‹ Histoire des violations du traité de paixChapitre 77 sur 92 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Nous faisions un pronostic iacile, en terminant, au tome I*' notre chapitre La Turquie lorsque nous disions que la Turquie allait continuer son duel sans merci avec Mustapha Kemal. La suite des événements nous donne pleinement raison. Le traité de Sèvres s^é, — le traité de Porcelaine, disait-on en août 1920, — la tenace révolte nationaliste prospéra de jour en jour. Après des fortunes diverses, nous la revoyons battant son plein, au moment de la Conférence de Bruxelles, en septembre; l'Allemagne, de loin, se montrant très attentive au cours des événements et n'attendant pas l'apaisement pour expédier en Turquie d'énormes stocks de marchandises, malgré l'interdiction des relations commerciales entre les deux pays\

Les AUiés s'efforcent d'amener une réconciliation de la Porte avec les nationalistes, au moins pour la fraction la plus modérée. C'est un labeur qui dépasse leurs forces. Si la Porte négocie avec Kemal (octobre 1920), elle ne nourrit pas un sérieux espoir d'aboutir à qudque valable résultat. On parle avec insistance, le 17 octobre, de l'imminente démission du cabinet ottoman et de la formation d'un ministère de transition ayant pour programme

I. Ce commerce clandestin et fructueux est « manoeuvré » par les membres du Comité Union et Progrés qui habitent Berlin. Us ont créé, dans cette capitale amie, une sodété anonjrme « Schwarzer Meir Geselischaft » dont la direction et l'administration appartiennent à Talaat Pacha, Âzml Djemel bey, Bidri bey et Sàhyd b^.

rapplication du traité de Sèvres. Le 19, en effet, Tevfik Pacha est chargé par le Sultan de former le cabinet, sur des bases telles que les kemalistes puissent accepter le traitée Damad Ferid Pacha s'en va donc : il menait le bon combat contre les nationalistes irrédents, groupés en Anatolie ^. Pour tenter l'accord des parties, l'Entente l'écarté : il faut pacifier la Turquie; l'ex-premier ministre était trop catégorique, pargdt-il. Nous entrons donc, de fait, sur le terrain des concessions à Kemal. Que vaut cette politique? On le saura bientôt. Kemal a-t-il, oui ou non, un pacte secret avec l'Allemagne? Nous lui tendons la branche d'olivier. Est-ce absolument sage? A peine formé, le gouvernement turc arrête en principe l'envoi de commissions à Angora. On estime que les chefs rebelles anatoliens maintiendront leur opposition aux points du traité qu'ils refusent d'accepter. Au début de novembre, pour engager des pourparlers, ils exigent d'abord que le grand vizir obtienne de l'Entente la promesse de : 1^ rattacher Smyme et l'interland à la zone des Détroits sous la suzeraineté nationale ; 2° accorder à la Thrace un régime autonome sous la suzeraineté ottomane; ^^ adjoindre trois délégués turcs, représentant Smyrne, la Thrace et l'Anatolie, à un délégué reconnu par le traité de Sèvres, dans la commission chargée de l'examen de la zone neutre; 40 modifier, en faveur de la Turquie, différents articles du traité de Sèvres visant surtout les questions financières et économiques; 5° séparer le califat du sultanat qui restera à l'aîné de la famille Osman, tandis que le califat sera confié à un descendant de la famille du Prophète, jouissant de la confiance et de la considération du monde islamique. C'est parler clair, assurément, mais c'est demander beaucoup.

En attendant, les troupes nationalistes sont défaites

u PréBidence du Conseil : Tevfik Pacha; Intérieur : maréchal Izxet; Guerre S général Zia; Marine : maréchal Salih; Affaires étrangères : Sefa bey.

3. Voir Annexes, l'accord tripartite sur le traité turc et l'accord conclu entre la France, la Grande-Bretagne et l'Italie au sujet de l'Anatolie.

par les armées gouvernementales (i®^ novembre). Elles battent en retraite et l'Assemblée d'Angora, si Ton en croit les nouvelles plutôt suspectes, est consternée. Potins que tout cela, sans doute, puisque le lendemain, Mustapha Kemal attaque. Il est vrai que ce n'est pas sur le même iront et qu'il s'en prend aux troupes helléniques, dans la région de Karamoursal. On apprend le même jour, que les Grecs ont infligé une défaite à leurs agresseurs. Le lendemain, on doute de cette victoire.

