CHAPITRE II
I^a guerre ne doit laisser au vaincu que les yeux pour ple«arer. Modestie de notre part serait pure folie. (Otto llichard Taniienbcfg r Lm plut grmndê AMemagnêf Vtmvrè du XX* siéelêf publiée en 19ZX. — Traduction française de M. Maurice S^lioud, professeur à l'Université id« l^ausanne, 1916.)
Dons âne lettf e terit« le 13 avril 1871 par le duc de Qmamont, ancien nûnistie des Âflaires étrangères, on lit ceci :
« Void im mot authentiqué : M. Odo Russel a demandé à M. de Qissiarckoe qu'il ferait si la France ne pouvait pas pa/cr aux édiéances convenues l'indemnité de guerre. Ce dernier a répondu : « Nma fifime cùmfnê lêt ùkeuiUês sur l'arbfê. De même • qu$ les çkentiles diwiremt feuiUs par feuille ju&gu'à ce gue Varhre « mtM/re^ de mime uouê dSvùrerons iipartement par département > jusqu'à ce que la France meure. »
Considérons TAllemagne aux derniers jours de septembre 1920. Elle est, à ce moment, amèrement déçue par les succès des Polonais sur les Russes. Elle poursuit, avec ime intense activité, sa campagne contre la France. Elle enrage au sujet des réparations exigées pour les incidents de B^eslau^ Elle s'irrite des conversations qui ont lieu entre Prague, Belgrade et Bucarest (formation de la Petite Entente). Socialistes, majoritaires et indépendants, se déchirent ^. M. Lloyd George fait des avances aux Soviets et l'on s'exaspère de voir les manœuvres de l'Allemagne vers la Russie, contrariées par ce fait nou-
X. Voir tome I, page 65. 1^ Consulat français de Breslau fut rouvert le 30 septeisbre* .
t. X«es deux partit sodal^stes allaient tenir leurs congrès, les uns à Cassd, Itt autres 4 Halle. I^es majoritaires avaient à Tordre du jour la revlsian du programme d'Srfitft (iSor); les ittd^paidaBts diantcnaent de 1' < adhésioB à Moscou » cneore: que le comité directeur eût déclaré : t Nous ne voulons pas être les prisouiiers de 1* nt* liittmatlonate* » (t*' octobM.)
12 HISTOIRE DES VIOLAflONS DU TRAITÉ DE PAIX
veau. La Conférence de Genève a été ajournée, ceOe de Bruxelles tient ses séances, et c'est une autre cause de mauvaise humeur dans le Reich. Certaine tension dans les rapports franco-anglais ne suffit pas à ranimer Toptimisme allemand, car, par ailleurs, la Conférence d'Aizles-Bains a marqué un rapprochement entre la France et ritalie. La campagne au sujet de la Haute-Silésie se réveille, ardente. Tout le pays est empU d'une rumeur qui annonce la tempête.. Comme 'fiche de consolation, on pense que cette affaire silésienne est l'objet d'une profonde divergence de vues entre Paris et Londres. Le mouvement fédéraliste se développe en Bavière. Le Présddent de la République française vient de recevoir, à rêlysée, M. Mayer, qui lui a présenté les lettres l'accréditant comme ambassadeur d'Allemagne. Ce sont là quelques faits épars. Nous en reparlerons pour étudier ce que fut le jeu allemand en présence du traité, à dater de la Conférence financière internationale de Bruxelles.
Et d'abord, que sont les relations franco-allemandes, à ce moment?
L'ambassadeur a dit que, d'accord avec son gouvernement, il s'appliquerait à faciliter le développement de ces relations, « sur les bases créées par le traité de Versailles ». M. Millerand lui a répondu que l'exécution du traité était le seul moyen d'aplanir les difiicultés entre les deux nations. C'est donc un point bien acquis, à l'instant où l'ambassade allemande rouvre ses portes à Paris : le traité doit être respecté, mot pour mot, par le vaincu... comme par les vainqueurs. A ce prix seulement, les rapports normaux seront rétablis. La campagne d'excitations haineuses menée par la presse allemande ne sert pas à souhait les « espérances » du représentant du Reich dans nos tnurs. Déjà, Berlin critique le ton de M. Millerand,
L*ÀtLEMA6NE DEVANT LE TRAiTÉ I3
ff ton de supériorité froidement condescendante que prend un consul vainqueur pour accueillir les promesses d'obéis* sance d'une tribu asiatique vaincue». {Berliner TagebktU.) Bt la Kôlnische Zeiiung d'ajouter : n Ce n'est pas au relèvement» mais à l'atléantissement de notre pays que tend le nationalisme partial des Français. » La FrankfurUr Zeiiung se hâte de faire des réserves : « Le traité de paix ne peut être exécuté que dans les limites du possible » ^ . Des conversations vont s'engager au sujet des relations économiques et des propositions allemandes touchant les réparations : on verra, en ces entretiens, dans quelle mesure le peuple allemand accepte de souscrire à ses obligations. A cet égard, on appréciera si le gouvernement du Reich veut être aussi ponctuel qu'il le fut pour l'accomplissement de ses promesses de Spa : réduction de la Reichswehr, évacuation de la zone neutre sur la rive droite du Rhin, fourniture du charbon. L'expérience du passé permet d'en douter, en thèse générale. Quel que soit le sujet à débattre — et ils sont nombreux, — nous demandons à TÂllemagne la probité, la politesse et le respect de sa propre signature.
