‹ Histoire des violations du traité de paixChapitre 64 sur 92 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Au moment de la Conférence de Bruxelles, en septembre 1920, nous avons laissé l'Allemagne déçue devant l'écroulement du beau rêve qu'elle formait, peu de temps auparavant : écraser la Pologne avec la collaboration des Russes et des Lithuaniens. Tout est remis en question par la paix intervenue entre les belligérants. Il faut donc attendre les jours meilleurs où l'espoir de plumer l'aigle blanche redeviendra possible. Au reste, un avenir assez proche va permettre d'attiser le brasier en y rejetant un combustible particulièrement inflammable : la question de la Haute-Silésie est à régler entre Allemands, Polonais et Alliés. On se promet, sur ce point, du bon temps et de l'occupation. En outre, à l'intérieur même de la Pologne, rien n'interdit de poursuivre des intrigues sourdes ou avouées. Il est cent mille moyens pour molester « ce peuple arrogant, dans ses frontières et dans ses relations avec l'extérieur » : on n'en négligera aucun.

Le 28 septembre, un train sanitaire part de Bruxelles pour Varsovie; lé gouvernement allemand lui refuse le passée sur le territoire du Reich.

Comme nous l'avons dit, la paix est au moment d'intervenir entre Russes et Polonais, mais ces derniers, en octobre 1920, ne désarment pas : ils poursuivent les débris de l'armée des Soviets, occupent Novo-Grodek, saisissent des stocks énormes et de toute nature. Simultanément, ils concluent l'armistice polono-lithua-

nien et tiennent la dragée haute aux délégués de Moscou, pressés d'en terminer, tout en paraissant maintenir des exigences fort peu de situation. Wrangel, au sud, à ce moment, les inquiète. Ils calculent qu'ils doivent libérer leurs armées sur le front polonais pour faire promptement face à cet autre danger. Ils n'ont pas tort, et l'avenir le prouvera bientôt. Le gouvernement allemand arrête à Eliel un navire danois portant des munitions aux Polonais : vexation prévue. On agit de même avec un vapeur hollandais chargé de matériel de guerre, et malgré les protestations de la Conférence des Ambassadeurs. Ce ne sont là, pour le présent, que de moindres détails puisque l'armistice polono-bolcheviste est enfin signé le 8 octobre, et que, le 6, ont cessé les opérations contre les Lithuaniens. On signe les préliminaires de paix, le 12, avec les mandatés de la Russie soviétique. On veut « une paix de sagesse », où la Pologne ne demandera ni trop, ni trop peu. L'Europe conseille aux Polonais d'en agir de même avec les Lithuaniens. La question délicate est celle de Wilna. Au-dessus de cette ville, les intérêts s'entrechoquent. Le général Zeligowski (polonais) anticipe sur les événements, occupe la ville. Varsovie est obligée de désavouer ce geste imprudent, mais la population polonaise le trouve fort opporttm. Le gouvernement de Kowno m^iace de rompre les pourparlers. Zeligowski tient bon et adresse un message aux puissances. Il crée un gouvernement de la Lithuanie centrale, va convoquer une Diète. D'une minute à l'autre, il peut entrer en conflit avec les Lithuaniens. Un plébiscite pourrait tout arranger. La Pologne ne semble point le désirer. Elle laisse entendre, le 20, que Wilna est son bien, encore qu'elle se dise décidée à respecter les décisions prises par la Société des Nations ^ Kowno n'attend pas, et réitère ses protestations. Les Alliés, moins bouillants, envisagent, le 23, une solution amiable de la question, bien que, non-

I. A ce moment, la Pologne se donne un Sénat, et le chefde Tfitat prend le titre de Président de la République.

velle cause d'irritation lithuanieime, la ville de Varsovie, la veille, ait nommé Zeligowski citoyen d'honneur, en manière de félicitation^ Le 28, le Conseil de la Société des Nations considère l'affaire de Wilna. La Belgique propose une consultation populaire sous le contrôle de la Société des Nations. Le principe de ce plébiscite, est, le 31, accepté par la Pologne. Kowno s'obstine à réclamer le retrait des troupes Zeligowski, lequel, belliqueux plus que politique, marche vers Daljati et Oljani, qu'il occupe, en faisant reculer l'armée lithuanienne, toute renforcée qu'elle soit d'éléments allemands accourus à son aide^. Au début de novembre, des députés de Varsovie viennent à Wilna. La population de la ville, en im meeting, vote une résolution qui commence ainsi : « Wilna considère la Pologne comme sa mère-patrie... Nous ne consentirons jamais au partage de notre territoire. » La Société des Nations aura-t-elle le temps d'agir? Zeligowski ne songet-il pas à marcher sur Dvinsk ? Si cette rumeur est fondée. Lithuaniens et Lettons vont tmir leurs armes pour la commtme défense. Les officiers prussiens les y poussent, et les Russes pourraient saisir l'occasion pour rentrer en campagne, puisque Wrangel, déjà défait, n'est plus à craindre (17 novembre) '. A la Diète polonaise, le 18, on déclare solennellement que « la Lithuanie centrale est tme terre. polonaise », et c'est ime fois de plus jouer avec le feu : quarante-huit heures plus tard, le gouvernement des Soviets rompt les pourparlers polonais-russes (Riga), pendant que Zeligowski et les Lithuaniens se battent. La paix polonaise va-t-elle donc être complètement remise en question? Ce n'est, temporairement, qu'tme alerte, un incident sans suite, mais qui a, toute une journée,

