LIVRE QUATRE-VIiXGT-DIXTEME
jESCÏtés commerçantes d'Italie, Gênes, Pise, Florence As, u,-i. (Venise , avoîent alors des comptoirs à Cunslantinuple, ^'""^ '- ^ > l leur mutuelle jalousie causoit souvent îles r]iiert:llcs ,i, ij,, Can' BÏ troubloient le repos de la ville. D'ailleurs les inté-'-'^. .. . h de ces républiques ne s'accordoient pas toujours rW. | ./■ ;• FK ceux de l'empire. En 1 1 Ë3 les Pisans s'etant ligués ikî',ud'liat. iBc Frédéric, alors ennemi de l'empereur grec , Manuel '■ * ■ i':.^^^ • i chassa de Constantinople ; mais il les rappela huit :>;^k. S40, iiaprèSf leur rendit leurs comptoirs, ainsi que toutes 3^),' " ' m marchandises confisquées , et s'engagea de plus à ■r donner chaque année cinq cents besdns d'or. La Inre qni commençoit alors entre l'empire et les VénilU lui faisoit rechercher l'alliance des Pisans , dont I^Sottes pouvoient lui élre d'un grand secours, pj'occasion de celle guerre est diversement racontée Ir les auteurs vénitiens et par les Grecs. Les deux récils it aassi différens que le sont ordinairement les mani- I de deux puissances qui se déclarent la guerre. a les historiens de Venii«, Manuel ayant ^ulu enr les Véiiitifns à prendre les armes contre le roi de leur allié, sur fe refus qu'ils firent de manquer de ; prince, les Grecs enirèrent c^ '^"''"«tie , et irèr>-nl de^p^^B^VMM|da> dr>- — * ré-
2o4 HISTOIRE BU BÀ9-EMPIRE.
Grand nombre de navires chargés de marchandises voile vers Gonstantinople avec deux nobles vénil revêtus du titre d'ambassadeurs. Mais à peine furentarrivés, qu'ils apprirent que l'empereur avoît fait ai dans le même jour par tout Tempire les navires et marchands vénitiens ; qu'on avoit saisi leurs effets t^ mis en prison leurs personnes, en attendant qu'on statué sur le traitement qui leur seroit fait. Les ai sadeurs , étonnés , se rembarquèrent et retournèn Venise. Ils étoient déjà prévenus par l'arrivée de plusu marchands qui s'étoient mis en mer au premier tumnl et qui avoient porté la nouvelle de cette violence h prévue. La surprise fut extrême. Le peuple en fui crioit vengeance , et le sénat ne songea plus qu'à équi| une puissante flotte. Tel est le récit de Sabellicus.
Voici ce que disent les Grecs. Depuis la guerre, l'empereur Alexis contre Robert Guiscard , les Vénitû en récompense de leurs services, jouissoient de gn privilèges dans tout l'empire. Ils possédoient à Coi tinople une rue entière qui leur avoit été donnée habitation ; et , seuls de tous les négocians étrangers, étoient exempts de péage, soit pour l'entrée, soit la sortie de leurs n)ârchan(jises. Tant de faveurs ayant extrêmement enrichis, ils en devinrent insolt jusqu'à #aîter avec le dernier mépris non-senlement simples citoyens , mais même les seigneurs les pi distingués, et à ne tenir aucun compte ni des édits des menaces de l'empereur. Jean , indigné de leur an gance, les avoit chassés de toutes les terres de l'empii et ils s'en étoient vengés par le ravage des îles et Péloponèse , ainsi que nous l'avons raconté. IVIaoi leur ayant rendu leurs anciens privilèges, ils n'en fui que plus intraitables. L'empereur , pour s'attai davantage ceux qui s'étoient domiciliés à GonstantL pie , leur avoit donné la qualité de bourgeois, après li avoir fiiit prêter serment de fidélité ; il leur avoit accoi
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 2oS
iquartier pour leur demeure, à condition qu'ils n'ha- Ment point ailleurs. L^s Vénitiens, sans avoir égard tte défense, épousoient des femmes grecques; leur snce leur ouvroit Tentrée des plus illustres familles; transportoient leur domicile ; et ces marchands tout ins d'or alloient bientôt tenir le premier rang à la ainsi qu'à la ville. Ils haïssoient mortellement les irds , qui avoient quitté leur parti dans les guerres lie : ils portèrent la hardiesse jusqu'à piller leurs ins , maltraiter leurs personnes , abattre leurs >ns. Cités en justice pour ces violences , l'empereur 'condamna à rebâtir les maisons qu'ils avoient déles, et à restituer ce qu41s avoient enlevé. Au lieu à la sentence, ils menaçoient les Grecs de les eux-mêmes comme les Lombards , et leur rapkient les sanglantes représailles dont ils avoient usé fois contre Tempereur Jean. Manuel, ne pouvant souffrir ces outrages, et conservant au fond du le ressentiment des insultes qu'il a voit essuyées de part au siège de Gorfuu, envoya des ordres secrets gouverneurs des provinces d'arrêter en un jour |aé tous' les Vénitiens qui se trouvoient dans leur tement , et le même jour Tordre fut exécuté tant >iistantinople que dans le reste de l'empire. Les itiens, pris comme d'un coup de filet, furent rendans les prisons et dans les monastères. Au bout ilqne temps, comme leur or, leurs alliances et lue de leur commerce leur avoient procuré beaude liaisons, ils trouvèrent un assez grand nombre ^nnes qui voulurent bien leur servir de caution; obtinrent leur élargissement avec promesse de se ttre à ce que l'empereur auroit ordonné. Ce it pas leur intention. Un d'entre eux , distingué par ^richesses, avoit fait construire une caraque d'une îur extraordinaire , telle qu'on n'en avoit jamais pareille à Constantinople , et il l'avoif vendue à
406 HISTOIRE t>U BÀS-£MPI&B.
l'emperear , qai, par un excès de confian<:e, lai en donne à lui-même le commandement. Cet homme, d'ëtoit insinué dans la faveur du prince, a voit été exi de la proscription générale. Il convint secrètement wes compatriotes qu'ils se rendroient à bord une taine nuit , si le vent étoit favorable , et qu'il les ti porteroit à Venise. Tout réussit selon leur désir, étoîent déjà dans la Propontide, lorsqu'on s'apei leur fuite. On fait partir après eux les Varangues plusieurs bâtimens qui se trouvoient appareillés. Ooj atteint dans le détroit de l'Hellespont , on lance son le feu grégeois, mais sans effet. Les Vénitiens, insl des pratiques des Grecs, avoîent revêtu leur vaw de pièces de feutre détrempées dans le vinaigre, de défense qui amortissoit l'action de cette flamme^ vorante; en sorte que le feu ou n'arriva pas aux seaux pour être jeté de trop loin , ou n'y mordit retomba dans la mer. On les poursuivit quelque U mais ils eurent bientôt tant d'avance, qu'on d< de les joindre, et les Varangues rietoumèrent à stantinople comme ils en étoient partis, lir. 1173; Les Vénitiens employèrent en préparatifs de la plus grande partie de l'année suivante. On coi sit, on équipa cent galères; et, s'il en faut croirezhistoriens, il n'en coûta qu'autant de jours pour' construire et les mettre en état de tenir la mer. C'ét< des vaisseaux à deux rangs de rames. On y ajouta caraques. On ordonna à tous les vaisseaux marcl de se tenir appareillés pour partir au premier 01 On rassembla les bâtimens et les soldats de Tlstrie la Dalmatîe. Le doge Michel Vital fut mis à la tel ce formidable armement, et partit de Venise le i.*^ septembre. Il s'empara en passant des villes quc^ Grecs possédoient sur la côte du golfe. Trau fut ^ et ruinée. Raguse ne put résister. On détruisit la m raille ciui étoit baignée de la mer, et la tour sur laqipl
HISTOIRE DIT BA8-BlfPIR£. HO^
t planté Tëleodard de l'empire. Âpres ces premiers ioits, on entra dans T Archipel, et on alla attaquer de Nègrepont. Quoique toutes les* places de cette fassent en état de défense, cependant le gouverneur, : par crainte , soit par un ordre secret de Manuel, .vouloit gagner du temps , exhorta Vital à députer empereur, étant assuré, disoit-il, des dispositions eorables de ce prince. Vital s'y laissa tromper. Il fit rlir pour Gonstantinople deux personnes distinguées; I en attendant leur retour, après avoir fait quelque |fit dans Tile, il passa à celle de Chio, dont il prit la ^le; ce qui le rendit maître de Tile entière. Il ktint pendant l'hiver de toute autre entreprise, dans jjpérance que l'empereur accorderoit aux Vénitiens t satisfaction convenable. Mais Manuel amusoit les ntés, accordant, refusant, revenant cent fois sdr ses ijiles traînant dans tou» les détours d'une négociation i&cieuse. Enfin, avertis par le traître Âaron, qui n'étoit I encore puni, que l'empereur ne cherchoit qu'à les |nper , et que , tandis qu'il traitoit avec eux , il armoit flotte nombreuse, chargée de troupes de débarlent, ils rompirent les conférences, et s'en retourit.
