C. lO
croyoît pas que les succès passes fussent garans de Ta* nîr. 11 écrivit à l'empereur qu'il n'anroil pas besoin secours s'il h*iMçoil affaire qu'aux troupes sicilienne qui étoient pour lors en- Italie , aussi* souvent h tues qu'attaquées ; mais que 'le roi Guillaume arm par terre et par mer^ et qu'on allait 'açoir sur les Ê toutes les forces de la Sicile. Il terminoit sa lettre em tcriTies : Toutes les paroles de "votre majesté sont p. moi des leçons toujours présentes à mon esprit. Je li^ plus d'une/ois entendu dire qu'entreprendre degraim choses avec peu de forces , si l'on réussit^ c'est se corz de gloire ; mais, si ton échoue dans Vexécutiçn, s'éÊÊirer une double honte y celle du mauvais suc* et celle de l'entreprise. En attendant l'effet de sa. mande , il se mit en campagne au commencement printemps, et , après avoir pris Ostnne , à moitié chei de Monopolî et de Brindes, il alla camper, la veille Pâqites, aux portes de cette dernière ville. L'arn grecque passa ces saints fOurs sans faire aucun moir ment pour l'attaque. Ce que les habilans attribuan' lâcheté , vinrent insulter le camp , et furent vivement poussés. Les fêtes étant passées, on dressa les batter; Les murailles, qui étoient d'ancienne construction,] roissoient à l'épreuve des plus fortes machines. Mais pierres qu'on lançoit sans cesse dans la ville y faisoi ime si terrible exécution , que les habitans demander à capituler. Les conditions étant acceptées , les Gi furent reçus dans la ville. La garnison se retira danj citadelle , bien résolue Je s'y défendre jusqu'à l'ai vée du roi de Sicile.
Guillaume avoit mis en mer une grande flotte, ayant passe" le détroit , il marchoit Jui-même à la 1 d'une armée pour aller combattre les Grecs. Comni avoit toute la largeur de l'Italie à traverser, il détacha sa flotte une nombreuse escadre , et l'envoya d'ava s'emparer du port de Brindes, A cette nouvelle, Dci
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE; l29
" <Idittele siège de la citadelle ; il partage son armée en deux corps : Tun, formé des troupes italiennes, sort de h ville, sous la conduite de Robert et de Jean l'Ange , popr s'opposer à Guillaume. Ducasse met à la tête de ïaalre, composé de la cavalerie grecque ,• armée de Ipiites pièces. Il n'a voit que quatorze vaisseaux, et Tesc»dre ennemie étoit beaucoup plus forte. Il leur ordonoe de prendre le iarg« en ployant la flotte sicilienne,de la laisser entrer dans té port, et de lui fermer cosoite la Sortie, tandis qu^il la foudroieroit par les décharges de ses machines placées autour dti port sur le nvage, et par les traits de sa cavalerie , dont elle seroît ^nroniiée. Pour animer le courage de ses troupes qui Woient effrayées du nombre des vaisseaux ennemis, jP .leur fait accroire que ce jour-là même alloit arriver grande flotte de Constant inople : Et quelle honte ' nous, leur dit-il , 5/ apris tant de combats , tant sièges et de fatigues , nous laissons à d'autres thonïjieur de recueillir le fruit de toutes nos victoires ! Dès les Siciliens furent entrés dans le port , les vaisjpBiox grecs se rapprochent et ferment Tentrée. En piéme temps les pierres et les gros javelots partent de llpnles les machines, et ce furieux orage perce, fraiptse , écrase et les hommes et les bâtimens. Quatre (avires, poussés par les rameurs avec trop de violence, pçDnent échouer au rivage, et sont pris par les Grecs, tes autres ^ quoique maltraités , forcent Tissue, et , ÎQrant à toutes voiles , gagnent la haute mer. Un cavaitr grec, nommé Scaramancas, d'une force exlraordiaire , se signala par un ellort de coilrage semblable à Itloî du fameux Cynégyre à la bataille de Marathon. ('étant, jeté dans Teau^ivec son cheval, il saisit la poupe Fan vaisseau sicilien ; et ^ la tenant fortement jus*- |D*à ce qu\on Ini eût abattu la main d'un coup de sabre I donna aux vaisseaux grecs le temps d'accourir et de 'emparer du navire. L'escadre sicilienne ayant pris la
ia6 HISTOIRE su BAS-EHPIRE.
foite, les Grées retonrnèrent au siège de la citadelle.
mineurs , attachés au pied de la muraille , travaii'
de toutes leurs forces à en détacher les pierres. E
étoient si bien jointes, que le mur tout entier ne faî
qu'une seule masse. Les assiégés se moquoient de I
efforts. Cependant ils vinrent à bout de creuser jn=
sous les fondeihens ; ils mirent ensuite le feu aux é
çon's dont ils soutenoieht hi muraille à mesure qg
avançoient dans leur ouvrage. Le mur s'écroula ave=
grand fracas , entraînant dans sa chute ceux qui lis
fendoient. Mais cette brèche ne fit que découvrir
^ second mur qull fallut encore attaquer.
cinn, L 4, Dans cette conjoncture arrivèrent d'un côté Al
^GuiiLrrr. Comnène , Je l'autre le roi Guillaume. Alexis ,
^'^if' ^- d'Anne Comnène, revêtu de la qualité de grand-di
Mont, chr: étoit euvojé pour se mettre à la tête de l'expédition
2^JJ^""^^f* avoit ordre de ne débarquer en Pouille qu'api^s av(
Romuald |evé des troupes à Aficône et sur le reste de la côte, a
chron, Fo^- d'être en état de résister à l'armée nombreuse qu'an
^'^JuCart^e ^^^^ '^ ^^^ ^® Sicilc. Alcxis étoit un de ces guerriers
nouid cinn. cour quc la naissancc ou l'intrigue jettent à la tête *
' ^ ' armées, et dont l'orgueilleuse impéritie iie réussit q
ruiner les opérations des habiles généraux. Il ne fit r
de ce qui lui etoit ordonné ; et, impatient de commanc
il vint d'abord joindre Jean Ducas, inférieur en grai
mais très-supérieur en mérite. Il prit aussitôt le co
mandement général. Il trouvoit les affaires dans un i
florissant. Il ne restoit à Guillaume en Italie que Nap]
Amalfi , Salerne, Troie, Melfes, .Tarente , et les pla
de la Nonvelle-Calahre. La Pouille, et toute. la côte
férieure du golfe Adriatique , excepté les possessions
Robert de Basseville , appartenoient déjà aux Grecs
l'arrivée d'Alexis , tout changea de face. Robert qui
l'armée grecque et se retira vers Bénévent , sous p
texte d'aller chercher de nouveaux renforts. Les cavali
de la marche d'Ancône demandèrent qu'on leur d(
HISTOIRE BU BJiS-SMPIRE. 127
la()aie; et sur le refus ils retournèrent dans leur . Guillaume , instruit de ces désertions , marché t à Brindes. La garnison de la citadelle reçut la relie de son approche avec des cris de joie , et fit sortie. Les Grecs la repoussèrent ; mais ils furent tôt obligés d^abandonner le, siège pour aller auiot du roi de Sicile, qui venoit par terre. Du côté de ter, sa flotte vint mouiller à une petite île , vis-à-vis ^Rdes. Les Grecs auraient dû d'abord attaquer la ^ dont ils avoient déjà battu une partie; ils auroient b défaire avant l'arrivée de Guillaume. L'attente (renfort de vaisseaux qui n'arriva pas, leur fitman- ' l'occasion, et Guillaume vint camper à deux lieues nrcanip. Les coureurs de l'armée grecque eurent )rd quelque avantage sur ceux de l'armée sicilienne; la bataille décida du sort de Tltalie. Les Impé- , fort inférieurs en nombre, furent entièrement déiprèsune longue résistance. Tout se dispersa ; Alexis 11} l'Ange se sauvèrent dans Brindes. Jean Ducas îs après s'être courageusement défendu. Brindes t ses portes au vainqueur , et Alexis fut fait prisontvec tous ceux qui Tavoient accompagné. Les ba- *ebelles qui avoient pris le parti des Grecs tom* t entre les mains du roi. Il fit pendre les. uns, * les yeux aux autres. Robert i\e Basseville eut le fur d'échapper; il s'exila lui-même, et ne revint ilie qu'après la mort de Guillaume. Le vainqueur la ensuite à Bari , le prit et le mina. Il recouvra ; les places qu'on lui avoit enlevées.
nnei ^ affligé de ces pertes , ne perdit pas néanmoins cinn. /. 4 , rance de les réparer. Un autre Alexis , grand- ^}^y^J^ i ^ ^ r, fils d'Andronic, frèro de Manuel, fut envoyé à c. 8, le pour y lever de nouvelles troupes, recueiiur /. 5 , c. 8. bris de l'armée vaincue , et ranimer le courage des ^^^^^' ^'"
San.
