C. — Rachis
Le rachis se compose de 62 vertèbres qui se divisent en
7 vertèbres cervicales
14 — dorsales 15 — lombaires Total : 62 26 — caudales
Il n’y a, en réalité, que 235 caudales ossifiées ; mais au bout de la 25° se trouve un petit cartilage conique qui continue exactement la série des corps vertébraux précédents. [Il me paraît représenter une 26e caudale, qui aurait pu s’ossifier si l'animal avait vécu plus longtemps. Il y a donc en tout 62 vertèbres, dont la dernière est encore à l’état cartilagineux.
La longueur des différents segments est la suivante, la tête étant mesurée du bout de la mâchoire supérieure au centre du trou occi-
pital, en projection sur l’axe.
Tête 4n63
Colonne cervicale 0m69 — dorsale 2m92 Total : 19m43 — lombaire 4m33 — caudale 656
L'extrémité antérieure du squelette est séparée dela surface des té-
guments par un encroûtement cartilagineux et par une peau coriace pouvantavoirensemble 7à8 centimètres d'épaisseur. D'autre part, la 26° vertèbre caudale cartilagineuse arrive à 2 centimètres dufond de l'échancrure caudale et, comme celle-ci a 20 centimètres de profondeur, nous trouvons que le squelette est dépassé par les parties molles de8 centimètres en avant et de 22 centimètresen arrière, soit, en tout, de 30 centimètres. Il est donc plus court de 30 centimètres que l'animal intact. Or nous trouvons pour celui-ci, comme longueur totale mesurée du bout de la mâchoire supérieure au bord postérieur de la nageoire caudale, 1856 Le squelette devrait donc avoir 18m56 — 030 = 1826 seulement. C'est en effet là salongueur réelle en projection sur l'axe, et si nous lui avons trouvé 19"13, cela tient à ce que nous l’avons mesuré après avoir développé toutes sescourbures. La différence 19°13 — 18226 = 087 entre la longueur du squelette et sa projection sur l'axe peut donner une idée de la valeur de la courbure dorsale du rachis.
Les 7 vertèbres cervicales sont entièrement libres.
Je compte comme dorsales toutes les vertèbres munies d'une côte.
Quant à la distinction des vertèbres lombaires et caudales, elle est moins aisée. Je considère comme première caudale la première de celles qui portent un os en V; telle estaussi la manière de voir qu’a- dopte FLower (1), mais sans en donner la raison Les os en V sont à cheval sur deux vertèbres; mais je montrerai plus loin que chaque os en V doit être attribué à la plus antérieure des deux vertèbres avec lesquelles il est en rapport. Ce premier os en V est d'ailleurs rudimentaire et formé de deux moitiés non soudées en dessous.
Cette détermination de la limite entre les régions caudale et lombaire s'appuie sur la splanchnologie. C'est en effet au niveau de la vertèbre que je considère comme 15° et dernière lombaire que se trouve la limite postérieure de la cavité viscérale. La dernière
portion du rectum chemine dans les masses musculaires de la queue,
(4) Art. Mammalia in Encycl. Brittan., 9e édition, part. 58, p. 357-392.
k4 YVES DELAGE.
et l'anus s'ouvre, comme cela est naturel, à la base de la queue ou, pour préciser, en face du 2° os en V (premier de ceux qui sont com-
plètement développés et fermés en dessous).
Pour donner une idée des principaux caractères du rachis , il est nécessaire de suivre d’un bout à l’autre de la colonne vertébrale les
modifications des différentes parties de la vertèbre.
a) — Corps vertébraux. — Les corps des vertèbres n'offrent rien de bien intéressant à signaler. Leur forme detambour est bien connue ; ils croissent régulièrement de volume jusque vers le milieu, puis décroissent graduellement. Ils sont unis entre eux par un puissant fibrocartilage ; mais au centre de l'articulation se trouve une masse crémeuse d’un jaune vif, très abondante, qui représente évidemment un reste de la corde dorsale. J’estime sa quantité à près d'un demi-litre
pour chaque cartilage intervertébral.
b) — Apophyses épineuses. — Presque nulles dansla région cervicale, les apophyses épineuses commencent à acquérir une certaine importance vers la 4°° dorsale et vont en grandissant et en s'inclinant de
plus en plus en arrière. Elles acquièrent vers la 10° lombaire leur plus grand développement. A partirde là elles diminuent peu à peu,
puis plus rapidement, et finissent par disparaitre au niveau de la 15e caudale, où le dernier représentant de ces apophyses ne forme plus
qu'une crête insignifiante.
c) — Apophyses transverses et costiformes. — Leurs caractères varient considérablement dans les diverses régions du rachis.
«) — Région cervicale. — L'atlas est réduit à un disque large et plat, concave en avant, convexe en arrière, muni d’une paire d’apophyses latérales.
L'axis porte de chaque côté de son corps une large plaque apuphysaire représentant une apophyse transverse et une apophyse
costiforme soudées et confondues en un large plateau dans lequel
est percé le trou vertébral. Il n’y a pas d’apophyse odontoïde.
Les 3°, 4° et 5° cervicales ont une apophyse transverse et une apophyse costiforme relativement gréles, allongées, parfaitement distinctes, mais soudées l’une à l’autre en dehors de manière à limiter un très large canal vertébral.
La 6° cervicale possède une apophyse transverse semblable aux précédentes ; mais son apophyse costiforme est incomplète et asymétrique. À gauche, les deux extrémités de l’apophyse sont représentées, la base par un tubercule de 0 m.10 de haut, soudé au corps de la vertèbre, l'extrémité par un petit os long de 15 centimètres, accolé à l'apophyse costiforme de la 5° cervicale, près de sa terminaison, mais sans connexions osseuses avec le squelette. Toute la partie moyenne de l’apophyse est absente. À droite, l'osselet libre représentant le bout de l'apophyse est présent, mais le turbercule représentant la base manque, ainsi que la partie moyenne.
La 7° cervicale a, de chaque côté, une apophyse transverse normaie, mais l’apophyse costiforme manque absolument.