indant la peste s'étoit répandue dans les troupes An. n^s. tiennes, et elles avoient si mauvaise opinion de lel, qu'elles Taccusoient d'avoir fait empoisonner les fontaines de l'île. Dans ce désastre. Vital, tant que la flotte impériale , forte de cent cinquante I, venoit l'attaquer, se remet promptement en mer, Lesbos, d'où il passe à Lemnos, et de Lemnos à , toujours poursuivi par les Grecs, et désolé par iladie , qui lui enlevoit quantité de soldats et de îlots. Plusieurs de ses vaisseaux tombèrent entre les is des ennemis; les autres regagnèrent Venise. Antic Contostéphane les poursuivit jusqu'au cap de i,d'où il retourna à Gonstantinople , content d'avoir
ao8 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
dissipe la tempête qui menaçoit toutes les îles de Vài chipel. La flotte vénitienne ne rappor^ dans sa que la contagion; et le peuple, quis'ëtoît flatté des brillans succès , conçut tant de fureur contre Vital, accusoit de trahison, que ce doge, homme de mérite , fut aissassiné en plein jour au inilieu de la Vital , en quittant la Grèce , n'avoit pas renoncé à Ti pérance de la paix. Il avoit envoyé à Manuel des ai sadeurs, entre lesquels étoit Henri Dandolo, r< mandable par sa sagesse et son courage. L'histori( Venise impute ici à Manuel une cruauté crimû Ce prince, Payant fait venir en particulier, coi pour s^ entretenir avec lui du' sujet de son amba^ lui fit approcher des yeux un fer ardent pour le.prij de la vue. Si le fait est véritable , elle ne fut que dérablement affbiblie : il en resta assez à ce homme pour voir, trente ans après, les successeï son perfide ennemi prosternés à ses pieds , et devc Tobjet de la vengeance de Dieu et des hommes. An. 1174* Ancône jouissoit de sa liberté sous la protectioi Tempereur grec, qui y tenoit un commandant quelques troupes. Les Vénitiens, depuis long-temps] loux de cette ville , qui partageoit les profits du merce du levant , animés encore par le désir de se v( de Manuel , se liguèrent avec l'empereur Frédéric l'assiéger. L'archevêque de Mayence, à la tête des tn allemandes, vint l'investir du côté de la terre, que les Vénitiens Tattaquoient par mer. Le siège, mencé le 3 avril , dnroit encore dans le mois d'ocl et les babitans , réduits à la plus extrême miisère , mandèrent à capituler. L'archevêque ne vouloit recevoir qu'à discrétion. Une veuve italienne, nomi Aldrude , comtesse de Berlinoro, touchée de conij sion et embrasée d'un grand courage , se joigni Guillaume Adelard , riche citoyen de Ferrare. Ils vèrent ensemble une armée : pour fournir aux frail
it armemeiit ils engagèrent leurs terres, et Âldrnde s propres enfans. Elle fit passer des exprès dans An- ^e pour encourager les habitans, et les exhorter à i seconder par une vigoureuse sortie. A la nouvelle de m approche, Tarchevéque, moins brave que dur et ruel, s^éloigna de la ville, et Théroïne vint se poster a pied des murailles. Alors , à la tète de ses soldats , uquels vinrent se joindre les troupes et les habitans i'Ancône , elle livra une sanglante bataille , où les AUenands furent taillés en pièces. Peu Ven fallut que l'arhevéque ne fût pris. Après cette victoire , Aldrude fait aonter ses troupes dans les vaisseaux qui se trouvent
0 port d'Ancône, et, accompagnée de Guillaume, lie fond avec une audace déterminée sur la flotte vélitieune. L'ayant mise en fuite, ils rentrent dans la ilie en criant avec tout le peuple : f^ii^e l'empereur IfanuelJPeu de jours après, Guillaume va recevoir à kbnstantinople la récompense d'un service si imporint. Il en rapporte des sommes suffisantes pour retirer tt terres et celles de la comtesse. On dédommage les tabitans de leurs pertes ; et cette guerre fut un nouveau ien qui attacha la ville d'Ancone à Teropire grec plus brtement que jamais.
' Les mouvemens des Turcs qui recommençoient leurs ivages en Asie attiroient de ce cAté-là les forces de kmpire. Manuel , pour se délivrer d'inquiétude du côté Ib Vénitiens 9 résolut de faire la paix avec eux. Il y ^it d*autant plus disposé, qu'il apprenoit que cette ré- Ijbblique s'étoit liguée avec le roi de Sicile, et que ce bince lui promettoit de l'assister de toutes ses forces.
1 écouta donc les propositions des Vénitiens, et conbitit à leur rendre leurs anciens privilèges, et à leur kitituer tout ce qui avoit été confisqué sur eux. Les Véitiens, pour éviter toute contestation avec le fisc , contre
tel il fut toujours fort difficile d'avoir raison , obtinit que, pour tenir lieu de restitution, on leur délivreroît
UIST. DU BAS-SHP. TOM. IX. l4
AlO HISTOIRE DU BÀS^CMPIftK.
quinze cents livres pesant d'or ; et cette somme dev
leur être payée en plusieurs termes. Manuel étant m*
avant qu'elle fût entièrement acquittée, ses successeï
s'embarrassèrent peu de remplir cette obligation.
rin. l. 6 , j)è3 \q commencement de la guerre de Venise , ii
cet./. 3, nouvelle révolution avoît troublé la Cilicie. Thoi
iert de l'Arménien étant mort , Milon , son frère , avoit suceé
^^\ p ^ ^^ puissance et à sa haine contre les Grecs. Il se lig
avec Noradiuv sultan de Damas, et Âzzeddin, sull
in^^hùt. ^l'Icone , qui , en perdant de vue Constantinople , av es. 1,72, perdu la mémoire des honneurs extraordinaires qu'i avoit reçus , et du traité qu'il avoit fait avec Mani Ces trois princes^ réunissant une partie de leurs fore battirent tous les commandans qui vinrent successi ment défendre le pays. Le sultan d'Icône, fourbe sans foi, parce qu'il étoit dévoré d'ambition , retira plus grand fruit de cette guerre. Non content des ce quêtes qu'il faisoit en Cilicie, il s'attacha encore à i truire les princes musulmans dont il étoit environ L'empereur avoit été médiateur de la paix entre lui ces princes pendant son séjour à Constantinople. Azt din , au mépris de sa parole , les attaqua l'un après l'a tre, et les dépouilla de leurs états. II s'empara deXlé réc et de toute la Cappadoce , d'Âmasie , de Méliti Sans déclarer la guerre aux Grecs, il leur faisoit tout mal dont il étoit capable. Au milieu de ces hostilités affectoit, par une étrange bizarrerie, beaucoup de r pect pour Manuel. Dans le temps même qu'il battoit troupes , qu'il enlevoit ses places, il se disoit tils ado{ de l'empereur, et le nommoit son père dans les lett qu'il osoit lui écrire. Il eut même l'assurance de lui< voyer un ambassadeur pour lui faire présent de heî chevaux Irès-vites à la course. Cet ambassadeur, nom Soliman, étoit un homme adroit, souple, éloquel qui , par ses soumissions et ses flatteries , sut calmer colère de Manuel , et lui faire douter si toutes les bos
HISTOIRE DU DàS-EMFIRE. SU
klés dont il avoit à se plaindre n'avoîent pas été commises par les Turcs contre la volonté d'Azzeddin. Manuel renvoya donc Soliman avec des paroles d'amitié^ Usant néanmoins, mais avec douceur , des reproches an mhân de ce qu'il ne veilloit pas assez à réprimer Thumeur inquiète de ses sujets. Ce sultan , tout vicieux qu'il étôit,eut cependant le bonheur d'être éclairé des premières lumières de TEvangile. Il avoit une mère chrétknue, qui lui recommanda en mourant de s'instruire ileUcroyance des chrétiens, qu'il trotivéroit bien plus nine et plus raisonnable que les visions absurdes du : inahoniétisme. Il la crut ; et ^ après avoir lu quelque livres de l'ancien et du nouveau Testament , il écrivit •a pape Alexandre pour le prier de lui envoyer queltpqaes personnes qui pusseril achever de l'instruire. Le )|îpape, ravi de cette conquête spirituelle , lui envoya des ^■missionnaires 2élés^ avec une exposition détaillée de tous les articles de la foi. AzZeddin les reçut avec joie, et fit baptiser , mais secrètement : tar les premiers de cour^ qui ne connoissdient de la religion chrétienne les désordres de la cour romain» en ce temps- là , ient conÇu du christianisme l'idée la plus désavanse et la plus fausse. Comment^ disoient-ils , une 9éné source peut- elle produire à la fois de teau douce ii Veau salée ? Les chrétieris ne trouvent qu'un breuempoisonné dans la fon-taine où ils devroient iser la justice. Tel étoit parmi eux le langage de la iibrévention et de l'ignorance. On ne voit pas que cette Icpvâendue conversion d'Azzeddin ait produit aucun bien ses états. On ne sait pas davantage quelles en fu-^ t les suites par rapport à lui-même, n est dû moins certain qu'.elle ne l'empêcha pas de tinuer.ses ravages. Ses troupes pillèrent Laodicée de rygie, qui, après avoir été prise tant de fois,n'étoit as entourée de ùiurs : ce n'étoît .qu'un nombre de maî- JÊÊSi isolées et dispersées çà et là au pied de plusieurs
collines. Les Turcs y firent beaucoup de carnage, i enlevèrent quantité d'hommes et de bestiaux. Le snlta disoit en plaisantant que plus il faisoil dt mal au. Grecs , plus ilaçoit de caresses et de présens à attendre € là part de P empereur , afin quUl n en fît pas da\^antagé comme on traite avec grand ménagement les maladm pour en arrêter le cours. Ce ne fut pas cependant la voi que prît Tempereur pour se délivrer de ces attaqe^ importunes. Il mit à ta tête d^m camp volant Ba^* Zicandias et Michel l'Ange pour aller donner la cha ^ à des hordes de Turcs qui , cherchant des pâtura^ pour leurs nombreux troupeaux, étoîent venus a^^ toutes leurs familles se poster sur les terres de Tempifl On tomba sur eux pendant la nuit, et , après avoir dom J »ux troupes un mot pour se f econnoître , on en fit d'd bord nn grand massacre. Mais les Turcs, ayant enfi. appris ce mot , s'en servirent pour échapper à la mort et il s'en sauva un grand nombre.
1175. La guerre n'étoit pas encore déclarée entre l'empfr*
n. L 6, reur et le sultan d'Icône , mais elle se faisoit de part él ' d'autre par des cofirses et des combats auxquels les rca*j
^'•^•^' contres des partis donnoient de fréquentes occasioflM Ces deux princes aimoient également la guerre. Toai| deux actifs, hardis, entreprenâns, peu scrupuleux soif l'observation des traités, brûloient de la passion des'l^ grandir. Ils concevoient tous deux de grands projetai mais ils différoient beaucoup sur la manière de les coa*! duire. Âzzeddin , prudent et avisé, plein de précauti( et de ruses, n'exposoit pas sa personne; il ne combattoil que par ses généraux ; et du centre de son palais il rigeoit toutes les opérations d'une campag;ne. Manaell ardent et impétueux, à la nouvelle d'une incursion^ étoit le premier à cheval. Non content d'être la téted^ ses armées, il en vouloit être te bras, et ne pensoit pÊÊ faire la guerre , s'il n'en afFrontoit les dangers. Sanii san , qui avoit été sialt Aii de €ralatie , chassé de ses étil*
HISTOIKE Ï^V BiS-EMPIRK. tiS
m frère Azzeddin, après avoir erré quelque temps de ée eii contrée, s'ëtoit retire à la cour deManneU et moit encore contre ce prince farouche , qui sacrifioit I ambition la foi , la reconnoissance , et les devoirs le de la nature. Il n'ëtoit pas besoin de tant de mo* )our faire prendre les armes à Manuel. Tranquille itéde rOccident, il lève une armée pour passer en . Azzeddin emploie ses ruses ordinaires pour déner Torage. Il envoie des ambassadeurs protester à nel qu'il est prêt à le satisfaire , et à l'aider même s troupes pour se remettre en possession des villes voudroit réunir à l'empire. Quoique Manuel ne )fât pas beaucoup sur les paroles de ce prince, ce* aot, pour mettre sa perBdie au grand jour, il accès propositions , et fit partir Alexis Pétraliphc avec Hile hommes. Dès qu'Azzeddin sut qu'ils avant, il fit savoir aux villes d'Asie, dont il n'étoit pas e le maître, et qui s'étoient mises eu liberté^ que ie de l'empereur étoit en marche, et qu'en vertu aités il seroit obligé de s'y joindre pour les attaà moins qu'elles ne se hâtassent de prévenir leur en se donnant à lui : qu'en ce cas il les défendroit les Grecs , s'ils persistoient dans leur* mauvais 1. Elles ne balancèrent pas à lui ouvrir leurs , et, s'en étant rendu maître , il refusa , malgré messe , de les rendre aux Grecs, é de ce manque de parole, l'empereur résolut dû s user de ménagement avec un allié si infidèle, lomme la saison étoit déjà avancée, il crut qu'il op tard d'entreprendre la conquête d'Icône. Il june plus à propos d'employer le reste de l'année ilir Dorylée. Cette ville, située en Phrygie , au d'une plaine fertile en blé et en excellens pAtu^ au CQiifltient de deux rivières très- poissonneuses, utrefois une des plus grandes et des plus célèbres ie mineure. Le César Nicéphore Mélissène, beau-
âl4 HISTOIRE DU BÀS-EMPIRB.
