous m'avez faite à la lettre que je vous ai écrite au sujet du coup de fusil tiré à l'Agent du Collo, vous entendez qu'il a reçu un coup de fusil en allant avec les Turcs contre les Kabyles, tandis que la vérité est qu'il lui a été tiré dans la maison, étant à la fenêtre, sans songer à rien, par un Kabyle qui était sous la fenêtre. Vous voyez que la chose est bien différente. .Les Français du Collo, effrayés de ces scènes, ne voulant plus rester dans un pays aussi désagréable, avaient frété un sandal pour s'y embarquer, pour enlever tous leurs effets ; mais les Collins s'y sont opposés et refusent de les laisser partir. Des Français viennent de m'écrire qu'ils veulent absolument se retirer et que je prenne mes mei^ureè pour les faire sortir au plus vite

de là. J'ai cherché inutilement, ici, des Français qui voulussent aller les remplacer; il devient donc indispensable d'abandonner la maison de Collo.

» Vous conviendrez vous-même, Seigneur, qu'il n'est pas possible d'aimer ce pays dans cette situation ; je ne puis. Seigneur, qu'implorer votre protection pour que les Français qui sont au Collo puissent se retirer et emporter les marchandises, meubles et effets qu'ils y ont» sans que les Collins ni qui que ce soit puisse y apporter le moindre empêchement, et encore moins de permettre de les inquiéter ou troubler, de quelque manière que ce soit, dans cette retraite ; devant, à cet égard, vous prévenir que les Collins se sont expliqués, qu'ils ne laisseront rien par-* tir, l'ordonnassiez-vous vous-môtpe de la manière la plus précise.

D Mais, Seigneur, la justice, la force, l'autorité sont entre vos mains, et je vous supplie de vouloir bien prendre les moyens qui sont en votre pouvoir pour que la sortie des chrétiens et de tout ce qu'il y a dans le Comptoir s'effectue sans accident désagréable. J'informe, Seigneur, le consul de France à Alger de la nécessité d'abandonner le Comptoir du Collo et de la protection que je sollicite do vous. Je vous réitère. Seigneur, mes instances à ce sujet. Il me peine infiniment. Seigneur, attendu ces désordres, de ne pouvoir envoyer au Collo les Français et les charrettes que vous me demandez pour le transport des bois de construction du Pacha. Je ne trouve personne qui veuille y aller, pour toute chose au monde, tant ils sont effrayés des mauvais traitements qu'on fait éprouver aux Français qui sont au Collo et de ceux qui ont été faits aux charretiers que^'envoyai Tannée passée pour le môme objet. Il faut avouer qu'on crain*

drait à moins.

» PbIron. »

« A La Oaiie, le 4* jour coinplémeniaire de 1 an III de la République française (20 septembre 1795).

Uagent principal des concessions d'Afrique au citoyen Valliére, consul général et chargé des affaires de la République française à Alger.

« Citoyen,

» Les deux lettres ci-dessus des citoyens Granet et Raimbert vous instruiront des deux scènes déchirantes qu'il y a eu au CoUo. Je vous ai prévena, par ma lettre du 5 fructidor, des démarches que je faisais auprès du Bey pour avoir satisfaction de la première. Sa réponse, dont je vous remet» la traduction, est plutôt une apologie de la conduite des Collins, et il ne faut pas s'étonner s'ils en sont venus à la récidive. On peut môme penser qu'ils y ont été autorisés, par la manière dont le Bey a traité Taffaire du citoyen Granet. L'Aga de la garnison de Collo avait mandé, au Bey, le fait comme le Citoyen Granet vous Texpose. La réponse du Bey est passée par mes mains. C'est Une mortification sévère et un ordre à cet Aga et à ses soldats de ne plus prendre fait et cause pour les Français de Collo. Il détruit ainsi la seule protection que nous avions contre la méchanceté des habitants de ce canton. On ne se douterait pas, à la réponse que le Bey m*a faite à moi-môme, que je me fusse plaint et que j'eusse vivement sollicité une réparation de l'insulte faite au citoyen Granet. J'ignore comme ilpreadra la seconde lettre que je lui écris et dont je vous remets la traduction