On élabore à Berlin un nouveau projet de Constitution prussienne, où il sera reconnu (art. 58 des textes préparatoires) que l'État se divise en provinces et que (art. 38) les gouverneurs et présidents des provinces seront élus sur préavis de la représentation provinciale, représentation désormais élue au suffrage universel et direct. Le programme dit de Bamberg, aux tendances nettement fédéralistes, avait soulevé une grosse émotion. Mais ce sont là des questions strictement intérieures ;
X. Cétait reprendze le mot de M. Mayer, en sa visite à M. Georges I«eyguc9 ■ -,jusqu*à rotfCme mite des possibilités
plutôt qu'une nouvelle constitution, l'Allemagne préférerait s^aler au monde son entrée dans la Socdété des Nations. Si nous nous proposons de traiter distinctement les « faits bavarois », nons pouvons dire ici que la Ligne allemande pour une Société des Nations crée» en octobre ig2Q, une section municfaoise, la convoque à grand bruit, demande au comte Bemstorff d'y déclarer que solliciter l'entrée dans la Société des Nations serait au-dessous de la dignité du pay^. L'orateur suggère le projet d'une « Société économique des Nations ». Mais c'est une subtilité. Et le cas est de dire : « Ils sont trop verts ». On le verra bientôt. Quelques jours après la manifestation Bemstorff, M. Motta, président de la Confédération helvétique, estime, au conseil national suisse, que l'Allemagne pourrait entrer au Conseil de la Société des Nations. £t la presse allemande ne proteste pas outre mesure. Lorsque, le 19 octobre, se réunit, à Bruxelles, le conseil exécutif de la Société, des neutres, peut-être inspirés par Berlin, rappellent le passage du traité où il est dit que tout État se gouvernant librement « peut devenir membre de la Société si son admission est prononcée par les deux tiers de l'assemblée, pourvu qu'il donne des garanties effectives de son intention sincère d'observer ses engagements internationaux ». On fait valoir l'exécution correcte des accords de Spa. A Milan, dans un congrès, on propose fermement l'admission inmiédiate de l'Allemagne. Le 29 octobre, le Daily News discute la possibilité de cet accueil, pressent l'opposition de la France, et laisse entendre que Grande-Bretagne et Italie seraient favorables à la motion. Les neutres suivraient. Vagues hypothèses? Non certes : Préparations d'tm geste positif. Le 15 novembre, a lieu, à Genève, l'assemblée plénière de la Société des Nations. La presse mondiale annonce que Tadn^ission de l'Allemagne pourra être discutée. Berlin n'a pas adressé ime demande officielle, mais la question sera mise sur le tapis par les délégués d'une autre nation. Le 19, le fait se produit, suscité par
L'ALLEMAGNE DEVANT l^g TRAITÉ 15
M. Bam<s6, délégué-ouvrier anglais S apitoyé sur les peuples qui Bouffreut, l'orateur parle, dit*i1, au nom des masses ouvrières britanniques : il s'appuie sur le précédent de Bruxelles (conférence financiàre). Il signale le tt repentir allemand », et conclut : « Créons une atmosphère de paix ». Seuls, M. Robert Cecil et tm délégué siamois l'approuvent. Far chance, M. René Viviani fait voter la résolution smvante :
Aucun nouvel État ne sera admis dans la Société s'il n'a pas satisfait aux quatre régies que voici : i^ l'État devra s'être acquitté de toutes les obligations imtemationales qu'il a contractées; a" il devra avoir un gaoYcmemeot reapottsabk, capable de prendre pour lui des engagements; 3® il devra jouir d'une organisation permettant à la Société d'escompter qu'il rttQdira toutes les obligations du pacte; 4^ il devra avoir des frontières précises, entre lesquelles ses pc^mlations offrent vraiment la figure d'une nation*.
