ANDRONIC
La conduite ambitieuse dcRocafort n'étoit pas propre Ax. i5oS. à étouffer le germe des dissensions qiû causèrent plus de mal aux Catalans que toutes les forces des Grecs et les trahisons dont ils avoient été tant de fois victimes. Ferdinand auroit pu le démasquer en se réunissant à ses deux rivaux. L'avarice de ce prince étoit un moyeu de réunir les différens partis, de les confondre, et de n'en faire qu'un corps invincible. Avec plus de générosité et de dévouement à la cause , P^ocafort eût profité de cette occasion, et les Catalans auroient conquis facilement l'empire. Ils avoient tellement épuisé le pays , qu'il ne présentoit qu'un désert et des ruines à une grande distance de Gallipoli. La Thrace ne leur offroit plus aucune ressource, et les cultivateurs, las d'ensemencer la terre pour des étrangers après l'avoir laissée inculte s'étoient reiirés de ce canton. Les Catalans se voyoient dans la nécessité d'aller chercher luie autre contrée; mais il falloit , pour se déterminer sur le choix et sur les moyens d'exécution, agir de concert, et la discorde régnoit entre les soldats comme parmi les chefs. Malgré les justes sujets de mécontentement qu'il avoit contre l'armée, le prince Ferdinand offrit sa médiation pour remettre l'union dans les esprits. Ses soins ne furent pas sans succès. Touchés de son zèle et de ses représentations , les principaux ofticiers se réunissent , et , dans une assemblée nombreuse, fixent la ville où Ton iroit s établir , la route qu'il falloit prendre, et le jour du départ. On choisit Christopole <^ , ville qui, par sa posi-
" Aujourd'hui Emboii.
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lion, réunissoit tous les avantages que recherchoient îes^ Catalans. Placée sur la frontière entre la Thrace et la Macédoine, elle leur ofFroit les moyens de faire, suivant leurs besoins, des incursions dans ces deux provinces, et son voisinage de la mer facilitoit l'arrivée des secours du côté de l'occident. Imitant les conquérans qui détruisent ce qu'ils ne peuvent conserver, ils démantelèrent les fortifications de Rhédeste , de Madyte, deSélymbrie, de Nona, de Pactya, d'Examiles, de Mégarix et de Gallipoli. Ils contribuèrent ainsi de loin à la chute de i'empire en favorisant l'invasion des Turcs. Raymond- Muntaner, qui de gouverneur de Gallipoli fut fait gouverneur-général de l'armée , lit embarquer sur trentesix galères les familles et les effets des Catalans, et conduisit ce convoi à Ghristopole. Aûn d'éloigner toute occasion de querelle, les généraux des deux partis mirent entre eux dans leur marche un jour d'intervalle. Rocafort se mit le premier en route. Ferdinand, Bérenger et Ximénès le suivirent. Malgré la sagesse de ces précautions, on n'évita point ce qu'on avoit craint. A deux journées de Christopole, Rocafort et sa troupe s'arrêtèrent dans un village au milieu d'une plaine fertile^ couverte d'arbres à fruits. Les soldats , s'étant dispersés de tous les côtés, ne se trouvèrent point rassemblés te lendemain à l'heure du départ , qui fut différée. Au ma-l ment où il alloit l'effectuer, les troupes commandées par Bérenger, qui , pour éviter la chaleur , s'étoicnt mises en route au point du jour, parurent à la vue de celles de son rival. Rocafort ,• qui probablement cherchoit l'occasion d'assouvir sa haine, feignit de croire que Bérenger , violant les conventions , avoit l'intention de î'attaquer. Au lieu de provoquer une explication qui l'auroit détrompé, il s'élance à la tête de sa cavalerie sur les soldats de son rival, qui se défendent avec vigueur. Bérenger paroit,et leur crie de déposer les armes* Mais le frère de Rocafort, et un de ses parens nommé
î}aIrïian-de-Saint-Martin , tombent sur le guerrier et le tuent. On se bat avec acharnement. Les Aragonois furent maltraités , parce que la division de Rocaforl étoii beaucoup plus nombreuse. Celui-ci , craignant pour Tinfan t , dont la mort auroit été vengée, fit cesser le carnage et retirer ses troupes. L'infant arrive, serre dans ses bras Bérenger , l'inonde de ses laraies , adresse des reproches amers à Rocafort , qui répond que ce malheur étoit la suite d'une méprise. On rendit les derniers devoirs au guerrier , dont la destinée étoit de perdre parmi les siens une vie que la trahison a voit respectée. Ximénès d'Arénos, malgré les prières de Ferdinand, résolut de se séparer des Catalans , excusable celle fois de former ce projet , que l'exemple de Bérenger justifioiî: assez. Il prend ia route de Constantinople après avoir fait offrir ses services à i'emperem* qui les avoit acceptés. Ce prince lui fit un accueil flatteur, et , pour se l'attacher , lui donna en mariage sa nièce Théodora, et la dignité de grand-duc qu'avoit possédée Roger Dcflor, et qui ne l'avoit point préservé d'un sort cruel. L'infant, ayant une seconde fois sommé vainement l'armée de le reconnoître en qualité de lieutenant de Frédéric, s'embarqua sur les galères pour l'île de Thase, où il trouva Muntaner qui ne le précédoit que de quelques instans. Le récit de ce qui s'étoit passé pendant l'absence de ce dernier lui causa autant d'indignation que de chagrin. Il reconnut Ferdinand pour lieutenant du roi de Sicile, et obéit à l'ordre que ce prince lui donna de ne pas se séparer de lui. En ayant obtenu la permission d'aller conduire aux Catalans leurs enfans et leurs femmes, il s'approcha du camp, remit les registres, les titres et le sceau de l'armée , et résista aux vives instances que loi firent ses compatriotes, même Rocafort , pour rester avec eux. Il blâma hautement la conduite qu'on avoit tenue, et se rembarqua , annonçant qu'il croyoit de son devoir de rejoindre le prince. Les Catalans , qu'il
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avoit ramenés avec lui au camp , se partagèrent en trois bandes : l'une alla rejoindre Ferdinand Ximénès ; l'autre se réunit aux troupes de Rocafort , et la troisième, qui ne vouloit servir sous les ordres d'aucun des deux , passa dans l'île de Nègrepont. Muntaner resta quelque temps dans l'île de Thase avec Ferdinand. Ils y furent accueillis parTicîn Jacquerie, qui témoigna sa reconnoissance au gouverneur de Gallipoli , à qui il devoit sa fortune et îa possession de la meilleure place de cette île.
Rocafort se trouvoit sans rival à la tête des Catalans dont il pouvoit disposer à son gré, n'ayant aucun compte à rendre , et ne reconnoissant aucun pouvoir au-dessus du sien. Son armée , toute composée de soldats aguerris , étoit de huit mille hommes. Il eut l'intention d'aller assiéger Ghristopole; mais elle étoit à l'abri d'un coup de main, et les Grecs venoient d'en augmenter les fortifications et la garnison. Renonçant au projet de s'emparer de cette place , il franchit le mont Rhodope, entre en Macédoine, et s'empare de Cassandrie : c'étoit l'ancienne Potidée, située dans une province fertile, sur le bord de la mer. Les Catalans y prirent leurs quartiers d'hiver. De leur côté , l'infant et Muntaner s'étoient rendus au port d'Almiro dans le duché d'Athènes. Ayant des plaintes à faire contre les habitans qui avoient maltraité ses gens, le prince, écoutant plus son ressentiment que sa prudence, ravagea le pays, et , malgré les représentations du sage Muntaner , voulut descendre ' dans l'île de Nègrepont et visiter la capitale. A peine y étoit-il entré qu'on l'arrêta pendant que les vaisseaux vénitiens qui étoient dans la rade atlaquoient les siens et s'en emparoient. Il fut remis à Thibaut de Sipoys, François envoyé par la cour de France pour faire des partisans au comte de Valois, qui ne renonçoit point aux droits que lui avoit donnés Catherine de Courtenay au trône de Constantinople. Thibaut livra Ferdinand au duc d'Athènes. Cherchant les moyens de disposer les
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Catalans en faveur de son maître , apprenant qu'un des plus efficaces seroit de gagner Rocafort, sachant enfin que ce général désiroit d'avoir en sa possession Munlaner et Gomez Palacin, arrêtés avec l'infant, Thibaut part avec ces deux prisonniers, se rend à Gassandrie, et les livre à Rocafort. Celui-ci fit décapiter sur-le-champ Gomez sans autre forme de procès, et parce qu'il avoit été toujours attaché aux intérêts de Bérenger et de Ferdinand Ximénès. Sans l'estime et l'amour des soldats que Muntaners'étoittoujours conciliés, il eût éprouvé le même sort. Après cette expédition , Rocafort , voyant que les cours de Sicile et d'Aragon ne pouvoient que le considérer comme leur ennemi, sentit la nécessité d'avoir un appui. Il écouta les propositions de Thibaut de Sipoys, le reçut comme lieutenant-général du comte de Valois, et le fit reconnoître en cette qualité par son armée, qui prêta serment de fidélité à ce prince. Muntaner fut reconduit à Nègrepont. Le duc d'Athènes lui accorda la facilité de voir don Ferdinand dans sa prison. Il en profita pour concerter avec lui sur les moyens d'obtenir sa liberté. Sur la demande du comte de Valois, le duc d'Athènes envoya l'infant au roi de Naples, son beaufrère. Tels sont les événemens qui arrivèrent dans le cours de cette année aux Catalans. L'ambition d'un de leurs chefs les divisa , les affoiblit , et prépara leur perte. Avant de continuer le récit de ce qui les concerne, nous sommes obligé de reprendre celui de l'histoire d'Andronic , que nous avons été forcé d'interrompre.
Les Turcs , en dévastant les provinces de TOrient, empêchoient ce prince de se livrer à son goût donnnant pour les discussions religieuses. Il étoit contraint de s'occuper d'eux, et de prendre des mesures pour les repousser. Othman s'empara de toute une province : Ephèse tomba au pouvoir de Saïsan , émir turc; elle fut pillée: Nicée , Paphie , Ti icoccia, éprouvèrent le même sort. . La trahison augmenta les dangers de l'empire. Beaucoup
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de seigneurs riches et puissans tirent des traités partica^ ^ îiers, soit avec les infidèles, soit avec les princes latins. | De ce nombre étoient Constantin Ducas , Libadaire, et Jean Monomaque , gouverneur de Thessalonique , qui j entretenoient des liaisons avec le comte de Valois. Un des gendres de l'empereur , grand primicier , nommé Cassien , voaiut profiter de ces circonstances pour se rendre indépendant. Ayant reçu l'ordre de revenir de Mésothynie pour se justifier d un délit qu'il avoit commis, il refusa d'obéir , se retira à Chèle, place fortifiée dans une île à l'entrée du Bosphore, et résolut de s'y maintenir. Mais des habitans de Tîle le saisirent , et le menèrent à Fempereur , qui l'envoya dans la prison qu'avoit occupée Colanyze, parce que Cassien avoit menacé la cour de se venger comme ce rebelle. Un ; obscur aventurier , nommé Drynis , se disant de la I famille des Lascaris , se fit dans le même temps un parti, conspira , traita avec les Catalans. Ses lettres ayant été interceptées , il fut condamné à une prison perpétuelle. Ces complots et ces trahisons inspiroient à l'empereur la crainte et la méfiance. Un accident y mit le comble: ce fut l'incendie de Constantiiiople. Le feu prit ! près de la porte du Cynégion, dans ie plus beau quartier de la ville, le jour d'une solennité religieuse. L'intolérant Athanase adressoit sans cesse des reproches au î peuple du haut de sa chaire, souvent des menaces; et quelquefois on y joignoit des châtimens. Le feu s'étant déclaré le soir après une procession , les habitans lui î demandèrent si c'étoit le résultat de ses litanies. Le patriarche répondit en attribuant ce malheur à leurs ! crimes. Les plus beaux hôtels devinrent la proie des ■. flammes , ou du pillage qu'elles favorisèrent. Un grand j siômbre d'actts et de papiers ayant été consumés , beaucoup de débiteurs nièrent leurs dettes. Des contestations et des procès eurent lieu. L'empereur établit pour juge Athanase , en qui il avoiî toujours la même i
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confiance. Il lui sacrifia le patriarche d'Alexandrie, qui se fenoit toujours éloigné de celui de Constantinopie. Ce prélat reçut l'ordre de retourner dans son diocèse. Il obéit sans répugnance , s'embarqua; mais, étant contrarié par les vents , il fut obligé de relâcher dans l'île de Nègrepont. Etant dans une auberge à Culée, ville peuplée de Latins , il auroit été brûlé comme hérétique, sans un propriétaire qui représenta à ses compatriotes que les habitans d'Alexandrie pourroient venger la mort de leur évêque.On lui fit grâce delà vie à condition qu'il soi'tiroit de l'île sans délai. Pendant qu'il se rendoit dans son diocèse, Athanase s'empara de ses bi ns. Celui-ci profita de la faveur d'Andronic pour persécuter les ecclésiastiques sans distinction , dépouillant les uns de leurs emplois , fatiguant les autres par des pénitences , causant dans tout le clergé le désordre et le trouble. On s'assembla pour faire de respectueuses représentations : elles furent inutiles; et l'empereur n'en témoignoit que plus d'égards au fanatique Athanase, qu'il regardoit comme un saint protégé du ciel. Un trait , quoique puéril en lui-même, mérite cependant d'être rapporté pour donner l'idée de l'inexplicable aveuglement d'Andronic. Un Arménien , ayant abandonné l'église romaine pour embrasser le rite grec , reçut des reproches de son apostasie. Il menaçoit ses compatriotes du courroux d' Athanase. L'un d'eux parle du patriarche avec dédain, et pendant qu'il se retiroit se foule le pied. Andronic voit dans cet accident un miracle, convoque une assemblée nombreuse, y fait transporter le blessé, le montre comme un exemple de la protection que le ciel accordoit visiblement au patriarche. Celui-ci prit un tel empire sur l'empereur , que le prince ne faisoit rien sans le consulter, passant des jours entiers à prier avec lui , et le comblant de présens.
Rocafort, dont l'audace et l'ambition croissoient par x«. iSog, les succès et l'impunité , oublioiî qu'il ne commandoit
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pas à des esclaves, mais à des soldats. Il devenoît de jour en jour plus arrogant; il avoil envers les officiers une hauteur humiliante ; dans l'excès de son orgueil il ne ménageoit même pas Thibaut de Sipoys , quoiqu'il Feût fait reconnoître pour lieutenant de Charles de Valois. Voulant secouer un joug qui leur paroissoit | insupportable, les officiers s' dressèrent à Thibaut pour le prier de les délivrer de la tyrannie de Rocafort. Thibaiid , craignant que ce ne fût un piège que lui tendoît ce dernier, répondit avec prudence et de manière j à ne pas donner des armes contre lui ; ensuite il fit au général, avec {ous les ménagemens convenables , des ! représentations sur la dureté de sa conduite envers les officiers de son armée. Mais Rocafort les reçut avec 1 aigreur , en faisant sentir à Sipoys qu'il lui devoit le i rang qu'il occupoit à la tête des Catalans, et qu'il éîoit toujours dans sa dépendance. Thibaut, piqué, résolut de i se venger, il attendit l'arrivée de son fils, qui devoit être parti de Venise pour lui amener six galères. Dès qu'elles , furent dans le port, il se concerte avec les ennemis de I Rocafort, et convoque le Conseil, annonçant qu'il avoit ' à communiquer une affaire importante dont on devoit s'occuper sans délai. Rocafort s'y rend sans aucun soupçon ci dans la plus grande sécurité. A peine est-il entré que de nombreux reproches se font entendre. En homme accoutumé à se faire obéir , il répond avec insolence, mêlant les menaces aux injures. Tout le conseil; se lève spontanément et forme un cercle autour de lui. La crainte succède à l'audace, il est interdit de ce mouvement. On l'enveloppe , on se saisit de sa personne , ainsi; que de son frère : on les livre tous deux à Sipoys, qui les fit conduire sur ses galères. Les soldats se réunissent, se portent au logement de leur général et pillent ses trésors. Mais le lendemain, apprenant que Thibaut étoit parti avec ses vaisseaux, emmenant leur général avec! lui , ils se reprochent leur conduite , attaquent ceux qui
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avoîent le plus contribué à la perte de Rocafort , et se battent contre eux. Le sang couîe, quatorze des principaux officiers sont tués, et l'armée des Catalans ne présente plus qu'une troupe désunie, par là même facile à vaincre, et qui n'est plus à craindre. Sipoys livre Rocafort à Robert, roi de Naples, qui fit mettre les deux frères dans un cachot de la ville d'Averse , avec ordre de les y laisser mourir de faim. Le comte de Valois venoit de céder ses droits à Philippe , prince de Tarente, fils de Charles ii, roi de Sicile, qui devoit épouser sa fille. La mort récente de Catherine de Courtenay ren- ^ doit ces droits plus incertains encore qu'ils ne l'étoient. Cette circonstance explique la conduite de Thibaut de Sipoys.
Les chevaliers hospitaliers de Tordre de Saint- Jean An. iSî®, de Jérusalem, cherchant, après la prise de Ptolémaïs par le Soudan d'Egypte, un asile, le trouvèrent d'abord dans l'île de Chypre ; mais des querelles avec le souverain de cette île qui contrarioit leurs opérations les déterminèrent à changer de résidence. L'île de Rhodes leur convenoit. Les Grecs et les Turcs l'occupoient ; et comme elle appartenoit aux premiers , les seconds payoient un tribut à l'empereur de Constantinople , mais ils étoient plus maîtres de l'île que les autres. Les chevaliers , n'étant pas assez puissans pour conquérir l'îîe, eurent recours à des puissances européennes. Leur grand maître. Foulque de Yillaret, se rendit à Poitiers, où se trouvoient alors Philippe le Bel et Clément v, réunis pour consommer la ruine des templiers. Il fit sentir à ces deux souverains l'importance de l'île de Rhodes pour seconder les projets des croisés, protéger leurs flottes, et nuire aux Sarrasins ainsi qu'aux Turcs. Le pape et le roi de France accueillirent cette idée, encouragèrent Yillaret, qui reçut du souverain pontife quatre-vingt-dix mille florins, avec lesquels il arma des vaisseaux et leva des troupes. Beaucoup de croisés se
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rassemblèrent sous ses drapeaux. La délivrance de la Faîesline étoit le but apparent, et la conquête de Rhodes îe but réel de l'expédition. Les musulmans et les Grecs vî voient dans une profonde sécurité , croyant qu'il n'étoit question que des lieux saints, lorsque la flotte débarque inopinément dans l'île , et Villaret assiège la capitale. Par des négociations auprès d'Androoic, l'ordre soUicitoit en même temps la cession de cette île, offrant de la tenir à foi et hommage , et d'avoir trois cents chevaliers toujours prêts à marcher contre les infidèles. Au lieu de prêter l'oreille à ces propositions, le prince, pour qui Rhodes n'étoit qu'une possession onéreuse , fit beaucoup de sacrifices pour secourir les habitans, et leur envoya des troupes qui furent battues par Villaret , après une affaire sanglante. Cette victoire ouvrit les portes de la ville, qui se rendit le i5 août i3io. La conquête de cette île entraîna celle des îles voisines , et d'une réunion de chevaliers fit une puissance dont la force influa plus d'une fois dans les affaire de l'Europe. Mais elle excita d'abord la haine des Grecs, celle des musulmans et la jalousie de la république de Gênes. Elle s'étoit vu enlever deux fois Rhodes par Vataceet Michel Paîéologue; mais, en perdant la possession, elle avoit conservé ses prétentions sur cette île. Elle ne vit donc que des usurpateurs dans les chevaliers. Un motif particulier l'animoit contre eux. Gênes faisoit la contrebande, et dans certaines occasions ne reconnoissoit ni amis ni alliés, arborant le pavillon des Turcs pour combattre les chrétiens, vendant aux musulmans les femmes et les enfans que ses vaisseaux prenoient sur les rivages d'Europe , se conduisant , en un mot , comme une association de pirates qui se joue du droit des gens. Un vaisseau génois avoit été pris par les chevaliers, qui refusèrent de le rendre. La république, pour se venger, excita les Turcs contre eux. Olhman vint assiéger Rhodes , qui fut défendue avec une telle valeur, que les
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assiégeans n'eurent d'autre parti à prendre qu'à se rembarquer honteusement.