» Si c'estson écrivain qui lui a caché la vérité pour rendre service aux Collins, je dois m'altendre qu'il travestira encore cette fois ma lettre et nos justes motifs de plainte, et que s'il n'élude pas la protection que je lui demande pour la retraite des quatre

Français qu'il y a au Collo. de 1,500 cuirs» de 7 i 8 quintaux de cire-et de tous les effets du Comptoir, il ne prendra que des moyens faibles qui empêcheront que cette opération puisse être faite avec sûreté. Vous la jugerez nécessaire, sans doute, après que vous aurez pris connaissance de toutes les pièces. Daignez, je vous prie, en protéger l'exécution de tout votre pouvoir. Les Coliins accoutumés à Timpunité, ne peuvent trembler qu'au nom du Dey ; il est urgent qu'il parle en maître pour qu'il soit obéi et pour que le comptoir s'évacue sans accident fâcheux. Le Bey pourrait se faire des otages de tout autant des Collins qui se trouveraient à Constantine et à Bône, indépendamment des autres moyens qu'ilaen son pouvoir, pour assurer la tetraite de nos frères et de toutce qu'il y a dans le Comptoir. Mafs l'interveniion du Dey sera d'un efTet bien plus certain . Je vous soumets même s'il ne serait psis à propos que vous expédiassiez deux sandals d'Alger pour aller tout prendre, et qu'ils arrivassent au Collo comme envoyés par le Pacha et avec des lettres pour la garnison et pour les Coliins, qui ne leur en laissassent aucun doute ; car je prévois que si j'étais obligé d'envoyer notre bateau de service au Collo, aucun marinier ne voudrait faire ce voyage, qu'on regarderait très périlleux dans cette circonstance Mais il suffit, Citoyen, de vous dire qu*il y a quatre Français au Collo, qu'ils y sont en danger, pour n'être point en peine des mesures que vous prendrez pour assurer de la manière la plus efficace leur sortie et l'enlèvement de tout ce qu'il ^ a dans la maison. Il sera bon que le Dey prévienne les Coliins que s*il y a quelque réclamation ou quelque intérêt à démêler, la chose se fera à Bône.

» La défense du Bey de laisser venir du blé à la Calle n'a point été révoquée. Il a pris un moyen bien

pWs. sûr de détraire ici notre commerce. CTest de mi* ner de £ond en comble la Mazoule. Ce cantoo où Ton comptait dix mille âmes an moins, il y a une douzaine d'années, n'a pas maintenant cent habitants, tons dans la plus affireuse misôre. La principale cause de cette dépopulation^ est le changement fréquent des Cheicks et les extorsions qu'ils ont commises pour satisfaire aux demandes d*argent du Bey . Dans le court espace d'un an et demi, il y a eu quatre nouveaux Cheicks. La lettre que j'écris au Bey, au sujet du dernier, et dont je vous transmets traduction, voi» donnera une idée juste, mais déplorable, de la situatioD de la Mazoule et de celle de la Place de la Calle, relativement au commerce. Pour nous, il faudrait plus que ce que je demande au Bey pfour le pays. Il serait essentiel que le Cheicbr ne puisse pas être destitué par le Bey ; qu'il n'eût à payer que les liêtnes d'usage, et qu'il ne dût sa nomination qu'au représentant princi* pal de l'Agence d'Afrique, comme cela était dans l'o rigtne de l'établissement d'un Cheick à la Mazoule. Il faudrait, pour revendiquer cette prérogative, des circonstances heureuses que le temps et votre zélé pourront peut-être amener bientôt.

» Jecrois vous avoir dit que j'attendais, ici, le citoyen Herculais à la lin de l'automne. Devoise me fait espérer qu'il sera de ce voyage.

» Salut et fraternité. « PbIRON. »

Valltère, Consul général^ à Peïron à la Colle,

t Alger, 45 vendémiaire de l'an 4 (7 octobre 1795).

» J'ai insisté pour l'évacuation prompte et

entière du Collo. Les dangers que courent nos compatriotes ne m'ont pas permis de molUr sur ce point. Le Dey s'est rendu ; et uo gros sandal qœ j'ai

QOlisé, va partir pour enlever noe Français et leurs marchandises. ...

