CHAPITRE X
ARMEE, l^IARINE, AVIATION
« Depuis le i*' juillet dernier, les Allemands ont adieté 201 brevêts pour Tartillexie, bre^ts dans lesquds étaient appliqués beaucoup de principes de Tartillerie américaine.
t Tous ces brevets ont été transmis en i^dne propriété à la maison Krupp, d'Essen.
{Les Agences, 30 avril 1921.)
« VOrgesch, V « organisation > militaire et ultra-réactionnaire de von Escherisch, avait été interdite dans les pajrs d'Oldenboug. I^ ministre de la Justice la déclare inoffensive, excellente et utile et il la rétablit dans ses droits. >
{Gûxette de Voss, az avril 193 1.)
c I«' Allemagne, sous nos yeux, se constitue une armée secrète. Nous ne savons pas l'en empêcher ou^ nous ne le voukms pas avec asses d'énergie. Au moins, ne laissons pas à nos andïms ennemis le privil^ de la propagande. FMsoos connaître la vérité au monde, telle qu'dle est et non pas déformée par les Allemands. »
(I4eutenant-ooloiiel Reboul. 1> Temps, 26 octobre 1921.)
La résistance, avouée ou occulte, contre le désaniaement, se poursuivra en Allemagne pendant toute la période que nous allous étudier. Subdivisant le sujet en trois rubriques, nous allons voir la manœuvre allemande pour conserver une armée, une marine même et certainement tme aviation.
Afmée: — En terminant ce même chapitrie des Armements (tome I®'), nous avons vu que le président Ebert invitait à la soumission : « Livrez vos armes. »
Les villes sont couvertes d'affiches persuasives dont on rit. Pour un fusil cédé aux Conmiissions, on en cache
trois. A Berlin, le 24 septembre 1920, le Conseil des ministres semble accepter que la police du Reich doit être réduite à 150.000 hommes, et ne pourra posséder aucune organisation centrale, ni caractère militaire. C'est répondre à une note ferme de la Commission militaire interalliée. Pendant que Ton promet ainsi d'obéir, la rtmieur commente l'affaire du prince Gottfried de Holienlohe-Langenbourg, arrêté, avec quelques comparses, pour avoir tenté d'introduire, de Hollande, deux nûllions de fusils, armes laissées aux Pays-Bas par les troupes du kaiser, lors de la débandade. On grogne parce que l'Entente exige la destruction des moteurs Diesel pour sousmarihs, notamment aui usines d'Augsbourg-Nuremberg. On commente le nouveau projet de loi concernant l'armée : 100.000 soldats, 15.000 marins, volontaires et nés aUemands : pas plus de 4.000 officiers qui serviront jusqu'à l'âge de 45 ans, les hommes restant sous les armes pendant douze ans. On trouve cette « combinaison » tout à fait paradoxale. Mais on puise un certain réconfort en méditant sur l'organisation de la Technische NotiUlfe, l'Aide • technique. Cette institution est prospère. Constituée au printemps 1919, elle a tout le style, si l'on peut dire, d'une armée masquée. Elle rayoïme sur toute l'Allemagne, dans- les mines, les usines. Sous couleur d'assurer les services indispensables en cas de grève, elle est prête à rejoindre ses casernes au premier signe, en emportant les armes qui lui sont autorisées... pour maintenir l'ordre. A Munich, tout particulièrement, elle ne dissimt^e pas sa fonction véritable. Nulle autre part qu'en Bavière, on n'est plus réfractaiie à lirvrer les armes ^ . Pour cette seule région, on compte, inscrits, sans préjudice de ceux qui n'ont pas le titre officiel, 8.000 membres de la Technische Nothdlfe. On en avoue
X. Nous avons dit, par ailleuts, la ténacité de MuDidi à rester armée, sons le prétexte de faire face au péril révolutionnaire et, en réalité, pottr consolider éveatwlUmmt un acte de restauraticm meMfcUvae. BvluKisdi, cb«f sapreme des gardes civiques de Bavière et de l'^t^r^ a tout ua état-major à la Sendligertflr dt Mmldi, et r^todcrif demeure <lafl« la banlieue sud de la viUe.
