c. id
178 HISTOIRE BU BÀS*£tfPiaiw
9 » >3 ; /. ses. Il ne tenoit qa'à lui de tenir à la cour le rang le pi icet. L 4 , distingué , et de jouir en repos d'une brillante forton \iU,'Trr ^^^ penchant invincible à la débauche le replongea dft 19 > C' ^i ; de nouveaux malheurs. Son cœur fourbe , et capable d plus noirs attentats , aspiroit à Feoîpire ; et s'il .1 pouvoit arracher la couronne à Manuel, il espéroit i moins y parvenir après sa mort. Mais l'élévation c Bêla , destiné à être gendre de Manuel et à lui sucq der , formoit un obstacle à ses desseins , et excitoit \ colère. Aussi ne cessoit-il de murmurer contre ce^ dii positions. N' est-il paSi étrange ^ Aisoii-il^ que l'empereà ^soit allé chercher un gendre dans une nation barbare ennemie ? qu'il ait choisi un Hongrois pour succès seur? Quel affront pour tous les seigneurs de l'empiré qu'il a jugés indignes de son alliance ! Ces discours répétés par ses partisans , indisposoient les esprits. Mfl Buel , en étant informé , résolut de Téloigner ; maû par une imprudence inexcusable , il lui confia le cooj mandement de la province où il convenoit le moiii de l'envoyer. Alexis , fils d'Axuch , gouverneur 1) Cilicie, n'y demëiïra pas long-temps , pour les raison que nous dirons bientôt. Andronic fut envoyé à sa plac^ L'empereur lui fit valoir le choix qu'il faisoit de sa pei; sonne pour lui donner occasioîi de réparer l'affron qu'il avoit reçu autrefois dans ce pays ; et , afin de 11 faire accepter cet emploi plus volontiers , il lui entre les mains de grandes sommes d'argent , et li| permit de plus de faire usage des revenus de l'île Cyprë. Son libertinage l'accompagna encore cette foili et rendit inutile toute sa bravoure. Surpris , battu plu sieurs fois par Thoros, un jour que son armée en " rotite étoit poursuivie par les Arméniens , désespéré sa défaite , et apercevant derrière lui Thoros aumili( de ses troupes , il retourne sur lui avec fureur, écarte coups de sabre l'escorte du prince , le joint, et le rci ,Yerse d'un coup de lance. Thoros ne dut la vie qu'à
AISTOÎHE DU BAS-EM^me. ] ^r)
le i9L cuirasse. Andronic se dégagea par sa valeur ; ignit son armée.
rmbnd, prince d*Àntiochie , àvoit laissé deux filles ; a beauté étoit renommée dans tout TOrient. Maivbit épousé Tainée; Andronic devint éperdument reiix de Phitippa la cadette, avant même que de r vue. Emporté par cette nouvelle passion, il choisit ses jeunes ofÈciers les plds lestes et lés niieux faits ; npagilé de ce galant cortège, il quitté la Cilicie, et id à Antioche. Il met en oeuvré tdut ce qui peut seî one jeune princesse. Les grâces de sa personne ^ goût de magnificence, son adresse à tous les exer- > les fêtes ; lés prescris , le langage suborneur^ It bientôt at)attu tdutes les défenses de la vertu et lonneur. Philîppa devint pasisionnée pour Ândro- Manuel ^ informé de ce nouvel écart, fort irrité eût ainsi abandonné sa province , ènVdiè pour le ilacerGalaman, fils de Borise le Hongrois, dont j'ai parié. Il lui ordonne de passer lui-même à Antio* et de traverser les amours d'Androhic éri propoà la princesse de Tépouser, et lui offrant pour ce lage toute la faveur de remperedr. Manuel avoît choisi. Calaraan étoit iixi personnage grave et sensé , traita sérieusement l'aventure. La gaîté d'Andronic du ridicule sudpa pesante galanterie : son bon sens Qt autant que sa petite taille; et la princesse aima IX rester maîtresse d' Andronic que de devenir femme jalaman. Après bien des dépenses et des soupirs «s; le prétendant fut obligé de retourner à Tarse. y dèmeiira pas long-temps. Noradin , sultan d' Alep, t venu assiéger Harem , dans la principauté d'Anle, Raymond ii , comte de Tripoli, Galaman, et iros , que Calamaii avoit regagné , se joignirent à mond m, prince d'Antîoche , pour combattre ce utable guerrier. La bataille s6 livra près d'Artaz, et matins fiirent entièrement défaits. Tous leurs chefs'
l8o HISTOIRE DU BÀS-XMriRS.
restèrent 'prisonniers , à l'exception de Thoros , sauva. Ce prince , s'étant soustrait de nouveau à V sance de Manuel , enleva plusieurs places de Cilicie . Ândronic Euphorbène^ cousin de l'empereur , qui voit nomme gouverneur de la province pendant la pn de Calaraan. Ce qui avoit donné sujet à Thoros de prendre les armes contre les Grecs , c'étoit la mort son frère Etienne , qu'il imputoit à ce gouverneur, prince d'Antioclie , après avoir été un -an dans les fi donna des otages pour sa rançon , et recouvra sa ii Mais , voulant la procurer aux otages qu'il avoit ki entre les mains de Noradin , et ne trouvant pas son trésor les sommes suffisantes , il eut recours àTcilli pereur. son beau-frère , et fit le voya%e de Co nople. Il y fut reçtiavec de grands honneurs, coi frère de l'impératrice, et il trouva dans la* générosité Manuel les ressources qu'il en avoit espérées.
Les menaces de Manuel troubloient les amours d dronic. Il craignoit la prison , dont il avoit si long-t éprouvé les rigueurs , et ne se croyoit pas en sûreté Ântioche. D'ailleurs , sa passion étant satisfaite, il 1 gaîment Philippa dans les larmes et les remords, et alla à Jérusalem. L'inceste avoit des attraits pour dronic. Théodora , veuve du roi Baudouin , étoit nièce d'Isaac Comnène, père d'Âni|ronic. L'exemple Philippa ne put la sauver de la séduction , et la v< d'un roi ne rougit pas de se livrer à un commerce daleux. Manuel , irrité plus que jamais , envoya or tous les officiers de Tempire employés sur les fron de Syrie de faire leurs diligences pour se saisir d'Â nie et de lui crever les yeux. Ces lettres de l'era tombèrent entre les mains de Théodora , qui en fit à son amant. Celui-ci , voyant le risque qu'il co en restant dans le pays , engagea la princeisse à le sai et , changeant sans cesse de demeure , trouvant pari les princes infidèles disposés à le recevoir , mais agît
^HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. l8l
I et de frayears perpétuelles , il pa^a^de Syrie e , dlbërie en Perse , et se fixa enfin ^Miprès du e Colonëe. Il avoit déjà trois cnfans de sa femme , Manuel, Jean et Marie. Théodora, fugitive, inée par sa passion à la suite de ce scélérat , lui a deux autres ; un fils qui porta le nom d'Aune fille nommée Irène. Poursuivi sans relâche émissaires de Manuel , qui cherchoient toi^s les Je le faire périr, il s'en défendit par son adresse et ,
gilance, se vengeant de Tempereuf par des ravalayant son asile aux dépens des prisonniers qu'il sur les terres de Tempire , et qu'il livroit aux !j'église grecque le frappa de ses foudres ; niab ces de l'Eglise n'alarmoient pas un homme tel ^
unie.
