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CHAPITRE XX LA BULGARIE

A la veille de la Conférence de Bruxelles (24 septembre 1920), la Bulgarie, fatiguée de trop de guerres, instruite par trop de revers, revisait son œuvre depuis l'armistice et, toute semblable aux peuples de la Petite Entente, cherchait les moyens de se constituer tm bonheur relatif sur les ruines de ses trop grandes espérances mortes. Elle s'organisait à l'intérieur où elle réagissait avec succès contre un bolchevisme latent dont le dernier et terrible geste avait lancé la bombe du théâtre de PhiUppopoli. Elle aspirait à établir des relations de bon voisinage avec les États limitrophes^ et surtout à trouver un terrain d'entente solide et durable avec les Grecs qui, « oubliant le passé », lui proposaient l'amitié, la collaboration économique de « l'agriculteur et de l'éleveur bulgare, d'tme

X. Jm oordialiié, pourtant, n'était pas abaolue cntm la BiUgarie .et les autres puissances balkaniques. I«a Serbie gardait mémobre de l'agressiosi perfide de 19x5. D'autre part, on voyait non sans amertume, à Sofia, ki Yougo-Slavie installée dans la région de la Stroumitza et se préparant à occuper celle de Tratibrod. I«es Serbes pénétreront dans ce district le 6 novembre.

Entre Bulgaics et Grecs, diverses questions délicates restaient en litige : il n'était pas shnple d'organiser les romniiinications de la Bulgarie, par le port de Dédéagatch, avec la mer Egée. Nous avons vu (tome I*') que rattitude des troupes d'occupation grecques en Thrace heurtait vinrfemment les sentiments bulgares.

Touchant le débouché sur la mer Egée, le Prêporetx écrit, en décembre 1990 :

« Malgré les inconvénients du port de DédéajpRtGfa, il serait toujours possible de l'uti^er pour les importations et les exportations vers les ports anglais et français. I^a Bulgarie a impérieusement besoin de cette issue sur la mer libre, et cette vérité a été reconnue par les vainqueurs eux-mêmes. I«'engagement pris à NeuiUy doit être exécuté. »

« A travers la Thrace, les Alliés doivent ménager à la Bulgarie le libre transit de ses produits. » ^I^ Temps, »6 décembre 1930.)

I^ 3x décembre, l'Union intdlectuelle bulgare vote une motion demandant la revision du statut de la Thrace.

part; du marin et du négociant hellène, de l'autre ». En outre, elle songeait à se faire admettre dans la Société des Nations \

Le besoin de vivre sans languir sur des ressources parcimonieusement mesurées, et ce conmum a appétit de paix 2> qui, si singulièrement, se compliquait, dans la psychologie des petifrfes balkahiqués, avec la rancoeur de la défaite et le sombre soud de se rembourser, plus tard, quand Dieu voudtâiti des huttiiliatidns de la grande guerre, incitaient les Bulgares à des accommodements, à des méthodes souples, propres à leur rendre l'existence enfin moiils agitée, et plus souriante. Par l^argent, par les biens de la tôrre, par les productions de l'industrie, on allait essayer de « se reconstruire ». Les économistes faisaient de patientes statistiques, les financiers dressaient des budgets, privés ou publics. Pour la première fois depuis le début des guerres balkaniques, — car, depuis 1912, la Bulgarie vivait sous le régime des douzièmes provisoires et des crédits extérieurs, — la Chambre des députés recevait et prenait connaissance, en octobre 1921, d'un budget national. A dire vrai> il n'était pas des plus réjouissants : le déficit prévu pour Texetcice en cours était de 500 millions de levas. Vide appréciable pour un pays qui avait à souscrire à de lourds engagements ^temationaux. On allait chercher un remède, partiellemetit opérant, dans le monopole du sucre et du sel^ et l'État, peu: ailleurs, partidpëràit aibc bénéfice^ d^ richesses du sol. Pdut aider à un relevaient si nécessaire» il était qtlëstidn de lâncfer un emprunt dont le produit serait directement affarté aux besoins éicônôttliqueë de k ûàtioû et auic échéances des dettes ihtematioûôles. On espérait, grâce à un mâtérid mécanique qu'il serait ainsi possible d'acquérir, doul>ler la tiirdductiôh des cétéalës bUlgaJrèfe.

