‹ Histoire du Bas-Empire, commençant à Constantin-le-Grand (volume 2)Chapitre 7 sur 21 · r,r . . Salern. chr · texte numérisé non relu

r,r . . Salern. chr

terminer que par la destruction d Icône et par la ruine Roger, de

entière des Turcs. Je ne poserai les armes , disoit-il ,

que quand je tiendrai sous mes pieds la tête du sultan. Diceto.

Il mit donc en campagne la plus grande armée qu'il

eût encore levée. Il manda toutes les troupes de Servie ,

prit à sa solde celles de Hongrie, et rassembla de la

2j8 histoire du bas-empire.

Thrace «ne prodigieuse quantité de bœufs , et plus de trois mille chariots , pour voiturer les vivres et les fourrages. Après ces pre'paratifs, ils se rendit avec ses troupes à l'église de Sainte-Sophie pour implorer le secours du ciel , et partit de Gonstantinople. Il fut obligé de s'arrêter long-temps au bord du Rhyndacus, en sorte que Tété étoit déjà commencé lorsqu'il prit la route d'Icone. Pour éviter les montagnes, l'armée traversa la Lydie et entra en Phrygie par Laodicée , d'où elle marcha à Chones , à Lampis, à Célènes vers les sources du Méandre, à Chôme, et enfin à Myriocéphales , vieille forteresse alors déserte , qui devint fameuse par la défaite des Grecs. C'étoit là que se terminoient les terres de Tempire. L'empereur avançoit avec précaution, toujours en bon ordre, se retranchant tous les soirs de peur de surprise. Le transport des machines et tout l'attirail des vivres , qu'il n'espéroit pas trouver dans des sables arides et dans un pays ennemi, retardoient sa marche. Les Turcs , qui se montroient de temps en temps , harceloient son armée, enlevoient les fourrages, et corrompoient les eaux; ce qui fit périr de dysenterie un grand nombre de Grecs.

On étoit déjà au mois de septémbre. Le sultan se comporta dans cette guerre avec toute la sagesse qui convenoit à l'empereur, et Manuel avec cet emportement aveugle qui caractérise les barbares. Azzeddin, ayant fait venir de grands secours des princes musulmans, envoya encore des députés à l'empereur pour lui offrir la paix aux conditions qu'il voudroit prescrire, et les officiers les plus expérimentés lui conseilloient de l'accepter. Ils lui représentoient l'incertitude du succès , qui ne pouvoit lui procurer de plus grands avantages que ceux qui lui étoient offerts , la difficulté des passages dont les ennemis étoient les maîtres, les maladies qui affligeoient ses troupes. Manuel écouta plus volontiers les conseils audacieux des jeunes officiers, dont la plupart n'avoient jamais vu l'ennemi , et dont les avis n'étoienl

HISTOIRE I)U BAS-EMPIRE, 2ig

considérables que par la fierté de leur contenance, et par l'or et l'argent qui brilloient sur leurs babits. Il renvoya donc les députés en leur disant çu'il r endroit réponse à leur maître dans Icône. Au sortir de Myriocéphales, s'ouvroit un défilé nommé Cibrilcine , entre une longue chaîne de montagnes séparées l'une de l'autre par de profondes vallées , et des masses de rochers escarpés et pendans en précipices. Manuel s'y engagea sans renvoyer à la queue de son armée les chariots qui portoient les machines et les bagages, et sans déloger les ennemis postés sur les hauteurs pour traverser le passage. II marchoit avec la même assurance qu'il auroit fait en rase campagne. Les deux fils de Constantin l'Ange , Jean et Andronic, conduisoient Tavant-garde ; ils étoient suivis de Constantin Macroducas et d' Andronic Lampardas. Dans le corps d'armée, Baudouin , beau-frère de Tempereur, commandoit l'aile droite, et Théodore Maurozume l'aile gauche. Venoient ensuite les valets, les bagages, les machines. L'empereur suivoit à la tête d'une troupe d'élite, et Andronic Contostéphane fermoit la marche. L'armée étoit tellement resserrée , qu'elle se prolongeoit dans l'espace de dix milles. L'avant-garde passa sans danger, ayan| détaché son infanterie pour déposter l'ennemi ; et peut-être que le reste auroit eu le même succès, si, à la faveur des archers qui auroient garni les flancs , et à l'abri des boucliers , on eût suivi en diligence l'avant -garde sans laisser d'intervalle. Faute de cette précaution, on laissa aux Turcs le temps de descendre et de couper la colonne de la marche. Ils se portèrent avec fureur sur l'aile gauche , l'accablèrent de traits, la rompirent , et en firent un horrible carnage. Baudouin, au désespoir, accourt de l'aile droite, se jette au travers des ennemis, et y trouve la mort, qu'il bravoitpar sa valeur. Les Grecs, resserrés à droite et à gauche par les rochers et par les montagnes , ne peuvent ni reculer , ni recevoir des secours de

aaO . HISTOfRE DU BAS-EMPIRE.

l'empereur et de l'arrière- garde , les chariots qui la séparoient formant une barrière impénétrable. Les hommes et les chevaux tomboient pêle-mêle percés de traits. Une grande partie culbuta dans un précipice, où périrent quantité d'officiers et plusieurs parens de l'empereur, dont le plus digne d'être regretté fut Jean le protosébaste , le prince le plus aimable et le plus vertueux de la cour. Les troupes de la queue ne purent même échapper au carnage, les Turcs s'étant saisis des derrières; en sorte que les Grecs, enfermés de toutes parts, ne laissoient à l'ennemi que la peine de les égorger. Ce qui acheva de leur ôter le courage, ce fut de voir au bout d'une pique, entre les mains des Turcs, la tête d'Andronic Vatace , neveu de l'empereur. Manuel l'avoit envoyé avec des troupes pour prendre possession de Néocésarée, qui offroit de se donner à l'empire. Surpris en chemin par un corps de musulmans, il avoit été taillé en pièces avec toute son escorte. A cette vue, Manuel , percé de douleur , désespéré du massacre de ses gens, qu'il voyoit égorger à ses yeux sans pouvoir les secourir, dépourvu de tout, excepté de courage, ne savoit quel parti prendre. Cependant l'avant- garde s'étant tirée de ce mauvais pas , avoit gagné une colline où elle s'étoit retranchée.