z. Ijt lendemain 23, le traité de Kiga (polono-ruase) est ratifié, au rncboa quant à ses préliminaires. Vartide x*' délimite la noavdle frontière.

%, A Tilsitt, l'offider bavarois von Kalkenbecg organisait les départe de soldats vers Kowno. Un autre, à Insterburg, formait, en novembre, une armée de X0.000 hommes pour la même destination. Les junkers, en Prusse, se flattaient de pouvoir réunir bientAt xoo.ooo hommes bien exercés.

3> Trotxkv concentre à nouveau des troupes contre la Pologne.

fott inquiété rEurope. U n'en reste pas moins vrai que le russe KQorin, dél^ué bokheviste, déclare : « La paix avec la Pologne n'est qu'une bulle de savon. » On suscite» dans la discussion du traité, d'innombrables difficultés de détail : on parle d'une rupture définitive \

C'est l'une des faces du problème polonais, mais la face lithuanienne n'a pas repris son calme. Kowno accepte un plébiscite, il est vrai (28 novembre), mais ouvre de plus en plus les rangs de ses armées aux soldats allemands, plus nombreux en ligne que les Lithuaniens eux-mêmes. L'œuvre de la Société des Nations se t)oursuit. Bn attendant mieux, elle réussit (5 décembre) à créer une zone neutre entre les belligérants. Polonais et Lithuaniens, le doigt sur la gâchette du fusil, délibèrent sur les conditions du plébiscite prévu :.un détachement international occupera, par mesure de prudence, la région de Wilna, en dépit de la protestation de Moscou qui ne reconnaît à la Société des Nations aucun droit d'initiative en cette affaire. Les Lithuaniens, le 23 décembre, se reprennent à douter de l'opportunité d'une consultation populaire; ils, préféreraient un arrangement entre gbuver-

I. Xfi 26 novembre, les Bolcheviki bombardent, ai territoire polonais, la ville de Podwoloczyska, « par erreur », diseat-ilt. — Après cet incident, on rcftfend les négociations pour la condusioa définitive de la paix. < I«es divergences entre dél^Sués russes et polonais s'atténuent » (communiqué du xo décembre 1920). Vaxœlttice est prolongé, mais la propagande aUemande annoace ki reprise de la guerre au printemps, en même temps qu'elle travaille à amener refiFondrexnent du mark pokmaisw

« Vun des procédés auquel l'Allemagne a eu recours consiste à faire pajrerà la Pologne environ 300 marks là tonne le diarbon silésien qui, sur le mardié intérieur aUenûnid, ne se vend que aoo. Or, cornue la valeur d'échange du marie allemand en mark polonais est actuellement 7,7, il s'ensuit que la Pologne paye le charbon silésien 3,3x0 marks la tonne, ce qui rend Impossible tout em^oi industriel.

« I^ second procédé allemand pcmr ruiner la Pologne est en contxadictioo absolue avec l'article 266 du traité de Versailles, d'après lequel l'Allemagne devait autoriser les e3q>OTtatiens folonaises. Or, odles-cisont, depuis i^usicurs mois, interdites par TAllemagne. Enfin, il semble établi que « les banques Israélites allemandes > se sont, depi^ déjà plus d'un an, procuré de grandes quantités de marks polonais qui sont niaintenant jetés tout d'un coup sur le marché. I«a perte de ces banques est, certes, considérable, mais cela a peu d'importance pour l'Allemagne eu é;gard au résultat»

(I^ Timps, ts dèceuibfe 1920.)