^' Les Catalans, privés de leurs généraux el de leurs principaux officiers, étoient abandonnés à eux-mêmes. Ils sentirent enfin que la discorde rendroit leur perte certaine et prompte. Ils se réunirent et convinrent de choisir quatre chevaliers pour les conmiander et diriger les opérations militaires sous les ordres du conseil des douze. ïlscontinuoient de séjourner à Cassandrie, n'ayant aucun projet, lorsqu'ils virent arriver Roger Deslau , chevalier de Pioussillon , accompagné de plusieurs envoyés que leur députoit Gauthier de Brienne , duc d'Athènes. îls étoient chargés de leur proposer de passer au service de ce prince, qui leur ofiFroit tous les avantages que leur avoit promis Andronic, une solde plus forte et payée six mois d'avance. Leur éloignement des états du duc, dont ils étoient séparés par une vaste étendue de pays, par des montagnes et des fleuves, les mettoit dans l'impossibilité de contracter les engagemens qu'on leur proposoit ; mais ils acceptèrent toutes les conditions qu'on leur ofProit, dans la supposition qu'ils trouveroient les moyens de se rendre à Athènes. Bientôt Cassandrie étant épuisée, les Catalans se virent obligés de songer aux moyens d'en sortir. Thessalonique les tentoit par sa position et ses ressources: c'étoit le séjour des deux impératrices, qui y avoient déposé leurs trésors. Les Catalans résolurent d'en faire la conquête; mais ce projet n'ayant point été tenu secret , l'empereur fit fortifier Thessalonique ; il y rassembla des troupes et des provisions, construisit une muraille qui défendoit rentrée de la Thrace. Quand les Catalans se présentèrent, ils étoient attendus; ils furent repoussés. Les passages leur étant fermés , ils traversèrent la Macédoine, et prirent leurs quartiers d'hiver en Thessalie , dans la vallée de Tempé. Au printemps, ils pénérrèrent dans l'intérieur de la province. Jean Ange Ducas , gendre de An. iSik
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î'empereiir Andronic, quoique brouillé avec ce prince, ne vit pas sans inquiétude les Catalans au milieu de ses états. Le succès des armes étant douteux avec une armée aguerrie qui n'avoit rien à perdre, il eut recours aux négociations, et fit offrir à ces hôtes dangereux de l'argent , des provisions et des guides pour les conduire dans les états du duc d'Athènes. Ils acceptèrent sans hésiter. Dès qu'ils furent sur les frontières de rx\ttique , Gauthier de Brienne leur envoya des députés pour leur rappeler les engagemens qu'ils avoient contractés avec lui. Les Catalans les ratifièrent, et servirent sous les ordres du duc, qui, avec leur secours, reprit à ses voisins trente villes dont ils s'étoient emparés dans une guerre précédente.
Quand il eut reconquisses anciens domaines, il traita ses alliés avec indifférence, refusa de les payer, et finit par les sommer d'évacuer le pays. Les Catalans, poussés à bout, se saisissent de plusieurs places, et font contribuer le canton où elles sont situées. Le duc rassemble ses troupes, bien supérieures en nombre à ses ennemis, dont Tarmée se composoit de quatre mille hommes d'infanterie et de trois mille cinq cents cavaliers. Cette petite armée campa au milieu d'une vaste plaine. En attendant Gauthier de Brienne, ils métamorphosent une partie de cette plaine en un marais fangeux, au moyen de rigoles nombreuses qu'ils creusèrent pour détourner l'eau d'un ruisseau et celle d'un aquéduc. L'herbe étoit assez élevée pour cacher ce travail. Gauthier arrive avec ses troupes et se range en bataille. Sachant combien le premier choc des Catalans étoit à craindre, il veut les prévenir, et fond sur eux à la tête de sa cavalerie. Elle se trouve bientôt arrêtée dans la boue , hors d'état d'avancer, et culbutée par celle qui le suivoit, ayant reçu la même impulsion. Le duc fut tué l'un des premiers, et son armée entièrement défaite. Les Catalans, aprèscette victoire, entrèrent successivement à
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Thèbes rjni les reçut, et clans Athènes (jui ne fit aucune résistance. Toutes les villes et forteresses imitèrent cet exemple , et les Catalans devinrent ainsi possesseurs de l'Attique. Ils sentirent- qu'il leur faîloit un chef qui les gouvernât. Deux chevaliers étoient échappés à la mort dans le dernier combat ; c'étoient Boniface de Vérone et Roger Deslau , que Gauthier de Brienne leur avoit envoyés à Cassandrie. Le premier étoit seigneur de l'île de Nègrepont , et allié des Vénitiens et des François qui demeuroient dans cette île. Cette circonstance détermina peut-êtie les Catalans à choisir Boniface; mais il les refusa. Ils s'adreiNsèieot ensuite à Ftoger Deslau, qui ne fit aucune difficulté d'accepter. Ils lui firent épouser la veuve de Thomas de Soula, seigneur de plusieurs îles situées aux environs du Péloponèse.
Andronic, à qui rétablissement des Catalans dans l'Attique rendoit la sécurité, revint aux occupalionsqu'il n'abandonnoit jamais qu'avec peine et momentanément, c'est-à-dire, aux affaires de l Eglise. Onavoîl -^nnu réussi à le dégoûter d'Athanase. L \s historiens varient sur la cause de leur rupture : les uns l'attribuent à une peinture faite sur le marchepied du patriarche, et qui représentoit l'empereur ayant un mors et une bride à la bouche, et conduit en paradis par Alhanase; les autres, à l'avidité de ce prélat , qui , malgré le décret d'Andronic, pernîettoit à l'un de ses officiers de faire contribuer ceux qui recevoient les ordres sacrés. PerU - être ces deux causes concoururent-elles à la disgrâce du patriarche. Il avoit trouvé mauvais qne les auteurs du tableau n'eussent été condamnés par Andronic (ju'à mie prison perpétuelle, au lieu de la mort qu d vouloit leur faire infliger. L'errtpereur ayant refusé de les punir plus sévèrement, Athanase se retira dans un monastère , refa^ sant de remplir ses fonctions patriarchales. Le siège de Constantinople resta vacant pendant deux années. Fatigué de l'humeur d'Athanase, Andronic prit enfin le
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parti de le remplacer, et de rassembler un synode poiifi* faire procéder à l'élection, qu'il dirigea comme il avoit toujours fait. Il est à croire que , si le clergé eût été libre, ilauroit choisi un autre que Niphon, homme ignorant qui ne savoit pas écrire ni même signer son nom , mais habile aux affaires, à l'intrigue, d'un caractère souple et d'un esprit délié, il fit valoir sa place avec un talent égal à son avidité , se mettant à la tête de l'administration des couvens, les engageant à construire pour les jeter dans des dépenses dont il profitoit. Tout moyen d'acquérir du bien , de gagner de l'argent, étoit légitime à ses yeux. Il avoit un luxe insolent, éclipsant l'empereur par la magnificence de ses équipages, la somptuosité de ses meubles , la profusion de sa table , et la beavité de ses chevaux. Il n'étoit pas vraisemblable qu'un prélat qui menoit une pareille conduite voulût jamais se mêler des affaires ecclésiastiques; il en fat autrement , et c'est ce qui causa sa perte. Il n'ignoroit pas combien Andronic désiroit de faire rentrer dans l'Eglise les arsénites , qui, depuis l'année 1264? en étoient séparés. Niphon propose à l'empereur la reprise de ce projet, dans lequel on avoit toujours échoué jusqu'alors. Andronic accepte avec empressement. C'étoit une faute, une imprudence , parce qu'on rendoit à une secte oubliée , avilie , toute l'importance qu'elle avoit perdue. En continuant de ne plus s'en occuper, de la laisser dans l'obscurité, c'en étoit fait d'elle. En effet, les arsénites, réduits à la dernière misère , erroient de tous côtés , couverts de haillons , et n'inspiroienl aucune pitié , parce que leur doctrine étoit intolérante et leur fanatisme cruel. Ils conservoient toujours dans leur avilissement les mêmes prétentions. A l'appel de Niphon ils répondirent en exigeant des conditions ridicules. C'étoit la translation du corps d'Arsène dans le temple de Sainte-Sophie, la suspension du clergé pendant quarante jours , un jeûne, des prières publiques, une amende honorable. La honte
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devoit empêcher Andronic d'accorder de pareilles demandes; niais il étoit porté pour les arsénites, et, n'ayant droit à aucun genre de gloire, il en mettoit à la réunion de ces sectaires. Une refasa rien, et Niphon, quin'avoit aucun scrupule, accorda tout ce qu'on demandoit. La pénitence publique a Heu ; la translation se fait avec une grande pompe. Au nom d'Arsène, et devant le corps de cet ancien évêque le patriarche donne au peuple une absolution solennelle. Les arsénites regardoient ce triomphe comme illusoire, si l'on ne mettoit à leur disposition toutes les places importapJes. Andronic comraençoit à se fatiguer. Il accorda des pensions aux principaux , et n'écouta point les autres. Ceux-ci, mécontens, renouvelèrent le schisme, et sortirent de Constantinople. Pour se consoler de ce résultat , Niphon, qui s'étoit rendu plus odieux au clergé par cette démarche inconsidérée que par sa conduite, se livra de nouveau à l'intrigue. Son insatiable avidité croissant avec le succès et l'impu- ,nité, il trafiqua publiquement des emplois, et causa tant de scandale , qu'on fut obligé de le déposer dans un synode, par une sentence qui fut rendue le 1 1 avril i3i5. Il se retira dans un monastère, après avoir occupé le trône patriarchal pendant près de quatre ans. .
Les prétendans à l'empire grec firent, dans le cours An. i3iS. de cette année, des projets pour le reprendra et le partager, et ces projets inquiétèrent Tempereur Andronic, G'étoit Philippe de Tarente, à qui Catherine de Valois wavoit apporté en dot le titre d'empereur de Constantinople. Ce trône imaginaire avoit tant de prix, que le duc de Bourgogne , à qui Catherine avoit été fiancée, voidoit épouser celte princesse malgré elle. Son refus et sa protestation contre un acte fait dans son enfance ne suffirent pas, ni les instances du pape Clément v , ni celles du roi de France. Il fallut des dédosDmagemens au duc, et, pour obtenir son désistenicoî , le prince de Tarente fut ©bligé de consentir au démembremeot de son faîur eai-
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pire. Un tel sacrifice ôtoit toute excuse au duc de Bourgogne ; il céda. Le mariage se fit , et , dans le contrat qui en fut dressé en présence du roi de Fiance, une infinité de clauses y furent stipulées , toutes relatives aux droits éventuels d'après diverses chances qu'on prévoit ; mais on oublia la principale, quoique la plus probable. C'étoit la non-possession de l'empire qu'on partageoit, et l'insuffisance ou plutôt la nullité des moyens nécessaires pour le reprendre. Philippe n avoit que deux mille cavaliers et quatre mille fantassins. Le pape Clément, âme de ce projet, donna des indulgence à cette armée, et fulmina contre Andronic une excommunication d'une valeur égale. Le roi de Franee, Philippe-le-Bel , que le triste résultat des précédentes croisades n'avoit point dégoûté de ces expéditions hasardeuses, inutiles et lointaines, promit à son neveu des hommes, de l'argent, et son intercession auprès de son gendre Edouard, roi d'Angleterre, pour en obtenir des secours. Il espéroit que la reprise de Consiantinople faciliteroit celle de la Ak. i5i4. Palestine ; mais ce roi mourut en i3i4 , et tous ces projets restèrent sans exécution. Comme ils avoient fait beaucoup de bruit , Andronic n'étoit pas sans inquiétude.
Un ennemi qu'il oublioît étoit plus à craindre pour l'empire grec que le pape, le prince de Tarente et les rois d'Europe ; c'étoient les Turcs. Après s'être séparés des Catalans, qu'ils refusèrent de suivre dans l'Attique , ils résolurent de s'en retourner dans leur pays, i Andronic voulut faciliter à ces hôtes incommodes la sortie de ses états. 11 convint avec eux de leur fournir des provisions et des vaisseaux , s'ils consentoient à s'abstenir du pillage. Pour protéger leur retraite, il les fit escorter par le stratopédarque Sennachérim , qui commandoit un corps de trois mille hommes. Arrivés àGallipoli, les Turcs étoient prêts à s'embarquer, lorsque cet officier jugea qu'il seroit honteux de laisser ainsi partir des barbares chargés des dépouilles de ses compatriotes. Il réso-
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lut donc de les égorger pendant la nuit. Ce projet ne pouvoit s'exécuter sans prendre des mesures qui inspiroient une défiance que des indiscrétions confirmèrent. Les Turcs se tinrent sur leurs gardes, se saisirent d'une forteresse, et s'y retranchèrent bien déterminés à s^ défendre jusqu'à la dernière extrémité. Sennachérim envoya vers Andronic pour faire part à ce prince de la situation dans laquelle il s'étoit mis, et demander ses ordres. L'empereur, qui l'auroit approuvé , s'il eût réussi dans son entreprise, ne fit aucune réponse , se réservant de se prononcer après Tevénement. Pendant ces délais les Turcs appelèrent leurs compatriotes, et bientôt se trouvèrent en assez grand nombre pour tenir tête aux Grecs et pouvoir tenter sans imprudence le sort des combats. Michel reçoit l'ordre de son père de rassembler une armée, et de chasser les Turcs. Cette armée, plus nombreuse que redoutable, étoit formée d'une multitude d'individus étrangers aux fatigues de la guerre. Elle s'avance sans précaution , est battue aussitôt qu'attaquée , et ne trouve son salut que dans une fuite honteuse et prompte. L'empereur Michel auroit été pris, sans le dévouement des officiers de sa garde, qui se firent tuer pour îe sauver. Il se retira dans Andrinople. Les Turcs s'emparèrent de ses équipages, de ses trésors, et de la couronne impériale. Chales, leur chef, la posa dérisoirement sur sa tête , insultant au prince à qui elle appartenoit. Il désola le pays et resta maître de la Thrace. Constantinople étoit dans la stupeur, et l'empereur ne sa voit à quel moyen avoir recours, lorsqu'un seigneur, nommé Philès, se présenta devant lui, offrant de marcher contre les Turcs et de les chasser. Philès, parent de Paléologue, vivoît dans la retraite, et menoit une vie contemplative. Andronic accepte ses offres , bien persuadé qu'il est envoyé par le ciel , et le laisse maître de former la troupe qu'il juge nécessaire, et de prendre les dispositions qui lui paroissent les plus favorables à ses desseins-
Philès choisit ses soldats , les discipline, les exerce anx manœuvres , et parvient à leur inspirer de la confiance. Quand elles sont suffisamment exercées, il les met en campagne, et marche à la rencontre de Chales, qui revenoit chargé de butin. Il l'attaque, le défait complètement après une très-vive résistance , et le poursuit dans îa Ghersonèse de Thrace. Les Turcs ne pouvoient en sortir qu'en s'embarquant , et FHelIespont étoit couvert de vaisseaux grecs ou génois. Ils n'eurent d'autre ressource que de s'enfermer dans une ville fortifiée, et dé s'y défendre.Philès, ayant reçu des renforts, les y assiège. Les Turcs firent deux sorties qui n'eurent aucun succès. Voyant les murs tomber sous les attaques des Grecs, ils prennent le parti de fuir à la faveur des ténèbres de la nuit et de se livrer aux Génois. Plusieurs se trompèrent, et se réfugièrent sur les vaisseaux des Grecs, qui les massacrèrent. Quant aux autres, ils furent mis aux fers par les Génois, et vendus comme esclaves. Androni^: créa Philès protoslrator , et récompensa ses compagnons! d'armes. j àx. i3i5. Le trône patriarchal de Constantinople étoit toujours vacant. Las de le voir occupé par des prêtres fanatiques ou scandaleux , l'empereur crut qu'il seroit plus heureux dans son choix en faisant élire un laïc. C'étoit faire un affront au clergé ; mais le clergé obéissoit servilement à l'empereur. Le synode nomma donc à sa recommandation Glycys, intendant des postes, qui: jouissoit d'une grande considération, réunissant à l'intelligence des affaires une probité sans tache et des vertus à l'instruction , s'exprimant avec grâce et facilité. Dès qu'il fut élu, sa femme se retira dans un couvent.j ïlvouloit commencer par se faire moine; mais, comme il auroit été obligé à une abstinence contraire à la déli- f catesse de sa santé, et dont le patriarchat ne le dii>pensoit pas , Andronic s'opposa à ce projet. Il traita toujours | Giycys avec de grands égards, et le consulta dans le«|
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affaires. Ce fut par ses conseils, et plus encore par ceux de Théodore Métochite , grand logothète , qu'il gouverna l'empire. Ce dernier jouissoit de toute sa confiance. Il éloit premier ministre et fiivori. Les contemporains ont tracé de Métochite le portrait le plus flatteur, le douant de tous les talens , de toutes les qualités, et de l'instruction la plus étendue. Mais, à juger de la valeur de ces éloges , soit par les ouvrages de Métochite parvenus jusqu'à nous, soit par les plans ou les actes de son administration , on est forcé de convenir qu'il fut et médiocre auteur et mauvais ministre. De nombreuses fautes attestent sa négligence et son incapacité. Elles n'empêchèrent point qu'Andronic ne le comblât de faveurs et de dignités. Il lui donna pour gendre le prince ■ Jean Paléologue , son neveu , fils de Constantin Por- An. i5î6. phyrogénète , u'il laissoit dans l'obscurité. Ce jeune prince en ortit, grâce à la manie d'Andrnnic pour les mariages, et probablement parce qu'il éloit alors le seul de la famille impériale dont l'empereur pût disposer. La faveur de Métochite rejaillit sur le gendre. Jean fut fait panhypersébaste , et l'on ajouta de nouvervix attributs à , cette dignité. Il eut la permission de porter un vêtement al des brodequins jaunes , et de garnir d'un liseré de cetto couleur la selle et les caparaçons de son cheval. Cette ♦circonstance, minutieuse en elle-même, raéritoit d'être rapportée , parce que la couleur jaune e loit réservée aux personnages de la ph/s haute distinction , et que tous n'avoient pas même le droit de la porter.
L'impératrice Irène , séparée d'Andronic , comme An. 1017 nous l'avons rapporté , passoit sa vie à Thessalonique et s'ennuyoit au milieu de sa cour. Pour se distraire , elle faisoit de fréquens voyages à Drames , ville de Thessalie. Dans celui qu'elle y fit cette année elle y fut emportée eu peu de jours par une fièvre intfîammatoire. Slmonide, femme du craie de Servie , lui fit rendre les derniers devoirs. Son corps fut traîi^porté à Coostaoli-;
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nople dans le monastère du Pantocrator. Irène neîaîss^ pas de regrets. Elle épuisa le trésor par son avidité, son luxe et des largesses faites sans aucun discernement. Elle eut à la fois deux passions qui semblent s'exclure et qu'elle trouva moyen de satisfaire toutes deux. Elle étoit avare et prodigue. On peut apprécier combien cette impératrice coûta à l'état , en sachant que, malgré ses profusions , ses coffres se trouvèrent pleins de trésors assez considérables pour enrichir ses enfans, à qui l'empereur en fit distribuer une partie, et pour subvenir aux dépenses qu'exigeoit la capitale, dont les monumens tomboient en ruine. Avec ces sommes d'argent les murs de Constantinople furent relevés, et les églises réparées. La colonne de Justinlen , dégradée d'abord par les Latins, qui , en i2o4 , en a voient enlevé les ornemens , et récemment par un orage, avoit besoin d'une réparation prompte, mais coûteuse. Les richesses d'Irène donnèrent le moyen de la faire. Andronic fit construire tout autour un escalier en bois sur la beauté duquel les historiens se sont extasiés, sans doute à cause de la nouveauté de ce genre de travail. Cette colonne étoit terminée par une statue équestre , qu'on rendit plus solide après l'avoir restaurée.
