‹ Histoire du Bas-Empire, commençant à Constantin-le-Grand (volume 3)Chapitre 3 sur 23 · EMPIRE · texte numérisé non relu

EMPIRE

, se passa en prépar

le la Septtiagcsime, le ne assemblée , «ù l'on oïl pour se rendre en T, roi <)e Sicile, conla mer , comme la plus ^V^ noyen d'éviter la perfidie ^'UcUiables des Latins. Roger ^aux. Maïs , comme on ne M de troupes qu'en plusieurs loit encore plus de lemps que ^'ailleurs une armée si lloris- > ii'ïi à craindre des Grecs non oint de prendre la route de vit à Manuel pour lui demande concourir à une expédition 'mis naturels, et pour la déli- . La lettre fut portéeàl'emperenr .se. Manuel répondit par une flatteries , où il traitoit le roi de .i , de frère , et lui faisoïl les plus .tij, tandis qu'il amusoit Louis par .-•ils , il donnoît avis au sultan d'Ile menaçoit. Il avoit en efiet quel-»

;(' l'arrivée des croisés. Il n'avoit pas , par lesquels leurs devanciers avoient ^e , les insultes qu'Alexis en avoit es- . où ce prince s'était vu d'être renvers(5 émportemens de Boémond , l'invasion ^a guerre qu'il avoit fallu soutenir en ^ , en Ulyrie. D'ailleurs, dans t'espé- - recouvrer sar les Turcs une grande llpensoit, ainsi qu'Alexis, qu'il lui ' d*arracher aux croisés le liruit ds -» Grecs , en général , s'imagînoieiU

Chron, èelg. Xioche ^ le comte de Tripoli, menacés de leur ruinêfri

Chron» cas- •

$in.

imploroient le secours de leurs frères d'Occident.

Radulf. de l'an 1 145 , 1 évêque de Gabale alla porter leurs gemis- :

l>iceto. chr, ^ r> ^ • •* 1 • - \T'

Ci^/x)/i./ia/i-semens au pape Lugene, qui venoit de recevoir a Vi^-^ ^Chron. Sti. J^rbe les députés des prélats d'Arménie y envoyés pour ? u^nfo/i. s'instruire des cérémonies du saint sacrifice, selon 1'»*' 1 Mern, cAr. sage de l'église romaine, à laquelle ils vouloient se i: ^ptl7adBa- ^^^^^' ^6 pape , alarmé du danger dd se trouvoît la ii ron. Palestine , résolut de rallumer dans le cœur de« chrétiens ïs

>7, dis^rtl la même ardeur qu'Urbain ii y avoit excitée cinquante i §i4rJoinv>iUe, 3^5 auparavant. Il écrivît à Louis , roi de France , qui v i avant la lettre du pape, avoit déjà formé le dessein de < jBe croiser, pour accomplir le vœu qu'en avoit fait Phi* ^ lippe, son frère aîné , et qu'une mort prématurée l'a* j, voit empêché d'exécuter. Le roi déclara sa résolution ), dans la cour qu'il tînt à Bourges aux fêtes de Noël, el ^j indiqua une assemblée générale à Vézelai pour les fêtes ^^ de Pâques. Ce fut là que saint Bernard , brûlant de .^ ssèle , animé encore par les exhortations du pape , prêcha ,. la croisade avec tant de chaleur, que cette innombrable \ multitude, fondant en larmes, se voua sur-le-champ à ^ cette entreprise, qu'elle regardoit conmie sainte et ca- ; pable d'effacer les crimes les plus énormes. Dans une ^ autre assemblée tenue à Chartres trois semaines après, ^ on s'imagina que personne n'étoit plus capable de con-» , duire l'expédition que celui quî^ la prêchoit avec tant ^ de succès. Mais Bernard , trop éclairé pour ne pas sentir ., la différence de ces deux emplois, plus sage que Pierre , l'Ermite, n'eût garde d'accepter cet honneur. Il alla porter en Allemagne le même esprit qu'il avoit répanda , en France. Il défendit de persécuter les Juifs, qu'on îivoit massacrés dans la première croisade ; il les regardoit comme les dépositaires des prophéties qui les condam-r nent , et comme des témoins authentiques de la vérité du diristianisme qu'ils rejettent. Ce sont des aveugles qui portent le flambeau devant nous. Le reste de l'aa-!

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et nne partie de la suivante, se passa en prëpar ;•

» i6 février 11479 dimanche delà Septnagésime , le :int à Etanipes nne troisième assemblée , #ù Ton a de la route qu'on prendroit pour se rendre en e. Les ambassadeurs de Ro^er, roi de Sicile 9 con* )ient de prendre la voie de la mer, comme la plus te et la plus sûre. C'étoit le moyen d^éviter la perfidie Grrecs , ennemis irréconciliables des Latins. Roger lit ses ports et ses vaisseaux. Mais , comme on ne roit faire passer tant de troupes qu'en plusieurs iges , ce qui consumeroit encore plus de temps que emin de terre , et que d'ailleurs une armée si florisi ne sembloit avoir rien à craindre des Grecs non que des Turcs , on résolut de prendre la route de stantinople. Louis écrivit à Manuel pour luidemanpassage , et le prier de concourir à une expédition éprise contre ses ennemis naturels , et pour la déliice de la Terre-sainteLa lettre fut portée à l'empereur Milon de Chevreuse. Manuel répondit par une ue lettre pleine de flatteries , où il traitoit le roi de ice de saint , d'ami , de frère , et lui faisoit les plus ?s promesses. Mais , tandis qu'il amusoit Louis par ausses protestations , il donnoit avis au sultan dlî da danger qui le menaçoit. Il avoit en effet queU sujet de redouter l'arrivée des croisés. Il n'avoit pas ié les désordres par lesquels leurs devanciers avoient que leur passage , les insultes qu'Alexis en avoit esles , le danger où ce prince s'étoit vu d'être renversé m trône , les emportemens de Boémond , l'invasion a Cilicio , et la guerre qu'il avoit fallu soutenir en e , en Thessalie , en lilyrie. D'ailleurs, dans Tespée qu'il avoit de recouvrer sur les Turcs une grande ie de ses états, il pensoit, ainsi qu'Alexis , qu'il lui it plus difficile d'arracher aux croisés le fruit de s conquêtes. Les Grecs , en général , s'imagînoieuit

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que les croisades n'étoient qu'un prétexte pour couw*i|if le dessein de s'emparer de toutes les terres de rempiréJ|!^ . Conrad , empereur d'Allemagne , se n)it le preœiéï^ en roij^e. Il partit à TÂsceiision. Son armée étoit covtf^^ posée de soixante-dix mille cavaliers cuirassés , sadpi compter la ci^alerie légère , et l'infanterie , qui éVémà innombrable. Il a voit eu la précaution d'envoyer.ddNi ambassadeurs à Manuel pour lui demander le pass^ge^, avec la liberté d'acheter des subsistances, et il en avoif!|iai reçu la réponse la plus favorable. Lorsque Manuel ap^ié prit qu'il étoit près de passer le Danube , il lui envoy)|t!cG Démétrius Macrembolite , et Alexandre , comte de Qtfihx vina , qui , dépouillé de ses états par le roi de Sicilelu]» avoit passé au service de l'empereur grec. Ils étoiedi^p chargés de pénétrer les desseins des Allemands , et âfciii tirer d'eux l'assurance qu'ils ne feroient aucun dégât 519^ les terres de l'empire. Conrad et les seigneurs quil'âà^) compagnoient ne firent aucune difficulté de prêter iflj^ serment qu'on demandoit d'eux , protestant qu'ils n'a^ voient pris les armes que pour délivrer là Palestine ei^. mettre les lieux saints à couvert des attaques des raa4i{| sulmans. Sut cette déclaration , on leur promit tood^^, sorte de faveurs , et des vivres pour leur argent. ManM^^ avoit envoyé en même temps des écrivains chargés d^',;; tenir un rôle exact du nombre des troupes al Iemande#>qui passeroient le Danube. Ils en comptèrent jusqa*j^ quatre-vingt-dix mille ; mais la foule des bateaux qa|^;^ suivirent ne leur permit pas de pousser plus loin leol^, calcul. T<

Quoique Conrad fût allié de Manuel, ces deux prince^ ayant épousé les deux sœurs, il n'en étoit pas plus aimé^.^ et de tous les peuples d'Occident , c'étoient les Allemande | que les Grecs haïssoient davantage. Ils trouvoient fort^ mauvais que le souverain d'Allemagne prît le nom d'eDd'. pereur; c'étoit , selon eux, une. usurpation; ce titre so^' préme n'appartenoit qu'à leur prince ; ils n'accordoient

az autres que le nom de rois. Ainsi la bonne intelligence ne pouvoit subsister long-temps entre deux nations {ajouses, qui se méprisoient mutuellement. Manuel , plein de défiance , avoit rassemblé grand nombre fe troupes; il en gardoit une partie à Constantinople , lODt il faisoii réparer les tours et les murailles. Il avoit iiYoyé le reste au-devant des Allemands , sous les ordres leProsouch , en apparence pour les accompagner et leur Mivrir les passages , en effet pour les observer et les em* pêcher de s'écarter à quelque pillage , sans cependant oommetfre contre eux aucune hostilité qui pût leur servir de prétexte. Les Allemands étant arrivés à Naisse, Kw la Trontière de Bulgarie , Michel Branas , gouver- ^ de la province , leur fit trouver toutes les provinécessaires. Tant qu'ils eurent à traverser un pays 4f.iiionl|ignes , ils marchèrent tranquillement, et ne Él^^rent à autre chose qu'à vaincre la difficulté des dheoDÛns.ASardique, ils trouvèrent Michel Paléologue et lecarlulaire Zinziluc,qui leur firent fournir des vivres; A Pfailippopolis, où ils séjournèrent , la brutalité de ^pdques Allemands fut ' sur le point d'ex citer une salante querelle. Mais Michel , évêque de la ville, Ita- [Bbi souple et délié , sut si bien gagner Conrad en bu- ^^anl avec lui et en Tamusant de ses plaisanteries , que |«e prince , devenu le protecteur des habitans, punissoit prigoureosement ceux de ses soldats qui s'échappoient à melque violence. A son départ de Philippopolis, le irélat , qui l'accompagna deux ou trois jours, servit en- "^ore à maintenir le bon ordre. Les Allemands , qui ne louvoient se contenir long-temps , ayant maltraité tfndqnes Grecs sur leur passage, l'armée d'observation en prit la défense ; et , la querelle s'étant échauffée , il y , tit des gens tués de part et d'autre. Le combat alloit 1^ .^emr général , si Michel n'eût apaisé le désordre eu ^ ^ployant son crédit auprès de Conrad.

