CHAPITRE VI
A l'automne de 1920, en Allemagne, « d'innombrables prophètes assurent voir à l'horizon se profiler des diadèmes, que Ton croyait brisés ^ ». Les déclarations ne sont pas rares qui, à l'imitation de celle du vice-chancelier d'Empire, Heine (16 octobre), stipulent qu' « im gouvernement impérial peut faire plus qu'un gouvernement républicain ». C'est, le 25, le chef du parti nationaliste Hergt, qui dit à Hanovre : « Il nous faut un empereur économe qui nous redonne une bureaucratie fidèle à ses devoirs. » C'est le rédacteur en chef de la DetUsche Zeitung qui, le même jour, ajoute : « Le nouvel empire sera plus fort que la création de Bismarck. » C'est Escherich, déclarant à Hambourg, le 10 novembre, qu'il dispose, rien qu'en Bavière, de 200.000 hommes professant des sentiments monarchistes. C'est l'université, par la bouche d'un professeur de Hddelberg : « L'Allemagne sans l'Empire, c'est un aigle sans tête... Un pçuple fort comme le nôtre a besoin d'ime poigne pour le diriger. » C'est encore M. Stresemann, qui va dire au Congrès du parti populiste de Nuremberg (5 décembre 1920) : « L'image de celui qui a, le dernier, porté la couronne est encore trouble aux yeux des contemporains : on ne saurait cependant émettre
z. HUMfê des VioltUions du Traiié de Pait^ tome I*', page 94.
le moindre doute sur sa volonté de servir la patrie. » Et, pour ne nous en tenir qu'à cette période, c'est lyudendorff , interviewé par le journal brésilien Correio da Manha, qui se déclare « nettement partisan de la restauration de la monarchie, la seule forme de gouvernement qui puisse nous rendre la liberté ».
L'ex-kaiser, à Doom, se tient coi. Il n'est pas malheureux. Il vient de déclarer aux autorités fiscales hollandaises un.tevenu de un million et demi de marks. Le Comité judiciaire de l'assemblée prussienne s'occupe de r « indemnisation » des Hohenzollem. On fait état du passé» En janvier 1919, Guillatmie a touché 2 millions de florins; en août, 10 millions de marks, et la même somme en octobre. Un immeuble vendu à Berlin lui a rapporté 40 millions de marks. Les princes de sa maison ont reçu une forte pension jusqu'en juillet 191g. Elle a été diminuée d'un tiers, depuis lors. L' « exilé » fait dire que ses besoins dépassent ses ressources : il faut donc aviser. On pense offrir aux Hohenzollem une superbe rente fixe, à condition- qu'ils renoncent à leur liste civile. Seule, la fraction socialiste majoritaire du Reichstag jette le holà en proposant une loi aux termes de laquelle la fortime des Hohenzollem serait confisquée au profit de l'État : on ne leur servirait qu'tme rente « raisonnable ». Mais c'est un projet bien tardif. L'argent que l'on prétend reprendre est, pour la plus grande part, à l'étranger. C'est un gage insaisissable, pour les socialistes allemands, comme, du reste... pour les Alliés ^ Mieux encore, à ces « év^usions » anciennes, s'ajoute la fraude du jour : on dénonce, le i®'- décembre, à la Chambre dés Communes, que 50 millions de marks ont été secrètement versés à l'ex-empereur depuis quelques mois. M. Bonar Law, interloqué, répond, mais un peu tard : « Les Alliés ont pour devoir de surveiller ce qui se fait à ce sujet ^. »
X. Il en va de même pour Tavdr de rex-kronprinz, dont, — • fin novembre 1920, — les revenus sont évalués à 40.0O0 florins, sdt 800.000 maries. Et le kroni«inz réclame encore le prix du fief d*Ods, en SUésie.
3. On apprend, simultanément, que d'importants o^iitaux appartenant à la
Les questions financières ont leur prix pour les Hohenzollem, mais leur objectif majeur, c'est le trône. Le kronprinz intrigue manifestement avec les monarchistes prussiens. La Hollande surprend ses correspondances, qui en disent long sur ce point ^ . En l'une de ces lettres, il est dit : « Je ne me plais plus dans ce pays désolé, où il n'y a que des vaches et où les pieds des habitants, chaussés de sabots, font un bruit de piano. Je voudrais rentrer et chasser le chamois en Allemagne. » Pas plus que Guillaume son père, l'héritier n'aimerait êtrç conduit à Corfou, comme il en est vaguement question. Il n'oublie pas l'indication fournie par un ancien ministre des Affaires étrangères, en Hollande : « Si l'ex-kaiser et l'ex-kronprinz demandaient à retourner en Allemagne, le gouvernement des Pays-Bas les ferait reconduire au point précis de la frontière qu'ils ont franchi en se rendant en Hollande ^. » Il sait que ni lui ni son père ne seront jugés : M. Lloyd George vient de l'avouer à M. Baldwin, membre du Parlement, qui lui rappelait une clause formelle du traité de Versailles (art. 227). Le 19 janvier, l'écho du Reichstag va lui apporter des paroles encourageantes : « Nous envisageons avec assurance le jour où les... compatriotes allemands séparés de nous, sans leur assentiment, obtiendront le droit de libre détermination. » Il envoie son valet de chambré en Allemagne avec des documents préparateurs d'un coup de force à son profit. Il n'ignore pas l'amour que l'on conserve, en son payts, pour les couleurs de l'Empire aboli, pour le drapeau noir, blanc et rouge. La campagne électorale prussienne, ouverte aux premiers JOU.S de janvier, a flatté ses espérances. On y a chanté les louanges les plus dithyrambiques pour l'ancienne
famille des Hohauollera ont été mis à l'abri, i>ar les sdns d'une offidne Grusser, PhilipfMon et C*". De même, ont été sauvés, par ces agents et par d'autres, plusieurs millions de bijoux en pierres précieuses appartenant à l'ancienne dynastie de Saxe.
z. Interpellation du député hollandais van Ravesteyn (2* Chambre des j^ts généraux, novembre 1920).