Jc^Snons à ce document l'état de la situation finandère de la Pologne â la fin de X920 : « I^ dépenses ordBnaires sont en déficit de 9 milliards 500 xnflUons de marks et les dépenses extraordinaires de 53 milliards de marks. I^ emprunts intérieurs et extérieiu» dépswent xoo orfUiards de aMfks*

nements, mais ils demandent Wilna, et c'est dire qu'on ne souscrit pas à leurs vœux, bien qu'ils promettent leur neutralité dans toutes ks guerres futures, entre Pologne* Russie^ et autres nations. Les entretiens sont à tout instant au moment de se rompre : nulle entente ne peut en, sortir : le 12 janvier 1921, ils sont suspendus pour être

X. Entre temps, la paix rasso-polonaise s'adiemine ven sa réaiisation : « Dans ntt délai très xapprodié, a dit T^énîae, le so ûécanbn, aouisigBcfoos définitivement avec les Polonais. > I^ maréchal Pilsodski va en apporter à Fail» l'assurance (Janvier 1921). Mais il est soufirant et, pour détruire rheureuz effet de ce voyage éventad, l'AUemagne colporte le bruit que la Pologne cheicke le scoom» allemand par la ocmdusion d'un traité de commerce avanta^ux et» qu'en outre, elle désire renoacer ou plébiscite eu Hautc-SDésie po«tf accepter un partage à ramiaUe. Coacemaat la « paix dans l'Est », le BerHtur TageblaU est obligé de reconnaître que Russes et Polonais vont s'aœorder, malgré dlnflmes diicânes, notamment sur les danses finandéres. On se décide pourtant à reconnaître à la Polcgne la clause de la nation la plus favorisée. I<e groupe des communistes modérés, contre le parti Tt<AAy, veut la paix pour commencer son travail dt f eooafttruction russe. I«e maiérhal Pilsudski arrive à Paris, le 3 février. U répète ce que dit M. Witos, président du Conseil polonais : < Notre tâdie est d'assurer une paix durable avec & Rossle. » 1^ 19, est signé un accord politique franco^olonai». Paris et Varsovie s*engas[ent à se concerta sur toutes le« questions internationales intéressant les deux «tats. V Allemagne est loin d'en être satislaite. Bile n'est pas piva ré joule le 34 février, lors de la signature, à Riga, de la première partie du traité russopolonais. I^ 10 mars, on publie que « l'artide i*' déclare la fin de l'état de guerre entre la Pologne et la Russie des Soviets. I«'artide 2 proclame l'indépendance de l'Ukraine et de la Ruthénie-Blanche, érigées en républiques et faisant partie de la fédération rosse des Soviets. I«e même artide tiaoe la ligne frontière entre la Pologne et la Russie. Vartide 3 omtient la renonciation mutuelle des deux parties aux obligations antérieurement contractées. Vartide 5 concerne la non-intervention dans les aflsires intérieures des parties adverses. Vartide 6 traite du droit d*option. Vartide 7 assure des garanties aux minorités nationales. Vartide 8 prévoit la renonciation mntudle aux firais de guerre. I^es articles 9, xo et ri relent respectivement le retour des prisonniers de guerre et des réfugiés, les conditions de l'amnistie et tes rédamations touchant les trésors artistiques et les bibliothèques enlevées à la Pologne par les gonvemcnients russes. Viennent ensuite les articles économiques, les conventions commerciales et de transit, enfin la question des relations Aplomatiqnc» et consulaires.

■ I^es dnq premiers artides sont déjà votés, ainsi que les trois paragraphes de. l'artide 6 concernant le drdt d'option. Vartide 11 réglant le retour des trésors d'art soulève encore qudques difficultés. Vimpression qui se dégage des derniers débats de la Conférence est favorable. On pense que les travaux des Commiiwtons pourront être adievés vers le 15 mars. I^ signature du traité de paix suivrait immédiatement. »

(l^ Temps./

Et le z8 mars, le traité-de Riga est enfin signé dan» son ensemble i il reconnaît à la Pologne ses frontières Ustoriques. Berlin jette f en et flamme. I^ presse varsovieane enviMge l'avenir : « Notre pi^ devra duisir entre TAlleauigae et la Russie : il semble évident que l'alliaace avec cette dernière s'impose », bien que. Trotsky déclare, le 9 avril : « Nons powrons tious occuper l'été prochain de la revanche sur la Pologae. » « I«a lutte est remise, éciit la 12tfVM i«s Dmm AfoniM (15 avril); le ttsité de ]Û||a ne saunit Her le proMtaiiat russe. > — I^ 30 Juin, un ordve de mobiliiatioB généiale est laaoè, dit«on, pour tous le» hommes Jusqu'à 48 ans, par les fouvemcments du nord da la Russie. Ja x3 JniUct, le gouvernement polonais adrasr an Soviet centiml(liosoou> taie note accusant U fouvossemenl boldicvik de préparer tmc iafasion en Pologne»