Il est temps de parler du jeune Andronic , petit - fils de l'empereur , et celui de tous ses enfans qu'il affectionna le plus et qui eut le plus d'empire sur son esprit, îl ne pouvoit s'en passer , le contemplant , l'admirant ^ n'étant heureux qu'à ses côtés. Cet enfant avoit reçu de îa nature tout ce qui pouvoit justifier une pareille prédilection , mais ce n'étoit point dans l'intimité d'un prince foible , sans caractère , sans franchise , livré à das occupations mystiqvies, aux discussions fastidieuses de la théologie, qu'il pouvoit apprendre l'art de régner. Quand le jeune Andronic fut arrivé à Tâge où les passions font entendre un langage impérieux , il s'ennuya de la société de son père, se lia avec des courtisans
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|ei^nes et libertins , et trouva des exemples plus faciles à suivre que ceux que lui donnoit l'empereur. Des plaisirs de tous les genres remplirent bientôt tous ses moniens. Il se ruina. Pour payer ses dettes, il eut recours aux Génois de Galata, qui lui prêtèrent à de si gros intérêts que ses dettes augmentèrent. Il s'éloigna de la cour ^ voulut s'emparer du Péloponèse et des îles de là mer Egée, et s'y former une principauté. Mais il échoua dans cette entreprise. Cette conduite séditieuse acheva d'éloigner de lui Temperetir, qui se plut à l'humilier dès qu'il fut de retour à Constantinople , au lieu de le ramener par la douceur ou de le contenir par une sévérité salutaire. Un joilr que ce jeune prince lui rendoit ses devoirs, sa couronne tomba de sa tête au moment où il s'inclinoit devant son aïeul. Celui-ci s'écria que Dieu ratifioit visiblement le jugement qu'il avoit déjà prononcé contre lui en le déclarant indigne du trône* Voir dans cet accident un pareil présage, c'étoit bien dans les idées du superstitieux Andronic. Mais son petitiils, frappé de cette réflexion, ne douta plus de la haine de l'empereur. Plusieurs exemples, entre autres celui de Constantin , traité par son frère avec une si cruelle injustice, prouvoient que cette haine étoit à craindre quand on dépendoit d'Andronic. Ne pouvant la braver , le jeune prince tenta de Tapaiser. Il y réussit , en choisissant pour faire agréer ses soumissions un personnage ayant du pouvoir sur l'esprit de l'empereur qui rendit à son petit - fils Une partie de ses bonnes grâces.
I Simonide ne se pressoit pas de quitter Constantinople , An. iSi^» I où l'avoit conduite le soin de rendre à sa mère , l'impératrice Irène , les derniers devoirs. Dégoûtée de la Servie, et plus encore de son mari , elle formoit en secret le dessein de ne jamais retourner auprès de luî^ Fatigué de ses délais, le craie menaça l'empereur de venir la chercher à main armée. Andronic^ eflrayl
d'une semblable menace , ordonne sur-le-champ le depart de sa fille. Celle-ci supplie en vain un père en qui la crainte dominoit la tendresse. Ne pouvant surmonter sa répugnance ^ Simonide se résout à prendre le voile plutôt que de se rendre en Servie. Dans ces temps de superstitieuse ignorance , l'autorité souveraine étoit forcée par l'opinion publique à respecter un cloître. En exécutant son projet à Constantinople , Simonide exposoit son père , qui auroit passé aux yeux du craie pour être de connivence avec sa fille. Elle crut donc devoir attendre l'occasion, et se mit en route. Arrivée à Serres ^ elle feignit une indisposition causée par la fatigue du voyage, afin de se reposer dans cette ville pendant quelques jours. Dès la première nuit elle prit les habits \ ra onastiques , et s'offrit le lendemain dans ce costume aux regards de ceux qui Paccompagnoient. A l'étonnement qu'ils éprouvèrent à la vue d'une pareille métamorphose succéda la fureur. Ils se seroient peut - être portés à quelque extrémité, lorsque le prince Constantin , frère de Simonide, qui se trouvoit à Serres., usa de soa autorité pour forcer sa sœur à reprendre ses premiers/ vêtemens. Il la livre ensuite aux Serves, et les charge de la mener au craie.
Aw. 1Z20, La santé du patriarche étoit altérée au point qu'il ne pouvoit plus continuer d'exercer ses fonctions. Il | demanda et obtint d'Andronic la permission de les ab- I diquer. L'empereur lui donna le monastère de la Cyriotisse. Les vertus de Glycis , son savoir , la régularité^ | de sa conduite, lui avoient concilié l'estime générale et le rendoient difficile à remplacer. On éiut Gérasime , prêtre et moine, vieillard ignorant et sourd. Andronic présida ^ comme il avoit toujours fait , à ce choix.
Andronic avoit marié son petit - fils à la princesse Irène, fille d'un duc de Brunswick, croyant lui faire tenir une conduite pics régulière et mettre un frein à ses passions. Mais lé jeune prince continua de les
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satisfaire. Il voyoit souvent une dame de qualité dont les mœurs étoient scandaleuses. Soupçonnant un rival préféré , il fit investir sa maison par ses gardes avec l'ordre de tuer celui qui se présenteroiî. Un étranger passant près d'eux, ils le percèrent de leurs flèches. C'étoit le prince Manuel , frère d'Andronic. On le transporta dans son palais, où il expira bientôt. A cette nouvelle, son père, l'empereur Michel , dont la santé depuis long -temps étoit languissante, succomba sous le poids de la douleur, et ne survécut que huit jours à son fils. Il mourut le 12 octobre 1820 , n'étant âgé que de quarante-trois ans. C'étoit un prince médiocre , fils d'un père plus médiocre encore , et dont la mémoire a été flétrie par la perfidie avec laquelle il fit assassiner Roger Detlor. Du reste, comme il n'avoit que le titre d'empereur, et qu'il étoit aveuglément soumis à laii|Dur de Constantinople , on ne peut rien présumer sur ses talens dans l'art de régner , n'ayant fait qu'obéir pendant sa vie.
Le jeune Andronic ne vit dans la mort de son père et du prince Manuel qu'un heureux événement qui le rapprochoit du trône. Au lieu d'être affecté de leur perte ou d'éprouver des remords, il eut beaucoup de peine à dissimuler sa joie. L'empereur , indigné de son insensibilité, de ses dérèglemens , résolut de le déshériter et de faire passer sa couronne sur une autre tête. De semblables projets n'ont l'approbation générale que lorsqu'on fixe son choix sur celui qui réunit tous les suffrages : autrement on ramène l'intérêt sur le prince qu'on veut exclure , et l'on ne fait que donner plus de force à ses droits. C'est ce qui arriva. L'empereur destina sa succession à Michel Catarrhus, bâtard , fils du prince Constantin , qui , ayant épousé malgré lui la fille de Musalon , ne voulant point avoir de commerce avec elle, vivoit en concubinage avec une femme nommée Çatarrha, Ce fut ce bâtard qu' Andronic fit venir à
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cour, élever sous ses yeux , et qu'il voulut revêtir de la pourpre impériale. Il l'avoit toujours à ses côlés, clans les assemblées , dans les synodes , dans les réceptions d'arnbassadeurs, dans les conseils , enfin dans toutes les cérémonies. ïl exigeoit pour lui les respects dus à T héritier légilime. Michel Catarrhus n'avoit rien qui pût justifier un tel choix. D'une intelligence bornée , d urs caractère allier, jl n'avoit pas assez de bon sens pour ^entir qu'il devoit au moins plaire à son bienfaiteur; il lui résistoit souvent, et couroit le risque de l'éloigner de lui par ses manières et son indocilité. Mais la haine létoit la passion qu'Andronic aimoit le mieux à satisfaire. Non-seulement il supportoit les défauts de Michel pour se venger de son petit-fils , quoique le bâtard déplût à toute la famille impériale , mais il le combîoit de||j||^esses. Cette conduite causoit beaucoup d'humeur au jeune Andronic, qui ne l'attribua d'abord qu'aux caprices d'un vieillard ; mais il ne tarda pas à en concevoir de sérieuses inquiétudes, quand l'i^^ntion de l'exclure du trône lui parut formelle. L'empereur la montra par lin acte d'autorité qui ne laissoit plus aucun doute. Michel Paléologue ayoit fait une loi d'après laquelle tous les fonctionnaires militaires ou civils dévoient , à la mort du prince associé à l'empire, prêter serment à sa femme, sesenfans, ou petits-enfans, et renouveler celui qu'ils ^avoient fait à l'empereur. Cette formalité devoit être remplie à la mort du prince Michel, et conséquemment le jeune Ândronic, son fils, recevoir les sermens prescrits. Mais l'empereur défendit à ses sujets de rendre hommage à d'autres qu'à lui seul, et \vur ordonna d© reconnoître celui qu'il lui pîairoit de désigner pour successeur.
Cette infraction de la part d' Andronic aux lois dont lui-même avoit profité excita des murmures. Une réso-f îution aussi rigoureuse envers son propre fils suppose d'un côté de l'énergie et des moyens , de l'autre de
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grandes fautes, ou plutôt de ces crimes odieux pour lesquels il n'est point de pardon ; et quand on la prend cette résolution, la politique exige qu'on s'empare aussitôt de celui qui en est l'objet , afin de le mettre hors d'élat de nuire , et d'éviter une guerre civile. Mais le vieil et foible Andronic étoit incapable de faire ces réflexions ; et nous verrons que , pour n'avoir point cal» culé son projet , au lieu d'une guerre civile , il en eut îroisà soutenir, fut obligé de partager l'empire, etd'abdi- .quer ensuite. Un seul fonctionnaire osa refuser de se con» former à l'ordre d' Andronic, déclarant que sa conscience lui faisoit un devoir de comprendre le jeune prince dans îe serment qu'on exigeoit de lui. C'étoit Cantacuzène , depuis grand ~ domestique : il n'étoit alors que paracémomène. Il prêta le serment suivant l'ancienne formule. L'empereur dissimula le ressentiment qu'il éprouvoit de ce refus, d'autant plus marquant qu'il n'y en eut point d'autre. De son coté , le jeune Andronic , loin de témoigner des craintes à son aïeul , ou de se plaindre , continuoit de lui rendre des soins respectueux.. L'empereur en eut de l'inquiétude, ne pouvant douter que le jeune prince ne fût sensible à l'exclusion dont il étoit menacé, et craignant qu'il ne se portât à quelque extrémité. Il crut donc qu'il étoit prudent de le faire surveiller , et d'avoir auprès de lui quelqu'un qui lui rendit compte de ses actions. Il jeta les yeux, pour ^remplir ce rôle , sur Syrgiane , fils .d'un seigneur allié à la famille impériale. Il avoit eu deux fois l'administration d'une province, et deux fois été destitué à cause de ses projets ambitieux. C'étoit un homme doué de grands talens , et particulièrement de celui de l'intrigue. Il sa voit se concilier Tamour du soldat et des citoyens par ses profusions. Convaincu de vouloir se faire indépendant et souverain dans la province confiée à son commandement , il fut condamné à une prison perpétuelle. Mais l'empereur , assiégé de soUicitations , loi
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rendît la llberfé, après avoir €xig:é de \m un serment de fidélilë sur une image de la Vierge. ïi reparut à la cour , plut aux courtisans , tt bientôt s'insinua dans les bonnes grâces d'Andronic, qui Je choisit pour espign, et lui donna toute sa confiance. Syrgîane avoit sa fortune à faire : i'empereur ëtoit vieux ; une longue carrière paroissoit s'ouvrir pour le jeune Andronic. Telles sont les circonstances d'après lesquelles ce confident, ne consultant que son ambition , lui sacrifia son devoir , et trahit l'empereur. Il alla trouver secrètement le jeune prince, et lui fit part de la mission dont il étoit chargé , lui conseillant de se retirer en Thrace; de s'y faire un parti, ce que le me'contentement des habitans rendroit facile ; offrant enfin de diriger l'exécution de ce projet , d'en être l'âme, d'y consacrer sa fortune et ses soins , et ne mettant d'autre condition à ce dévouement que d'avoir la première place dans la confiance d'Andronic. Le prince le remercia , mais vouhit consulter Jean Cantacuzène, grand-domestique, son ami, qui commandoit dans la Thrace , où Syrgîane devoit le remplacer. Celuici se rend auprès de Cantacuzène. Tous deux se concertent. Le grand-domestique est d'avis d'observer, d'être armés sans le paroître , de se tenir sur ses gardes, et de se préparer à l'événement. Syrgîane fut obligé de céder, quoiqu'il eût voulu un parti violent et prompt.
Après lui avoir remis le commandement de la Thrace, Canîacuzène prit la roule de Constantinopîe , laissant à Gallipoli sa famille , afin de se réserver un prétexte pour faire des voyages dans cette ville sans exciter des soupçons. Il arriva près du prince au moment où celui-ci venoit d'acquérir une nouvelle preuve de la haine de son aïeul. Dans leurs précédens démêlés il avoit oifert à l'empereur de rentrer dans la classe des citoyens, afin de lui ôier tout ombrage : Andronic avoit refusé. Sa haine étant augmentée, il se rappela l'offre faite dans un moment de dépit , trois ans auparavant ; et dé-»
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pn!a vers son petit -fJs un sénateur pour îui dire qu'iî acceptoit la proposition qu'il lui avoit faite , comme si elle étoit récente, lui promettant de l'affection et des égards, comme au prince à qui le trône devoit appartenir un jour. Le jeune Andronic répondit qu'il rétrac-toit une offre faite il y avoit long-lemps , et sans réflexion ; qu'il seroît insensé s'il rejetoit une couronne que Dieu lui avoit destinée ; qu'on devoit lui faire son procès, s'il avoit mérité de la perdre; ajoutant que, relativement aux fautes légères qu'il pouvoit avoir commises , il supplioit l'empereur de les lui pardonner. Cette réponse ne fit qu'augmenter la colère d'Andronic, Ce fut dans cette circonstance qu'arriva Cantacuzène- Ils se concertèrent tous les deux sur le parti qu'ils dévoient prendre , et convinrent de s'assurer d'une place forte qui pût leur servir d'asile et de point de ralliement pour leurs partisans. Christopole , place fortifiée par la nature et l'art , fut préférée à Andrinople , trop voisine de la capitale , et trop éloignée de la mer. Ce premier point convenu , il fallut songer aux moyens d'accroître le parti , et de le rendre redoutable. Cantacuzène se chargea de ce soin. Il gagna bientôt Alexis Apocauque et Synadène. Le premier avoit , par son ^intrigue et ses talens, fait dans les finances une rapide fortune : le second étoit protostrator , et revenoit alors d'un gouvernement qui lui avoit été confié. Tous deux se dévouèrent à la cause du jeune Andronic. Cantacuzène lui procura un puissant allié : c'étoit le craie de Servie. Il avoit envoyé près de l'empereur un moine nommé Callinique , pour réclamer un corps de deux mille Comans , que le prince retenoit à son service audelà du délai convenu. Ce moine ne tarda point à s'apercevoir de la mésintelligence qui régnoit entre l'aïeul et le petit-fils. 11 vit en secret celui-ci ; et de ces conférences il résulta un traité enlre le craie et le jeune Andronic. On fit ensuite des enrôlemens, A cause de
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Synadèiie , dont la famille habitoit Andrinople , oii choisit cette ville pour point de réunion, et Ton crut devoir renoncer à Christopole. 1 ^ Pendant toutes ces menées le prince alloit toujours i rendre ses devoirs à Tenipereur , qui le traitoit avec 1 mépris devant les sénateurs , qu'il faisoit asseoir, laissant { debout son peiit-fils. Celui-ci dévoroit en silence ces } outrages. IMais l'ordre que lui donna son père de ne plus paroîlre en sa présence lui fit perdre patience et lever Totendard. il fait venir Syrgiane à Constantinople, ! et rassemble les chefs de la confédération pour les consulter sur les mesures qu'il fcdloit prendre. Synadène ^ Syrgiane proposèrent des moyens violens ; le premier^; d« s'emparer d'Andronic, et le second de s'en défaire. Cantacuzène exprima l'indignation que lui causoit cet avis. Syrgiane, jaloux de ce personnage, qui étoit plus avant que lui dans les bonnes grâces du jeune prince, réplique avec aigreur et lui reproche l'intention de vouloir toujours faire dominer son opinion. Cantacuzène s'attache à faire voir l'énormité du crime qu'on vouloit commettre, les dangers auxquels on s'exposeroit , et ramène la question qui étoit de sauver le jevme Andronic, et non de détrôner son aïeul , encore moins de lui oter la vie. Le prince, prenant la parole à son tour, déclare que, loin de vouloir rien entreprendre contre l'empereur, il s'oiîriroit à ses coups plutôt que de se défendre, s'il étoiti dans l'impossibilité de fuir : il exhorte les conjurés à ne se permettre aucun propos injurieux contre son aïeul. On examina s'il étoit nécessaire de sortir de la capitale pour se mettre en sûreté. Tous les avis furent unanimes, et le prince partageoit cette opinion lorsque tout à coup on le vit dans l'incertitude et conclure qu'il falloit encore attendre, parce qu'Andronic pourroit changera son égard. Ainsi cette réunion fut inutile. Syrgiane repartit pour la Thrace , et les choses restèrent dans le îïiêoie état. îl étoit averti des démarches que faisoieBil
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le grand-connétable et le grand logothète Métochite , pour le réconcilier avec son aïeul, et croyoit au succès de ces démarches, sachant la faveur dont jouissoit Métochite. En effet, Andronic, qui le croyoit un grand astrologue, s'enfermoit souvent et long-temps avec lui pour connoître l'avenir. Mais la haine dominoit le vieillard , et le jeune prince se flattoit en vain. Sa perte fut résolue. Andronic décida qu'il seroit jugé dans une assemblée composée des évêques et des dignitaires, et condamné à une prison perpétuelle. L'exécution de ce projet devoit avoir lieu dans les premiers jours d'avril. Le 5 de ce mois l'empereur fait donner à son petit-fils l'ordre de se rendre immédiatement au palais. Le jeune Andronic questionne l'envoyé, qui lui dit qu'il soupçonne qu'on veut lui faire subir un interrogatoire. D'après cet avis, les amis et les partisans sont avertis. Cantacuzène étoit absent. Le protostrator se rend seul , et fait voir au prince , qui paroissoit résolu d'obéir à l'ordre qu'il venoit de recevoir, le danger dans lequel il se trouvoit, ayant l'empereur pour juge et partie. Ces représentations sont interrompues par l'arrivée d'un second officier qui renouvelle l'ordre en termes plus pressans. Le prince obéit. Synadène le suit jusqu'au palais. Cantacuzène, en rentrant chez lui, ayant appris ce qui se passoit, vient retrouver le protostrator : tous deux rassemblent leurs affidés et les officiers du jeune Andronic; ils cernent le palais au nombre de trois cents. Malgré la promptitude qu'avoit mise l'empereur, il ne paroissoit point; et le jeune Andronic, las d'attendre, sortit et vint s'informer des mesures que ses amis avoienfe prises. Pendant qu'il les approuvoit, se recommandant à leur bravoure, l'eunuque Callicrinite vint l'avertir que l'empereur étoit arrivé. Andronic entra seul dans la salle du conseil. Parmi les juges on remarquoit le patriarche Gérasime, Théolepte, éveque de Philadelphie, Jlétochite et AcropolitCj tous deux grands- logothètes 3
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et Nicëphore Chnmne, garde du Caniclée. L'empereuri^^ prenant la parole, accusa sans pre'ambiile son petit-fils d'être un homme dur, intraitable , arrogant , qui n'écouloit que ses passions et refusoit de lui obéir. Le jeune prince l'interrompit avant la conclusion, demanda respectueusement à se défendre, et le vieil Andronic n'osa l'en empêcher. L'accusé rappelle les reproches qu'on avoit eus à lui faire, et qui ne prouvoîent qu'une grande légèreté dans sa conduite. C'étoient des courses à cheval, des parties de chasse et d'autres divertissemens de cette espèce, auxquels il avoit eu tort de se livrer, puisque l'empereur blâmoit ces amusemens frivoles; mais que ce n'étoient point des crimes, et que depuis long-temps ii avoit changé de conduite. Andronic , furieux , reproche à son petit-fils de n'être pas chrétien. G'étoit alors et la phis grande injure et l'accusation la plus grave. Cantacuzène et Synadène, ayant entendu l'empereur élever la voix, s'avancent au secours de leur jeune maître , qu'ils croient en danger. Le vieil Andronic, averti de ce mouvement, se sauve avec précipitation au fond de son palais; il consulte Métochite, et le charge d'aller trouver son petit-fils, de lui dire qu'il le regarde toujours comme coupable; mais qu'il veut bien lui pardonner à condition qu'il s'engagera par serment à persévérer dans la foi, à ne jamais conspirer, à révéler ses complices, enfin à ne jamais fuir de Gonstantinople. Le jeune prince répondit en disant qu'un serment étoit inutile , si, comme on l'en accusoit, il n'étoit pas chrétien; qu'il n'avoit point assez de fortune pour se faire un parti; que ses amis neluiavoient jamais donné de mauvais conseils, et qu'enfin, si jamais il entendoit parler de quelque projet contre lui, bien loin d'attendre, il prendroit promptement la fuite. L'empereur, qui avoit suivi les pas de Métochite, écoutoit à la porte; il entre furieux, adressant de violens reproches à son fils, qui fit ses soumissions, et, malgré les obstacles qu'y mettoit Andronic j|
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lui baisa les pieds. G'étoit alors un devoir de rendre le baiser au visage. Le vieil empereur ne put s'y refuser, et l'on crut ou fit semblant de croire que les deux princes étoient réconciliés : mais le père vouloit toujours connoître les noms des partisans de son fils, et celui-ci persista dans son refus. Le premier prit le parti de le séparer de ses plus fidèles amis. Cantacuzène reçut l'ordre d'aller dans le Péloponèse en (pialité de gouverneur ; il refusa, parce qu'il y avoit perdu son père. Alors l'empereur l'envoya en Thessalie pour s'opposer aux progrès des Catalans , qui , depuis qu'ils s'étoient emparés du duché d'Athènes, s'agrandissoient aux dépens de l'empire, ïls avoient récemment envahi une partie des états de Jean Ducas, despote et prince de Thessalie, dont la mort rendait Andronic héritier de ses domaines. Cantacuzène ne pouvoit éluder une mission ainsi motivée; niais il demanda l'argent, les ttoupes et les provisions nécessaires. Tout lui fut accordé. On ne lui donna que cinq jours pour sortir de Constantinopîe. Le protostrator reçut Tordre de partir sans délai pour son gouvernement. De pareilles mesures , pour isoler le jeune Andronic, n'étoient pas de bon augure. Il fut averti par un billet anonyme que son aïeul ^ouloit le faire arrêter. Le patriarche Gérasime, qui s'intéressoit à son sort, lui confirma cet avis. Cantacuzène et le protostrator convinrent de ne pas s'éloigner de leur maître, et d'un rendez-vous à quelque distance de la capitale, où le jeune prince devoit les venir joindre. Syrgiane tint des troupes prêtes pour protéger sa fuite. Un jour, au lever de l'aurore, le jeune Andronic sortit de la capitale avec une nombreuiie meute, des oiseaux de fauconnerie et les équipages de chasse. Il se rendit auprès de ses amis, et prit avec eux la route d'Andrinople , où sa présence causa la plus grande joie aux habitans de cette ville, qui, depuis la mort de l'empereur Michel, n'avoieat plus de prince dans leurs murs.
