‹ Histoire des violations du traité de paixChapitre 75 sur 92 · x6 mars · texte numérisé non relu

x6 mars

marnées d'armée, de munition» et d'équipaqidmta. Et même, ccmimeBt se mcmtrer surpris du bruçqtle retour du roi Chailes ? Il est sorti de Suispe, a traverse 1* At^triehe, est entré en Hongrie, sans que nul ne l'ait reconnu. C^est le voyage anonyme. Le jour de Pâques, pourtant, Iq tocufiste royal a quitté son incognito. Il s'est rendu à la capitale, a reçu les salutations du président du Cmseil et celles du régent. Ensuite, il est reparti. Y a-t^il en cejait beaucoup à reprendre ? I^ gouvemeDient hongrois dédare qu'il ne voit ri^ d'absoltiment étoiinant dans cette prome* nade printaniàre. Il parsut tmnber des nties, quand on lui fait constater qu'il s'agit d'une tentative de re^uration, et quand on lui rappelle les termes de la déclaration hongroise du 4 février 1920. Il feint de croire que, si Charles a c^uitté la Suisse, c'est qu'il devait être secrèt^nent

d'accord avec Içgouvemçmçnt français. IJ éînetd^ doutes,-

quand on l'assure que cette information t^idaneieusa a été forgée à Beriln. I^es sphères officines içîioraient-elje^ vraiment le projet du monarque? EUes affirment quHl n'y eut pas eon^v^ce entre çUes et lui. I^a preuve en apparaît, ditrpn, dçiQS l'invît^tipn f^te au roi par ïlortby de reprendre sans délai le chemin de l'exil. Il ne reste donc, aux chefs des missions étrangères, qu'à féliciter le gouvernement hongrois pour la façon correcte dont cette question si délicate a été réglée. Charles est à Steinamanger et peut-être la Suisse lui fermera- trcUe ' ses portes. Ira-t-il en Espagne, ce pays où les rêveurs cons-

truigçî^t 4çs çhâteauîç? l^ ^i mar§, l'amiraJ Hortljy ^t

les membre? du gouvernement magyar sont impatients de voir s'élmgner l'importun. L'opinion échalaude des combinaisons sur l'équipée d'un jour. Pourquoi n'admet-

trait'PG pasj h thèse 4'w§ régence avec î'ç?c-priftce béri-

ti^ Otto, qui a sept s^s? Cbarles ç^ prévepu d^ eç courant d'euprit. Lus télégrammes soudain affluât à Vi^uifi. Vfi^îQi groupe des troupes, est acclama par les paysans:

il est, avec ?5ita, l'objet d'ovations déUraptes. 1,'aHiiral ne vattsil pas eéder sa plai^ au souverain qui ^arehe déjà

364 HISTOIRE DES VIOLATIOÎfS DU TRAITÉ DE PAIX

sur Budapest? Le gouvernement prépare la résistance. Ce voyage princier n'était donc pas un fait divers, mais un coup d'Etat ? Qu'apportera demain ? La Révolution ? La guerre ? Les États de la Petite Entente parlent d'entreprendre une démonstration militaire ^ La Conférence des Ambassadeurs envoie un avertissement^... mais l'incendie s'achève en feu de paille. Le gouvernement délègue vers Charles le comte Jules Andrassy, le comte Etienne Bethlen, le général Paul Hegediis. Et les mandataires obtiennent que l'escapade prenne fin. Il se produit à Budapest une sorte de choc en retour qui détermine, à l'Assemblée nationale, tm vote caractéristique :

U Assemblée nattonaU, qui représente seule la souveraineté nationale^ a solermeUemetU constaté^ dans V article i^^ delà loi de 1920, que V exercice du pouvoir royal a pris fin le iz novetnbre 1918. Elle a donc conféré la dignité de chef de l'État au gouverneur Horthy, pour qu'il Tezerce à titre provisoire. VAssemblée nationale Va consigné dans la loi et, de fait, le gouverneur Horthy exerce, depuis 1920, le pouvoir du chef de nÊtat.

Aussi l'Assemblée nationale dédare-t-elle que le retour inopiné de l'ex-roi en Hongrie mettait en danger l'ordre légal, et condamne-t-elle avec la plus gnmde sévérité cet attentat à la Constitution.

Bile demande au gouvernement de faire toqs ses efforts pour empêcher un trouble pareil.

Devant cette motion, les membres du parti chrétien national, quoique partisans de la restauration, font bonne

z. I«a Yoogo-Slavie mobilise (z** avril); le gouvernement tdiéco-slovaque fait une démarche énergique axtptéa du gouvernement de Budapest. Une vive agitation régne en Slovaquie où l'état de si^e est prodamé le 3Z mars. I«a Roumanie est déddée à s'opposer à la restauration, l'Autriche couvre sa frontière. I<a Pologne se déshitéresse de la question.

2. «I^ événements dont la Hongrie est le théâtre mettent les principales puissances alliées dans l'èbligation de rappeler au gouvernement et au peuple hofl^rois les termes de leur décwation du 4 février Z920. Fidèles aux principes énoooès dans cette déclaration, les Alliés ont le devoir de répéter que la restauration des Habibourg mettrait en péril les bases mêmes de la paix et qu'elle ne pourrait être ni reconnue par eux» ni tolérée.

«I«cs puissances alliées comptent que le gouvernement hongrois, conscient de la gravité de la situation, que créoaitle retour sur le trône de Hongrie de l'ancien souverain, prendra des mesures efficaces pour enrayer une tentative dont le succès momentané ne pourrait avoir pour la Hongrie que de désastreuses coofléqucDoes. >

mine à mauvais jeu\ Les légitimistes irréductibles s'accordent à blâmer le projet aventureux. Us reconnaissent au fond d'eux-mêmes qu'ainsi conduit, il ne pouvait qu'être préjudiciable à l'idée même qui l'inspirait. C'est, en somme, tout le secret du vote énergique de l'Assemblée nationale. D'autre part, on reste saisi par le très mauvais effet que fit en Allemagne la tentative de restauration. Ce n'était pas pour aboutir à ce résultat que les propagandistes germanistes avaient travaillé. En flattant les goûts royalistes de la Hongrie, ils ne considéraient, à long terme, que le rattachement de ce pays à l'Autriche et la réunion de l'Autriche-Hongrie au Reich. Or, on s'avisait de croire véritablement réalisable, en un tournemain, une aventure monarchique en pays magyar! Ce n'était plus le jeu des partisans d'annexions morales, des « rattachistes», des AUdetUsche. Tout d'abord, à Berlin, on avait accueilli, d'un ton « amusé », les nouvelles de Budapest. Mais quand Charles avait paru bien résolu à ne pas s'être mis en marche pour échouer, on avait, dans toute la presse du Reich, condanmé cette attitude sans la moindre indulgence. Les journaux conservateurs dénonçaient l'ex-roi comme un « traître à la cause du pangermanisme », comme un « ami de la France ». Il était à craindre que son équipée n'encourageât les Wittelsbach à tenter une restauration en Bavière. Et si Charles, un jour, régnait sur l'Autriche et la Hoi^e, que deviendrait le bel espoir de la plus grande Allemagne ?