îors italiens révoltés contre Guillaume. Dès le Romuaid. \ du siège de Corfou, Manuel, voyant la mau- p/^f^/ïa ««
isë HISTOIRE DU BAS-EliPIRfi*
riano ir. vaise disposition, d^s Vénitiens, avoit contracté m ^''^^*'' ^roîte alliance avec la ville d'Ancône, pour avoir m place de sûreté d'où il pût porter ses armes dans I diverses contrées de Tltalie. Alexis se rendit donc dai cette ville , d'oii il enyoya Constantin Otus et le com André pour rassembler des soldats. Le pape Adrien i voulut empêcher Constantin de faire des levées sur \ terres de l'Église. Ce pape avoit d'abord été ennemi i (zuitlaume, et favorîsoit les seigneurs rebelles. Manûd profitant de ces brouillerics, lui avoit député Paléologf à Bénévenl pour lui otTrîr cinq mille livres d'or, avi promesse de chasser Guillaume de l'Italie, s'il voiila lui donner trois villes sur Ic^ golfe Adriatique. Guî laume, averti de cette négociation, avoit tâché de rompre en se réconciliant avec le pape avant que d'ail combattre les Grecs. Adrien y étoît assez porlé de In même.; mais plusieurs cardinaux , ennemis du roi < Sicile, s'y étoient opposés. Après la victoire de Guiilaum Adrien n'osa plus rejeter ses propositions; il le recone* pour roi des Deux- Sicî les, ce qu'il avoit refusé jusqif-! lors, et se déclara contre Tempiriegrec. Un grand nomlii de seigneurs de l'état ecclésiastique, que Manuel air* eu soin de gagner, n'en furent que plus animés à faïF' rîser Constantin. Ils lui prêtèrent main forte pour lei^ des soldats ; et , malgré l'excommunication lancée cont eux, ils le servirttat avec tant de zèle, qu'un d'enf eux, eflVayé de Tanathème, ayant changé de parti, \)s* chassèrent de ses terres ; et, par un singulier capric épargnant sa personne , ils prétendirent le flétrir en ffl Sant souffrir 5 son cheval le supplice de l'estrapade. S' tant eux-mêmes révoltés contre le pape, ils le forcer* ; lever l'excommunication. Alexis, ayant doncjmis ii pied une nouvelle armée, rentra en Pouilîë, d'où Gi*' laume s'éloit retiré^ et reprît plusieurs places. Àlais, \A persuadé qu'il seroit difficile de conserver ces conquél?* il fut le premier à porter Manuel à la paix avec Ic'i
bSidle; et , en ayant reça la permission , il entama une Hpciation avec Maïus , amiral de la flotte sicilienne. Iksime Taffaire trainoit en longueur, Guillaume, pour .^accélérer la conclusion , donna ordre à son amiral îr avec quarante vaisseaux légers, chargés de quatre le hommes , chercher la flotte des Grecs et braver ipereur jusqu'aux portes de Constantinople. Maïus t au mois de juin , rencontre la flotte de Manuel à ipont, c'est Tancienne Ghalcis en Euhée; il la dé- , brûle les vaisseaux, prend la ville, et vogue vers stantinople. Manuel étoit absent, et le port se troualors sans défense. L'amiral sicilien pénètre jusùa palais de Blaquernes, cueille des fruits dans les is de l'empereur, lance sur les bâtimens des flèches ou argentées, et , retournant ensuite , il s'arrête -à-vis du grand palais , à l'entrée du Bosphore , dans iPropontide; et là, en présence de tout le peuple as- )lé en tumulte sur le rivage, il fait proclamer mme roi de Sicile , maître dAquiïée , de Capoue , iJPouiile, deCalabre, et de toutes les îles comprises Vitendae de ces pays ^ sur lesquels Manuel n'aïaucun droit. Toute la flotte applaudit par de grandes lations. Il laissa la ville dans une extrême agita- ; et , fier d'avoir insulté l'empereur jusque dans sa »tale , il retourne en Sicile au mois de septembre. Ce pour Guillaume un sujet de triomphe. Mais Manuel, sensible à cette vaine bravade , n'en daigna monaucun ressentiment.
Malgré ces succès Guillaume souhaitoit la paix. Il Cf'nn./. 14» it content d'éloigner les Grecs de l'Italie et d| re- ^^'cî^jf* tvrer les places qu'ils lui avoient enlevées. Manuel, Nicet.L2, kt les finances s'épuisoient , ne la désiroit pas moins, chron. Casavoit recommandé à Alexis d'en ménager les occa- *'"• Ibns. Les prisonniers grecs détenus en Sicile n'aspiit qu'après la liberté. Les mauvais traiteraens les . dent tellement abattus , qu'ils s'étoient engagés par
l5â HISTOIRE SU BAS-EMPIAS.
'ses armes , furent emmènes prisonniers en Perse poj
y travailler aux étoffes précieuses. Guillaume coniri
encore d'aider l'empereur de ses troupes dans toutes \
guerres qu'il auroit en Occident. A ces conditions la pa
fut conclue pour trente ans. Ce fut ainsi que finit ctt
guerre, où l'empire avoit perdu beaucoup d'argent<
* de troupes , sans autre fruit que d'avoir affermi dav^
tage la puissance qu'il avoit entrepris de détruire. HL
nuel devint sincèrement ami de Guillaume : il I
accorda le titre de roi , qu'il tie lui avoit jamais don
jusqu'alors ; et , après sa mort , lorsque Simon , fils a
turel de Roger, forma le dessein de s'emparer de la Sicil
Manuel lui refusa le secours qu'il demandoit contre l'fa
ritier légitime.
7inn, /. 4> Pendant que Manuel employoit ses généraux à di
îîcei, L\ , puter au roi de Sicile la possession de l'Italie méridi
/:., ^ nale, il s'étoit en personne transporté en Asie. Les Toi
18, c.io, lui avoient enlevé plusieurs villes dans le Pont et dsi
bhron. S. ^^ Gappadoce. Il leur livra bataille dans la petite Ph^k
lioninU gje^ les défit, ravagea leurs terres, et partie par la tff
reur de ses armes , partie par l'adresse d'Alexis GifuB
qu'il envoya traiter avec eux , il les réduisit à luLfl
mettre les places dont ils s'étoient emparés et à conda
la paix. Des affaires plus pressantes l'appeloient ailletU
Depuis la défaite d'Ândronic , Thoros s'étoit rend
maître de presque toute la Cilicie. Tarse y Ânazarb
Adanes , Mopsneste ou Mamistra , Longiniade , Si
étoient entPe ses mains. -;
D'un autre côté , le nouveau prince d'Antioche doi
noit cte grandes inquiétudes. Raymond ayant été tfll
en 1149 Y <lans une bataille contre Noradin , sulU
d'Alep ,. n'avoit laissé qu'un fils, encore enfant, sous:
tutelle de sa mère Constance. Cette princesse avC
d'abord imploré la protection de l'empereur , qui V
avoit envoyé le César Roger , veuf de Marie Comnèi»
sœur de Manuel. Roger espéroit l'épouser. Mais Coc
HISTOIRE BU BAS-EMPIRE. l33
nce , encore jenne, le trouvant d'un âge trop avancé, les habitans d'Ântioche craignant que cette alliance les rendit sujets de Tempire , Roger ëtoit retourné CSonstantinople. La princesse avoit choisi pour mari Bnaad de Châtillon, comte de Karac. Le nouveau ince rechercha d'abord la bienveillance de Tempenr ; et , pour preuve de son attachement au service de Aipire, Manuel exigea de lui qu'il fit la guerre à horos pQur le chasser de la Cilicie, promettant de le Sdominager des dépenses nécessaires pour cette expél)Ou. Renaud se prêta avec zèle a« désir dé Tempelir. Il entra en Cilicie , battit Thoros , et le contraignit fcse retirer dans les gorges du Taurus. Mais, Manuel I se pressant pas d'envoyer le dédommagement qu'il nnt promis, Renaud, irrité, résolut de se payer par kpropres mains. L'ile de Cypre étoit pleine de richesses tjpirèsqae dépourvue de troupes. Jean Comnène, newu lUanael, et Michel Branas, y commandoient. Rend s'y transporta avec une grande flotte; et, selon les heors grecs, il fut d'abord battu par les Impériaux, pis ceux-ci , l'ayant imprudemment poursuivi jusqu'à ncosie, furent défaits à leur tour, et laissèrent entre pAlains leurs deux généraux. Selon Guillaume de Tyr, loaud ne trouva qu'une foible résistance ; il tailla en pces le peu de troupes qu'on lui opposoit , courut en
lé l'ile entière, saccagea, brûla, ruina les places,
épargner ni âge, ni sexe, ni condition ,^ força les
istères d'hommes et de femmes; et, après avoir sur les malheureux habitans toutes les violences
le fureur brutale, il ramena au port d'Ântioche ses
its chargés de richesses et de crimes.
