ALEXIS COMNÈNE IL ANDRONIC
JLjes trois premiers Comnènes avoient relevé Tempii qui penchoit vers sa ruine. Leurs exploits les aveu rendus redoutables au-dehors. Mais , plus occupés de gloire que du salut de Tétat, ils n'avoient pas assez ti vaille à en guéfir les maladies; et tandis qu'ils repoi soient les barbares et quUls réparoient les brèches l'empire, ils avoient été trop peu attentifs à réprii les ennemis intérieurs , plus dangereux encore , qui minoient les fondemens. Le luxe et la rapine', compara gnons inséparables, la misère et Findignation s< des peuples accablés d'impôts et déjà révoltés dans U cœur, la corruption des ministres qui vendoient et la justice et rinjustice, et le prince même, l'ignorance de la religion , dont de vaines superstitions avoient usurpé' la place, la débauche qui règne plus impérieusement'^ que le monarque, lorsqu'elle s'assied avec lui sur le trône , tous ces désordres menaçoient.des derniers malheurs , si le successeur n'y apportoit un prompt remède. Mais c'étoit un miracle au-dessus de l'âge et du génie d'Alexis , fils de Manuel. Son règne est l'époque fatale ^ de la première destruction de l'empire grec. Tous les ressorts de l'autorité impériale s'étant relâchés entre les ^ mains d'un enfanf , les incursions des barbares d'Orient ^ et d'Occident, les révoltes fréquentes de^ seigneurs am- ^ bitieux, l'avarice des ministres , la mollesse, la tyran- ^ nie, les meurtres, les perfidies des souverains qui se '
HISTOIRE BU BÀS-£MPiaE. fk^^
iMiissoîênt successivement, achevèrent d'abattre une poissance ébranlée depuis si long -temps, jusqu'à ce fi'enfin elle fftt envahie par les Latins.
Alexis n'avoit que onze ans lorsqu'il perdit son père Nicet, e. i ^ livec lui tontes ses ressources. Marie sa mère, voyant /. "â^J,, -f^ Panuel sans espérance, n'avoit pas attendu sa mort '^* hoar se retirer dans un monastère , où elle avoit pris Hou, IHbabit de religieuse avec le nom de Xéné, Mais jeune ^^ ^nJe^L RMore, aussi légère et aussi ambitieuse qu'elle étoit^^^* ^- > le^ elle avoit bientôt essuyé ses larmes; et, sous préde guider son fils dans un âge si tendre f^elle quitta •beat de peu de jours un habit et un nom qui ne la igeoient pas des plaisirs et des grandeurs dont s'iétoit fait une trop douce habitude. Elle prit donc main la tutelle de son lils. Mais la tenflresse materlen'étoit pas sa passion dominante. Alexis, protosé- , fils du défunt Andronic ^ neveu de Manuel, lui avoit inspiré une autre beaucoup plus vive du vivant le de son mari. Il partagea aveq elle tout le pouvoir; l'ia curiosité libertine de la cour découvrit aisément l'entre eux la liaison politique n'étoit pas la plus in- , sur un théâtre si corrompu , cette intrigue ni moins de scandale que de jalousie. Les courtiétoient divisés en trois classes. Les uns, idolâtres la. princesse , et plus efféminés qu'elle-même, ne «ent qu'à supplanter dans ses bonnes grâces le te; c'étoit leur unique affaire. L'œil enflammé, -^^ilterie sur les lèvres, en posture d'esclaves, et vrai-
Eut esclaves de leur passion , ils rampoient aux pieds l'imp^Atrice, étudiant tous ses mouvemens, épiant moindres regards , qu'ils s'empressoient d'attirer -eux par leur magnificence ; ils ne déroboient à cette ition servile que le temps qu'ils donnoient au soin leur insidieuse parure : âmes énervées, dignes du de leur idole. D'autres, plus sérieux et plus feÉBibrea 9 fnro toient de la distraction que ces galante-
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ries £aisoient aux affaires pour piller le fisc et les se et prévoyant bien que ces amusemens frivoles se inineroient par quelque catastrophe funeste , il hâtoient de s^enrichir à force de vols et de conçus» pour avoir de quoi jouir lorsqu'il ne resteroit aux ai que le désespoir. D'autres enfin , plus hardis , aspire à la souveraineté , et tramoient sourdement des ( plots pour faire tomber un enfant et se mettre place. Tous se réunissoient contre le protoséba dont rinsolent orgueil insùltoit à toute la cour disoit mâfie que Marie , pour faire régner son an) avoit fait avaler du poison à son fils , mais que les decins en avoient empêché l'effet. Dans l'agitatio tant de cabales, nul ne s'occupoit de Téducatioi jeune princef Abandonné à lui-même , emporté coi une feuille légère au milieu des tourbillons de la c perdu dans les voies te|ptueusses des diverses intri{ à chacune desquelles il prêtoit son nom sans le sa^ il ne prenoit de Ja, puissance souveraine que la lesse, la fierté, le mépris des sujets. La chasse, les vaux, les jeux de ses jeunes courtisans, aussi peu inst que lui, faisoient toute son étude. Les forêts e écuries étoient l'école où il apprenoit à gouverne hommes.
flLw. nSi. L'état de crise où se trouvoit le gouvernemen ZVi'cet. c. a , veilla dans le cœur d'Andronic le désir et l'espéi de monter sur le trône ; ce qu'il avoit tenté sans si Pour éclaircir l'histoire de ce méchant prince, do scélératesse va jouer le plus grand rôle , il faut ei prendre la suite de plus haut. Nous Tavons laissé sa concubine Théodora auprès du sultan de Col( dont il entretenoit l'amitié par les courses et les ra qu'il faisoit sur les terres de l'empire. Au bout de i ques années, Manuel , après avoir tenté inutile plusieurs moyens pour le surprendre^ le prit enfii sa passion. Il chargea ISicépbore Paléologue, di
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. a47
, à quarante lieues de Colonée, d'enlever liéodora. L'ordre fut heureusement exécuté. Théodora k c;pnduite à Constantinople avec ses deux enfans. îUtoit un appât bien puissant pour attirer Andronic , IM Tamour pour cette princesse çontinuoit dans toute Nbreur. Il écrit aussitôt à Terapereur , lui demande |lhlon de ses fautes passées , et la permission de reveinr pu cour, sous sa parole impériale qu4l ne lui sera lait ■taii mal. Tous les forfaits d' Andronic n'avoieot pu Kèrement étouffer la tendresse que Tempereur avoit te pour lui dès l'enfancf. Il lui accorda tout ce demandoit ; et le fugitif, de retour à Constanti- , pour achever de désarmer la colère du prince, on spectacle pitoyable, se rendit au palais portant m une chaîne de fer cachée soiis ses habits. A la vue 'empereur, il se prosterne tout entier, et, découvrant itne , le visage baigné de larmes , il implore d'une lamentable la miséricorde du prince, qui ne peut léme retenir ses pleurs, et Tinvite à se relever, lie refuse cette grâce , à moins que l'empereur me à quelqu'un des assistans de prendre la chaîne le traîner jusqu'au pied du trône, où il voulut inve^demeurer long-temps prosterné. Cette scène qui , pùB le Aeur d' Andronic , n'étoit qu'une comédie , at- Irit beaucoup l'empereur et tous les assistans. Après \Tï d'Ândronic, on se ressouvint, comme d'un ige de ce qui devoit arriver , qu' Andronic avoit été ïé par Isaac l'Ange , qui lui ôta dans la suite l'emet la vie. L'empereur le traita avec humanité, et [^rendit même ses bonnes grâces. Mais , pour épargner idronic de nouveaux attentats ^ et à lui-même de reaux soupçons , après lui avoir fait jurer une fidé- ^inviolable à sa personne, à celle de ses enfans et à ■spire, il l'éloigna de la cour, et lui fixa pour de- Nirô la ville d'GËhoé dans le Pont polémoniaque , Ifcord de la mer Moire.
È^B' mSTOIR£ DU BAS-EMPIRE. -
Androuic y vivoit tranquille. Eloigné de la fondre
des orage$,. comblé des bienfaits de Tempereur, il
bloit avoir rendu le calme à son âme si long«-ti
agitée. Mais , après la mort de Manuel , la conjonct
qui sembloit inviter son ancienne ambition, *ralliii
bientôt le feu caché sous la cendre. Un enfant sans
raetère, une mère livrée à ses plaisirs, un favori odti
à la cour et à tout Tempire, des ministres occupés
pillage lui montroient un chemin facile pour parvi
où il avoit toujours aspiré. Mais il lui falloit une ai
et un prétexte spécieux poijir l'assembler. Après plusii
projets qui se détruisoient l'un Tautre, il jeta les yi
sur la formule du serment qu'il avoit prêté à Mani
et à son fils ; elle fioissoit eu ces termes : Si/e dicoi
soit par moi-même , soit par d'autres , quelque c)
de préjudiciable h Phonneur et au salut de votre fami
ou de t empire , je jure de vous le déclarer et de
opposer de tout mon pouvoir. Ces dernières paroles
mettoient les armes à la main, et la couronne suri
tête. Il entre aussitôt en action. Il écrit lettre sur U
au jeune Alexis, au patriarche Théodose, à tous
qu'il croit chérir encore la mémoire du défunt emj^
reur. Il exagère Tahus que le protosébastc faisoit S0
pouvoir usurpé, le danger évident du jeune "{ffînce,»
déshonneur dont un indigne favori flétrissoit la mail
impériale , passion honteuse qui faisoit rougir t(
Tempire, et que la renommée publioit dans toutes
cours étrangères jusqu'au bout du monde. Andn
n'étoit jamais plus éloquent que lorsqu'il employoit|
déguisement et le mensonge. Hypocrite effronté ,
abusoit même des divins oracles , et avoit toujours à l|
bouche quelque passage de saint Paul. Il sut donner |
ces reproches sanglans tant d'énergie, qu'il enibra4
tous les cœurs. On oublie tous ses crimes ; l'infortuiÂ
et une longue expérience ont enfin changé ses raœunP
c'est maintenant le patron de la vertu. Son pnissai
mBTPIHK BU BAS-KMFIRE. 1^9
lie f SOU eèle pour l'honneur et le saint de Tempire , sont Tunique ressource. On Tinvite , on Tattend avec itieiTice. Il quitte Œnoé et entre en Paphiagonie. tout où il passe il expose le serment qu'il a fait ; pour ràcquit de sa conscience qu'il va tirer de il le fils de son maître cliéri. Son passage est fétë par Iles les villes. Andronic est l'ange exterminateur des \ùs. Les roëcontens s'assemblent en fouie autour de Mais, ne se trouvant pas encore assez accompagne, i«'arr^te sur la frontière de Bithynie pour attendre les désordres de la cour soient parvenus à leur iblê. r'On eût dit que le protosébaste ëtoit d'intelligence An. ii8a. Andronic contre lui-même. Loin de prendre des iVicet. r.4 lores pour arrêter ce commencement de révolte et se concilier les esprits, aveuglé par son orgueil et les faveurs de l'impératrice, il se rendoit de pins plus odieux. Il éclipsoit le prince et son conseil : IX €le l'autorité souveraine, il vouloit être non le il , mais la source de toutes les grâces. Il dicta au le empereur un édit qui portoit que tous leè ordres îiconques, quoique signés de la main du prince, n^anâent d'exécution qu'après que le protosébaste y auroit ijoutë la souscription avec l'encre verte en ces termes : l/oii, ainsi qu'il est ordonné. Muni' de ce pouvoir da , il ne ménagea plus rien. Tous les trésors de 'enïpire, qui avoicnt coûté aux empereurs précédens it de violences et de contraintes , et à leurs sujets tant 'de larmes et de malédictions, disparurent entre ses mains et en celles de l'impératrice mère, qui les dissi- ^poit en fêtes, en festins, en bâtimens de caprice, en aveugles profusions. Tant de sujets de mécontentement I aigrissoient les esprits. Tous les yeux se tournoient vers Andronic. On l'attendoit comme le sauveur de l'empire. Les seigneurs l'appeloient par des messages continuels, ci loi reprochoient sa lenteur ; ils lui protestoient qu'il
â5o HISTOIRE BU BAS-EMPIRE.
seroit reçu à bras ouverts , et ne trouveroit nulle opp^' sition.
et.'c.4. Dans la chaleur de tant de sollicitations il n'en ét< ^^^ ' point de plus empressées que celles de Marie, fille Manuel, et femme du César Jean. Cette princesse, et pleine de courage, indignée de Tinsolence dû pn sébaste , et plus encore de la supériorité qu'il affecte sur elle, ne cessoit d'aiguillonner Andronic, qui différoit que pour se faire désirer davantage. Impatû et incapable de déguisement « elle s'opposoit en face protosébaste ; elle n'oublioit rien pour le traverser; forma une ligue de ses ennemis. Les principaux étoii Alexis Comnène , fils naturel de Manuel ; Androi Lampardàs, guerrier estimé; Manuel et Jean, fils lé| times de ce même Andronic qu'on appeloit avec d'instance ; Jean Camatère , préfet de Constàntinopl Plusieurs autres seigneurs entrèrent dans ce complot Tous jurèrent de veiller à la sûreté de l'empereur et détruire le protosébaste. On n'attendoit que l'occasionj On se flatta de la trouver le samedi de la première maine de carême, jour de la fête de saint Théodore |^ que le protosébaste devoit aller célébrer dans Péglise d^ ce saint martyr. Tout et oit préparé; on a voit aposté dc$-; assassins. Le coup manqua par quelque aventure ; et plusieurs semaines après le complot fut découvert. Les conjurés furent arrêtés et mis en prison ; ils n'attendoient que le supplice.
Marie, qui les avoit précipités dans ce malheur, étoit trop ardente pour les abandonner. Après plusieurs jours de sollicitations inutiles auprès de l'empereur et de sa mère, elle levé le masque, et court avec son mari à réglise de Sainte-Sophie en criant à haute voix : A moi^ citoyens ! secourez la fille de votre empereur contre une marâtre et un indigne favori. Le patriarche et le clergé, touchés de compassion , lui ouvrent les portes ; le peuple accourt en foule. L'état déplorable d'une fille et d'une
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. âSl
d'empertar tire des larmes à tous les assistans. rie, les voyant attendris, leur inspire la hardiesse .comhattre pour elle , en fortifiant par des largesses thétiquç de ses discours. On gémit, on s4rrite, on aux armes. Dans cette alarme, l'impératrice, lyée , lui envoie offrir le pardon. Elle répond fièret que c*est à elle h le donner, que le proiosibasie le coupable ; qu'il veut faire périr l'empereur et se t maître de tétat; que son administration pere a déjà ruiné les affaires ; qu'elle ne lui fera t qu*aprh qu'il aura mis en liberté les prisonniers ^ ^çuUl sera dépouillé d'un injuste pouvoir dont il . li'empereur , que le protosébaste faisoit parler à gré , envoie ordre à Marie de sortir de Tasile , et menace de Ten faire tirer par force. Elle répond par défi ; et, pour se mettre en état de défense , elle poste gardes aux portes, elle garnit de soldats toutes les très. L'église devient une place de guerre. Outre jnultitûde de Grecs prêts à mourir pour elle, une de gladiateurs italiens qui se trouvoient alors à stantinople , un grand nombre dlbériens qui s'y loient tous les jours pour le commerce, gens féroces rf|. déterminés, viennent lui offrir leurs services. Elle vm fait une armée. Le patriarche , voyant le lieu saint t4iangé en un champ de bataille, veut en vain apaiser la princesse par de sages remontrances. Au lieu de Técoûter, elle entraîne le clergé même dans son parti. Trois prêtres, la croix à la main, se mettent à la tête des léditieux. Ils traversent toutes les rues , toutes les places de Ja ville , vomissant mille injures contre le protosébaste et l'impératrice. Le peuple se joint 'à eux. On pille , on abat le palais du protosébaste et les maisons de tous ceux quW croit être ses amis. Le préteur Théodore a voit pris la fuite : la fureur se décharge sur ses meubles , sur ses équipages , tout est réduit en poudre.
WftftMMfe'OTr Ifti
Qll4«riipirfli^4^ iBéRi«4te Mgbftlë» {M^^
vakit {lit i«Ms4enMif»'âr<Sotirt^ fk»iir èj|
aQX.TévëlVbi; .iLfidhié Isirè-^iiii- Us ii^u^a tfisjpif
afird^làdo Boi|ihor6.^Loriqd'(riUièfiSk^f k^^
ofi V Jogca tdan» le iMrt«iÂ^ ki'fki fit tèi {irépa
pi^tti;' attiéger SaiiAMOp^ ^n t6t
di^jpoaoil à la dëfeme. It fit abâUtls p^îusiétirs kiâ
coôtigiiët qui pamfoicni^fofDfisef lèlt s^iégèani'
fortifia vdaot ptusiaui^. antres ëdifieèisi de^i^Augtièl
|ilaee,iœiAenie qoia'itcndoit «ntl^ le palais iiilj
et S^Mite-Sophia ; il ea fit * autant de dtadellei.
mai l'tKttai}oe commenta 4 et les soldats de l'ettiperél
tant Qèaiparés4i i'i^î^ ^ SaântJèan rëvadgélisté^
le toit éloit lort ëlevié f fàodfoyéiênt de là les troti|
Gësar; ^1 la grande place étaàt remplie d'une fèi
penpie, auqan foop-Blëicnt éperdu, hé pedple fiii
Impériaux fènnanl lee issues de toutes les rùea qui
doieirt dana la place. Lès^réiroUës soHent sûr eux.
livré un grandxoBibat ^ dans ftéqdel l^s. révoltés so
poussés dans Saiate-Sophie. On lés y assiégé. L
triàrcbe, craignant la^ profanation du lieu saii
montre aux assiégeana dans ses hairits pontificau:
le livre des saints Evangiles. La religion n'est qu'u
blc boucUcf contre la forent. Le César , suivi de g
teurs et de ses doisesti^pâres , fait une vigoureuse £
les Impériaux reculent fplurîeurs sont blessés; u
est tué. Tous font ferme ; tes révoltés rentrent dai
gtisct ft 1^ traits volent de part et d'autre. Au <
du jour tes deux partis 9 également fatigués , se ré]
comme ;de concert. Le patriarche profite de cet
valle pour envoyer à Timpératrice ; il la menace
colère de Dieu , qui lui demandera compte du sài
pandu sur a^û- anteb ^ et du pitbge des choses ^
HISIOIA£ BU BAS-EMn&l. sS5
consacrées. La princesse Marie envoie en mCme m porter des paroles de paix. Les principaux seirs s'entremettent de la réconciliation.La nuit se passe une défiance mutuelle, mais sans acte d'hostilité, ead^sain on convint d'une amnistie absolue et sans ptioii. Tout rentre dans le calme; chacun se retire isa maison, et , la nuit suivante, le César et la prin- I sortent de Sainte-Sophie, et retournent à leur is.
t n'éloit pas sans chagrin que le protosébaste se lit sans vengeance. Plein de ressentiment , il chérit une victime. Le patriarche n'étoit pas compris dans tnistie, il n'en avoit pas besoin. Le sage prélat ne dt déclaré pour aucun de3 deux partis ; toutes ses iurches n'avoient tendu qu'à calmer la discorde. Celunt le ^vori , irrité de son impartialité même , ^ par argent et par Tappât de la bonne chère les I du plergé. Assuré de leur complaisance , il en îpose une commission dans laquelle il fait entrer Ijfenrs sénateurs corrompus , qui avoient charge de limiieF le prélat et de prononcer- sa déposition. Les laces; de Marie prête à reprendre les armes arnt cette inique procédure; et comme elle connoisla douceur du patriarche, elle fait garder sa maison, niote qu'il ne cède à l'orage , et qu'il ne passé à de Térébinthe, où il avoit fondé un monastère dans idil avoit dessein de finir ses jours. Le protosébaste, •pt ses mesures rompues , envoie un ordre secret à fodofie de s'aller enfermer sans bruit dans un mo-:' li^ hors de la ville. Le prélat obéit ; et , s'étaiit dé- (p^endant la nuit à ses surveillans , il se "retire, à m dé tout le monde, dans le lieu qui lui étoit assigné. lendemain toute la ville est en alarme ; on cherche Mriarche; on s'écrie que l'impie protosébaste l'a fait' r dans la mer. Les sénateurs , les parens même du Dce, à la suite de Marie enflammée de colère, cou-
il54 HISTOIRE DU BAS-EMPI&C.
rent an palais , redemandent le patriarche i m de mettre tout en feu , s'il n'est rendu à son peaplcà protosébaste est force de plier ; il fait revenir le p Tous les ordres de Vétat vont au-devant de lui. f 1 r dans la ville an milieu des acclamations-^ au Mf^ la iîimëe dé Fencens et dés aromates précieux brûle partout sur son passage. On l'arrête à chaque pour lui baiser la main ou le bas de sa robe. La du peuple étoit si grande , qu'étant entré le matin Constantinople , il -n'arriva que le soir à l'église Sainte-Sophie. Les commissaires qui avôient proi le déposer se tiennent enfermés dans leurs maisji craignant à tous momens d'y être forcés et mil pièces.
Nicet. e. 9, La confusion étoit venue au point que le
Ândronic pour faciliter rexécution de ses«projets£ fille Marie , échappée de Constantinople , lui fit an> trait fidèle de la discorde sanglante qui déchiroit mille impériale ; un souffle achèveroit sa ruine , les vœux voloient au-devant d'Ândronic. C'étoit point de maturité. Andronic marche , arrive à clée , et continue sa route à la tête d'une armée avoit eu le temps d'assembler. Partout où il pa publie qu'il va délivrer l'empereur des tyrans tiennent captif, et qui en veulent à sa vie pour ac ensuite de ruiner l'empire. Parfait comédien , il dë{ le sort de son jeune maître ; la mémoire de K lui est trop chère pour abandonner son fils à des ravissans ; il va se sacrifier à son service. Ses gé mens, ses larmes, ses élans de tendresse lui gaj tous les cœurs. Ce généreux dévouement lui fait soldats , et grossit à chaque pas son armée. Le brui sa marche réveille enfin la cour impériale, qui, pi gée dans la mollesse , n'avoit pas ouvert les yeux sofl^ premiers mouvemens. Le protosébaste n'avoit po|! d'amis ; mais l'impératrice avoit une foule d'amans qi
HISTOIRE DU BÀS-EMPIRK. j55
ir lai complaire , feignoient le plus vif intérêt pour favori. Il se trouva donc plusieurs comraandans qui lésèrent quelque résistance à l'entreprise d'Andronic. rée lai fei'raa ses portes ; Jean Ducas , qui comnianit dans cette ville , ne se laissa ni tromper par ses ifices , ni corrompre par ses promesses. Jean Comle , grand-domestique et préfet de Thrace , pouvoit e d'un grand secours dans une révolution. Ândronic écrivit et employa toute son adressa pour l'attirer à 1 parti. Au travers des démonstrations de zèle, Jean erçut le fourbe et se déclara son ennemi. Andronic it déjà près de Nicomédie lorsqu'on envoya contre . an corps de troupes sous la conduite d' Andronic Inge 9 mauvais général , qui fut battu à la première ^Dtre , quoiqu'il n'eût affaire qu'à un détachement paysans mal armés , et de milices de Paphlagonie anaandées par un eunuque. De retour, à Constantin ||le avec la honte de cette défaite, comme on lui detadoit compte de l'argent qu'il avoit reçu pour Texptioa y au lieu de le rendre , il se cantonna dans sa lion , résolu de s'y défendre. Mais, voyant qi^'on se baroit à l'y forcer , et qu'il ji'y pourroit tenir longips f il prit ^c parti de s'embarquer de nuit avec sa e et six fils qu'il avoit, et alla se rendre auprès ronic, qui le reçut avec joie , en citant ce passage vangile , qu'il avoit coutume de profaner : // est V yoilh que f envoie mon ange devant votre fcu:e vous préparer le chemin. Sans s'arrêter à Nicée ni nnédie , il marcha droit au Bosphore. Ayant passé alcédoine , il étendit son armée dans la plaine , et,
ren grossir l'apparence , il fit allumer pendant la beaucoup plus de feux qu'il n'en étoit besoin. Dès W vit flotter ses étendards, toute la ville courut au \^ : les lieux élevés , les toits des maisons étoient Iveris d*un nombre infini de peuple qui lui tendoit
956 HISTOIRE BU BAS-EHPiaC/
les bras et l'iavitoît à venir par des signes d'emp ment et de bienveillance.
Nîcet.c. 10. Telle ëtoit la disposition du peuple , qui ne prêt la peine de cacher ses sentimens, parce qu^ils soni verts de Tombre que lui fait sa multitude. Enti citoyens plus aisés à distinguer, les uns faisoient : tement des vœux pour Ândronic , les autres se cro} quittes, de la fidélité qu'ils dévoient à Pemperei demeurant dan; l'indifiFérence; le peu d'intérêt q< souverains prenoient à leur bonheur les avoit dé ressës à Tégard de leurs souverains. Le protosébaste presque le seul qyi ressentît une sérieuse inqui( Il ne voyoit ylus entre lui et son mortel ennemi q fossé de Constantinople. Mais ce fossé étoit le Bosp dont il étoit facile de défendre le passage. Il fit tous les vaisseaux du port , et les chargea pari Grecs , partie de Latins , qu'il paya fort cher , qu'il comptoit beaucoup plus sur leur courage, vouloit donner le commandement à ses parens et créatures ; le grand-duc s'y opposa , prétendant qualité d^amiral c^étoit à lui à nommer les capit Le passage étant ainsi fermé à Andronic , le pn baste lui députa un prêtre nommé George XipI avec une lettre par laquelle il lui promettoit les k les plus signalées, s'il se désistoit de son entrepris dit que Xiphilin fut le premier à conseiller à Ane de tenir ferme ; et il n'eut pas de peine sans doul persuader. Andronic le renvoya , chargé de rép de sa part que , si on vouloit lui faire quitter les a il falloit chasser du palais le protosébaste , et lui son procès , dépouiller rimpératrice de toute sa torité , la raser et l'enfermer dans un monastère mettre le pouvoir souverain entre les mains du empereur , selon le testament de son père. Une pj réponse étoit une déclaration de guerre ; et Ton s'^
HISTOIRE DU BAS-EMPiaK. ^Sj
Moil y lorsque Contostëphane passa avec tous ses vais-^
aux an bord d*Ândronîc, et se déclara en sa. faveur.
Fne si grande désertion ôtoit toute espérance au proto-*
R^ste. On ne le ménagea plus ; n'étant plus craint du
laiple , il en devint le mépris. On passoît pal* bandes
m camp d'Andronic. Sa haute taille, sa bonne mine^
H traits de la vieillesse qui le rendaient vénérable
jios effacer les grâces de sa personne , la douceur in^
inaante de ses paroles , et la magnificence de ses pro-*
ibessest tous ces attraits imposteurs opéroient une sorte
Penchantement. Presque tous revenoient pleins de zèle
Itar un prince si aimable. Très - peu apercevoient le
fap caché sous la peau de brebis ^ et le serpent perfide
)fA perceroit le sein où il auroit repris là vie.
' On prend les armes ; la révolte devient générale. On iVi'cet.c;ii;
irréle dans le palais le protosébaste , on le donne en
iferde aux Varangues ^ armés de leurs haches menaçantes.
M tire des prisons les deux fils d^Andronic , et les
Eres qui ^voient été enfermés avec eux ; on y jette à r place les amis du protoséhaste. Au milieu de . la Init suivante on le fait sortir sans bruit du palais ,- et lu le conduit' avec une escorte renforcée dans la prison lîMriarchale. C'étoit pour une âme hautaine , née d'ans h pourpre ^ élevée par son audace au-dessus du trône béme , un sujet de dépit bien hunnliant de se voir jÉns setours , sans un seul domestique , au milieu des Ihatnes et des affronts, à la merci du patriarche, qu'il l^tt voulu perdre deux jours auparavant. Mais le ^inélat , plein de douceur , loin de se ressentir d'une inllMe persécution , ne s'étudia qu'à le consoler dans sa Bsgrâce. Il tâchoit de contenir d'un côté l'insolence dear Varangues , troupe brutale qui ^ ayant jusque-là obéi la esclave aux ordres les plus iniques du protoséhaste 4 m divertissoit alors à l'insulter jour et nuit , et à ne \ui llisser aucun repos; de l'autre, l'impatience du pri-^ hanier qui , oubliant son infortune / prétendoit eii^
HIST. DU BAS-£llP. TOM. IX. 17
l59 HldtOlÀE Dt BAS^EMPlfti.
core les traiter en mattre. Âii bout de quelques }Oinfj
on le tire de ce lien pour le faire monter snr un méchitt
cheval ; on le mène an bord de la mer , à la snite d'iÉJ
haillon posé en bannière au bout d*un roseau; ià^flf
le jette dans un bateau , et on le conduit devairi
Ândronic , qui , ayant assemblé les seigneurs comifrtl
pour le juger , lui fait , selon leur avis , crever les yeitl^
Tel fut le dernier sort de ce tyran voluptueux , pdi^
par un scélérat plus méchant que lui , qui éproav^
hii-niéme dans la suite un châtiment encore plus f^
neste.
cet»c. II. Pendant qu'Andronîc se préparoît au passage , Cofr*:
L,c. io, stantînople étoit dans une étrange agitation. Elle étoK
u'^* , remplie de Latins que leur commerce et la faveur dl^
lie thr. Manuel avoient attirés de tontes les contrées de ritalie.!
Manuel, persuadé de leur fidélité et de leur courage,
combloit de bienfaits : souvent même il les préféi
aux Grecs dans la conduite des plus importantes ailsl
res. Cette confiance du prince allumoit la jalousie de
cour et de la ville , et la différence de sentimens dai
la religion aîgrissoit encore les esprits. Les zélés auroi(
pardonné à Manuel tous ses défauts , et même tous ^
crimes, s'il n'eût pas été fauteur d'hérétiques; c'étoitifi
nom que les Grecs donnoient aux Latins, et que ceux4
ci leur rendoient à leur tour. L'animosité n'attend(^
que i^occasion d'éclater. Mais, après la mort de ManuelÂ
le protosébaste continua de favoriser les Latins ; ceqii|
augmenta la iiaine qu'on avoit contre eux. La chute tii|
ce ministre écrasa ses protégés. On se préparoi t à \i
foire périr. Ils en furent avertis, et les plus alertes
gnèrent leurs vaisseaux avec ce qu'ils purent emportt
de leurs effets. Los autres , en plus grand norabitj
furent les victimes d'une foule effrénée. Andronic avoîll
envoyé sa flotte , avec des troupes choisies, pour prêtcfj
main forte au peuple dans ce massacre. Les Lalin^i',
s'étant réunis , se mirent en défense ; il en coûta la vie
HISTOIRE DU BAS-EMPIRB. SrSg
i quantité de Grecs. Mais il fallut cëé|Lau nombre et Irendre la fuite , abandonnant leurs fl^asins remplis le richesses. Les uns se sauvèrent dans les maisons de foelques grands seigneurs dont ils étoient connus , et ^ai eurent assez d'humanité pour les cacher à la fu- Ror du peuple. Les autres trouvèrent encore de leurs navires dans le port , et s'enfuirent à toutes voiles. On ■ait le feu à leurs maisons , et tout le quartier qu'ils ^bitoient fut réduit en cendres. Les femmes , les eft- &DS , les vieillards , les infirmes, furent la proie des flaoïines. Plusieurs s'étoient réfugiés dans leurs églises; flo les brûla avec leurs églises mêmes. On traitoit les ^prêtres *et les moines avec plus de cruauté que les jiotres. Jean , cardinal de Téglise romaine , que le pape Alexandre avoit envoyé à Manuel pour ménager un ittccomniodement entre Téglise latine et l'église grecque, fiât pris y décapité ; et, par un excès de rage, sa tête, attachée à la queue d'un chien , fut traînée dans toutes iles rues. On déterroit les cadavres , on semoit leurs os ^Ds les places et dans les carrefours. Manuel avoit ^éoané aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem un ^lii6pital pour les Latins ; les malades y furent égorgés ^^ns leurs lits. C'étoient les prêtres et les moines grecs
qm étoient les plus acharnés au carnage ; ils payoient j^lcs assassins ; ils alloient chercher dans les maisons les I foalheureux qui s'y étoient cachés, et, les traînant hprs Me leurs retraites , ils les livroient à leurs bourreaux. lijes plus humains vendoient aux Turcs et aux autres I^J^bares ceux dont ils épargnoient la sang ; et l'on dit '^ 4piHl y en eut plus de quatre mille qui furent livrés à ce |)riiiisérable esclavage. Ce qui montre davantage la fureur ^ dUmt les Grecs étoient animés , c'est qu'entre ceux qu'ils
- égorgeoient se trouvoient leurs gendres , leurs beauxpères, leur beaux- frères ; les liaisons les plus intimes, les alliances les plus sacrées n'arrétoient pas leurs bras
i^arrîcides. Cette barbarie n« demeura pas impuaie. Les
aÔO HISTOIRE BU BAS-EMPIR£«
navires fugîti^j^lèrent , saccagèrent , mirent à fen e( à sang, dans flPpice de soixante-dix lieues, les ilesc^ les côtes (le la Propontide, de THellespont, de r^chi», pel, ruinèrent les monastères, massacrèrent les prétrei^ et les moines ; et de ces horribles, représailles ils rem-;: portèrent plus de richesses qu'ils n'en avoient perdu à, Conslantinople. Ils portèrent le dégât jusque sur 1 côtes de Macédoine et de Thessalie; ils s'emparèrent d vaisseaux qu'ils trouvèrent dans les ports , et en com^ posèrent une flotte redoutable qui rendit long-temps la* mer impraticable aux Grecs.