Les apophyses costiformes et transverses des six dernières cervicales et l'apophyse transverse de la 1° dorsale convergent en dehors vers un point situé en face du disque intervertébral qui sépare la 4° cervicale de la 5€, en sorte que ces apophyses se portent, les antérieures en arrière, les postérieures en avant, et d'autant plus qu'elles sont plus extrêmes. Leurs extrémités © nvergentes sont solidement reliées par du tissu fibreux continu avec le périoste et empâtées dans un fort cartilage qui se moulesurelles en dedanset dessine en dehors unesurface articulaire. Cette surface est destinée à la {re côte qui s’articule avec elle par une partie de son bord convexe ou antérieur, développée à cet effet en une large tubérosité, tandis que son extrémitéterminale, pointue et fortement rentrée en dedans, se rattache par un fortligament de 18 centimètres delong au corps dela 4r° dorsale.
De même l'apophyse transverse dela 2e dorsale converge vers celle de la {re, mais arrive un peu moins loin. Son extrémité terminale
s'appuie sur la face antérieure de la 1" et forme là une cavité articu-
laire pour la 2° côte. Gette 2e côte, conformée à peu près comme la 1°, s’unit à cette surface par une tubérosité articulaire de son bord convexe, tandis que son extrémité terminée en pointe se dirige vers le corps de la 2° vertèbre dorsale.
Ce puissant contrefort formé par les apophyses convergentes des vertèbres cervicales, y compris l’axis, et des deux premières dorsales pour l'articulation des deux premières côtes, doit donner àla partie antérieure de la cage thoracique une solidité très grande. C’est là un caractère remarquable, déjà connu d’ailleurs, de notre animal.
En examinant avec attention cette région du rachis, il est impossible de ne pas comprendre que l'apophyse costiforme des vertèbres cervicales représente ce prolongement interne des premières côtes, c'est-à-dire ia partie située entre l’apophyse transverse et le corps vertébral. Aux côtes postérieures, qui sont très longües, ce prolongement fait défaut ; à la 2e côte, déjà plus petite, il commence à se montrer ; à la 1re, plus courte encore, il est plus développé ; aux vertèbres cirvicales, la partie externe de la côte a disparu, mais le prolongement interne a pris plus d'importance encore et s’est soudé à l’apophyse transverse et au corps vertébral. Seule la 7e cervicale fait tache dans cette série continue, car, loin de montrer cette côte supplémentaire que l'on a observée quelquefois, elle manque même d'apophyse costiforme.
8)— Région dorsale. — Nous avons décrit les apophyses transverses des deux premières dorsales. Les suivantes, au lieu d’être cylindriques et renflées en tête à leur extrémité comme celles-ci, ont la forme de larges lames plates, légèrement rétrécies à leur union avec le corps de la vertèbre, élargies et épaissies au niveau de leur bord libre. Ce bord libre est épaissi surtout en arrière et creusé là d’une surface articulaire onduleuse pour la côte correspondante.
Les douze dernières côtes sont ainsi articulées avec le sommet de l'apophyse transverse par leur extrémité même. Elles ne se prolongent nullement au delà. Par ce caractère elles s'éloignent de ce que
l’on observe chez les mammifères en général et chez l'homme. Les
deux premières côtes seules se conforment, mais incomplètement, au type général suivant lequel la côte doit s’articuler par son extrémité avec le corps vertébral et par une apophyse de son bord convexe avec l’apophyse transverse chargée de la soutenir.
7) — Régions lombaire et caudale. — Les apophyses transverses des vertèbres lombaires et caudales se distinguent de celles de la région dorsale par leur bord aminci, presque tranchant et complètement dépourvu de surface articulaire. La longueur de ces apophyses augmente jusqu’au milieu de la région lombaire. Vers la onzième ou la douzième lombaire, elles commencent à diminuer, d'abord peu à peu, puis de plus en plus vite. Les plus développéesont 0 m. 35 à 0 m. 38 de hauteur. Celle de la dernière lombaire n’a plus que Om. 22, celle de la première caudaleO m. 20 ; sur la huitième caudaleil n'y a plus qu'une simple crête de 0 m. 09 à O0 m. 10 de haut, percée d'un trou rondau milieu. Puis cette crête elle-même diminue de plus en plus et, sur la quinzième caudale, elle a à peu près dis-
paru. — Il n'y a point trace d’apophyse costiforme.
d) — Apophyses articulaires. — Les apophyses articulaires contractent des rapports étroits avec les apophyses épineuses ; maiselles sont si différentes dans les différentes régions qu’une description
générale ne serait pas possible.
«) — Région cervicale. — Dans la région cervicale, les apophyses épineuses forment une simple crête aussi longue que le corps vertébral et très peu saillante. Les apophyses articulaires sont attachées sur le corpsmème de la vertèbre, de chaque côté dela crête épineuse. Elles sont aplaties de haut en bas et leur surface articulaire est horizontale. Elles s’avancent au delà du bord antérieur de la vertèbre à laquelle elles appartiennent et s’articulent avec la partie la plus reculée du corps de la vertèbre précédente. La surface articulaire étant horizontale, les mouvements verticaux sont tout à fait impossibles et le cou ne peut exécuter que de faibles mouvements de flexion la-
térale.
8) — Région dorsale. — Déjà sur la 7° cervicale, l'apophyse épineuse commence à prendre plus de développement en hauteur ; sur la 4° dorsale, elle forme une saillie notable et, sur les vertèbres suivantes, elle prend rapidement la forme d’une haute lame verticale située dans le plan sagittal. En même temps que ces modifications s'opèrent dans les apophyses épineuses, les apophyses articulaires subissent un double mouvement par lequel elles se rapprochent de la base de l’apophyse épineuse et se contournent de telle manière que la surface articulaire devient oblique, puis verticale. C’est de la 7° cervicale à la 4° dorsale que s'opèrent ces changements de situation et de direction. Au milieu de la région dorsale, les apophyses articulaires sont nettement verticales ; de plus, elles s’insèrent, non plus sur le corps de la vertèbre ou à la base de l’apophyse épmeuse, mais sur cette apophyse elle-même, à plusieurs centimètres de hauteur.