Fn acte d'hostilité si barbare demandoit une prompte tnce. Mais on ne pouvoit parvenir à Antioche
traverser la Cilicie , dont Thoros étoît le maitre. le surprendre, Manuel laissa ses troupes à Âttalie, le s'il n'avoit d'autre dessein que de contenir le&
lS4 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
Turcs. Il écrivît à Ca&sien, gouverneur de Séleucie^i
faire prendre les armes aux gens du pays, accoutun
à combattre les Arméniens, et de les tenir prêts à paii
au premier ordre. Sa cavalerie n^étant pas en état i
marcher, à cause d'une maladie répandue sur les cb
vaux, il choisit cinq cents de ses meilleurs fantassin
et se rendit çn diligence à Séleucie. N'y trouvant m
cunes troupes, par la négligence de Cassien , il par^
avec son escorte pour aller chercher Thoros. Celui-
étoit dans Tarse, sans aucune connoissance de Tapprod
de l'empereur, et il y anroit été surpris sans un de,i
pèlerins qui traversoient l'Asie pour aller en Palestii
Ce mendiant, après avoir reçu une aumône de Veraf
reur , courut , pour en recevoir une autre , donner tt'
à Thoros du danger où il étoit. L'Arménien n'eut q
le temps de sortir de la ville et de se sauver sur les mo
tagnes. L'empereur fit venir d'Attalie le reste de :î
troupes, et reconquit en peu de jours toute la Cilic
Après avoir repris Anazarbe et Longiniade, il rabal
sur Tarse. Jugeant qu'il lui faudroit du temps pour t
duire cette capitale, il tourna d'un autre côté, et char|
Théodore Vatace, son beau-frère, d'en former le siéj
Il fut heureusement trompé. Dès que Vatace parut 8
vue de la ville, les Arméniens, qui la dévoient défends
s'imaginant que l'empereur venoit en personne, priri
une telle épouvante , qu'ils se précipitèrent du haut i
tours. Tiarse ouvrit ses portes , et Manuel y pai
l'hiver.
à.K. ii56. Pendant ce séjour il reçut de Constantinople «
Nicet. l. 3 , nouvelle qui lui causa d'abord quelque inquiéta
Andronîc, enfermé depuis quatre ans dans une tour
palais , avoit inutilement tenté tous les moyens de I
chapper. Enfin il s'imagina que, s'il pouvoit disf
roître aux yeux de ses gardes, et leur faire croire qi
s' étoit sauvé, il pourroit se sauver en effet. Il avoit C
serve qu'en un coin de sa prison les briques dont la te
HISTOIRE BU BAS-EMPIRE. l35
ttt bâtie joignoient mal ensemble. Il travaille à les icher, et troave derrière une ouverture qui donnoit itrée dans une autre chambre vide. Il y transporte ce i*il avoit de provisions ^ et referme l'ouverture. A îore du repas les gardes viennent apporter la noiirre ordinaire , et sont fort surpris de ne trouver perme. Ils n'aperçoivent ni aux portes, ni aux fenêtres, ine marque d'évasion. Ils referment néanmoins la >rte, et vont avertir l'impératrice, les seignetirs, les ;istrats de cet événement incroyable. Le bruit s'en kod aussitôt , tout est en mouvement ; on fait la garde portes de Constantinople du côté de la terre , du é de la mer. On visite tous les recoins et du port et h ville. Après la perquisition la plus exacte, on endans toutes les provinces des ordres de chercher idronic et de le ramener. Comme on soupçonnoit sa ime, on l'enferme dans la même prison. Elle fut fort ijée la nuit suivante de voir au clair de la lune un le sortir de la muraille , et elle ne se rassura que [o'elie reconnut son mari. Ils pleurèrent ensemble, partagèrent ensemble les alimens qu'on apportoit les }owrs^ et de leur tendre commerce, qui n'étoit partagé avec des objets de libertinage ^ naquit un qui fut nommé Jean , et qui hérita dans la suite l^mbitisn criminelle et des malheurs de son père, négligence des sentinelles, qui, croyant n'avoir qu'une ime à garder, se relâchèrent de leurs précautions, ma au prisonnier occasion de s'échapper véritableit : mais on le reconnut à Mélangies , et on le ramena Constantinople. Il fut resserré plus étroitement et irgé d'une double chaîne. L'empereur envoya de Ciâe recommander la vigilance jusqu'à son retour. La proximité de l'empereur, et la résolution qu'il Cinn.Li roit prise de se transporter à Antioche avec son armée , ^QuiL. 2j ient trembler Renaud de Châtillon. Il avoit mérité ^- »8* ^* ite la colère de Manuel ^ar le pillage de l'Ile de Cypre.
l36 HISTOIRE DÛ BAS-EMPIRE. *
Il s^ëtoit rendu odieux à ses propres sujets par ses trosé
tés, et ne pouvoit espérer aucune assistance du patriarcM
Aimeri, qu'il avoit traité deux ans auparavant avec I
dernière inhumanité. Ses finances se trouvant épuisée!
il avoit demandé une grande somme d'argent au fM
triarche, et sur son refus il Tavoitfait dépouiller , fouette
outrageusement ; et , après avoir frotté de miel ses plaici
sanglantes, on Tavoit exposé aux ardeurs d'un sold
brûlant. Les douleurs aiguës que lui causoient les pi
qûres de tous les insectes ailés Tavoient enfin forcé :
livrer à tlenaud les trésors de l'église ; et ce prince in
sen$é, s'imaginant lui faire oublier sur-le-champ tf
traitement si atroce , l'avoit aussitôt fait monter à du
val et promener en pompe par toute la ville , l'accoin
pagnant lui-même à pied et lui tenant l'étrier. Cctî
ridicule satisfaction n'avoit pas adouci le cœur d'Ai
meri. Il promit par lettres à l'empereur de lui metti
Renaud entre les mains ; ce que Manuel , ennemi de 1
trahison , ne voulut pas écouter. 11 ne reçut pas mie*
les sollicitations de ses parens en faveur du prince d'A:
tioche, qui les avoit su mettre dans ses intérêts à for«
de présens. Renaud promettoit de livrer à l'empereur
citadelle d'Antioche, s'il vouloit lui accorder le pardo
Le voyant inflexible , il eut recours au seul moyen <
désarmer un ennemi généreux en s'abandonnani sa
réserve à sa vengeance. 11 prend le chemin de Cilîc
avec les principaux d' Antioche. Arrivé à Mamistra , <
Manuel étoit alors , il traverse toute la ville la corde *
cou, la tête,. les bras et les pieds nus; et, s'étant rea<
devant l'empereur, il demeure prosterné sur le seuil
la porte, tenant en main une épée dont il lui présef
la garde. Une troupe de moines dont il étoit suivi,
tête et les pieds nus ainsi que lui , se jette à genoux io
dant en larmes , et levant les bras pour demander mu
ricorde. Manuel refusoit d'abord de les voir et de 1
entendre ; mais , se laissant enfin fléchir , il permit
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. iS'J
lad d'approcher , et lui déclara qa'il lui pardonnoit conditions qu'il voulut lui prescrire, et que le clyrince accepta, avec serment de les exécuter fidèlement.