iSS lîîSTOIRÈ DÎJ BAS-EM^îKi,
Le vieux Andronic, instruit de ce de'part, donrig ordre à Manuel Tagaris, grand-stratopédarqne , (Hé prendre nne escorte suffisante et de lui ramener son fils pieds et poings liés ; mais Tagaris lui fit sentir la difficulté de cette entreprise. Le jeune prince n'étoit point parti sans s'être concerté avec ses amis; sans avoir pris toutes les mesures pour assurer sa retraite ; sans être déterminé à une défense vigoureuse, ne pouvant se dis= simuler le sort qui lui étoit réservé. D'ailleurs, nonseulement on ignoroit le nombre de ses partisans , mais on n'avoit point de certitude sur les dispositions de Tarmée, et l'on ne savoit pas si elle étoit plus portée pour l'aïeul que pour le petit-fils. Telles furent les considérations que fit valoir Tagaris^ et qui détournèrent le vieillard de son projet. Ayant toujours une grande confiance dans les sermens, il en fit prêter à ses sujets un , nouveau par lequel ils s'engageoient à ne pas prendre le ! parti Andronic Paléologue. C'est ainsi qu'il l'appeloit pour faire voir qu'il ne le regardoit plus comme prince impérial; mais en faisant ainsi songer au bâtard qu'il^ vouloit lui substituer, il établissoit un parallèle tout àl'avantage de celui qu'il prétendoit exclure. Malgré le j serment on vit sortir de Constantinople des sénateurs^ des officiers, des dignitaires, des citoyens qui se rendirent auprès du jeune prince. Les autres villes imitèrent ' cet exemple. En peu de temps Andronic eut une arméel nombreuse ; mais, comme on n'avoit point de magasins, cet événement n'ayant pas été prévu, il y eut beaucoup de désordre. Des brigands en profitèrent pour piller de tous côtés. Les caisses publiques furent enlevées , îes*i moissons ravagées et beaucoup de maisons brûlées. Le vieil empereur eut recours à ses moyens ordinaires, c'est-à-dire au clergé; mais au lieu de le faire mettre en prières, il l'arme des foudres de l'Eglise, et par sort^' ordre tous les partisans de son fils furent excommu-* niés. Le patriarche Gérasime étoit mort le jour de la.
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fuîîe du prince. On croit que, s'il eût vécu, il aiiroil fait à l'empereur des représentations snr les armes dont il faisoit usage, et qui ne servirent qu'à augmenter le parti du jeune Andronic. De tons les côtés on venoit se ranger sous ses drapeaux, et l'empereur voyolt abandonner les siens. Effrayé de cette désertion générale , il députa vers son petit-fils Callicrinite , premier cétonite, et Théolepte, évêque de Philadelphie. De juge du jeune Andronic , ce dernier devenoit ainsi ambassadeur auprès de ce prince, qui avoit paru devant lui comme un coupable. Ces deux envoyés éloient chargés d'offrir la paix et de souscrire à toutes les conditions. La mère de Syrgiane les accompagna comme une autre Volumnie : mais son mari n'étoit pas un nouveau Corioîan. Les ambassadeurs parurent pendant que le prince passoit une revue générale de ses troupes. L'objet de leur mission circule bientôt débouche en bouche; les soldats les enveloppent, menaçant de les tuer. Callicrinite, épouvanté, tombe à genoux; Tévêque oppose aux sabres levés sur sa tête un maintien calme , et s'exprimant en homme qui ne craint pas la mort, les désarme par sa contenance. Andronic, ayant pris à part les deux envoyés, leur déclara qu'il n'avoit pris les armes que pour se défendre; que dans ce moment il ne pouvoit les faire déposer à son armée, parce qu'elle étoit trop exaltée; que pour cette raison il ne pouvoit conclure de traité; mais qu'ils pouvoient tranquilliser son père, et lui assurer que bientôt il seroit content de lui. Les ambassadeurs rendirent compte au vieil Andronic de l'attachement des soldats pour son petit-fils, et des bonnes dispositions de celui-ci. Après leur départ le jeune Andronic assemble son armée pour se plaindre de la manière avec laquelle les envoyés de son père avoient *ité reçus, et communiquer les propositions de rem[îe~ renr, qui 'offroit d'accorder tout ce qu'on demanderoit. U invita cette multitude à donner son avis. Tous
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crièrent qii'iis ne vouioient point de la paix; qu'il falîoit exiger l'abdication d'Andronic, ou marcher sur Constantinople, déclarant que, si le jeune prince ne partageoit pas cette opinion , iis pourvoiroient à leur sûreté. Il répondit en les remerciant de leur zèle, et en remettant l'assemblée au jour suivant pour s'occuper de cette affaire, qui raéritoit un sérieux examen. Le jeune Andronic passa la nuit en conférence avec Syrgiane, Cantacuzène , le protostrator et les chefs principaux. Tous approuvèrent la résolution de l'armée, convenant cependant qu'on ne pouvoit attaquer la capitale sans exposer la vie de l'empereur, et qu'il ne faîloit point abandonner le plan qu'on s'étoit fait de ne jamais manquer aux égards qui lui étoient dus. Le lendemain Andronic harangue ses troupes, et leur expose, en les voyant toujours exaspérées, qu'il seroit imprudent de marcher sur Constantinople avant de s'être assuré des dispositions des pays et des villes situées sur les derrières de l'armée. Cette observation fut inutile; un cri général se fit entendre, et tous les soldats demandèrent à marcher sur-ie-champ : ils sommèrent Cantacuzène de s'expliquer. Cet officier parle dans le sens de son maître , donne plus de développemens à son opinion, et démontre les dangers d'une ' attaque contre une ville immense qui pouvoit résister et être secourue. Sa voix ne fut point écoutée, et les troupes persistèrent avec une telle opiniâtreté, qu'en les refusant on couroitles plus grands risques. Andronic se vit donc obligé de diriger son armée sur Constantinople. Mais, fidèle à ses principes, il écrivit à son aïeul, l'instruisit de tout ce qui se passoit, des vains efforts qu'il avoit faits pour arrêter les soldats; lui traça la conduite qu'il devoit tenir pour opposer une résistance apparente, dont il profiteront, en Texagérant , pour faire prendre à son armée une autre direction. Ayant satisfait à ce devoir, il s'avance à petites journées. Il rencontra un corps de trois cents hommes que Yenceslas, roi de Bul-
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garîe, meltoit à sa disposition sous les ordres d'un officier nommé Martin : mais on sut bientôt qu'il étoit chargé d'enlever le prince. L'empereur avoit envoyé à son petit-fils Eugénie, sa cousine, nièce de Michel Paléologue; elle venoit remercier le jeune prince et le prier de la part du vieil Andronic d'attendre, pour faire entrer son armée à Constantinople , qu'il eût mis ses jours en sûreté , en se retirant dans un couvent , ayant le projet de se faire moine. G'étoit un peu tard pour le bien de l'état. Touché jusqu'aux larmes, le prince rassemble ses principaux officiers, et les harangue pour leur prouver qu'il ne pouvoit sans impiété refuser la paix que lui faisoit offrir son aïeul. Il a soin de leur cacher le projet de retraite, craignant qu'on ne l'obligeât à le laisser exécuter. Cette circonstance est remarquable pour apprécier la sincérité des intentions du jeune Andronic. Son discours ayant produit l'effet qu'il désiroit, il renvoya de suite Eugénie à l'empereur, avec une lettre dans laquelle, conservant toujours le ton respectueux, s'excusant sur la nécessité des circonstances devenues impérieuses au point qu'il n'avoit pu les maîtriser , il propose un accommodement, dont les conditions étoient l'A cession du pays compris entre Selivrée et Christopole, ainsi que des impôts, des troupes et des villes de ce pays. Le vieil Andronic se réservoit la capitale et son territoire, les villes d'Asie, les îles , et du côté de l'occident îa Macédoine et les provinces situées au-delà de Christopole,jusqu'aux frontières de la Dalmatie. L'impossibilité de congédier ses troupes, qui ne vouloient point servir l'empereur, forçoit à ce partage. Le prince terminoit en exprimant l'espoir de remettre un jour à son aïeul tout ce qu'il paroissoit s'attribuer , ainsi que sa propre personne. La sincérité de ce langage ne peut être révoquée en doute. L'empereur passa subitement de l'excès de la consternation à celui de la joie, et prouva de nouveau qu'il ne savoit pas plus se modérer dans l'amour
que dans la haine. Il donne à son petit-ûls les éloges les plus exagérés; il veut qu'on le reconnoisse pour empereur; il fait lever l'excommunication lancée contre lui; et ce criminel d'état, d'une conduite scandaleuse, digne d'exécration , qui avoit mérité tous les supplices , est tout à coup un héros et le plus sage des hommes. Ces louanges firent bientôt place aux n?proches. Apocauque avoit accompagné la princesse Eugénie; il étoit porteur du traité. L'empereur, qui se plaignoit de cet homme, prétendit que son petit-fils ne le choisissoit que pour le contrarier. En renvoyant le traité signé, il fit adresser ces reproches par Bardale, son premier secrétaire, et Callicrinite, un de ses chambellans, au jeune prince, qui] répondit qu'Apocauque n'avoit aucun caractère, et ne i devoit être considéré que comme un particulier porteur d'actes. Ainsi finit cette première guerre civile : mais la paix n'eut qu'une très-courte durée. Andronic ramena son armée à Andrinopîe; Irène, son épouse, vint l'y joindre. Il visita les villes de sa dépendance , et s'y fit reconnoître pour empereur, distribuant des récompenses ^ à ses partisans. Quelques mois se passèrent ainsi, et la paix paroissoit assurée, lorsque le prince reçut des lettres dans lesquelles on le prévenoitdes intrigues de Syrgiane pour le perdre auprès de l'empereur. Cet avertissement se trouva fondé. Syrgiane étoit jaloux de sa femme, à qui le jeune Andronic faisoit un accueil inquiétant, et de Cantacuzène , dont le crédit étoit plus grand que le sien. Le prince ne changea point de manières; et même, i fi près avoir communiqué au gouverneur de la Thrace | les avis qu'on lui donnoit, il lui proposa de lui rendre la liberté pour passer au service de l'empereur, l'assurant qu'il ne le trouveroit pas mauvais. Syrgiane répondoit par des protestations , se plaignoit avec une feinte colère des soupçons injurieux dont il étoit l'objet, et ! crioit à l'injustice. Sa prompte retraite en Thrace et la \ conduite qu'il y tint donnèrent la mesure de sa franchise.
Quand on apprit qu'il s'étoit rendu auprès du vieil Andronic, on ne douta plus de la guerre. x\ndronic rassemble sans délai ses troupes, leur annonce qu'au me'pris des traités son aïeul se préparoit à l'attaquer, et qu'il faut se préparer à la guerre. Ou lui répond par des acclamations. Après avoir pris des mesures pour la défense de ses provinces, il vint mettre le siège devant Héraclée, dont les habitans venoient de se révolter. Mais, cette ville étant fortifiée et la saison rigoureuse, son armée ne tarda point à se décourager, et même elle ne dissimula point le désir qu'elle avoit de voir la paix rétablie. Du consentement d'Andronic, ils députèrent vers l'empereur un soldat nommé Calochérète , chargé d'une iettre dans laquelle on faisoit au prince des observations sur l'infraction des traités, sur la nécessité de rétablir la concorde dans la famille impériale, et l'on demandoit la paix, en mêlant à la prière les reproches et les menaces. L'envoyé fut fort mal reçu. Dans son impatience, le jeune Andronic s'avançoit vers Constantinople pour aller lui-même connoître les dispositions de son aïeul. De Rhége il lui envoya de nouveaux ambassadeurs, qui avoienl ordre de revenir sans délai. C'étoit bien mal connoître le vieil Andronic. Ils furent retenus pendant deux semaines. Le jeune prince arrive aux portes de la capitale, fait inviter les sentinelles à prévenir l'empereur; mais ses envoyés sont reçus par une grêle de traits qui les oblige à se retirer. Les troupes restèrent campées dans les environs pendant trois jours. L'intempérie de la saison força le prince à les ramener à Didymotique, pour les y mettre en quartier d'hiver. Le frère du craie de Servie l'abandonna pour se ranger sous les drapeaux de l'empereur: Syrgiane l'inquiéta par des mesures actives et vigoureuses, et par la corruption. Il débaucha le gouverneur de Sténemaque et deZépène, se saisit de Rhédeste , d'Aspres et de Sergence, la première par trahison , les deux autres à main
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armée. Ces événemens causèrent tant de chagrin an jenne Andronîc, qu'il en tomba malade, au point que sa santé ne se rétablit jamais. L'empereur avoit envoyé à Thessalonîque son fils, le despote Constantin, avec ordre de s'emparer de l'impératrice, veuve de Michel et mère d'Andronic, pour la faire conduire à Constantinople. Cet ordre fut exécuté avec une brutalité révoltante. Sur ces entrefaites , Urosc, craie de Servie , mourut , et Simonide en fut délivrée. Elle partit aussitôt pour revenir à Constantinople. Comme Urosc avoit construit quarante huit monastères, les moines en ont fait un saint. Ce saint eut à la fois deux femmes, vécut en concubinage avec une troisième, fit au même instant deux traités, l'un avec Andronic, et l'autre avec Charles de Valois, s'engagea par serment à changer de religion , si les Latins reprenoient la capitale, et resta schismatique; prit dans la guerre civile le parti du fils contre le père, trahit ensuite le premier, et se joua toujours des conventions qu'il avoit conclues.
An. î522. Le jeune Andronic se trouvoît dans une position cri»tîque, n'ayant plus les moyens de solder son armée. Cantacuzène les lui fournit de ses propres deniers, et vint à son secours. Us commencèrent la campagne par le siège et la prise d'Aspres. !1 envoya d'abord sommer cette ville de rentrer sous sa domination, promettant d'oublier le p<issé. Mais les hab tans reçurent cette proposition avec un mépris insultant , et même tirèrent sur les envoyés. Le prince fit donner l'assaut, et s'empara de la place. Il traita avec douceur les assiégés, leur fit rendre ce qui leur avoit été pris par ses soldats, et laissa la garnison libre de se retirer ou d'entrer à son service. L'infanterie se rangea sons ses drapeaux ; la cavalerie , ne voulant point abandonner la cause de l'empereur , usa de la liberté qu'on lui donnoit. Le jeune Andronic eut la générosité de leur faire délivrer de l'argent et des provisions. Ce premier succès fut suivi de plusieurs autres.
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Garelle , Rhédeste , Sergence , se rendirent , et les affaires du jeune prince commençoient à se rétablir. Il anroit pu goûfer les plaisirs de la vengeance, s'il avoil en moins de noblesse dans Tâme. On venoit de lui livrer Constantin Palëologue , grand-stratopëdarque , qui Tavoit indignement trahi, non-seulement en débauchant les troupes confiées à son commandement , mais en traitant avec barbarie tous ceux qui restoient fidèles au jeune prince. L'un des plus dévoués étoit Syrpane. Palëologue le sépara de sa femme, de ses enfans, le fit frapper tous les jours par des bourreaux, marquer à la joue avec un fer rouge, et finit par le mettre au cachot. Syrpane parvint à s'évader, à rassembler assez de partisans pour combattre Constantin. Celui-ci fut livré par les siens au jeune Andronic, à qui Syrpane demanda la grâce de son ennemi. Cette demande parut d'autant plus extraordinaire, qu'il portoit sur sa figure la marque des outrages qu'il avoit reçus. Frappé de cette grandeur d'âme, Andronic lui accorda la grâce de Constantin, en s'écriant qu'un empereur devoit imiter l'exemple que lui donnoit un barbare, qui rendoit le bien pour le mal. Les troupes du prince battirent complètement celles de l'empereur à Thessalonique , et s'emparèrent du prince Constantin, frère du vieil Andronic, à qui celui-ci destinoit la couronne. Il hit conduit au jeune prince; et comme il craignoit la mort, il prit la robe de moine. Tous les soldats l'auroient mis en pièces, si son neveu ne les eût apaisés. On crut satisfaire les passions du jeune Andronic en maltraitant son oncle. On le mit au fond d'un puits, dans lequel on lui jetoit des alimens. Andronic fit cesser ce traitement dès qu'il en eut connoissance , et donna des ordres pour que son oncle fût transporté dans un lieu sain , et qu'on eût pour lui tous les égards dus à son rang. L'occasion de se venger se présente encore, et le prince s'y refuse. Constantin Palëologue , grand-papias , Zaridé et Senna-
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chérini , protallagator , lui sont amenés pieds et poings liés. Tous les trois avoient insulté à la mère du prince en la livrant au vieil Andronic. Ils méritoient des supplices pour les traitemens qu'ils avoient fait éprouvera l'impératrice. Le prince se contenta de faire couper la barbe et les cheveux aux deux derniers, et de mettre le premier en prison. Peu de temps après, il leur pardonna à tous les trois. L'empereur avoit appelé les Turcs à son secours contre son petit-liîs. Ils s'étoient réunis ^ux Grecs, et marchoient contre le jeune Andronic. Ce prince ne les attendit pas. Il partit de Didymotique , s'avança contre eux et les mit en déroute. Ils se réfugièrent à Gonstantinople, où Tempereur voulut, mais en vain , les retenir. Dans le même temps l'île de Lemnos envoya des députés au jeune Andronic pour lui demander \m gouverneur, déclarant qu'elle ne vouloit plus reconnoître son aïeuL Ce dernier, voyant les progrès que faisoit le parti de son petit-fils, consulta pour savoir ce qu'il avoit à faire, non son sénat ou ses conseils, mais l'Ecriture sainte. Il l'ouvrit au hasard, dans le dessein de se conformer aveuglément au conseil qu'il trouveroit dans le premier verset offert à sa vue. Les historiens ne désignent point le verset d'après lequel ce prince superstitieux se décida. Ils ont seulement conservé la lettre qu'il écrivit à son petit-fils, dans un style dévot et dans les termes les plus soumis. Cette lettre fut portée au jeune Andronic par Isaac , moine du mont Athos. Malgré l'expérience, qui ne lui permettoit pas plus de douter de la mauvaise foi que de l'incapacité de son aïeul , le jeune prince étoit disposé à lui remettre son armée , ses provinces et sa personne. Cantacuzène partageoit cette opinion. Tous deux croy oient obtenir par ces généreux sacrifices une solide paix. Mais il falloit le consentement des officiers et des troupes : on tint plusieurs assemblées. La juste méfiance des uns, l'ambition des autres, rendirent la négociation difficile. Enfin le prince arracha
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plutôt qu'il ne Tobtint une adhésioa au parti qu'il proposoit Le moine îsaac fut chargé d'aller rendre compte à l'empereur de tout ce qui se passoit, et particulièrement de la répugnance qu'avoit montrée l'armée. Le jeune Andronic demandoit, en remettant tout à son aïeul , que chaque soldat conservât l'arpent de terre qui lui avoit été accordé , que la solde des troupes fut payée ; enfin, quant à ses propres intérêts, il s'en remettoit à lui. La surprise de l'empereur fut égale à sa joie. Il redevenoit ainsi maître de tout l'empire. La capitale fit des réjouissances publiques; la cour admira le désintéressement du jeune prince; le vieillard sortit de Constantinople pour aller au-devant de son petit-fils, qui s'avançoit pour lui rendre hommage. L entrevue fut touchante. Andronic passa quinze jours au palais impérial ; on le traita comme l'auteur de la prospérité publique, et l'on ne manqua pas de le combler d'éloges, en attendant l'occasion de tenir un langage contraire, comme on Tavoit déjà fait.