Séparées à leur partie postérieure par la simple épaisseur del'apophyse épineuse sur laquelle elles s’insèrent, elles divergent en avant, dépassent notablement le niveau de la vert’breàlaquelle elles appartiennent et embrassent à la base le bord postérieur de l’apophyse épineuse de la vertèbre précédente. Sur le rachis dénudé, un espace de 2 à 4 centimètres sépare les parties osseuses ; mais sur l'animal intact, les périostes épais des deux os s’adossent, comblent l'intervalle et forment là une pseudo-articulation qui permet sans doute un mouvement vertical, maiss’oppose à toutmouvement delatéralité.
y) — Région lombaire. — Dans la région lombaire, les apophyses articulaires deviennent deplus en plus écartées et de moinsen moins embrassantes pour l'apophyse épineuse précédente. Celles de la 13° dorsale ne s’avancent déjà plus en avant du bord postérieur de cette apophyse ; celles de la 44e l’atteignent à peine ; celles de la 15° ne l'atteignent plus. En outre, elles s’insèrent de plus en plus haut sur l'apophyse épineuse. Vers la 8 lombaire, il n’y a pas moins de 0 m. 12 de distance entre les apophyses articulaires et le corps de la vertèbre.
0) — Région caudale. —Dansla région caudale, lesapophyses articulaires continuent à s’écarter, à reculer en arrière et à grossir en même temps qu'elles redescendent peu à peu, d’abord sur la base de l'apophyse épineuse, puis sur le corps vertébral.
Au milieu de la région caudale, les apophyses articulaires qui ont depuis longtemps perdu tout rapport avec l’apophyse épineuse précédente, forment, de chaque côté de l’apophyse épineuse, déjà très réduite, qui les porte, un gros tubercule arrondi, sans aucun usage articulaire. Vers la 9° caudale, les trois os (apophyse épineuse e apophyses articulaires), bien que de forme différente, sont à peuprès d'égal volume. L’apophyse épineuse est cylindrique et inclinée en arrière à 45° environ, et les articulaires, insérées sur les côtés de la précédente, sont penchées en avant et forment chacune une grosse nodosité, presque égale au tubercule épineux. Plus loin, les apophyses articulaires deviennent plus grosses que les épineuses, tout en diminuant de volume absolu. Sur la 15€ caudale, on ne trouve plus que trois tubercules insignifiants ; sur la 16°, il n’y a plus rien.
En résumé, nous voyons les apophyses articulaires subir, le long du rachis, une triple modification en rapport avec les conditions de mobilité des divers segments de la colonne vertébrale. Dans la région cervicale, elles sont sans rapport avec les apophyses épineuses, mais s’insèrent sur le corps de la vertèbre et s'appuient sur celui de la vertèbre précédente, de manière à ne permettre que de faibles mouvements de flexion latérale.
Dans les régions dorsale et lombaire, elles s’insèrent sur l'apophyse épineuse , et le bord postérieur de l'apophyse épineuse précédente s'engage entre elles, en sorte que les mouvements de latéralité sont interdits. Les mouvements verticaux sont seuls possibles, et tout donne à penser qu'ils doivent être peu étendus.
Vers l'extrémité de la région lombaire, la mobilité commence à devenir plus étendue et plus variée dans sa nature.
Enfin, dans la région caudale, formant à elle seule près de la moitié du tronc etplus du tiers de la longueur totale, Les dispositions 0s-
ARCH, DE ZOOL, EXP. ET GÉN, — 2 SÉRIE, — T, Il bis sUPPL. 1888. 1er Mém. #4
seuses et articulaires sont telles que les mouvements sont possibles dans tous les sens et de plus en plus étendus et variés à mesure
que l'on se rapproche de la nageoire caudale.
e) — Osen V. — Les os en V, si on ne compte pour tels que ceux qui sont complets et fermés en dessous, sont au nombre de 13. Mais la série commence et finit par des os en V incomplets ou en partie cartilagineux, qui, pour n'être pas complètement développés, n’en sont pas moins des représentants de la même partie du squelette.
A la face inférieure de la 15° caudale (37° vertèbre), on trouve une paire de petits os aplatis, grands à peine comme la main (pl. XVI,f). Ils s'insèrent près dela ligne médiane et divergent vers le bas de manière à former une gouttière largement ouverte en dessous. Leur base est en rapport avec la partie la plus reculée du corps de la {re caudale, avec toute la largeur du disque intervertébral suivant, et s’avance même un peu sur le corps de la 2° caudale. La gouttière qu'ils comprennent entre eux est un prolongement du canal des os en V,et mène dansla cavité viscérale par un conduit creusé dans les parties molles, au-dessus de la base du pénis.
Le 2 os en V a déjà son complet développement. Il est franchement à cheval sur deux vertèbres, la 2 et la 3° caudales, mais contracte cependant, comme les suivants, des rapports plus étendus avec la plus antérieure des deux. L'espace compris entre les extrémités des branches du V est occupé par une lame de tissu fibreux très dense qui se confond avec le périoste de l'os et s’unit d'autre part au tissu fibreux qui renforce le périoste des vertèbres et le bord libre du disque intervertébral. Il résulte de là une articulation par symphyse très serrée, très solide, qui laisse à l'os fort peu de mobilité.
Lesos en V suivants se comportent de même et, jusqu’au 14°, ne diminuent pas sensiblement de taille ; mais le 4% et surtout les suivants diminuent très rapidement de volume ; en même temps ils avan-
cent de plus en plus sur la plus antérieure des deux vertèbres et per-
dent peu à peu leurs rapports avec la postérieure. Celui qui est à cheval sur le disque intervertébral qui sépare la 15° caudale de la 16° (15°0os en V en comptant pour un le premier incomplet) n'est déjà plus complet à l'état osseux. Deux lames cartilagineuses adossées ferment en dessous le canal. En outre, cet os s'articule avec la 15e caudaleet avec le disque intervertébral suivant, mais ne s’avance pas sur la 46°. Sur la 16° caudale se trouve le 16° os en V réduit à deux noyaux osseux en rapport uniquement avec le corps de la vertèbre en question et réunis en dessous par une lame de cartilage qui complète le canal. Il y a donc en tout 16 os en V, dont 13 seulement (2° à 14°) complets, la série commencant par un os incomplet et se terminant par deux dans le même cas.
Le canal formé par les os en V ne s'arrête cependant pas à la 16e caudale : il continue jusqu'à la dernière ; mais dans cette partie terminale il est entièrement cartilagineux ou même fibreux.