Charles, malade, ne quitte point encore la Hongrie, Il attend la séance de l'Assemblée nationale (3 avril). Tout un état-major l'entoure : c'est le camp des carlistes. Le a roi » nomme des dignitaires impériaux et royaux. La Tchéco-Slovaquie prend à nouveau ombrage de ces fantaisies et fait savoir à Budapest que, si dans les trois jours, « l'aventure » n'est pas terminée, une intervention

X. I^ parti paysan a pris position contre l'cx-roi. — Quelques jours plus tard, lorsque le comte Tddd, aprâ le départ du roi, annonça la nouvelle à TAssemblée nationale, quelques députés du parti dos petits propriétaires de l'extrême gaudie s'écrièrent : « Dieu mcid t »

militaire se dédanchera. I^ Voyageur enfin s'en va, avec l'espérance de f éparaîtns bientôt^ Bt c^tte espérance n'est point vaine ^

1^ Firaiice, la Grande- Bretagne et lltàlié fermât remettre au président du Conseil hdngrois Une déclaration interdisant formellement toute restautatioû de^ Habsbourg. De leur côté, leë jeunes Êtatà de rBurôj^ centrale exigent des garanties : le désarmement des forces hongitn^â non autorisées paf le ttaité de Trianon, la cession défiiiitive des proviiices de Hongtie ocddeUtale à l'Autriche; Ébranlé par trop d'épreuves, le ministère Tdeki démissionné (7 avril). I^ déclaratioils hettçxli^t légkimistes de M. Oratz, ministre des Affaires étrangères, lui ont porté le dernier coup.

Ire comte Stephan Betklen forme un cabinet^; IfC nouveau président du Conseil jUge dès plus néfastes le traité

X. Dédaratioâ de Charles de Habs1?ourg, le jcmr de son départ de HoogiiQ i

« ^^ suis rentf é sur le sol bèUi dé la Hdugrte porM que mdti abàfcncé d« la pàkht, à Urauelle je suis lié par un sennent étémri et par les Utm en saâg, me eause vnt contmuelle et insupportable souffrance. Je suis rentré, persuadé que mon pays, si jSraTeMent éprouvé, ut peut dbtenir la piâx intérieure tf t sa |)h»t>éritë ahciénlie <pie sous la conduite du roi légalement couronné. I«es événements néfastes de 19x8 «t de 1919 ont été, à la fdlâ, difl^ès contre la Coiistiitttioh, coûtfft tàféiti coftffé ît roi légitûne; maiè 14 Icqrauté et la modération du pei»)e henétois ne peuvent |>^s être longtemps déçues, et je vois avec satisfaction que la Hongrie est sur le cnemm de la renaissance.

« I<cs diœositions du compromis de 1867 et de la pragmatique sanction concer- Haut riiidiftsblubillté dé l'^lilfé ddt été annihiiétt pat dés érttiemèntÀ âe fdrcé mijeure; l'indépendance absolue de la Hongrie a été rétaUie et la défense de eetté indépendance sera mon principal bui. Je suis désespéré d'être éam rimpos^bilité dé collaborer au relèvement de ma àdtion.

« I«e calme, la amsolidation, le rétablissement de l'indépendance de la Hongrie sont d'un intérêt européen et constituent une garantie ini^>oridntè et la pafaé. Jt ne peux pas suppoéer que les ^tats étraxttén d^ent efapédicr mes feffortt, qui ont pouf ëeul but de rétablir et d'assufer IVÔrore et la paix dufables. I^ersuadé que le tetbur an pouvait dtl roi ai>ostoliqtte éi^teerait la âation A et gnins étHéuVes que je veux éviter, je m'élo^e; niais, loin du pays, je consacrerai toutes mes ftxrtcs, tdut mc»n teinf» et tmit ttiott sang à là patrie, à qiil je testiirâi ttmjota« fi^

• J'ai foi en la Providence divine; je crois que le momôit vienâm oA je pourrai rester dans nia patrie, uni à la nation dans un éSort commun. "

« En attendant, je pHé là Aation fibn|rdise de 90dtmt l'htiHiàie qàit pêi U confiance de l'Assemblée nationale, exerce actuellement lei fonctions si naves et si ibiitdes de râi)tttSabilites éû soitvéhiin et dùqdèl j'àtténd» aussi, avec oônflàiiee, quil ttauvcipwde les intérêts du pays qui, selon la vieille Ooastlttttien dé la B^jofl^ exigent une collaboration harmonieuse entre le roi et la nation. « CBARisà. »

s. PfMétftt étm CwntHl, coûte Bethlen; AffÊÊMs itrângim, comte Banffy; /MfHMtr^ tomtè Raday) F^mmcw, Hcgediis; AirkMimnt SMbO Nagystoéi; Corn* MMTM, Hégt«riialmy) Défèm» miMuS», BéUtria; Fttivféku «MMfi Btenolsk; RtmétaUlsmeni, Mayer; Instruction publique, docteur Tass; /wNl^ TMMÉMl^

LA MONGRIB 367

de Trianon : u II a ctéé, dit-U^ un ordre de choses si instable que la seule veâue du roi Chalrles a nécessité la proclaâatioa de l'état de siège en Croatie et e& Sloyaqtiie. » Il a» sur l'Autriche^ des opinions de nature à nous intéresser :

