LES PERTES INDUSTRIELLES
Reste à examiner ce que couvre le modeste petit mot de « machinery » dont se sert M. Keynes pour se débanasser de nos pertes industrielles. M. Brenier se sert, à cet effet, des enquêtes faites par l'Office de reconstitution industrielle au ministère des régions libâiées. I^es évaluations de l'OfiSce n'ont pas eu pour but d'établir les réclamations à adresser à l'Allemagne, mais de permettre d'ouvrir les avances prévues par la loi du 17 avril 1919, dkte de VEtat français, ce qui obligeait à prendre les précautions les plus minutieuses poux la fixation des avances pro-
^vàaaiKB à coesentir aaz -victimes ide la guerre. A la an d'oGtdbse z^mv les enquêtes Avaient porté sur 23^87 établissernsBis, soit iotalomeint détruits, soit plus ou moins endommagés.
Bn ce qui Concene les imâustnes: agricoles ttiàlimmiaàires^ il isaat remarfpxa tout d'abord que la force moârioe ^emplojée par eHe ccpiésentalt ■n tiers environ de la.locee mcii-ice absoibée par .ces Jnêmes iadustdes dans toute la Fnance.
Grâce aux départements dévastés, la France occupait la qustdâme fdaee comme ptodoctenr de sucre en ânrope, wkc 752.000 ionncs' de suoce raffiné. Or, sur tes ^X4 sucreries, 145 ont été 'endommagées ; loxmt eu leurs bâtiments .complètement détroits et 40 autres tmt eu leur aatSllage supprimé, xi raffineries de sucre et 78 distiiUeries pondoiniit 1.500.000 hectolitses d'alcool rootiâé ont été cDaqéètement nasées jusqu'à terre.
I^ buasserie était, avant la gnene, yartioiiiiércment pios^jétt daos le Nord et l'Est. Des 2.625 bsasseries que possédait la Pmnce^en 19x4, likis de 1.800, pÊOùamml 12 miUînns d'tiectolitres de bièie, soit les dâux tiers de la production française, ont été liétruites, pillées anrrûdées de leur cotttlage. U font ajouter les fiertés de la miwnterfe, ide ia biscuiterie, de la choodfltfgie, des entrepôts âe ChflTnpHgne, les stocks des épiceries et des grands dodcs, tds c|pie*les docks rémois, dont ie cliiffce d'afiaires s'âevait à pk» de 75 niiTioiis avant la guerse.et qai'idiiqi»saient de 850 soccursales.
1,* industrie chimique comptait ie i^oid de la FrasncÊ comme un*oeBtœ très inifxirtant. I,a seule production de l'acide sulEusique «était de 855.000 tonnes, la 'production des snperpiiœphaÉes, de Vncicie dilorl^nârique, de l'adde nitrique, du .sntfnfce de cuivre, de la soude, etc., était d'environ Soaooo tonnes. I^ Nord oona^nrenait en oattre des fabriques de colles et de gélatines, de gaz comprimés, d'exploaifs, de Govieurs et de vernis, 70 savonnecies, 25 usines à caautdiouc, 7 amidomaeries, etc*
I^ fabriques de miroirs et de glaces^ les cristalieries et les vttrsries, parmi lesquelles les fameuses usines de Saint-Gobain, de Cliauny et Fcdembray, ont été entièrement saccagées. Aux vegreries d'Anicdie, le ooeffident de destructioai a été de 95 %. 141 tanneries, siittc nin débet annuel de 1.24^.000 peaux, ont été endommagées ou laiinées.
Aux prix en vigueur en tx^tobre 1920, on pouvait estimer pour jes seules industries passées en. revue, et que M. Keynes engloiie sous da dénomination superficielle de machinery, que la «valeur de leooosiitmtion atteignait de xo à 12 ndUiacâs.