8^65 i Barlin.Le gouvemement encourage les recruteurs, et les bureaux militaires sont en relations constantes avec les « centres » de l'Aide technique, en violation de r article 177 du traité.
Les mÛices de Prusse tardent à se dissoudre, h^ g octobre 1920, la Conférence des ambassadeurs refuse une prolongation de délai. Biles aussi cachent des armes. Quant aux centres de démobilisation, ils restent plus que suspects. Nous avons exigé leur disparition : on ne se bâte guère d'obéir, bien que, le 13, le gouvernement fournisse ces chiffres : « Nous avions 4.530 centres avec 160.000 employés, il y a tm an. Et aujourd'hui, il n'y a plus que 160 centres avec 20.000 employés. » C'est encore trop.
Nous fouiUons toutes les cachettes et dénichons quotidiennement des stodcs d'armes. Parfois, des Allemands nous renseignent. Il leur en coûte la prison, tel ce tailleur de Chemnitz qui dut faire douze mois de carcere duro, pour avoir instruit notre Commission de contrôle et, de ce fait, « divulgué des secrets militaires ». Ce jugement en dit long sur le bon vouloir germanique. Il est approuvé assurément par le général von Seeckt qui, en octobre, par une circulaire, recommande à la Reichswehr, le a culte de la tradition)), par le ministre de la Justice bavarois, Rotb, qui jure : a Je le dis, la garde civique de Barrière sera conservée », par tout le parti populiste allemand qui par<tage la même conviction, par les citoyens allemands qui, à la lecture du budget de l'armée, ne s'étonnent pas d'apprendre qu'un soldat coûtera au pays 24.800 marks par an^
Nous enfonçons, ou nous essayons d'enfoncer périodiquement te le don du désarmement ». Le 30 octobre, nous donnons un coup de marteau (note de la Commission militaire interalliée réclamant, — une fois de plus, — la
■ «adi Ml irfUr iffW •étîm Intw» mmHm éà ioo.«9o]uaua0 (?)lflififftotliiMl«Mita : t g^iéMUK nfiiiitiMwiti de eovp», 14 cénéEMoc 4e diviiriai, ii» oalfficto, 600 oammandanti, f .Z4# Wiitaiiiii «t «^ofé tftmtcaaals «t «oiit^i^tcmmte.
fin des Orgeschs.) Les réponses officieuses ne se font pas attendre : ce sont des discours véhéments, un peu partout, et le ton en est résumé par cette déclaration de M. Hergt au Congrès du parti nationaliste allemand, à' Berlin : « Une situation normale ne reviendra que quand nous aurons rétabli l'ancienne armée. » Officiellement, le gouvernement promet d'aviser, mais, en même temps, il publie une réimpression de sa note du 23 août 1920, d'après laquelle les mesures relatives à l'Orgesch sont une affaire intérieure, où chaque État a le droit de décider. Ppur ajouter à l'incohérence, une ordonnance du ministre prussien de l'Intérieur interdit « définitivement » l'organisation Bscherisch en Prusse. Colère de la presse de droite que, de loin, soutient l'intransigeante Munich. Irritation sourde, au cabinet d'Empire, où l'on estime que le ministre prussien se montre trop docile aux volontés des Âûiés. Ironies bavaroises : « Que l'on essaye donc de nous en faire autant, et l'on verra ! » lyC cabinet d'Empire laisse passer le souffle railleur qui vient du Sud. Il ne se mettra en colère qu'un peu plus tard. Pour le présent, il écoute, au Reichstag, le commissaire au désarmement, affirmer que l'Allemagne a déjà livré 12.214 mitrailleuses et 1.824.137 fusils. La presse est beaucoup plus généreuse : le 20 novembre, elle totalise des chiffres tout différents et plus élevés. Elle démontre le bon vouloir allemand en publiant des photographias où l'on voit les remparts du fort de Kiel en pleine démolition, et les plaques de blindage coupées en morceaux près des gros canons sciés en deux ^ C'est parfait, mais nous mettons la main sur un dépôt d'armes à Rybnik, le 16 novembre; mais la Freiheit publie des documents montrant la connivence des pangermanistes berlinois et munichois pour l'envoi clandestin
I. Fin novembre zgax, et sur Vaxdic de là Commiasioa de contrdle intoallié^ le port d'Héllgoland seia fermé au trafic et sa destruction, alors, sera poussée acnvement. Pour d'autres fortifications, les Allemands déclarent qu'ils ne peuvent les détruire sans d^enser 600 millions de marks. Ttand ces toavauz figurent les ouvrages de défense à l'entrée de la Weser, le port intérieur de Brème, 111e de Borkum, à remboodiure de l'Sms, Cujdiavca, à l'emboucliare de l'Elbe, 111e de dylt, laissée à la Brasse par le pléUsdte du Sleveig dn Nord.
