‹ Histoire des villes de la province de ConstantineChapitre 12 sur 15 · liv · texte numérisé non relu

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0) AiDg» ftédié

Plus au Dey an caftan riche étoflEè d'or.. . 35(H 10' Au Casnadji, un caftan riche étoffe d'or. 850 iO

Au 1*' grand écrivain, un caftan

Id. huit pièces de damas ;.. \ 538

Id. quatre pièces de

drap de Sedan.

Au 2* grand écrivain, comme au premier. 528 » Au 3* grand écrivain, huit pièces damas,

quatre pièces drap de Sedan.. ^ 168 »

Au 4* grand écrivain, huit pièces damas.

quatre pièces drap de Sedan. . « 168 «

24 pièces de drap de Sedan, entra ies deux contadors, les deux écrivains maures, le drogman du Dey et le bacb-

cliaouch maure 607 »

Au Consul, 4 pièces de drap de Sedan. « . .

Au drogman turc de la nation, 8 pièces

damas, 4 pièces drap

On donne au Kaliffe du Bey de Constantine, tous les six mois à sa venue à Alger :

8 pièces de drap de Sedan. 180 \

25 1. desucre 45 [ 279p 313' 17 *

25 1. de café 54 )

On donne au Bey de Constantlne, tous les trois ans â sa venue à Alger, un présent d'environ 4,000 pat. ou 4,500 liv.

Il y a encore un usage trois fois par an pour ies

chaouchs maures et les gardiens du port de 11 pat.,

ce qui fait par an 33 pat. ou 37 ' 2 * 6 •.

Appointements du drc^*

man 100 112 10

Appointements du Consul 100 112 10 Appointements de l'Agent 500 562 10

A chaque traite un peu considérable de blé, il est inévitable de faire des présents au Dey et à TOukil du Bey de Constantine, ainsi qu'au drogman et au consul de la Nation, proportionnellement au service qu'on en reçoit.

Toutes les années, au commencement de l'hiver, l'agence envoie de Marseille pour le Dey, le Kasnadji et les quatre grands écrivains de la Régence, et pour le Drogman et le Consul, pour tous ensemble:

10 i/2 liv. de Marseille, de noix muscade qui

coûtent ,/, 450 I.

10 1/2 liv. de canclle , 105

10 1/2 liv. de clous de girofle 105

18 1/2 liv. de poivre 30

Quand on ne l'envoie pas de Marseille, on les acliéte dans le pays.

De plus :

200 bouteilles sirop de capillaire 326 1.

200 de liqueurs ordinaires 156

20 pots de confitures liquides • . . 145

84 liv. de sucre raffiné 235

1800 liv. de châtaignes 300

En outre 350 liv, environ de pommes reinettes et autant de poires.

Quelques démonstrations avaient été faites par les Anglais devant La Calle, mais elles n'eurent point de résultat. Cependant une fois ils violèrent le territoire de la Régence en enlevant un bâtiment Français au mouillage devant un de nos Comptoirs. Nous avons retrouvé dans nos archives, la lettre qui rend compte de ce fait.

Bône, 2 floréal an 4 de la République (21 Avril 1796).

Au citoyen Herculais, envoyé extraordinaire de la République française auprès des puissances Barbaresqves,

ft Je viens vous faire part d'un événement fâcheux qui me navre le cœur et qui est dans le genre de celle dont vous avez été témoin à Tunis- par le fait des Anglais, sur les bâtiments de guerre que nous y avions.

» Hier après midi, nous vîmes à rentrée du golfe» dans la partie de l'Est, un bâtiment que Ton ne pouvait reconnaître à cause de la brume, bien qu'il fût à peine à la distance de deux lieues. Ce bâtiment s'étant rapproché fut reconnu pour être une frégate portant pavillon Anglais. Vers la fm du jour, elle vint mouiller au port Génois et se plaça au voisinage de la corvette VUnité, à environ une portée de pistolet.

» Le lendemain, la frégate Anglaise et la corvette avaient disparu toutes deux. Ce rapport m'a été fait par quatre soldats de la dite corvette, lesquels n'ayant pu hier soir rejoindre leur bord avaient passé la nuit â terre. La prise de la corvette a eu lieu pendant la nuit, sans qu'un coup de pistolet eût été tiré/ et il est vraisemblable de croire que V Unité, se voyant inférieure en force (elle ne porte que du huit) se sera laissée amariner sans résistance, par respect pour la neutralité du port où elle se trouvait. Le citoyen Ladrezenec, capitaine de VL/nità^ était malade chez moi depuis onze jours de la petite vérole, et la dite corvette était commandée par le citoyen Lebreton,. lieutenant en pied.

» Le gouverneur de la ville et l'aga de la garnison eurent la pensée d'envoyer à bord de la frégate le capitaine du port et divers Turcs pour offrir au corn*

mandant anglaià les secours dont il pouvait avoir besoin et lui observer, en môme temps, qu'il se trouvait dans un port neutre ; mais ils n'osèrent pas ie faire n'étant pas bien sûrs de la nationalité de la frégâte et craignant de trouver, au lieu d'un navire anglais un bâtiment de guerre napolitain ou maltais qui les aurait fait esclaves.

0 Le citoyen Guibert,

» Agent d'Afrique à Bône. >

Le Dey, sur les plaintes de notre Consul, demanda raison au Gouvernement britannique. Une Division de trois frégates fut aussitôt envoyée devant Alger. Pour apaiser le Pacha, l'Officier anglais qui la commandait avait ordre de lui présenter une corvette espagnole récemment capturée, mais dont la peinture quoique toute fratclie, dissimulait mal la vétusté. Le Dey s'en indigna,et, dans sa colère, il refusa de donner audience au Commandant. Les Juifs Busnah et Bakri, tous dévoués depuis quelque temps aux Anglais, à cause de l'intérêt qu'ils avaient à l'approvisionnement de Gibraltar, parvinrent atout racconimoder, moyennant le don d'un brick de %4 et la promesse de respecter désormais le territoire (i).

Qliaque événement politique, quel qu'il fût, était aussitôt exploité au détrimept de la République, par les Juifs dévoués aux Anglais. Ces dernit^rs, frustrés dans l'espérance qu'ils avaient eue de voir les élablissements français de la côte d'Afrique, tomber entre leurs mains, obtinrent du Dey l'autorisation de fonder quelques maisons de commerce à Oran. Mais ce moyen ne suffisant point à leurs besoins d'approvisionnements pour les Anglais, Busnah et Bakri se fi«

(1) ^nï, Prédf.

-ocrent leurs foarDiflBejrs, trahissant ainsi la France qu'ils servaient depuis longtemps, ou, pour mieux dire, servant à la fois les deux nations ennemies, i'argenl de run« leur paraissant aussi bon que celui de l'autre.

X>u 27 ventôse an VI (17 mars 1798).

« D'Alger à V Agence à Marseille.

« . . . J*ai été obligé de tirer sur vous pour pouvoir acquitter les 27,725 piastres, chèques dues par Peîron et Guibert, pour le paiement desquelles on me presse. Veuillez bien faire honneur à la présentation de cette traite,sans quoi je me trouverais fort embarrassé, surtout si on continue encore quelque temps à ne point faire passer de fonds. Cette pénurie jointe au crédit gigantesque des favoris Juifs qui cherchent à supplanter les Français dans toute retendue de ce Royaume, sera cause de la ruine entière des concessions qui ne peuvent plus se soutenir sans le secours direct de notre Gouvernement qui, pour être efftcace,doit être accompagné d'une déclaration de sa part; de regarder comme rupture, la première infraction qui serait faite, la première atteinte qui serait portée aux pactes et accords convenus, et si on n'a point eu toutes choses pour la Nation Française, les égards et la préférence qui lui sont dus, comme à la plus ancienne et à la plus constante amie de la Régence. Les réclamations, les bons offices, les négociations ne servant plus, on ne peut faire aucuns fonds sur les promesses qu'on nous fait, sur la parole qu'on nous donne. Ces gens-ci ne les tiennent qu'autant que c'est leur intérêt. Ils y manquent aussitôt qu'il cesse ou qu'ils n'ont point k craindre, étant presque toujours assurés de l'imiMinité. Aussi, je ne m'attends pas <}oe

le Bey actuel de Oonstantlne change poar longtemps do conduite envers les Agents des Concessions, quoique le Dey, sur les représentations du Consul, lui ait écrit ces jours-ci une lettre très forte et pleine de reproches sur la manière dont il s'est comporté dernièrement envers TÀgent principal et qu'il a blâmée enentièrement. Ce Gouverneur avait menacé le dit Agent d'aller détruire La Calleetde lui faire trancher la tête, si, à la réception de sa lettre, il ne lui envoyait point les deux caîFses de corail, de redevance annuelle dues pour cette année. Et l'Agent a ordre du Citoyen Jean-Bon-Saint-André, qui attend journeUoment avec impatience son successeur,de vous envoyer la copie de sa correspondance avec le Bey et des lettres de ce dernier, pour que vous les envoyiez vous môme en originaux au Ministre. . .

» ASTOIN SiBLVB. •

Au mois de mai 1798, Granet, que nous avons vu quitter Coilo pour éviter d'être assassiné par les Kabyles, se réinstallait dans ce Comptoir; nrais il constata bientôt qu'il ne pouvait lutter contre la concurrence des juifs Bakri et Busnah avec leur nouvel associé Israël Saportès, dit Caouîto,qui, ayant été censal de l'Agence d'Afrique, avait trouvé moyen d'agir pour son propre compte et de supplanter ses anciens patrons.

Quant à la population de Collo, elle continuait à être aussi farouche et indocile que par le passé. En voici un exemple des plus caractéristiques : un bâtiment corsaire turc avait fait naufrage sur cette côte, et l'cquipage voulait rentrer à Alger par terre. Les Kaïdset les habitants de Collo leur refusèrent les mulets dont ils avaient besoin pour les transporter à Constantioe. « Les Turcs, raconte Granet dans sa lettre»

9 fatigués de voir que les desceadants do Mahomet 9 n'ont aucune pitié pour leurs confrères, sont venus » chez moi implorer des secours que je leur ai don- » nés »

Les fournitures que les Juifs avaient faites à la France, dit Rang, avaient été quelque temps ralenties; mais au mois d'octobre 1797, le Dey permit de les continuer. Bakri réclamait toujours le paiement de ce qui était dû à sa maison qui, de son côté, devait au Dey 200,000 piastres fortes, et Baba Hassan voulait rentrer dans ses fonds. Le consul proposa, sur Tordre qu'il en avait reçu, d'acquitter aux dépens de la créance de la maison Bakri, la dette de celle-ci; mais il ût connaître en même temps que la République n'entendait pas pour le moment passer le surplus aux Juifs, à cause de la manière dont ils avaient agi en faveur des ennemis de la France. Il ajouta que son Gouvernement ne voulait s'acquitter envers eux que lorsqu'ils auraient montré plus de loyauté. Pour s'assurer de leur conduite, on ne voulait plub les solder à Favenir que par à-comptes.

Deux circonstances vinrent démontrer à la fois la crainte que le Dey avait des Français et en même temps son inimitié. Le Bey de Constantlne voyant FÂgeuce de La Caile sur le pointde crouler, avait défendu de lui porter des blés. Cette raison émise par Rang s'explique aussi par les intrigues de Busnah auprès du Bey de Constantine, pour accaparer le monopole du commerce, quel qu'il fût.

Cet acte du Chef de la province de Constantine était en opposition avec les traités. Le Consul s'en plaignit et le Bey lut destitué. D'un autre côté, tandis que Baba Hassan donnait publiquement cette satisfaction à l'Agent de la France, il ordonnait à ses corsaires de capturer les bâtiments sous pavillon oito-

man qu'ils rencontreraient, lorsqu'ils ne seraient pas munis d'un firman du Grand Seigneur.

Sans la terreur que Bonaparte inspirait au Dey, qui croyait toujours que ce général allait arriver che^ lui et qu'il n'appelait que le général Diable, il n'aurait pas manqué de déclarer la guerre à la France. D'autre part, il s'inquiétait de savoir si le bruit qui courait alors d'une prochaine descente de notre armée en Angleterre était fondé.

Que Ton juge de la stupéfaction des Algériens, de l'alarme qui se répandit dans toute la Barbiarie, lorsqu'on apprit que Bonaparte, que l'on croyait au Nord de la France, était sorti de Toulon sur une flotte qui portait une armée imposante.

Oi^k crut d'abord que ce général ne songeait qu'à faire la conquête d'Alger ; mais une circulaire dd Ministre des relations extérieures, adressée aux Consuls de Barbarie, vînt mettre celui d'Alger en mesure de tranquilliser le Dey et le pays sur les véritables intentions de Bonaparte (1).

Le 26 mai 1798, le consul Moltedo, qui avait succédé à Saint-André, reçut officiellement avis du départ delà flotte de Bonaparte se rendant en Egypte et l'invitation de prendre toutes les précautions pour se mettre à l'abri, ainsi que toute fo Nation, des mauvais traitements auxquels pouvait l'exposer le fana- * tisme musulman à la nouvelle du débarquement des troupes françaises en Egypte.

Cependant, la flotte française s'était emparée de Malte et le général en chef avait brisé les fers de tous les Musulmans qu'il avait trouvés dans l'Ile. Cet événement répandit la joie à Alger, où l'on parais sait encore bien disposé en notre faveur^ lorsque le

16 octobre un firman du Grand Seigneur, arriva à Al*

ger prévenant le i)ey d'avoir à se préparer à la guerre contre la France. Ce jour même Talleyrand, ministre

des affaires étrangères, engageait le Consul à pourvoir à sa sûreté personnelle ainsi qu'à celle de tous les Français, par suite de la rupture qui venait d'avoir lieu avec la Porte. Nos gens ne savaient où se retirer et manquaient du reste de moyens de transport.

Le Dey chercha d'abord à éluder les ordres de la Porte, mais ses instructions mal comprises amenèrent à Bône un effet contraire. Nos nationaux furent aussitôt arrêtés, ainsi que le constate la lettre suivante :

Guibert, Agent d* Afrique à Bône, à Astoin Sielve, - Chancelier du Consulat de France et Agent d*A' frique à Alger,

Bône, le 8 brumaire, an VII (29 octobre 1798).

t Vous aurez su, mon cher ami, par mes lettres au* Citoyen Moltedo, les détails de notre arrestation, ici, pendant donze jours ; de la manière scandaleuse, humiliante, outrageante que cela s'est exécuté, quoique flous n'ayions k nous plaindre d'au** cune insulte personnelle de la part des Turcs ((ui nous gardaient à vue, jour et nuit, sans que nous puissions sortir de la maison ; et de ce qui en est résulté pour la tranquillité des autres Comptoirs, car peu s'en est manqué que La Calle ne fut entièrement abandonnée. Cette démarche, hostile contre nous, ne saurait être exécutée d'aucune manière, si le Dey ne l'a pas ordonnée, malgré qu'elle serait une violation manifeste de notre Ottoman qui dit, article 9, de la manière la plus précise et la plus claire, quVn

éaè de mésintelligence avec la France qui cause rupture de pays, nos Etablissements devaient être respectés et continuer leur commerce comms si la meilleure harmonie existait toujours entre les deux Nations,

» Je sens qu'on ne peut pas compter sur Texécution littérale d'un pareil article en cas de brouillerie sérieuse entre votre Nation et cette Régence, et que le parti de la retraite serait le plus prudent et le plus convenable pour assurer notre tranquillité ; mais par ce qui vient de se passer d'absolument contraire au droit dès gens, quel que soit le motif qui y ait donné Heu, ne vous prouve-t-on pas que nous ne sommes dans ce pays-ci que comme des otages, et qu'à la moindre alerte notre sûreté peut être compromise ?

» GUIBBRT. »

Quelques jours après, Astoin Siélve, répondant à Pelron, dont la position était insoutenable à la Galle, et qui.se plaignait de ce que les croiseurs anglais arrêtaient ses bâtiments et jetaient à la mer les lettres dont ils étaient porteurs, lui disait :

a Votre lettre m'est arrivée. Je comprends que si 0 cela dépendait personnellement de vous, vous au- » riez abandonné depuis longtemps les concessions. »

Alger, du 19 brumaire, an VII, 9 novembre 1798.

A V Agence, à Marseille.

«Ayant été informé, hier soir, par une lettre du citoyen Quibert au Consul où il lui fait part de l'événement de Tarrestation de tous les Français de Bône et de Collo, cette démarche a élé fortement désapprouvée par le Dey qui a déclaré que la Porte était mattresse de faire la guerre à la France, mais que lui

voulait vivre en bonne intelligence avec elle, à moins qu'elle ne fut la première à rompre avec lui, ayant déjà été informé que plusieurs bateaux corailleurs étaient partis précipitamment de La Calle pour Corse, au moment que cet événement se passait et craignant qu'ils n'aient mis l'alarme sur votre compte et sur celui des concessions.

» C'est une incartade du Cald de Bône qui a mal compris les ordres du Bey, lequel a fait ses excuses à Guibert. En répondant à sa lettre sur son arrestation et celle des autres Français de Bône, il a prié de ne lui en point tenir rancune.

a ASTOIN SiELVB. t

Le 22 novembre, le Dey reçut de Conslantinople de nouveaux ordres qui lui enjoignaient de faire la guerre à la France, de s'emparer de tous les Français et de tout ce qui leur appartenait. Un commandement aussi positif ne put triompher de la répugnance de Mustapha Dey à se mettre en huslilite.

Le 19 décembre parvint à Alger une autre injonction du Grand Seigneur, portée par un ' Cappigi Bachi, haut dignitaire de l'Empire, chargé de remettre au Dey un riche caftan. Le Dey et les principaux du Divan, firent tous leurs efforts pour éluder encore la question de guerre, mais le Cappigi parla d'une manière si forte, les menaçant de les dénoncer au Grand Seigneur comme des traîtres et des mauvais mu.sulmans, qu'ils se virent forcés de mettre à exécution les ordres reçus. ,

Le 21 décembre 1798 furent arrêtés notre Consul et tous les Français résidant à Alger ; voici, du reste, comment Astoin Sielve, gérant de l'Agence d'Afrique à Alger, rendait compte de cet événement à ses Directeurs de Marseille,

Du bagne d'Aiger (i) le 5 nlrose aa Vil de la République (25 décembre 1798).

A V Agence.

« Citoyens,

> Par le lieu d'où est datée ma lettre, vous devinez aisément qu61 sera son contenu. Vous saurez que le l** de ce mois, malgré les vues pacifiques du Dey et les assurances positives qu'il en a\'ait fait donner au Consul, le Tcbaouch porteur d*nn Firman qui accompagnait le caftan de confirmation de l'élection du dit Dey et d'un second ordre du Grand Seigneur pour déclarer la guerre à notre République et arrêter tous les Français qui se trouvent dans l'étendue de ce Royaume, le dit Tchaoucb, dis-je,cst parvenu par ses menaces à intimider le Dey et le Kazriadji et à leur faire exécuter les ordres de la Porte.

