TRADUCTION
Bombe, ô bombe, ma maison tu as effondré Le drapeau français au mât est arboré î
0 maltreise de la maison un clou donne-nou».
Dieu t'accordera le paradis eluu sachekdehenna (1).
Tes enfants au paradis sont entrés.
Nous en sommes témoins.
Les Juifs seront empalés,
Les chrétiens pendus au crochet (2)
Et les musulmans couché.s sur un lit de jasmins.
Au temple divin, 6 pèlerins,
Le Prophète de Dieu avez-vous vu?
Nous l'avons 'vu et considéré,
A la Mecque nous Tavons laissé ;
Faisant ses ablutions et priant.
Et dans le livre de Dieu lisant.
Bombe, ô bombe, ma maison tu as effondré, Le drapeau français au mât est arboré !
(1) Le HMiioad est no Mcliet en cuir, et le benoé est la feaille végéule réduite en poodre avec Ui|uelle les todigènei se ielgoenl les malDS et les pieds.
(2) La 5eiiiNira, textuel rAcmefoi», ^étaient les crochets en ffsr scelL's daas les anciennes murailles de la Tille, après lesquels on accrocliaU la téle et même le corps des chrétiens et des criminels.
La strophe relative aux Français est ea «fuelquesoH» la ritourûelle de ce chant enfantin que Ton m'assure être extrêmement ancien. Elle fait, à n'en pas dou-^ ter, allusion aux attaques dirigées sous le rôgUe de Louis XIV contre le nid des forbans barbaresques.
Le drapeau français flotte depuis le 5 juillet 1830 sur le kiosque de Tamirauté d'Alger qui abrita si longtemps ces mêmes forbans dans leurs assemblées lorsqu'ils délibéraient sur le point de la chrétienté vers lequel leurs corsaires iraient en course. A chacune des faces des murs qui soutiennent la coupole, on jit quatre noms et quatre dates, souvenir simple mais significatif des divers châtiments infligés par notre marine aux Algériens :
DUQUESNB 1683. — TOURVILLB 1684.
D'EsTBÉES 1688. — DupKRRé 1830.
Les intérêts du Concessionnaire souffrirent beaucoup de la rupture de 1827 et de l'abandon des anciens Comptoirs. Ses dépenses en réparations s'élevaient à celte époque à environ 329,000 francs. Avant notre Expédition contre Alger, il sollicitait déjà le dédommagement des pertes qu'il avait éprouvées tant par la destruction de ses Etablissements que par la privation des trois dernières années de son bail. Plus tard, lorsqu'il nous vit maîtres de Bône, où il avait trouvé un point d'appui pour reprendre son exploitation, il demanda à être de nouveau mis en possession du privilège des Concessions pour une période de temps égale à l'interruption qu'il avait éprouvée. Mais depuis l'anéantissement du Gouvernement algérien, les choses se présentaient sous un aspect bien différent de celui qu'elles avaient antérieurement et elles venaient encore de changer de face :
itous avions cru devoir évacuer Bône ; on Toocupa, on la perdit une seconde fois,et quoique nous eussions fini par prendre irrévocablement possession de cette ville, li restitution de ce privilège était une question trop complexe pour être légèrement abordée. IjB, Pêche du corail resta jusqu'en 1831 dans Fétat improductif et précaire. Elle passa à cette époque dans les attributions du Ministre de )a guerre comme une dépendance des anciennes provinces algériennes. C'était au commencement de Tannée ; les circonstances étaient encore peu favorables à son exploitation. Un Bey Tunisien, qui devait prendre l'administration de la province de Constantine comme tributaire de la France en vertu d'un traité fait avec lui sous la garantie du Pacha de Tunis son oncle, n'avait encore pu s'y faire reconnaître, ni même y mettre le pied. Nous n'y occupions aucnn poste, nous n'y avions aucune force militaire qui obéit à notre impulsion et nous n'y pouvions rien sans le consentement des autorités locales. Celles-ci n'obéissaient à aucun Gouvernement si ce n'était par crainte ou par force. Aucun Français n'aurait pu résider près d'elles, mais la prudence n'aurait pas permis de se fier à leur protectorat.
Nous n'étions pas encore maîtres de Bône, encore moins en mesure d'occuper et de restaurer La Calle. Il ne s'en suivait pas toutefois que des difficultés passagères dussent nous faire renoncer à une branche de commerce, à la prospérité de laquelle nos départements méridionaux et plusieurs de nos arts étaient intéressés. Le soin de combiner tous les moyens possibles de protection, fut remis au Général commandant le Corps d'occupation, en le chargeant de se concerter avec l'Intendance militaire, le Commandant de la station navale et le Consul général de France à Tunis.