{Iles se réduisoient à deux articles : qu'Antioche lui
{Muniroit un certain nombre de troupes toutes les fois
.fa'il en demanderoit , et qu'elle accepteroit un patriarche
fitCi Dès le temps de la prise d'Ântioche , les croisa
,^ -èoient convenus avec Alexis qu'il y auroit toujours dans
h ville un patriarche envoyé de Constantinople , qui
joairoit du même pouvoir et des mêmes honneurs que
k patriarche latin. Mais celte convention avoit été mal
«bsenpée. Elle fut alors solennellement renouvelée. Les
£ -j^tés d'un grand nombre de nations, tant chrétiennes
^l^^i'infidèles , qui s'étoient rendus en Cilicie auprès de
fferopereur, ^rent témoins de cette humiliation du
4;|frinced'Antioche, et ce spectacle rendit les Latins mé-
'frisables à toute TAsie.
Baudouin m régnoit alors à Jérusalem. Il avoit épousé Cinn. /• 4 lannée précédente Théodora, fille d'Isaac, frère aîné ^Gmi.^r de Manuel , et avoit reçu de l'empereur une dot pro-^*^^^'^^ i portionnée à la naissance de la princesse. Ce prince ambitieux vouloit profiter du mécontentement de Tempeleor pour ajouter à ses états la principauté d'Antioche. a I II envoya donc des députés en Cilicie , en apparence pour t m intercéder en faveur de Renaud ; mais leur commission ^jijl secrète étoit au contraire de rendre Manuel inexorable. 1 ^ Comme il avoit besoin de se faire aimer de ceux d'An- .7 tiûche pour en devenir le maître , il se rendit dans cette f ville, et combla de caresses les hahitans, leur faisant 21 valoir le zèle qui Tarrachoit du sein de ses états pour 51 venir de plus près veiller à leurs intérêts. Il leur proj mettoit tous les services qu'ils pouvoient attendre de son I crédit auprès de l'empereur , son allié «t son ami. Penr dant ce temps-là ses députés travailloient de toutes leurs forces à aigrir l'empereur contre Renaud , et ils lui demandoient pour Baudouin une entrevue. Manuel , trop
l38 HISTOIRE OU BAS-EMPIRE.
clairvoyant pour ne pas pénétrer les intentions de Baii-^ douin, et trop généreux pour se prêter à cet odieittV manège , rcfusoit de le voir , sous prétexte que , dans use^ expédition militaire, il n'étoit pas en état de recevw^ dignement la visite d'un monarque si respectable. Il jis consentit cependant à force d'en être importuaé.1 Baudouin sortit d'Ântioche au milieu des prières in- 1^ stantesdeshabitansqui lesupplioient d'adoucir les coD-ii, ditions onéreuses du traité conclu par leur comte avec»! l'empereur. Comme il approchoit de Mamistra, l'em-ii pereur, pour faire honneur à ce successeur de David, L quoiqu'il ne lui ressemblât guère, envoya au<*>devantii> de lui, de distance en distance, divers seigneurs de si a cour, et toujours de plus distingués, dont les deuxder-iie niers furent Jean le protosébaste et Alexis le protocrarç; tor. Â mesure qu'ils le rencontroient, ils se joignoientà^ lui, et il arriva près de la tente de l'empereur avec ccf^ honorable cortège. Ayant passé au travers de la garde i impériale, il ne voulut descendre de cheval qu'à l'entrée? même de la tente , quoique, selon Tusage, il ne fût permis î qu'à l'empereur d'avancer jusque-là. Cette présomption r rendit l'empereur plus réservé sur les honneurs qu'il * devoit lui rendre. Il l'embrassa cependant avec amitié,,: et le fit asseoir à côté de lui , mais ^ir un siège plus bas • que le sien. Il eut avec lui plusieurs entretiens, el ne? voulût pas qu'il eût une autre table que la «lenne. Mais . la froideur de ses civilités, qui paroissoient données seulement à la bienséance , concentra l'ambition de Baudouin ; il n'osa poursuivre ses desseins contre Renaud; , et, se faisant un mérite de la nécessité , il prit le parti ^ d'agir de bonne foi en faveur de ceux d'Antioche. lis demandoient une diminution sur le nombre des troupes que l'empereuiècxîgeoit d'eux, et qui passoit leur pouvoir dans l'élat où les Turcs les avoient réduits : Manuel se relâcha sur cet article. Ils demandoient encore d'être dispensés de recevoir un patriarche grec; ce qui leur fu^
HISTOIRE DU BiS-EMPI&X. iSç
absolument refusé. Baudouin » voyant que Tempereur te prëparoit à n^archer . contre Thoros pour achever d'ex.temiinlr cette peuplade arménienne, voulut se £ûre un ami de ce brave guerrier, dont il* pourroit dans la suite tirer quelque service. Il ctoit adroit et in- Wiuant. Après avoir disposé Tesprit de l'empereur à une négociation , il ne lui fut pas difficile d'y engager Thoros, qui n'avoit nulle ressource contre des forces û supérieutes. Il le fit venir, et le conduisit à Tandience de Manuel dans l'extérieur d'un suppliant humilié. L'Arménien accepta toutes les propositions de Tempereur , remit les places qui lui restoient en Cilicie , prêta serment de fidélité , et retourna dans ses montagnes avec la qualité de vassal de Tempire.
Manuel , ayant célébré en Cilicie la fête de Pâques, Cînn. L se mit en marche pour Antioche avec son armée. Les Nicèt, L habitans, jaloux de leur liberté, qu'ils croyoient con-^^^:^ j server sous le gouvernement de leurs princes, firent/. iH^c* courir les bruits les plus capables de le détourner d*y dissertai, entrer. Mais l'intrépide Manuel méprisa ces alarmes; et ^oysurJc sans craindre cette insolence qui avoit obligé son père à une prompte retraite, comptant sur son courage et sur celui de ses Varangues, il se présenta aux portes de la ville avec le diadème et les autres ornemens impériaux. Il étoit vêtu d'une double cuirasse , couverte d'un drap d'or semé de brillantes pierreries ; et la pesanteur de cet habillement ne l'empêchoit pas de sauter sur son cheval aussi légèrement qu'un cavalier sans armes. Alors ce peuple , devenu timide parce qu'il n'avoit pu l'intimider , s'empressa de lui faire la réception la plus flatteuse. Les rues étoient jonchées de fleurs et tapissées des étoffes les plus précieuses. Tous les habitans sortirent au-devant de lui , précédés du patriarche en habits pontificaux , et «du clergé revêtu de ses plus beaux ornemens , portant des croix et le livre des saints évangiles, chantant des hymnes et des psaumes. Renaud lui
l46 HISTOIRE BU BÀS-fiMPIRE.
