‹ Histoire des violations du traité de paixChapitre 15 sur 92 · I>épêdies d'agences · texte numérisé non relu

I>épêdies d'agences

qu'il faut signifier à rAUemagne des manquements au traité avant d'appliquer les sanctions. Si, alors, l'Allemagne persiste dans son attitude, les Alliés procéderont à l'occupation de la Ruhr. Émoi à Paris. Mais le surlendemain, M. Briand fait triompher la thèse de l'action immédiate : « Les puissances alliées décident de prendre toutes les mesures militaires en vue d'une occupation de la vallée de la Ruhr, au moyen des forces alliées sur le Rhin, et, dans ce but, de commencer immédiatement l'appel et la concentration des contingents français supplémentaires •jugés nécessaires. »

IvC i®'* mai 1921, nous venons de le constater, M. Briand, à Londres, se refuse à accepter, sous quelque forme que ce soit, l'envoi d'un nouvel ultimatum, et la reprise de toute discussion avec l'Allemagne sur ses obligations. Il est en désaccord, — momentané, — avec M. Lloyd George. Il n'est pas inutile, on le verra bientôt, de rappeler cet incident du Conseil suprême : clos après quelque débat, il se rouvrira sous une autre forme, avant i)eu. L'ordre de rappel de la classe 1919 est lancé le 2 mai. « Pendant les douze jours nécessaires pour les préparatifs de l'opération, la Commission des Réparations notifiera à l'Allemagne les modalités et les garanties de paiement fixées pour l'acquittement de sa dette. Si, à l'expiration de ce délai, l'Allemagne n'a pas donné son assentiment sans réserve à ces conditions, l'occupation de la Ruhr deviendra immédiatement effective. » (Communiqué aux agences ^) Le 3 mai, on en est encore à savoir si les troupes britanniques particii)eront aux mesures d'astreinte, ne fût-ce que par une manifestation navale dans les grands ports du Reich. On dit : « L'Amérique interviendra peut-être. »

X. On en juge : c'est là une sorte d'anangement transactionnel ent e ks points de vue des ministres français et britanniquci

L'Allemagne fulmine : « Ce que Ton veut, c'est nous arracher la Ruhr! » Et, de fait, la Démocratie nouvelle (2 mai) ne mâche pas les mots. Lysis intitule, ce matin-là, son article : a La France annexera la Ruhr un jour. » C'est la note catégorique; elle est rare et vraisemblablement unique dans notre presse. Pour cette prédiction, Bonsoir, le lendemain, accuse Lysis de trahison, trahison des intérêts de la France. C'est en effet assez maladroit de faire un tel pronostic au moment où nos amis anglais laissent apercevoir que les moyens énergiques ne leur semblent pas absolument opportuns ^ Il y a du malen-

X. Lysis, le 4 mai, prendta directement l'Angleterre à parti : ■ Au fond, si noua n'arrivons pas à nous faire payer, quel est l'obstade? Est-ce l'Allemagne? Non, c'est l'Angleterre. Si nous étions seuls devant l'Allemagne, il n'y aurait pas de difficultés, parce que nous sommes assez forts pour exiger d'dlc, et pour lui prendre an besoin ce que nous voudrions, mais l'Angletarre est là qui ne veut pas. Cela dure depuis deux ans ainsi : toutes les fois que nous voulons affirmer nos droits, l'Angleterre élève la voix, doucement ; nous voulons discuter : elle crie plus fort, alors nous cédons, nous rentrons dans notre trou. Quand Clemcnoean gouvernait, on répandait sur lui des soupçons infamants : il tant le réhabiUter; à part Ifillerand, qui tint tête im moment au Premier britannique, la tradition des politiciens est depuis longtemps — depuis qu'ils n'obéissent plus à la Russie — de s'agenouiller devant l'Angleterre. Pourquoi? Mais parce qu'ils n'ont pas de patriotisme et qu'il en faut pour dire à l'Angleterre, après avoir épuisé les formules de politesse usitées en diplomatie : « Si nous ne pouvons pas nous entendre et ne voyons pas les choses du même point de vue, c'est ennuyeux, mais, dans ce cas, allez de votre côté, nous irons du liôtre. « Ce serait la voie du salut pour le paya, mais aussi cdle des complications pour llmnme d'État qui dédandierait une orientation nouvelle, aussi grosse de conséquences; il n*est pas sfir qu'elle lui porterait bonheur, parce que notre pays a la spécialité de laisser mourir de faim sea inventeurs et de les glorifier après leur mort ; mais nos inventeurs ont du cœur, ils n'en inventent pas moins : nos politiciens n'ont pas de oonir, ils ne peuvent donc pas se dire que gouverner consiste àjs'attirer des embêtements pour être utile à son pays; pour eux, gouverner c'est jouir et passer les tracas à son successeur, qui raisonne de même...

m n saute aux yeux que l'Angleterre ne peut pas être avec nous, quand nous voulons annexer lia Ruhr, ni même l'occuper, parce qu'on passe d'une opération à l'antre avec aisance, elle le sait mieux que personne. Elle ne petit pas nous aider à noos installrr dans la Ruhr, paice que si nous étions dans la Ruhr, d'abord nous ne lui acbêtciions plut de charbon, ensuite, ayant le charbon et le fer en abondance, nous édhappcrions à son contrôle et deviendrions un ïttat aussi riche, aussi puissant qu'elle.