ARMÉEi MARINE, AVIATION I97
d'armes et de munitions en Bavière; mais, au Sud, von Kahr, président du conseil au Landtag bavarois, affirme de plus en plus sa doctrine de « la main armée ». Et la Post de Munich écrit : « Ne cachez pas chez vous plus de neuf fusils. Dix fusils sont considérés comme un dépôt. » N'est-il pas fort plaisant d'apprendre, le 20 novembre, que la garde civique de Berlin se transforme... en société coopérative par actions dont les membres conserveront leurs armes? Cette nouvelle éminemment pacifique est publiée à côté d'une autre information : <c Le général von Water a jeté à Carlsruhe les bases d'une nouvelle organisation mÛitaire secrète. Le gouvernement badois vient de lancer un mandat d'amener contre lui. » Le Vorwaerts approuve cette énergie, peu commune en Allemagne. C'est le moment où l'on constate que les effectifs allemands dans les circonscriptions Umitrophes de la Pologne et de la Haute-Silésie atteignent 102.300 hommes, alors que TAllemagne, par tolérance jusqu'au i©' janvier 1921, ne devrait avoir, en tout, que 150.000 soldats ! « Cependant, je réduis mes effectifs », certifie le vaincu, sans rire, « mais c'est long, pénible et délicat. Ce que je vais seulement me permettre de faire, ce sera de doter bientôt mon infanterie d'un nouveau fusil, de transformer les voitures portemitrailleuses pour recevoir deux pièces au lieu d'une, de perfectionner mes appareils téléphoniques de campagne, et de redonner à la Reichswehr républicaine la plaque de ceinturon à la devise : Avec Dieu, pour le roi et la patrie. Patientez un peu pour le reste ». Le reste, c'est peut-être bien la création clandestine du Club sportif Olympia, à Berlin, et dont les 11.000 membres sont des anciens soldats dirigés par le major Heeringen; ce sont les plans de mobilisation de TOrgesch qui viennent d'être découverts (décembre) par la police de Dresde et publiés par la Gazette nationale de cette ville; c'est encore l'aveu de M. Severing, à l'Assemblée prussienne : « L'Orgesch compte plus d'un million de membres. » Néanmoins, l'œuvre de destruction nécessaire et de prudence interalliée
198 HISTOIRE 6E9 VIOLATIONS DU tRAttÉ DE PAIX
se poursuit* A titre de document, et les chiffres fus^ sent-ili quelque peu inestacis, on estiiue, eu décembre 1930, que TMemagae a livté : Càuons : 30.500; mortiets de tranchées : 6.îoo; tnitrailleuses : 63.100; fusils : 2.524*000; cartouches : 403 milUcms; obus : 3^ tuillious. Eu présence de ces chiffres, on se préoccupe beaucoup moins d'tm danger imminent, lorsque Ton voit, platoniquement, se réimir à Augsbourg, 10.000 anciens soldats de la garnison, votant \m « ordre du jour d'espérance et de haine »). L'Allemagne remet en question les délais de son désarmement? Elle maintient les gardes civiques en Bavière et Prusse orientale ? Bile discute les arrangements de Spa sur les questions militaires? Elle ne veut pas dissoudre les «c auto-protection » ? (g décembre ig^o.) Le général NoUet lui répond avec fermeté qu'il n'y a pas de péril communiste en Allemagne et qu'il faut en finir avec les faux-fuyants, foutes les <( organisations » sont des troupes maqtûllées : Sélbstschute, Einwohnerwehr, gardes civiques, et autres, ont asse^ duré ^ . C'est un coup de fouet, après lequel on voit les agents de la police de sûreté berlinoise perquisitionner dans la ville et confisquer des armes. Mais le gouvernement de la Prusse orientale se resBÊÙsit vite. Le 18 décembre, il publie déjà cette note :
En présence de l'attltiiâe prise peur la Cofflmifesion interâUiôe dans sa dernière note, il n'est plus possible de se soustraire à Tobligation de diMUmdfe lés Einwobâerwehreii, même en Prusse orientale, mais nous^ créorons une organisation dont le mode d'armement sera conforme aux conditions de l'Entente et qui sera en état d'assurer l'ordre et la sécurité andsi bien dans les campagnes (lu'àm: frontières.