bngrois avoient déjà repris les armes. Zeug- Cînn, /. G. nnoit une libre entrée dans leur pays. Etienne ^'ijiceul. 4. 'employer toutes ses forces pour recouvrer cette ^- 3-, /. 5, c, mit à la tête de ses troupes un seigneur nommé |ui passoit à la cour de Hongrie pour un grand s. Manuel lui opposa deux généraux , Michel mari d'Eudocie , et Michel Branas , dont la ligence ne nuisit pas moins aux affaires que leur té. Après de longues contestations , on convint 'oniroit chercher Denis , et qu'on l'attaqueroit la nnit. Toute l'armée se mit donc en marche; our la surprit en chemin, et elle trouva l'eniparé à la recevoir. Arrivant fatiguée et mal en ^lle fut bientôt mise en déroute. Les fuyards ent Zeugmine sans beaucoup de perte. Mais ain et fanfaron, voulant faire valoir ce succès, iser les morts , et entasser sur ce petit nombre res une montagne de terre, qui auroit pii servir eau à une grande armée. Les deux généraux , r à la cour , vantoient chacun leur vaillance, les comptaisans d'Eudocie ( et une femme de
fB^ BISTOIKE DU BAS-EMPTRX.
fce caractère n'en pouvoifc manquer ) racontoient à To^
perciir des miracles de la bravoure de Gabras , et -ë
toient pour témoin son collègue même qui étoîl préseÉ
Manuel interrogea Branas : Prince*^ rëpondit-îl, açm
que de satisfaire votre majesté sur le compte de hmj
collègue y qu*elle me permette de demander à Gabf%
son témoignage sur ce oui me regarde. Gabras , ^
s'attendoit au retour, fit les plus grands éloges de^
conduite et de la valeur de Branas. Et lorsqu'il cl
achevé': J^ous oubliez encore ^ reprît Branas, que (en
suis donné beaucoup <afe peine pour vous rappeler bm
que vous prîtes h fuite dis le commencement du co^
bat; mais que vous étiez déjà si loin, que vous nep4^
rn' entendre. Ces paroles excitèrent de grands éclats ^
rire. Gabras demeura confus, et Manuel, persuadent
pi l'un ni l'autre n'avoit fait son devoir. 4
Pour réparer le déshonneur de ses armes , il ps4
lui-même, et se rendit à S^^rdiqtie. U partagea son 4
mée en trois corps. Alexis son gendre ( c'étoit le prfllf
hongrois nommé Bêla ) marcha vers le Danube p4i
tenir les Hongrois en échec , paroîssant toujours pri^
passer le fleuve. Léon Vatace,'à la lêle d'un autre cof^
composé en grande partie de Valaques , s'approchw
Pont-Euxin ; et, ayant passé le Danube, il.attaqan
Hongrie par le côté oriental , qui n'avoit jamais 4
exposé au3i: incursions. Il y fit un grand 'dégât, bri
des villages, massacra les habitans , et revint avec qui
tité de prisonniers et de bestiaux. Un troisième cM
pénétra dans les parties septentrionales jusqu'aux fii
tières de Russie. Jean Ducas , qui avoit acquis tant
gloire eiv Italie, conduisoit ce détachement. Après a4
traversé des régions incultes , il tomba sur la Hongl
où, trouvant un pays peuplé et abondant , il mit ton
feu et à sang, et rapporta un riche butin. Avant que
c]uitter cette contrée , il y fit planter une croix «
\ine inscription qui indîquoit h^s ravages et le 81
HISTOIKE DU BAS'-EMPIEE. i83
ril avoit rëpandn , faisant de l'instrument de la rëiption des hommes un monument de leur destruc-
Pendant cette dévastation de la Hongrie , Henri, duc ^«'«»- '^^^ FAotricfie , vint à Sardiqtie avec sa femme Thëodora , * ' :he parente de Manuel. Frédéric n'ëtoit entré Tanprécédente dans la ligue de Manuel que par crainte * Tempereur grec ne roussit enfin à réunir l'empire :ident avec celui d'Orient. Quantité de villes d'Iifie désiroient ce changement , et le pape , quoiqu'il ifôt d'abord déclaré contre ce projet, paroissoit y rcr lir. Mais, lorsque le prince allemand sut que la négoition étoit rompue, le pape, demandant que le^siége l'empire fut rétabli à Rome , et l'empereur voulant cet honneur demeurât à Constantinople , il résolut ne plus rien ménager, et se disposa même à envahir terres de l'empire grec. Cependant , n'étant pas enen état d'exécuter ce dessein , il cachoit ses inten- , et envoyoit Henri pour resserrer en apparence liens de l'amitié. Manuel reçut froidement les avances Frédéric, dont la sincérité lai étoil suspecte. Henri, imant par la Hongrie , convint du mariage de s^ avec le roi Etienne. Appuyé de cette alliance , me entra en Dalmatie. Nicéphore Caluph , qui imandoit dans la province , sortit de Spalatro pour au-devant des Hongrois ; mais, ayant été abanmé d'une grande partie de ses troupes , il fut enve- ^pë et fait prisonnier , après s'être défendu avec un id courage.
Manuel n'ëtoit pas tellement occirpë de la. guerre de Nicet.L ^^
kgrie qu'il ne portât ses vues sur le reste de ses états, bisoit réparer en Asie les villes de Chliares, de Perte et d'ÂdramytIe , presque ruinées par les Turcs, les fortifia de nouveau , et fit bâtir plusieurs châteaux ir mettre à couvert les habitans des campagnes. Ce lys reprit une face nouvelle. Devenu presque sauvage^
r84 HSTOI&E DU BAS*BMPIR«f
ne servant plus que de retraite à des brigands , il ^ ni
couvert de laboureurs , et reconnut son ancienne ferti
litél Le nom de Manuel lui servoit de barrière ; 'H
les' Turcs , croyant voir -ce nom terrible tracé sur le
frontières de Tempire , n'osoient que rarement les iH
sulter.