» La ruine entière de la Mazoule, la destitution fréquente de ses Cheiks, les prohibitions du Bey, vous enlèvent évidemment toute possibilité de faire des denrées. C'est une étrange extrémité que celle d'en tirer de Bône pour les besoins de votre Colonie.

» Un pareil état ite peut durer. Il nous faudra, on

tout abandonner, ou tout régénérer. Bône a autant à

se plaindre que vous. Le nouveau port de Stora est un

subterfuge grossier. Au reste, à nous le tort, pourquoi

le soufirons-nous ? . . . .

» Valliàrb. »

Vallièrc, Consul général, au citoyen Agent d'Afrique au Collo,

Alger, le 15 vendémiaire, an rv de la République (7 octobre 1795).

« Des événements fâcheux, Citoyen, rendent nécessaire l'évacuation du Coiio ; et ayant à cœur qu'elle s'effectue sâns aucun danger pour les Français qui y habitenf, je vous adresse, ci-joint, deux lettres du Dey, une pour l'Agha de la garnison et l'autre pour un marabout qui a, dit-on, tout ascendant sur les habitants de vos contrées.

i En vertu de ces lettres, il ne doit être mis aucun obstacle au départ des Français du Collo ; au contraire, ou doit le leur favoriser autant ce que de besoin. Mettez ordre aux affaires du Comptoir; les lettres du Dey portent que vos débiteurs vous soldent sur-lechamp; faites-en autant envers vos créanciers. Je vous envoie le plus gros sandal que j'ai pu trouver en ce Port, commandé par le raïs Ali Gireri, à qui je donne 80 sequins pour vous transporter à La Calle^.

» VALLlàRB. »

Peîron à Vallièrc, Consul général à Alger.

« La Calle, le 21 vendémiaire de Tan iv (13 octobre 1795).

» Le déménagement du citoyen Baimbert

sera bientôt fait. Il y a quelques jours qu'il s'y est pris assez adroitement, pour nous faire parvenir les marchandises et les meilleurs effets du Comptoir. Ce qui reste ne souffrira pas de difi&cultés, au moyen du sandai que vous lui avez expédié et des ordres que vous avez obtenus. Je n'en suis pas moins impatient que le citoyen Raimbert et le domestique qui est resté avec lui soient rendus ici .

» Les habitants du Coiio méritent à tous égards une forte leçon de la part du Dey. S'il était possible de vous faire passer les portes et les contrevents de la maison que nous occupions dans ce pays, en les voyant criblés de balles, quoique doublés de fer, vous auriez une vérité parlante de la méchanceté des Collins. Jamais chez eux les Juifs n'ont été de pire condition que nous. Notre abandon sera déjà un grand châtiment pour eux. Ils ne sauraient trop expier tout ce qu'ils ont fait souffrir aux Français depuis cinquante ans. Si jamais ils sont dignes d'en posséder, ce ne pourra être qu'après que le Dey aura fait quelque exemple éclatant des plus scélérats, et qu'au préalable il n'ait été pris des arrangements qu'il ne soit point en leur pouvoir de violer, du moins impunément. Mais cela est à voir venir.

» Recevez, je vous prie, mes vifs remerctments de l'intérêt que vous avez mis à faire approuver l'entier abandon du Comptoir du Collo ; ce qui, j'espère, s'opérera sans obstacles. J'ai vu, depuis la seconde affaire, que le Dey avait fort bien accueilli le Cheick qui enleva de force aux Turcs le Maure qui voulait tirer

sar nos frères et qu'ils avaient arrêté. Il a répondu à mes dernières plaintes, qu'il donnerait des ordres aux Coilins de respecter les Français et d'envoyer au Collo les char^ttes dont il a besoin pour le transport du bois de construction ....

» Comme vous l'avez prévu, le Bey n'a eu aucun égard à mes réflexions sur Fétat de détresse du pays de la Mazoule et ne veut pas démordre d'un sou de la somme que le nouveau Gheick lui a promise. Il y a toute apparence qu'il l'attendra longtemps, car je ne suis rien moins que disposé à faire des avances en pure perte, et, si quelque chose doit me refroidir d'en faire, c'est sans doute Tinaction du commerce que j'éprouve autant que Tinsouciance du Bey à me faire payer, puisque, pour ce qui m'est dû par le Cheick qu'il a déplacé et que je lui ai fait toucher directement une grande partie, il se tire d'affaire en me disant qu'il en est pour une bien plus forte somme que moi avec lui. Il a consommé la ruine de la Mazoule, et très certainement si ce pays n'est pas rétabli de la manière que je vous l'ai indiqué, le plus court pour nous sera de nous en aller, à moins que notre Gouvernement ne veuille réaliser aucun avantage des dépenses que cette Colonie lui occasionne et des rede^ vances que nous payons.