t. t^ Vofweufis fustige le mlniâtre alleshanddoi ÂfEaifteétrâiigèrcS et l'aocitte d'avoir menti dans m réponse au général Nollet :
c I^ gouvernement du Rdch, écàrit-il, a été forcé par la réaction bavaroise de s« charger, à là. faœ du monde, de iiouv<âu2 meiiMngeA, de menAôngéd âlMOhi* ment maâifestes, que l'étranger peut réfuter par cent dtations tirées de la presse allMnande. »
Dans la lettre incriminée figurait ce passage t
c Bb raison de la nécessité où l'on est de rassurer les populations de Bavière et de Pmsee orientale et de letgAtantir contre les dangers qui ne sont qtt« trop menaçants, il n'est pas possible, dés à présent, de procéder au désarmcmeat com* plet dés organisations d'auto^oteetiÀ. »
ARMÉE, MARINE, ATIATIOK I99
Quant à la Bavière, elle fait la sourde oreille. Au reste, le gouvernement d'Empire lui-même ne tarde pas à déclarer que, momentanément, il est impossible de désarmer complètement la Bavière et la Prusse orientale. Ainsi, dès lé 23 décembre, nous sommes rentrés dans le cercle vicieux. Pour nos étrennes, une note officieuse annonce que la réduction de l'armée allemande à 100.000 hommes est terminée !
Le plébiscite de la Haute-Silésie n'est plus très éloigné, et l'Allemagne, en se débattant pour garder le plus de fusils disponibles, sait très bien ce qu'elle fait. Par ailleurs, intérieurement, nous avons vu qu'elle n'osait pas violenter la Bavière. Parler de loo.ooo hommes sous les armes est une dérision* Les Binwohnerwehren disposent à elles seules de 800.000 fusils. La supercherie est si grosse que le Vorwaeris déclare :. a La façon d'agir du gouvernement menace d'aboutir à une nouvelle crise internationale : le peuple allemand doit en être prévenu. » Le 23 décembre, nous Tédamons 1^ décentralisation des gardes de sûreté \ On crie, nous insistons sans délai. Cette police dispose de mitrailleuses, de revolvers : qu'on la démilitarise : « Il sufiGit de vouloir », dit le général de Castelnau, dans VEcho de Paris (29 décembre 1920). « Que deviendrons-nous sans police? » gémit-on à Berlin. £t l'on prétend qu'il doit y avoir un « malentendu » ^. On joue la partie dangereuse, car il est dit, dans l'accord de Spa :
Si, à n*importe quelle date avant le i«' janvier 1921, la Commission 4e contxôle constate que les tenues du présent amuifemeat ne sont pas loyalement exécutés... les Alliés procéderont à l'occupation d'une nouvelle partie du territoire allemand, que ce soit la région de la Ruhr ou tout autre et ne l'évacueront que le jour où toutes les conditions du présent arrangement auront été intégralement remplies.
Indirectement, la Bavière mène le jeu, en intimidant
1. I«a Skhgfhertspoiùêi a été, on s'en^ souvient, réorgaaitée fous U nom de Ordnungsp0iixêi.
2. Ba même temps que l'on flollidte le malatien de matériel d'artillerie de forteresse en Prusse orientale (Kttnisberg, Kustin et Boyen), maintien qui sera réclamé» le it Jaaidcr içst, par une pétition des bourgeois de Prusse orientale*
Berlin. Bscherisch, dans les journaux, défend le principe de rOrgesch. Et, au i®^ janvier 1921, nous avons la faiblesse d'accorder un nouveau délai. Le maréchal Foch a établi un rapport, près la Conférence des ambassadeurs, sur la situation du point de vue militaire. D'autre part, le cabinet britannique a demandé à procéder à tme enquête. N'est-il pas question d'un traité commercial entre Angleterre et Allemagne? Tant d'aménité et de renoncement affectent l'opinion en France, surtout quand on lit la proclamation de nouvel an adressée à la Reichswehr par le président d'Empire :
Nous voulons garder notre épée affilée et notre honneur sans tache. Ir'armée desthiée à défendre la patrie doit être remplie d'un ardent amour envers elle. Chaque membre de l'armée doit ne pas oublier qu'il est le représentant de la puissance de l'Empire.