■. 1 168, ]j'empereur , de retour à Constantinople , passa Thivc
inn. /. 6, 011 préparatifs ^ résolu de rentrer en campagne aveeé
>u Can^e, plus graudcs forces dès le commencement du printemp
iie/î?»/^' Un accident retarda son départ. Comme il jouoit à 1
paume à cheval avec ses courtisans , espèce de jeu foi
à la mode dans la cour de Constantinople , mais trëi
dangereux , son cheval s'abattit , et Tempereur, s'étai
relevé froissé et meurtri, il continua cet exercice et s*€
trouva si mal , qu'il fut obligé de se mettre au lit. De6
jours après , son impatience naturelle faisant taire 1
douleur, il prit le chemin de Sardique. Mais il ne p<
passer Sélymbrie , où il fut contraint de s'arrêter jifi
qu'après les fêtes de Pâques. Alors, se sentant mieux,
se rendit à Philippopolis , où il reçut une ambassa^
du roi de Hongrie, Peu satisfait des propositions de <
prince , qui demandoit une trêve , il renvoya les d<
pûtes, qu'il fit accompagner d'un héraut, pour reA
mander Caluph, détenu prisonnier, menaçant de Tall
chercher lui-même à la tête de son armée , si l'on r
fusoit de le rendre. Après leur départ, il s'avança jusqU
Sardique.
T^icet. h 4» Ce fut là qu'une injuste disgrâce fit triompher m
Cinn' l. 6, cabalc de cour, et affligea les gens d'honneur, sans 1
^ ^* étonner. Alexis , fils d' Axuch , et grand écuyer de l'ct
pire , recommandable par les services signalés de 9<
père, et par son mérite personnel, avoit été rappelé
Cilicie , où sa bonne conduite ie faisoit aimer c
troupes et craindre de Thoros. Ses ennemis l'accusoic
d'une intelligence criminelle avec le sultan d'Iêone. N
contenu d'avoir engagé le prince à se priver lui-œfi
HISTOIRE DU BÀ8-EMPI&K, t85
Uilens etda zèle de cet officier, ils rëtolarent de le Ire. Alexis faisoit bâtir une maison près de Constan* pie , et la décoroit de peinturés. Sujet fidèle , rnais courtisan , il ne lui vint pas dans l'esprit d'y faire dre les combats de Terapereur et ses merveilleux oits de chasse , dont le prince se faisoit grand hon- \ On le fit remarquer à Manuel ; et, pour lui pef^ ler que c'étoit un effet des dispositions perverses exis , on Taccusa de mettre en œuvre les secrets de lagie pour priver Tempereur de postérité mâle et ire périr lui-même. Un méchant homme , nomme )n , interprète pour la langue latine auprès de Ma- ., fut le canal par lequel on fit passer ces calomnies, e grands seigneurs les appuyèrent. Les richesses de osé, dont la confiscation alloit augmenter le trésor irince , disposoient Manuel à le croire coupable. Il t venir à Sardique , et Tenvoya prendre dans son a nuit suivante. £n vain la femme d'Alexis, nièce empereur, la plus vertueuse princesse de la cour, se jeter aux pieds de son oncle, et implorer sa ce. Ses larmes , ses sanglots , ses vives protestations inviolable fidélité de son mari , dont elle rappeloit îrvices, ne purent toucher le cœur du prince. Péée de la plus profonde douleur , elle en perdit Tes-* , et mourut peu après de langueur , laissant deux [ni ne furent héritiers que de la disgi^ce de leur . Pour lui, uniquement sensible à l'affliction de sa te épouse , animé du courage que donne Tinnocence le âme forte et généreuse, sans s'abaisser à des jusitions inutiles, il demanda la permission de prendre >it monastique ; et , se dépouillant sans regret de i sa fortune, renonçant aux délices de la vie, avoit trop aimées, il trouva sa consolation dans lustérités de la pénitence , moins amères dans ; suites que le breuvage perfide de la volupté, ^n , son accusateur , ne jouit pas long * temps des
p66 HISTOIRE D0 BAB-EVPIRK.
récompenses secrètes de ses calomnies. Convaincu d'a^
voir trahi Tempereur à Toccasion de quelques ambasaa*
dears latins, dont il et oit l'interprète, il fut condamna
à perdre les yeux. Quelques années après , lorsqoi
Ândronic se fut rendu maître derempire,ce scélérat,
tout aveugle qu'il étoit , devint le favori du tyran. Il fat
ft principal instigateur de ses cruautés, lui conseillanl
de ue point faire grâce de la vie à ceux qull voulcnl
punir , et lui prouvant par son propre exemple qu*il
ne suf&soit pas de leur crever les yeux, quand on lem
laissoit 1^ langue , le plus pernicieux instrument de U
malice des hommes. £n conséquence de cette leçon <
Isaac l'Ange, successeur d' Andronic, ayant fait arrêta
Aaron , lui fit couper cette langue enveninruée. Deaa
autres imposteurs , nommés Seth et Sicydite , qui pra
fessoient Tastrologie , et qui avoient secondé Aaroii
pour perdre Alexis, furent convaincus de maléfices,
et aveuglés. Seth continua d'abuser par ses prestigti
de la crédulité du peuple et des grands seigneurs .
non moins dupes que le peuple. Sicydite se fit moine
et n'en devint pas meilleur ; il passa le reste de se
jours à composer un ouvrage impie. J'ai suivi dans cetU
histoire d'Alexis le récit de Nicétas, Il ip'a paru plo
vraisemblable que celui de Cinname , qui représenta
Alexis comme coupable , sans doute sur la foi des bruit
publics, tr^p souvent peu favorables à l'innocence ac
cusée.
m». /. 6, Les mepaces de l'empereur n'effrayèrent pas le m
^icet l B ^^ Hongrie. Son général Denis, suivi de ses meilleure
1^ a. troupes, marcha vers Sirmipm. Manuel, de son côté
désiroit de terminer la guerre cette année par une ba
taille décisive. On délibéra s'il se mettroit lui-même
la tête de son armée. Son ardeur martiale l'appeloit à c
poste ; le péril avoit pour lui des attraits. On lui repr^
§enta que ice seroit avilir la majesté impériale que de 1
$:pmmettre contre une natiop tant dç fois vaincu^ ; qv
HISTOIKE DU BÀS-EMPIRE. .187
ic'Aoit assez pour sa gloire d'opposer on général grec à 1911 général hongrois. La foiblesse dé sa santé, encore mal affermie , lui fit accepteAe conseil ; et ses troupes léfant assemblées, il en donna la conduite à Andronic Contostéphane. Il apprit alors que de deux statues d'ai- -rain fort anciennes, élevées dans la grande place de Gonstantinople, Tune , nommée la Romaine, venoit de tomber , l'autre, qu'on appeloit la Hongroise , étoit restée sur pied. C'étoit aux yeux de la superstition le "plus funeste présage. Pour le corriger et le tourner en •sens contraire. Manuel donna ordre de relever la Romaine et d'abattre la -Hongroise , et ce changement Irivole tr,anquilli$a son esprit. Il ne laissa partir Gonto- 'itëphane qu'après Tavoir instruit en détail de toutes les 'epérations qui dévoient lui procurer le succès. Il loi prescrivit Tordre de la bataille ; il anima les officiers et les soldats par les motifs d'honneur et par l'espérance des récompenses. Toute Tarmée répondit par des cris =:f embrasés d'ardeur et d'impatience , demandant qu'on la menât sur-le-champ à Tennemi. Andronic passa la Save cf ^tt entra dans Zeugmine. Il envoya des coureurs qui lai amenèrent un prisonnier, dont il apprit que l'armée iKmgroise étoit composée partie de cavaliers armés de toatefr pièces avec leurs chevaux bardés , partie d'archers tt de troupes légères; qu'ils n'étoient que quinze mille ^f'hommes, mais remplis d'audace , et persuadés que les firecs ne tiendroient pas devant eux. Denis surtout , enflé du succès précédent , se vantoit d'élever encore Une montagne d'osscmcns d'ennemis. Andronic renvoya le prisonnier dire au général hongrois qu'il alloii iprouçer si des discours si fiers étoient^ autre chose que ^^ie vaines bravades.
