XXII
» Tous ceux qui résideront en Alger, pour les af- » failles du Bastion, seront protégés, sans que per- 9 sonne puisse leur donner aucun trouble ni mauvais » traitement.
9 Arrivant différend entre les Français et nous, et 9 que cela causât rupture de notre part, n'en seront, » les dits du Bastion, en aucune façon responsables ; • et tous ceux qui parleront de rompre le dit Bastion, » seront obligés de payer les trente-quatre mille dou- 9 blés tous les ans, qui se paient tant au Pacha qu*au 9 Trésor de la Casba, afin que la paie des soldats n'en B reçoive aucune atteinte.
» Ainsi sont les Articles de cette Capitulation, écrite » et publiée, et fait deux copies en façon d'Acte, l'une 9 pour garder dans la caisse du Trésor de la Casba, 9 et l'autre l'avons donnée au dît Jean-Baptiste de » Coquiel, pour s'en servir en temps et lieu.
» Fait au milieu de la Lune de Rabi el-Ouel, l'an » iOoO, suivant le compte des Musulmans (7 Juillet 0 1640) (1). »
Le Cardinal de Richelieu repoussa énergiquement le Traité de Coquiel, qui n'avait pas, disait-il, suivi $68 ordres, et qui était contraire aux Capitula^ iions que le Roi avait avec le Grand Seigneur (2).
Cependant, ce Traité, quoique non ratifié par le Roi, était en vigueur au Bastion de France, puisque le 19 Août 1641, le Père Archange de Tlsle, Augustin déchaussé, y trouvait le personnel Français rétabli, au moins partiellement (3).
(I) Correspondance de Soardis, T. Il, p. 4'2V.
(i) Ibid., p. 43i e( suivantes.
iZ) Dan, Histoire de Barbarie, p. 51.
L*EtabIissement commerciardu Bastion qui venait d'être rendu à la France, ne se soutint pas longtemps. Picquet de Lyon qui le dirigea dans cette troisième phase de son existence, ayant fait de mauvaises affaires et devant à Alger des sommes considérables qu'il ne pouvait payer, le Bey d*Alger le menaça de le faire maltraiter.
En 1658, Picquet s'embarqua frauduleusement et s'enfuit avec sa garnison et tous les effets du Bastion. Mais non content de faire banqueroute à ses Créanciers, ce misérable, qui déshonorait le nom de la France chez les Algériens, enleva les quatre Cbaouchs et les cinquante Maures envoyés pour lui réclamer ses dettes, les cliargea de chaînes et alla les vendre à Llvourne aux galères de Toscane. De retour en France, Picquet n'eût pas honte d'ajouter à son nom comme titre de Noblesse, celui do La Calle. Il revenait riche et on le laissa faire. Néanmoins le Gouvernement Français s'empressa de le désavouer dès qu'il eût connaissance de cet acte odieux, et les Arabes que Picquet avait vendus en Italie, rachetés par les soins de notre Consul de Livourne, furent renvoyés dans leur pays, (i)
A la suite de l'attentat de Picquet, le père Barreau, Préfet Apostolique, qui remplissait, à Alger, les fonctions de Consul de France avait été jeté en prison et les Esclaves Chrétiens eurent beaucoup à souffrir. St- Vincent de Paul, Supérieur de la mission, s'employa si bien, que les Arabes enlevés furent disons nous, rachetés, rendus et Barreau remis en liberté. Louis xrv voulant alors réorganiser le Bastion, écrivit à Ibrahim Pacha la lettre suivante qui resta sans réponse.
(1; Mémoires da Chevalier d'Arvieai T. V, et de la GongrégaUon* de la mission T. II.
t Illustre et magniâque Seigneur, ayant pourvu de i la charge de Gouverneur et Consul du Bastion de » France en Barbarie le Sieur Louis Campon, écuyer 1 de notre ville de Marseille, pour rétablir cette Place B dans son négoce, nous avons bien voulu vous écrire > la présente pour vous dire que vous ne nous ferez » pas un plaisir peu agréable de le favoriser de votre 1 autorité et protection et de ne souffrir qu'il lui soit * fait, mis ou donné aucun trouble ou empêchement 1 quelconque, mais au contraire toute Taide et pro- » tection dont il aura besoin, comme nous ferions en » pareil cas, si nous y étions requis ; cependant nous » prions Dieu qu*il vous aye, illustre et magnifique » Seigneur, en sa Sainte Garde. (1)
» Ecrit de Paris, le 14 juin 1659.