» En conséquence, ce jour-là même, à sept heures du matin, on a arrêté au grand étonnement de tout le monde tous les Français et nous ont tous envoyés à la Marine, où nous avons tous été enchaînés un à un et Ton nous a mis prés du gros canon, exposés à la vue et à la curiosité du public.

» Le lendemain, notre position fut changée et l'on nous envoie depuis lors au magasin des voiles, sans cependant nous faire travailler. Le soir, nous retournons au bagne où nous passons la nuit dans l'appartement du Grand Ecrivain des Esclaves et dans la chapelle du dit bagne. On nous fait espérer que cette indigne manière de se conduire à notre égard était forcée; au départ du susdit Tchaoucb, on nous re-

(1) Ce bagne était entre la motqaée de la Pêcherie et la place devant la caserne Lemercier.— U a longtemps tenri de nagatin d'entrepôt an fenr ice dee ponta^ft^chaniiéai. La eonalraotten dn ko»* le? ard l*a fait disparaître*

mettra tianè «os maidODà et l'on noud tiendra nés lef* fets et nos mettbles. En attendant, ces maisons sont fermées et toutes les clés sont chez le Dey.

» Les femmes ont été tontes envoyées chez le Consal de la République Batave. Le même jour de notre arrestation, on a expédié d1ci des courriers pour Tripoli, Tunis et le Maroc, pour leur pprter des ordres d'agir de la môme manière. On a envoyé aussi pour arrêter tous nos Français des concessions et les amener ici. Les Corsaires sont sortis hier au nombre de six, avec ordre, dit-on, de courir sur les Français et d'arrêter tous les bâtiments de quelle nation qu'ils soient, qu'ils trouveront chaif^és de vivres et de commestibles pour la France et les envoyer ici comme bonne prise, en exécution des mêmes ordres, de la Porte. Les Consuls d'Espagne, de Suède et de Danemark ont travaillé et ne cessent de travailler pour alléger notre position et l'adoucissent autant qu'ils peuvent, par leurs manières obligeantes, leurs visites, leurs offres de service et la subsistance qu'ils nous procurent abondamment et délicatement. Nous n'avons couché qu'une nuit avec la chaîne aux pieds. Le lendemain, on a donné ordre qu'on nous Tôtât à notre retour 4o la marine au bagne ; nous dormons donc sans chaîne, que l'on nous fait reprendre le matin. Le neveu du Consul, le fils du Secrétaire du dit et le citoyen Gimon fils ne Tout gardée que deux jours, et, ëépuis lors, ils n'ont que le simple anneau.

On m'avait distingué des autres par une chaîne deux fois plus pesante, par un petit souvenir qu'on gardait de la fermeté avec laquelle j*ai parlé pendant deux fois, il y a six mois, au nom du Consul. Le dit Oonsul, en compagnie du citoyen Paret, a obtenu, du Yekilkardj de la Marine, le second jour qu'on me l'ôtât et qu'on m'en mit une semblable aux autres.

» Tel est, Citoyens, l'historique de notre surprenante arrestation. J'oubliais d'ajouter que les juifs Bakri et Busnah, ont fait rimposfsible pour prévenir cette rupture, se 3ont donnés tous les mouvements imaginables pour faire cesser de suite notria situation pressente et n'oubliant rien pour qu'on nous rende intact tout notre avoir et qu'ils se flattent que cela sera ainsi. Nous Verrons comment les choses tourneront au départ du Tchaouch que les uns disent devoir partir sous peu de jours, et les autres après la réception des réponses du Maroc. Je ne manquerai pas de vous en informer. Quand nos infortunés des concessions arriveront, je tacherai de leur adoucir le sort et leur ferai donner tous les secours dont ils auront besoin. Je serai obligé d'emprunter, car il ne reste en caisse que 47 piastres (ortes. Si je ne puis trouver de l'argent à crédit, je vendrai les deux bagues que j'ai à l'agence, si on nous rend nos effets. Je ne doute point, citoyens, que le Gouvernement ne prenne notre pénible et malheureuse situation en très-grande considération. En attendant, nous souffrirons avec courage pour la Patrie.

» Salut et fraternité.

» P. S. — Je n'ai pas besoin, citoyens, de vous recommander de faire part de cette triste nouvelle â tous ceux qui ont des intérêts en Barbarie,

Du 7 nivoae. — On nous a été aujourd'hui la chaîne, nous n'avons plus que l'anneau. On a permis hier à la citoyenne Parel et à sa sœur d'aller dans leurs chambres prendre du linge et des bardes à elles, la quantité sufi&sante pour se changer plusieurs fois.

Les Bakri et Busnah croient fermement que nous ne tarderons pas à être remis dans nos maisons et dans la jouissance de nos propriétés et que peut-étie, œ

s^ra demain. Dieu le fasse ! Ils ont oflèrt au Kasnadji de racheter de leurs deniers tout ce qui nous appartient pour nous le rendre au cas que la Régence voulut nous dépouiller et Ton nous assure qu'elle n*en a pas le projet. Qui peut s'y fier, après la faiblesse qu'elle a montrée?

^ Du6 pluviôse. -*-* Vous serez bétonnés, citoyens, d'apprendre que notre position devient tous les jours plus pénible, malgré* les promesses qu*on nous a faites de l'améliorer après le départ du Tchaouch qui a eu lieu le 1*' du courant, après le retour du courrier du Ifaroc qui a porté la réponse du Roi de cette contrée, par laquelle il a noUûé à l'envoyé du Grand Seigneur que les Français ne lui ayant fait aucun tort, il ne pouvait, ni ne voulait leur déclarer la guerre. On ignore encore, ici, ce qui a pu se passer à Tunis et à TrlpolL

Nous sonunes au travail depuis le 4 de ce mois. On Ignore les motiOs de cette nouvelle rigueur ; les uns disent que c^est à cause des nouvelles désagréables venues de La Calle où l'on croit que les Français ont fait résistance ; les autres pensent que ce sont les effets d'un moment d'humeur qu'a eu le Chef. Veuillez bien, citoyens, communiquer au Gouvernement la continuation de notre pénible situation et l'engager à prendre dans sa sagesse les moyens les plus efficaces et les plus prompts pour la faire cesser.

» ASTOIN SiBLVB.

Du bagne du Beylik à Alger, le 6 pluviôse, an VII« (25 janvier 1799).

A l'Agence de Marseille.

t Citoyens, Au moment où nous nous croyions prêts à voir

améliorer notre sort, d'après ce que |e vous ^i m^r que dans mes lettres, il a empiré subitement avanthier, qu*un ordre du Dey est venu de nous laire travailler tous sans exception aux travaux publics de la Marine. Le Vekilkardji n'a pu qu*y obéir et nous a fait travailler à transporter du gravier pour le lest du vaisseau suédois qui a porté la redevance de Tannée dernfère de sa nation. Il a voulu exempter de travaux le Citoyen Consul, mais un second ordre précis du Dey de le faire travailler aussi, a obligé le Ministre de la Marine à le mettre avec nous. Il n*y a eu d*exempt du travail que le neveu du Consul, le fils du secrétaire de ce dernier et le Citoyen Gimon. Hier cependant, le Vekiikardli a fait rester au magasin des voiles, avec les trois personnes exemptes de travail, le Consul et Faure. Il paraît, par le peu de travail qu*on nous a fait faire hier, que le Vekilkardji le fait à contre-cœur et seulement pour contenter S. E. Baba Mustapha Pacha, qui a pris de l'humeur on ne sait pourquoi, ce qui le rend fnacessible à toute remontrance, même à celle du Kasnadji et du Yekii du Bey du Ponent, qui s'intéressent à nous et qui ont le plus de crédit sur l'esprit de ce prince.

On ignore le véritable motif d*une conduite si extraordinaire qu'il n'a pas tenue pendant les trente premiers jours de notre détention qu'est resté, ici, le T'chaouch de la Porte. On croit que ce sont les bruits qui se sont répandus qu*à La Calle Peiron s'est défendu el que les Maures (il y a apparence que c'est le Cheikh de La Mazoule), l'ont aidé en s'enfermant avec lui. Tout ce qu'il y a de sûr, c'est que depuis trente-six jours que le courrier parti pour Tunis pour f faire déclarer la guerre à la République, n'est pas encore retourné et qu'on n'a pas amené aucun de nos Concitoyens des Concessions. Le bruit a couru que le

Citoyen Ouibert lui-même s'est sauvé. La répoosç <lu Maroc, pour 1% guerre, a été négative. Tout nous assure, à présent, que nous ne devons nous attendre à un soulagement à nos peines qu'après le retour du courrier de Tunis et la terminaison de l'affoire de La Calle.

« GrAce au Seigneur, les Corsaires, sortis depuis un mois, n'ont envoyé ici que trois personnes qu'ils out trouvées sur un bâtiment Suédois ; il se trouve que ces trois personnes sont Espagnoles

> Salut et fraternité.

« ASTOIN SiBLVK. »

Pendant qu'à Alger nos nationaux étaient déjà au Bagne. le Bey de Constantine avait reçu l'ordre de s'emparer de La Calle. Ce fut le Turc Braham Chaouch, qui arrêta l'agent Guibert à Bône. Le Bey se présenta ensuite lui-môme devant La Calle, accompagné d'une suite peu nombreuse: mais un corps de Janissaires, caché dans les environs, se tenait prêta agir au premier signal. Le Bey envoya un de ses officiers prévenir de son arrivée Pélron, et le prier de venir conférer avec lui sur quelques affaires de commerce.

On ne savait rien à La Calle de la déclaration de guerre du Divan, et le Directeur Français ne vit aucun inconvénient à se rendre à cette invitation. Accueilli comme un ami, Peiron fut conduit avec de grandes démonstrations de respect à la tente du Bey. Mais celui-ci, après quelques paroles polies, lui annonça brusquement qu'il était son prisonnier. Dans le même temps, les Turcs envahissaient la forteresse ; les Français surpris, ne purent opposer aucune résistance. Tout fut livré au pillage, à la destruction ; le Bey emmena à Constantine tous les habitants qui.

de là, furent transférés plus tard à Alger, ainsi que le constatent les Lettres suivantes :

Alger, 19 pluviôse, an VII (8 février 1799). Citoyens,

« Je vous ai écrit deux Lettres datées du Bagne du Beylilc. Celle-ci est écrite de la maison. Depuis le 14 de ce mois notre sort a commencé à changer de face. Ce Jour là, le Consul et cinq autres de la nation, furent renvoyés chez eux et le lendemain, neuf autres parmi lesquels j'étais. On nous a rendu tous DOS effets et propriétés, excepté nos chevaux et mules, qui sont encore dans les écuries du Dey, mais qui sans doute nous seront aussi rendus. Nos concitoyens des Concessions sont tous à Constantine, sans, que ceux de la Calle aient fait la moindre résistance, comme nos ennemis d1ci en avaient fait courir le bruit.

L'on assure que Ton a trouvé à La Calle vingt caisses de corail et à Bône une trentaine de mille piastres qu*il y a ordre d'apporter ici, en même temps qu'on y amènera les individus qui composaient les Comptoirs et qu'on dit être au nombre de 98 personnes, savoir :

5 du CoUo ; 9 de Bône,

le restant de la Calle. On dit qu'on leur a permis de prendre avec eux tous leurs effets et bardes etqu'iln'y a ordre de vendre que les animaux et objets qui pourraient dépérir.

« On ignore encore l'intention du Dey à l'égard de nos dits concitoyens, s il agira à leur égard comme il a agi au nôtre ou s'il nous les rendra de suite à leur arrivée. Quoiqu'il en puisse être, le Consul et moi

n'oablieroDs rien pour les secourir et pour alléger leur sort.

» Le l>ey et les grands de la Régence, m'ayant fait sentir plusieurs fois pendant ma détention qu'ils se souvenaient toujours que je leur avais déplu par mon zèle à soutenir Thonneur et les intérêts de la patrie, je vous informe, citoyens que je demande par cette occasion au Ministre des relations extérieures d*étre changé d'ici, et, en attendant un congé pour pouvoir quitter ce pays aussitôt que les Français seront libres de sortir.

Salut et fraternité.

ASTOIN SiBLVB.

c Alger, le 7 floréal, An vii (26 avril 1799).

» Citoyens,

» Nos infortunés compatriotes des Concessions sont arrivés ici, le 5 ventôse au matin. Je laisse aux citoyens Peiron et Guibert à vous faire le détail de leur arrestation (1) et de leur voyage, et à vous parler de Tétat dans lequel ils ont laissé les Comptoirs et de ce qui regarde les intérêts des Concessions.

» Le lendemain de leur arrivée, le Kliaznadji me fit appeler au palais du Dey pour me dire que la Régence s'était payée de 25,649 piastres qui étaient dues pour cinq lismes arriérées, sur le total de Targent trouvé à Bône, et des sept caisses de corail, aussi arriérées, sur les vingt quatre qu'on avait trouvées à La Calle ; que le surplus de la dite somme et les dix-sept caisses de corail restantes, ainsi que tout ce qui appartenait aux Français, était donné aux Juifs Bakri et Busnah, en

(1) Les Lettres de ces deux Agents existent probablement aax Archltes de MerseiUe. Elles doitent contenir des détiils fort curieux nous ne les ef ons pas retroof ées ici.

oantisaemeQt de'ce qui leur èuut dû par colre Goavernement, et que je n'avais qu'à m'eutemlre avee eux.

« Aussitôt que je fus de retour à la maison, Busnab, avec lequel j'avais été au Palais, fit transporler» aa Consulat, le corail et l'argenterie des Concessions, des bagues et des montres appartenant aux Officiers

» Un jour après, qui fut^ celui od r£tat*Major des Concessions fut délivré de la Marine par les sollicftatiens des susdits Bakri et Busnah, je consignai à Pel<* ron et à Guibert les objets qui m'avaient été remis....

Tous les Employés des Concessions, excepté ceux du Collo sont arrivés ici avec ce qu'ils avaient sur le corps, n'ayant pu rien prendre de leurs effets. J*alété obligé d'avancer 200 piastres à Peiron, pour fournir aux besoins les plus nécessaires et les plus urgents, aux gens de peine des Concessions qui sont encore employés aux travaux publics, malgré les sûUioitatlous des Bakri et des Busnab, qui se promettent ce» pendant de parvenir à les en délivrer bientôt» à présent qu'il ont reçu de France la nouvelle que notre Gouvernement a adouci les rigueurs qu'il a cru de^ voir exercer par représailles sur leurs parents et sur les autres Juifs dépendant d'Alger.

» L'Etat- Major, composé de quinze personnes, est Jogé chez le Consul. Le personnel était de 77 personnes à leur arrivée, il en est mort un depuis, des suites des fatigues et des peines. Il en était mort quatre dans la route, parmi lesquels il y avait M. Lesbros» d^ l'Etat-Major. .

• P. -S. du 17. — Les Juifs Bakri et Busnah, à force de sollicitations et do sacrifices, sont parvenus, malgré l'opposition des gens qui nous sont contraires, à, faiire déUvrer des travaux, tous les Employés subalternes des Concessions . '

> Le Kasnadji et le YekU du Bey d'Oran nous ont été favorables dans cette affaire. Tove ces employée OBt é46 envoyés hier à la maison eoosiilaire et oonelgnés au Consul, à qui le Dey a fait dire en même temps, par son drogman que tout ee qu'il avait fait jusqu'à présent a été forcément par ordre du Grand Seigneur; qu'il élait louiourB l'ami des Français, et qu'il voulait être aveo eux oomme par le passé. La suite fera connaître quel fondement oA; peut faire sur ces assurances qui sont une répétition de celles qu'il fit Caire par la même entremise, il y a trois mois.

• ASTOIN-SlBLVB. »

Alger, !•' messidor, an VII (19 juin 1799).

A l'Agence.

ff Voilà le sixième mois de notre arrestation

fini et je n'ai encore reçu que deux lettres qui accompagnaient le faible secours de 1.2#0 piastres qui ont été bientôt absorbées. Le Consul n'a eu, jusqu'à présent, un mot du Gouvernement. Il semble que nous sommes parfaitement oubliés el entièrement abandonnés à notre malheureux sort. Ce silence de vQtre part affeele extraordinairement tous les Employés et surtout les A:gents ; pour peu qu'il dure et que vous ne veniez point à leur secours^ leur situa-^ tion sera entièrement déplorable. Les Juifs n'ont pas encore effectué la promesse qu'ils avaient faite, depuis prés de deux mois, d'eavayer à fiône un de leurs bâtiments pour y prendre leurs efiéts. Ils sont, la plus grande partie, avec ce qu'ils avaient sur le corps lorsqu'ils sont venus en cette ville. Ce peu d'empressement des Juifs à remplir Içurs promesses est inconcevable ; U semblerait qu'ils attendent l'issue des événements* Si vous m vous pressez! pas. Ci*

toyeo, à nous faire passer des secours, nous nous trouverons sans un sou.

» Il ne faut pas attendre de crédit de la part de personne d'ici ; et jQ ne sais comment fera le Consul pour continuer à donner aux mailieurenx Français de la garnison de Cor fbu, amenés par un corsaire d*icî et faits enctavee, malgré les passavants moscovites et turcs qu'Us avaient et sous la garantie desquels ils étaient, au nombre de 236 hommes, 12 femmes et 3 enfants. Ce qui nous soutient cependant, c'est l'espoir que Qous avons toujours qu*à la fin on pensera à nous.

» ASTOIN-SlBLVE. »

Toutes les propriétés et marchandises de l'Agence d'Afrique à Collo, Bône, La Calle, Tabarque et Cap Nègre étaient saisies. Le commerce des Concessions était entièrement ruiné : les pertes éprouvées furent estimées à 458,1(5 francs.

Le Dey avait été dans son droit en déclarant la guerre; mais, par l'arrestation des Français, il violait le Traité dans lequel on était convenu qu'en cas de npture ceux-ci avaient pour se retirer un laps de temps de trois mois. C'est pourquoi, dans son rapr port au Directoire, le Ministre crut devoir s'exprimer ainsi :

c Sans doute le Directoire ne laissera pas impunie • l'imprudente déclaration du tyran d*Alger. Châtié » autrefois par la France, il ose aujourd'hui la bra- » ver; c'est un outrage qui ne peut rester sans ven- 9 geance,et ce repaire de pii;^tes et de brigands dont « l'existence est un opprobe pour les Nations civi- 9 lis^Ses, doit disparaître devant la grande Nation. »

Une des premières mesures de cette Assemblée fut ' de faire séquestrer les propriétés des Turcs et sujets

barbaresques qui sç trouvaient en France et de faire suspendre le paiement de ce qui leur était dû. Oo em<* prisonna tous les sujets Algériens qui étaient chez nous ; mais, quelque temps après, sur la demande de Bakri, celui de tous qui souffrait le plus de cet état de représailles, on leur donna la liberté. Quant au séquestre de leurs biens, il ne fut levé que lorsqu'on sut que les Français d'Alger n'avaient rien perdu des leurs (1).

- Mustapha Pacha craignait l'heure de la vengeance ; forcé à cette déclaration de guerre contre son inclination, nous- devons reconnaître qu'il fit du moins tous ses efforts pour en affaiblir les conséquences. . Dans une occasion, on le vit môme protéger un bâtiment français contre les tentatives d'un corsaire anglais. Le Divan tout entier pensait comme lui (2).