Son armée fut rangée sur trois lignes, selon le plaa
qu'en avoit dressé l'empereur. Contostéphane se mit au
^Y centre ; l'aile droite étoit commandée par Andronic
^l^ampardas , petit de taille , mais grand capitaine ;.raile
l88 HISTOIRE DU BÀS-EHPIRC.
gauche par d'autres of&ciers , entre lesquels ëtoîent ' frères , Démëtrîus et George Branag. A quelque diat des deux ailes furent plages deux corps de réserve, tinés à soutenir ceux qu'ils verroient plier. En ce ment Contosléphane reçut une lettre de l'empt qui, sur le rapport des astrologues, lui défeodoi combattre ce jour-là , attendu que c'étoît un jour heureux. !« général , moins frappé de superstitioi le prince , mit la lettre dans son sein sans la conm quer à personne , et osa livrer une bataille qni ne voit être justibée que par le succès. Il exhorte ses u à bien faire , et marche. Arrivés au tertre , dont la v de Denis avoit fait un tombeau de grande appMk ils descendent de cheval , baisent celte terre qui col les os de leurs compatriotes , et jiirenl de les veo] de subir le même sort. Dès que Denis se voit en pi( des enuemîs, pour leur faire insulte, il ordonri soldats de boire à la santé des Grecs ; ce qui fut | sur-le-champ avec de grandes risées. Son i formoit qu'une masse sans divisions , li's ntei troupes faisant la lêle, tout au contraire de l'ordoi
des Grecs. Au centre s'élevoit suj
attelé de quatre paires de b
perche, au haut de laquelle j
large drapeau , espèce d'c
suite fort en usage dans l
armée sembloît être ujj|
ment des chevaux ,
des rayons du soleil
yeux desGn
deux an
Androni^
flèches , ,
à gaucl
au lij
: itdD , ils ne furent arrêtés que par la Save. Le plus grand tfortdes ennemis se porta sur Taile gauche, qui fut enfoncée. Il n'y resta que deux escadrons. Déraétrius Branas, se voyant abandonné , se jeta au milieu des en* tiemisavec quatre-vingts cavaliers, et , combattant en ^désespéré, il fut porté à terre d'un coup mortel et fait frisqpnier. Son frère George prit la fuite. L'aile gauche jd entièrement détruite. Mais l'aile droite et le corps éebataille avoient un succès tout différent. Lampardas, iprès avoir renversé les ennemis qu'il avoit en tète, se jngaitÀ Contostéphane, et le combat se ranima avec iireoinJPii premier choc , quatre-vingts Grecs furent iwichétipar'terre , mais ils abattirent un bien plus grand bre)le Hongrois. Ce fut ensuite une affreuse méléë ; la bataille générale se trouvoit changée en autant de KKDbatssinguliersqu'il y avoit de soldats. Les lances étant Nmpues et les épées émoussées , il ne restoit aux Grecs leurs masses d'armes , avec lesquelles ils assomient les ennemis. La terre fut en un moment jonchée hommes , de chevaux , d'armes brisées. Le grand peau fut enlevé; Denis s'échappa, mais son cheval prisb Ltt|fiiiyards , qui se jetoient dans le fleuve pour pMer àflBbg^ 9 étoient arrêtés par les barques , qui nratnt le passage. Presque toute l'armée hon- ^llKMse périt. On fit prisonniers cinq généraux , et huit soldats, parmi lesquels se trouvèrent les officiers plos distingués. Entre une infinité d'actions raémo- , Jean Contostéphane et Andronic Lampardas se lèrent par leur courage.
La nuit étoit avancée lorsque les Grecs rentrèrent leur camp ; ils y rapportoient deux mille cuirasses , infinité de casques, de boucliers, d'épées. Au point jour ils marchèrent au camp des Hongrois » et , le vant abandonné, ils le pillèrent. Cette bataille tera enfin les guerres de Hongrie, qui depuis dix-huit ne laîssoient que de courts intervalles» L'empereur
igO HISTOIRE BU BÂS-E1IPIR£;
rentra triomphant à Gonstantinople : ce fht une brillante. Les habitons y déployèrent toute leur maj ficence. Les rues étoient bordées d'échafauds à deux trois étages. Les prisonniers marchoient devant le char, Jt sur lequel s'élevoit la statue de la sainte Vierge, patronolpE de la ville , et à l'intercession de laquelle les princes \êÊk moins dévots attribuoiént tous leurs succès. Derrière t^ai char sui voient les parens et les amis de l'empereur , M|b sénateurs et les magistrats. L'empereur, à cheval, fermas moit la marche , ayant à côté de loi Contostéphane , qaj|f partageoit les honneurs qu'on rendoit au prjjnce. Oii|i alla dans cet ordre à Sainte-Sophie rendre |Pkes aifli souverain auteur des victoires; et le retouc^d'nUe cain<41;' pagne si glorieuse fut célébré par des courses de chart^vet par toutes les sortes de spectacles que la joie publique^ sait imaginer; 4|.
fr. 1169. Les Hongrois cédoient enfin à la supériorité des arme^- /icef. /. 5,de Manuel. Mais Nééman , prince de Servie, quoF^i-. ukl. Tyr. que avec moins de forces, ne pouvoit contenir son hii4 ao,c. 4. meur audacieuse et turbulente. Il preteridoit avoir deir: droits sur la Croatie et la Dalmatie. Toujours les armeiA..