Nous publions à la stdte ces nouvelles, en vérité incohérentes, pour montrer au lecteur l'image à peu près quotidienne du tableau des communiqués grecs, kemalistes et turcs réguliers. Cette contradiction perpétuelle est si décevante pour l'historien qu'à moins d'y être absolument contraint, il prétend bien, ici, échapper à la tâche ingrate de débrouiller l'exacte nature des faits à travers les mensonges constants des belligérants. A tout bien considérer, il n'est pas absolument iînposé à notre zèle de suivre pas à pas ces bataillons à la fois vainqueurs et vaincus. Nous prenons donc le soin d'avertir qu'on ne saurait utilement rechercher en ces pages une histoire chronologiquement établie de cette fastidieuse aventure de guerre orientale. Nous plaignons seulement ceux qui assumeront la charge d'y projeter une clarté suffisante pour que, dans leurs ouvrages, la postérité puisse espérer apercevoir le cours authentique des événements. Pour nous, à traits aussi larges que possible, nous dresserons le schéma des faits, la grosse trame de leur canevas, sans nous attacher à suivre le dessin complexe de cette broderie à la turque.

I^es obscurs communiqués, dans la première quinzaine de novembre, se croisent et s'entrecroisent. Que les kemalistes fuient, ou qu'ils menacent Batoum, là n'est pas l'intérêt capital. Ce qui nous importe en cette étude, c'est que les Turcs ratifient le traité de paix. Or, la Sublime Porte refuse cette ratification. Les kemalistes, dit-elle, se montrent trop intransigeants. Nous menaçons de prendre des mesures d'astreinte, d'apporter des restrictions dans

l'aide financière donnée au Trésor ottoman. Si cette mesure ne produisait pas de résultat, la remise d'un ultimatum serait envisagée, dit-on dans la presse française, le II novembre. « On peut avertir le gouvernement du Sultan, propose le Temps, que, s'il ne ratifie pas, il perdra sa capitale et sera relégué en Asie. » Mais, répond un sceptique, si le traité est ratifié, comment briderezvous Kémal? Avez- vous un moyen pour le contraindre? C'est ime force, que les Alliés ont méconnue, et qui peut rendre le traité illusoire. Tout est en suspens, le traité luimême et l'accord tripartite. Au 15 novembre, les nouvelles sont graves et. . . elles sont vraies : la Géorgie a été envahie par les rebelles turcs et par les Bolcheviki^ Soviétistes et kemalistes sont d'accord sur les points suivants :

10 Assurer l'intégrité de la Turquie et remettre sous l'administration turque tous les territoires habités par des Turcs;

2» Droit de contrôle de la Turquie sur les nouveaux ^tats formés en Arabie;

30 Faciliter la tâche des délégués des Soviets pour le développement du commimisme «n Turquie;

49 IfiL Russie et la Turquie s'engagent à libérer les pays musulmans tels que les Indes, l'Egypte, TAlg^e, le Maroc, la Timisie du joug étranger ei à assurer leur indépendance;

50 IfiL Russie reconnaît l'indépendance des JÊtats musulmans fonnés dans son territoire et assure leur intenté territoriale;

6° I<a Russie prend l'engagement d'aider lia Turquie financièrement et matériellement;

70 I^a Russie, sur la demande de la Turquie, s'engage à expédier deux corps d'armée avec leurs cadres complets et un autre corps d'armée si cela est nécessaire;

80 I^ hostilité contre l'Biitente doivent continuer sans attendre l'approbation des conseils nationaux des deux gouvernements.

11 n'y a rien là qui puisse radicalement déplaire à l'Allemagne. Les Alliés, qui délibèrent à Londres, commencent à douter de la solidité de la « Porcelaine »^.

X. A ce moment, en Grèce, c'est la retraite de M. Venisdos et la démission du cabinet grec, événements qui réjouissent l'Allemagne, comme une défaite de l'Entente. Dés ce jour, la Deutsche AUgemeine Zeitung croit à la posatbiUté du retoux de Constantin.

3. Tout en s'oocupant des récents événements grecs, Constantin ne tardera pas à rentrer dans sa capitale, malgré la déclaration des gouvernements britanniqjue, français et italien. — Un pl^sdte lui a donné 895 .000 voix sur 90S.000 votants.