£n mars de l'année 1800, on apprenait que les Chefs de la Régence n'étaient pas éloignés de faire la Paix et les négociants Bakri ne cachaient pas qu'ils avaient été chargés, par le Dey, de fairedes ouvertures au Gouvernement Français. Les réponses de Paris étaient attendues avec impatience ; on redoutait beaucoup une expédition contre Alger, et les alarmes avaient considérablement augmenté depuis que l'on savait le Général Bonaparte à la tête du Gouverne^ ment.

Après la convention du Général Kiéber avec le Grand Vizir, pour l'évacuation de l'Bgype, Talleyrand proposa au premier Consul d'envoyer immédiatement à Alger, Dubois Thainville pour y traiter de la paix. Le négociateur y aborda le 13 mai 1800.

Il reçut immédiatement l'autorisation de débarquer, sa mission n'était plus un secret ; elle était au**

(l)PrécltvRnii.

(t) Id,

noncée de partout H était porteur cTune Lettre du premier Consoi proposant la PSaii en ces termes :

t Bonaparte, premier Coneul de^ la République Française, à Mustapha PackOt Dey d'Alger.

lUostre et magnifiqiie Selgtieur,

tf L*BUit de Guerre survenue entre la République

• Françatse et la R^nce d* Alger, ne prit point sa

• source dans les rapports directs des deux Etats : il » est aujourd'hui sans motif. Contraire aux intérêts

• des deux peuples» il le fut toujours aux inclinations > du Gouvernement Français. Persuadé qu'il est pa-

• reniement aux vôtres, je n*hésite point à donner au » Citoyen Dubois Thainville, Tordre de se rendre au* » près de vous avec de pleins pouvoirs pour rétablir » les relations politiques et commerciales des deux

• Etats sur le même pied qu'elles étaient a\'ant la

• rupture. J'ai la confiance cfue vous ferez à ce négo-

• dateur le même accueil que j'aurais fait à celui de » vos sujets que vous auriez chargé d'une semblable » mission près de moi; »

Recevez, etc..«

BOMAPARTB.

Cependant, Torgueil Algérien se réveilla en voyant la France faire la première démarche. Habitué qu'était le Dey à faire payer chèrement la Paix aux Puissances à qui il l'accerdaft, il osa demander 200,000 piastres fortes avant de signer le nouveau Traité. In« digne de cette prétention, Dubols-Thainville fitentendre des paroles de menaces sans que le Dey s'en formalisât; mais il s'en tint ^à sa première demande. Pressé par le général Berthferqqi, danssacorrespoa* dance, cherchait à lui faire sentir la nécessité d*une prompte pacification avec Alger, Dubois-Tbaii^vlUeise décida enfin à accorder le million demandé.

Un armistice illimité fut conclu par Duboia-TbiMQ* ville jusqu'à ce ^ull reçut la réponse de Pftria. Le 30 septembre 1800, la Paix fut acclamée, selon l'usage, en plein Divan, malgré Topposition du Consul anglais qui menaçait d'une rupture avec la Régence.

Les bases de ce Traité furent :

t 1* La Régence d'Alger restitue, à la République Française, les Concessions d'Airîqoe aux mêmes conditions et de la même manière que la France en iouiasait avant tel rupture;

» î^ L'argent, les effets et les marcbandtaes dont les Agents de la Régence se sont emparés dans les Comptoirs, devront élre restitués, déduction faite des sommes qui auront servi à payer les redevances dues à l'époque de la déclaration de guerre. Il sera, en conséquence, dressé, de part et d'autre, des comptes qui devront être mutuellement consentis ; • 3* Les Liâmes ne seront ei^igibles que du jour où les Français seront rétablis dans leurs Comptoirs. A partir de cette époque, le Dey, pour indemniser la Compagnie d'Afrique des pertes qu*elle a éprouvées, lui accorde une exemption générale des LtS7?ief d'une année ;

» 4* Les Français ne pourront être retenus comme esclaves à Alger ;

» 5* Le Commissaire dé la République continuera à jouir de la prééminence sur les Agents des autres Nations, i

Le nouveau tarif fixait 4 cinq cent mille francs, la redevance annuelle pour les Concessions. Quelques mois après, un Arrêté dea,.Con3uls décida que l'ancienne Compagnie d'Afrique serait réorganisée ; cet Arrêté était ainsi conçu :

ft La Compagnie d'Afrique, supprimée en f 794, est

• rétablie et TAgeace installée à Marseille cessera ^ ses fonctions.

» La Compagnie rentre dans la Jouissance de ses » Etablissements en Barbarie, de ses Comptoirs et » dépendances, dans l'état où ils se trouvent

» Toutes les Concessions commerciales accordées » par la Ri^nce d'Alger, d'après le Traité de 1694, » lui sont rendues.

» Pour la mettre en état de 'rétablir ractivilê de ses » opérations, il lui sera compté, dès à présent, une

• somme de trois cent mille francs,

» Les Lismes dues à la Régence seront payées an- » nuellement par le Gouvernement, qui s*en indem- » nîsera au moyen d'une rétribution à prélever uUé- » rieurement. »

Mais le môme Arrêté qui rendait à l'ancienne Compagnie d'Afrique, l'exploitation des Concessions, lui enlevait la Pèche du Corail. Le Gouvernement voulait qu'elle fut faite par une Société particulière, dont le siège était fixé à Ajaccio. La Compagnie réclama ; mais n'ayant pu obtenir que la Pèche du Corail lui fut rendue, elle refusa de reprendre son existence. Bile fut alors dissoute définitivement par la loi du 17 floréal an X (6 mai 1802), qui ordonna la formation d^une nouvelle Société. (1) Comme on voulait toujours que la Pèche du Corail restât libre, celle-ci ne put pas s'organiser; on établit cependant un Agent provisoire, pour le Service des Concessions, mais les afifaires furent nulles. (2)

Revenons à Dubois-Thain ville.

Dès l'apparition de ce Consul à Alger, les Anglais n'avaient rien négligé non seulement pour paralyser

(1) Pdliiler el La Prinuodil*.

(S} ArchlTet du MlDiitère des Aflairei éimcèret. -- Péafal«r.

sa mission, mais môme pour le faire expolter de la Régence, jusqu'à, menacer de iaire incendier Alger par la flotte de l^Amirai Keitli. Le Dey répondit à TAmirai anglais « qu'il était maître dans son pays, qu'il gouvernait à Alger comme son Roi à Londres et qu'il saurait bien se défendre. »

Nelson, bien que disposant de la formidable Bficadre qui devait, plus tard, nous faire éprouver un rude échec à Trafalgar, n'entreprit rien contre Alger et se retira sans murmurer. C'est que ses instructions lui prescrivaient d'amener avant tout une rupture entre la Régence et la France, mais non pas de ruiner Alger, dans l'espérance que, tôt ou tard, la Régence se déciderait à nous faire la guerre et que les Anglais prendraient nos Concessions.

Les guinées et its intrigues les plus actives n*ayant pas eu plus d'effet que les menaces, les Anglais firent intervenir la Porte pour faire revenir le Dey sur les stipulations déjà arrêtées avec Dubois Thainville. Depuis deux ans et demi que Moustapha gouvernait à Alger^ il n'en avait pas aicore demandé l'investiture au Sultan ; après la conclusion de l'armiptice avec la France, il expédia à Constantinople, sur une frégate américaine, le Georges Wctshingion^ le Oukil Hardji, Ministre de la mariné, chargé de la solliciter en son nom. Cette frégate fut suivie quelques Jours après de deux navires expédiés, Tun pour Smyrne et l'autre pour Rhodes, à l'effet de faire des recrues. Sur ces trois bâtiments s'étaient embarqués les premiers personnages d'Alger avec des sommes considérables évaluées à 15 ou 16 millions de francs.

Lorsque la frégate américaine arriva à Constantinople, le 20 brumaire an IX (12 novembre 1800), elle avait été précédée par une corvette anglaise qui avait annoncé le Traité de paix de la France avec Alger,

ooaeltt ie 8 vdadétnîiure ù$ V^n IX (30 86pteikifoft« 4866) etrarmistice avâc Tunis. L'Agent de Londres et llnteraonee d'Allemagne répandirent l'or sans mesure pour déterminer le Capitan Pacha Hassein à lalre rompre les nouveaux Traités. Après une quarantaine de jours, le Georges Washington fat expédié à Alger avec un personnage ennemi de la France, porteur de Firmans et de nombreuses Lettres pour lés plus notables de la Régence.

Ces Lettres annonçaient que le Oukil Hardfi avait été très mal reçu à Constantinopte ; qu'il y était détenu, comme prisonnier, avec toute sa suite ; que rfinvoyé de Tunis avait été arrêté, mis aux fers avec toute sa suite et l'équipage de son bâtiment ; que le pavillon Barbaresque avait été abattu de la manière la plus ignominieuse ; qu'il avait été défendu, Sous peiuQ de la vie, de s'enrôler sous les bannières africaines ; que les présent:} avaient été refusés et mis en séquestre ; que les sommes considérables appartenant aux particuliers avaient également été saisies; que le Grand Seigneur et le Capitan Pacba a*étaient prononcés de la manière la plus violente contre les princes d'Afrique ; qu'il les avait traités d'ennemis les plus dangereux de l'Empire Ottoman, unis aux infidèles contre les vrais croyants. Les Firmans du Grand Seigneur réclamaient impérativement la rupture immédiate des nouveaux Traités avec la Rèpublique^ l'armement de tous les Corsaires, la reprise la plus hâtive des hostilités contre la France. Us intimaient, au Dey, l'ordre d'enchatoer tous les Français qui se trouvaient en Barbarie et surtout le Consul, qui n'avait été envoyé que pour séduire les vrais Musulmans et les détacher de leur Souverain légitime, etc.» etc. —

La frégate amériôaiiie arriva^ à Alger, le ti |anvier

18(H . Le parti anglais et tons les parents de ceux qui se trouvaient retenus à Constantlnople, se Joignirent à rfinvoyô de la Porte. Le Divan s'assembla : le Dey et les amis de la France craignant un soulèvement de la milice, ne parent empocher que la Guerre ne (ut proclamée contre les Français et leur arrestation décrétée.

Le Dey, en faisant connaître cette résolution à Dubois Thâinville, lui fit dire qu^il avait la faculté de se retirer en France avec toute sa famille. Les Consuls d'Espagne, de Danemarck, de Suéde, de Hollande» d'Amérique lui conseillèrent de quitter Alger ; mais le représentant de la France fut révolté d'un conseil semblable, à la pensée qu'il quitterait Alger dans un instant où les armes de la France entraient triomphantes dans Vienne.

Le Consul fut menacé d'être mis au. bagne, avec tous les Français, le 23 ; une partie de la Nation se réunit d^ grand matin à la maison consulaire, atten-* dant dans la plus vive anxiété qu'on vint les prendre. A huit heures, le Drogman se présenta pour réitérer au Consul, de la part du Dey, Finvitation de quitter Alger. Dubois Thainville lui fit répondre qu'on ne l'arracherait que mort de sa maison si l'on ne consentait pas à la sortie de tous ses concitoyens. A deux heures^ le Drogman reparut disant que le Consul avait la liberté de sortir d'Alger avec tous les Français.

Le 23 encore, dans une Conférence qu'eut le Consul avec le premier Ministre, qui ne dissimula pas son affliction de voir la Régence dans la nécessité de déclara la guerre à la France, il fut convenu entre autres choses que tous les Français qui se trouvaient dans le royaume d'Alger auraient la faculté de se retirer ; que les bâtiments français qui, sur la foi du

Traité aborderaient à Alger, y seraient protôfé8;,que les Français pourraient embarquer leurs effeU sans être soumis à une visite. Les jours suivants, les Consuls d'Amérique, de Suède, de Danemark et d'Espagne voulurent avoir tous les Français à leur table successivement.

Le 30 janvier 1801, Dubois-Thain ville reçut ordre du Dey de faire embarquer tous ses effets. Le lende* main, les Français s'étant réunis chez le Consul, se dirigèrent tous ensemble vers la Marine. Sur leur passage, le peuple manifesta les regrets que ce départ lui faisait éprouver. A la Marine, les esclaves se précipitaient sur leurs pas ; le Consul, en leur abandonnant sa bourse, leur adressa ^quelques paroles de consolation. Les consuls d'Amérique, de Hollande et d'Espagne les accompagnèrent jusqu'à leur embarquement. L'hospice des Lazaristes fut forcé de subir le même sort et de donner à son grand regret les mains à la destruction d'un Etablissement si précieux à l'humanité....

Il restait encore à Alger environ cinq cents

esclaves. Mais la mission de Dubois Thainville à Alger n'avait pas été sans résultats : ce digne repr^ntant en avait retiré sept cents Français de l'esclavage. On débarqua à Alicante le 4 février. Le Dey éprouva un vif chagrin de la mesure qu*il prenait malgré lui ; il déclara an Consul qu'il voulait toujours être Tami de la France, qu'il n'armerait pas contre elle et qu'il défendrait à ses Corsaires de courir sur les navires portant le pavillon tricolore. Dans cette circonstance le Dey eut une attention qui dut rassurer le premier Consul sur ses sentiments; ce fut une lettre qu'il lui adressa. Après le préambule d'usage, le Dey disait :

« Le renvoi que nous avons fait de votre Consul n'a point été fait avec des apparences d'inimitié, et ce

renvoi, qui a pu i>aratire tioslile aux yeux du monde, doit ôtre envidagé d'une manière opposée.

» Ce qui s'est passé entre vous et nous ayant paru à la Porte ottomane (que Dieu veuille éterniser) un acte d'inimitié et de manque de foi envers le souverain Maître et Seigneur dont nous sommes les serviteurs et les esclaves, et d'après les ordres qui en sont émanés notre conduite à l'égard de la République Française ayant été considérée comme une traliison complète, il nous a été dit ; «Vous êtes notre ennemi, vous qui êtes Gouverneur d'Alger, si vous ne vous montrez ennemi de la sus dite République en chassant de vos Etats tous les Français ainsi que le Consul qui y réside. » Ces ordres ont été répétés pinsieurs fois et enfin, comme il est de notre devoir d'obéir aux lois de notre sainte Religion et aux ordres suprêmes de notre Souverain, il est devenu convenable et nécessaire d'y souscrire.

» Si nous avions désobéi, nos propres sujets se seraient mis contre nous. C'est d'après ces considérations que nous avons fait des démarches en apparence hostiles. »

Les dispositions favorables du Dey envers la France, ne se démentirent pas malgré la pression de ses ennemis. Aussi, en octobre 1801, à la première nouvelle de la conclusion des préliminaires de la Paix, entre la France d'un côté et les Anglais, et la Porte Ottomane de l'autre, le Consul de Hollande s'étant rendu chez le Chef de la Régence pour lui en faire part, le Dey lui demanda s'il était bien vrai que la Porte eût conclu la Paix avec la République Française; sur sa réponse afRrmalive, il ajouta aussitôt : que lui aussi voulait faire sa paix avec la République, et lorsqu'il le congédia ce fut avec toutes sortes de marques d'amitié.

Il ne s'en tfant pas là, H fit même iml>U6r sa Baî» avec la Franee et iU parvwtf ft ]>aboi&*1%«iii¥ills qi^ ôtatt tdqjofjffs à AUeante, UM ooij^ 4o TrsHô qu'il yeDait de signer, avec les nouveaux arUeias qa M sa-^ vait que la France désirait iatroduire et il désigna nn dQ ses ministres pour résider eo France en qualité d'iUnbassadeur.

Profitant de la bienveillance dn Dey, le Miniaire des Affaires étrangères eni^oit, le 25 novembre 1801, à Dubols-ThainviUe de se rendre immédiatement à Alger où sa présenee pouvait être utile pour ki négociation de la Paix et lui transmit la Lettre du Premier Consul en réponse à celle que le Dey lui avait écrite quelques mois auparavant; il lui faisait savoir qu'il n'attachait pas une grande importance à la présenoe d'un Aml)a86«deur en Franee.

Yoiei la Lettre de Bonaparte :

Bonaparte, Premier Comul, à AitAstapha^Poefia,

Dey d'Alger.

a Illustre et magnifique Seigneur,

« Des raisons de politique vous ont forcé la main , mais la Lettre que vous m'avez écrite et la conduite que vous avez tenue depuis le départ du citoyen Dubols-Thalnville (Commissaire général et chargé d'affaires de la République à Alger) m'ont bien, fait comprendre la raison de votre conduite* Le passé est passé. Dans la Paix conclue entre la République, les Anglais et la Sublime-Porte, je me suis assuré qu'ils ne voulaient rien entreprendre contre vous. J'ai ordoané au citoyen Dubois-Thainville d'obtempérer à la^ demande que vous lui avez faite de retourner à Alger ; nous vous le recommandoas, aûa de pouvoir précieusement renouveler nos liaisons

1 si dvaiitegettseB et éans l66(}ae]l66 voas troateres, » 4u mokM de noire part, le ëésir de vous appayer » eoiitreleseimeiiiis4|ue vous pourriez avoir, quels • qiff Is sotont. c Bomàpaahi . »

AQBoncée le 18 décembre 1801 par 21 coups de canon, la Paix lut signée par Châban, Grand BcriTain, et Dobois-ThainTille, le 23 décembre à Alger, et raii* liée à Paris, le 5 mars 1802, par Bonaparte.

Le Traité stipule qall y aura liberté de commerce eomme avant la ruptare, et qoe les Français ne pour* ront être retenus esclaves à Alger, en quelque circonstance et sons quelque prétexte que ce soit.

Bonaparte annonçait cetta nouvelle au Ministre de la Marine, en ajoutant : « Je désire que vous fassiez » prévenir les différents Commissaires de la Marine » en Corse et en Provence, qne Ton peut se préparer > à la Pèche du Corail dans les mers d'Alger et de 1 Tottis. »

Mais, sous Tempire d'une cupidité insatiable,ll était impossible qoe le Dey ne suscitât pas de nouvelles avanies aux Consuls. Il exigea au mois d'avril 1802, du Consul de Danemarck 50,000 piastres et 300 quintaux de pondre. En mai, il demanda impérativement au Consul d'Espagne de lui remettre 80,000 piastres, lai signifiant de sortir immédiatement de ses Etats s'il refusait de s'exécuter ; aos^tôt le Consul se vit assiégé d'une quantité de juifs pour lui arracher son consentement : il finit par promettre 60,000 piastres et il resta.

Le Consul d'Angleterre, Falcon, fut expulsé ignomiaienseaient à la même époque, sous le prétexte qu'il avait introduit dans sa maison des femmes musnlmaaes.

L'amiral Nelson, en Janvier 1804,demandant sa rein-

tégraiion immédiate et la raBtitatioD de quelques bâtiments, le Dey refusa tout et Tamiral repartit Au 10 janvier 1805, la flotte anglaise s'était présentée jusqu'à cinq fois devant Alger sans avoir rien obtenu.