La cause de l'Allemagne était perdue, jusqu'à une prochaine tentative.
Les ouvriers allemands, entre temps, s'occupaient moins de voir entrer leur pays dans la Société des Nations que de vider passionnément leurs querelles doctrinales. Nous les avons vus préparer leur congrès de Cassel et de Halle. Les Indépendants de Berlin obtieiment la majorité pour l'adhésion à la III® Internationale. Francfort, Leipzig, Brème se prononcent contre le projet ^ ; au congrès des majoritaires (Cassel), cette parole est prononcée : « Ou bien nous irons vers la France, ou bien nous ne cesserons jamais d'avoir la guerre en Europe. » Le 12 octobre, ce même parti abandonne la coalition gouvernementale. « Il ne peut être question de collaborer avec des partis
X. Ançieii memhtt du mitti«t^e JAoyé George et l'un des dnq délégués du Royaume-Uxil à la Conférence de la Paix.
2. Votée à l'unanimité par la cinquième Commission dbargée d'examiner l'admis • sion de nouveaux £tats.
3. X^ la oct6bre (congrès final), Tadh^Bloo & Moscou fut repouas6e pat 931 voix contre 174. -^ r^a fraction commiuiiste des socialistes indépendants portera désormais, au Rdcbstag, le nom de « fracti^ de gauche du parti sodaliste ind^épendont • ou, plus sivtplement, « groupe russe \ composé de 42 membres que préside Bidiliom. ancien préfet de poUce de la révdutioo cstrimistc berlinoise.
t6 HISTOIRE DES VIOLATIONS DU TRAITÉ DE PAIX
qui ne se placent pas sur le terrain de la République »\ Très alarmiste, M. Oessler, ministre de la Défense natio' nale, annonce, à Le^zig, le 4 novembre, une très prochaine guerre civile en Allemagne. Pourtant, l'anniversaire de la révolution se passe dans le calme complet. Non qu'il n'y eût de l'agitation dans la masse ouvrière. Aux premiers jours d'octobre, 3*500 ouvriers du personnel des journaux berlinois se mettaient en grève, pour une question d'ai^imentation. "Ba quelques jours, le nombre des chômeurs atteignait 11.000. Le 10, les directeurs de journaux décidaient le locjlc-out. 16.000 grévistes, de gré ou de force, processîonnaient dans Berlin. Les patrons durent enfin consentir une augmentation de salaires variant de 12 à 15 %.
Le 24 octobre, les ouvriers municipaux de Brème (eau, gaz, électricité) cessaient le travail. On craignit un instant une grève générale dans la ville, mais la crise dura peu. Le 7 novembre, c'étaient les électridens berlinois qui abandonnaient leurs usines. Vingt-quatre heures, les cheminots furent tentés de suivre le mouvement. Simultanément éclatait une grève des usines électriques en Haute-Silésie.
Après les promesses de M. Mayer à M. Millerand, quelques crédules pouvaient croire que l'Allemagne se décidait à ne plus tergiverser. Les actes gouvernementaux du Reich ne tardèrent pas à ébranler une telle. . . et si rare confiance. Le 9 octobre, eut lieu la réouverture du Reichstag. Aux premiers mots, le président Lœbe dit les espérances germaniques en ce qui concerne le problème de la Haute-Silésie. Il admire que le plébiscite de Carinthie (voir chapitre V Autriche) rapproche le jour où tous les Allemands fraterniseront. On annonce des interpellations
X. Le Temps du 22 octobre fait observer : « Autant que les oanservateuss et les autres |>artis nationaux, les sozialdémocrates majoritaires manifestent leur volonté de poniBuivre» par tous les moyens,! a revision du traité de Versailles. Vocateur qui s'écria < ou l'ooientation vers la France ou la guerre perpétuelle en Europe i> fut une exception. On le hua sur tous les gradins. I^ haine de la Ftance NStait le premier point du programme pour tous les partis.