Après la retraite de Michel , tout criangeadeface. Les

ÇB ilIStOIRË BU BiS-£MPIRÈ« ^

'Allemands ne gardèrent plus de mesures. Ils emportoiéttl" sans payer ce qu'on venoit leur vendre, ou ne le payoiefll|* qu'à coups de sabre. Conrad n'écdutoit plus les [)lainteiij(^ ou exciisoit ses soldats. Leurs partis couroient les cam^^ pagnes et niettoient le feu «aux bourgades. Rencontranlf' tin pays abondant, ils s'arrêtoient pour s^ enivrer ; et M^' Grecs, les trouvant ivres , coqchés dans les chemins ,1eî^' massacroient sans pitié. Prosouch , qui côtoyoit Vàt^i^ tnée , faisoit ses eiTorts pour empêcher les violence»''^ Mais il*ne put prévenir un horrible désordre, que tà^^^ cruelle ahimosité des Grecs excita dans Andrinopleif^ L'armée allemande, en passant devant cette ville, JN| laissa un seigneur malade : c'étoit un parent de Oï)urad&'ij Il se logea dans un monastère avec sa suite. Quelqudlni isoldats grecs en ayant eu connoissance , entrent dansbh, ville, forcent les portes du monastère, niettent le feif^^i la chambre du malade , qui fut brûlé dans son lit I enlèvent tout ce qui lui appartenoit. Goiirad étoit d^ca à deux journées d'Ândrinople. II renvoie sur ses passoïki) neveu Frédéric avec un corps de troupes. Ce prince^j, outré de colère , entre dans là ville , réduit en cendfd|i(j le monastère , passe au fil de Tépée tous ceux qui éji^ç. rencontrent ; une partie de l'armée grecque vient au s«f^ « cours des habitans ; on se bat , et , selon Cinname, lA^ Grecs sont vainqueurs. Selon Nicétas, plus croyable èiti^ ce point, Prosouch accourt au bruit des combattans; %^ apaise Frédéric , et on se sépare. ^^^

Manuel , prévoyant les désordres que pouvoît cansfelj tette multitude mal disciplinée , si elle approchoit d#^ Constantinople , envoya Andronic Opus pour engagaf!^^^ Conrad à prendre la route de Chersonèse , où le pa*f ^^ sage de Seste étoit plus étroit , cl le conduiroit dans Uff^ pays plus fertile. Conrad rejeta cet avis, et continua srf^ marche vers Constantinople. Manuel , voyant le dange#a approcher , crut devoir redoubler de précautions. BB garnit de troupes tous les postes, tant au-dedans qu'aa^

JiiStOIRE DU BAS-EMPIRE. ifjg

»rs de la ville, et fait partir Zicondyle, guerrier de tation , pour aller joindre Prosouch avec un nourenfort. Il a voit ordre de serrer de près rarntée de rad , et d'empêcher le ravage , mais de ne risquer }mbat qu'à Textrémité. La grande taille des ÂUe* ds , et l'armure dont ils étoient tout couverts , faiit peur aux Grecs. Mais ils se flattoient d'entendre icoiip mieux les évolutions militaires , et d'être sueurs à la cavalerie allemande , trop pesante et mal rdre. Cependant les croisés arrivèrent dans la plaine ihérobacques , où l'abondance des fourrages les en* a à camper entre deux fleuves, dont les eaux étoient i fort basses. Ils reposoient tranquillement pendant lit, lorsqu'un affreux orage, grossissant todt à coup fleuves , en fait deux torrens impétueux^ qui , se ndant au loin sur leurs bords , entraînent à la mei' s tentes , et les chevaux , et les 'bagages. Ce n'étoit cris , confusion , désespoir. Il périt dans ce déluge id nombre d'hommes et d'animaui^. Manuel , touché siême de ce désastre , ou feignant de l'être, envoie ques seigneurs de sa cour pour consoler Conrad et iter à venir conférer avec lui à Constantinople. Mnis rince, qui ri'avoit rien perdu de sa fierté naturelle , ande que Manuel vienne au-devant de lui ; propoa qui parut si révoltante à la vanité grecque, qu'il Lit plus question d'entrevue. Conrad , avançant tou-s , arriva le 8 septembre dans un grand parc orné )alais, vis-à-vis de la Porte dorée. De là , après r considéré la hauteur des tours et la force des mu* les couvertes d'un peuple innombrable , il passe delà du golfe par le pont du fleuve Barbysès. Les X princes s'écrivirent des lettres remplies de bravades le railleries. On en vint même, selon Cinname, à combat qui se termina à Tavautage des Grecs ;. mais ilenje de Nicétas , historien moins partial, fait croire \ ce ne fut tout au plus qu'une rencontre de peu

d'importance. Enfin , les deux empereurs s' étant rëçon-'^j ciliés sans se voir , parce que Tun ne vouloit pas entref ,, dans Constantinople , ni l'autre en sortir, Conrad passa, le Bosphore sur les vaisseaux que lui prêta Manuel. Ik souhaitoient également être éloignés Tun de l'autre ; et l'impatience de Conrad ne lui permit pas de satisfaire le roi de France , qui lui envoyoit courriers sur courriers pour le prier de l'attendre devant Constantinople.,. Quoiqu'il eût déjà perdu beaucoup de ses gens , il se trouva encore à son passage en Asie quatre -vingt- dix ^ mille cinq cent cinquante-six hommes.

L'armée de Louis n'étoit pas moins nombreuse. Pouf.' éviter les querelles que la jalousie pou voit faire naître^ entre les deux nations, et trouver plus. aisément dei subsistances , il n'étoit parti que quinze jours après Gon*"^ rad , avec sa femme Eléonor et tous les seigneurs de sal^ cour. En arrivant à Ratisbonne, où il passa le Danube, ^^ il trouva deux ambassadeurs grecs, dont il lui fallut es-" suyer un long compliment , assaisonné à Tordinaire de$^ éloges les plus outrés. GeofFroi, évêque de Langres, qoi accompagnoit le roi , et qu'on nommoit le Nestor dc;^^ l'armée françoîse , ennuyé ainsi que Louis de leurs in-'^'sipides flatteries , les interrompit pour leur dire : itft^'" frères , dispensez - vous de répéter si souvent les mott^^ de gloire , de ma/esté, de sagesse , de religion du prince t^^ Use connoît et nous le connoissons aussi ; dites en deus'i mots ce que vous avez a dire. Ils terminèrent leur ha-'^ii rangue par deux demandes; l'une que le^roi ne s'em- e parât d'aucune place appartenant à l'empire ; l'autre ,->j^ qu'il remit entre les mains des Grecs celles d'où il cha8^[^ seroit les Turcs , et qu'il fît assurer cette promesse patï le serment des seigneurs. On convint aisément du pre-^ mier article ; pour le second , il y eut contestation , etî l'on s'en remit à la décision des deux princes , lorsqu'ils^i ' conféreroient ensemble. Des deux ambassadeurs ,^émé- i trius retourna sur-le-champ à Constantinople, Mauru^^^

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kmenra avec les croisés. On choisit plusieurs seigneurs pooT se rendre avec Démétrius auprès de Manuel , qui le demandoît ainsi par ses lettres.

Les troupes françoises étoient divisées en plusieurs corps , qui se sui voient à quelque distaqce; et le roi étoit 4^à devant Âpdrinople , que son arrière-garde n^étoit pas encore sortie de Bulgarie. Les Grecs vouloient les fidre passer à mesure qu'ils arrivoient ; et comme ils s^itteudoient les uns les autres , on envoya une armée deComans et de Patzinaces, qui les alioient chercher josqae dans les déserts de la Bulgarie , leur dressoient des embûches , et tuoient tous ceux qu'ils pouvoient survendre. Les François étoient obligés de camper sur les hauteurs , et de se faire un retranchement de leurs chariets. Ils souffroient en même temps de la disette des vivres, qu'on refusoit de leur vendre. Les seigneurs qui s^ëtoient rendus à Constantinople s'en plaignirent à Fcmpereur. Il leur répondit froidement qu'il n'étoit pas le maître de contenir les Patzinaces ; que les François n^avoient qu'à s'approcher- de Constantinople ; qu'à romore de son palais ils seroient en sûreté , et qu'il leur Ibomiroit des vivres. Sur cette réponse les François marchent; les Patzinaces les poursuivent , et , plus forts que ces bandes séparées , ils les mettent en fuite et s'emparent d'une partie de leurs équipages. Quelques seignenrs^ outrés de colère » sortent de Constantinople, et vont joindre leurs compatriotes ; d'autres restent dans la ville , et vont porter de nouvelles plaintes à l'emperear. Il jure qu'il ignore ces désordres , et demande ^rdoa pour ses gens. Cependant Louis, devant Ândrinople , attendoit avec impatience le reste de ses troupes. Hanrus faisoit ses efforts pour l'engager à prendre le chemin de la Chersonèse. Le roi persista dans le dessein de passer par le Bosphore , et de suivre la même route que les Allemands. Â une journée de Constantinople il «nçontra encore des députés de l'empereur , qui lui pror