» Celles que retirent les Arabes des environs de la Place, ont un objet d'environ six mille piastres, coupe de La Calle, et ont essentiellement pour but la liberté du commerce et la sûreté des routes. Notre traité avec Alger garde le silence sur le commerce de La Calle, mais ne le prohibe point ; et sans doute ni la Régence, ni les Beys, n'ont jamais ignoré qu'il ne s'y en fit beaucoup, qu'il ne vint même ici de la denrée des environs de Constantine. Cette prérogative dont la Place a toujours joùi depuis son établissement,

est fondée sur Tusage, et cet osage et sa prescription doivent faire titres, dès que notre traité n'articuie rien de contraire... .

J'ai fait ma provision de blé et je la dois presque en totalité aux pays des Turcs qui avoisinent La Calle.

a Pbïron. ■»

<r Alger, 1" brumaire Tan IV (23 octobre 1795).

VallièrCf consul général, à l* Agença d'Afrique, à

Marseille,

» Vous avez été informés du coup de fusil qui a été tiré au Collo sur le citoyen Granet. Le citoyen Raimbert, qui Fa remplacé, vient d'être menacé nou-vellement. Ce Comptoir est devenu inhabitable. Le citoyen Peïron et moi en avons jugé l'évacuation totale et indispensable.

• En conséquence, j'ai sollicité du Dey les ordres et les moyens nécessaires ad hoc. Il y répugnait, j'ai insisté, il me les a accordés, et j'ai expédié un gros sandal au citoyen Raim!>ert pour le transporter à la Calle avec les autres Français et les marchandises et effets de l'Agence. Je ne doute pas que le Bey de Constantine et la Régence ne sollicitent bientôt la reprise de ce Comptoir.

» Vallièrb. •

« Alger, 3 brumaire l'an IV (25 octobre 1795). Le consul général au citoyen Raimbert, à Collo.

• Les principaux du Collo et de ses environs ayant représenté, au Bey de Constantine, combien il leur était nuisible et honteux que les Français quittassent ce Comptoir, lui ayant témoigné leur repentir

de ce qtii s'était passé, et l'ii^^ût sapplié d'iaterpoBër sa médiation et son iniluepce pour vous maintenir an GoWo sur le môme pied que par le passé, en promettant par leur tête que les Français y seraient en toute Sûreté, ce dont ils répondaient et à quoi ils veilleraient attentivement, le Bey de Constantine a ao cueilli leur réclamation et a mis leur supplication sous les yeux du Dey en les appuyant trés-iostamment.Ce Souverain vient de me faire prier de laisser le Comptoir de Collo in statu quo, en me promettant qu'il prenait sur lui de mett)re les CoUins à la raison,; qu'il garantirait tous nos Français de tout accident et qu'il allait donner les ordres les plus forts pour que nous n'eussions désormais qu'à nous louer de notre condescendance à ses désirs.

9 J'ai objecté tout ce que j'ai pu pour éluder d'y accéder. Le Dey a encore mis plus de chaleur dans sa demande, et j'ai dû m'y rendre. Je lui ai représenté qu'aucun Français ne voudrait plus s'exposer ou Collo. Il m'a chargé de tranquilliser et rassurer entièrement ceux qui y résideraient et qu'ils n'y auraient rien à craindre d'aucune part. Dans cet état de choses, Citoyen, vu la convenance de donner au Dey une nouvelle marque de notre déférence, je vous invite, sans vous l'ordonner, à suspendre votre départ, à rester, si vous jugez, d'âpre les promesses et mesures du Dey et du Bey, que la Place soit encore tenable.