Nou3 avons aujourd'hui trois États danubiens forts : la Tchéco- SloVâqiiié, la Kouiuaàie et là Yougo'SlaVie; et âèu± âtatà faibÎM : r AUtHthe «l la Hoflgrie. Ot, m ^iâts faibles et pfttiirta n'ont pas d'amis : c'est notre cas. Mais, si nous relevons notre pays et si nous redevenons riches et forts, tout changera. Voiis verrez alors l'Autriche Vétiit d*edemênie véis hotis et elle ne regatdeiâ t^tia du côté de l'AUëtiiagne. Il serait insensé aujourd'hui de parler éé confédération : la guerre est trop récente. Mais prenons patience et surtout travaillons et consolidohs la Hongrie : le rat^prodieih^t àustto-hbhgrcris vieiidra de lui-mêHie et il supprimera la question du fattechement de l'Autriche à l'Allemagne^

Il faudra^ d'ailleurs, que ks Autrichiens fassent aussi des efforts poiu: se relevet et avant tout qu'ils èe libèrent de létir afmée rouge, la faiheust Volhswihff dmt le gouvârneméat dé vienne est le joaet.

n faudra aussi que l'on régie la question de la Hongrie occidentale, que les socialistes vieiinois et les pangefmànistes d'Âuttiche sont seiil^ à réelainâr. Ot, en Aiitriehej dodaUstes et pangehnaâistes, c'est, pour le motaenti tout un. Notre pays, relevé par son travail, reprendra sa place en Europe centrale, sans heurt et sans violence. C'est alors qu'un équilibre éiabk pmiHa êtte établi, et l'Autriche ellé-âiême, gtâce atik accords qu'dle conclura avec nous, |iourra vivre dans des Conditions normales. Ces accords seront d'abord imiquement économiques. I<e ireste viendra plus tafd... Comme là feëtauration de la monarchie chez hous. n faut songer uniquement à réalisa: ee qui est possiUe en ce moment.

(Déclaration faite à un rédacteut du Petit Journal, 17 avril 1921.)

C'est là un programme qui s'appuie sur le parti des petits paysans, nettement hostile à toute orientation allemande. D'un premier geste^ le comte Bethlen s'aUène

lês sympathies du patti lé^tiniiëtfe qttl passé à l'bppo-

sition, sur la simple nomination, au sous-secrétariat d'Ëtat, de l'ex-capitaine ôombos, chef «du parti qui

réclame là Ubte ilettion d'un tbl C'est ttiltiet les espoirs

des partisans de Charles IV. Au reste, le tninistère pr^end rendre plus forte la classe des petits propriétaires, rétablir la liberté de la ptesse, teprefldtè cofitact avec la dasse ouvrière, modifier la loi âettoraîe, la Chambre deis

te ministre de rintérieuf sera cliargé an ministère des Minorités âatioâales, et le ministre de l'Agriculhire du ministère des petits proptiètaires.

magnats, l'administration des consulats et des municipalités, s'opposer à l'antisémitisme, satisfaire enfin aux obligations du traité^ et laisser, pour un temps, hors de question le fait du roi. On conçoit qu'il se fasse, en un jour, beaucoup d'ennemis, surtout dans l'armée qu'il veut remanier, conformément aux textes signés à Trianon. En politique extérieure, on s'efforcera, par des traités, de participer promptement au rétablissement économique de l'Europe orientale et de calmer, par des démonstrations loyales et pacifiques, les inquiétudes des États voisins. On sévira contre les propagandistes perturbateurs. Ainsi ne tarde-t-on pas à arrêter en Hongrie occidentale l'Autrichien Wimecke, qui « travaillait » cette province pour la thèse du rattachement à l'Autriche, « premier pas vers l'union avec l'Allemagne », est-il dit dans les brochures que répand cet agent'. On se défendra de même contre la propagande communiste, car on se souvient du régime bolcheviste, du 21 mars 1919 au i^' août de la même année. Une reprise de cette expérience semble peu probable. Le pays est le grenier de toutes les nations voisines : les récoltes abondantes sont exportées en Autriche, en Tchéco-Slovaquie, en Yougo-Slavie. L'armée est solidement encadrée et d'un excellent recrutement. La monnaie hongroise s'améliore. Les partis bourgeois veillent, et créent, sur tous les points du territoire, des sociétés anti-

X. I«a question des répoxatioas est indépendante de celle de la responsabilité de la guerre, conune le prouve le cas de l'Autriche, pour laquelle l'Entente ne considéK que les ressources matérielles du pays et la capacité de payement de la population.

tjà Hongrie a beaucoup |dus de titres à être n^énagée, car les soufErances et les désastres subis par die sont plus importants que ceux de l'Autricfae.

Biais comme la Hongrie, pendant la guerre mondiale, n'a pas été cause de dommages, mais qu'elle en a subis et qu'elle n'a pas de quoi réparer, il est 4 espérer que les puissances de l'Entente considéreront tevorablcmcnt la situation esBceptioonelle dans laquelle se trouve la Hongrie, et ne formuleront pas des exigences auxquelles elle serait incapable de faire face.

S'il en était autrement, la consolidation financière, mise en bonne voie par le ministre des Finances, serait anéantie, et la Hongrie tomberait dans une crise identique à celle où se débat l'Autriche. (Déclaration du comte Bethlcn, z8 mai 1921.)

3. Les négociations au sujet de la Boogrie oodd^tale vont reprendre entre l'Autriche et la Hoogiie. Un accotd provisoire commercial et économique est oondu pour un mois entre les deux nations, le x8 mai 1991.

LÀ HOHgRIB 369

bolchëvktes : « Moive, les Hongrois qui se réveillent, I4gtie nationale chrétienne, A. B. C. (Ahtibolclieviste Club), etc.» La Moive, à elle seule, compte 400 comités, 200.000 adhérente, dôîlt 86.000 ahcieiis soldats, l^es chefs communistes hohgtoiâ se Sont expatriés, pouf la plupart, â Vienne. Ils envoient, malgré la vigilance dés douanes, dés tracts, des brochures et des journaux : Ûj Embér, Villagosay, lowt), Bec^i Magyar Ujsag, A proletario, Die Rote Fahne, mais l'effet produit est des plus restreints. Pourtant il est toujouts à ctaindrè que Bêla Itun, avec les 60.000 prisontiiets hongrois restant encore en Russie, ne tente quelque couj) hardi, à travers la Tchéco-SJovaquie, iticapablè de garnir à temps sa frontière rùthène\