sur la Mtuatioti dans les régions occupées, sans préjudice d'une grande discussion politique. Le 18, le vice-chancelier yon Heinze prononce un discours ardent : à l'entendre, il est de plus en plus nécessaire de convaincre le inonde que le traité de Versailles est injuste. Et il invite les agents diplomatiques allemands à soutenir la thèse que leur patrie ayant été attaquée a succombé à une guerre défensive. En dehors de l'enceinte parlementaire, à Hambourg, M. Petersen, l'un des chefs du parti démocratique au Reichstag, insulte la France et rédame le retour des colonies, l'entrée dans la Société des Nations, la revision du traité, ta semaine suivante, àXeipzig, M. Stresemann, chef du parti populiste (anciens nationaux-libéraux), s'élève; contre une politique d'entente avec la France « qui vise uniquement à morceler l'Allemagne ». Et il piétine, lui aussi, le traité. I^ 27, le chancelier Fehrenbach^ au Reichstag, dresse un furieux réquisitoire antifrançais. Il s'exaspère de voir son pays rayé du nombre dés puissances militaires, paralysé économiquement. La France prétend à une hégémonie européenne. Elle a plus de charbon qu'elle n'en peut consommer. Le sang vital de l'Allemagne s'écoule à flots par la blessure de î'occul^atibn rhénane. On entend un « sombre » couplet sûr les troupes noires, un autre stp: le vol de la Haute-Sitésie, bien allemande ^ un troisième sur le rattachement de l'Autriche^. Voilà ce que l'on appelle en Allemagne une attitude conciliante. Nous verrons tout à l'heure que ce discours est produit au moment où la Grande-Bretagne « renonce aux droits que lui confère le traité en ce qui concerne les mesures financières et économiques à prendre éventuellement cçntre les ressortissants allemands, si l'Allemagne vient à manquer volontairement à ses obli-
X. Le'diàxicelitr I^direnbadi propose ouvertement un projet d'autonomie pour la Haute-Siléiie.
t. Dam le xnéoiè moment, M. GeKier, minfetre de la Défense nationale, dit aux dCtaocntfca bavarois, à Ratisbonne : « Ou le traité causera notre perte, ou nous le teisottit. Vannée doit être organisée de ttilè sorte qu^le offre entière sécurité au peuple allndaiid. * Cest la paraphrase dt « l*^ée aiguisée • et de la « peudre sèche ».
l8 HISTOIRE. DES VIOLATIONS DU TRAITÉ DE PAIX
gâtions » (Xe Temps, 28 octobre) • On suppose une fois de plus, à Berlin, une tension des relations francoanglaises. Aussi ne se retient-on plus de vitupérer. M. Scheidemann, leader des socialistes majoritaires, crie : « Révision !» le 28; le lendemain, le D"" Simons, ministre des Affaires étrangères, proclame : « L'aveu de notre responsabilité, qui nous a été arraché, ne saura jamais être reconnu par nous comme légal », et conclut : « Si l'on veut faire exécuter le traité jusqu'au bout, il ne restera finalement d'autre moyen que la contrainte »^ Le 30, M. Scheffer, ancien vice-chancelier, considère le traité comme un attentat contre le droit des gens. Il faut bien renoncer à suivre, au jour le jour, ces accès de colère^, et arriver à la dernière semaine 4^ novembre pour entendre le chancelier Fehrenbach, dans la discussion du projet de loi sur 1' « autonomie » de la Haute-Silésie, prononcer péremptoirement : « La totalité du peuple allemand a conscience que l'Allemagne peut à peine vivre sans la Haute-Silésie, et en tout cas elle ne serait pas, sans le secours haut-silésien, en mesure d'exécuter le traité, » Un semblable état d'esprit ne peut manquer d'avoir des réflexes dans la nation. Aussi bien, M. P. Béchet, attaché au consulat français de Hambourg, est-il frappé d'un coup de matraque, dans la rue, le 26 octobre. La presse quotidiennement attise les haines par des insinuations et des mensonges. Cette fois, d'anciens officiers ont frappé le Français maudit. Le Sénat àe Hambourg tarde à poursuivre les agresseurs et à faire des excuses :
z. Reconnaissons que le D' Simons, dans d'autres parties de son discours, établit que rAllemagne mettra toute sa bonne vcrfonté à satisteirc à ses engagements : « On n*a pas le droit de nier notre volonté de réparer. »
2. D' Riesser, président de l'Union centrale des banques aUemandes : pro* testation contre le traité, BerliA, 25 octobre. — • Baron von I<ersner : demande de revision « sinon nous serions réduits à l'esclavage •, congrès de TAssodation des syndicats allemands, Berlin, x*' novembre. — Simons: charge contre la Société des Nations, Rcichstag, 6 novembre. — Unanimité des pcffâs, sauf les communiste^, à réclamer la révision, Rdchstag, 14 novembre. — PebrenlMdi : < VAUemagne ne peut reconnaître le traité, elle serait considérée comme la seule coupable de la guerre, » Ccdogne, 15 novembre. — Protestation offidcUe de l'Allemagne à la Société des Nations : « VAlkmagne ne se oomidére plus conmeliée par la danse d'après laquelle «Ue a leadu ses coloaiei, » 18 aoitantet.
il faut que Berlin, à contre-cœur, le stimule. Dans un théâtre de la ville, des officiers allemands attaquent des officiers français. Le 20 novembre, à Kattowitz, un adjudant français est insulté à la gare par deux étudiants. I^a foule l'entoure. A Cuxhaven, au cours d*tme viaite de la commission de l'Entente, les officiers sont malmenés dans une caserne et on brise leur automobile.