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dignèr^t les démonstrations du plus profond respect; Flatteurs jusqu'à la bassesse , ils ne lui parloient qu'à i genoux , ils se prosternoient à ses pieds ; cette nation i dégénérée se jouoit de la simplicité Françoise. Rampans t dans la crainte, însolens dans la sécurité, ils n'épar- •* gnoient pas les sermens , et n'en gardoient ancun. Tandis i qu'ils endormoient le prince par les plus humbles pro- i testations, ils lui faisoient tout le mal qu'ils pouvoient r lui faire impunément. L'impératrice partageoit les artifices de son mari ; elle amusoit la reine par des lettres i^ pleines de la plus vive affection. • Enfin Louis arriva devant Constantinople avec une : partie de ses troupes. Manuel le fit camper hors de la .^ ville, près du palais de Blaquernes. On découvrit que ;; l'empereur v^enoit de faire une trêve de douze ans avec \ les Turcs, lui qui , par des lettres trompeuses , avoit in- n vite Louis à venir le joindre pour combattre les în- .^ fidèles. Les François qui entroient à Constantinople-.;, pour acheter des armes ou des vivres étoient souvent ;. maltraités, blessés, même massacrés. Les Grecs avQÎent ^ tant d'horreur des Latins, qu'ils lavoient et purifioient -^^ les autels où un prêtre latin avoit dit la messe. Les ,., Latins, de leur côté , ne regardoient pas les Grecs comme chrétiens ; ils se croyoient permis de les piller et de les ^ tuer. Cependant on invitoit Louis à rendre visite à , l'empereur, qui témoignoit désirer ardemment de s'en- ,| tretenir avec lui; et le roi eut la complaisance d'aller ^ au palais. Tous les nobles, le clergé, le peuple, sorti- . rent au-devant de lui. L'empereur le reçut avec une ci- ! vilité hautaine. Ils étoient tous deux à peu près de même ^ âge , grands , bien faits , et d'un air majestueux. Sur le visage de Louis se montroit une franchise vraie et naïve; , celle de Manuel, étudiée et contrefaite, setrahissoit de . temps en temps par des traits de malignité. Us s'embrassèrent, et passèrent du portique où l'empereur étoît venu recevoir le roi dans les appartemens, où ils s'assi-

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renl à côte Tan de Tautre. Ils conférèrent par interprètes , environnés de toute leur cour. L'empereur souhaita au' roi les plus grands succès , et promit d'y contribuer de toutes ses forces, ce qu'il n'a voit nul dessein de faire. Ils se séparèrent avec les démonstrations d'une tendresse firaternelle , et les nobles conduisirent le roi au palais ^'on lui avoit préparé pour demeure. Le lendemain Pempereur l'Ella prendre pour le mener à Sainte -* Sophie, et aux églises les plus célèbres. Il lui fit ensuite on magnifique festin. Le jour de la fête de saint Denis, apôtre de la France, il fit célébrer l'office avec une pompe extraordinaire; et ce prince artificieux spt si bien gagner le roi et les seigneurs, qu'ils parurent oublier tous les sujets qu'ils avoiçnt eus de s'en plaindre.

• Pour ne pas se contraindre long-temps , il falloit hâter le passage du roi , qui attendolt encore des seigneurs, et d^ troupes embarquées à Brindes. Manuel eut l'adresse d'aUumer l'impatience naturelle des François, et de piquer lear jalousie en faisant publier à Constantinople de briUans succès des Allemands , déjà , disoit-on , plusieurs fois vainqueurs des Turcs, déjà maîtres d'Icône. Ces fausses nouvelles produisirent leur effet. Les François, désespérés d'abandonner aux Allemands tout l'hoiineur d'une si glorieuse conquête , pressoient le roi de passer ea Asie. Il fallut céder à leurs instances , et* Manuel fournit les vaisseaux.

L'empereur, débarrassé de ces hôtes, ne songea plus qu'à faire échouer leur entreprise. L'avidité d'un soldat lui fournit le pq|piier prétexte de plainte. Louis, en passant le Bosphore, avoit été suivi de plusieurs vaisseaux chargés de vivres. Des changeurs de Constantinople avoient ausfii apporté de grandes sommes d'argent; et, ayant dressé leurs tables sur le rivage., ils y avoient étalé leurs richesses. Un soldat flamand, ébloui de léjdat de l'or, pille une de ces tables. Son exemple en

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excite d'autres; on crie, on enlève, on renverse. Les changeurs , dépouillés , se sauvent sur les vaisseaux , qui prennent le large , et emmènent avec eux grand nombre de croisés venus à bord pour acheter des vivres. Dès qulls sont entrés dans le port , on assomme de coups , on dépouille ceux qu'on ramenoit, et les. autres François qui se trouvoient, encore dans la ville. Pendant ce temps-là le roi rendoit prompte justice; il faisoit pendre le Flamand, rendre ce qui avoit été pillé, et plus encore, les changeurs redemandant plus qu'ils n'avoient réellement perdu. Ces réparations faites , le roi envoie Arnoul , évêque de Lisîenx, et Barthélémy, son chancelier , redemander ses gens , et ce qu'on leur avoit pris. L'empereur fait attendre les envoyés jusqu'au lendemain ; et comme il n'avoit donné aucun ordre pour les recevoir, ils passent le jour sans manger, et la nuit sans autre lit que le pavé du palais. Enfin il leur donne ^ audience. Il fait rendre tout aux François, les laisse î aller, et envoie des vivres, mais en très-petite quantité. 3 Il invite le roi à venir à son palais pour conférer en- i semble. Le roi demande que l'empereur passe lui-même ^ à son rivage , ou que les deux princes s'avancent chacun t dans une barque jusqu'au milieu du Bosphore. i

Comme ces propositions choquoient la fierté de Ma- * nuel , il fit savoir par députés ce qu'il désiroit : c'étoît ?; que les barons françois lui jurassent foi et hommage, ,i comme les seigneurs de la première croisade l'avoient « )uré à son aïeul Alexis. Il demandoit de plus en mariage ^ pour un de ses neveux une parente du roi qui accom- ,• pagnoit la reine. A ces conditions, il ^Iromettoit secours ^ et fidèle correspondance. Dans l'intervalle de ces'négo- ^^ ciations , le comte de Maurienne , le marquis de Mont- . ferrât et le comte d'Auvergne , que le roi atteudoit , «■ éloient arrivés, et campoient à la nie du roi , de l'autre ^ côté du Bosphore. Comme les Grecs différoient de leur»-, prêter des vaisseaux, ils.les forcèrent par le ravage deÉ;;^

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campagnes à leur accorder le passage. Les barons refu-> soient Thomniage , qu'ils ne dévoient qu'à leur souverain ; il ne se jugeoient pas obligés de rendre aucun honneur à un prince qui ne s'ëtoit fait tonnoître que par ses fourberies. Mais Louis , ne voulant pas avoir les Grecs pour ennemis , exigea d'eux cette déférence. Il se transporta donc avec eux au bord de la Propontide , où IVIanuel s'éloit rendu; et, pendant que les barons prétoient serment de fidélité , le comte de Dreux , frère du roi, pensant qu'il ne pouvoît sans déshonorer le sang de France reconnoitre pour sou seigneur tout autre que le roi son frère , prit les devans avec quelques autres aussi fiers que lui , et emmena même la princesse sa parente , pour la soustraire à une alliance qu'il jugeoit indigne d'elle. On convint dans l'entrevue que l'empereur feroit accompagner le roi de deux ou trois seigneurs, quilniserviroient de guides et luiferoient trouver des vivres; que , SI Ton en manquoit, il seroit permisaux François de piller lesplacesqu'ijs trouveroient sur leur route, à condition qu'après le pillage ils les remettroient à l'empereur grec. Dans ce même temps Roger, roi de Sicile , qui attaqaoit la Grèce et y faisoit des conquêtes , soUicitoit louis de se liguer avec lui contre Manuel. Plusieurs ëvêques françois, et surtout Geoffroi , évêque de Langrcs, conseilloit au roi d'accepter celte alliance , et de s'aider de la flotte sicilienne pour se rendre maître de Constantinople ; que c'étoit l'unique moyen de se prantir de la perfidie des Grecs et d'assurer le succès de son entreprise. Louis, toujours ferme dans les maximes d'une probité inaltérable , rejeta cet avis , et ne crut pas que la mauvaise foi de Manuel dût servir d'excuse à la sienne. Il ne résista pas avec moins de constance aux sollicitations de Manuel, qui de son cûté lui fiffiroit tous ses trésors, s'il vouloit se liguer avec lui contre Ektger. C'eût été prendre le change , et tourner contre ks chrétiens la guerre qu'il portoit aux infidèles. Âinsi^

è6 0I8TOIJiS Dr BAS-EMPIRE.

sans vouloir entrer dans une querelle étrangère, il alla rejoindre son armée.

Celle de Conrad étoit déjà en niarc()p , et traversoit l'Asie pour aller Attaquer Icône. Mais, au lieu de prendre à droite par les provinces méridionales , où elle auroit trouvé un pays plus abondant , les guides , qui avoient des ordres perfides , conduisirent les Allemands à gauche par la Cappadoce , pays aride et stérile , où les attendoient la disette , l'ennemi et la mort. Au sortir de Nicomédie, se trouvant au milieu de terres de l'empire, ils se croyoient en sûreté , et se prometloient toute assistance de la part des villes grecques. Manuel s'étoit engagé , à leur faire fournir des vivres pour de l'argent. Mais ce prince, non content des avis qu'il avoit donnés au sul-.i tan d'Icône, prenoit tous les moyens de faire périr les : croisés avant même qu'ils pussent y arriver. Des sol- : dats grecs, postés en embuscade le long des chemins, s tnoient sans miséricorde tous ceux qui s'écartoient du g gros de l'armée. On mêloit de la chaux pawni les farines ^ qu'on leur débitoit ; on leur fermoît les portes des villes; * et pour leur vendre des vivres , on les obligeoit de mettre d'abord leur argent dans des paniers qu'on leur descen-;, doit du haut des murs , et , après l'avoir reçu , souvent, on ne leur envoyoit que des railleries. Forcés de vendrequelque pièce de leur armure pour avoir de quoi subsister , on ne leur donnoit que de fausse monnoîc, qu'on refusoit ensuite lorsqu'ils vouloient acheter le né-, cessaire. Enfin leurs guides , après les avoir engagés^ dansles défilés du mont Taums, disparurent et les abandonnèrent à la merci des Turcs, qui, voltigeant autour^ d'eux avec leur cavalerie légère , les accabloient de traits, et, échappant à la poursuite , réduisirent cette grandearmée en tel état , qu'il n'en resfoit pas la dixième par-tis. Cçnrad regagna Nicée , où il se joignit à Louis. BU résolut d'abord de l'accompagner: mais, lorsqu'on fui à- Ephèse , honteux de se voir presque seul à la suite d<U

roi de France , il s'en retourna à Constantinople avec ce qui lui restoit de noblesse. Manuel , qui ne le craignoit plus , lui fit un accueil beaucoup plus favorable que lorsqu'il Tavoit vu à la tête d'une belle armée. Il triomphoit dans son cœur des infortunes que sa trahison avoit procurées. Conrad , qu'il combla de caresses, passa l'hiver à sa cour. Il en obtint au printemps suivant on vaisseau qui le transporta en Palestine, où Louis vînt bientôt le joindre. Enfin , après la malheureuse entreprise des croisés sur la ville de Damas , Conrad s'embarqua dans le port de Saint-Jean d'Acre. Il trouva Manuel près de Thessalonique , où la guerre de Sicile l'avoit amené. Il se reposa avec lui pendant quelques joursi^ et retourna dans ses états , qu'il avoit inutilement épuisés d'hommes et d'argent.