frère de Tempereqr Alexis ^ a voit pris plaisir à la décon
de tout ce qui ponvoit contribuer à la rendre une ba
bitation commode et délicieuse. Les palais, les portiqnei
les bains naturels que formoient des sources d'eau
chaudes , environnés de superbes édifices , joints 9^
charmes de la situation, y avoient attiré grand noqil:
d'habitans , e^ la campagne d'alentour éloit peuplée
villages rians et de riches hameaux. Les Turos , pein
destructeur , avoient rasé cette belle ville , désolé
environs , et n'avoient laissé d'autres vestiges de son .
cienne splendeur que des monceaux de ruines ép.
dans une vaste étendue. Manuel résolut de rebâtir cei
place importante , qui pouvoit servir de barrière cpnt
les Turcs d'Icône. Il passa donc en Bithynie ; et, ayai
rassemblé ses troupes au bord du Rhyndacus, il mardi
vers Dorylée. Arrivé en ce lieu, il fit travailler loul
son armée, et mit lui-même la main à l'œuvre, pol
tant sur son dos les pierres et la terre. L'exemple i
prince inspiroit une ardeur incroyable. En peu de temi
Dorylée, sortit de ses ruines; les murs s'élevèrent ; \
creusa alentour un large fossé , et dans l'intérieur i
la place grand nombre de puits pour fournir de Yt
en cas de siège. Cet ouvrage donna de la crainte »
Turcs , qui s'éloient établis avec leurs troupeaux (la
les plaines de Dorylée. Dès que Manuel s'hélait mis '
campagne, le sultan, instruit de ce qu'il vouloit faii
mais feignant de l'ignorer , lui avoit envoyé demand
la cause de son voyage , le priant d'arrêter sa marc
pour ne pas troubler la paix. Manuel , sans s'explîqc
davantage , avoit répondu qu'il étoit surpris que"
sultan ne devinât pas son dessein. Pendant le cours
l'ouvrage les Turcs firent tous leurs efforts pour en ei
pêcher l'exécution. Ils attaquoient sans cesse les travl
leurs ; ils dressoient des embuscades à ceux qui alloi
chercher les vivres et le fourrage , ils mettoient le
aux granges et aux magasins. Pour la sûreté des foi
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. âl5
Coeurs , le prince prit le parti de les commander Ini- V^e ; il sortoit le matin à la tête du détachement , ne le ramenoit avec lui que le soir. Un jour qu'il [enétoit dispensé, on vint lui dire, comme il étoit à )Ie , que ses gens étoit enveloppés ; il prend aussitôt ^rmes, monte à cheval , perce les ennemis , dégage «soldats, et les ramène au camp. Sanisan ne fut pas si ffioreux. L'empereur Tavoit envoyé pour faire le dégât environs dlcone. A peine a voit- il fait quelque che- >io, qu'il fut rencontré par une troupe de Turcs qui lillèrent en pièces son escorte. Il regagna avec peine le
ïp (le l'empereur.
;Avant que de partir de Constantinople , l'empereur Ifoit envoyé Michel Gabras vers Amasie. Cette ville , fopée depuis long - temps par les Turcs venoit de iber entre les mains d'Azzeddin , qui avoit dépouillé leurs états les autres sultans de toutes ces contrées, ^câblée sous le joug des musulmans , elle souhaitoit |e rentrer sons la puissance de ses anciens maîtres , et Ile le fit savoir secrètement à l'empereur. Gabras eut rdre de s'approcher de cette ville avec les troupes qu'il loaveroit en Paphlagonie , et celles qu'il feroit venir t Trébizonde et des autres villes de la province de ^1. Lorsqu'il fut près d'Amasie , il reçut une dépuition des habitans qui l'invitoient à venir en prendre Pfisession. Mais, comme Azzeddin avoit une armée camfe à peu de distance , le général grec refusa d'y entrer, taignant quelque trahison. Les otages qu'on lui envoya p purent le-'rassurer. Les Amaséniens , partie par mens de sa timidité, partie par indignation de sa défiance qorieuse , firent entrer dans leur ville l'armée d'Aziddin, et Gabras fut obligé de revenir avec honte au HDp devant Dorylée. Manuel, après lui avoir reproché I lâcheté , fit partir l'eunuque Thomas pour aller ^raer Azzeddin de lui rendre Amasie, et le menacer K son ressentiment , s'il s'obstinoit à la retenir. Le
j|l6 HISTOIRE BU BàB-EMPIR£.^
sultan ne tint compte de ces menaces, et pei; s'en fall que Thomas ne fût tué au retour par les Turcs post< sur son passage. Il ne sera pas hors de propos de raco ter la fortune de cet eunuque. Il ëtoit né dans Lesbos d'une famille pauvre , mais avec une ardente envie s'enrichir; ce qu'il ne pouvoît faire que dans une gran ville , où le nombre des dupes est proportionné à cel des habitans. Il vint donc à Constantinople , et se don pour chirurgien , mais ne se mêlant que de la saign Avec un mérite si mince , son adresse , ses complai sances, ses propos flatteurs, le mirent à la mode aup des dames grecques , qui Tintroduisirent chez Tira ratrice, d'où il passa dans le cabinet de l'empereur, fut employé dans les affaires. Il devint riche ; et voi lant de plus être noble , ce qu'il ne pouvoit devenir Constantinople, il recueillit toute sa fortune, et, prendre congé de l'empereur , il la transporta en Pal tine , où n'étant pas connu , il espéroit pouvoir pren impunément le titre qui lui plairoit davantage. TromM dans son attente , parce qu'il fut reconnu,' il retounift auprès de l'empereur , qui lui pardonna son évasi(MÎ
le reste de ses jouts à regretter sa cabane de Lesbos. r Manuel, après avoir rétabli et repeuplé Dorylée,o||; il laissa une forte garnison , alla réparer la ville dft ^ublée , que je crois être l'ancienne Silbium , près àm^ 30urces du Méandre. Il y fut encore inquiété par h|. Turcs, qu'il fallut combattre et repousser plusieurs fo^t Ayant mis tout ce pays en état de défense, il reprit i| route de Constantinople. Comme il remarquoit qu'ofllq grande partie de ses soldats s'étoient débandés malgi'B ses défcnases réitérées, il chargea de la recherche dec^i déserteurs un certain Isach, barbare de nation, maS qui s'étoit avancé au service de l'empereur, jusqu'à!* ^ra^e d'un cjçs prepiier^ officiers du palais. Isach , qoî^
àkgré la fortune qu'il avoit trouvée a Constant inople, Mifiervoit dans son cœur un fond de haine contre la ition grecque, abusa du pouvoir dont il étoit revêtu oor satisfaire sa rage. Il arrêtoit tous ceux qu'il ren« BDtroit, laboureurs, marchands, voyageurs; et quois'ils n'eussent jamais porté le<; armej| il les traitoit HDme déserteurs, et les punissoit encore plus cruelleirat, leur faisant arracher les yeux. L'empereur, de elonr à Constantinople , apprenant cette injuste barlarie, entra d'abord en grande colère; et^ l'ayant rappelé, Viui sur le point de lui faire subir le même supplice; I c'eût été le traiter encore avec trop d'indulgence. Il pi pardonna cependant ; mais la justice divine se chargea b punir ce monstre. Il mourut misérablement peu iprès, et ses enfans, héritiers de l'exécration publique, périrent tous par divers m^heurs. Manuel, qui n'avoit mê pardonné à Gabras, le mit entre les mains des ^ Hges pour lui faire son procès selon les formes régulères. Les juges le condamnèrent , et remirent sa pnni« Son à la discrétion du prince, qui le fit charger de ihaines et met^e en prison. Mais quelque temps après I lui accorda sa grâce, et lui rendit même toutes ses lignités.
Le rétablissement de Dorylée chagrinoit beaucoup le An. 1176. nltan d'Icône. Il envoya un des seigneurs les plus dis- Nîcet, 1.6^ ingués de sa cour porter ses plaintes à l'empereur, et^'c)nn.T^S' tn faiiie les ofifres les plus avantageuses, s'il vouloit re-^* *^'.*|; Itonveler le traité de paix et d'alliance. L'empereur ne/. ai,c. la. *fpondit que par des reproches d'ingratitude et dej^f^^. m^ise foi, et se prépara à une guerre qu'il ne vouloit ^"^^^* iM[iiner que par la destruction dlconc et par la ruine Roger, de litière des Turcs. Je ne poserai les armes , disoit-il , j^adulf. de j ^ quand je tiendrai sous mes pieds la tête du sultan, Diceto. I, 1 mit donc en campagne la plus grande armée qu'il c|At encore levée. Il manda toutes les troupes de Servie , qHtit à sa solde celles de Hongrie, et rassembla de la
dl8 HISTOIRE DQ BAS-£HPIItE.