Bans quelle mesure se protégera-t-on, si Ton veut vivire en paii, coUtre l'intrigue allerdande ? Il y a, à la légation allemande de Budapest, le comte de Fiirstenbèrg, qui coiiiiâît à merveille le pays et les gens et qui dirige un butëatl de propagande et un service de presse, largement pourvus d'argent. Les informations communiquées aux jourhaUx tiationaux sont rédigées à l'allemande, selon l'esprit le plus hostile à la France et â TEntente. De là, partent des films, des brochures, des articles tout faits qu'impriment les journaux hongrois de Stiiines. A ôe centre vont tout cfroit les agents civils et militaites qui arrivent de Berlin. Bauer, Kapp, le génétal von Liittwitz, le cotUinatidant Bishop sont passés pat là avant d'aller endOfctrinet les officiers supérieurs de l'armée hongroise, jusque dans les antichambres de 1' « Amiral ». La thèse de là poussée vers l'Est a fait et continue à faire l'objet dé tous leurs soins. Ils n'ont pas toujours, il est vrai, la bonne ôfèille : chez lés paysans et les petits tertiètts, oU lés écoute avec méfiance. Ceux-là prêteraient une attention plus sympathique à une propagande pro- française. Ils âpplaUdiraieUt des films où les crimes allemaUds

X. âda Xun est actuellemeni dictaieur de la Crim£e. De là, il surveillé la propatftiidé tnttitrittrtistè en Hangde et Roumtuiië. Oii tfrétèra^ le 1 5 juin» dive» agcuts cnvQjrés par lui potu: répandre des tracts dans les xnilieux usiniers de Budapest.

seraient exposés d'après la stricte vérité. Ils veulent travailler et s'enrichir paisiblement, tirer parti de leurs betteraves, de leurs seigles et avoines, froments et ponunes de terre, chevaux et bêtes à cornes, et cultiver leurs vignes. Ils savent le pays pourvu de richesses naturelles. Il leur semble que l'exploitation de ces biens est préférable aux vaines et instables agitations politiques... et dynastiques. Ils ont besoin d'ordre. Ils n'ont pas protesté quand le nouveau gouvernement a fait, naguère encore, et en plein Parlement, l'apologie de la France. C'est le moment, maintenant (juin 1921), où la Chambre française varatifier le traité de Trianon. Dans les campagnes hongroises, on lit le détail de cette séance historique et l'on prend note de cette déclaration du premier ministre Briand : « Ce traité n'est pas parfait : il porte la marque de toutes les œuvres humaines qtii, si éprises d'idéal qu'elles soient, se heurtent aux réalités de la vie... Que la frontière de la Hongrie ait été quelque peu arbitraire, qui pourrait en douter? I/'important est de savoir si elle consacre suffisamment le principe d'équité pour s'en contenter. Le reste est affaire aux peuplçs eux-mêmes qui doivent corriger, par leur tmion économique, ce que les frontières peuvent avoir de défectueux. » On comprend ce que ces paroles peuvent fournir d'arguments à des propagandistes venus d'Allemagne, prompts à désarticuler les traités et à en démontrer, à leur profit, la dangereuse souplesse. Si le traité n'est pas parfait, si les frontières sont im peu arbitraires, pourquoi, dans une paix dite de justice, un peuple, réduit au quart de ce qu'il était avant la guerre, s'inclinerait-il devant le texte signé ? « Le passé est accommodé par à peu près, disaient les excitateurs, et vous vous en contenterez. On vous dit de faire vous-mêmes votre avenir, par de sages arrangements économiques. Mais peut-on construire sur du sable, et sur l'erreur, en somme reconnue par la phrase élégamment philosophique du ministre français? » Aussi bien continuera-t-on à redire, dans les milieux parlementaires et dans la presse :

«Il nous faut reprendre sans tarder les territoires peuplés de Magyars, que nous enleva, d'un fantaisiste trait de crayon bleu, le traité de Trianon. N'est-il pas dit, explicitement, dans la « lettre d'envoi » des puissances alliées :

Fidèles à l'esprit dont elles se sont inspirées en traçant les frontières fixées par le traité, les principales puissances amies et alliées se sont cependant préoccupées du cas où la frontière ainsi tracée ne correspondrait pas partout aux exigences ethniques ou économiques. I<orsque les Commissions de délimitation auront commencé leur travail, si elles estiment que les dispositions du traité créent quelque part, comme il est dit plus haut, une injustice qu'il est de Tintâêt gén^Bl de faire disparaître, il leur sera loisible d'adresser un rapport à ce sujet au conseil de la Société des Nations * ,

Le 10 juin, certains journaux hongrois profèrent des menaces non dissimulées. Puisque le traité est approximatif, on s'occupera de lui apporter des précisions, un jour, que l'on soit ou non de la Société des Nations^. £n attendant, on se plaint de la misère où est réduit le « pays amputé ». Le projet de budget, présenté par le ministre des Finances, avoue un déficit de 4 milliards et demi de couroimes au minimum : « Le déficit cessera, dit M. Hegediis, lorsque les puissances de l'Entente reconnaîtront que la Hongrie a le droit de vivre. » Le ministre de l'Agriculture ajoute, parlant des répara-

z. Four l'instant, les revendicaticwm de la Hongrie sont les suivantes :

xo Obtenir de tous ses voisins qu'ils respeptent les droits de ses minorités;

3* DUférer la remise de ses oomitats occidentaux à VAutric^. I«a Hongrie demande <iue la question soit à nouveau étudiée. D'après elle, ces oomitats occidentaux ne seraient pas favorables au rattadiement à l'Autddie, qui ne peut leur fournir le complonent de produits agricoles dont fUtt ont besoin. I^ Hongrie peut le faire. De plus, elle porétend que la réunion de l'Autriche à l' Allemagne est un fait inévitable et que dans ces oonditions il est inutile d'augmenter la force de l'Autriche;

5* Rentrer en possession de 111e de Schfitt, uniquement peuplée de Magyars et actuellement tdiéoo-slovaque;

4« Obtenir de la Yougo-Slavie qu'elle cesse d'occuper le territoire magyaf . I<a Hongrie récupérerait ainsi une partie du Baranya, avec les impartants diart>onn^es de Pecs;

5« ]^ie souhaiterait également rentrer en possession de la Ruthénie catpathique, c'est-à-dire lapartie onentale de la Tdiéco-Slovaquie; elle comprend les hautes vallées de la Tissa et de ses affluents. I<a Hongrie entrerait ainsi en relation avec la Pologne.