tenoit Fëtrier ; Baudouin , sans aucune marque âè royauté , Taccompagnoit achevai. IL fut ainsi ciondi]^.^ comme en triomphe à la basilique de Saint-Pierre| ^ et de là au palais, au son des timbales et des troiA"-'^ pettes. Pendant les huit jours qu'il demeura dans lï -^ ville , la justice se rendit en son nom et par ses officiert ^^ dans tons les tribunaux. Son armée campoit aux portes: ip Il distribua au peuple de grandes largesses , et signala ^l son séjour par de magnifiques tournois. Les Latins se ^ piquoient de supériorité en cet exercice , dont ils étoient i les inventeurs. Manuel fut bien aise de leur faire coih • noître que la milice grecque , dressée par ses leçons , ne ^ leur cédoit dans ces joutes galantes non plus que dani^ 4 les batailles. Il choisit dans sa maison et dans ses troupe^ -k les meilleurs cavaliers , les fit superbement vêtir et armer ?u de toutes pièces. Il se mit lui*même à leur tête. Renaud i) conduisoit la quadrille des Latins. Armés de lances sans'iL fer , les deux partisse disputèrent long-temps la victoire; u elle se décida enfin en faveur de Manuel. Il abattit j lui seul deux chevaliers latins, et laissa le peuple' d'An- jç tioche dans l'admiration de sa force et de son adresse. || in. î. 4) Ces combats simulés amusoient Manuel sans le satis* ; ilLTyr, faire; il en voiiloit de véritables. Il conçut le dessein de ^ \ , c. a5. réduire Alep. Noradin , le plus renommé des princes \ turcs , étoit sultan de cette ville , et le voisinage de ce ^ redoutable guerrier tenoit Antioche dans des alarmes > continuelles. Manuel partit avec son armée, bien four- , nie de toute les machines employées à l'attaque de& ; villes. Arrivé dans un lieu nommé légué de la Baleine ^ < il reçut des envoyés de Noradin. Le sultan , ne se trou- \ vaut pas pour lors en état de résister à de si grandes forces , offroit à l'empereur de lui remettre tous les prisonniers qu'il avoit entre les mains. C'étoient plus de six . mille hommes , la plupart François et Allemands , malheureux restes de la seconde croisade. Dans ce nombre étoient Bertrand ^ fils naturel du comte de Saint-Gilles^
HISTOIRE BU BAS-EMPIRE. l4l
e grand- maître des templiers , et quantité de noblesse. Il iroxnettoit encore de suivre l'empereur dan^ toutes «les [lierres qu'il feroit en Asie. Quoique Manuel necompil pas beaucoup sur cette promesse, cependant le désir k. délivrer tant de chrétiens lui fit accepter ces condiions. Il reçut les prisonniers, et abandonna Tentreprisc. 1 ne fut pas long-temps sans s'apercevoir qu'il n'y avoit point de paix solide avec ces infidèles. Ses fourrageurs fiorent insultés par une troupe de Turcs; on dit que ce ht à.l'insu de Noradin II eut sa revanche dès le lendemain , et les surprit dans une embuscade.
.Débarrassé de ces ennemis , il lui prit envie de faire une partie de chasse dans les montagnes de Syrie , qui abondoîent en bêtes fauves. C'étoient des lieux affreux', aiQSsi propres à cacher des brigands que des bêtes. Il fit camper son armée , et ne prit avec lui qu'une petite escorte. Il étoit précédé de six chasseurs à pied , qui illoient reconnoitre la forêt. Â peine eurent-ils fait quelques pas , qu'ils aperçurent vingt-quatre cavaliers turcs bien armés , qui couroient à eux la lance au poing. Ils prirent la fuite, passèrent une rivière à la nage , et vinrent instruire l'empereur de ce qu'ils avoient vu. Allons les chercher, dit Manuel , ce gibier en vaut bien un autre. Ses gens ne paroissoient pas disposés à s^engager dans la foret. Manuel , sans les attendre, pique ton cheval , et court à l'endroit qu'on lui avoit indiqué. H voit sortir de l'épaisseur du bois une troupe nombreuse qui s'y étoit tenue cachée. Rien ne l'effraie ; il fond sur eux, sans regarder s'il étoit secondé. Plus heureux que prudent , il avoit été suivi par soii escorte , qui , bien qu'en beaucoup moindre nombre que les ennemis, les taille en pièces, et laisse la forêt jonchée de cadavres.
Le roi de Jérusalem Tavoit suivi à la chasse ; et , voulant accompagner Manuel qui traversoit à toute i ûride les halliers les plus épais, il tomba avec son cheval, et se cassa un bras. Manuel fit sur-le-champ la
l4s HISTOIRE DU BA8-E
fonction dé chirurgien » lui remit le brai , lui appliqdi
Tappareil i et , Tayant conduit à Ântioche , il conlinan
de le panser assidûment , et ne le laissa partir pour Jéne
salem qu'après une parfaite guërison. Son génie , auit
^ actif qu'intelligent , s'ëtoit exercé à remédier à tous le
maux de l'humanité , excepté à l'énormité des impâkft.
et à la vexation de ses officiers , les deux plus cruelle
maladies des peuples. On le vit souvent saigner de
malades , remettre des membres rompus ou deboitët
faire sans dégoût toutes les opératièns de chirurgie
qu'il ne regardoit pas comme indignes de sa grandeur
laissant à ses courtisans leur arrogante et fausse délie»
tesse. Il s'étoit même instruit des pratiques de la méde
cine ; il y avoit fait d'utiles découvertes, et les hôpitau
faisoient avec succès usage des renièdes qu'il avoit in
ventés.
nn.L^, Lorsqu'il eut ainsi recouvré la Cîlicie , et rétabi
<i7/. Ty-r. dans Ântioche l'autorité impériale, il ne songea phi
uievi/de ^^'^ retourner à Constantinople. Pour abréger le ch6
i.Frid. l. mitï , il laissa la Pamphylie sur la gauche , et prit 1
' ■^' route de Lycaonie après avoir licencié une partie à
son armée. Cette imprudence lui coûta cher. Il travef
soit un pays ennemi, et le sultan d'Icône fit attaquer soi
arrière- garde près de Laranda. Elle fut fort mal traitée
et la perte auroit été encore plus grande, si Manuel, qfl
avoit pris les devans , ne fût promptenient revenu su
ses pas. Les ennemis s'étoient déjà retirés; il trouva I
terre couverte d'un grand nombre de ses soldats , k
uns massacrés, les autres respirant encore. Il ne pD
retenir ses larmes ; et , après avoir donné la sépultilf
aux morts , et fait mettre dans des chariots ceux ql
avoient encore quelque reste de vie , il passa pri
d'Icône. Le sultan, qui s'attendoit à être assiégé,
voyant marcher sans aucun acte d'hostilité, lui envo)
des vivres. Cependant il le fit suivre par ses troupe
qui surprirent près de Cotyée quelques corps trc
HISTOIRE BU BA9-£MPIRC. îj^5
es du gros de rarmëe , en tuèreni une partie , et t le reste prisonniers. Cette perte fut peu considé- L'empereur rentra en triomphe dans Constanânople , et rendit grâces à Dieu du succès de son expé- . II fit ensuite punir les crimes commis en son ce. Tandis qu'il éloît en Syrie, un des secrétaire» palais avoit formé contre lui une conjuration. Trois rats s'étoient engagés à aller tuer l'empereur ; et le taire avoit pris ses mesures pour se faire proclamer eur le jour même de l'assassinat. Ce malheureux it trouve un assez grand nombre de partisans. L'Im* trice fut avertie du complot ; elle dépêcha en dîlî- ^
e des courriers à l'empereur. Ijes assassins furent ertset arrêtés en Syrie. A Constantîiioplei on se it de l'auteur de la conjuration et de ses complices, retour de Manuel, ils furent tous punis. Le secrétaire les yeux crevés^ et, par un nouveau genre de peine, hii perça le gosier , et l'on fit passer sa langue par cette rture ; supplice d'une cruauté recherchée , et qui guroit l'humanité. Mais le crime paroissoit encore affireux , et personne n'en murmura, lia gloire qu'il s'étoit acquise en Cilicie et en Syrie An. 1157; ît reçu quelque échec dans son retour près de La- ^''w. /. 5; et de Cotyée. Il s'en vengea l'année suivante. Il bla ses troupes de Thrace dans la plaine de Cip- , et envoya ordre aux commandans qu'il avoit en e d'entrer séparément , mais en même temps sur \eà des Turcs , afin que ces barbares , occupés à dée chacun leur pays, ne pussent se donner mutuelt du secours. Comme il devoit faire la guerre dans plaines sablonneuses et brûlantes de la Phrygie, il dit l'automne pour passer l'Hellespont ; et , ayant versé en diligence la Troade , la Mysie, les campagnes ines du mont Olympe , il arriva près de Dorylée Phrygie. Les Turcs , séparés en plusieurs corps , t répandus dans toute la province. L'empereur