Dans ce canal des os en V passent trois vaisseaux, au centre une artère, et de chaque côté une veine. La première est évidemment l'artère caudale, véritable terminaison de l'aorte ; les autres sont les veines caudales. Dans sa partie moyenne, ce canal mesure 0 m. 07 de haut sur 0 m. 05 de large. L'artère centrale béante, à parois épaisses, mesure 0 m. 02 de diamètre; les veines plus grandes mais aplaties mesurent chacune 0 m. 03 de haut sur 0 m. 02 de largeur.
Notre Baleinoptère n'étant pas encore parvenu à l’âge adulte, ainsi que le montre sa taille, il y a lieu de croire que le nombre des os en V aurait pu augmenter si l'animal eût vécu, et que quelquesuns de ceux qui sont formés par du cartilage auraient pu se compléter à l'état osseux. Le nombre des os en V ne peut donc être fixé d’une manière précise par l’étude de notre animal.
. En disant que les os en V incomplets auraient pu se compléter plus tard, je ne fais allusion qu'à ceux qui terminent la série. Le premier en effet n'était point complété par du cartilage, et le canal vasculaire était fermé par les tissus mous. Je crois que, même dans
la plus grande vieillesse, cet os doit rester formé de deux moitiés
distinctes. Je ne l'ai vu représenté nulle part, et il n'était présent sur aucun des squelettes qu’il m'a été donné d'examiner.
Entre les os en V, le bord inférieur de chaque vertèbre est concave et creusé d’une gouttière longitudinale. Si l’on examine cette gouttière en remontant de la queue vers la tête, on constate que, vers le 3° os en V, une crête longitudinale commence à se dessinerau milieu d'elle. Cette crête s'accentue peu à peu à mesure que lagouttière s’efface.
Dès l'extrémité antérieure de la colonne lombaire, la gouttière n'existe plus, et la crête se montre trèssaillante. Cette crête persiste avec les mêmes caractères, atteint 0 m. 04 dehauteur vers la 9e lombaire, puis commence à diminuer, et dans la région dorsale on ne la
trouve plus.
D. — Côtes.
Les côtes sont au nombre de 14 de chaque côté. La première et la deuxième sont plates, larges, fortement arquées, munies d’une tubérosité articulaire sur leur bord convexe, à peu de distance de leur origine. Nous avons vu plus haut (p. 45) comment elles s’articulaient avec le rachis.
Les côtes suivantes deviennent rapidement grêles, longues, arrondies et de moins en moins arquées. Elles se terminent par une tête arrondie qui s’unit, au moyen d'un très fort ligament périphérique, à l'apophyse transverse correspondante.
Une seule côte s'unit au sternum : c'est la première. Elle s'articule avec cet os en deux points; son extrémité se joint à la poignée du sternum par une surface articulaire horizontale étroite, longue de 0 m. 20. Son bord antérieur passe à peu de distance de l’apophyse latérale du sternum, et s’unit à lui par l'intermédiaire d'une forte couche de tissu fibreux continu avec le périoste des deux os. Cette double union, l'une articulaire, l’autre pseudo-articulaire, est remarquable et ne me paraît pas avoir été nettement décrite.
Dans l’état de mort ou d'expiration, la 4° côte forme un angle de 40° avec l'horizon. Les suivantes sont de plus en plus courtes, et les dernières presque horizontales. Les 13 dernières côtes sont flottantes, c'est-à-dire sans union avec le sternum.
En dépouillant l'animal, nous trouvâmes sur la partie moyenne du flanc droit, à quelque distance en arrière de la nageoire pectorale, une quantité considérable d'une matière noirâtre, évidemment formée par du sang caillé et peut-être en partie par des débris du foie décomposé. Ce sang était agglutiné en masses plus ou moins arrondies, dont la grosseur variait de celle d’une noix à celle de la tête d'unenfant. Chaque caillot était lisse et luisant à la périphérie; à l’intérieur il était formé d’une matière d’un noir verdâtre, comparable, pour l'aspect et la consistance , à du savon noir et répandant une odeur stercorale. La masse était traversée par des filaments blanchâtres, fins, assez longs, formés probablement par les partiesles plus résistantes à la destruction des tissus englobés par le caillot. Ces caillots étaient évidemment anciens. Ils. étaient si abondants qu'ils représentaient certainement une masse de sang de plus d’un hectolitre. Il y en avait sous la peau, dans le tissu conjonctif, entre les muscles, sous le périoste des côtes, et dans l'espace sous-pleural droit du côté dorsal.
Nous ne pûmes trouver sur la peau aucune trace de lésion ancienne ou récente ; mais sur le squelette la chose était bien différente. Les 5°, 6*et 7e côtes droites avaient été fracturées un peu en dedans de leur partie moyenne et s'étaient resoudées par l'intermédiaire d'un cal sphérique à surface très irrégulière, de la grosseur de la tête d’un enfant. Evidemment ces fractures et l’épanchement de sang dont nous retrouvions les caillots provenaient du même accident,
La cause et la date en sont malaisées à deviner ;” cependant il est permis de faire quelques inductions. Relativement à la date, si l'on peut appliquer aux Baleines les résultats de l'observation des autres mammifères, on doit penser, d’après l’état des caillots et celui du cal,
que l’accident remontait au minimum à plusieurs mois et peut-être à
plusieurs années. Pour ce quiest de la cause,on peut remarquer que l'étendue des lésions osseuses et l'absence de lésions cutanées inter dit de rapporter l'accident à une attaque de la part de l'homme. Soit le harpon, soit les bombes-lances dont on se sert actuellement auraient entamé la peau et produit des lésions osseuses plus circonscrites. En outre, leurs débris eussent été retrouvés dans Les chairs, où on les a vainement cherchés avec le plus grand soin. Il est évident que ces lésions ont été produites par un agent contondant qui seul à pu léser le squelette sans entamer la peau Cetagent neseraitil pas un écueilcontre lequelle Baleinoptère se sera heurté ou l'étrave de quelque navire qui l’aura abordé ? Malgré le peu de probabilité d’une pareille rencontre, je hasarde cette idée en raison de ce fait que les trois fractures sont sensiblement en ligne droite.
