L ALSACE ET LA LORRAINE I
oublie pas. » Bile envoie ses joumatix de modes aux dames : Mode und Waesche, Deutsche Frauenzeitung, Praktische Kinder zeitung, Elsass-Lolhringisches Mode- Journal, qui coûtent beaucoup moins cher que les journaux similaires français : on y trouve l'exaltation des vertus allemandes. Par tous les moyens, on fait savoir aux ce frères perdus » que la France a volé les deux chères provinces, mais qu'elle les rendra. En attendant, il faut que l'Alsace et la Lorraine réclament leur autonomie.
Par manière de plaisanterie, en Allemagne, on crayonne, sur les wagons roulant vers TAlsace, des inscriptions de ce genre : « Vous n'aurez bientôt plus de charbon! Bataille jusqu'au couteau ! Vive notre Vaterland ! » Les brochures circulent. En mars 1921, dans tout Strasbourg, on en répand une où est imprimée la prophétie d'une voyante qui annonce une prochaine guerre et toutes sortes de catastrophes. Dans le corps enseignant restent des « fruits pourris ». Parmi divers cas signalés, retenons celui de cet Alsacien (?), professeur de lycée, qui écrit aux Alsaciens ex-combattants de l'armée allemande :
Colmar, le 27 avril 1921.
Cher monsieur,
M. Franz Hetterich, notre ancien camarade de guerre, m'a adressé une très aimable invitation à prendre part à une réunion des anciens camarades de guerre, à Donaueschingen (Bavière), restaurant des Étoiles, le 15 mai 1921, dimanche de la Pentecôte. J'ai plis part à la dernière réunion à ZeU, en Bade, au mois de septembre 1920, et je puis vous assurer qu'elle s'est passée d'une façon tout à fait cordiale. J'ai eu l'impression que les assistants s'étaient sincèiement réjouis de ma présence et qu'ils auraient été plus heureux encore si, de l'autre côté de la frontière, quelques autres étaient venus. M. Hetterich me prie de vous transmettre l'invitation des anciens camarades de guerre, ce que je fais id bien volontiers.
Si vous décidiez d'aller à Donauescbingen, écrivez un petit mot à M. Hetterich.
Je ne pourrai moi-même venir cette fois-d, car je suis déjà engagé pour un voyage dans le Jura.
J'espère que votre santé est bonne et je vous envoie pour vous et les vôtres mille choses cordiales.
Signé : A. Wubst.
Mieux encore : on constate en avril-mai que des chefs militaires d'outre- Rhin adressent aux mairies des ques* tionnaires en règle sur certains Alsaciens a3rant servi pendant la guerre dans les rangs allemands, pour obtenir, concernant les intéressés, des détails sur leurs sentiments patriotiques et leur possible acceptation de figurer, le cas échéant, dans une « Schutzpolizei ». D'anciens colonels prussiens cherchent à reprendre contact avec des Alsaciens ayant servi sous leurs ordres. Ils ont l'audace d'adresser leur courrier aux mairies pour que la lettre arrive bien à son destinataire. On propage des cartes postales illustrées où l'on montre des ruines de guerre (Metzeral) dont le canon français est, paraît-il, seul responsable. Dans Strasbourg, il y a une Weinstube où des Allemands, mal maquillés sous une naturalisation récente, boivent à la dissolution de l'Entente et à la revanche du Reich. (Scandale du 28 mai, parmi d'autres.) L'Allemagne est soigneusement renseignée : tout ce qui peut lui laisser espérer que le Reichland chassera bientôt les Français indésirables lui est commimiqué par mille chemins secrets. Quand on n'a rien à dire, on invente, à la façon du Journal indépendant des Conseils bourgeois de Wuppertal (Barmen) : Citons, car c'est un morceau de choix :
I^a population alsadetme qui, il y a six mois, acceptait encore volontiers l'administration francise, s'est convertie à l'opinion que les Français doivent quitter le pays le plus vite possible. I«a cause principale de cette haine des Alsaciens et des I/>rrains envers la Fiance c'est l'enrôlement militaire répété de la jeunesse masculine. Tandis qu'après l'armistice, on ne prenait que les jeunes gens n'ajrant pas servi dans l'armée allemande et que l'on ne faisait faire que de courtes périodes d'instruction aux autres, l'on mobilise tout aujourd'hui afin d'avoir un nombre suffisant de troupes pour occuper le Rhin. Et les Alsadensl/orrains qui ne sont pas encore complètement dépouillés de leurs biens (sic) n'acceptent cela .qu'en grinçant les dents.
Puis on organise avec ces recrues de grandes parades à Metz ou à Strasbourg, au cours desquâles on distribue des ordres et des médailles, même aux plus jeunes soldats, que l'on expédie sans retard en Rhénanie. On peut se figurer l'esprît qui régne parmi ces soldats mélangiés avec des soldats de couleur.
... Beaucoup de ces soldats sont morts après avoir été vacdnés. I<es
médecins français prétendent que ces décès proviennent des mauvaises
vaccinations opérées par leuis confréies|allemands pendant la guerre...