l44 HISTOIRE DU BAS-EMPIRIU
prît pour les combattre une méthode toute nouvéUt
c'ëtoit de les attaquer par pelotons séparés. Il divisa
armée, et mît à la tête de chaque division des chefs
périmentés , qui dévoient agir chacun de leur
Pour lui , qui ne croyoit faire la guerre qu'autant qi
payoit de sa personne , il ne prit avec lui qu'un eseift
dron de cavalerie ; et , se tenant posté sur des hauteuflÉ
an centre du pays , d'où il découvroit une vaste éteW
due^ et étoit à portée de recevoir promptement des avU
de ce qui se passoit au-delà , il couroit comme réchU
au secours de la partie qui étoit aux prises , et fondûl
sur l'ennemi avec la rapidité de la foudre. Son noli|
seul étoit devenu si formidable aux Turcs , qu'ils udl
soient se hasarder à combattre que les corps où il n'étdv
pas. Mais il arrivoit presque toujours avant que l'àl)
faire fût décidée ; et sa présence , qui se faisoit aussiti^
connoître par les coups qu'il portoit , ne manquoit pÊfl
de déterminer la victbire. Toujours en mouvèmeâi|
sans autre arme défensive que son bouclier , il se troodl
à une infinité d'actions particulières , et n'en sortit jÉi
mais sans avoir signalé sa valeur. Aussi heureux qii|
terrible , toujours au milieu du carnage , il ne re^
aucune blessure. Un Turc , renommé pour son coril
rage , ayant osé l'approcher , l'empereur le désanxié|g
le saisit par les cheveux , et le fit mettre aux fers. Dl^i
la même rencontre , il abattit trois autres cavalidl
turcs 9 qu'il fit enchaîner les mains derrière le dos,'^
il rentra dans son camp traînant après lui ces quatjk
prisonniers attachés aux anneaux de sa selle. Les riguefl^i
de rhiver qui commençoient à se faire sentir roh8|
gèrent à ramasser ses différens corps et à reprendrelh
route de Constantinople. .4
Cinn, Z. 5 , H étoît déjà au château de Pyles en Bithynie , lolP
qu'il reçut une ambassade du sultan, dont les propos!^
tions le mirent dans une telle colère , qu'il chao{(f
aussitôt de route , et marcha droit à Philadelphie ,
niSTOIRS DU BAS-EHPIRE. i^5
le nouveau sur les terres des Turcs. Ceux - cî eut en Bithyuie , lui'squ'ils te virent dans leur c sou armée. L'émir Sulîman , qui commans cette contrée , ne pouvant se persuader que ur fût revenu sur ses pas , taudis que la terre verte de neige , envoya un de ses officiers pour ►porter des nouvelles assurées. C'cloît ce même |iiî s'étoit signalé au si<-ge de Corfou, et qui, ." dans sa patrie , s'étuit atlaclié au service de es naturels. Il couDoissoît l'empereur et en étuit lanuel avoil laissé ses troupes bien loin derrière étoit suivi que de soixante cavaliers. Le Turc, e rencontrer l'cmperciu' à la tèle des coureurs 'inée , au Heu de tiiir , s'approche , saule à bas heval , et, se prosternant devant lui : Prince , . , vous voyez il vos pieds es Pupace que vous autrefois sur les murs de Corfou. Je servais !c zèle voire majesté ; je sers maintenant ma gl/e m'envoie pour reconnaître si c'est Manuel >nne gui rapporte encore le ravage dans nos tes. Pupace , répondit Manuel , vos maîtres Uni à un homme gui, voyant sa maison en à Je songer à l'éteindre, s'amu&eroit à cherfst f' incendiaire. Allez leur dire que vous m'aiils mt verront eus - nièmes tout à theureî i cœur , qu'iU m'épargnent la moitié du nvuie PupacCj et avance toujours à la tête c triiupf. Il voit biciiiAi ,1,-. ni lui un corpa lissages. Plunur lui, qui < I rès - peti* itiii nom , il L-me Le bon-r ■élisant bonne .trdi (les mode lejo»""
^ l4& UISTOiaK DU BÀS-EMPIRl.
li tombe alors sur les Turcs, qui sont en un moment
rais en fuite , et laissent sur la place grand nombre de
leurs soldats. Après s'être ainsi vengé de Tinsolence da
sultan , il va passer le reste de Thiver à Constantin
nople.
. ii58. i^^ défaites des Turcs n'abattoient pas leur courage»
m. /. 5, Q^^iQ nation sembloit renaître de ses pertes, et croître
tt. L 3, au milieu de son s^ng. Â peine eurent-ils pansé leurs
Ve Gui- blessures , qu'ils reprirent les armes, vinrent saccager
//liiw"/ P'^^'^*^ 1 S"** ^^^ frontières de Carie , prirent et pillé- , p» 4a > rent Laodicée de Phrygie , dont ils emmenèrent les habilans qui étoient en âge de puberté. Manuel, indigné de cette audace, auroît sur-le-champ couru à la vengeance , s'il n'avoit voulu mettre sur pied de plus grandet forces qu'à l'ordinaire , pour écraser enfin ces opiniâtres ennemis. Il envoya en Palestine Jean Contostéphane pour demander à Baudouin les secours qu'il avoit pro* mis de fournir au besoin. Il manda à Renaud , princt d'Ântioche , de se rendre au plus tôt en Bithynie avec ce qu'il avoit de troupes. Thoros et les autres princes arméniens reçurent ordre de remplir le devoir de vassaux en lui amenant toutes leurs forces. Les habitani du mont Taurus accoururent se ranger sous ses en-| seignes. Du côté de TOccident , il prit à sa solde des cavaliers liguriens, dalmates, palzinaces. Comme les. Latins qui alloient par mer en Palestine avoient co» tume de relâcher à l'île de Rhodes, il en attira un graoA* nombre, qui s'engagèrent volontiers à faire la guent.^ aux infidèles. Il fit assembler de toute la Thrace quaiH tité de bœufs et de chariots pour voiturer les fourrages* les vivres et les autres munitions. Non content de eei grands préparatifs , il voulut encore s'assurer du snccèi en jetant la division entre ses ennemis. Masoud , sultan d'Iconè , avoit, en mourant , partagé ses états entre trai» princes. Manuel souleva les deux autres contre Kilidgc^ Ârslan, surnommé Azzeddin, fils de Masoud , qui avoil
HISTOIRE DU BAS-SMPIRE. l/^*J
xme dans son partage. Celui-ci , se voyant attaqué par
% cohéritiers , prît le parti de faire la paix avec Tem-
erenr. Il proinettoit de mettre en liberté tous les chré^
iens qu'il tenoit dans les fers. Pendant cette négocia-»
ion , Jean Contostéphane , revenant de Palestine avec
m corps de cavalerie , rencontra une armée de Turcs
nrte de vingt-deux mille hommes. Il gagna une énii-
lence voisine ; et , après avoir exhorté ses gens à bien
inre , il descend sur les Turcs , leur marche sur le
vautre, et en tue un grand nombre. Jean se distingua
or tous les autres par une brillante valeur ; et, couvert
k gloire , il se rendit, auprès de Manuel , en Bithynie.
bzedilin , consterné de cette défaite , effrayé encore da
Vienaçant appareil de IVmpereur , se porta avec d'autant
(Uns d'empressement à conclure la paix. A ses premières
propositions y il ajouta qu*ilJourmroit tous les ans un
wrps de troupes ; qu^il ne permettront aucune incursior^
lur les terres de t empire ; qu'il s*opposeroit de toutes
m forces h celles des autres princes musulmans ; qu'il
tmdroii toutes les places prises sur l'empire depuis le
mmmencement du règne de Manuel , et qu'il exécute-
¥oii fidèlement tous les ordres de l'empereur. Manuel ,
iMisfait de ces promesses, en fit jurer l'exécution, et,
iomme il apprenoit que les Patzinaces avoient passé le
Oanube pour ravager la Thrace , il prit le chemin de
fHellespont , passa la mer à Gallipoli , et marcha vers
leDannbe. Mais, avant qu'il y fût arrivé, les Patzinaces
Voient déjà repassé le fleuve.