Thrace une prodigieuse quantité de boeufs , et plo^ trois mille chariots , pour voiturer les vivres et les rages. Après ces préparatifs, ils se rendit avec ses troa à l'église de Sainte-Sophie pour implorer le secours ciel , et partit de Constantinople. Il fut obligé de s' rêter long-tenl^s au bord du Rhyndacus, en sorte Tété étoit déjà commencé lorsqu'il prit la route dlco$lpi Pour éviter les montagnes^ Tarniée traversa la Lyd§jt et entra en Phrygîe par Laodicée , d'où elle march» Chones , à Lanipis, à Célènes vers les sources du Mé dre, à Chôme, et enfin à Myriocéphales , vieille fo resse alors déserte , qui devint fameuse par la défaite iA\ Grecs. C'étoit là que se terminoient les terres de rerapiiBr L'empereur avançoit avec précaution, toujours enho^j ordre, se retranchant tous les soirs de peur de surpri Le transport des machines ^t tout l'attirail des vivre^[s qu'il n'espéroit^as trouver dans des sables arides et un pays ennemi, retardoient sa marche. Les Turcs, se montroient de temps en temps , harceloient son ar enlevoient les fourrages, et corrompoient les eaux; qui fit périr de dysenterie un grand nombre de Grrec^^ On étoit déjà au mois de septembre. Le sultan d^^ comporta dans cette guerre avec toute la sagesse qdji convenoit à l'empereur, et Manuel avec cet emporte^: ment aveugle qui caractérise les barbares. Âzzeddi%^ ayant fait venir de grands secours des princes musok, raans, envoya encore des députés à l'empereiv poiij lui offrir la paix aux conditions qu'il voudroit prescrira^ et les officiers les plus expérimentés lui conseilloient dt Taccepter. Ils lui représentoient l'incertitude du sqyèi^).^ qui ne pouvoit lui procurer de plus grands avantage^ que ceux qui lui étoient offerts , la difficulté des passagO^ dont les ennemis étoient les maîtres, les maladies qâ& affligeoient ses troupes. Manuel écouta plus volontiers ItfL conseils audacieux des jeunes officiers, dont la plupart; n'avoient jamais vu l'ennemi , et dont les avis a'étoiiài
HISTOIRE DU BAS-EHPIRB. JII9
Intisidërables que par la fierté de leur contenance, et ikr Tor et Targent qui brilloient sur leurs habits. Il |Aivoya donc les députés en leur disant.çu'ii rendrait ^f^nse à leur maître dans Icône. Au sortir de Myriojffphales, s'onvroit un défilé nommé Cibrilcine, entre me longue chaîne de montagnes séparées Tune de Plreitre par de profondes vallées , et des masses de rochers pearpés et pendans en précipices. Manuel s!y engagea Ikns renvoyer à la queue de son armée les chariots qui j^iôrtoient les machines et les bagages, et sans déloger tk» ennemis postés sur les hauteurs pour traverser le
Èisage. Il marchoit avec la même assurance qu'il aut fait en rase campagne. Les deux fils de Constantin Range , Jean et Ândronic , conduisoient Tavant-garde ; Ifet ëtoient suivis de Constantin Macroducas et d' An- Tronic Lampardas. Dans le corps d'armée, Baudouin , fe^-frè^e de Tempereur, commandoit Taile droite, et éodore Maurozume l'aile gauche. Venoient ensuite tel valets, les bagages , les machines. L'empereur suivoit b la tête d'une troupe d'élite, et Andronic Contostéyiiane fermoit la marche. L'armée étoit tellement resbèrrée, qu'elle se prolongeoit dans l'espace de dix milles. Bi'avant^garde passa sans danger, ayant détaché son infiinterie pour déposter l'ennemi; et peut-être que le ifeste auroit eu le même succès, si, à la faveur des archers l|ai auroient garni les flancs , et à l'abri des boucliers , kftï eût suivi en diligence l'avant -garde sans laisser ■drintervalle. Faute de cette précaution, on laissa aux 9qfcs le temps de descendre et de couper la colonne de llinarche. lisse portèrent avec fureur sur l'aile gauche, Viccablèrent de traits, la rompirent, et en firent un horrible carnage. Baudouin, au désesjpoir, accourt dé 'l'aile droite, se jette au travers des ennemis, et y trouve la mort, qu'il bravoitpar sa valeur. Les Grecs, resserrés à droite et à gauche par les rochers et par les montagnes, ne peuvent ni reculer, ni recevoir des secours de
l'emperear et de rarrière-garde , les chariots qai la roîent formant une barrière impénétrable. Les hom et les chevaux- tomboient pêle-méle percés de tra Une grande partie culbuta dans un précipice, où rqnt quantité d'officiers et plusieurs parens de l'em reur, dont le plus digne d'être regretté fut Jean le tosébaste , le prince le plus aimable et le plus vertu de la cour. Les troupes de la queue ne purent mê échapper au carnage, les Turcs s'étant saisis des d rières; en sorte que les Grecs, enfermés de toutes ne laissoient à l'ennemi que la peine de les égorger, qui acheva de leur ôter le courage, ce fut de voir bout d'une pique, entre les mains des Turcs, la i d'Andronic Vatace , neveu de l'empereur. Man Tavoit envoyé avec des troupes pour prendre possessi de Néocésarée, qui o£Froit de se donner à l'empi Surpris en chemin par un corps de musulmans , il av été taillé en pièces avec toute son escorte. Â cette Manuel, percé de douleur, désespéré du massacre ses gens, qu'il voyoit égorger à ses yeux sans pouv les secourir, dépourvu de tout, excepté de courage, savoit quel parti prendre. Cependant l'avant -gardw s'étant tirée de ce mauvais pas , avoit gagné une colliol^^ où elle s'étoit retranchée. *
Le découragement des Grecs enflammoit de plus plus l'audace des Turcs. Vainqueurs de la plus gran partie de l'armée, ils s'efforçoient d'achever la victoi en terrassant l'arrière - garde et la troupe de l'em reur. Manuel, de son côté, après d'inutiles eflforls p ouvrir aux siens un passage, voyant cette nuée d'ew nemis se grossir à tous momens , et se tenant assuré dp mourir , soit qu'il restât , soit qu'il avançât , aima raiecrr aller chercher la mort que de l'attendre ; et , après avoir crié à ses gens , tout est perdu ! sauvez-vous où voué pourrez! il va tête baissée donner au milieu des Turcs j^ çt au travers des lances^des cimeterres, des masses d'armes/
bonclier hérissé de trente flèches , il perce avec la et la. rapidité de la fondre les escadrons barbares ^ nr échappe comme par miracle. Ce ne fut pas sans re. Son corps , couvert de plaies on de contusions , pik casque faussé ou rompu en plusieurs endroits > et 'oncé dans la peau de son crâne, ne lui laissoient guère de vie qu'il n'en restoit aux malheureux expirant des monceaux de morts. Il craignoit nés(hmoins pour les siens que pour lui-même. Serrés de tous les par les barbares , qui leur faisoient sentir la pointe leurs lances, ils s'écrasoient , ils se renversoient, ils loient aux pieds. Ceux qui parvenoient à sortir du 4 rencontroient à la sortie l'ennemi et la mort. Le i à son issue se partageoit en sept profondes vallées , >rd asses& larges, mais qui se resserroient en gorges ites, fermées par des pelotons d'ennemis. Unètem-* qui survint accrut encore la confusion et le carnage, nuées de sable élevées par le vent , et poussées de es parts au gré des tourbillons , déroboient le jour et lèrent tellement les deux armées, qu'elles ne disoient pas mieux les amis des ennemis que dans la la plus épaisse. Chacun tuoit celui qui se trouvoit portée de ses armes, et tomboit lui-même sous le d'un compatriote. Ces coups égarés et abandonnés hasard abattoient autant de Turcs que de Grecs ; en que tout ce terrain n'étoit plus qu'un vaste cime- , où Grecs , Turcs , chevaux , bœufs d'attelage mêt leur sang et s'entassdient les uns sur les autres. rite étant dissipée avec l'ouragan, on vit des ^mienreux , accablés sous un tas de cadavres , qui , ' ^ant de libre que la tête et les bras , les tendoient à -«K qui passoient à leur vue, et les appeloient à leur -^QQrs par des cris lamentables. Mais la terreur étouF- ^ la compassion ; chacun , craignant un pareil sort , nâ ^■yjoit qu'à sauver sa vie. L'empereur, abandonné seul, écuyer > sans garde , s'étoit arrêté sur une hauteur,
239 UISTOIRE DU BAS-^£HPIR£:
appuyé contre un poirier sauvage. Un cavalier g^ l'aperçoit et s'approche ; il essuie la poussière et le i dont il étoit couvert ; il bande ses blessures; il ra) sur sa tête les pièces de son casque et le remet à che En ce moment arrive un Turc qui saisit la bride de cheval et le veut emmener. Il ne restoit à Manuel tronçon de lance; il en décharge un coup terrible s tête du*TurC) et le couche par terre. D'autres Tnrci courent , et veulent le prendre vif; armé de la lan son cavalier il en tue un ; le cavalier , en tue un d'un coup d'épée ; le reste s'enfuit. £n6n dix sol grecs s'étant réunis auprès lui , il descend pour ta de rejoindre son avant-garde. Mais, après quelques il trouve le chemin fermé par les Turcs et bouché les cadavres. Il perce les Turcs, pousse son cheval ïl les cadavres, sort enBn de ces gorges, et traverse rivière qui en bordoit Tentrée.
Plusieurs Grecs viennent se joindre à lui. Il vôi passant Jean Cantacuzène, son neveu d'alliance, e loppé d'une bande de Turcs qui le tuent et le dépoi lent. Ces mêmes Turcs , reconnoissant l'empereur , oi| rent à lui comme à une riche proie, pour le prendreid le tuer. C'étoient des officiers du premier rang qui m^^ toient de beaux chevaux arabes magnifiquement hanli, chés et ornés de sonnettes; ce qui étoit chez eux -ilà marque de grande distinction. L'empereur les repo et, avançant toujours au travers de plusieurs troup Turcs qui accourent pour le prendre, et qu'il éca coups de lance, il rejoint enfin son avant-garde, (f£ le croyant perdu , le reçoit avec des transports de m Epuisé de fatigue et brûlant de soif, il envoie poij^, de. l'eau dans la rivière prochaine; et, après y aiÉ porté ses lèvres , sentant qu'elle étoit mêlée de sangJ la jette à terre, et dit en soupirant : yih f malheurêm, c'est du sang des chrétiens ! Un soldat brutal qii^| trouvoit présent eut l'audace de lui dire : Ce n'est /C
HISTOIRE DU BAS-EHPI&E. • â|5
\0ujourithui , prince , que vous goûtez de cet horrible Ifuçage ; vous en avez bu à longs traits , vous vous en enivré lorsque vous avez pressé vos propres sujets les écrasant d'impôts. Manuel dévora en silence celle vérilé ; el, voyant les Turcs qui éventroient des d'argent pillés dans son équipage : Courez, dil-il gens , arKicheZ'leur ce butin ; vous y avez plus de ii que ces brigands. Oui, sans doute, repartit ce soldat; mais il auroii. bien mieux valu ne pas \er cet qrgent à vos peuples que de le rendre inienant que nous ne pouvons le ravoir qu'au prix lotre sang. Manuel, qu'un inslant d'infortune avoil it au niveau du dernier de ses sujets , suuiTrit encore patience cette leçon cruelle. Enfin Andronic Gohihane arriva avec ce qui restoit de l'arrière-garde , 3U à peu tous ceux qui éloient échappés du,car-' sc rendirent auprès du prince. Ils passèrent la nuit une profonde tristesse, les amis, les parens se chérit l'un l'autre , s' embrassant avec larmes lorsqu'ils se itroient , et se disant les derniers adieux , comme it mourir le lendemain : car les barbares courant au- 'do camp , appeloient à grands cris leurs compatriotes lîëtoient entrés au service des Grecs , soit pour changer .jreligiou, soit pour quelque ^tre molif : Sortez, ttent-ils en les nommant, ^or/^z d'avec ces chiens le jour. Ceux que t aurore trouvera ici seront fssanspitiéJLes Grecs,pâles de crainte, enlendoient itir de .toutes parts au milieu des ténèbres cette sen<* de mort.