A peine le jeune Andronic avoit-il déposé les armes. An, iSaS.i qu'il fut forcé de les reprendre , non pas encore contre son aïeul, mais contre les Bulgares. Venceslas, roi de ce peuple et beau-frère d' Andronic, venoit de mourir. Il laissoit la couronoe à Tertère son fils. Les troupes de celui-ci firent des excursions sur les terres de l'empire et s'emparèrent de Phillibe, ville anciennement bâtie par le père d'Alexandre, et cédée au jeune Andronic par son aïeul. Maître de cette place, les Bulgares marchent sur Andrinople. Le prince, qui étoit retourné à Didymotique, rassemble des troupes, bat ces barbares, les poursuit, et les fait rentrer dans leur pays. Il y entre bientôt après avec une armée nombreuse, qui revint chargé d'un butin immense.Cette campagne finie, Andronic se rendit auprès de l'empereur. Il apprit à son retour
°' OA lui déclara par acclamation qu'il étoit le maître ^ et qu'il ferait •t qu'il lui plairait.
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que Syrgîane étoit en prison* Le résultat de la réconciliation des deux princes ne pouvoil que lui être désavantageux. Voyant son ambition trompée et ses intrigues inutiles, il en conçut un dépit violent. Il se plaignoit amèrement, recherchoit tous ceux qu'il supposoit devoir être mécontens, et plus particulièrement Asan , surnommé Androràc , qui chassé , par le petit-fils , du Péloponèse , dont il étoit gouverneur, ii'avoit reçu du grand -père aucune récompense. Il étoit fils d'Asan , l'ancien roi des Bulgares et despote de Romanie. Il écouta Syrgiane, eut l'air de partager ses opinions, et le dénonça à l'empereur, qui fit mettre en prison le mécontent. Cet ambitieux étoit tellement haï du peuple ^ que sa maison fut pillée et détruite de fond en comble. On lui fit son procès. Mille voix s'élevèrent contre lui ; mais en l'accusant on n'avoit pas de preuves. Andronic consulta son petit-fils , qui se récusa , parce qu'ayant à se plaindre de l'accusé , il ne pouvoit être son juge. L'empereur le condamna à une prison perpétuelle, dans laquelle il devoit être enchaîné à un poteau.
Le jeune Andronic reprit une seconde fois les armes contre les Bulgares , et voici à quelle occasion. Tertère ii ne régna que quelques mois. Après sa mort , plusieurs villes se soumirent à l'empereur. Dès lors il y eut deux partis en Bulgarie. Les grands et le plus grand nombre des citoyens décernèrent la couronne à Michel , gouverneur de Vidène , et l'installèrent à Ternove. Un parti se déclara pour Boésilas , frère du dernier roi, qui vivoit à Constantinople. Boésilas se mit en campagne ^ conquit une partie de la Bulgarie , et offrit à l'empereur de se reconnoître pour son vassal , s'il vouloit lui permettre de prendre le titre de despote. Le jeune Andronic , de son côté , reprenoit les villes que Tertère avoit enlevées aux Grecs. Il fut arrêté devant Philippopole , en Thrace , pendant quatre mois. Comme il devoit concerter ses opérations avec Boésilas , il confia
le siège à George Biienne , qui prit la ville en peu de jours et s'avança vers Potuque , où Boésilas devoit se rendre. Mais celui-ci , retardé par un accident, n'arriva pas ; ce qui fit manquer la campagne. Michel , son rival , fit beaucoup de progrès , et Boésilas fut obligé de se sauver à Constantinople. Michel, ayant épousé Théodora Paléologine , veuve de Venceslas et sœur du jeune Andronic, fit la paix avec l'empereur, et même conclut un traité d'alliance. Cent vingt mille Tartares septentrionaux entrèrent en Thrace et désolèrent ce pays ; Andronic parvint à les battre près d'Andrinople , et délivra son pays de ces barbares.
Le vieil et dévot empereur, pendant que son petitfils combattoit les ennemis de l'état , put se livrer à son goût pour les affaires de l'Eglise. Une des plus importantes étoit l'élection d'un patriarche à la place de Gérasime , mort l'année précédente. Andronic choisit un moine^du mont Athos nommé Isaïe, éloigné du sacerdoce à cause de ses moeurs scandaleuses et de son incapacité. Il fut élu le 3o novembre i323. Son premier soin fut d'obtenir le rappel de l'échanson Alexis Philanthropène, qui, vingt-huit ans auparavant , avoit eu les yeux crevés pour avoir voulu se faire déclarer souverain par son armée.
Le jeune Andronic , à peine de retour à Constanti- Ax. 1324, nople, apprit la mort de sa femme , la princesse Irène. Son aïeul voulut qu'il se remariât. Après s'être concertés tous les deux pendant long- temps , ils fixèrent leur choix sur Jeanne, fille d'Amédée v, comte de Savoie, et députèrent , pour en faire la demande, deux ambassadeurs au prince régent , qui étoit déjà entré pour le même objet en pourparler avec des envoyés du roi de France. Le comte de Savoie préféra l'alliance d'Andronic, parce que Jeanne recevoit le titre d'impératrice. Cantacuzène , dans son histoire des deux Andronics ^ conclut de cette préférence que non-seulement les bar--
baves , mais aussi les Italiens et les autres peuples /«É plus polis , avouent que V empire romain surpasse tous les états de la terre en magnificence et en grandeur «. Il est probable que la maison de Savoie pensoit comme Cantacuzène , et certain que cet empire ne conservait aucun vestige de la langue ni des mœurs des anciens Romains , et que ses princes , dégénérés , se paroient des vains titres de César et d'Auguste C'est par un étrange abus de mots qu'on Tappeloit empire romain. Pour répondre à l'idée du comte , Andronic le vieux voulut faire sacrer son petit - fils , afin que la nouvelle épouse fût reçue en qualité d'impératrice. Cantacuzène entre à cette occasion dans le détail des cérémonies du sacre , dont il n'est pas inutile de rapporter quelques 4n. i525. particularités. Ce sacre eut lieu le 2 février i32.'). Le patriarche, les dignitaires , les officiers et le peuple, se rassemblent au palais. On place le prince sur un bouclier dont le devant est soutenu par le père e| par le pa* triarche , et le derrière par les despotes et le sébastocrator. Ils lèvent le bouclier aussi haut qu'ils le peuvent, et montrent le jeune empereur au peuple. Ensuite on le conduit à l'église ; on le met dans un cabinet construit exprès et qu'on détruit ensuite : là on le revêt de la robe de pourpre, et la couronne est placée sur sa tête. Il sort dans ce costume , monte sur un échafaud , et^ assied sur ww trône d'or. Il en descend au tiers de la messe, va se placer au pupitre près du patriarche , et dépose sa couronne. Le prélat fait les prières accoutumées , après lesquelles le père de l'empereur, recevant des mains des diacres la couronne, la place sur la tête de son fils avec le patriarche , qui chante ces mots : // en est digne. Ces mots sont répétés trois fois par les assistans et pap le peuple. Le premier des diacres adresse ces paroles au nouvel empereur : Régnez de manière à ce que Dieu se souvienne de votre empire dans son royaume , mainte-
* Cantac. liv. i;, ch. 4o. * Gibbon, bist.de la décad. t. i.
nant et dans les siècles des siècles. Le soir de ce jour le prince fait jeter au peuple par un sénateur des é'pi^omé<?.v; ce sont des petits sacs de toile contenant chacun trois pièces d'or, trois d'argent, et trois de cuivre. Telles sont les cérémonies qui étoient observées au sacre des empereurs jurées , et qui le furent à celui d'Andronic Son aïeul fit dans la marche une chute , qu'il regarda comme un mauvais présage, et qui renouvela contre son petit-fils ses anciennes dispositions. L'impératrice , qui prit le nom d'Anne , n'arriva que l'année suivante à An. i326. la cour de Gonstantinople. Elle y parut avec un éclat et une pompe qui prouvoient , par les sacrifices que faisoit la maison de Savoie, le prix qu'elle attachoit à l'alliance d'Andronic. La princesse étoit accompagnée d'un grand nombre de cavaliers , de seigneurs , tous richement équipés. Ils introduisirent à Gonstantinople l'usage des tournois , qui , avant cette époque , y étoit totalement inconnu.
Le projet qu'avoit eu précédemment le vieux An- An, 1527, dronic de changer l'ordre de succession au trône et d'en exclure l'héritier légitime pouvoit être un gern^o de divisions. En voyant que l'empereur choisissoit un bâtard , les princes de la famille i ri pénale durent se, croire des prétentions fondées et des droits à la couronne. L'un d'eux , Jean , fils d.^ Constantin Poî phyi ogénète , et neveu de l'empereur, voulut se rendre an 'uoins indépendant. Dans ce but, il recher» ha ruiiiance d'Etienne,
^ Une partie a été conservée dans uer l'empire avec justice, le défendre
le sacre des empereurs d'Alleraairne , avec valeur , en conserver Les droits,
des rois de France, elc. Dans ceux- proléger Les fiibles et Les pauvres,
ci , les engagement que ( onir^ctoit 11 n'éloil s.icré qu'après avoir fait
Jé prince envers le peuple étoient de» réponses convenaùles, corifîrmées
moins impliciles. A Gonstantinople , par un serment ur Les Evangiles^
on se contenloit de proclamer qu'il Dans L'ancien cérémonial de France,
étoit di^ne j et de lui rappeler que les mômes cngagenuns étoient pris.
Dieu le survcilloii ; c'éloit toujours II y a de plus ui.e iormalité remar-
l'avertir qvt'il avoit des devoirs à quable : le connétable s'avançoit du
remplir. En Allemagne, Télecteur côté du peuple, et lui demandoit
demande an prince s'il veut gouver- s'il vouloit de .... . pour roi.
nouveau craie de Servie, en fit son gendre, et se concerta avec lui sur les moyens de s'ériger en souverain. Les deux fils de Métochite, grand-logolhète , entrèrent dans le complot. Le craie leva des troupes et les conduisit avec Jean sur les terres de l'empire, qu'ils ravagèrent. Andronic le vieux offrit à son neveu la dignité de César. Celui-ci l'accepta, promettant de rester tranquille- Il ne jouit pas long-temps de cette dignité, étant mort subitement peu de jours après qu'elle lui eut été accordée.
Le jeune Andronic avoit établi sa cour à Didymotique. En s'y rendant il apprit qu'une bande de Turcs désoloient le pays, et marcha contre eux. Il les battit ; mais il fut blessé et courut les plus grands risques. Dans le même temps les provinces asiatiques étoient ravagées par Othman. Il enleva aux Grecs une multitude de villes situées sur le Méandre , la Bithynie , et la ville de Pruse, qui étoit importante et qui resta toujours sous la domination des Turcs. Othman , après cette conquête , mourut à Néapolis. Les Grecs , à la puissance desquels il porta un coup mortel, et les Turcs , qui lui doivent la leur, ont, dans le langage qu'ils ont tenu sur ce prince , exagéré le mal et le bien. Il ne fut ni aussi cruel que l'ont peint les premiers, ni aussi parfait que le représentent les seconds.
On fit dans le même temps à l'Europe un appel inutile pour une nouvelle croisade. Ce fut un noble vénitien nonmié Marin Sanuto. Etudiant avec soin les moyens employés dans ces expéditions hasardeuses et la marche qu'on avoif tenue, il imagina un plan d'opération que même aujourd'hui on ne lit pas sans intérêt, à cause des dét^^ils qu'A donne sur la géographie, la marine, la construction des galères, le commerce de i'Inde et de l'Arabie. Sentant qu'une croisade ne pouvoit avoir lieu sans l'intervention d'Andronic , pour l'obtenir il démontroit aux souverains de l'Europe la nécessité de renoncer au projet de conquérir le trône de
Constantinople. Il pressoit en même temps le vieil empereur de renoncer au schisme et de se réunir aux Latins contre les infidèles; ils'offroit pour être intermédiaire dans celte importante négociation. Andronic ne répondit point à ses avances. Les princes européens parurent mieux disposés 'et goûtèrent le projet de Sanuto , que le silence de l'empereur fit abandonner. Un prince plus habile que ne l'étoit le foible vieillard auroit tenu probablement la même conduite , n'oubliant pas combien le séjour d'une armée de croisés avoit été funeste à l'empire grec un siècle auparavant.
Au moment où ce projet étoit proposé , les habitans de Crète ou Candie se révoltèrent contre les Véniliens, qui envoyèrent dans cette île Jiistinien-Jiistiniani pour mettre les rebelles à la raison. La sédition fut si considérable , que la république se vit au moment de perdre cette île qu'elle avoit achetée du marquis de Moniferrat. L'histoire a conservé le souvenir de la conduite de Michel Psamérilinge , chef des révoltés. Vaincu par les Vénitiens, il tue son cheval , présente son sabre à l'un de ses esclaves: « Coupe-moi la tête ( lui dit-il ) , porte- « là au général ennemi ; il te récompensera, et tu m'é- « pargneras l'horreur de me voir entre les mains de nos « tyrans. Jouis avec eux de ma mort. » Après plusieurs actions n^eurtrières , les Grecs rentrèrent dans le devoir. L'en)pereur refusa de venir à leur secours.
Il semble que rien ne devoit troubler l'harmonie qui régnoit entre les deux princes. La générosité de l'un, qui, deux fois maître de l'empire, i'avoit rendu deux fois à son aïeul ; la reconnoissance que l'autre avoit exprimée en faisant sacrer et couronner son petit-fils, paroissoient devoir garantir la paix , et la rendre solide et durable : mais avec un prince foible, superstitieux, accessible aux préventions, il n'est ni garantie ni sécurité. Le jeune Andronic reçut des avis auxquels il refusa de croire. On le prévenait que son aïeoi voo-
loit reprendre les armes contre lui : cet avis ne Fempêcha point d'aller visiter son beau-frère Michel , roi de Bulgarie. Tous deux conclurent ensemble un traité secret d'alliance offensive et défensive en cas d'événe- Rjent. Elle étuit nécessaire à tous les deux. L'un craignoit le craie de Servie , dont il avoit répudié la sœur pour épouser celle d'Andronic : l'autre avoit des inquiétudes sur les dispositions de son aïeul. A son retour, il reçut de nouveaux avertissemens. Il en donna communication à Gantacuzène , ainsi qu'à Synadène , protostrator, qu'il consulta. Comme le jeune prince n'avoit donné aucun motif de plainte , ils conclurent que, si l'empereur étoit indisposé contre son petit-fils , ce ne pouvoit être que par une suite de l'influence qu'exerçoient sur son esprit Métochite , grand-logolhète , et Paléologue , protovestiaire , fils d'une sœur du vieil Andronic , et tous deux ennemis jurés du jeune prince. Voici la cause de cette haine. Les enfans de Métochite avoient, comme nous l'avons rapporté, trempé dans la conspiration de Jean le panhypersébaste. Ils écrivirent des lettres qui tombèrent entre les mains du jeune Andronic. Ce prince les fit passer au père , au lieu de les envoyer à l'empereur. Loin de reconnoître ce service, Métochite répondit avec une hauteur insultante. Il traita, dans le même temps , avec une égale arrogance le protovesliaire , qui confia au jeune prince le projet de le faire expirer sous le bâton. Andronic voulut l'en détourner , et, n'en pouvant rien obtenir, lui défendit d'autorité , et en le menaçant de le faire punir , de rien entreprendre contre le grand-logothète. Métochite et Paiéologue se réconcilièrent dans la suite , et s'unirent contre le prince , dont la supériorité les blessoit. Le protovestiaire, nommé gouverneur de Bellegrade , reçut l'ordre de se rendre dans cette place, et de s'y préparer à la guerre. Le jeune Andronic, accompagné de Cantacuzène , se décide à venir à Constantinople pour véri-
fier l'état des choses; mais il reçoit en route défense d entrer dans celte capitale , parce qu'il avoit violé la paix. Le prince écrit pour se justifier , rendre compte de sa conduite , et prier son aïeul de lui faire part des griefs qu'il croyoit avoir contre lui. Il demandoit qu'on écoutât Cantacuzène , si sa présence étoit odieuse. Le grand-domestique écrivit de son côté pour faire à l'em-
I pereur de respectueuses remontrances , le conjurant de ne point prêter l'oreille aux personnes mal intentionnées, et de permettre que son petit-fils vînt plaider sa
I cause. Andronic le vieux savoit que ce prince avoit dans la capitale un grand nombre de partisans, et qu'il étoit aimé du peuple. Il sentit leidanger de sa présence , et refusa sa demande. Le jeune Andronic , pour ne négliger aucun des moyens de conserver la paix , crut devoir s'adresser au patriarche Isaïp/ D'après les instances de ce prélat, l'empereur consentit à nommer une commission composée d'évêques , de sénateurs, et d'archimandrites, au nombre de vingt-quatre , qui se rendirent auprès de son petit-fils pour lui communiquer les chefs d'accusation , et recevoir ses réponses. Le lendemain de leur arrivée , Andronic convoqua ses principaux officiers avec les commissaires envoyés près de lui. L'archevêque de Bulgarie exposa l'objet de sa mission. Andronic renouvela les protestations de son innocence , et fit observer que dans le cours de la discussion il seroit peut-être obligé de démontrer l'injustice de son aïeul envers lui , mais qu'il ne le feroit que pour l'intérêt de sa défense : il provoqua la rigueur des lois s'il étoit coupable , et demanda l'énoncé précis des fautes qu'on avoit à lui reprocher. Trois principaux chefs d'accusation furent mis en avant par les commissaires. Dans le premier, j on prétendoit que sa conduite étoit scandaleuse, et qu'il se livroit à la débauche. Ces assertions sans preuves furent facilement réfutées. Le second chef consistoit dans les mesures prises par le jeune prince envers des
officiers placés par son aïeul , ei qu'il avoit chassés de leur gouvernement. Il répondit , en prouvant qu'ils étoient autant de tyrans qui accabloient le peuple de vexations. Par la troisième et dernière accusation, on reprochoit au prince d'avoir forcé les gardes du trésor à lui délivrer quatre mille pièces d'or, sans l'autorisation de l'empereur, à qui il s'étoit engagé d'obéir comme un sujet à son souverain. Andronic ne nv^ point ce fait; mais il le justifia en prouvant qu'il n'éîoit point payé, et qu'on lui devoit des sommes bien plus considérables; Après avoir donné ces explications , il entra dans des détails circonstanciés sur les projets qu'avoit contre lui le vieil Andronic. Pièces en main , il prouva chaque fait. Il avoit intercepté dès lettres que ce prince écrivoit au protovestiaire , et dans lesquelles l'intention de prendre les armes contre le jeune Andronic étoit clairement exprimée. Il en donna connoissance , et termina- J cette lecture par celle d'une lettre adressée au protoves-^|j tiaire par son beau-père Gocalas , grand-logariste , qui| étoit présent à l'assemblée. Celui-ci recommandoit à soril gendre beaucoup de précaution relativement à sa cor- 1 respondance, et pour empêcher qu'elle ne tombât entrej les mains du prince ; il l'avertissoit que ce dernier étoil entouré de créatures vendues à son aïeul , et qui n'ailendoient qu'un signal pour le lui livrer. Avant ceiU lecture , le grand-logariste avoit pris un ton impertineni avec Andronic ; il fut frappé comme d'un coup de foudre , et, pour cacher sa confusion , il se retira dansj l'assemblée. Tous les commissaires , convaincus àt l'innocence du prince , et de Tinjustice dont il étoit l'objet , l'exhortèrent à ne pas réclamer dans le moment îa totalité des sommes qui lui étoient dues depuis plu-; sieurs années, soit pour sa maison , soit pour la solde dd ses troupes. Ils repartirent ensuite pour aller rendre! compte de leur mission; mais lis avoient été prévenus! par le grand-logariste. Lorsqu'ils se présentèrent à ïem^]
f ereur , ils en reçiii ent un accueil brusque , Tordre de se retirer , et de ne point reparoître , jus(|u'à ce qu'il jugeât convenable de les faire appeler. Les commissaires ne laissèrent point ignorer ce qui s'étoit passé, et le récit qu'ils en firent augmenta l'intérêt qu'on portoit au jeune Andronic. L'empereur en fut alarmé ; mais, au lieu de calmer les esprits -, il décria de nouveau son pelit-fils, et les plaintes qu'il faisoit contre lui étoient le sujet de ses entretiens. ïl alla même au point de donner des ordres pour rassembler le patriarche et les évêques , et leur députa un sénateur chargé d'accuser en son nom le prince d'avoir voulu lui enlever la couronne. « Il ne pouvoit laisser le trône à un étourdi ^ ^« sans cesse occupé de la chasse , qui nourrissait une ,w meute de mille chiens, autant d'oiseaux de faucon- .« nerie, et un nombre égal d'officiers et de valets ; à un « homme qui passoit sa vie dans la débauche , qui avoit « fait poignarder son frère , enfin , qui ne savoit pas « gouverner ses propres affaires. L'intérêt de l'état ,« exigeoit impérieusement l'expulsion d'un pareil ;« homme» » Tels furent les griefs du vieillard. C'é» toient les mêmes qu'il avoit articulés lors de leur première rupture. Il ne faisoit que les répéter. Il concluoit par demander que l'on retranchât le nom du jeune prince des prières de l'Eglise. Le clergé fit des représentations, insista pour que les commissaires fussent entendus , ajoutant que ce seroit une odieuse injustice que d<î les refuser. Cetle résistance ne fit qu'aigrir Andronic, .qui répondit que personne n'avoit droit de lui dicter la conduite qu'il devoit tenir; et , sachant que ie patriarche preiioit ouvertement la défense de son pelit-lib , il lui fit dire de se mêler des afi^ires de l'Eglise, et non de celles de l'état. Isaïe , loin d'être intimidé, tint un langage plus hardi. Ce prélat déclara avec énergie qu'en montant sur le siège de Constantinople , il n'avoit point pris l'engagement d'obéir aux caprices de l'empereur ^
î^8 HISTOIRE DU BÀS-EMPIRE.