Je ne m'arrêterai pas à décrire une comète et U0| épervier extraordinaire qui firent alors trembler Gon* sianiinople, et qu'on trouva dans la suite avoir annon. le règne d'Andronic, lorsque ce tyran se fut montré^ plus effrayant qu'une comète , et plus cruel qu'un éper*^ vier; signes frivoles, qui ne sont prophétiques que poQt le vulgaire , et inutiles au vulgaire même , puisqu'il!, ne deviennent intelligibles qu'avec le commentaire dej l'événement. Le dernier de tous ceux qui se rendirentiT' auprès d'Andronic fut le patriarche Théodose , ac-î" compagne des principaux du clergé. Dès que le prince, '' fut averti de son arrivée, il alla le recevoir hors de sa lente. Andronic étoit vêtu d'une robe violette de toile dlbérie ^ ouverte par le devant , qui ne descendoit que] jusqu'aux genoux, et ne lui couvroit les bras que ju$*j qu'au coude. Il portoit un bonnet d'un brun foncé, quij s'élevoit en pointe , et qui rehaussoit encore sa grande taille. Le patriarçjie étoit à cheval ; le prince se prosterna devant lui, et, s'étant relevé, lui baisa les pied$|I^ lui prodiguant les titres les plus hyperboliques, l'appe-j^ lant le sauveur de l'empereur, le patron de Thonneorl et de la vertu, un autre Chrysostôme. Le prélat , ausû^^^ peu sensible à ces éloges qu'ils étoient peu sincères , se ]^ contenta de le saluer en silence. Il n'avoit jamais va ^ Andronii: ; mais il ne le connoissoit que trop par ses
HISTOIRE BU BAS-EMPIKE. â6l
forfaito et par le récit de Manuel , qui loi en avoit sourent fait un portrait fidèle. L'ayant envisage avec une modeste attention , et voyant dans son visage , malgré lai régularité de ses traits , je ne sais quoi de dur et de. menaçant , un caractère de déguisement et de profonde malice , des sourcils élevés , des regards fiers et élince- Ëins , il ne put s'empêcher de plaindre en lui-même Hilasion de ceux qui Tavoient appelé avec tant d'empressement au gouvernement de l'empire ; et se tou;*- Banl vers le plus proche de ses clercs : Le voilà , lui dit-il à loreille , iti qu'on nous ta dépeint, Ândronic rentendit ; et, jugeant bien à l'air du prélat que la rékxion ne lui étoit pas favorable, il s'approcha à son lîHir de l'oreille d'un de ses courtisans, et lui dit : Voilà mn sombre Arménien, Une parole très-inconsidérée, qui ichappa quelque temps après à Théodose dans une coniersation avec Ândronic, acheva de le perdre dans Tes- ^t da tyran. Andronic , toujours faux et trompeur , ||éniis5oit de l'abandon où se trouvoit le jeune prince : '}^e suis y disoit-il , le seul qui s'intéresse à la conserva- Von de cet enfant auguste : personne ne partage mes Waçaux et mes inquiétudes ; vous-même , saint patHarche , vous ne m'assistez pas de vos conseils, quoif0ùe Manuel vous ait recommandé son fils , et qu'il vous mime préféré à sa famille pour vous charger d*un t si précieux. Le prélat impatienté de cette plainte pocrite : Prince , répondit-il , vous le savez ; je n*ai andonné la surveillance du jeune empereur que lors- *il n^a plus eu besoin de moi ; je tai regardé comme i du moment qu'Andronic s'est chargé du soin de Sfc le conduire. Cette parole fit frémir Andronic ; elle HMÎUoit dans ses entrailles. Et qu' entendez-vous par-là? '^^liqua - 1 - il , en lui lançant une œillade terrible. Le jiatriarche , pour ne pas irriter ce lion qui commençoît 1 rugir , couvrit comme il put son imprudence Je veux Ae^ repartit-il, qu'un f rince tel qu' Andronic a des
a62 HISTOIRE DU BAS-<>BMP1R9«
ialens de resie^pour gouverner seul et t empereur et ternit pire y et qu'il n'appartient ni h un prêtre ni h un vie lard tel que moi de s'ingérer à des fonctions qui de dent un héros. G^étoit vouloir guérir une blessure Tonction de la flatterie, qu^un peu plus de circonspecti se seroît épargnée.
trcf.c.i3. Cependant les deux fils d'Andronic se rendoient mat* très du palais, et prenoient les niesufes nécessaires assurer son entrée. Tout étant prêt , il monta dans vaisseau, et , toujours hypocrite , il traversa le détroit prononçant avec allégresse ces paroles de David : viens , mon âme y au séjour de ton repos ; le Seign fa sauvée ; il a essuyé tes larmes ; il- t'a garantie pièges tendus devant tes pas. Il se rendit au palais Mangane près du rivage, où l'empereur et sa mères' toient transportés, comme il Tavoit demandé. Il se sterna devant Tenipereur avec le plus profond respect, lui baisa les pieds, les baignant de ses larmes touj prêtes à le servir. Quant à l'impératrice mère, il ne salua que par bienséance, et d'un air qui montroit bî la haine qu'il lui portoit dans le cœur. Après quel momens il se retira dans la tente qu'on lui avoit pi parée , autour de laquelle les principaux seigneursavoierifli fait dresser la leur, chacun le plus près qu'il avoit pai| s'empressant à l'envi de marquer leur attachement i celui qu'ils regardoient déjà comme leur maître. nuit suivante on arrêta un misérable mendiant, (| s'avisa de venir à heure indue mendier son pain aui de la lente d'Andronic. Sa mauvaise mine et son hagard le firent. prendre par les gardes pour un so qui venoit jeter sur leur maître quelque maléfice. Ils tourmentèrent toute la nuit, et le livrèrent le lendeir^. main au peuple qui , dans la chaleur de son aèlf^ traîna ce malheureux au théâtre, et le brûla vif poo^ faire sa cour au libérateur. Au bout de quelques joaits Andronic voulut voir le tombeau de son cousin ManatL^
HISTOIRE DU 9AS-EMPIRS. m6S
Ikrrivë au inonaslère du Pantocralor , il ^e fit conduire gi lieu de la sépulture. Là, se tenant debout , il pleura lOièremenl , et poussant des sanglots et des gémissemeii$ |v|gubres, il donna une grande idée de la bonté de son (peur par ces marques de regrets pour un homme dont il avoit été si vivement persécuté. Conmie ses parens fouloient Tarracher d'un spectacle si affligeant : Laissez^ fBoi, leur dit- il, et relirez- vous ; foi quelque chose à flUdîre en parliculier. Ou s écarta; on le vit les mains Rendues, les yeux fixés sur le marbre, remuant les lèyrf^^eC murmurant des parolesqu'on n'entendit pas. Les piJqs simples crurent qu'il pr'ioit pour Tâme de Manuel; ||*aiUres, quHl le maudissolt, et qu'il iusultoit à ses pbdres.
., Dès qu'il se vit le maître, il donna un libre coursa Nicti.c.t KS méchancetés. S'étaut mis en possession de tous les nalais, qu il voulut tous habiter, mais en passant et BQmnie un voyageur, il ne laissa au jeune empereur |pie les divertissemens et la chasse , se tenant toujours pnviroiiné de gardes qui suivoient tous ses jpas et ne p^naettoient à personne de l'approcher. Il chassa du jpalais tous ceux dont le courage ou la prudence poupoient lui donner quelque ombrage. Tous les honneurs, ^limte^ les grâces furent réservées aux Paphlagoniens , et 1^ à ceux qui a voient servi son ambition. Les person* ■tfiges recommandcibles par leur mérite furent les plus ll^Uraités. La noblesse , les actions de valeur , la repu-* jtjltioo de vertu étoient des crimes. Ils n'y avoit pas )us-
S^aox avantages de la figure qui piquoient sa jalousie, llhear à ceux dont il avoit autrefois reçu le moindre f^plaisir. Il n*oublioit rien que les bienfaits. Tous ces ,^foa-là , quelque irréprochables qu'ils fussent , étoient fdiassés de leurs maisons , bannis de leur patrie : encore ,Jtoit«ce leur faire grâce; la plupart avoient les yeux ar- ^jrachës, ou périssoieut dans les fers. La barbarie du irince ouvrit la barrière à toutes les periîUies. Oa vit
^64 HIStOI&E DU BAS-KMFimS*
des frères , des fils , des pères non*sealemeut abandoan au tyran ceux qui leur étoient les plus chers , mais ] trahir eux-mêmes, les accuser d'avoir censuré la coi duite du prince, de le haïr, de plaindre le jeune Alezj Souvent les accuses se retonrnoient contre leurs accoii teurs, les accusoient à leur tour, et les entraînoicnj avec eux dans les prisons. Jean Gantacuzène attaqaoi|| un eunuque nommé Zita, comme ayant entretenu Ij jeune empereur du triste état de Tempire; et dânslH chaleur de sa délation, il sauta sur lui en présence d-Atii^ dronic, lui meurtrit le visage à coups de poing , loi rompit toutes les dents et lui déchira les lèvres. C'éUil un emportement de zèle qui ne lui mérita que déi louanges. Mais bientôt Gantacuzène fut lui-même coai pable. On le convainquit d'avoir fait donner le boft jour par un geôlier à son beau-frère Constantin TAngt détenu en prison pour la cause que nous raconteron dans la suite. Ce fut un crime de lèse-majesté ; on k creva les yeux ; on le jeta dans un cachot ténébrem Personne n'étoit assuré de sa liberté, ni même de sa vk Les courtisans, les adorateurs d'Andronic trembloien eux-mêmes, çt croyoîent à tous momens entendre I foudre gronder sur leurs têtes. Ceux qu'il avoit cmbran ses la veille étoient massacrés le lendemain. Rien ni toit plus commun que de voir décapiter le soir tt homme qu^on avoit couronné le malin. Aussi les gel éclairés rçdoutoient les caresses d'Andronic comme Tac iiopce de quelque outrage, ses largesses comme un pw nostic de confiscation , ses éloges comme une senteoc de mort. On ne s'étoit pas encore douté qu'il fût ha bile empoisonneur. Marie, fille de Manuel, en l épreuvç la première. Elle avoit la première signalé so empressement pour le retour d'Andronic jusqu'à expose sa propre vie : un de ses eunuques la fit mourir par u poison lent qu'Andronic lui avoit mis entre les main Le César son ms^^i la suivit de près.
HISTOIRE Bt BAS-EMPIRE. ^65
Lesgranclspiërissoient; les petits étoient épargnés ; il ^icet.c.iù. toit d'être populaire. Mais les provinces étoient an état très-malheureiix. Aux maux de la tyrannie se nent les désolations de la guerre. Le sultan dlcone Mt redouté l'infatigable courage de Manuel ; après sa il reprit Sozopolis , s'empara des places voisines, par un long siège la grande ville d'Attalie, sac* Cotyée , et conquit des provinces entières. Ce n'épas cependant pour Andronic l'ennemi le plus à fndre. Jean Vatace, frère de cet* Andronic , tué près Néocésarée dans le temps de la bataille de Myriocé»i lies, guerrier vaillant et habile, qui avoit défait les rares au bord du Méandre, étoit à Philadelphie, alors Ipitale de Lydie , dont Manuel loi avoii donné le goufernement. On le soupçonnoit d'aspirer lui-même à empire. Soit par cette raison , soit par haine du tyran , •e déclara ouvertement contre Andronic , méprisa ses idres , et répondit par des menaces à celles de Tusurilenr. Cette hardiesse alluma dans les villes d'Asie le D de la discorde. Toutes étoient divisées en deux par* ij qui se faisoient l'un à l'autre une guerre meurtrière. idronic fit marcher des troupes^ et mit à leur tête impardas. Vatace, alors malade, fit sortir les siennes ! Philadelphie , et les donna à commander à ses deux s Manuel et Alexis. Le combat fut opiniâtre; il se isoit de part et d'autre un grand carnage. Vatace, au isespoir de se voir comme enchaîné par sa maladie , oins' enflammé de la fièvre ardente qui le dévoroit le dn désir de montrer à Andronic à quel ennemi il oit affaire , se fait porter dans son lit sur une émince d'où il voyoit la bataille; et dé là il envoie à chale instant des ordres à ses fils, et dirige tous les moumens. Ce guerrier , presque mourant , remporta une cfoilre complète ; l'armée ennemie fut entièrement isîpée. Peu de jours après, Vatace expira , et sa mort langea tout à Philadelphie. Les habitans députèrent
Il66 HISTOIRE DU BAS-£MlPIIil.
à Ândronic, rejetant toute la faute des hostilités Vatace et ses iiis. Ceux-ci , craignaut ie ressentiment tyran , vont se jeter entre«les bras du sultan d'I< Mais , ne lui trouvant pas assez de chaleur pour ë| leur querelle, ils prennent le parti de se retirer en cile. Ils se mettent en mer, et sont jetés par la tei sur les côtes de Tile de Crète : ils y sont reconnus et rétés; on les conduit au gouverneur, qui auroit voulu les sauver. Mais leur aventure avoit fait trop clat ; c^eût été s'exposer à toute la colère d'Andronic. ^i donna donc avis qu'il les avoit entre les mainSr en reçut Tordre de leur faire crever les yeux : ce qui exécuté.
Âpdronic trtomphoit de joie. La mort de Vatace ét( selon lui , un bienfait du ciel, qui combloit de sesbéi dictions son entrée au ministère. Affectant un zèle arc pour le jeune prince, il trouvoit fort mauvais qu'on Teât pas encore couronné, quoiqu'il eût déjà reça couronne du vivant de son père au moment de son riagè. Il fit tout préparer pour cette auguste cérémonk et comme si le char le plus magnifique n'eût pas digne de Tempereur, il le porta lui-même sur ses épaol à l'église, et le rapporta de même au palais, versant larmes de tendresse. Le peuple, toujours dupe des mon^trations extérieures, admiroit cet excès d'unaroi plus que paternel : Andronic étoit le plus ferme soutk de l'empereur ; et cependant ce même Andronic étoit traître et un impitoyable bourreau, qui ne prenoit pupille entre ses bras que pour l'écraser contre terre, j Ln. ii83. Maître de toutes les affaires, dont il avoit écarté l| Hcet,c. 17. principaux seigneurs, il avoit à craindre dans rimpén| p,^^'/ a'* trice Marie le crédit naturel que donne sur un jeaflj ^' prince la qualité de mère. Elle s'étoit rendue méprisabk
par ses galanteries ; il prit soin de la rendre odieuse ménv à son fils. Il ne cessoit de lui insinuer que sa mère étof son ennemie ainsi que de l'état ; qu'elle traversoit pw
HfêTOlKE BU BAS-EMPIRE. «67
ï iotrigaes les desseins les pins salutaires. Il feignit femede vooloir se retirer, et par ses émissaires il sut jRbieo animer les esprits contre cette princesse , qu'on iltoit en face par les injures les plus atroces. Le riarche Théodose , plus par devoir que par estime , roit pour elle les égards dos à la majesté impé- I, et ne pouvoit consentir à la voir chasser du palais. juste ménagement irrita le peuple; sa maison étoit cesse environnée d^ine foule tumultueuse qui lui )roehoit de soutenir le scandale et le fléau de Pem- Î.U Ait donc obligé de se renfermer dans le silence*^ ir donner quelque forme juridique au traitement
t'on vouloit faire à Timpératrice, Andronic assembla conseil composé de la juridiction du palais. Lorsqu'on % fut venu aux opinions, trois d'entre les juges, qui pâoient pas aveuglément livrés aux volontés du tyran , Rdarèrent qu'avant que de prononcer ils vonloient ■mrsi c'étoit par Tordre de l'empereur qu'on alloit Igersa mère. Cette réquisition blessa vivement Androic: Les voilà, s'écria-t-îl, les malheureux conseillers mproiosébasie ; voilà ses indigries coopiraieurs ; qu'on hitsure de leurs personnes. Les Varangues approchoient leur les saisir. Le peuple , qui assistoit à cette audience , If'Iette entre eux et les juges , non pas pour sauver ceux- [, mais pour les maltraiter et les mettre en pièces. Il 9 sauva cependant sans le vouloir; les juges s'étant flbarrassés des mains de cette multitude, eurent le bonrâr dcregagner leurs maisons, et Andronic, content t s'en être délivré , ne songea pas à les poursuivre. Cette iolence excita rindigqpition de plusieurs seigneurs. Ils mcertent ensemble, et s'engagent par serment à ne rint prendre de sommeil qu'ils n'aient ôté la vie à Anronic. Les chefs du complot étoient Andronic l'Ange, :1e grand-duc Contostéphane , tous deux secondés de «rs fils pleins de courage et de hardiesse. Basile Caialère , intendant des postes de l'empire » et plusieurs
jl68 RIBTOIftE OU BAS-EMPUV.
autres seigneurs , entroient dans cette conjaration; fut découverte presqn'en même temps que fomié maison de l^Ânge fut aussitôt investie ; mais il eut dresse de s'échapper, et se sauva avec ses fils dans barque de pécheitr. Contostéphane fut pris avec qi de ses fils, ainsi que Basile Cannitère. On leur cre^ yeux. On fit le même traitement à plusieurs autres les avoir convaincus, mais sur un simple soupçon, dronîc saisit cette occasion pour se défaire de tous qui lui étoient suspects. II n'épargna que ceux qn jurèrent un dévouement sans réserve. Alors , ne craig plus d'opposition , il fit arrêter Timpératrice. EU traînée avec ignominie 'dans un sombre cachot, lequel, exposée aux insultes d'une garde insolente, p de nourriture, elle attendoit à tous momens le cou la mort. Cependant on instruisoit son procès. Eli accusée d'avoir sollicité son beau-frère Bêla, n Hongrie, à faire incursion sur les terres de Tempii à tenter une entreprise sur les villes de Branisoba Belgrade. Ses juges n'a voient pris séance que poi condamner sans même entendre ses défenses. Ils noncèrent qu'elle méritoit la mort , et cette injuste tence fut présentée par Andronîc au jeune empei qui , tremblant pour lui-même , signa de sa pi main la condamnation de sa mère. Andronic cl pour présider au supplice Manuel, son fils aîné. César George, son beau-frère. A la seule proposi ces deux princes se récrièrent qu'ils n'avoient poii de part à la condamnation de la princesse , et qu'i prêteroient pas leur ministère ff l'exécution. Le tj aussi furieux qu'étonné de trouver si près de sa pers une résistance si hardie, s'emporta en injures et e proches. Frémissant de rage , et se dévorant lui-m* il se tint plusieurs jours renfermé dans son palais, il eût été sans exemple que les ordres criminels souverain n'eussent pas trouvé d'exécuteurs. Const;
ro/i.
BISTOI&E BU BÀS-EUPIRE* ÈÔg
Bpsyqne, commanddnt de la garde étrangère , et Ven-^ Moe Ptérygionite, qui a voit empoisonné Marie , sœur I l'empereur, se firent un mérite d'étrangler sa mère, "i cadavre fut jeté dans la mer; et cette princesse adoh V^^ passoit pour la merveille de son siècle à cause beauté, n'eut point d'autre sépulture que le sable ^rivage. Ândronic fit efifacer tous ses portraits; il n'en subsister qu'une statue, à laquelle il fit donner :rides et toute la difformité d'une vieillesse décré- • !oote la famille impériale tomboit autour du jeune Nîcet.CéiS*
îur : il ne voyoit plus de soutien que dans le zèle Uov!^^^ irruptible du patriarche Théodose. La constance du ^^^^^ it , toujours opposé au crime , fut la cause même en délivra le tyran, Andronic , respectant aussi pea lois de l'Eglise que celles de l'état, résolut de marier Ile Irène , qu'il avoit eue de Théodora , avec Alexis ^ [de Manuel et de l'autre Théodora, sa concubine. Le ^ge étoit assorti en un point , les deux époux étant lent le fruit d'une liaison criminelle : mais il étoit ilement contraire aux canons , les deux pères étant ms-germains, et les deux mères au même degré de itë entre elles. Andronic dressa un cas de conscience de sa main , et l'envoya au synode. Il demaiidoit |oii*pouvoit permettre un mariage qui s'écartoit un des règles cononiques, mais qui d'ailleurs apportoit tt de grands avantages. On devina aisément les lages intéressés , et ce fut une pomme de dis- L'église grecque ne connoissoit point de dispense i^Farticle des mariages , et faisoit profession d'une lité inflexible à observer les canons. Mais les pré* fcourtisans , accoutumés aux tables des grands , et 1^ aspirant à de plus riches évêchés., étoient toujours à vendre PEvangile à la fortune, trouvoient que ce ^ lit pas même une question; et qu'une alliance illicite kmnl dans sa source toute consanguinité , des bâtards
D'i 1 c, l'Us étmftnt I
és« re eat < sopiutmei œ coor , et , i chant à- la loi naturelle ^ condamnoient ' ce jsIi eoœme incestueux;* C'ëloil le sentiment du* pelil : bre , à la tête duquel étoit le patriarche Thél Androuic senloit llinportanoe de son suffrage. I en œuvre tout ce qu'il avoit d'éloquence pour le pi der ; il en yiut même aux menaces : elles'furenl4 ment inutiles. Mais Théodose, voyant que le mi parti l'emportait^ résolut de, ne pas prostituer soi ntstère , iortit de Constantinople, et se retira dan de Térébinthe , où il a'étoit bâti an hospice et un beau. Ândronic n'eut garde de le retenir; charmé de démission volontaire, il fit célébrer le mariage pai ehevéque de Bulgarie^ qui «e tronvoit alors à la Il s'agisssoit de remplir le siège patriarchaK Les asf ne manquoient pas. Basile Camatère , difiiéiti celui dont nous avons d^à parlé , emporta la p|i promettant par écrit de se prêter sans excepticHi a \ les volontés d' Andronic , et de ne rejeter comme i que ce qui pourrait lui déplaire.
Wcet.c. 18. Tant de crimes ouvroient un large passage à l'i Monte chr. tiou d'Androuic. Il ne lui restoit plus à détruire < enfant auquel il avoit enlevé toutes ses défenses. I ficieux usurpateur voulut qu'on parût lui faire vie à lui-même ^ et que le jeune prince fût Tartisan propre ruine. Il fit représenter au sénat par sas « saires que tout étoit en feu dans t empire , et que téteinctre on açoit besoin d'un chef habile ^ vaii expérimenté , capable^ de réunir le pouvoir som épec les qualités qui en font toute la force ; que la 1 nie étoit soulevée , Isaac l'Ange et Théodore Can zhi0 dans Nicée , Théodore l'Ange dans Pruse , 1 levé t étendard de la révolte ; que l'état ne voyait d êom'Ci que dan$ ta tête d' Andronic; que, pour h
■IflTOimE DV BAS-EHPIEE. M'Jl
}ffautGriti nicessaire , il falloii la ceindre du di€à^ ^me 9 et forcer ce prince trop modeste à partager la ^/issanee avec le jeune empereur , gui soupiroit lui- \â après un collègue dont il attendait son salut. le proposition ëtoit à peine énoncée , qu'on i'écria [toute part : C^est ce que nous désirons tous depuis f'temps ; ce seroit un crime de différer : vivent , \i Alexis et Andronic Comnene ! quHh soient 'tels y toujours puissans, toujours heureux.  ces If tout Constantinople accourt au palais : jeunes et , nobles , bourgeois , artisans , confondus ensem- ,• répètent avec transport cette acclamation tumuU Deux magistrats , esclaves secrets d'Ândronic , incent hors du sénat , et , pour signaler leur zèle la phis indécente folie , ils jettent les marques de dignité; et, s'étant couverts d'une robe blanche , le des danseurs de théâtre, ils vont danser au mi-> des carrefours , et font danser tout le peuple , me-* \\ ce branle extravagant , et entonnant à la louange idronic une chanson ridicule, que mille voix répèt. Tandis que le peuple se livroit à cette ivresse , les sensés, qui connoissoient mieux Andronic , gémis-* it en secret , et prévoyoient les larmes où cette igle joie alloit les conduire. Andronic , feignant étonné de ces clameurs imprévues, vient au palais ^laqnernes , et entre dans Tappartement d'Alexis ^ ime pour lui en demander la cause. L'empereur , se it environné d'oue foule de peuple qui proclamok Ironie , croit n'avoir d'auVre parti à prendre que de lier à l'enthousiasme universel ; il* invite Ândrolà partager. sa couronne. Andronic refuse l'honneur désire avec passion ; et pour vaincre sa résistance liée , les plus échautfés le prennent entre leurs bras portent sur le trône. On le dépouille de ses habits le revêtir des marques de la dignité impériale. lendemain les deux empereurs vont ensemble à
Saiate^ophic : Androniepprtoil relleiiirtitdai airqnelqi^choaedeaoaibreet de &) cfae; maUce ]s tOQt dans soo visageiet dau tes regards annouçoU 1; <!eiir et la bienveillance. 8a^fërocitéëtoit rentrée ai de son cœar. Le peuple en concevoit le plus faw augul«. Au moment de la proclamation Ton ch Tordre observé la veille , Andronic fut nbftimé Alexis. Il n'ëtoit pas raisonnable, disoit-pn , de pr un enfant à nn vieillard respectable par sa prude par la supériorité de son génie autant que par m veux blancs. Le patriarche Basile fit la cérémèii couronnement j et lorsqu'on en fut venu à la pi pation des saints mystères ^ le scélérat , qui p tout l'enfer dans son cœur , après avoir communk l'espèce du pain avec une dévotion feinte et sa^ .prit en main le calice; et levant les yeux au ciel, les abaissant vers les assistans : Je proteste, é d'^ne voix haute entrecoupée de soupirs , et/e pre témoin le corps et U sang démon Scuiveur ; que je cepte le diadème que pour aider mon cousin AU en soutenir le poids et pour affermir son pou90 sortit de Sainte-Sophie accompagné du plus br cortège et d'une garde nombreuse , et se rendit en gence au grand palais ^ sans s'arrêter en aucun quoique ce fut l'usage des empereurs, dans leur eoi nement et dans leurs triomphes , de visiter lésé qui setrouvoient sur leur passage. On ne put devii oe fut par crainte ou par l'empressement qu'il av( cesser de se contrefaire.
Dès qu'il se vit quitte de ces hommages fastû qui suîvoient la cérémonie du couronnement , il i la suite de ses crimes. Résolu de régner sans collègt assembla son conseil ordinaire , c'est-à-dire les scéi qu'il avoit à ses gages, pour décider du sort d'A Tous furent d'avis qu'un état ne pouvoit être bien Verne que par un seul maître , et qu'il falloit ré
HISTOIRE DU BIS-EMPIÀC; àj^
P^IelId à la vîe privée. Andronic n'éloîf nullement kttêii
i^r là protestation qu'il venoit de faire au pied des
lintels au milieu des plus redoutables mystères ^ et ses
(conseillers ne Tétoient pas davantage par les belles pa-
-foles dont ils avaient leurré le peuple, eh Itii faisant
%croire qu'on ne mettoît Andronic à côté d'Alexis que
j^r lè soutenir. Ce premier pas étant fait , on alla plus
^in. Les politiques noirs et inhtimaihs représentèrent
*qae laisser là \^e au prince dépossède, c'étoit ^onsefver
-jin germe de révolte, et que le plds sûr,* ppur n'y pas
fcvenîr à deux fois , éloît de lui enlever la {été avec la
L«ouronne. Cet avis ne fut po^s cohlèsté. On l'è^éctita sur-
Be-champ. La nuit suivante trois; satellite^ enfoncent ies
^rtes de l'applirtement d'Alexis, et l'étranglent danaf
Bbn lit avec la corde d'un arc. Ils portent son corps' Jev^ht
^ndronic , qui le poussant du pied : Ton père ; dit-il ,yi//
pw perfide , la mfre une prostituée ^ et toi un imbécilie,
rfiw lui coupa la lêtè,' que le tyran fit jeter dans une fosse
fonde où l'on précipitort les cadavres des criminels.
corps, enfermé dans une caisse de plomb, fut mis
tre les mains de deux officiers du premier rang, avec
re de l'aller jeter tfans là mer; et, par im rstffinemenC
barbarie sans exemple, la barque chargée de ce dé-
orable dépôt, portoit en même temps une troupe de
usiciens qui chantoîent et joiioient sur leurs înstru-
ens dés airs de réjouissances; comme si 6es atTreuses
nérailles eussent élé la pompe d'un triomphe. Ainsi
^^rit ce prince à peine sorfi de l'enfance ; heureux s'il
^ftt mort au berceau. Il ne respira quelques années que
(Slnr se voî^ environné de crinies. Né pour la puissance
-fmveraine, il n'en éprouva que lès périls et I(5s malheurs.
fl avoît porté trois ans le nom d'empereur et commen-
^'it la quinzième année de son âge. Cette horrible scène
-« passa dans le mois d'octobre de Tan ii83.
Si Tambition eût été le seul vice d'Andronîc, par- iv,>^,. ^ Venu au comble de ses désirs, il n'auroit usé de la <* ■ • • • «• HiST. nu BAS-EOT. to:j. jx. t^
^4 HISTOIRE BU BAS-EMPIEl.
ogtr de puissance souveraine que pour obscurcir par un sagi er/c.cAr. gouvernement la mémoire de ses forfaits. Cet heureQ;|i uechri^ changement ne sembloit pas être au-dessus de ses forceii j Il a voit rame ferme, toutes les ressources du géoie«':
toutes les lumières de l'esprit. II connoissoit la vertu^et il y croyoit ; il avoit même étudié les saintes lettres; et k» ^ dialogue qu'il composa contre les Juifs , et qui s'est con^ serve jusqu'à nous , montre assez qu'il éloit instruit ()e| ' vérités du christianisme. Mais c'étoit nit cœur perveri^ \ et profondément corrompu, endurci par l'habitude de \ la débauche*, et qui conservoit encore au milieu des ; glaces de la vieillesse toutes ses ardeurs criminelles, j Aussitôt après la mort d'Alexis , il voulut engager Ma%' j nuel , son fils aîné , à prendre pour femoie Agnès , mariéfl à ce prince, mais encore séparée de lui à cause de stm bas âge. Manuel , moins hardi à mépriser les lois di(L l'Eglise, refusant de lui obéir, en fut [Mini par la prisoBt^ Andronic lui destinoit la couronne , selon l'ordlre de Im nature ; irrité de sa résistance , il le déclara inhabile Ju succéder à l'empire , et désigna Jean, son cadet , pour sqbm successeur. Ensuite, sans renoncer à son commerce avec^ Théodora, il épousa lui-même^la jeune princessei^l. comme si cette alliance lui apportoit un nouves^u droi^v à Tempire. Par un mariage si mal assorti , U alla d'un roi de France, âgée seulement de onze ans, se vîy livrée à un vieillard dissolu, meurtrier de son jeu époux.
Andronic n'avoit point de remords , mais il craignof ceux des ministres de ses crimes. Pour les tranquilliser, il demanda au patriarche et au synode d'êtr« relevé serment qu'il avoit prêté à Manuel et à son fils , av une absolution générale pour tous ceux qui avoient coi tribué, de quelque manière que ce fût» à son élévation;' Il obtint tout de la servile complaisance des prélats. (h| afficha publiquement de la part du ciel les lettres d^rémission; et, pour récompense de leur facilité, il leuf(.
HISTOIRE BYJ BAS-\mPIRE. 9^5
l^corda à son tour quefqoes grâces de peu de cotisét|iience , dont la plus considérable fut le privilège d'être issis snr des bancs à droite et à gauche à côté du trône de l'énipereur. Mais cette distinction ne subsista pas long-temps : Andronic s'ennuya bientôt de donner à ins séances l'air d'un concile ; il cessa de les admettre t>fès de sa personne ; on leur refusoit même l'entrée ; et Ces prélats courtisans , qui s'étoient payés d'un honneur l|i frivole , se retirèrent confus d'avoir vendu leur *conitience à si bas prix.
■ Tout plioit dans Pempire sous la puissance d'An- Nîch. l. éronic , à l'exception de quelques seigneurs cantonnés ^'pu Cang «I Asie. Mais Lampardas, qui s'étoit signalé par sa /«'''• *^*- Irftleur sous le règne de Manuel, et qui avoit servi son Hb avec le même zèle, ne put se résoudre à servir Tusur- ^teur. Tant qu'Andronic avoit paru attaché au jeune [Alexis, ce guerrier s'étoit prêté à l'exécution de ses mdres. II avçit combattu Yatace avec courage , quoique itains -succès. Bêla ravageant le territoire de Nysse et de , Andronic l'a voit envoyé avec Alexis Branas r repoussef le roi de Hongrie, et il s'acquittoit ^illammentde sa commission. Mais, lorsqu'il apprit le eartre de son prince légitime , animé d'une juste ère , il résolut de secouer le joug du tyran. Comme n collègue avoit déjà envoyé sa soumission au nouveau aître, il vit bien qu'il n'avoit rien à espérer de luj^, n'eut garde de s'ouvrir à lui de son dessein. Il feignit contraire d'aller à Constantinople pour présenter ÉR nouvel empereur l'hommage de tous les deux, et ■vJVingagea à demeurer en Illyrie pour y attendre son ^dur. Il prit le chemin d'Andrinople sa patVie , d'où 1i gagùa le bord de la mer , et s'embarqua pour TOrient. Vavoit grand nombre d'amis en Asie , où il avoit fait ..Il ^erre, et il espéroit y trouver des soldats. Andronic , ^formé du voyage , en pénétra le motif, et en fut alarmé, craignoit Lampardas , dont il connoissoit le courage ;
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^7^ HISTOI#E ZrU BASt-EMPIRB.
il savoU qu'il étoît lui-même en horreur dîins plusiearf provinces, et que la révolte s'y répandroit aisément, tt usa d'artifice pour la prévenir. Il écrivit en diligence if tous tes commandans des villes que c'étoit par ses ordre que Lampardas passoit le Bosphore, et que st rébellion n'étoit qu'une feinte pour découvrir les mal« intentionnés ; qu'ainsi ils ne s'effrayassent ni de ser] discours ni de ses manœuvres. Ces lettres devinrent 1 bientôt publiques, et tous les peuples se préparoient à ; fermer l'oreille à cet espion perfide. Mais il ne fut par' •besoin de cette ruse. Lampardas , en débarquant an port' ' d'Âdramytte, fut arrêté par un homme puissant en ce jpays, nommé Céphalas, qui, pour faire sa cour at(| tyran, lui envoya sa victime pieds et mains liés. Anrf dronic lui fit crever les yeux, et Je condamna à uutJ prison perpétuelle, où il mourut peu après> avec l#| regret de laisser l'assassin de son maître sur le trône ej l'empire dans Toppresion. Sa femme Théodore Co nène fut c;/ifermée dans un monastère, et contrainte; après la mort de son mari , de faire profession de la \i religieuse. ï>ans la suite, lorsque Andronic eut été raa»^l sacré , le roi de Hongrie la demanda pour femme , et cef** {xxi une question dans le clergé de Constantinople stf elle pouvoît, sans violer les canons, contracter ce noiï*jr veau mariage. Un synode assemblé exprès décida qurfj ^Théodore , ayant fait ses vœux depuis la mort de sonS- Aari , ne pouvoît s'en dégager. =
Délivré d'un ennemi tel que Lampardas, Ândronic)f= plein de joie , alla passer quelques jours en Thrace àL ^Cypsèles pour y prendre le plaisir de la chasse. DanÉ' ce voyage, il visita le tombeau de son père Isaac, en-jterré à Béra , dans un monastère. Il s'y rendit avec sti= cour , et affecta d'y étaler toute la- pompe de la majesté^ impériale , comme pour montrer à son père qu'il pos4. sédoit enfin ce qu'il avoit lui-même désiré ardemment^ Inais sans succès. Il revint à Constantinople aux fêtes éh
BISTOIRE Dtt BÀS-EHPIRE. *'}']
ï^oâ, qn'îl t>assa en spectacles ; et comme sa cruauté; plus redoutable que les orages, se reposa dans cet intervalle, le peuple disoît plaisamment que ces jours-là, pour l'empire ainsi que pour la mer, étoîeot les jours des alcyons.
