‹ Histoire des villes de la province de ConstantineChapitre 6 sur 15 · liv · texte numérisé non relu

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Report 63.320 liv.

» les malades ; se montent, toutes les » parties insérées dans cet article, à la » somme de 49.990 »

» Cent quintaux fèves, tous les ans, à » douze livres le quintal, douze cents » livres ; — cinquante quintaux étoupes » à douze livres le quintal, douze cents » livres ; — vingt quintaux petits clave- > rons (clous) à quinze livres le quintal, » trois cents livres ; — cent quintaux de » poix, six cents livres; — pour Tentre- » tien des bateaux et frégates, six cents » livres ; — toiles pour voiles desdits » armements, quatre mille cinq cents li- » vres tous les ans ; ~ filets pour lesdits » armements, trois cents quintaux à » vingt-quatre livres le quintal, sept » mille deux cents livres ; — cordoanes » et faudettes, et autres ustensiles pour 9 l'équipage de chaque bateau, six cents » livres ; — pour les avirons en fer de » tout le dit équipage, cinq cents livres; » — il arrive toujours quelque eitraor- » dinaire, soit pour la perte des bà- » teaux ou autrement, qui n'est pas ici » compris; — se montent toutes les » parties insérées dans cet article, à la » somme de. 16.700 •

N> Il faut d'ordinaire trente chevaux et » trois mulets, pour les charrettes, » moulin et autres travaux du Bastion, » pour Tentretien desquels il faut trois

A Reporter 129 .990 liv.

A Reporter 129 . 990 liv.

> cents ctiarges d*orge, à cinq sols la

« chargée, qui font la somme de 750 »

» Il se paye tous les ans de pension » à tous les principaux Mores de toutes • les provinces avec le Bastion, cinq

> mille livres, laquelle correspondance » conserve que les chemins ne sont pas

> violés et maintenir la paix de tous les » autres Mores avec le Bastion, et lors-

> qu'on a besoin de leurs arnies vien-

» nent au Bastion, cl , . , 5.P00 »

» Somme iojUle des parties poucbées 9 dans tout ce préaeoi cahier, k la soin- • mede 135.740 (1)

Une note supplémentaire contient encore leç détails suivants :

c La maison d'Alger est très-^ande et belle, elle se tient à louage à einq cents livres tous les ans ; les meubles et ustensiles d'ieeile sont du Bastion. » La maison de Bône et très-grande et logeable; eue a été achetée des deniers du Bastion, comme tous 188 meubles et ustensiles qui y sont. » A ia Galle, il y a une grande Forteresse et deBx Magasins oonstruits des deniers du Bastion, comme aussi les meubles et ustensiles qui y sont ; tcms les' meubles et ustensiles qui sont dans la forteresse êa Bastion et eeiux qui sont dans la grande maison hors la Fort^Dresse, sont de même ; ensemble Ums lea ff prements et usteasiles desquels )a maistranoe se sert. Il y aussi cinq pièces d'attiUede 4e fonte

Ù) Çe cl)(ffrt ^s^nWP^I^IW^ Ufi|rei erriewt 4« <«iPil ; «Um •fftiiiamieiit a^ ll«iio|ci1( orlglaal.

« verte, un espingard aussi de fonte verte et un autre

• de fer; deux cents mousquets, cinquante quintaux » de plomb, cinq cents balles canon, dix balles de » mèches, cinquante piques, cent balles de fer, cinq » cents couffins, cinquante coignées, cinquante ser- » pes, deux cents pelles de bois sciées pour servir à

• fortifier, cinquante quintaux poudre de chasse, vingt » balles toiles à faire sacs et pour servir aussi à Té- » quipage des bateaux ; septante quintaux fil de co- » rail, cinquante quintaux de poix, cinquante quin- » taux d'étoupe, cent avirons pour les bateaux, cent » peyroiies de cuivre, deux cents tables de Flandre, » deux cents tonneaux tenant dix milleroles vin cha- » cun, et du blé pour la provision de l'année ; coi- » gnées, pieds de porc de fer, marteaux à couper » pierres, et par dessus le moulin de sang et à vent » équipé de ferrements et autres choses nécessaires ; » vingt et un bateaux pour la pèche du corail, équi- » pés de tout ce qui leur fait du besoin ; trois grosses » tartanes, le tout équipé pour le Service du Bastion, » tant d'artillerie, mousquets percés de fonte verte et » autres choses nécessaires ; l'Eglise et couvent » Sainte-Catherine, munis de meubles et de plusieurs 0 ornements pour icelles, comme calices, custodes » d'argent ; — la boutique de l'apothicaire fournie de » toutes sortes de médicaments et ustensiles, le tout » acheté des deniers du Bastion. »

Au mois d'Avril 1632, M. de L'Isie-Antry, Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roy et Commissaire de S. M. pour les Affaires de Barberie, se rendit en Afrique sous prétexte de s'enquérir de tout ce qui regardait le service du Roy, mais principalement pour notifier à Sanson Napolion une Ordonnance aux termes de laquelle il fut bien établi que S. M. entendait

qu^ll (SansoD), tint les Places de Barbarie immédiatement d'ElIe et qu'EUe voulait qu*il prit la charge de la pèche du Corail et du Commerce de Barbarie.

Le 11 Avril 1632, M. de L'Isle-Antry, reconnût solennellement Sanson Napollon Commandant, pour le Roy, du Bastion de France et des Fortereâ&es du Cap Rose et de La Calle.