La 14° côte droite n’avait pas été brisée mais luxée. La pointe se montrait en effet en place sur le prolongement des pointes des côtes précédentes ; mais sa tête, au lieu de se porter à la rencontre de l’apophyse transverse de la 14° vertèbre dorsale, était fortement déjetée en dehors ; la côte, ayant pivoté autour de son extrémité libre, s'était placée horizontalement, parallèlement à l'axe du corps et en dehors des côtes précédentes qu’elle croisait en les touchant presque. En outre, cette côte n'était point munie, comme les autres, d'une forte gaine périostique. Elle était plongée à nu dans une énorme masse de sang caillé.
Du côté opposé, la 14° côte était en apparence dans sa situation normale. Sa pointe était sur le prolongement de celles des côtes précédentes, sa gaine périostique était intacte, les muscles du voisinage n'avaient point été lésés. Elle se portait parallèlement à la 4% côte, vers l’'apophyse transverse de la 14° vertèbre dorsale, et sa direction était telle que, prolongée, elle fût venues’emboiter dans la cavité articulaire de cette apophyse ; mais sa tête en restait séparée par une distance de 0 m. 25 Elle était donc sans connexion avec le squelette et flottante dans les chairs.
L'intégrité de toutes les parties du côté gauche, la direction par-
faitement normale de toutes les côtes gauches, y compris la dernière, ne permettent pas de supposer que cette 14 côte gauche ait été luxée comme celle du côté droit. Il faut donc admettre qu'elle est normalement flottante dans les chairs. Les auteurs ont signalé des faits analogues. D'autre part, on ne peut guère concevoir comment la cavité articulaire de l’apophyse transverse correspondante a pu garder sa configuration normale, car on sait que lorsqu'une cavité articulaire n'est plus en contact avec la tête osseuse qui s’y emboite, elle finit par se combler.
Je pense que, chez les jeunes, la 14° côte doit être articulée avec son apophyse transverse, comme les précédentes, mais que, peu à peu, par les progrès de l'accroissement du corps, elle s’en sépare, devient libre dans les chairs ets’éloigne de plus en plus desa situation primitive à mesure que l’animal vieillit. D'ailleurs il paraît y avoir, sous ce rapport, de grandes différences individuelles chez les Balei-
noptères.
E. — Sternum.
Le sternum , dans l’état de mort ou d'expiration, est très reculéen arrière, ce qui concorde avec l’obliquité des côtes que j'ai déjà signalée. Le bord antérieur de cet os se projette sur le corps de la 4° dorsale, dontil est séparé par l'œsophage, lelarynxet une épaisse couche musculaire,
Sa forme est celle d’un T (pl. XVII, fig. 3 et 4). Il est légèrement concave en dessous dans le sens longitudinal et fortement concave en dessous dans le sens transversal, en sorte que ses côtés remontent de plus de 0 m. 40 en dessus de son milieu. De droite à gauche, il mesure 0 m. 72, et enligne droite 0 m. 66. D’avant en arrière il n’a que O0 m. 55. On peutle considérer comme formé d’un corps à peu près rectangulaire, et de troisapophyses, dont deux transversales symétriques et une impaire postérieure. Le corps est terminé en avant par un bord rectiligne de 0 m. 15 de long. Son bord postérieur,
long de 0 m. 16, donne attache à l’apophyse postérieure. Ses bord
latéraux, hauts de 0 m. 22, donnentinsertion aux apophyses latérales.
Il est percé en son milieu d’un trou ovale de 0 m.07 de long sur 0 m. 05 de large dans son plus grand diamètre. Ce plus grand diamètre est voisin de l'extrémité postérieure qui est arrondie. L’extrémité antérieure au contraire est aiguë. L'orifice n’est séparé du bord antérieur que par une distance de 0 m. 05. Le trou provient évidemment de ce que le bord antérieur était autrefois creusé d’une encoche médiane qui s’estresserrée de plus enplus eta fini par se fermer.
Les apophyses latérales, longues de 0 m. 30, sont limitées en arrière par un bord transversal à peine sinueux, et en avant par un bord fortement oblique en dehors et en arrière et plus sinueux.
L'apophyse postérieure, poignée du sternum, représente la branche verticale du T. Elle est longue de 0 m. 33 et très sinueuse. Elle est renflée au milieu, où elle atteintO m. 11 de large, et excavée en avant et en arrière de ce point. Les angles que forment les branches transversales avec l’antéro-postérieure sont arrondis. La poignée s’articule avec le bout de la 4° côte par une surface longitudinale de 0 m. 20 de long, correspondant à la concavité qui vient en arrière du renflement médian. Chaque branche transversale s’unit au bord concave de la 4r côte par une surface mal dessinée sur le squelette, longue de 0 m. 15 à 0 m. 20, située près de l'extrémité. L’angle arrondi que forment la poignée et la branche transversale est libre
de tout contact avec la côte.
F. — Appareil hyoïdien.
L'appareil hyoïdien (pl. XVII, fig. 5 et 6) est formé d'un corps et de deux paires de cornes que l’on distingue généralement en grandes et petites: dénomination fautive, car ici, comme chez beaucoup d'autres mammifères, les petites cornes ou cornes antérieures sont plus développées que les grandes ou postérieures.
Les cornes postérieures sont soudées au corps; mais cette soudure
est récente, car, du côté supérieur ou dorsal, on retrouve une ligne
suturale très accentuée, indiquant le point où les deux os se sont réunis. Du côte convexe ou ventral, on n’observe plus rien de pareil.
Les cornes antérieures n'étaient point soudées ; elles avaient même perdu leurs rapports médiats avec le squelette sous l'influence de la putréfaction ; car nous les avons retrouvées tombées, l’une à droite, l'autre à gauche, sur l'occipital.
Malheureusement les personnes chargées du dépeçage dans cette région ont enlevé ces os sans prendre soin de noter leur situation, en sorte que leurs rapports réels avec le crâne et avec les autres parties de l'appareil hyoïdien ont été fort difficiles à rétablir, les ouvrages de cétologie ne donnant aucun renseignement sur ce point.
Le corps est situé de telle facon que l’aplomb de son centre tombe entre l’axis et la 3° cervicale. De forme à peu près rectangulaire, il mesureO m. 14 delarge sur 0 m. 26 de long. Il est percé, près de son extrémité antérieure, d'un trou ovale de O0 m. 02 de large sur 0 m. 03 de long. Ce trou est à 0 m. 06 du bord antérieur, auquel il est réuni par une fente de 5 à 6 millimètres de largeur, en sorte que toute la partie antérieure du trou constitue deux prolongements apophysaires rapprochés mais distincts.