Le découragement des Grecs enflammoit de plus en plus l'audace des Turcs. Vainqueurs de la plus grande partie de l'armée, ils s'efforçoient d'achever la victoire en terrassant l'arrière - garde et la troupe de l'empereur. IVianuel, de son côté, après d'inutiles efforts pour ouvrir aux siens un passage, voyant cette nuée d'ennemis se grossir à tous momens , et se tenant assuré de mourir , soit qu'il restât , soit qu'il avançât, aima mieux aller chercher la mort que de l'attendre ; et , après avoir crié à ses gens, tout est perdu! sauçez-vous oh vous pourrez! il va tête baissée donner au milieu des Turcs; et au travers des lances, des cimeterres, des masses d'armes.

son bouclier hérissé-de i rente flèches , il perce avec la force et la rapidité de la foudre les escadrons barbares, et leur échappe comme par miracle. Ce ne fut pas sans blessure. Son corps, couvert de plaies ou de contusions, son casque faussé ou rompu en plusieurs endroits , et enfoncé dans la peau de son crâne, ne lui laissoient guère plus de vie qu'il n'en restoit aux malheureux expirant sous des monceaux de morts. Il craignoit néanmoins plus pour les siens que pour lui-même. Serrés de tous cétés par les barbares , qui leur faisoient sentir la pointe de leurs lances, ils s'écrasoient , ils se renversoient, ils se fouloient aux pieds. Ceux qui parvenoient à sortir du défilé rencontroient à la sortie l'ennemi et la mort. Le défilé à son issue se partageoit en sept profondes vallées , d'abord assez larges, mais qui se resserroient en gorges étroites, fermées par des pelotons d'ennemis. Une tempête qui survint accrut encore la confusion et le carnage. Des nuées de sable élevées par le vent, et poussées de toutes parts au gré des tourbillons , déroboient le jour et aveuglèrent tellement les deux armées, qu'elles ne distinguoient pas mieux les amis des ennemis que dans la nuit la plus épaisse. Chacun tuoit celui qui se trouvoit à la portée de ses armes, et tomboit lui-même sous le bras d'un compatriote. Ces coups égarés et abandonnés au hasard abattoient autant de Turcs que de Grecs ; en sorte que tout ce terrain n'étoit plus qu un vaste cimetière, où Grecs, Turcs, chevaux, bœufs d'attelage mêloient leur sang et s'entassoient les uns sur les autres. L'obscurité étant dissipée avec l'ouragan, on vit des malheureux, accablés sous un tas de cadavres, qui, n'ayant de libre que la tête et les bras , les tendoient à ceux qui passoient à leur vue , et les appeloient à leur secours par des cris lamentables. Mais la terreur étouffoit la compassion ; chacun , craignant un pareil sort , ne songeoit qu'à sauver sa vie. L'empereur, abandonné seul, sansécuyer , sans garde , s'étoit arrêté sur une hauteur.

appuyé contre un poirier sauvage. Un cavalier grec l'aperçoit et s'approche ; il essuie la poussière et le sang dont il étoit couvert ; il bande ses blessures ; il rajuste sur sa tête les pièces de son casque et le remet à cheval. En ce moment arrive un Turc qui saisit la bride de son cheval et le veut emmener. Il ne restoil à Manuel qu'un tronçon de lance; il en décharge un coup terrible sur la tête du Turc, et le couche par terre. D'autres Turcs accourent , et veulent le prendre vif; armé de la lance de son cavalier il en tue un; le cavalier, en tue un autre d'un coup d'épée ; le reste s'enfuit. Enfin dix soldats grecs s'étant réunis auprès lui , il descend pour tâcher de rejoindre son avant-garde. Mais, après quelques pas il trouve le chemin fermé par les Turcs et bouché par les cadavres. Il perce les Turcs, pousse son cheval sur les cadavres, sort enfin de ces gorges, et traverse une rivière qui en bordoit l'entrée.

Plusieurs Grecs viennent se joindre à lui. Il voit en passant Jean Cantacuzène, son neveu d'alliance, enveloppé d'une bande de Turcs qui le tuent et le dépouillent. Ces mêmes Turcs , reconnoissant l'empereur, courent à lui comme à une riche proie, pour le prendre ou le tuer. C'étoient des officiers du premier rang qui montoient de beaux chevaux arabes magnifiquement harnachés et ornés de sonnettes ; ce qui étoit chez eux une marque de grande distinction. L'empereur les repousse ; et, avançant toujours au travers de plusieurs troupes de Turcs qui accourent pour le prendre, et qu'il écarte à coups de lance, il rejoint enfin son avant-garde, qui, le croyant perdu , le reçoit avec des transports de joie. Epuisé de fatigue et brûlant de soif, il envoie puiser de l'eau dans la rivière prochaine ; et , après y avoir porté ses lèvres , sentant qu'elle étoit mêlée de sang , il la jette à terre, et dit en soupirant : Ah ! malheureux ! c'est du sang des chrétiens ! Un soldat brutal qui se trouvoit présent eut l'audace de lui dire : Ce n'est pas

d'aujourd'hui , prince , que vous goûtez de cet horrible breuvage; vous en avez bu à longs traits , vous vous en êtes enivré lorsque vous avez pressé vos propres sujets en les écrasant d'impôts. Manuel dévora en silence cette affreuse vérité ; et, voyant les Turcs qui éventroient des sacs d'argent pillés dans son équipage : Courez, dit-il à ses gens , arrachez-leur ce butin ; vous y avez plus de droit que ces brigands. Oui, sans doute , repartit ce même soldat ; mais il auroit bien mieux valu ne pas arracher cet argent à vos peuples que de le rendre maintenant que nous ne pouvons le ravoir quau prix de notre sang. Manuel , qu'un instant d'infortune avoit réduit au niveau du dernier de ses sujets , souffrit encore avec patience cette leçon cruelle. Enfin Andronic Contostéphane arriva avec ce qui restoit de l'arrière-garde , et peu à peu tous ceux qui étoient échappés du carnage se rendirent auprès du prince. Ils passèrent la nuit dans une profonde tristesse, les amis, les parens se cherchant l'un l'autre, s'embrassant avec larmes lorsqu'ils se rencontroient , et se disant les derniers adieux , comme devant mourir le lendemain : car les barbares courant autour ducamp, appeloient à grands cris leurs compatriotes qui étoient entrés au service des Grecs , soit pour changer de religion, soit pour quelque autre motif : Sortez, crioient-ils en les nommant, ^or/^^ d'avec ces chiens avant le jour. Ceux que l'aurore trouvera ici seront égorgés sans pitié. YiQS Grecs,pâles de crainte, entendoient retentir de toutes parts au milieu des ténèbres cette sen-^ tence de mort.

L'empereur en fut lui-même effrayé. Il assemble son conseil , et déclare qu'il va prendre la fuite , et que chacun de son côté peut songer à sa sûreté. Tous, et Contostéphane plus que les autres, paroissent étonnés d'une résolution si peu conforme à ce caractère généreux et intrépide qu'il avoit montré dans tout le cours de sa ▼îe. Un simple soldat, qui se trouvoit à la porte de la