« Nous attendons que l'Entente reconnaisse la nécessité de remanier le traité de Sèvres », déclare le Temps du 26 novembre. Il faut contraindre la Grèce à prolonger son effort militaire. La France doit entrer directement en relations avec les nationalistes turcs afin d'obtenir les garanties en échange desquelles elle pourra évacuer la Cilicie qui lui coûte cher en hommes et en argent. Il est nécessaire de sauver l'Arménie envahie. Bien d'autres conseils sont offerts aux gouvernants et aux diplomates, tandis que Mustapha édicté des lois draconiennes punissant de mort toute personne qui tentera de sortir dés frontières de ses États. lycs événements devancent, en Syrie, les décisions des Conférences; une colonne française est attaquée par une force turque à Aln-Cherkit. On s'exaspère en France de ces combats où les nôtres tombent pour le seul profit des Grecs qui sont au moment de couronner de fleurs le roi « Tino ». Et l'on répète (10-17 décembre), avec une nouvelle insistance : « Changeons de politique envers les Turcs. Jamais ils n'accepteront l'abandon de la Thrace et de Smyme ! » De fait, la position des « partisans » d'Angora se fait de plus en plus forte : plus de 20.000 officiers turcs ont passé le Bosphore et servent Mustapha. Ce dernier, en deux mois, a singulièrement haussé le ton : il se sent maître de la situation. Il conUÉUt les divergences d'opinions de l'Entente et n'est pas surpris lorsque M. Lloyd George dit aux Communes qu'il n'est plus au pouvoir des Alliés de retirer Smyme aux Hellènes, et que négocier avec Mustapha Kemal serait nous jeter dans les bras d'un rebelle. Or, Mustapha exerce un pouvoir de fait. Il est soutenu de diverses façons par les Soviets, alors que l'état duTrésor ottoman est des plus précaires. Il ne s'inquiète pas outre mesure, le i^ janvier 1921, de voir les Alliés autoriser la levée de saisie et la restitution des 400.000 livres en or déposées à la Banque ottomane et destinées au remboursement des intérêts de l'emprunt intérieur contracté pendant la guerre. C'est un appoint temporaire pour

Constantiuoplei mais Mustapha, de sou côtéi a le temps d'atteudre. Il continuera à se battre contre les soldats du sultan et les Grecs, en voyant venir les événements. Il recevra, sans renoncer à rien de ses desiderata, toutes les délégations que la capitale lui enverra, pour tenter un accord : il maintiendra ses conditions ^ Il a son Parlement et « travaille à établir une nouvelle Constitution pour la Turquie » (Daily Mail, y janvier 1921). Il a fondé une université et éruis des timbres-poste pour une valeur de 300.000 livres turques. Une Conférence ottomane va se réunir à Rome pour rédiger une requête tendant à obtenir des gouvernements alliés des modifications au traité? Soit, il enverra trois représentant^, pour la forme. Son journal Yeni Ghune pose ce principe catégorique, en janvier : « Nous ne devons pas conclure d'accord avec le gouvernement de Constantinople, le gouvernement d'Anatolie, représentant seul la nation ottomane. Constantinople ne doit plus être considéré comme la capitale de l'Empire, mais comme un simple chef-lieu de vilayet. » Les Grecs avancent dans les secteurs de Brousse et de Smyme? C'est un épisode. Constantin, roi de Grèce, viendrait, dit-on, au front? Qu'il ne se prive pas de ce plaisir. Jusqu'alors, on repoussera ses régiments, avec une armée bien vêtue, bien équipée^ et résolue, abondamment pourvue de munitions par la Russie. Si les Alliés donnent forme à leur intention d'inviter les kemalistes à une Conférence à Londres, on exigera, au préalable, l'évacuation de l'Anatolie par les forces grecques, et celle de la Cilicie par les troupes fi;ançaises. Il faudra aussi que l'on s'engage à ne réclamer le paiement d'aucune indemnité : c'est, en somme, l'abrogation totale du traité de Sèvres, l'intransigeance absolue, la négation du gouvernement constantinopolitain. N'y a-t-il pas là aussi quelque apparence de rodomontade? De vagues échos assurent que le dictateur nationaliste se débat dans des difficultés financières

X. Mission Izzet Pacha (déconbre 1930-janviér 1921) : cette mission traînera ca longacur. Angora se montrant systématiquement irréductible.