Voici les Documents relatifs à cette Mission : Lettre du Roi Louis XIII à Sanson Napollon.

f Fontainebleau, le 9 Octobre 1631.

p Monsieur Sanson Napollon, en conséquence des » dernières résolutions que j'ai prises, en mon Con- » seil, sur les Affaires de Barbarie, j'y envoie prôsen- » tement le Sieur de Llsle, Gentilhomme de ma » Chambre, pour réparer les contraventions faites » par ceux dudit pays aux Articles de paix qu'ils ont » arrêtés avec vous, pour me les présenter, aucuns 9 desquels Articles je désire être changés, ainsi que » vous dira particulièrement le Sieur de Llsle, lequel 9 j'envoie aussi pour voir et visiter, de ma part, le » Bastion de France et autres Forteresses construites » en mon nom ; sur quoi je vous ai bien voulu faire » cette lettre, qui vous sera rendue par le Sieur de » L'Isle, pour vous dire que vous ayez à le recevoir 9 dans le dit Bastion et l'assister par de là de tout ce » qui pourra dépendre de vous, le considérant comme

> un Gentilhomme en qui j'ai toute confiance, à quoi

> m'assurant que vous satisferez. Je ne vous ferai

> celle-ci plus longue, que pour prier Dieu, Monsieur

> Sanson Napollon, qu'il vous ait en sa sainte gar- . » de.

» Louis. »

Du Cardinal de Richelieu.

» Fontainebleau, le 9 Octobre 1631.

» Monsieur Sanson Napollon, le Roy envoyant le » Sieur de Llsle-Antry au Bastion et en Arger, pour » Affaires concernant son Service et le bien |de ses » Sujets, j*ai bien voulu faire cette lettre pour vous » assurer de la continuation de mon affection en vo- » tre endroit et vous prie, par môme moyen, de vou- » loir assister le Sieur de Llsle aux lieux où vous » êtes, en ce quoi il pourra avoir besoin de vous, » compte une personoe que jaifectionne particulière- » ment. Je me promets cela de vous, qui m'empè- » chera de vous en dire davantage, sinon que je suis » votre affectionné ami à vous servir.

» Lb Cardinal db Richelieu. »

Lettre écrite au Roy par Sanaon de Napollon, le

26 Avril 1632.

» SlRB,

9 J'ay reçeu des mains de M de Llsle la lettre que » Votre Majesté m'a fait écrire, le Onzième Octobre » dernier, et, satisfait au contenu d'icelie et à tout ce » que le Sieur de L'Isle m'a demandé et commandé » d<$ votre part. Je remercieray toujours le Oiel des 9 faveurs que j*ay reçues, d'être, A Voire Majesté, très « bumble et très âdéle ^jet et serviteur, et ne tieas » rien ^i cbçr dans ce monde que cet honneur, eepé- » rant que m^s services vous seront toujours agréa- » blés, mo remettant au Rapport que le dit Sieur 4e n li'Ialç fera, à Votre .Majesté, de tout oe qu'elle dési- » rera savoir de ce Pais.

» Quant aux Affaires d'Arger, il me semble qu'elles 9 sont aisées à accommoder et de retirer cent cin- » quante Fraoçibis qui sont détenus, si Votre Majesté

B commande que les Turcs du dit Arger, qui sont en » vos Galères, soient restitués, ainsi que Votre Ma- » jesté aura veu par les dépêches, qu'il y a trois mois É que le Bâcha et Milice ont écrites à Votre Majesté, » tellement qu'il y a deux choses à faire sur ce sujet : » La première est un Commandement, de Votre » Majesté, à M. le Général de vos Galères, de rendre » les dits Turcs ; — le second, les deniers que le dit ^ Sieur Général prétend de retirer à raison de cent 9 écus pour chacun. Il ferait difficulté de rendre les » Reniés, desquels les Turcs font plus de cas, pour » être dans leur Loy et leur protection, et lesquels d ont beaucoup de crédit par toute la Turquie et > exercent les plus grandes charges. Il me semble » que ce n'est pas un sujet qui mérite qu'on s'y ar- » rête, et que, pour cinq ou six Reniés qui sont déjà » perdus, laisser périr cent cinquante Français qui » sont en danger et beaucoup d'autres qui peuvent 9 tomber en leurs mains; le pire est que les Corsaires 0 ne laissent pas de faire mal jusqu'à ce que la dite » restitution soit faite, et le plus tost qui se pourra » ne sera que le meilleur pour le bénéfice des Sujets » de Votre Majesté, à qui je prie Dieu, etc.

» Sanson Napollon. »

Lettre rxrite à M. le Cardinal Duc de Richelieu, par Sanson Napollon, le 26 Avril 1632

Eminentissime Seigneur,

a J'ay reçeu des mains de M. de L'isle, la lettre B qu'il a pieu à Votre Grandeur me faire écrire du » 21 Octobre dernier. Je rends grâces à Dieu de me » veoir si glorieux que d'estre au nombre de vos ser- » viteurs et vous asseure qu'en toutes les occasions » où je pourray donner les preuves de ma fidélité et

» de mes services, Votre Em^eace en verra les » effets.

» J'ai reçeu avec un contentement, le Commande- » ment que M. de Lisie m'a fait de la part de Sa Ma- » jesté, lequel je conserveray toujours et perdray » plutost la vie que d'y manquer. Tout le mesconten- » tement que j'ay estd'estre dans l'impuissance de » n'avoir peu servir mon dit sieur deL'Isleainsi qu'il 0 mérite, veu le lieu qu'il possède dans la grâce de » Votre Eminence ; à tout moins il aura reconnu ce » qui est de mes bonnes volontés ; sa vertu et son » bel esprit lui auront fait connoistre et comprendre » tout ce qui est du Bastion et de ses dépendances, 1) do quoi il en fera un Rapport à Votre Eminence et » de tout le reste des affaires de Barbarie ; et parce * que Votre Eminence receuvra plus de satisfaction de » son Rapport que je ne lui en pourrai donner par une » lettre, je m'en remets à lui ; seulement supplierai-je » Votre Eminence d'être asseurée de mon fidel ser- » vice, n'ayant aucun désir que de servir le Roy, à » cette fin qu'il se parle de son nom en ce pays de » Barbarie et que cela apporte, à ses Sujets, du béné- » fice ; et si j'ai le commandement de poursuivre le ù dessein que je jugeray pouvoir réussir pour le bien » de son service, je le feray, espérant qu'il aura bon » sujet à la satisfaction de sa Majesté. Les affaires » d'Arger sont en désordre entre eux ; néanmoins » ils ne laissent pas de faire du ravage.