« Ced pour dire que, si la France ne veut pas renoncer à la victoire, U faut qu'elle rompe avec FAng^tene, S'il existe un moyen pour elle de l'éviter, en tout cas, ce n'est pas de se faire toute petite. Ne blâmons pas plus les Anglais que les Al}e* manda de ne pas prendre au sérieux ceux qui n'ont pas la virilité de se défendre.

« I,YS19. a

Cet article véhément est aooompegné d'un dessin d*Henrlot, où les deux Alliées dlalognent en ces termes : « Chère I^ance, voua ne doutez paa de mon inaltérable amitié. » — • J'en suis certaine, mais que ferlez-vous dkmc si vous étiez mon ennemie? »

66 HISTOIRE DES VIOLATIONS DU TRAITÉ DEf PAIX

tendu dans Tair. Déjà on s'étonne, chez nous, que nous ne puissions plus lever le petit doigt sans rautorisation de l'Angleterre. On constate que le Conseil, tout en paraissant à la fin repousser rûltimatuin préalable. Ta maintenu en fait, pour que Londres soit satisfait. L'Allemagne a, somme toute, obtenu un nouveau délai. Le 4 mai, le Conseil éprouve le besoin de si^er encore. Y a-t-il un « accrochage » ? Non, certes, mais on pourrait le croire. M. Lloyd George a demandé au maréchal Foch, comme pour déguiser un rappel à la prudence : « Nô craignez-vous pas, après avoir 6ccupé la Ruhr, d'être amené à aller plus loin et d'avoir à porter votre marche jusqu'à Berlin ? »

On apprend (4 mai) que Je gouvernement allemand a décidé de démissionner, et l'on parle à Berlin d'un ministère Stresemann, « prêt à accepter les conditions de l'Entente ». C'est peu probable. Il est plutôt à craindre que l'Allemagne se ressaisisse. « L'influence de certains milieux anglais ^ », les félicitations de Lénine à Berlin, les discours provocateurs de Hdferich, les excitations des agents de Stinnes, les lenteurs de Londres, la tournée de propagande de M. Loebe, président du Reichstag, dans les pays rhénans, les troubles extrêmement graves qui viennent d'éclater dans les districts de Haute^Silésie, tout concourt à encourager le Reich à ne laisser totnbêr ses cartes qu'une à une. La Gazette de Francfort donne au futur gouvernement des conseils patriotiques : « Vous tiendrez compte que si l'opinion anglaise accepte le chiffre fantastique de 132 milliards (dernier chiffre adopté), c'est uniquement pour écarter une crise politique. Au fond, l'Angleterre sait que ce chiffre dépasse les capacités allemandes, et elle estime que la question sera revisée plus tard. » Le président d'Empire, Ebert, consulte les partis, sans aboutir à trouver un successeur à Fehrenbach lorsque déjà VuUimalum est remis, à Londres, au docteur

K. I«e Meisin, 4 mal z9aK.

Sthalmer, ambassadeur du Reich, qui le transmettra à Berlin. Il n'y a, pour rAUemagne, qu'à se soumettre ou à être en état de rébellion. La dernière séance du Conseil suprême a été tenue le 5 mai au matin, et il en est sorti une déclaration commune ^ (Voir Annexes.) Ce même jour, le président Bbeit propose, dit-on, au prince de Buk>w de constituer le nouveau gouvernement^, à rhieure où M. Lloyd George, aux Communes, affirme la solidarité franco-anglaise et déclare : (c Les blessures de la France ne sont pas cicatrisées, les régions dévastées restent dévastées. Il faut les reconstituer et les restaurer. Nous voulons qu'on agisse de franc jeu à l'égard de la France : c'est elle qui est la victime de cette guerre, » C'est terminer galamment la discussion de Londres. « L'Bntente demeure debout », constate M. Viviani, dans le Petit Journal, « Nous avons traversé la bourrasque V, avait déjà dit M. Briand à M. Lloyd George. « Restons d'accord, nous régénérerons l'Burope », a répondu le souriant Gallois. Bt, pour que la joie soit complète, les Alliés invitent les États-Unis à reprendre place dans leurs conseils ^.

Le 6 niai, la Commission des Réparations a établi l'état des paiements, prescrivant les époques et modalités. Le chef de la délégation allemande pour ks charges de la guerre reçoit ce texte accompagné d'une lettre d'envoi. (Voir Annexes,) Il y apparaît que le tout récent accord de Londres donne moins de garanties que celui de Paris, et k Temps du 6 mai, analysant ce docimient, conclut : « Notre commentaire fait comprendre que le discours prononcé par Lloyd George ne suffit pas à effacer l'impression produite en France par les décisions de Londres. »

A Bedin, on s'amende. « Beaucoup de joumatix recon* naissent que les contre-propositiMa du docteur Simons,

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