JL'empereur en fut lui-^même effrayé. Il assemble son Ai , et déclare qu'il va prendre la fuite , et que cha- ;de son côté peut songer à sa sûreté. Tous, et téphane plus que les autres, paroissent étonnés résolution si peu conforme à ce caractère généreux ibtrépide qu'il avoit montré dans tout le cours de sa Un simple 3oldat, qui se trouvoit à la porte.de la
J|il4 ttiflTOIRE l^U BÀS*EHFI&£.
tente, ayant entendace propos, s'écrie iSont-ce ta paroles dun empereur? et s'adressant à lai -m N'est-ce pets vous, lui dit-il^ qui nous ùpez jetés ce chemin si funeste , qui nous açez piles comme un mortier entreces rochers et ces montagnes? Qu\ nousaffaire dans cette vallée de larmes, dans ces infernales? Quel démêlé avions -nous fous tant nous sommes avec ces barbares? Nous Mus aidons crifié notre vie ; et vous ^ pour saucer la vôtre 9 nous abandonnez à lit boucherie. Manuel, frappé l|p ces justes reproches , changea de dessein, et rësolnf se sauver avec ses gens ou de përir avec eux. Les G condamnes à la mort, ne songeoient plus qo'à ve bien cher leur vie, lorsque Is reçurent leur salnf ceux -mêmes dont ils attendoient leur perte. Le avoit suivi son arraëe ; et , s'étant arrêté à quelque tance de Myriocéphales , il recevoit à chaqae in des nouvelles de Tétat des ennemis et des opératiODS^e ses troupes. Ce prince politique fit réflexion qu'en égÊ^c. géant ou faisant prisonnier Manuel , et ce qui lui refll4de soldats, il ne détruisoit pas Tempire grec, et iff^i l'occasion étoit favorable pour vendre la paix qull^ n'avoit pu acheter jusqu'alors. Ses ministres, qui reoUif voient des pensions #e Tempereur pendant la paix^,!^ confirnnfoient dans cette pensée. Il se détermina doM^ traiter avec l'empereur. Cependant le jour conimen{4 à paroitre , et les barbares , qui n'étoient pas instrd| de ce dessein de leur mattre , approchoient dans( TespAi rance de se défaire en un moment de ce misérable rel^ d'une armée vaincue. Ils tenaient le camp enveloppéj et leurs flèches venoient percer les Grecs jusque dil|^ leur retranchement. L'empereur fit sortir sur eux JeÉ^ l'Ange avec son escadron , qui fut bientôt obligé 4] revenir. Macroducas , qui sortit ensuite , n'eut pas ph(^ de succès. Déjà les Turcs arrachoi en t la palissade, loii ^u'un émir des plus distingués , accourant à toute bridî.
HtSTOiRE BV BAS'*>^XMPIllÈ. Û»^
Itar ordotine de la part du sultan de suspendre l'at-» laqne; et, s'ëtant fait annoncer à Tempereur , il entre! tdans le camp. Il se prosterne humblement devant Ma-* iDnel, et lui présente de la part de son maître un sabre 'magnifique et un cheval de parade de la meilleure race^ IjU voyant accablé de chagrin^ il lui parle quelque lAemps à Toreille pour le consoler « et lui propose la «faix. L'empereur, aussi étonné que s'il fût sorti du Hombeau, n'ajoute foi à ses paroles qu'après s'être as« Nnrë par plusieurs interrogations que la proposition leit sérieuse. Dans le cours de l'entretien < Téniir ^ voyant Ua robe de pourpre brochée d'or qtie l'empereur por- Moit par-dessus sa cuirasse : Seigneur , lui dit-il, cette Imbe n'est pas digne d'un prince guerrier tel que votre \smajesU ; la cuirasse est le plus magnifique habit dé Ifgiurre. Manuel sourit, et, se dépouillant de sa robe, |41 la lui donna. Le traité , mis ensuite par écrit , fut littgné de l'empereur , et envoyé au sultan , qui le ratijl&i. Entre les autres conditions que la conjoncture pré-^ laente ne permettoit pas de contester, Manuel s' engabfeoit à détruire Dorylée et Sublée. Après l'échange des laagnatures^ l'empereur se mit en marche pour le retour* rU y avoit dans l'armée impériale plusieurs seigneurs I anglois. Roger de Hoveden, auteur contemporain, nous I a conservé la lettre de Manuel à Henri ii, roi d Anglepierre , dans laquelle il lui rend compte de cette funeste IllKitaille i et le remercie du secours qu'il lui a envoyé. ~>-Il le traite d'ami et d'allié de l'empire.'
Son intention étoit de changer de route pdur s'éparigner la vue (^u carnage de son armée. Les guides, aa contraire , pour lui donner ce fuiiestd spectacle, le ra-' menèrent par le même chemin. Rien n'étoit plus capa-^ ble de faire détester les fureurs de la guerre. C'étoit un affreux théâtre où la mort étaloit toutes ses horreurs. Lai terre détrempée de sang et jonchée de cadavres, le défilé h et les vallons comblés de corps tronquée, mutilés, défi-*
0IST. DU BAS-EMP. TOM. IX. l5
gurés par d'horribles plaies , faisoient frémir la nature. \ Les Grecs , .plus malheureux encore que ceux dont ils 1, dëploroient les maux , et qui en avoient perdu le sentir ^r ment , passoient en pleurant dans un morne silence^- • interrompu de temps en temps par des cris lugubres , • appelant leurs parens et leurs amis , qui ne les entea-^ 'doient plus. Sortis du défilé , ils furent surpris de se sentir ' attaquer en queue par les Turcs. Ils n'étoient pas p\w L tôt partis ^ que le sultan s'étoit repenti de les avoir laissé ' aller, et il avoit permis de les poursuivre : mais ce n'étoit qu'une partie de son armée, les autres étaut' retournés chez eux avec leur butin. Ils tuèrent encore \ lin grand nombre de Grecs que leurs blessures empé- , choient de sibivre la marche. Enfin on arriva à Chones, *l où , se voyant en sûreté, ils se reposèrent. L'empereur ^^ leur distribua quelque argent pour achever le voyage. ' Pour lui, il alla de Chones à Philadelphie, où il séjour- . na quelque temps pour se rétablir de ses fatigues et J faire guérir ses blessures. De là il fit partir un courrier pour Gonstantinople, avec des lettres dans lesquelles^ balançant entre la honte d'un triste aveu et celle d'un mensonge inutile , tantôt il se comparoit a Romain Diogène , sur lequel il avoit l'avantage d'avoir évité la tgaptivité y tantôt il couvroit sa défaite en faisant valoir la paix demandée par le sultan , et dont il envoyoit l'acte authentique signé d'Âzzeddin. Il se rendit peu de )Ours après à Gonstantinople. Il avoit en passant détruit Sublée , comme il s'y étoit engagé ; mais il avoit laissé subsister Dorylée. Aux plaintes qu'en fit le sultan il répondit qu'il ne se croyoit pas obligé à tenir une parole arrachée par la nécessité.
■ Sur cette réponse , le sultan fait partir vingt-quatre mille hommes , avec ordre à son général de mettre tout à feu et sang jusqu'à la mer, sans épargner personne , et de ' lui rapporter de l'eau de la mer , une rame , et une poignée de sable du rivage. Le général saccagea tous le«
S du Méandre , prit Traites et Antîoche de Carie , lisit toutes les forteresses , et poussa ses ravages f à la mer, dont ii désola toute la côte. L'empereur, les forces n'étoient pas encore rétablies , envoya 'e eux son neveu Jean Yatace , dont il avoit ave la valeur : c'étoit le frère d'Andronîc Vatace , lans là campagne précédente. U lui donna pour enans- généraux Constantin Ducas , encore fort 3, mais (Vun mérite prématuré, et Michel As- . Il leur recommanda de ne rien précipiter , et de aquer les bfirbares que lorsqu'ils seroient parfaitei instruits de leurs forces et assurés de la victoire. Turcs retournoient chargés de butin , ravageant et nt ce qui leur avoit échappé au premier passage, ce , avec les troupes qu'il avoit reçues de Tempeet rassemblées en chemin, marche droit à Hyèle, itoit un gué du Méandre. Ses coureurs lui ayant orté que les Turcs n'étoient pas loin , et qu'ils se >soient à passer le fleuve , il partage son armée ea : corps : il met l'un en embuscade sur un coteau en-
du passage, et poste l'autre dans des halliers au- , avec ordre de charger l'ennemi lorsqu'il atteinl le bord. Les Turcs arrivent , et entrent dans le 76. Les Grecs , postés sur le coteau , les accablent de s et en abattent un grand nombre. Pour déuer cet orage qui fondoit sur leur tête , et leur :urer un passage tranquille , le général turc, à la tête le troupe choisie , monté sur le coteau , charge les es avec vigueur, et, par des actions de la plus haute ur, il occupe toutes leurs forces. Mais , apercevant lelà du fleuve d'autres troupes qui égorgebient ses ; à mesure qu'ils passoîent , tout son courage Tabanne ; il prend la fuite , et , remontant le fleuve , il va •cher un gué plus sûr. N'en trouvant point , il se
de son bouclier pour nacelle , de son sabre pour on, et tient de la gauche la bride de son cheval , quî
22$ HI8T0IRK DU BA8-£MPI&E.
nage à c6të de lui. Il gag;ne ainsi la rive; mais il ne peol-i éviter la mort. Etant monté snr un tertre , et appelaol de là les Turcs pour les rassembler autour de lui , il eil prévenu par un soldat alain qui le perce de son ipéej- \ les Turcs fuient ; la plupart se noient dans le Méandrar i
Cette action rabattit Taudace des musulmans, qui nr^
* ij
s'étoient promis rien moins que la destruction entièrr k de la Phrygie et de la Carie jusqu'à la mer. Aspiètff \ périt dans ce combat. Son cheval , heurté violemment \ par un cheval turc , le renversa dans le fleuve , où il se \ noya. i
i7/. jyr. Baudouin iv étoit depuis quatre ans sur le trÀne de Je- : \i^' ^ ' rusalem , et avoit renouvelé le traité fait avec Manuet par ] Amauri. L'empereur ^ qui ne perdoit pas de vue la con- ^^ quétedeTEgypte, députa Andronic TÂnge avec trois au-* \ Ires seigneurs pour l'engager à entreprendre cette expédi«^ \ lion et lui promettre les mêmes secours qu'il avoit prêtés * à son prédécesseur. L'occasion paroissoit favorable. Phi*' \ lippe d'Alsace, comte de Flandre , venoit d'arriver dans ^ la Terre-sainte , et les troupes de ce prince dévoient ; faciliter le succès aux confédérés. Mais le comte non- • seulement refusa , sous divers prétextes , de s'engager dans une entreprise si périlleuse, il en empêcha même . l'exécution ; et les députés furent obligés de s'en retourner sans avoir fait autre chose que des conventions ina* tiles. «.