Dans l'ordre politique, le gouvememètit se sentait

t. On Aj^ptcAdta, le x^ dic&Hbf^e, à So^, qu'un avU fftVofablè à ce projet tmlgare a été donné par la Commission de la S<icllté dés Katlofts chaf^éë de rétiidier. Setil le pAxÛ côthihilnistè trâlgare. hostile à l'admi^oii, ût p&^tagë pas la satisfaction généralCè

pourvu d'une force suflisante pour diirer et faire œuvre féconde. Il avait la chance de se trouver en présence de partis d'opposition fort émiettés, surtout s'il s'agissait des partis bourgeois. Les subdivisions étaient multiples et le « diviser pour régner » n'avait jamais été plus d'actualité, en Bulgarie, qu'à l'automne de 1921. Quinze grands partis opposaient leurs tendances. Pour la plupart, ils dataient, — en principe, — de 1878. Certains s'inspiraient de programmes confus et plutôt nébuleux, de doctrines flottantes, auxquelles la population ne pouvait reconnaître ni clarté, ni directives. ly'obscurité de ces conceptions politiques lassait les sympathies. On éprouvait le besoin de condenser ces partis divergents, de les sérier par groupes, et, pour tout dire, de constituer des centres d'organisations politiques assez ingénieusement conditionnés pour absorber et r^oncilier, par petits paquets, les partis qui pouvaient, avec quelques points de contact, avoir un semblant de compatibiUté. On appréciait tout ce qu'un semblable regroupement devrait avoir d'e5icace pour la renaissance d'une Bulgarie décidée à ne pas végéter et à retrouver un rang honorable dans la famille européenne. Cette conception, ce besoin d'harmonie entre éléments cousins ou tout au moins lointainement apparentés, s'imposaient notamment aux bourgeois, également inquiets, quelles que puissent être leurs nuances^ des prétentions des agrariens, des socialistes et des communistes \ La coalition, la fusion des partis ayant des

X. Depuis la fin de la guerr& le communisme a pris quelque ampleiu'dan^ diverses villes bulgares; 11 y eut des nfonicipalitéâ communistes à Samokof, Pleven, Sliven. I^ troubles furent très rares et aussitôt réprimés : les extrémistes, se reconnaissant incapables de convertir le pays par eux-m^mes, attendaient Taction du bolchevlsme ext^eur. ^n mars 1921, on fait la constatation que les éléments communistes perdent du terrain et que, dans la plupart des agglomérations où ils avaient pu prospérer tout relativement, on se lasse assez de leurs initiatives hasardeuses potir revenir à des doctrines plus traditionnelles. Le cas se produit notamment à Gabrovo, à Lompalanka et à Kustendil : en cette dernière ville, les mandats commtmistes sont réduits de huit à quatre (15 avril). « Plusieurs Jetmes-Bulgares, qui sympathisaient avec les Bolcheviki, s'étaient rendus à Odessa vova soutenir la cause de la dictature du prolétariat. Après un court séjour, us sont rentrés dans leur patrie guéris de leucs théories par le tableau même de la misère russe. » (Dépêdie de Sofia, au Temps, 18 avril 1921.) — Le 25 mal, us attentat tx>Icheviste est commis à Sofia : une bombe est jetée dans un

affinités, était donc dans Tair, au moment où nous rentrons en Bulgarie et où le Congrès des Narodniaks (nationalistes) avait fait de cet objectif le thème crucial de ses toutes récentes délibérations. Nationalistes et progressistes (industriels et commerçants) esquissaient le geste de se tendre cordialement la main, et ainsi en allait-il pour les démocrates et les radicaux. I^a poussière dispersée des quatre fractions libérales cherchait les moyens de s'agréger en un bloc robuste. Seuls les socialistes, dont les théories prenaient les formes les plus disparates, ne croyaient pouvoir s'unifier avant longtemps, et peut-être jamais.

lycs agraires manœuvraient, parmi tous, avec le plus de sûreté. Aux élections mtmicipales d'octobre, le parti agraire gouvernemental triompha dans les villages, perdit du terrain dans les villes au profit des communistes dont le succès fut servi par les discordes socialistes.