Cependant le Dey resté inflexible pour l'éloignément du Consul Anglais, Falcon, finit par accepter renvoi d'un autre Agent, M. Cartroright, qui devait tout mettre en œuvre pour nous brouiller avec la Régence. Mais celui-ci finit aussi par être expulsé comme son prédécesseur. Un troisième Consul, M. Blan- Icley f«t plus heureux et réussit à se maintenir et accomplir les vues de son Gouvernement.

Le Dey tint une conduite semblable vis-à-vis des Agents des autres Puissances en paix avec la Régence, ils durent accepter la loi que leur imposait le caprice du Chef Algérien. Le sort des Esclaves était devenu affreux, ils étaient plus maltraités que jamais.

Voilà où en étaient les relations des Gouvernements de l'Europe et de l'Amérique avec Alger, au commencement du XE^* siècle et lorsque trente ans plus tard, la France eût la généreuse pensée de les soustraire au caprice du despote qui trônait à Alger, il y eût une puissance européenne qui non-seulement vit d'an œil jaloux cette expédition, mais encore mit tout en œuvre pour la faire échouer !

Venait le tour de la France; le Dey et ses Ministres se persuadaient qu'elle ne ferait pas plus de difficultés que les autres Puissances, de subir les exigences de son caprice. Les prodigalités du Directoire Exécutif, la condescendance du Premier Consul en 1800, établissaient un précédent qui pouvait les bercer de cette illusion ; mais les victoires qui avaient depuis lors accompagné les Armées Françaises, avaient profondément modifié la conduite que Bonaparte était décidé à tenir vis-à-vis deâ Etats Barbaredques. Lors-

que Dubois-Tbainville eût sigoé, le 23 décembre 1801, le nouveau Traité, le Dey ne manqua pas de lui rappeler l'usage des présents en semblable circonstance et de lui faire des instances à cet égard. Le Représentant de la France répondit que n'ayant aucun ordre de son Gouvernement, il lui écrirait à ce sujet. A chaque vaisseau qui venait de France, le Dey s'attendait à recevoir l'objet de ses convoitises, mais il se trouvait déçu de ses espérances.

A la nouvelle de cet incident, le Ministre avait écrit en outre,au Représentant de la France,qu'une frégate allait croiser devant Alger, pour attendre la réponse à la déclaration qu'il le chargerait de faire au Dey : que puisqu'il exige des présents, le Premier. Consnl s*e8t déterminé à n'en faire aucun. « Si ces intentions définitives deviennent pour le Prince, un prétexte de guerre, il est maître de la faire. Mais il doit être assuré qu'au premier avis qui nous en parviendra, une Escadre sera de suite expédiée, avec des forces suffisantes pour le. mettre à la raison ; il est important qu'il sache que le premier acte d'hostilité qu'il se permettra, sera le signal de la destruction d'Alger. Le Premier Consul a dit que cette Guerre serait la dernière, et certes, si on l'oblige à prendre les armes, il ne les posera qu'après avoir fait ce qu'il dit. Il faut enfin que le Dey apprenne à nous connaître, et qu'il se persuade bien que la France gouvernée par le Premier Consul, n'est pas ce qu'elle était du temps des Bourbons, c'est-à-dire qu'il ne doit pas attendre de nous ces ménagements et ces complaisances auxquelles l'ancien Gouvernement se prêtait avec trop de facilité. »

Aj^rès une Déclaration aussi expresse, le Dey ne fit pas de nouvelles instances au sujet des Présents Consulaires.

Durant la négociation des Présents, il était snrvena des sujets de plaintes de la part de la France, à l'égard des Crorsaires de la Régence (1). La vigueur avec laquelle Bonaparte en exigea la réparation, ne contribua pas peu à (aire désister le Dey de ses prétentions. Voici les ordres que le Premier Ckmsul donna à ce sujet :

« 16 messidor. An X (7 juillet 1802).

• Note pour le Minisire dès Relations extérieures.

t Ecrire au Citoyen Dubois-Tbainville à Alger, par > Courrier extraordinaire, de Toulon, en réponse à

• ses lettres des 21, 27, 28 prairial :

» Que l'intention du Premier Consul est qu'il de- » mande impérieusement la tête du Rais qui a bâton- » né un Capitaine français dans la rade d'Alger ; » qu'il fasse restituer le bâtiment q,ui est parti de

• Corfou et qu'il réclame le bâtiment pris dans les » Iles d'Hyéres ; qu'il doit faire connaître au Dey que

• s'il continue & écouter les conseils du Velcil Hardji » (Oukil Hardj de la marine), qui est l'ennemi des » Français, il se perdra; que personne ne m'a Jamais » insulté en vain, et que s'il ne se comporte pascom- » me il le doit, je suis dans le cas de le punir comme » j'ai puni les Mameluks ; enfin, il prendra un ton » très baut et très impérieux, parce que, effective- » ment, je préfère avoir une rupture avec Alger et » lui donner une bonne leçon s'il en a besoin, que de

(I) Notre Taisieaa le Bane/^portiiii JtOO bomines de troupes à Saint- DofliitBgiM, aYftli faU côte au Cap Tt^és. La plupart de Boa iDalliea> rem naufragét aTaient été matsacrét et le reste conduit en escla* ▼af e au iey d*Oran. Booaparte exigea bientôt leur mise en liberté.

I^x autres bâtiments ehargés de Tirres et de munitions pour n^irffàrmée de Satot-DeoUngne, avaieni été caplarés à la mima époque, par des Corsaires d'Alger.

» scraffirir que ces Inrigande n'aieat pas pour le Pavil- » loa français, le profond respect que je suis à même » do les obliger d'avoir.

» Faites connaître également que je ne veux pas » m'éloigner de l'usage de ne pas donner des Passe-

• ports aux Bâtiments de Guerre et que je demande

> la punition du Rais qui a ose retarder le voyage de 1 deux bricks français.

» Ecrire au Ministre de la Marine, qu'il fasse ex- » pôdier un brick de Toulon, pour porter le courrier.

» Ecrire au citoyen Dubois-Tbainville, qu'il ait à » demander impérieusement la liberté des Esclaves » français ; qu'on ne doit craindre aucune rupture B avec le Dey et qu'il faut lui parler avec la fierté » convenable, mon intention étant de ne rien souffrir » de ces brigands, dont l'existence est un déshonneur » pour l'Europe ; qu'il doit avoir sans cesse à la bou-

> che, qu'à la moindre chose qu'ils me feront, je les

• punirai comme j'ai puni les Beys d*Egypte.

• Ecrire aux citoyens Dubois-Thaînville et Dervize » de bien établir les différences qu'il y a entre les » Français et les Anglais ; que ceux-ci peuvent bien 9 y envoyer quelques vaisseaux, mais pas une armée 9 entière, comme je puis le faire d'un moment à i'au- » tare.

» Envoyer chercher les Bakri ; leur dire que le pre- » mier Consul est très mécontent ; que si le Rais qui

• s'est permis de maltraiter un Français n'est pas » puni de la peine capitale, le premier Consul saura » bien le venger.

» Les avertir d'expédier un courrier de leur côlé. »

Nous trouvons encore, dans la correspondance de Napoléon l** les documents suivants, relatifs à la même affaire :

« Paris, 27 messidor, An X (16 juillet i802).

» Au Citoyen Talleyrand, Ministre des Relations

» extérieures,

» Je ne* suis pas content du Dey d*Alger. J'envoie » Hulin, Adjudant du palais, lui porter une Lettre. Sa » mission a deux objets : obtenir satisfaction et obte- » nir que,désbrmais, le pavillon de la République ita- » lienne soit reconnu et respecté. Préparez vos dépê- » ches dans ce sens au citoyen Tbaînville.

» Trois vaisseaux de guerre arriveront huit ou dix » jours après Hulin, afin qu'il puisse employer la » force et commencer là guerre, s'il y a lieu »

« Paiis, 20 messidor, An X (18 juillet 1802). » Bonaparte au Dey d'Alger,

» Au très haut et très magnifique Dey d'Alger.

« Que Dieu le conserve en prospérité et gloire !

» Je vous écris cette Lettre directement parce que je » sais qu'il y a de vos Ministres qui vous trompent et » qui vous portent à vous conduire d'une manière 1 qui pourrait vous attirer de grands malheurs.

» Cette lettre vous sera remise en main propre par » un Adjudant de mon palais. Elle a pour but de vous » demander prompte réparation et telle que j'ai droit » de l'attendre des sentiments que vous avez toujours » montrés pour moi.

» Un officier français a été battu dans la rade d'Al- » ger par un de vos Raïs ; l'Agefnt de la République » a demandé satisfaction et n'a pas pu l'obtenir.

w Deux bricks de guerre ont été pris par vos Cor- » saires, qui les ont amenés à Alger et les ont retarf dés dans leur voyage. Un bâtiment napolitain a été » pris par vos corsaires dans la rade d'Hyères et, par

» là, ils ont violé le territoire français. Enfin, du > vaisseau qui a échoué, cet hiver, sur vos côtes, il » me manque encore plus de 150 hommes qui sont » entre les mains des bart^ares.

» Je vous demande réparation pour tous ces griefs; 9 et, ne doutant pas que vous ne preniez toutes les » mesures que je prendrais en pareille circonstance, » j'envoie un bâtiment pour reconduire en France les » 150 hommes qui me manquent.

» Je vous prie aussi de vous méfier de ceux de vos » Ministres qui sont ennemis de la France : vous ne » pouvez pas avoir de plus grands ennemis ; et si je » désire vivre en paix avec vous, il ne vous est pas » moins nécessaire de conserver cette bonne intelli- ^> gence qui vient d*étre rétablie et qui, seule, peut » vous maintenir au rang et dans la prospérité » où vous êtes ; car Dieu a décidé que tous ceux qui » seraient injustes envers moi seraient punis. Si vous t voulez vivre en bonne amitié avec moi, il ne faut 9 pas que vous me traitiez comme une Puissance » faille : il faut que vous fassiez respecter mon pa- » Villon, celui de la République Italienne, où je com- » mande, et que vous me donniez réparation de tous » les outrages qui m'ont été faits.

y> Cette lettre n'étant pas à autre fin, je vous prie ji de la lire avec attention, vous-même, et de me » faire connaître, par le retour de l'Offîcier que je » vous envoie, ce que vous aurez jugé convenable de » faire. »

y> Paris, 29 messidor. An X (18 juillet 1802).

» Bonaparte au Citoyen Talleyrand, Ministre ï> des Relations extérieures, '

» Un courrier vous portera, citoyen Ministre, la » lettre que j'écris au Dey d'Alger, par l'occasion de

rAdjiidaDi du palais, Hulln ; vooa lerea partir sor* le»ohanip ce courrier pour Toulon. Le citoyen Hu* lin partira avee trois vaisseaux de guerre qui ee* ront prêts à mettre à la voile pour Alger, ou bien il s'embarquera sur uae frégate en choisissaat le moyen le plus eipèditif .

» lyaotres Bseadres se rendent dans la Méditerranée ; et pour peu que le Dey ne se conduise pas d'une manière convenable, je saurai le mettre à la raison. Vous devez faire part de ces différentes choses à Ttiainville, pour qu'il se conduise en conséquence. Faites connaître au citoyen Hulhi qu'il doit remettre directement ma Lettre au Dey, dans une audience extraordinaire. Vous pouvee lui donner connaissance du contenu. Il doit lui dire que je désire vivre blea avec lui, mais que je n'ai jamais capitulé avec l'honneur et que s'il ne donne pas des ordres pour que l'on respecte mon pavillon, je suis capable d'aller moi-même à Alger. J'ai détruit les Bfameluks paroe qalls n'avaient pas donné satisCaction aux Français. Malheur à qui, de gaieté de cœur, sera ennemi de la France !

• Si jamais le Dey se conduisait avec violence (car on doit tout attendre d'un barbare), le citoyen Thainville, en s'en allant, en instruirait TAmiral, qui a ordre de bloquer Alger. »

« 22 messidor, An X (27 juillet 1802).

» Bonaparte au Dey d* Alger.

9 Grand et magnifique Dey, un Adjudant de mon V palais doit, à l'heure qu'il est, être rendu auprès de > vous pour vous porter mes plaintes et vous deman- » der réparation des différents outrages faits à mon 9 pavillon. Aujourd'hui i'eapèdie un oouvel Ottcier

porteur de cette Lettre, ne voulant pas» avaat de rompre avec vous, ne pas vous avoir mis à môme de réfléchir mûrement sur ce que vous avez à taire. 1 Je vous demande donc réparation éclatante pour tous les griefs dont je me suis plaint dans jma dernière Lettre. Je vous en demande encore contre le Gouverneur de Bône, qui s'est permis d'arrêter une gondole munie de mes passeports et d'empêcher la pèche du Corail, conformément à nos Traités et à l'usage immémorial qui a existé entre nous. » Je vous fais également connaître mon indignation sur la demande que vos Ministres ont osé faire que je paie 200 mille piastres. Je n'ai jamais rien payé à personne ; et, grâce à Dieu, j'ai imposé la loi à tous mes ennemis. J'ai détruit VEwtj^^ des Marneluks parce qu'après avoir outragé le pavillon français, ils osaient me demander de l'argent pour la satisfaction que j'avais droit d'attendre. Craignez le même sort; et si Dieu ne vous a pas aveuglé pour vous conduire à votre perte, songez qui je suis et ce qu» je peux.

» Avant de faire marcher contre vous une armée de » terre et de mer, j'en ai iostniit l'Ambassadeur de la Sublime Porte, avec qui je viens de renouveler l'ancienne alliance. Je vous l'ai dit et je vous le ré* pète, je veux vivre en bonne amitié avec vous ; je n'ai aucune vue ambitieuse ; je n'ai pas besoin de vos Etats pour être au premier rang des Puissances ; mais si vous refusez de me donner satisfaction et si vous ne réprimez pas la licence de vos Ministres qui osent insister mes Agents, et de vos bâtiments qui osent inoolter mon pavillon, je débarqa^rai M^OOO hommes sur vos côtes et jd dètmimi votre Régence ; car enfin je ne souffrirai pas que vous traitiez mon pavillon comme vous

, » traitez celui des petites Puissances du Nord et des » petites Puissances d'Italie.

' » Que vous et votre Conseil réfléchissent donc bien » sur le contenu de cette Lettre,car ma résolution est » immuable. Je désire cependant que Die a et votre

> bon génie vous éclairent et que vous repreniez les » sentiments qui ont existé habituellement entre la » France et Alger- »

« Paris, 10 thermidor, An X (29 juillet 1802).

» Bonaparte au Citoyen Talleyrand, Ministre » des Relations extérieures.

« Je désire, Citoyen Ministre, que vous fassiez re-

> mettre à l'Ambassadeur de la Porte Ottomane, une

> Note conçue en ces termes :

9 Le soussigné, Ministre des Relations extérieures,

• a rhonneur de faire connaître à l'Ambassadeur def » la Porte ottomane que la Régence d'Alger, outre le » texte du Traité que le Dey avait conclu avec la » France, vient de défendre la pèche du Corail aux » bâtiments français : que d'un autre côté, un bâti- 9 ment français ayant échoué cet hiver, plus de 150 » Français sont encore en ce moment esclaves des » Arabes tributaires du Dey ; que tous les courriers 9 informent le premier Consul des outrages que les 9 Corsaires algériens font au pavillon ^français.

• Que le Dey a poussé l'oubli des convenances et » de ce qu'il devait à la France jusqu'à exiger impè- » rieusement qu'il lui fût payé 200^000 piastres, mena-

• çant, s'il ne les avait pas sous quarante jours, de 9 faire la guerre à la République.

» Que, dans cet état de choses, le premier Consul 9 vient d'envoyer à Alger un Adjudant du palais

• avec une Lettre, pour faire sentir au Dey combiea

» sa conduite était înconsèqaente et contraire à sa » politique et à son intérêt; si cependant, par une » suite de l'aveuglement qui parait conduire ce prin- , V ce à sa perte, il refusait la satisfaction que le pre- 9 mîer Consul a le droit d'attendre, je suis spéciale- » ment chargé de faire connaître à Votre Excellence » que le premier Consul a résolu d'envoyer une ar- » mée de terre s'emparer d'Alger et mettre fin à une » conduite aussi déshonorante pour le peuple fran- 9 çais et si contraire ù son commerce et à son inté- » rét.

9 Le premier Consul m'a chargé de faire connaître » tre l'état des choses à Votre Excellence, afin que la

> Sublime Porte ne puisse pas se plaindre s'il re- » pousse la force par la force et s'il détruit un prince » vassal de la Porte» qui l'aura mérité par l'extrava- » gance de sa conduite et par les brutalités qu'il a » commises contre la France.

> Lorsque le premier Consul marcha en personne y> en Egypte pour détruire les Mameluks, la Sublime » Porte crut avoir lieu de se plaindre. Votre Excel- » lence sentira cependant que, dans la circonstance

> actuelle, ayant pris toutes les mesures pacifiques »' qu'il pouvait prendre, il se trouve contraint par la » force des chopes et par la conduite de la Régence, » à une démarche qui affligera la Sublime Porte, » mats qu'il n'aura pas dépendu de lui d'empêcher, i

« Cette Note sera remise par un Drogman. Il y » répondra ce qu'il voudra. Je désire qu'il l'envoie à » Constantinople par un courrier et h Alger, ou, s'il 9 ne le veut pas, qu'il fasse venir Bakri, qu'il la lui » remette, afin que celui-ci la fasse passer à Alger » par un courrier extraordinaire. »

*• Paris, 14 tiiermldor, Aa X (2 âaOI iim).

» Du même au même.

» Je vous prie. Citoyen Ministre, de ma faire con- > naître le lieu où se trouve en ce moment le Citoyen » Peiron, chef principal des Etablissements do la ^ Compagnie d'Afrique en Barbarie, qui a vécu longt temps à La Calle. »

La Division navale sous les ordres de TAmiral Leissegues arriva à Alger, le 5 août 1802. Le Général Hnlin porteur des ordres du premier Consul, ftt aussitôt demander une audience particulière au Dey. Tout Alger était ému, le Dey seul paraissait tranquille. L'énergie deHulin et de Dubois-Thainville obtinrent le meilleur résultat et Mustapha leur dit enfin :

f Je veux toujours être Vami de Bonaparte : et il donna sur le champ, toutes les réparations demandées (1).

Peu s'en fallut on le voit qu'à cette époque, la France ne mit le pied survie sol Algérien.

A cette occasion, le Ministre des Affaires étrangères fit au premier Consul, le 2 septembre 1802, en plein Sénat, le rapport suivant :

« Le premier Consul m'ayant ordonné de ren- • dre compte, au Sénat, des différends survenus rô- 1 comment entre la République Française et la Ré- » gence d'Alger et du succès des mesures qui ont été » prises pour les terminer, Je dois rappetor d'abord » l'état des choses qui lésa précédées.