et économiques : ils contredisent des nouvelles récentes selon lesquelles il disposait d'un large et très suffisant budget. Mustapha n'est-il pas <c monté » par son entourage extrémiste et germanophile ? Ne fait-il pas une fausse manœuvre en posant, comme condition à sa participation à la Conférence de I<ondres, la démission du gouvernement de Constantinople et la présence exclusive de dél^ués kemalistes? Il veut être invité directement, et non par les soins de la capitale. Avant de laisser partir ses représentants, il attend du Sultan un rescrit reconnaissant le gouvernement d'Angora comme seul gouvernement turc. De ces exigences, le Sultan reste tout interloqué. Paris et Londres les jugent extravagantes. Le 7 février, on ne sait rien des intentions de Kemal au sujet de la Conférence projetée. Il s'apaise le lendemain et fait savoir que sa délégation va prendre route. « Si elle arrive en retard, on voudra bien ajourner la Conférence », demande-t-il à l'Entente, sur le ton d'une désinvolture parfaite. Et sa presse d'écrire : « Nous demanderons une nouvelle paix qui assure notre indépendance. » Ses porteparoles s'acheminent vers Londres, tandis qu'il éprouve un vif déboire, du fait que les troupes français entrent victorieusement dans Aïntab, ville qu'avec Ourfa et Mardine, il prétendait détacher de la zone française ^ D'autre part, les Grecs préparent une offensive.

Les délégués d'Angora sont-ils prêts à tme énergique action commune? La chronique du jour, pendant qu'ils voyagent, les dit en désaccord sur les principes à soutenir. Ils n'espèrent rien de la Conférence. L'attitude de l'Angleterre les démoralise. C'est au moins ce que les nouvellistes assurent. En formules vagues, ils confient leurs vœux au Giornale d'Italia : « Revendications pour la Turquie du droit de vivre comme tout autre peuple ^. »

z. XfiL frontière turque, tracée par le traité, passe à 17 kilomètres au nord de cette ville, rattadbée à la Syrie française. I^ place a cai^tulé devant les forces françaises. Immédiatement, le Berliner TagebltUt accuse la France d'expansion impérialiste f

s. Interview de Bddr Samy bey, président de la délégation d'Angora, le 18 février.

403f HISTOIRE DES VIOLATIONS DU TRAITÉ DE PAIX

Le ai février, la Conférmce se réunit. Un Orcc a promb que bientôt les soldats de Constantin disperseraient ceux de Kemal. C'est un peu du ronaan, ou, pour mieux dite, une sorte d'amusant lever de rideau. Le lendemain, pn .travaille un peu plus sérieusement. Tevfik Bey pour Constantinople, Bekir Samy Bey pour Angora, exposent leurs doctrines. Bekir insiste beaucoup sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, revendique les a fron« tières ethniques de la Turquie », la liberté des Détroits, la suppression du contrôle financier des Alliés. On demande alors aux deux délégations o de préciser de façon concrète leurs vues sur les points du traité de Sèvres dont elles demandent la modification i^ (commu« nique officiel du 2$ février). Le 24, les Turcs réclament, en Europe, les front^res de 1913, en Asie Mineure, une frontière au sud à fixer suivant une ligne tracée en accord avec les parties intéressées et séparant les territoires habités par tme majorité arabe; à l'est, la frontière tracée léntre Turquie et Arménie tdle qu'elle fut fixée par le premier traité entre les autorités d'Ang(H:a et le gouvernement d^rivan. Restitution totale de la Thrace, ainsi que de Smynie. Liberté des Détroits, suppressicm de tout contrôle financier. Liberté des douanes. Les délégués grecs féagissimt énergiqu^nent, et fournissent des statis* tiques de population très difiéraits des chiffres présentés par les Ottomans.

En résumé, Bekir s'est sagement borné à revendiquer les pays qu'il estime incontestablement turcs et à proposer tme enquête sur les sentiments des habitants. La Ccmférence est favprablem^it impressionnée par cette attitude : elle pense à une ^quête sur place, mais les Grec^ n'admettent pas, le 25, ce moyen pourtant si judicieux. Turcs et Hellènes consulteront leurs gouvernements. La réponse athénienne, le 28, r^wus^ toute idée d'envoi d'une commissioîi intem^tio|iaJe à Smyme Pt P^ Tbr^e et de revision du traité de Sèvres. A Smyme même, on a manifesté contre l'hypothèse que l'on pourrait

retomber sous le joug ottoman. Quant au gouvernement d'4i^ora, il répond évasivement qu'il est prêt à souscrire au traité de Sèvres en son entier, les questions de Smyme, de la Thrace, de l'Arménie et du Kurdistan