mais celui de le ramener à son devoir toutes les fois qu'il s'en écarteroit. Il rappela la belle conduite du jeune Andronic dans le temps où il traitoit d'égal à égal avec son aïeul; il fit observer que ses fonctions patriarcheles î'obligeoient à défendre ceux qui étoient injustement persécutés, et conséquemment le prince , à le protéger; qu'il commettroit un crime en l'abandonnant ; enfin , rappelant l'auguste cérémonie du sacre , il finit par inviter l'empereur à ne pas prêter aussi facilement l'orîiilie à la calomnie. Le vieillard , outré de ces remontrances, fit conduire immédiatement en prison ceux qui i venoient les lui faire de la part d'isaïe. Ce prélat, loin de s'adoucir, rassembla le peuple , et prononça une inter- i diction contre tout ecclésiastique qui supprimeroit , ' conformément à l'ordre de l'empereur , le nom d'An- i dronic des prières publiques. Le prince, furieux , fit enfermer dans le monastère de Mangane le patriarche, après avoir forcé quelques évéques à prononcer contre ce pontife une sentence d'interdiction. ^ Aw. i328. Cette violence montroit assez au jeune Andronic que tout espoir de réconciliation étoit perdu. Il rassembla son conseil. Cantacuzène et Synadène furent d'avis de pren- i dre les armes et de se mettre en défense, parce que tous j les moyens étoient épuisés. Quoique le prince en convînt, il voulut persister dans le système qu'il avoitadoptéj i et tenter encore des démarches pour ramener son aïeuL Il fut d'avis d'aller à Constantinople, et d'avoir une entrevue avec le vieil Andronic, accompagné du granddomeslique et du protostrator. Il s'avance vers celte ca- i pitale, sous une escorte de treize cents hommes. Il fait arrêter sa troupe à quelque distance de la ville, s'approche de la porte Gyrolienne avec trente personnes qui j lui étoient dévouées et ses deux amis. La porte étoit j fermée et les murs couverts de soldats. Reconnoissant Marulesqui les commandoit, il le prie d'aller obtenir dç I ^'empereur la permission de le saluer, et de lui rendre j
HISTOÎP.E DU BÂS-EMPÎR.E. i ^9
: devoirs. Il lui rapporte l'ordre de se retirer sans délai. Un messager étoit chargé de la part dM vieillard d'accompagner cet ordre d'injures grossières, et s acquitta de sa commission, Andronic, sans être ému, salue Marules et sa troupe, se retire, rejoint son tfscorte, €t se rend à Sélivrée. Il fait des préparatifs de guerre, rassemble son armée , en met une partie sous les ordres du protostrator, qu'il charge de défendre laThrace contre les entreprises de la garnison de Constantinople , et s'avance à la tête de ses troupes vers la Macédoine , où celles du vieil Andronic étoient campées. Elles étoient commandées par Michel Asan , neveu de l'empereur, DéméU'ius, despote, l'un de ses fils, et Paléoîogue , protovestiaire. Le jeune prince fait attacher au haut d'un étendard le serment et le traité de son aïeul, et marche avec intrépidité sous cette bannière, attestant le ciel de son innocence et de la bonté de sa cause. Il écrit ensuite à Démétriiis son oncle et aux principaux officiers pour leur dire que , sachant qu'iis le cherchoient pour le combattre , il avoit cru devoir, étant le plus jeune, leur éviter une partie du chemin; qu'il leur donnoit ans de son arrivée, afin de ne pas les surprendre. Ce ton leur en imposa ; quoique leur armée fût ^upçrie'ire à celle da jeune Andronic, au lieu de l'attendre ils se retirèrent dans la ville de Phères, ville très-forte et bien approvisionnée. Le prince campa près de cette place , et tien son quartier-général à Sienne , qui lui ^voit ouvert ses portes. Il fait reposer ses troupes pendant deux joivrs. Le troisième il les range en bataille , et les conduit au pied des murs de Phères; elles y passèrent tout le jour et la nuit suivante sans être attaquées. Les généraux de l'armée ennemie se concertent pour savoir quelle mesure il convient de prendre. L'ardeur des soldats du prince, leur contenance assurée, le bel ordre qui règne dans leurs rangs, inspirent des craintes à ceux du parti contraire. On prend la résolution de ne pas sortir de la ville.
l80 HISTOIRE I)Û BAS-EMPIRÈ.
Impatient de ne voir rîen paroître, Andronîc envoie provoquer l'ennemi. Insensibles à son défi, les géné* ranx répondent qu'on est sur la défensive, et qu'on ne sortira point de la ville. Un siège pouvoit être long, douteux, parce que la place étoit forte; le succès même n'étoit pas décisif. Andronic se détermine à rentrer dans Sienne. Il y est averti que, s'il vouloit s'approcher de Thessalonique , il lui seroit facile de s'en rendre maître , parce qu'il y avoit un parti considérable qui lui feroit ouvrir les portes. Il profite de cet avis, part sans délai avec Canîacuzène et l'élite de ses troupes, feint de prendre la route de Drapa, et se porte sur Thessalonique* Le gouverneur de cette ville étoit Ghumne, grand stratopédarque. Instruit que des amis du jeune Andronic dévoient se présenter, il leur envoie l'archevêque pour le» avertir qu'ils seroient traités comme des espions. Au lieu de rencontrer ces prétendus émissaires, ce prélat fut i fort surpris de trouver le prince et ses officiers , suivis i d'une armée. Interdit à cette vue, il se retire sans rompre le silence. Andronic approche des murs; ses partisansfi paroissent en foule sur les remparts, en imposent à la ! garnison, dont une partie se réfugie dans la citadelle, qui ne tarda pas à se rendre dès que le prince fut entré l dans la ville.
De Thessalonique il se dirige sur Edesse, dont gouverneur le reçut avec les honneurs de la guerre: Gastorie, Bérée, Achride, se rendirent sans coup férir4 Voyant ces succès , le protovestiaire eut recours aui?i prince de Servie, qui avoit sur pied une armée considérable. Mais ce prince, ayant appris que les troupes d'An-^? dronic étoient bien disciplinées, qu'elles se battoieni avec ardeur, ne crut pas devoir se mesurer avec lui. Il refusa d'épouser la querelle du vieil Andronic. Seule-^ ment il offrit aux Grecs trois villes fortifiées, où ils seroient en sûreté s'ils consentoient à s'y renfern)er. lU acceptèrent cette proposition. Le protovestiaire mourui
HÎSTOÏP.E BU BAS-EMPIRE. l8î
de chagrin. Le jeune empereur rentra dans Thessalonique. Il y reçut un courrier de Synadène qui lui faisoit part de la victoire qu'il venolt de remporter sur l'arme'e impériale, commandée par Constantin Asan. Il avoil poimuivi l'ennemi jusqu'à Gonstantinople , fait beaucoup de prisonniers, et trouvé le général au nombre des morts. Andronic, qui ne perdoit pas de temps, fit line revue générale de ses troupes ,les compléta, remonta la cavalerie, voulant entretenir son armée en bon état. Averti d'une alliance que son aïeul venoit de conclure avec le roi des Bulgares, il se dirige vers la capitale, sachant qu'un corps de trois mille Tartares, soldés et envoyés par ce roi , s'approchoit de cette ville. Il dépêche vers ce monarque un exprès, pour le prévenir que, s'il ne rappeloit pas ses Tartares, il alloit les faire tailler en pièces. Michel , qui s'étoit fait rendre compte de la situation des affaires du jeune Andronic, fut effrayé de ses menaces, et donna l'ordre de faire rétrograder sa troupe. Délivré de cet ennemi, le prince continua sa marche. Un incident le favorisoit. Une querelle entre des Génois et des Vénitiens avoit déterminé ceux-ci à diriger une flotte de quarante vaisseaux sur Galata , riche entrepôt du commerce de Gênes. Cette flotte interceptant l'entrée de Constantinople , cette ville fut réduite aux abois. Cet état de détresse n'eut que peu de durée, parce que les deux républiques se réconcilièrent. Camaris vint offrir au jeune Andronic de lui livrer la capitale. Le prince accepte; tous deux se concertent : Camaris rentre , s'abouche avec ses complices , fait avertir le prince du jour où la garde des remparts doit leur être confiée, et de l'endroit où seroit son poste. Des échelles sont préparées ; de petits détachemens s'avancent pendant la nuit avec toutes les précautions convenables. L'escalade se fait sans accident ; la garnison est surprise : l'armée arrive ; en un moment le jeune prince est maître sans coup férir de Constantinople. C'étoit le 24 mai i S^S,
l83 HISTOIRE BU BAS-EMPIRE.
Rien n'egaîoit l'aveuglement du vieil empereur, si es n'est celui de son grand-logolhèîe, qui, malgré des avis répétés, soutenoit que le jeune prince ne seroit jamais assez audacieux pour faire sur la capitale une tentative sérieuse. Ils ne furent détrompés que lorsqu'il n'étoit plus temps. Andronic , accompagné de huit cents soldats, entre dans le palais. Son aïeul lui envoie demander la vie en termes supplians. Le prince étoit loin de la lui vouloir ôter. Il avoit donné les ordres les plus sévères pour qu'on eût tous les égards que méritoient son âge et son rang. Arrivé dans son appartement, il se prosterne à ses pieds. Le vieillard le relève , s'accuse : Métochite, présent, les exhorte à la paix. Le jeune Andronic ne lui répond que par un silence méprisant, qui lui fit sentir qu'il n'avoit pas oublié sa conduite. Il se rend ensuite au monastère de Mangane , y prend le patriarche ïsaïe, que son zèle pour sa cause avoit fait renfermer, et le conduit lui-même au palais patriarchal.
Après avoir ainsi satisfait aux devoirs de la justice et de la reconnoissance , Andronic revint au palais impérial. Il donna le gouvernement de Constantinople au proto-, vestiaire, avec des instructions relatives à la tranquillité de cette capitale. Il devoit rechercher ceux qui avoient souffert pendant cette dernière guerre et les récompenser. Ces premières dispositions prises , le prince s'occupa dans son conseil du sort du vieil Andronic. Il ne pouvoit , sans être lui-même accusé de démence , laisser le sceptre en ses débiles mains. L'expérience lui avoit appris deux fois que ce vieillard raanquoit aux engagemens les plus saints, et n'inspiroit aucune confiance. L'intéi^t de l'état autant que celui du jeune prince exigeoient donc impérieusement qu' Andronic le vieux cessât de jouir d'une autorité long-temps exercée ; sans qu'il eût appris à en faire un bon usage. Les avis furent partagés dans le conseil. On en exprima de très-rigoureux, que le prince rejeta. Il voulut que son aïeiJ
HISTOIRE BU BAS-EMPÎRE. î 83
conservât tous les honneurs dus à la dignité impériale , ie même nombre de domestiques, ie même train, le palais impérial , et lui assigna une pension de vingtquatre mille pièces d'or, dont la moitié devoit être fournie par le trésor, et Tautre prise sur le produit de la pêche de Constantinople. Il continua de lui rendre tous les jours ses devoirs, le consulta même quelquefois , moins sans doute pour avoir ses avis que des renseignemens , lui donna enfin toutes les marques d'un profond respect. Mais le jeune prince fut forcé de s'absenter souvent de la capitale: on ne visitoit l'aïeul que pour plaire au petit -fils. Les visites cessèrent an premi'ier voyage que fit celui-ci. L'on ne retourna plus au palais, parce qu'on avoit négligé d'y aller. Dépouillé de sa puissance, le vieil Andronic fut bientôt oublié ; il tomba dans ie mépris. C'est ici le lieu de faire remarquer la différence qui existe dans le récit des historiens du règne de ce vieillard, Nicépliore Grégoras et Cantacuzène. Souvent ils se contredisent, et tous les deux offrent une qualité fort louable en elle-même, mais avec le défaut qui en est presque toujours inséparable , mettant dans l'embarras pour découvrir la vérité. Nicéphore avoit pour le vieil Andronic, et Cantacuzène pour le jeune un dévouement sans bornes. Leur témoignage n'est donc et ne peut être exempt de partialité. Nous avjons suivi Cantacuzène, et nous devons compte de cette préférence. Nicéphore ne loue jamais l'aïeul qu'aux dépens du petitfils, tandis que Cantacuzène tient toujours sur le vieil Andronic un langage décent. Celui de Grégoras est toujours injurieux. îl est mu par deux passions, l'amour et la haine. Cantacuzène n'a que la nremière, ou du moins il dissimule la seconde avec un tel soin , qu'il n'en laisse jamais échapper l'expression. Grégoras est en contradiction avec lui-même, parce qu'il raconte des faits dont le jeune Andronic seroit incapable, si l'on admettoit l'opinion qu'en donne l'historien de son aïeuL
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Il esf bien certain que celui-ci tomba deux fois dans l'entière de'pendance de son petit-fils; que ce dernier rendit deux fois le trône à son père; qu'il remporta plusieurs victoires, montra du talent dans ses campagnes , et, ce qui n'est pas moins utile que le talent, de Thabileié dans la persévérance avec laquelle il eiïtretint ses troupes dans la discipline militaire ; il n'est pas moins ceriain qu'il agit toujours généreusement avec ses ennemis. Comment concilier ces faits avec l'accusation d'une ambition démesurée, d'une vie crapuleuse, d'une passion sans bornes pour la chasse? accusation méritée, quant aux deux derniers chefs, par le prince, dans sa première jeunesse, mais reproduite contre la vérité des faits, et répétée jusqu'à satiété par Grégoras, C( t historien réduit à dix mille les vingt-quatre mille pièces d'or accordées au vieillard. En admettant celte réduction, celui qui administroit la maison de l'ancien empereur a voit toujours les moyens d' empêcher les bestiaux du voisinage d'entrer dans les cours de son palais , et les volailles d'en parcourir les appartemens : circonstances rapportées soigneusement par Nicéphore. Il prétend qu'on força le vieillard de se faire moine, et Cantacuzène assure que le jeune Andronic en eut un extrême chagrin , parce qu'il vouloit rendre à son grandpère l'autorité souveraine. Il ne faut les croire ni l'un ni l'autre dans ce fait. Nous avons vu que l'empereur offrit, lorsque» le prince fut le maître de l'empire, de prendre l'habit monastique. Comment plus tard l'anroit-on contraint de le faire, et lorsque, dépouillé de la puissance, il ne pouvoit plus inspirer de crainte? Il finit par prendçe cet habit, et l'examen de sa conduite pendant un long règne fait regretter qu'il n'ait pas commencé par là. Il auroit fait un moine fort recommandable dans les idées de ce temps. Quant au regret du jeune Andronic, et principalement au projet que }ui suppose Caiîtacuzène de rendre le sceptre à son aïeul^^
cet historien a trop compté sur îa crédulité de ses îecieiirs. Quand un prince à porté la couronne pendant fjiielque temps, il n'a point l'envie de la déposer, et. Lien moins encore de la mettre sur la tête de celui qni denx fois a voulu le flétrir par un procès criminel. En résumé , les faits importans sont les mêmes dans les deux historiens: ils diffèrent dans le détail des circonstances et des moyens pour arriver à ces faits ; le bon sens prescrit de choisir celui des deux dont le récit présente du rapport entre les moyens et les résultats; c'est Cantacuzène : tels sont les motifs pour lesquels son témoignage nous a paru devoir être préféré «. Revenons au jeune Andronic.
Dès qu'il fut assis sur le trône , il s'occupa du soin de réformer les abus de l'administration et de l'ordre judiciaire. Il auroit pu goûter les plaisirs de la vengeance. Métochite, grand-logothète, éloit son ennemi personnel. 11 l'avoit gravement offensé. Toujours il excita le vieil empereur contre son petit-hls : l'on savoit qu'il étoit Fauteur des guerres civiles. Comme ennemi personnel 'du jeune prince, il avoit mérité son mécontentement, et comme grand-logothète, un châtiment rigoureux par ses prévarications. Andronic se contenta de l'envoyer à Didymotique, dans un monastère. Mais le peuple, qu'il avoit long-temps vexé, pilla son palais, en dégrada les bâtimens : on enleva les meubles. On trouva dans le pillage un inventaire de ses biens, fait par Métochile même, avec le nom des dépositaires à qui il les avoit confiés. Ses richesses étoient immenses; elles furent confisquées au profit du fisc. x\ndronic fit venir le messager
j <^ Dans d'autres circonstances , nous adoptons , comme on le verra, celui de Grégoras. On nous reprochera peut-être de changer de langage sur Gantacuzène, rnais nous ne faisons que le suivre dans sa conduite. Gantacuzène général , grand-
domestique , régent, ne ressemble point à Gantacuzène empereur : encore moins à Gantacuzène moine ; et Gantacuzène historien est encore, quoique le même , un autre persoii.nage.
qui l'avolt accablé d'injures par ordre de l'empereur: iî s'appeloit Caballaire. Il se présente plus mort que vif devant le prince , qui lui demande avec douceur ce qu'il !ui avoit fait pour mériter un langage si outrageant, et îe renvoie sans le punir. Ne doutant point que le patriarche Isaïe, ministre de paix, ne pardonnât aux evêques qui avoient pris le parti du vieil Andronic , le prince voulut les réconcilier avec ce prélat ; mais il le trouva inflexible. Voyant ses instances vaines, il lui députe Cantacuzène, qui, après beaucoup de difficultés, obtint de convoquer un syftode où ces évêques seroient ^ugés. Le jour de Tasseinblée, îe patriarche, se portant pour accusateur, somma les évêques de répondre à ses griefs. Cantacuzène prit la parole, fit un discours sur le, pardon des injures, après lequel, prenant les accusés eti les juges, il se jette avec eux aux pieds du pontife , quii ne put refuser le pardon; mais il accusa le granddomestique de l'avoir fait donner dans un piège.