9 Rendez-moi compte de ce qu'ils auront ordonné et des résultats. Donnez communication de cette lettre au citoyen Peïron et prenez ses ordres; au reste, jevous laisse la liberté de prendre le parti qui vous paraîtra le meilleur, me fiant à votre sagesse, à votre prudence età votre connatesance des localités. Ne perdes pas de vue que votre sûreté et celte des Français

qui sont avec vous sont Tobjet eseentiei et qui m'in-

térease le plus.

» Salut et fraternité.

» Vallièrb. »

(t La Calle, le 19 brumaire de Tan lY (10 novembre 4795).

Au ctïoyen Valliàrb, con$ul général à Alger. « Cîloyen,

» J'ai reçu hier votre lettre du 3 de ce mois, avec copie de celle que vous avez écrite au citoyen Raimbert. Je m'attendais que les Collins remueraient à Constantine et à Alger pour faire rétablir le Ckiraptoir. quoiqu'ils m'aient écrit à moi de manière à me faire croire qu'ils ne sont pas affectés de notre abandon. Si le Bey et le Dey connaissaient mieux ce» gens-là, ils jugeraient qu'en vain leur protection nous garantirait de désagréments, si un exemple ne prévient notre retour au Collo. Les auteurs des derniers désordres sont les mêmes qui sollicitent prés du Bey et du Dey. Que pouvons-nous, en effet, nous promettre des soumissions qu'ils leur font, lorsque je vois que parmi eux ils tiennent un langage contraire et que, peut-être, ils ne cherchent à faire rétablir le Comptoir que pour dire qu'il» en ont eu le pouvoir et pour se prévaloir ainsi de notre condescendance pour exercer des actes plus répréhensibles que ceux dont ils se sont déjà rendus coupables.

» Nous ne pouvons avoir de doute qu'ils en sont très capables. Certainement, je ne demanderais pas mieux que de donner à cette occasion une marque de déférence au Dey, si, à plusieurs autres égards, il n'était urgent que sa protection et sa justice ne fussent pas de vains titres pour nous au Collo. Les Collins n'ont

qae trop abusé par le passé de l'inutilité de nos réclamations â Constantine et à Alger. De là une foule d'abus en donatives, dans les achats, et forcés par la crainte et les ménagements des Agents, qu'il est essentiel de supprimer. Nous ne saurions oublier que les officiers du Comptoir de CoUo ont dû quelquefois aux calomnies des CDllins les traitements les plus humiliants, même d'avoir été mis ignominieusement à la chaîne. S'il importe de prendre des moyens de prévenir ces sortes d'avanies et bien d'autres qu'ils se sont permises dans des temps de faiblesse pour nous, il n'est pas moins nécessaire d'arrêter les jeux qu'ils se font, au moindre refus qui leur est fait, d'abîmer le tott à coups de pierre, de faire quelquefois des brèches aux murailles pour pénétrer dans la maison avec le but d'y voler, ce qui expose les Français à être tués ou â tuer, et les oblige, dans la nuit, à une garde aussi exacte que s'ils étaient en pays ennemi ou entourés de brigands. Tout cela exige des accords par* ticulîers, pour lesquels je regarde comme indispensable que le Dey ou le Bey me renvoient les principaux de Collo pour statuer en cbnséquence des con > ditions qui, soumises ensuite à l'agrément du fiey et à la sanction du Dey, servent à l'avenir aux CoUins et*à nous, de règle invariable pour tout ce qui peut avoir trait aux achats et â l'existence du Comptoir de Collo. Nous ne saurions nous dissimuler que depuis plusieurs années lesdépenses de ce Comptoir excèdent de beaucoup les bénéfices de son commerce, et cela par une suite d'abus qui se sont introduits dans la gestion, non moins que par les ventes clandestines que les Collins eux-mêmes vont faira aux interlopes qui chargent à Stora de la cire et des cuirs qui nous reviennent de droit, comme aussi par tout ce qui noua revenait autrefois de Gigeli, de ces articles qui main*

teoaoi passant en totalité à Alger, contre l'esprit de nos traités et contre ce qui s'était pratiqué jusqu'à l'avèneroent du Dey actuel.