4(îv^î^t êXx^ résolue? vfiX^nm^çî^^nX, squs îés^rve dç 1^

^auv^arde de la souveraineté économique et financière de la Ttirqifiç (?). Y a-t-i| 1^ place |)p\ir vw cpqiprows, malgré l'app^iqic^ trputlée de la question, aux premiers jours de mars? Binon, les Alliés abando^neron^-ils la Grèce à pç^ seuls moyen?, et\ f^ce de H T^jrqvùe, çîn lui refusant tout concours financier ^ ?

En réponse à la Grèce, qui vient de menacer de Jes

extem%er, \^ ke^nâlistes pccupe^^t B^tQWîn. k 7 ^^^ A Londres, les Turcs continuent à réclamer la nomination de la Commission d'enquête avec pouvoi^rs arbitraux, ly^ 10 ?enlenîe;^t, 1^ Çq^iférç^c^ croit ^voii; fait accepter à la délégation grecque ce projet de règlement î înaii^iR de 1^ suj^r^eté i^f q|ie à Sinyrnp avec u^ gouvernement chrétiefi qui ne serait pas nécessairement grec; institutioi^ dai^s Jj? vilayet d'unç administration répartie en zone grecque ou turque, suivant la majorité de la population; établissement 4'we gen4arnierie IqcçJe recrutée pqTui les éléments indigène, tttrc^ on gr^c?^ selon les zon^s d'adminî^tratJqQ» Angora, à son tour, n'ose approuver ce projet sans en référer. On propose en outre, aux uns et aux autres, l'évacuation graduelle de Constantinople par les troupes alliées, le rétablis^m^t de tous les signes extérieurs de la souveraineté

I. I^ Âlîem^âs con^ne|lte»t Ironiquqnqit cette ponléfençç toiqpisç. L'un 4c'le»i3 jpîîfnaux satl^lQU^ pi4?I^ flne pasqjiina^e fpr }ç^ âipmifi9^ w4 f^Qflîf 1^ c^ç à^ i»<m4ç :

« 1950. — Conférence de l'Entente A r^^W* I4 Vi^Ç^ »* reptise aux Twrcs et doî^ée at» Yougo-$lav«. l;'Aii4éD|ç pass^ sous }ç prptçctorat de h Bd^flquc. Smyine devient anglaise. vAllemagne uyre tous ses chiens à la France.

« i$55» -^ Conférence de l'^tente à i*aris. I^ Tl^race devient grecquf. V^' ménift nlt partie dé ]a. Républiq^ùe caiicàAsièi^ie. ^mvrne pas^ aicc 'mçdas de la liflîie des Nàtiops/qUi en felt uij port de jjfuerre. I^'^emagnp ^^e'tpv^ ses caatJ B 1 ryii tente»

ottomane, la démilitarisation complète des Détroits, Tabolition de la a Zone- Détroits », telle qu'elle est définie par le traité.

X/cs Alliés, toutefois, conserveraient deux places fortes, avec garnison, sur la péninsule de Oallipoli et à Tchanak, sur la côte d'Asie, de manière à dominer les Dardanelles; mais aucune fortification ne serait construite, par les Turcs ni par les Alliés, des Dardanelles jusqu'à Rodosto. Vautorité ottomane serait entièrement rétablie sur les rives de la mer de Marmara; mais les Alliés conserveraient un contrôle sur le Bosphore. I<cs Turcs auraient le droit de rétablir les fortifications de Constantinople et, en particulier, les lignes de Tchataldja.

I^ Commission financière de contrôle interalliée serait p^cée sous la présidence honoraire du ministre des Finances turc et comprendrait, en outre, un représentant turc.

Varmée ottomane pourrait augmenter ses effectifs de 35.000 hommes, chiffre autorisé par le traité de Sèvres, à 75.000 hommes; les effectifs de la gendarmerie seraient également relevés.

Quant à la Thrace, il serait question de la sotunettre à un régime international.