USS SâôATS "BB L'D9I>U8TItIB TAJL'XILB
Vindustrie du coton, qui comptait 3 millions de broches de filatures et 100.000 métiers à tisser dans les régions envahies, a profondément soufïert. U y a queues mois, T4île manquait encore de 700^000 brodies sur les 1.700.000 qui tournaient daagis sa droonscription avcuit la guerre; Roubaix ne produisait c[ue 540 tonnes de filés i>ar semaine an ilieu de 880. Mais les centres ootomness qui ont été jméaatis sont ceux deâaint- Quentin, où tout a été détruit anssi bien dans la ville que dans ks campagnes, où battaient plus de 8.000 -métiets à bras, Commines où il ne restait que 5.000 « bandiss » pour j:uban8 .au lieu de:6o.ooo, C&AéBy, un centre universeàletnent léputé pour l'industrie du tulle «t de la gttl-
DÛCUMENTS ANNEXES 46 1
imsc^ indoskrift: qni fbnmiflsaH: £»raxt la guerre pour ime Talsiir de 75 à 80 millions de francs à rezportaBos et qui, es ddHoxs des usioeB die •CaMs» est anjoanflmi toUksnc&t minée;
Td: est éggdement le cas pour certains centres de Vïndustfie de k laine. Bowrmks, . Avcsnes. et qtidqnes autres bourgs du Cambtéas, qui pfoiliiMnirnt |diis de 22.000 tonns de laine peignée; 88 % de leur maté^ riel ont été^ systématiquement, détruits. Il ne reste den de ^industrie lalnkfe de ibtims, ni de celle de la vaUée de la SBq>pC) Qui comptait avantla guerre 2 importants peignages, 23 filatures et tissages, 7 usines de teinture et de finissage. 4 canéges seulement sosirt zestes debout dons la région de Seâm qui, en. 1^4, fournissait 5.250 tonnes. Ces dé^rastations ratrafromt en outre pour des années la perte eTime dierdèU Jtramgêre, qui s^étendaât à la Graadr-Hwtague, à rodcut et aux deux .ÂLmériquca. l/a manufactures reconstruites auront les plus grandes difi&- •cultéft à recsooquéfir ces nuurdiés; le groupe Soubaix-Tourcoing, le pflrincipid centre de la laine en Fnmpr, puisqaHl absorbait 180.000 tonnes pas aa; a été moins éprouvé; les dégâts systématiques causés à Foutil* lage atteignent 100 raillions de francs, d'une valeur de remplacement bien: supérieme. Ce centre a surtout souffert des réqui^tioes qui se sont tievées à 540 milBoas de francs (valeur 19J4). It est d^ai£teucs légitime que les industriels rédament la vaknr des quantités Uaiwàdaàaiea de psoduits manufacturés réquisitionnis sams paiement.
Reste Vindustrie du lin^ dont les pertes^ surtout dans les centres de lyiUe et d'Armentières, ont été aussi graves que celles de la laine. Cette industrie française était à ce point importante qu'elle achetait en 1914 85 % de l'exportation du lin russe. Elle était concentrée dans l'artondissemeut de iMt, qui comptait 93 % des brodies pour le lin, soit 565.000 stff UB total de 625.000. Sur ces 565.000 broches, un tiers a été eaxpoyé en AllesKigoe et en partie revendu à l'Autriche ou à des neutres; un tiess a été endommagé. I^es Allemands ont réquisitionné, san9 Ite pa3Fer, 95 millions de francs de fils de lin et 55 millions de francs de toiles. Pons les bâtiments et rovtillage, les pertes s'élèvent à 112 millions» (valear 1914).
I«a conduite des Allemands a été psurticulîérement vile à l'égard de l'industrie limére, parce qu'die constituait pour eux wne concurrence redùuteMe. Us se soat adiamés co&tre foutilkige des meilleures firmes, dont l«s appareils ont été détruits au marteau, de façon à ne laisser aucoa organe istact. Toute la comptabilité, toute la correspondance commcfciBhc ont été vc^Éesy pour profiter de la connaissance des méthodes et de la clienÉèle des usines supfmmées. Ces destructions volontaires n'ont été mUlement déterminée par la guerre, mais par une oonemireiice dtiojrate de l'espèce la ph» répugUEmte.
De toutes ces dévastations matérielles et considérables, aucun des lecteurs des roa».ooo exem^âaires du livre de M. Keynes n'a pu en avoir la moindïe idée, pwsqiie le ptolfessenr de Cambridge borne son étude à ce mot bvef : nmûrinery.
JSE» PB»TES DE E'XNDtTSrriOE MÉTALLURGIQUE
En ce qui concetae la ftmie, lès départements euvmtns Uvraient 86 % de hi ptoduction totale française. En 19 19, le département de Meurtheet-Moârile n'aspn fabriquer que 431.000 tannes au lieu de 3.560.000 tonnes «n 1913. lA Nord qui, avant la gueœ, s'inscrirait pour 933.000 tomMS,
n'avait pu atteindre en 1920 que 20 % de son rendement, tandis que la Meurthe-et-Moselle arrivait péniblement à 50 %.
Pour Vacier, le Nord et l'Est qui, en 1913, produisaient 78 % de la fabrication totale de l'ader en France et 58 % de notre production en ader moulé, étaient réduits, à la fin de 1920, à 40 % de leurs chiffres d'avant-guerre. Plusieurs années seront nécessaires pour remettre en état les laminoirs détruits qui représentent 55 % de la puissance de cette industrie. Toutes les usines de fer et d'adcr soudé, tous les fours à puddler du Nord et des Ardennes ont disparu. D'énormes stations centrales, ime puissance oscillant entre 25 et 45.000 HP, telles que celles de Jœuf, MicheviUe, Homécourt, Mont-Saint-Martin, ont été très gravement endommagées ou complètement détruites. I«a situation est aussi désastreuse si l'on conMdère les fabriques de tôle, les tuyaux de fer et d'ader, les tréfileries et douteries, les usines d'estampage et d'emboutissage, les industries de la grosse construction mécanique et métallique, qui livraient des machines de toute sorte et de toutes les formes et qui étaient presque exdusivement concentrées dans les régions du Nord et de l'Est.
Si les usines de fer ont peu souffert, cda tient à ce qu'elles étaient convoitées par l'Allemagne, à ce qu'elles ont été exploitées et utilisées jusqu'aux dernières semaines de la guerre et que la retraite imprévue et prédpitée des armées allemandes n'a pas permis de les « saboter » aussi sérieusement que les mines de charbon.