.Lopade, 9ruse et Nïcée reFusoient de reconnoître / Andronic. Dès que la saison fut propre aux expéditions ' militaires, il fit revenir d'illyrie Alexis Branas , qui assiégea Lopade , et s'en rendit maître en peu de jours: Il alla ensuite joindre l'empereur devant Nicée. Celte ville faisoit une plus opiniâtre résistance. Elle étoit environnée d^une forte muraille (le briques, et garnie de tonte sorte de machines. Mais sa principale force étoit dans Théodore Canlacuzène , qui s'y étoit renfermé avec Laac l'Ange. Ce brave guerrier , résolu de mourir phitôt que de se soumettre à un tyran qu'il méprisoît , trouvoit dans les habitans une haine égale à la sienne , jet leur inspiroit sou courage. Secondés d'une troupe de i que le sultan d'Icune leur avoit envoyés, ilsreioieDt tous les assauts, biisoierit ou brûloient les hines d'Andronic , et, dans de fréquentes sorties, lortoient jusque dans son camp la terreur et lecar- K Andronic , au désespoir, s'^isa d'un stratagème I. It se fit amener de ConsLintinopIe Euphro- ^ mère d'Isaac l'Ange , la fit lier sur le bélier dont lervoit pour battre la muraille , et crut couvrir i niachiitt; de la plus sûre défense contre les feux fli'ony lauçoit du haut des mtirs. Mai» les assiégés, dans'* e sortie, détarlièreol celte fenime. L'enlevèrent dans ville, vt brûlèrent lu bélier. Ce sur^^ -"imîré des Loemii mfmes, rcduublu l'audacr ' "rés. Noît
l'unirm
■7^ BiaTomE DV sis-xkpibb. '
fureur , courant autour de la ville , s'arrachaot la barbe; vomissant mille împrécalions contre ees officiers , contrt . ■es soldats , qu'il traitoit de poltrons en les frappunt i outrageusement. Canlacazène, aossi ardent, mais plot ' tagc, sort sur lui à la tête d'une troupe d'élite, perça < i«s premiers escadrons, et court, pique baissée, droit i à Andronic ; mais son cheval , qu'il pressoit trop n* ' venient , s'abat et le laisse par terre tout froissé et pn>< : que sans vie. Les soldats d' Andronic se jettent sur lai, le hachent en pièces, et lui tranchent la tête, qa'An' i dronîc envoie à Constantinople , avec ordre de la porter : par toutes les rues au bout d'une pique. La perte d'oa ai brave commandant cousternoit les haliitaiis , lUMi • n'auroil pas abattu leur courage , s'ils en eussent trouvé 1 tlaas Isaac l'Ange , (jui leur restoit. Mais ce foible guer- j rier , au lieu de suutetiir leur constance, fut le premim a leur faire peur de l^^rnaïuté d'Andronic, et 4et baff barcs Iraitemens auxquels ils dévoient s'attendre, Ùt ville étoit emportée de force , ce qui étoît înévitÉhil L'évoque , aussi timide , se joint a lui pour exhorter^ liabltans à sauver leur patrie plutôt que de &'ensevtll sous SCS ruines. Les ayant enfin détermines à se rendM il sort de la ville , revêtu de ses habits pontificaux , tfl nant en main le livre des EvaiigiU's, suivi de -"u rl-r;* et de tous les habilans , homme ' < Wle et pieds nus, portant ton* d.
et criant miséricorde- •soumission, les rci
HI8TÔIEE BU BAS-KttPIEC ^7$
même fiiit ses efforts pour arrêter son insolente audace. Etoil*ce la vengeance divine qui lui inspiroit cessen-^ limeos en faveur d'Isaac , qu^elle réservoit pour exercer aor Andronic même se^ terribles jugemens ?
L^exeniple deNictfe ne découragea pas leshabitansde ^^^* Pruse. La viUe , située sur la pente d'une montagne escarpée , ne dminoit accès cyie par une plaine du côté du midi. Ce fut par là qn'Adronîc fit ses approches. Tandis que ses soldats se retranchoient et dressoient leurs ma* chines , il fit jeter dans la ville plusieurs lettres par lesquelles il promettoit amnistie , si ou lui ouvroit les portes, et qu'on loi mtt entre les mains Théodore l'Ange, Lacfaanas et Synèse. Cétoient trois braves capitaines ^i comraandoient dans Pruse. Ces offres d* Andronic forent répétées plusieurs jours sans produire aucun effet: Prase ne cédoit à Nicée ni en résolution ni en haine contre le tyran. Elle étoit défendue par de fortes munilles flanquées de tours , et le mur étoit double du côté et la plaine. Les sorties qu'on faisoit tous les jours coû^ 4ment' beaucoup de sang aux deux partis. Un pan de 4nur abattu par les coups redoublés du bélier tombA avec nn si grand fracas , que les assiégés s'imaginèrent que la muraille s'écrouloit tout entière^ I^a terreur se Atépand de toutes parts ; on abandonne la défense , chacun •e disperse avec de grands cris , et se barricade dans sa maison. Les assiégeans profitent de l'alarme; ils esca- ^ Madent les mors, ouvrent les portes, ^t donnent entrée «tft tonte l'armée. On pille , on tue , on égorge et les ha- ^tans et les troupeaux , qu'on avoit retirés dans la ville 'fde tontes les campagnes voisines. Andronic , ravi d'avoir nn prétexte d'assouvir sa cruauté , parce que la place ^ tUnï emportée d'assaut , se repatt de carnage , et fait «wnffrir aux habitans tout ce que la rage peut inventer* On crève les yeux à Théodore l'Ange ; on le met sur un êtte; on le conduit ainsi hors des limites de l'empire, et -Ml Pabandc pour être dévoré par les bêtes féroces;
fB<i HISTOIAE DO BÀS>£KPI&Bt
Des Turcs, moins féroces qu'Andronîc, le reflpoiitrAB|(p en cet état , Tem mènent dans leurs tentes et pansent seiÂfC )3lessiires. Synèse, Lachanas» et plus de quarante autre|i>^. ^ furent pendus à des artères aux portes de la ville. Priis^ âr entière n'étoit plus qu'une affreuse boucherie. On voyoit.s, de touteç parts déchirer ^çs membrçs , hacher dçs maiof ^ et des pieds. Le tyran $e faisoit un divertÉl^ement hor- i^a rible de faire crever un oeil d'un côté ^ et couper ui^-i pied de Tautre. Laissant ainsi ces cnal heureux nager daoi i^t leur sang , il court à Lopade , que Branas avoit prise, ^s mais dont Androniç s'éloit ré3ervé le châtiment. 11 y >. exerce la même fureur. Il fait creyer IjBS yeux à l'évêquQ z pour ne s'élre pas opposé à la révolte ^ et , laissant les ar-* v bres de ces campagnes plus chargés de cadavres que dQ-r fruits, il défend de leuf donner la sépuU^ire , et|VeuU^ qu'on les laisse pourrir aqx arbres où ils soi^t attachés^, Yiles acclamations du peuple ! on les prodigua au tyraUfo^ lorsqu'il rentra dans Constaptinople , tout fumant en-; i^ core du sang des plus généreux de ses sujets : la flatteriç^i-. s'épuisa en éloges. Ândronic, enf)é de ces honteusef^^ i^dulatiqiis, passa plusieurs jours en fctes et en spectacles. • Un jour qu'il assistoil aux jeux du Cirque, im échafau4 ■ voisin de sa loge s'étant écroulé tout à coup, et ayant . (écrasé six personnes, tout le petiple prit la fuite. Androniç, effrayé , appeloit sa garde, et vguloit retourner atj . palaîs. Il fut retenu par ses courtisans, de crainte qu'il ne se trouvât dans cette foule un bras vengeur qui déli-.vrât Tenipirede ce monstre et d'eqx-mêmes. Il demeura» donc assis jusqu'à la fin des courses; mais il perdit Ten-if vie de continuer ce^ spectacles, qui dévoient durer encore plusieurs jours, jyice?. /. 1, L'île de Cypriî, envahie par les Sarrasins dans le- ^ Roger de Septième siècle , étoît revenue peu de temps après au ^ ^Du^Caii're P^^^^^^^ ^^^s empereurs çrecs, qui y tenpient des gouver^; jfain. p. i83. neurs avec le titre de ducs. Sous le règne d' Androniç , . elle fut pour toujours aliénée de l'empire, et forma u^.
ipiSTOIBE BU BÀ8-EHPIEK. Jl8|
wyaiimé particulier. Voici l'origine de cette révolution; Isaac Comnene , petit-fîls , par sa n)ère , d'Isaac , frère de 'Manuel , ayoit été chargé par Manuel du gouvernement de r Arménie et de la province de Tarse. Dévoré d'am-r litÎQn , haïssant mortellement Andronic , ^rsqq'il le vit* ■maître des affaires , il résolut de se rendre indépendant^ leva une armée; et, pour affermir sa puissance, il fit If^ jjnerre au sultan d'Içone^ voisin Incommode. Son e^r ^Kprisene fut pas heureuse. Il fut battu, et pris dans le ^combat par fVupin , neveu de Thoros , et seigneur d'Ar- "^p^énie , alors allié du çultan. Rupin offrit Isaac au sulr rian, qui ne l'accepta pas. L'Arménien , embarrassé dan\* !<es montagnes d'un prisonnier de cette conséquence , wl fit présent à Boémond m, prince d'Antioche, qui Slireçnt volontiers, çt lui demanda soixante mille besans r sa rançon. Isaac les promit , et en tira trente mille plus riches babitans de Tile de Cypre. Pour l'autre oitié , il laissa entre les mains de Boémond son fils sa fille en otage. Ayant acquis la liberté par ce moyen, passa en Cypre; et, ayant empri^nté le reste de sa ||!i|iiçon,il la ml( entre les mains des chevaliers du teni- ^gk pour la porter à Boémond. Les chevaliers furent ^Attaqués en. mer par les pirates, qui leur enlevèrent le ^^pôt. Isaac prétendit que c'étoit une supercherie du ince d'Antioçhe qui vouloit Si^ faire payer deux foisj» protesta qu'il n'en feroit rien. Ce qui fut la cause que fils et sa fille demeurèrent prisonniers pendant deux JU, apr^s lesqueH Boémond les reiivpya par com-r -4|Mion.
^ Cependant Constantin Macroducas , qui avoît épousé a tante maternelle d'Isaac , et Andronic Duças, son paient et son ami dès ('enfance, croyant lui rendre un boi^ ^rvice , obtinrent (l'Andropiç qu'il Iqi pardonneroit s^ "évoltç, et lui permettroit de revenir à la cour. Loin de il^ofiter de cette grâce , Isaac la rejeta avec mépris, et olut de s'emparer de l'ile. On lui avoit eqvoyé d^
flSa HtSTOIRE BU BAS-XMPIRS»
l'argent de Constantinople ; il s'en servit pour lever troupes, et contrefit nn brevet d'Andronic qui le va raoit gouverneur et duc de.Cypre. Lorsqu'il se crut fort , il leva le masque , et prit ouvertement le titre d'ei pereur. Les faftbitans n'^ devinrent que plus mail reux. Au lieu d'un tyran éloigné , ils en eurent un leurs têtes. Isaac , non moins méchant qu'Andronic, ti toit les peuples avec une cruauté inouïe: Non conU de les dépouiller par des impôts onéreux , par des fiscatioij^s injustes, il enlevoit leurs femmes et leurs fil il leur faisoit souffrir les tourmens les plus inhunniBH n sembloit que cette âme sanguinaire .et farouche n*a^ voit aspiré à commander aux hommes que pour )oiii|l du pouvoir de les détruire.
Vctfit. z. 1 , A la nouvelle de cette usurpation , Andronic entra foreur. Il craignoit que ce rival , aussi audacieux que même , ne vînt de Cypre lui arracher la couronne, qu'il ne trouvât les esprits trop. disposés à le recevoir, songeoit donc aux moyens de se saisir de sa personi ou de le faire périr. Mais sa marine étoit en trop ro; vais état pour entreprendre de Taller forcer dans so^h île ; et, depuis la conspiration du grand amiral Coii||^ tostéphane, il n'osoit confier à personne le commande ment d'une flotte. Ne pouvant donc se -venger sur l|| rebelle, il déchargea sa colère sur ceux qui s'étoient iiMl téressés en sa faveur. Macroducas et Andronic Di qui avoient obtenu le retour dlsaaç en répondant sa fidélité, furent condamnés à mort comme crimii de lèse-majesté. C'étoient cependant les deux courtû le plus attachés à l'empereur. Il avoit honoré MacrMJ ducas du titre pompeux de panhypersébaste. Docw âme vile, perdu de crimes et de débauche , afiFectoit trf| dévouement sans réserve ; aux plus énormes cruaQl4| d' Andronic , il ne trou voit à redire qu'un excès de dél fnence ; si Andronic faisoit crever les yeux à quelifÉl^ innocent ,c'étoit , selon Ducas, trop d'indulgence ; il îèk
■ISTOIRX DU BilS-XMFIRS. «85
bit encore Inî cooper les deux mains » il falloit le faire kB|iirer â on gibet.Xe méchant homme, sans être con- |Mrible. àxï crime pour lequel on le oondamnoit , ne mëtiléit qne tr^p la mort pour ses adulations meurtrières ; il cette injustice d'Ândronic fut louée comme la seule |lMice qu'il eût rendue en sa vie. La flatterie faisoit leur Nritable crime ; ce fut encore la flatterie qui ejtécuta pur sopplice. Le {our de TAscension toute la cour s'é* Ibit rendue , selon Tusage , au palais de Mangane , où Mloit Tempereur. Il avoit donné ordre secrètement de ^ftire passer devant lui les deux condamnés lorsque 1& ^NMir seroit assemblée. Andronic se montra au milieu de %es courtisans, sur un grand balcon qui régnoit le long ^^une place remplie d'une infinité de spectateurs. On de prison et on amène sous ses yeux les deux criiaels chargés de chaînes, et persuadés qu'on les menoit la mort. Arrivés sons le lialcon , ils lèvent les yeift et mains vers l'empereur, et, par leur contenance pi* lie , ils implorent sa miséricorde. Alors Hagiochrisihorite , qui eût mérité le même traitement , et qui ne leura pas impuni dans la suite , saisissant une grosse e, la déchargea sur la tête de Macroducas,qui valoit IX que lui par son mérite personnel, son rang et fortune ; et s'adressànt aux autres courtisans : Qui- \ÇÊi€, leur dit-il, épargnera ces scélérats ri* est pas i de V empereur, A ce terrible signal , tous les courtideviennent autant de bourreaux. Ils accablent leurs confrères d'une grêle de pierres et de cailloux ; corps en fut bientôt couvert. Andronic , qui regar- Int fitMdement cette horrible exécution , ordonne de les JHetirer de dessous ee monceau, et de les transporter ailiiatù Trempés de sang, brisés dans tons leurs mem- Ires et entièrement méconnoissables , ils respiroient ,iÀcore. On les transporte dans une autre place , où ils bqpirèrent attachés à unr gibet. Tout le peuple étoit pâle -liÛht)! ; et voyant traiter avec tant de barbarie deux des
Â84 JUSTOIHE bit BIS-XMPIRS.
principaux seigneurs, il n'étoit personne qui nelrei Mât pour lui-même. Les courtisah:& sentoient combit ils dévoient compter sur Tamitié d'un prince de ce ractèré, et que lui prodiguer un encens qu'il .ne mëi toit pas , c'étoit trahir, en pure perte son honneur et conscience. Cet exemple les e£Fraya pour quelques mens, mais ne les corrigea pas. Quelques-uns se hs dèrent à supplier Aiidronic de permettre qu'on les sevelit. 11 demanda d'un ton de douceur s'ils ëtoi< morts ; et les bourreaux étant venus Ten assurer, ajouta, en versant ses larmes accoutumées,. qu^il plai^ gnoit leur sort , et qu'il se plaignoit lui-même d'êti obligé d'obéir aux lois, et de faire exécuter la senteni des juges qui leur refusoit la sépulture. ïiccu /. 1 , ' Le lendemain on pendit au-delà du golfe deux mco. 1 'ù\ nommés tous deux Sébastien , et le soleil ne se couche '- guère sans avoir vu quelqutf^exécution publique à
stantinople , outre celles dont il n'étoit pas le témoii Ces deux frères étoient accusés d^avoir attenté à la de l'empereur pour élever à sa place Alexis, fils natni de Manuel , et mari d'Irène , fille d'Andronic. En effet] il ne manquoît à ce jeune prince qu'une naissance légUI tinie pour être digne de Tempire. Sage, courageoxjp affable et pleip. d'humanité , il joiguoit à ces belles qu^ lités une taille avantageuse, une mâle vigueur, et xam parfaite ressemblance à son père. Andronic, quoiqi jaloux de tout mérite, n'ayoit pu se défendre de l'aimei il lui avoit donné sa fille , et fut même tenté de le noi mer son successeur par préférence à ses deux fils, contrariété de mœurs le refroidit peu à peu , et il vint à ne plus considérer Alexis que comme l'épe d'une filfe qu'il chérissoit. La conjuration vraie ou fao! des de,ux Sébastiens acheva d'étouffer tout sentiment tendresse. Il le fit aveugler , et le relégua dans le châteai de Chélé , à l'embouchure du Bosphore dans le Poi £uxin , où il fit bâtir une lour pour lui servir de pri|
HISTOIRE BU BAS-^EHPIRE. tSS
}gai II défendit à sa fille de le pleurer , étant , disoit-il; l^ligée par la tendresse filiale de le haïr autant qn'ellé ^avoit aimé. Comme cet ordre inhumain n'arrétoit pa^ ^ larmes d'Irène , et ne Tempéchoit pas de se vêtir ||!}Abits de deuil , il la chassa du palais. Tel fut iè sert mariage célébré par un nombreux concert d^épilès f où la verve embrasée des poètes promettoit «on ordinaire des jours sans nuages et une félicité liverselle. La disgrâce d'un seigneur eivh*ainoit dan» [^lfortune tous ceux qui lui étoient attachés. Tous les lestiques d'Alexis furent mis en prison. Ândronic fit HX des plus estimables pour leur faire crever le» IX. Son premier secrétaire, nom4né Mamalus, le • lus vertueux de tous , fut aussi distingué par son sup- % On le brûla vif au milieu du Cirque, et sa mort t^^accompa^née de toutes les affreuses circonstance^ à peuvent accroître l'horreur d'un tel spectacle. Le: iple fondoit ea larmes, et ce fut sans doute pour cou^^ sa cruauté. qu'Ândronic fit jeter dans le bûcher des liers prétendus séditieux, par lesquels ce malheureux ^ >ît-il , avoit inspiré à son maître une audace crimi* Ile.
C'est un malheur pour l'histoire d'être forcée de tenir Aîi. ii85. long-temps sa plume trempée dans le sang et de Nicet. L ly [rî%qw des tableaux funestes; mais, chargée de reluire les siècles à la iftémoire des hommes , trop reiise quand elle n'a que des héros à faire paroitre j n'est pas moins oblig^je à peindre les monstres. Elle ■b^présente et les immoU aux yeux de tous lés âges sur iméme échafaud qu'ils ont teint du sang des. innocens , ^mais criminels ne furent environnés d'un plus grand :tacle. Ces méchancetés d'Andronic , qui fatiguent is doute le lecteur, ne lassoient pas* Andronic luU né. On accusa George Dîsy pâte, -clerc de la grande , de quelques murmures. Il fut arrêté, on instruisit ijplii procès 9 et la première pensée d'Andronic fut de I^
S86 HISTOIRE DU BAS-XMPIRli
iaire empaler et rôtir, puis de faire servir ses meml sur la table de sa femme. Heureusement pour eet toi tunëy Lëon Monastériote , son beau*père,vétoit dtt seil de Tenipareur , et le plus accrédita de ses consetlb il le détourna de cet exécrable dessein^ De pins , la velle qui vint alors de la prise de Duras et du siégis Thessaloniqne frappa si vivement te prince , -qoV rabattit un peu de sa férocité. Disypate resta en et la mort d'Andronic lui sauva la vie. Mais A^di vécut assez pour punir Tripsyque d'avoir été le nîstre de ses cruautés. Tripsyque, impitoyable délai espion , témoin , juge , avoit fait périr une infinité é*i nocens sur de fausses imputations. Parce moyen il ai tellement gagné le cœur du tyran , qu'Ândronic, dansi lettres , ne Tappeloit pas autrement que son cher Hagiochristophorite étoit le seul qui lui disputât le mier rang dans la faveur de«leur maître ; aussi mit* en œuvre pour le perdre son talent naturel. Dans conversation secrète avec Tempereui^, il témoigna extrême étonnement que Tripsyque, honoré de sa intime confidence, comblé de bienfaits et de rich( fut assez ingrat pour s'échapper à d'injustes mtirmi et à des satires indécentes. Ândronîc frémit à ce port; et lorsque Tiroposteur comprit à son air soml et aux rides de son front que ce premier sduflfe de calomnie allumoit le feu deha colère, il acheva de Vi flammer en hii disant que Tripsyque ne ' cessait déchirer dans ses discours le prince Jean , l'héritier sornptif de la couronne, et si digne de la porter ; dernièrement encore, voyant passer ce prince au mili des acclamations que ses vertus lui attiraient, il dit à ses amis : Voici notre Zinziphize; et qu'il ajouté en soupirant : Malheureux Grecs , quel mi on vous destine ! Ce Zinziphize étoit un bouffon forme , et contrefait dans toute sa figure, qui passoit journée dans le Cirque à divertir le peuple de ses gros*
Histoire du bas^-smpirk. 387
flr^ plaisanteries. Andronic , irrité , fit sur-le-champ iH^er les yeux à Tripsyque.
|i^41 eût été étonnant que les princes voisins fîissent de- J^içet.j. 1, tranquilles tandis que la férocité d'Andronic Itoit contre lui ses propres êajets. Alexis Comnène , de Manuel , et grand-échanson , avoit été relégué ïAnssie. Ennuyé de son exil , il repassa le Danube, et, int la Macédoine, il s'attacha un habitant de li(^>6S , nommé Malin, né dans l'obscurité, mais , entreprenant, et qui cherchoit la fortune. Ils toasdeux en Sicile. Guillaume 11, prince vaillant die , y régnoit alors avec gloire. Ces deux étrangers ânuent dans sa cour, et publient le mauvais état de ipire, et la facilité qu'on trouveroit à l'envahir. Ces 1rs étoient confirmés par le témoignage des Sici^ qni revenoient de Constaritinople. Guillaume lève troupes, équipe une flotte, et en donne le commanit à son cousin Tancrède. On s'embarque le x i juin , et le 24 Duras est pris d'assaut. Jean Branas, l'empereur avoit envoyé pour défendre la ville, est prisonnier et conduit en Sicile. On fait voile à ilonique, qu'on assiège par terre et par mer. Cette I, la plus considérable de l'empire après Constanti- , pouvoit tenir long-temps; la garnison étoit forte, (Jcs habitans courageux. Il ne leur manquoit qu'un capable de faire usage de leur valeur. David Com^ I, lâche courtisan, qui n'a voit acquit que par des igues peu honnêtes le gouvernement de cette grande H|e, ne se^nût pas même en devoir de la défendre. En mV, les ordres que lui envoyoit Andronic n^étoient pas H^res à exciter sa vigilance : il lui mandoit qu'il se ^sor ses gardes; mais qu'après tout il ne devoit pas
E9dre les Latins, qui n'étoient que de misérables pols. Aussi ce gouverneur libertin, au lieii de disputer ipproches par des sorties, conune la garnison l'ea
HHS HISTOIRE. DÛ BÀS-ÊkpiàÊJ
sollicitoit, ne quitloît la compagnie des femmes, é^ <|uelles il ressembloit loi- même , quç ponr se promeiÉ &ur sa mule, paré comme pour un bal et une fête. JanÉA il n'endossa la cuirasse. Laissant aux murailles toati nues le soin de défendra la place, il passoit te tempsP^ rire et à plaisanter avec ses compagnons de dëbaucif( Au bruit des murs qili s'écrooloient : Entendez-vùi leur disoit-il , le babil de la vieille ? c'est ainsi qq iiommofit une terrible machine dont les coups red blés abattoienit dés pans entiers de muraille. L'enn fut bientôt dans là ville , et avec kii tous les maux que pérf vent produire l'avidité et la licence du soldat vainquedij L'attaque avôit commencé le 6 août , la ville fat prise i5 du même mois. Il est trè^- vraisemblable que Thea Ionique éprouva en cette occasion tous les désastres infl vitables dans une place emportée de force. Peut-éifi même fut-elle traitée ave^ plus d'insolence qu'il n'efl ordinaire, parce que le mépris de la lâcheté des GrM se joignoit à l'animosité des Latins. Mais la descrrptioÉl que Nicétas fait du saccagement passe toute croylanccH faudroit supposer que les Siciliens étoîent non-seul^ ment des barbares plus brutaux que les anciens Hurtl et les Taïi'ales, mais d'impies profanateurs, ennemie déclarés du christianisme. Cette déclamation scolaï^ tique ne prouve que Thorriblè aversion des Grecs 'poa« toutes les nations latines. Eustathe, le célèbre commcmtateur d'Homère , étoit alors archevêque de Thessalorf tiique. Ce prélat respectable, qui pouvoit se soustraira aux dapgers du siège, ne voulut pas abandonner soai troupeau. Il partagea toutes ses souffrances pour TaidNl à les supporter : il ne cessa de le consoler , de Texhortei à se soumettre avec patience et résignation aux châtia mens dont Dieu les affligeoit en punition de leurs crime^ Il s'empréssoit de les soulager, et par ses aumônes, et <în s'întéressant pour eux auprès des officiers sicilictac
■ ISTOIftl DU BAS-lMFI&l. sSg
Sa on mot) il se signala par une charité vraiment pa- ItraeUe, qualité infiniment plus précieuse et plus utile aux hommes que la plus vaste érudition.
: Après le saccagement de Thessalonique , l'armée sici- Nictt. Lip lioine se divisa en trois corps : il en demeura un dans ^* *' l|a ville pour en conserver la possession ; un autre s'éteniiit en Macédoine et en Thrace pour y porter le ravage ; ^troisième prit la route de Constantinople, et, sans (jROcontrer d*ennemi, s'avança jusqu'à Mosynople » oâT. iil s'arrêta pour s'emparer du pays d'alentour. Alexis I^Comnène, qui les accompagnoit , homme vain et préiiomptueux , sans aucun mérite , se persuadoit que les ^ciliens ne travailloient que pour lui ; il se croyoit déjà -.empereur ; il en avoît pris les marques et la fierté; il se j^tantoit d'être attendu avec impatience à Constantinoiple, qui alloit lui ouvrir les portes dès qu'elle le verroit laroitre. Après la nouvelle de la prise de Duras , Androlie avoit rassemblé ses troupes; il en avoit donné un irps à Jean son fils , désigné empereur ; un autre à iChumne le carlulaire; Andronic Paléologue, Alexis Iranas, et l'eunuque Nicéphore, grand-chambellan , commandoient trois autres. Aucun de ces généraux ^De s'acquitta de son devoir. Jean ne s'occupa que de idiasse. Les autres généraux n'osèrent approcher des Si- ^ciliens ; ils se tinrent au loin , et se contentèrent de faire 1er des espions dans leur camp pour en rapporter ^des nouvelles, qui ne produisoient de leur part aucun louvement. Le seul Chumne fit quelques pas en avant , nt pour seconder les assiégés, s'ils hasardoient une ^sortie, soit pour pénétrer lui-même dans la ville, s'il en itrouvoit le moyen. Mais dès que ses soldats virent en pl'air les drapeaux siciliens , frappés d'une lâche terreur, ^ils se débandèrent , et prirent la fuite. Chumne, ne pou- Lvant les rallier, prit le parti de les suivre, sans autre ^vantage sur ses collègues que d'avoir aperçu l'ennemi. Après la prise de Thessalonique, les Grecs laissèrent avec
la même lâchetë prendre Amphipolis ; et leon ûitté corps, s^ëtant réunis, ne firent diantre exploit qn suivre des yeux la marche des Siciliens au travers c Thrace , se tenant toujours sur les montagnes, sans descendre dans la plaine.
fieet. L a, Andronic auroit pu mieux réussir que ses génér il savoit la guerre, et avoit donné des preuves de rage. Mais son âme , énervée par la débauche , n'i . plus de ressort que pour tourmenter ses sujets. Il pa les jours entiers dans ses jardins ou dans des maisoE plaisance avec ses concubines. L'entrée étoit touj ouverte ^ux musiciens et aux femmes de théâtre ; i il ne se montroit qu'en certains jours , et seulemer passant à ses plus intimes confidens. Désespéré du périssement de ses forces , il envoyoit chercher jusq Egypte de quoi ranimer sa hideuse vieillesse. De re à son palais, il se faisoit environner d'une gard barbares; encore les tenoit-il éloignés de ses app; mens. Il ne comptoit que sur la fidélité d'un di énorme , propre à combattre des lions , qui passoi nuits enchaîné à la porte de sa chambre, et le révei au moindre bruit par ses affireux hurlemens. Il me son plus grand honneur dans ses exploits de chass en liroit vanité jusqu'à étaler aux yeux du peupU grands bois des cerfs qu'il avoit tués : les portique la ville en étoient hérissés. Lorsqu'il avoit séjoi quelque temps dans les îles délicieuses de la Propon! le jour qu'il rentroit à Constantinople étoit reg comme un jour malheureux. On étoit persuadé qu'i revenoit que pour sacrifier quelque victime à ses se çons. En effet, il comptoit avoir perdu la journée, se couchoit sans avoir fait étrangler ou du moins a' g!er quelque personnage distingué. Tout trembloit « Tempire ,• on ne dormoît pas même tranquillement satellites venoient souvent pendant la nuit enlever femme à côté de son mari , un fils entre les bras de
HISTOIRE DU BAS-XMPIRl. SQl
||ère. Les plus sages s^exiloient : heureux ceux qui eurent i)b constance de se tenir exiles jusqn^à sa mort. Si le refret d'avoir abandonné leur famille et leurs biens les nppelpit à Constantinople, ils y trouvoient la mort.
Dès qu'Andronic avoit appris que le roi de Sicile se Chron. d» flisposoit a lui faire la guerre, il avoit pratique une '^.
alliance avec Saladin , sultan d'Egypte , maître de Damas, d'Alep et de la Mésopotamie, le plus mortel en- ,liemi des chrétiens. II avoit connu autrefois ce Ciirde liedoutable , lorsqu'il traversoit TAsie en fugitif avec sa fXMQcubine Théodora. Il Tiu^ita à renouveler leur an- ,!|i$Dne amitié; et Saladiii « qui ne cherchoit qu'à s'agran- ^^ s'y prêta volontiers. Ce traité, honteux et criminel ipar lui-même, le devenoit davantage par les conflitions. l)t s'engageoient réciproquement par serment à se seifourir l'un l'autre toutes les fois qu'ils en seroient relis. Ândroiiic devoit aider Saladin à la conquête de la Meâtine. Le sultan devoit demeurer maître de Jérasanet de la côte maritime jusqu'à Ascalon , mais à conlilion détenir ce pays en 6ef de Tempire. Saladin, de côté, devoit seconder Ancironîc, pour s'emparer jjfkoneet de la Cilicie jusqu'à Antioche. La mort d'Âamic prévint l'exécution d'un si infâme traité. David, gouverneur de Thessalonique, n'avoit osé Nicet.La^ îveiiir à Constantinople. L'en»pereur fit mettre aux^*'*
tous ses parens. D'ailleurs il aflecta d'être fort tran-
lille sur les progrès des Siciliens. C étoit , disoit-il, une
ipe de frelons qui venoîent bourdonner autour de
mstantinople, et qu'une poignée de poussière dissi-
>it sans peine. Il fit cependant quelques réparations
murailles. On abattit les éilifices qui joiguoient les
lors et qui pouvoient faciliter l'escalaile. On mit à flot
it vaisseaux de guerre pour faire face à la flotte sici-
înne , et porter des secours où il en seroit besoin.
kprès ces préparatifs, Andronic se renferma dans son
pilais et dans ses plaisirs.
Uga UISTOI&X DU BAS-KMPiaX»
Vice(»/.9f Cette inaction du prince souleva tout le peuple.
