‹ Histoire des violations du traité de paixChapitre 69 sur 92 · LA RÉPUBLIQUE TCHÉCO-SLO VAQUE · texte numérisé non relu

LA RÉPUBLIQUE TCHÉCO-SLO VAQUE

indemnités, des fabriques, des banques, des mines et des institutions d'assurances, ainsi que le développement du régime des conseils d'ouvriers ^

Nous voyons, par ailleurs, le ministre des Finances, Englis, monter à la tribune pour apprendre au pays que les puissances étrangères consentent aux Tchéco-Slovaques un crédit à 12 % d'intérêt destiné à l'achat de céréales. Un nouveau cabinet (Cemy) va être formé : il veut renforcer l'autorité de l'État, raffermir la discipline dans l'armée, conclure des traités de commerce avec la France, l'Italie et la Roumanie. Le Comité exécutif du parti populaire catholique vient de voter un ordre du jour proclamant la volonté du parti de s'en tenir à un programme républicain démocratique. On dément le bruit selon lequel les effectifs de l'armée vont être augmentés. On se préoccupe de réglementer les rapports de l'Église et de l'État, en tenant compte des majorités catholiques. M. Benès, questionné par le Berliner TageblaU, entrevoit un avenir pacifique et fécond, à la condition que les Habsbourg ne reviennent pas en Hongrie et que l'Allemagne respecte le point de vue tchéco-slovaque, dans la question des Allemands de Bohême. Il est à souhaiter que les Magyars ne s'imaginent plus que les Slovaques sont opprimés par les Tchèques, qu'il y a une question nationale slovaque en Tchéco-Slovaquie. Au contraire, on vient de créer, en moins d'un an, près de 3.000 écoles primaires et une quarantaine de lycées et écoles professionnelles slovaques. Le Slovaque n'est pas un frère inférieur du Tchèque : il est maître de ses destinées dans l'État. C'est un « rameau de l'arbre ». Il serait vain de chercher à créer, chez les Slovaques, un mouvement national antitchèque, que l'agitation soit de forme religieuse ou sociale. Quant à la question des Allemands de Bohême, elle semble s'arranger.

I. I^ 6 Odette 1930, le Cooffés de la sodal-demokiatie allemande de Tdiéco- Slovaqide tean à Carlabad ai^vouvera, à ta jnajorité de deux tiers, une motion contre la III* Intemattonale.

Certains d'entre eux, notammeiit les sœlfil^âétnâktàttiâ, àCâet>tait dès maintenant le fait accompli et se placent sur le terrain dâs traités. Tous comprendront, tôt ou tard, que leur sort n'est pas une question tchéco-allemande, inais une question ètiropéenne.

Enlever à la Bohême led régions industrielles et minières où habitent des Allemands, ce serait, en ràdîté, mettre la vie économique de Prague à la discrétidn de rAUemagiie. Ce Aérait supprimer en fait l'indépendance de la Répablique tchéco^tlovaque et, pal: conséquent, lessuBoiter le MiUelturopa. Nul n'a le droit de lancer TEurope dans une pardtle aventure. Nous attendons tranquillement que cette vérité ait bien pénétré dans la tCte de tous nos condtojrenB alHgaoûdS. Au Mfpittt, ils trouvent dans notre pays une foule d'avantages qu'ils n'auraient point s'ils étaient citoyens dti Reich*.

Les dépenses totales prévues au budget de 192 1 s'élèvent à 14 tnilliards 104 millions de couronnes. I^es recettes atteindront 14 milliards 108 millions de couronnes. Ainsi, la troisième année après sa constitution, la Tchéco-Slovaquie peut établir un budget sans déficit. Le problème agraire doit être considéré de toute urgence : la grande propriété (magyare) le complique singulièrement : il faudrait créer une classe de petits paysans propriétaires. La droite conservatrice du parti agrarien tchèque diffère le plus possible cette réforme. Le magyar féodal craint de voir cesser un séculaire prolétariat rural.