Le roi de Bulgarie, beau-frère d'Andronic, prétendoit que cette qualité lui donnoit des droits à la succession du vieil empereur; et, malgré le traité solennel i précédemment conclu avec le jeune prince, il fit une irruption sur les terres de l'empire , et s'empara de plusieurs villes. Andronic lui enlève à son tour l'une des places les plus importantes de sa frontière , et lui députe ensuite des ambassadeurs pour lui demander compte de sa conduite. Michel répond en énonçant ses prétentions. On lui fait observer que, pour jouir à titre d'héritier des domaines de l'empire, il doit coniiîîiencer par se^reconnoître vassal d'Andronic. Michel réplique qu'étant souverain lui-même, il devoit être indépendant. Il proposa , non de rendre les places qu'il avoit prises, maïs de les échanger contre Sozopole,, grande ville située sur le Pont-Euxin; et, congédiant les ambassadeurs, les fit reconduire par des officiers qui dévoient rapporter la réponse d'Andronic. lis trouvée
rent ce prince à la tête de ses troupes, campées près d'Andrinople. Il en devoit passer la revue. Elles étoient nombreuses, bien disciplinées, bien armées, bien équipées. Depuis long-temps on n'en voyoit pas qui présentassent un si bel ordre. Andronic parcourt cette armée imposante avec les officiers envoyés par le roi de Bulgarie, et leur dit ensuite d'aller faire leur rapport à leur maître, ajoutant que, puisqu'il ini refusoit la paix, il alloit l'attaquer pour l'obtenir, s'en remettant de la bonté de sa cause au dieu des combats. Michel perdit l'envie de se mesurer avec Andronic; il rendit les places enlevées par lui, fit la paix-, et se retira daiis ses élats.
Cantacuzène obtint la liberté de Syrgiane, qtie l'ancien empereur avoit fait charger de chaînes et lier à un poteau. La mère du jeune Andronic lui sut mauvais gré de cette indulgence, prétendant que Syrgiane étoit un hommi^ dangereux : elle ne se tronîpoit pas. Le granddomestique remplissoit auprès de l'empereur les fonctions qui sont ordinairement confiées à plusieurs ministres. Il voulut se démettre de la surintendance des finances, de la garde des sceaux , de la recette des impositions. Andronic y consentit, le laissant maître dri choix d'un ministre. Cantacuzène présenta Apocauque Paracémomène , qui fut agréé de l'empereur. G'étoit le plus mauvais choix qu'on poiivoit faire.
Ce prince, voulant que son peuple fût heureux, di- An. iSag. minua les impositions et tâcha d'éviter les guerres. Dans ce but, il se rendit à Cizique pour conclure un
j traité avec l'émir Tamer-Can, souverain de Phrygie,
I qui pouvoit inquiéter impunément les villes impériales situées sur l'Hellespont. L'émir accepta plus facilement qu'on ne Tauroit cru les propositions que lui fit Andronic , et la paix fut faite et fidèlement observée. Mais les autres chefs turcs avoient des intentions plus hostiles. Orchan, fils et successeur d'Othman, marchoît sur les
I traces de son père. Voulant être conquérant comme lui ^
l88 HISTOIRE DU BÀS-EMPIRE.
il forme le projet de chasser les Grecs de TOrient , et commence par assie'ger Nicée. Bieniôt celte ville est réduite aux abois. L'empereur, averti par Contophre, gouverneur de la Mésothynie , rassemble des troupes à la hâte et traverse le Bosphore. Orchan , instruit de cette marche, détache de son armée huit mille hommes choisis et s'avance du côté de Philocrène, petite ville marilime près de laquelle les Grecs éloient campés. A son approche, Andronic met ses troupes en ordre de bataille; les harangue, et leur donne des avis sur la manière dont se bat l'ennemi, afin d'adopter une tactique différente de celle qu'on suivoit ordinairement : c'étoit de marcher en ordre, au petit pas, et de fondre au grand galop sur les Turcs au monîent où l'on seroit à la portée du trait, parce qu'on éviteroit ainsi d'en être atteint. Le combat s'engage ; les Grecs suivent les instructions d'AndroR ic, et repoussent Tennemi. Mais on ne pouvoit remporter une victoire complète à moins de le forcer dans les lieux où il se réfiigioit ; c'étoicnt des défilés presque inaccessibles. Cantacuzène fit abandonner le projet qu'on avoit de tenter une entreprise aussi hasardeuse. Etant maître du champ de bataille, on pouvoit se retirer sans honte dans le camp. Les Turcs, voyant faire aux Grecs un mouvement rétrograde, sortent de leur embuscade et les harcèlent dans leur retraite. Une nouvelle affaire s'engage; les Turcs, battus de nouveau, rentrent dans leurs montagnes. Mais Andronic fut blessé; et comme il resta pendant quelques jours dans sa tente, on fit courir le bruit de sa mort. A cette nouvelle les soldats veulent se débander. Cantacuzène fait d'inutiles efforts. Dans cette confusion , des officiers, effrayés du lumuUe, transportent l'empereur sur un vaisseau pour le faire passer à Constantinople. Les soldats se partagent en plusieurs bandes. Orchan, qui ne les perdoit point de vue, envoie contre eux des détachemens qui en tuent un très-grand nombre. Plusieurs généraux périrent. Les
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équipages de i'enipereur, le butin, tout fat pris. Nicée, ainsi abandonnée, se vit obligée de se rendre au vainqueur , qui traita les habitans avec humanité. C'est dans cette ville qu'il conçut le projet d'organisex* <ians ses états une administration solide et durable. Il créa des pachas pour gouverner les provinces en son nom, des cadis pour juger les procès, enfin une discipline militaire pour contenir ses soldats , qui ne reconnoissoient aucun joug quand ils étoient en campagne. Orchan fixa le siège de son empire à Pruse, qu'il embellit par un grand non)bre de monumens, et quitta le titre d'émir pour celui de sultan.
De retour à Gonstanlinople , Andronic, après s'être guéri de sa blessure, s'occupa de la réforme des tribunaux sur lesquels on lui avoit fait les plaintes les plus graves. Il destitua tous les juges , et les remplaça par des hommes connus par leurs lumières. Il leur fit jurer de rendre la justice gratuitement, et pour les mettre à i'abri delà corruption , il leur assigna des revenus suffisans.
La santé de l'empereur étant rétablie, ce prince fit un voyage en Thrace, et séjourna successivement dans les villes de Didymotique et d'Andrinople. Il étoit accompagné du fidèle Gantacuzène, dont il ne pouvoit se passer. Ce fut pendant la route qu'Ândronic lui fit part du projet qu'il avoit formé de l'associer à l'empire , et de partager avec lui l'autorité souveraine. Il rapporte " dans les plus grands détails l'entretien qu^ils eurent ensemble à ce sujet ; l'un , déduisant les motifs qu'il avoit de faire ce partage, et l'autre ceux de son refus. Prévoyant bien que le silence des historiens sur ce fait, qui ne pouvoit être rapporté que par lui, le rendroit douteux, Cantacuzène atteste Dieu de la vérité de son récit, La suite des événemens pourra motiver peut-être l'opinion qu'on doit avoir de sa sincérité. Quoi qu'il en soiîj
* Cantacuzène , li\r, 3 , cbap. 9.
rol)jet du voyage de l'empereur en Thrace e'toit de s'aboucher avec la mère de Gantacuzène, à qui l'on avoit proposé de faire rentrer l'île de Ghio sous la domination des Grecs. E!le en avoit été séparée sous le règne du vieil Andronic, depuis que Benoît Zacharie , noble génois , s'en étoit rendu maître. Trop foible pour venger cette injure, le prince avoit dissimulé. Il laissa jouir Benoît à condition que l'île ne cesseroit point de faire partie du domaine de l'empire. Cette condition , d'abord acceptée , fut bientôt méconnue, et l'usurpateur ne tarda pas à se conduire en souverain indépendant. îl remplaça les armoiries impériales par les siennes, consiruisit des ports, leva des tributs, et commit des exactions au point d'exciter un mécontentement général. Son frère même eut à se plaindre de lui. Dans ces circonstances, un seigneur, nommé Gaîothète, alla trouver la mère du grand-domestique pour lui faire part des moyens de s'emparer de l'île, afin que, par l'intermédiaire de son fîls, elle les communiquât à Fempereur. Ces moyens furent concertés avec une adresse suivie de succès, et l'île de Chio rentra sous la domination d'Andronic , qui y mit une garnison suffisante.
De cette île l'empereur partit pour visiter les possessions qu'il avoit dans l'Orient , et passer des traités avec les émirs jaloux de la puissance d'Orchan, qui faisoit chaque jour de nouveaux progrès. Après s'être fait reconnoître des habitans de Phocée, il retourna dans sa capitale , d'où bientôt il se rendit à Didymotique. Il apprend à son arrivée qu'une armée turque envoyée par Orchan et nouvellement débarquée se dirigeoit sur Trajanople. Dépourvu dans ce moment et sur ce point de troupes réglées, il réunit toutes les garnisons des places voisines, s'avance à leur tête au-devant des Turcs, leur livre le combat , et remporte sur eux une victoire signalée. Il n'échappa qu'un très-petit nombre de fuyards. Cet avantage rendit le succès aux Grecs. Un échec étoit
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toujours pour eux de mauvais augure : ils croyoient qu'ii devoit être immanquablement suivi d'un autre échec. Il en étoi;t de même d'une victoire qui paroissoil à leurs yeux le présage infaillible d'une autre victoire. La joie que leur causoit celle qu'iVndronic venoît de remporter fut troublée par le danger dans lequel une niaiadie aiguë jeta l'empereur. Ce prince, ayant imprudemment pris un bain, se vit bientôt aux portes du tombeau. Piéduit à la dernière extrémité, croyant la mort inévitable, il mande les grands de l'empire, et les réunit avec l'impératrice , sa femme ; il les exhorte à reconnoître Cantacuzène, le désignant pour gouverner à sa place , et recommandant la princesse à ceîui-ci. D'après les ordres d'Andronic, le grand-domestique reçut le serment des sénateurs et du peuple, qui jurèrent de reconnoître pour souveraine l'impératrice Anne, et d'obéir en tout au grand-domestique. Comme Constantin despote, oncle du jeune Andronic, étoit toujours en prison à Didymotique, les grands-dignitaires crai^noient qu'il ne s'échappât pour former un parti et faire, valoir ses prétentions au trône. Ils vinrent trouver Cantacuzène pour lui proposer d'ôter la vie à Constantin , afin d'éviter une guerre civile. Le grand-domestique ne dissimula point l'indignation que lui causoit une telle proposition, il refusa même de faire crever les yeux au prince , usage barbare employé dans ce siècle pour rendre inhabiles au trône ceux qui y auroienl eu des droits et qu'on vouloit en écarter. Cependant le danger d'Andronic augmentoit : il voulut mourir moine; mais Cantacuzène , qui ne désespéroit pas de la vie de ce prince, s'y opposa , parce que , s'il recouvroit la santé , il ne pourroit plus remonter sur le trône. Ce ne fut pas sans peine qu'il le fit renoncer à ce projet. Andronic étant ensuite tombé dans une profonde léthargie, on le crut mort , et l'on se préparoit à lui rendre les derniers devoirs, lorsque cet assoupissement cessa tout à coup
HISTOIÎIE DU BÂS-EMPÎRÈ.
après deux jours de durée. Le maiade demanda de VeûU d'une fontaine consacrée à la Vierge, en but, se trouvai mieux , et recouvra la santé par degr^. On ne manqua pas de regarder comme un miracle son rétablissement.
Rendu à ses fonctions , Je jeune Andronic approuva toutes les mesures prises par Cantacuzène pendant sa longue maladie. Une seule fut blâmée, et l'événement justifia le prince. Le grand - domestique avoit nommé Syrgiane gouverneur de TOccident , et les troupes étoient à ses ordres. Andronic , qui n'avoit point oublié la conduite de cet intrigant , trouva que Cantacuzène avoit commis une imprudence. On en fut bientôt convaincu lorsqu'on apprit que l'impératrice , mère de l'empereur , croyant la mort de son fils certaine ^ voulant régner à sa place , n'aimant ni la princesse à qui il laissoit la couronne , ni Cantacuzène à qui il donnoit le pouvoir, entreprit de se faire un parti. Dans ce but , elle rechercha Syrgiane , qui avoit toujours été l'objet de son mépris , l'adopta pour son fils , et lui confia ses intérêts. Elle exigea des habitans de Thessaîonique un serment par lequel ils la reconnoissoient pour souveraine et s'engageoient à combattre pour elle. Le rétablissement d' Andronic fit avorter les projets de cette princesse ambitieuse. Le grand - domestique proposa de révoquer Syrgiane. L'empereur préféra de le laisser dans son gouvernement. Il fit mettre en liberté Constantin , louant Cantacuzène de la résistance qu'il avoit opposée aux grands qui vouloient se défaire de ce prince. Métochite fut pareillement rendu à la société. Pendant la maladie d'Andronic, son aïeul se fit moine et prit le nom (ï Antoine. Nicéphore Grégoras prétend qu'il y fut forcé par le protostrator. Cantacuzène présente cette action comme spontanée de la part du vieil empereur. Il est certain qu'elle eut lieu pendant l'absence et la maladie de son petit - fils , conséquemment
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que celui-ci y fut étranger. Il est probable que le vieillard , connoissant les dispositions qui assuroient le trône à la veuve et l'autorité à Cantacuzène , n'espérant pas d'en être aussi bien traité qrse son peîit-fiîs, prit le seul moyen qui lui garantissoit la paix. Si l'on examine les goûts d'Andronic ii ; si l'on se rappelle que ce qu'il aimoit le plus , c'étoit les disputes théologiques ; si l'on songe à la considération dont jouissoi^ot les moines dans ce siècle, on conviendra qu'il ne pouvoit prendre un meilîleur parti , soit qu'il voulût rester tranquille ou jouer encore un rôle en ce monde. Si l'influence des religieux étoit grande alors, celle d'un emj^ereur moine devoit être considérable.
Les Turcs reparurent en Thrace par dëtachemens An. .55i qui pilloient cette province; Andronic se mit à la tête de ses troupes et les chassa. Cette expédition faite, il repoussa les Serves, qui assiégeoient Achride , et prit au craie plusieurs forteresses. Pendant qu'il éfoit à Chalcidice, Arsène Zamplacon, papias, lui dénonça Syrgiane comme un conspirateur. Le prince assembla un conseil devant lequel l'accusateur devoit fournir ses preuves. Plusieurs événemens firent traîner ce procès en longueur Une nouvelle irruption des Turcs força le jeune Andronic d'aller les chasser de Rhédeste , dont ils venoient de s'emparer. Il les poursuivit , et les obligea de se rembarquer. Il fut moins heureux contre les Serviens.
Michel, roi des Bulgares, son beau-frère, étoit attaqué par le craie de Servie, dont il avoit répudié la ifsœur pour épouser celle d'Andronic. Il envoyoir prier celui-ci de réunir ses troupes aux siennes pour le se- ^courir dans une guerre à laquelle il ne pouvoit rester H étranger. L'empereur se mit donc en campagne ; mais l avant de rejoindre Michel , il apprit que ce roi venoit U.e mourir des suites dVine blessure qu'il avoit reçue dans un combat contre le crâle, qui, violant une trêve conclue , étoit tombé sur lui. N'ayant pas de forces suf-
HIST. DU EAS-EMP. ÏOM. Xï. ,3
fisantes , Apdronic se retira. De retour à Constantî-» nople, il apprend qii Orchan assiégeoit Nicomédie, ville qui, quoiqu'elle eût perdu de son ancienne splendeur, ëtoit encore importante. Il repart aussitôt pour voler à son secours. Averti de l'arrivée de l'empereur, Orchan lui envoie des députés pour lui laisser le choix de faire ïa paix ou la guerre. On conclut un traité par lequel le sultan s'engageoit à ne jamais inquiéter les villes impériales de rOrient, ni troubler la bonne intelligence dans laquelle il se proposoit de vivre avec Andronic* Les deux princes se firent mutuellement des piésens. Le sultan envoya des chevaux , des peaux de léopard, des tapis , des chiens de chasse , et reçut des vase* d'argent, des draps de laine et de soie , avec un vêlement de l'empereur. C'étoit chez les Orientaux une marque j d'estime particulière.
Andronic , n'ayant plus d'ennemis sur les bras, fit re prendre l'instruction du procès de Syrgiane. Zamplacon produisit une multitude de témoins qui chargèrent Taccusé. Craignant le résultat , celui-ci sollicite un nouveau délai. Zamplacon réclame, et demande qu'on s'assure de la personne de Syrgiane, déclarant qu'il se rendoit en prison , couformément à Tusage où l'on étoit de s'assurer de l'accusateur comme de l'accusé. Syrgiane expose qu'il suffit de donner des cautions, et fait consentir Cantacuzène à lui servir de répondant. Mais la nuit suivante le coupable s'échappe, et se cache dans le faubourg de Galata. L'empereur, sachant combien cet homme étoit dangereux, donne des ordres pour le chercher. Comme on ne le trou voit pas, imaginant que c' étoit par la négligence de ses émissaires , il vint à Galata faire des recherches lui-même, ou plutôt pourj surveiller ceux qui les faisoient d'après ses ordres. Elles ; furent inutiles. Syrgiane étoit , comme on le sut en- \ suite, dans la maison même où se tenoit l'empereur, j circonstance qui empêcha de supposer que le fugitif s^yj
HISTOIRE DU SAS-EMPIRE. IqS
fut retiré. Après le départ d'Andronic, il s'embarqua, se fit descendre à Eubée , traversa le pays des Locriens et des Acarnaniens, pour se rendre dans celui des Albanois, près de la Thessalie. Pendant qu'il avoit été gouij verneur d'Occident, il s'étoit fait connoître de ces peuples. Il en reçut l'hospitalité, puis les moyens de se réfugier auprès du crâle de Servie, ennemi d'Andronic. Le cîâîe lui remit le commandement général des troupes. 11 commença par assiéger et prendre la ville de Castéréa. L'empereur partit pour Didymotique dans le 1 dessein de s'occuper des moyens de punir c^ rebelle. Un ;i sénateur, nommé Phrantzès, vint lui offrir ses ser- I vices. 11 fut convenu qu'il îroit défendre les places situées
I près de Castéréa ; qu'il feindroit de trahir les intérêts ij de son maître; qu'il tâcheroit de s'aboucher avec Syrj giane, et qu'alors il s'empareroit de ce traître et le i livreroit aux troupes impériales. Dès que Phrantzès fût
II arrivé dans la ville <lont il étoit nommé gouverneur , Il Syrgiane lui envoya proposer d'abandonner le parti f j d'Andronic et de se joindre à lui. Le sénateur accepta ; il l'on conclut un traité; Syrgiane, dupe pour la prell mière fois, persuada facilement le crâle, et lui fit voir |l combien il trouveroit de ressources parmi les Grecs , |! puisque les sénateurs embrassoient si ouvertement sa
cause. Le crâle ftiit avancer ses troupes sur les bords de \\ l'Axius , dans le voisinage de Thessalonique. De son côté l'emfJereur approchoit de cette ville. Phrantzès avoit rendu au crâle la place dans laquelle il commandoit. Ainsi qu'on en étoit convenu, l'empereur le fit déclarer coupable de haute trahison , confisqua ses biens , mit sa tête à prix. Le sénateur, courant des risques, voulut hâter le dénouement. Ayant prié Syrgiane de l'accompagner dans une promenade près d'un ruisseau nommé le Galyce, il le fit massacrer par ses soldats. Cantacuzène prétend qu'il outre-passa les ordres d'Andronic, et Nicéphore qu'il ne fit que s'y conformer.
îq6 histoire du bas-empire.
Celui-ci , qui ne laisse échapper aucune occasion de noircir l'empereur, le présente comme un assassin, et blâme son action. Syrgiane avoit trahi tant de fois, qu'il n'inspira aucun intérêt; et s'il est vrai qu'en politique l'utilité d'un crime le justifie, le meurtre d'un traître dont la mort rend la paix au peuple ne mérite aucun reproche.