» Le sujet de la contravention arrivée depuis le Trai- » té de paix a été causé par les Turcs que Monsieur » le Général des galères a retenus, qui est la cause » qu'on a retenu en Arger cent cinquante Français, » sans les déprédations que feront à l'avenir les Cor- » saires.

» (Il répète ici ce qu'il dit dans sa lettre au Roy, ci- » dessus).

» Pour moi Eminontissime Seigneur» je n*y ay au- » tre intérestque les œuvres de pitié que chacun doit

* avoir pour les pauvres âmes qui souffrent en Bar- > barle, pour la liberté desquelles il y a longues an-

* nées que j'emploie tous mes travaux, mes soins et » mon bien et continueray toujours avec plus d'affec- » tion, me voyant serviteur de votre Eminence, à » laquelle je prie Dieu.

» Sanson Napollon. »

Dèclaraéioxi faite par M. De Vlsle à M. Sanson

Napollon. •

0 Nous Philippe d'Estampes, Seigneur de L7sle- Antry Lamotte Vouzeron Orsay, Gentilhomme Ordinaire de la Chambre du Roy, Lieutenant de Monseigneur le Cardinal dans le Vaisseau Admirai et Commissaire de Sa Majesté pour les Affaires de Barbarie.

t Ayant mis pied à terre dans les Costes d'Afrique, le onzième d'Avril 1632, visité, par le Commandement du Roy, le Bastion de France, le Fort du Cap Rose et celui de La Calle, pris connaissance et tiré instruction bien particulière de l'état des dites Places et du Négoce de Barbarie, et entièrement satisfait sur tout ce qui peut regarder le Service du Roy, par le sieur Sanson Napollon, pourvu pour y Commander,d'une Commission scellée du grand Sceau, en date de Monceaux, du 29 Août 1631, en vertu de Tordre et pouvoir exprès à nous donné, du Roy, à Fontainebleau, le huitième Octobre 1631.

t Avons déclaré et déclarons au dit Sanson Napollon que Sa Majesté entend qu'il tienne les dites Places immédiatement d'Elle et lui en réponde de sa vie

« Qu'Elle veult qu'il prenne la Charge de la Pêche du Corail el Négoce de Barbarie, qui, par les profits et revenus qui en pourront provenir, il prenne le fond nécessaire pour la dépense de l'entretiennement de lui et des dites Places, et que, du surplus, il en rende bon et fidel compte à qui Sa Majesté commandera, le tout jusques à ce qu'autrement il en soit ordonné par Sa dite Majesté.

a Fait au Bastion de France, le 29 Avril 1632.

a Philippe d'Estampes. »

*a L'An rail six cent trente-deux, le onzième jour d'Avril, nous Charles Gatien, écrivain du Bastion de France, en Barbarie, faisons savoir à tous ceux qui ces lettres verront, que le dit jour est arrivé en celte Place du Bastion, M. Philippe d'Estampes, Seigneur de L'Isle-Antry Lamotte Vouzeron Orsay, gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roy, Lieutenant de Monseigneur le Cardinal, dans le Vaisseau Admirai, lequel a dit qu'il a esté député Commissaire du Roy, pour venir visiter le dit Bastion et autres Places construites en cette coste, au nom de Sa Majesté.

» Aussitôt que le Capitaine Sanson Napollon, Commandant pour le Roy, en la dite Place, a veu débarquer le dit sieur de L'Isle, il est allé à sa rencontre et avec grande joie et contentement l'a reçu, a fait ouvrir toutes les portes du Bastion dans lequel le dit sieur de L'Isle a pris un logement.

D Le 18 du dit mois, le dit sieur de L'Isle est allé à Cap de Rose, visiter le Fort et l'Equipage qui est dedans : le 22 du môme mois, il est allé visiter le Port et le Fort qu'on appelle La Calle, l'ayant le Capitaine Sanson de Napollon, accompagné partout pendant le séjour que le dit sieur de L'Isle a fait au Bas-

tion. Il â veu et visité toutes les Places et hîibitation?, et aussi veu tout ce qui est en dedans, ayant requis le dit Capitaine Sanson de lui donner TEstat de toutes les affaires du Bastion, le nombre des pereonnes qui y habitent, tant en la garnison que ez-équipages pour la Pèche du Corail, maistrances, personnes de la marine et autres, qui servent dans les dites Places, ensemble de tous les salaires qui se payent. La quantité de vivres et munitions de toute l'année, comme aussi du rôle de la dépense qui lut faite en Arger, pour obtenir la permission de construire les dites Places, lequel Estât a été payé par le Capitaine Sanson Napollon, lequel il a signé de sa main, comftie aussi a fait Pierre Duserre, Intendant des affaires du Bastion et qui tient la Caisse des deniers, lequel Estât est donné au dit sieur de L'IsIe qui a tout vu et lu le contenu d'iceluv, le 29 du même mois

<► Le dit sieur de L'IsIe a commandé au dit sieur Sanson Napollon de faire venir tous les principaux Officiers et Soldats, tous lesquels furent assemblés au même instant et s'allèrent présenter à luy, lequel sieur de L'IsIe a dit qu'en vertu de l'ordre et pouvoir qu'il a du Roy, a déclaré et déclare au dit sieur Capitaine Sanson que Sa Majesté entend qu'il tienne les dites Places immédiatement d'Elle et lui en responde de sa vie, et qu'Elie veult qu'il prenne la Charge de la Pêche du Corail et du Négoce de Barbarie, et que sur les profits et revenus qui pourront provenir, il prenne le fonds nécessaire pour la dépense et entretènenjent de luy et de ses Places, et du surplus en rendre bon et fidel compte à qui Sa Majesté le commandera; le tout jusques à ce qu'autrement en soit ordonné par Sa dite Majesté ; l'ayant fait prêter le serment de fidélité, lui ayant doimé par escrit la dite Déclaration signée de sa main, après le dit sieur de L'IsIe a fait

prêter le serment de fidélité h tous les Chefs et Soldats, tant de œux qui sont de la garnison du Bastion et du dehors que des Forts de La Galle, de Gap de Rose, et a commandé que la dite Déclaration et Procédure en soit escrite dans le Registre des affaires du Bastion; ce qui a été fait, le 26 du dit mois d'Avril, en présence de M. Jean Henry, Docteur en Médecine, habitant à Paris, et de M. François Armand, Escuyer de la ville de Marseille, témoins à ce requis et appelés, qui ont signé à l'original des présentes avec les dits sieurs de L'Isle et le Gapitaine Sanson Napoi- Ion.