Nous l'avons dit : certaines divergences de vues francoanglaises encouragent l'Allemagne. £n fait, que se passet-il? Paris et lyondres n'ont pas les mêmes raisons d'être sévères. Les charges des deux États sont différentes. De itrance à Grande-Bretagne, elles sont dans la proportion de ïo à 6. (André Tardieu, Illustration^ octobre 1920). Compilés à ceux d'avant-guerre, le|5 budgets accusent comme pourcentage d'augmentation : France, 867 %; Royaume-Uni, 500 %. La dette de la France pour 1920 est de 2ig milliards et demi de francs; pour la Grande- Bretagne, de 8 milliards de livres. ly'impôt par tête d'habitant est de 416 francs en France, de 22 livres 2 en Grande-Bretagne; le poids de la dette, par tête : 5.773 francs (France), 169 livres (Grande-Bretagne); le revenu par tête d'habitant : 3.200 francs (France); 112 livres et demie (Grande-Bretagne), la dépense de l'État par tête : 1.287 francs (France), 25 livres (Grande- Bretagne). Nos charges sont donc plus lourdes que celles de nos alliés d'outre-Manche. Il se conçoit que nous soyons plus obstinés qu'eux à nous assurer des garanties et des gages. Par ailleurs, sur le terrain économique, nous n'avons pas les mêmes raisons qu'eux de ménager l'exennemi. Parmi diverses causes de désaccord. Tune est au premier plan de l'actualité, au début d'octobre 1920 :
M. IJoyd George propose, la France et la Belgique acceptent, que le problème des réparations soit étudié au plus tôt par des experts alliés et allemands. Un léger dissentiment existe déjà sur ce premier point. M. I4oyd George voudrait d'autre experts que ceux de îst Commisskm des Réparations, ayant pour cette institution une très maigre citime. n hd repsoclie sa lenteur, son esprit bureaucratique et ^n incapacité de y%At en fàec lei réalités éooaomiqttes et financières
aO HISTOIRE DES VIOLATIONS DU TRAITÉ DE PAIX
France et la Belgique estimetit, au coUtfàitie, c^ue cet orgc^illaâie âolt assiuner la fiibslon que le ttaité tui a oonfiét et qu'il en eut catxitile.
Après cette Coaftmice technique, M. I«loyd George dcuaade nue Conféteace des godverneznents alliés et allemaiuls, c*est-à-diie. une réédition OU plutôt une continuation de dpa.
lA FraMse et la Belgique admettent une Coafétenœ dés gouverne* ments, nuls à condition : d'abord que les ministres allenmnds n'y figurent pas. Ensuite que Ihs chefs de gouvernement, dont Tanét serait sans appel, ne prononcent aucun chiffre et se contentcat de doomer à la Commission des Réparation? des directives pour son évaluation décisive.
Id, le fossé est profond. Voici les arguments de M. I4oyd George : • I^e temps gagné pour la solution di; problème, c'est de l'argent^ puisque chaque jour représente des millions. De toutes manière^, la Commission des Réparations n'évaïuera pas sur ses dossieiB completB, puisque la loi française donne aux sinistrés jusqu'au i*' déœmbre 102 x pour apporter leurs revendications que, d'après le traité de Versailles, la Commission des Réparations devrait avoir en main dés le i^' mai. Puisque donc il faudra bien fixer une somme sans posséder toutes les pièces du procès j potu-quoi ne pas le faire tout de suite, et qui peixt prendre cette responsabilité, sinon les gouvernements? t
Arguments français * il ne faut en aucun cas fausser l'esprit du traité. Vnnnonce des annuités que l'on avait envisagées à la Conférence de Boulogne en juin dernier a fait le plus mauvais effet sur l'opiiiion et sur le Parlement français. I^ traité porte : répctfation totale des dommages. I^ France eadige qu'il soit appliqué. Récemment, l'AUemagûe vient d'envoyer à Par^ les bons de «o et de 40 milliards de mark-or qu'elle dcN^ait verser. Cela ne veut pas dire qu'elle les vet^e, mais on en a la reconnaissance en main, et c'est aidai qu'on doit procéder en bonne régie. Cela n'empêche pas que sur les modalités du paienlâit et sur la nature même des paiements, oh doive s'entendre avec l'Allemagne. ^Allemagne Uwe déjà du charbon, elle peut bien livrer demain du bois et des objets fabriqués en compte réparations. Il y a une annexe 4 au chapitre des réparations qui prévoit cette manière de s'acquitter, mais le chiffre doit être fioté par les dégâts et non par une décision arbitraire de qiii que ce soit. Tels sont les arguments français.
yi^e Afo/iM» 10 octobfe 19^0.)