repris le i*' février, sous condition, acceptée par k I^îthnanie, que le plébiscite ait lieu. Il est fixé au 20 mars. Date prématurée,puisque la Conférence Uthuano-polonaise ne s'ouvre, à Bruxelles, que le 20 avril. l/cs experts vont discuter longtemps. Le 19 juin, on semble encore loin de s'accorder. Le 27, on n'en est qu'aux concessions parcimonieusement mesurées de part et d'autre. Wilna deviendra-t-il un canton autonome dans une Lithuanie fédérale ? « L'intérêt de la Pologne, dira le 30 juin le préaident de la sous-commission des affaires lithuaniennes, est de soustraire la Lithuanie de Kowno aux influtences allemandes et de créer une barrière entre Allemagne et Russie. Il est facile de comprendre pourquoi les Allemands ne désirent nullement voir aboutir un projet de fédération entre Lithuanie et Pologne. » Conseillés secrètement par Berlin, les Lithuaniens en viennent (17 juillet) à nier toute possibilité de conciliation avec les vues varsovieimes.

Le 27, tout paraît indiquer que la Lithuanie se prépare à une action militaire. On peut un instant suppo:;er que la Lettonie prendra part aux opérations ^. Cette rumeur naît d'un autre bruit selon lequel la Triplice baltique est en voie de formation. Le 7 août, la question lithuanienne gardé toute son acuité. Le 3 septembre seulement, le délégué belge à la Société des Nations a l'espoir, tout problématique, d'avoir rédigé un programme d'arran-

X . I«a I«ettonie a, depuis de longs mois déjà, supprimé, dans ses villes, les enseignes des magasins rédigées en allemand. Elle n*cst pas gernîanopbile, h<»mis les bazoos baltes, qui sont tous d'origine germanique. Pendant la guerre, le pays a été pillé par TAllemagne, depuis la prise de I4ban (8 mai 1915) jusqu'en décembre 19x9. Dès l'armistioe, les lettons ont recmnmenoé à publier leurs joomauz en leur langue maternelle. Usont prodamé, le r8 novembre 19x8, la I^ettcmie République iadépcndante. Mais, le 3 janvier 19x9, les Russes menacent Riga, s'en emparent I«'Âllemagne, habile, offire ses services, promet de refouler l'envahisMur ai l'on accorde ans soldats dn Reidi des ooncewons agiioolca. 1a I«ettonie refose. BertSn orgsuilse aussitôt des émeutes à Z<ibau, y instaure un gouvernement qui Ini est favorable, mais qui ne peut durer. Riga est délivrée sans ramrilialfe aUemand. Mais les troupes de l'Allemand aventurier Bemuwd veulent reprendre la ville en octèbre 19x9. Nous avons vu (tome !•') que l'Sntente, à ce moment. Intervient. Bermond évacue le pa^^ en décembre. I,' Allemagne continue la pénétratiom pacifique par les éGcdeB,.le oommcrce et l'InAustrie. ]>s I«ettons luttent par tous les moyens, depuis lors, et gardent, en majorité, la haine de l'Alkmand*

EN f»0L0ONÈ 273

gement téglant le sort de Wilua. La Lithuonie commente ce dociunetit en ces termes, le 5 :

Noos oonsentons :

A tedlitér la coordination des dMiz poUtiqu» ftrangèttiB {xir la créattoB d'un secrétariat permanent et commun des afibitVB étrangèRs;

A rétablissement d*un ConscD économique commun;

A la condusioA d^une convention militaire défensive avec la Pologne;

A là âoostitation du territoite de Wllna en unité autonome danà ri^t lithuanien, unité qui sera dotée d'une Diète jouissant des attributions les plus larges.

n est entendu que la présente aoceptation ne produira son effet qu'an cas oîk la réponse du gouvernement polonais serait également affirmative.

Nous nous permettons en même temps de suggérer à Votre Bzcdleocè que Taocord futur entre la I4t2]iuanie et la Pologne soit placé sous la garantie de la Société des Nations*.

Ce n'est pas le reflet exact du projet proposé. ]Les Polonais le font savôit. Et, encore une fois, tout est rompu : le différend retournera devant la Société des Natipns''. Le 21 septembre, le délégué polonais à la Société des Nations propose : <c Consultez la population de Wilna », tandis que la presse polonaise menace. Dans k ville même, la GazeUa wilnska proteste que « nous n'admettrons jamais qu'un seul soldat de notre chef, le général Zeligowski, quitte le sol àt la Lithuanie eenttale, ni que notre pays devienne le butin de la haine x>olitique allemande ». Bt, le 25, on manifeste, dans les rues, contre la Société des Nations et le projet transactionnel qu'elle prépare. L'assemblée de G^ève n'a pourtant jusqu'ici fait appel qu'à la modération, à la réserve et auz souvenirs fraternels des detix peuples. Varsovie proteste avec non moins d'énergie et demande « que le sort de Wilna soit réglé en vertu du droit des peuples ». Le t^ octobre, là Diète polonaise réclame l'appel au plébiscite. Les journalistes polonais, en Congrès national ft Lwow, expriment le même voeu.