A Smyme, le maintien de la souveraineté turque serait précisé et indiqué par le maintien du pavillon. Cette région recevrait un régime autonome, assurant une repôrésentation plus forte à Télteent grec où il domine, c'est-à-dire dans la région côtière et urbaine, et à l'âément turc, dans l'intérieur. £n outre, les Turcs jouiraient dans la région de Smsnme de certains avantages financiers et économiques. Smyme serait un port libre pour le transit de l'hinterland turc ^

Ce sont là des propositions de « réajustement », une transaction sur laquelle les gouvernements respectifs devront s'entendre. Si elles aboutissent, elles fausseront

z. ^multanément, un accord franco-turc est conclu au sujet de laCilide (xr mars 1921). n stipule :

1^ An point de vue militaire, comme conséquence de la cessation immédiate des hostiUtés, l'évacuation des régions actudkmcnt occupées par les Français sera réglée de maniée à ce que les troupes françaises puissent être graduellement et aprâ un certain laps de temps remplacées par des troupes turques. I«e règlement du protocole prévdt un échange des priscmniers dans le plus bref dâai et la constitotion d'une police mixte sous le commandement d'offiders' français;

2" Au point de vue économique, les intérêts français seront sauvegardés en ce sens que certaines concessions seront réservées à des compagnies françaises;

30 En ce qui concerne le chemin de fer de Bagdad, son statut sera le suivant : le diemin de fer de Bagdad lui-même appartiendra à la France, tandis que le terrain sur lequel il est édifié reste la propriété des Turcs. I«es douanes, au nord de ce diemin de fer, rdèveront du gouvernement turc, et au sud, du gouvernement français, tandis que la ligne elle-même sera franche de douanes;

4« Toutes garanties seront données par le gouvernement turc d'Angora en ce qui concerne les écoles françaises.

bien des manœuvres allemandes en Orienta Mais quel sort leur sera dévolu, si les Grecs attaquent dans la région de Smyme, comme l'écho le répète? Rien n'est plus exact. L'armée hellénique s'élance, et l'on parle, à Athènes, d'tme « campagne de dix jours »! La Grèce envoie dans le monde étonné des cotnmuniqués triomphants. En cinq jours, les troupes ont avancé de loo kilomètres. Elles sont convaincues qu'elles célébreront à Constantinople les Pâques orthodoxes. Enthousiasme prématuré. L'armée turque se retire plutôt qu'elle ne fuit. Elle éloigne les Grecs de leurs bases de ravitaillement. La Sublime-Porte proteste contre 1' « agression ». Athènes prétend que Mustapha Kemal s'est prudemment éloigné d'Angora. Il s'abrite dans Sivas. Mais, dès le i®^ avril, le bruit court que les troupes kemalistes ont remporté un succès. La livre turque monte. La bataille pour Eski- Cheir, dont on avait fait tant de bruit au camp hellène, tourne en déroute pour les Grecs. L'armée, éprouvée, se replie sur Brousse et l'on parle, à Athènes, de mobiliser cinq classes. Les journaux germano-constantiniens accusent la France d'avoir aidé les Turcs à se renforcer sur le front de Smyme. C'est une allusion au récent arrangement relatif à la Cilicie. Les « dix jours » sont depuis longtemps écoulés, le 26 avril, quand les Grecs cèdent à nouveau sous tme pression des Turcs qui déjà sont à 8 kilomètres au sud de Brousse. Le 2 mai, la situation des Hellènes s'aggrave encore, les kemalistes ayant reçu des renforts. Des troupes grecques se révoltent, refusent d'aller à la bataille (ce sont des bataillons crétois). Athènes ne renonce pas à son rêve. Le mois s'écoule en préparatifs dans la métropole, en escarmouches sur le front.

Pendant cette même période, le gouvernement d'Angora se livre à d'étranges provocations. On pourrait

I. l/t 15 mais, Talaat Pacha est assassiné à Charlottenbonrg-Beriin par un étudiant annénicn. Talaat, monbfe du Comité Union U Pfogrhy fcnniûiophile notoire, avait encouragé les déportations et les massacres d'i