La politique d'entente a déjà reçu un coup fâchetlit à Spa, quand l'évaluation de la fortune allemalide nous a été imposée d'après la méthode anglaise, et quand a été passée la convention des charbons sauvegardant les intérêts britanniques. Aujourd'hui, la thèse française est : maintien de l'autorité conférée à la Commission des Réparations ; la thèse anglaise: forfait arrêté conttadictoirement avec rAllcmagne dalis ime conférence sur le modèle de Spa. Oii aîtlve à im comprofflis, mais
VkllEH^ûm DEVANT DE TRAITÉ 2t
l*impression, e» France, e?t que le traité a çubi, W C«çi, Wfî revisiou iwasqiiée. On vient d'y introduire une procédure contradictoire où TAUem^igne est appelée ^ partiaper ii tous les degrés. Peut-on dire désormais que les dommages mis à la charge de TÂUemagne seront intégralement payés? Est-ce bien toujours l'avis de l'Angleten^ qui agit, cette fois encore, m gous Vinfluençe de ses bomme9 d'affaires et de ses partis ouvriers v (Gabriel lïgnotaux, 1.6 Traité de Vf^saiUes) ? Quelle tentation pour le vaincu, qui déjà a évalué dérisoirement nos dommages à 7 milliards de marfes et qui» pour reprendre la formule de M. Poincaré ^ déclare : a Je vous payerai en un nombre d'années que je ne vous indiquerai pas, une somme que, si vovi^ le voide? bien, nous appellerons x », Quelle occasion pour nous faire sortir du traité et pour entrer, av«: voix pleinement délibérante, dans le tribunal ! w Jy'essen^ tiel, conclut M. Poincaré, est de s'en tenir aux conventims, de fixer la créance de l'Allemagne, sans se laisser émouvoir ni par les men^cesni par les jérémiades. » Or, le 21 octobre, l'Angleterre renonce à un article du traité (Anne^çe II de la 8« partie : § i8) ', afin de faire disparaître
rinceïtîtu4e des particuliers allemands en ce qui a trait à leurs biens dans lès Iles Brit«miques. L'Allemagne est avisée de cette décision avant que les Alliés ne soient «anscignés. Résultats : privilège anglais ppur son commerce avec le Reieh, abandcm de toute une série de sanÇ' tions qui, pour être efficaces, doivent être pratiquées par toits les signataires du traité. L'opinion publique fran-
çdse esl: fâçbeusement impressionnée ; nous sommes placés devant un fait accompli. L'Angleterre est impatiente de voir les expéditeurs allemands confier leurs
X. Kajmond Poincaré : « Sur la pente savonnée •, I^ Matin, x8 octobre 1920
9. iliviÀcrafcs^qtlcvviiiMmcfçalliét^e^a^soaiAat auront )c4ra|t 4e fre^dr^ 9 <a9 d^ Ca^fVtce volpotjitre de l'Allema^e et que rAllen^sne ^'engage 4 ne pas oaosidérer eoaune des actas oc guarre, peuvent comi^eùdre dos repNasilltf H 4m f^9il^bi^om ^mPfi^n* 1 1 ^oûQpmiques et en g^qe^ telles ft^trçs incsurf» que les gouvernements rcspectife pourront considérer comme néceseitéea par lèa affcoBstaocea. »
marchandises à ses vaisseaux. La suppression de la menace de saisie délivre l'Allemagne d'un grand souci. Elle trouvera maintenant en Grande-Bretagne des sécurités qu'aucun autre pays allié ne peut lui offrir. Un des liens de solidarité créés par le traité de Versailles vient de se rompre par cette dérogation formelle. On ne manque pas de le dire, à Berlin comme à Paris. I/C gouvernement français ne cache pas sasurprise, le 27 octobre, et fait valoir le problème de droit autant que le problème politique. Et notre presse, enregistrant un « malaise profond », élève des doutes sur « la collaboration intime et confiante » de l'Angleterre et de la France. M. Poincaré, dans la Revue des Deux Mandes, qualifie le traité : « une plante délicate ». Entre temps, l'accord franco*anglais sur la procédure des réparations se poursuit : il est scellé le 11 novembre. On aboutit à ces quatre propositions :
x<> Réuniott à Bruxelles d'experts techniques alliés siégeant avec des experts allemands. I«es experts feront leur rapport à leurs gouvernements respectife, et le procès^verbal de leur réunion sera communiqué à la Commission des Réparations;
20 Une Conférence des ministres alliés se réunira à Genève, après le plébiscite de Haute-Silésie, mais au plus tard dans la première quinzaine de février, pour discuter dans son ensemble la question des réparations (montant total de la dette, examen de la capacité de paiement de TAUemàgne, etc.). I«es représentants dn gouvernement allemand participeront à cette Conférence à titre consultatif, comme à Spa. I«es membres de la Conférence de G«3iève feront leur -rapport à leurs gouvernements resiiectifs et chacun de ces gouvernements informera son représentant à la Commission des Répisirations des conclusions auxquelles il sera arrivé, quant au rapport de ses représentants à la Conférence de Genève;
3^ I<a Commission des ïléparations procédera alors, conformément aux termes dû traité de Versailles, à la fixation du montant total et des modalités de paiement des sommes dues par TAlkmagne, et fera aux puissances son rapport sur la capacité de paiement de T Allemagne;
4^ Réunion du Conseil suprême, pour examiner toutes mesures ultérieures à prendre, gages et sanctions inclusivement.