X. Vuae des xaiaoas poiir lesquelles les Polooals ne sonscriTcnt pas à ces propositions, c'est qu'ils ae s'y volent pfts assét ganatls contre l'infiltration dt^'AHc magne, en lithuanie, -^ers la itusdfc tonte voisine. I«e « mur poloûais d^ peut Bcnl êlte efWoo ocsitre oettft entreprise.

s. Z,e so septetebie 19», la Ivithuanie est admise dans la Sodété à l'uaaiiiflUtCi tftOlilÉ Itt voi:K de la Pôhgn* et eéiles de là RottmAidf

La fête du 13 octobre, dans la ville lithuanienne contestée, est imposante : on y célèbre l'anniversaire de l'entrée des troupes de Zéligowski, « le libérateur ».

Nous connaîtrons au tome III la destinée de Wilnâ après ces débats qui sont, comme longueur et complications, un spécimen admirable des controverses soulevées par la guerre, entre nations européennes. Si nous avons voulu tracer à grandes lignes le récit de cette « affaire lithuano-polonaise », c'était, d'abord, parce qu'elle avait son importance en soi, et ensuite parce qu'avec les difficultés polono-russes dont nous avons résumé la substance en note, elle constituait i)our l'Allemagne un moyen d'énerver, de troubler la jeune République polonaise. Nous ne pouvons nous attarder à étudier l'action occulte des Allemands à Wilna : sachons bien seulement qu'elle fut quotidienne et que si le différend fut si prolongé, c'est parce que Berlin avait « ses conseils » en Lithuanie centrale.

Il nous est plus directement intéressant de vérifier comment sa voix fut entendue dans la ville libre de Dantzig, pendant la période que nous envisageons ici. Aussi succinctement que possible, nous y signalerons les effets de sa politique de désunion.

Le 8 octobre 1920, une délégation de Dantzig se rend à la Conférence des Ambassadeurs et saisit l'occasion pour réfuter une <ropinion qui court le monde ». Elle écrit au Temps :

Dans une communication du bureau de presse polonais, repnxluite par le Temps, nous sommes représentés comme étzangeis à la ville de Dantzig, à ses intérfits spéciaux et même, pour quelques-uns d'entre nous, comme d'anciens militants pangeimanistes ou fonctionnaires prussiens. Pour répondre à ces accusations erronées, il nous suffira de donner quelques précisions sur les différentes personnalités qui composent notre délégaUon.

Point par point, elle établit donc V orthodoxie de chacun de ses membres et « remet les choses à leur place ». Il n'en est pas moins vrai que le 14, le Conseil populaire

polonais proteste contre « l'absence de délégués polonais parmi les membres de la délégation dantzicoise à Paris ».

La Conférence examine le projet de convention relative au régime de Dantzig et, le 20, approuve le texte de la convention qui règle les rapjports entre Dantzig et la Pologne, pour l'utilisation du port par les Polonais. Il s'agit de fixer les droits et pouvoirs des deux parties dans cette question infiniment délicate. Les principales puissances alliées et associées se sont chargées de cette rude besogne. Dantzig a une importance capitale pour les possibilités d'avenir de la Pologne : c'est sa seule issue sur la mer. Sans ce débouché, les Polonais retombent sous la dépendance économique de l'Allemagne. C'est par ce port qu'ils peuvent se ravitailler en cas de guerre. Ils désirent que ce soit « un port polonais » et non tm port libre. Les Dantzicois réclament au nom de la souveraineté de leur ville libre, ils veulent leur douane personnelle, le contrôle des chemins de fer et voies d'eau par une commission mixte, un pavillon distinct pour leur marine marchande. Prétentions abusives, si l'on relit, dans le traité, l'article 104. Dantzig n'y est pas considéré conmie un état souverain, ni conmie un port libre. L'influence de l'Allemagne y reste trop active et féconde pour qu'on accepte la doctrine des Dantzicois. Le but de Berlin est de libérer la ville de toute tutelle polonaise. Il importe de trouver, au conflit, une solution équitable... et prudente.

La Conférence élabore un projet que Varsovie refuse de signer ^ . Le prince 8apieha, ministre des Affaires étrangères, ajoute aux considérations économiques cette déclaration qui suffirait à motiver le refus :

Enfin, scole la gestion des a£faires cxtétieiues de la ville libre par la Pologne pourra éviter qu*dle devienne, comme cela s*est prodtnt

X. I<a Pologne ne peut faire de Dantzig un port d'attadie, n*y peut créer un bureau d'enreBifttrement, ni y établir un tribunal maritime. Pour I4 gestion des services de transit, serait créé un CooseU du port et des voies d'eau de Dantxig, « oiganiMne de nntnte à iiioiMci gravement toute réoonomle des rdations entre la Félogne et U ville li^

au cou» de rinvMioii tx)lclievi8te, un antre où s^exttocfateiit, de la part de certains éléments étrangers, des menées hostiles à moti pays.