L'expédition de Louis ne fut guère plus heureuse ; mais ce prince soutint ses disgrâces avec plus de fermeté, et poussa plus loin ses entreprises. Etant parti de Constantinople au commencement de novembre , il reçut d'abord la fausse nouvelle que lui apportoient les perfides conducteurs 'de l'armée allemande. Pour le tromper et le perdre aussi-bien que Conrad , ils venoient lui annoncer que ce prince avoit vaincu les Turcs , et qu'il étoit dans Icône. Mais Louis fut bientôt détrompé par Conrad lui-même. A Ephèse , où Conrad se sépara de loi , il trouva des envoyés de Manuel , qui lui mandoit avec une feinte amitié qu'il alloit avoir sur les bras une armée innombrable de Turcs, et que, pour se met- Ire à couvert d'un si furieux orage, dont il ne pouvoit JOanquer d'être accablé, il lui conseilloit de se retirer ' dins les places de l'empire. Son dessein étoit d'afiFoiblir l'armée françoise en la divisant , et de la livrer aux Turcs. Louis, soupçonnant cette trahison , répondit qu'il 'icmercioit l'empereur de son avis , mais qu'il ne croyoit [^ en avoir besoin , et qu'il ne craignoit pas les Turcs y «A quelque nombre qu'ils fussent. Sur cette réponse, les

envoyés lui présentèrent une autre lettre. Ce n'étoîentt plus des conseils d'amitié , mais des plaintes et des mena^ • ces. Manuel se plaignoit des désordres que faisoient ses -' troupes sur les terres de l'empire, et lui signifioit qu'il ne > pourroit désormais empêcher ses sujets de traiter en enne- ' mis des gens qui ne les ménageoient pas. C'étoit en termes cou verts une sorte de déclaration de guerre. Louis , indigné , ne fît point de réponse , et continua sa route. Arrivé au bord du Méandre , au commencement de jan-*' vier, il le passa malgré une nombreuse armée de Turcs . qui l'attendoit sur l'antre rive , et qui fut entièrement '. défaite. Les Grecs donnèrent retraite aux Turcs dans : Anlioche de Pisidie. Louis marcha à Laodicée de Phrygie, où il espéroit trouver des vivrest c'étoit la seule ressource des croisés jusqu'à Satalie , où l'on ne : pouvoit arriver qu'au bout de quinze jours. La garnison \ impériale alla se joindre aux Turcs, et le commandant , fit sortir tous les habitans et emporter tous les vivres. : Les Qrecs, unis avec les infidèles pour faire mourir de ■ faim les François , brûloient , détTuisoient tout sur leur passage. L'armée françoisc, sans guides, sans vivres-, : engagée dans des défilés impraticables , entre les montagnes de Pisidie, fut coupée par les Turcs, qui en firent un horrible carnage. Louis ne se sauva lui-même que a par des prodiges de valeur. Les débris de cette armée , accablée de fatigue , arrivèrent le 20 janvier près de Satalie. Cette ville, nommée auparavant Attalie , appar* tenoit, encore à l'empire grec, mais payoit tribut aux Turcs, qui possédoient les châteaux d'alentour, et empêchoient par leurs courses continuelles de cultiver lei campagnes , naturellement très- fertiles. Cependant les vivres y étoient en abondance, parce qu'on senioit dans la ville , et qu'on y recueilloit quantité de fruits , sans compter ceux qui venoient par mer. Le gouverneur", n'osant se déclarer ennemi, offrit des provisions et dei vaisseaux pour transporter les François en Syrie. Le roîT'

qm ne se croyoit pas en état d'achever son voyage par lerre , accepta ces offres. Mais , pendant cinq semaines que Tarmée fut obligée d'attendre le vent , le gouvernair travailla de son mieux à ruiner ses hôtes. Il ne leur foamit qu'à un prix excessif des vivre» et des vaisseaux ; encore ces vaisseaux étoient>ils en si petit nombre, que le roi fut contraint de laisser à terre son infanterie et ses malades. Les Grecs s'obligèrent , pour une grande SDUHQQe d'argent, à prendre soin des malades jusqu'à ce qu'ils pussent souffrir la mer, et à donner escorte à l'infanterie. Mais, des que le roi fut parti, ils appelèrent les Turcs , qui égorgèrent les malades et taillèrent ^n pièces l'infanterie. Quoique les habitans eussent si bien servi la haine de Manuel , il fut cependant fort irrité qu'ils eussent fourni des vaisseaux et des vivres , même à très-haut prix ; et, pour les en punir, il fit enlever tout Torel l'argent qui se trouvoit dans Satalie.

Je ne suivrai point Louis à Antioche , à Jérusalem , à Damas , où la trahison fit échouer toutes les forces de. laSyrîe et de la Palestine , jointes à celles qui restoient encore aux croisés. L'empire grec , dont je fais l'histoire, n'eut aucune part à ces événemens , et Louis n'eut rien à démêler avec les Grecs jusqu'à son retour,» qui fut au printemps de l'an j 149. Alors, s'étant embarqué en Palestine, il rencontra en chemin l'armée navale de Roger, roi de Sicile , qui faisoit la guerre aux Grecs , ainsi quç * je le raconterai bientôt. Il se joignit à cette flotte? Celle des Grecs, commandée par Churup, ayant paru peu de temps après, on en vint à un combat. Louis, qui avoit passé de son bord dans un vaisseau sicilien , se voyant en danger d'être pris, fit arborer le pavillon d'un des^ alliés de l'empire ; ce qui le sauva. Mais les vaisseaux [.qui l'avoient amené de la Palestine furent pris avec les gens. Manuel , qui , malgré tant de maux qu'il lui aïoit suscités, prétendoit toujours être son ami , les renvoya ensuite, à sa prière, avec tout ce qui leur avoIt été

go HISTOIRE DU B4S-SMPI&E. «

enlevé. D'autres auteurs disent même que le roi -fi^ pris par les Grecs ; et que, comme on le conduisoit i Manuel, qui assiégeoit alors Gorfou, il fut délivré pi| la valeur de George Lindolino , amiral de Sicile. Gd deux récits , qui«ne diffèrent que dans quelques circorif stances , appuyés du témoignage de plusieurs historieui les uns contemporains , les autres voisins de ces temp»? là , ne peuvent être détruits par le silence que Loan garde sur cette aventure dans sa lettre à Tabbé Sugerv comme Tout prétendu quelques modernes.

Tel fut le succès de cette seconde croisade , dont tout

le fruit fut d'affermir davantage et de faire triompher

la puissance musulmane , qu'elle se proposoit de dë^

truire. L'imprudence des croisés et la perfide politiqoi

de Manuel rendirent inutile la valeur des héros de ce siè«

cle , et firent périr deux grandes armées. Toute l'Europe

éclata en murmures contre saint Bernard , qui avok

allumé cette flamme guerrière , et donné le ciel même

.pour garant du succès. Il se justifia par la mauvaise

conduite des croisés , qui , semblables dans leurs crime»

aux Israélites dans le désert , s'étoient attiré comme eus

la colère du Tout-puissant.

Cinn. l, 3 , Tandis <jue les croisés étoient en marche , et que

Niceu l, 2 Manuel , craignant de leur part un péril imaginaire^

^ o F ' ^^^ployoît tous ses artifices pour faire échouer leur enlre-

degestis Fri' prise j il s'éîevoît contre l'empire un orage vraiment

g/' • *»^' dangereux. Roger, roi de Sicile, fils du comte Roger^

Jlobert de qui avoit fait la conquête de cette île , et neveu de Ro-s

monte chv

Pagiad Ba- bert Guiscard, réunissoit les états , l'ambition et la valeur ^^^' de son père et de son oncle. Non content de la Sicile,

de la Fouille et de la Calabre, dont il étoit souverain , il porta ses vues sur la Grèce , et ne manqua pas de raisons pour faire la guerre à l'empire. Du vivant de Jean Comnène, il lui avoit démandé en mariage , pour son fils, une princesse de la famille impériale. Jean étoit mort sur ces entrefaites, et Roger avoit continué

HISTOIAl DU BA8*-EMFIRC. 91

kéme nëf^ciation auprès de Manuel , qui envoya en le Basile Xërus pour traiter de cette afifaire. L*amladeur se laissa corrompre, et fit des conventions qui toient une parfaite égalité entre le roi et l'empereur, retour à Constantinople , il mourut avant que d'être i de son infidélité; mais, au lieu d'un mariage, il suivit une furieuse guerre. Manuel désavoua son listre , fit arrêter et mettre en prison les envoyés de |er , qui , Taccusant de mauvaise foi , mit une flotte ner , et commença la guerre par Tattaque de Corfou. habitans de Tîle , mécontens du gouvernement grec, les accabloit d'impôts, changèrent volontiers de tre, et se donnèrent aux Siciliens. Ceux-ci, animés ce succès, vont attaquer Monembasie, sur la c6te nitale du Péloponèse. Mais , en étant repoussés , ils lontent le golfe Adriatique , ravagent les côtes de amanie, de l'Etolie, entrent dans le golfe de Gobe , débarquent au port de Crissa , pénètrent dans réotie, et , saccageant toutes les villes qui se trouvent leur passage , ils arrivent devant Thèbes. Cette ville t plus opulente qu'elle n'étoit forte ; ils la prennent escalade, pillent les maisons, contraignent à force nauvais traitemens ceux qui étoient riches à leur er toute leur fortune , et ne leur laissent la vie iprès leur avoir fait jurer sur l'Evangile qu'ils n'en rien retenu. Ils leur enlèvent jusqu'à leurs habits, nènent les hommes les plus distingués, les plus belles mes , les plus habiles ouvriers en soie, et marchent orinthe. Ils trouvent la ville basse entièrement dée. Tous les habitans s'étoient rétirés avec leurs effets s la citadelle. C'étoit cette place, si firélèbre dans l'anrite , sous le nom à' Acrocorinthe , bâtie sur une haute Qtagne, qui se termânoit en un plateau bordé d'une isse muraille. Elle sembloit être imprenable et par assiette et par la force de ses remparts. Elle avoit )lns ravantage de renfermer dans son enceinte quan-