;n^ii
Padiate pour le tenir en respect avec quelqties troapes|| ce qui ne suffisant pas, il partit lui-même avec un corp^p plus nombreux. A son approche Nééman prît l'époolîc vante ; il s'enfuit dans les forêts et entre les montagiia|g de son pays; et, après s'y être tenu caché quelqi terhps> craignant d'être dcpouillé de sa principauté,!.^ vint demander grâce à l'empereur. Celte leçon ne 1^:^ Corrigea pas. Il ne cessoit de reprendre les armes et àk^ former des ligues, tantôt avec les Allemands, tantél^ avec les Hongrois. Mais il n'en coûtoit à l'empereifi. que de se montrer en Thrace. Au premier bruit de §4^ marche , Nééman posoil les armes ; assez sembIaMe.4 tes animaux farouches qui^ domptés par un niailrcffr,
à la main , il inquiétoit les terres de l'en^ire par dcAj^ courses continuelles. Manuel envoya d'aIflUr Théodorliii^
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. I^j
Kpreunent leur férocité lorsqu'ils le perdent de vue, ; regagnent en frémissant leur retraite dès qu'ils voient t bâton levé sur leur tête.
Manuel revenoit de cette expédition, et traversott la Guill.TYf*^ tflagonié, lorsqu'il reçut une ambassade d'Aroauri, Sanut.Li^ n de Jérusalem. Voici quel en étoît le sujet. Depuis ''*"■'• ^'^•"* a'Arnauri étoit sur le trône , il avoit fait plusieurs enreprises sur l'Egypte. L'occasion paroissoit favorable onr s^emparer de cette riche contrée, habitée par un mple efféminé , et gouvernée par des fantômes de rinces , qui , sous le nom de califes , perdus de luxe I de volupté, abandonnoient leur autorité à des souans 9 esclaves en apparence > mais en effet tyrans de nirs propres, maîtres. Amauri àvoit sollicité Tempe- Bor grec de l'aider d'argent et de troupes , lui prometint de partager avec lui le butin et la conquête; et, heoiperenr^ flatté de l'espérance d'agrandir ses états, I peut-être de recueillir tout le fruit d'une alliance si a^le , avoit écouté ces propositions. Il avoit envoyé iil sa part Alexandre, comte de Gravina, et Michel (Dtrante, pour entamer la négociation. Les ambassabors d' Amauri , entre lesquels étoit l'historien Guill^me , alors archidiacre de Tyr ^ et depuis archevêque ia^i^e ville ^ venoient consommer l'affaire, et régler l^porobre et la qualité des secours que l'empereur de- Wt fournir. Ils joignirent Manuel à Butelle, près d'A« pride , et terminèrent le traité. Après les sermens réciklKjaes , ils reprirent le chemin de Palestine avec des IlEseDS et des lettres, qui contenoient les engagemens S l'empereur.
^A son retour , l'impératrice lui donna un fils , le cinn. /. f> 1^ septembre. Tandis que tout l'empire rendoil grâceis ^}y)ç'^ i 5 icu, et témoignoit sa joie par des fêtes publiques, o. 8. nuel laisoit tirer I horoscope du jeune pnnce. Les Salem. ctir, dogues* à force d'observations et de calculs, trou- ^^" [*'"H''f rnt qu'il seroit riche, et qu'il succèderoit à son père; i('7> ^^^^^
i^a tttSTOtRK BU BÀS-ËMPIAE«
ce qui n'ëtoit pas difficile à deviner^ Ils ajoutèrent qq seroit unique ; ce qu'ils abandonnèrent au hasard , q ne les démentit pas cette fois. Pour célébrer cet heure événement, Tempereur, selon Tusage , invita les u gneurs à un grand festin, auquel ils assistèrent ai des couronnes d'olivier. Il donna au nouveau -né nom d^ Alexis, non pas, dit l'historien , en considéf tion de son aïeul , mais pour obéir à un prétendu orâfe Deux ans après il le déclara son successeur, et lui' prêter serment en cette qualité par les seigneurs et ' magistrats dans Téglise de la Sainte -Vierge de Bl quernes. Jusqu'à ce tempsià Bêla , prince de Hongri à qui Tempereur avoit aussi donné le nom d*Alixi Aoit regardé comme l'héritier présomptif de l'empîi en vertu de son mariage futur avec Marie, fille unii| de l'empereur. La naissance d'un fils rompit ce pro) Peu de temps après que le jeune Alexis eut été décla successeur, Manuel retira sa parole à Bêla: Les hi$t riens n'en donnent aucune raison. On peut soupçoaii que ce fut à la sollicitation de sa femme Marie d'A tioche, dont il fit épouser à Bêla la sœur utériif nommée Agnès , fille de Constance et de Renaud Châtillon. Etienne, roi de Hongrie, étant mort < 1173, Manuel fit partir Béla avec un magnifique d! tége, après lui avoir fait jurer qu'il ne se départit* jamais du service de l'empereur et de l'empiré. Béla ! trouva point d'obstacle à ses justes prétentions. La ili moire de son père Géisa étoit chère aux Hongrois « la couronne, que son frère et son oncle s'étoient dis^ tée avec tant d'opiniâtreté, lui fut déférée du conseOil ment unanime âé la nation. Manuel chercha poirt fille un autre mari. Il jeta les yeux sur les prid étrangers qui n'avoient point encore de femme , qui avoient des fils destinés à leur succéder; et il fixa enfin sur Guillaume 11 , roi de Sicile , âgé de vil ans. Guillaume reçut avec joie la proposition de ci
ijo*
HISTOIRE DU BAS-EMPI&E. igS
ce ; et il y eut de part et d'autre plusieurs aiubasles pour en régler les conditions. Tout étoit convenu ; avoit fixé le jour et le lieu où Marie seroit remise [oitre les mains de son époux : Guillaume s'étoit rendu Tarente avec son frère Henri , prince de Capoue , y attendre la princesse. Mais , après de mûres réions ^ Tempereur , qui n'avoit pas entièrement recé à ses desseins sur la Sicile, ne voulut pas s'en ire la conquête en y plaçant sa fille ; et , dans cette , il rompit la négociation.