croire qu'il se laisse conseiller par les Jeunes-Turcs hc^ tiles à l'Ententei qui préconisent futilisatîon de toutes les ressources que peut fournir rÂUemagne. Ce ne sout que manifestations contre le(i iuâumices occidentales, déclarations que TEûtente est impuissante de jouer un rôle d'autorité en l'urquie. Bekir âatny bey a ététontraint de quitter son ministèrej renversé par les ettrémistes kemalistes. Ceux-ci remettent en question les arrangements de I/Ondres, et dans des ternies inadmissibles» dictés par les représentants occultes de rAUemagne près de Mustapha Kemal. Imbroglio hallucitiant ! Paudrat-il, maintenant que l'Entente, pour s'opposer à ces velléités turques, lie partie, de gré ou de force, avec les Grecs? « Grâce au succès de nos armes, disent les nationalistesi nous formulerons de nouvelles réclamations. » Le 4 juin, une flotte britannique se rasseitlble à Malte. Va'^t-elle s'associer aux opératioiis militaires des soldats de Constantin ? I^a France peut-elle participer à une telle politique? Le roi Tino va se rendre au front; l'offetisive grecque Ue saurait tarder. « Notre armée est forte, déclare Bekir Samy Bey, qui se rend en Fïance; elle attend, sans crainte> d'être attaquée. Noua sommes sûfs de la victoire! Nous espétoiis que l'Angleterre maintiendra sa neutralité. » Mustapha Kemal, le i6 juin, quitte Angora pour le front \ L'Entente aura-t-eUe le temps d'intetvenir... en médiatrice, s'il est foUdé qu'elle en ait le projet le i8? Dès le sii, en effet, les ministres de France, d'Angleterre et d'Italie offrent, à Athènes, la médiation des Alliés. Angora est prévenue de la tentative d'arbi-

X. Â cette dAtti, lé càtaHét de Constàfitiiiolile est tèmaniê. Teyflk Fbdià testant grand vizk, le maréchal Izcet Pacha prend le portefeuille des AfEaires étrangères; AU Riza Packa, celui de rintérieur; Salih Pacha, la BfarlAe; Scfa Bef, le Coïkmercé. On croit comprendre, à Constantinople, q«e le cabinet ainsi retondu a pour programme la reprise des teiatloos avec Angora, fin tait, le grand visir ac&esse à If ustapha Kemal nh tâégtamme d&iis lequel U lai Signak la caiâlMgMe de presse menée par les journaux étrangers contre la politique intransigeante à l'égard des Alliés préconisée par l'Assemblée tiationalf d'Angora. TA grand ▼izir montre les graves ooaséquttœs «ui petircnt rétaltv de cçttt poUtioue pour rBmpire ^me «t conseille la modémâoii et le respect des aoaardt eàmém avac l'Entente pw Bcklf Sanij Ber*

trage. Il n'est que les Grecs pour déplorer qu'on ne les laisse p»èi d'abord remporter deUx ou trois victoires* «r II convilsat d'accepter en principe la naédiation, tùui en pùursuivêni siÛltairemetit nos efforts. » {Kronika, 24 juin.) Le rdi Constantin, cédaiit à l'opinion chauvinci rt^Euse la siédiation* L'état-major tient à déclan«> cher son oSensivô. I^a gUerfe continue donc en Orient ; on se bat le 26 |uiti» dans la région d'Istnidt^ et les Orecs sont défaits. K^nal mobilise trois classes. Il s'empare d'Issddt, progressé, atteint, le 30, la ligne Derindje-Singirli, prend l'offensive sur le front de Brousse (3 juillet)» débarrasse la presqu'île de Kodjd-IU, oblige 4.000 Orecs à s'embarquer, à peine descendus à Kara-Marsal. Le 13, les Grecs se disent favorisés par la victoire. Les Turcs tiennent le même langage et les deux adversaires 6'accusent de publier des communiqués mensongers. Ce qui est incontestable» c'est l'tingaisse d'Athènes, qui attend de ses géhéraux le coup d'audabe» l'idée de génie par laquelle sera rétablie la situation. Tout à coUf), le îg juillet, on apprend» avec quelle joie^ la prise de Kutahia. L'offensive s'affirme. Les Turcë rétrogradent. L'armée grecque s'em^ pare d'Bski'-Cheir et c'est une flambée d'enthousiasme au pied de l'Acropole. On parle de 5.000 prisonniers turcs, et l'on pavoise. Angora répond : « Aidés de Dieu, nous pourtons bientôt donner la réponse nécessaire. » Des dépêches contradictoires déconcertent la perspica* dté des chroniqueurs les plUs avisés. La contre-offensive turque est affirmée, démentie. On publie le même joUr : « Mouvement d'enveloppement des Turcs » et c Les Grecs sur la route d'Angora ». (28 juillet.) Le surlendemain, les Grecs sont si convaincus d'être vainqueurs que leUrs joui:naux déclarent : c La Grèce ne saurait plus se contentet du traité de Sèvres! » C'est largement, démesurément interpréter un succès tout relatif, que de demander le droit d'occuper Constantinople. Les troupes de Constantin se sont, il est vtai, rêdtassées. Ses avions boinbardeUf