Cet accord ménage l'avenir. Il est à noter que la Commission des Réparations est maintenue; «le malaisefrancoanglais peut et doit çeèseï », estime la Renaissance politique, UtUraiye et artistique du 27 novembre, en un remar-
quable article signé d'une haute personnalité financière, le baron £.-B. d'Erlanger; ce malaise n'a en effet que trop duré. Il enchante trop l'Allemagne pour être prolongé outre mesure. Il permet à l'ex-ennemi de maintenir, dans ses discours, un ton blessant pour ses vainqueurs. Le 6 décembre, une nouvelle occasion se présente de lui parler de sa défaite qu'il oublie. Les ministres français, anglais et belge à Berlin reprochent à von Simons les cBscours prononcés, en territoires occupés, par des membres du gouvernement du Reich : l'esprit et la lettre en furent pr<>vocateurs\ Il faudra qu'à l'avenir les orateurs prussiens mettent la sourdine et n'attaquent pas le traité, en leur propos d'estrades, dans tes régions que nous occupons. La presse berlinoise prend texte de cette juste observation pour fulminer. Nous sommes des a étrangleurs »^. La réponse officielle allemande est hautaine. Â la lire, on croirait que les discours inopportuns ont plutôt apaisé les esprits, qu'avivé les rancunes: Il est déclaré, sèchement, pour conclure :
« Le gouvernement allemand doit se réserver d'apprécier, conformément à son devoir, si et quand, pour des motifs de politique intérieure, il est nécessaire que des ministre^ d'Empire se rendent compte par eux-mêmes de la situation en pays occupés et prennent contact avec la population rhénane. Il ne peut donner à
I. Le rommiiwaire Américain à Berlin s'est associé à la triple protestation alliée.
3. La Deutsche AUgemeine Zeitung, depuis août 1920, a délibéfément pris la direction de la campagne anti-française. Bile fulmine en apprenant, en décembre, qac WUsoB et Léon Bourgeois sont bénéidaires du prix Nobel pour la paix. La note « contre les <Bsoours rhénans » est appelée la Note-Muselière. Tous les journaux sHndignent, et cette exdtatian générale provoque de violentes manifestations à Hambourg, pour la revision du traité (29 décembre) et à Berlin (3 janvier 19s x). X,* • infamie noire », der schwarse Sehmack^ est un des refrains les plus souvent chantés : on sait qu'il a trait à la présence de nos troupes noires en Rhénanie. On fulmine au sujet des « vaches laitières » qu'il faut livrer à la France et dont le déport « va ruiner physiquement le peuple allemand ». On crie à « l'infanticide en masse ». On reparle même des mauvais traitements subis pat les prisonniers allemands en Ftance. I«es femmes font chorus dans les assemblées publiques (Mutticfa). On tonne contre la Pologne et il se trouve des orateurs pour pf^ager la prochaine ruUie de la France par l'alliance germano-russe. Ut la question étant d'actualité Immédiate, partout on réclame l'azuralàtion du plébiscite d'Bupen et de Malmedjr, oonfbtmément A l'esprit de la note envoyée le 30 novembre à la Sodété des Nations par le ministre des Affaires étnmgères du Rdch. \
514 HISTOIHÈ DES VI01,ATION$ t>V TRAITÉ DE PAIX
l'avwçe aux gottv«niefiient3 bdge, mx^!^ et français A^çmm efpèce d'assurance constituant un engagement ftU pty'et 4âs déclarations qu'il fera dans ces pays. »
Si pourtant il y avait du désordre, un jour, en Rhénanie, ce sont nos troupes qui devraient sévir.,, et s'exposer. Berlin a tort de revendiquer pour lui seul le droit de fijter les visites des « agitateurs » et la nature des propos qu'ils doivent tenir* Qu'eut dit TAUemagne en 1871, si Thiers était allé parler à Nancy, à la façon du chancelier du Reich, en 1920, à Cusseldprf et à Cologne^?