Au début de novembre 1920, M. Stamboulinski, prési-

cortége d'enfaats, dont plusieurs succombent à leurs blessures. — I«e 13 juillet, le bureau de presse bulgare, à Paris, communique tme note où figure cette déclaration :

« Des nouvelles de diverses sources ont représenté, ces derniers temps, la Bulgarie, soit comme voulant se soustraire aux obligations qu'elle a assumées par le traité de NeuUly, ^oit comme agissant de commun accord avec les kemalistes et Us bolcheviki, sdt enfin comme un pajrs de troubles intérieurs. D'autres nouvdles, encore plus fantaisistes, attribuent à certains Bulgares tme compUdté quelconque dans les plans kemalistes contre la Perse, ou bien l'intention de faire revenir sur le trône l'ez-roi Ferdinand.

« Malgré la déclaration catégorique et répétée du gouvernement bulgare et de ses représentants à l'étranger que l'ordre et la tranquillité régnent dans le pays, que la Bulgarie a complètement renoncé à une politique d'aventures et d'hostilité à r^iard de ses voisins, qu'elle a définitivement rompu avec le passé et qu'dle travaille poux son rdèvement économique, afin de pouvoir s'acquitter de la manière la fAns loyale de ses engagements envers les Alliés, une campagne malveillante, alimentée par des nouvelles fantaisistes et contradictoires, tendant à discréditer et à dénigrer lia Bulgarie, continue avec acharnement.

« ItC bureau de presse bulgare est autorisé à déclarer une fois de plus que toutes ces nouvelles ne sont que de pures inventions, provenant de certains milieux intéressés à l'étranger, qui, dans le désir de voir réalisés leurs plans néfastes à la paix dans le Proche-Orient s'efforcent de représenter la Bulgarie comme seule responsable de l'actuelle situation instable dans le sud-est de l'Europe, et de provoquer des sanctions à son égard de la part des Alliés, ce que la Bulgarie ne mérite nullement, vu l'attitude loyale qu'elle observe, non seulement envers les grandes puissances, mais ausoi envers tous ses voisins balkaniques. >

ItC 16 septembre, par ordre du gouvernement, les Conseils municipaux communistes de Bourgas, Varna, Routschouk, Pleven, Vambol, I/>vetch, Bratzigovo» Samokof, Berkowitsa, Kamobat, Kustendil, Plowdif, Shichtof, Uakowets et I<om sont dissous.

dent du Conseil de Bulgarie, est à Paris. Il fait « le tour des capitales », pour « rétablir les rapports d'amitié existant autrefois entre l'Europe et la Bulgarie ». Il vient aussi demander une aide matérielle, solliciter, pour son pays, le droit de juger lui-même ses coupables, ainsi qu'il a été permis à l'Allemagne. Il établit que son gouverne» ment est prêt à collaborer avec le gouvernement serbe pour réprimer l'action de bandes révolutionnaires agissant en Macédoine. Il parle en faveur d'une complète internationalisation du Danube avec des droits égaux pour chacun des pays baignés par le fleuve, « l'exerdce de ces droits restant sous la surveillance de la Commission internationale ». Il ajoute, car c'est un point essentiel : « Nous avons besoin de crédits pour améliorer notre change et rétablir notre production. Nos richesses minières et forestières, le tabac, notre agriculture, sont autant de garanties. Nous sommes des débiteurs honnêtes, exécutant loyalement nos engagements. » Sans doute, laisse- t-il entendre, en Angleterre comme en France, que les Alliés doivent empêcher le peuple bulgare de se mettre à la remorque de l'Allemagne. L'influence française en Bulgarie fut toujours profonde depuis le xvn® siècle, et dans les quarante premières années, malgré une forte pénétration d'esprit germanique, le prestige littéraire et artistique français n'a été que peu diminué. L'Allemagne le sait bien. Elle exploite actuellement les liens nouveaux créés par quatre années de guerre en commun. Les Universités du Reich appdlent les jeunes bulgares. Il y en a 2.000 à Berlin et à Vienne. La langue allemande se répand dans le pays. Nous devons considérer le péril allemand, en Bulgarie, comme ailleurs. C'est le conseil que donnent à nos gouvernants, et simultanément, les presses française et bulgare, lors du voyage de M. StambouUnski. Le Zemlêdelske Znamé relève l'importance toute particulière du fait que la République française a été la première des nations victorieuses à renouer les relations diplomatique** avec la Bulgarie (le général Savof vient de présenter Sf