^* * murmuroit hautement de ce qu'au milieu du dan
public il s'endormoit dans les bras de la volupté
puisqu'il sacrifioit le salut de son peuple à ses infânK
plaisirs, il falloit, disoit-on, chercher un autre défen^
senr. Ces cris furent portés à ses oreilles par ses minis-l
très, qui , Tayant flatté pendant tout son règne, précii
pitèrent sa perte par une dernière flatterie. Ils lui per-i
suadèrent que ces clameurs n'éioient excitées que peur /oj
parens de ceux quHl tenoit en prison ; que sa iropgronJk^
clémence encourageait les séditieux ; qu'au lieu de gar^
der dans les fers ceux qui avaient mérité son indignth
tion 9 il fallait en faire des exemples cappbles d'intiî
mide^ leurs semblables^ et ne pas même épargner lewi
parens ; qu'en vain trancheroit-on quelques têtes Â
l'hydre » si on ne les ahattoit toutes dun seul coy^
Sur cet avis il assemble son conseil , et déclare qu'H-Ê
a plus d* ennemis au-dedans qu'au-dehors; que ce scm
les malintentionnés qui ont appelé les Siciliens ,etqJi
sont prêts à leur livrer le prince et la patrie : mmi
a)outa-t~il, Andronic, dont ils insultent la vieillesst
a encore assez de force pour les écraser ; et s'il fàft
que je périsse , ils périront avant moi; et abusant \
son ordinaire d'un passage de saint Paul : Comme jtm
puis faire y dit-il, le bien que je veux, je ferai, piM
qu'ils m'y contraignent , le mal que je ne veux pm^
Lorsqu'il eut prononcé ces mots d'un ton terrible, tod
s'écrièrent qu'il falloit sans miséricorde ôter la vie]
tons ceux qui étoient détenus dans les prisons, y joiodtf
les exilés dont on pourroit se saisir, et ceux auxqod
on avoit fait crever les yeux; étendre cette juste sévérif
sur leurs amis , sur leurs parens , et porter en fordl
légale une sentence de mort qui les enveloppât tous. f|
sentence fut dressée sur-le-champ par Hagiochristophi
rite , qui la dicta d'une voix triomphante au grefBc
criminel; elle étoît ea forme d'édit, et comniençoit i
is.lermes : « Poussés par Tinspiration divine; sans y > être en aucune sorte excites par notre puissant et saint ^-empereur , nous déclarons et prononçons qu^l est en îf' général de Tintérét de Tétat, et en particulier de ceint ii d'Andronic , le sauveur de Tempire, de ne laisser vivre
■ aucun de ceux qui sont détenus dans les prisons ou t condamnés à Texil poin* leur félonie ^ ou déjà punis
■ de leurs crimes par la perte de leurs yeux; non plus rque ceux qui cont liés avec eux par le sang, Taffinitë « ou Tamitié. Ce sera Tunique moyen de procurer la «"sftreté au prince , toujours partagé entre les soins ^qu'exigent les affaires publiques, et les dangers perpétuels qui menacent sa vie si précieuse à Tétat. Ce sera en même temps ôter à nos ennemis du dehors la. funeste correspondance de ces traîtres, qui les appellent à notre destruction et les instruisent des moyens de nous nuire. L'expérience nous a fait connoitre que ni la prison , ni Texil, ni la peine de Taveuglement, Ile suffisent pour corriger leur malice, et que leur breur est irrémédiable. » Ce préambule sanguinaire ni suivi d'une liste de ceux qu^on devoit faire mou-
, et le supplice de chacun étoit spécifié. Il n'en ëtoit ran que ne méritassent à bien plus juste titre les lels auteurs de cet édit , qui osoient attribuer à Dieu ime leur scélératesse. L'édlt fut approuvé et signé de excepté de Manuel, fils aîné d'Àndronic. Ce
\ce , plus humain que son père et que ses indignes
iillers , protesta qu'il ne donneroit jamais de con-
itement à une proscription cruelle , qui s'annonçoit
!-méme comme n'étant point émanée de l'autorité ipériale , et qui alloit inonder de sang la ville et les mnces. Cette sage remontrance acheva d'indisposer idronîc contre ce fils^ généreux. Cependant il resserra ^édit , pour attendre sans doute l'occasion de le publier, lis il n'en eut pas le temps; et, dans la funeste ca-
rophe cjui termina sa vie , comme le peuple lui re-
ag4 HISTOIRE BIT BÀS-£MPIRE«
prochoît, entre autres horreurs, tel ëdit fnenrtrii il prétendit prouver, par les termes de Tëdit méi que c'éloit uniquement Pouvrage de ses icunseillers, qu'il n'y avoit eu irautre part que de le supprimer. !Wce<. /. 3, Jua conscience d'Andronic lui dboit assez que la 7^^ Meich. •îcuce de s(*s sujets devoil être lasse, et qu'il approcl de sa ruine. D«uis cette inquiétude il résolut de consnit le sort, et chargea de cette conuuission délicate son vori Hagiochristophorite. L'imposteur Set h , qui a^ été aveug é par ordre de Manuel, vivoit encore; et châtiment n'avoit fait qu'accroître sa réputation.' fut à lui que le favori s'adressa. Seth répondît que 5uccesseur d'Andronic scroit Isaac ; il ajouta même, tout ce récit nVst pas un conte fait après coup, que révolution éclateroit avant le milieu de septembre, soupçon d'Andronic tomba d'abord sur Isaac , qui gnoit en Cypre. Mais il fit réflexion que le mois septembre étant déjà commencé, le temps qui restoit suffisoit pas pour un si long voyage. Jean de Tyi qui étoit du conseil d'Andronic , et un des plus ai à lui complaire, le fit souvenir d'Isaac l'Ange^ et conseilla de s'en défaire. Cet Isaac étoit fils d'Androi l'Ange, qui, s'étant sauvé de Çonstantinople deux auparavant avec ses fils, s^étoit réfugié en Palestine di la ville d'Accaron. Le père étoit mort peu après arrivée. Deux de ses fils étoient venus se jeter aux pi( de l'empereur , qui leur avoit fait crever les yeux le-champ. Deux autres s'éloiont sauvés auprès dcSal din ; et, après y être demeurés quelque temps, l'un deux, nommé Isaac, par aniour pour sa patrie, s*éU hasardé à revenir à Çonstantinople. II avoit été as heureux pour obtenir son pardon. Androuic ne fit rire de l'avis qu'on lui donnoit ; il méprisoit cet h comme un poltron et un imbécille, qui ne mérit pas d'être soupçonné d'une action de vigueur. ViceuLiy Cependant Hagiochristopborite , pour montrer qo«
Ë^ tête d'Isaac. Celui-ci se dëfendoit de la recevoir, int pas ^ encore trop assuré , et craignant d'irriter otage Andronic. Jean Ducas, moins timide , qui se Iroavoit à côte de lui , découvrant sa tête chauve » la présentoit à cet ornement dangereux. A cet vue tout le |Bople s'écrie : Point de tête pelée ! Dieu nous garde iun vieil empereur ! Andronic nous en a dégoûtés pour fmnais : vice t empereur Isaac ! En ce moment un des devaux d' Andronic qu'on transportoit d'au-delà du Bosphore, s'étant détaché des autres, et courant par les rues , fut arrêté par le peuple , et amené avec sa kousse aux armes de Fempire. Isaac, étant sorti de Té- :^ise , monta dessus, escorté de tout le peuple, et même ^ patriarche Basile , qu'on avoit forcé malgré lui de psosentir à la proclamation.
.' Andronic , arrivé au grand palais , est effrayé des cris iMifus qu'il entend de toutes parts. Sa première penlét est de combattre; il fait sonner l'appel des troupes
E 'il avoit à Constantinople. Se voyant mal obéi, il end son arc, monte au haut d'une tour , et tire des ttches sur le peuple. S'apercevant bientôt du peu d'effet ^fone telle défense, il essaie de calmer par des paroles % fougue de la multitude ; il offre de renoncer à l'em-
'pire , et de mettre à sa place son fils Manuel , qu'il Mtoit être le moins odieux de ses deux fils. Il étoit trop ^tard; on ne lui répond que par des injures contre lui, €t contre le prince, qu'on auroit accepté avec joie deux jonrs auparavant. Le peuple enfonce les portes; An* Jronic n'a que le temps de se dépouiller des marques ie sa dignité , et de se jeter dans une barque avec sa imme et une fille de théâtre nommée Maraptique, p'il aimoit éperdument. 11 vogue vers lePont-Euxin, \ dessein de se sauver dans la Chersonèse taurique, '^nadé qu'il n'y avoit point de salut pour lui dans iQcnne province de Tempire.
Isaac entre dans le palais : le peuple s'y jette en foule
^8i BISTOIkE BU Bi^S-SHPII^IB.
avec lui , et criant toujours vice tempertur Isaac ! ne lui laisse que le diadème , et pille tout le reste. force toutes | es portes ; on enlève Tor , Targent » le coi monnoyé et non monnoyé; la vaisselle , les vases, meubles précieux disparoissent eu un moment ; «^ n^épargue pas même la chapelle ; et ce qu'on Tegretl||j davantage fut un coffret d'or qui contenoit , selon To^ pinion fabuleuse, les lettres du Sauveur au roi d^Edesiti| C'étoient , disoit - on , les dépouilles de la tyranniQ.* Chacun se charge ; et Ce qu'un seul ne peut emportert plusieurs se joignent ensemble et Tenlèvent, n'oublianl' jamais de saluer profondément le nouvel emperear, e» passant sous ses yeux avec les meubles de Tempire^ Isaac et ses amis , qui ne pouvoient empêcher ce re»- ^ pectueux pillage , se voyant entre les murailles tODtif / nues, passent au palais de Blaquemes. Peu de joun) après, on reçut la nouvelle de la prise d'Andronic. Isaac L avoit envoyé courir après lui, et le fugitif, faisant forof de rames, étoit parvenu à Chélé , à l'entrée du.PonU^^^ Euxin. Les habitans, tremblans à sa vue, quoiqu'il'^ n'eût plus rien de redoutable que la mémoire de sa fé- ^ rocité, qui respirolt encore dans ses regards, et n'osant ^ l'arrêter , lui avoieut donné un vaisseau pour gagner la Chersonèse. La tempête l'avoit repoussé plusieiin fois, et enlin fait échouer au rivage, comme si le Pont* ^ Euxin , qui avoit souvent porté sur ses eaux les cadavrci des innocens qu'il faisoit égorger, eût refusé de favori- .' * ser sa fuite. 11 fut pris et enchaîné dans le vaisseau qui le poursuivoit. Il employa vainement tous les ressorti de son éloquence et les larmes de ses deux femmes pour i^ attendrir les soldats qui le tenolent dans les fers; on le . conduisit à Constantinople , et on l'enferma dans la [ tour d'Anémas, chargé d'un carcan et de deux chaînes pesantes qui lui serroient les mains et les pieds. On le présenta en cet élat à Isaac , qui le fit exposer en pablic , où il essuya toute la ra|^e d'un peuple trop long'
HISTOIRE DU BAS-BX?TRE. jgg
imps en proie à sa tyrannie. On lui meurtrit les joues Icoups de poings, ou lui arracha la barbe, un*lui fil jjjirtiter les dénis hors de la bouche. Les femmes surtout lont ii avoit fait mourir ou aveugler les maris signakient leur vengeance. Enfin on lui coupa la maîn iroite , qu^on pendit à un gibet , et on le renferma dans la tour, où on le laissa deux jours sans nourriture. Bu Ten retira le troisième pour lui arracher un œil, !t, rayant attaché sur un nfëchant chameau , on le ^mena par toute la ville dans Tëquipage d'un vil esdave. Ce spectacle hideux, qui devoit toucher les âmes les moins sensibles , ne fil qu'enflammer la fureiir. Ubres de lui faire tous les maux dont ils purent s*afccr, il n'y eut sorte d'outrages et d'infômes traitelens qu'ils ne lui fissent souffrir. Chacun cherchoît à distinguer par quelque trait d'iphiiifianilé. Une femme ibliqne lui jeta sur la face une chaudière d'eau bouîliite. On le conduisit dans cet affreux triomphe an irque, où il fut pendu par les pieds. Au milieu de ces irrenrs, Ândronic ne perdît ^point courage. Dévorant s malheurs sans laisser échapper aucune injure, auiire plainte, ii se contentoit de répéter de temps en mps : Seigneur ayez pitié de moi»: pourquoi froissez-' }us encore un roseau déjà brisé ? Pendant qu'il étoît ispendu , on continua de le tourmenter sans pitié et ns pudeur. Enfin un misérable lui plongea dans la »rge une longue épée qu'il lui enfonça jusqu'au fond !8 entrailles. Il expira en portant à sa bouche l'extrélité de son bras , dont la plaie étoit encore toute sailante; et la rage du peuple étoit si impitoyable, que, I montrant les un^ aux autres ce dernier mouvement 'Ândronic , ils disoient que , ne pouvant plus s'enivrer a sang de ses sujets , il suçoit le sien propre , comme unique breuvage qui pût lui plaire. Ainsi périt ce rince, dont la vie âvoît été un tissu de crimes. Il n'avoit fgné que deux ans, et son élévation ne fut qu'un songe
3oO HI8TOIRB DIT XAS-ÏXTIEE.
dontie k*ëveU fut terrible. Aussitôt après sa. mort brisa ses statues, on jeta au feu tous ses portraits; il resta de lui que la mémoire de ses mëchancetës. Que! ques jours après on le détacha du gibet , et on jeta ca*davre dans un souterrain du Cirque , où Ton jei les corps des bétes tuées dans les spectacles. An bout dr^ quelque temps, des citoyens charitables le tirèrent detf ce lieu d'horreur , et le déposèrent dans un caveau l^f côté d'un monastère. Isaac ne permit pas de l'enterrinp dans Téglise 4i^s Quarante-Martyrs qu'Andronic avoitf fait bâtir et richement orner pour lui servir de sé-p pulture. • •r
**'/' 5* Comme il n'est point de bon prince dont la Vertu ne r i'. * * soit mêlée de quelques défauts, il n'en est point de mé*'*'^ chant qui n'ait quelque mérite : c'est la ressource dei panégyristes. Entre les vices les plus noirs on vit loift: dans Andronic quelques rayons de vertu. Il fut sobre; les historiens nous disent qu'un morceau de pain et un: peu de vin , qu'il prenoit à la fin de la journée , faisoient toute sa nourriture. C'éloit à ce régime et à l'exerciit r continuel qu'il attribuoit la vigueur de sa santé , qui '^ ne se démentit jamais. Au sortir d'une chasse , il dépc- ." çoit de SCS propres mains les cerfs et les sangliers , lei 1' faisoit rôtir lui-même, et en mangeoit avec les autrui chasseurs. Il assistoit les indigens, et réprimoit l'injos- 'tice des hommes puissans. Gratuitement cruel, il ae >* touchoit pas aux biens de ceux dont il n'épargnoit pai i la vie. Trop fier pour vendre les magistratures , il ne j^ les donnoit qu'au mérite. Il gageoit largement les ma- ': gistrats, leur défendant sous des peines très-sévères de j rien prendre sur leurs inférieurs , et de recevoir même aucun présent. Ennemi déclaré des monopoleurs , lei vivres se maintinrent à bas prix pendant son règne. Les oppresseurs ne trouvoient de ressource ni dans leurs ri- > chesses ni dans leur crédit. Théodore Dadibrène , uti des satellites qui avoient étranglé l'empereur Alexis,
ir
UfSTOIEE DU SAS-EMPIRE. 5oi
lyant avoir acheté par ce crime la liberté à*en comttre d'autres , alla un jour avec tonte sa maison et ses lipages loger chez un paysan , où il vécut à discrétion is rien payer , et ruina ce pauvre homme en une lie nuit. Sur la plainte du paysan , qui s'adressa à mpereur , Dadibrène fut roué de coups de bâton , et lige de rendre beaucoup plus qu'A n'avoit pris. Il olit dans Tempire une coutume barbare que Tavarice oit maintenue , malgré les défenses réitérées des emreurs précédens, et qui s'est conservée sur d'autres ^ages en dépit de l'humanité : c'est de piller ceux qui it fait naufrage , et d'enlever à ces infortunés ce que ur a laissé la tempête. Il ordonna que les seigneurs kiis lie domaine desquels s'exerceroit cette détestable pi-* iterie seroient pendus au mât du vaisseau échoué^ ou IX branches de Tarbre le plus haut du rivage , pour jrertir les navigateurs , disoit-il , qu'ils n'avoient plus ien à craindre des habitans des côtes , comme Dieu Qoonce à la terre par Tarc-en-ciel qu'elle n'a plus à edouter un nouveau déluge. Cette défense , appuyée lu caractère d' Andronic , qui ne manquoit jamais de Kirole quand il menaçoit de punir , fut mieux observée que celle de ses^ prédécesseurs , que la faveur désarnoit toujours. 11 ne souffroit pas les disputes sur les maières de religion. Un jour qu'il étoit campé' au bord lu Rhyndacus , ayant entendu dans uûe tente prochaine leux évéques qui disputoient sur un passage de TEvan- |ile, il les menaça de les faire jeter dans le fleuve, s'ils Oe mettoient fin à leur contestation. Il estimoit cependant les théologiens, les savans, les jurisconsultes ; il les combloit d'honneurs, leur donnoit des pensions, et les faisoit asseoir, à côté d|; son trône. Il se fit ériger lilusieurs statues ; mais , par une bizarrerie difficile à expliquer , il s'en fit dresser une qui sembloit être un emblème de son usurpation : il étoit représenté sous la broie d'ua faucheur mal vêtu , tenant ea main une
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grande fanx tranchante , et serrant entre ses bras jeune enfant fort beau, qu'il senibloît étoufier. Un ai travers de ce prince étoil de se comparer avec David de se donner l'avantage : Persécuté comme lui, disoil exilé par un prince infustt, j'ai encore goûté moins repos ; ei ce n'est pas seulement dans la Palestine dans le pays d'jtmolec^ mnh jusqu'aux extrémités l'Asie que j'ai porté le nom de Dieu et la connoissa de la vraie religion. C étoit sans doute un singiil apôtre qn^in libertin scélérat tel qu'Ândronic. En i nissant tout ce qu'il eut de qualités estimables, à pe trouveroit-on de quoi racheter la moindre partie de crimes. Vingt ans après sa mort, sa veuve Agnès , < les Grecs nommoient Anne , âgée pour lors de tren trois ans. épousa Théodore Branas, dont nous par rons dans la suite de cette histoire.
HISTOIRE DU BAS-SMPIEl. ^ 3o5
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iIVRE QUATRE-VINGT-DOUZIÈME.
ÏSAAC L'ANGE, second du nom D'ISAÀC. .
t. n^ëtoît pas difficile de se faire aimer après Andronic. Ar. nss. e fat la haine de tout Tempire contre ce tyran qui Theodorui
^1 Jjousainnot*
Ma Isaac sur le trône ; mais il n'y porta lui-même ad Georg. . Min mérite. Jamais race de souverains ne iat plus -^^^P^^* fcile en toute espèce de verfu que la famille impériale % Anges. Elle sortoit d^une source nouvelle et de peu t valeur, et ne devoit sa {brtune qu'à une intrigue de ilanterie. Constantin TÂnge, né à Philadelphie, est le dernier dont parle Thîstoire. Il ne se fit connoitre que Ir sa bonne mine , qualité qui n'en est une que lorsl'elle sert de parure à d'autres plus vraies et plus soies. Il fut heureux de trouver dans une des filles d'Alexis le princesse qui ne consulta que ses yeux pour le choix On mari , et dans Alexis un père indulgent pour sa Ile jusqu'à la foiblesse. Cette alliance éleva cette famille tr les degrés du trône, mais n'y fit passer aucun couige. Constantin ne commanda que pour se faire bate. Son fils Andronic fut chargé de deux expéditions , mt tout le succès se borna à sauver sa personne après 1 défaite. Isaac , fils d'Andronic, ne devint empereur file pour montrer qu'il ne méritoit pas de l'être. Pluears auteurs latins et françois le nomment Sursac ou ^ursac , par altération de deux mots grecs qui signi- ^t sire Isaac.
Ce prince commençoît son règne dans l'âge le plus mceu în k^rable, où l'âme, déjà nourrie de réflexions, 1ers- ^^''^^^^^^^^^
3o4 HI8T0IEK BU XA8--SMFI&X.
qu^on est capable d'en faire , trouve dans les forces corps de quoi seconder ses desseins. Il ëtoit dans sat tième année. Il avoit le teint haut en couleur, les veux roux, la taille médiocre, une complexion sai robuste , mais son esprit étoit de la dernière foibl Il ne prit de la souveraineté que ce que les âmes ël en méprisent comme Técume et la fumée de la deur , et dont elles retranchent tout ce que la bien ne les force pas de souffrir. Le luxe de la table, des inî bits, des équipages, les parfums, les concerts, les ad^ rations des courtisans faisoient toutes ses délices. U ail rooit les bouffons, quoiqu'ils le missent souvent enc^ 1ère en lui manquant de ^respect : les portes du [M leur étpient toujours ouvertes, et avec eux entroi rimpiété et la débauchq; On le voyoit rarement ville; il passoit la plus grande partie de son temps les îles charmantes de la Piypontide , où il fit bitir magnifiques palais. Prodigue en dépenses frivoleit faisoit gloire de combler la mer en certains endroits d^y créer de nouvelles iles. Ennuyé du loisir in aux princes qui gouvernent leurs états sans se laisser gQ4( verner eux-mêmes , il s'occupoit de bâtimens. Il détrtl soit les maisons des particuliers, les palais, leséglini pour faire construire d'autres palais , d'autres égliML où il faisoit transporter les marbres, les statues, les M bleaux quiornoientlesautresedifices.il enlevoit8ai|scrupule les vases sacrés pour les employer à des u4 ges profanes. Il altéra les monnoies, augmenta lesill pots , vendit les magistratures , et mit les magistrats, |i4. la soustraction de leurs gages, dans la nécessité de vili|^ aux dépens des peuples. Toujours en contradiction ail lui-même, impie et dévot , dur et compatissant, ra«i|^ seur et charitable, il n'avoit point de caractère. A tant la plus tendre dévotion envers la mère de Diea ornoit ses images des dépouilles des autres saints. MoM pliant par ses exactions le nombre des pauvres, il bâiH
HISTOIRE DU BIS-EMPIRE. 3o5
ûl des hôpitaux. Libertin le reste de Tannée , mais brëtien dans la Semaine sainte , il distribuoit alors des Dinânes aux veuves, il dotoit de pauvres filles. Quelaefois, par un retour d'humanité, il remettolt à des ilies entières les taxes dont il les avoit écrasées. Bien* lisant aux dépens de ses "peuples , il se croyoit gêné* eux lorsqu'il répandoit d'une main ce qu'il ravissoit e l'autre. Il s'irritoit, il s'apaisoit sans raison. En un Dût, il étoit assez inégal dans sa conduite pour ne voir n lui-même que des vertus , et ne laisser voir à ses suets que des vices. •
Théodore Castamonite, son oncle maternel, régissoit *empire sons son nom. C'étoit un prétendu philosophe, lès-hahile surtout dans la science des impôts : aussi ht-il revêtu de la charge de surintendant des finances. il gouvernoit l'empereur à son gré , et Isaac adoptoit ans examen toutes ses idées. Comme il étoit rongé de goutte, il se faisoit tous les jours porter dans le cabinet le l'empereur; et là, sans sortir de sa litière, après avoir taBqué avec Isaac de ses nouveaux f^rojets , où il y Ivoit toujours quelque chose à gagner pour le prince , beaucoup pour lui , et rien pour l'état , il retournoi t ihez lui, escorté d'une troupe de courtisans qui faisoient ttine de le plaindre , et ne plaignoient que leur infortune. Quoiqu'il fût dans les ordres sacrés , l'empereur bi fit prendre la robe de pourpre ; c'étoit l'habit impérial : il signoit les édits et les lettres du prince avec le cinabre , comme l'empereur. L'avarice lui avoit klé tout sentiment d humanité ; la maladie lui ôta la raison même. Un jour de cérémonie , comme il passoit dans sa litière au milieu de la place publique, quelques Batteurs l'ayant salué du nom de maître et de souverain, )Qoiqu41 pût impunément accepter tous ces titres , il en fut cependant si frappé , qu'il tomba en épilepsie. Les courtisans s'empressoient à le secourir ; c'étoit à loi signaleroit son zèle par les mémgemens les plus ser-
5oÇ |ll$TOI|LE PP BAS-KMPia&
viles , tandis que le peuple rioit derrière eax , et se dmi qooit également du roaitre-et des esclaves. Il revint cet accès » mais toujours en délire ; et ce ne fut pas p( long-temps. Il retomba peu de jours après ;, et expii sans être regretté de ceu3(;-mémes qui lui avoient fait cour avec le plus de bassesse. Il fut remplacé par jeune homme sans talens et sans expérience, quimoai rut au bout de peu de jours. Le choix dlsaac descei toujours. Le successeur de celui-ci fut un enfant qvk sortoit du collège , et dont Tempereur voulut cependj prendre des leçons. On le comparoit.à ce petit poii qui conduit, dit* on, le crocodile. Il acquit aiiprènî dlsaac encore plus d'autorité que n'en avoit eu Castai-l monite. Adroit à cacher son ignorance sous un air àm réflexion profonde , il dbposoit souverainement des aftfl • faires de la guerre, qu'il n'avoit jamais vue, du choiX| des généraux , de la marche des armées , de& entrepris ses, de Tordre et de la discipline des troupes* Il sa| pléoit aux connoissances qui lui manquoient par plaisanteries et «les bons mots , dont il amusoit le prin< aussi ignorant que lui. Il s'étoit tellement rendu mattm de toutes les entrées, que personne n'approchoit de Vem^. pereur sans squ agrément, et il ne le donnoit qu'à créatures. Cet écolier se soutint dans le ministère «a fidélité à remettre à l'empereur tout ce qu'il avoil l'industrie d'attirer à lui ; car Isaac , né pour être le sol alterne de quelque ministre , plutôt que pour éclaû la conduite des ministres mêmes, étoit avide des pli minces présens ; il avoit toujours les mains ouvertes pon^ recevoir non-seulement l'or, l'argent, les bijoux pré«f cieux, mais jusqu'au gibier et aux fruits. HL
îicet. in Les premiers jours d'un nouveau règne en sont ov&%.
^,^^' ' ' 'nairement les plus beaux. Isaac s'annonça d'abord psiri des actes de piété et de justice. Après avoir rendu grâcv^. à Dieu qui le plaçoit sur le trône pour le souUigement{| de l'empirç , \\ song^ à remplir cette glorieuse vocaW
HI8T0IRE DU BAS-EMFTRE. 5o7
un. Il distribua des aumônes, rappela les exiles, ouvrit m prisons à ceux que d'injustes soupçons y avoient conmnës , leur fit rendre ceux de leurs biens qui exis- Ment encore, et les dédommagea des autres aux dépens b son trésor. Les deux fils d' Andronic furent seuls ex-« sptés de cette grâce générale. Jean ne la méritoit pas ;
I ressembloit trop à son père , qui , pour cette raison » 'avoit préféré à son aîné. On lui creva les yeux , et il Hoorut dans de grandes douleurs. Mais son frère Manuel bt traité avec la même wgueur , et ce fut une injustice. Ce prince aimable n'avoit d'autre crime que d'être fils fAndronic ; encore Tavoit^il réparé par son courage
II se refuser plusieurs fois à l'exécution des ordres in-* Imtes de son père. Il fut immolé à des défiances poli-> |âqaes.
yhà révolution avoit été trop rapide pour laisser aux* Nieet.l.^i pdlieos le temps d'en profiter. Ils étoient toujours cam** ^' ^ » ** Ml à Mosynople, dont ils ravageoient les environs, et kr flotte étoit à l'ancre au bord des îles les plus voi-« lloes de Constantinople< Isaac, au lieu de leur faire des ipositions de paix , leur écrivit des lettres pleines da te et d'arrogance , les menaçant de les passer tous au ide Tépée , s'ils ne retournoient promptement d'où ils dent venus. Alduin , général de Tannée de terre , aussi ligné de ce procédé qu'il étoit enflé de ses succès , tt répondit sur un ton encore plus insultant, le traitant kbécille, nourri à l'ombre, qui n'avoit jamais enla cuirasse , ni entendu le son de la trompette rrière. Il lui conseilloit de quitter le trône oii il lit été jeté par le hasard , comme le vent y jette la
Cussière; de mettre la couronne en réserve pour le roi Sicile son maître, à qui elle alloit bientôt apparte^ loir, et de songer, dès ce moment, à lui demander grâce ^ la vie. Ces insultes , indécentes de part et d'autre , joifairent une aigreur mortelle à l'animosité naturelle -étùs la guerre. L'empereur assembla tout ce qu'il avoit
5o8' HISTOIRS l>tJ BAS-SHPtUS.
de troupes'. II arrîvoit en foule des soldats de toutes
provinces. Isaac avoit délivré Tenipire d'un tyran;
s^enipressoit de participer à sa gloire en combattant
ennemis. L'empereur auginenta encore cette a
par ses libéralités. Il donna de Targent et des ar
aux nouveaux soldats , qu'il fit partir pour aller joindi
Tarmée; il inspira aux anciens plus de courage qu'il
n'en avoient montré jusqu'alors , en leur envoyant
paie qui leur étoit due, et dont la somme montoit
quatre mille livres d'or. ' * "^
icet. L 1 , Persuadé que le partage du commandement entre plu*;
^^ann, de ^îeurs généraux ne peut que nuire au bien des aifairesljl
icanochr. j[ rappela tous les autres , et ne laissa à la tête de l'a
HM, qu'Alexis Branas , dans lequel U avoit le plus de
îf' ^' fiance. Branas, ayant remarqué la sécurité des enn
*qui se dispersoient dans les campagnes pour courir
pillage , fit descendre ses soldats dans la plaine. Ils n'<
toient pas encore revenus entièrement de leur crain
de petits avantages qu'il sut leur ménager les rassure
et leur inspirèrent peu à peu tant de hardiesse , qu'a
défait un parti sicilien, ils le poursuivirent jusque sodfc
les murs de Mosynople. L'armée sicilienne étant sortir
au-devant d'eux , il y eut un grand combat où les Greéfp
furent vainqueurs. Animés par ce succès, ils attaqii
la ville et mettent le feu aux portes. La terreur av
passé du côté des Siciliens, qui, sans faire longue r
tance , fuient par la porte opposée , et tâchent de re
gner Amphîpolis, où ils avoient un autre corps d'arméil^
Les Grecs les chassent devant eux , et en font un giaiiW
carnage. Arrivés au bord du Strymoh , ils y trouvent xa^
détachement nombreux qui servoit de' garde avançât
A leur aspect, le détachement renti*e en désordre daôM
la ville, et y jette l'épouvante. Cependant les SicilieDSJli
honteux de se laisser enfermer, étant presqu'en aussïl
grand nombre que les Grecs, sortent et se rangent e#'
bataille dans la plaine de Démétrize. Le nouveau cou?