tente, ayant entendu ce propos, s'e'crie : Sont-ce la leâ paroles d'un empereur? et s'adressant à lui-même : W est-ce pas vous , lui dit-il, qui nous avez jetés dans ce chemin si funeste , qui nous avez pilés comme dans un mortier entre ces rochers et ces montagnes? Qu^aviofisnous affaire dans cette vallée de larmes, dans ces gorges infernales? Quel démêlé avions -nous tous tant que nous sommes avec ces barbares ? Nous vous avons sacrifié notre vie ; et vous , pour sauver la vôtre , vous nous abandonnez à la boucherie. Manuel, frappé de ces justes reproches, changea de dessein , et résolut de se sauver avec ses gens ou de périr avec eux. Les Grecs , condamnés à la mort, ne songeoient plus qu'à vendre bien cher leur vie , lorsqu'ils reçurent leur salut de ceux-mêmes dont ils attendoient leur perte. Le sultan avoit suivi son armée ; et , s'étant arrêté à quelque distance de Myriocéphales , il recevoit à chaque instant des nouvelles de l'état des ennemis et des opérations de ses troupes. Ce prince politique fit réflexion qu'en égorgeant ou faisant prisonnier Manuel , et ce qui lui restoit de soldats , il ne détruisoit pas l'empire grec , et que l'occasion étoit faVorahle pour vendre la paix qu'il n'avoit pu acheter jusqu'alors. Ses ministres, qui recevoient des pensions de l'empereur pendant la paix, le confirmoient dans cette pensée. Il se détermina donc à traiter avec l'empereur. Cependant le jour commençoit à paroître, et les barbares, qui n'étoient pas instruits de ce dessein de leur maître, approchoient dans l'espérance de se défaire en un moment de ce misérable reste d'une armée vaincue. Ils tenoient le camp enveloppé, et leurs flèches venoient percer les Grecs jusque dans leur retranchement. L'empereur fit sortir sur eux Jean l'Ange avec son escadron , qui fut bientôt obligé de revenir. Macroducas , qui sortit ensuite , n'eut pas plus de succès. Déjà les Turcs arrachoient la palissade, lorsqu'un émir des plus distingués , accourant à toute bride,

HISTOIRE DU B/iS-EM^IilE. à^S

knr ordonne de la part du sultan de suspendre l'attaque; et, s'étant fait annoncer à l'empereur, il entre dans le camp. Il se prosterne humblement devant Ma-= nuel, et lui présente de la part de son maître un sabre magnifique et un cheval de parade de la mei!îeure race. Le voyant accablé de chagrin, il lui parle quelque temps à l'oreille pour le consoler, et lui propose la paix. L'empereur , aussi étonné que s'il fût sorti dit tombeau, n'ajoute foi à ses paroles qu'après s'être assuré par plusieurs interrogations que la proposition est sérieuse. Dans le cours de l'eïitrètien, l'émir , voyant la robe de pourpre brochée d'or que l'eitipereur portoit par-dessus sa cuirasse : Seigneur ^ ini dit-il, cette robe n'est pas digne d'un prince guerrier tel que votre rnajesté ; la cuirasse est le plus magnifique habit de guerre. Manuel sourit, et, se dépouillant de sa robe, il la lui donna. Le traité, mis ensuite par écrit, fut signé de l'empereur, et envoyé au sultan , qui le ratifia. Entre les autres conditions que la conjoncture présente ne permettoit pas de contester, Manuel s'engageoit à détruire Dorylée et Sublée. Après l'échange des signatures, l'empereur se mit en marche pour le retour, il y avoit dans l'armée impériale plnsieurs seigneurs anglois. Roger de Hoveden, auteur contemporain, nous a conservé la lettre de Manuel à Henri ii, roi d'Angleterre, dans laquelle il lui rend compte de cette funeste bataille , et le remercie du secours qu'il lui a envoyé, ïl le traite d'ami et d'allié de l'empire.

Son intention étoit de changer de route pour s'épargner la vue du carnage de son armée. Les guides, au contraire , pour lui donner ce funeste spectacle, le ra^ i^nenèrentpar le même chemin. Rien n'étoit plus capable de faire détester les fureurs de la guerre. G'étoit uu' ^iffreux théâtre où la mortétaloit toutes ses horreurs. La terre détrempée de sang et jonchée de cadavres, le défilé et les vallons comblés de corps tronqués, mutilés, dcli-

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gurés par d'horribles plaies , faisoient frémir la nature* Les Grets » plus malheureux encore que ceux dont ils déploroient les maux , et qui en avoient perdu le sentiment , passoient en pleurant dans un morne silence, interrompu de temps en temps par des cris lugubres , appelant leurs parens et leurs amis , qui ne les entendoient plus. Sortis du défilé , ils furent surpris de se sentir attaquer en queue par les Turcs. Ils n'étoient pas plus tôt partis , que le sultan s'étoit repenti de les avoir laissé aller, et il avoit permis de les poursuivre : mais ce n'étoit qu'une partie de soa armée , les autres étant retournés chez eux avec leur butin. Ils tuèrent encore un grand nombre de Grecs que leurs blessures empêchoient de suivre la marche. Enfin on arriva à Chones, où, se voyant en sûreté, ils se reposèrent. L'empereur leur distribua quelque argent pour achever le voyage. Pour lui , il alla de Chones à Philadelphie , où il séjourna quelque lenips pour se rétablir de ses fatigues et faire guérir ses blessures. De là il fit partir un courrier pour Constantinople, avec des lettres dans lesquelles, balançant entre la honte d'un triste aveu et celle d'un mensonge inutile , tantôt il se comparoit à Romain Diogène , sur lequel il avoit l'avantage d'avoir évité la captivité , tantôt il couvroit sa défaite en faisant valoir la paix demandée par le sultan , et dont il envoyoit l'acte authentique signé d'Azzeddin. Il se rendit peu de jours après à Constantinople. Il avoit en passant détruit Sublée , comme il s'y étoit engagé ; mais il avoit laissé subsister Dorylée. Aux plaintes qu'en fit le sultan il répondit qu'il ne se croyoit pas obligé à tenir une parole arrachée par la nécessité. Ai». 1177. Sur cette réponse , le sultan fait partir vingt-quatre mille hommes , avec ordre à son général de mettre tout à feu et sang jusqu'à la mer, sans épargner personne , et de lui rapporter de l'eau de la mer , une rame , et une poignée de sable du rivage. Le général saccagea tous les

bords du Méandre , prit Traîles et Antioche de Carie , détruisit toutes ies forteresses , et poussa ses ravages jusqu'à la mer, dont il désola toute la côte. L'empereur, dont les forces n'étoient pas encore rétablies , envoya contre eux son neveu Jean Yatace , dont il " avoit éprouvé la valeur : c'étoit le frère d'Andronic Vatace , tué dans la campagne précédente. Il lui donna pour lieulenans- généraux Constantin Ducas , encore fort jeune, mais d'un mérite prématuré , et Michel Aspiète. Il leur recommanda de ne rien précipiter , et de n'attaquer les barbares que lorsqu'ils seroient parfaitement instruits de leurs forces et assurés de la victoire. Les Turcs retournoient chargés de butin , ravageant et pillant ce qui leur avoit échappé au premier passage. Vatace , avec les troupes qu'il avoit reçues de l'empereur et rassemblées en chemin, marche droit à Hyèle, où étoit un gué du Méandre. Ses coureurs hii ayant rapporté que les Turcs n'étoienl pas loin , et qu'ils se disposoierit à passer le fleuve, il partage son armée en deux corps : il met l'un en embuscade sur un coteau endeçà du passage, et poste l'autre dans des halliers audelà , avec ordre de charger l'ennemi lorsqu'il atteindroit le bord. Les Turcs arrivent , et entrent dans le fleuve. Les Grecs, postés sur le coteau , les accablent de traits et en abattent un grand nombre. Pour détourner cet orage qui fondoit sur leur tête , et leur procurer un passage tranquille , le général turc, à la tête d'une troupe choisie , monte sur le coteau , charge les Grecs avec vigueur, et, par des actions de la plus haute valeur, il occupe toutes leurs forces. Mais , apercevant au-delà du fleuve d'autres troupes qui égorgeoient ses gens à mesure qu'ils passoient , tout son courage l'abandonne ; il prend la fuite , et , remontant le fleuve , il va chercher un gué plus sûr. N'en trouvant point , il se sert de son bouclier pour nacelle , de son sabre pour aviron, et tient de la gauche la bride de son cheval, qui