» Des confins de l'Egypte au détroit de Gibraltar, » le Nord de l'Afrique est possédé par une race

{1) HoUb décUra aTOC hautéor que la France était dttpotée à eo- Yoyer une armée de débarquement et de détraire de fond en eombit la TUIe d'Alger.

igùorant les àcted de là Paix, tie eonnàlssâût de 1& ^erre qoe led forears et qae leurs relations aitéô rBorôpé n'ont pu faire avancer dans la civili- Batlofi.

> Flaeés sut* Tune des grandes routes du commefce Baropéei), ils en sont les fléaux. S'enrichir de ses dépouilles, enlever les navigateurs, les vouer au plU3 dur esclavage et leur rendre leur liberté au poids de Tor : c'est là, leur unique industrie. Leur force n'est que dans la faiblesse de leurs ennemis, dans la patietice et surtout dans les événements de TBurope.

» Charles^Quint tourna contre l'Afrique ses armés vlétorieuses ; il voulait délivrer l'fiurope des incursions des Barbaresques et les réduire à limpuissance ; mais le succès trompa son atteùte et ne répondit point â la grandeur de ses préparatifs.

» Dans des temps postérieurs, Louis XVt vengea sur les Algériens l'honneur du pavillon français. Alger fut par ses ordres bombardé trois fois dans l'espace de six années ; mais là dut se borner sa vengeance. Les Affaires d'Burope réclamaient toute son attention. Du moins les Algériens, apprirent-Us dès lors â craindre et & respecter la France et la paix qui fut conclue en 1689, mibeis* tait depuis plus d'un siècle lorsque les instances et lès ordres de la Sublime-Porte ta firent rompre en l'An VIL

» Dos ennemis qui restaient à la France, lorsque le premier Consul prit les renés du Gouvernement, la Régence d'Alger était le moins redoutable ; mais le premier Consul désirant de faire cesser de partout les calamités de la Guerre, instruit que le Det

» d'Aiger l'avait déclarée çqntre son iDclinatioBet » qu'il souhaitait la Paix, fit partir pour Alger un i Négociateur précédé par la renommée des exploits » dont l'Italie, l'Egypte, la Syrie, l'Allemagne avaient » été le théâtre, l'envoyé du premier Consul (ut » accueilli comme il devait l'être. Cependant, une

• nouvelle intervention de la Sublime Porte en fit

• ajourner Ja signature. La guerre parut renaître, ■ mais ce (ut une guerre sans .hostilité. Tous les » Français purent se retirer librement d'Alger avec » toutes leurs propriétés et l'Agent de la France al- » tendit» à Alicante, le moment où les négociations » pourraient être reprises.

i Enfin, un Traité définitif qui assure à la France tous les avantages stipulés par les Traités anciens et qui, par des stipulations nouvelles, garantit plus explicitement et mieux la liberté du commerce et de la navigation française à Alger, fut signée le T nivôse dernier.

B La Paix générale était conclue, l'Europe commençait à goûter les douceurs du repos et le commerce à reprendre ses routes accoutumées. j». Mais, bientôt, on apprend que des armements d'Alger parcourent la Méditerranée, désolent le commerce, infectent les côtes ; le pavillon et le territoire môme de la République ne sont pas respectés par les Corsaires de la Régence. Ils conduisent à Alger des transports sortis de Toulon et destiaés pour Saint-Domingue. Ils arrêtent un bâtiment Napolitain dans les mers et presque sur les rivages de France. Un RaTs Algérien osa, dans la rade de Tunis, faire subir à un Capitaine de commerce un traitement infâme. Les barques de la Compagnie du Corail, qui, aux termes du Traité, vont pour so livrer à la poche, sont violemment repoussées des

côtes. Le Cbai^ô d'afEàires demande satisfaction et ne l'obtient p^s ; on oee lui faire des propositions injurieuses à la dignité du peuple français : on veut que la France achète Texécution du Traité.

> Informé de ces faits, le Premier Consul ordonne qu'une Division navale se rendra devant Alger. Je transmets, par ses ordres, des instructions au Chargé d'affaires, le Citoyen Dubois-Thainvllle. qui s'est conduit avec autant d'énergie et de dignité que de prudence. La Division, commandée par ie Contre- Amiral Leisségues, parut devant Alger, le 17 thermidor (7 août 180^) ; à bord était un Officier du Palais, l'Adjudant-Commandant Hulln, porteur d'une Lettre du Premier Consul pour le Dey. Le 8 août, cet Officier descend à terre, est accueilli avec distinction ; présenté au Dey, il lui remet la Lettre du Premier Consul, du 18 Juillet 1802.

» Quelles que fussent les dispositions antérieures du Dey, il ne montra que le désir de vivre en bonne intelligence avec la République Française : « Je veux, dit-il, être toujours l'ami de Bonaparte. » Il promit et donna réellement toutes les satisfactions demandées.

> Pour rendre un hommage particulier au Premier Consul dans la personne de son Envoyé, il voulut même s'écarter des formes ordinaires et, contre l'usage immémorial des Régences, il reçut dans un magnifique kiosque de ses jardins, le Chargé d'affaires de la République, le Contre-Amiral Leisségues et son nombreux Etat-Major. C'est là qu'il remit au Général Hulin la Réponse pleine de déférence qu'il avait préparée pour le Premier Consul. »

L'obséquiosité de cette réponse est d'autant plus remarquable, dit Galibert, qu'elle contraste avec le ton

d'h»oleDoe qo/e la Régetiêé làfteeta d^iito iS15 dtfos ^s rapports diplômatl€|u68 ftvee là Franoe. Mâid dous !ê Consulat, la dampagtie d'BgyjHe avait gmodi le nom Français dans TéspHt des MMUtmMë, et ils s'indtnàient htttnblès et soumis devant rhonnae du destin, devant le vainqueur d'Aboakir et des PyrâHides.

« A notre ami Bonaparte, premier Consul de la Réi publique, Président de la Répablique Italienne. Je » vous salue ; la paix de D^a soit sur vous.

» Ci-après, notre ami, }e vous avertis que j'ai reçu t votre Lettre datée du 29 messidor; je Tai lue et f'y i réponds article par article.

i Tous vous plaignez du Rais Ali Talar ; quoi qu'il 9 soit an de mes Yoldaohe, je Tai arrêté pour le faire 9 mourir ; au moment de rexéoutioa, votre Consul

• m'a demandé sa grâce en votre nom et, pour vous,

• {e la lui ai accordée.

> Vous me demandez la polacre napolitaine, pt\», 9 dites- VOUS, sous le canon de la France; les détails » qui VOUS ont été fournis à cet égard ne sont pas » exacts; mais, sur votre désir, j'ai délivré dix4)iiit 1 chrétiens composant son équipage.

» Vous demandez un bâtiment napolitain qu'on dit » être sorti de Corfou avec des Expéditions i^Dçai-

> ses ; on n'a trouvé aucun papier français, mais^ se- » Ion votre désir, j'ai donné la liberté à l'équipage.

» Vous demandez la punition du Rafs qui a eoaduît, » ici, deux bâtiments de la République Française; ae- » Ion votre désir, je l'ai destitué; mais je vous avertis

• que mes Rais ne savent pas 111*0 les caractères euro- » péens. Ifs ne connaissent que le passépqrt d'usage, 9 et, pour ce motif, il convient que les bâtiments de 9 la République Française fassent quelque signal pour

> être reconnus par mes Corsaires.

» Vous me demandez 150 hommes que vous me ditw dire d«Qs mep B^Us : Il n'eu existe pas ; Dieu a voulu que cee geDfr*là se 8oie<4 perdus et cela me faitr peine.

t. Yo^ dites 4iu'U y n des bqmmes qui me donnent des ooBseils pomr nous brouiller : notre àniiiô est solide et ancienne, et ceux qui chercheraient à nous broaliler n'y réussiraient pas. » Vous me demandez que je sois ami de la République italienne et de respe^^ter son pavillon comme le vôtre : si un autre m'eût fait pareille proposition, je ne Taurais pas acceptée pour un million de piastres. Vous ne m'avez pas voulu donner deux cent mille piastres que je vous avais demandées pour me dédommager des pertes que j'ai essuyées pour vous : que vous me les donniez ou que voqs ne me les donniez pas, nous serons toujours liions amis.

f J'ai terminé avec mon ami Dubois-Thainville, votre CoQSul. toutes les affaires de La Galle, et l'on pourra venir faire la Pédie du Corail. I^ Compagnie d'Afrique jouira des mêmes prérogatives dont elle jouissait anciennement. J'ai ordonné au Bey de Constantine de leur aocorder tout genre de protectloa. Si, à ravBnir»41 survient quelque discussion enire nous, écrivez- moi direqtement et tout s'arrangera à l'amiable.

• MousTAPHA, Pacha d'Alger. •

Mottstapha Dey nous était trop ouvertement attaché et nos ennemis n'ayant pu le résoudre à armer la Régence contre la France, employèrent un autre système dangereux, celui de susciter des révoltes tantôt dans Tintérieur du pays, tantôt dans Alger ^lème, pour le renverser ei n^eitre A sa plaee un autoe souverain entrant mieux dans leurs vues.

Le 18 septembre 18(H, une première tentative faillit réussir, c Une machination infernale, raoonie un témoin oculaire dont |e traduis les notes (1), pénétra dans Tesprit de certains Algériens, les poussant à commettre un crime et une trahison sur la personne de notre illustre seigneur et maître Si Moustapha Pacha.

Le Pacha était dans la mosquée, en compagnie de ses ministres et hauts fonctionnaires, pour y faire la prière du vendredi. Tout à coup, Ouali Khodja s'est avancé, suivi de dix hommes armés, parmi lesquels le KaTd de Bou Reni. Ils se sont présentés à la porte du palais du Souverain (rancienne Jenina sur la place du Gouvernement), Deux janissaires de garde au palais leur en ont ouvert la porte ; l'un de ceux-ci est le neveu d'Ali Khodja, lequel avait Tintention d'usurper le trône de Pacha. Les conjurés sonteutréset ont fermé la porte sur eux. Ils ont alors tiré un coup de pistolet pour donner le signal du succès de leur entreprise à ceux de leurs complices qui se trouvaient en ce moment dans la mosquée : mais personne n'est venu pour les seconder. Un garçon barbier du Divan ( st entré à la mosquée aussitôt, en criant de toute la force de sa voix : Des soldats se sont introduits dans le palais du Sultan I Les prières ont été immédiatement interrompues, les portes de la mosquée 81- ' da fermées (2).

Ali, Agha, a ordonné aux janissaires de monter au sommet du minaret de la Mosquée, en leur donnant des armes. Ces soldats ont alors engagé la fu-

(I) Voir Revue aftieaine^ 19* volume, p. 315, la tradueUon 400 j*af paMléede8éphéméri(lesd*aBSeerétaire offidel toot la dotalMUoD Turque

(S) Celte mosquée, démolie par nous, pour ragraBdUstment de la place du Geuvernemeol, occupait à peu près remplacement derhd<> tel de la Kégeuce actuel et des palorier^ plantés detam si Aiçade.

sillade de là haut coatre les conjurés barricadés dans le Palais du Sultan.

En même temps, Si Omar Khodjet El-Kheîl a demandé au phef de la Corporation des Maçons dlndiquer Tendroit du mur dans lequel on pourrait pratiquer une brèche pour pénétrer dans le Palais et se rendre maîtres des révolutionnaires.

Sur ses indicalions, on s'est mis à l'œuvre et le mur a été percé aux deux endroits désignés par le maître maçon. Le Pacha s'adressant aux Algériens qui l'entouraient leur a dit : » Allons mes enfaeits, prenez des armes et lancez vous en avant, Je vous accorderai en récompense tout ce que vous me demanderez.»

Ils sont, en effet, entrés dans le Palais par les ouvertures pratiquées dans les murs. Un Chrétien a frappé le premier Ouali Khodja d'un coup de pistolet en pleine poitrine. Un nègre lui a tiré aussi un coup de feu qui Ta atteint à l'œil ; enfin, un habitant de la ville a fini par l'abattre d'un coup de hache.

L'usurpateur et le Kald de Bon Reni criaient aux soldats qui les combattaient : « Nous vous accorderons huit parts de paie, du pain blanc et pendant trois jours le droit de saccager les Juifs. » Mais personne n'a écouté ces belles promesses, tous se déclarant en faveur de Moustapha Pacha, que Dieu con-serve.

Le nombre des assaillants a accablé les conjurés qui ont été, les uns taillés en pièces, les autres pris vivants et conduits en prison.

La joie a éclaté de toutes parts quand on a su que la conspiration de ces révolutionnaires était réprimée. Notre Seigneur Moustapha rentrant dans son Palais, s'est assis sur son trône, distribuant de l'argent aux gens qui avaient donné des preuves de dévouement. Le canon de réjouissance a tiré, le calme s'est rét;^* bii dans les esprits. »

Quelques moi9 après cet événement, sor les plaintes portées par les Agents de la Compagnie d*A.(rlqiie qui, allant reprendre possession de leurs Comptoirs de B6ne et de La Cal le» rencontrèrent des oppositions de la part du Bey de Constantine; le "Dey destitua aussitôt ce haut fonctionnaire.

Cette nouvelle preuve de l'amitié de Moustapha pour les Français, amena contre lui une laeooode tentative d'assassinat de la part de ses ennemis acharnés.

Se promenant un jour aux environs de la ville, il fut brusquement a&sailli par un groupe de conjurés à coups de sabre et de fusil. Moustapha perdit deux doigts de la main droite et essuya trois' coups de feu dont un tiré de très près porta heureusement sur sa bourse ramplie de sequins, qui affaiblirent la violence du coup. Quelques individus accourus au secours du Dey lui sauvèrent la vie en tuant deux des assaillants,

Cette tentative, rapporle Rang, n'était qu'un prélude à de pins grands malheurs. La Milice, travail? lée par des conseils perfides était depuis longtemps mécontente du (rouvernement qu'elle accusait de faiblesse vis-à-vis des Chrétiens. Elle en voulait sur* tout au Juif Nephtali Busnah, (Bou Djenah) le favori et le Conseiller du Dey, dont l'insolence était intolérable.

L'exaspération de la Milice était au comble, et de plus la ville était dans un état de disette sans exemple, parce que Busnah avait envoyé les blés du pays à l'étranger. Le 30 juin, à 7 heures du matin, Busnah fut rencontré dans la rue Bab-el-Oued , près la maison du Dey» par un Turc nommé Yahia, qui lui tira un coup de pistolet en lui disant : Salut au Gouverneur d'Al(/er ! Quelques Janissaires de la garde

du Dey accourent et veulent arrêter Tassassin, mais Q^ui-cî après s'être mis en défepse, leur dit : J'ai tué ce misérable Juif qui vous tyrannise depuis longtemps et vous êtes des Juifs comme lui si vous mettez la main sur moi ! t Les Janissaires se retirent et Yahia gagne paisiblement sa càserne'où tous ses camarades et les Maures vont lui baiser les mains en l'appelant leuf libérateur. Bans la soirée, le Dey envoyait son cbapelet à l'assassin comme gage de pardon.

Le lendemain, toute la Milice se précite bors des casernes et se répand dans les rues d'Alger» animée de fureur et altérée de sang. Elle massacre tous les Juifs qu'elle peut atteindre, et se porte à la maison et aux magasins die Busnah. Ils sont en un instant pillés et dévastés. Les Maures, les Biskris, les Kabyles et la populace se joignent à celte soldatesque effrénée, brisent les portes des maisons juives, et le pillage devient général. Les femmes m^turesques courent sur les terrasses et, par leurs cris, animent encore davantage les meurtriers, à la rage desquels elles applaudissent. Après ces événements, le Dey fit embarquer un grand nombre de Juifis, avec défense dé remettre les pieds sur le territoire algérien. C'était ceux qui pour la plupart s'étaient réfugiés au Consulat sous la protection du pavillon français.

La Milied envoya au palais tout ce qu'elle avait t^ris aux Juifs, ne voulant pas, disait-elle, qu'on la soupçonnât d'avoir Mi cette révolution dans le but de s'enriebir.

Le nombre des victimes fut considérable. Les cadavres traînés sur la place Bab^el^Oued furent brûlés sur un bûcber.

Les JuiflB algériens ont conservé le douloureux souvenir, qui les fait encore trembler, de plusieurs de ces mises hors la loi appelées en arabe El' fie, dans

lesquels ils étaient livrés impitoyablement à Tavidlté, à la luxure, à la haine d^une population enragée par TexplosioR de sa colère ou de ses vices.

Aucun favori, fût-il Turc, n'avait joui auprès du Dey d'une influence aussi grande que fut celle de Busnah. Cet homme habile traitait comme un ministre avec tous les agents des diilèrentes Puissances ; il ne soufifrait pas qu'ils approchassent du prince, et, pour cela, il le faisait circonvenir par ses affîdés ; il le subjuguait entièrement en s'appliquant à satisfaire toutes ses fantaisies. Busnah distribuait à son gré des emplois : il nommait les Beys, avec lesquels il entretenait une correspondance particulière et les destituait quand il le voulait. Il s'était emparé de tout le commerce et ne souffrait aucune concurrence ; nous avons vu les fréquentes plaintes portées par les directeurs de nos Comptoirs de B4)ne et de La Calle contre les nombreux accaparements de grains.

Les Corsaires ne sortaient que lorsqu'il le jugeait convenable. C'était lui qui indiquait leur point de croisière d'après les renseignements qu'il recevait des ports d'Europe de ses correspondants. La puissance de cet homme d'une rare intelligence était généralement accompagnée d'insolence et de bassesse jointe à un courage peu naturel parmi les Juifs (1).

Le Dey Moustapha ne put échapper à l'effervescence de la Milice, et, le 12 septembre 1805, il fut massacré et remplacée par Ahmed Khodja. Celui-ci dut principalement son élévation à la haine de l'aûcieu favori Busnah qui l'avait (ait destituer de son emploi de Grand Ecrivain, parce qu'il avait voulu combattre son influence. Aussi, à peine eût-il le pouvoir

(1) RiBf. — Précis. '

en main» qu'il exigea de Bakri qal avait échappé au maasaere du 30 )uin, cinq cent mille pioitres fortes pour la première paye des Soldats.

Si cette révolution avait eu de terribles conséquences à Alger, la situation n*était pas moins troublée dans la province de Constantine où un soidisani Cbé* ri! Marocain, annonçait ouvertement qu'il venait renverser un Gouvernement qui fesait des traités de Paix avec la France ennemie des Musulmans. Je n'ai pas besoin de répéter ici ce que j'ai déjà raconté à propos de ce personnage connu sous le nom du Chérif fien ENHarclie El-Boudaii et quelquefois par celui de Pirate da Gigelli (1). L'Angleterre alors si acharnée contre nous, avait lancé ce fanatique dans le pays afin de susciter des embarras aux Algériens qui, malgré leurs menaces, avaient consenti à faire alliance avec notre Représentant Dubois«Thainville, au moment où ils comptaient occuper eux-mêmes nos concessions de la Galle, afin d*en tirer les approvisionnements nécessaires à leurs Escadres de la Méditerranée.