« Extrait collationné à son original par moi Escrivain soussigné.

a GaTIBN EsCRIVAIN (1). •

Sanson fit augmenter les fortifications du Bastion et en compléta la garnison et les Officiers. Le profit qu'il tirait du commerce des blés et de la Pêche du Corail lui donna ^e moyen de munir le Bastion et La Galle de tout ce qui était nécessaire pour la subsistance de quantité de gens de toute sorte d'arts et de professions pour pouvoir se passer des secours d'Europe.

t François d'Arvieux, un de mes onclesi, qui a commandé une Galère du Roy, raconte le Chevalier d'Arvieux dans ses Mémoires, fut fait son Lieutenant au Gouvernement du Bastion. Il commandait sous les ordres du sieur Sanson, et il le faisait avec tant de conduite que si le Gouverneur avait suivi son conseil, il ne serait pas péri comme il lui arriva dans une entreprise qu'il fit sur le Fort de Tabarque. Les Génois

(1) CoUecUon maDuscrite de Brienne, Tonnée par ordre de Colbert. Vol. LXXVIU de la Bibliothèque NatioMle.

étaient mattres de ce Fort et de Tlle sur laquelle il était situé. Leur commerce incommodait celui du Bastion ; le Gouverneur voulait le détruire en s*emparant de Tabarque. »

Il y avait encore une raison qui poussait Sanson contre les Génois, c'est qu'il leur conservait rancune de tous les embarras qu'ils lui avaient causé à Alger, en offrant de fortes sommes d'argent pour empêcher le redressement du Bastion par les Français.

Depuis 1543, les Génois occupaient déjà Tabarque. Jennetin Doria, neveu du célèbre Amiral André Doria, avait pris, trois ans avant sur les côtes de la Corse, le fameux Dragut, Lieutenant de Barberousse. La République de Gênes, à laquelle ce Corsaire s'était rendu redoutable, refusa longtemps toute rançon pour sa délivrance; elle consentit enfin à lui rendre sa liberté par l'entremise d'un marchand noble du nom de Loraellini qui, pour prix de son intervention, obtint, de Barberousse, la petite Ile de Tabarque en toute propriété.

Une Colonie Génoise vint s'y établir et prospéra rapidement. D'Avity paaie de cet Etablissement dans sa Description de r Afrique. Les Génois, dit-il, ont à Tabarque une bonne Forteresse munie d'artillerie avec une garnison de deux cents soldats. Pour entretenir la liberté du commerce, ils paient six mille écus aux Pachas de Tunis et d'Alger qui, outre cela, tirent encore trente mille doubles de la Pêche du Corail autour de l'Ile; mais les Génois sont obligés de souffrir vis-à-vis d'eux, en terre ferme, une Garde de Janissaires pour éclairer leurs mouvements. Cette Garde était soudoyée aux dépens des Génois.

Or donc, Sanson voulant se venger des Tabarquins, s'entendit avec un Génois qui était boulanger du Fort

et qui devait Ty introduire, mais celui-ci le trahit. En effet, y étant allé une nuit avec des bateaux armés et tout autant d hommes qu'il put prendre au Bastion et à La Galle, il trouva la garnison de Tabarque sous les armes qui Tattendait et qui fit feu sur- lui et sur ses gens, si vigoureusement qu'il y fut tué avec une partie de ses compagnons (le 11 Mai 1633).

Les autres furent la plupart blessés et eurent bien de la peine à regagner leurs bateaux, en désordre, et revenir au Bastion où d' Arvieux était resté pour commander fl).

Un sieur Sanson Lepage, Premier Héraut d'Armes de France, du titre de Bourgogne, fut nommé pour remplacer le Capitaine Napollon.

Au mois de Septembre 1634, le nouyeau Gouverneur partit pour se rendre à son poste, mais Richelieu le chargea d'aller, d'abord, auprès du Divan d'Alger, pour obtenir des modifications au Traité de Napollon que lui, Richelieu, qualifiait d'Acte diplomatique indigne du Roi de France (2).

Il s'agissait de réclamer plusieurs navires Français que les Corsaires Algériei:^ retenaient injustement et dont les équipages, en violation du dernier Traité, avaient été faits Esclaves. « Le sieur Lepage fut bien accueilli de ceux d'Alger, dit Pierre Dan qui accompagnait dans ce voyage le Commandant du Ba.stiou : toutefois, lorsqu'il se présenta au Port, il fut proposé en plein Divan de faire ôter la bannière de France de dessus le vaisseau, au plus haut duquel elle avait été arborée. Les Turcs alléguaient pour raison que cette bannière ainsi déployée dans leur havre était une marque de souveraineté ; mais toutes leurs rai-

(I) Mémoiret de d'Arvieux.