lettres de créance comme ministre de Bulgarie à Paris). I^e Sobranié continue, entre temps, à envisager les mesures économiques les plus urgentes : il repousse l'idée d'im emprunt forcé et obligatoire : on comblera le vide, pour tout ou partie (un demi*milliard de levas), par une forte réduction des dépenses ou un emprunt extérieur ^ Parmi les économies, figure la réduction des effectifs de l'armée, conformément aux dispositions du traité, d'ailleurs. Ainsi se poursuit parallèlement l'œuvre parlementaire à l'intérieur, et présidentielle à l'extérieur. M. Stamboulinsld rentre en Bulgarie, après avoir reçu en Pologne, en Roumanie, im accueil qui laisse bien augurer de l'avenir. Les préoccupations bulgares se tournent uniquement du côté de la Yougo-Slavie (avec laquelle des questions territoriales restent à régler), et le passage vers la mer Egée, impérieusement réclamé poiu: les besoins nationaux. Le ministre exposera les résultats de son voyage, en février, devant un Congrès d'agrariens, tenu à Sofia même. Il revient de sa « tournée de cent jours » pour constater quelque progrès dans la fusion des partis. Nationalistes et progressistes ont achevé leur coalition; les partis bourgeois cherchent encore les « points de soudure » d'un bloc d'opposition. Les agrariens puissants, à qtii il va parler, sont les seuls vraiment robustes : ils se sentent capables de demander la mise en occupation des deux anciens cabinets Guechof-Danef et Malinof. Us savent qu'en convoquant ce Congrès, a le gouvernement a voulu introduire tin nouveau système qui lui permettra de se rendre compte directement des intentions et des désirs du peuple. Ce n'est pas le Parlement, mais aussi le peuple qui doit dire son mot dans la politique » ^. 5.000 paysans se réunissent donc, chaussés à la poulaine et coiffés de

z. I^ 34 novembre xgaz» la loi sur le budget pour l'exercice financier en 1930- Z921 est promulguée. I^ dépenses totales montent à 2 milliards et 954 millions de leva*, les recettes à 2 milliards et 6x3 milliona (après réduction des dépenses). A titre de document, disons qu'au z"' décembre Z920, zoo francs français soi^ ootés approximativement à 550 levas.

a. I>éoiiïatlon du ministre Daoealov, publiée le zo février s^ai.

bonnets à poil. Ils processionnent d'abord sous les pancartes où l'on peut lire : « Vive l'internationale agricole ! », a I^'Union fait la force », « Au gibet les coupables de la catastrophe et les militaristes ! » M. Stamboulinski fait allusion aux rumeurs qui courent sur la possibilité d'un changement de régime, et, répudiant l'idée d'une république bulgare, se déclare monarchiste : « I^e principe dynastique reste en ce pays un rempart de sauvegarde sociale. » Puis, estimant son œuvre accomplie, il déclare que son gouvernement est démissionnaire, forfnalité attendue. Pour terminer, on revendique la Thrace, comme on la réclamera quelques jours plus tard, lors d'une manifestation populaire que présidera le poète national Ivan Vazof\