Cette revendication n'est admise ni par la Tchéoo-Slovaquie, ni par la Roumanie» (X4eutenant-colQnel Rcboul. I«e Temps, zo juin xçsi.) ,

S. lA Hongrie vient de demander son admissioB dans la Société des Nations*

371 HI3T0IKB DES VIOLAtIdKS DU TRAITÉ DE PAIX

tions : * Ceux qui âous tmt détuembréâ vôiA ihaititêîiaQt venir pout emporter nos bietiB, Si le gouvernement lioâgrois réUs&it & faire comprendre & l'Ëâteotè k situation de ce pays, il Sera sauvé, mais si l'Ëntênte ile sail pas coi^rendxe, nous nous tieuveronB en préseace de dangers dont peraoïiHe ne peut prévoir leâ conSé^tietlt^âS politiques, x Est-ce faire inditectement àlluâan à cfes macliiiiations germaniques qui s'acc^^etit en Hongrie dcddentale, et telles que la population eiiâSpétée Jlire de ne se soumettre jamais au traité? « Nous deviendrons plutôt Allemands qu'Autrichiens n, proelaCie-t-on. De nombreux vill^es pavoisent aux couleurs allemandes : on laisse craindre des tévoltes. Berlin, aux écoutes, prend note :

VaaMaton de U Hongiie ocddeutale h VAHaniffic est bn KU natnitl. La France n'a <]ii'à N réÉlgner b l'inèvltttUe; AtMl. cBt-ee aue tentative inalailroite de vouloir effraTei les Aatiiddeiu par des menaces de levUkin des ti«K6s de Sriint-Qefttaiti et de TiidliaD toliUibiit la HbBsrie oeddentalb

(Deutsche AUgtmeine ZeOung.J

tJne semblable agitation, née d'un traité de paix, jostiûe bien le mot si opportun de M. Raymond Foiacaréi dans la Revue des Deux Mondes : n Une paix souffreteuse avec la HcHigrie ' . » Si eacécutifta du traité, le gouvernement hongrois réduit, le io juillet, son armée nationale à l'eSeetif de 33.000 hommes, sans même attendre l'arrivée des commisçicniB de désannemeat de l'Etitentei (L'échange des ratiâcations aura lieu, le i6 juillet, à Paris.) Mais la Hongrie entière se soucie gravement dû problème des réparations. Les rumoristes intéressés col-

I. M. Biiuid n diic au Staat : > U laut di dt* (n«tUn«. U ■ UlB UfUB dWU la Aat et 1* TtaOKo-a^yit A'uH («u el 1> TOmgtit U Hoâcrit qU tutt U Wiaatt. • — te Cnlb

1 que, pitdiâiienl, on i

t, Is t jWn, &ltM te T

LA HpWRIE 771

portent qu'U v^ falloir payçy plusieurs TOUwiM «Je {raucfi aiix puî^ançes alliée? et qu? îa Fr^cp s'y tailtera ij|ie i^ge part. On d^v^:^, paraît-il, remettre 4ip9 P^lUers de têtes de bétai}. J^es publicités Iraocçpbobes s^issent Toccftsion pour çiaudirç un pçu plus la France acpapareuse. À l'As^mblée nationale, Iç ministre des Affales étrangères dément ces fausses uouvpUçs, qu'exploitait habilement TAlîemagnç en jetant sm le marc|ié des quantités de courouues hongroises, pour prpyoqu^ Ja baisse. Le surlendemain de la ratification, Je ministre des Finances est écouté ^v^ anxiété lojrsqu'il dit : » Le 26 juillet 1921 est uu jour néfaste ^ parce qu'avec l'échéance des obligations du traité de Trianon, 13 mil-, liards de couronnes que )a Hougrie dpit à la France et 5 milliards qu'elle doit i l'Augl^tenre sont e^ÔgiWes. » Or, des événemeuts çle la plus hautp gravité sout imminents. Ils éclatent au début dù mois d'août. Les députés de la Hongrie oçcideptale avaient convoqué, pour le 2, une assemblée populaire dans les territoires coutestés de la Hongrie pçcideutale ^. La réuuipn des délégués a lieu, au jour convenu, et Ton proteste une fois de plus « contre toute occupation du pays par des troupes étrangères ». Une fièvre générale survit à- l'exaspération des meetings. On veut garder Tespoir, cependant, qu'Autriche et Hongrie s'accorderont à l'amiable, avant la date de remise des coinîtats. Toutes les communes manifestent contre 1' « annexion ». Les délégations alliées invitent la population au cahne (r8 août). Mais le président du Conseil hongrois s'énerve lui-même. Jl pubUç dans le Pester Lloyd un article dans lequel il reproche à l'Autriche

I. Xfi gouveraement hongrois fera publier, fin juillet, t^ue édition sp^p}alc ^H JouthmI officûl contenant la promulgation de la loi 33 de l'année 1921, portant tatiILcatioo du traité de Trianon. I«a prcmiért pagt de cette édition a«m esçfd'ét de noir.

a. I<e8 oomitats de la Hongrie occidentale (Burgerland) comptent 350.000 habitants dont 250.000 Allemands, 50.000 Magyars et 50.000 Croates. Pays agricole, prédeuz à l'Autridie afEamée. I<es comitats étaient hongrois sous le régime dua- Usto. I<e tnlté d« Trianon las attribua à l'Aùtridic avec la modaUté d'une Remise préalable de ces tcfritoivss à l*Batante.

d'arracher la Hongrie occidentale à l'État hongrois, après l'avoir entraîné dans la catastrophe mondiale. lycs pays contestés célèbrent avec solennité la fête nationale de Saint- Etienne : ils en font une manifestation de fidélité à la Hongrie. Les autorités hongroises promettent de ne pas quitter leur poste, quoi qu'il arrive. Un orateur, à l'Assemblée de Budapest, va jusqu'à dire : « Si le transfert est inévitable, usons de représailles et rompons les relations diplomatiques avec l'Autriche. » Le 28 au matin, la gendarmerie autrichienne commence à procéder à l'occupation. Des soldats la suivent. Ils sont attaqués, ripostent. Il y a des morts et des blessés. Les Autrichiens (nous l'avons signalé dans notre chapitre h' Autriche) reviennent à la frontière. L'Entente, aussitôt, décide d'envoyer des troupes dans le Burgerland, si la Hongrie continue à faire obstacle aux dispositions du traité. Le 29, on se bat à nouveau, combats de bandes hongroises contre gendarmes autrichiens; ce même jour, devait être terminé le transfert. Le pouvoir est désormais exercé en Hongrie occidentale par la Commission interalliée. Le 30, les gendarmes (hongrois) montent la garde tout le long des lignes de chemins de fer. Il y a quelques fusillades entre eux et des détachements de renfort de gendarmerie àutrichietme. La Commission tempère les ardeurs de Vienne et rappelle que les Alliés doivent recevoir d'abord le pays, pour le transmettre ensuite à l'Autriche. On expurge Sopron (CEdenburg) de tous les éléments indésirables qui y maintenaient le trouble. Les Autrichiens se sont décidés à rétrograder sur leur territoire. Le calme semble se rétablir, le 3 septembre. Il n'est plus question que d'âpres polémiques entre presses hongroise et autrichienne. Les deux gouvernements échangent d'actifs pourparlers sur des questions préalables que la Hongrie considère comme essentielles ^ Mais les paroles vont