HISTOIRE DU BA8^£MPI&Xi
e des Grecs avoit fait perdre aux Siciliens leur an-^ me confiance , et , au lieu de sonner la charge , ils oient faire des propositions'depaix. Branas les écoute, ^roit y consentir : mais, tandis que les députés font r rapport , et que les généraux tiennent conseil , il rcheet fond sur eux. Les Siciliens , pris an dépourvu, iéfendeni quelque temps; iis sont enfin renversés et unent la fuite. Les uns sont tués, les autres précipités 18 le fleuve. C'étoit le soir du 7 novembre. Les IX chefs, Alduin , et Richard de Cerra , beau-frère de Qcrède , sont faits prisonniers. Les fuyards se sauvent rbessalonique ; une partie se jettent dans les vaisseaux ils trouvent au port , lèvent les ancres , et prennent BrgCf quoique la mer soit orageuse. M9is,en fuyant lée des ennemis^ ils périssent par la tempête. L'antre t}e, dispersée autour de la ville, dont les Grecs se dirent maîtres sur-le-champ, fut poursuivie de tes parts et massacrée. Les plus acharnés contre eux ient les Âlains auxiliaires, dont ils avoient tué le chef lusieurs prêtres , lorsqu'ils s'étoient emparés de Thes- Mciique. Alexis Comnène, auteur delà guerre, qui se jroit déjà empereur, fut pris et aveuglé. Les débris l'armée sicilienne se réfugièrent à Duras ^ que le roi Sicile désiroit de conserver. Mais, ne pouvant fouraux dépenses nécessaires, il l'abandonna. Les histois occidentaux accusent Branas diune noire perfidie; disent qu'il fut le premier à leur proposer la paix , mettant aux Siciliens de les laisser retourner libre* nt dans leur patrie : que les Siciliens, se voyant af- )lis par la perte qu'ils venoient de faire , acceptèrent )roposition, et promirent, de leur côté , de se retirer terres de l'empire sans y faire aucun dommmage ; isque, le traité étant conclu et signé de part et d'antre, mas tomba sur eux et les défit. Ils ajoutent que l'emeur fut si mécontent de cette infidélité , qu'à Texcep- I d'Âlduin , il ne voulut pas retenir les prisonniers
3lO SISTOIKB no BIS-SIIPIILE. j
faits dans cette dernière rencontre , et qn'ajant fait I Branas de vifs reproches, il le menaça de faire retonH ber sur lui le di^shonaeur dont il flétrissoit les armes di l'empire. Ce récit parott confirmé par la révolte M Branas, dont nons parlerons dans la suite. "'• '■ ' • La défaite de l'armée des Siciliens entraîna la pwM de leur flotte, composée de plus de deux cents voiles^ Ayant lenlé une descente an bord du golfe d'Astaque^ ils furent si maltraités par les troupes qui bordoîent U rivage, qu'il leur fallut regagner le large. Quoique 11 flotte de l'empire fût plus foible de moitié, les Grecs, encouragés par le succès de leurs troupes de terre, iM de m and oient qu'à combattre. Quantilëd'habitans.ayta armé des barques , s'étoient joints à la flotte , et bfûloij de la même ardeur. L'empereur, considérant 1a,^^B riorité des ennemis, ne voulut pas courir ce hasa»*^ retint ses vaisseaux dans ses ports. Les Sicili sVtoient arrêtés dix-sept jours dans les llei pontide, ne recevant aucune nouvelle d terre, et jugeant par là du mauvais s
parti du retour. Après av< ir mis lei
Calonyme et .sur les c6les de l'ï
route vers la Sicile. Plusie rs de li
brisés ou engloutis par
ladîes 6rent périr pi
dans cette expédition j
dont quatre mille resti
de Conslautiuople. I
L'empereur ne leur
et ils seroient )
particuliers ,
grandes ville*
malhenreuJ
procédé i
périr des
porté les ai
HI8T0I1K DÇ BA8-EMPI&S. 3ll
tsi 4a victoire qu'il m de^oii qu* au secours du ciel le w rendait aussi cruel qu'une bite féroce , il auroit dû leur ^igrracher la vie aussitôt qu'ils étoient tombés entre ses 'umains ; que c'eût été alors une hostilité bftrbare ; mais
que de leur faire souffrir une longue mort par le froid mM par la faim , c'étoit autant d'homicides. Ces justes
reproches ne firent nulle impression sur Isaac, qui se
croyoit permis tout ce qu'il étoit en pouvoir de faire. m Ces.niisdrables périssoient Tun après l'autre , et demeu- « roienl sans sépulture. Isaac étoit surtout irrité contre
Alduin, dont il avoit été outrageusement insulté. Pour n donner plus d'éclat à sa vengeance , il fit assembler toute i.sa cour, et«s'étant paré des ornemens impériaux^ assis î^sar tin trône tout brillant d'or et de pierreries, il fit ktvenir devant lui le général sicilien. Celui-ci comparut i^ la tête nue, dans la contenance la plus humiliée, et le ^ salua profondément avec la vénération la plus scrvile. ^ Alors l'empereur jetant sur lui des regards de colère: 1^ De quoifes^tu avisé , malheureux , lui dit-il ^de violer if si insolemment le respect que tu dois à un soui^erain , ^méme étranger , même ennemi ? Si un succès de quel^ Biques momens autorise une telle audace , juge des droits |( que me donne sur toi une victoire complète, Â ces mots » Alduin , encore plus adroit courtisan que brave guer- Il rier : « Grand empereur (répondit-il) , j'avoue mon |i^ tr crime ; je mérite la mort. Il n'appartient qu'à votre ^' « majesté de ne pas se laisser enivrer des faveurs de la % m fortune y parce c|<ie votre sagesse est au-dessus d'elle. |- «r Je reconnois maintenant que c'est combattre le ciel ^ « que de faire la guerre à votrew majesté. Frappez une k^ « tête coupable. Je ne regrette pas la vie« Tout mon ^ m désespoir est d'avoir connu trop tard qu'Isaac est le jr « pins puissant, le plus sage et le plus invincible mo-^ i « narque de l'univers. » Isaac étoit l'homme du monde i le pins tendre à la flatterie; plus elle étoit ouliée, plus
elle péHétroit dans son cœur , parce qu'elle approchoit
loi
lO a
) iiinl
l'eiDpû U dé a < tant qu'il régner t il ipéme les yeuK^oii quel
i,il *e !efn
l Tté. tt Bi pios 'encore V ! ï inspirée t^élendit sor 18 4 te même assemblée : tiit jamais perdn la-vie,^ e mbre à aucun' conpabi
'eût - il conjuré- contre Té; i a contre le prince. Gt protestalion inccnnsidérée lui attira les éloges les hyperboliques. Op admiroit , on élevoit plus haut V David un prince si clément : il ne tint pas aux flati
/de cour qu'on ne le mtt au-dessus de'Dreu même, fait quelquefois éclater ses vengeances. 1A^^s Isaac sut que trop corriger Texcès de cette aveugle doi U manqua bientôt de»parole, et , après l'avoir comi a David ^ on fut tenté dé le mettre au rang d'An<
, Branas , effrayé des menaces de l'empereurf "songt à se mettre à couvert, il pensa que le plus sftrasile lui serojt le trône même. L'exemple d'Isaac Comnène'^j
'qui avec moins de courage s'é toit rendu mattre Cypre, lui faisoit espérer le succès ^ s'il étoit assez hardi pour entreprendre. Il étoit estimé des troupes, qu'il avoil'j su conduire à la victoire. Cependant il ne se fioit pasi aux soldats grecs , qu'il savoit être attachés à l'empereur |« et il n'osa leur découvrir son dessein. Mais il avoit ea^ dans son armée un grand corps d'Allemands auxiliaireS|i sur la valeur desquels il comptoit beaucoup. Ces étrai gers s'embarrassoient peu de la personne de l'empereur^ ils étoient trcs-dispo^és à servir celui dont ils recevroieot' une paie plus forte. Branas la leur promit. Avec leur secours et <^lui qu'il cspéroit tirer de Constantinoplcv un grand nombre de niécontens ne manqueroient pas de se joindre à lui ; il se crut assez fort pour opérer une révolution. Sur un projet si mal conçu, il se rend àl| l'église ^ Sainte-Sophie; là, élevant la voix an milieu 1 du peuple : Brades citoyens ! s'écrie-t-il , sau^^moi ^
HISTOIRE BU DAS-EMPIRE. 3l5
Il vie. Je viens de défendre la vôtre par trois victoires ;
^ viens de conserver la couronne h t empereur. Je n'ai
imjaii que par ses ordres. Il me veut punir de les avoir
hpécuiés. Ce prince aussi ingrat qu^ injuste veut venger
ma tête le sang que J'ai fait verser aux Siciliens vos
memis. Ces paroles et d'autres semblables ne produi-
it aucun mouvement. Aux cris de Branas on de-
ira dans un silence glacé , et le peuple manqua cette
|ns à un séditieux. Mais cette nouvelle alarma le timide
^perenr, qui devoit lui-même sa couronne à une pa-
âlle audace. Il se hâta d'envoyer à Branas le pardon
la promesse d'oublier son crime, et il lui tint parole.
Iranas , s'étant jeté aux pieds de Temperegr, fut reçu
toutes les marques de la plus sincère bienveillance,
traité dans la suite comme le serviteur le plus fidèle.
lis 9 tandis que le prince ne gardoit aucun ressenti-
it , le coupable conservoit au fond de son cœur toute
haine et son ambition.
*f Pendant que Tempire se défendoit contre les Sici- Nîcet.Li,
is, le sultan dlcone ravagebit la Lydie. Ce prince ,^'^'
mt appris la mort d'Ândronic , crut trouver une oc-
non d'avancer ses conquêtes à la faveur du désfrdre
l'ane si sanglante révolution devait produire. Il étoit
bailleurs instruit de l'irruption des Siciliens. Ainsi ,
kos perdre de temps, il envoya en Lydie un grand
■orps de cavalerie sous le commandement de Samès.
^témir trouva sans défense la plaine de Cilbiane.Elle
'^toît entièrement dégarnie de troupes, les uns étant ac-
•Hirus à Constantino^le pour faire leur cour au nou-
<aa prince , les autres ayant été mandés pour la guerre
« Sicile. II pilla donc le pays sans ménagement , en-
*va quantité d'hommes et de femmes, emmena les bes-
laox de toute espèce. Isaac ne trouva d'autre moyen
^arrêter ces ravages qu'en s'obligeant à payer au
paltan un tribut annuel : ressource honteuse , mais que
^foiblesse des empereurs ne rougîssoit plus d'employer.
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lot 4 roit vl retirer de ses mains.
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1^ ! vei r cseloi lie seii^ett. y rs de : niveaux di;^plû;es* h\ reur résolut d'< iployer la force pour lui arri proie. U «lit m i i flotte de soLÉaute-di» seaux. Mais il < it i es chefo de cette èxi C'étoient Jej G< tostéphané, cassé de^vieill > Alexis Vatace > ' Haut, mats aveugle.
»ic lui a voit fait crever les yeux. Le passage, fiit renx ; mais^ arrivés dans Tile, ils n'éprouvèrent malheurs. Le roi de Sicile « allié du tyran, avdil une flotte à son secours sous le commani Margarit , le plus grand homme de*mer de ^ tt Les Grecs , à leur descente, furent battus pur Isaac^i dis que Margarit s'emparoit de leuré jyjMsaeaOT. deux généraux fuMûit pris et mis entre Ica inaiiis néral sicilieA , qui les fit conduire en Sicile. Isaac queur enrôla dans ses troupes une partie des prii niei^, H fit périr les autres dans de cruels suj Ëiftre eux se trdyvoit Basile Rhinta^ène , gi vaillant et habile , qui>avoit droit de s'attendre au tement le plus favorable. 11 avoit été gouverneur' saac Comnène , et TÏivoit instruit dans Tart milil Son élève ne lui témoigna sa reconnoissance qoV faisant couper une jambe jusqn- au. genou. Ce m< laissa aller les matelots ; mais |>resque tous péril soit dans les tempêtes, soit de faim et d^misère. . Nicet. Lti L'avarice et Timprudence de Tempereur sùscil '^'^j ^ g bientôt une autre guerre qui fatigua long-temps fam. hyz.p, armcs, des Grecs , et détacha pour toujours de l*ei Idem , ad la grande province de Bulgarie, qui avoit coûté â i».Sc^ , 3o4. ^^'^ Bulgaroctone tant de travaux et de combats, pois ce vaillant prince, elle étoit gouvernée par
HI8T0IEE DU BÀS-EMPIEE. 3l5
; et la révolte des Bulgares , du temps de Michel iphlagonien, avoit été bientôt apaisée. Leur rébellion 18 le règne d'Isaac eut des suites plus fâcheuses. fYoici quelle en fut Toccasion. Isaac ayant perdu sa lière femme , obtint de Bêla, roi de Hongrie, sa Ile Marguerite , qui n'avoit pas encore dix ans. Vouit épargner son trésor , il s'avisa de charger les proices d'un nouvel impôt , pour fournir aux frais de ses , qu'il désiroit célébrer avec magnificence; et cette [e fut exigée a^c toute la dureté et Tinsolence ordinre aux commis de ces sortes de recouvremens. Les talgares et les Valaques réunis alors en une seule nalon, né purent sou£Frir cette vexation nouvelle. Déjà indociles par leur caractère , ils#K devinrent bien avantage , lorsqu'ils se virent enlever leurs troupeaux la dot de leurs fille#^ pour donner des fêtes à la fille roi de Hongrie. La situation de leur pays leur don*ioît l'espérance de se maintenir contre les forces de ^empire. On n'y poiivoit entrer que par les gorges du it Hémus; et cette chaîne de montagnes étoit coule de leurs châteaux bâti^sur des rochers escarpés. Jgré leur mécontentement , le souvenir de ce qu'ils roient souffert sous Basile les auroit peut-être conte- 18, sans la hardiesse et la ruse de deux hommes capales d'opérer une grande révolution. Pierre et Âssan ;s , issus des anciens rois dii pays, allèrent trouver hnipereur à Cypsèles en Thrace , où il prenoil le dî- *Wissement de la chasse , et lui demandèrent premièrement que les troupes bulgares au service de l'empire fassent enrôlées sur le même pîed que les Grecs natu- Jeb, et qu'elles reçussent le même traitement ; en second , Ken , qu'on leur cédât un territoire dé peu de valeur , iitué sur le mont Hénuis. On leur refusa l'un et l'anus, comme ils s'y étoîent bîln attendus : car leur în- «ntion n'étoît pas d'obtenir ce qu'ils demandoîent,* ^"Aiais d'irriter leur nation par le refus , et de la porter
aa'sciiilèl<tiaNaftt.: Gomme-ils^ie : il en
laot, Asan^iyant lusse échapp i ole^pea?
pectoeuse p«nr i'dmpereor/ Jean' sébastocrator^ d*Isaac, lui fit donner un soufflet par on de?feÉ^ OntrÀ d*un affront si sanglant , ils p(Nrtenl*dlii» pays la colère dont îk sont^embrasés. Mais né troan pas encore dam leur nation assez d'a^denr pouf la geance, ils s'aviéent d'un artifice, grossier à la Wril mais propre à mettre en -mouvement des esprits sii pies et rustiques. Ayant fait bâtir un^^glile en l'I neur. de saint Dëmélrius, patron de Thessaloniqutv particulièrement révéré dans la Macédoine et la Tfai ils y rassemblent un grand nombre de misérables, cfa^ paient pour faillie personnage de démoniaques, possédés contrefaits , les yeux égarés, les cheveux erioient d'une voix aifreuse quelle moment étoit de secouer le joug d^une domination tyrûnnique; k martyr Déméirius avait abandonné les Grecs ; s'était r£tiré chez les Bulgares et les V^daques fiour^ seconder dans ce glorieux^ projet; quHl faUoit, Sé perdre de temps, attaquer t empire, faire la guerre if^ outrance , et rnassacrer sans pitié tous les Grecs qwijî iomberoient entre leurs mains. jji
cet. Il, La rage de ces forcenés se communiqua aux Bnlgaro|l et aux Yalaques, et les premiers succès accréditèreol|l rimposture. Ils coururent aux armes, et mirent a fyeâ et à sang les environs du mont Hémus. Pierre prit hlfi qualité de roi. Suivi d'un corps de troupes, il alla d'aborM attaquer Peristhlava sur le mont Hémus. Troavaiiti^ trop de résistance , il descendit dans la Thrace , fit u%x horrible dégât , enleva les hommes et les troupeaux, eM laissa de toutes parts d^s marques ^sanglantes de sa fo^ reur. Isaac marcha eii personne à la tête de ses flhoupes^ A son approche , les barbtres, encore mal assurés, rega«^i ""gnent leurs défilés. Il étoit difficile de les forcer dans cev^ retraites presque inaccessibles ; mais, à la faveur d'oiv
-fitftTOIEE DU BAS-SMPIEE. Sl^
nroniilarâ épais qui les tint long-temps enveloppes , les ^tirées tombèrent sur eux , y jetèrent Tëpouvatite , et les I poursuivirent jusqu'au Danube. Pierre ^ Âsan et leurs l^ncipaux partisans, passèrent te fleuve et allèrent se rë- ^ftgier chez les Patzinaces leurs voisins. Basile , ayant re- 'conquis la Bulgarie , avoit fait graver sur le marbre dans Imrabnastère de Sosthène, au bord du Bosphore, un conseil à ses successeurs : Si jamais les Bulffares,di!toii'\], H révoltent de nouveau, il faudra^ h mon exemple)^ trayerser toute la Bulgarie y et n'y laisser aucunmplace , ^aucune forteresse sans garq^on ; c'est l'unique moyen 'ii tenir en bride cette nation remuante et indocile. *baac n'avoit pas assez de constance pour suivre cet avis. !-Dès qu'il vit les barbares hors du premier poste, où il 4e8 avoit attaqués, il se contenta de brûler leurs maga- Mins; il se laissa tromper par leurs feintes protestations Ni'obéissance, et ne songea plus qu'à retourner à Con- »
rilintinople.
f' -Il n'y fut pas long-temps sans apprendre qu^Âsan An. 1187 mxAi rentré en Bulgarie , suivi d'un grand corps de Patf nnaces , et que toute la nation avoit repris les armes. Il ' rflt partir aussitôt Jean sébastocrator, son oncle, qui, liyant attiré les ennemis dans les plaines de Thrace, Teroporta sur eux de grands avantages. Il étoit dange- Veux de trop bien servir ce foible empereur. Les succès 4e son oncle lui donnèrent de la jalousie; il craignoit ^e Jean ne fût tenté de prendre la couronne qu'il sa- ^it défendre. Il le rappela, et mit à sa place Jean Caniacuzène , qui avoit épousé Irène, sœur d'Isaac. Le nouveau général , décoré du titre de César^ étoit brave et "^struit dans la science de la guerre, mais vain et présomptueux; ce qui rendoit sa valeur souvent malheuivuse. C'étoit un de ceux qui avoient éprouvé la cruauté ^^Andronic par la perte de la vue. On sera sans doute étonné de voir souvent dans ces temps-là de ces sortes d'àtengles à là |^te des armées , et chargés des expéditions
3l8 HISTOIES DU BAS-SlfflRB.
les plus difficiles. C'est qu'entre les diverses manièfi mises en œuvre pour ôter la vue, la plus douce étoit i présenter aux yeux une lame de fer rouge , dont Tardei devoit brûler les membranes et dessécher les humeursxli yeux. Mais le plus ou le moins d'effet de cette opératio barbare dépendoit beaucoup du plus^ou du moins d'ha manité dans les exécuteurs; en sorte que plusieurs^! ceux qui avoient éprouvé ce supplice conseryoient ai core quelque usage de leur vue. D'ailleurs , dans le dé clin d^'empire , la coutume s'étoit sans doute inlrodoil de séparer le nom d'avec la réalité ; et dans la goerny ainsi que dans les emplois Tes plus importans , le e qui doit être l'œil de toute la gestion , étoit censé clairvoyant , s'il voyoit par les yeux de ses subalte procédé vraiment aveugle , qui met la statue à la pi de l'homme^ et qui la laisse mouvoir par les passii et les intérêts de ceux qui restent cachés derrière Cantacuzène, apprenant que les barbares se tenoient le haut des montagnes, ne douta point que ce ne un effet de leur crainte ; et, s'étant campé dans la plaî il ne crut nullement nécessaire de se retrancher, A poster des gardes avancées , ni de prendre aucune préM caution pour sa sûreté. Cette confiance téméraire erf les suites qu'elle devoit avoir. Les barbares , étant de** cendns pendant la nuit, pénètrent dans le camp, ëgof^ gent les soldats endormis , massacrent ou font prisod* niers ceux qui fuient sans avoir le temps de prendf leurs armes. Le César, éveillé par les fuyards qui I réfngioient dans sa tente, se lève en les accablant d'io' jures, les traitait de poltrons, de traîtres ; il va , dit-il leur montrer ce qu'il faut faire dans une attaque soo daine. Il monte sur un cheval arabe, saisit sa lancée son bouclier^ et court aux ennemis en criant : Sauvez moi ! Mais, ne voyant pas où il étoit, et ne sachant o il alloit , il est entraîné par la foule des fuyards, et fui Fui* même à toute bride, Les Bulgares pil^bt le cUmp
HI8TOIES DU BAS-KMPIRE. Sig
is les drapeaux dés Grecs tombent dans leurs mains, are et Âsan s'emparent de la dépouille du César; et^ ilint revêtus de $es habits de pourpre, ils se montrent Itfi à leurs troupes , qui les félicitent par de grandes Ébmations. N'ayant plus rien à craindre des Grecs , Icampènt au milieu de la plaine et se retranchent, /empereur rappela Cantacuzène ; et ne connoissant de meilleur général que Branas, quoique sa con<- Ée passée dût le rendre très*suspect, toutefois, trompa les apparences de son repentir , et^ par le zèle qu'il toit de réparer sa faute, il lui confia le commandede Tarniée. Branas se conduisit en grand capitaine, tjoars sur ses gardes , n'abandonnant rien à la for- |n, choisissant des campemens sûrs, et se retranpDt avec soin , marchant en ordre de bataille autant le terrain pouvoit le permettre , il sut conserver ses ipessans aucun échec, et, sans hasarder de bataille^ lire peu à peu l'armée ennemie par de petits com-^ i, qui se terminoient toujours à son avantage. Enfin , it repoussé l'ennemi de poste en poste jusqu'au-delà »moot Hémus , il crut avoir trouvé le momeint favopour exécuter le projet qu'il méditoit depuis long-» ips. Les soldats, dont il ménageoit le sang, étoient à le répandre poUr son service. Il assembla ses of- I, dont la plupart étoient se& parens, et leur ayant ë l'incapacité du prince , il les consulta sur les rens de rendre à l'empire son ancienne splendeur* moi, leur dit-il , /e n'gn cannois point d'autre de mettre la couronne impériale sur la tête d'un \me capable de se faire respecter des sujets et re* iier des ennemis. Choisissez-vous un maître de ce ractere ; yV serai le premier h Jui jurer fidélité. Il étoît assuré de leur suffrage. Tous le prient de se charlui-même du gouvernement. Il y consentit sans Ikae ; et , les ayant exhortés à disposer leurs soldats à ce illngement / il. prit la route d'Ândrinople ^a patrie.
SaO HISTOIRE BU. BASfrSXBIKS.
Là, tous les esprits étant prépara; , l'armée entièrei? une acclamation unanime, le nomma empereur.
On marche à Constantinople. Branas établit son ci à peu de distance de la ville, et sur le soir, suivi de troiîpes, il s'avance assez près pour se faire enteiu Alors adressant la parole aux soldats et aux habifans,^ le regardoient du haut des murs : Citoyens , s'écria-t-j fe vous apporte la victoire y la paix et tabondm Voilà les biens que vous allez recevoir^ si vous m*û çrez vos portes ; mais si vous m'obligez de lesfonâ attendez-vous à voir entrer avec moi tous lesrmmi la guerre. Ayant dit ces paroles , il se retira dansfl camp. Le lendemain , au lever du soleil ; )1 s'appitiël à la tête de son armée rangée en bataille. L'empei après avoir posté sur les murs et derrière les porlesi partie de ses troupes, fait sortir Tautre avec ordre d*^ combattre Tennemi au-delà du fossé , et si elle se pressée , de se retirer à Tabri des tours et des rem| de la ville. On passa la matinée à tirer de part et d^ai sans en venir aux mains. Sur le midi , la cavalerie Branas chargea les Impériaux, qui, ne pouvant luiri sister , repassent le fossé, et se retirent au pied des moi sous la protection des machines et des archers qui btf doient la muraille. Branas, sans pousser plus loial premier succès, retourne dans son camp. Ce quib donnoit le plus d'avantage sur les Impériaux, c'étoitfl grand corps d'infanterie latine , composé desprisonnki siciliens à qui l'empereur avoit donné la liberté, et qo' avoit armés et envoyés à Branas , faisant la guerre ai Bulgares.
Le rebelle, après avoir fait reposer ses troupes p< dant cinq jours, se rapproche de la ville, espéran exciter quelque division entre les habitans; et pour £a parade de ses forces , il les étale sur les éminences septentrion , depuis la pointe du golfe de Géras jusqu Bosphore. Ce grand nombre de drapeaux qui flottoi
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE; Sflî
i l'air i et Tëclat des armes frappées des rayons du so-^ âl faisoient un spectacle effrayant. Branas avpit attiiil )kUm parti les habitans des tles de la Propontide , la llapart pécheurs. Us étoient en grand nombre, peu
E es à la guerre , mais hardis navigateurs. Ayant releurs barques de planches épaisses pour en fortifier Due et les flancs , armés d'arcs et de frondes, ils osé* ^t attaquer la floHe impériale, qui Yoguoit autour de kr?îUe pour en défendre Tapproclie ^ côté de la mer; Oq fut d'abord surpris de leur hardiesse ; c'étoit , disoitpn , une folie d'aller affronter de grands vaisseaux avec le simples nacelles. Mais on en vint bientôt à les crain- Ire, quand on les vit voler avec légèreté^ et investir de iates paris chaque vaisseau , qui , se remuant ^avec beau* * Nnip plus de lenteur, pouvoit à peine se garantir de* |falM>rdage. La flotte fut obligée de regagner le bord , où Im barques la tei^oient comme bloquée; lorsque enfin i iMteuse de céder à de si foibles ennemis , elle revire de ktrd, et faisant force de rames et de voiles^ elle fond inr les barques, en coule à fond une partie, disperse le teste , et les auroit consumées par le feu grégeois , si Ëarmée de terre, accourant au rivage, n'eût protégé la Mraite, en faisant pleuvoir une grêle de flèches et de ^rres sur tes vaisseaux de l'empereur.
k Branas, n'espérant se rendre maître de la ville ni par /v/cer. /. i
btelligence ni de vive force, résolut de la réduire par^* ^'
line. Les provinces voisines , tant en Europe qu'^
ûe, s'étoient déjà «déclarées pour lui; il leur fit défense
Tcnvoyer à Gonslantinople aucune subsistance. Il tra-
Villoit en même temps à rasscmblefr des vaisseaux , pour
^•een état de combattre la flotte de l'empereur. Cepen-
■hot Isaac ^ assez heureux pour voir lé peuple de Cou-
Plantinople animé contre Branas , et résolu à soutenir
in siège- plutôt que de lui ouvrir les portes , ne secondoit
les bonnes dispositions que par des dévotions très-loua-'.
Iles en elles-mêmes, mais dont l'effet est de faire prus-î
3aa HisToi&x bu bas-bmpias.
pérer le travail et le courage, et non pas d'en tenii H^ntoi) bien qa'il avoit grand inlérét à ne pas \\ prolonger le siège , et que l'inconstance natorell peuple pouvoit à la longue changer les esprits.. Mj lâcheté et son inexpérience le rendoient incapali donner les ordres nécessaires. Il fit placer sur la noiur comme une défense insurmontable , une image ce de la sainte Vierge ; et, ayant assemblé dans son ( tous les moines ^pndians de Constantinople , il pi la journée au milieu d'eux à prier Dieu d'écarter d le fléau de la guerre, et de lui conserver la coun On peut douter sans irréligion que ses prières eu été exaucées , si l'activité de Conrad n'eût suppléé ; inaction. Ce prince , proche parent de Rainier de IV! ferrât, qui av#it épousé Marie, fille de Manuel, depuis long-tenàps attaché à l'empire. Il avoit si( son zèle sous le règne de Manuel par la défaite de mée de l'empereur Frédéric. Isaac le fit venir à i stantinople quelque temps avant la révolte de Bn et lui donna le titre de César, qu'il 6toit à Cantacua il lui fit épouser sa sœur Théodora. Conrad s'étoi quis une grande réputation de valeur et de prude il ne cessoit d'exciter son beau-frère, lui reprcser qu'il devoii joindre l'action aux armes spiriiue qu'après avoir levé les mains au ciel comme Maïs jfalloii , comme Josué , les tourner contre V ennem q^une armée de moines mendians ne suffisait contre des lances et des épées. A force de coups d'ai{ Ion il réveilla pour quelques momens l'indolent pereur. Branas étant maître de tous les dehors , I n'avoit de ressource que dans Constantinople pour t ver des soldats , et l'argent lui manquoit. Il engagea églises pour de grandes sommes la vaisselle impéri qu'il eut soin de retirer après la guerre , mais rendre l'argent. Il soudoya par ce moyen un cei nombre d'habitans»
BISTOI&E DU BAS-EMPIEl. Ss5
'• Conrad, de son côte; assembla les plus braves gens, qui s'attachèrent i sa personne par estime de sa valeur. C'ëtoient deux cent cinquante cavaliers latins , et cinq kents fantassins , la plupart Turcs et Ibériens. Il comjposa de plus un corps de mille hommes , qu'il choisit faire les officiers du palais et les citoyens les plus distingues. Il sembloit être on ange envoyé du ciel pour ^fendre le foible empereur. Aussi prenoit-il avec lui 9e ton de maître, lui reprochant quelquefois ^u'il avoit 'plus d'ardeur pour la table que pour son salut et celui 'lie Tempire. Il le détermina enfin à livrer bataille. Isaac 'oidossa la cuirasse , et, ayant convoqué ses ofBciers dans *fe palais de Blaqnernes, il les exhorta par une harangue militaire à faire le devoir de fidèles sujets, permettant ^ ceux qui ne se scntoient pas assez de courage de se Retirer chez eux sans prendre d'autre parti que celui auquel les appelleroit la victoire. Il ajouta même , gue *sUly en açoit parmi eux qui fussent dans le cœur plus 'fworables au rebelle , il ne les empêchait pas de V aller ^ffiindre ; qu'ils pouvaient en toute sûreté sortir de Conttaniinople; que la trahison seroit moins criminelle "»ant faction même ^ parce qu*elle seroit moins dan- 'gereuse. Une permission si extraordinaire étonna tous tt les officiers; mais Jean sébastocrator , oncle de Tempetreur , sentit que c'étoit lui que Tempereuip avoit prin- [ cipalement en vue. Son ancianne liaison avec le rebelle Jtoit encore resserrée depuis peu par le mariage de sou fils avec la fille de Branas. Se voyant donc soupçonné je perfidie, il protesta, avec les imprécations les plus erribles contre lui-même et contre toute sa famille, fue jamais un si noir dessein n'étoit entré dans sa pen* 'ie ; que la vieillesse ne lui avoit pas encore ôté le bom ens jusqu'à préférer à l^ empereur son neveu, de qui J avoit reçu tant de bienfaits , un malheureux rebelle , iont il n^ aurait jamais accepté VaUiance , s'il eût pu prévoir sa révolte*
324 âtSTOmS BU BAS-ËMHtlt
cet. L 1 9 Branas ëtoit déjà rangé en bataille ioirsquè Ta
Impériale sortit de Constantinople. Manuel Camyse grand -ëcuyer et cousin de l'empereur, command l'aile gauche. Ennemi mortel de Branas , et n'espérai point de salut , si le rebelle devenoit son roattre , il avi abandonné tous ses biens à Tempereur pour lever soldats. Isaac marchoit à la tête de l'aile droite. Gonrad)i qui par sou courage et sa science militaire ienoit ut place de f empereur, étoit au centre, suivi des Lati tant cavaliers que fantassins. C'étoit aussi le poste que Branas occiipoit dans son armée ; il y avoit assembi Télite de &ts troupes ; les ailes étoient commandées par ses licutenans. La matinée se passa en escarmouches : i midi le combat devint général. Conrad s'avança le pre« ^ mrer à la tête des Latins. Il étoit sans casqile et saAt bouclier ; mais il portoit pour cuirasse une toile de lîd repliée en dix -huit doubles et détrempée dans le sel le vinaigre ; ce qui la rendoit impénétrable aux pi rudes coups de lance. A la portée du trait il fit halte; le reste de l'armée le suivoît en colonnes. Les files et les rangs serrés , il charge et enfonce l'ennemi , qui, ne ' pouvant soutenir ce choc , tourne le dos et prend \i-^ fuite. Branas s'efforce inutilement d'arrêter les fuyards?^' ni sa VOIX ni son exemple ne peuvent les rassurer*^ Désespéré de leur lâcheté, il court lui-même à Conrad ij la mort de ce brave guerrier eût décidé la victoire. Il j lui lance son javelot , qui ne fait que lui effleurer l'é^J paule. Conrad, empoignaiU sa pique à deux mains ^ . la lui porte au visage, et le renverse à bas de son cheval; ^ Comme Branas demandoit quartier : Ne crains rieUf \ lui dit Conrad, il ne Ven coûtera que ta tête ; ce qiii^ fut sur-le-champ exécuté par ses gardes. Cependant l'armée rebelle fuyoit de toutes ses forces. Les vainqueurs firent peu de carnage , et ne s'acharnèrent pas à la poursuite. Ils s'arrêtèrent à piller le camp , et le peuple de la ville vint en foule enlever sa part du butin.
* HISTOIRE »U BA8-EMPI&S.< 5i»5
ns cette bataille fut tuë un fameux astrologue « nomme Dstantin Stëthat^ qui avoit prédit à Branas qu'il reroit ce jour-ià en triomphe dans Constanlinople. prophétie se vérifia tout autrement que Tun et itre ne Tavcdent entendu. Comme Tempèrent renit triomphant dans la ville, on porta devant lui, au Qt de deux lances , la tête et le pied droit de Branas. côté de ce sanglant trophée on portoit encore la tête m de ces poètes mercenaires qui font commerce d'é* ;e&. en méchans vers. On ne dit pas la raison de cet ortinient bizarre : on peut soupçonner que ce favori Apollon s^étoit \\n peu trop pressé de chanter d'avance glorieux succès de Branas.
L'empereur , s'attribuant à lui seul Thonneur d'une içîcet, 1. 1 ,
ctoire à laquelle il avoit eu si peu de part, fit préparer^' ^'
a magnifique festin , et ordonna de tenir ouvertes
iQtes les portes du palais, afin de se montrer à son
eaple dans toute sa gloire. Il crut la relever par la plus
lopide inhumanité. Il fit servir sur sa table la tête de
Jiranas; et. Tayaut jetée par terre , les courtisans , qui
l*ont guère d'autre âme que celle du prince , se firent
ID jeu de4'insulter à coups de pieds, et de la percer de
ikhes. Il la fit porter en cet état à la femme de Bra*.
1, nièce de Tempereur Manuel; et comme on de-
idoit à cette veuve infortunée si elle la reconnoissoit^
int ses yeux presque éteints par la douleur : Oui ^
mdit-elle , ei fe reconnais aussi mes malheurs.