I g2 HISTOIRE BU BÀS-EMFIRE.

tité de sources très-abondantes; entre autres celle Pirène, plus renommée encore par les poëmes d'H< mère que par la pureté de ses eaux. Il n'en coûta néaib^ moins aux Siciliens presque aucune peine pour s^eq| rendre maîtres. Ce n'est pas qu'il n'y eût bon nonibi|| de soldats; mais c'étoient de mauvaises troupes f encortf plus mal commandées. L'amiral. sicilien, y étant entré^^ii et considérant l'état de la place, ne put s'empêcher d^ dire : Cesi la main de Dieu qui nous a conduits ici^ nous ne devons cette conquête qu'à lui seul. Il traitai avec le dernier mépris la garnison , et surtout le com-^ mandant. Misérable poltron, lui dit-il , c'est bien à U^^ h garder une place de cette importance , et même ^ manier les armes ! prends une quenouille ; tu n^ei^ qu'une femme sans courage. Il se comporta en ce liei|| comme il avoît fait à Thèbes. Il enleva même de dessatu Tautel la précieuse statue du saint martyr Théodore^^ patron dp la ville, et se rendit en Sicile avec ses^yais-^ seaux, si chargés de richesses, qu'ils en étoient presqoig submergés. ' a

An. ii48. L'empereur, irrité de ces insultes, fit les plus grandti iViccf. /. 2, efforts pour s'en venger. Malgré son intrépidité nata^ Cinn. L 3, relie, ce n'étoit pas sans crainte qu'il se voyoit attaqué- ^Jus srœco' P^^ ^^^ ennemis auxquels ses prédécesseurs avoient ét^ rom. L a, forcés d'abandonner l'Italie et la Sicile. Il rassembbhi donc ses meilleures troupes d'Orient et d'Occident, mi^ ses vaisseaux en état de tenir la mer, en fit construirov de nouveaux de toute grandeur. Les historiens lui don-^ nent dans cette expédition mille barques de transport et cinq cents galères; ce qui me paroît passer toutQi croyance. Dans ce nombre étoient quantité de brûlot» remplis de feu grégeois , dont on n'avoit depuis lon^*:* temps fait aucun usage. L'armée de terre n'étoit pas*moins redoutable; c'étoient de vieilles troupes levées par son père, et formées à toutes les opérations de la« guerre. Il mit à la tête de la flottie son beau-frère Etienne,

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. g3

toDtost^phane , avec le titre de grand-duc ; c'ëtpît un foerrier instruit et vaillant. Il donna le commandement itf armée de terre à Jean Axuch, aussi habile dans la twrre que dans les soins du gouvernement. Les Véniëens, qui , depuis le règne de Jean, s'étoient réconcil^avec Tempire, joignirent leur Hotte à la sienne; É, Pour éviter les querelles qui pourroient survenir '

jmtre les deux nations , il fut arrêté que, lorsqu'on seroit *mvé devant Corfou, dont on alloit faire le siège, les ^vaisseaux vénitiens prendroîenl un quartier séparé des Irecs. Ce qui fit assez connoître Tinquiétude de Mail , c'est que ce prince indévot , hors du danger , ilut alors se rendre le ciel favorable; il crut attirer secours de Dieu sur ses armes en confirmant aux lises la possession de leurs immeubles, et en suppléant son autorité à ce que leurs titres avoient de défec- IX. Peu accoutumé au langage simple et modeste de religion, il prend dans cet édit le t#n enthousiaste; père est Moïse; il est lui-même Josné, et Roger le dragon d'Occident. II donna encore dans la suite constitutions sur le même sujet. Après ces prépa- ^

, il se mit à la tête de son armée de terre, et trala Thrace pour passer en lUyrie.

Arrivé à Philippopolis , pendant qu'il y faisoit re* Cinn. Ll^ ses troupes et qu'il prenoit lui-même le divertis- ^}yj-^^j^ /. a^ lent de la chasse , on vint lui annoncer qu'un gros ^' ^* ti de Patzinaces avoit passé le Danube, ravagé les ipagnes , et saccagé la ville de Demnizique , située la rive d'en-deçà. Il marche aussitôt vers le fleuve , les Patzinaces avoient déjà repassé. Il fait ras- )ler ce qu'on peut de bateaux ; et comme il s'en ivoit trop peu pour faire passer toute l'armée, il isit cinq cents hommes , et commande au reste des / ipes de l'attendre sur le bord. Il se met seul dans un )t à la tête de son détachement. Le paysan qui con- "Mioit le canot avoit eu sa cabane brûlée dans l'incur-

sion des Patzinaces ; et ne connoîssant pas rempereoi qu'il passoit : Mon officier , lui dit-il en ramant , nous avions un prince tel qu^étoit le défunt èmperem Demnizique ne seroit pas pillée, *et nous n'aurions pi tout perdu. Mon ami, répondit Manuel en souriaoj consolez-vous ; je veux bien ne pas être t empereur^ ; je ne vous fais rendre raison par ces maudits Matg naces. Ayant passé le Danube , il rencontra deux aatfi rivières fort larges , sur lesquelles on ne put trouver i| seul bateau. Il envoya chercher ceux dont il venoit^ se servir ; on les traîna à la queue des chevaux. Il in versa ensuite une assez grande étendue de pays , où il d trouva qu'un camp abandonné. Ne pouvant atteipiM les ennemis , il détacha quelques cavaliers pour retard| leur marche en escarmouchant avec eux jusqu'à te, qa| pût les joindre. Il apprit bientôt que ses gens étoi^ aux mains. Il accourt avec sa troupe. On se bat avec up égale fureur ; \e,% Patzinaces étpient plus forts en naq| bre, et ne cédoient pas en courage. Manuel se jette p milieu d'eux , et en abat plusieurs. Il est suivi de m gens , qui , animés par son exemple , percent les escfl drons ennemis. Chacifn cherche à se signaler sous II yeux de l'empereur. Enfin les barbares , laissant safl place quantité de leurs soldats , et leur capitaine nomdl Lazare, qui avoit parmi eux grande réputation ^ valeur, .se sauvent à la faveur des montagnes,^ leurs chevaux étoient accoutumés à gravir avec vitesfli et Tempereur, après avoir pillé le pays, regagnai Danube. ^

ïce£. /. a, L'année étant déjà avancée, Tempereur abandoqgj ïnn/l.^t '® dessein qu'il avoit formé d'abord de traverser rilljF^ i> 5. et de s'approcher des côtes de la mer Adriatique, oqf nte ckr. flotte l'auroit transporté à Corfou. Il prit le parti j hron, bel marcher au golfe de Thessalonique , et d'y attendre Kl vaisseaux. La flotte , partie de Constantinople au pri^ temps, avoit été long-temps retenue en mer par |^

, UI8TOIEE BU BAS-SXPIEl. g/S

centfiifes; en aorte qu'elle ne joignît l'emperenr I fin de l'ëté. Manuel brûloit d'impatience d'aller er la Sicile. Il se proposoit non-seulement de la érir , mais même Tltalie entière; et ce grand projet yoit point son courage , capable d'afiîronter tous Dgers et de résister à toutei^les fatigues. A Tarie sa flotte ^ il se jette dans une frégate pour voî la tête; toi^ les vaisseaux appareillés pour la comraençoient à le suivre , lorsqu'une violente te, causée par des vents furieux qui dominent dans », surtout aux approches de l'hiver, les obligea 9gner le port. La continuation du mauvais temps at la mer impraticable , l'empereur alla camper le Bérée , où il passa une partie de l'hiver. Il n'en lit pas la fin ; mais, dès que lafsaison put le pere, il partit avec toute la flotte; et, arrivé devant ion, il fit débarquer ses troupes de terre pour atr la ville , et demeura lui-même sur la flotte pour ôr assiégée du côté de la mer., ttaque de Corfou étoit une entreprise efiFrayante. le, située sur la cime d'un promontoire très-élevé, environnée d'une épaisse muraille flanquée de ( tours. Le pied du promontoire plongeoijt dans ler profonde et bordée de rocl^ escarpées , rivage âèbre depuis plus de deux mille ans par les vers intre de la nature , au cinquième livre de l'Odysa description qu'en fait Homère s'accorde avec e l'historien Nicétas. Les troupes de marine , ranir leurs vaisseaux, et couvertes d'armes étînce- , formoient tin spectacle terrible. Celles de terre !oient le^ reste de la place , à laquelle les rochers montoirefaisoient un rempart inabordable. Avant De, l'empereur fit proposer aux habitans une capim honorable; ils ne répondirent que par une dé- I générale des machines dont la muraille étoit I , ainsi que d'archers et de frondeurs. Les Grecs ,