La nouvelle armée doit être rémule de rancienne sn ce qui concerne les qualités guerrières^ une disdi^ine rigoureuse forme et formera toujours la base de toute éducation militaire.
Mais il est un principe qu*il ne faut pas adopter si nous voulons atteindre le but que nous nous sommes proposé : c'est que Varmée se considère comme une petite troupe de soldats de métier ; il faut, au contraire, que la ReickS' wehr fournisse des chefs qui guideront le peuple le "jour du danger.
Londres ne s'émeut pas autant que nous. Les Daily News sont tout à fait rassurées :
Valarme manifestée par certaines gens au sujet des prétendus manquements de l'Allemagne à ses obli^Uons de désarmement n'est pas partagée dans les milieux officiels anglais.
« Certaines gens », c'est le peuple français, c'est le maréchal Foch qui signalent, comme manquements principaux: le maintien des gardes civiques, la police de sûreté, le retard de livraison des canons de forteresse \ etc. Il va
I. A ce dernier point de vue, les Allemands demandent à conserver : à Keenisberg et Pillau, respectivement, 390 et 20 canons; à Swinemiinde, qui couvre Stettiu, 32 pièces; dans la forteresse de Kustrin, qui prot^e Berlin à 80 kilomètres à l'est, 16S gros canons; à Glogau, qui couvre la Saxe à l'est, 28 pièces. Bnfin, pour la défense de la frontière méridionale que prot^e Ulm et Ingolstadt, sur le Danube, 171 et 32 canons. A ces propositions allemandes, les commissions de l'Entente ont répondu en accordant 20 canons à Kœnigsbe^, 36 à Pillau et 32 à Swinemiinde; les autres demandes ont été repoussées.
(I^ Temps, 3 janvier 192 1.)
falloir que les Alliés délibèrent, puisqu'ils hésitent, alors que la Freiheit, organe allemand, confesse : « Le gouvernement allemand ne semble pas comprendre que ce jeu de cache-cache doit enfin se terminer ! Personne n'a remarqué qu'une émotion quelconque se soit emparée de l'opinion publique, au sujet de la dissolution à opérer des organisations militaires contraires au traité de paix. » Ah si tous les Alliés avaient la mentalité de la Freiheiti Ils pèseraient à son juste poids cette note française remise à Berlin, le 31 décembre 1920 :
I" I^a Commission de contrôle n*a reçu qu'une faible partie des armes Uvrées aux autorités allemandes par suite du désarmement de la population civile ;
2^ I^ commissaire pour le désarmement n*a pas encore fait connaître la date de la remise des armes des gardes civiques. Pour celles du nord et du centre de ^Allemagne, le gouvernement allemand semble prévoir la date du 1^^ mars. Pour la Bavière et la Prusse orientale, il se refuse à les désarmer;
30 I^ désarmement de la police de sûreté n'est pas termina;
4? I«a police de sûreté n'a pas été dissoute;
5(> I^es gardes civiques maintenues en Prusse orientale et en Bavière sont en rapport étroit avec la Reicfaswehr;
6^ I«a législation allemande n'a pas été mise suffisamment en harmonie avec les dispositions militaires du traité de paix;
70 i^ gouvernement allemand se refuse à livrer le surplus du matériel d'artUlerie de Kœnigsberg et de Kustrin;
8<> I^e gouvernement allemand continue à entretenir, malgré la réduction non encore contrôlée de la Rdch^wehr à loo.ooo hommes, des offices de liquidation, contraires aux dispositions du traité;
9® Une résistance systématique est opposée à l'exécution des clauses relatives aii« matériel d'aviation.