nage à côté de lui. îl gagne ainsi la rive; mais il ne peui éviter la mort. Elant monté sur un tertre , et appelant de là les Turcs pour les rassembler autour de lui , il est prévenu par un soldat aîain qui le perce de son épée„ les Turcs fuient ; ia plupart se noient dans le Méandre. Cette action rabattit l'audace des musulmans , qui ne s'étoient promis rien moins que la destruction entière de la Phrygie et de la Carie jusqu'à la mer. Aspiète périt dans ce combat. Son cheval , heurté violemment par un cheval turc , le renversa dans le fleuve , où il se noya.

Giàll. Tyr. Baudouin iv étoit depuis quatre ans sur le trône de Jéi;,^!^.'^ * ' rusalem , et a voit renouvelé le traité fait avec Manuel par Amauri. L'empereur , qui ne perdoit pas de vue la conquête de l'Egypte, députa AndronicTAnge avec trois autres seigneurs pour l'engager à entreprendre cette expédition et lui promettre les mêmes sécours qu'il avoit prêtés à son prédécesseur. L'occasion paroissoit favorable. Philippe d'Alsace, comte de Flandre , venoit d'arriver dansla Terre-sainte , et les troupes de ce prince dévoient faciliter le succès aux confédérés. Mais le comte nonseulement refusa , sous divers prétextes, de s'engager dans une entreprise si périlleuse, il en empêcha même l'exécution ; et les députés furent obligés de s'en retourner sans avoir fait autre chose que des conventions inu-tiles.

âw. 1Ï78. Dès que Manuel fut guéri de ses blessures, il reprit mcet. 1,6, les armes et passa en Phrygie. Les Turcs avoient deux ^' ^* corps d'armée assez éloignés l'un de l'autre , au voisinage du Méandre. 11 tomba sur le premier et le tailla en pièces. Avant que d'aller attaquer l'autre, il voulut connoître la position et le nombre des ennemis. Il envoya pour cet effet un homme du pays qui , s'étant insinué dans le camp des Turcs , leur apprit que l'empereur venoit en personne. Effrayés à cette nouvelle, ils prirent la fuite et disparurent. L'espion, croyant avoir

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fiîërîté récompense pour avoir lui seul dissipé une armée entière, revint au camp, vantant le service qu'il avoit rendu. L'empereur, au contraire , irrité qu'il lui eût fait perdre une proie assurée , lui lit couper le nez. Comme il vit que , les Turcs n'ayant pas sur pied d'armée considérable , la campagne se passeront en a/:lions peu importantes, il reprit le chemin de Gonstantîinople, et se contenta de laisser une partie de ses troupes sous la conduite d'Andronîc l'Ange , son cousingermain , auquel il donna pour lieutenant Manuel Gantacuzène. Celui-ci, très-brave de sa personne, étoit fils de Jean Cantacuzène, que l'empereur avoit vu massacrer à ses yeux dans le défilé de Myriocéphales. Il leur commanda de marcher contre les Turcs, assemblés près de Charax, ville de Phrygie. L'Ange étoit un homme de peu de valeur , que la naissance et les amis de cour «voient avancé aux premiers grades. Il se contenta d'enlever quelques troupeaux avec leurs bergers ; et les Turcs s'étant approchés de nuit avec de grands cris , il monte à cheval tput éperdu; et, sans donner aucun ordre , il court à toute bride à Chones, où il n'ose même s'arrêter , et se sauve à Laodicée. Son armée , abandonnée du général , se débande ; et , laissapt son butin à l'ennemi , elle fuit sans être poursuivie. Cantacuzène court après les fuyards; il les force à grands coups d'épée de s'arrêter, et les remet ensemble. Mais , n'ayant pas reçu de l'empereur l'autorité de commander en chef, il pe peut faire autre chose que de les ramener à Constantinople. La terreur étoit si grande parmi eux , qu'un seul Turc, posté sur une éminence au pied de laquelle ils passoient , les perçoit impunément de flèches tirées avec tant de force , qu'elles pénélroient au travers des cuirasses. Il en tua ainsi un, grand nombre, jusqu'à ce qu'un officier , nommé Manuel Xérus, sautant à bas de son cheval,- courut à lui, Tatteignit , malgré son agilité, £iitre les rochers où il fuyoit, et lui abattit la tête d'ui|

25o III5T0IKE DU BAS-EMPIRE.

coup (le sabre. La lâcheté d' Andronic l'Ange irrita tellement Temperenr , qu'il fut sur le point de le faire conduire en habit de femme par les rues de Constantinople, Il ne fut retenu que par la considération de la parenté.

Jùm. h 6, On étoit redevable de la conservation de l'armée à Oiiens Manuel Cantacuzène. Mais ce jeune seigneur n'avoit de

^27^1/272.'™^'^^*^ que pour la guerre. Plongé d'ailleurs dans les plus affreuses débauches , il faisoit horreur à l'empereur même , qui , peu réglé dans ses mœurs, conservoit cependant les dehors de la bienséance. Le prince , qui avoit aimé le père, et qui estimoit la bravoure du fils, avoit bien voulu lui donner de fréquens avis pour le ramener à une vie plus décente. Comme il vit qu'il ne gagnoil rien sur ce cœur dépravé , il commanda de le mettre en prison. Les magistrats , croyant servir la colère du prince , allèrent fort au-delà de leurs ordres , et lui firent crever les yeux. L'empereur en témoigna de l'indignation ; il jura qu'il n'avoit point de part à cette cruauté. Mais , comme il n'en fit aucune punition , il laissa soupçonner qu'il ne la désapprouvoit pas. Michel d'Anchiale , patriarche de Constantinople, étoit mort l'année précédente. Il eut pour successeur Chariton, qui ne siégea que onze mois ; et cette année 117B Théodose, Arménien de naissance , et moine de Saint - Auxence en Bithynie , fut élevé sur le siège patriarchal. Ce fut un prélat d'une vie exemplaire , auquel sa vertu et sa fermeté dans l'observation des lois de l'Eglise n'attirèrent que des persécutions dans ces temps de corruption et de désordre.