» Vous concevez, Citoyen, que la proq[)érité du Comptoir du Collo tient en grande partie au redressement de ces deux derniers chefs de plainte. Le premier peut entrer dans les arrangements & établir avec les Collins. Le dernier dépend du Dey à qui, je suis persuadé, il sufiftra que vous démontriez la possession qu'en aeûele Comptoir, jusqu'à son élévation,iu8qu'au Paclialik, pour qu'il la confirme et pour qu'il annulle les ordres contraires qu'il a donnés à cet égard. Daignez, citoyen, à la première rencontre que vous aurez de voir le Dey l'entretenir de tout ce que je viens de vous exposer, lui exprimer la confiance que, comme vous, j'ai dans ses promesses et la satisfaction que j'aurai toujours à me rendre à ce qui peut lui être

agréable.

€ Mais faites-lui sentir, de grâce, que pour notre sûreté au Collo autant que pour prévenir des plaintes sérieuses, il est instant que la Nation du Maure qui a fait feu sur le citoyen Granet, reçoive une leçon du Bey, et il n'en coûUra à ce Gouverneur qu'un ordre au Cheick Asseïn, qui, en se montrant chez cette Nation, tirant quelques coups de fusils, et brûlant quelques cabanes, lui imprimerait et aux autres Arabes du canton, une crainte trés-salutaire pour la tranquilité du comptoir et môme pour celle des Collins bien intentionnés. Ceux-ci ne sont pas moins intéressés que nous à la destitution, à la punition de l'écrivain du Collo et à celle du Caïd Ali Boukroumeri, deux mauvais sujets de .tout temps et promoteurs des derniers désordres. Appuyez, je vous en prie, sur ces saUsfactions préliminaires et sur le renvoi à moi des principaux du Collo pour prendre avec eux des ar-

rangements obligatoires par écrit, que je vous adres^ serai pour les soumettre à Tapprobation du Dey.

« La meilleure volonté ne suffirait pas dans ce moment pour rétablir le Comptoir du Collo. Nous avons disposé, pour nos achats et pour nos autres besoins, des fonds de ce Comptoir, et, pour en recevoir d'autres de France, il faut bien du temps. L'incident de la guerre d'Alger avec les Anglais est encore un motif d'éloigner notre retour au Collo, parce que, si cette guerre continue, il est possible que nous soyons obligés d'évacuer la Calle avant l'été prochain Cela n'empêche pas que je traite avec les Collins et que je dispose toute chose pour rentrer au Collo dès que les circonstances me paraîtront favorables. J'aurai aussi le temps de recevoir les ordres de l'Agence que j'ai Informée de l'abandon du Collo. Je serais exact à vous faire connaître tout ce qui se passera à ce sujet.

« Le sandal que vous aviez nolisé, arrive ici le 5 de ce mois ; il avait touché au Collo, mais l'Agha ne voulut rien lui remettre des meubles et autres choses qui sont restées dans le Comptoir que le citoyen Baimbert a quitté le 23 du mois dernier, en s'échappant de nuit sur une chaloupe, prévoyant que les ordres du Dey n'empêcheraient pas les Collins de le retenir ; ce que probablement ils auraient fait, à en juger par l'opposition qu'ils ont mise à l'embarquement de ce qu'il y a encore dans la maison.

a Ce qu'il y a de plaisant, c'est la lettre que l'Agha m'a écrite par votre sandal pour me demander de lui en envoyer un et le monde nécessaire pour le transport de ces choses. Je lui ai répondu que, puisqu'il n'avait pas eu égard aux ordres du Dey et qu'il avait laissé échapper une occasion ad hoc, je n'entendais pas faire d'autre dépense et je me déchargeais sur lui de la responsabilité de ce qu'il y a dans la mai-

SOD. Par révénement, il n'aura pas mal fait si noos retournons au Collo. Veuillez bien dire au citoyen Sielve de laisser courir le loyer de la maison jusqu*à nouveau fait.

« Salut et fraternité.

« PeTron. »

Sur les sollicitations du Gouvernement algérien et des habitants de Collo eux-mêmes, que la cessation du commerce avec les Français plongeaient dans la misère, la Compagnie consentit à réinstaller, en i798, un gérant de comptoir à Collo Mais cette reprise de relations commerciales ne fut pas de longue durée.