Le bord antérieur de ces apophyses est taillé, de chaque côté, à partir du milieu, obliquement en arrière et en dehors. Chacune de ces moitiés est hérissée d’aspérités osseuses, comme en présentent généralement les os sur la surface de séparation d'une épiphyse et d'une diaphyse. Evidemment un cartilage épiphysaire se trouvait là, mais il à disparu.
Le bord postérieurest un peu concave, et cette courbure est déterminée par la saillie de deux courtes apophyses coniques portant les traces d'insertions ligamenteuses.
Les bords latéraux se continuent avec les cornes postérieures, et J'ai fait remarquer que la trace d'une soudure récente se voit encore
sur la face concave ou dorsale de l'os.
Les grandes cornes ou cornes postérieures seraient mieux nommées cornes latérales. Elles se dirigent en effet en dehors et nullement en arrière. Elles décrivent même une légère courbure à concavité antérieure. L'ensemble formé par le corps et ces cornes latérales est fortementconvexeen dessous , en sorte que la longueur de la courbe étant 4» 1%, sa corde n’a que 0" 92 et la flèche atteint Om 23. Chaque corne a 0® 50 de long sur 0" 20 de large à la base et 0 ," 10 dans la partie moyenne. Elle est terminée par un cartilage arrondi au bout, mais dans lequel je n’ai pas trouvé de noyau d'ossification.
Les cornes antérieures mesurent O® 54 de long en ligne droite, d'une extrémité à l’autre , sur 0® 11 de large dans leur partie la plus renflée et 0® 07 dans la plus amincie. Elles sont aplaties dans leur partie large, surtout près du bord concave, plus cylindriques dans leur partie étroite. Elles sont assez fortement courbes et légèrement dissemblables, la droite étant plus petite que la gauche et moins mouvementée dans sa forme. Chaque extrémité est terminée par un cartilage sans point d’ossification. Le cartilage terminal de l’extrémité large et plate est arrondi au bout, et mesure Om 8 de haut. Celui de l'extrémité opposée est presque cylindrique et moins développé.
Après y avoir mürement réfléchi, je crois que les cornes antérieures doivent être placées de la manière suivante : l'extrémité large en arrière et en dedans, non loin du prolongement apophysaire antérieur du corps, auquel elle devait être unie par des liens ligamenteux , l'extrémité cylindrique en avant et en dehors, tout près d'une surface correspondante de l’occipital, située au-dessus et en dehors des tympaniques. Des liens fibreux devaient aussi la maintenir en ce point. Dans cette situation, les deux os se regardent par leur bord convexe , et ils sont dirigés l’un et l’autre obliquement d'arrière en avant , de dedans en dehors et de bas en haut.
J'ai désigné jusqu'ici ces différents os par leurs dénominations
habituelles, pour ne pas jeter de trouble dans la description. Mais il faut rechercher quelles sont leurs homologies.
Il n'est point douteux que celui que nous avons appelé corps de l'hyoïide ne soit le basi-hyal et que les grandes cornes ou cornes postérieures ou latérales ne correspondent à l’uro-hyal ou, pour adopter une terminologie plus récente et plus exacte, au fhyro-hyal. Mais, pour les autres parties, la chose est plus embarrassante. En comparant cet appareil hyoïdien à celui d’autres cétacés chez lesquels il est mieux connu, et à celui des mammifères terrestres les plus voisins, on est conduit à penser que les petites cornes représentent le stylhyal. Aucune des autres parties de l'hyoïde complet ne sauraitétre représentée par une pièce aussi considérable.
On se rappelle que ce stylhyal est muni à chaque extrémité d'un prolongement cartilagineux dans lequel je n'ai point trouvé de noyau osseux. Doit-on considérer ces épiphyses comme de simples cartilages terminaux d’accroissement ? Leur mode d’union avec les os semble l'indiquer. Mais d'autre part elles sont bien volumineuses pour n'être que cela.
Pour que l'on pût les considérer, malgré leur nature cartilagineuse, comme représentant, l'une l'arthro-hyal, l'autre le cératohyal, il faudrait qu'elles fussent terminées par des extrémités plus ou moins arrondies et unies au stylhyal par desliens fibreux. Aussi, malgré la tentation naturelle de retrouver dans un appareil atrophié Jes représentants rudimentaires de l'appareil typique complet, je crois prudent de considérer les pièces arthro-hyale et cératohyale comme véritablement absentes.
Les deux prolongements apophysaires parallèles du bord antérieur du basi-hval semblent rattachés à l'os par une ligne suturale onduleuse, et pourraient, en ce cas, être considérés comme les apohyaux soudés de bonne heure. Mais cette ligne est si peu visible que cesapophysespourraientbienn’avoir jamais été indépendantes. D'autre part, l'hyoïde d’un jeune B. musculus du musée de Bruxelles figuré par Van BENEDEN et PauL Gervais (XXII) montre déjà ces prolongements continus avec le corps de l'os. Enfin il n’est pas dans les
habitudes de l’apohyal de se souder de bonne heure et avant le thyro-
hyal, en sorte que, bien considéré, il semble juste d'admettre que la chaine hyo-occipitale chez le Balænoptera musculus est for-
mée d’un seulos représentant un stylhyal très développé.
G. — Membre antérieur.
Nous passerons très rapidement sur la description du squelette du
membre thoracique. Comme on le sait, laclavicule manque.
a) — Omoplate. — L’omoplate est large et aplatie, à peine concave sur sa face inférieure. Elle mesure 1 m. 22 d’avant en arrière, et 0 m.66 de dedans en dehors. La cavité glénoïde, très peu profonde, est portée par un col solide et épais. Elle est de forme ovalaire et mesure 0 m. 25 de long sur 0 m. 17 de large. L'acromion et l'apophyse coronoïide sont bien développés. Le premier a 0 m. 30 de long, il se dirige en avant et en dehors. La seconde, située au-dessous et en dehors du premier, a une direction à peu près parallèle, et mesure 0 m. 19. Le bord supérieur-de l’omoplate est prolongé par un puissant cartilage.