[% Voir CorrespoDdftoce de Sourdis.

sons ne furent pas a^sez fortes pour celles du sieur Lepage qui les sut si bien persuader, que, durant tout le temps que nous fûmes à Alger, la bannière y demeura. Il est vrai qu'il nous fallut ôter du navire le gouvernail et les voiles et les mettre à terre, au magasin de celui qui gardait le Port. » (1)

Quant à l'objet de sa mission, le sieur Lepage fut moins heureux. Il demanda, d'abord, que tous les Français qui avaient été faits Esclaves, contre les articies de la dernière Paix, lui fussent restitués : on refusa d'y consentir. Il proposa de rendre soixante Turcs qui étaient détenus à Marseille en échange des Français prisonniers ; il offrit môme de racheter une partie de ces derniers, mais on rejeta toutes ses propositions. Il fut obligé de partir pour le Bastion de France sans avoir rien obtenu.

Pierre Dan, l'auteur de l'Histoire de la Barbarie, suivit le Gouverneur Lepage et assista à son installation. Voici la description qu'il nous donne de cet Etablissement, (Septembre 1634).

« Ce Bastion est au bord de la mer Méditerranée, en cette cAte que l'on appelle comïuunément la petite Afrique et l'ancienne Numidie. Il regarde directement le Nord, du côté duquel il a pour borne la ïner qui bat ses murailles et une petite plage où abordent d'ordinaire les barques de ceux qui vont pécher le Corail.. .

© Il y a deux grandes cours en ce Bastion, la pre mière desquelles est vers le Nord, où sont les magasins à mettre le blé et les autres marchandises, avec plusieurs autres chambres basses, où logent quelques

(1) Les Algériens désarmaient ainsi toat bàUmcDl étranger pendant le séjour qu'il faisait dans leur Port, afin qu'il ne put reprendre la mer sans leur assentiment.

Officiers du Bastion ; et cette cour est assez grande.

» L'autre qui est beaucoup plus spacieuse, se joint à la plage dont nous avons parlé ci-dessus, où l'on retire les bateaux et les frégates. Au bout de celle-ci, se voit une belle et grande Chapelle toute voûtée que l'on nomme Sainte Catherine, au dessus de laquelle il y a plusieurs chambres où logent les Chapelains et les Prêtre^ du Bastion. Le cimetière est au devant; et un peu à côté, entxe la Chapelle et le Jardm, se remarque THôpitaL où l'on traite les Soldats,* les Officiers et les autres personnes malades. Entre ces deux cours, du côté du Midi, il y a un grand bâtiment tout de pierre et de figure quarrée : c'est la Forteresse qui est couverte en plate-forme, munie de deux pierriers et de trois moyennes pièces de canon de fonte. Là, môme,est le Corps de Garde et le Logement des Soldats de la garnison, divisé en plusieurs chambres.

• A dix pas hors de la porte du Bastion qui regarde la terre ferme, il y a quelques vingt familles d'Arabes qui se tiennent là pour le service de la Forteresse. Ils demeurent soûs des tentes avec tout leur ménage, poules, chevaux, bœufs et autre bétail, ce qu'ils appellent,en leur langue, une barraque, et toutes ces tentes jointes ensemble font un Douar, comme qui dirait un hameau ou un village.

» Durant le séjour que nous y fîmes, je prenais un extrême plaisir à visiter ces Arabes dans leurs barraques, parle moyen d'un des leurs qui parlait Franc et me rendait raison de tout ce que je lui demandais.

n Pendant que nous fûmes là, je remai'quai qu'il y avait bien quatre cents hommes tant soldats et Officiers que gens de travail. Ils sont d'ordinaire tous entretenus aux dépens du Bastion, hormis les Corailleurs auxquels la Compagnie paye le Corail par

livre, à raison du prix dont ils ont convenu, à condition toutefois que ceux qui en font la pêche n*en oseraient vendre Bidonner tant soit peu, sous peine de perdre leurs gages. Ceux qui font là leur demeure, sontFrançais dont il yen avait jusqu'à sept ou huit cents, au temps que le sieur Sanson Napollon en était Gouverneur. On y fait ordinairement un trafic avantageux et riche qui est de quantité de Corail, de Blé, de Cire, de Cuirs et de Chevaux barbes, que les Maures et les Arabes voisins y viennQpt vendre à très bas prix et que l'on transporte après en Provence. »

Les Algériens, comme les autres Barbaresques, n'observaient giière les Traités avec les Nations Chrétiennes : et l'encre de ces sortes d'Actes n'était pas encore séchée tout-à-fait qu'ils avaient déjà trouvé moyen d'en violer quelque stipulation. Ainsi, dans le courant de l'année 4637, les Turcs d'Alger et de Tunis, en dépit des Traités récents, capturaient nos bâtiments de commerce sous les plus frivoles prétextes, ou même sans se donner la peine de mettre en avant un prétexte quelconque. — Il ressort de l'inspection de nos Côtes de la Méditerranée, faite, en 1633, par Henri de Séguran, Seigneur de Bouc, que presque chaque jour, les Barbaresques débarquaient en Provence où ils enlevaient hommes, femmes et navires. La population, livrée sans défense à ces Corsaires, avait dû chercher un refuge dans l'intérieur des terres (i). Ces incessantes piqûres de moustiques sur la peau du lion faisaient plus souffrir la France par l'humiliation que par la douleur. On s'en aperçoit dans

(I) Tout le long des côtes de ProTonceon afait dû élcTer des pos- • tes-vigles sur les promontoires qui, k Taide de Tcux , signalaient rapproche des corsaires barbaresques et donnaient ainsi l'alarme aux popvlaUoQS.

la Correspondance politique et administrative de l'époque. Aussi le Cardinal de Richelieu, poussé à bout par Tinsolence des Pirates, écrit en ces termes, le 28 Mai 4637, à Monseigneur de Bordeaux, Chef de l'Armée Navale :

» Si en revenant de la croisière contre les Salétins, » vous pouvez faire quelque chose pour ravoir nos » Esclaves de Tunis et d'Alger, vous le pourrez faire; » j'estime ainsi que vous l'avez' écrit plusieurs fois, » que le meilleur moyen ^our cela, est d'essayer de » de leur faire peur et de preç^dre autant de leurs » vaisseaux qu'on pourra ; après quoi on viendra à » restitution de part et d'autre fl). »

Conformément à ce programme, M. do Chastellux, Commandant le vaisseau le C/)^, s'empara de deux Corsaires d'Alger, qui avaient eu la mauvaise chance de se rencontrer sur sa route.

