‹ Histoire du Balænoptera musculus échoué sur la plage de LangruneChapitre 13 sur 49 · VI. — APPAREIL RESPIRATOIRE · texte numérisé non relu

VI. — APPAREIL RESPIRATOIRE

A. — Events.

Les évents (pl. VI) sont situés à la partie postérieure de la tête, sur ou plutôt derrière une éminence si peu élevée qu’elle mérite à peine le nom de cône des events. Ce sont deux fentes en forme de vir- | gule. La queue de la virgule est en avant, longitudinale et parallèle à celle du côté opposé, dont elle n’est séparée que par un espace de-0" 07. En arrière, elle se continue avec la partie arquée. Celle-ci se porte en divergeant en arrière et en dehors et, à sa terminaison, est séparée de celle du côté opposé par une largeur de 0 23. La | longueur totale de la fente est de 0" 40, dont un tiers environ pour la partie arquée divergente.

Les lèvres de la fente se touchent en avant ; en arrière elles sont légèrement entre-bâillées et peuvent admettre la main ouverte : en | les distendant avec force, on peut y introduire le poing fermé.

Au milieu de l’étroit espace qui sépare les queues parallèles des |

deux virgules, se trouve une fente longitudinale qui s’effile en avant

etse perd en arrière, en s'évasant un peu sur la surface générale

des téguments. Tandis que les fentes des évents conduisent dans |

le pharynx, cette fente intermédiaire est un simple sillon cutané qui ne conduit nulle part. Il est fort étroit, ses parois étant presque contiguës. Il faut faire effort pour parcourir toute sa longueur avec le doigt. Sur les bords des orifices des évents, la peau est renflée de manière à former une bordure, une sorte d’ourlet. Le sillon médian dont il est question me parait destiné seulement à ac-

centuer cette disposition.

En plongeant la main dans l'orifice de l’un des évents et en le parcourant d'avant en arrière, on voit que la profondeur, presque nulle à l'extrémité antérieure, augmente rapidement vers l'arrière, où l’on ne trouve bientôt plus le fond. Cette partie postérieure constitue seule véritablement l'orifice respiratoire. En y introduisant profondément la main, on constate que le canal qui en part se dirige en bas et un peu en arrière, en tournant sur lui-même suivant une spire très allongée. Cette forme est surtout évidente sur un moulage qui a été pris de ce canal : la face antéro-externe devient: antérieure à une profondeur de Om 20 et antéro-interne plus bas; inversement la face postéro interne au départ devient postérieure à O0" 20 et postéro-interne un peu plus bas. Je n'ai pu voir si au delà la spire continuait à tourner.

La muqueuse qui tapisse le canal est noirâtre à l'entrée, grisâtre au delà. Sur la face qui est postéro-interne au départ, la muqueuse est parfaitement unie, tandis que sur la face opposée elle présente un aspect gaufré des plus remarquables. Les petites alvéoles, très irrégulières, sont larges de # à 6"" et profondes de 2 à 3", Les crêtes mousses qui les séparent s’anastomosent à leurs points de rencontre et changent à chaque instant de direction, Cette disposition a été révélée par le moulage et constatée en outre après coup sur le lambeau de muqueuse resté adhérent à la peau. Je ne saurais dire si elle se continue bien loin au delà de l'entrée.

Aux évents correspond sur le squelette une large fosse nasale elliptique limitée par le frontal et les petits os nasaux en arrière, par les intermaxillaires et les maxillaires supérieurs en avant et sur les côtés. Cette fosse mesure à l'entrée 1 m. de long sur 0 m. 40 à 0 m. 50 de large. Mais elle est infundibuliforme et plonge en bas et en arrière en se rétrécissant beaucoup pour aller aboutir, comme on sait, à la base du crâne, derrière la voûte palatine. Elle est divisée en deux moitiés semblables par un véritable cartilage de la cloison qui part des os nasaux et va s'attacher à son extrémité antérieure. Les canaux des évents n’occupent qu'une partie très res-

treinte de ces vastes fosses nasales. Ils sont relégués dans l'angle postéro-externe, loin l’une de l'autre. Des coupes coronales successives les ont montrés collés à l'os et aplatis par adossement de leurs parois. (PI. XIX, fig. 18.) Chacun d'eux a,comme nous l'avons vu, une paroi postéro-externe (celle qui occupait une situation inverse au départ), concave vers la cavité du canal appliquée contre les os et solidement attachée à eux, et une paroi antéro-interne (antéro-externe au départ), convexe vers le dedans du canal, appliquée par conséquent dans la concavité de la paroi opposée et donnant insertion, dans la plus grande partie de sa hauteur, à un énorme muscle dilatateur des events (d).

Il y à donc un dilatateur pour chaque évent, et ces deux muscles symétriques ne confondent point leurs fibres. Ils occupent, chacun de leur côté, la partie de fosse nasale osseuse que laisse libre le canal respiratoire. Or le calibre de ce dernier varie peu ; le canal osseux au contraire est fortement infundibuliforme, en sorte que le dilatateur est peu développé dans les parties profondes, mais très volumineux à la surface. Sous les téguments, la surface de chacun d’eux atteint 1 m. de long sur 0 m. 20 de large.