Après s'être emparé par surprise de Gigelli et avoir enlevé dans le port de la Calle quelques barques de corailieurs dont il emmena les équipages en esclavage, le Chérif qui se disait ouvertement soutenue des Anglais, alla successivement attaquer Constantine et Bougie et tint toute la province en révolution jusqu'au moment où il trouva la mort dans un combat.

Malgré tous ces troubles et ces intrigues, la Paix fut maintenue et le Traité put recevoir son exécution. Le Comptoir de La Calle se trouvait restitué de plein droit.

(t) Voir mofi histoire de GigelU, Re^tteil de la SoeiéU Arthéologi'' fftê de Cim$$mUine,

Mais, comme noua TavoDS dit, la Ck>mpagDie ne s'é* tait point réorganisée depuis sa dissoluiîoo, Qu^queâ entreprises partielles faiaaisnt pour leur compte la péche^ mais elles étaient hors d*état de reprendre l'ancien Etablissement. Fort heureosement pour elles, car elles auraient été de nouveau exposées à perdre leurs avances, lorsque recommença la guerre maritime.

La Paix, signée au mois de décembre 1801, avait été suivie, Tété d'après, du rétablissement de la pêche. La mission de la diriger fat confiée par le Gouvernement Consulaire à M. Raicnbert. Tancien agent deCollo. Il y avait alors communauté d'intérêts politiques entre le peuple Français et les populations Italiennes.

M. Baimbert, ayant établi sa résidence à Tabarque, oix notre droit n'était pas plus contesté qu'ai La Galle, convoqua également à la pêche les marins des deux dations. Dans un intervalle de huit ans, les ressorts de notre ancienne Administration s'étaient disloqués; les corailleurs Provençaux , déroutés en Tabsence d'une direction à laquelle ils étaient accoutumés, n'obtinrent aucun succès et tout Tavantage resta aux Corses et aux Italiens.

En 1805, il n'y eut qu'un petit nombre de pêcheurs qui répondirent k l'appel de Baimbert; mais, l'année suivante, il s'en présenta plus de quatre cents, Napolitains, Génois, Corses et six bateaux, seulement, armés à Marseille ; soit incapacité des marins qui étaient tous novices, soit mauvaise administration, leur armateur fit de mauvaises affaires et nos Provençaux ne reparurent plus. Les eaux des Concessions, qui s'étaient reposées plusieurs années, produisirent d'une telle façon que la valeur d'une pêche s'éleva à la valeur de 14 à 15 millions en corail brut. LfCs armateur^ étrangers de cette époque eurent d'autaot j^lufi deiié*

nèfiee, qu'outre Qu'ils ne payaient attcun Itapôi, le corail, 4ui ^taît de mode alors, se veniaft ft des prix excessivement élevés. Naptes, Gènes et Llvonrùe, qn\ recevaient \^ corail brut direc4emeot de nqs Conoessî^ns et qui le travaillaient, réalisèrent des bénéfices énormes.

Cependant, notre pavillon ne paraissait plus qu'à de foags intervalles dans la Méditerranée.

En 1806, le Bey de Gonstaotine, à l'insUgation de l'Angleterre, devenue la maîlrasse de la Méditerranée après le désastre de Trafalgar» admit la ooDourreace des Maltais et des Espagnols dans les ports od les Français avaient seuls le droit de pécher le corail» et . les Juifs en avaient accaparé le commerce* Cette flagrante infraction aux Traités fut bientôt suivie de leur entière abolition.

En 1807» le bruit se répandit en France^ que le Dey avait rompu la Paix avec TEmpire, et que le Consul, ainsi que tous les Français, avaient été jetés en prison. On aurait dû se méfier de cette fausse nouvelle, mais on arrêta aussitôt tous les b^iments A-lgériens qui se trouvaient à Marseille ; le Dey s*en montra très irrité ei prévint le Consul que les Anglais offraient 50,000 piastres fortes de redevance annuelle^ pour l'exploitation des Concessions; qu'il fallait que la France» pour conserver ses Etablissement», payât dé sonnais la même somme II n'accorda qu'un mois pour avoir la réponse du Gouvernement, mais il ne tint pas même ce dernier engagement, car il remit Bôoe et La Celle aux mains des Anglais, avant Texpiration du terme et leur abandonna la Pèche du Corail. Quant à CoUo et à Gigelli» que le Consul Britannique croyait acquiscà la Couronne d'Angleterre par son Trai.té, le Dey en donna r^xploitatlon à David Bakri.

Noos trouvons daiis uu ouvrage publia à Londres, des détails assez curieux sur cette prise de possession pa^ l'Angleterre : (1)

« Le 7 janvier 1806, y est-il dit, le Dey a mandé mon père, M. Blankley, Consul Général de S. H. Britannique à Alger, en lui faisant dire qu'il avait quelque cliose d'important & lui communiquer immédiatement Sa Hautesae lui dit qu'il ravait envoyé chercher pour lui donner une preuve du désir qu'il avait de plaire au Rot d'Angleterre. A cet effet, il s'était ëéeidé à lui oStlr ce que les grands ennemis de l'Angleterre, les Français, étaient le plus désireux de conserver : le Commerce exclusif de Béne et le droit de s'établir à La Calle et Collo, ainsi que la pèche du Corail sur cette Côte. Que les Français avaient joui depuis plus de deux siècles, de ces bénéfices et privilèges et qoe la période de leur Traité étant expirée, il était déterminé, bien que le Consul de France fit tous ses efforts pour que le contraire advint, d'offrir à ses bons amis les Anglais, de faire un Traité avec lui, moyennant une redevance moindre que celle payée par les Français.

» M. Blankley remercia chaudement S. H. et lui assura qu'il était convaincu que son Royal Maître serait trè^ flatté de le voir agir d'une façon si amicale et qu'il allait sans perdre de temps, communiquer cette nouvelle à son Gouvernement, qui, il • en était persuadé, le chargerait d'accepter l'offre de S. H.

> Ecrivez, répondit le Dey, mais pourquoi ne pouvez-vous pas me répondre de suite. Le Consul de

(1) six 7 em retldeBce In Algtort by Mrs. BroaglrtMi, (SHt do Consul AnfUU Blankley.)

Je doit cette tradncUon à II rBuelfBe de ? atMetn Daniel, Ofleler d'ofdnnnance dn QnnTernenr de rAlgérle.

France est p^t à signer, à, apposer soa Scel et payer ce que je. voudrai?» pour le renouvellemeat du contrat.

» C'est en vain que M. Blankley s'efforça de convaincre le Dey qu'il lui était impossible de répondre à une question si Spontanée, sans être autorisé à le faire ; ce ne fut pas sans une longue conférence, conférence'très impatiente du côté du Dey, que M. Blankley put obtenir un délai au plus de 24 heures, après lequel, s*îl ne pouvait prendre sur lui la responsabilité d'accepter l'offre qui lui était faite, S. H. se verrait forcée d'accepter celle de la France,

» Voyez ce que c'est, ajouta le Dey, voyez quel risque ie bours pour prouver aux Anglais que je suis réellement leur ami, en vous offrant ce Traité avec un rabais aussi fort, sur celui que les Français seraient heureux de signer ; les Janissaires m'accuseront de gaspiller le Trésor Public; ainsi, il n'y a qu'un mot & dire, oui ou non !

» % janvier, — M. Blankley a passé une nuit très- , agitée, mais pendant cette nuit, il s*est aperçu de la manière la plus formelle des avantages que nous offrait le Traité proposé par le Dey et le détriment que cela causerait aux français. Il s*est donc déterminé malgré tout. Le sort en est jeté et M. Blankley a nolisé un bâtiment pour porter des dépêches au Gouvernement, en même temps que le Traité.

• Si l'on avait mis sufi&samment à profit les vues patriotiques de mon bien-aimé père, si La Calle avait eu une garnison et si cette ville avait été colonisée et placée sur ie pied où l'avaient placée les Français, l'Aigérie serait-elle maintenant aux mains de la France ? et* la Russie n'aurait-elle pas eu une autre barrière pour arrêter ses desseins ambitieux sur la Méditerranée?

*^e ÈniÈ i^resqutd tenDée» lorsque Je tM rat^tMUêlës (profonds t^eXÀ et le désappoiotement de m^n vénéré père, de dire avec la Reine Marie qtie La Catte serait toujôurè gravée dans mon cœur !

9 17 juillet 1807. — Un bâtiment léger est arrivé d'Oran avec des dépêches de Gibraltar. Ces dépédie^ sont d9s plus satisfaisantes^ elles donnent au Consul raasorance des ^remerciements de S. M. et sa haute approbation pour le zélé qu'il a déployé à son service en prenant des mesures contraires aux intérêts Français par rachat des ports de Bône» etc. » . .

La prise de possession de La Galle par les Anglais fut notifiée aux diverses autorités de la Barbarie et Sir Alexandre Bail, à ce moment Gouverneur de Malle» lut chargé d'y envoyer une personne eompé^ lente pour examiner le pays et ae concerter avec le Bey de Constantine, afin de tirer de cette Provinoe des bestiaux et des grains pour raliment^on des Escadres et ouvrir un commerce d'échanges. Mais cette négociation fut si mal conduite que l'agent Anglais, arrêté sur la côte aussitôt son débarquement, se vit conduire à Constantine où on le retint de force durant six mois. Lorsqu'il fut libéré il retourna à Malte, et, malgré le dur traitement qu'il avait subi, il signala les nombreux avantages qui résulteraient de l'occupation de La Galle. Le rapport qu'il présenta au Gouvernement et aux commerçants était tellement en faveur de cette entreprise, que ces demieh3 souscrivèrent une somme considérable pour être employée au commerce projeté, tandis que le Gouvernetnént promettait formellement d*encourager cette création en plaçant à La Calle un Gouverneur et un Capitaine du Port. On comptait qu'une force militaire occupé* rait et fortifierait cette nouvelle Colonie de façon qu'elle put protéger la Pêche du Corail.

Maintes causes empêchèrent les Anglais de mettre leur projet à exécution. Mais le motif le plus concluant, c'est que le Divan d'Alger ne voulut pas consentir à ce qu'on créât sur son territoire un poste militaire important qui aurait assuré aux Anglais, la domination maritime de Malte à Gibraltar ; dès lors ces derniers n'obtenant pas le but qu'ils voulaient avant tout atteindre, ne jugèrent pas à propos de faire les frais du rétablissement de la Galle, détruit, comme nors l'avons dit, sous le Directoire par les indigènes.

A Bône ils s'étaient emparé de l'Etablissement de l'ancien Comptoir français. Sur la plainte portée par Raimbert, le Tribunal musulman de Bône, en présence de l'Agba de la garnison Turque et des notables de la Ville rendit une sentence : « qui reconnaissait^ que la maison de la Compagnie appartenait en propriété aux Français et ordonnait au Consul Anglais de la restituer immédiatement aux Fran^ çais. (Sentence du mois de safar 1225, 1810).

Durant la première année qui suivit le Traité de M. Blankley, les Anglais affermèrent la pêche du Corail à des Siciliens, moyennant une prestation de 200 piastres fortes par bateau, venus au nombre de soixante-trois, de Trapani et de Cagliari. Ceux qui essayèrent l'année suivante d'envoyer exploiter les eaux de La Galle, firent de mauvaises admires parce qu'il leur manquait une protection suflisante et, surtout, des ports de refuge en cas de pauvais temps, Tunis était alors en guerre avec la Sicile et toutes les nouvelles tentatives pour rétablir la pêche du Corail échouèrent par conséquent devant la crainte inspirée par les Corsaires.

M. Raimbert n'en resta pas moins à Tabarque jusqu'en 1812 et pendant ce temps il eût toujours nii nuellement de 3 à 400 bateaux corailteurs.

Le commerce de Bône subissait» pendant ce temps, une décroissance énorme, et les Marchands anglais, qui avaient contribué à y établir un Comptoir, perdirent une grande partie de l'argent qu'ils avaient avancé. Abd- Allah, Bey de Constantine, écrivit, à cette époque, au Dey d'Alger, pour lui exposer que les habitants de sa province étaient forts mécontents de la cession de la Péché et du commerce aux Anglais.

Blessé de ces observations, le Dey, qui tenait à ne pas se brouiller ayec l'Angleterre, fit étrangler l'infortuné Bey.

Nous n'avons pas à nous occuper, ici, des événements multiples qui se passèrent en Algérie, et durant lesquels les a^airés commerciales continuèrent à décliner jusqu'en 1815. Le 15 mai de cette année. Lord Exmouth parut devant Alger et vint demander, au nom des Souverains de l'Europe l'abolition de l'Esclavage. A sa sortie du Divan, l'Amiral fut insulté par la populace ; l'Oukil Hardji le poussa rudement au moment où il allait se rembarquer dans son canot. Le Consul Anglais, Mac-Donnel, était arrêté ; il y eût même des officiers de marine maltraités et blessés.

Après ces insultes, le Dey, croyant la Guerre inévitable, envoya, au Bey de Constantine, l'ordre de faire arrêter les Anglais des Etablissements de Bône. Si nous en croyons quelques documents, une centaine de Corailleurs, sous pavillon Anglais, auraient été tués, autant à peu près blessés, et huit cents emmenés prisonniers. Les Etablissements, comme on le pense bien, avaient été pillés (1). Lord Exmouth vint peu après bombarder Alger.

(1) Rang. — Prédf.

Nous profitâmes de cette rupture de TAngleterre avec les Algériens pour nous faire rendre ce qu'elle ne s'était fait céder, dix ans auparavant, que dans la persuation qu'elle nous priverait ainsi de grands bénéfices. Ses idées, à cet égard, avaient bien changé depuis ses mécomptes. Elle ne chercha pas même à s'opposer ^ cette restitution ; l'exploitation de Bône et de La Galle lui était devenue impossible, tant le bombardement d'Alger avait inspiré de haine contre eux dans la Régence .

Nos Départements du Midi avaient toujours considéré nos Etablissements des Concessions comme très précieux, tant sous le rapport des approvisionnements et des fabriques qui en tiraient des matières premières que sous celui de la navigation, à laquelle ils offraient une excellente école de matelots.

D'après ces considérations le Gouvernement rechercha les moyens dç leur rendre leur ancienne importance.

La rastitution de la Callè avait eu lieu le 17 mars 4817, mais le Dey ne voulut pas rendre tous les privilèges réservés dans les anciens Traités. La redevance fut portée à soixante mille francs et, entr'autres conditions humiliantes, il fallut promettre de ne construire dans les limites des concessions aucun fort, ni enceinte pourvus d'artillerie. Le Consul Français qui aurait du s'opposer à cette dernière condition avec une énergie inébranlable, ne fit à ce sujet aucune observation sérieuse*. Plus tard, ayant acheté le silence des Ministres Algériens, il fit relever les fortifications de la Calle. Le Dey n'eut connaissance de ces nouvelles constructions qu'après qu'elles étaient entièrement achevées.

Comme la promesse n'avait été faite que verbalement et que l'existence de ces ouvrages était auto*

risée dans les anciens Traités, il n'exigea pas leur destruction immédiate, mais il ne pardonna jamais an Consul d'avoir abusé de sa bonne foi (1).

Les occasions ne lui manquèrent pas pour nous prouver son mauvais vouloir. En 1818, les habitants de Bône ayant pillé un brik français, le Dey Hussein se refusa à toute réparation.

En 1819, le Gouvernement Français envoya an Ingénieur en Barbarie pour constater Tétat où se trouver les établissements de la Calle. Abandonnés depuis vingt ans, les Bâtiments compris dans Tintérieur du Bastion étaient partout encore sur pied, mais dépourvus de portes, de cloisons, de fenêtres, de toitures ; le reste présentait Taspect d'une ville incendiée les Arabes ayant brûlé les boiseries pour en détacher et emporter les fers.

Les magasins et les logements des Sulbaternes étaient ce qui avait le plus souffert. Ceux de l'Agence et l'Eglise, plus solidement construits s'étaient aussi mieux conservés. L'excellent pavage de la plate forme, en gros cailloux avait résisté aux injures du temps. Les trois batteries étaient aussi peu dégradées. Dans l'enceinte, les édifices n'offraient donc que des murs entièrement nus. La chaussée de jonction du rocher à la terre ferme avait été enfouie sous les sables d'alluvion. La source était comblée.

L'Ingénieur distingua les ouvrages à exécuter en travaux urgents et indispensables et en travaux susceptibles d'être ajournés. II ne fallait guère moins de 400,000 francs pour la réparation de TEtablissement et des Edifices, en supposant que les ouvrages fussent dirigés par des Ingénieurs et les transports effectués par des bâtiments de l'Etat. Il en aurait coûté trois

(1) RUe de la Primaadaie.

ou quatre fois autant pour le mobililier, les approvisionnements, les embarcations, les navires, le personnel et Tattirail de la double exploitation du commerce des Concessions et de la Pèche du Corail, s*il eût été question de les rétablir sur le même pied qu/avant la destruction de l'ancienne entreprise. Il ne se présentait personne qui voulut s*en charger.

Egalement effrayé de tant de dépenses, le Gouvernement imagina de les faire gérer en attendant el comme on pourrait, pour son compte par le Consul de France à Bône ; mais il ne tarda pas à s'apercevoir qu'il s'était engagé dans une route ruineuse.

Nos archives nous fournissent les renseignements suivants sur cette période.

La première année d'exploitation du 20 mars 1817 au V avril 1818, malgré toutes les contrariétés éprouvées et les dépenses de première réinstallation la situation financière obtint le résultat suivant :

Gains .. 202.905 fr. 34

Dépenses 189.371 fr. 90

Bénéfice 13.543 fr. 44

Du 1" avril 1819 le résultat fut :

Gains 85.206 fr. 07

Dépenses 149 555 fr. 95

Pertos 64 349 fr. 8»

Aussitôt la reprise de po.ssession de La Callc, le personnel chargé de Tadministration se composa de MM. Faurrat, directeur à Marseille; Ferrier, puis Guys, Agents à Alger, et Maurice, Agent à Bône. Peïron, l'ancien Gouverneur de La Calle revint visiter les anciens Comptoirs pour renouer les relations commerciales, mais il ne resta pas en Afrique et un

sieur Adrien Dupré prit à Bône le titre de Consul de France aux Concessions d'Afrique.

Les pécheurs étrangers furent appelés pour exploiter les eaux de La Calle, et de même que les Anglais, on leur imposa une prestation de 200 piastres fortes par bateau, somme excessive et d'autant plus hors de proportion avec les bénéfices que le Corail avait subi une baisse extraordinaire, soit parce qu'il n'était plus à la mode, soit qu'il s'expédiât à l'étranger avec moins de facilité par suite des secousses qu'avait éprouvé l'Europe.

Plus tard, la guerre de la Grèce, celle de la Russie avec la Pologne, enfin le choléra dans diverses parties de l'Orient, où le Corail œuvré s'écoulait, portèrent le coup de mort à ce produit, qui s'entassa et languit dans les magasins de l'Europe. Aussi, depuis la reprise des Concessions la Poche alla toujours en déclinant. Le nombre des barques coralines fut de :

53 au début de la Pèche de 1817. A la fin de la campagne, elles avaient atteint le chiffre de 306.