Ce n'en dit pas davantage , et se replongea dans un
nrne silence. C^étoit une princesse vertueuse et mo*
ble, celle de toutes les femmes de la cour qui méritoit
«moins un traitement si barbare. Manuel avoit coutume
it rappeler l'honneur de son sexe ei l'ornemeni de la
\mlle impériale. Cependant Tarmée vaincue , saisie à\\
hs grand effroi, précipitoit tellement sa fuite, qu'elle
pe s'aperçut qu'au pont d' Athyras , à six lieues de Con-»
AtQtînople , qu'elle n'étoit pas poursuivie. Chacun alors
3ft6 BflA^tfms BU »Jk-^£»iM'
se dispersa poar se retirer dans sa famille , les simplci soldats , sans hiqaiétnde , à Tabri de leur obscurité mais les officiers distingués par leur naissance ou pai leurs emplois , craignant le ressentiment do prince, s'as* semblèrent, et , d'un commun avis, lui envoyèrent de députés pour lui dire que, s'il leur pardonnoii , U n^ank' roit point de serviteurs plus zélés et plus fidèles; mab que y s'il se montrait inflexible, ils alloient, quoiqtil regret , chercher leur sûreté et porter leurs services chex les nations ennemies. L'empereur leur accorda leoi pardon. Plusieurs d'entre eux étant venus l'assurer dl leur repentir et de leur attachement désormais inviolable , il les reçut avec bonté ; et , prenant le ton de di* recteur de conscience , il leur couseilloit d'aller^ouva le patriarche pour se faire relever de l'anathème qu'tli avoient encouru par leur révolte. Les âmes les pin timorées suivoient son avis : d'autres', moins scropa* leux , en faisoient des risées, et disoient qu'ayant éU clerc autrefois, il ne pouvoit perdre rhabitude de caM chîser. Quelques-uns s'étoîent déjà retirés chez lesBaP gares , il les rappela par des lettres d'amnistie. 'cet, 1,1 9 11 auroit au moins eu Thonneur d'avoir terminé avrf douceur une guerre civile, si sa bizarrerie natarellt n'eqt flétri cet heureux commencement. Après la grw accordée aux révoltés, il permît au peuple de ConstawP tinople de traiter en pays ennemi les campagnes d'aleiK| tour et les îles de la Propontide pour punir les habita^ de s'être déclarés pour Branas. Une permission de bit^ du mal a toute la force d'un ordre, et il est toujooit'; promptement exécuté. Dès la nuit suivante, on niitlr feu à tous les édifices, tant sacrés que profanes, tatiT publics que particuliers, au-delà du golfe de Géras. W eut dit que les Bulgares étoient aux portes de la vîlh»" Ce canton fut entièrement dévoré par les flammes. 0^ voyoît les malheureux habitans, surpris par rinccndi^i sauver de leurs maisons embrasées leurs enfansetct
HISTOIRE BIT BAS-EMPIRf. $%^
l'3i pouToieot emporter de leurs effets. Le lendemain , I Latins de Conrad , accompagnés de cette foule de lisërables qui, dans les grandes villes, n^attendent ii*nn signal pour piller les biens qu'ils n'ont pas , ar* héi de tont ce qui leur tomboit sôus Ta main , se disment auK environs de Constantinople. Us forcent , ils iiient, ils abattent les habitations, les églises, les moiftères. Oh insulte * on maltraite les prêtres, les moites, les religieuses. On enlève jusqu'aux vases sacrés ; on Hssacre ceu): qui résistent. Ce désordre affreux aurait hré plus long-temps, si l'empereur, sur les remontrances ie quelques gens de bien^n'eât envoyé les seigneurs da ^ haut rang pour arrmir cette fureur populaire. Elle h suivie d'un autre excès non moins déplorable. Les ktisans de Constantinople , déjà jaloux des Latins , qui kvantoîent d'avoir seuls sauvé l'empire , irrités encore traitement barbare qu'ils venoient de faire aux Grecs , ant animés les uns les autres , et réunis ensemble, uent les Latins à leur tour. Ils courent en foule à maisons, qu'ils croient remplies de richesses, ne l<espirant que le mein*tre et le pillage. Ils brûlent de Kk&ouveler le massacre qu'ils avoient déjà fait du temps frAudronic. Mais ils y trouvent plus de résistance. Au ier bruit de cette émeute, lès Latins, tous gens de e, avoient fermé de grosses pièces de bois Tentrée rues qui conduisoient à leurs logemens ; et à la faveur ces barricades, armés de toutes pièces, ils repoussoient fiément une multitude confuse , sans chef , pleine de ^, et dont l'ivresse faisoit tout le courage. L'assaut ^ntinna bien avant dans la nuit. Le terrain des atta^ fmtùt bientôt jond|é d'habitans tués ou blessés, et ^chés par terre au^ed des barricades. Au matin , le Muple se préparoit à recommencer, lorsque l'empereur tvoya ses principaux officiers pour apaiser ce tumulte., ^Latins y réussirent encore mieux par un stratagème; Vt avoient transporté pendant la nuit, dans le vestibule
KM
32S . IflSTOIRE X|U BIS^EITPIKE.
de leurs maisons, une grande partie des 'cadavreS|:jj après les avoir habillés comme eux, et leur avoir o la barbe qui distifiguoit les Grecs, ils les montroii aux envoyés de T^mperc^r confifne des LatiD3 qui avon péri dans c^lte émeute; ils les prioient de se çontei du sang d^ cçs malheureux, et de ne pas pousser pl4| u un eniporteuient fiveugle. Le peuple y fut trompai . .^e croyant asses; vengé, chacun retourna à son traval idinaire. Mais ce qui contribua le plus à calmer Ui ' prits,ce fut que, Tivresse de la veille étant dissipé|( la chaleur qui les avoit enf^ampiés se trouva fort n froidie.
Les Bidgares et les ValaiPes avoient profité de guerre civile pour repasser le mont Hémus avec Patzinaces. Ils étoient campés près d'Ag^thople et yageoiept tputp cette contrée de la Thrace. Isaaç résol de les aller combattre çr\ personne. La victoire n portée sur !Çranas, qu'il ne devoit qu'à Conrad, fJonnoit une grande opinion de lui-même. II roai toutes ses troupes, auxquelles il assigna rendezvotisl Taurocome près d'Andrinpple , et les devança avil quelques escadrons qui se trouvèrent prêts à partir. Loa^ qu'elles furent arrivées, il envoya les bagages à And V'^ nople, et, s'étant mis en marche, il prit lui-même hifdevans avec un corps de deux mille cavaliers choîsîs.i= fut bientôt- averti par ses coureurs que les ennemi^ après avoir ravagé le;5 environs de Lardée , se disposoiellà se retirer dans leur pays avec un grand butin Ât quantité de prisonniers. U partit d^ miit aussitôt; maiij^ ne les trouvant plus, il capip^ pi'ès deBasternes, et reposer son armée. Trois jours après il prit la route 1 Bérée. Il n'ayoit pas encore fpt cinq lieues , qu't cavalier courant à toute bride, vint lui annoncer quête Bulgares n'étoient pas loin , et qu'ils marchoient à petl pas, parce qu'ils étoient chargés de butin. Il fait dili ^eiice pour les joindre , et ne fut pas long-temps ss^i
^ISTQIB.K p^V BAS-JEMPIB.K; «^.^9
M apercevoir. A la vue des Grecs , les barbares chargent |lenr butin un détachement, avec ordre de prendre
plus court chemin pour regagner les montagnes; le
de leur armée fait halte, et se prépare à recevoir
nemi. La cavalerie grecque engage le combat , et les
bares avoient Tavantage. Montés sur des chevaux
vites à la course et infatigables, ils coururent d'abord
la rencontre des encadrons grecs; mais , après avoir tiré Ts Qèches et porté leurs coups de lance , ils tournoient
ide, et, fuyant sans se débander, ils se laissoient pourjiivre jusqu'à quelque distance : alors, retournant tout licoup sur Tennemi, ils combattoient avec plus de force. Ce manège plusieurs fois répété fatigua tellement les gfrecs , qu'ils étoient 3ur le point de succomber , et perloient déjà beaucoup de leurs gens , lorsque Tempereor t avancer Tinfanterie. Celle des Bulgares étoit en trop fitit nombre pour en soutenir IcThoc. Ils prirent donc parti de faire retraite, mais en si bon ordre , que Temîreur ne remporta sur eux d'autre avantage que de éprendre les prisonniers quils emmenoient. Il conima de les poursuivre inutilement. Pierre et Asan, ujours à la tête dç leurs troupes, se firent un jeu de tiguer Tempereur, sans en venir jamais aux mains, istruits de tous ses mouvemens, ils lui échappoient ins cesse par la légèreté de leurs chevaux , les gens de ied étant accoutumés à sauter en croupe. Lorsi^ue empereur allolt les chercher à Philippopolis, dont ils ^vageoient le territoire , avant son arrivée ils étoient léjà sur les terres d' Agathople ; couroit-il à cette derâère ville, il apprenoit qu'ils étoient retournés à Phlippopolis. N'espérant plus les atteindre , il lui vint ea tensée d'entrer Iqi-mênïe en Bulgarie, et de se venger tnr ce pays des ravages que les Bulgares faisoient en Thrace. Maïs les neiges et les frimas qui se font sentir c bonne heure en ces contrées, l'obligèrent de faire intonner ces troupes. Ainsi, prenant avec lui sa cava-?
5Za HISTOIRE BU BÀS-EMPIftC
lerle légère, il retourna à Constantinople, on il
Thiver en fêtes et en spectacles.
Nieet.L », Isaaf « en partant de Constantinople pour marc
hoger de Contre les Bulgares , avoit recommandé à Conrad de!
^%'uilL de^^^^^^ ^^^ délai. Mais Conrad s'ennuyoît de vivre à
Ifangis. cour du prince grec , où il n'espéroit pas de plus hat
chron!bel^\ fortunc. La qualité de César ne lui procuroit que
/w.c/e rim; frivole privilège de porter la chaussure de pourpre
nu. exped. aucuu droit de succéder à Tempire. D'ailleurs la iik
GuiiLNtU' ^^ Branas , qu'il avoil tué de sa propre main , lui ai
^^« attiré de puissans ennemis , et la foible protection
part. 10, c! l'empereur ne pouvoit le rassurer. Il profita donc
*b« Canee ^'^t^^^*^^ ^^^ princfe pour se retirer ; et comme il a?c
Jt(m.p. 3o3. pris la croix avant que de venir en Grèce, il passa \
mer en Syrie , où son père étoit déjà entre les plus
lustres croisés. Il dét^rqua au port de Tyr le jour mi
que Saladin gagna la fameuse bataille de Tibériac
qui porta un coup mortel aux chrétiens de la Palestii
Son arrivée sauva la ville de Tyr; il la défendit ave
tant de courage et de prudence contre les attaques
Saladin , qu'il Tobligea de lever le siège. Il eut le bon-*^
heur de délivrer son père , prisonnier entre les mainfe
des musulmans. Mais sa valeur, mal secondée, ne pqP
arrêter le cours des conquêtes de ce redoutable sultan^!'
qnj , après s'être emparé d'Acre , de Baruth , de Sidon»':
d'Ascalon , vint assiéger Jérusalem , et la prît en dit*
jours. Les services que Conrad rendit aux chrétiens W^
acquireOt une grande considération en Palestine. W
femmeThéodora étoit morte à Constantinople avantsoa
départ. Sibylle, fille d'Amauri, sœur de Baudouin iv,
mère de Baudouin v, tous successivement rois de Jérw
salem , leur avoit survécu. Elle porta la couronne qtn
lui appartenoit sur la tête de Guy deLusignan, qu'cll
épousa. Elle mourut deux ans après la perte de Jérusa
lem ; et quoique Lusignan prétendît conserver le nom d
toi , qu'il ne tenoit que du chef de sa femme j Isabelle
Hf6TOl&X hV BlS--Elf»Aff. S5t
ntr de Sibylle » lui disputa cet honneur et prit le
ire de reine. Elle étoit mariëe à Hnmfroi de Thoron t
nnétable dn royaume. Mais Conrad , asses ambitieux
mr aspirer au nom de roi , même sans états» enleva
I princesse et T^ponsa. Ce mariage si peu canonique
ibsista au moyen de Targent que Conrad répandit , et
I besoin qu'on avoit de son assistance , parce qu'étant
aître de Tyr , il ne tenoit qu'à lui d'affamer tout le
lys. Ce droit passa par succession à sa fille Marie, qui^ ^
nnt épousé Jean de Brienne , comte de la Marche ,
i communiqua ce même titre sans réalité. Toute la
leur de Conrad ne put le garantir des coups de ce
ince barbare et sanguinaire , nommé le Vieux de la
ontagne , qui , s'étant érigé sur le mont Liban un
Ibunal meurtrier, jugeoit de là les princes de la terre ,
envoyoit du haut de ses rochers le poignard et la mort
ni le sein de ceux qu'il avoit condamnés. Conrad fut
lassiné à Tyr à la fin d'avril de l'an 1192.
An commencement du printemps de l'an 1188 l'em- Kn. iiSt/
reur retourna joindre ses troupes , qui avoient passé
liver sur les frontières de Bulgarie. Il employa trois
sis au siège de la forteresse de Lobize , qu'il ne put
Ipdre ; et, après avoir inutilement fatigué ses troupes,
revint à Constantlnople', où le rappeloit le plaisir de
chasse et des spectacles , dont il étoit plus occupé
e du soin de ses états. Il avoit enlevé dans une course
femme d' Asan ; ce qui obligea le prince bulgare de
nclure une trêve et de donner un de éeé frères en
âge.
L'empereur ne s'étoit pas rendu difficile sur les condi- An* 1189.1
msj étant alors appelé en Asie par de nouveaux trou- ^^^et. /.a y
es. Théodore Mancaphas de Philadelphie , «homme DuCange,
irdi et ambitieux, avoit fait révolter sa patrie. Cette-^'^J^**"
Ile , bien fortifiée et peuplée d'habitans braves et se- s^^f ***«•
lieux , prétendoit former un état séparé , et toute la n, p. s%\
rdie , dont elle étoit capitale , s'étoit jointe à elle.
35a RISTOI&E BU BÀS-EMPIEE,
Mancaphas prit le titre de roi» fit battre monnole, inettoit tout en œuvre pour attirer à son parti les provii ces voisines. Isaac , après avoir d'abord méprisé cette bellion , en conçut enfin de Tinquiétude , et marcha luig même à Philadelphie. Après un siège de plusieurs joQ] qui avoit déjà coûté la vie à un assez grand nombre braves gens, Tempereur et le rebelle étant égalemei fatigués , Tun désespérant de forcer la place , Tauti craignant ses nouveaux sujets presque autant que les er pemis , en vinrent à un accommodement. Mancapba— renonça au titre de roi , et eut la liberté de demeure dans la ville , qui reconnut comme auparavant la de mination de l'empereur , et donna des otages de sa fidé^ lilé. Basile Vatace éloit goyverneur du thème des Thrtq çésicns , dont la Lydie fâisoit partie. Il n'étoit pas la famille illustre dont il port oit le nom. Né dai l'obscurité , il devoit sa fortune peut-être à son mérite, peut-être à son intrigue , et avoit épousé la fille d( Constantin T Ange , oncle de l'empereur. Persuadé qu m rebelle, quoique désarmé, est toujours à craindre, il gagna par argent les partisans de Mancaphas, et, ne. pouvant les engager à le mettre entre ses mains, il vint/ ^lu moins à bout de le faire chasser de PhiladelphiijJ Mancaphas, de roi de Lydie* devint le fléau du pa^fSj Azzeddin , sultan d'Icône , cassé de vieillesse , avoitj partagé ses états entre ses fils, se réservant toujours le i titre de souverain. Ce fut chez l'un d'eux, nommé Caï-i cosrhoës, que Mancaphas alla chercher asile. Il ne puti engager ce prince à faire la guerre à l'empire; maisilj en obtînt la permission d'enrôler autant de volontaires j qu'il s'en présenteroit. Mancaphas en assembla un grand i nombre^ accoutumés à vivre de pillage , et à leur tête j il fit un horrible dégât en Lydie, en Phrygîe, en Carie. Animé par la vengeance, il bniloit les moissons, massacroit les habitans , détruisoit les églises. Plus barbare ^ue les Turcs , il s'irritoit , lorsqu'ils épargnoîent U
HISTOIRE DU fiAS-£M]PIK£. 333
hg des chrétiens. Pour réduire par les armes Ud pa^ il ennemi , il eût peut-être été besoin d'une guerre ngue et sanglante. L'0inpereur prit une voie moint orieuse ^ mais plus abrégée. Il envoya des députés à lïcosrhroës avec une grande somme d'argent. Il ol)tint ir ce moyen de se faire livrer Mancaphas ; mais ce là condition qu'il ne le puniroit ni par la perte de la le, ni parcelle d'aucun de ses membres* Isaac le confmna à une prison perpétuelle. Les frères de Caïcoskies furent si indignés de la lâcheté qu'il avoit eue de Indre à l'empereur un malheureux réfugié, qua pen fin fallut qu'ils ne se réunissent pour l'en punir par I armes.
Tandis qu'un rebelle occupoîl en Asie les armes de Nicet. 1.^4 ampereur Isaac , un prince ami, mais beaucoup plus ^â;,^^, /, 3^ kloutable , lui donnoit en Europe de mortelles in-A'«'''« »o>^* liiétudes. Frédéric, empereur d'Allemagne , à la tête Badul/ldë ône puissante armée , Iraversoit la Bulgarie pour Trit/etuchr, 1er au secours de la Terre-sainte , réduite alors à un Cog^esl^al. MYIpplorable* C'est la troisième de ces expéditions fa- Rob.* dtt «uses qui épuisèrent TEurope et firent trembler l'Asie, '^*"*** I les chrétiens, après d'éclatantes victoires et de hauts ih*d*armes, ne laissèrent enfin que leurs tombeaux kkls les plaines qu'ils avoient couvertes de leurs tro* H^s. Lia prise de Jérusalem et de la sainte croix, qui (lit tombée entre les mains des infidèles ^ avoit jeté la tisternation dans tout l'Occident. Le pape Urbain 111 ^mourut de douleur. Grégoire viii, son successeur, • son premier soin de travailler au recouvrement de la Me sainte. Il ne tint pas le sainl-siége deux mois enfers ; mais sa mort n'interrompît pas ce dessein. Cléit m s'empressa avec la même ardeur à mettre eu ivement le zèle des princes chrétiens. Il exhorta is les fidèles à celte pieuse entreprise , leur promet- ^ W les glaces du ciel et la rémission de tous leurs ffeliés. Le fcu de cette dévotion militaire se^ ralluma
S34 BIlTOiaB DU BA9-*lAiaK.
dans tons les ocmirs : princes , prëhts , barons , ge toute condition , prirent la croix. Philippe , n France , Henri , roi d'Angletfrre , et son fils Rid Tempereur Frédéric Barhe- Rousse, s'engagèrent mêmes , et invitèrent leurs sujets à les suivre. 1 écrivit à Bêla , roi de Hongrie , et à Pemperenr 1 pour leur demander le passage et le commerce des v Il en reçut des réponses favorables. Isaae lui pi même de Tassistér de ses conseils et de son secours une si louable expédition. La guerre survenue enl France et TAngleterrè retînt les deux rois pendant ans , et Henri mourut dans cet intervalle. Ma contre-temps n'arrêta point Frédéric. Après avoii la croix avec son fils Frédéric , duc de Suabe , dan assemblée des princes de Tempîre tenue à Mayen 27 mars 11 88, il indiqua le rendez-vous à Ratisfa pour le 24 du même mois de Tannée suivante. Il lié d'amitié avec Saladin ; il lui envoya déclarer y renonçoit , et qu'il alloit porter la guerre dan états , s'il ne rendoit aux chrétiens la sainte Cro toutes ses conquêtes de Palestine. Il écrivit au n Hongrie , à Tempereur grec , au sultan d'Icône, promit le passage et des subsistances. Isaac envc Nuremberg une ambassade solennelle composée di chancelier Jean'Ducas , et de plusieurs antres seiga On s'engagea de part et d'autre, par des sermens tuels , les Grecs à favoriser l'entreprise, les Allem à traverser les terres de l'empire sans y causer a dommage. On convint que les croisés seroient défi sur leur route de fruits , de légumes , de bois , de et de paille , mais qu'ils paieraient tout le resl prix du marché. Frédéric , en congédiant lesfamb deurs , les fit accompagner de Tévêque de Munste Robert , comte de Nassau , et de Henri , comte de C On vit'aiTssi arriver à Nuremberg des députés du s dlcone , qui promeltoit toute assurance^ L'empei
BISTOIRE DU BA8-EMPIRC. 33S
)rès leur avoir fait un accueil distingué , renvoya avec
uc un seigneur nommé Godefroi. Le sultan haïssoit
iac , c|ui , s'étant engagé à lui payer tous les ans quatre
nts livres d'or , ne lui tenoit pas parole ; et , malgré
I promesses , il n'étoit pas mieux disposé à Tégard des
oisés, comme on le verra dans la suite.
Si dans les croisades précédentes les chrétiens avoient ^"«j^'»-
apçonné de trahison les empereurs Alexis et Manuel , ^iManfueu
» eurent encore bien plus de sujet d'en accuser Isaac. Si^'ulf. ^
avoit contracté avec Saladin une étroite liaison , dont ^«««'o-
ici Toccasion. Obligé de fuir de Constanlinople avec
n père , ainsi que nous Tavons raconté, il s'étoit retiré
'ec Alexis, son frère aîné, auprès de Saladin, qui les
oit bien reçus. Lorsque Isaac prit le parti de retourner
Constant inople, Alexis, craignant la barbarie d'An*
t>nic, voulut demeurer à la cour du sultan. Isaac,
krté sur le trône par une révolution inespérée, rappela
0 frère, que Saladin renvoya comblé de richesses. [ais, lorsque Alexis passa par'Accaron , il fut arrêté, sni me allié du mortel ennemi des chrétiens , par le comte
1 Tripoli et le prince d'Antioche, qui le mirent dans i fers. L'empereur, informé de la captivité de son ^re, eut recours à Saladin, et, pour le seconder dans
guerre qu'il faisoit aux Latins , il lui envoya quatre* ngts galères bien armées , qui furent attaquées et prises, r les côtes de Cypre, par Margarit, amiral de Sicile. } sultan n'eut pas besoin de ce secours pour conquérir esque toute la Palestine. Ayant délivré Alexis, il le Dvoya avec une députation honorable, chargée de agoifiques présens. L'empereur se piqua de reconlissance ; il combla d'honneurs les députés , et les gea dans le plus beau palais de Constantinople; ce ' l'il ne faisoit pas pour les Latins. A leur retour, il fit rtir avec eux des ambassadeurs pour remercier Saladin la délivrance de son frère, et lui porter une couronne HT avec d'autres présens très-riches. Voilà ce que ra-
content lés historiens occidentaux ; et )nsqtie*ià ifs disent rien que de vraisemblaMe. Le reste peut tivoir été inventé , ou- du moins exagéré par la bail des Latins^ accoutumés à imputer aux Grées les inaoi succès de leurs croisades. Us rapportent qnlsaac &t avflj Saladin une ligue contre les Latins; et qu'ils convinredi entre eux , Isaac de traverser de tontes ses forces rehfni prise des croisés , Saladin d'attaquer les chrétioil d'Orient, et d'abandonner h Isaac > après la conquttej le domaine de la Terre-sainte ; que , pour gage de l| parole, il avoit mis par avance toutes les églises de Pfri lestine entre les mains des Grecs pour y faire Toi selon leur usage; que, sûr un faux bruit qui se répai à Constantinople de la défaite de Saladin devant tioche, Isaac avoit ordonné à tous les Latins de sorti des terres de l'empire. Pour rendre ce prince en( plus odieux , ils ajoutent des circonstances tout-à incroyables de sa criminelle intelligence avec les ini dèles. Si on veut les en croire , entre les préséns Saladin étoit uii grand vase d'argent rempli (fiîl poison si fort , que , l'ouverture en ayant été faite pil un prisonnier latin , au milieu d'une place de Conf stantinople, d'où l'on avoit écarté tout lé monde, ^ prisonnier en mourut sur-le-champ. Il y avoit aussi »! mille boisseaux de farine empoisonnée, et trois niillî boisseaux de froment , pareillement empoisonné, pro/rt sion meurtrière pour faire périr les croisés. Matlhiei. Paris débite sérieusement que Saladin avoit envoyéf Constantinople une idole de Mahomet, qu'Isaac ave promis de faire adorer; mais qu'elle avoit été prise mer par les Génois, et conduite à Tyr; qu'en com quence de ces horreurs, personne ne prenoit la croix Constantinople , qu'il ne fût arrêté sur-le-champ et j( dans les cachots. Toutes ces fables , accréditées par haine nationale, qu'elles enflammoient encore, et cueillies par des historiens trop crédiales, n'avoieul sad
HISTOIRE nu BAS-EMPIRE. 337
ionte d'autre fondement que des bruits populaires.
L'armée de Frédéric s'étaut assemblée à Hatisbonne Nicet.Lt^ le jour marqué, il se mit en marche, ayant avec \\x\*^ ÈxptéxiQ ion fils Frédéric, duc de Suabe; un archevêque, sepl^'jîj^ . . évéqTies, deux ducs, dix-neuf comtes, trois marquis , «/'i>to^ ad trois mille chevaliers, et environ quatre-vingt mille co/îécî!!^"* loldats. Après avoir traversé TAutriche, il entra en ^•^•-W*^ Hongrie, où il reçut du roi Bêla tous les secours que 909. ' * f ' l'alliance et Tamitié lui donnoient droit d'en attendre. ^cb2?ifw! Les écrivains anglois , qui n'étoient pas de ce voyage, ^^'^w- Font passer Frédéric par Thessalonique, et disent qu'il cAro/i!'^ Ten rendit maître. Selon Frédéric lui-même , dans la ^r^'i^^" lettre qu'il écrivit à son fils, et selon les autrei hxsXo- l>iceto, rSns qui le suivirent dans cette expédition, il ir'appro-,©/."' '*'^" eha pas même de cette ville , et prit sa route beaucoup .^PB^^^^
11 1 T> I • ini ^ ad Jtadeyi'
plus haut, par la xSulgarie, pour entrer eu Thrace par ckhi. Philippopolis. Il arriva le 28 juin au bord de la Save.^^f**^'^* çt vint à Belgrade. C'étoit la première ville de Tem pi re^^^^'?"'» <''*'•• mr la frontière de Bulgarie. Fidèle à sa parole, il con- perg. chron' lenoil son armée dans la plus exacte discipline, jusqu'à s^'i^ale^rpunir de mort quelques-uns des croisés qui s'étoient douin. p. portés à des actions de violence. II s'en fallut bien qu'il idem^fain. trouvât la même bonne foi dans l'empereur grec. Isaac^' ^^i'dBa- Rvoit à la vérité envoyé ordre à toutes les contrées voi- /^w« iines de porter des vivres sur la route des croisés; mais, Andronic Cantacuzène , chargé de Texécution, s'en acquitta si mal, qu'il donna lieu de soupçonner qu'Isaac biiavoit donné secrètement \les ordres contraires. Tandis Que le duc de Belgrade et les autres seigneurs du pays Venoient amuser Frédéric par des présens et des haran- Itues flatteuses, ils ne cherchoieut que l'occasion de le perdre. Us attaquoient ses fourrageurs, insultoient son Kamp pendant la nuit , enlevoient ses convois, tuoient les soldats qu'ils trouvoient écartés. Des archers, cachés dans des halliers, le long du chemin, ne cessoient de tirer des flèches empoisonnées. On arrêta grand nombre
HIST. DU BàS-EMP. TOM. IX. . 2 2
558 HISTOIRE DU BAB-EHriEE.
de ces brigands , que Frédéric fit pendre; et on décoû-j vrit par leurs aveux la trahison de Tempereur grec. Le roi de Hongrie , soit qu'il ne fût pas instruit de la perfidie de son gendre Isaac, soit qu'il en fût lui-même complice , Tenvoya excuser à Frédéric de ce qu'il ùiSir roit de venir au-devant de lui ; il étoit alors occupé ea Asie , disoit-il , à étouffer une révolte : c'étoit celle de Mancaphas. Il vint aussi un autre courrier avec dei lettres du chancelier de Constantinople; il mandoit que. l'empereur étoit fort surpris que Frédéric ne lui eût pai encore notifié son arrivée; qu'il auroît chargé les premiers du pays de lui rendre toute sorte d'honneurs; et | qu'à la première nouvelle de son voyage il avoit en- ! voyé à*$trélitz des personnes distinguées pour y attende i l'armée, lui fournir des subsistances et saluer le roi de sa part. Les empereurs grecs ne donnoient pas d'autrei t titres aux empereurs d'Occident. Ces témoignages de bienveillance étoient autant de mensonges. Loin de iàvoriser les croisés , le duc de Belgrade couroit tout le pays, faisoit déserter les campagnes , briser les moûlios»! enlever tous les vivres. Frédéric, approchant de Nysse,|î! vit venir à sa rencontre Nééman et ses deux frères,? comtes de Servie et de Rascîe, qui venoient d'enlever t depuis peu ces deux provinces à l'empire. Ils rendircmïhammage à l'empereur, lui présentèrent abondance detc vivres, en firent fournir pour de l'argent à toute soaj; armée, et lui offrirent leur secours et celui de learij: alliés, Pierre et Asan , chefs des Bulgares. Ils ravcr^j tirent de se défier d'Isaac. Ils vouloient recevoir de sajj mains l'investiture de Nysse et de tout leur domaine i|r et le prioient de les admettre au nombre de ses vassautj : Frédéric répondit qu'il n'étoit pas venu pour faire lâfj guerre aux chrétiens , mais aux infidèles ; que , si tal^ Grecs lui fermoient le passage, il sauroit bien l'ouvrir!, par ses armes avec le secours de Dieu. Après avoir donoA^i &\x jours de repos à ses troupes, il continua sa route, «4^
HISTOIRE BU BAS^EMPIRC. "SSg
Be trouva qu'hostilités. On lui disputoit tous les passages, on lui tuoit des soldats, on pilloit ses équipages. Les gorges des montagnes étoient fermées par des murailles, par des abattis d'arbres , et défendues par des troupes ; il falloit combattre à chaque pas. Toutes Ifis éroinences étoient couvertes de Grecs, de Valaques , de Bulgares , qui les accabloient de pierres et de traits, il le trouvoit des Allemands assez hardis pour/grimper sox ennemis Tépée à la main ; quelques-uns , les saisissant corps à corps, rouloient avec eux jusqu'au pied des montagnes. Un soldat allemand se tit remarquer par son courage; il étoit malade et porté en litièïe ; entendant le cri des ennemis, et les voyant approcher, la colère lui rend ses forces ; il saute en bas, et court à eux, tue le premier qu'il rencontre, met les autres en fuite, et revient se recoucher dans sa litière.
Les Allemands arrivent à Strélitz , qu'ils trouvent abandonné. La nécessité les force au pillage. Quelqites troupes qui vinrent ensuite joindre Tarmée rapportèrent qu'elles avoient vu sur leur route, pendus à des Elrbres, les cadavres des Allemands morts en cl;^emin, ^e les Grecs avoient exhumés. A l'entrée d'un défilé qu'on appeloit les portes de ^int-Basile , on aperçut ane armée de Grecs qui fermoit ce passage. Elle étoit Commandée par Manuel Camyze, et par Alexis Guide , Srand-domestique d'Occident. Ils avoient ordre de harceler les Allemands et de les inquiéter dans leur marche. Cet obstacle ne fut plàs difficile à vaincre. La vue des hommes et des chevaux revêtus de fer effraya tellement les Grecs, qu'ils s'enfuirent à Philippopolis, et y jctèl^ent tant d'alarme , qu'en un moment soldats et habitans abandonnèrent la ville. Il n'y resta que les Armétliens , que le commerce répandoit alors dans presque tout le monde connu. Ils étoient amis des Latins, avec tsquels ils s'accordoient davantage dans les dogmes reigieu:x. Nicétas, auteur de l'histoire de l'empire grec
depqii .la mort d'Alnû i*'* însqo'à celle d|e Baiu (le Elmdre premi^i empereur latin., éMt alors ▼erneur de cette yîih. C'ëtoit un bomn^e de mi revèto des pins grandes dignités à la cour de Gonsl nople , et qui auroit été capable de défendre cette si sa bonne conduite n*eût été traversée par îesKra) [e son mattre , qui tantôt Itii ordonnoit de répar< ^rtifica|ions de cette. place pour la mettre hors suite , et tantôt lui mandoit de démolir tous les ouvi de peur qu'elle ne servit de retraite "aux Latins. Xe lemands avoient mis six semaines à traverser la Bol a#c beaucoup de périls et de travaux. Au sortir pays, ils se trouvèrent dans nne plaine fertile, < granges étpient pleines et les vignes chargées de n mûrs. Us arrivèrent le 23 août à PhilippopoHs. G la que Frédéric apprit le mauvais traitement fait ; véque de Munster et aux deux comtes qu'il avpit em ^'empereur grec. Ces députés , accompagnés de soldats et d'un nombreux cortège , étoient arrivés a stantinople dans le temps qulsa^c étoit devant Phil phie. A son retour • Isaac leur fit un bon accueil : dès le lendemain ils furent saisis, dépouillés, mei de mort et jetés dans ^s cachots séparés. Cette basse Y qui rampoit sur le trône, violoit ainsi les c les plus sacrés de Thumanité pour faire sa cour à ladin , dont il caressoit les ambassadeurs. Frédéric v d'apprendre cette nouvelle offensante , lorsqu'un pa nommé Jacob , après avoir obtenu uu sauf-con< vint lui présenter de la part d'Isaac des lettres pi de faste et d'arrogance ; la suscription étoit conçu ces termes : Le Irès-sublime Isaac , très-sacré empei trh' excellent , très- puissant , étahli de Dieu maîir Romains , ange de toute la terre , successeur du g. Constantin , souverain des souverains , au cher f ri son empire^ le très-grand roi d'Allemagne , envo grâce et sa dilection fraternelle. Il lui mandoit i^ii'iV
digne que Frédéric et ses pilerins eussent eu la harîsse d* entrer dans ses états^sans sa permission ; qu'il voit de bonne part que l'intention de Frédéric étoit exterminer les Grecs , et de donner l'empire au duc Suabe son fils ; que t amitié contractée entre le roi éllemagne et les rebelles de Servie confirmait ce raprt : que néanmoins , s'ils demandaient à passer en ix , et qu'ils s'engageassent par serment h céder à mpire la moitié des conquêtes à faire sur les infidèles, feur accorderait le passage et le commerce des vivres ; lis que, pour assurance de leur bonne foi , il fallait, ire les députés quil avait déjà entre les mains , lui 9oyer pour otages son fils le duc de Suabe , avec six ^ques et d'autres seigneurs tels qu'il les voudrait choi- . Un auteur ajoute qu'il demandoU encoi'e que Frêne lui remît sa couronne entre les mains pour la evoir ensuite de lui. Cet orgueil , aussi ridicule qu'inent , révolta toute Tarmée. Frédéric dissimula , et se itenta de renvoyer le député sans réponse. Il se rendit lître d'une ville voisine nommée Scribention , et y ssa garnison. Il avoit déjà écrit à Camyze, qv^ après engagemens contractés h Nuremberg , il étoit surpris se voir traité en ennemi; qiiil n'avait jamais eu sein de rien attenter contre l'empereur grec ni contre i empire , et que sa conduite ne donnait aucun sujet le soupçonner : qu'il avoit fidèlement observé les con- \tions : qu^apris tout la mauvaise foi des Grecs onnoit sans l'intimider; et que, s'il ne pouvait obtenir gré le passage qu'ils lui avaient promis , il saurait n se l'ouvrir de force. Camyse envoya cette lettre à npereur, qui ne lui répondit que par des reproches sa lâcheté. Au lieu des menaces que vous m'envoyez la part de votre prince allemand, lui disoil-il , j'atdois de vous des nouvelles de la défaite de ses troupes, f vous laissez courir en liberté dans les campagnes, manquez pas de m'en envoyer au plus tôt. Pour obéir
54a HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
à ces ordres , Ganiyse se dispose à réprimer les courses des Allemands. Il décampe de nuit ; et ayant posté le gros de son armée derrière des montagnes, il prend avec lui deux mille cavaliers , s'approche avec eux de Philippopolis, et les met en embuscade pour tomber au matin sur les fourrageurs, lorsqu'ils reviendroient do pillage. Les Allemands , avertis de ce mouvement , vont au nombre de cinq mille cavaliers chercher Tennemi , qui , é(ant sorti pour les combattre^ craignoit cependant de les trouver. Ils se rencontrèrent sur la pente d'une montagne , d'oii les Allemands descendoient tandis qne les Grecs y montoient. On se choque aussitôt ; mais du côté des Grecs il n'y eut que l'avant-garde qui combattit. Elle étoit composée des Alains, commandés par Théodore Branas ^ fils du malheureux Alexis. Ils y périrent presque tous. Le reste de l'armée prit la fuite , sans oser même envisager l'ennemi. Camyze ne revint aa camp qu'au bout de trois jours, encore saisi d'effroi et se croyant poursuivi par les vainqueurs. Les Grecs , la plupart sans armes et sans chevaux , se retirèrent à trois lieues , ne songeant qu'à sauver leur vie , et pillant eux-mêmes la province , dont ils dévoient empêcher le ravage. Nicélas, retiré dans l'armée de Camyse depuis 1& perte de Philippopolis , avoit été témoin de ce combat. Il se rendit auprès de l'empereur, l'instruisit du mauvais état de ses troupes et de la supériorité des Allemands , et vint à bout de lui inspirer des pensées de paix.