As. 1179. L'année suivante Manuel apprit que les Turcs assiégeoient Claudiapolis , autrement nommée Bithynium, ville considérable à l'extrémité de la Bithynie, vers la frontière de Paphlagonie.Les assiégés mandoient que, s'ils n'étoient promptement secourus , ils seroient forcés par la famine et par la supériorité des ennemis d'ouvrir les portes de leur ville. Manuel , sans attendre davantage ,

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part dès le lendemain , sans autre équipage que ses armes et ses chevaux. Il traverse avec une extrême diligence toute la Bithynie ; et , quoique dans un âge avancé , marchant à pied jour et nuit à la lueur des flambeaux au travers des vallons et des forêts dont ce pays est hérissé , si la défaillance de ses forces l'obligeoit à prendre du repos, il n'avoit d'autre lit qu'une terre marécageuse, sur laquelle on étendoit quelques bottes de foin ou de paille. Son exemple soutenoit ses soldats dans une marche si pénible ; et l'empereur , trempé de pluie et couvert de fange , leur paroissoit plus admirable que sous le diadème et la pourpre. Les ennemis ne l'attendirent pas. Dès qu'ils aperçurent ses enseignes , ils se retirèrent en tumulte. Il les poursuivit fort loin ; et, après avoir taillé en pièces ceux qu'il put atteindre , il entra dans la ville que son incroyable activité avoit sauvée. S'y étant reposé quelque temps , et ayant pourvu à la sûreté de la place , il retourne à Constantinople.

Les deux empereurs d'Orient et d'Occident, jaloux Cinn. l. G, l'un de l'autre , étoient ennemis dans le cœur. Manuel ^'jyicèc. i. 7, âidoit de secours d'argent les Lombards , qui étoient en guerre avec Frédéric. Celui -ci, de son coté, aspiroit OuodeSto, à se rendre maître de Corfou. Il écrivit pour ce sujet à ^£)Vutremun, George , évêque de cette île, qui lui répondit avec beau- ^- 2, c 8. coup de sagesse que l'île de Côrfou étoit une conquête de peu de valeur pour un si grand prince, l'exhortant avec douceur à ne point désirer ce qu'il ne pouvoit acquérir sans injustice. Il lui dépeignoit Manuel comme un prince juste , généreux , qui lui étoit sincèrement attaché , et qui méritoit de sa part une fidèle correspondance. Malgré ces dispositions secrètes , les deux priçces.gardoient les dehors de l'amitié. Manuel proposoit une ligue à Frédéric contre le roi de Sicile. Il avoit même été question du mariage de Marie, fille de Manuel, avec Henri , fils aîné de Frédéric , et c'étoit sans doute un des sujets qui avoient amené à Constantinople

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Henri , diic de Saxe, dont l'ambassade avolt été hèsr brilianle. Nous avons encore deux lettres de Manuel Wiibod, abbé de Staveio en Flandre, par lesquelles on voit que l'empereur grec aijnipit ce prélat ; il se recommande à ses prières, et lui parle d'un mariage proposé, dit-il, par Frédéric. Il déclare qu'il souhaite fort la bonne intelligence eptre les deux empires, et qu'il envoie des députés en Allemagne pour traiter de ce mariage. On ne voit aucune suite de cette négociation. Au retour de la défaite sanglante de Myrioc^phales, Manuel écrivit à Frédéric , en caractères d'or, une lettre pleipe de mensonges. Il lui mandoit que le sulta?\ d'Icone étoit soumis à l'empire; qu'il ayoit demandé miséricorde et prêté serment de fidélité. Mais Frédéric étoit déjà prévenu par le sulSan , qui lui marquoit tout ie contraire. Azzeddin lui avoit envoyé des apibassadeurs pour faire alliance avec lui; il lui demandoit même sa fille m mariage , et promettoit de se faire chrétien avec tout son peuple : car , s'il est vrai qu'il se fût déjà fait baptiser , sa conversion étoit demeurée secrète. Frédéric avoit consenti au mariage ; niais la princesse mourut avant l'accomplissement de cette promesse. Le* prince allemand , piqué de ce que Manuel , dans sa lettre , mettoit son nom avapt celui de Frédéric , et prenoit le titre de prince des Romains instruit d'ailleurs de^ intrigues qu'il entrelenoit en Italie , lui répondit paij' line lettre où il prenoit à son tour le titre de prince des Grecs ; il l'avertissoit de l'honneur qu'il devoit rendre à l'empire romain et à celui qui en étoit le chef. Il insistoit même sur la soufiiission et l'obéissance que le souverain pontife de l'église romaine avoit droit d'exiger de l'empereur grec, ^insiquede toute la chrétienté. Frédéric , réconcilié depuis peu avec le pape Alexandre, qu'il avoit traité si injurieusement pendant le schisme , lui rendoit alors le respect dû au légitime successeur dp gaint Pierre , et lui donnoit le nom de sainlelé, Manue}

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ne téjnoîgna aucun ressentiment d'une réponse si fière,

La malheureuse journée de Mjriocéphales laissa dans An. '1180. le cœur de l'empereur de si tristes impressions, qu'il Nicet.1.5, perdit sa gaîté naturelle. Plongé dans une sombre mé- j'^'^* lancolie, il ne goûtoit plus de repos. Le sommeil fuyoit f^^^^^^'J^Y' de ses yeux; ou, si Taccablement venoit quelquefois à Robert, de fermer ses paupières , il ne se présentoit à son esprit qije ^^^^dulf. de des images funestes. C'étoient les ombres sanglantes de Dicew.

, A , ^ 1 Chron. belq,

tant d iniortunes que sa temerite avoit trames a la mort 'jrwet. dir. qui erroient autour de lui, qui lui montroient leurs ^^"^^'^^^^ blessures , qui l'appeloient leur meurtrier. Sa santé en i^7fut détruite, et cette vigueur héroïque qui avoit animé toute sa vie l'abandonna entièrement. Forcé de se mettre au lit dès le mois de mars 1180 , il n'en releva que dans de courts intervalles. Ce fut alors qu'il s'occupa sérieusement du soin de sa famille. Il avoit de ses deux mariages une fille et un fils. Marie , qu'il avoit eue de Berthe , ou Irène, sa première femme , après ^voir été fiancée à Béla , devenu depuis roi de Hongrie, promise à Guillaume , roi de Sicile, demandée par l'empereur frédéric pour son fils Henri, renommée par toute l'Europe pour son éclatante beauté, attendoit encore que la tendresse capricieuse de son père se fût fixée sur le choix d'un gendre. Recherchée par tant de î^ionarques , cette fière princesse , qui avoit déclaré qu'elle n'épouseroit jamais qu'un roi, fut obligée de se contenter d'un marquis. Guillaume, marquis de Montferrât, venoit de servir la jalousie de Manuel en faisaqî: la guerre à ('empereur Frédéric. Aidé de l'argent que lui fournissoit l'empereur grec, il avoit levé une armée et Conrad, son parent , avoit défait les Allemands et emmené prisonnier l'archevêque de Mayence , leur général. Baudouin, fils aîné de Ginllaume, étoit déjà marié. Manuel fit venir son frère puîné , nommé Raynier , qui raccompagna dans l'expédition de Claudiopolis. De retour à Constantinople , il lui fit épouser sa fille, le