(Rfeumé.)
Mais les Anglais croient au danger bolcheviste en Bavière et Prusse orientale, et c'est ainsi encourager les menées monarchistes en Allemagne, servir indirectement la reconstitution d'ime armée chez Tex-ennemi, y nourrir l'esprit de revanche militaire, entretenir la discorde en Europe. Ces risques valent-ils le plaisir d'obtenir des éloges de la presse bavaroise (3 janvier 1921), alors que les formations de volontaires se multiplient en Poméranie ? L'Allemagne, qui constate les divergences de points de vue chez les Alliés, répond, en soutenant les siens, au
gouvemement français. (Voir Annexes,) « Nous avons fait tout notre possible j>, prétend-elle avec une feinte candeur. Le 2 Janvier 1921, il est envoyé une note spéciale pour démontrer que la police de sûreté est inoffensive*. La presse allemande lui donne pleinement raison. Il n'est que le Vorwaeris et quelques rares « nids d'énergumènes » ^ pour crier à nouveau au mensonge, en dénonçant de nouvelles intrigues de l'Orgesch en Sîlésie, d'accord avec les polices locales. Escherisch conférencie de ville en ville, en Basse-Franconie, pour assurer que « les Alliés ne sont pas d'accord et qu'il faut tenir bon ». Quelqu'un pourtant, à l'Assemblée prussienne, le député indépendant Ludwig, a la crânerie de dire, le 12 janvier, en présence d'une deniande de crédits pour la police de sûreté :
Dans ce qu*on appelle la police de sûreté, on a repris non àeutement les hommes de l'ancienne armée, mais aussi les anciens offidets de celle-ci et son ancien esprit. On dépense des milliards pour donner une assiette au beurre aux of&ders réactionnaires et on continue à protester que la soi-disant poUce de sûreté n'est qu'taie deuxième édition de la Rdchswehr. Ce qui le prouve, c'est qu'on va payer aux andens membres de la policé de sûreté, qui ont combattu contre la République comme soldats de la Rdchswehr, la prime supplémentaire qui leur a été promise.
Le même jour, la même assemblée apprend que la seule police de sûreté, en 1920, a coûté 2.500.000.000 de marks. « C'est une armée dressée contre l'étranger », dit le communiste Hoffmann. On l'invective aux cris de : « Traître dénonciateur! »
Comme il avait été prévu, une Conférence doit se réunir à Londres pour harmoniser les conceptions alliées. La question du désarmement y est à l'ordre du jour. Mais tandis qu'on délibère, l'éphéméride quotidienne est bien intéressante à détacher. Elle nous montre, le 26 janvier,
4. tfii habitants de Brème rédament alors la dissolution des gardes locales et la destitution des ehefti de la police de silreté de la région : le ministre d*Bttiphe dt l'intérieur fait savoir que ce désir ne peut être pris en oonaidéfation.
2. Entre autres : I«a RoU Fahnt dês Ostens, organe ocnumuniste, section de Prusse orientale.
le projet de loi pour l'organisatioxi nouvelle de l'armée aUemande, divisée en 2i régiments d'infanterie de 3 bataillons, en 18 l'égiments de cavalerie de 4 escadrons, en 7 br^ades d'artillerie, 7 bataillons de pionniers, 7 services automobiles, 7 détachements du train et 7 détachements sanitaires. En janvier et février, sont signalés vingt cas d'armes cachées; nous renonçons à en donner le détail. Mais il est bon de dire qu'à Koenigsberg, on découvre des obufliers d'un type nouveau ^ et qu'à Bytom, des armes sont dissimulées jusque sous le tribunal des juges, au Palais. !Le 2& janvier, le noinistre allemand de la Guerre réclame une armée plus forte. Le 5 février, en Poméranie, on totalise 3.000 soldats déguisés en fermiers et en... gardes champêtres. Le 10, le Landtag wurtembergeois promet à ses gardes civiques de les désarmer seulement quand un ordre « positif » viendra de Berlin. Le 11, on sait, par la Freihâit, qu'ime « société d'autoprotection » berlinoise a accepté comme membres 236 jeunes gens au> dessous de vingt ans. Le 12, M. Maurenbrecher, rédacteur en chef de la Deutsche Zeitung, lance un appel à la dictature miUtaire. Le 15, le général de Seeckt entreprend l'organisation d'un « régiment de garde » à Berlin. Le 16, la èazette de la Croix déclare que les fermiers bavarois cachent les armes et qu'on ne réussira jamais à les leur confisquer; le 18, le gouvernement allemand décide de surseoir aux mesures relatives au désarmement, jusqu'à ce qu'on connaisse le résultat des négociations de Londres. Le 22, la Conférence des Ambassadeurs reçoit un rapport révélant que la manufacture d'armes de Dantzig, bien que n'étant plus sous la souveraineté de l'Allemagne, fabrique des armes sans discontinuer. Le 26, toute la presse berlinoise signale les efforts tentés en vue d'un coup d'État, par le capitaine Erhardt et le colonel Bauer, appuyés par toutes les organisations, clandestines. Le
X. A Caiistâdt, prés â« Stuttgart, ce 06iit trois mitrailleuses de typ« iuookau et pcrfeetfûnné que l'on met à jour. « Cette arme comporte t^o plèoes détadiées, Gonstmites dans der usines diflér«ites.»r I«e XX* siioê (belfc), ao janvier 1921.)