On cherche donc les termes d'tin nouveau projet, tandis que, le 27 octobre, le Conseil des ministres à Varsovie décide de ne signer aucune convention avec Dantzig si cette ville n'accorde la garantie d'tm accès Hbre à la mer et la liberté absolue d'importation et d'exportation. Les « citoyens libres » sont fort irrités et les pessimistes craignent des troubles qu'envenimerait aussitôt la participation de la Sicherheitswehr, très bien organisée et disposant d'un important matériel. D'autres rumoristes assurent, le 29 octobte, que la Pologne va occuper Dantdg militairement. Ce sont de vaines alarmes: tm premier accord est bientôt signé, et tel qu'à l'Assemblée constituante de Dântzig, le haut-commissaire de l'Assemblée peut dire : « Messieurs, nous vivons désormais en paix. Dantzig et la Pologne servent d'exemple. Puissent les deux pa3r8 suivre côte à côte la même voie heureuse, grftce à uitt amitié réciproque. » N'est-ce pas parler un peu vite, observe le Temps?

Hier» 15 novembre, Dantaeig a été constitué en ville libre, oooime le

g révoit le traité. Selon Tavis des jurisconsultes, la oonventUm entre i Pologne et Dantzig ne peut entrer en vigueur que si Dantzig est constitué en ville libre, mais la rédpnxiue n*est pas vraie : anttettest dit, à en croire les jurisconsultes, Dantzig peut être valablement une ville libre sans qu'une convention soit en vigueur avec la Pologne. On dsvine tout ce qui peut s'ensuivre. Jusqu'à présent, les repiésentants polonais n'ont pas signé la convention. Us attendaient que le Conadl de la Société des Nations, se rangeant à l'opinion exprimée par la Confihtence d«s Ambessadieurs, donnât à la Pologne le mandat d'assorer éventuelkaaent la défense de Dantzig. Ce mandat serait parfaitement justifié, mais le Conseil de la Société des Nations a renvoyé TafEaire à une Commisdon.

I,es choses ne doivent pas rester en cet état. X» Pologne peut êtee menacée prochainement à l'est. Elle a besoin de ne t)as donner prise aux agressions, et de garant»* ses communications avec Isi puinnKes de r^tente. Nous attirons donc l'attention sur le caractère urgent des trois décisions suivantes :

1^ XL faut que les troupes polonaises, « irréguliéres » ou autres, évacuent la région de X^rllna, où une admlnistraUon impartiale devrait être organisée;

ao jx faut que les représentants polcmais signent la conventioii préparée entre la Pologne et la ville libre de Dantaigi

3° I^f^ut que kConsdl de la Société des Natio«s accorda à la Pologne le mandat d'assurer éventuellement la défense de Dantzig.

Cda revient à dire que le problème est Um d'être réoolu. La Société dea Nations prépare une Constitution pour la « ville libre » qui éUt son gouvernement, le 7 décembre» transforme son Assemblée constituante en législative (Diète popolaiie). Il se rencontre» malheureusement, que M. Sahm, président du Sénat, est un pangermaniste avéré. Les félicitations du Berliner TageilaU lui sont largement prodiguées. I^e parti dominant à la Diète est recruté parmi ks nationaux allemands. De nombreux postes sont distribués entre les représentants du centre et du parti démocratique allemand. « C'est un gouv^nemient tout è fait allemand », constate le B^rUnef TageUaU.

Le 4 janvier 1921, un violent incendie éclate dans les anciens chantiers impériaux de Dantzig. Ce n'est qu'un fait divers, mais certains, en Pologne et dans la ville même, s'étonnent de cet « accident » survenant la veille du jour où, au parlement de Dantsig, on étudie le choix des membres de la Commission de 'surveillance du port. Les pangermanistes» à ce propos, donnent Ubre cours à leur violence.

Z^ 17 janvier, le général Haldng est désigné par le Coxiaeil de la Société des Nations comuae haut-conunis* saire permanent de Dantzig. Il trouvera une situaticm difficile, une grande antincânie de vi;ies entre les pro* allemands et les ouvriers de la ville, qui souhaitent, pour leur part, une franche amitié avec la Polc^e. I^e « Conseil du port et des voies d'eau » est composé, en parties égales, de commi^aires polonais et dantdcois. La Société des Nations va lui déagner un président, si tout^ois on veut bien l'accepter. Cette restriction n'est pas superflue si l'on en juge par le mauvais vouloir de Dantzig rejetant, le 27 janvier, les conclusions de Genève touchant le rôle que devra jouer éventuellement,laPol<^[nedansladéfen8e militaire de la ville libre.