nomma César; et, pour satisfaire la fierté de la princesse , il érigea en royaume la province de Thessalonique , et en donna le titre au nouvel époux, avec le nom de Jean. Le patriarche Théodose les maria dans l'église de Blaquernes , et l'empereur étala toute sa magnificence dans les fêtes qui suivirent. Le jeune prince , trèsdigne de cette alliance par les grâces de sa personne , et plus encore par la douceur de ses mœurs , n'étoit âgé que de dix-sept ans, et la princesse en avoit déjà trente. La joie puhlique fut redoublée par le mariage du jeune Alexis , qui n'étoit que dans sa onzième année. Manuel avoit demandé pour lui à Louis vu , roi de France, sa dernière fille Agnès , et cette princesse étoit arrivée à Constantinople dès l'année précédente. La cérémonie du mariage fut célébrée le dimanche 2 mars de cette année par le patriarche Théodose , dans le palais de Constantin, au lieu même où s'étôit tenu le sixième concile général sous le règne de Constantin Pogonat. Alexis, et la princesse , qui n'avoit pas encore huit ans , reçurent en même temps la couronne impériale.

mc6i. l. 7, L'empereur s'affoiblissoit de jour en jour , et son ' ^' état faisoit craindre une mort prochaine. Le patriarche

Théodose l'exhortoit à prendre les mesures que la tendresse paternelle et le soin de ses sujets exigeoient de lui , tandis que son esprit avoit encore assez de force pour choisir un administrateur fidèle et capable de conduire la jeunesse de son fils. Mais l'empereur ne Técouta pas. Il étoit persuadé qu'il avoit encore plusieurs années à vivre. C'est ce que lui avoient mis dans l'esprit ses astrologues , qui ne cessoient de lui assurer qu'il relèveroit de sa nialadie, et qu'il vivroit encore quatorze ans. Lorsqu'il auroit dû ne s'occuper que des pensées de l'autre vie, ces imposteurs ne l'en! retenoient que des conquêtes qu'il feroit encore ; ils lanimoient même son inclination au libertinage en lui promettant de nouveaux plaisirs. Ils lui annon-

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çoienl qu'il ne moiirroit pas qu'ii n'eût vu une étrange révolution dans toute la masse de l'univers, le choc impétueux des astres , de furieuses tempêtes , et une convulsion générale de la nature. Pour mieux établir ce mensonge absurde , ils spécifioient précisément nonseulement Tannée et le mois, mais le jour et l'heure où ces prodiges dévoient éclater. Le foible prince en étoit si frappé, qu'il faisoit creuser des grottes souterraines pour s'y réfugier lorsque ce boulversement arriveroit. On démolissoit par son ordre le toit de ses palais , de peur qu'if n'en fût écrasé. Ce qu'il y avoit de plaisant dans cette folie, c'est que ses courtisans, par une sorte d'hypocrisie plus ridicule , mais moins dangereuse et moins criminelle que lorsqu'elle se tourne à contrefaire la vertu, feignoient d'être saisis de la même terreur. On voyoit ces insectes de cour fouir la terre , et s'y faire des magasins comme les fourmis. Mais les douleurs violentes dont l'empereur fut tourmenté au bout de quelques jours firent enfin fuir les astrologues , et le guérirent de sa crédulité. Il sentit sa foiblesse, et désespéra de sa vie. Alors, après avoir recommandé son fils aux assistans par un discours entrecoupé de soupirs, dans lequel il pronostiquoit les désastres qui alloient suivre sa mort , il fit retirer tout le monde, et ne retint auprès de lui que le patriarche. Le prélat, ayant calmé le trouble de son âme par des discours édifians, lui fit signer une courte formule par laquelle il renonçoit aux visions de l'astrologie, et demandoit pardon à Dieu d'y avoir donné trop de croyance. Manuel , s'étant ensuite tâté le ^ouls , se frappa la cuisse , et , poussant un profond soupir , il demanda l'habit monastique. C'étoit alors une dévotion fort commune de mourir dans cet habit , comme si ce déguisement pouvoit en imposer à celui qui pénètre le fond des cœurs. A cette demande de l'empereur l'alarme se répandit dans le palais: on le dépouille de la pourpre , on lui jette sur le corps un

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froc noîr, qu'on appeioit la robe spirituelle ; on le croît dès ce moment enrôlé dans la milice céleste. Les plus sensés déplorent le néant de ces héros qui étonnent Tanivers,et dont l'âme, ainsi que celle des derniers des hommes, est enfermée dans un vase fragile dont elle partage la foiblesse. Il expira le 24 septembre dans la cinquante - huitième année de son âge, ayant régné trente- sept ans, cinq mois et seize jours. Il fut inhumé dans l'église du Pantocrator. On posa près de son tombeau une pierre de couleur rouge , de la hauteur d'un homme , qui étoit en grande vénération. C'étoit, disoiton , celle sur laquelle le corps du Sauveur avoit été enseveli et embaumé lorsqu'on Teut descendu de la croix. Elle avoit été transportée d'Ephèse, et l'empereur, qui savoit aussi bien que tout autre allier les dévotions populaires avec une vie dissolue, avoit lui-même courbé ses épaules sous ce pieux fardeau , lorsqu'elle avoit été apportée en grande pompe dans la ville. Outre son fils et sa fille, il laissoit de son commerce incestueux aveç sa nièce Théodora un fils nommé Alexis , dont nous aurons souvent occasion de parler dans la suite. Avant la naissance de son fils légitime, il avoit eu la pensée de nommer pour son successeur ce fils naturel.

Dans l'histoire de Manuel , nous ne nous sommes presque occupés que de ses expéditions militaires, qui ont en effet reuîpli tout le cours de sa vie. Mais ce prince, qu'on peut appeler le dernier des Comnènes, a joué vm trop grand rôle sur le théâtre du monde pour qu'on ne soit pas curieux de connoître son administration intérieure. Il ne fut héros que dans la guerre. Tandis qu'il faisoit trembler les Turcs , les Hongrois et les Serves, il liroit des larmes à ses propices sujets par les impôts dont il les accabloit, et par les abus de la perception. Il vendoit les magistratures aux fermiers publics, qui s'étoient enrichis par les vexations. Les intendans de son domaine y faisoicnt passer par des chicanes les terres les plii§

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, fertiles enlevées aux légitimes propriétaires. ïl est vrai qu'il ne profitoit pas de ces iniquités; et c'étoit encore

' un malheur pour les peuples, qui versoient leur sang dans un gouffre d'où il s'écouloit sans cesse. Les sommes prodiguées sans discernement à ses parens, à ses courtisans, épuisoient ses finances. ïl faispit des pensions aux ministres des princes étrangers, qui recevoient son argent , et par scrupule de conscience le trahissoienl ensuite pour ne pas trahir leurs maîtres. Les aumônes qu'il répandoit assez libéralement dans le sein des pauvres pouvoient à la vérité en quelque sorte expier le vice de tant de dissipations; mais ce n'étoit, après tout , qu'une restitution , et Manuel seroit sans doute plus louable s'il n'eût pas fait tant de pauvres. Sa concubine Théodora, femme hautaine, insolente, et d'une avidité insatiable, se faisoit un point d'honneur d'effacer l'impératrice même par les dépenses de sa maison et par ia pompe de ses équipages. Ce fut bien pis encore quand elle eut un fils et plusieurs autres ensuite. Ces enfans adultérins devinrent autant d'insectes qui dévoroient en herbe une partie de la substance de l'empire.