Ou lit connaître, psu* les journaux, que la Pêche du corail par les bateaux français ou sous pavillon français, était autorisée comme par le passé, sur les côtes des possessions d'Afrique, aux mômes conditions qu'avant la guerre d'Alger, sur tout le littoral de la Régence d'Alger et une partie de celle de Tunis.
Des bâtiments armés les protégèrent efficacement, et les bateaux trouvèrent à l'Ile de Tabarque l'asile que leur assurait notre Traité de 1830 avec Tunis (1). M. Jules de Lesseps, fds de notre Consul général à Tunis, s'installa, par onlre du Gouvernement, dans cette Ile et réussit, par son énergie, à faire observer par tous ces Corail leurs d'origines diverses, les mesures d'ordre prescrites. Notre jeune Représentant, parlarft parfaitement la langue du pays, était en outre un vigoureux cavalier et un adroit chasseur, qualités qui lui valurent le respect et l'amitié des populations indociles de la terre ferme. Il est peut-être le seul Européen qui ait pu circuler librement au milieu de ces montagnes inhospitalières.
Il y avait déjà, dans les premiers jours de juillet, 170 Pécheurs dans les eaux de la Côte de l'Est et l'on en vit pour la première fois dans celles d'Oran. Sept ou huit bateaux qui s'y hasardèrent y tirent une bonne récolte. Des essais aux frais de quelques négociants, sur les côtes de Cherchel et de Bougie, ne laissèrent aucun doute que le Corail n'y existât également et
(I) LesTraiics du 8 août 1830 et du 34 octobre 1833,doos conférant la sorvelllance exclusive de la Pécbe du Corail dans les eaox tunisiennes, sont de nature à légitimer nos prétentions d'installer soit un Phare soit un Poste de surf eillancn aux Iles de la Galite et de Tabarque.
Le premier de ces actes diplomatiques nous reconnaissait, en effet, des^drolts à la propriété, dans nie de Tabarque, d*édl6ccs, de bitlmenta et de conatructions qui n'ont {amais été réparés et qui s«Bt complètement en ruines. Nous n*af ons, il est Trai, tiré ancun parti de ces Traités, mais nos droits ne sont pas périmés.
Ton requit la certitude <iu*on y l^sédàit ût KOuv^ttee rkshesses en ee genre (1).
La jalousie susœptible des Turcs n'avait jamafd souffiçrt aucune recherche de cette nature, de la part des Européens, sur ces trois dernières parties de la côte. Ils avaient toujours relégué la Pôche à Fextrémité orientale de la Régence, afin que les Chrétiens n'eussent aucune occasion de se familiariser avec d'autres points du rivage.
Dans la restauration de cette branche d'industrie expirante, les connaissances locales et la longue expérience de l'ancien Agent de la Compagnie d'Afrique Baimbert, furent fort utiles. On lui doit ia conservation des usages, la communication des tradi-^ tiens, et son activité imprima à la Pôche un iilouvement régulier, qu'il eut été difficile d'obtenir sans lui.
On ne sera peut-être pas fâché de trouver, ici» quel* qnes détails sur la Pèche du Corail, d'après les renseignements laissés par M. Raimbert (2).
Le Corail est, selon to^te apparence, une sorte dé pétrification qu'on trouve au fond de la mer sous la forme de petits rameaux sans racines, sans feuillage, et rarement de plus d'un pied de long. Il forme quelquefois, sous l'eau, des forêts d'une grande étendue et semblables à des champs de broussailles.
Le Corail adhère fortement au rocher par une mince et large soudure sur laquelle s'élève la tige qui se divise presqu'aussitôt en branches. Les naturalistes ne sont pas bien d'accord sur la nature de cette production ; les uns le rangent parmi les végétaux, d'au»
(1) Eif portda Colonel Frelot.
(t)A«éébttidelacoiM|iiêto, M. Raimbert, fol imbUiH B4mH «fait été Dommé interprète du Qénéral ceoMMadaitt, fOMBil dM reMeIffneineiiie à ce aujiDl à M. Baude el a» coloml IPrelel, ekargét de faire dea enqeMc».
troB parmi les zooi^iias on aniioattx plantas ; plu* sieurs n^ veulent voir qae de simples cellules d'animaux (1).