'.Tout l'empire éloit en paix. Manuel, qui ne la con- ç,-^^ ^ 5
QMsoit pas encore, voulut en essayer les douceurs, et se c-Ji- ^ ^ra dans une de ses maisons de campagne, près de^. 5.
Coostantinople. Mais, comoie si c'eût été sa destinée de «^jf'^/vivi
)è jamais goûter de repos , il y éprouva un chagrin dont /.i > c. c.
4 ne se croyoit pas susceptible. Il n'avoit jamais aimé itimpérafrice. La piété, la bonté, la modestie de cette "princesse s'accordoient mal avec le caractère superbe et
l48 filSTOIEE DU BAS-KILPIEK.
libertin de Manuel. Cet oient, à son gré , des qualités tfogr vulgaires. Elle mourût dans ce séjour, et en ce momeaU i tout son mérite ressuscita aux yeux de Manuel. Il ne lil i crut digne dç lui qu'après Tavoir perdue. Il la pleurât, amèrement, la fit magnifiquement inhumer dans le mo-* j nastère du Pantocrator, où son père a voit sa sépulknre^ ' et passa plusieurs jours plongé dans la plus profondu '< tristesse; jusqu^à ce qu^enfin Théodora, qui avoit elle^^ même rempli d'amertume la vie de la princesse, lui &h oublier sa douleur. Irène laissoit deux filles , Marie, dont* ; nous avons déjà parlé , et dont nous aurons occasion dt**- ^ parler encore , et un enfant de quatre ans , qui raounH^. : peu de temps après sa mère. Elle avoit entretenu une teQ4 * dre amitié avec Frédéric , empereur d^AUemagne, neveux ^ d'alliance de sa sœur Gertrude , veuve de Conrad. PaÀ^ de temps avant sa mort , elle l'envoya prier de faire cluK;^ valier le jeune Frédéric, encore enfant, son neveu, aiM^ quel, comme fils de Conrad, l'empire d'Allemagne eiUlii appartenu, s'il eût été héréditaire. L'empereur Manodiit y joignit sa recommandation. Les députés vinrent troii4~ ver Frédéric à Wirtzbourg ; ils lui apportoient détu^ présens. Mais , bouffis de la vanité grecque , et croyanfc faire honneur à leur maîtresse , qui ne leur avoit paÉI donné de pareilles instructions, ils s'acquittèrent de lemÉ commission avec tant de hauteur et d'arrogance , trai-w tant les Allemands comme des barbares , que Tempe crut leur faire grâce que de les mépriser, et que les gneurs allemands menaçoient de leur répondre aut ment que par des paroles. Il fallut baisser le ton et fair^d des excuses. On s'apaisa , et Frédéric voulut bien cein^l dre en leur présence l'épée au jeune prince , qui fut daodt la i^lite'duc de Franconie et de Suabe. j
f. uSg. Pour mieux assurer la paix avec Manuel, Azzeddii|î wi. /. 5 , 5e transporta lui-même l'année suivante à Constantii icet. LZ, nople. Ce fut pour cette ville un brillant ^spect^le , ^>^' capable de flatter la vanité de l'empereur. Manuel déj|
HI8T0IEE DU BÀfl-EMPIEE. l49
SI tout l'orgueil de Tempire pour donner au prince ilman une grande idée de sa puissance. Sur une e estrade, couverte de tapis précieux, s^élevoit un ! d*or enrichi de pierreries , et couronné d'un dais rilloîent les plus belles perles de TOrient. Le prince, - sur le trône , étoit vêtu d'une pourpre éclatante , è de haut eu bas de perles et de pierreries de di-> s couleurs, plus artistement arrangées que les fleurs le plus beau parterre. Sûr sa poitrine pendoit à des les d'or un rubis étincelant d'une grosseur extraorire ; et la splendeur de cette rayonnante parure étoit re surpassée par l'éclat du diadème. La taille avanise du prince et son air majestueux s'assortissoient à oiperbes ornemens. Aux deux côtés du trône, sur les és,étoient debout les sénateurs, selon le rang de leur itë. Au premier pas qu'Azzeddin fit dans cette salle, tembloit être le palais du soleil , il s'arrêta comme ni , et demeura quelque temps immobile. C'étoit lomme de mauvaise mine , estropié de presque tous uembres, et tellement impotent , qu'il ne se traiqu'avec peine, toujours ^en voiture ou sur les bras 1^ esclaves ; mais d'un esprit fourbe , délié , ambic , sans foi , et sans autre morale que ses intérêts. int avancé vers l'empereur qui l'invitoit à s'asseoir, efusa d'abord par respect. Il s'assit enfin sur un t beaucoup plus bas que celui de Manuel. Après ques momens d'entretien, il se retira dans l'hospice n lui avoit préparé. L'empereur, pour étaler à ses c toutes les richesses de la ville , vouloit le conduire rocession solennelle depuis la pointe orientale jus- Sainte-Sophie. On y devoit porter en pompe tjjus ornemens des églises. Le patriarche prétendit que >it profaner les instrumens du culte divin que de aire servir d'accompagnement à un infidèle ; et un lUement de terre qui se fit sentir la nuit suivante it justifier l'opposition du patriartche..
|5o HI8TOIE£ D17 BA8*tMPt&l.
L'empereur se désista donc de ce dessein ; mi
n'oublia rien pour donner au sultan les fêtes les
magnifiques. G'étoient tous les jours des repas se
lueux , des courses de chars dans le Cirque , des j
et des -combats de marine dans le port, où le feu gré
produisoit les effets les plus surprenans et les pluj
)*ible8. Le sultan voulut à son tour donner un spe(
plus merveilleux que tous les autres. Il avoit à sa
un saltimbanque, qu'il croyoit un être miraculeui
extravagant fit afficher que tel jour il voleroit en Vi
la tour de THippodrome dans toute l'étendue du Gii
pour le divertissement du peuple de Constantin
Au jour marqué l'empereur, toute la ville , et le su
qui n'étoit pas sans inquiétude, se rendent au Cirq<
attendent avec impatience le prodige annoncé. Le
paroît sur la tour, vêtu d'une étoffe ample et léger
liée de plusieurs cercles , pour prendre et retenir le
En vain l'empereur lui envoya dire qu'il le tenoît
aussi léger qu'un aigle , mais que néanmoins il lu
^eilloit de ne pas s'exposer à l'aventure d'Icare. Le
latan rejette cet avis avec mépris,, comme étant s
son fait. Il agite ses bras ainsi que des ailes ; au pr
50uffle.il prend l'essor; et, dès qu'il a quitté la te
est si rudement précipité à terre , qu'il se brise to
os. Cette ridicule épreuve rendit le sultan et les
la fable de toute la ville ; ils ne pouvoient paroîtr
exciter la risée ; et l'i^mpereur, qui faisoit semblant
pêcher ces avanies , s'en divertissoit lui-même.
Le musulman confirma par de nouveaux sernn traité déjà conclu. Pendant son séjour à Constant les autres sultans de l'Asie mineure avec lesquels i en guerre , craignant de n'être plus en état de l sîsler, s'il étoit soutenu de l'alliance de l'emperei voyèrent à Manuel des députés pour le prier de concilier avec Azzeddin; ce que l'empereur vonlr jcntreprendre ; et le sultan s'y prêta de bonne grâ
BI8T0IRE DU 1IA8-EMPI&C. l5l
Mf^^mni jamais de promettre et de jurer ce qn'il n'a- (ttBVsl dessein de tenir. Avant son départ, Temperenr i fit cle riches prësens ; et , ponr Tëbloair davantage , il ifit étaler dans une salle du palais. C'ëtoient des étoffes ((W^x, des pierreries, des vases d'or et d'argent, des tretés de diverses espèces inconnues à ces barbares, ^çrèa avoir conduit le sultan dans ce riche magasin : Qm dJsirez-vous de tous ces trésors? lui dit -il. lie inhaQ ayant modestement répondu qu'il recevroit avec ifcofinoissance ce que Tempereur voudroit lui donner : IBthien, ajouta Manuel, /V vous donne tout. Le Turc, étonné que ravi , voulut se jeter aux pieds de
IVmpereur, qui le retint; et, dans le transport de sa
^Kcmnoissance, il promit de restituer Sébaste, une des IlP^pAndes villes de la Cappadoce. Manuel, de son t|(Mé,lui fit espérer encore de grandes récompenses, s'il
[^it parole. Azzeddin sortit de Gonstantinopie, croyant 1er avec lui tons les trésors de l'empire. Quelque
[teps après , Constantin Gabras fut envoyé avec de
|aBii?eaax présens pour prendre possession de Sébaste. Je prince turc n'étoit pas plus tât rentré dans Icône, pour s'affranchir de son engagement , il avoit ruiné te et tout le pays d'alentour.