Nous connaissons déjà les accusations portées con- .tre le consul Valliére. Le Comité de Salut public résolut d*envoyer le Colonel d*infanterie de marine Herculais, en qualité de Commissaire général des Consulats d*Afrique. Il avait pour mission principale de faire sortir des Etats Barbaresques^ les émigrés et de contracter un emprunt.

Le 7 avril 1796, Herculais arrivait à Alger et destituait tout aussitôt Valliére, comme il avait destitué à Tunis, le consul Devoize, pour manque de civisme ; il écrivit, en outre, en France, pour que Ton mit le séquestre sur ses biens. Cet envoyé qui mit évidemment beaucoup d'aigreur dans sa conduite à l'égard des consuls Français, était également chargé d'assurer le Dey d'Alger de Tamitié de la République (i).

Baba Hassan insista de nouveau avec énergie, en faveur de son ami Meifrun ; Herculais exposa l'impossibilité de répondre à ses désirs; mais, pour éviter une rupture avec la Régence, au moment où nous avions tant besoin de nous y procurer des approvi-

(I) Raof .

sionnements, Herculais fut obligé de traiter avec Meifrun, poar le dédommager c&c ses biens séquestrés en France, et le décida à se retirer en Espagne, moyennant une indemnité de 100,000 francs qu'il lui re<^ mit.

Le 3 juin 1796, Jean-Bon-Saint-André, nommé Consul général à Alger, vint remplacer Valliére.

On avait constaté que la Compagnie de La Calle était dans Timpossibilité de se relever de ses pertes, tant que celle fondée depuis à Oran, existerait, et le Gouvernement avait pensé qu'il n'était pas convenabte de laisser passer* nos Etablissements en des mains étrangères. La République s'en était donc fait céder les privilèges aux mêmes conditions que par le passé, et elle y avait établi une Agence pour les exploiter et^ en acquitter les redevances, en prenant toutes les charges que ces privilèges comportaient C'était, sans deute, se soumettre à des dépenses onéreuses que ne pouvaient compenser les avantages présents, mais aussi refuser de s'en charger, c'était évidemment sacrifier l'avenir à l'économie du moment. Une considération puissante portait, d'ailleurs, la République à conserver les concessions ; c'est que les Anglais établis à Gibraltar et à Mahon, où ils entretenaient une marine nombreuse, avaient nécessairement besoin de grands approvisionnements ; ils n'auraient pas négligé, sans doute, de se saisir, à quel prix que ce fut, des Etablissements abandonnés, afin de s'y pourvoir plus amplement qu'ils ne faisaient à Oran : il était donc urgent de les en empêcher et d'apporter le plus d'entraves possibles dans leurs projets. Pénétré de cette idée, Jean-Bon-Saint- André proposa de faire de nouveaux sacrifices, pour retirer l'Agence de l'état de détresse dans lequel elle se trouvait : la misère y était telle, que le Dey, sur les instances de VaUié«

Té, tHanût pad enk deVolr exiger là redetaûèe en eo^ rali que la Compagdie n'uyait pu payer dej^uls quatre ans (i). Jean-Bon-Saint^Andrô demanda un état de fa situation des concessions et voici la copte de ce document :

Note des Hépenses fiches que coûtent les concessions d* Afrique à Algérien l'an 4 de la République (1795-6) :

4,500 piastreâ de 3 pataquès chèques tous les deux mois lunaires, faisant pata- , ques chèques i3.500 ou 15.187' 10'

Pluâ 500 piastres de Bône, tous les deux mois lunaires, i .875 2.109 7 6 « Menus frais * Au Drogman du Dey

pat 4.7

A r Ecrivain qui don- \ 16.7 4 9 »

ne le reçu 9.6

Port de l'argent 2 2

Pataquès 15.391.7 17.315 17.0

Ce qui revient par an â pat. 92,351 .2 1. 103,895.5.

On paye de plus, tous les ans, deux caisses de corail pesant chacune 120 livres de Marseille, qui, â raison de 45 pat. d'Alger font pour les deux caisses 8,100 pat. ou liv. 9,112 10 s.

On paye encore tous les dix ans, ère musulmane, le droit appelé ai s.carpa (pour les souliers), il consiste :

Pour le Dey 2.000 pat. de 3 6.000 liv.

Aux grands et écrivains. 1.293 3.879

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