Le Corail a la dureté et l'éclat des Agathes ; il se poUt comme les gemmes et brille comme le grenat» avec des reflets de lumières comparables à ceux du rubis. Quelle que soit sa* nature, le Corail doit son nom à la beauté de sa substance, et ce n'est pas sans raison que les Grecs qui le lui ont donné Tout appelé Vornem$fU de la mer. Il y en a de rouge, de noir et de blanc, lie blanc est le plus rare et le plus cher^ le rouge le plus abondant et le plus usité. U y en a aussi du rose et du mélangé, mais ce ne sont que des variétés des trois autres e^[>éces. Le Corail de bonne qualité doit être dur^ uni, pesant, cylindrique, sans croûte tartreuse, luisant et susceptible d'un beau poli. Tout le monde sait à quels usages le luxe, les arts, ie commerce emploient cette substance. On ea fait des pariurasde beaucoup d'éclat dont le goût ramèa« constamment la vogue, des ouvrages de différentes sortes dont les curieux aiment à orner leurs cabinets, des eoUiers, des braoelels, des cbapelets rechercbés dans tout l'Orient. Les bijoutiers mettent le Corail en œuvre d'une infinité de manières. On remploie aussi en incrustations sur des meubles et des armes de prix, en garnitures de housses, de brides et même de caparaçons tout entiers chez les Asiatiques. Les peuples méridionaux et orientaux, les nègres et presque toutes les nations sauvagps attachent un grand prix aux ornements faits de cette matière. Les Japonais mettent le Corail au-dessus même des pierres les plus précieuses. Aussi en envoie-t-^on des quantités con- BidérableB 4kms toutes les parties du monde, et c'est
(1) Voir Mir le cocaU le remtninable ooTrase de M. Ltcase-DatMers.
l^rl
un moyen d'échange avantageux et commode. On pulvérisait autrefois le Corail pour s'en servir en médecine. On en porte aujomrd'tiui encore des colliers auxquels on attribue plusieurs vertus.
On ne trouve du Corail que sur le revers méridional des rochers et jamais à moins de 3 mètres de profondeur. Dans les eaux- de Messine on n'en rencontre qu'à 200 mètres. Il ne croît qu'à 300 mètres dans celles du canal des Dardanelles et que dans ces dernières profondeurs à celles de Tarente. C'est sur la côte d'Afrique qu'il est le plus beau, le plus abondant et qu'il acquiert les plus fortes dimensions. On ne l'y rencontre guère qu'à 2 ou trois lieues du rivage et rarement à moins de 30 mètres de fond ; il faut le plus souvent aller le chercher jusqu'à 200 mètres.
A La Calle, c'est de 60 à 100 brasses et à une distance de 5 à 20 milles qu'on le trouve. — Au cap Roux, c'est à 80 brasses et à une distance de 7 à 60 milles. — Autour de l'Ile de Tabarque, à 75 brasses et à la distance de 10 à 12 milles. — Autour de l'tle de la Galite, à 60 et 80 brasses et à la distance de 7 à 8 milles. •— A Bône, à 60 et 75 brasses et à une distance de 6 à 12 milles de la côte. — Au cap de Fer, de 20 à 35 brasses depuis un quart de mille jusqu'à 3 milles du rivage. ^ Gigelli, de 70 à 75 brasses, de 10 à 12 milles. — A Bougie, de 10 à 35 brasses, de 7 à 12 milles.
La Pèche du Corail a lieu pendant la plu» grande partie de l'année. Pour la facilité de sa surveillance et de son administration on la divise en deux saisons. Celle d'été qui commence le 1** avril et finit le 30 septembre ; celle d'hiver qui commence le l** oc* tobre et finit le 31 mars. Mais durant l'un et l'autre intervalle, il est rare que le temps lui soit complète ment favorable huit jours de suite. Elle se fait d'une
manière laborieuse mais très simple. A Taide d'une longue amarre on descend dans la mer une drague formée de deux madriers en croix, à laquelle est adapté un poids capable de Tentratner au fond des eaux. Les pècbeurs rattirent ensuite à eux au cabestan ou h la idain. Cet engin en glissant sur les rochers, en détache les Coraux que ramasse aussitôt un lilet à grosses mailles ou bien une sorte de faubert, et qu'on retire avec la drague dès qu'on le croit assez chargé (1). Pour tous les détails de cette pèche, nous conseillons de lire le livre intéressant de M. Lacaze-Duthiers.
La Pèche annuelle d'un bateau était évaluée à 1.200 livres, au prix moyen de 8 francs... 9.600 fr.
Les frais de Pèche, y compris la nourriture de l'équipage, revenaient à 5.850 fr.