Voulant en outre profiter de la présence de l'Armée navale du Roi, dans la Méditerranée; Richelieu donna, le 7 Août 1637, les instructions suivantes :

-t Le Roi, ayant pitié de plusieurs de ses pauvres > Sujets détenus Esclaves par ceux d'Alger, veut » obliger les dits d'Alger à rendre et restituer les dits a Esclaves en échange des Turcs et Maures qui sont » sur ses Galères, conlme aussi à faire un Traité de 0 paix avec les Sujets trafiquant sur les dites mers, » en sorte que le commerce soit libre.

» Pour cet effet, Sa Majesté juge à propos qu'il soit » choisi trois ou quatre vaisseaux de Sa dite Armée » navale bien armés et équipés..., sur lesquels vais- 9 seaux il faudra mettre tous les dits Turcs et Maures » d'Alger qui se trouveront dans les dites Galères

1) Documents inédils. Correspondance Sourdis, 1. 1*^ p. 39(.

» pour être menés à la vue d^Alger, étant ainai né- * cessalre afin que leurs femmes, enfants et parents » soient mus et excités à procurer leur liberté par » l'échange des dits Sujets du Roi.

» Le Capitaine Sanson Lepage, qui a connaissance 9 de la langue Turquesque et des manières d'agir de 1» ceux d'Alger, accompagnera celui qui commandera » les dits vaisseaux et négociera le dit Echange et » le Traité de paix .selon les instructions qui lui 9 ont été données ci-devant et le pouvoir qui lui* a » été expédié et donnera compte de tout^ce qui se » fera en cett^ afifairCiau Commandant des dits vais- » seaux pour s'y conduire selon ses avis. »

L'Avant-Garde de la Division navale commandée par Féraud, Capitaine du vaisseau Vlntendant, arrivait, à Alger, le 24 Novembre 4637. Lepage qui était à bord essaya immédiatement d'entamer des négociations. On voulait procéder pacifiquement, mais on s'y prit assez mal. Le Cardinal de Sourdis avait ordonné au Chevalier de Manty, Commandant de l'Escadru, d'arrêter tous les navires qu'il rencontrerait, de les faire mouiller auprès de lui et de bien veiller à ce qu'aucun d'eux né s'échappât pour aller donner avis de lui au dehors.

c II lui avait aussi enjoint, lorsque le temps fixé pour les négociations serait fini, si Lepage n'apportait pas la satisfaction que le Roi désirait, d'emmener tous les vaisseaux en France et de mettre à la chaîne tous les Turcs. »

De Manty exécutant à la lettre les ordres qu'il avait reçus, captura tous les navires qu'il rencontra, en pénétrant dans le Port d'Alger sous Pavillon parlementaire,

Comme on devait s'y attendre, le négociateur Lepage fut très mal accueilli pai* le Divan qui trouvait que c'était méchamment faire, après avoir pris leurs barques d'arborer, en leur rade^une bannière blan^ che, sous feint ise de traiter de la Paix (1).

Il fut renvoyé sans réponse. Après avoir attendu jusqu'au lendemain, de Manty, voyant bien qu on ne pourrait rien obtenir, ordonna de lever l'ancre et de déployer à l'arriére du navire un Etendard rouge, comme signal de guerre.

« Il avait bonne volonté de faire lâcher contre la ville tous les canons de son vaisseau, où il y en avait 'plus de soixante, mais il s'abstint de peur que Ton en lit porter la peine aux esclaves Français. »

Dès lors, il n'y avait déjà plus moyen de s'entendre. Le Divan fit arrêter le sieur Pion, Vice-Consul de France,à Alger,et un nommé Mussey dit Saut,qui faisait,à Alger, les affaires de la Compagnie du Bastion.

Pion raconte, en ces termes, l'affaire du Bastion à M. Vian, son Consul alors en congé à Marseille :

«... Après un gros conflit, les Membres du Divan . » me demandèrent si, quand ils avaient donné le » Bastion aux Français, c*ètait pour sortir le Blé ou » Corail. Je me défendis là-dessus que je n'étais pas 0 ici, pour le Bastion et qu'il y avait un homme par- » ticulier pour cela (Mussey dit Saut) qui, jusqu'à pré- » sent, leur avait payé la taxe et qui donnerait raison » de cela. Et l'ayant fait venir, lui firent la même » proposition ; mais ne sachant que répondre, la ru- » meur fut grande et courûmes fortune, lui et moi. » d'être brûlés, car cette maudite parole passa plu-

(1) Voir poor les déUiU la correipondtDce de Soardii «t EUe de U Primaudale,XII, p.408.

» sieurs fois parmi les 1,000 ou 1,200 Barbares pour » lors assemblés dans ce Divan. Ënûn, par ia grâce » de Dieu et l'assistance de mes bons amis, nous » évitâmes le péril, et. après nous avoir envoyés » en prison, où nous avons demeuré deux jours, » ils ont passé leur colère sur le Bastion ; car

• en même temps ils envoyèrent quérir le sieur » Cheleby (Ali Bitchinin), Général de leurs Galères » et lui commandèrent d'armer et obligèrent six Ga- » lères y aller là-bas pour raser le dit Bastion, ruiner » tout ce qui se trouvait dedans et emmener les per- » sonnes ici esclaves^. Et ont de plus, arrêté entre » eux, que jamais le dit Bastion ne se redresserait, » ni par prière du Roi de France, ni par Commande- » ment du Grand Seigneur; que le premier qui en » parlerait perdrait la vie.