» Louis. ^ .
Un sieur Rominhac, qui avait payé les dettes de Picquet et ramené les Turcs et les Maures enlevés, se présenta ensuite pour lui succéder; mais cette négociation n'aboutit pas non plus, car le Divan d'Alger, que l'indigne conduite de Picquet avait exaspéré contre les Français, ne voulut pas pendant longtemps entendre parier de leur réinstallation en Afrique.
Cependant, en 1662, lisons- nous dans une lettre du Père Dubourdieu, du 22 Août, il était de nouveau ' question de la reoccupation du Port de La Calle ; mais
les Négociateurs manquaient de ce qui aurait pu asj surer la réalisation de leurs désirs : de l'argent né-
, cessaire. Ils bornèrent alors leurs demandes au rè-
^ tablissement du Bastion de France (2). Les démar-
I (1) Vémoirts de la Congrégation de la mission T. II. P.SI6.
(3) Baode rapporte que vers celle époqae, le D|ic de Guise oe sacbani eonmeni diriger rEiploilation des Concessions, les cédait à noe Compagnie qui se sérail formée, moyennant une nedeTance an* noellede dix rhivaux barhei.
ches et les bons offices du Consul Dubourdieun^ayant pu triompher de l'opposition du Divan, il demanda son congé aux Algériens, qui le lui refusèrent, disant que ses fonctions se trouvaient étrangères à cette af-. faire du Bastion.
Enfin, les Turcs étaient disposés en 1664, à traiter avec la Compagnie du Bastion ; le Consul en informa le gouvernement dans le mois de Mars et lui recommanda par dessus tout de n'entretenir que des » Agents d'honneur et de conscience, persuade qiu il » était, que les malheurs qui sont arri^^ès àceux qui » ont possède le Bastion ont procède de la mauvaise » conduite de celui qui résidait à Alger, Plaise à » Dieu qu'il n'en soit pas ci-après comme il a été » ci-devant (1). » Mais la lutte qui eut lieu cette môme année, entre la France et Alger, rompit toute négociation.
La France étant sortie de ses embarras intérieurs et la paix avec l'Espagne étant conclue, Lous XIV s'appliqua à protéger le Commerce contre les entreprises des Corsaires barbaresques Le Duc de Beaufort commença par leur donner la chasse et leur faire éprouver de grands revers; puis le 26 Juillet 1664, il occupait avec un Corps de débarquement, la petite ville de Gigelli. On connaît l'issue malheureuse de cette Expédition (2)
En 1665, Beaufort prenait sa revanche en coulant et incendiant les flottilles de Co^saires Algériens, d'abord devant Tunis, puis devant Cherchel. Celte rude leçon les rendit plus disposés à entrer en accommodement.
(1) Mémoires de la Congrégation de la Mission, l. il, p. ^7. {%} Voir mon Uisloire de Gigellit
Au commencement de 1666, le Roi de France reçut une lettre des principaux de la Milice d'Alger, demandant à traiter de la paix.
Un sieur Jacquen Arnaud, de Gap, en Dauphinë, et établi à Marseille, s'étant trouvé dans ce temps-là à Alger, travailla beaucoup à la conclusion de cette grande afifaire. Il fit plusieurs voyages d*Alger en France pour ajuster les différends réciproques entre les deux Nations, et cela lui acquit Testime de M. de Colbert, qui lui trouva beaucoup d'esprit, de pénétration et de droiture. Enûn, il négocia si heureusement que la Paix, sur laquelle on n'avait pu s'accorder, lut conclue ainsi qu'il suit à l'avantage, de la Navigation et du Commerce et plus favorablement qu'à aucune autre Nation étrangère.