Angora, ses contre-torpilleurs canonnent Trébizonde\ mais les Turcs ne perdent pas courage. ]> général Fevzi pacha, président du Conseil d'Angora, parle ainsi en leur nom, le 5 août : « Grâce à la manœuvre habile de notre armée, nous obligerons Tennemi à livrer bataille sur un terrain choisi par nous. » Il est vrai que ce langage évoque certains communiqués allemands du temps de la guerre mondiale, où des échecs réels étaient ainsi maquillés sous le fard des arguties stratégiques! Les kemaUstes évacueront Angora si le sort des armes continue à leur être contraire; le 17 août, ils se bornent à reconnsûtre leur retraite, qu'ils disent volontaire, et une proclamation de Mustapha Kemal établit, en termes résolus, que l'on n'est en aucime façon décidé à s'avouer écrasés.

M. Gounaris, président du Conseil grec, est convaincu que, vers le 15 septembre, l'armée ennemie ne présentera plus aucun danger et sera réduite à néant, bien loin d'Angora. Il suffira d'ime bataille, qui sera définitive. Déjà, Mustapha Kemal prend la précaution de dissoudre son Assemblée nationale. Ses amis de Rtissie ne lui envoient plus qu'ime aide parcimonieusement mesurée. Il ne souhaite que de tenir jusqu'à l'hiver pour essayer d'avoir raison du soldat grec par l'usure, la rigueur du climat et les difficultés des communications avec l'arrière. Espérances bien précaires. Ainsi en juge-t-on autour du roi Constantin et l'on est certain de brusquer la campagne assez vite pour que ces projets soient ruinés par des opérations magistrales.

De jour en jour, le vaudeville des communiqués, également satisfaits, se continue avec une décevante monotonie. Il faut attendre le 28 août pour apprendre que les Grecs déchantent, que le gouvernement d'Angora décrète la levée en masse : encore est-il prudent de faire des

X. Vcx-kaiser Guillaume adresse à son beau-frère Constantin une lettre pour le féliciter des succès de l'armée hellénique. — I«e 33 août, cette nouvdle est démentie à Athènes, mais les premiers informateurs rétorquent qu'ils ont été très exactement renseignés.

réserves, car le 15 septembre, la renominée, qui, peutêtre, divague, pioclame la chute d'Angora. Elle parle aussi de négociations de paix suggérées par l' Angleterre. Mais quels propos utiles peut-on échanger, puisque, ici et là, on réclame le laurier P Le jeu sanglant continuera donc, c'est l'opinion européenne et mondiale. Les Grecs vont reculer et, pour rester sur leurs succès, laisser entendre qu'ils négocieraient volontiers si la Société des Nations estimait que la question l'intéresse ' . « Déroute grecque », publie-t-on le 31 septembre. Soucieux, le roi Constantin rentre à Athènes ''. Son armée est-elle menacée d'être faite prîsoimière? On exagère, puisque M. Gounaris affirme, le 25, que tous les buts helléniques sont atteints. C'est un optimiste. Tout satisfait qu'il soit, il cherche près du gouvernement britannique les moyens de négocier une paix honorable. Il a de la chance que les Turcs se trouvent matériellement dans l'impossibilité d'exploiter la retraite des Hellènes. Kemal, non moins fatigué que ses adversaires, n'est pas hostile à un arrangement « sitôt que les forces grecques auront évacué l'Anatohe «. Le 16 octobre, il attaqueavec fureur (Aâoum- Kaia-Hissar) °. I^ décision reste indéterminée. Les deux camps aspirent à la an des hostilités, mais personne ne consent à poser le problème sur table. Aii^ arrivonsnous jusqu'à la Conférence de Washington sans pouvoir conclure ce débat armé, aussi obscur que fastidieux. Le pays de l'Orient reste un mythe et, dans ce chaos où s'opposent les intérêts des belligérants et des pliissances de l'Entente, on devine, invisible et présente, la machinerie complexe dont les rouages essentiels sont à Berlin. Nous n'avons qu'indiqué à peine ce que fut l'intervention allemande dans les événements qui viennent

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