L'ALSACE ET LA LORRAINE
t Apr^ avoir perdu quatorze cent mille hommes, dépensé des centaines de milliards, vu détruire nos villes et nos villages, queUes compensations pofsitives avons-nous reçues des divers traités de paix ? I,' Alsace et la I.orrai&e nous ont été rendues, et c'est pour nous un txmheur i^dîdble; mais l'Alsace et la I/inaine nous appartenaient et une restitution n'est pas une réparation.
c Raymond Poincaré. »
En notre tome I®^, nous avons cessé de parler de l'Alsace au moment où M. Millerand, visitant les provinces retrouvées, souscrivait pleinement au vœu du maire de Metz, demandant que, face à l'Allemand, on n'oubliât jamais le précepte biblique « œil pour œil, dent pour dent ^ ». Le ministre français, bientôt Président de la République, répondait alors : « Toutes les conditions du traité seront maintenues. » M. Millerand allait revenir
X. En janvier 1921, le rappel de cette expression énergique motiva une lettre du général de Màud'hny, adressée à la Gaxette de Francfort :
m Votre journal a publié, le 27 décembre, un article sur la politique française vis-à-vis de l'Allemagne, article dans lequel vous citez mon nom ( . . . aussi longtemps qu'un général de Maud'huy trouvera de l'approbation pour une sanglante politique du talion : oeil pour ceil, dent pour dent...)* Vous me reprochez de préconiser rapplicati(m de ce principe. Mais pour comprendre les causes de mes sentiments viÂ-èi-yis de votre race, il vous faut connaître ce que je vais vous dire : Je suis né à Metz, où ma famille était établie depuis des siècles. Bn 1872, vous m'avez expulsé de mon pays. Dés 1887, il me fut interdit de me rendre dans ma ville natale, ne fût-ce que pour une heure. C'est pourquoi, — '- et je ne le regrette pas, — Je n'ai plus eu qn'une pensée, qu'un désir : vous chasser de mon pays. Ce désir est maintenant réalisé. Et la joie que nous avons éprouvée en rentrant dans Metz, nous l'avions payée de nos peines, de nos souffrances et de nos deuils. Mais les I/jrrains ne peuvent oublier que vous avez été leurs oppresseurs et que vous espérez toujours reccnnmencer à les <q)primer. Si nous ne nous rai^>eliotts pas cela, nous serions des na£b ou des lâches, ^diez que nous ne sommes ni l'un ni î'autfe; nous sommes rentrés dans notre patrie et nous voulons y rester. •
à Paris, pour entrer à TÉlysée. C'était bien tailler, désormais il fallait coudre. Pour cela, le tout était de bien connaître l'Alsace et la Lorraine, et l'on disait assez volontiers, à ce moment, dans les provinces redevenues françaises : « Il faut avouer que les journaux parisiens n'y ont pas encore souvent réussi. » Sur un terrain d'une importance capitale, on a un péril à redouter : le choc des méthodes administratives françaises et de celles que laissèrent les vaincus dans le pays. I^e pays est encore infesté d'Allemands auxquels une déplorable clause du traité a conféré la nationalité française : Vulpes mutât pilutn, non mores f Le percepteur de Blodesheim (Haut- Rhin) vient de lever le pied en écrivant à la Trésorerie de Strasbourg : a J'emporte la caisse contenant 166.000 francs. » Il ajoute, et ce texte plaisant mérite d'être conservé à la postérité :
n vous paxaitxa certainement intéressant d'apprendre pour quelles raisons |e quitte mon pœte en emportant les fonds. Comme titulaire de carte D, j'avais une Alsacienne cooiaw femme, je me fis donc naturaliser et restai en fonctions. Mais cela ne m'a pm témÊsL Comme AU^ mand d'origine, j'étai9 constamment l'objet de moqueries et dediKiae^ et je ne pouvais ainsi éprouver aucune satisfaction d'être devenu Fsh»> çais. J'ai donc tiré les conséquences en abandonnant l'inhospitalière Alsaoe pour m'en letoumer dans la patrie de mes pères.
Quant aux 166.000 francs, je les considère, avec juste raison, comme une indemnité pour tout ce que je perds et ce que je dois abemdonner et en mAme temps comme douceur (sic) pour toutes les chicanes que j'ai dû endurer comme nouveau Français. Étant donné le chiffre élevé de la somme, je renonce à une pension et vous prie poliment de vous abstenir de toute démarche dans ce sens. Szagger, percepteur impérial.
Ce petit fait est une leçon pour nous. Elle vaut bien un fromage. Parce qu'un Allemand a épousé une Alsacienne, il est Français ^ Il y a, dans le même cas, d'innom- • brables chefs de gare et des fonctionnaires de tout poil, prêts à dérober notre argent ou les secrets de notre défense. Les Alsaciens rient de ces mésaventures, et c'est fâcheux. Après ce joli vol, ils comprendront mîeia pour*
I. I^ 6» aUnte du paxvgraphe 3 de rsimexe de la section V du traité de Ver- BsUlci «ocorde U oauoaalité française au mari de toute « Alsaôeune-I^orraine rélatécrée ». Ahwl, U Smrio, le BranOebourgeois, le SUésien, le Prussien, le B^vanrit, le Ponéranieo qui aura épousé arant la guerre une Alsadenat ou use Uïïtt^in^ peut derair Français sur simple demande.