Les parts étaient donc :
Pour le patron % 1 .200 fr. \
- second ^ » ( 3 750 fr
Les cinq matelots, à 300 fr. . 1 .500 » ( *
Le bateau 450 »/
La Compagnie n'avait, pour son compte, pas plus de quarante à cinquante bateaux. Il ne faut pas en conclure qu'elle ne gagnait sur la Pèche qu'une vingtaine de mille francs ; elle se dédommageait en vendant quinze à vingt francs, aux fabriques de Marseille, le Corail qu'elle recevait à huit Elle obtenait ainsi un bénéfice net de trois à quatre cent
(1) J*al fo TaBBée denilère à Tabanfoe, daBS cerlalBt bataa«x eoraiUeiirt ttaUent, va eagin de pêche aoqml •■ donne le nem de eat' êéroiê à eanae de ta reneaBblince frappante a? ec eel nalenalle de cnisine.
Cet caiterolea aenl donéea à reitrémllé dee qnatre branehea formées par lea madriert en croix ; lea borda en font dentelée coauno ane acte ponr ndevx arracher on cooper la tlfe dn coraO. Cett un appacelt deatmctenr et qnà ett, pand^il, aévérament prohibé.
mille ft*ànts pour une uvanee inférieure àcistto wmunè.
Rjcetcôs iotite l'ahnée, lès GkmdlleurB ProteHQHux acqilômî^nt un tact et une dextérité dont on Be retrouvera le secret que iorâqu'on adoptera leur organitôtion de travail.
Les engagements deà matelots étaient de trôis^ an6, et Ton ne devenait patron qu'après un long exercice et un rigoureux examen.
Voici, du r^te, À ce sujet, un docuihent que nous trouvons dans nos archives d'Alger.
Extrait des registres de la Compagnie royale
d* Afrique
Prix» conditions, règlements nouveaux, arrêtés par la Compagnie royale d'Afrique pour la pôcbe du Oorail, d'iaprès les propositions faites par Pierre André.
Noël, Blanc. Dominique Aubin.
Jôàn Faren.
Et Joseph Ramel.
Tous patrons d'Aubagne faisant tant pour eux que pouf les autres patrons actuellement à La Calle :
i» Pour le corail premier à 30 "fr. la livre, prix demandé par les patrons ;
2» Pour le Corail second à 25 fr. la livre quoique les patrons ne demandent que 04 ;
$• Pour les branchettes à 15 fr. quoique les patrons ne demandent que 14 ;
4* Pour le manu à 5 fr. la Uv. quoique les patrons ne demandatent <îtte 4 ;
5i« Pour les fondeltes dit barbaresques 1 fr. au lieu de 40 d. que les patroi^ demanéaiefit.
Toutes ces qualités côntoriîies aux étalons qui feront à La Calie et -dont le ^ubie reste aux arebives de la Compagnie.
Las prix ci-des^ua auront lieu aux condition» :
i' Qne les qualitôa de corail oi^e98Q9 dteign^ runt fixàCK» par deux patrons de. la plage et deux ofiàoiem de la Compagnie ;
2* Que chaque patron et sa barcade, ea passant à La Galle s'engageront pour trois ai3u4fis et qu'ils ne pourront pas quitter sans permission ^t le t^rme ^es trois années n'étant pas expiré, ils payeront leur passage;
3* Que chaque bateau sera tenu de livrer à la Compagnie^ dans l'année, 20 1. au moins de corail premier et second. C'est-à-dire iO 1. par chaque deux pèches;
4^ Que les patrons qui livreront en sus des 20 1. auront pour chaque 5 1. en sus, une gratification de 80 fr.;
5* Que ceux qui ne rendront pas les 20 1., il leur sera réduit sur leur compte 40 1. à raison de chsque 5 1. de moins sur les 20.
Que si quelque patron rendait au-dessous de 15 ou moins de 7 1. 1/2 par chaque deux pèches prises de suite, le corail receté suivant la règle ne lui sera plus payé qu'à raison des anciens prix, qui sont de iU la première et seconde,
4 le menu,
Et iO s. la fondette.
Les patrons qui ne donneront pas 12 1. de Corail, premier et second, pour les quatre Pèches de l'année, seront démontés et les bateaux donnés à meilleur proyeur
Les patrons de plage seront choisis, toutes les années; parmi les meilleurs patrons, et ce seront les deux qui auront donné les meilleures rendues.
Pan à IfarselUe, le B mars 1785.
Dans les documents officiels sur TAlgèrie, on trouvera des renseignements précis sur la Pêche annuelle du Corail depuis que nous sommes maîtres du pays. Je me bornerai, ici, à indiquer les quantités de Corail exportées, en 1873, à la suite de la Pèche effectuée par 230 bateaux :
Corail expédié en France *. 1 1 . 424 kil.
- Italie 11.942 »
- Malte 142 •
— Tunisie 591 »
— àBdneetAlger 2.828 »