La situation de l'os est telle qu'un plan transversal rasant son extrémité antérieure passerait par le centre de la 3° vertèbre cervi-
cale.
b) — Humérus. — L'humérus est remarquable par sa force et sa brièveté. IL est formé d’une téte hémisphérique de 0 m.928 de diamètre, rattaché par un col de 0" 27 de large sur O® 02 à O® 03 de haut à un Corps si réduit qu'il ne forme pas la moitié de la longueur totale de l'os. Sur le bord externe se trouve une fubérosité très large et peu saillante, destinée sans doute à l'insertion des muscles grands dor-
saux.
c) — Radius et cubitus. — De volume à peu près égal, séparés par un espace interosseux elliptique peu développé, les deux os de l'avant-bras sont unis à l'humérus par un cartilage qui ne mérite
-point le nom d'articulaire. Il y a continuité cartilagineuse entre ces
os et l'extrémité inférieure de l’humérus, et le cartilage intermédiaire est parcouru par des trabécules osseux qui augmentent encore sa rigidité. La ligne de soudure a la forme d’un V très ouvert, dont l'angle, tourné vers la main, correspond à la réunion des
trois os.
Le cubitus est orné d’une apophyse olécrânienne (?) (VAN BENEDEN et Pauz GERVAIS) (XXIID), située dans le plan des deux os et prolongée par un cartilage aplati, souple, demi-circulaire, qui mesure 0 36 de largeur à la base et 0" 22 de hauteur. La largeur de l'a-
vant-bras, sur le squelette, est de 0 m. 30 au milieu.
d) — Carpe. — Le carpe est soudé au métacarpe, par un carti-
lage rigide, dans lequel sont noyés les osselets qui le constituent.
e) — Métacarpe et main. — Il y a 4 doigts réunis au carpe par autant de métacarpiens qui ressemblent absolument aux phalanges. La largeur dela main au milieu du métacarpe est de Om 40.
Les phalanges sont unies entre elles par de véritables articulations à mouvements peu étendus et synergiques.
L'index a 3 phalanges, le médius et l’annulaire en ont chacun 6. le petit doigt en a 2 osseuses et une 48 encore cartilagineuse. La lon-
gueur des doigts, y compris le métacarpien, est :
Om 57 pour l'index, ou 2° doigt.
Om 88 pour le médius, ou 3° doigt.
0" 90 pour l’annulaire, ou 4e doigt.
On 44 pour le petit doigt, ou 5e doigt.
Le bord antérieur est épais, sinueux , chaque phalange étant concave au milieu, et très continu, l'index étant si exactement appliqué contre le médius qu’au point où il cesse il n’y a aucun ressaut. Le petit doigt, au contraire, forme avec l’annulaire un angle assez
marqué.
Voici les longueurs des divers segments du membre, en attribuant
à chacun la moitié du cartilage intermédiaire :
Bras : Om. 47.
Avant-bras : O0" 88.
Carpe : On 16.
Main : Om 90.
La longueur totale du membre est 2% 32 au lieu de 2 41 que donne l'addition des nombres précédents. Cela tient à ce que le bord supérieur anguleux de l’humérus s’engage de Om 09 dans l'an gle inverse que forment les bords supérieurs des os de l’avantbras.
Lorsque l'on tranche le membre au ras des téguments, on tombe dans l'interligne qui sépare le bras de l’avant-bras. Le centre des mouvements de la nageoire, étant dans la cavité glénoïde de l’omoplate, se trouve donc situé à Om 50 environ plus profondément dans
les chairs.
H. — Os pelviens et fémurs
J'ai étudié avec un soin tout particulier les os pelviens, non pas tant en eux-mêmes que dans leurs rapports avec les parties molleset avec le squelette, parce que ces rapports n'ontjamaisété exactement déterminés. La planche XVIT représente lesdeux os, d, e, très incomplètement décharnés, mais dans leur situation normale, sans qu'ils aient été le moins du monde dérangés de leur situation de part et d'autre de la portion intra-abdominale du pénis. Les figures 3, 4 et 5 de la planche XVIII les représentent nettoyés, exactement dessinés et réduits à 1/6 de leur dimension naturelle.
Pour faciliter la description, il sera commode de considérer à l'os pelvien une partie centrale et trois prolongements, l’un antérieur,
l’autre postérieur, le troisième externe.
Le prolongement antérieur est le plus considérable. Il mesure 0 m. 30 de long. Sa forme peut être comparée à celle d’une spatule. La base, étranglée et arrondie, ne mesure que 0 m. 022 de large, tandis que l'extrémité élargie et aplatie de dedans en dehors mesure, au point le plus large, 0 m. 06.
Le prolongement postérieur n'a guère que le tiers de la longueur du précédent. Arrondi et cylindrique à l'extrémité, où il ne mesure que 0 m. 012 à O m. O5, il grossit et s’aplatit de haut en bas en approchant du corps de l'os.
L'apophyse externe, grosse et courte, mesure environ 0 m. 06 de haut ; elle se dirige en dehors ; elle est aplatie de haut en bas, très large à la base et terminée assez brusquement en pointe mousse.
La partie centrale est aplatie également dans le sens dorso-ventral et un peu concave sur la face inférieure. Sur cette même face, à la base de l’apophyse externe, se voit une tubérosité assez volumineuse.
L'os dans tout son ensemble mesure 0 m. 48 en ligne droite d’une extrémité à l’autre. Ses troisbords sont concaves; mais, tandis queles concavités des bords externe et postérieur sont déterminées par la présence de l’apophyse externe, la concavité du bord interne représente une courbure de l'os lui-même.Cette courbure en arc est assez accentuée, la longueur de la courbe étant de plus de 0 m.50, tandisque la corde de l'arc ne mesure que 0 m. 48 et que la flèche atteint 0 m. 04. L’os est en outre légèrement concave sur sa face inférieure, comme le montre la figure 5.
Les trois extrémités sont prolongées par un cartilage d’accroissement.
Les deux os pelviens sont tout à fait indépendants l’un de l’autre et légèrement dissemblables. Le droit est un peu plus petit que le gauche et moins mouvementé dans sa forme ; en outre, il ne possède pas le cartilage accessoire qui représente le fémur.
En face du point le plus creux du bord externe se trouve un cartilage de forme ovoïde, présentant au centre un point d’ossification.