Les eunuques de Manuel étoient ses ministres et ses confidens les plus intimes. lise plaisoit à les enrichir; et ces hommes demi - barbares , pour qui la langue grecque étoit étrangère , ainsi que les lors, revêtus d'emplois importans et des premières magistratures , s'asseyoient sur les tribunaux pour juger en dernier ressort des causes difficiles qu'ils n'entendoient pas. G'étoit eux qu'il envoyoit dans les provinces pour asseoir les tailles et les impositions. Il leur donnoit à la vérité pour adjoint quelque personnage distingué; mais celui-ci n'étoit chargé que de l'odieux de la perception ; il rendoit compte à l'eunuque , et lui mettoit entre les mains l'argent qu'il recueilloit. L'eunuque , après avoir détourné à son profit tout ce qu'il pouvoit soustraire impunément, ce qui faisoit toujours la meilleure partie^

jetoit le reste dans le trésor du prince; en sorte qu'a proprement parler, ces misérables étoient les souverains des provinces, et celles-ci leurs tributaires. Nicet, l. 7, Malgré les déprédations de ces receveurs , il ne dimi- ^'cinn. l, 6 , «"oît rien des dépenses que l'esprit de magnificence lui ^- ^' faisoit faire en bâtimens. Il décora superbement plusieurs

^ appartemens de son palais, où il avoit grand soin de faire peindre par les meilleurs maîtres ses combats et ses chasses. Il fit bâtir dans les îles de la Propontide plusieurs maisons de plaisance, où il alloit passer délicieusement les beaux jours de Télé, lorsqu'il n'alloit pas se couvrir de poussière à la tête de ses armées; car ce prince supportoit les travaux de la guerre comme s'il n'eût pas connu les plaisirs , et il se livroit aux plaisirs comme s'il ne fût né que pour la volupté. Ses sujets, accablés , admiroient en gémissant la structure de ces édifices qui leur coûtoient si cher ; mais ils lui savoient gré des ouvrages qui contribuoient à la santé et à la sûreté de ses peuples. Constantinople manquoit d'eau, ou n'en buvoit que d'impure ; il fit nettoyer et réparer les anciens aquéducs. On en construisit un nouveau qui apportoit à la ville des eaux saines et abondantes. On éleva une tour au bord de la mer, au pied du promontoire de Damalis , du côté de l'Asie , et une autre vis-à-vis , du côté de Constantinople. Une chaîne de fer attachée à ces deux tours traversoit le Bosphore, et fermoit aux vaisseaux des barbares l'accès de la citadelle et l'entrée du port.

JSicet. , Peu conséquent dans sa conduite, tandis qu'il scan- ^'ci'nn. L 6 dalisoit l'empire , il décoroit les églises , il favorisoit les ^ monastères. Une constitution de la quinzième année de ^ son règne déclare les moines légitimes possesseurs de tous les biens dont ils sont actuellement en jouissance, nonobstant le défaut de titres ou le vice de ceux sur lesquels ils fondent leurs droits. Elle ordonne que le présent édit leur tiendra lieu de titre incontestable , et

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'défend aux particuliers et au fisc même de les inquiéter sur leurs présentes possessions. Ce n'est pas cependant qu'il voulût enrichir les moines; c'étoit pour couper la racine d'une infinité de procès qu'on leur suscitoit sans cesse ou qu'ils faisoient eux-mêmes; en sorte que tous les tribunaux retentissoient de leurs demandes et de leurs défenses. Loin d'approuver ces instituts religieux, qui laissent à la cupidité une libre carrière pour accumuler des biens immenses, il renouvela la loi de Nicéphore Phocas qui défendoit aux moines les nouvelles acquisitions. Il blâmoit hautement son père , son aïeul , tous les empereurs précédens , non pas d'avoir consacré à Dieu une portion de leurs richesses, mais d'avoir jeté dans les monastères qu'ils fondoient im gerrne de relâchement et de corruption. Céioity disoit-il , dans les solitudes f dans les cavernes, sur le haut des montagnes quils auroient dû établir les moines ; loin des villes , loin du chant des sirènes , dont les accens séducteurs retentissent jusque dans leurs cloîtres ; et c'est, ou contraire , dans les places , dans les carrefours de Constantinople quils ont bâti les monastères , oîi des habitons de plumage divers , voletant de toutes parts dans la journée , et rentrant le soir dans leur volière , ne conservent de leur état primitif que la tonsure , Vhabit et la barbe. L'esprit de dissipation qui régnoit alors dans les couvens de Constantinople donnoit lieu à ces discours satiriques de Manuel. Il pensoit que ses prédécesseurs n'avoient construit ces superbes édifices que par vanité, pour y placer leur mausolée, environner leurs cendres de tout le luxe de leur trône, et figurer encore avec pompe lorsqu'ils ne seroient plus. Pour donner un modèle de ces saintes retraites, il fijnda luimême un monastère à l'entrée du Bosphore , dans le Pont-Euxin; il y transporta les moines les plus célèbres par leur vertu ; et , pour leur donner moyen de mener une vie dégagée de tous les soins du siècle, et unique-

ô/jÔ HISTOîRE BU BAS-EMPIRÉ.

ment occupée des choses célestes, il ne leur donna ni terres labonrabies, ni vignobles, ni aucun revenu â recueillir; il leur assigna une pension sur le trésor public pour leur subsistance et leur entretien. Nicétàs, qui rapporte ce fait , ne dit pas si cette pension fut fidèlement payée. Mais les convulsions étranges ^ui agitèrent l'empire après la mort de Manuel donnent sujet de craindre que ce bel établissement n'ait pas long- temps subsisté, on qù'il n'ait entièrement changé de forme. AVcef. Z. 7, 11 est étonnant qu'un prince si guerrier ait si mal * ^' entendu la manière d'entretenir ses troupes. ïl cessa de les payer de son trésor, et leur assigna leur paie sur les villes et les provinces. Ce fut pour ses sujets une sûrcharge plus accablante que toutes les autres contributions. Abandonnés à la discrétion des gens de guerre , ils devinrent la proie de ceux qui dévoient être leurs défenséurs. Les officiers préposés à cette perception' taxoient arbitrairement les particuliers; nulle équité, nulle proportion entre la fortune et l'exaction. Tantôt on imposoît aux habitans des villes et des campagnei une taxe si forte, que plusieurs, dépouillés de tout, étoient obligés de s'enfuir, abandonnant leurs femmes et leurs enfans. Tantôt on assignoit à un cavalier sa subsistance à prendre sur un ou plusieurs habitans , qu'il réduisoit bientôt à un état pire que lé sien, s'emparant de leurs meilleures terres; en sorte que ces malheureux devenoient les fermiers et même les esclaves dé ceux qui né dévoient recevoir d'eux que le nécessaire. Ce changement causa encore un autre mal qui dépeùpîoit les villes et faisoit tomber les ouvrages et le commerce. Les artisans, voyant qu'il valoiî mieux vexer qile d'être veXés, quittoient leurs ateliers, et , sans aucune des qualités requises pour former de bons soldats, moyennant quelque présent aux capitaines, ils se fai- Soient enrôler dans les compagnies, et achetoient poui^ peu d'argent le droit de faire beaucoup de mal. î>'uri