Cependant le duc de Suabe n'épargnoît pas les Grecs. 11 pasoa au fil de Tépée, dans une rencontre, une compagnie de cinquante Allemands qui étoient au service de l'empereur grec. Il apprend qu'il y a encore un grand corps de troupes dans Bérée; il y marche avec le duc de Méranie; c'est le nom qu'on donnoît alors au Tyrol. Les Grecs sortent de la ville comme pour combattre ; mais , dès qu'ils aperçoivent les Allemands , ils s'enfuient
tQT les ihontagnf s , ne se croyant pas même en sâretë dans la place. Lo duc s*en rend maître sans peine, et retourne à Philippopolis. Les habitans de Thrace, matés par tant de pertes, viennent offrir des vivres pour de l'argent , et l'abondance renaît dans le camp. Dans cette conjoncture , Jacol), accompagné de plusieurs seigneurs 9 'Vient faire des propositions de paix. On approchoit du mois de novenïbre, et 'Frédéric, sans entrer en négociation, répondit froidement que son intention étoît de passer l'hiver en Thrace, et qu'on auroit le temps de discuter les conditions du nouveau traité. Sur cette réponse Isaac reprend son caractère d'arrogance insensée ; il écrit de nouvelles injures à Frédéric, et , prenant le Ion de prophète, il lui prédît qu'il mourra avant Pâques. Après bien des paroles et des emportemens aussi contraires à la dignité impériale qu'à la raison, on le famène enfin à des réflexions salutaires; on lui fait sentir qu'il n'a rien à espérer de Frédéric tant qu'il tiendra ses députés dans les fers. Il les met donc en liberté , fet le 28 octobre on vient annoncer au camp que le chancelier de l'empire, avec quatre seigneurs du titre de sébastes, ramène l'évêque de Munster et les deux comtes. A cette nouvelle le duc de Suabe , suivi de trois mille cavaliers , sort au-devant d'eux. Les Grecs , effrayés à cette vue , s'imaginant qu'on vient les attaquer , tournent bride pour prendre la fuite. Le duc les rassure en leur faisant dire tju'il ne vient que pour leur faire honneur. On les loge dans le camp. On reçoit les seigneurs allemands avec des acclamations. Frédéric les embrasse en pleurant de joie. L'évêque de Munster lui raconte lei lïiauvais traitemens qu'ils ont soufferts. Il instruit l'empereur de la ligue formée entre Isaac et Saladin , et de l'animosité de tous les Grecs, et en particulier du patriarche, qu'il avoît lui-même entendu prêcher datis Sainte-Sophie qu'il falloit massacrer sans miséricorde as faux p}lerins ; que c'était un moyen infaillible d*éj-
344 HI8T0IEE DU BAS-EMPIRS» 2
facer tous les péchés f et que quiconque auroit iué ua.uA Grec en obtiendrait t absolution en Juant dix AUir mands. Frédéric apprit encore que Pempereur grec, dans l'audience qu'il avoit donnée à ses députés, ne leur avoit fait aucun honneur, quoiqu'il y eût un grand évêque et deux comtes illustres , parens de Frédéric ; maii \ qu'il les avoit laissés débout , confondus avec les dômes- .. tiques de sa cour. Il prit sa revanche par un procédé «j tout contraire. Ayant fait venir devant lui les envoyés^ grecs avec toute leur suite, il les fit asseoir, et parmi ^ eux leurs domestiques sans distinction, jusqu'à leurs cuisiniers et leurs palefreniers. Comme ceux-ci , par res^ pect pour l'empereur, et plus encore pour leurs maî- i très, refusoient de prendre une place si honorable: AsseyeZ'Vous , leur dit l'empereur; tous les Grecs sontxsi grands seigneurs , qu'on ne peut faire entre eux dei distinction de rang; il les força de s'asseoir pêle-mêle. I n ^leur reprocha ensuite l'insolence de leur maître ; et* couimelsaac, en renvoyant les députés, avoit retenue leurs effets , et plus de deux mille marcs d'argent qu'ilsavoîent apportés avec eux, il déclara qu'Isaac n*avoit point de paix à attendre qu'il n'eût rendu tout ce qu'il avoit enlevé avec tant d'infamie. Sur ce qu'Isaac prenoit dans ses lettres, entres autres qualités chimériques, celle de saint : La plaisante sainteté , dit Frédéric , qui dépouille , emprisonne , expose à mourir de faim et de froid des hommes religieux députés par leur prince , et qui s' acquittent fidèlement de leur commission ! Dieu nous garde d'une pareille sainteté ! Les Grecs se retirèrent avec confusion. Dès qu'ils furent partis , il laissa • garnison dans Philippopolis, et se mit en chemin le i5 janvier pour avancer dans la Thracc. La défiance où il étoit de l'empereur grec lui avoit fait prendre des mesures pour se mettre en état de faire la loi à ce prince perfide. Il avoit demandé des vaisseaux aux Génois, aux Pisans, aux Vénitiens, au prince d'Antioche, pour le
; de mars prochain , afin d'attaquer Constantinople
mer et par terre. Il avoit mandé à son fils ^Henrî ,
gouvernolt ses états en son absence, de faire prier
a dans tous les monastères pour le succès de ses
:io^ contre les infidèles , et surtout contre les Grecs ,
^ennemis des Latins que les Sarrasins et les Turcs.
Six jours après le départ des envoyés, il reçut des An. 1190.
tires d'Isaac qui lui mandoit qu'il se réjouissoit de
•û approche. Le compliment étoit équivoque ;.il si-
î^oit dans l'esprit du prince grec qu'il comploit tenir
«Allemands dans ses filets, et les faire bientôt périr.
Wi espérance fut trompée, Frédéric, plus fort avec son
^ét qu'un prmce tel qulsaac , eut-il été suivi de
^les les forces de son empire, fit le dégât dans tout le
iys. Il arriva le 6 février devant Andrhiople; les
iBitans s'étoient sauvés avec leurs effets, les uns à
nstantinople, les autres à Dîdymotique. Le duc de
ibe marcha à Didymofique, la prit d'assaut, et passa
lau fil de l'épée. Il périt quinze cents Alains. L'évêque
Ratisbonne prit la ville de Proba/on, un antre sei-
nr celle de Nice. On avoit empoisonné les eaux et le
en quelques endroits ; les croisés , en étant avertis, 1 reçurent aucun dommage. Une troupe de Grecs et Corfians sortis de Manicava pour surprendre l'armée mise en fuite et se sauva dans la ville : on l'emporta saut; quatre mille hommes y furent massacrés. Le
de Suabe entra dans Arcadiopolis. Au milieu de ces iges, Frédéric faisoit observer une exacte discipline; éprimoit les débauches, il châtioit les violences qui oient pas autorisées par le droit de la guerre. Tout 3it devant lui; les villes et les villages restoient dé- 5. Il vint de nouveaux envoyés pour parler de paix ; s, comme ils chicanoient sur les conditions, on les i'oya sans rien conclure. Tout trembloit à Constanpie. Cependant les Allemands trouvoient dans les sons, sur leur route, des peintures où la sotte vanité
344 HI8T0IEE DU BAS-EMPIRS»
/acer tous les péchés , et que quiconque auroii tué un Grec en obtiendrait l'absolution enjuant dix AUê" mands. Frédéric apprit encore que l'empereur grec, j dans l'audience qu'il avoit donnée à ses députés , ne leur : avoit fait aucun honneur, quoiqu'il y eût un graod évêque et deux comtes illustres , parens de Frédéric ; mai» qu'il les avoit laissés débout , confondus avec les doniei- . tiques de sa cour. Il prit sa revanche par un procédé <$ tout contraire. Ayant fait venir devant lui lesenvoyéf< grecs avec toute leur suite, il les fit asseoir, et parmi ■. eux leurs domestiques sans distinction, jusqu'à leurs cuisiniers et leurs palefreniers. Comme ceux-ci , par respect pour l'empereur, et plus encore pour leurs maîtres, refusoient de prendre une place si honorable Asseyez-vous , leur dit l'empereur; tous les Grecs sont si grands seigneurs, qu'on ne peut faire entre eux di distinction de rang; il les força de s'asseoir pêle-mêle. ! Il ^leur reprocha ensuite l'insolence de leur maître; clcomme Isaac, en renvoyant les députés, avoit retenais leurs effets , et plus de deux mille marcs d'argent qu'ils :■ avoient apportés avec eux, il déclara qu'Isaac n'avoit point de paix à attendre qu'il n'eût rendu tout ce qu'il avoit enlevé avec tant d'infamie. Sur ce qu'Isaac pre- ; noit dans ses lettres, entres autres qualités chimériques, celle de saint : La plaisante sainteté , dit Frédéric, qui. dépouille, emprisonne, expose à mourir de faim et de froid des hommes religieux députés par leur prince , \ et qui s' acquittent fidèlement de leur commission ! Dieu , nous garde d'une pareille sainteté ! Les Grecs se reti- / rèrent avec confusion. Dès qu'ils furent partis, il laissa ^ garnison dans Philippopolis, et se mit en chemin le i5 | janvier pour avancer dans la Thracc. La défiance où il ; étoit de l'empereur grec lui avoit fait prendre des mesures pour se mettre en état de faire la loi à ce prince perfide. Il avoit demandé des vaisseaux aux Génois, aux Pisans, aux Vénitiens, au prince d'Antioche, pour le
mois de mars prochain , afin d'attaquer Constantinople par mer et par terre. Il avoît mandé à son fils ^Henri , q|iii gonvernoit ses états en son absence, de faire prier EKeu dans tous les monastères pour le succès de ses unne» contre les infidèles , et surtout contre les Grecs , pins ennemis des Latins que les Sarrasins et les Turcs.
Six jours après le départ des envoyés, il reçut des An. 1190. (dires dlsaac qui lui mandoit qu'il se réjouissoit de m approche. Le compliment étoit équivoque :.il si- [plifioil dans Tesprit du prince grec qu'il comptoit tenir Us Allemands dans ses filets, et les faire bientôt périr. ^on espérance fut trompée, Frédéric, plus fort avec son feirmée qu'un pnnce tel qu'Isaac, eût-il été suivi de tontes les forces de son empire, fit le dégât dans tout le ^ys. Il arriva le 6 février devant Andrhiople; les babitans s'étoient sauvés avec leurs effets, les uns à Boostantinople, les autres à Didymotique. Le duc de SsiBbe marcha à Didymotique, la prit d'assaut, et passa (tCtOtau fil de l'épée. Il périt quinze cents Alains. L'évêque l;Ratisbonne prit la ville de Proba/on, un antre seiicur celle de Nice. On avoit empoisonné les eaux et le wm en quelques endroits; les croisés, en étant avertis, a'en reçurent aucun dommage. Une troupe de Grecs et 3e Cofflans sortis de Manicava pour surprendre l'armée &t mise en fuite et se sauva dans la ville : on l'emporta Kassaut; quatre mille hommes y furent massacrés. Le kc de Suabe entra dans Arcadiopolis. Au milieu de ces levages, Frédéric faisoit observer une exacte discipline; 3 réprimoit les débauches, il châtioit les violences qui S'étoient pas autorisées par le droit de la guerre. Tout iiiyoit devant lui; les villes et les villages resloient délerts. Il vint de nouveaux envoyés pour parler de paix ; nais, comme ils chicanoient sur les conditions, on les •envoya sans rien conclure. Tout trembloit à Constaninople. Cependant les Allemands trouvoient dans les liaisons, sur leur route , des peintures où la sotte vanité
des Grecs avoit représente les croises terrasses et fouIës> i aux pieds des chevaux, et ce spectacle embrasoit leuH colère. Le duc dé Méranie , le comte de Hollande cl ^ Frédéric de Bergue , retournèrent à Philippopolis; et de .•: crainte que cette ville ne servît de retraite aux eniftinis, ^ ils la détruisirent, et revinrent joindre l'enipereurà An-r-; j drinople. Pierre et Asan envoyèrent proposer à Frédëricj ,, de se rendre auprès de lui avec quarante mille honitneSip s'il' vouloit leur mettre sur la tête la couronne de reni-T*|g pire grec. Frédéric répondit avec amitié; mais il s'excusa de consentir à leur demande sur l'obligation qae i lui imposoit le vœu qu'il avoit fait de cpurir au secourhl de la Terrc'-sainle. \c.
L'empereur grec méprisoit d'abord le danger quîfc, ., menaçoit. Il avoit donné sa confiance à un cl^rlatartj^ vénitien, moine de Stude, nommé Dorothée, qui coft-'^ trefaisoit le prophète, et qui s'étoit acquis auprès de lai* un grand crédit, parce qu'autrefois il lui avoit prédît;^ qu'il seroit empereur; espèce de prédiction alors forlàl la mode, l'imposteur ne pouvant qu'y gagner, sans ri*-'J quer d'y rien perdre. Ce fourbe, sur la foi de prélendues'j révélations, avoit persuadé à Tempereur gue V expédition de Palestine ne serçoit que de prétexte, et que k vrai dessein de Frédéric étoit de s'emparer de Constaniinople ; qu'en effet il viendrait jusqu'à la porte de ■. Blaquernes , mais qu'il seroit obligé de se retirer, oprh \ oi^oir souffert plus de maux qu'il n'en aurait fait. Pré- . venu de ces chimères, l'enjpereur fit murer cette porle; ^ et, glorieux d'avance de la victoire qu'on lui promeitolt, montrant une fenêtre du palais de Blaquernes d'où Ton L découvroit les environs delà ville: C'est par là, disoit-il, Ç. que je tirerai droit au cœur de Frédéric les flèches très-ai- L gués que vous me voyez dans la main. Néanmoins, après ^ ces folies bravades, les désastres qu'on lui annonçoit de î toutes parts lui firent oublier la prophétie et rappelèrent sa timidité naturelle. Il fit offrir de sa part les
HISTOIRE DU BÀS-EMPIllÉ. 347
cbnditions humiliantes qu'il «voit auparavant demandes à Frédéric, qui, ne se fiant pas aux députés, envoya Ài^méme à Constantinopic pour s'assurer de la sincérité d'Isaac. On lui rapporta par écrit le projet du traité, lont voici les articles. L'empereur grec ne demandoit ifacun dédommagement de tous les pillages des croisés; 'M s^engageoit à leur fournir des vaisseaux et des vivres
E' IT passer en Asie, soit à Gallipoli, soit entre Seste et ^ yde. II donnoit en otages quatorze personnes de sa afibille , Andronic sOn neveu, Michel son cousin ger- Ôààm , six magistrats , six bourgeois des premiers de iSSDniistantinople, et cinq seigneurs, qui accompagneraient Frédéric jusqu'à Philadelphie, d'où ils seroient envoyés. En réparation de l'insulte faite aux députés, Boffroit telle satisfaction que voudroit l'exiger le trèsiictorieux empereur des Romains; car alors il ne refu- Imt plus ce titre à Frédéric. Ces conditions furent ptées et jurées dans Sainte-Sophie par cinq cents remîers personnages de l'empire, en présence du iarche. Les députés de Frédéric jurèrent de leur é gue leur maître n'avoii jamais eu dessein dalteritor à la souveraineté de l'empereur grec ^ ni défaire auisibi mal a ses sujets, et qu'il continuerait sa marche Wàhs causer nul dommage, si les Grecs s' abstenoient de te hostilité. Nicétas rapporte que , lorsqu'il fut quesde faire partir les otages, plusieurs «des magistrats tk'osant ni se mettre entre les mains de Frédéric, ni demeurer chez eux contre l'ordre de l'empereni^ s'allèrent cacher dans des maisons étrangères, pour y rester Equ'à ce que le prince allemand fût passé en Asie. ac, irrité de leur désobéissance, envoya à leur place les j^ffiers du tribunal, auxquels il conféra même leurs ^larges. Mais il s'apaisa dans la suite, et leur rendit leurs dignités. Le traité étant conclu dans toutes les Formes, Isaac envoya à Frédéric des étoffes précieuses, ivec quatre cents livres pesant d'argent monnoyé, et en
ta son tour de ricties prësens. Les députes daj m d'Icône vinrent aussi trouver Frédéric dans An-j
reçut sulta
drinople; ils lui témoignoient la véqération la plus profonde 9 et la plus grande joie de voir enfin sa majesté • impériale: ce bonheur, disoient-ils, leur faisoit ou-^ blier tous les mauvais traitemens des Grecs, qui les^ avoient retenus par force. Après ce compliment très-^. peu sincère , ils présentèrent une lettre du sultan qui ne l'éloit pas davantage. Il promettoit à Frédéric, un passage aussi sûr et aussi commode que s'il eât j été dans ses propres états. L'empereur se laissa tromper par ces protestations, et se contenta de les faire j jurer aux députés. Le 27 février il sortit d' An drinople, ' et aprq^ avoir beaucoup souffert de la gelée et des ploies,, il arriva enfin à Gallipoli. '
^icet,L2y On y tçouva des barques assez grandes et en assei^ JExpedùio S"^^^^ nombre pour transporter toute l'armée en deuî^ ^^.^'^P« ^'*'- passages. Frédéric l'a voit ainsi demandé : toujours en Sanui, l, 3, défiance des Grecs, il craignoit qu'en faisant passer Mn^ part, lo, c. j^j.j^^^g p^j, petites divisions , il ne l'exposât à être taillée Hist,hjeros. PU pièccs à mcsurc qu'elle débarqneroît. Le duc de c
jlppendixad \ \ r i • r - • «»^ î
Radevicum Suabe passa le 20 mars avec la première division; ce- %îdLlf7dè ^^'^ ^^ ]^^^ même de Pâques. Le reste passa le 28 avec j Diceto. Frédéric, qui ne voulut s'embarquer que le dernier,
Brompton. ^ *. , 1 , 1 1 a 1 J -
chron. pour ctrc sur du salut de tous ses soldats. A la vue des
B^'^sit^^''' ^^^^^ d'Asie, l^s croisés tressailloîent de joie. L'ardeur . Beischersp» de leur courage ne leur montroit que des moissons de. | laurierj dans ces belles campagnes où les attendoient de i nouveaux périls. Ils traversèrent THelIespont au son des f flûtes et des trompettes, et de toute sorte d'instrumens ^ de musique. Ce trajet eut l'air d'un triomphe, et l'on | eût dit que ce c'étoit une armée , non pas qui alloit cher- ! cher des combats, mais qui revenoît couronnée de la ■ victoire. Les Grecs s'attendoient eux-mêmes à une ; grande révolution, et les Turcs étoient en alarme. A Constantinople , un astrologue nommé Daniel avoît
prédit que Tannëe dans laquelle la fête de rAnnoncia- 'lion tomberoit ai) jour de Pâques ( ce qui arrivoît jus- ^lement celte année), les chrétiens recouvreroîent le
Toyaunie de Jérusalem , et feroient même la conquête "àt Bagdad. Les Turcs avoîent aussi leurs prophètes , Hqnî ne leurannonçoient que des malheurs ; ils publioient - que dans l'espace de trois ans une partie des Turcs pé- = nroit par l'épée , qu'une autre fuiroit en Perse , que le '■reste se feroit baptiser. Ces folles prédictions avoient
pris tant de crédit, que Saladin , voulant repeupler la 'Palestine, presque entièrement dévastée par sa coniqiiéte , ne trouvoit aucun Turc qu'il pût engager à s'y -établir.
=- Dès que l'armée fut en Asie, les otages furent rcn- AVce/. /. a, ■^▼oyés à Constantinople , hors les cinq seigneurs qui de- ^' Expèdùio Tvoient accompagner Frédéric jusqu'à Philadelphie. A ^-"^'f^'^'^"^ 'trois îournées de l'ancienne Troie, on trouva des nou- Aifpendix ' vclles preuves de la perfidie des Grecs : c'étoient les ca- cum. *^' ^iavres des avant-coureurs de l'armée, que les Grecs ^^nut.Li, "ll^voîent massacrés. Un soldat d'Ulm, en Suabe, ayante. * ^féconnu celui de son frère , prend avec lui (Jix de ses Hovedm ^*' "camarades, et s'enfonce avec eux dans un bois voisin. Chron.Mg. . D aperçut les assassins en nombre pareil au-delà d'un chron, 'tarais qui paroissoit impraticable. Ses compagnons ^j^^^.^**^^*^' ' l'eihortoient à regagner le camp : transporté de colère PagiadBa^ ijA de douleur , il se jette seul dans le marais ; et , ayant m, de Gui- B^gné à la nage la rive opposée , il tombe à grands coups ^^^^^^^^"J* rd'épée sur les brigands , dont il n'échappa qu'un seul à n, ^. 5i ,
ja vengeance. On arrive à Thyatire. Sur toute la route *» ^ •
on ne cessoit de rencontrer des partis embusqués dans * des forêts pour tomber sur les croisés qui se trouveroient
à leur portée ; mais ils éloient eux-mêmes plus souvent
surpris et taillés en piècest Comme les Grecs, au lieu 'dé fourniiMles vivres selon la promesse d'Isaac, les enlevoient de toutes parts , les croisés, pressés de la faim , étant arrive's devant Philadelphie, se mirent à couper
35o HISTOIRE DU BAS-EHPIRI.
les bl^s, quoiqu'ils ne fussent pas encore* en matnriUL Les habitans sortirent en armes pour défendre l&m moissons. II se livra un combat qui leur coûta plus cher encore, et ils furent bientôt obligés de regagner leur ville. On conseilloit à Frédéric de prendre Philadet< phie. Non , répondit ce prince , c'est dans cette conirk le boulevard des chrétiens et leur asile contre les Titrp^^, Le magistrat vint lui faire humblement des excuses;' mais, au départ de Tarroée, cinq cents cavaliers grect; la suivirent, et attaquèrent Tarrière -garde près d'Hiérar pie. Ils furent reçus comme le méritoit leur perfidie, ei tués presque tous. Les Allemands furent mieux trair tés à Laodicée; ils trouvèrent chez les habitans tousklsecours qu'on leur avoit refusés jusqu'alors. Frédéric, i attendri du zèle empressé de ce pauvre peuple, ne pu» retenir ses larmes ; et, se jetant à genoux au milieu de v plaine, levant les yeux et les bras vers le ciel , il pria le ■ souverain maître des grâces de les récompenser; et leur adressant la parole : Hélas ! dit-il , Vhumanité s'est dont retirée sur les dernières limites de l'empire : si les tm-f très provinces étaient peuplées d' habitans tels que vous, f nos épées n'auroient jamais été teintes que du sang des*: infidèles. -
Âzzeddin avoit traité avec Frédéric , et ses envoyés ^ accompagnoient l'armée. Mais, outre que ce prince n'étoît pas, selon toute apparence , de meilleure foi qu'isaaci i il avoit perdu le pouvoir de prêter aucun secours aax^ croisés. Cothbeddin , un de ses fils, s'étoit saisi d'Icône et| de la personne de son père, qu'il tenoit en captivité. Ce J nouveau sultan, farouche musulman, n'avoit d'autre des-i sein que de faire périr l'armée chrétienne. Il attendoit qu'elle fût engagée dans le pays ; et , pour mieux tromper Frédéric, loin de se déclarer d'abord son ennemi, il ea-[ voya des turcoraans conduire à son camp des troupeaux} et des marchandises. Mais , lorsque les croisés se furent éloignés de Laodicée , les envoyés d' Azzeddin s'échap-
HISTOIRE bu BAS-EMPIRE. 35l
lurent ; les Tiirconnans et les Turcs , réunis ensemble , Ipmmencèrent à harceler Tarmée de toutes parts. A ([lesure qu'elle avançoit , ils s'eniparoient des hauteurs et *accabloient de flèches. Il y eut un grand combat près le Philomélium , un autre devant un château nommé Çiïïiffulaire. Dans ces deux actions^ les Turcs furent débuts; Philomélium fut détruit. On arriva le 3 mai à l'entrée d'un défilé dont les Turcs lavoient occupé les MBues ,. espérant d'y écraser Frédéric comme il avoit budroyé Manuel à Myriocéphales. L'empereur évita le piège , et surprit lui-même les ennemis par un heureux ilratagème. Il campa dans la plaine voisine, et pendant ia nuit il partagea son armée en deux corps. Au point pà jour le duc de Suabe , à la tête d'un de ces corps , Mgnit de prendre la fuite par un autre chemin. Les jTurcs, s'imaginantque c'étoit l'armée entière qui fuyoit, abandonnant les tentes et les bagages , coururent au jfanip pour le piller. Lorsqu'ils furent proches , Frédéric "irtit en bon ordre à leur rencontre ; le diîc de Suabe irna bride en même temps* et les chargea par-derïre. Enfermés entre deux armées , ils furent taillés en fèces. Il en coûta du sang au duc de Suabe, qui, s'exposant avec ardeur dans le plus fort de la mêlée , reçut |pne blessure, mais sans danger pour sa vie.
Les croisés souffroicnt beaucoup de la disette , tramt un pays aride , d'où les habitans, en prenant la rite, avoient enlevé tous les vivres. Pour trouver des ibsistances, il marchèrent droit à Icône. Âzzeddin , qui jrétoit échappé de la prison où son fils le détenoit, envoya j^ire ses excuses à Frédéric, rejetant sur ce fils dénaturé Ibutes les hostilités que les croisés avoient essuyées. Icône tetoit entourée de jardins fermés de masures , où les Turcs se défendirent quelque temps. Ils y furent enfin forcés avec grand carnage. Icône fut prise en six heures ; tt Livon , prince d'Arménie, envoya remercier Frédéric Je l'avoir délivré d'un si dangereux voisinage. Il avoit
déjà témoigné son zèle pour les succès des croisés; 4{ cinq mille Arméniens s'éloient joints à leur arméçfj Mais rinlention de Frédéric n'étoit pas de laisser gâiy nison dans cette grande ville, environnée de places poi| sédées par les Turcs , dont la population étoit innon»9J brable. Il auroit falju , pour en conserver la possessioOij aflbiblir considérablement son armée. Il se contenti .donc d'y faire chanter la messe, et d'y séjourner pendant cinq jours , accompagné d'un détachement de sei troupes. Le reste campa dans les faubourgs. Il ne permit pas même le pillage , et n'enleva que les provisions àê, vivres , dont son armée manquoit depuis long-tempiM Les habitans mêmes , soit par reconnoissance , soit par crainte, s'empressèrent de lui en fournir. Le sultan Cot beddin , qui s'étoit sauvé dans la citadelle , traita hum ment avec lui. L'empereur, ayant reçu des otages et guides, s'achemina vers les côtes de la mer. Il fut en attaqué dans cette marche par des partis de Turcs dépepdans du sultan d'Icône. Toute sa route fut arr du sang des musulmans , qui dans ces différens co bats perdirent vingt-deux mille hommes. En descen»' dant vers la mer de Cilicie, il se rapprochoit des fron- i tières de l'empire grec, qui, selon Roger de HovedeOf . auteur instruit , s'élendoit encore j usqu'à Antioche (k Cilicîe , nommée dès-lors Antiochette. Le fleuve Sci-r . leudros, qui est l'ancien Gharadros , faisoit la borne d^ domaine des Grecs et du royaume d'Arménie. LegoUq] de Satalie appartenoit à l'empire , et étoit bordé de dei châteaux , l'un nommé Satalie la vieille , c'étoit l'aD; cienne Attalie ; Vautre Satalie la neuve: celui-ci avoil été bâti par l'empereur Manuel. Les états du suit d'Icône s'élendoient du septentrion au midi jusqu' mont Gragus, que Roger appelle, pour cette raison, le^ mont de Turquie.
Frédéric se rendit le lo juin à la vue de Séleucie. Cw fut là que ce grand prince , chéri de ses soldats , honortf
Hf^ToiiiE DÛ BÀs-EMpiai.' 355
lé tout rOrient pour sa prudence et sa valeur, redouté le Saladin même, trouva le terme de sa glorieuse carïère. Fatigué d'une longue marche jsoùs un soleil arlent , il arriva au bord du Calycadnus. La clarté et la liraîcheur des eaux de ce beau fleuve l'invitèrent à s'y jeter à cheval. Saisi d'un froid mortel, on le retira ^sque sans vie. Il exptflf peu de momens aprè^. Quelnies auteurs le font aller jusqu'à Tarse, et disent que R fut dans le Cydnus qu'il trouva la mort ; pedt-être ^nr lui donner une nouvelle conformité avec Alexanire, auquel il ressènibloit assez par son invincible vamr. Mais les rtieilleurs historiens donnent le nom de Èàlff au fleuve qui lui fut funeste; et ce nom rhe senrible lulôt être celui du Calycadnus,qui passoit à Séleucie, iramée Sélejkeh par les Turcs. Après là niort de ipereur, sou fils le duc de Suabe, pénétré de douir sans laisser abaltre son courage , poursuivît l'en- |reprise de son généreux père. Il entM lé 23 juin dans itioche , orù la plupart de ses soldats lui furent eh- Iwés par une maladie contagieuse. Toujours vainqueur, traversa une grande partie de la Syrie , prit Baruth et lasieurs autres places enlevées aux'chrétiefïs. Il se renlit enfin devant Saint-Jean d'Acre , assiégé depuis plus dix-huit mois par Guy de Lusiguan. Il mourut a ï fameux siège. Les soldats qui lui restoiént après tant ^exploits et de malheurs s'embarquèrent à Tyr , et tinrent dans leur patrie avec autant de blessures que gloire. Je ne dirai rien des deifx rois de France ei 'Angleterre, qui n'arrivèrent devant Acre que l'année Clivante. Comme ils prirent la route de la mer, et qu*it mtwtmi rien à démêler avec l'empire grec , ce qu'ils 4rent en Palestine n'est pas dé mon siïjet. Mais le hoî ^'Angleterre ayant conquis sur le tyran Isàac Comnoné mIc de Cypre , qui étolt du domaine de l'empire grec,' jdfe me crois obligé de rendre compte de cette partie i\t ^ôn expédition.
JÙffST. DU BAS-EMP. TOM. IX:, îl!>
Aie. 1191. Dès que Richard fut devenu roi d'Angleterre par Ù Nicet. /. 3, mort de son père Henri 11 , il se hâta d'accomplir le vœi^ Chrôn. JW- q^Vîl avoît fait de marcher à la* conquête de la Terre- ^' muton^^^^^' «^'^^^"^ embarqué à Marseille Tannée d'après Itf àhron. départ de Frédéric, il passa Thiver en Sicile, et partit ^rt^'îi/^c! de Messine le Mercredi saint, dixième d'avril, avec i»' iipart. >o^ |.gÎQe de Sicile, sa sœur, et^érengère, qu'il devoir ' Neoffhxtus épouser j fille de don Garcie, roi de Navarre. Sa flolte,' tHu^^pri' composée de cent cinquante vaisseaux et de cinquante- ( Robert de troîs galères , fut assaillie d'une violente tempête le Ven- 1- Roger de dredi saint , et dispersée sur différens rivages. Richard/ , ^Nei^H \ l ^^^^ "^^ partie, gagna Tîle de Crète, et de là cellfrde' AfC. 19. Rhodes. Trois de ses vaisseaux, poussés sur les côtes de I^ânfi^chr, Cypre , y périrent devant le port de Limisso, ville bâlir, Rodulf. de pj.^5 j^^ terrain où étoit Tancienne Âmathonte. Ceuï Contin. de qui curcui assez de force ou de bonheur pour échappe^ jwr.\ ^ ^" naufrage trouvèrent sur le bord un nouveau daogtf', a'i^' plus inévitable que la tempête. Isaac, allié de Saladio/^ et oc. perpe- y étant accouru avec son armée , fit .siaisir ces malheo* îa^ lV^^T, ^^^^^ ^^' sortir des eaux. On les dépouilla , on les jelr »5. ^ dans des cachots pour y mourir de faim. Le bâtimenf Jim. p. lijs', qui portoii les deux princesses, déjà maltraité de roragCi' ^^yérif. des^'^^^^^ présenté devant le port, on leur en refusa reniâtes, p. trée. Elle^ alloi^it périr à la vue d'Isaac, qui jouissoit. d'un spectacle si douloureux pour une âme moins farouche , lorsque Richard, averti de leur danger, arrivai^ avec la plus grande partie de sa flotte. Il recueillit lef princesses, et envoya par troîs fois au tyran redemande^: , ses gens injustement détenus. Isaac répondit que, loiff. de les rendre, il feroit le même traitement à Richard j!s s'il osoit mettre le pied dans son île. Indigné d'une barbare insolence, Richard fait prendre les armes à soldats , saute avec eux dans les chaloupes , et vogue vei le rivage. Isaac y altendoit les Anglois à la tête de . troupes, qui n'étoient qu'une vile canaille mal armée oJ sans armes. Richard avançoit en personne avec ses gen^
HISTOIRE DU bÀs-SHPIIIE: SSSI
9e trait , qui commencèrent paf faire pleuvoir sur les (xrecs une terrible grêle de flèches. Lé roi saute le preinier à terre, suivi de ses troupes. Les Grecs ne tiennent pas long-temps. Isaac , après le massacre d'une grande prtie des siens,' prend la fuite avec le reste. On les pourlait, on les massacre, et si la nuit ne fût survenue, c'etl étoit fait du tyran. Les Anglois,' tie connoissant pas le9 routes et les sentiers des montagne^ par où Isaac s'étoiC sauvé, n'osèrent s'engager trop avant, et revinrent àf Limîsso, qu'ils trouvèrent abandonné.