La Commission des Réparations, prévue par le traité de Neuilly, se rend en mars à Sofia. Le roi Boris lui redit que la Bulgarie a la ferme intention de remplir loyalement les engagements pris. La Commission trouve un pays bien intentionné, mais elle n'est pas sans y constater ce qu'elle eût été bien étonnée de n'y point rencontrer : des éléments germaniques actifs. La Bulgarie, utilitaire et pratique, est sollicitée par les commis voyageurs allemands et écoute attentivement ce qu'ils disent pour se faire agréer. On revoit, depuis peu, revenus du Reich, des industriels, des commerçants, des employés de banques, qui se montrent aussi actifs et aussi clairvoyants qu'avant 1915. Ils veulent organiser, ou plutôt réorganiser, sur le marché des Balkans, la mainmise de l'Allemagne. C'est là un magnifique débouché pour d'innombrables marchandises, que l'on reçoit avec satisfaction, car on en a le plus grand besoin et elles ne sont pas chères : le drap allemand vaut 100 marks le mètre (132 levas), constate le correspondant du Temps, en février. I^e drap français coûte 540 levas. « Les cinémas donnent des films spéciaux

X. Le 2 man, la Conférence de Londres prendra la dédsion de nommer une Cmnmiasion pour procéder à une enquête sur place. Les Bulgares, voyant brUler cette lueur d'espoir, attestent qu'tm « plébiscite aurait certainement arraché la Thrace à la Grèce à laqudle ctpendant le traité de Sèvres l'a donnée ».

sur rindustrie allemande », dit le même auteur» et la campagne de propagande commerciale ne se limite certes pas à la capitale. Dans un autre ordre d'idées, on présume, à juste titre, qu'il y a des agitateurs allemands parmi les bandes qui commettent des actes de banditisme en Dobroudja, au grand dam de la Roumanie. Ce sont aussides Allemands qui conseillent aux Bulgares d'insister pour obtenir le jugement, devant leurs tribunaux, des coupables de guerre. Au reste, l'Allemagne, qui abrite une partie de ces coupables, se refuse à les désavouer, tandis que la Bulgarie afl&rme sa ferme intention de les punir \ Toute la nation, et les officiers les premiers, n'est pas satisfaite de la limitation de l'armée bulgare, telle quie la prévoit le traité de Neuilly. I^'Allemagne a, là aussi, un excellent champ de propagande Elle, s'applique à accréditer l'opinion que le pajrs ne peut se borner à une défense comportant strictement 8 régiments d'infanterie à 3 bataillons, 3 régiments de cavalerie à 4 escadrons, 8 groupes d'artillerie à 3 batteries, 3 bataillons de génie, soit en tout 20.000 hommes auxquels s'ajoutent aiviron 13.000 gendarmes et gardes-frontières. 700 gradés doivent être licenciés le 31 mars et ceux-là prêtent volontiers l'oreille aux provocateurs, encore qu'ils soient résignés à accepter un sort inévitable. Mais les Allemands savent qu'il n'est pas inutile de semer à long terme et ils exploitent l'état d'esprit de ceux que touchent directement, dans leurs intérêts immédiats et pour l'avenir de leur carrière militaire, le traité de Neuilly et ses dispositions relatives à l'armée. Il n'est pas difficile de faire valoir qu'avec ses 60 canons tolérés, la Bulgarie est à la merci de ses voisins.

I. Il faut recoimattre que la Bulgarie est sincère. I«e x*' avril, le Sobranié discutera la mise en jugement du cabinet Radoslavof et du généralissime Jdcof. 1,'unanimité, sauf une voix, réclame la mise en jugement de l'ancien cabinet germanophile. Radoaflayof et Jékof sont à Berlin. I<e gouvernement allemand refuse systématiquement l'extraditipn. — I^ x6 septembre, on publiera que le nombre des actions de justice en instance devant la Cour martiale» en vertu de la loi sur les coupables de la « catastrophe nationale », atteint 54. Radoslavof et les généraux Jdcof et Bayardjelf seront jugés par coatumace.