3 mars, le Vorwaeris assure que « dans la Vendée bavaroise, est créée une organisation de montagnards conservateurs et antisémites, dont le but est à! aider les gardes civiques et TOrgesch ». Cette société a pris le nom de Eiseme Faust (le poing de fer). Le lo mars, le Temps publie :
!«' Allemagne perfectionne sans cesse soft matériel de guerre; elle poursuit rétude de nouveaux ty^^ d'armes. Depuis l'armistice, elle a mis au point un canon de 77 mUlimétres pour l'infanterie, une mitrailleuse de 13 millimètres contre tanks, des mitrailleuses jumelées pour avions, des pistolets-mitrailleuses, etc.. Ce matérid a été expérimenté avec grand soin. I^es modèles définitifs en sont établis. I^es expériences de tir ont été faites et les tables de tir vérifiées. Tout l'outiUage nécessaire pour la fabrication de ce nouvel armement a été construit et est réparti dans les usines.
^Allemagne continue ses recherches sur les gaz toxiques et asphj^xiants, bien que cela soit expressément défendu par l'artide 171. S*Û fallait en croire certains articles de journaux (en particulier la Volksxeitung du ir février 1921), die penserait même à tme guerre bactériologique. « Sera victorieuse, écrit ce joiunal, la nation qui aura su trouver le bacille le plus virulent pour le répandre chez Tennemi et les vaccins les plus efficaces pour s'en défendre... Une cinquantaine d'agents suffiraient pour infecter un pays grand comme l'Anânagne. » (Article du capitaine Meyer.) Ces préparatifs font entrevoir un grave danger pour un avenir assez proche. Dès que nos Commissions de contrôle cesseront de fonctionner et que l'Allemagne pourra disposer de stocks suffisants de matières premières, nous pouvons être sûrs qu'elle entreprendra tout de suite la construction de ce nouveau matériel de guerre. Ce n'est pas le texte du traité, bien qu'elle l'ait signé et ratifié, qui l'arrêtera. I^a fabrication de cet armement s'effectuera très rapidement, étant donnée sa grande puissance industrielle.
Le 12, le Conseil d*Empire adopte le projet de loi interdisant les organisations d'auto-protection \ mais le parti populiste bavarois menace de sortir de la coalition gouvernementale si le gouvernement exige la dissolution des gardes civiques. Le 16, von Kahr, à Munich, s'exprime ainsi :
En demandant lé désarmement et la dissolution de nos organisations d'atfto-protecUon, qui ne sont pas des formations militaires, les Alliés
X. Itt Conseil est obligé d'agir sous la menace de la note des Alliés, en date du 29 janvier 1931 : « I<a publioition des textes léfislatife prescrivant la dbsoiuth» de toutes les organisations d'autofirotectioii et en interdisant la reconstitutioo iQUS peine de sanctions^ devra av^ lieu avant le 15 mars 1921. »
poursuivent le but d'empêcher notre relèvement, car ces formations représentent par dles-mêmes une force inhérente de reconstruction pour un État; je me soulève donc oontre de semblables exigences et je ne pourrai condamner les hommes qui refuseront de se laisser désarmer, car cette force morale est nécessaire à un pays qui veut vivre.