I. Nous devrons nous entendre, principalement : x" sur les biens et propriétés de VÊt&t hosigrois en Hongrie occidentale; s* sur la partie de la dette publknie hongroise que l'Autriche doit prendre à sa chaxge, et 3<* sur la mise à la retnite

moins vite que les actes et, le 6, des combats sanglants orit lieu dans la première zone de la Hongrie occidentale, iya population désirerait qu'on fît appel au jugement plébiscitaire : 4.000 Hongrois envahissent la zone frontière, en Basse- Autriche, et y attaquent des détachements autrichiens. Les Alliés (6 septembre) expriment au gouvernement hongrois l'espoir qu'il comprendra la gravité des circonstances et saura faire respecter le traité. Mais la population n'écoute que son instinct et sa colère. Les combats locaux continuent (10 septembre) et les Autrichiens se retirent devant les insurgés (11 septembre). Les territoires évacués sont aussitôt occupés par les troupes hongroises, jusqu'à la frontière, et les fonctionnaires hongrois rouvrent leurs bureaux. Or, que répond le gouvernement hongrois à la note de l'Entente? Qu'il s'agit d'une révolte de la population indigène et que, personnellement, il n'est pour rien dans le mouvement insurrectionnel.

Le gouvernement hong3x>is, disposé, comme par le passé, à exécuter, pour ce qui concerne la H<mgrie occidentale, les dispositions du traité de Trianon, est prêt à continuer son évacuation, n croit toutefois que, vu la situation difficile edstant actueUement dans ces régions, il serait opportun que la mission militaire interalliée de Sopron élaborât, d'accord avec les autorités des deux pays directement intéressés, et conformément à leurs intérêts et à ceux du territoire en question, un nouveau mode de transfert, tenant compte des circonstances changées.

N'y a-t-il pas quelque ironie dans cette allusion au traité de Trianon, qui termine im texte émanant du « gouvernement royal de Hongrie » ? Le gouvernement de

d'e&viron 2.500 fcmcttotmairea publics. I«e traité de Trianon n'a pas mentionné ces importantes questions. U n'en est pas moins certain qu'elles doivent être r^lées. n faut absolument que l'AutTiche nous garantisse le payement de ces créances. Si die ne peut pas nous payer en espèces, die dcAi nous donner autre chose et tout d'abord s'arranger avec notis.

n y a encore la liquidation des biens de la couronne, puis des biens diplomatiques et militaires de Tandenne monarchie austro-hongroise, ensuite des objets d'art et souvenirs historiques se trouvant à Vienne, mais appartenante la Hongrie. I«e traité de Trianon contient à ce sujet diverses danses. Pour ces biens également, l'Autridie doit s'entendre maintenant avec nous. (Déclaration du comte Bethlen, président du Conseil des ministres hongrois, au oorreqxmdailt du Temps» 4 septembre 192 1.)

Budapest, « par esprit de conciliation », va faire évacuer la partie des comitats que ses troupes oççupeiit. Un règlenieQt pacifique serait donc en vije ? S'aperçevrçiTt-on qvie le différend est assez simplet, et que Ja Hongrie désire umq^eipent conçeryeT ui^ gagç en attendant que l'Ant^clie satisfçisçe à diverses obligfitions? (Vpir noté précédente.) I^e 24, le gouvernement laonçrois s'efforce de démontrer ses bonnes intentions :

Une campagne de propagande hostile au gouvernement hongrois a été reprise h propos des événements de la Qon|pe occidentale, et certaines rumeurs oîit été mises en circulation sur j^ situation intérieure.

Par cette campagne, dont la source est bôlcheviste, on s'efforce dç représenter la Hongre comme \m danger pour la pcuix universdle. On prétend notan^ment que la Hongrie orga^ûse I9 résistante^ d§p Içs comi- ^ts occidentaux, faisant ainsi un premier pas vers upe actiox^ tendant à rompre l'éfat de paix et qu'elle mobiliserait dândestincment dans ce but, en fs(vorisant la foquation de bandes d'^urgés.

On prétend aussi que le gouvernement |ion^gipis serait incapable de contrôler les éléments subversifs; que la Hongrie oeddentale proclamerait son Indépendance; que ifi. Friedrich s'emparerait du pouv<nr et inaugurerait une politique de revanche et que le cornue Bethlen songerait à démissionner.

Ces rumeurs, qui ont déjà été démenties à maintes reprises, tendent à compromettre la situation déjà difficile de \bl Hongrie. I^e gouvernement hongrois t^e mobilisa ni secrétem^t, ni ouvertement.

Il a pris depuis longtemps les mesures nécessaires au maintien de Tordre dans les territoires qui se trouvent sous sa souveraineté. Ce n'est pas à lui qu'il incombe de maintenir l'ordre dans la zone évacuée V

Le i^'' octpbre, le gouvernement l^ppgrois fait savoir que la seconde zone des comitats occidentaux sera évacuée 1^ 4 octobre. Déclaration bénévpje que vient contredire un coup de tonnerre : la proclamation d'im État indépendant de la Hongrie occidentale e^t faite, sous la direction de l'ancien président du Conseil Friedrich. Un Conseil de U défense du pays a été constitué. Qtûcpnque osera pénétrer en Hongrie occidentale sera passé par les armes. C'est donc se déclarer prêt à s'opposer par la force

I. I«e 84 septembre, expirait le délai fixé par les Tdiéquflt^ les Youfo-aiavcs à U Bonite pour évacuer le Burgerland, sous pdne d'ime intenrentioii militaivc des deux pays. I<a Hongrie promet alors l'évaQuatioii si l'Autridie s'engage à lui remettre la vÛlc de Sc^uron ((Bdenburg ) et qudques districts de aoia^e im' portaaoe. ht tout est de saroir si la popuUtioa s'iadinera.