Il va de soi que les Allemands recherchent les moyens d'infirmer, ai Bulgarie, l'article 260 du traité de Versailles, où il est dit que « la Commission des Réparations pourra, dans un délai d'un an à compter de la mise en vigueur du traité (10 janvier 1920), exiger que l'Allemagne acquière tous droits ou intérêts de ressortissants allemands dans toute fâitreprise d'utilité publique ou dans toute concession en... Bulgarie... dans les possessions ou dépendances de (cet) État ou sur un territoire qui, ayant appartenu à l'Allemagne ou à ses Alliés, doit être cédé ou administré par un mandataire. I^e gouvernement allemand devra, d'autre part, dans un délai de six mois à compter de la date de la demande, transférer à la Commission des Réparations la totalité de ces droits et intérêts, et de tous les droits et intérêts que l'Allemagne peut elle-même posséder ». L'Allemagne a à supporter « la charge d'indemniser ses ressortissants ainsi dépossédés » et elle a à « communiquer à la Commission des Réparations la liste de tous les droits et intérêts en question ». Ces dispositions sont rappelées, en avril, à la délégation allemande, par la Commission des Réparations. On les écoute sans plaisir.

Avec beaucoup plus de bonne grâce, les Bulgares s'acquittent des engagements assumés par eux (art. 127 du traité de Neuilly), touchant la livraison du bétail. De même, semblent-ils heureux de collaborer avec la Commission pour arriver à tme revision entière du budget, à la suppression de toute émission de nouveau papiermonnaie, à l'établissement d'une liste d'impôts rationnels qui aideront au relèvement du pays. Des pourparlers sont en cours pour un emprunt de 100 millions de francs que consentirait à la Bulgarie le syndicat franco-belge, dans le but de faciliter la construction de nouvelles voies ferrées. Le gouvernement prend des mesures rigoureuses contre la spéculation sur le change \ En juillet, il renouvellera

X. Jm leva a subi mic soited'abaiascmeBts progreflattè^surtoat km de la ' du moratoriiun à l'égaid de dettes bulgares dues aux ressortissants ail'

publiquement Tassurance qu'il entend collaborer franchement et sincèrement avec la Commission interalliée. Cette Commission ne veut pas seulement « recueillir des revenus », mais réorganiser financièrement et économiquement le pays.

Pendant que Ton prépare ce travail fort complexe, la Bulgarie s'applique à prouver à ses voisins qu'elle n'a plus de goût pour les aventures. Elle ne prépare pas, dit-elle, un coup de main contre la Thrace, quoi qu'on prétende. En mai, elle n'a nullement l'intention de profiter de la situation précaire de la Grèce, battue par les Turcs. Elle désapprouve les menées, en Macédoine, de perturbateurs qu'elle déclare ne pas connaître. Elle doit calmer les Yougo-Slaves qui parlent déjà d'occuper Sofia : elle demande tme enquête internationale sur les incidents macédoniens. Les Roumains se plaignent des incursions des comitadjis en Dobroudja. De même, sur ce chef d'accusation, la Bulgarie se prête à toutes les enquêtes que l'on voudra ^ Elle réussit à apaiser Belgrade où son ministre de l'Intérieur, en voyage, est enfin sympathiquement accueilli (juin 1921). Il apporte l'assurance des bons sentiments de son pays. « La Bulgarie, dit-il, est gouvernée maintenant par le peuple et non plus par Ferdinand et sa clique étrangère. » C'est là un revirement heureux. Quelques journaux yougo-slaves envisagent favorablement un changement du statut de la Thrace à l'égard de la Bulgarie : un sentiment de solidarité slave inspire ces suggestions nouvelles. On va plus loin; le Trgovinski Glasnik écrit :

Pour l'action commune en faveur des intérêts poUtico-économiques, les deux États doivent être en liaison étroite et le mieux serait qu'ils

change a tûcott baissé lors des difficultés oonoemaat l'emprunt de loo millions au groupe franco-belge.. Cette situation paralyse le marché du commerce. En août, sur le conseil de la Commission interalliée, le gouvernement retire la loi impliquant un impôt sur le capital et abroge l'article 4 de la loi sur le Jugement des coupables de guerre. Cet article frappait tout commerçant enrichi par la guerre. Aussi, nombre d'entre eux avaient dis^mulé ou fait émigrer d'importants capitaux.