. 1178. Dès que Manuel fut guéri de ses blessures, il reprit et. /.6, les armes et passa en Phrygie. Les Turcs avoient deux corps d'armée assez éloignés l'un de l'autre , au voisinage du Méandre. Il tomba sur le premier et le tailla en pièces. Avant que d'aller attaquer l'autre, il voulut connoitre la position et le nombre des ennemis. Il en* ivoya pour cet effet un homme du pays qui, s'étani insinué dans le camp des Turcs, leur apprit que l'empereur venoit en personne. Effrayés à cette nouvelle, ils prirent la fuite et disparurent. L'espion j croyant avoiif
HISTOIRE DU BAS-EMPIKE« fiig
mérite récompense pour avoir lui seul dissipé une armée entière, revint au camp, vantant le service qu'il avoit fendu. L'empereur, au contraire , irrité qu'il lui eût bit perdre une proie assurée , lui fit couper le nez. Comme il vit que , les Turcs n'ayant pas sur pied d'armée considérable , la carAMp^e se passeroit en actions peu importantes , il reprîfle chemin de Constantinople , et se contenta de laisser ane partie de ses troupes sous la conduite d'Andronic l'Ange , son cousin* ' germain , auquel il donna pour lieutenant Manuel Cantacuzène. Celui-ci, très-brave de sa personne, étoit fils de Jean Cantacuzène, que Tempereur avoit vu massacrer à ses yeux dans le défilé de Myriocéphales. Il leur commanda de marcher contre les Turcs , assemblés près de Charax , ville de Phrygie. Jj'Ange étoit un homme de pecP de valeur , que la naissance et les amis de cour ' avoient avancé aux premiers grades. Il se contenta d^en— ' lever quelques troupeaux avec leurs bergers ; et lesTnrcs s'étant approchés de nait avec de grands cris , il monte à cheval. tout éperdu; et, sans donner aucun ordre, il court à toute bride à Chones , où il n'ose même s'arrêter ^ et se sauve à Laodicée. Son armée , abandonnée du général , se débande ; et , laissant son butin à l'ennemi , elle fuit sans être poursuivie. Cantacuzène court après les fuyards; il les force à grands coups d'épée de s'arrêter , et les remet ensemble. Mais , n'ayant pas reçu de l'empereur l'autorité de commander en chef, il ne peut faire autre chose que de les ramener à Constan-* tioople. La terreur étoit si grande parmi eux , qu'un lenl Turc, posté sur une éminence au pied de laquelle ils passoient , les perçoit impunément de flèches tirées avec tant de force , qu'elles pénétroient au travers des cuirasses. Il en tua ainsi un grand nombre , jusqu'à ce qu'un officier , nommé Manuel Xérus ^ sautant à bas de ioo cheval, courut à lui, Tatteignit , malgré son agilité; atre les rochers où il foyoit, dL lui abattit la tête d'ua
!^5(X niSTOIEE DU BAS-EHPIRSf
coup de sabre. La lâchetëd'Ândronic TÂnge irrita tellait^
ment l'empereur , qu'il fut sur le point de le faire coon j
duire en habit de femme par les rues de Con^tantinopki |
Il ne fut retenu que par la considération, de la parAité. i i
m. 2. 6, On ëtoit redevable de la conservation derariDée4.j
dnens Manuel Gantacnzène« ^|pl^ ce. jeune seigneur n'avoit dq i
*'; '"j^'^l mérite que pour la gàlirre. Plongé d'ailleurs dans le» ;^
plus affreuses débauches, il faisoit horreur à TempcN^:
reur même i qui ^ peu réglé dans ses mœurs , conservQi| v
cependant les dehors de la bienséance. Le prince , qo^ r
avoit aimé le père, et qui estimoit la bravoure du fibf ï
avoit bien voulu lui donner de fréquens avis pour le rtr
mener à une vie plus décente. Comme il vit qu'il M !
gagnoit rien sur ce cœur dépravé , il commanda de It '
mettre en prison. Les m^istrats , croyant servir U co-i î
Jère du prince , allèrent fort au-delà de leurs ordres, et '^
Iqi firent crever les yeux. L'empereur en témoigna d6
rindignation ; il jura qu'il n'avoit point de part à cette t
cruauté. Mais , comme il n'en ^t aucune punition , il ^
laissa soupçonner qu'il ne la désapprouvoit pas. Michel
d'Ânchiale, patriarche de Constantinople, étoit mort
l'année précédente. Il eut pour successeur Chariton, qoi
ne siégea que onze mois ; et cette année 117!$ Théodoset
Arménien de naissance , et moine de Saint - Auxenoe
en Bithynie , fut élevé sur le siège patriarchal. Ce fat
un prélat d'une vie exemplaire , auquel sa vertu et s«
fermeté dans l'observation des lois de l'Eglise n'atti**
rèrent que des persécutions dans ces temps de corruption
et de désordre.
K. 1179. L'année suivante Manuel apprit que les Turcs assied
geoient Claudiopolis, autrement nommée Bithyniain,
ville considérable à l'extrémité de la Bithynie, vers la
frontière de Paphlagonie.Les assiégés mandoient que, s'ils
n'étoient promptement secourus , ils seroient forcés par
la famine et par la supériorité des ennemis d'ouvrir les
portes de {eiir villç.- Mapuel , sans attendre da?antag&,
BI8TOIEE DU BAS^EMPIllE. 2l5l
part dès le lendemain , saas autre équipage que ses armes et ses chevaux. Il traverse avec une extrême diligence tonte la Bithynie ; et , quoique dans un âge avancé , marchant à pied jour et nuit à la lueur des flambeaux an travers des vallons et des forêts dont ce pays est hémsé , si la défaillance de ses forces Tobligeoit à prendre du repos^ il n'a voit d'autre lit qu'une terre marécageuse, jor laquelle on étendoit quelques bottes de foin ou de piille. Son exemple soutenoit ses soldats dans une marche si pénible ; et l'empereur , trempé de pluie et couvert de fange , leur paroissoit plus admirable que sous le diadème et la pourpre. Les ennemis ne l'attendirent pas. Dès qu'ils aperçurent ses enseignes , ils se cirèrent en tumulte. Il les poursuivit fort loin ; et, après aipir taillé en pièces ceux qu'il put atteindre , il entra dans la ville que son incroyable activité avoit sauvée. S'y étant reposé quelque temps , et ayant pourvu à la sûreté de la place , il retourne à Constantinople.
Les deux empereurs d'Orient et d'Occident, jaloux Cmn.L Tun de J'autre , étoient ennemis dans le cœur. Manuel ^îvvre/. /. aidoit de secours d'argent les Lombards , qui étoient en ^' *- {guerre avec Frédéric. Celui-ci, de son côté, aspiroit OttodeSi à se rendre maître de Corfou. Il écrivit pour ce sujet à ij^utremt^ George , évéque de cette île, qui lui répondit avec beau- ^* 3* ^* ^« coup de sagesse que l'île de Corfou étoit une conquête ile peu de valeur pour un si grand prince , l'exhortant avec douceur à ne point désirer ce qu'il ne pouvoit acgaérir sans injustice. Il lui dépeignoit Manuel comme m prince juste , généreux , qui lui étoit sincèremept dttaché , et qui méritoit de sa part une fidèle correiiKmdance. Malgré ces dispositions secrètes , les deux mnceSb gardoient les dehors de l'amitié. Manuel propo* oit une ligue à Frédéric contre le roi de Sicile. Il avojt vême été question du mariage de Marie, fille de Manuel, avec Henri , fils aîné de Frédéric , et c'étoit sans éoote un des sujets qui a voient amené à Constantinople
Henri , duc de Saxe, dont l^in>bassade avoit éïé t
brillante. Nous avons encore deux lettres de Mann
Wilbod, abbé de Stavelo en Flandre, par lesqnc
on voit que Tempereur grec aimoit ce prélat ; il se
commande à ses prières , et lui parle d'un mariage ]
posé , dit-il, par Frédéric. Il déclare qu'il souhaite
la bonne intelligence entre les d|nx empires , et q
envoie des députés en Allemagne pour traiter de ce :
riage. On ne voit aucune suite de cette négociation.
retour de la défaite sanglante de Myriocéphales, Mai
écrivit à Frédéric, en caractères d*or, une lettre ph
de n>ensonges. Il lui mandoit que le sultan dlcone i
soumis à Tempire; qu'il avoit demandé misérrci
et prêté serment de fidélité. Mais Frédéric étoit <
prévenu par le sultan , qui lui marquoit tout le contr;
Azzeddin lui avoit envoyé des ambassadeurs pour f
alliance avec lui; il lui demandoit même sa filU
mariage , et promettoit de se faire chrétien avec
son peuple : car , s'il est vrai qu'il se fût déjà fait I:
tiser , sa conversion étoit demeurée secrète. Fréd
avoit consenti au mariage ; mais la princesse moi
avant l'accomplissement de cette promesse. Le pr
allemand , piqué de ce que Manuel , dans sa let
roettoit son nom avant celui de Frédéric , et pre
le titre de prince des Romains , instruit d'ailleurs
intrigues au'il entretenoit en Italie , lui répondit
une lettre où il prenoit à son tour le titre de pr
des Grecs ; il l'avertissoit de Thouneur qu'il de
rendre à Tempire romain et à celui qui en étoit le <
Il insistoit même sur la soumission et Tobéissance
le souverain pontife de Téglise romaine avoit droit d
^er de Vempereur grec, ainsi que de toute lachréti<
Frédéric , réconcilié depuis peu avec le pape Alexan
qu'il avoit traité si injurieusement pendant le schis
lui rendoit alors le respect dû au légitime snccessev
s^int Pierre , et lui dqnnoit le nom de sainteté. Ma
HfSTOIRC DU BAS-EXVIRX. l33
tâaM>igna aacun ressentiment d'une réponse si fière; La malheureuse joumëe de Myriocëphales laissa dans a». nSo. :C€eur de Tempereur de si tristes impressions, qn^tl Alfco^. l. s» lit sa gaitë naturelle. Plonge dans une sombre më- \\ ' ^'^* Aie , il ne goûtoit plus de repos. Le sommeil fuyoit GuULiyr. ses yeux ; ou , si l'accablement venoit quelquefois à RoLn. de ler ses paupières , il ne se prësentoit à son esprit qu^ AaSLV/: d9 images funestes. C'ëtoient les ombres sanglantes de ^ï^^* • . d'infortunes que sa tëmëritë avoit traînes à la mort ywveî. d&! erroient autour de lui , qui lui montroient ïcors y^^^f»! mrés , qui Tappeloient leur meurtrier. Sa santë en i^r* détruite , et cette vigueur héroïque qui avoit animé ite sa vie l'abandonna entièrement. Forcé de se ire au lit dès le mois de mars i i8o , il n*en releva dans de courts intervalles. Ce fut alors qu'il s'ocsérieusement du soin de sa famille. Il avoit de ses mariages une fille et un fils. Marie , qu'il avoit de Berthe , on Irène , sa première femme , après îr été fiancée à Bêla , devenu depuis roi de Honpromise à Guillaume , roi de Sicile, demandée ir l'empereur Frédéric pour son filaT Henri, renommée ir toute l'Europe pour son éclatante beauté, attendoit tre que la tendresse capriciense de son père, se fût snr le choix d'un gendre. Bavherchée par tant de irques , cette fière princesse , qui avoit déclaré l'elle n'épouseroit jamais qu'un roi , fut obligée de se inter d'un marquis. Guillaume , marquis de Montit, venoit de servir la jalousie de Manuel en faisant ^ guerre à l'empereur Frédéric. Aidé de l'argent que ^ki foamissoit l'empereur grec, il avoit levé une armée ^ M Conrad , son parent , avoit défait les Allemands et emfnené prisonnier l'archevêque de Mayence, leur général. 'Baudouin , fils aîné de Guillaume , étoit déjà marié. ! Manuel fit venir son frère puîné , nommé Ray nier , qui ficconipagna dans l'expédition de Claudiopolis. De retÊor à Gonstantinople , il lui fit épouser sa fille i le
j34 HlfrTOIftE BV BAS-EHPIHK
nommai Cësar ; et , ponr satisfaire la fierté de la pAt cesse , il érigea en royaàme la province de ThessaM niqoe ^ et en donna le titre au nouvel ëpoax, avec lenM de Jean. Le patriarche . Théodose les maria dans li glise de Blaqaemes , et l'empereur étala toute sa ma({tf ficence dans les fêtes qui suivirent. Le jeune prince , tri digne de cette alliance par les grâces de sa personne^ plus encore par la douceur de ses mœurs , n'étoit % que de dix-sept ans, et la. princesse en avoit déjà t La joie publique fut redoublée par le mariage du j Alexis , qui n'étoit que dans sa onzième année. Ma avoit demandé pour lui à Louis vii , roi de France, dernière fille Agnès , et cette princesse étoit arriv Constantinople dès Tannée précédente. La cérémonie mariage fut célébrée le dimanche 2 mars de cette née par le patriarche Théodose , dans le palais de G •tantin^ au lieu même où s'étoit tenu le sixième codi général sous le règne de Constantin Pogonat. Alexis, la princesse, qui n'avoit pas encore huit ans, reç en même temps la couronne impériale.