g6 HISTOIRE BU BAS-EMPIRE. ^

de leur côté , firent jouer leurs pierriers et leurs ba listes. C'étoit de part et d'autre une grêle de pierres, ^ flèches et de javelots, qui, d'un côté, tombant avec roi deur, portoient la mort aux assîégeans; de Fautre, s?^ levant avec effort, alloient chercher sur la muraiîj ceux qui s'y raontroîent pour la défendre. Mais TexÉ cution étoit bien différente. Les coups qui tomboi^ d'en haut acquéroient dans leur chute une nouvelle vï gueur; ceux qui partoient d'en bas, perdant une parti de leur force , n'avoient que peu ou point d'effet. Jsà assiégeans s'efforçoient de suppléer par leur courage à désavantage du lieu. C'étoit à qui attireroit sur lui 11 regards du prince. Nul danger ne les rebutoit ; la pie^ de ceux qu'ils voyoient tomber à côté d'eux redoubtijl leur audace : maislleur valeur étoit sans succès. C'éldl le combat des géans contre le ciel. Le grand-duc , tfj s'exposoit dans les attaques les plus périlleuses, fut ffl teint d'une grosse pierre qui lui fracassa les reins^l retendit sur le sable. On le transporta sur le tillac dVl vaisseau, où se sentant près de mourir, environné dil principaux capitaines, il employa ses dernières parofe à les encourager : quHl leur souhaitait un heureux sm ces y et quHl se troui^oit heureux lui-même de sacr^ sa vie à son prince jet a sa patrie; qu'il les croyait toâ assez généreux pour préférer une mort glorieuse au A honneur dont ils se couvriraient y ainsi que tout tempfm s'ils abandonnaient leur entreprise. Adressant ensn la parole à son fils Ândronic, commandant des Yanld gués, il l'exhorta à ne pas pleurer sa mort, quin'é^ digne que d'envie ; qu-il ne lui demandait de sépuUm que dans l'enceinte de la ville assiégée, lorsque par fi courage il aurait contribué h la conquérir ; que ce mo0 ment^ mérité par le père , érigé par le fils , et consir^ des débris de ces murailles meurtrières, annonça^ aux siècles à venir la valeur de l'un et de l'autre^ ttxpira en prononçant ces mots , et toute Tarmée evk.é

ttîiitdiilË DU Àis-KMPTaè; 9^

fbhstëfilëe. Les attaques cessèrent ; ce fut le reste du jour iine trêve fiinèbre; qui ne laissa d'action qu'aux gëniistemens et aux regrets. Jean Axuch, qui avoit coniîsandë Tarmëe de terre, fut chargé du commandement ^ile la flollé; mais il ne reçut pas le titre de grand-dnc, ^i, sans être supérieur à son mérite, sembloit être audessus de sa naieteance:

Le siège duroit depuis trois mois , âaiis àvbir prodnii ïaatre effet que la perle d'un grand nombre de soldais, l'empereur , délèrminé à {lérii* plut 6t que d'éprouver tiQ affrotit , tenta un nôuveslu moyen d'escalader la ville. Au bord de la mer s'élevoit à pic un rocher d'une pnodipease hàtiteun silr la pointe duquel abouiissoit un part Bes murailles: Au pied de ce rocher Manuel fît établir, lor plusieurs vaisseaux attachés ensemble,* et bien assulés sur les plus (brtes artcres, une tour très-élevée, dont la platé-fôrmë étôit assez spacieuse pour contenir une hrge échelle. Cet édifice , composé d'épais madriers et de mâts enclavés les uns dans les autres, hlonloit jusqa'an haut du rocher , d'où l'échelle s'élevoit aux créhéaux dès iliufs. Cet ouvrage achevé, il fait appeler de- ^t Itii lés soldats les plus reilommés ()bur leur courage; H les regardant avec un aiir de conBance : Allons , braves gens ; leur dit-il, que quiconque aime son empereur, et ne craint pas le danger , monte à l'ennemi : pour le vaincre^ il ne faut que V atteindre. Tous , levant les yeux vers cette hauteur énorme , reculoierit d'effroi. Enfin quatre frères, nommés Pétralîphes, fils de ce Pierre d'Anlps, seigneur provençal , qui s'étoît donné à l'empereur Alexis après la mort de Robert Guiscard , s'offrent à telle périlleuse aventuré. Letir exemple en détermine un grand nombre , et entre autres un des gardes d'Axuch , nommé PupaCe, Turc de naissance. L'empereur loue leur hardiesse ; il en choisît quatre cents , et leur orflonnede monter, promettant de les combler de faveurs,ftls réussissent , et de tenir lieu de père à leurs femm^^

98 HISTOIRE DU BÀS-EHPiàS.

et à leurs enfans , slls succombent dans cette .|;lorîe tentative. P.upace , ayant fait le signe de la croi monte le premier : après lui les quatre Pétraliphes tous les autres. L'armée , qui trembloit pour ces âmi intrépides , les suivoit des yeux , et invoquoit à le secours le bras du Tout-puissant. Tenant d'une ma leurs boucliers sur leurs têtes , de l'autre leurs épiées , i

parviennent à l'ennemi ; et , les yeux étincelans , aossC fermes que ^sur un champ de bataille , ils portent dtt coups mortels. Les javelots, les pierres qu'on lance snt^ eux de toutes parts n'ébranlent pas leur courage. Il» grimpent , ils s'élancent au travers de cette tempête ; et^ la ville étoit prise , sans un accident qui détruisit U^ succès de ces généreux efforts. Pupacé étoit déjà sur l^^ mur, lorsque, l'échelle se rompant sous les pieds de ceiu^ qui le suivoient , tous sont précipités , et tombent le|U uns sur les autres dans les flots , sur la plate- forme , sum les roches , dans les vaisseaux. Brisés par la pesanteof | de leur chute y écrasés en même temps par les masse| de pierres dont les assiégés les accablent , il n'en échapper qu'un très-petit nombre. Pupace, abandonne , sautd dans la ville ; et ^plus rapide que l'éclair , il gagne une poterne voisine qui lui ou vroit une issue, et se sauve, au grand étonnement de toute l'armée , et plus encore des assiégés , que l'effroi avoit rendus immobiles. .

Manuel gémissoit de ce désastre , lorsqu'il apprit qu'il s'étoit élevé une sanglante querelle entre deux grands' corps , l'un de Grecs , l'autre de Vénitiens , campés sur le rivage. Des railleries et des injures on en étoit venu k'^ tirer les épées. Aux cris des combattans accoururent^r et des vaisseaqx , et de l'armée de terre , les troupes des* deux nations pour prêter main forte à leurs compa« triotes. Les principaux officiers s'efforçoient en vain de^ calmer ce tumulte. On se battoit avec fureur, et le sang ruisseloit de toutes parts. Axuch , envoyé par l'empe-. reur, se jette au milieu d'eux, exhorte, conjure, me-r

BI8T0IRE DU BÀ8-EMPIRK. gg

ice : les Grecs étoient assez disposés à obéir ; mais les

émtiens , plus acharnés , ne vouloîent rien entendre ;

kor trempe grossissoit sans cesse de ceux qui venoient

I foale ded vaisseaux. Âxuch , les voyant si obstinés ,

il fait charger par sa garde et par un détachement de

linnée. Après quelque résistance y ils prennent la fuite ;

ft les poursuit jusqu'à leur flotte. Mais leur rage ne

j^paise pas : aussi fiirieux que des lions blessés par les

.AasBeurs , ils se séparent de la flotte grecque , et vont

■ouiller à Ttle d'Astérie , entre Ithaque et Céphalonie.

Delà ils coarent sur ks vaisseaux grecs, traitent en pirates

mxqa'ils peuvent jomdre, et y mettent le feu. Ilsajoutent

là ces* hostilités l'insulte la plus atroce. Ayant enlevé un

navires qui portoient les équipages de l'empereur,

parent des plus beaux tapis la chambre de poupe ; ils y

t snr une estrade élevée, comme sur un trône, un

iopien laid et difforme, lui mettent une couronne sur

tête, l'environnent d'une garde, et viennent le saluer

des révérences ridicules. C'étoit une farce insolente

se moquer de Manuel, qui a voit le teint fort basané.

ne tenoit qu'à l'empereur de punir sur-le-champ ces

iBlnges en faisant attaquer les Vénitiens par sa flotte

ortière , à laquelle ils n'auroient pu résister : mais ,'

foor ne pas perdre le fruit de tant de travaux , il sut

Atimnler sa colère , et remettre la vengeance à un autre

Icmps. Il leur envoya quelques-uns de leurs compa-

tes, attachés à son service , qui leur promirent de la

fart de l'empereur une entière amnistie, s'ils rentroient

le devoir de bons et fidèles alliés. Plus les excès aux-

ilss'étoient livrés étoient outrés et déraisonnables ,

phs il fut facile de les ramener. Confus de leurs empor-

Iniens, rougissant eux-m0mes du pardon qu'ils sentoient

Ken ne pas mériter , ils vinrent rejoindre la flotte.

Le siège continuoit avec la même opiniâtreté. Les Sttchines des assiégeans , tant du côté de la terre que du tiié de la mer , ne cessoient de foudroyer la ville. Plu-

SOO HlStOÏiE biJ BlS'^EHPIÀi.

sieurs soldais même , plus hardis que les autres ^ vissoient entre les rochers pour parvenir aux mûrail Tous ces efforts étoient inutiles : les assiégés se d doient avec autant de prudence Que de valeur. Renfi fnés dans leur enceinte , sans hasarder de sortie qui I auroit fait perdre l^ur avantage , ils se contentoi d'écarter Tennemi par des décharg;es continuelles. L'eivÉ pereur, désespéré du peu dé succès, et résolu de liepfl épargner sa propre vie pouf ne pas laisser au roi de SN cile une place de cette importance , monta sur le tifM de son vaisseau; et là, se tenant déliout , en butte àtoél les traits des ennemis , il commanda aux rameurs dî'tfc border le rocher , où il vouloit monter lui-même. -M ne se rendit qu'avec beaucoup de peine aux instanlufl prières et aux larmes de ses officiers et dé ses pareii4l qui le sùpplioient de ne pas exposer sa personne sacrfil à un danger évident , et qui n'étoil digne que d'un àveifl turier. Mais bientôt après sa bouillante valeur le précifl pita dans un autre péril. Un vaisseau grec des pM grands , chargé d'armes et dé chevaux , poussé par Ifaài vents dans ulie anse bordée de pointes de rochers, d'cfl il ne pouvoit se dégager , y étoh fort maltraité par le« masses pesantes qu'on y déchargeoît de dessus les nm.* railles , et conroit grand risque d'abîmer avec toute sJ charge. L'équipage, effrayé, s'étoit sauvé ait fond dé cale. L'empereur, en étant averti , prend d'une main ntf large bouclier, et, s'énVeloppant l'autre bras d'une voîte de navire, qu'il taissoit flotter pour amortir les coupii de pierres , il se fait conduire à ce vaisseau , y attacha des câbles, et le fait remorquer par son navire. Pendani cette manœuvre , il fut long-temps exposé à tous Itê traits ; et peut-être n'auroit-il pas évité la mort , sans Ifl générosité inattendue du commandant sicilien , qui dé* fendit à ses gens de tirer sur Manuel : Je serais , leuf dit -il , criminel aux yeux de tout V univers , si j'aroié permis qu*on le privai de ce héros.