Abmiel , n'ayant aucun fils d'Irène, songea à un se- Av. ii6o« mariage. Il avoit des enfans de sa nièce Théodora ; ^''"'" '• 5,
lis, quoiqu'il osât violer les lois divines et humaines Wiceu /.3 , m l^entretenant pour maîtresse , il n'osa la prendre ^'qI^u^ ry-,.. pNir femme. Il jeta les yeux sur les familles des princes f* >s « <^- ^o i |Mms établis en Orient , et s'en rapporta pour le choix du Congé, j^.Baodonia, roi de Jénisalem, lui demandant «ne^^'^g;^^ llrincesse de ses parentes. Il lui députa pour cet effet son i'^- Mvea Jean Contostéphane , et Trasiile, le premier des ittterprètes du palais, dont il connoissoit l'habileté et le iMe pour son service. Baudouin avoit dans la maison \m princes d'Antioche et dans celle du comte de Tripoli deux cousines ^ Marie et MéJisende. Aflarie ëtoit
iS^ RI8TOIAE BIT BAS^-KMPIAi:.
fille de Raymond , prince d'Antîoche , et de ConstaiuM) fille d'Alix, tante maternelle de Baudouin» Méliseadl ëtoit née du mariage de Raymond , comte de Tripol^ avec Hodierne, sœur de Mélisénde , mère de Baudouin. Il se détermina en faveur de la princesse de Tripoli , q4| lui étoit d'un degré plus proche que Marie. Les dépnléll acceptèrent la proposition , et en écrivirent à Tempereii^ qu'ils instruisirent des qualités de la princesse. Le comtt de Tripoli , nommé Raymond , comme son père , coroffr tant sur le consentement de l'empereur, s'épuisa en frmÈ^ par un empressemejit prématuré , pour former à sa soffOÊ le plus magnifique équipage. Outre d'énormes dépeniM en or, en argent, en bijoux de toute espèce, il lui m équiper douze galères pour la conduire à Constant» nople. Toute la noblesse 'du comté , et celle même d|| royaume de Jérusalem , s'étoit réunie à Tripoli pool faire sa cour à la jeune princesse, qu'elle croyoit d^ voir assise sur le premier trône de l'Orient ; et RaymosM se faisoit un point d'honneur de défrayer tous ces aék gneurs pendant leur séjour. Les députés , pressés de caÊt dure, atlendoient le consentement de leur maître , lÉj l'année se passa sans le recevoir. Baudouin , ennuyé 4| ce retardement , envoya demander à Manuel une paroi précise. Son dépoté revint bientôt avec une réponse paM satisfaisante. Manuel refusoit le parti proposé. BaudouiÉ s'en tint très-offensé, et les députés de Manuel, a|PI préhendant le ressentiment du comte de Tripoli, N jetèrent dans une nacelle qu'ils trouvèrent par hasard^ et passèrent en Cypre. Tous les seigneurs qui s'étoiep assemblés à Tripoli se retirèrent confus , et BaudodB se rendit à Antioche , où le peuple l'appeloit avec iH stance pour veiller à la défense de la ville en l'abseoM de Renaud de Châtillon , qui venoit d'être pris par IH Turcs. Si l'on en vouloit croire Cinname , le ciel niéflM se seroit déclaré contre Mélisénde. Mais ce qu^il racoflIC à ce sujet a tout l'air d'une fable ^ue les amis de Mtfr
BI8TOI&E BU BAS-SHPIEI. l55
' anel firent courii^ pour justifier son inconstance : j'ai
Guillaume de Tyr, auteur judicieux et contemfirain , dont le récit m'a paru plus vraisemblable.
Le roi de Jérusalem fut étonné de voir arriver à An. nSu AatioGhe , presque aussitôt que lui , trois ambassadeurs et Manuel. Ce prince, aussi esclave de la volupté que fusionné pour la gloire, avoit appris, depuis la dépulltion adressée à Baudouin , que Marie d^ Antioche étoit k plus belle princesse de son siècle, et qu'elle surpassoit [iafiniment Mélisende par les grâces de sa personne. Ce lédt Tavoit enflammé pour elle et refroidi pour la de Tripoli. Il avoit aussitôt dépêché Basile itère , commandant des Varangues , pour s'inire par ses propres yeux ; et sur son rapport il avoit lyé pour faire la demande le grand-duc Alexis, fils 'Anne Gomnène , le sébaste Nicéphore de Bryenne , un ses neveux d'alliance, et Andronic Camatère, son i et son allié , préfet de Constantiuople , et honoré titre de sébaste. Il falloit avoir Fagrément de Bau- [iKiin , sans lequel Constance , mère de Marie , n'osoit conclure en Tabsence de Renaud. Baudouin, piqué refus de Manuel, ne se pressoit pas de le satisfaire, consentit enfin par tendresse pour la jeune princesse, i brûloit d'envie de se voir sur la tête la couronne ipériale; et lui ayant donné un brillant cortège , il la embarquer au port de Saiut-Siméon , à Tembouire de TOronte. Elle arriva à Constantiuople vers la de décembre , au milieu des acclamations du peuple , à l'admirer, quand elle auroit été moins belle ^ et jour de Noël , le mariage fut célébré avec splendeur Sainte-Sophie, parle patriarche Luc, assisté de patriarches ,.Sophrone d'Alexandrie , et Athanase FAntioche , qui avoient suivi la princesse. Manuel la proclamer impératrice- au pied de Tautel; et cette iée j ainsi que les suivantes , se passa en festins, jeux , en distributions de largesses aux églises,
i54 aiBTo»E iùv bas^sufihb;
r. n6a. aux patriarches , anx seigneurs ^ et an peuple en
Là ville d'Antioche prenoît part à ces n^oaissaii
mais non pas le comte de Tripoli. Ontré de Tini
faite à sa sœur , il ne s'occupoit que de projets de ^
geance. Trop foible pour attaquer Tempereur par
guerre déclarée , il prit le parti d'employer le bri|
dage. Il arma en guerre les douze galères qiiHl i
équipées pour conduire sa sœur à Constantinopic
en donna le commandement à des pirates détermi
av€c ordre de descendre partout où ils pourroient
les terres de Tempîre, de n'épargner ni âge , ni sexe
condition; de ne respecter ni église ni monastère , <
répandre de toutes parts le pillage , le meurtre et !
cçndie. Jamais ordres ne furent plus ponctueller
exécutés. Ces âmes avides et cruelles couvrirent de
et de ruines les îles et le continent où ils purent aboi
Ils enlevèrent, ils détruisirent sans distinction du s
et du profane. Ils arrétoient , tant sur mer que sur te
les pèlerins quialloient aux saints lieux , ou qui en i
noient, les tuoient, ou renvoy oient nus ceux auxc
ils laissoient la vie. Telles furent les premières s
de ce mariage. Les soupçons que Marie fit naître pj
conduite , surtout après la mort de Manuel , donne
ensuite occasion à des troubles qui ne furent pas ir
funestes. Ce Nicéphore Bryenne, député à Ânti
pour négocier le mariage de Manuel , reçut dans la
un affront qui, malgré son peu d'importance, mérite ]
être de n'être pas oublié, ne fût-ce que pour faire
noitre la juste fierté de la cour de Constantinopl
avoit marié une de ses filles à un Théodore Mésa
auquel on ne donne d'autre titre que celui de gi
mairien de l'empereur. Manuel fit casser le mai
comme inégal, et comme contracté sans qu'il eu
consulté. Andronic Camatèré", qui fut aussi un des
ambassadeurs » étoit savant et éloquent ; il compos