^icet. l. 7, L'empereur s^affoibiissoit de jour en jour , et état faisoit craindre une mort prochaine. Le patrian Théodose Texhortoit à prendre les mesures que la t dresse paternelle etje soin de ses sujets exigeoient A lui , tandis que son esprit avoit encore assez de forti pour choisir ^in administrateur fidèle et capable 4 conduire la jeunesse de son fils. Mais l'empereur p| Técouta pas. Il étoit persuadé qu'il avoit encore pM sieurs années à vivre. C'est ce que lui avoient mil dans l'esprit ses astrologues , qui ne cessoient de m assurer qu'il relèveroit de sa maladie, et qu'il vivrop encore quatorze ans. Lorsqu'il auroit dû ne s'occiH per que des pensées de l'autre vie , ces imposteurs ià l'entretenoient que des conquêtes qu'il feroit encpisi ils ranimoient même son inclination au libertinage d liai promettant de nouveaux plaisirs. Ils lui annoo'
HIBTOIBE DU BAS-EXFIRI. ftJS
Iqo^U ne mûurroit pat qu'il n'eût vu nne étrange lutioQ dans toute la masse de rnnivers, le choc étueux des astres , de furieuses tempêtes , et nne con<* ion générale de la nature. Pour mieux établir ce ge absurde , ils spécifioient précisément npnnt Tannée et le mois ^ mais le jour et l'heure où prodiges dévoient éclater. Le foible prince en étoit ppé, qu'il faisoit creuser des grottes souterraines s'y réfugier lorsque ce boulversement arrivéroit. dëmolissoit par son ordre le toit de ses palais , de qu'il n'en fût écrasé. Ce qu'il y a voit de plaisant cette folie, c'est que ses courtisans, par une sorte risie plus ridicule , mais moins dangereuse et criminelle que lorsqu'elle se tourne à contrefaire rtu, feignoient d'être saisis de la même terreur. |l voyoit ces insectes de cour fouir la terre , et s'y faire ktinagasins comme les fourmis. Mats les douleurs Mentes dont l'empereur fut tourmenté au bout de idqnes jours firent enfin fuir les astrologues , et*le làirent de sa crédulité. Il sentit sa foiblesse , et déses- Im desa vie. Alors, après avoir recommandé son fils H assistans par un discours entrecoupé de soupirs, las lequel il pronostiquoit les désastres qui alloient Ivre sa mort , il fit retirer tout le monde, et ne retint iprès de lui que le patriarche. Le prélat, ayant calojé ^trouble de son âme^ar des discours édifians, lui fit |iKer une courte formule par laquelle il renonçoit aux liions de l'astrologie, et demandoit pardon à Dieu d'y loir donné trop de croyance. Manuel , s'étant ensuite bé le pouls , se frappa la cuisse , et , poussant un profond iDpir , il demanda l'habit monastique. C'étoit alors le dévotion fort commune de mourir dans cet habit , tome si ce déguisement pou voit en imposer à celui li pénètre le fond des cœurs. A cette demande de Impereur l'alarme se répandit dans le palais : on le faille de la pourpre , on lui jette sur le corps uii
StZÔ HISTOIRE BU BAS-ZMPI&X.
froc noir , qu'on appeloit ia robe spirituelle ; on le dès ce moment enrôlé dans la milice céleste^' Les sensés déplorent le néant de ces héros qui étonnent ni vers, et dont Fâme, ainsi que celle des demien hommes, est enfermée dans un vase fragile dont partage la foiblesse. Il expira le 24 septembre cinquante - huitième année de son âge, ayant trente- sept ans^ cinq mois et seize jours. Il fut inb dans l'église du Pantocrator. On posa près de son beau une pierre de couleur rouge, de la hauteur homme , qui étoit en grande vénération. C'étoit, on , celle sur laquelle le corps du Sauveur avoit été seveli et embaumé lorsqu'on Teut descendu de la ci Elle avoit été transportée d'Ephèse, et Tempereur, savoit aussi bien que tout autre allier les dévolions pulaires avec une vie dissolue, avoit lui-même ses épaules sous ce pieux fardeau , lorsqu'elle avoitapportée en grande pompe dans la ville. Outre soo et sa fille, il laissoît de son commerce incestueux sa nièce Théodora un fils nommé Alexis , dont aurons souvent occasion de parler dans la suite. A la naissance de son fils légitime, il avoit eu la pensée nommer pour son successeur ce fils naturel.
Dans rhistoire de Manuel, nous ne nous som presque occupés que de ses expéditions militaires, qui en effet rempli tout le cours ào^ vie. Mais ce pri qu'on peut appeler le dernier des Coninènes, a joué trop grand rôle sur le théâtre du monde pour qu*oai soit pas curieux de connoitre son administration rieure. Il ne fut héros que dans la guerre. Tandis faisoit trembler les Turcs , les Hongrois et les Serves tiroit des larmes à ses propres sujets par les impôts il les accabloit, et par les abus de la perception. Il vi doit les magistratures aux fermiers publics, qui s'étoi enrichis par les vexations. Les intendans de son domaiii y faisoient passer par des chicanes les terres les pli
HISTOIRE BU BAS-KMPfki:. 2%']
rliles enlevées aax légitimes propriétaires. II est vrai |Pil ne profitoit pas de ces iniquités; et c'étoit encore I malheur poar les peuples, qui versoie6t leur sang on gonfire d'où il s'écouloit sans cesse. Les sommes lignées sans discernement à ses parens , à ses conr-* , époisoient ses finances. Il faisoit des pensions aux ires des princes étrangers , qui recevoient son ar- :, et par scrupule de conscience le trahissoient ensuite ne pas trahir leurs maîtres. Lies aumônes qu^il ré- Ai assez libéralement dans le sein des (fouvres lient à la vérité en quelque sorte expier le vice de k de dissipations ; mais ce n'étoit , après tout , qu^une Ktalion , et Manuel seroit sans doute plus louable Pfl'eût pas fait tant de pauvres. Sa concubine Théo* ii femme hautaine, insolente, et d'une avidité inile, se faisoit un point d'honneur d'effacer l'im* rice même par les dépenses de sa maison et par ipe de ses équipages. Ce fat bien pis encore quand lient nn fils et plusieurs autres ensuite. Ces enfans friiis devinrent autant d'insectes qui dévoroient en one partie de la substance de l'empire, eunuques de Manuel étoient ses ministres et ses con- Icos les plus intimes. Il se plaisoit à les enrichir; et ces llnmes demi - barbares , pour qui la langue grecque Ht étrangère, ainsi que les lois, revêtus d'emplois imbtms et des premières magistratures , s'asseyoient sur innaux pour juger en dernier ressort des causes^ Aies qu'ils n'entendoient pas. C'étoit eux qu'il rùii dans les provinces pour asseoir les tailles et les Mtions. Il leur donnoit à la vérité pour adjoint ^ le personnage distingué ; mais celui - ci n'étoit 1^1^ que ' de Rbdieux de la perception ; il rendoit Ihpte à l'ennuque , et lui meltoit entre les mains figtat qu'il recueilloit. L'ennuque , après avoir déhné à son profit tout ce qu'il pouvoit soustraire im- IHoient 9 ce qui faisoit toujours la meilleure partie ^
jl58 HlSTOlàB DU BAS-EâtPtftfe.
jetoit le reste dans le trésor du prince ; en sorte proprement parler, ces misérables étoient les souvei des provinces 9 et celles-ci leurs tributaires. Niceu l. 7, Malgré les déprédations de ces receveurs , il ne dii dnn. l. 6 , nuoit rien des dépenses que Tesprit de magnificen * ^' faisoit faire en bâtimens. Il décora superbement pludc
appartemensde son palais, où il avoit grand soii faire peindre par les meilleurs maîtres ses combat ses chasses. Il fit bâtir dans les îles de la Propoi plusieurs maisons de plaisance, où il alloit passer cieusement les beaux jours de Tété, lorsqu'il n'alloit' se couvrir de poussière à la tête de ses armées; ce prince su pportoit les travaux de la guerre comme I n'eût pas connu les plaisirs , et il se livroit aux plai( comme s'il ne fût né que pour la volupté. Ses sujt accablés , admiroient en gémissant la structure de cesi fices qui leur coûtoient si cher ; mais ils lui savoient^ des ouvrages qui contribuoient à la santé et à la de ses peuples. Constantinople manquoit d'eau, ou buvoit que d'impure ; il fit nettoyer et réparer les ciens aqueducs. On en construisit un nouveau qui portoit à la ville des eaux saines et abondantes, éleva une tour au bord de la mer, au pied du proi toire de Damalis , du côté de l'Asie , et une mk vis-à'vis , du côté de Constantinople. Une chaînent fer attachée à ces deux tours traversoit le Bosphélt et fermoit aux vaisseaux des barbares l'accès de la dm délie et l'entrée du port. *
Niceul.j^ Peu conséquent dans .sa conduite, tandis qu'il Ci'nn. L 6 dalisoit l'empire , il décoroit les églises , il favorisoil ^- ^- monastères. Une constitution de la quinzième anné.