Isaac rallia les débris dé son armée, et pasisa la nuit flans un vallon à deux lieues, jurant que, dès ({u'il seroif jour, il aurôit raison du roi d'Angleterre. Le roi le prd* vint , et dès avant le jour il alla chercher Isaac. il^ trouvé lès Grecs endormis, et se jette dans leur camp au soti Aes tambours et des trompettes. Réveillés par ce bruit et par les cris de ceux qu'on égorge, ils ne savent ni combattre ni fuir. Isaac se sauve eu chemise, laissant ses trmes, ses tentes, ses chevaux, avec l'étendard impénai. Le jour venu, les comtes et les barons de l'île S6 Rendent auprès du roi , et lui donnent des otages. Le lendemain on voit arriver en Cypre Guy de Lusîgnaii ; GeofiTroi , son frère ; Humfroi de Thoroh ; Boériiond , prince d'Antîoche; Raymond, son fils, comte de Tripoli; Livon, prince d'Arménie. Ils font hommage au toi , et lui jurent fidélité envers et contre tous. Isaac , se Voyant abandonné, envoie demander la paix ; et quelque dures que soient les conditions qu'on lui impose, il ne balance pas à s'y soumettre : c'étoit de payer vingt mille marcs d'or , de relâcher les prisonniers, de jurer fidélité an roi , et de tenir de lui le royaume de Cyprè comme ^on vassal ; de lui mettre entre les mains sa fille unique, héritière de ses états, pour être mariée au gré de Riéhard ; d'all«M' en personne à la suite du roi en Syrie avec cent chevaliers, quatre cents chevaux, et cinq cents hbmmeâ de pied, et d'y rester tant que le roi vuuv'roît
i56 HISTOIRE DU BJLS-EHPIRE.
y demeurer. Pour assurance qu^il observeroit fidèlement j ces articles, il donnoit en gage toutes ses forteresses, hé f traité conclu et signé de part et d'autre, Isaac vint rendre rhommage et jurer fidélité à Richard et à ses successeurs. A peine eut-il prêté le serment, qu'il s'en re- / pentit ; et , s'étant retiré rfans sa tente , lorsqu'il vit quef tous les Ânglois se lîvroicnt à la joie, et qu'il ii'étoit >< p^ observé, il s'évada déguisé en simple soldat. Dii qu'il se trxxi en sûreté, il envoya dire au roi qu'il né garderoit^as un traité si déshonorant, et qu'il se dédP p sôit de toutes les conventions. Richard , ravi de cette i^ inconstance qui alloit le rendre maitre de Cypre, chargé ^ le roi df Jérfisalem et les autres princes de poursuivre h le traître et de s'en saisir. Il monte lui-même sur sa h flotte pour faire le tour de l'île, et place des corps dé h garde sur toutes les côtes pour empêcher Isaac d'échap- ^ per. Il enlève tous les bâtimens qui se trouvent alentonr; A la vue d'une flotte si nombreuse, les garnisons deï ' villes et des châteaux les abandonnent, et s'enfuient sur : les montagnes. Lé roi s'en eniparoît et y jetoît des troupes. ^ Après s'être ainsi assuré de toutes les côtes, il retourné à Limisso.
Le roi de Jérusalem avolt inulîlement parcouru Tin- '■ térieur de l'île sans pouvoir trouver Isaac. On apprif que sa fille étoit dans un château très-fort nommé Cé^ * fines ; Richard y marche avec sou aruiée. Au bruit dé sou approche, la princesse vient se jeter à ses pieds, lui demandant miséricorde. Toutes les autres places se rendent. Isaac étoît caché dans un monastère au cap Saint- André; il n'avoit pas encore perdu toute espérance; et . conservant son caractère féroce au milieu de son înfor- ! tune, un jour qu'il étoît à table avec les comtes qut l'avoient suivi, coumie un d'entre eux lui conseilloit de faire la paix , de peur que toute la nation ne pérît avec lui , transporté de colère , il le frappa d'un couteau qu'i^ feaoit , et lui coupa le nez, L'auteur du conseil s'enfuit,
HISTOIRE DU BÀS-EMPIRS. 557
i aUa Instruire Richard de la retraite du tyran. Richard ^cou^t sur-le-champ. Alors la fureur cédant à Tépou-r' ante , le tyran vient se mettre à la discrétion du vain- |ueur , ne demandant t]ne la vie et la grâce de n'être pas QÎs dans les fers. Le roi, par dérision, le fait lier de haines d'argent, et le donne en garde à Raoul, son hambeflan. Après s'être saisi de ses trésors, et avoir labli l'prdre nécessaire pour la conservation de la con- [uête , il laisse la garde de l'île à Richard de Camville , t à Robert de ïurnham, et part pour Saint- Jeanl'Acre , où Philippe, roi de France , l'attendoit pour la irise de cette place fameuse, dont il vouloit partager 'honneur avec le roi d'Angleterre. Il fait transporter on prisonnier à Tripoli, et Raoul étant mort , il le net sons la garde du grand-maitre des hospitaliers, qui 'enferme dans le château de Margat. Il en coûta aux «igneurs de Cypre la moitié de tout ce qu'ils posséloient pour obtenir la confirmation de leurs lois et des privilèges dont ils jouissoîent avant la tyrannie d'Isaac. ue cruel usurpateur avoit régné sept ans. Quelques années après, ayant #>rrompu par argent le gardien de sa prison , il se mit en liberté. Sa parente Euphrosyne , Femme d'Alexis l'Ange, qui régnoit alors, engagea Tempereur à lui pardonner tous ses forfaits, et à le rappeler à la cour. Isaac refusa cette grâce, disant qu'il avoit pris Phabitude de commander^ et perdu celle d'obéir. Au bout de quelque temps, comme il cabaloit en Asie pour exciter une révolte , il fut empoisonné par son échanson , ao^on crut avoir été payé par l'empereur. Sa fille der zneura au pouvpir de Richard. Après avoir été fiancée au duc d'Autriche , qui mourut a vapt qu'elle fût arrivée, elle épousa un seigneur flamand ; et celui-ci demanda inutilement la restitution du royaume de Cypre , comm^ lui appartenant du chef de sa femme.
Pendant que le roi d'Angleterre étoit devant Acre.^ Richard de Camville mourut , et les Grecs , s'étant fé^
S5S ^XSTpXHlB pu BAS-EHPIILS.
voltés, se donnèrent pour roi un moine, parent d'Isa^f; Ji Comnènc. Robert de Turnhani marcha contre eux , lei e défit dans un combat , prit le moine , et le fît pendre, k jVichard avoît besoin de ses troupes, et manquoit d'ar- ait gent. Il engagea Ttle auy chevaliers du temple pour la âl somme dé vingt-cinq mille marcs. Ils furent bienl^t fi avertis que les Grecs, qui haïssoîent les Latins plus en- ^ core qu'ils n'avoient haï leur tyran , avoîent formé dans fe toute l'étendue de l'île une conjuration pour les massa- ifl crer. Sur cet avis les tiempliers , seulement au nombrç ^ de cent , s'enfermèrent dans le château de Nicosie, ca- «p pitale de l'île. Les Grecs vinrent en grand nombre les le y assiéger. Ces braves guerriers, voyant qu'ils ne poa- te= voient tenir long-temps sans mourir de faim , résolurent \m de périr en gens de cœur. Le jour de Pâques, après avoir h= participé aux saints mystères, ils font une sortie, etfe tombent Tépée à la main sur les assiégeans. Ils ne che^ }\ choient qu'une mort honorable, ils trouvèrent la vic->i toire, qu'ils u'attendoient pas. Cette multitude prit|cE aussitôt la foite. Ils en firent un carnage qui duratootii le jour, et ne laissèrent dans Nicosie ni homme ni g J'emnie; tout fut passé au fil de Tépée. Leurs confrères, qui otoient devant Acre, instruits de cette révolution, î déclarèrent au roi d Angleterre qu'ils ne vonloientpas :. être les gardiens de cette île , habitée par un peuple anssi o perfide que lâche. Richard en donna le domaine à Guy ■: de Lnsignan , à qui Saladin avoît enlevé le royaume de v= Jérusalem , à condition qu'il rembourseroit les teni- ;^ pliers. Guy , la trouvant presque déserte , la repeupla de : colons qu'il fit venir d'Arménie et du pays d'Antioche. î Il ouvrit asile à tous les malheureux habitans de la Pa* •;* lestine, dépouillés de leurs biens par l'épée des musul-' rpans, et leilr distribua des habitations. Tel fut le corn- !.s mencenieut du royaume de Cypre, qui subsista trois ^ cents ans sous dix-sept rois, jusqu'à ce qu'il tombât pai; ^: oqnation entre les mains des Vénitiens.
HISTOIRE DU bas-empiue; SS^
HiOrsqae Guy de Lusignan eut pris possession de rile» y établit des évêques et des prêtres latins , comme il oit d'usage dans tons les lieux dont les Latins se ren- >ient maîtres. I^es Grecs les accusent d'avoir tourmenté fait mourir dans les supplices ceux qui restèrent attalés à Téglise grecque. Le savant Léo Âllatius, Grec de aissaoce , et né dans une famille schismatique , mais ai dès son enfance eut le bonheur d'être nourri dans le in de Péglise romaine, au lieu de désavouer ces'proidés inhumains 4 prétend les justi6er en disant qu'il lut proscrire , nit'issaca'er , brûler les hérétiques obstinés » et que telle a toujours été la pratique de l'Eglise : (pèce de blasphème enfanté dans les siècles barbares , ï démenti par Tantiqtiité chrétienne, qui, loin de livre ces maximes sanguinaires , les a toujours abhorées , comme aussi contraires à l'esprit de l'Evangile oe l'indifférence et l'irréligion. L'empereur de Con-lantinople ne vit pas sans chagrin l'île de Cypre aliéiée du domaine de l'empire. Il en conçut contre Richard in mortel ressentiment, qui s'aigrit encore par le faux oupçon qu'il eut que ce prince avoit eu part à l'assasr inat de Conrad de Montferrat. Richard , informé de es mauvaises dispositions, ayant été jeté par la temléte sur les côtes de l'empire grec à son retour de Paestine , évita de s'y faire connoitre : il aima mieux se onfier à des pirates. T<c vaisseau ayant fait naufrage ntre Venise et Aquilée, comme il passoitpar l'Autriche n habit déguisé, il fut reconnu etxnis dans les fers par es ordres du duc Léopold , en vengeance d'un affront |a^il avoit fait à ce duc en Palestine. On rapporte que. :e prince , rentré dans ses états après plus d'un an de frison , conçut le dessf in de faire la conquête de l'Egypte , d'aller ensuite au recouvrement de la Terrer minte , de marcher enfin à Gonstautinople pour s'y faire ronronner empereur , et qu'il avoit déjà formé unfe nou- ^(sUe croisade , lorsqu'il fut tué dans la guerre contre Iç
SÔ9 HISTOT^E BIT BA^-BMPÎBV:
X'oi <3e France, devant un château qu'il aasiégeoit ef Limosin. . ^^
re«. /. 3, Pendant qu'une fermentation violente agitoit l'île* de Çypre et faisoit naître un nouveau royaume , Tempire grec éprouvort dans son sein des mouvemens qui sesuccédoient sans interruption. Le mépris que s'attiroit V- Isaac par son peu de mérite, et la facilité avec laquelle il étoil parvenu à Tempire , qui ne lui avoil coulé qu'on ^coup de sabre, auimoient les espérances des ambitieux. ^ Son indolence leur ouvroît libre carrière. Il étoit per- p $uadé que, Dieu l'ayant porté comme entre ses bras sur I* le trône , Dieu s'étoit ftussi chargé de l'y maintenir j» sans aucun soin de sa part. Pendant qu'il s'endorrnoit k tranquillement dans cette assurance, il fut révei)lép»r j;*^ le bruit de plusieurs révoltes. Un certain x\lexis, qui ne = tenoit du fils de Manuel que la conformité de nom et.f quelques traits de ressemblance, prétendit qu'il étoit ce prince, qu'Andronic avoit été trompé , et qu'il avoit^ exercé sa cruauté sur un autre. Il étoit né à Constantin nople ; et ,pour n'être pas reconnu , il alla passer quelqne ^ temps en Asie. Il se loj^ca dans la petite ville d'Harmales, :: près du Méandre, chez un Latin auquel il vint à bout ■ de persuader ses mensonges. Ils vont ensemble trouver ;, Je sultan d'Icône; c'étoit encore Azzeddin. Alexis lui s débite la fable qu'il avoit inventée; il lui représente combien il lui sera glorieux de riJtablir l'empereur légi- . tinie, et quels avantages il en retirera pour lui-même. Azzeddin, trompé par le ton assuré de l'imposteur et ^ par sa ressemblance avec Manuel, le traite avec distinction , et lui fait espérer un puissant secours pour | remonter sur le trône de ses pères. Quelque temps après» j un ambassadeur d'Isaac vient à la cour d'Icône, etle ; sultan lui ayant deniandé en présence d'Alexis s'il reconnoissoit le fils de Manuel, il répondit qu'il étoit indubitable que le fils de Manuel avoit été assassiné et jeté dans la raêr ,• et que tout le récit de ce jeune homm<
HISTOIEE BU BÀS-EMPIRB. 96l
'ëloît qii'nne fable. A ces paroles, le faux Alexis entre ti fureur; et sans respect pour le sultan , il se jette sur ambassadeur, qui eut bien de la peinea.se débarrasser e ses mains. Cette aventure refroidît beaucoup le zèle 'Azzeddin. Néanmoins, à force d'instances, Alexis obnt de lui la permission d'enrôler ceux qui voudroient îen s'engager à son service. En peu de temps il mit ir pied huit mille hommes; et ayant pris le titre d'emereur , il se rendit maître de gré ou de force de plu- €urs places voisines du Méandre. Entre autres villes il rit et abandonna au pillage la ville deChones, où les losnlmans profanèrent par toute sorte d'infamies et de iolences l'église célèbre de l'archange saint Michel. Oa Dvoya contre lui successivement plusieurs généraux , |iii , se voyant ipal obéis de leurs soldats , plus portés au ervîce du faux empereur qu'à celui dlsaac^ revinrent ins avoir remporté aucun avantage. Dans la cour même te Constantinople , bien des gens, quoique persuadés le l'imposture , en désiroient le succès . Enfin Alexis ébastocrator , frère d'Isaac, se mita la tête de quelques roupes , et marcha vers le Méandre. Mais,, n'osant hasrder une bataille contre des forces supérieures , il se enoit éloigné, et secontcntoit de contenir dans l'obéisance les places qui n'avoient pas encore pris le parti du ebelle. Les chpses étoîent en cet état, et l'armée ennenîe grossissoit tous les jours par l'afHuence des désereurs, lorsqu'un coup imprévu termina la guerre. Un oar que le faux Alexis, après avoir bu largement, lormoit d'un profond somme, son aumônier, ayant aisi son épée pendue à son chevet , lui coupa la gorge, {t porta sa tête au sébastocrator. Celui-ci la trouva si ressemblante , qu'il ne put s'empêcher de dire que ceux jui avoient suivi cet imposteur pouvoient bien être in- Qocens.
La rébellion du faux Alexis fut le signal de beaucoup Mcet» L î^i Vautres , qpi ne furent pas plus heureuses. Ou vit en ^ "
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fsa fit autant aotprès Nîc Mdie; il fut prit af^ii de jours , aveuglé et <cond i é à une priaon p On en vil éclore de tou parts quantité d^aulrto, disparurent aussitôt ço ne des insectes éphémÇrtis. CoQ^nène f nevea de l'empereur Andronic , qui déteniéi en prison , s*en étiint échappé^ courut à SM^ie pour soulever le peuple. Qn se saisit de sa spqne malgré la sainteté de l'asile ; on lui fit mae rigoureuse torture pour le forcer à découvrir complices» Il ne nomma personne , et mourut le 1 laoïain. On dénonça Constantin Tatice , hpmme facti< Ifoi entretenoit depuis long-temps à Constantinople troupe ^e cinq cents bandits dénués à ses ordres. Il arrêté ^ et on lui creva les yeux. On; traita de oiéme noihnié Racyndite, allié de la famille des Gom qui (}ônaoit les mêmes sujets de défiance : mais le distingué d^ ceux qui furent alqrs la victime de lefii|i attentats pu des soupçons du prince , fut Andronic €onif nène, fils d'Alexis, et petit-fils de la célèbre Anne Gom* ^ène et du César Bryenne. Il étoit gouverneur de Tfaeai. saloniqiie. On l'accusa d'aspirer à Tenipire , et d'avois concerté à dessein avec Alexis, fils naturel de Manuel^ dont j'ai déjà parlé sous le règne d' Andronic. Ceuxcpiî avoient ordre d'aller arrêter Andronic le rencontrèi.
fent sur le chemin de Constantinople ; et voyant qa'il venoit lui-même se jeter dans le piège , ils évitèrent dft lui donner l'alarme , et raccompagnèrent comme psB hoMueur. Dès qu'il fut arrivé ^ on l'accusa de trahisom Pa lui donna d'abord des juges ; mais ysans^ attendre lemi sentepce , sans lui donner le temps de se défendre , o!( le mit en prison et on lui creva les yeux. Son fik, furiei^ fie ce procédé illégal, se jetle dans Saiute-Sopbie; ç'éiajii
HISTOIEi: BCJ BiS-EMPIRI. 569
our de fête , et tout )e peuple y ëtoit assemblé : il ■nie avec hardiesse contre la cruauté de l'empereur , rtraite de tyran. lyiaîs pendant même qu^il parloit , it que ce discours séditieux se fût répandu dans la !, on se saisit de sa personne, et on lui fit le même tement qu'à son père , dont il augmenta la douleur voulant le venger.
^n arrêta ensuite Alexis, fils naturel de Manue) , ac-*i d'être complice. Nous Tavons laissé enfermé dans château au bord du Pont-Euxin. Isaaç Tavoit rap-^ i, et quoique ce prince eût été privé des yeux par Tuauté d'Andronic , il Tavoit honoré du titre dç ar. Alexis, instruit par Tinfortunç, se tenoit éloi-
de la cour et se renfermoit dans le silence de la vie ^ée. Sa retraite ne put le mettre hors de prise à la mmie. Il fut condamné à perdre tous ses l>iens^ et à ;er le reste de ses joqrs dans un monastère. Nourri maximes du christianisme , plus solides et plus conntes que celles d'une philosophie fnondaine , il recet arrêt comme une faveur de la Providence , et If^ te de ses biens n'arracha de son cœur 9ucun soupir, idant qu'il montoit le mont Papyce en Thrace , ot| t situé le monastère, on aperçut avec étonnement nuage de tristesse se répandre sur son visage , aupaant tranquille et serein. L'historien Nicétas , qui it du cortège , lui en demandant la cause : Ce n'est
, lui dit-il, le changement d'habit qui ^nn^offUge ; nporie à tame de quelle couleur et de quelle forme l le vêlement qui couvre son corps. Mais je redoute obligations que t habit monastique porte avec lui. sais que quiconque à mis une fois la main h la irrue et regarde derrière lui, n'est pas digne du aume de Dieu. E^ans cette crain|Le, il ne voulut concter aucun engagement intérieur ; il ne promit rien ; ne consentit à rien qu'à obéir à l'empereur. On lui ina le nom d'Jtaanase. U choisit pour cellule celle
564 HISTOIRE DU BAS-EMPI&fi.
OÙ Alexis, fils crAxuch, sacrifié comme loi àaneu juste cabale , avoit fini ses jours. Au bout de trois Teraperéur le rappela à la cour , et fit voir qu'il n^ pas eu déraison pourTen bannir. Il I^iuvitoit fi*ëqaei ment à manger à sa table. Mais, malgré tes dîstincti( dont il rhonoroit avec justice , ce prince peu sensé n'( pas dans Topinion publique Thonneur du repentir, n'attribua ce changement qu'à son inconstance nati relie.
jNicet.l a, Ce Fut en cette année 1191 qulsaac résolut de ^' ^ Oriens Compenser son prophète Dorothée , en le plaçant christ, t. 5, le siège de Constanlinople. Il est à propos de rap| seqtf \ u 3 , ici la suite des patriarches depuis l'abdication voloi ^FUwr hhi. *^'^^ ^^ Théodose, dont j'ai parlé sous le règne du je ecclés, Lfô , Alexis. I^aac, des la seconde année de spn règne, fit 75. ' ' poser Basile Camalère, souS prétexte qu'il avoit sécn^ Pagi ad Ba- i^pisé dcs fiUes et des veuves de distinction , qu'Androni Mansi «i^avoit contraintes de prendre le voile contre leur j ^-' La vraie raison étoit la défiance qu'il avoit de ce
triarche , dont il redoutoit le crédit. L'église de Con* stantinople n'eut pas lieu de regretter ce mauvais pas teur , qui s'cloit vendu aux volontés d'Andi onic. Nicclas^ Muntanès, saccllaîre de Sainte-Sophie, fut mis à place. Quoiqu'il fût fort avancé en âge , riqconstan(A| d'Isaac ne put attendre sa mort. Sa vieillesse servit prétexte pour le dépouiller de sa dignité au bout de^l trois ans. On lui substitua un moine nommé Léonce.! Avant sa nomination , Isaac avoit protesté avec serment,! en présence de tout le peuple , que la mère de Dieu Ini^ ?\voit apparu en songe, et lui avoit présenté ce moine,' qu'il ne connoissoit pas, et dont elle avoit loué la haiitei vertu. Malgré ce songe miraculeux, il ne le laissa que' sppt mois en place, et résolut d'élever à cette dignité $on ami Dorothée, qu'il avoit déjà fait nommer patrii^rche titulaire de Jérusalem. Depuis que les Latins lîloieut maîtres de cette ville, ainsi que d'Antioche e^
Tarse, et qu'ils donnoient des pasteurs à ces trois lêeSj les Grecs n'avoient pas cessé d'y ilonimer de» ques qui n'en avoient -que le titre, et ne sortoient . de Gonstantinople. C'est ainsi que Théodore Bal- Qoh, fameux canoniste, étoit alors patriarche d'Ân« che. Comme les canons ne permettoienl pas ces nslations d'un évéchc à un autre , Jsaac , pour vaincre te difficulté , s'avisa du même stratagème dont i'imratrîcè Eudocie s'étoit servie autrefois pour trompei^ patriarche Xiphilin, et mettre sur le trône Romain ogène. Il fit venir Balsamon et lui témoigna un sen- Ae regret du dépérissement où se trouvoit l'Eglise^ lement dépourvue de ministres capables et vertueux , le dans tout l'Orient il n'y avoit que Balsamon en |t de remplie dignement la place de patriarche dd itqstantinople ^ ce siège si important, qui dontioit im îef à l'Eglise universelle. Si vous pouvez , ajoula-t-îl , ^ver dans la discipline ecclésiastique , dont Vous >€z une connaissance si profonde et si étendue , cff^s ifyefis de prouver au peuple que le passage d*un siège an autre n'est pas aujourd'hui plus contraire aux Wèorts qu'il ne Uétoit autrefois, vous me délivrerez un grand embarras, Balsamon , que l'étude n'avoit Us guéri de l'ambition ^répondit du succès, et dès le Hderaain la question ayant été proposée dans unesemblée du clergé et de prélats dont il étoit l'oracle , € résolue au gré de l'empereur , qui confirma la dé^ rion par des lettres patentes. Mais l'habîle canonistc , fti savoit faire plier les canons à ses intérêts, avoit ^ Us le savoir , travaillé pour Dorothée , que l'empereui^ timnaa aussitôt patriarche de Gonstantinople. Bal- ^mon , et les prélats qui avoîent bien voulu lui sacrifier tir conscience , se voyant si honteusement trompés y enlevèrent le clergé et le peuple. C'étoît.un cri universel Hitre celte usurpation qu'on traitoit de sacrilège. Les i^lats s'assemblèrent et fulminèrent une sentence et
HISTOIRE DU BAS-EHPtRÊ.
déposition. L'empereur, de son côté, sontînt opiniâ ment son ouvrage; il cassa le )ugemei)t des prélats, fit installer Dorothée à.niain armée. Le nouveau leur, odieux à toute la ville, essuyoit tous Tés jours insultes; et pendant deux ans qu1l siégea, ce fut combat perpétuel entre l'empereur qui s'efforçoîf de maintenir, et le clergé foint au peuple qui le trave dans toutes ses fofictions. Enfin Isaac ne fut pas a ^erme pour r&ister à ce torrent , cjuî , loin de s'affoiUy par le temps, grossissoît de jour en jour. Il fallut c à rindignation publique. Dorothée fut déposé de n veau dans u A synode 4 et George Xiphilin, garde trésor dé la grande église, nommé à sa place. Le p destitué , rentra par violence dans le patriarchat Jérusalem, occupé par un autre, et rte le garda long-tarnps. L^hîstoire né dit pas la raison qui le lui abandonner.
Ï!i. 1192. i^ trêve faite en 1 188 avec les Valaqnes et les Bn
\icet. 1,1 , gares étant expirée , ces dajx peuples , réunis aux C
mans, re<îommencèrent à ravager les provinces voisin du Danube. L'empereur , qui se croyoît plus gran capitaine qu'aucun de ses généraux, marche en Thra s'avance au-delà d'Anchiale , et s'approche du niool Hénius. Il se ftaltoit d'une centrée facile en Bulgarie Mais il trouva les places en meilleur état qu'il ne s'élo imaginé. Les murailles et les tours réparées de noiive pouvoient faire une longue résistance. Les barbares!^ aussi légers que dés chèvres, se tenoient sur les hatt teurs , et couroient de montagnes en montagnes sans hasarder dans les plaioes. Il apprit que les Patzina passoient le Danube pour venir les joindre. Il prit do le parti de quitter le pays au bout de deux mois, san! évoir pu approcher l'ennemi. Deux chemins conduîsoient à Bérée, l'un plus long, mais plus sûr et pi éommode, par des plaines unies et propres à la cavali rie c'étoit par là qu'il étoit venu ; l'autre , plus court
HISTOIRE DU BÀS-EMFIRE. 36^*
lis plus étroit et plus dangereux , par des gorges et s ravines^ où couloit un torrent. Dans l'empressésnt qu'il avoit de s'éloigner, ce fut la route qu'il pctt. »ii avant-garde étoit commandée par Manuel Gamyze par Isaac Comnène, gendre d'Alexis, frère de Terareur. Jean Ducas, sébastocrator, condnisoit l'arrière^ jrde. Entre les deux , à la tête du corps d'arniée , archoit Tempereur avec son frère Alexis. Les barbares toy oient la marche, toujours sur les hauteurs à droite à gauche. Ils laissèrent déboucher Tavant-garde sans' nquiéter ; leur dessein étoit de tomber sur le corpa armée où se trouvoit l'empereur avec toute sa nolesse. Lorsqu'ils la virent engagée dans ces défilés , ils ïscendirent avec de grands cris pour l'écraser. L'infanrie grecque gravissoit sur les hauteurs pour les arrêfï; mais, accablée d'un orage de pierres, de flèches, e javelots, elle fut bientôt obligée de regagner le vallon, à , pressés par les barbares , qui les massacrotent Mnme un troupeau enfermé dans im parc , ils se déandèrent , chacun ne songeant qu'à s'échapper de ce' lauvais pas. L'empereur perdit son casque et auroit erdu la vie , sans le secours de ses officiers , qui , se errant autour de sa personne, lui ouvrirent un pasije en renversant , foulant aux pieds , massacrant ojfùraes et chevaux qui se trouvoient devant lui ; en >rt€ que , pour sauver un prince sans mérite , il en oûta la vie à grand nombre de braves gens qui valoient ^ieui^ que lai. Pour lui, il se crût, comme un autre ^avid , le favori de la Providence , qui récompensoit ts vertus, et continua de fuir sans songer à son arière-garde , commandée par Ducas. Ce général , plus âge que son maître , ne s'engagea pas dans le défilé ; S| sotis la guide d'un Bulgare , qu'un de ses soldats tlt l'adresse d'attirer , il prit un détour et rejoignit **mpereur à Bérée. L'avanl-gardé , qui y éloll déjà arrivée , croyoil Isaac perdu avec toute l'armée. Pour dis^
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lir. 119?.
liper ce infitivaifrjbrait , il se fil v jiuit
lours , se vantant Savoir remporté 1 g rande viicft îâlfih celte ridicule bravade fut dëitieiitie ptit lé ^es villes d'aleûtoor ; reitiplies de veuves et dN lins.
Il lui fut encore moins facile d^éof faire accroire ^ peuplé de Constant inop'le; où son arrivée àvoit été, cédée de celle d*im' grand nombre xle fuyards; ^tii xontoient le détail de tette malheureuse journée* sa vanité n'y voulut rien perdre. En partàiit de h il s*étoit vanté qu'il y rentreroit lotft^âyonaflAt j gloire : pour couvrir la honte de son r et ouf*,- il que Dieu avoit voulu punir la rébellion de'Branés que tous ceux qui avoîent perdu la vie avoient été plices de sa révolte. Abusé par les prétendus devins se jouoient de sa crédulité , il s'étoit persuadé que] Providence divine avoit abrégé le règne d'Aûdronic^ punition de ses crimes, et qu'elle aVoit ajouté a règne les années destinées à ce prince ; qu^il régner trente-deux ans, délivrer la Palestine , établi son trône sur le mont Liban, repousser les tnusnlmai au-delà de i'Euphrate, anéantir même leur empire, qu'il auroit sous ses Ordres un peuple de satrapes, g( Verneurs d'autant de royaumes, et plus puissâns les plus puissâns monarques. Eni^^ de ces chimères'i ii ne sentoit pas les maux présens ;[ et battu par b ennemis, méprisé de ses sujets, il triomphoit d'avi des grands succès* qu'il se figuroit dans les ombra l'avenir.
Les Bulgares et les Valaqties, glorieux a meill(
l/icet. ^3 ydroit de* leur victoire, et enrichis des dépouilles Grecs , se répandirent Tannée suivante dans la Thn comme un torrent , ravageant tout sur leur passage. Ib saccagèrent Anchiale, s'emparèrent de Varna, détruis sirent en grande partie Triadize , pillèrent Nysse. L'em* pereur, ne sachant par où commencer à repousse^ liî
HISTOIRE DU BàS-£MPIRE. 369
sanemis , distribua ses troupes sous plusieurs généraux. Ils eurent d'abord quelque succès; Varna et Anchiale Ebrent recouvrées et fortifiées de nouveau. Mais les ennemis reprirent ensuite le dessus, et les Grecs furent battus en plusieurs rencontres. L'empereur crut sa préience nécessaire. Il partit après Téquinoxe d'automne , bt marcha vers Philîppopolis, traînant après lui une suite de femmes et toute la débauche de la cour. Cependant , comme toutes ses forces étoient rassemblées , et qu'il étoit servi par de bons officiers , il arrêta les courses des Bulgares, réprima les Serves, qui attaquoient de leur côté les places de la frontière , et les battit près de la Morave , où grand nombre furentnoyés.Il s'avança jusqu'à la Save, où il reçut la visite de son beau-père Xéla, roi de Hongrie, avec lequel il passa quelques yours. De retour à Philippopolis, il reprit le chemin de Constant inople, en évitant le passage du mont Hémus. Comme Philippopolisi étoit la place la plus exposée aux irruptions des barbares , il y mit pour gouverneur Constantin l'Ange, son cousin-germain , et laissa sous s^$ tarâtes une grande partie de son armée. C'étoit un jeune liomme plein de vigueur et de fierté, déjà grand-amival de Tempire. Dirigé par les conseils de vieux offi- Qers expérimentés, il sut autant se faire obéir de ses soldats que craindre des ennemis. Sa vigilance et son sictivité arrêtèrent les incursions des barbares. Pierre et .Asan , toujours sous les armes et prêts à fondre en .Thrace, ne pouvoient le surprendre, et étoient soufrent surpris eux-mêmes. Il ne leur donnoit aucun repos, en sorte qu'il en étoit beaucoup plus redouté que ^'empereur.
jua grande opinion qu'il donnoit de son mérite étoit ^^nGore fort an-dessous de celle qu'il en avoit. Enflé de ies premiers succès, qu'il n'attribuoît qua lui-même, quoiqu'il en fût redev»'il)ie aux bons avis de ses lîeutenans, il se crut né pour n'avoir point de supérieur, et
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plein de mépris pour Laac , il ne lui fut pas difficile dlnspirer ses seutimens aux jeunes officiers et aux soldats. Animé par le zèle qu'ils témoignoient pour son h élévation, il prit la. chaussure de pourpre et le nom g d'empereur. Basile Vatace, son beau- frère, grand do- ^ mestiqued Occident ,étoit pour lors à Andrinople. Con- | stantin lui fit savoir son entreprise. Vatace, auprès de ^ qui les sages conseillera du jeune général s'étoient reti- u rés, lui répondit par une lettre dans laquelle , tanfft ■ tournant en ridicule son ambition téméraire, comme % une vapeur de jeunesse, tantôt déplorant sa perte pro« chaine, il tâchoit de le détourner d'un projet si mal concerté. Constantin , loin de se rendre à ses bons avis, . se flatta de Tentrainer dans son parti, et marcha veti 1 Andrinople. Il n'étoit pas encore sur le territoire de cette ville, qu'il fut saisi et enchaîné par ceux-mémei qui Tavoient excité à la révolte. Ces traîtres , doublement perfides, mandèrent à Tempereur qu^ils n^Moient paru adhérer pendant quelques momens aux attentoM | de Constantin que pour ne pas être les victimes de ce , furieux y qui leur tenoit le poignard sur la gorge; qu'ils avoient cherché açec empressement l'occasion de lui mettre le rebelle entre les mains ^ et que le prompt sû" crifice qu'ils lui en faisaient prous^oit assez la fidiliU quHls lui avaient inviolablcment gardée au fond du coeur. Isaac, sans examiner s'ils étoient innocens on coupables, se contenta de leur excuse, et fit arracher les yeux à Constantin. Cette exécution ne causa pas moins de joie à Pierre et à son frère Asan que si le général grée eût conspiré contre eux-mêmes. Ils remercioient Dieu de les avoir délivrés d'un si dangereux ennemi; ils faisoient des vœux pour la conservation d'Isaac et de sa famille, disant hautement que tant que de pareils empereurs seroient sur le trône , les affaires desBulga^ rcs ne pouvoient manquer de prospérer. Affranchis de crainte, ils rentrèrent dans la Thrace, ravagèrent le