» Les Galères sont parties depuis hier pour, aller » faire cette belle expédition et voilà en quoi sont » aujourd'hui les affaires en ce pays, que s'il n'y » avait que le Bastion qui en pâtisse, ce serait peu » de chose ; car leur Agent qui est ici (Mussey) a

• fait tout ce qu'il a pu pour empêcher que Sanson, 0 au nom du Roi, ne ût point de paix avec cette » Milice. Il a cru de bien faire, mais tout le mal leur .» tombe dessus, bien que nous autres, qui sommes » ici, nous ne pouvons manquer d'être de la fête ; » car s*il est véritable que M. de Manty vienne caj> Donner la ville, ainsi qu'il leur a fait entendre, » nous sommes assurés de finir tous nos jours misé- » rablement. ayant été arrêté dans le Divan qu'au o premier coup de canon on coupe la tête à tous les

• Français.... (i).

^1) GorretponatDce de Sourdis T. 11. P. 40S«40tf«

Le Corsaire Ali Bitchinin, aborda au Bastion le 13 Décembre 1637, annonçant au Gouverneur qu'il ne faisait que s'arrêter quelques instants et allait continuer sa route. Le Gouverneur ignorant ce qui s'était passé, à Alger, avec le chevalier de Manty, reçut en toute conliance le Corsaire et tous les siens. Mais ils n'étaient pas plutôt entrés dans la Place qu'ils se saisi.ssaient des personnes et des marchandises et chargeaient le tout sur les Galères, en enlevant aussi les portes et les fenêtres de l'Etablissement, après quoi ils y mirent le feu.

Une lettre datée d'Alger, le il Janvier 1638, annonce que tous les Français du Bastion, au nombre de trois cent dix-sept, ont été amenés dans cette ville, desquels les uns furent vendus sans aucune considération y et les autres répartis aux Galères. (1).

Le Divan, en agissant ainsi ab irato, n'avait pas songé qu'il privait une grande partie des Indigènes de la province de Constantine des bénéfices commerciaux que ceux-ci faisaient avec les Français du Bastion. Or, ces Indigènes frustrés d'un négoce lucratif, déclarèrent qu'ils ne pouvaient plus rien payer aux Turcs, et, en effet, ils refusèrent nettement d'acquitter la lesma ou Impôt annuel .

A cette époque, le Chef des populations nomades sahariennes avait à se venger des Turcs de Constantine qui avaient traitreusemenl assassiné son frère. Il exploita habilement les éléments de révolte provoqués par la destruction du Bastion, et tout le Pays prit les armes. Telle était donc la situation en 1638.

(1) Correspondance de Sourdis, T. Il, P. 411. D'après un Auteur AngUis, le Gouverneur du BaïUon par? inl seul àiesauveràTabarque.

K rextèrieur, hostilité avec les Français, sinon guerre déclarée ; à Tintérieur, formidable insurrection des Indigènes, née de deux causes différentes dans le Sahara et sur le bord de la mer (1).

Les révoltés attaquèrent Constantine et finirent par battre, en rase campagne, Parmée Turque envoyée d'Alger pour les réduire à I*obéissance.

Enfin, le Chef des Hanencha, Khaled ben Ali, Suzerain de tout le pays frontière dans lequel étaient situés le Bastion et La Galle, consentit à rétablir la paix avec les Turcs aux conditions suivantes :

1* Les Turcs n'inquiéteront plus les révoltés au sujet de la Lezma ;

2* Ils s'en retourneront droit à Alger sans se détourner ni à droite ni à gauche de la route, sous peine d'être tous taillés en pièces ;

3* Ils rebâtiront le Bastion de France, ainsi que ses dépendances, attendu que c'est là qu*eux, révoltés, allaient échanger leurs denrées contre de bon argent avec lequel ils payaient la /e-37na ; de sorte que la ruine du dit Bastion les avait empêchés de ne plus rien payer (2).

Pendant les années 1638 et 1639 on ne tenta rien contre les Algériens, et ce ne fut qu'au cx)mmencement de l'année 1640 que l'Archevêque de Bordeaux reçut l'ordre d'ouvrir de nouvelles négociations avec eux, par l'entremise d'un Sieur de Coquiel, Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi, aidé du sieur Thomas Plcquet, de Lyon.

Les Turcs d'Alger, pour rétablir la paix dans la

(1) Voir Bétolte de Ben Sakhrl, par Berbmgger et Férand. Refiie afHcaine, t. X, P. 17f-3a7, et Histoire det clieilUis des Hanent lia. Férand, mdmeBeme, t. XVIII, P. 199.

(I) Vttr D«a« - Bliloira de la inrbarle.

Province de Constaiitine avaient intérêt à permettre le rétablissement du Bastion de France. Ils consentirent donc avec de Coquiel les Conventions suivantes :

a Articles du Traité fait pour le Bastion de France, 9 Massacarés, dit La Calle, de Roze, Echelle de Bône » et du Colç, fait avec le Pacha et Divan d'Alger, en » présence de tous les Juges, Mufti et Oadis, par » Jean-Baptiste de Coquiel, Gentilhomme ordinaire » de la Chambre du Roi, TAn 1640 et le septième » Juillet qui est l'année 1050 et le quinzième jour de » la Lune de Rebie El-Ouel, suivant le compte des » Musulmans, pour y négocier en laines, cuiis, cires » et autres Marchandises et faire la pêche du Corail » depuis le Cole jusqu'au Cap Roux, qu'ils ont juré et » promis obéir, savoir :

» Que les Vaisseaux, Barques et Polacres pourront » aller et venir auxdites Echelles sans que personne » les puisse troubler) et que défenses seront faites h » tous autres marchands d'y négocier en aucune fa- » çon.