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. zf^l

autre côté , les gens d'honneur , qui n'avoient plus rien à espérer du prince , quelque service que pût rendre leur valeur, et qui ne se sentoient pas l'âme assez barbare pour traiter leurs compatriotes comme des ennemis, se retiroient et renonçoient à un métier qui approchoit de celui de corsaires. Ce ne fut que dans les derniers temps de sa vie que Manuel s'avisa de cette funeste économie ; s'il eût vécu plus long-temps, il eût éprouvé sans doute qu'en écrasant ses sujets , il avoit aliéné ses soldats, qui n'ôbéissent qu'à ceux qui les paient, et qui se pay oient par eux-mêmes.

Cette cruelle tyrannie détruisit tout sentiment d'hon- cinn. l. 6 , neur dans le cœur du peuple, et ne laissa que des es- ^' ^' claves. Se voyant ravir le fruit de leurs travaux, réduits à ne pouvoir vivre , ils vendoieut leur liberté aux gens ^ riches, qui, déjà maîtres de leurs biens, devenoient propriétaires de leurs personnes. Si la dureté de la servitude les forçoit à prendre la fuite , on les poursuivoit, on les punissoit comme des esclaves fugitifs. Manuel, sans remédier à la cause du mal , se contenta d'en arrêter l'effet. Il affranchit par édit tous les habitans de l'empire qui étoient nés libres, et leur rendit cette liberté naturelle que son mauvais gouvernement ne cessoit d'anéantir.

Le nombre des fêtes étoit tellement multiplié , qu'il restoit dans l'année peu de jours à l'exercice de la justice; en sorte que quantité de procès survivoient aux plaideurs. Il réforma ce désordre. Il laissa subsister les fêtes consacrées aux principaux mystères de la religion ou à la mémoire de la sainte Vierge et des saints du premier ordre. Il abolit les autres, ou les partagea de manière que la matinée étoit employée au service divin , etque l'après-dînée le barreau étoit ouvert , chacun pouvant vaquer aux affaires séculières.

Nous avons déjà parlé du désir que témoignoit Ma- Nicet,l. 7, nuelde réunir l'église grecque avec l'église romaine. lî ^'^^^^^J'^

ITIST. DU BAS-EMP. TOM» IX. l6

2ll2 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.

C.16; 6, ne prenoit lui-même aiicnne part au schisme. Ses sen- ^GuilLTyr. ' ^^i^s ne s'écarloient en rien de l'orthodoxie , et le pape 21 ,c. 26. Alexandre entretint avec lui une étroite correspondance.

Ce pontife ayant convoqué le troisième concile de Latrân, Manuel y envoya George, métropolitain de Corfou, qui, étant tombé malade à Brindes ou à Otrante, fut rappelé à Constantinople pour assister à un autre concile assemblé par le patriarche. Nectaire , abbé des Casuîes, se rendit à sa place au concile de Latran. Manuel reçut avec honneur Guillaume , archevêque de Tyr, qui revenoit de ce concile. 11 le fit conduire et escorter par une escadre de ses vaisseaux jusqu'au port d'Antioche. Il avoit auprès de lui un interprète latin nommé Léon , dont le frère , Hugues Ethérien , vivoit à Constantinople sous la protection de l'empereur, qui l'écoutoit volontiers. Hugues disputoit contre les Grecs schismatiques, et réfutoit leurs objections sur la procession du Saint-Esprit. Il en composa un livre qu'il envoya au pape Alexandre. Nortésis , catholique , c'est-à-dire , patriarche des Arméniens , qui n'admettoient qu'une nature en Jésus-Christ, écrivît à l'empereur pour lui demander des éclaircissemens sur la doctrine , témoignant un grand désir de s'instruire. L'empereur lui envoya un théologien habile nommé Théorien , qui , étant entré en conférence avec ce prélat, vint à bout de le ramener de son erreur, et avec lui plusieurs évêques d'Arménie.

Ce zèle à maintenir la pureté de la foi auroit mérité des éloges, s'il n'eût pas voulu être lui-même théologien. C'étoit, comme nous l'avons déjà observé, une prétention des empereurs grecs d'être des docteurs de l'Eglise, et d'avoir la clef des Ecritures. Aussi jaloux de ce privilège que de leur couronne , ils décidoient en dernier ressort des points contestés ; et malheur à celui qui ne se soomettoit pas à leur sentiment ; la déposition et l'exil étoient le dernier argument du souverain. Manuel , aussi redoutable dans la controverse que dans la

guerre , ne souffroit pas impunément la contradiction. Enivré de l'opinion de son savoir, que ses flatteurs admiroient , s'exprimant d'ailleurs avec facilité et avec grâce, il aimoit à raisonner sur les mystères, à embarrasser les théologiens ; et , sans égard à la tradition , despote dans l'Eglise comme dans l'état, il prétendoit faire valoir les interprétations qu'il donnoit aux livres saints. Les Grecs de ce temps-là transportoient dans l'étude de la religion les subtilités de la métaphysique. Aristote leur tenoit lieu de tous les saints pères. Les premiers hérétiques s'étoient attachés à des dogmes importans : leur objet étoit substantiel et palpable. Les nouveaux Grecs coiu-oient après des ombres ; il ne leur restoit que les cendres des anciennes hérésies qu'ils remuoient sans cesse. Aussi présomptueux que frivoles , ils disputoient , ils se faisoient la guerre sur la nature, sur les opérations de la Divinité, et se traitoient mutuellement d'hérétiques sur des points également incompréhensibles aux uns et aux autres. Les empereurs surtout se flattoient d'être, s'il est permis de parler ainsi, les confidens de 1 Etre suprême, et de pénétrer dans l'abîme de ses secrets. Cette prérogative étoit si bien établie dans l'opinion publique, que Cinname, historien d'ailleurs assez sensé, dit sérieusement que ces hautes matières ne sont du ressort que des prélats et des empereurs. Je ne rapporterai pas les sujets de discussion où Manuel perdoit son loisir. Ils ne méritent pas plus l'attention des lecteurs qu'ils ne méritoient l'étude du prince. Il suffira de dire qu'il déposa des évêques, et destitua d'autres personnes en place , parce qu'ils ne pensoient pas comme lui, et qu'il dressa un formulaire qu'il fit souscrire dans un concile , avec menace d'excommunication, et même de mort , contre quiconque oseroit non-seulement le contredire , mais même le soumettre à l'examen.

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