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quoi M. FtançoiS'Marsal vient lui-même, à Strasbourg, encourager les souscriptions à TEmprtmt (novembre 1920). Mais ils sont bons enfants, et en n'oubliant pas de nous demander d'avoir beaucoup de tact envers leurs usages, iU saluent avec amour, le 24, le drapeau qu'offre à Strasbourg la ville de Paris. Il leur est fort agréable d'apprendre que le vaisseau allemand Kœnigsberg, livré conformément au traité, s'appellera dorénavant Ville-de- Metz. Ils n'oublient pas leurs joies enthousiastes de novembre 1918. Mais pourquoi doivent*ils constater un malaise entre eux et les « Français de l'intérieur »? Ce malaise est réel, et, pour en revenir à ce que nous disions ci-dessus, il est dû en grande partie à nos... erreurs administratives, plus encore qu'aux sourdes menées de l'Allemagne. Y aurait-il donc incompréhension dç nos mutuels caractères ? Ils disent : « Il faut mettre à profit toutes les circonstances pour nous plonger dans le gran.d courant national français. Nous en avons besoin. Votre premier soin est d'harmoniser la dtudiié des deux législotions. Vous aurez intérêt, dans certains cas, à adopter tout ou partie de la législation locale ^ Mais ne négligez pas les précautions transitoires. Sachez bien qu'on ne raye pas, en un matin, un demi-siècle d'histoire. » Les étudiants ne sont pas les derniers à nous proposer ces sages conseils. Et le peuple entier s'étonne de maladresses comme celle qui, en décembre 1918, réclame, au menuisier Riscbmann, de Mulhouse, et au uom de la justice française, 66g francs, frais d'un procès qui lui fut fait. par les Allemands, en août 19141 pour francophilie ! Oq cite des cas non moins paradoxaux, entre autres cdui de l'Alsacienne dont le fils a déserté l'armée allemande pour s'engager dans la nôtre et à laquelle le fisc demande le montant de l'amende infligée au déserteur... par la justice impériale ^. Ces a distractions » nous font le
z. Notamment pour le livre fonder, les hjpotbè(|ue9, \» propriété immobflièrt»
s. If'admiiiistfaiiQn dit : « Ifi» méoontentB tont des Bodics, ou <|et ^ermànopUits, Ml des iéparatfttiM. » Ce a'est pas vtai. !<«■ Alaadtns ae Mnt {mw oMtcBlt
plus grand tort. Elles sont d'ailleurs imputables, le plus souvent, à des employés alsaciens allemands à qui, particulièrement pour les retraites, nous avons eu le tort de maintenir le^ avantages qui leur étaient offerts par la législation prussienne, en les retirant aux Alsaciens français ^ On peut dire qu'une part du droit civil allemand^ est campée en France (Edouard Clunet) : on s'en aperçoit trop aux mille difficultés que soulèvent certainscasde mariage, difficultés dont les intéressés tirent parti ou se plaignent, selon qu'il en va de leurs intérêts.
Le 12 février 1921, la Commission sénatoriale d'Alsace et de Lorraine invite le gouvernement à décider : 1° l'entrée immédiate, dans le régime commun, du réseau des chemins de fer des deux provinces; 2° l'étude de son incorporation dans le plus bref délai, au réseau de l'Est, en vue d'une exploitation commune*. Il est temps que
parce qu'on ne les a pas oomprié. Ils ont mauvaise tête, c'est possible; Us sont particuîaristes, c'est certain; mais c'est se moquer d'eux que de leur imposer, sous prétexte de les satisfaire, cette oligarchie de ronds-de-citir.
(Rudis. tt* Information : 25 août 1921.)
z. Permettez-moi de vous signaler tme situation tout à fait extravagante : Tandis que les fonctionnaires Français (venus de l'intérieur) n'ont droit à aucune majoration, à raison de leurs services de guerre, les fonctionnaires du cadre alsa* den-lorrain, restés soumis à ta loi allemande et qui ont fait la guerre dans les rangs allemands, voient leurs années de guerre leur compter double. Bn d'autres termes, lorsqu'ils ont fait la guerre pendant quatre ans, cela leur fait huit ans de service au point de vue de la retraite. Eu outre, les années de service actif dans l'armée allemande leur sont comptées Intégralement, tandis qu'à nous elles ne comptent que pour moitié. I«e Français qui a fait un an ou deux ans de service actif ne se voit compter ce temps que pour six mois ou un an. Cette différence Invraisemblable, tout à l'avantage de ceux qui ont servi dans l'armée allemande, est inadmissible, alors que, jusqu'ici, toute majoration a été refusée en France aux fonctionnaires. Ces majorations ne servent pas, il est vrai, pour l'avancement, mais c'est déjà trop qu'elles entrent en ligne de compte pour la retraite. Nous n'en voulons pas aux Alsaciens et I^orrains que des nécessités ont obligés à semer la mort dans nos rangs; mais qu'ils soient finalement mieux traités que les fonctionnaires qui ont été dans les trandiées françaises, voilà qui coostitue un comble.
(I^ettre d'un professeur de l'Université de Strasbourg, au Temps.)
2. On peut en dire autant du droit commercial, du droit administratif, de la procédure allemande, de certain caporalisme qui intervient dans le fonctionnement des assurances sociales et de la police. I«es intérêts pcurticuliers des coteries retardent la fin de ce régime : liquidateurs, syndics,' séquestres, et toutes classes de fonctionnaires. Ive Reichland n'est pas mort.
?. Ce réseau d'Alsace et de I/orraiae, exploité depuis le xo juillet 19x9 par un directeur assisté d'un conseil, comprend 2.039 kilomètres, plus 207 kUomètres en IfUxembourg et 39 kflomètres en pays rhénan. Son pcxsonnel est de 45.000 employai, dont S.000 naturalisés par mariage avec une Française. — I«e 9 avili 1931 ,