Ces quelques indications sous les yeux, on comprendra mieux pourquoi et comment les pangermanistes ne désarment pas dans la jeune République. Ils intriguent dans les Commissions de la Chambre, et interpellent. Le II novembre, le sénateur (allemand) Heller déclare, à la tribtme, que le chauvinisme français est l'obstacle principal à la réorganisation de TAllemagne. Des soldats, à Teplitz, et malgré les ordres de leurs officiers, ont démoli un monument de TÊmpereur François-Joseph. A la Chambre, les députés allemands et magyars chantent la Wachi am Rhein, Cinq d'entre eux sont expulsés, et, pendant quelques jours, les représentants des nationalistes allemands refusent de siéger au Parlement. Le

X. Dédamtioii de M. B«nét, ministre des Aflsircs étrtaferes, à un rept^seatant du temps, (20 octobre 1920.)

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15 ttovembrt, à Gàtlsbad, le chef du parti, M. Irodgmann, devant un nombreux auditoire, attaque l'Entente, le gouvemenient et l'armée tchéco-slcxvaque. L'autorité doit intervenir et dissoudre l'assemblée. Le 21 novembre, à tort ou à raison, le Ininistre d'Allemagne, à Prague, fait une démarche auprès du président de la République tchéco-slovaque pour lui demander de prendre des mesures de protection en faveur des sujets allemands domiciliés en Tchéco-Slovaquie, dont certains ont été molestés. M. Cemy, président du Conseil, invite les députés et sénateurs à profiter des Vacances parlementaires pour tempérer les passions nationales. Ce qu'ils ne réussiront pas à calmer, c'est la propagande magyare pour obtenir la révision du traité de Trianon. Afin d'y parvenir, les journaux autrichiens et allemands, reproduits par certaines feuilles tchéco-slovaques, inventent constamment des fausses nouvelles : immeubles « allemands » saccagés, destruction de la bibliothèque du club des étudiants « allemands >», pillage des magasins «t allemands », meurtres d'agents de police. Le VorUfaerts à Berlin avertit ses lecteurs que ce sont là d'absurdes calomnies (ao novembre) . Sur le terrain religieux comme dans le domaine politique, on entretient de savantes chicanes. Une catégorie de Tchèques m^yarophiles essaye d'opposer la population slovaque contre les « mécréants » les « hussites » praguois. On tient compte de ce que les paysans slovaques sont, pour la plus grande part, catholiques et l'on n'oublie pas que 70 % des prêtres de Slovaquie sont pro-magyars. On se sert d'eux pour combattre le nouveau régime. Ils participent à des complots tel que celui qui fut découvert le i»^ décembre, et où il fut prouvé que des organisations chrétiennes sociales hongroises avaittit fourtd des armes en Slovaquie du Sud. Dans la Bohême du Nord, les nationalistes allemands saisissent tous les prétextes pouf créer des incidents. A Eger, ils détruisent une école tchèque et blessent des enfants. Il en résulte, à Prague, des manifestations, le

sac des deux théâtres allemands, du cercle national allemand, et des journaux Bohemia et Prager TageblaU. Le Pravo Lidu publie, à ce propos, une proclamation de la sozial-démokratie tchéco-slovaque condamnant le jeu dangereux des pangermanistes. Au Sénat, on établit avec preuves à l'appui, le 17 décembre, que l'Orgesch a des ramifications en Tchéco-Slovaquie et que la tentative d'organisation d'une Burgerwehr, à Reichenbei^, est inspirée par l'Orgesch munichoise. Trois jours plus tard, la Chambre doit voter l'expulsion des principaux perturbateurs socialistes allemands, acharnés obstructionnistes ^ . C'est une mesure de police qui peut être utile dans une enceinte parlementaire, mais il n'en reste pas moins, dans la République, 3 millions de Germains qui rêvent le rattachement à Berlin. Ils vivent sur le pied d'égalité avec les Slaves, et cette disposition équitable exaspère leur orgueil. Les pires extrêmes leur paraîtraient préférables. En fin de décembre, ils se réjouissent de la fausse nouvelle que la Hongrie mobilise. Toutes les démonstrations de sympathie franco-tchéco-slovaque les mettent hors d'eux-mêmes. Ils rugissent, lorsque, le 1^^ janvier 1921, est enfin dissoute la section de l'Union de contrôle démocratique pour la Tchéco-Slovaquie. Le désordre vînt-il des bolchevistes, serait par eux le bienvenu. Ils trouvent à reprendre au procès intenté aux communistes arrêtés au cours d'une tentative de grève générale à Frogat, le 3 janvier. Ils ergotent sur les traités de commerce avec la France, avec l'Allemagne. Ils témoignent de la joie la plus vive, le 20 janvier, lorsque l'union des parlementaires bourgeois reçoit du président Ebert, en réponse à un télégramme de félicitations potir le Cinquantenaire de la fondation de l'Empire allemand, une dépêche de gratitude, où il est dit qu'entre tous les Allemands, il existe un lien commun résultant du sentiment de leur commune origine. Leur colère renaît lorsque M. Benès

I. I/«8 Allemands ont 74 députés, représentation qui correspond rigoureusement à leur importance numérique dans le pays.

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