Rojcer avoit mis sa flotte en mer pour secourir Cor- Chnrup alla au-devant avec une partie de celle de RoDpcrear, et la dëfit. Cependant quarante vaisseaux liens échappés de la défaite^ au lieu de retourner en eilef prirent la route de Constantinople, et firent une ite an promontoire de Damalis pour mettre le aox édifices qiii bordoient le Bosphore. Mais ils it repoussés avec perte, et dans leur retraite ils entrèrent une antre flotte qui rapportoit de Crète deniers des impositions. Il y eut encore un combat les Siciliens perdirent plusieurs de leurs vaisseaux. Tout aqtre que IVIanuel auroit renoncé à une entrequi après tant de travaux ne promettoit encore m succès. Mais ce prince , d'un courage plus ferme les plus fortes citadelles , regardoit comme une pour son règne de laisser au roi de Sicile une enlevée à Tempire seulement depuis deux ans, au bord de ses domaines , et qui alloit devenir un Ide pirates siciliens. Il résolut donc de la réduire par , et déclara qu'il ne partiroit qu'avec les clefs la place. IjCs assiégés commençuient à manquer de \; et, voyant qu'ils n'avoient à espérer ni la levée itiége ni secours (le Rd^er , ils se déterminèrent enfia rendre. Us y étoient encore poussés par le commanit Théodore Capellan , qui , après avoir rempli avec et avec le plus grand courage tous les devoirs d'un cier fidèle , crut pouvoir sans déshonneur sauver la à tant de braves gens. On envoya donc des députés inuel pour demander qu'il leur fût permis de sortir leurs armes et tous leurs effets. INIanuel , ravi de le proposition, dissimula cependant, et se montra ird difficile, pour ne pas donner trop de confiance assiégés. Enfin, après plusieurs pourparlers , il leur ina pour dernière réponse que , n'écoutani en cetie \masiQn que les sentimms de générosité qui com^ien^ W)/ cm vginqueiir , il permeiioit aux habitons de

rester h Cor/ou , ou de se retirer avec ce qui leur oppfi

tenait. II y en eut un grand nombre qui deaieurèi!^!

dans la place ; les autres retournèrent en Sicile. Cap4|

lan, craignant sans doute le ressentiment de KôgMl

passa au service de l'empereur ; ce qui donne à sa COQÎ

duite un air de trahison , que les Grecs seuls pouvoMi

excuser. >

îieet.li. L'empereur, étant entré dans Corfou, ne put vol

inn. /. 3 ^ sans admiration la force de cette place. Il y mit ga|

^* nison , et alla mouiller à la Yalonne. Après y avoir fiti

reposer ses troupes pendant quelques jours, ce princij

insatiable de combats , fit appareiller pour aller porter||

guerre en Sicile. Mais , dès qu'il fut en mer , une templî

l'obligea de rentrer dans le port. Ayant mis une secoiii|

fois à la voile , il essuya encore un si violent orage , qa|

perdit plusieurs de ses vaisseaux , et eut lui-même beau

coup de peine à se sauver. Persuadé que le ciel s'oppÉ

soit à cette entreprise , il tourna ses armes contre II

Dalmates , qui pendant le siège de Corfou avoient fii

des courses sur les terres de Fempire. Comme son dm

sein n'étoit pas seulefnent de se venger de Roger et ^

conquérir la Sicile , mais que son ambition. s'étendlB

sur ritalie entière, il donna l#plus grande partie àtM

flotte à Jean Àxuch , avec ordre de gagner le port d'Aff

cône , et de s'y établir pour faire des progrès en Itali

Axuch avoit fait preuve de valeur et d'intelligence dai

la conduite des armées, mais il n'entendoit rien k"1

marine, et ce fut une égale faute au prince de lui conU

cet emploi, et à ce guerrier de l'accepter. D'ailleurs 11

Vénitiens , qui tiroient de grands avantages du besoin qfl

l'empereur avoit souvent de leur secours , prévoyai

que , si les Grecs rentroient en possession des cootrA

voisines , loin d'être obligés d'entretenir leur allianoi

ils les inquiéteroient eux-mêmes , étoient bien réaok

de traverser cette expédition. On étoit au mois de it|

tembre , et les vents de l'équinoze faisoient un gcM

HISTOIRE DU BÀ8-EVPIKE. lOJ

imge sur la mer. Axach , an liea de mettre si^flotte à Miri dans l'embouchure de quelque fleuve , se tint iniargc^ et vit presque tous ses vaisseaux brisés par les kttipétes.

Pendant ce temps-là l'empereur marchoit en Dal- Aic«r./. a mtie. Ayant détroit le château de Rase et ravagé la 'ann!l 2 contrée , il laissa les prisonniers à la garde de Constan- ^•^- ^^ ^ TAnge ^ son cousin-germain , né de Théodora , fille 6« fiîuert. f Alexis, et avança dans le pays, emportant d'emblée ^7^1^^*^^ tetes les places qui se trou voient sur son passage. Ga- ^clés. i.65 [fita fot la seule qui fit quelque résistance. Il s'en rendit %Ndtre en trois jours , et emmena les habitans , qu'il ibna ensuite sur le terrain de Sardique et des convoisines , devenues presque désertes. Le prince de ie attaqua en son absence et battit Constantin ^lAnge. A cette nouvelle, Manuel accourut en diligence; l'ennemi l'avoit prévenu « et s'étoit sauvé dans les itagnes. L'empereur se vengea sur le pays et sur les , qu'il ruina de fond en comble. Les frimas lliiver l'obligèrent de retourner à Constantinople. y avoit déjà envoyé porter la nouvelle de ses succès. Y fat reçu en triomphe au milieu des acclamations iâiat et du peuple, et se délassa pendant l'hiver par spectacles de joutes et de tournob que les Latins •voient introduits à Constantinople dès le temps Alexis. Cette année Manuel envoya des ambassadeurs pape Eugène, avec une lettre, pour justifier la docet les rites de Téglise grecque ; ce qui n'eut pour aoaioe suite. Il naquit à Manuel une fille qui fut mée Marie. La beauté de cette princesse la fit dans Il suite rechercher de plusieurs princes, mais ne lui

pas des jours plus heureux.

' L'expédition de l'année précédente n'avoit pas entiè- As. us^

t dompté les Dalmates et les Serves. Ces peuples kiliqoeox continuoient leurs ravages , et avoient appelé ks Hongrois à leur secours. L'empereur se mit en cam^

I04 blSTOIlLE pu BiiSTKMBIRE.

pagne, f^ alla camper à Nyssa , d^où, s'avançant vert Ig Save 9 il arriva au bpf4 du Drin , qui sépare la Servi! de la Bosnie. Âyanf rencontré en chemin un corps éi Hongrois qui étoit en marche pour aller joindre til Serves , il le battit let le ipit m fuite. Al^is ce n'ét(d| (]u'un détachement. Le gros de l'umée hongroise joigni| en elTet les Serves et les Dalms^tes ay^nt que Tempes reur eût pu les sprpreudre, comine \l en ayoit le desseittf Les deux armées $e trouvèrent en présence , la rivièrfl et un pont entre depx. I\ien n'étoft capable d'arrêter k| fougue impétueuse de lyianuel. ^L'enseigne de la t£tei| avançant trop leptenient à son gré, il se saisit du dri^ peau ,Qt passe \e pont à toute bride, suivi des plusbrayçl fie son armée. C'étoit up caractère attaché à ManiM^ lie porter avec lui la terreur. A son aspect , les ennemi! (ournent le dos, et fuient jusqu'à un poste où la dift ficuité du terrain embarrassoit la poursuite. Alors, ne al voyant poursuivis que d'une poignée àç Grecs ^^ ils foal volte-face ; plusieurs sont tués de part et d'autre. Deiil des meilleurs officiers de l'emperepr se trouvent engagés trop avant , et çont enveloppés. L'empereur court I ^'Hx , les dégage ; et , suivi de toutes ses troupes qui s'étoîent hâtées de le joindre , il marche à lepr tête , dési* rant avec ardeur d'atteindre ou le prince des Serves , o<3 le général hongrois, tous deiix renommés pour ieni valeur. Voyant se$ troupes fatiguées, il leur ordonni de faire halte ; et , prenant avec lui deux de ses parens Jean Ducas et Jean Cantacuzène , il continue de poursuivre les ennemis. Je ne rapporterai pas les n^erveil- |eux faits d'armes que Ginname raconte à cette occasion Quelquf; autorité qu-on donne à cet écrivain pour lei ^vénemens de ce temps-là , dopt il fut témoin oculaire, $on récit me seml)le trop romanesque pour trouvei place dans l'histoire. Ce qu'il ^it dp inoins incroyable c'est que Manuel tua de sa main quariinte ennemii ¥ fCantacuzène faisoit de son côté un grand çamf^ge. \

HISTOIRE DV BAS-KXflRS, lo5

joignit le général hongrois , nommé Bacchin , qu'il ^aroit percé de sa lance, si la fonce de sa cuirasse ne |VAt sauvé. Bacchiii revint sur lui avec sept de ses plus inllans officiers ; et Gantacuzène , qui fit tête à tous, aurnt snccomb^ , si Temperenr n'eût accouru à son se? Mrs en perçant un escadron de trois cents hommes* ^chin, voyant venir Tempereur , rappela tout son 0Nirage. C'étoit un homme d'une grande taille , et ce-

ire par sa valeur. Ils se battirent quelque temps avec jn égal avantage ; enfin , le barbare ayant déchargé sur h tète de Manuel un si rude coup , qu'il lui abattit I4 ipiière d^ son casque , Manuel prit ce moment pour le nsir au corps, lui arracha son épée,et le fit prisonnier. Jl voaloit coqrir à de nouveaux dangers ; il fut retenu pr Ducas , Gantacuzène , et Bacchin même , qui , ne popvant se faire entendre autrement , lui montroit les cheveux de sa tête, poqr signifier qu'il alloit élre acca- (dé d'uue foule d'ennemis. Gantacuzène avoit perdu deqx doigts dans ce combat. ^L'empereur vifit rejoindre m troupes avec quarante prisonniers. Il vit bientôt ar-r river des députés du prince de Servie pour demander la paix ; et , sur l'ordre qu'en donna Manuel , le prince vint lui-même se jeter ^ ses pieds ; il se reconnut vassal de l'empire, promit avec serment de le s>ervir fidèlel&ent , et de suivre l'empereur avec deux mille hommes ^DS toutes les guerres d'Occident. Pour les expéditions qui se fercticnt en Asie , il s'engagea à fournir cinq cents liommes : par les traités précédens , les rois de Servie p'en foumissoient que trois cents. Après ces succès , l'empereur se rendit à Gonstantinople.