I. t^ 15 mai, une Commisedoii bulgoro-rotonaine établira qiie les incidents de frontière êont dus à des imprudences et à des faits de contrebande.

réalisent rtmioa peisonndle, qu'ils poesédeat une têprésenUUion nationale commune, des institutions communes (armée et gouvernement)

relativement à toutes les affaires et intérêts communs.

II est dit, en Bulgarie, et c'est bien l'expression de l'opinion publique :

Jusqu'ici, les Bulgares et les Serbes n'ont pas eu une vision claire de leurs intérêts communs et ce sont leurs voisins qui ont profité de cette cécité. Et cependant, au point de vue ethnique, géographique, économique, une collaboration plus ou moins étroite entre les deux peuples paraît un but si logique, si natiu-d, si souhaitable à tous les points de vue, qu'elle s'impose d'elle-même. I^es tendances de l'ancien r^^e personnel étaient, au contraire, en s'appuyant siur telle ou telle grande puissance, d'opposer les intérêts de ce pays à ceux de la Serbie. Quant à nous, au nom des intérêts communs des deux peuples, et quelle que soit la situation présente, nous tendons sans arrière-pensée notre main à nos frères serbes. T/es deux nations ont vidé leur querdle et, quant à la Bulgarie, elle a déjà manifesté à maintes reprises sa volonté de rompre avec le passé; elle dégage les leçons de la guerre et n'a d'autre d&ir que de s'entendre directement avec ses voisins de l'ouest. :^e remet son sort entre leurs mains, sans désir dissimulé de revanche. KÙe a foi dans les sentiments de justice du peuple serbe et attend son verdict.

Seules, les relations bulgaro-grecques ne s'améliorent pas. Les conflits, sur les frontières de Thrace, sont quotidiens. Le 22 juillet, la France, la Grande-Bretagne et ritalie attireront l'attention du gouvernement bulgare (( sur certaines menées dont le but est de provoquer des troubles en Thrace ». M. Stamboulinski atteste que « la Bulgarie ne sera jamais un foyer de troubles ». Pour fournir, de cette certitude, une preuve encore, on active les mesures relatives au désarmement prévu par le traité. On limitera bientôt les effectifs à 22.931 officiers, sousofficiers et soldats. On s'applique à rassurer le peuple qui s'alarme d'ime telle faiblesse militaire, et se voit, au i^^ octobre, sans défense contre les agressions possibles. On considère avec anxiété, cependant, qu'à cette date prochaine, les troupes recrutées seront licenciées et que l'armée, encore que très réduite, ne pourra être reconstituée que par engagements volontaires. La Bulgarie (103.000 kilomètres carrés et 2.377 kilomètres de fron-

tière) sera le pays le plus désarmé du monde entier. Certains Alliés eux-mêmes s'inquiètent d'une mesure aussi rigoureuse, en constatant, en août, que les Bulgares engagés volontaires sont extrêmement rares. Le gouvernement bulgare se laisse gagner par l'inquiétude de la population, et, le 31 août, approuve tacitement les réunions publiques où ou lui demande d'intervenir près des grandes puissances et de la Société des Nations, pour que la décision concernant l'armée soit rapportée \ Quoi qu'il advienne, le licenciement s'effectue avec régularité. Plus de 4.000 soldats sont licenciés dans la seule journée du 7 septembre. La presse bulgare supplie les puissances de -considérer avec attention et générosité la situation du pays, à la Conférence de Washington, et de décider que si la Bulgarie doit rester sans armes, il n'y ait pas là une mesure unilatérale qui laisserait à ses côtés des peuples forts pouvant être un jour ses ennemis.

La requête ne semble point si déraisoimable, lorsque l'on regarde du côté de la Grèce...

I. Vaviatioii a été supprimée, les bureaux de recnitemeat sont dissous, pcesque tout le matériel de guerre est livré.

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