Êbert re^te président de la République, le cabinet Febrenbach comprenant qu'il est difficile à ce moment de trouver dans le pays une autre personnalité capable d'obtenir une majorité ^ C'est un acte de sagesse. D'après la Constitution du 11 août îq^q, Êbert était élu temporairement : on vient prudemment de renoncer au dangereux plébiscite prévu par l'article premier pour l'élection présidentielle. Et peut-être, en maintenant Êbert h son poste, a-t-on évité Hindenburg et les inévitables manœuvres de la caste militaire. Que sa République désormais devienne démocratique, c'est ce m^ Ton peut souhaiter de miet« à l'Allemagne. Jusqu'alors, on doit dire avec le docteur gimons (Gg.s;ette d^ FrwçfQrf, article du 25 décembre ig^ço) : « I^e peuple allemand évolue dans l'obscurité. Nous avons un triste Noël et tme amère vision de l'année qui vient'. »
I/C mois de janvier 192J, à peine commencé^ init en deuil beaucoup d'Âllemcuiâs, indulgents au crime, par Ip.
I. Ce vif |n(4de9t sft prp4Tnt au pigment oà TAllÊimgfie a^r^^se 4 l%n^P^U 4eiH^ votes ; z« pour fepoua$(Sf le projet œusMt^ut h euyoy«v voter à Cologne )e^ « wm-^otmcHU» » de Haute-SU&ie: z« pour opposer uu refus 4 )g wU par taauelJe le $ épér»! No)iet réclamait la diâ^lutkm ae toutes l«s orgapi^fious mJ)|T taM-es qui, cous 4f& appeli^tious diverses, subsistalest d49a Je^ p^ys ^lleum^^s (Optoiimeilt Bavière et Crusse orientale).
•. Sbert réclame aus^tôt use augmeatatioâ de tùo.Qoa patks ainnutls four frais é% r^réseatation.
|, n çst vfi^l que l(ç mipl^tre des Araires étraiw;^» gé»iiWftJt suf twt àtmjni les c prétsi^ti9ns » ^ traité de Versailles.
mort de l'eK^banc^er 4e Betbipwn-HoUweg. C'ét^t Vhovm^ qui ^vait dit i l'Angleterre, en ](9X4 : « Ket-^ce ponr un chiffon de papier que vous ajle^: nous déclarer la guçrrç? » Il avait démissionné en juillet ^917 et disparu de la ^cène politiqwr L'histoire maintenant s'emparait de lui pour lui donner le UQm de « clianoelier du xnen* songe ^ »» J^ journaux allemands ne lui reprochaient que sa f faiblesse », l^ Vomaeris le qualifiait de « brave homme )»; la presse de droite déplorait ses tendances conciliatrices. CuiUaume II se fit représenter aux obsèques par un de ses fils,
Un an s'est écoulé depuis que la paix existe entre les puissances de l'Entente et J'iUlemagne. Pangermanistes, partiâ ouvriers, conservateurs, démocrates pestent contre le traité autant qu'au premier jour. Vexe des conférences est ouverte depuis de longs mois et ne semble pas au moment d'être close. « Sommes-npus vainqueurs ? )• : c'est la question que nous nous posons tous les jours, Depuis le IQ janvier igw, von Ler^ier et von vSinions ont signé, à Paris, le document qui constatait la mise en vigueur du traité. Depuis, nous aOons de discussicm en déception. Pour un Allemand qui reçhercîie la waû pmx, tout un peuple l'élude^. L'esprit prussien suscite et alim^te toutee les diflSculté^- C'est lui qui inspire les Allemands rebelles à toute négociation apaisante et qui, le 13 janvier, dicte au pangermaniste comte Westrap cette motion catégorique : « Rétablissement d'une Prusse puissante, sous le sceptre des Hchentollem » (Congrès pour les élections à la Diète de Prusse, 3erlin).
Pour l'esprit prusfden, le rè^ement de la paix reste un jeu de haute ruse. Dana cetfe première quinj^aine de janvier, pn «c jou^ ^ mentir » sur Je chapitre des réparations