LA HONQRIE 377

à l'interyention de la Grande ovj de la Petite Entente. L^ gçste, en soi, peut être superbe, mais U esÇ un peu ç^pdidç w moment où le gouyemempni de Romç suggèî^ l'idée d'une réunion de pli^potei^tiaires en terre italiepne, où Ho^t grois et Autriclriéns seraient départagés. J^a ppuyeUe, pajr bonheur pour la paix de l'Europe çeiitrale, est putrî^geusement est^érée. lyÇ coup Fnçdricb se réduit à une vague tentative : les Hongrois continuent à évacuer, selon leur promesse antérieure, et la réunioQ projetée aura lieu à Vepise. Jy' Autriche acc^ptp d'y participer, bien qu'en eçivisageant les résultats avec scepticisme. A Vienne, notamment, on reste très incrédule sur les intentions pacifiques des Hongrois; on Jeur prêtp des « idées de derrière la tête », et ripn moins que le parti pris de travailler pour le retour des Habsbourg. On ne s'étQunerait pas de les voir s'avaiicer en terptoire autrichien (9 octobre). Les bandes rebelles s'accroiss^t en nopjbre. I^a Conférence de Venise, le 13, fixe les décisions suivantes : 1° désarmement et retrait des révoltés; 2® constatation du fait par les généraux alliés; 3° huit jours après, plébiscite à Soprou et environs (4gendorf et Brennberg) sous le contrôle de la Commission des généraux; 4** dans deux semaines, ouverture de négociations financières, puis arbitrage mixte en cas de désaccqrd permanent.

On estime, à Budapest, que le plébiscite sera favorable à I4 Hongrie et que c'est là un denû-succès d'une importance réelle. Et déjà, certaine presse hongroise de faire remarquer que cett;e solution n'est que temporaire et que la Hongrie ne renonce pas, à ce prix, à ses droits historiques sur le Burgerland. EUe attendra le n^^oment de les faire valoir. C'est semer de la discorde pQur l'avenir. Le 21 octobre, on mande de Sopron que les insurgés sont prêts à déposf^r les armes et à remettre à l'Entente le territoire qui doit être transféré.

Pendant tout ce temps, ayait été réglée la question de la Baranya, dont nous ne dirons que quelques inots.

Ce district minier, situé entre le Danube et la Drave, se trouve au sud de la Hongrie. Il devait être Yougoslave, finalement on décide de le restituer aux Hongrois (article 27 du traité de Trianon). Or, depuis Tarmistice, la Baranya était occupée par des troupes yougo-slaves, les Serbes affirmant que la population ne voulait pas retomber sous la domination magyare! Le 8 août, la Conférence des Ambassadeurs décide enfin que le transfert du territoire à la Hongrie devra être effectué avant le 25 du même mois. Les habitants de la Baranya proclament aussitôt la république et se placent sovis le protectorat de la Yougo-Slavie. Les Hongrois prétendent que la révolte a été montée par les Serbes et n'a rien de national. La Conférence, indifférente aux points de vue particuliers, veut être obéie. Belgrade, après quelque hésitation, ordoime l'évacuation (18 août- 22 août). Les Hongrois occupent aussitôt le pays.

Nous avons cru nécessaire d'insister sur ces différends territoriaux, encore que de telles questions paraissent extérieures à l'objet même de cet ouvrage. Mais ces débats sont partie intégrante de l'histoire du traité, et l'on verra dans la suite qu'ils ont une valeur propre dans l'étude des agissements de l'Allemagne pour éluder les décisions de Versailles. Nul doute, par exemple, que le pangermanisme n'ait tenu un rôle dans cette affaire des comitats. Nous l'avons pu, occasionnellement, constater. Relater ici ces épisodes de bornage semble d'intérêt secondaire. Mais qui pourrait dire que, dans le cours des temps, les querelles de frontières entré Autriche et Hongrie, en 1921, n'auront pas un lien direct avec la politique des « peuples libres d'eux- mêmes,» s'il advient que l'espérance du Reich, l'objectif de la plus grande Germanie, reviennent sous notre plume avec des formes concrètes ? A considérer le génie perturbateur et patient des Allemands, ce n'est que moindre prudence d'historien que d'envisager le devoir de ne pas laisser dans l'ombre ces faits, tout secondaires qu'ils soient.

AU reste, l'affaire des comitats domina à peu près seule la politique hongroise pendant plusieurs mois. On peut presque dire qu'elle fit oublier la question monarchiste, au moins dans ses manifestations actives. Les plans magyars n'en continuent pas moins à s'élaborer dans l'ombre. C'est avec ime intention très nette que l'on désire entrer dans la Société des Nations, renverser le gouvernement actuel, refaire un ministère Friedrich- Andrassy, procéder à de nouvelles élections, et... rappeler le roi. La combinaison des légitimistes n'est pas sans logique. Une Hongrie acceptée à Genève pourrait se ^ donner le monarque de son choix, sans que les puissances de la Petite Entente puissent exprimer leur colère autre part que devant le tribimal des Nations. L'ex-empereur Charles est en Suisse, toléré. Le lo octobre, le parti des petits propriétaires fonciers, qui possède la majorité relative à l'Assemblée nationale et qui s'inspire des principes démocratiques, délibère sur une résolution élaborée par son Comité exécutif et portant sur divers objets dont le premier a ime valeur considérable au point de vue dynastique : « création d'ime loi déclarant libre l'élection royale. » C'est à peu près comme si le parti avait prononcé la déchéance de Charles de Habsbourg. Mais les légitimistes purs ne s'intimident pas : ils ont un espoir qui peut se réaliser à bref délai. L'abolition de la communauté dynastique avec l'Autriche n'est pas un fait accompli : la pragmatique sanction vit encore. L'exroi se maintient en Suisse : à peine le gouvernement helvétique diminue-t-il quelque peu le nombre des gens qui forment sa petite cour (15 octobre). On est en droit de crier à l'Assemblée nationale, le 17 : « Nous n'avons pas besoin d'élire un roi, nous en avons un! » Ce roi existe si bien que la semaine suivante, il quitte la Suisse en avion et arrive à QEdenburg. Un aviateur allemand l'y a conduit à travers les airs. Son épouse Zita l'accompagne (21 octobre). Ce ci-devant empereur d'Autriche et roi de Hongrie montre, en vérité, bien de l'obstina-

tion dans ses projets. Les troupes déj^ Ivd prêtent serment. Un gouvernement légitimiste est formé ^ Çpdenbiprg. Charles de Habsbou^-g marche sur 1^ capitale, lyC gouveniement autrichien prend des mesures dç protection à la, frontière. L'état de siège est proclamé ^ Budapest (23 octobre). Le§ troupes de l'ex-roi Uvrent combat à celles de Tanural Hoithy. I^e go\iYemement somme le Habsbourg de quitter le pay§. Grande et Petite Entente rappellent qu'ime restauration menacerait la paix et ne serait pas tolérée.