Luc Chrysoberge, qui gouvernoit depuis quinze ans FUury^hist. lise de Constantinople, mourut cette année ^i^^-^art.ôi ils*. 'eodant son pontifical, ces paroles de TEvangtle, mon Pasiad Bain est plus grand que moi, avoient excité une grande Mansi -ad ote, dans laquelle l'empereur, qui se piquoit de ^''^^^ lectique , et même de théologie , avoit pris parti ; et ^^risu t. i , oiqu'il soutint, la doctrine orthodoxe, cependant les sensés jugèrent dès-lors qu'il convenoit aux princes, pas de décider les questions de foi , mais de soude leur autorité les décisions de TEglise, et qu'ils voient pas tant besoin de lumières théolôgiques que discernement et de droiture pour distinguer les jumens canoniques d'avec ceux que l'inirigue, la cabale, passions humaines voudroient faire passer pour tels, e il étoit arrivé du temps de Constantin Copro*me. Luc, dans cette occasion, s'attira la haine deceux i. défendoient l'opinion hétérodoxe; ils l'accusèrent plusieurs chefs. Mais l'empereur le déclara innô- Hit,et le maintint dans son siège. Ce patriarche préà plusieurs conciles, dans l'un desquels le droit d'aattaché à l'église de Sainte-Sophie en faveur des plus ds crimes fut restreint à l'égard des homicides ontaires. Jusqu'alors on s'étoit copienté d'enfermer niicide dans un monastère pour y passer le reste de jours. Manuel , jugeant avec raison que cette profesn forcée déshonoroit l'état religieux sans justifier le
mST. DU BAS-EMP. TQM. IX. l3
coupable , ordonna que le criminel seroit puni d'une ^ prison perpétuelle , et que cependant , après de longues d j rigoureuses épreuves , il pourroit être admis à la proCo^ \ sioUiS^il en témoîgnoit un désir non équivoque. L'or- , donnance du prince fut approuvée et confirmée par les prélats. Un autre concile défendij aux prêtres et au , diacres toute fonction temporelle , et même celle de \ médecin. Les diacres cependant pou voient faire celle d'avocat , pourvu qu'ils ne fussent pas du nombre de ^ ceux qui étoîent enregistrés dans les tribunaux séculiers,^ et qui recevoient pension de l'empereur. Â Luc suqc^., Michel, évêque d'Ânchiale , qui portoit le titre de prince des philosophes; espèce de prééminence inconnue à la bonne antiquité , et aussi chimérique que la philosophie ^ telle qu'elle étoit alors même dans l'empire grec. Ce patriarche fut grand ennemi des Latins. licom- . battit de tout son pouvoir l'inclination de Manuel pour ^ la réunion des deux églises; et, dans un entretien qu'il ^ eut à ce sujet avec ice prince , il poussa son entêtement . frénétique jusqu'à dire qu'un prince mahométan lai^ paroissoit moins infidèle que le pontife romain , et qu'il lui obéi roi t plus volontiers.
An, 1170. L'empereur s' étoit engagé à secourir Âmauri dans la Nicet, L 5 , guerre d'Egypte ; il fit plus qu'il n'avoit promis. Le se- Cinn, l. 6, cours qu'il envoya fut si considérable, que la scène chan- ^GuULTrr.?»^^' ^^ face; Manuel parut le chef de l'entreprise t /.*o,c. 14» Amauri ne fit plus que le personna&:e d'auxiliaire , et Jac. Fitri. c est SOUS cc poiut de vue que les historiens de 1 empire DÛ Canae Présentent celte expédition. La flotte grecque étoit de Jam. ùjrz.p. cent cinquante vaisseaux de guerre à deux rangs dc' M. de Gui' rames , de soixante autres plus grands pour porter la ^desHuns^'^i cavalerie , et de dix ou douze d'une capacité encore sa-< i5, p, ao7, périeure, chargés de provisions d'armes et de machines*^ M. Dan- A la tête de cet armement étoit le grand-duc Andronîci ^JuicienM^^*^ Contostéphaue ; il avoit pour lieutenans-généraux deux 88, 89,90. officiers de grand mérite, Théodore Maurozume, cou-
HISTOIRE BU BÂS-EMPIRB. YgS
fident dé Manuel , qui Gornptoit beaucoup sur son expérience , et Alexandre , comte de Conversan en Apulie , qui s'ëtoit attaché au service de Tempereur. Maurotome eut ordre de prendre les devans avec soixante ▼aisseaux , et d'aller en Palestine avertir Amauri du départ de la flotte ^ Texhorter à faire diligence pour se mettre en état d'agir de concert , et porter de Targeltt et des vivres aux chevaliers de Saint-Jean qui dévoient soivre Amauri , et que l'empereur s'étoit chargé d'entretenir dans le cours de cette guerre. Le 8 juillet la flotte se rendit à Mélibote , sur la côte d'Asie , où l'empereur en fit la revue, et donna ses instruction à Contostéphane , qui prit ensuite la route de l'HelIespont. Il embarqua ses troupes de terre à Cœlé, vis-à-vis d'Abyde , et fit voile vers Tile de Cypre. Ayant rencontré en mer six vaisseaux égyptiens envoyés à la découverte, il en prit deux; les autres lui échappèrent. Arrivé en Cypre , il en envoya donner avis à Amauri , lui laissant le choix de le venir joindre dans cette ile, on de l'attendre à Jérusalem. Amauri ne se pressa pas de répondre; il se voyoit plus puissamment secouru qu'il n'avoit désiré, et il soupçonnoit, non sans raison , que Manuel songeoit à travailler pour lui-même beaucoup plus que pour son allié. Après avoir délibéré quelque temps, voyant qu'il ne pouvoit plus s'en dédire , il pria [ HContostéphane de venir à Jérusalem pour prendre en- ^ semble les mesures convenables. L'amiral grec s'y étant Irenda , le roi temporisoit encore sous différens préte:i^tes. Contostéphane brûloit d'impatience. La flotte qui, . iprès avoir mouillé à Tyr , attendoit Amauri à Saint-^ ' lean d'Acre, ii'étoit fournie de provisions que pour trois mois, à commencer au mois d'août, et l'on appror. choit dé la fin de septembre. Enfin le roi consentit au départ ,' mais il préféra la route de terre , comme pïu3 «ôre et plus commode. Il vouloit se rendre maître en passant de plusieurs châteaux situés dans la plaine qui