I^ 18, surgit une nouvelle « réticence » allemande. I^a Commission 4u Reichstag entend le ministre des Affaires étrangères qui déclare inexécutables diverses mesures imposées par les Alliés, « concernant le désarmement des organisations d'auto-protection ». I^e 21, note des Alliés insistant pour une prompte suppression des « organisations auto- protectrices » (note du général Nollet). I^e 25, Infanterie-Revue publie une étude sur l'infanterie allemande et les moyens de lui donner son maximum de rendement. Pendant la dernière semaine de mars, Berlin épilogue à perte de vue, en controverse avec la Commission militaire interalliée, sur la nature et le nombre des armes qui doivent être livrées et sur le désarmement des forteresses. I^' Allemagne prétend régler à sa façon le problème des fabrications de guerre.
Interprétant abusivement l'article 168 du traité, elle a la prétention de soutenir que les Commissions interalliées de contrôle ne peuvent interdire les fobrîcations de guerre que dans les usines où le gouver nement allemand a demandé à effectuer ce gexue de fabrications*.
/I^ Temps, 31 mars.)
Le ic' avril, TEinwohnerwehr bavaroise refuse de se laisser désarmer^. Les revues d'appel ( Garnisontag) se multiplient en Allemagne, sous prétexte de « fêtes de régiment ». On apprend, le 7, que de nouvelles organisations d'auto-protection se forment dans toute la région de Magdebourg... Le 10 mai, 10.000 déserteurs de la
I. I«e 2 avril, on publie, eu France, une lettre de M. Briand au président de la délégation allemande à Paris, toudiant le cas des « usines autorisées à fabriquer à Tavenir du matériel de guerre »; lettre résolue établissant gue la déd^on du Conseil suprême (29 janvier) ne peut être remise en question.
3. Le 39 avril, la GoMéttê 4ê Cdogttê annonceca que les gonvemements impérial ctbavaroit sont oomplétemqit d'aoecuduir le fteifdésannementdci^<nii>>>iM> wfêktn.
Rcicliswehr sont à Breslau, où ils s'organisent en corps francs pour « travailler », s'il en est besoin, en Haute- Silésie.
Nbus pourrions continuer à arracher l'éphéméride, si l'accumulation des faits quotidiens ne risquait de devenir monotone, encore qu'elle ait ime valeur démonstrative éclatante. Bornons-nous à dire que chaque matin apporte sa révélation nouvelle, qu'en Saxe l'organisation Escherisch, frappéejusqu'alors d'interdiction, est reconnue nécessaire, dans la seconde quinzaine de mai, le jour même où l'Orgesch attaque des soldats français à Cosd, que la question des usines allemandes reste en délibé* ration, que la dissimulation du matériel de guerre est un fait divers courant, qu'il semble impossible de voir effectuer au 30 juin le désarmement de l'Allemagne (voir aux Annexes du Tome III ; les vingt clauses du désarmexnent). Nous multiplions les « Notes ». I^es effets s'en font lentement sentir. « Chacune est un résumé des notes antérieures », se contente de dire la GazeUe de Voss. Le gouvernement allemand ordonne les dissolutions : on ne l'écoute pas. Si, le 20 mai, la Bavière feint de céder, elle cherche ime illusoire étiquette pour conserver ses gardes civiques : ce seront des « corps de protection locaux ». Le 22 mai, expire le d^ixième délai pour l'exécution de notre ultimatum ^ Et, le 29, le Conseil d'Empire n'en est encore qu'à adopter un projet de loi sur « la suppression des sociétés et organisations de guerre ». Le chancelier, au i^r juin, fait remettre au général NoUet la liste incomplète des organisations d'auto-protection, mais la I4gue des officiers all^oiands et la Fédération des soldats nationalistes mamfestent avec arrogsunce. Munich pourtant feint de s'incliner (6 juin), livre des mitrailleuses et ciée des centres de dépôts d'armes. La vérité est que de nombreux fusils sont exportés en Tyiol et que l'on invoque les grèves de Bavière pour retarder le désarmement.