son règne déclare les moines légitimas possesseurs"^ tous les biens dont ils sont actuellement en jouissai nonobstant le défaut de titres ou le vice de ceux lesquels ils fondent leurs droits. Elle ordonne quel présent édit leur tiendra lieu de titre incontestable j^
HIBTOI&E DU BAS-XMBI&l. ClSg
ifcnd eux particoliers et ao fisc même de les inquiéter f leurs présentes possessions^ Ce n'est pas cependant ^'il voulût enrichir les moines; c'étoit pour couper la l^oe d'une infinité de procès qu'on leur suâcitoit sans ||M ou qu'ils faisoient eux-mêmes; en sorte que tons |. tribunaux retentissoient de leurs demandes et depn défenses. Loin d'approuver ces instituts religieux, p laissent à la cupidité une libre carrière pour acciv* p|cr des biens immenses , il renouvela la loi de Nice'* |p|ré Phocas qui dëfendoit aux moines les nouvelles ipisitions. Il blâmoit hautement son père, son aïeul ^
tles empereurs, précédens, non pas d'avoir consacré en une portion de leurs richesses, mais d'avoir )eté pilles monastères qu'ils fondoient un germe de relft*
Pt et de corruption. CéioU^ disoit-il, dans Us 9, dans les caçernes, sur le haut des monta^ fe ifu'ils auroieni dû éiaèlîr les moines ; loin des pet» loin du chant des sirènes , dont les accens si* }fliim's retentissent jusque dans leurs cloîtres; et c*est, ^gfwiiraire, dans les r^ aces,. dans les carrefours de ^giantinople qu'ils ont bâti les monastères , où, des lAona de plumage divers , voletant de toutes parts ^ la journée , et rentrant le soir dans leur volière, Conservent de leur état primitif que la tonsure, f habit Ipfa barbe. L'esprit de dissipation qui régnoit alors |p les ccnivens de Constantinople donnoit lieu à ces Ipiira satiriques de Manuel. Il pensoit que ses prékttears n'a voient construit ces superbes édifices que Inanité ^ pour y placer leur mausolée, environner ||A Cendres de tou^ le luxe de leur trône, et figurer ^ire avec pôhipe lorsqu'ils ne seroient plus.. Pour |atr nu modèle de ces saintes retraites, il fonda lui* ^peim monastère à l'entrée du Bosphore, dans le Itt-Enxin; il y transporta le^ moines les plus célèbres toiJear vertu ; et , pour leur donner moyen de mener iÉ?ie dégagé^ de tous les soins du siècle, et unique-
»4o HISXaiEE 0U BAS'-EMFIRXb
ment occnpëe des choses célestes , il ne leur don terres labourables , ni w^ignobles , ni aucun revi recueillir ; il leur assigna une pension sur le trésor •blic pour leur subsistance et leur entretien. Nicétas, rapporte ce fait , ne dit pas si cette pension fut fit nient payée. Mais les convulsions étranges qui agit Tempire après la mort de Manuel donnent snj craindre que ce bel établissement n'ait pas long-t subsisté f ou qu'il n'ait entièrement changé de fo: J^icH.Ljt II est étonnant qu'un prince si guerrier ait si, ' entendu la manière d'entretenir ses troupes. Il ce
les payer de son trésor ^ et leur assigna leur paie s villes et les provinces. Ce fut pour ses sujets ooft charge plus accablante que toutes les autres con tions. Abandonnés à la discrétion des gens de ils devinrent la proie de ceux qui dévoient être défenseurs. Les officiers préposés à cette perte] taxoient arbitrairement les particuliers; nulle nulle proportion entre la fortune et l'exaction, on imposoit aux habitans des villes et des cam ime taxe si forte, que plusieurs ^ dépouillés de étoient obligés de s^enfuir,. abandonnant leurs f< et leurs enfans^ Tantôt on assignoit à un cavali subsistance à prendre sur un ou plusieurs habi qu'il réduisoit bientôt à un état pire que le sien,s'^ parant de leurs meilleures terres; en sorte que ces heureux devenoient les fermiers et même les escl ceux qui ne dévoient recevoir d'eux que le n Ce changement causa encore un autre mal qui ploit les villes et faisoit tomber-l^s ouvrages et le merce. Les artisans, voyant qu'il valoit mieux que d'être vexés, quittoient leurs ateliers, et , sans cune des qualités requises pour formeir de bons moyennant quelque présent aux capitaines, ils se soient enrôler dans les compagnies, et achetoient ^ peu d'argent le droit de faire beaucoup de maL Dl^
HISTOIRE BU BÀ8-KMPIRE. 24l
iDtre cAtë, les gens d'honneur , qui n'a voient plus rien ï espérer du prince , quelque service que pût rendre Imr valeur, et qui ne se sentoient pas Fâme assez barbare pour traiter leurs compatriotes comme des enneklis, se retiroient et renonçoient k un métier qui ap* ^rochoit de celui de corsaires. Ce ne fut que dans les Remiers temps de sa vie que Manuel s*avisa de cette Bmeste économie; s'il eût vécu plus long-temps, il eût t^prouvé sans doute qu'en écrasant ses sujets, il avoit iriiéné aes soldats^ qui n'obéissent qu'à ceux qui les liaient, et qni se payoicnt par eux-mêmes.
Cette cruelle tyrannie détruisit tout sentiment d'hon- cinn. L Éeur dans le cœur du peuple, et ne laissa que des es- ^' ^' Uates. Se voyant ravir le fruit de leurs travaux , réduits kne pouvoir vivre ^ ils vendoient leur liberté aux gens Udies, qui, déjà maîtres de leurs biens, dcvenoient
Ë>priétaires de leurs personnes. Si la dureté de la sernde les forçoit à prendre la fuite , on les poursuivoit, IMlles punissoit comme des esclaves fugitifs. Manuel, %Éiis remédier à la cause du mal, se contenta d'en arré- Hit TefiFet. 11 affranchit par édit tous les Iiabitans de Yenipire qui étoient nés libres, et leur rendit cette Vberté naturelle que son mauvais gouvernement ne tdpoit d'anéantir.
^* Le nombre des fêtes étoit tellement mpltiplié, qu'il ^testoit dans Tannée peu de jours à l'exercice de la jus* ^tice; en sorte que quantité de procès survi voient aux ^^ibideurs. Il réforma ce désordre. Il laissa subsister les 'lites consacrées aux principaux mystères de la religion 'ta à la mémoire de la sainte Vierge et des saints du ^premier ordre. Il abolit les autres, ou les partagea de 'tnanière que la matinée étoit employée au service divin , 'itqiie l'après-dînée le barreau étoit ouvert , chacun pouvant vaquer aux affaires séculières. ^
Nous avons déjà parlé du désir que témoignoit Afia- f^iceul Aael de réunir l'église grecque avec l'église romaine. Il ^' ^ > ^ j
I1IST. Ii|r BÀS-EMP. TOH. IX. l6
2f^2 HISTOIRE DU BÀS-EMPIRI.
6; /. 6, ne prenoît lui-même aucune part au schisme. Ses senni iduTrr. ^îï^^û* ^^ s'écartoient en rien de l'orthodoxie , et le 1 , c. a6. Alexandre entretint avec lui une étroite corresponda Ce pontife ayant convoqué le troisiènie càncile de tran , Manuel y envoya George , métropolitain de C fou , qui , étant tombé malade à Brindes ou à Otran fut rappelé à Constantinople pour assister à un aolAL concile assemblé par le patriarche. Nectaire , abbé Casules, se rendit à sa place au concile de Latran. nuel reçut avec honneur Guillaume , archevêque de T qui revenoit de ce concile. 11 le fit conduire et esco: par une escadre de ses vaisseaux jusqu'au port d^Ântii che. Il avoit auprès de lui un interprète latin nomiL, Léon , dont le frère , Hugues Ethérien , vivoit à Coi tinople sous la protection de l'empereur , qui l'écoui volontiers. Hugues disputoit contre les Grecs schi tiques, et réfutoit leurs objections sur la procession i.^^, Saint-Esprit. Il en composa uA livre qu'il envoya t^ pape Alexandre. Nortésis, catholique , c'est-à-dire, jÊr\ triarche des Arméniens , qui n'admettoient qu'une vmA ture en Jésus-Christ, écrivit à l'empereur pour lui de-t mander des éclaircissemens sur la doctrine, témoignant'* un grand désir de s'instruire. L'empereur lui envoya on ^' théologien habile nommé Théorien ^ qui , étant &$st L en conférence avec ce prélat, vint à bout de le ramener'^ de son erreur, et avec lui plusieurs évê.ques d'Arménie. ! /Ce zélé à maintenir la pureté de la foi auroit mérité ^ des éloges, s'il n'eût pas voulu être lui-même théo-f logien. C'étoit, comme nous l'avons déjà observé, une* prétention des empereurs grecs d'être des docteurs de ^ l'Eglise, et d'avoir la clef des Ecritures. Aussi jaloux de ^ ce privilège que de leur couronne , ils décidoient en ^ dernier ressort des points contestés; et malheur à celai ^ qui ne se soumettoit pas à leur sentiment ; la déposition ^ et l'exil étoient le dernier argument du souverain. Manuel y aussi redoutable dans la controverse que dans I&
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 2l{S
[aerre, ne soufiFroit pas impunément la contradiction. Enivré de Vopinion de son savoir , que ses flatteurs adoiroient, sVxprimant d'ailleurs avec facilité et avec ;râce, il aimoit à raisonner sur les mystères, à embar- ■asser les théologiens ; et , sans égard à la tradition , desilote dans l'Eglise comme dans l'état , il prétendoit faire valoir les interprétations qu'il donnoit aux livres saints. Eies Grecs de ce tempsrlà transportoient dans l'étude de ^ religion les subtilités de la métaphysique. Aristote fenr tenoit lieu de tous les saints pères. Les premiers Eiûëtiques s'étoienl attachés à des dogmes importans : leur objet étoit substantiel et palpable. Les nouveaux Errecs couroient après des ombres ; il ne leur restoit que les cendres des anciennes hérésies qu'ils remuoient sans cessé. Aussi présomptueux que frivoles , ils disputoient , ib se faisoient la guerre sur la nature, sur les opérafions de la Divinité , et se traitoient mutuellement d'héïétiques sur des points également incompréhensibles aux 'uns et aux autres. Les empereurs surtout se flattoient Vr^tre, s'il est permis de parler ainsi, les confidens de rÊtre suprême, et de pénétrer dans Tabtme de ses secrets. Cette prérogative étoit si bien établie dans l'o- *|^mon publique, que Cinname, historien d'ailleurs assez *iensé, dit sérieusement que ces hautes matières ne sont da report que des prélats et des empereurs. Je ne rapporterai pas les sujets de discussion où Manuel perdoit son loisir. Ils ne méritent pas plus l'attention des lecteurs qif ils ne [méritoient l'étude du prince. Il suffira ide dire qu'il déposa des évêques, et destitua d'autres personnes en place, parce qu'ils ne pensoient pas ^mme lui , et qu'il dressa un formulaire qu'il fit souscrire dans un concile , avec menace d'^communication , et même de mort, contre quiconque oseroit. non-seulemént le contredire , mais même le soumettre à l'exanen.
^44 HISTOIKE DU BÀS-SMPIRE.