196 HISTOIRE DU BÀS-SMl^IllE.
sépare VEgypit de la Palestine , et dont les habitani ëtoient la plupart chrétiens , quoique sujets du calife. Les j troupes des deux nations s'assemblèrent donc à ÂscaloQi f d'où| côtoyant la mer, elles marchèrent vers TEgypte. La prise des châteaux , dépourvus de garnison , ne le^ retarda pas; mais la nécessité de chercher de Teau douce . dam ce désert aride , et la rencontre d^un grand marais que la mer avoit formé depuis quelque temps , les obligèrent à s'écarter quelquefois du rivage. Elles arrivèrent ' en neuf jours à Pharamia , ville autrefois très-peuplée , alors déserte, située à une lieue de la première emboa* chure du Nil , près des ruines de Tancienne Péluse. Ib y trouvCTent la flotte qui les transporta au-delà du pre- ^ roier bras du Nil. Prenant ensuite leur route entre les • marais et la mer , ils laissèrent sur leur gauche TaniS| cette cité autrefois si célèbre , réduite alors à n'être plos -^ qu'un pauvre village, et se rendirent en deux jours à '^ Damiette, où ils campèrent entre la ville et la mer. ']^ Damiette , l'ancienne Tamiathis , située sur la rive ^ occidentale du Nil , n'éloit alors qu'à un mille de rem- ' ® bouchure du fleuve , plus près de la mer qu'elle n'est ^ aujourd'hui, ayant été détruite après le départ de saiat ^ Louis, et rebâtie ensuite à quelque distance. La flotte, ^ arrêtée par les vents contraires , n'arriva que trois, jours après l'armée de terre. Elle entra dans le fleuve, ■ et se mit à l'ancre le long du bord , entre la ville et lac mer. Sur la rive opposée s'élevoit Vme haute tour bieii / garnie de soldats; une chaîne, tendue depuis cette tocutj^ jusqu'aux murs de la ville , fermoit le passage du fleuve , '^ en sorte que les assiégés recevoient librement tous U$^ secours qui leur venoient du Caire. La ville étoit d'abord :^ si mal pourvue de défenseurs , que , si l'armée eût donnéi^ l'assaut en arrivant, elle auroit pu être emportée d'em-^' blée. Le délai de trois jours donna le temps à une in-^"* finité d'Arabes et de Turcs d'y descendre par le fleuve, "'*» et de s'y jeter à la vue des Grecs et des Francs , qui ne fi
HISTOIRE DU BÀ8-EMPIRS. IQ^
parent Tempécher. Pendant cet intervalle, les assiégés avoient amusé les ennemis par des sorties dans lescpielles ils ne hasardoient rien, ne s^ éloignant pas de la ▼ille , où ils trouvoient une prompte retraite. Il fallut donc assiéger* Damiette dans les formes. On construisit à grands frais et avec beaucoup de peine une tour à sept étages , d'où Ton devoit découvrir tout l'intérieur de la ville , et la foudroyer à coups de pierres , de flèches , de javelots. On dressa des batteries à lancer de grosses pierres ; on fit avancer des mantelets pour couvrir la sape ; on conduisit des souterrains jusque sous les fon* démens des murailles. Les assiégés opposoient efforts à efforts , ouvrages à ouvrages. Us déiruisoient tous les IravauXi et ne manquoient ni d'adresse ni de courage. Les aasiégeans , rebutés , se relâcboient de jour en jour ; leur première ardeur s'éteignoît par la réûstance , et s'évaporoit en murmures. La K.ésintelligence de Gontostéléphane et d'ÂmaiH*i , qui ne s'épargnoient pas dans leurs discours , allumoit dans les deux camps le feu de la division. L^s Grecs et les Latins s'accusoient récipro- ^ment de négligence , ou même de trahison. Toutes les opérations échouoient , soit par ignorance , soit par malice. Cette tour, qui devoit faire une exécution si terrible , si elle eût été placée avec intelligence , devint presque inutile.'^Après Tavoir fait avancer , avec des travaux infinis , par des chemins presque imprati- Cd)les, on rétablit vis-à-vis de Tendroit où la muraille Itoit la plus haute et la plus forte ; en sorte qu^elle ne produisit d'autre effet que d'abattre une église de la llîilte Vierge , que les musulmans avoient laissée aux dirétiens. Selon la tradition du pays , c'étoit le lieu où la mère de Dieu s'étoit retirée avec son fils et saint Joleph dans le temps qu'elle avoit fui en Egypte : ce qui bmna occasion aux musulmans d'insulter les assiégeaus somme des impies , qui n'épargnoient pas dans leur breur les monumens les plus sacrés de leur religion.
196 HISfOIHX BU BA8-£MPI]|X,
Depuis cinquanle jours que duroit le siège, il n'étoit < pas plus avancé que la première journée. La famine f \ ce fléau qui n'est ordinairement redoutable qu'aux aa-» ! sièges , se faisoit cruellement seatir aux assiégeant. Toutes les provisions des Grecs étoient épuisées. Resser* res dans un coin de terre entre le fleuve , la mer, ua* désert stérile et un pays dévasté par ses propres habitans^ ils ne pouvoient trouver ni pain pour les hommes , ni fourrage pour les chevaux. Réduits à gratter la terre pour en arracher les racines , . et à brouter les sommités des branches des palmiers abattus pour la construction des machines , il ne leur restoit de forces que pour se plaindre et pour maudire les Latins, qui , mieux four» nis de vivres , les vendoient bien cher, ou refusoieut d'en vendre par crainte d'en manquer eux-mêmes. Pour surcroît de maux , il tomba pendant plusieurs jours un. déluge de pluie qui les inondoit jusque sous leurs pa-. villons ; et pendant que les eaux désoloient Tarmée et terre, la flotte étoit en proie anx flarhmes. Comme le vent du midi , soufflant avec violence , -f récîpitoit le cours du fleuve , les Sarrasius , profitant du moment , remplirent un brûlot de bois sec , de poix et d'autresmatières combustibles, et , après y avoir mis le feu , ils^ le lâchèrent sur la flotte. Le vent , qui augmentoit la flamme , le poussant avec rapidité , il répandit partoutrincendie. Six grands vaisseaux furent entièrement réduits en cendres, et le reste n'auroit pas échappé, si les ' matelots , excités par les cris d'Âmauri qui étoit accoura * au premier bruit de ce désastre, n'eussent prompte*-^ ment détaché et séparé les navires, dont la plupart eni* ' portoient des flammes dans leurs œuvres et dans leuti agrès; mais le secours des eaux du Nil qu'on y versoit' à grands flots les sauva d'une perte totale.