En i818, elles tombèrent de 301 à 14i seulement. Après les pertes réprouvées pendant ces deux premières années, plusieurs Commissions furent successivement appelées à délibérer sur le mode d'administration (lu'il aurait été^ convenable d'appliquer aux ('oncessions d'Afrique, et ce fut, d'après leur avis, que datis l'impossibilité d'en remettre l'exploitation à une Compagnie comme l'avait eue jadis la Compagnie d'Afrique qui ne put se reconstituer, le Gouvernement abandonna en 1822 pour huit années consécutives Tcxploilation du commerce des Concessions à M. Paœt, négociant de Marseille, à compter du !•' janvier.

L'exploitation de la Pèche du Corail continua seule à être dirigée par des Agents du Minislère des A fiai-

res étrangères. Néanmoins ces deux branches dopérations restèrent encore à plusieurs égards, étroitement liées Tune à Tautre (1).

Le Gouvernement abandonnait à M. Paret les Etablissements disponibles de l'ancienne Compagniei ainsi que ceux dont on pourrait obtenir la restitution. Il se chargeait de payer au Gouvernement algérien les redevances convenues par les Traités ; mais les <Jons d'usage, en certaines occasions, pour s*assurer la bienveillance des autorités locales étaient à la charge du Concessionnaire. II fut permis à celui-ci d'avoir des Agents à Bône, à Collo et à La Calle. Il devait employer au commerce des Concessions un capital de 100,000 francs, l'augmenter au fur et à mesure des besoins, acheter la totalité des marchandises apportées au Marché et adresser à Marseille tous les produits des Concessions, à l'exception de 500 caiïis de grains qu'il lui était loisible d'exporter directement à l'Etranger.

Il devait percevoir et remettre sans frais au Gouvernement les droits imposés aux bateaux coraiileurs, munir le Comptoir de Bône de tous les objets nécessaires aux Pécheurs ainsi qu'à leurs embarcations et les leur vendre à un prix modéré, déterminé chaque année par un tarif réglé de concert entre lui, la Chambre de Commerce de Marseille et le Préfet des Bouclies-du-Rhône, et approuvé par le Ministre de l'Intérieur.

Il ne pouvait employer que des Français, et ne prendre des naturels du pays au service intérieur ou extérieur de ses Comptoirs, qu'avec l'autorisation du Consul de Bône, ni faire le commerce des Concessions que sfous pavillon Français en temps de paix maritime, et

(1) Rapport do colonel Pretol.

-eoo —

même, autant que possible, en temps de guerre ou, au moins, sous pavillon neutie.

A Texpiration de son bail, le renouvellement lui en * était assuré par préférence à tout autre qui n'aurait pas offert des conditions plus avantageuses. Il était libre d'y renoncer, au bout de deux ans, en prévenant trois mois d'avance la Chambre de Commerce de Marseille, et en cédant, soit au Gouvernement, soit au nouveau Concessionnaire les constructions et le mobilier existant. Les dispositîonsde Police, établies par } rOrdonnance de 1781 pour les Echelles du Levant et de Barbarie, étaient, d'ailleurs, rendues applicables dans rétendue des Concessions et les Etablissements du Concessionnaire soumis, par ce moyen, à la juridiction du Consul de France à Bône.

L'obligation de n'employqr que des Français à son service intérieur avait, apparemment, pour objet la sûreté des Etablissements dont le Concessionnaire n'était qu'usufruitier et qu'il devait remettre, soit à son successeur, soit au Gouvernement, à l'expiration de son bail. Celle qui l'assujettissait à ne point employer d'indigènes à l'extérieur de ses Comptoirs sans l'autorisation du Consul de France, pourrait se présenter d'abord à l'esprit sous les couleurs d'une contrainte inutile ou même tyrannique, mais il faut bien se rappeler que l'ombrageuse susceptibilité des Algériens pouvant troubler les Etablissements sous les prétextes les plus frivoles : il importait de ne leur laisser aucun motif d'intervention dans le détail des opérations. On y avait vu maintes et maintes fois la Régence sur le point de rompre follement avec des C^onsuls étrangers, pour des discussions où il ne s'agissait que de dérober la tête de quelques malheureux serviteurs indigènes à ses injustes ressentiments. Ces précautions étaient alors nécessaires.

Le OoncesttionQaire établit provisoirement le centre de ses affaires à Bône, iia Calle ne pouvant être res* taurèe qu'avec le temps et qu'à grands frais. De ce qu'il n*usa pas de la faculté de résilier son bail à respiration des deux premières années, on peut naturel* lement conclure que ses opérations ne lui avaient pas été désavantageuses quoique, à la rigueur, ce ne soit pas une preuve bien décisive, car si ses transactions ne lui avaient pas été protitables durant cette première période, il pouvait espérer des bénéfices plus sen-* sibies pendant les six années subséquentes, le succès des grandes entreprises étant quelquefois stationnaire à leur début.

Quoi qu'il en soit, avec si peu de capitaux et tant d'entraves à vaincre ou à supporter, il était difficile que le Commerce des Concessions, et la Pécbe du Oo« rail sortissent de leur langueur, ni les Etablissements de La Calle de leur ruine. La Pécbe du Corail était restée dans le domaine public ; aussi le Département des Affaires Etrangères crut-il devoir, en 1825, consulter le Conseil Supérieur du Commerce et des Co« lonies sur les mesures à prendre pour tirer de cetle dernière brancbe d'industrie qui occupait alors annuellement environ 150 bateaux, la pluxmrt étrangers, à la vérité, tous les avantages qu'elle était susceptible de produire. Le résultat de cet examen fut :

!• Que la Pèche du Corail pouvant devenir pour la France, la source de notables avantages, il importait dé conserver le droit exclusif de l'exercer ;

2^ Qu'en principe, les pécheurs étrangers devaient être éliminés des Concessions, mais qu'en attendant que cette exclusion pût être définitivement prononcée, ils devaient continuer d'être soumis à la rétribution de 200 piastres fortes, pour la pêche d'hiver, plus une certaine prestation en Corail, dont les Français

devaient, au contraire^ ôtre exemptés, ce qui formerait pour eux une prime d'encouragement d'environ 10 O/o de la valeur de leur Pôciie ;

3* Que pour porter de plus en plus nos niarins à se livrer à cette industrie, ils devaient pendant un certain nombre d'années, être exempts du Service de TEtat, dès Tinstant qu'ils seraient engagés pour la Pécbe du Corail;

4« Qu'il était nécessaire de procéder au rétablissement du Fort de La Galle, ce qu'on jugeait indispensable pour donner aux Concessions toute la consistance désirable ;

5* Enfin qu'un projet de règlement définitif pour la Pèche du Corail, présenté par M. Dupré. Consul de France à Bône, et qui dirigeait l'Administration des Concessions, était susceptible de recevoir l'approbation des Concessions.

Conformément à cet avis, une Décision Royale, du 19 décembre 1825, exempta les Corailieurs Français de toute rétribution dans les Concessions. Celle à laquelle les Etrangers étaient soumis fut maintenue, et l'on répara partiellement le Fort et les Etablissements de La Calle. On se contenta de mettre quelques canons de faible calibi^e, au Poste du Moulin, ainsi qu'à l'entrée du Bastion (1).

Le Dey vit d'assez mauvais œil, toute imparfaite qu elle était, cette résurrection de l'Etablissement ; ce fut un des motifs de son antipathie contre M. Deval. notre Consul général à Alger, et quoique celui-ci eut poussé la condescendance jusqu'à accéder à une augmentation considérable des anciennes redevances, le Dey entrava l'exécution de ces faibles ouvrages.

(t) Qaelqaei-uoi de cet canoot éUiont même en lN>ii peint.

On avait poartant à pea près mis ce point dans un état qui permettait déjà, aux Pécheurs et aux Agents chargés de la surveillance de la Pèche, de he plus redouter les exigences des Aral>es, lorsque survint notre dernière rupture de 1827, avec les Algériens, et le nouvel abandon de nos Possessions d'Afrique.

Les causes qui motivèrent notre rupture avec Alger sont parfaitement connues; nous nous bornerons donc à ne rappeler que les particularités saillantes de nos griefs (i).

Le Congrès d'Aix-la-Chapelle, composé des Plénipotentiaires des Puissances Européennes, avait chargé, le 20 novembre 1818, la France et TAngleterre, pour la sûreté du commerce, de faire cesser la Piraterie. Le Dey d'Alger, malgré la notification officielle qui lui en avait été faite, laissa continuer la Course, prétendant conserver le droit des Algériens de saisir tous les navires des peuples chrétiens qui n'auraient pas, à Alger, des Agen^ accrédités payant tribut.

Depuis quelque temps, le Dey faisait, 4 la France toutes sortes de tracasseries. Il exigeait 200,000 francs de redevances pour nos Concessions, au lieu de 17,000 que portait le Traité de 1694.

Conformément aux désirs du Dey, la liquidation des créances des Juifs Algériens Busnah et Bakrî avait été faite, et, après leur faillite, une somme de 2,500,000 francs avait été retenue à la Caisse des Consignations, avec l'assentiment du Dey, pour pourvoir aux prétentions des Créanciers français contre ces Juifs; le Dey écrivit après cet accord, en octobre 1826, à Tinsu du Consul général, une Lettre iosultante et menaçante au Baron de Damas, notre Ministre, par laquelle il lui réclamait l'envoi immédiat des

(t) D'aprèf It Note Toaniie par M» Detal, noire Consul Kéoéral, qui compreod vingt^einq griefi eontre Alger.

2,500,000 francs consignés à Paris, prétendant qne les Créanciers français eussent à venir à Alger pour y justifier devant lui de leurs droits.

Le Ministre Français, n'ayant pas cru de sa dignité de répondre à la Lettre insultante du Dey, n'en informa pas même le Consul général qui, dans une ignorance absolue et parfaite sécurité, se présenta, le 30 avril 1827, à l'audience du Dey, pour le complimenter, selon l'usage, la veille des fêtes musulmanes. I^e Dey lui demanda s'il n'avait pas reçu de Lettre du Ministre de France. Sur sa réponse négative, le Dey lui objecta pourquoi le Roi ne répondait pas à ses Lettres ; que, sans doute, c'était le Consul qui était cause qu'il ne recevait pas de réponse, et, aussitôt, en l'accablant d'Injures, il lui porta sur les épaules plusieurs coups d'un chasse-mouche qu'il tenait à la main.

Le Consul général attendit que le Dey se fut rassis et lui dit alors : c Seigneur, je puis vous affirmer que je n'ai jamais insinué au Mlfflstrc du Roi de ne pas vous répondre directement. »

Le Dey répartit : • Bli bien 1 sachez que je n'entends nullement qu'il y ait des canons au Fort de La Cal le. Si les Français veulent y rester et faire le Commerce et la Pèche du Corail, comme négociants, à la bonne heure; autrement, qu'ils s'en aillent. Je ne veux pas absolument qu'il y ait un seul canon des Infidèles sur le territoire d'Alger, t Alors, il ordonna au Consul de sortir de sa présence, et cet ordre accompagné de gestes et de termes méprisants contre le Souverain de la Nation française.

Le Gouvernement informé de cet outrage donna aussitôt H son Consul Tordre d'en demander une éclatante réparation. Le 11 juin suivant, au matin, la goélette la Torche apportait à Alger les instructions du Ministre des Affaires Etrangères et M. Devals'étant

réuni à M. le Capitaine de Vaisseau Collet, commandant la Division navale envoyée sur la côte d'Afrique»' convint avec lui des mesures à prendre pour obtenir satisfaction.

Une Note est rédigée : « elle exige qu'une députation !\ la tête de laquelle se trouvera TOukil El-Hardj (Ministre de la Marine) se rende abord du.Commandant de Texpédition et fasse des excuses au Consul Général sur la conduite du Dey à son égard ; que le Pavillon de France soit arboré sur les forts d'Alger et salué cle cent coups de canoa, faute de quoi les hostilités commenceront. »

Cette Note fut confiée au Consul Général de Sardaigne qui la présenta au Dey. La satisfaction deman* dée n'ayant pas eu lieu dans les 24 heures» la négociation fut rompue et dés lors, c'est-à-dire le 15 juin 1827 commença le blocus de toutes les côtes de là Régence. Sur rinjonction de M. Deval, les membres du consulat et les sujets Français quittèrent Alger pour s'embarquer sur un brik qui devait les rapatrier. Hussein Pacha concentrant toute son animadversion sur le Consul Deval et ne désespérant pas encore d'éviter une rupture irrévocable avec la France, manda près de lui l'Agent principal des Concessions françaises de la Calle qui résidait A Alger et l'engagea â no pas partir : « Restez, lui disait-il, vous serez ici tout aussi bien protégé par moi que par votre Consul. Si c'est lui qui vous ordonne de quitter la Régence, vous ne partirez pas ; mais si c'est l'ordre de votre Souverain, je ne mets aucun obstacle à sa volonté.

Le Consul fut et dut sans doute être inflexible, des ordres étaient péremptoires et : de par le Roi il lÉl* lut s'embarquer sur le champ.

Il est probable qu'en restant, quand île auraient été

libres de le faire, les Agents des Conceasions fran* çc^Ues o'auraient pas sauvé leurs Btabiissemeats ; en se soumettant à Tordre qui leur fut donné, ils sauvèrent du moins leur tête.

. Le même ordre de départ fut signifié si inopinément à l'Agent que la Compagnie avait à Bône qu'il lui fallut tout abandonner. A peine quelques empioyés eurent-ils le temps d'emporter quelques bardes.

Le 20 juin, la gabarre le Volcan quittait Bône où elle avait été envoyée en toute bâte par le Commandant Collet, emmenant 2$ passagers des deux sexes parmi lesquels se trouvait le Vice-Consul de France résidant dans cette ville. La gabarre rejoignit la corvette VEtincelle partie deux jours avant du même port ayant sous son escorte 142 bateaux corailleurs ramenés de La Calle.

A la notification dès bostilités, faite immédiatement après rembarquement de nos nationaux d'Alger, Hussein Pacha avait répondu par Tordre de détruire les Etablissements que nous possédions dans le pays. Un des Officiers de la Régence, Si-£l-Hafsi-ben- * Aoun, fut immédiatement expédié à La Calle pour aller surveiller lui-même Texécution rigoureuse de cette mesure, c'est ce que nous apprend une curieuse correspondance arabe, entre le Bey de Constantine et le Pacha d'Alger, dont on va lire la traduction (1).

Bi-Hadj-Ahmed, Bey de la province de l'Est, se trouvait à Alger, où il était venu verser son impôt (denouche) lorsqu'éclata la rupture.

Il est probable qu'au moment de retourner dans son gouvernement, il reçut du Pacha des instructions particulières en même temps que la mission de fournir

(1) Je dois It commniiicaUon da texte anbe de ce» Lettres au* tliflBtiqiies à l'MbUf easce de mon ami M. d'Boodetot.

de fréquents reoseignemeDts sur les èTènemenU ^i pourraient se produire dans sa province, pendant cette période d'hostilités.

Par la lettre suivante, datée du bivouac de Hamza, on verra que les Barbaresques ne mirent aucune lenteur à répondre à notre déclaration de guerre, puisque la rupture ayant eu lieu le 15 juin le fonctionnaire turc chargé de faire détruire nos Etablissements, se trouvait à La Calle une dizaine de Jours après, ayant parcouru à toute bride une distance d*au moins deux cents lieues.

ù A Hussein Pacha . . . . (1 j

• En arrivant samedi, 28 de ce mois, au gîte d'étape de Hamza, j'ai reçu deux lettres ; Tune des Eulema de Bône et l'autre du liis du markanti. Ils m'informent qu'un vaisseau et une corvette de guerre français sont entrés dans le port de Bône ; le Consul, le représentant de la Compagnie et les Nationaux français résidant à Bône sont montés sur ces deux bâtiments. Aussitôt qu*ils ont appris leur embarquement, les Bônois ont appliqué les scellés à leurs maisons ; puis ils ont pris des mesures pour la garde à faire de nuit autour de la ville, ainsi que l'exposent les deux Lettres que je vous transmets, afin que vous en preniez connaissance, ce qui me dispensera d'entrer dans de plus longs détails à ce sujet.

» J'ai immédiatement fait partir le markanti en lui donHUnt des instructions sur toutes choses, insistant notamment auprès de lui pour les mesures de surveillance à observer de nuit comme de jour.

i> En ce moment, grâce à Dieu, la sécurité, la paix

(1) J*ai topprUné dans ma iraduclion tous le» complimentt em* phaUqaet qui dans le texte lienneiii presque la rootUé de la Lettre^ ne m'attachant qa*aax faits parement historiques.

et tu tranquillité régnent ft Bône et dans la totalité de laeoDtrée.

» Bl-Hafsl est arrivé à Constantine mardi ; il en est reparti et, sans nul doute qu'il est à cette lieore parvenu où nous- Vavonê envoyé en m%$8ton. Dès que je recevrai des nouvelles de lui ou bien de Bône, je vous les transmettrai rapidement. Que Dieu vous rende victorieux et extermine les mécréants.

9 El-Hadj-Ahmbd, Bey de Constantine.

» Dimanche, 29 de Kaâda 1242.

» 24 juin 1827 . »

f A Hussein t^acba

t Votre serviteur Si El-Hafsi-ben-Aoun est depuis aujourd'hui de retour auprès de moi. Il m'a rendu compte qu'aussitôt son arrivée chez le Cheikh Moharaed-bou-Methir (1) avec voire Lettre, celui-ci se soumettant et obéissant à vos ordres, a rassemblé ses gens et dès que les maçons les ont rejoints, il est monté à cheval et, suivi de son monde, il a accompagné Si El-Hafsi k La Galle.

> Ils ont trouvé que les Chrétiens avaient emporté ce qu'il y avait, ne laisssCnt rien, si ce n'est six vieilles pièces de canon gisant à terre depuis la première époque (de l'établissement de La Galle). Quant aux canons neufs, ils ont été également emportés.

«On a procédé à la démolition de toutes les nouvelles constructions, de sorte que l'emplacement (ou elles se trouvaient) est redevenu tel qu*il était avant leur élévation. Ces nouveaux bâtiments étaient, en majeure partie, construits en planches ; on y a mis

(l) iott-VelhlrétaHalontoChefdef Tribfit atolitsaMt Là Galle, eoBim par nos Commerçants, sons le nom de CMkb de la Va*" aottle.

le lèu (fit 108 flâmtoen ont UhêL réctolt en rolÀÉH. Il M a été fait de môme de toiiteft 108 charpentes attenant auK tiâtiases. Oette opération accomplie ils (lés <lémo« Ussears) sont revenus et je vous transmets la Lettre qoe Bou-MeUiir tous adresse (& ce sujet).

Salutations.

El-Hadj A.UHBD, bey de C<on9Unt9nê,

U dimanche 13 de Hidja 1242, 8 lulilet 1827.

cP.-S. — J'ai envoyé au Cheikh Mohammed-bou- Methir un cheval, un fusil et un burnous. Le Mar- Icanti (1) m'informe que le RaTs Ali-et-Feloud]i, venant d'Alger, a été serré de prés par les ennemis de Dieu, les Français, étant au large du Ras-eUAhmra (cap de Garde). Il s'est enfui du côté de l'EdQUgh, et, de là, il a expédié un homme du pays, pour prévenir à Bône. Les Bônois lui ont envoyé deux felouques avec des soldats armés. Les matelots avaient déjà gagné la terre avec leurs fusils. . .