On fonde à Dantzig une société internationale de navi-

gation aérienne. L'un des promoteurs est l'industriel Lilienthal, poméranien polonais. On étudie le parcours des lignes, pour des services postaux et des transports de passagers. Février se passe en nominations de membres dans tous les organismes nés de l'accord de novembre 1920, mais on signale aussi maintes chicanes. L'une des plus caractéristiques est la protestation des autorités dantzicoises contre le séjour d'un détachement militaire polonais installé, dans le port, pour protéger les marchandises destinées à la Pologne. Un tel acte n'est « pas conforme aux droits souverains de la ville ». Ce moindre détail montre combien sont irritables les susceptibilités. On trouve le moyen terme, tout temporaire, d'enlever au détachement les uniformes et les armes, pour qu'iln'ait plus de caractère militaire ! » C'est, de la part du nouveau commissaire, doimer à Dantz^ un supplément de droits que ne reconnut pas le traité. La complaisance est dangereuse, surtout au moment où l'on constate qu'à Dantzig, on fabrique encore des armes ^ et où les autorités de la ville libre suscitent à' chaque instant de nouvelles difficultés. Il faut de longues semaines pour que les représentants de la Pologne et de Dantzig aboutissent à un accord, prévu à l'article 98 du traité, et établissant, pour toutes les voies de communications, un régime de transit libéral. Les voyageurs circuleront sans passeport et les marchandises en franchise de douane à travers le territoire polonais. Cette « convention du couloir de Dantzig » est signée à Paris, le 21 avril, et xm représentant du Rdch y intervient. Il n'est plus que de la ratifier et de la mettre en vigueur. En attendant, le Sénat de Dantzig continue à expulser les citoyens polonais, en dépit de l'artide 33 de la convention polono-dantzicoise. On

I. I^ manufacture reste exploitée par les Allemands. Elle fabriquera, en mal 192X, xo.ooo fusils pour le compte du Mexique. I«e 23 juin, le Conseil de la Sodété des Nations adopte la résolution suivante : « Toute fabrication d'armes à Dantsig doit momentanément prendre fin. Cette décision comprend aussi la febcication des fniUs de chasse. » I«a manufacture est fermée le x*' aottt. Après la fermeture, madiines, outillages, aimes furent hfttivement expédiés en Allemagne, malgré la volonté de la Commission de Répartition qui attribuait le tout à la Pologne.

s'irrite, en mai, de voir approcher le moment où le président du Sénat va partir pour Paris, afin de participer aux délibérations de la Commission des Réparations dont l'objet est de fixer la part de Dantzig dans le paiement de la dette de l'Empire. On s'aigrit en suivant de loin les séances où la Société des Nations (juin) étudie la question de la défense de la ville libre par la Pologne. On apprend, le 22, que a le gouvernement polonais » est particulièrement désigné pour assurer éventuellement la défense terrestre ainsi que le maintien de l'ordre. Et l'on s'énerve du paragraphe 8 de la résolution. « Il y a lieu de demander au haut-commissaire d'étudier le moyen de créer dans le port de Dantzig, sans établir une base navale, un port d'attache pour les navires de guerre polonais. » Le 23, le Conseil de la Société des Nations décide d'accorder un emplacement spécial, au bord de la Vistule, au gouvernement polonais pour le débarquement, l'emmagasinage temporaire et l'expédition pour la Pologne de matériel de guerre en transit. La Pologne aura le droit d'entretenir sur ces emplacements, qui seront assez éloignés de la ville, un personnel de gardes chargés des mesures d'ordre et de sécurité que nécessite la présence d'un matériel parfois dangereux.

Les froissements se renouvellent quotidiennement. Ils sont banaux, mais ils agacent. Citons, comme exemple, l'arrestation, en gare de Dantzig, et par erreur, d'un courrier diplomatique polonais, le i«' juillet. Il est relaxé, mais c'en est assez pour créer un petit incident qui contribue mal à adoucir les relations. Intérieurement, les querelles surgissent jusque dans le Parlement où communistes et nationalistes en viennent parfois aux mains (5 août 1921). Le vSénat persévère à« se montrer le champion de la réaction et à favoriser les agitateurs pangermanistes. Les attaques dont il a été l'objet prouvent que le mécontentement de la nation contre cette succursale des Junkers d'Elbe orientale a atteint le plus haut degré ».

(Journal 4^ Pologne, 8 août 1921.) Cet organe, le même jour, précise sas accusations :

I^ Sénat de DanUig appuie ouvertement la piop^gao^e monarchiste des Hohensollem, tendant à renverser la République à Dax^zig et en AllmagM. Cfttt ^opicaode est dirigée par l'éditeur de la Ostwtua, journal l^-';men$ttel, dont le t>ut est de foire laguerre à la Républiciue du Rdch par le moyen des Polonais et des Bolclievild. Son collaborateur et son financier, éridôn^ent, est l*cK<kxonptfaiz von HohenaoUem.