Son volume dépasse celui d’une grosse noix. Il mesure 0 m. 05 de
long sur 0 m.02de large. Il est non seulement distinct, mais séparé de l'os pelvien. Il ne luitouche pas et luiest rattaché par deuxligaments de longueur inégale : un antérieur, long de O0 m. 12, qui semble formé d’un muscle ayant subi un commencement de dégénérescence graisseuse et qui va du cartilage à la partie inférieure du prolongement antérieur de l'os ; l’autre postérieur, court, ne mesurant que 0 m. 025 à Om. 03, qui part de l'extrémité opposée du cartilage et va s’insérer au corpsde l'os, sur la face antérieure, le long d’une ligne oblique située un peu au-dessous de la terminaison du bord externe.
Les os pelviens sont couchés horizontalement sur les grands muscles fléchisseurs de la nageoire caudale, et presque sous-cutanés. Ils ne sont pas parallèles à l'axe du corps et convergent sensiblement en arrière, leur extrémité postérieure étant de 0 m. 25 plus rapprochée de la ligne médiane que l’antérieure. Un plan transversal qui raserait leur extrémité postérieure couperait en deux parties à peu près égales le corps de la 1% vertèbre caudale. Leur extrémité antérieure ne s’avance pas tout à fait jusqu'au point où le pénis ‘sort de l'abdomen. D'ailleurs ces rapports varient vraisemblablement un peu selon l’état de contraction des muscles qui s’attachent à ces os, el peut-être selonl’étatde repos ou d'exsertion du pénis. Le plan horizontal qui contient les deux os passerait un peu au-dessous du bord inférieur des premiers os en V. Ils sont à 5 m. 4#4-du bout dela dernière vertèbre caudale et à 7 m. 25 de l'articulation scapulo-humérale (PI. XMII, fig. 2, p.)
Il suffit de jeter un coup d'œil sur la planche XVI pour se convaincre que c’est la branche courte et arrondie qui estpostérieure et qui donne insertion aux racines des corps caverneux, tandis que la grande branche élargie au bout est antérieure et libre de toute union avec le pénis. Cette situation est d'autant plus utile à bien préciser qu'elle est tout à fait l'inverse de celle que l’on observe chez les vraies baleines. D’après les recherches d’Escaricur (IX) et surtout celles de Jonx SruTHERs (XX V), la chose ne peut faire aucun doute.
Bien que notablement différent de celui des Baleinoptères, l'os
pelvien des vraies baleines est cependantconstruilsurle même type. On y reconnait de même un corps, une grosse apophyse externe et deux prolongements antéro-postérieurs, l'un court et cylindroïde, l'autre long et élargi à l'extrémité, Eh bien! chez les vraies baleines, c'est ce dernier prolongement (en apparence homologue , sur Vos isolé , du processus antérieur des Baleinoptères ) qui donne insertion aux racines des corps caverneux, tandis que le premier (homologue en apparence, sur l’os isolé, de celui qui donne attache au cruræ penis chez les Balemoptères ) est libre et tourné en avant. Cette singularité à déjà été remarquée par Joux Srrurners (XXV, p 153, note); mais il me semble qu’on ne lui à pas accordé toute
l'attention qu’elle méritait,
L'os pelvi ien de notre Baleinoptère montre dans son ensemble une res sémblance étoilé avec un bassin entier, bassin très long et peu élevé, mais cependant d'une forme assez régulière. La concavité
intérhe, Le | prôlong ement antérieur élar gi, qui représente” un iliaque,
Je prôgessus postérieur cylindrique qui rappelle un pubis, et l apo-
physe externe qui ressemble à un ischion, la concavité de la face inférieure de l'os qui donne l'idée d’une cavité cotyloïde oblitérée, le voisinage du cartilage fémoral attaché dans cet enfoncement comme le fémur par le ligament rond, tout concourt à rendre cette assimilation séduisante. On sait qu’autrefois elle était généralement admise.
Mais ici, comme dans tant d'autres cas, l'Embryogénie est venue démontrer l'inanité des spéculations fondées sur l'anatomie de l'a-
dulte. Il sé trouve que ce prétendu bassin n'est qu’un ischion et
qu'il est présenté chez le jeune par un seul career et ne possède
qu'un seul point d’ossification.
Cependant, je me permettrai d'élever une objection, non pour renverser celte assimilation que je crois vraie, mais pour réclamer quelque nouvelle confirmation.
Au premier des deux arguments que J'ai cités, Je répondrai que,
- ARCH. DE ZOOL. EXP. ET GÉN. — 20 SÉRIE. - T. 111 ls supp. 1885, 1er Mém. 5 Es
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chez tous les mammifères, le cartilage pelvien est d’abord continu, et que la décomposition du bassin en trois os est tout aussi artficielle que celle du crâne en un nombre fixe d'os distincts. On n'a le droit de considérer comme ayant une individualité bien assise que les os qui proviennent de cartilages séparés. Or le bassin, comme le crâne primordial, est, à l’origine, continu.
Le second argument a plus de valeur, bien que l’objection précédenteen réduise singulièrement l'importance. La différence du nombre des points d'ossification dans un même cartilage a moins de signification que la différence des cartilages eux-mêmes, car leur présence est subordonnée aux nécessités d'aceroissement beaucoup plus qu'aux représentations morphologiques. En outre, il seraitpeutêtre utile d'examiner un plus grand nombre d’embryons et de jeunes et à des âges plus variés qu'on n’a eu l'occasion de le faire, avant - d'affirmer que ce point d'ossification est bien réellement unique.
Quant à l'assimilation de los pelvien à l'ischion plutôt qu'aux autres os du bassin, elle est encore moins démontrée. Je concois que l’on élimine l'iliaque à cause de l'insertion des racines des corps caverneux; mais pourquoi pas le pubis? On n’a d'autre guide que des ressemblances plus où moins lointaines avec les parties du bassin plus complet de cétacés moins pisciformes.
Le cartilage accessoire ne peut représenter que le fémur, tout le monde est d'accord sur ce point. Si l'os pelvien était un bassin entier, le ligament postérieur serait le ligament rond, et l'antérieur représenterait les muscles fessiers. Si au contraire il représente l’ischion, les ligaments ne peuvent correspondre l’un et l’autre qu'aux muscles ischio-trochantériens , et le cartilage lui-même représente
un fémur réduit au grand trochanter.