« A Hussein Pacha<

9 Votre auguste Lettre m'étant parvenue, j'ai été instruit de tout ce que vous me notifiez. J'ai donc écrit immédiatement au Markanti de Bône, lui près* crivant de faire à l'égard de tout bâtiment de guerre français qui se présenterait, ce que vous ordonnez : de se hâter de lui lancer des boulets, de ne pas faire

(1) J'ai déjà dit, allleart. quelles élaienl lef ronctioni dtt VàttaB- U. C'était nu Agent pour le Commerce avec les Naliobt Ettropéeniiea et auquel le Bey avait attribué durant les demiéret annéet de la Do* mInatioB Turque, des peuvoirt presque anatofues I ceux de Gnu-

feu à poudre, mais bien au contraire de tirer dessus (I), sans lui laisser aucun répit.

» J'ai également envoyé de suite des ordres au Kbalifa pour qu'il se porte, avec son Camp et ses Goums, auprès de Bône et de s'y établir; lui recommandant expressément d'observer avec, vigilance la situation de la Ville, de se tenir prêt à la défendre et de' né rien ignorer de ce qui se passe daus Bône de nuit comme de jour.

«Les Khezourdji (remplaçants)"^), sont partis aussi de Oonstantine (pour Bône), munis par moi d'un nombre suffisant de tentes ; nous les avons pourvus de vivres: biscuits* belr'onl (sorte de grosse farine), beurre, huile et enfin de mulets porteurs d'outrés pour l'eau. Rien ne leur manque de ce qui peut être nécessaire. J'ai, en outre, écrit au Markanti, pour qu'il subvienne à tous leurs besoins. Dans chacune de mes lettres au Markanti, je lui renouvelle mes recommandations, afin que de nuit comme de jour on se garde avec la plus grande vigilance. Jusqu'à présent, les missives du Markanti m'assurent que tout est tranquille à Bône et aux environs, sur terre aussi bien que sur mer. Le porteur de la présente est également chargé d'une lettre que le Markanti adresse ' à votre Fils et notre Frère Sidi Ibrahim, Ministre de la Marine.

» Salutations.

El-Hadj-Ahmrd, Dey de Constant ine,

• 26 de Hidja 1242.

» 21 juillet 1827 o

(Ij Textuel , de ne pat lai faire de fumée, mais bien au cooiraire de tirer dettoi, la foumada éiail un signal à poudre.

(,% KheiourdjU, mol lurc déaignant des cent qoft ■•feMitoi §«->

6 A. Hussein Pacha. . .

» Aussitôt votre Courrier arrivé, j'ai expédié la Lettre destinée à votre Oulcil à Tunis.

En même temps, j'ai écrit aux notables de Bône pour l'exécution des ordres que vous m'avez donnés. J*ai, en outre, recommandé expressément au porteur de ma lettre d'aller inspecter lui-môme les batteries, visiter les afiuts de canons et tous les engins de guerre. Je lui ai prescrit de passer environ deux iournées A Bône, ailu de bien examiner comment s'y fait le service de garde et de quelle manière s'exécutent les précautions ée surveillance. J'ai très -vigoureusement insisté pour qu'il ait à me fournir ensuite des renseignements détaillés, exacts et fidèles sur tout ce qu'il aura vu.

» J'ai écrit aussi au Markanti au sujet de l'hoir me

dont je vous ai parlé. Si la paix peut se conclure sur

des bases acceptables et de bonne volonté, il doit se

faire remettre une pièce écrite par ce chrétien, écrit

qu'il m'enverra et que je vous transmettrai. Mais si

ce chrétien refuse, il doit me l'amener . prisonnier,

afin que je le mette à votre disposition, s'il plait à

Dieu.

» J'ai reçu,aujourd'hul, une lettre du Markanti par

laquelle il m'informe que les brèches existant aux % batteries sont réparées. Des charpentiers ont été envoyés dans la montagne pour couper des bois, lesquels ont déjà été apportés en partie, à Taide de barques. Nous avons mis à la disposition du Markanti les charpentiers dd Oonstantine, qui tout allés se joindre à ceux de Bône et tous, maintenant, sont occupés à travailler avec ardeur à la confection d'af-

lilre, •*offrilMil pow rempUctr eenx des gens de li VUlè re^iiilt et mobilités pour feire partie d*uDe prite d*annes et d*iiBe eipéidltlon.

fûts de canons et de bois de lusOs* Dum chaque batterie OD fait une garde très- vigilante, de même que sur tous les autres points ; quant à moi je ne cesse de leur adresser froqaemment des recommandations.

:i> Aujourd'hui, môme, li est revenu de Bône quelques-uns des émissaires que j'y avais envoyés et tous me conQrment les rapports du Markanti, c*est*à-dh*e qne les travaux (de défense) marchent avec célérité, que le service de garde (de la côte) s'y fait exactement, et enûn que la tranquillité règne partout

» Au moment où,pendant la nuit, je vous écris cette Lettre, je reçois une missive du Markanti, me prévenant qu'un chrétien du nom de Kaimbert, jadis Ck)usul Français à La Galle, lequel a des connaissances et des relations parmi les montagnards de cette région, s'est rendu dans la tribu de Nehed et est entré en pourparlers avec cette population alhi d'être autorisé à construire un Ëtablissement à r endroit nommé Seglab (cap Roux) lequel est la limite de séparation entre notre pays et la Tunisie (1)* Aussitôt que le Markanti a été prévenu de ce fait, il a envoyé prendre des informations auprès du cbeikh Mohammed bou Methir. Celui-ci a répondu que le fait était véridique.

» Un doute s'est néanmoins élevé dans mon esprit : le Bey de Tunis a-t-il connaissance de la création projetée, i'a-t-ii acceptée et consentie? Ou bien Raimbert traite-t-il directement avec les Nehed ? J'ai écrit en conséquence au Markanti pour qu'il se livre à de nouvelles recherches et se procure d'autres renseignements auprès de Bou Methir et ailleurs, afin de

(I) Je souligne t^ec InleolUn celte phrase qui a trait a nos llmiles orieDiales, question depaii longtemps réglée à notre avantage malgré les preientions des Tooislens qui aurair'nt tootu empiéter jusqu'à La taile même, qoand ions derrions an contraire avoir notre frontière à Tkbarque qui apprrtiendrail aussi à l'Algérie.

bien connaître la vérité sur cette afiaire, si oui ou non le Bey de Tunis en a connaissance. Je vous rendraî compte de tout ce que j'apprendrai. Que Dieu vous accorde la victoire et qu'il extermine les mécrôaots. Salutations.

Bl-Hadj-Ahmbd, 6cy de Conêtaniine ,

15 moliarrem 1243.

8 août 1827.

« A Husseïn Pacha

» El-Hadj-Amar, votre Oukil à Tunis, m'adresse trois Lettres qui sont destinées à votre Haute Seigneurie. Il m'informe, en outre, que le ûls de Mustaplia Rais est arrivé à Tunis avec vingt Janissaires. Je lui expédie les mulets nécessaires à leur transport jusqu'ici ; puis je les mettrai en route pour Alger.

0 Je vous fais connaître également que les habitants de votre ville de Bône ont aperçu, ces jours-ci, quatre bâtiments qui se montrent et disparaissent ensuite. Les Bônois, qui sont de pauvres gens, la plupart sans armes, ont été épouvantés de cette apparition Apprenant cette situation^ ie leur ai envoyé cent fusils en ordonnant de les distribuer à ceux qui en ont besoin, après avoir établi une liste nominative de chaque détenteur. Je les préviens que si ces fusils ne leur suffisent point, je leur en enverrai encore d'autres. Cela leur a donné courage et confiance, ils montent maintenant la garde avec zèle ; leurs craintes se sont dissipées ; gloire en soit rendue à Dieu, qu'il vous soutienne et donne la victoire au peuple de notre Seigneur Mahomet; qu'il extermine et écrase les impies.

Salut.

» ël-Hadj*Ahmbd, Bey de ConstarUine,

« il do kâada 1245.

> 20 mai 1830. »

Oq n'a pas perdu le souvenir de ce Benadoux, le CoUiote qui causait à Bône tant de tracas à l'ancien Agent Bourguignon. En 1827, c*éiait un vieillard; il était encore en relation avec la nouvelle Compagnie, à laquelle il aurait avancé, comme prêt, une somme de cinquante mille francs. Quand la rupture eut lieu, Ben Haddouch (dont nous rectifions le nom), au lieu de retenir ses débiteurs en otage, ce qu'eu pareille circonstance n*auraient pas manqué de faire d*autres créanciers non musulmans, se borna à demander un reçu de la somme qu'il avait prêtée. Mais cette affaire s'ébruita et vint aux oreilles du Bey de Constantine, El-Hadj-Ahmed. Un négociant indigène qui prétait en toute confiance une pareille somme à des chrétiens devait ôlre extrêmement riche. Donc, le Bey le fit arrêter, le mit à la question malgré son grand âge, jusqu'à ce qu'il eût déclaré tout ce qu'il possédait, puis ordonna de le décapiter. La famille de Ben Haddouch, spoliée de tout ce qu'elle possédait et craignant pour son existence se retira à Collo, où elle vit encore dans la misère (1).

(t)Co n'eti pas la première fois que la ramiUe Ben Haddouch fai. fait de lellea tTaoeesà no« commerçtou. La pièce soivanie qu'elle a coQseiYée el que noas copions lexluellemenl, le démontre claire-

it:

Uberlé Égalité

En qualité d*4gent principal des Concessions d'Aft'lque, je soussigné déclare que Si ■ohamed-Henadoox, Agent du Bey de Constantine» au Collo, est créancier de T Agence d'Afrique, de deu& mille cinq cents sequins vénitiens» et de deux raille cinq cents seqoins zermaboots, pour auUnt qu'il a prêté en ITUS (V S.), au Citoyen André, Joaepii, alors Agent de la ci-devant Compagnie d'Afrique, au Collo, pour les achats de marchandises de ce Comptoir, en la même anjiée, suivant les deux obligations du dit Citoyen André, et les écritures de TAgence d'Afrique à La Culle, où le dit Si Benadoux est crédité des susdites deux sommes, sons le nom de Xoobenad. En foi de quoi, j'^i déclaré le présent au dit Si Benadoux, pour lui servir de titre, valoir

On a dû remarquer dans la quatrième Lettre cidessus, datée du 8 août 1827, que le Bey de Constan- Une parle de propositions de Paix faites à B6ne par un Européen. En effet, le Gouvernement français d'alors, entravé par TOpposition. était fort indécis s*il aurait recours à la force des armes pour tirer vengeance de Tinsulle qui nous avait été faite et avait entamé des négociations avec Alger. On assure môme que le Ministère, voulant satisfaire à la fois Torgueil national et Tavidité des ennemis, offrit de payer par des sommes considérables les excuses d*HusseTh qui refusa de se prêter à cette comédie (i).

Mais une dernière insulte plus grave que la première allait déterminer le Gouvernement à prendre un parti décisif et énergique.

Le 30 juillet 1829, le vaisseau la Provence et le brick ï Alerte, portant le Oomte de la Bretonnière, entraient avec pavillon parlementaire dans le port d'Alger. Hussein, bien résolu à ne faire aucune excuse au Consul, repoussa encore avec mé[^is, comme humiliantes pour sa dignité, les conditions d'accommodement qui lui étaient de nouveau offertes, et, le 2 août, à son palais de la Kasba, dans une conférence très animée avec M. de la Bretonnière, il donna en ces termes son ultimatum : « J'ai de la poudre et des canons, etpuis- » qu'il n'y a pas moyen de s'entendre, vous êtes libre 9 de vous retirer. Vous êtes venu sous la foi du sauf- » conduit, je vous permets de sortir sous la môme • garantie. »

ce que de besoin auprès de l'Agence d'Afrique, el à icelui, apposé le cachet de celle Colonie,

A La Calle, le vingt-sii frimaire, an sepUème de la République Française, uneetinditisible. (16 décembre 1706.)

Signé : Pêïron.

(1) Mémoire sur les opéralions de TArmée française sur la cdle d'Afrique, par un Opilaine d'Etal-Major. (Maréchal Pélissier.)

M. de la Bretonnière. ainsi congédié, regagna flon vaisseau.

Vers midi» V Alerte appareilla; à une heure, la Pnhvenoe, portant toujours le pavillon parlementaire, aillait à son tour sortir de rade, lorsque, sur un signal donné de la Kasba, un coup de canon à poudre partit de la batterie du fanal. Peu de minutes après, malgré la promesse du Dey, une vive canonnade à boulets tirée sur le vaisseau français des batteries de la ville et du môle, ne laissa plus de doutes sur Tattentat qui allait être commis En effet, dès ce moment, de deux heures et demie jusqu'à trois, c'est-à-dire pendant une demi-heure que le vent ne lui permit pas de s'éloigner de la côte, la Provence essuya le feu de quatre vingts coups de canon et celui de plusieurs bombes qui tombèrent à peu de distance de Tarrière du vaisseau. Onze boulets seulement l'atteignirent sans blesser personne.

Deux navires de guerre, l'un anglais, l'autre espagnol, ancrés dans le port, assistaient à cette grave insulte faite à notre drapeau et purent constater que M. de la Bretonniére, affirmant ainsi davantage cet attentat au droit des gens, s'éloigna sans riposter, malgré la fureur de son équipage, qui brûlait d'en tirer une vengeance immédiate (\).

Certaines Puissances rivales qui, par jalousie on égolsme, n'auraient pas voulu nous voir entreprendre une Expédition sérieuse contre Alger, cherchèrent Immédiatement à pallier les choses en présentant l'a. gression contre le vaisseau parlementaire comme le résultat d*un malentendu. Rien de plus inexact, car je tiens de gens bien informés et de l'entourage de

(1) Vaprèê Bitnebt, McréUiir« loter prête do Roi, ea mUtioa *

Huaseio, que oBloîHîi, toujours furieux après avoir congôdié M. de la Bretonniôre, qu'il regrettait peutêtre même de ne pas avoir £ait prisouoier sur-lecbamp, monta sur une terrasse de la Kasba pour s'assurer si son bâtiment avait pris le large ; c'était le moment où le vaisseau appareillait. Trouvant» à son gré, qu'il ne s'éloignait pas assez rapidement, et sans tenir compte du manque de vent, il signala à la Marine de faire feu. Le coup de canon à poudre fut tiré à ce moment, et ce n'est qu'après de nouveaux signaux répétés de la Kasba que les Imtteries lancèrent leurs boulets sur la Provence. On ajoute même que, dans la soirée, le Dey fit appeler son Ministre de la marine, et le réprimanda vertement de ne pas avoir coulé bas le vaisseau français pendant qu'il était encore à portée des batteries de la côte. Ainsi donc, ce fut bien par ïordre et la volonté de Hussein que cette grave insulte nous fut faite.

Du reste, voici encore une autre particularité caractéristique ayant aussi son importance historique et qu'il convient de ne pas passer sous silence.

Au début de la rupture avec Alger, le Gouvernement français, auquel le blocus coûteux, fatigant et stérile des côtes de la Régence ne eonvenait point, avait songé à faire occuper l'Algérie par le Pacba d'Egypte, Mehemet-Ali. Ce projet préoccupa un instant vivement les Barbaresqnes, mais par suite d'in* trigues diplomatiques, Mehemet-Ali n'accepta pas la proposition qui lui était £aite. Néanmoins, quand il appiit l'insulte que notre parlementaire avait subie, il envoya immédiatement un émissaire à Hussein, avec une Lettre contenant en substance les paroles suivanvantes :

« Insensé ! tu viens d'aggraver ta premièi'e faute vis à vis de la France par un nouvel outrage entre Na-

tlons. A3-tu donc oublié le testament de Klie(r-ed- Din conservé religieusement au kiosque de la Marine d'Alger, qui dit : 5/ tu le brouilles le matin avec le Français, Je te conseille de faire la paix avec lui avant le soir. »

Hussein, racontent des témoins auriculaii'es, répoîidit avec dédain verbalement et en ces termes à l'émissaire de Mehemet-Ali :

« Retourne r^ers ton maître et dis'lui de continuer à vendre ses fèves aux chrétiens, au lieu de me donner des conseils dont je n'ai que faire. »•

D'après l'opinion d'indigènes qui se dise. il toujours bien informés, Mehemel-Ali garda le silence, mais n'oublia pas l'injure. Après son expulsion d'Alger lors de notre conquête. Hu^seïn Pacba alla séjourner quelque temps à I^ivourne (i), puis se rendit de là en Egypte, où il avait l'intention de se fixer. Mehemet- Ali l'aurait accueilli avec les égard dûs à son infortune, lorsque un jour, à la suite d'une conversation .en tôte-à-téte, dans laquelle tout en fumant et prenant le café, on s'était entretenu des événements passés, Hussein se retira chancelant vei*s ses apparle-

(t^ Basseïn Pacha s*embarquai Algérie 10 juillet tSJO. Il enme- Daii avec lui nn personnel de cent dix peraonnes, dont cinquantecinq remmes. Quelques désagréments éprouvés à Naples, où il s*établit d*abord, le firent aller à Lit ourne Entouré de Juifs auxquels i I avait eu recours sur la recommandation de llakri, il eut fort à se plaindre de leur avidité. Sa fortune souffrit de quelques dilapida* lions.

Son gendre llastapba, avec le Juif Busnali, le lancèrent dans des intrigues doct le but était de tenter un débarquement lur la cdte d'Afrique et de provoquer un soulèvement général conire les Français. Les armes et les munitions, les proclamations même adressées par Hussein aux Arabes, tombèrent entre nos mains, et le projet de débarquement à Bougie avorta. Husseïn, dès lors, surveillé da prés et supportant avec peine le joug de son entourage de Juifs, ne vit d'autre moyen pour se dégager des intrigues dont il était enlacé et qui le compromettaient vis à vis de la France, que de s*en aller eu Egypte, où il mourut peu après»

ments et succomba, dit-on, quelques heures après dans d'atroces convulsions.

Je termine en rappelant ce que Hussein, superstitieux, aurait dû ne pas oublier : c'est que plusieurs marabouts vénérés des Algériens avaient prédit depuis, fort longtemps, que des soldats vêtus de rouge et portant une bedenjana sur la tête (une aubergine, par allusion à la forme du pompon des schakos) viendraient un jour par mer pour conquérir le pays. Si moins crédule ou moins fataliste que la masse de ses sujets, il n'ajoutait pas foi aux prophéties des santons, il aurait dû cependant commenter ce joli chant ou sorte de Noël que lés gamins d'Alger, lors de la fête de Mouloud (anniversaire de la naissance de Mahomet), s'en vont, se dandinant, chanter en cadence et en chœur k la porte des maisons pour obtenir quelques étrennes :

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