» Moyennant quoi, le dit de Coquiel nous paiera, » tant pour la Ferme des terres qu'il possédera que » pour les dits négoces du Cole et Bône, la àomme de » trcntC'quatre mille doubles chaque année, savoir : » vingt'quatre mille doubles es mains du Pacha » pour la paie des soldats et dix mille doubles au » Trésor de la Kasba.

j» Lui sera permis de bâtir aux dites Places de Bas- » lion Maasaoarës et Cap Roze, pour se défendre des

» Galères d'Espagne et des Frégates de Sardaigne, » Majorque et Minorquo, et pour pouvoir défendre > les navires des Musulmans se retirant dans les dits » Ports pour le mauvais temps ou peur des ennemis, » comme aussi pour se défendre contre les Maures » rebelles.

ÎV

» Pourra aussi bâtir h l'embouchure des Ports pour » y tenir sentinelles.

» Arrivant que nos Galères ouVaisseaux rencontrent » aucun des Vaisseaux du dit de Coquiel, ne pour- D ront rendre aucun déplaisir aux gens, ni moins 9 prendre aucun garçon, ni chercher aucune avarie, » sur quelque prétexte que ce soit^ ainsi les laisse- » ront aller libres en France à leur voyage.

» Anûvant que les barques qui pèchent le Corail » fussent, par le mauvais temps, portées en aucune » des Echelles de la côte du Royaume d'Alger, per- » sonne ne les y pourra troubler, mais leur sera » donné toute aide et faveur.

« De même, ne sera donné aucun empêchement « aux dites Barques qui pèchent le Corail étant ren- « contrées par nos Vaisiseaux allant et venant à

Tunis.

9 Lui sera permis de bâtir ou louer aux lieux de » Bèae et du Cole, maison, magasin, four et moulin, » pour loger ses gens, pour y négocier et retirer les 9 Coraux que ses gens pécheront, et autres ehoseSi

» les Bateaux desquels auront libre retraite aux dite » Ports.

» Ne seront, ses Agents ni ses Mariniers des Bar- » ques et Bateaux obligés de prendre du pain de la » Noube du Cole ni du Bazar Bachi (1) et le feront » eux-mêmes, dans leur four, sans que personne les » y puisse empêcher et pourront prendre toutes sor- » tes de vivres et raffraiehissements pour leur né- » cessité, de môme que les habitants de la ville et au » môme prix, sans que Ton puisse faire monopole » sur eux.

» Et d'autant que dans les Ports de Bôoe et du Cole, » quelques-uns s'émancipent sous prétexte de porter » en Alger, de vendre des Cires, Laines et Cuirs, aux 1 Patrons des Barques et Brigantins de Tunis, ou » môme audit Alger, où ils les vendent dans le Port » aux vaisseaux Livournais, seront faites très ex-

> presses défenses à toutes sortes de personnes de

> faire semblables négoces, et se trouvant telles mar*^ » chandises dans les dits Vaisseaux, Barques ou Bri- » gantins, seront confisqués et les gens châtiés.

» Ne sera permis à aucune personne de la Koube

> de Béne et du Cole, ni autres Marcliands, faire au-* » cuns des dits négoces, ni moins le faire sous le nom 9 d^autres.

» Et d*a«itant que, tant à Bône qu'au Cole, Ton » avait du temps de M. Sanson introduit beaucoup de

^) lUftiii d« OosTorneoMot,

— les —

s nouvelles coutumes, il est fait expresses défenses D de ne prendre autre chose que ce que Ton avait » accoutumé donner du temps que les Anglais » avaient lés Echelles, et ne paiera aussi les droits ^ des marchandises aux Caïdes, que comme on lai- 9 sait audit temps des Anglais.

xni

V Ne pourra être contraint par le Calde, ni la » Noube de prendre des Truchemans pour faire son » négoce, n'en ayant point de besoin.

» Et peur remédier aux abus qui se font aux dites « Echelles par les Maures et les habitants de la ville, » de frauder les Cires et les augmenter avec du p>- » rasine, huile et graisse et autres choses, seront : 9 telles Cires qui se trouveront ainsi, brûlées^ et les » Marchands qui s*en trouveront saisis, amendés et » châtiés pour donner exemple aux autres.

• Que toutes sorles de personnes, soit Génois, sott 9 Corses, Flamands, qui seront au service du dit 1» Bastion, ou sur les Vaisseaux ou Barques, seront « privilégiés comme des mêmes Français, et étant » pris, ne pourront être faits esclaves, attendu que » Ton ne peut passer de se servir des dites sortes de » Nations^ tant pour la Pêche du Corail, que au- * tremenl.

» Arrivant la mort de quelqu'un de ces gens dans ^ les dites Echelles, ne pourra personne empêcher de « leur donner enterrement, mais y aideront.

» Quand le Bastion de France aura besoin de pren- » dre^dans lesdîtes Echelles de Bône et du Cote, des » cargaisons, olives, huile, fromage, beurre et autres » vivres, ne leur pourra être refusé en le payant ; » aussi ayant besoin de biscuits, en nécessité, leur » sera donné en payant, jusque que la nécessité » sera passée.

» Ne seront obligés, les Barques ni Vaisseaux du V Bastion, de donner leurs voiles dans les Ports de » Bône et du Cole, attendu quUls ont des gens eu

• Alger qui répondent de cela. (1)

» Ne sera obligé de payer aucuns droits du Corail » et argent qu'il enverra en argent pour payer la » lisme.

» Tous Navires et Barques du Bastion qui viendront » en Alger ne seront obligés de prcndi*e des cuirs ni > cires du magasin du Caïde des cuirs.

^ Et d*autant que dans la ruine du Bastion ils ont

* perdu tous les livres et toutes les promesses etquit- » tances des négoces qu'ils faisaient avec ceux dé » Bùne et du Cole, et que, par conséquent, ils ne peu- » vent justifier des paiements; ils seront déchargés de » payer toutes promesses qui pourraient avoir été » faites par eux ou leurs gens en faveur des dits de » Bône et du Cole.

(1) Noos avons déjà dii qoe chaque navire ChréUen éiail forcé de donner en garanUe son gouvernail e( ses voiles pendant son séjout dans on Port barbaresqoe.

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