Les dilatateurs prennent leur insertion fixe sur la face correspondante du cartilage de la cloison et (c) sur toute l’étendue de la paroi antérieure de la fosse. De là leurs fibres se portent en convergeant en arrière, en bas et en dehors, et prennent leur insertion mobile sur la paroi antéro-interne du canal membraneux {/). Ges muscles sont très chargés de graisse. En certains points, le tissu adipeux est aussi abondant que le tissu musculaire. Leur mode d'action est facile à comprendre. En se contractant, ils tirent en avant et en dehors la paroi antéro-interne du canal membraneux, tandis que la paroi opposée reste fixe, maintenue par ses attaches au squelette. Ils dilatent donc et ouvrent le canal respiratoire. Il faut remarquer que le cartilage de la cloison, malgré une certaine souplesse, constitue une

insertion parfaitement fixe, car les deux muscles, exerçant une trac-

HISTOIRE DU BALÆNOPTERA MUSCULUS. au

tion égale sur les faces opposées des cartilages, annulent réciproquement leur action sur lui.

Je trouve dans l'ouvrage de Hamizron (VI) une opinion singulière sur le mode d’action de ces muscles. « Le muscle des évents, dit l'au- « teur, est conique; il s'attache par son extrémité antérieure à la « surface du crâne et par l'inférieure dans la profondeur du crâne, « En se contractant, il enfonce sa large base dans le cône et presse « contre le canal et le ferme. » Il suffit d'examiner avec un peu de soin les insertions précises pour se convaincre que cette opinion ne peut être exacte.

Carre et MACALISTER (X VI) ont trouvé des muscles analogues, mais, à cequ'il semble, beaucoup moins développés, chez Balænoptera rostrata. Is décrivent aussi, dans la profondeur du canal osseux, un muscle constricteur, sphincter commun aux deux évents. N'ayant pas eu le loisir de continuer la dissection très avant, dans les parties profondes du canal, je n’ai pu vérifier son existence chez B. Musculus ; mais Je suis très disposé à l’admettre par analogie. Cependant je crois que le dilatateur est. au moins dans notre type, de beaucoup le plus important.

Les évents sont en effet naturellement fermés par la disposition et l’élasticité de leurs parois. C’est à peine si l’on peut entrer dans la première partie de leur ouverture extérieure. Lorsque l'animal plonge, il lui suffit donc de laisser ses dilatateurs au repos pour empêcher l’eau d'arriver dans les poumons. Le sphincter, s’il existe, n'est qu'un appareil de perfectionnement, de luxe, pour ainsi dire, destiné à mieux assurer l’occlusion. Lorsqu'il arrive à la surface, il contracte ses dilatateurs, ouvre ses évents, expulse, dans la première expiration, la petite quantité d’eau qui avait pu s’introduire à l’entrée, puis respire, comme on le sait, plusieurs fois avant de plonger de nouveau.

Ce mode de fermeture est à remarquer et me semble plus avantageux pour l'animal que si les évents étaient largement ouverts à

l'état de repos et munis d’un sphincter comme muscle principal,

.comme les narines de l'hippopotame, par exemple, car elle interdit l'entrée de l’eau sans l'intervention d’un effort volontaire.

On sait que l'existence d’un sens de l’odorat et les conditions de l’olfaction chez les baleines ont été très discutées. Il est indispensable de distinguer l'olfaction dans l’eau et l’olfaction dans l’air. Sur l'existence de la première, nous ne savons rien ; mais la seconde paraît bien démontrée. Les baleiniers s'accordent à dire que, lorsque l’on fond le lard d’une baleine, toutes les autres s’éloignent, et, l'on n’en revoit plus là où il s’en était montré plusieurs avant l’opé-: ration. — L’olfaction dans l’eau me parait tout au moins fort problé- : matique, pour ne pas dire plus. Chez les poissons où elle existe, l’organe de ce sens est représenté par des cavités contenant une muqueuse délicate, très repliée sur elle-même, de manière à présenter une surface large et recouverte d’un épithélium vibratile puissant. Sans cet épithélium chargé de faire circuler l’eau, l’olfaction serait impossible. Chez les Baleinoptères, nous n'observons rien de pareil. A l’entrée des fosses nasales, où l’eau peut pénétrer, la muqueuse est coriace, et il suffit de La voir pour affirmer qu'elle ne peut être vibratile. Dans la profondeur du canal, elle devient souple et délicate ; mais l’eau n’y arrive pas. Quant à l'olfaction dans l'air, elle peut se faire comme chez les autres animaux, lorsque l’air humide passe au contact de la pituitaire. L'existence d’un nerf ou plutôt d'un lobe olfactif a été récemment mise hors de doute par M. BEAUREGARD chez Balænoptera Sibbaldii. Il y aurait un certain intérêt à savoir dans quelle mesure la structure de la muqueuse répond à l'existence de ce nerf. Malheureusement , le mauvais état de conservation des tissus ne nous a même pas permis de songer à faire cet examen

délicat.

B. — Parties profondes de l'appareil.

Le reste de l'appareil respiratoire n’était pas dans un bon état de

conservation. Les poumons, très aplatis, m'ont paru peu volumineux.

Quant au larynx, j'ai expliqué dans quelles circonstances il avait été malheureusement mutilé. Son diamètre intérieur, que j'avais pris avant l'accident, était de 0 m. 30 sous le sternum, et contrastai, singulièrement avec celui de l'œsophage (0 m. 10) situé au-dessus.” Autant que j'ai pu le voir d’après les débris, la trachée m'a paru très courte. Je n'ai vu que deux bronches et non pas trois. Les anneaux cartilagineux étaient complets et assez éloignés les uns des autres. L'angle de bifurcation était formé par un anneau plus déve-

loppé, formant à l’intérieur un éperon saillant.

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