Les assiégés faisoient de fréquentes sorties du côté surtout où campoient les Grecs , qu'ils croyoient plusaffoiblis par la disette. Gontostéphane et ses deux lieuté-
mSTOnS BU BAS-EMFIRE. igg
nans , à la tête de leurs soldats , les animoient par leur exemple ; et , quoiquMl arrivât tons les jours de nouveaux renforts aux habitans , ceux - ci ëtoient toujours repousses. Cependant les murmures croissoient de jour en jour dans toute l'armée. On entendoit dire de toutes parts que leur opintâtreii leur serait funebte ; que Dieu mime réprouvait leurs efforts , et qu'il valait mieux renoncer à cette entreprise téméraire que de périr en Egypte , soit par lofaiminey sait par Vépée des Sarrasins. Ces discours choquoient moins Âmauri que le brave Cootostéphane. Le roi écoutoit les propositions àt paix que les émirs lui envoyoient faire secrètement. L'amiral grec , qui n'en avoit aucune connoissance , apprenant qu'un grand corps d'Arabes étoit en chemin pour secourir Damiette , résolut de faire un dernier effort pour les prévenir ; et , comme il se défioit de la bonne foi d'Amauri , il ne voulut employer que ses iddats. Après les avoir assemblés dans son camp , dont •I avcHt fait sortir tous les Latins , il leur parla en ces termes : « Camarades , il est fâcheux de rester ici au milien de tant d'incommodités ; il est plus fâcheux encore d'en sortir sans rien emporter que de la honte, an lieu des dépouilles que nous avions lieu d'espérer. Mais le plus grand malheur pour nous seroit de ircmipter sur la foi d'un allié plus malintentionné que les ennemis mêmes. Ne voyez-vous pas cet allié perfide assis tranquillement dans son camp, spectateur oisif de nos combats, comme si les Grecs, vils gladiateurs, ne l'eussent invité qu'à les voir mourir? Placés entre la mort et l'insulte , d'un côté les Sarrasins nous accablent de traits ; de l'autre , les Latins semblent boire des yeux notre sang et triompher de nos pertes. L'or des infidèles tient Amauri enchaîné ; il a vendu notre vie. Attendrons - nous que la famine ait achevé de consommer nos forces , ou n'userbns- « nons de celles qui nous restent que pour fuir et porter
« notre ignominie aux yeux de nos concitoyeùs , ans regards irrités de l'empereur ? N'avons-nous donc traversé tant de terres , tant de mçrs que pour rentrci dans Gonstantinople plus humiliés que ces captifs qoei nous y avons tant de fois traînés dans nos triomphes, 4 plus chargés d'opprobres qu'ils ti'étoient chargés de^ chaînes ? Mourons plutôt que de subir un si sanglant f aifrAit ; ne quittons cette terre dévorante que pour 4 voler à Tennemi.. S'il a des traits meurtriers , noosl avons des boucliers à l'épreuve ; s'il a l'avantage du ^ poste , en un moment notre courage nous élèvera jus-^ qu'à lui. Suivez-moi ; ye vais monter à votr.e tête , oaf plutôt l'ange du Seigneur montera devant nous : c'est ^ « notre unique allié , c'est notre confédéré fidèle. Noasi| « combattons contre ses ennemis. » Animés par ces pa- 1 rôles , les Grecs prennent les armes. Contostéphane i marche devant eux. Les Sarrasins font une décharge toutes leurs machines. Au milieu de cette grêle de traits Contostéphane , poussant son cheval , va enfoncer lance dans la porte de la ville. Il est suivi de ses soldats, f Les tromi^ettes, les timbales, tous les instrumens de^ guerre , étourdissent la crainte et embrasent la valeur. * Les pierres et les javelots, lancés des balistes et des ca-i tapultes , vont abattre les Sarrasins sur la muraille. On i plante déjà les échelles. Au bruit de cette attaque, 4 Amauri , frappé d'étonnement, comme si cet assaut Teût^ menacé lui-même, monte à cheval , et, se faisant suivre < de ses meilleurs cavaliers, il court aux Grecs, et d'aussi 4 loin qu'il peut se faire entendre: Où courez- vous fi s'écrie-t-il ; arrêtez, la paix est faite. A ce mot de paix îj toute l'ardeur des Grecs se refroidit ; le sentiment de *. leurs maux , plus fort que les paroles de Contostéphane, i leur fait tomber les armes des mains. Sans s'informer < des conditions de cette paix, l'idée du retour s'empare < de leur esprit. Ils mettent le feu à leurs machines sans ! l'ordre du général , et remplissent le camp de tumulte«
HISTOIRE DU BÀ8-EMPIRE. HOl
Les Sarrasins , les Turcs auxiliaires sortent de la ville , viennent aux deux camps embrasser les Latins et Grecs comme leurs amis. Les Grecs et les Latins t librement dans la ville ; iU achètent ce qu'ils ent. On eût dit que ces nations , si acharnées deux res auparavant à leur destruction mutuelle , n'eusjamais interrompu leur commerce. Trois jours b, c'étoit le 4 décembre, les Grecs se rembarquent ; «jettent en foule dans les vaissaux, redoutant moins orages ordinaires en cette saison qu'empressés de cette.funeste contrée. Gontostéphane, avec les troupes terre , suivit Amauri par le même chemin qu'il étoit Q. Il arriva le 21 décembre à Ascalon , et, ayant acpagné les Latins jusqu'à Jérusalem , il prit la route tioche , traversa le territoire d'Icône sans obstacle la part des Turcs , et revint à Constanliiiople. Le rede la flotte ne fut pas si heureux. Dès qu'elle eut le large, il survint une si violente tempête, qu'elle entièrement dispersée ; il ne resta pas ensemble six aux. Les uns furent submergés avec leur équipage ; autres , ayant échoué sur divers rivages, furent abanés an gré des flots. Il en rentra fort peu dans le de Constantinople , et quelques-uns, jetés sur des es éloignées, ne revinrent qu'au printemps suivant. Sarrasins , craignant pour l'avenir de pareilles at- , envoyèrent à l'empereur des ambassadeurs avec présens, et en obtinrent la confirmation de la paix, ise- termina cette expédition, dont les deux nations èrent#'une sur l'autre le malheureux succès. Les en accusoient l'avarice de Tempereur, «qui laissa iUer ses soldats d'argent et de vivres ; les Grecs îent Amauri de mauvaise foi. On peut soupçonner ils étoîent fondés de part et d'autre dans leurs rees , et qu'ils n'avoient tort que dans les raisons ils apport oient pour se justifier.
La mésintelligence qui avoit fait échouer cette entre- Guill. Tyrk
JOd HI«TOf&£ DU BÀ8-SMPIEI.
ao , c. a4 , prise n'empêcha pas Âmaari d'avoir encore deux
• ^^' après recours à Tempereur grec. On me permettra ij
vancer cet événement, pour ne pas interrompre ce
regarde ce prince. Le redoutable Saladin , devenu mal
de l'Egypte, donnoit de cruelles inquiétudesaux cbrëti
de Palestinç. Il avoit pris Gaza , et raenaçoit leroyaui
Jérusalem. Dans ces alaiines, Amauri envoya des
bassaueurs dans tout TOccident ; mais il alla lui-mi
avec dix vaisseaux et un grand cortège à Constantii
d'où il espéroit un plus prompt et un plus puissant
cours. L'empereur, flatté de recevoir à sa cour un
que sa couronne rendoit respectable à toute la chrétii
envoya son neveu Jean le protosébaste , beau*père d^
mauri , pour lui faire rendre sur son passage les ht
neurs convenables. Jean alla au-devant de Ini }i
Gallipoli. Manuel le reçut dans le palais de Constai
où il arriva par mer , et monta par les degrés de ma!
qui descendoient au Bosphore; distinction singnl
dans les usages des Grecs , cette entrée étant interdi
tout autre qu'à l'empereur. On lui prodigua tous
honneurs qu'on pouvoit rendre à un grand prince. R4
dant son séjour, qui fut de près de trois mois, il 4
traité splendidement avec toute sa cour. Les fêtes,»
spectacles , les promenades sur le Bosphore remplisse^
les momens que Manuel ne donnoit pas aux affai^
publiques ou aux entretiens partictdiers avec Amas
Charmé de ce brillant accueil , comblé de présensi
plus satisfait encore des magnifiques promesses cpl^
lui faisoit, il prit congé de Manuel. Sa mc#t, arri^
deux ans après , ne lui laissa pas le temps d'éprouven
sincérité de l'empereur. '
MISTOiaS DC BAS-EUPIKE.