Manuel ne pardoanoit pas aux Hongrois d'avoir joint An. itS\ leurs aripes à celles des Serves. Pour garder une appa- Cinn. /. rence de modération, il écrivit d'abord à Géisa , roi d^ Nicet. L Hongrie, sç plaignant d'avoir été injustement attaqué. ^*J//^/v Mais, comme il vpuloit lagqcrre, de peur que cesc/iron. i. (laiotcs ne fissent n^itrç une négociation pacifique , il 'ideln ,

106 HISTOTllE DtJ BAfi-lMPIlB:

. Frid. eut soin d'y joindre des menaces. Gréisa ëtoit alors afascB * c. 3 u ' de ses ëtats ; il faisoit la gnerre en Russie. Ce fot poil Manuel une raison de se mettre plus tôt en campagne J traversa la Save dans des canots , chaque cavalier tenad par la bride son cheval , qui passoit à la nage. Au-d«l du fleuve étoit la ville de Zeugmine, bâtie par les Hoa grois. Manuel n'espérant pas la prendre d'emblée , cl ne voulant pas s'y. arrêter , y laissa Théodore Vataoè son beau-frère , avec une partie de son armée -pour a faire le siège , et s'avança entre la Save et le Danube portant partout le ravage. Une armée de Hongrois mal cha pour couvrir le pays ; et dès qu'elle fut en présend un cavalier d'une taille et d'une force extraordinns s'en détacha ^ et vint à course de cheval droit à l'empa reur, qui étoit à la tête de ses troupes. Manuel le pré vint d'un coup de lance au travers de la visière de soi casque, et le renversa mort. L'armée hongroise, dé} effrayée de ce coup , s'apercevant qu'elle étoit inférieur en nombre, n'osa hasarder le combat, et prit la fhiti L'empereur continua ses ravages , ruina le palais du rc de Hongrie , passa au fil de l'épée ou fit prisonniei hommes , femmes , enfans, et réduisit en désert le pa} entre les deux fleuves. Il revint ensuite à Zeugmtne, qc Yatace assiégeoit. ^Les habitans, n'espérant aucun se cours, offrirent de rendre la ville à condition qu'o leur laisseroit la vie et la liberté de se retirer. Cette prc position étant rejetée , ils sortirent tête nue , la cord au cou , et vinrent se prosterner aux pieds de l'eimpc reur. Il en eut pitié , défendit de leur faire aucun mal leur permit d'aller où ils voudroient; mais il abandonn la ville au pillage.

Les Grecs se rapprochoient de la Save , traînant apri eux nue multitude de prisonniers , lorsqu'ils apprirei que le roi de Hongrie , après avoir terminé avec gloii la guerre contre les Russes, marchoit à la tête d'ui grande armée pour les combattre. Ce fut pour Manu

HISTOIRX DU XÀS-EXPI&X. I07

b nouvelle la plus agréable. Il fait anssitAt repasser la lave aux bagages et aux prisonniers avec une garde sufiute; et comme la plupart de ses officiers lui conseil- Inoit d'en faire autant, pour ne pas se hasarder à on anbat inëgal : Ce ne sont que des loups , leur dit-il , t non pas des lions qui fuient avec leur proie à la vue ks herggrs et des chiens. 11 ordonne au commandant , fOD alloit passer sur la rive opposée , d^y retenir tons les canots sans en renvoyer un seul, Quelque prière fi'on loi en fit , jusqu'après la bataille : lion pas mime , U dit -il, quand je vous tordonnerois moi-même ; ÊKÊranerU, je vous ferai pendre. Il vouloit forcer les aldata a vaincre ou à mourir. En ce moment arriva un prisonnier grec, qui, s'étant sauvé du camp ennemi, «ni dire que l'armée hongroise étoit partagée en denx orps ; que le roi n'étoit pas à la tête de celui qui approdKnt; qu'il en avoit donné le commandement à son ade Bélosis. Manuel marche en diligence à la reneoDtre de Bélosis; mais, la nuit Tayant surpris en (honin, il se couche tout armé sur son bouclier, et «donne à ses soldats d'en faire autant. Le lendemain Bélosis, sous prétexte d'un ordre de son maître, mais ai eCEet par crainte, retourne en arrière, et passe le Danube. L'empereur le suit, traverse le fleuve après lui, (t campe en présence. Comme Tennemi n'osoit sortir fc son camp , posté dans un lieu avantageux , Manuel dftacbe Borise, avec ordre de passer le Témisès, aujourd'hui Témès, et de faire le dégât dans toute la contrée. Borise étoit un Hongrois , fils naturel du roi Caloman , qui, ayant disputé sans succès la couronne à Bêla , neveu de Caloman , et roi de Hongrie, s'étoit réfugié à la cour lie Jean Comnène. Ce prince Tavoit élevé aux honneurs, et lui avoit même fait épouser une de ses parentes. Il t'acquitta avec zèle et intelligence de sa commission , désola toute la contrée, et battit trois corps de Hongrois. Géisa , qui se trouvoit de ce côté là avec les troupes qu'il

$'ëtoit rëservëes , se mît à la poursuite de Borîse. Maif celui-ci , ayant marché toute la nuit à la lueur d'o^grand nombre de flambeaux, qui lui étoitsnt nécessairet, dans ce pays inconnu , échappa , et revint au camp avec ; un grand butin. Selon Othon de Frisingue, Borise fut défait dans un combat contre les Hongrois, et tué par.lin Cuman qui étoit ^ son service. Mais je ne saisi quelle année cet événement peut être rapporté. Géisa, qui évitoit d'en venir aux mains avec Tcmpereur , avoif repassé le Dmube , et Manuel , ne trouvant poin( ' d'obstacle, prit et pilla plusieurs villes. Chargé de leur^ . dépouilles , il se préparoit à suivre Géisa sur Tautr^ ^ bord, et à lui livrer bataille, lorsqu'il reçut une amba*it' sade de ce prince qui demandoit la paix. Manuel ao« ' C'oirda une trêve pour le reste de Tannée , et remit !• ' décision de la paix à une négocifition ultérieure. Il repri( ' le chemin de Constantinople , où il rentra avec m^ riche butin et une infinité de prisonniers. Ce fut ui^ triomphe auquel le prince donna le plus grand éclat. Il avoit fait revêtir de superbes habits les prisonnier^ serves et hongrois, dont plusieurs étoient distingués pap leur noblesse. Ils ne marchoient pas ensemble et confu* sèment , mais en ordre et par bandes séparées, ce qui le« faisoit paroître en plus grand nombre. Cette pompe brillante, promenée par toute la ville , élevoit le cœup des spectateurs; chacun croyoit partager Thonneur dç la victoire, et Tardeur dont ils s'embrasoient préparoit à Manuel de nouveaux soldats.

Il en eut besoin celte année même. Pendant qu'il goûtoit le plaisir des acclamations populaires, il apprit que les Patzinaces avoient passé le Paniibe, et qu'ils ravageoient la frontière de Bulgarie. Il fit partir aussitôt des troupes sous la conduite d'un général nommé Calaman , fils de Borise. Cette expédition eut du moins l'avantage de servir de contre-poison aux flatteries des courtisans. Calaman fut battu, perdit grand pombre di^

ÉiSTOiRE DU IftAS-EMPIlLE. IO9

Is, et mourut lui-même de ses blessures. Les Pâtes, après avoir pillé le pays, chargèrent le butin nrs chevaux et repassèrent le Danube. La guerre itoit rien à ces barbares. Nul embarras, nul bagage inrs armes; c'étoit une trousse de flèches , une ron- , et pour quelques-uns une lance. Ils se nourrisde pillage, buvoîent le sang de leurs chevaux et de leurs cavales. Pour bateaux ils n'avoient besoin 'nn ballon ; c'ëtoit un sac de cuir rempli de paille , 1 consu, que Teau n'y pouvoit pénétrer. Le Patziassis dessus avec sa selle et ses armes, tenoit la de son cheval, qui nageoit devant lui, et passoit les plus grands fleuves. Uue expédition militaire t pour eux qu'une promenade.

xAas Musalon , patriarche de Constantinople àQ^^^s^àdÊa* rois ans, n'avoit jamais été tranquille. On regar- Fiemy^hist^ a promotion comme irréguHère, parce qu'ayant ^^^/sâ.'^" chevéque de Cypre, il avoit volontairement rc- , .^''^^'^ a lépiscopat, dont il sétoit lui-même reconnu /v. aii»^ 269. le. Après avoir long-temps résisté à ces murmures , émit enfin àa patriarchat. On lui donna pour suc* r le moine Théodote, qui ne siégea que deux ans. sa mort , Manuel nomma un autre moine nommé Ii3rte, qui ne reçut pas Tôuction épiscopale, et fut \ au bout de cinq mois, parce qu*autrefoi$, étant Tordre des lecteurs, il avoit quitté le service dé e pour reprendre Thabit séculier. Constantin rêne, sacellaire de la grande église, fut mis à sai , et n'y vécut que deux ans. Luc Chrysoberge lui la : en sorte qu'en moins de cinq ans Constantin vît cinq patriarches.

110 HISTOIAl DU BA9-VMPIR2.

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