Quand on se rend compte que le Sénat couvre et appuie toute action réactionnaire (il autorise à accepter les décorations aHemandes, tdks ^e la Cfoi3( d^ fer et VAMt de Silésie^ ce qui est contraire h l'article Ta. il pennet d'organiser des démonstrations monarchistes devant le monument de Guil^ume I*', devant la Diète; il a envoyé une délation de la garde policière aux fnnémiUea de limpératri» allemande à Potsdam), tandis qu'il étouffe toute idée républicaine et de oonsoHdation de la Ville I4bre, on arrive à conclure que ce Sénat est indigne et Incapable de se trouver à la tête d'un lÉitai ayant des vieSlee et nobles traditions répuMicaines, comme la ville libre de Dantsig.

La Dmtzige» Arbeiter ZeUtmg ûéwmc^^ de même, le$ m^ené^s patigermaxii9tç$ du Sénat « qui ne songerait ni plus ni moins qu'à prQçé4er à va\t occupation d^;uisée de la ville par dts forcer miUtaires prusaiennes » (ix août 1921). Sous prétexta de monvemetïts communistes, un <eacadron des l^uasards de la mort arrive à Dantzig av^ des déta* chements de la Reichswehr, maquillés sous des utiiformes de police municipale.

Loin d'être terminées, les négociations avec la Polç^e traînent en longueur : H faut enqore r^ler, au 13 août, l'administration des cliemins de fer, la situation légale des fonctionnaires polonais sur le territoire, le statut de la marine marchande, le rembo^sement des sommes dépensées par la ville libre, etc. F^idant qu'on délibère sur ces détails nombreux, les pangennaniste^ ^^[issent Bn août, ils manifestent et pavoisent aux couleurs impt riales à Ournja. à Neu-Hafe», à Westerplatte, à QHwa, où il est dit, en réunion publique, que « Dantzig a été arracbée par la violence à la patrie allemande » et que « le cœur des Dantaûcois reste âdèle à l'Smpire comne à TEmp^eur »* I^e parti nationaliste allemand de Dantxig

proteste contre l'attribution à la Pologne des chemins de fer et des points de communication. La garde civique bourgeoise, violente et arbitraire, se livre contre les ouvriers à de fréquents actes illégaux. C'est au milieu de ces tiraillements que s'achemine, vers la signature, la Convention polono-dantzicoise. ]> 30 septembre, le litige de deux années est sur le point d'être vidé. L'accord est enfin signé, le 25 octobre.

lya signature du ttaité polono-dantzicoîs doit être considérée comme un des événements les plus importants de ces trois demièies années. I^ ville libre entre dâormais dans les frontières douanières de la Pologne, ce qui coB9titue la première véritable application du traité de Verwilles aux affaires de Dantzlg. Jusqu'à présent, il n'y avait aucune frontière entre T Allemagne et Danteig; par contre, e)le fut injustement établie entre la ville libre et la Pologne. Maintenant, grâce à la convention du as octobre, cette situation «»t reaveraée : Dantzig fait partie iittémsable du téf^mQ douanier polonaia. Toutes les marchandises à destiBatton ou de provenance de la ville Ubfc de Dantzig pourront circuler sans la moindre entrave sur tout le territoire de la République. Ni les Dant^icoia, ni les Polonais n'ataoQt besoin de permis pour le passage dé l^iir» marchandises de Pantzig en Pologne et vice vtrsa. Cela ouvre les plus bnllantea perspectives pour le développement du port Ubre, lequel, en outre, participem aux fecettes doimniéres de l'iStat polonais, à laison de d % sur leur totalité, c*eit<à-dlre proportionnellement au nombre d'habitants de la ville libre. I«a prospérité et l'avenir de Dant^ se trouvent de la sotte inséfiarablement liés à ceux de la Pologne.

(Dédamtkm de M. Pludnski, représentant diplomatique polonais à Dantz^f, 4 novembre 1931.)

Ce résumé des événements montre assez que l'Allemagne poursuit, à Dantzig comme ailleurs» sa lutte contre le traité. I^a question haut-silésienne, que nous allons étudier, lui impose le devoir, auquel d'ailleurs son natturel rindine, d'aigrir, à toute occasion, les relations entre la Fnne Stadi et la Pologne. £Ue est trop avisée pour en laisser passer aucune sans l'ejcploiter. Pour elle, l'accord du 23 octobre 1921 ne saurait être définitif. Nous verrons plus tard qu'elle satura en tirer parti pour allumer, entre Dantzig et Varsovie, de nouveaux brandons de discorde.

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