L'Allemagne, comme I^ première fois, jugje sévèrement la « nouvelle folie » du souverain en disponibilité. Le ton le moins violent est adopté pa^: le Vorwaerts : « Un succès, même passager, de la mo|i^rchie des Hsibsbqurg pourrait avoir un contre-coup funeste en Allemagne. Ce serait un encouragement pour les contrerévolutionnaires de Baviè^e^ qui n'attendent, pour agir, qu'une occa^ipn propice ^ . » Mais il est éc^t que Charles est voué aux échecs retentissants. Le 24 octob?:e, il est fait prisonnier par l'armée gouvernementale ainsi que l'ex-impératrice. Ses troupes sont refoulées et sollicitent un armistice. Budapest se refuse à toute négociation, On y va recevoir, 4*ailleurs, un encouragement à la fermeté. La Conférence des Ambassadeurs fait parvenir ime note où on demande à la Hongrie : 1° de proclamer la déchéance de l'ex- souverain; 2^ de s'assurer de sa personne et de lui faire quitter le pays dans les conditions que fixeront les Alliés, faute de quoi ceux-ci déclineront toute responsabilité pour les conséquences qui pourraient ei; résulter pour la Hongrie. La Tchécoslovaquie envoie, pour son compte, un ultimatum. L'amiral Jlorthy fait donc parvenir à Charles les sept conditions suivantes :

i« Déposer Jes armes immédiatement;

2<* I^ conseilleis militaires de l'ex-roi seront tradiiit3 devant la justice militaire;

I. lA Dêuttche Attgem^ii^ Zêiénng prétend, une fois de plus, que Charlei de QaUbowg fBt 4'aooDrd avec le Kouvtraenumt fm^ç^.

i« I^ ttàdptB seront âétanhte ti amnistiées;

4» AltdieatioB définitive;

50 I«'ex-ioi restent interné en Hongrie jnèqu'à ce t]uè la qiiéstiDn de sôii ékttaditiôn ëoit ^ée;

6« I«é liétt dti Séjour définitif (et léS mbé&Htés dU dépùH tifekxAi fixés par la grandâi Duissanoes;

7<> tes coilsèillérs politiques de l'ez-rei seront traduits en justice.

Châtleâ fest ptôvlébiremènt interné près du lac Éalaton (^4 octobte) ; le gouvernement Tinvite à abdiquer définitiVetiiéilt (26 octobre), sinon l'Assemblée hongroise prononcera sa déchéance : c'est la volonté même des Alliés et de la Petite Entente. Il est même question de la déchéance de toute la famille. Le 3 novembre, les souverains, pour la seconde fois évincés, quittent la Hongrie. Le 4, la déchéance est votée par l'Assemblée, sous la réserve que la Hongrie peut appeler ultérieurement au trône n'importe quel Habsbourg ! C'est un tour de passepasse. Le comte Appon3d déclare voir dans la déchéance une violation flagrante de la souveraineté hongroise, garantie par l'article 73 du traité de Trianon\

Le samedi 13 novembre, l'Assemblée nationaje hon-

X. Extrait du projet de loi rdatif à la déchéance du rcl Charles IV :

« I^ traité de Ttianon ne nous imposait pas la déchéance du roi. Mais, actuellement, malgré l'indépendance qui nous est assurée par le traité, cette mesure est exigée par les puissances.

« !«' Assemblée nationale proteste çolennellement contre une telle intervention dans les affaires intérieures du pays. Toutefois, poussée par le désir de vivre de la nation, qui lutte pcnt son existence, et afin d'écarter le daiq;er menaçant l'existence de la patrie, l'Assemblée nationale décide :

« Article premier. I«es droits royaux de Charles rv cesseront et cessent par la présente loi.

« Art. a. I^a pragmatique sanction, qui régie les droits de succession domits AtU' irim, est abrogée. I^ droit d'élire le roi revient à la nation.

« Art. 3. I<a nation maintient la monarchie, mais en ajourne l'élection, et invite le gouvernement à déposer le projet nécessaire en temps utile.

« Art. 4. I^a loi entrera e» vigueur le jour de sa promulgation. »

I<a Petite Entente désapprouve ce texte amtxigu qui permet à Charles de remonter sur le trâne par voie de libre élection. Invité par l'^tente à fournir des eq>lioations, le gouvernement hongrois déclare qu'aVant de résoudre la question de l'électioa du souverain, il s'entendra avec les grandes puissances et ne procédera pas sans leur consentement.

« Afin de mieux assurer les intentions de la loi et de sauvegarder sa propre responsabilité, le gouvernement hongrois a l'intention d'édicter une loi qui, en ddtors des dispositions pénales en vigueur, lui permettra de combattre efficacement toute tentative ou toute propagande en faveur des Habsbourg et en faveur de n'importe quel autre, prétendant dont la candidature ne serait pas posée cou* f onnément à ces dispositions* *

groise ratifie le traité de Trianon. a La paix qui nous a été réservée est la plus cruelle de toutes », déclare le comte Tdéki. L'ex-roi et l'ex-reine voyagent : ils sont à Galatz (Roumanie), le 6 novembre, à Constantinople le 8 d'où ils repartent pour Gibraltar. Encore quelques jours, et ils prendront pied à Vue de Madère, où, dans Taimable ville de Funchal, ils attendront le retour de la fortune. Elle ne viendra pas les chercher : quelques mois plus tard, l'empereur déchu, entouré de sa famille, mourait en terre d'exil.

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