Dans le mois de février mourut le vieil Andronic , dans la nuit qui suivit une conférence qu'il avoit eue avec des savans , à laquelle assistoit sa fille Simonide, douairière de Servie. Ce prince avoit soixante-quatorze ans. Nicéphore Grégoras, son historien et son fidèle servïievu' , fiigeant que la mort de ce moine, oublié depuis deux ans qu'il vivoit sous le froc, étoit un événement assez intéressant pour que la terre en fût prévenue, raconte que plusieurs présages l'annoncèrent. Une éclipse de soleil arrivée le 3o novembre i33i , une autre de lune le 5 décembre , un ouragan , n'eurent îieu que parce que le vieil Andronic devoit mourir le 12 février. L'histoire de son règne , même d'après son panégyriste Grégoras, prouve que c'étoit un prince médiocre quant aux dons de l'esprit. Son peuple fut tour- Bienté par des fanatiques qu'il encouragea ; opprimé par des ministres qu'il combla de faveurs au lieu de les punir; ruiné par des traitans qu'il autorî^a ; pillé par des i barbares à qui son incapacité ne sut opposer de résistance; et déchiré par des guerres religieuses dont lui-même alluma le flambeau. Il eut sur le trône la superstitieuse dévotion d'un moine ignorant. On ne lui reconnoît qu'une seule vertu, la sobriété; qu'un talent,' celui de la discussion. Sans être méchant, il fut quelquefois mauvais fils, niauvais père, mauvais frère , et toujours mauvais roi. Métochiste, digne ministre d'un pareil maître , le suivit de près , et trouva dans Nicéphore un panégyriste aussi véridique sur le compte du favori que sur celui do prince.
La naissance de Jean Paléologue combla de joie Andronic. Il ordonna des réjonssances pubiîc|ues, des 'joutes, des loin-nois, exercices amenés de Savoie par les chevaliers qui accompagnèrent l'impératrice. L'empereur s'y distingua au point de courir des risques. Imraédiatement après ces fêtes , il partit pour faire la guerre aux Bulgares, qui venoienl de chasser sa sœur Théo^ dora, pour donner la couronne au prince Alexandre, fds de Michel Strascimire, et neveu du dernier roi. A peine sur le trône, Alexandre rassemble ses troupes, y joint un corps de Tartares, et s'empare des villes frontières soumises aux Grecs. Andronic entre en Bulgarie avec son armée, met tout au pillage, reprend Mésembrie et plusieurs forteresses construites sur le mont Hémus contre les incursions des barbares. ïi n'eut pas le temps de prendre Anchiale avant l'arrivé d'Alexandre. Les deux armées restèrent long-temps en présence à s'observer. Le roi des Bulgares fit demander la paix. L'empereur y mit pour condition la reddition d' Anchiale. Elle fut acceptée, et le traité conclu après quelques difficultés sur une clause d'échange. Andronic s'obligeoit à donner en retour Diampole , ville bien moins importante. La veille du jour où cet échange devoit avoir lieu, un corps de Scythes arrive au camp d'Alexandre, qui voulut, contre la foi des serraens, profiter de ce renfort pour attaquer Andronic. Mais, comme l'empereur avoit conclu un traité de paix avec ces barbares, le roi de Bulgarie leur fit accroire qu'ils combattoient contre son oncle qui lui disputoit le trône. Andronic, averti par ses espions, dispose son armée, dont malheureusement il avoit congédié une partie. En s'avançant, il entendit le bruit rauque et dur de la trompette des Scythes qui dissipa l'illusion dans laquelle il éloit , ne voulant point ajouter foi aux rapports qu'on lui avoit faits, et ne pouvant supposer que ses aîliés niarchoient contre lui. Quand les armées furent ea
198 HISTOIRE Ï>U BAS-ExMPIRE.
présence, les Tartares se détachent, font nn détour , €t tombent sur les phalanges qui formoient l'arrière-garde de Farmée d'Andronic. Elles furent facilement mises en déroute à ce choc inattendu. Le prince et les seigneurs qui raccompagnoient n'étoient plus soutenus que par six phalanges. îis se battent avec une telle valeur, que les Bulgares sont obligés de céder; mais, bientôt appuyés des Scythes, ils reprirent l'avantage, et repoussèrent les Grecs. Andronic et Gantacuzène se trouvèrent un moment séparés des leurs, et coururent les plus grands dangers. Ayant rejoint l'armée qui se retiroit en bon ordre , ils rentrèrent dans Piosocastre, où l'ennemi n'osa les attaquer. Le lendemain Alexandre, quoique victorieux, envoya vers l'empereur un de ses principaux sujets nommé Evaîn, pour lui proposer d'observer lé traité dont on étoit convenu. Il y ajoutoit pour condition l'engagement de marier la fille d'Andronic au fils d'Alexandre. Andronic répondit qu'il consentoit volontiers au traité, parce qu'il étoit avantageux aux deux nations; mais qu'en accordant sa fille avec tant de précipitation , on supposeroit qu'il ne l'avoit fait que par force , et qu'il falioit en conséquence mûrir cette affaire et la traiter par ambassadeurs , lorsqu'il seroit de retour dans sa capitale. Après des instances inutiles sur cef objet, le roi fut obligé de se contenter du traité qui fut renouvelé, et de l espoir qu'on lui donna de voir l'autre affaire terminée conformément à ses désirs. Les deus princes , après s'être réciproquement fêtés , se séparèrent.
Quelque temps après, Andronic apprenant qu'Amir, sultan d'ionie, menaçoit de descendre en Thrace poup piller ce pays , réunit des troupes , et les mène sur les côtes pour observer les Turcs , qui étoient à bord d'une flotte de soixante-quinze vaisseaux. Ils débarquèrent à | Poïus- Les deux armées se rencontrèrent à Panajia et ; restèrent en présence pendant un jour sans s'attaquer. | Les Turcs j ne connoissant point le pays, et craignant
quelque embûche , parce qu'étant plus nombreux que les Grecs, et les supposant soutenus par d'autres troupes^ retournèrent à leurs vaisseaux pendant la nuit.
Vers la fin de celte année mourut à Naples Philippe de Tarente, qui portoit le titre d'empereur de Constantinople. Ce titre passa de sa veuve à Robert son fils, dont les prétentions ne dévoient pas être plus réalisées que celles de Philippe. Il leur auroit fallu des secours de toutes les puissances de 1 Europe , et toutes , à cette époque, étoient ou divisées entre elles, ou embarrassées dans leurs affaires.
Le trône patriarchal venoit de vaquer par la mort An. i553. d'Isaïe. Andronic n'attachoit pas autant de prix que son aïeul au choix de ce prélat. Cette indifférence autorisa beaucoup de compétiteurs , et fit naître des intrigues. Cantacuzène protégeoit un ancien chapelain de sa maison nommé Jean Calécas, qu'il avoit placé dans le clergé de la cour. Les évêques , qui se trouvoient humiliés de cette préférence, firent des objections auxquelles répondit le grand-domestique. Quand il vit que le résultat de rassemblée ne lui seroit pas favorable, il la rompit , et convoqua dix jours après un nouveau synode. Datis cet intervalle il eut le temps de faire les démarches nécessaires pour arriver à son but. S'apercevant de l'inutilité de ses efforts, il usa d'un artifice qui lui réussit; ce fut de paroître renoncer au siège de Constantinople pour Calécas, et de se contenter de celui de Thessalonique , qui n'étoit pas occupé. L'assemblée, croyant se délivrer des importunités dont elle étoit assiégée , nomme ce
j prêtre , à l'unanimité , archevêque de Thessalonique.
i | Càntacuzène fit rédiger et signer cette nomination. Quand il eut l'acte bien en forme , il leur demanda pourquoi , ayant jugé Calécas digne de l'épiscopat, ils l'excluoient du siège de Constantinople , où les fonctions et les devoirs étoient les mêmes qu'à Thessalonique , et si ce n'étoit pas le désobliger de gaîté de cœur, ainsi que le
prioce, qui s'intéressoit à cette union, que de persister dans leur refus. Les évêques cédèrent, et Calécas fut élu, G'ëtoit un homme médiocre à qui la nature avoit refusé le don de la parole; et Cantacuzène ne consulta point l'mîérêi de i'Eglise en forçant de faire un pareil choix. Nous verrons que par la suite il en fut cruellement puni.
Ah. Les Turcs recommençant leur irruption, s'emparant
des vaisseaux qu'ils rencontroient dans leurs courses niantjmes, faisant beaucoup de dégâts sur les terres de l'empire, Andronic crut qu'il «e pourroit jamais se garantir d'un pareil ennemi sans le secours des Latins , et que , pour, l'obtenir , un des moyens les plus efficaces seroit de paroître disposé à réunir les deux églises. Ce motif avoit éfé ceiui de Michel Paléologue dansJe projet que son fiis abandonna sans réflexion. Andronic fit part des dispositions dans lesquelles il se tiouvoit à deux niissionnaires qui passoient par la capitale. De retour à Rome, ils s'empressèrent de transmettre au pape la confidence de l'empereur. Jean xxii, qui vit combien la réunion de l'église grecque ilîustreroit son pontificat , écrivit au prince des lettres affectueuses, le pressant d'exécuter son projet, tâchant de prouver que c'étoit le seul ^moyen de se délivrer des infidèles. Le souverain pontife n'oublia pas, dans celte négociation, de s^adresser à l'impératrice, élevée en Savoie dans la religion catholique romaine, ainsi qu'au pa/riarche, aux principaux évêques, aux grands de Tempire ; il entretint une correspondance secrète avec Jean Pisani, l'un des fami- Jiersd'Andronic. Qoand il sut que les principaux Grecs ne contrarioient pas le projet, il députa vers Andronic les deux missionnaires après U s avoir fail évêques, pour leur donner un caractère plus imposant. Mais dans cette négociation on oublioit le peuple , qui , d'après la manie du vieil Andronic et son goût pour les discussions, etoil accoutumé à jouer im rôle, parxe que ces discussions
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étoîent toujours publiques. Quand les missionnaires furent arrive's , l'on ne tarda pas à connoître le sujet de leur ambassade, et le peuple demanda que le patriarcbe se mesurât avec eux. Calécas, privé de la facuUé de pouvoir s'exprimer , chargea de ce soin Nicéphore , laïc, qui avoit une réputation d'éloquence. Cette marche changeoit la direction que l'affaire avoit prise , rompoit la négociation , et remettoit en question un grand nombre de sujets d'interminables disputes. Nicéphore craignit de compromettre son savoir et sa réputation eo se hasardant contre les théologiens du saint-siége. Il fit au patriarche et aux évêques qui se trouvoient à Gonstanlinople un discours dans lequel il prélendoit leur prouver le danger et l'inutilité de ces controverses, dont le résultat étoit toujours de confirmer chacun dans son opinion. Les envoyés du pape furent congédiés, et l'on abandonna le projetd'union. Le pape s'occupoit en même tempsde celui d'une croisade , mais il mourut àla fin de l'année. Son successeur, Benoît XII, n'abandonna point celte eiil reprise. An. i535., Le roi de France devoit en être le chef ; ceî ui de Na pies, les Vénitiens, les Génois , tous les princes latins qui avoient des possessions dans l'empire grec, auroient fourni de l'argent, cJes troupes et fait partie de l'expédition. Andronic répondit à l'appel du pape qui le prioit d'entrer dans la confédération; il fit équiper une flotte qu'il voulut commander en personne, contre l'avis de Timpératrice Anne et de la cour. Cette opposition de la part i d'une princesse née en Europe est remarquable. Elle feroit supposer que Jeanne de Savoie calculoit mieux que son mari la situation d'un empereur de Constantinople, qui, devant se considérer comme entre deux écueils , lorsqu'il a d'un côté les Turcs pour ennemis , et de l'autre pour ands les croisés, n'avoit pas de meilleur parti à prendre qu'à faire usage de ses moyens et de sa puissance pour être en état de résister aux premiers sans aucun secours étranger, de se passer des seconds, et
âOS HÎSTOÎKE DÎT BAS-EMPÎRE.
friospirer à tous du respect pour son autorité. Anrlronîc devoit savoir que parmi ces princes l'un avoit des prétentions à l'empire grec, les autres à des portions de cet empire , et craindre qu'au lieu d'aller combattre les infidèles, ils ne restassent chez lui pour faire valoir ces i336. prétentions. Quoi qu'il en soit , il s'en barqua sur sa fl-itte au printemps, se rendit au lieu désigné par les Latins comme point de réunion , les attendit long-temps, et ne les vit point paroître. Une querelle entre les Yéni tiens eî les Génois, une autre entre Philippe de Valois et le roi d'Angleterre , venoient de détruire l'alliance.
Les frais d'Andronic pour cette expédition ne furent pas entièrement inutiles. Pendant qu'il croisoit dans l'attente des Latins, Dominique Catane s'emparoit de l'île de Lesbos , et déclaroit ne plus se reconnoître comme vassal du prince pour la nouvelle Phocée , que son père , dont il héritoit, tenoit à fief de Tempire. Dominique ayant armé pour cette expédition onze galères génoises, l'empereur se plaignit amèrement aux Génois de Galata , les menaçant de se venger sur eux de l'injustice;' qu'il recevoiî. Mais ceux-ci s'étant mis dans un état de défense respectable, Andronic résolut de se venger directement de Catane, et, dans cette intention, partit de là rade de Constantinople sur une flotte nombreuse, et se dirigea vers Gallipoli pour se rendre ensuite à Lesbos. Mais au lieu de suivre ce plan , qui lui eût réussi , parce ; que les Lesbiens et les chevaliers de Rhodes abandon- | noient Dominique, il alla débarquer à l'île de Chîo sans motif ^ ce qui donna le temps à Catane de faire les préparatifs nécessaires pour assurer et prolonger sa résistance. La position de l'empereur devenoit par sâ v faute d'autant plus critique , que Gênes armoit vingt galères pour secourir Catane, et que les Génois de Galata c ^nspiroient avec les principaux seigneurs de la cour de Constantinople. Andronic eut infailliblement succombé, sans l'impératrice et Cantacuzène. La pre-
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iiiière , aidée de l'épouse du second, découvrit le complot et l'étoiiffa. Le grand-domestique, lié jadis avec un seigneur génois nommé Jean Spinola, eut des conférences avec lui , et par son intervention et le crédit qu'il âvoit sur Dominique , fit soumettre celui-ci; ce qui permit à l'empereur de retourner à Constantinople , et lui donna le temps de faire les préparatifs nécessaires pour l'exécution de deux projets qu'il méditoit. Le premier étoit relatif à l'Albanie, et le second à TAcarnanie, pays qu'il vouloit faire rentrer sous sa domination. Les Albanois, naturellement inquiets et remnans, prenoient et déposoient alternativement les armes , suivant les circonstances. Ils pilloient, et par leur tactique le faisoient impunément. Après s'être rassemblés pour l'attaque, ils se dispersoient et se sauvoient avec leur butin dans leurs montagnes escarpées. Ils furent cependant réduits , et les Grecs ramenèrent de ce pays des troupeaux nombreux ^. Depuis plus d'un siècle, et lors de la conquête de Constantinople par les croisés, l'Acarnanîe, l'Epire, l'Etolieet une partie de la Thessalie ne faisoient plus partie de l'empire. Michel Ange Comnène, profitant des circonstances , s'en étant emparé, se fit souverain indépendant. Ses successeurs en jouirent comme lui. A l'époque où nous sommes, ces états étoient gouvernés par la veuve du dernier prince , fille de Paléologue, protovestiaire, et régente an nom de iNicéphore, son fils aîné. Elle avoit fait empoisonner son mari. L'empereur t! vit dans la minorité du jeune prince et dans une régence l'occasion favorable pour réunir à ses domaines des provinces qui en avoîent été distraites par un rebelle. ïî envoya des ambassadeurs aux Acarnaniens pour leur signifier ses intentions. Le conseil fut partagé: les uns
°' CHkitacuzène prétend qu'il y agriculteur et Iranquille ; et, sui-
avoit trois cent mille bœufrf, et douze vant l'histoire, les Albanois pilloient
: cent mille moulons ; exagé/atioa ri- tans cesse de tous côtés, et se réfu-
dicu'.e que le fait même dément, gioicnt ensuite dans leurs rochers. Ces troupeaux supposent un peuple
S04 HISTOIRE DU BÀS-EMPÎRE.
ne voiiloîent point abandonner la maison des Coranènes , à qoi ils avoient juré fidélité; les autres, croyant qu'il ëtoit impossible de résister à l'empereur, étoient d'avis de se soumettre. On résolut des deux côtés de s'en rapporter à la décision de la princesse douairière. Elle conseilla de prendre tous les moyens possibles d'éviter wne rupture qui rie pouvoit avoir que les résultats les plus fâcheux. Comme elle connoissoit l'ascendant de Canîacuzène sur Andronic , elle crut qu'en demandant à l'empereur d'accorder la fille du grand-domestique au prince Nicéphore, ce seroit un moyen d'intéressée Gantacuzène. Celte demande et la permission pour les Acarnaniens de vivre sous leurs lois et leurs usages, furent les deux arficles auxquels on s'arrêta. Des ambassadeurs se rendirent à Conslanlinople. Andronîc approuva le mariage, mais trouva qqe c'étoit lui fiiire yne injure que de ne pas vouloir vivre sous ses lois. En conséquence, il leur répondit qu'il alloit marcher contre les Acarnaniens avec toutes les forces de l'empire. Les ambassadeurs ,dont les instructions secrètes leur faisoient un devoir de consentir à tout pour éviter la guerre, souscrivirent aux volontés du piince, qui partit pour visiter ses nouveaux états. Quelque temps après, un parti de mécontens enleva le jeune Nicéphore, le fit embarquer pendant la nuit sur un vaisseau, qui le conduisit à Tarente. On livra ce prince à Catherine de Valois, impératrice titulaire de Constantinople. Le but de cette action étoit d'inquiéter l'empereur, en recon- Boissant des droits sur une partie de ses domaines à ua', prince hors de sa puissance, dont on pourroit faire valoir les prétentions. Comme cet enlèvement se fit pendant le séjour d'Andronic parmi les Acarnaniens, il prit le parti de mettre dans chaque ville un gouverneur dévoué, et de donner le commandement général de la province au protostrator Synadène. Ces mesures conîrarioient les rebelles.
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De retour dans sa capitale, le prince fut averti du projet qu^avoient les Turcs de venir insulter Constanti™ nople. Il fit, de concert avec Cantacuzène, tous les préparatifs nécessaires pour les repousser. Mais ils débarquèrent sur un autre point, et commirent beaucoup de dégâts pendant le temps qu'il fallut à l'armée pour les joindre. Ils finirent par être complètement battus.
Celte expédition fut suivie du mariage de Marie Paléologine avec Michel Asan, fils d' Alexandre, roi deBuîgarie. Andronic éprouvoit une grande répugnance à donner sa fille au chef d'un peuple qu'il consiiléroit comme barbare ; mais, cette union étant une condition du traité de paix, il falloit recourir aux armes, et l'empire étoit menacé de tous les côtés. Le prince payoit les fautes et la négligence de son aïeul , qui , au lieu de prendre des I mesures vigoureuses contre les ennemis de l'état , ne s'étoit occupé que de querelles religieuses. Pour remédier au mal , il fit une nouvelle tentative auprès du pape Benoît XII, et lui députa un moine de Caîabre , nommé Barlaam, qui partit accompagné d^Etienne Dandolo. Munis de lettres de créances de Robert roi de Napîes, qui passoit pour un fort habile théologien, ils se rendij rent à Avignon. Le pape les reçut en plein consistoire. Ces envoyés exprimèrent au nom de l'empereur le désir de ce prince pour la réunion des deux églises , et dé- 1 montrèrent la nécessité d'un concile œcuménique pour décider la question qui depuis si. long-temps séparoit les Grecs des Latins. Afin que ce concile fût réellement général, il falloit que les quatre patriarches et les évêques de l^glise d'Orient en fissent partie ; mais, les Turcs étant maîtres des passages dans l'Asie mineure, il éîoit impossible de réunir ces prélats. Le moine arrivoit I ainsi à la nécessité de chasser les infidèles, dont il regardoit l'expulsion comme un préliminaire indispensable. Le pape et le sacré collège, regardant la question comme décidée par les conciles , qui avoient prononcé
que le Saint- Esprit procédait du fils comme du pere^j répondirent qu'il étoit inuîiie de provoquer une nouvelle décision, conséquemment de rassembler un concile œcuménique; et qu'avant tout les Grecs dévoient commencer par rentrer dans le sein de l'église latine. Ils firent dépendre de cette condition les secours demandés. Les députés repartirent mécontens du résultat de leur mission.
Fendant cette inutile négociation, une conspiration effrayante avoit éclaté dans l'Acarnanie. Basilitze et Cabasilas, deux seigneurs puissans de ce pays, s'étoienfe en^parés du protoslrator , lieutenant de l'empereur, et des places de Roge et d'Arta, toutes deux importantes. Quarante conjurés se saisirent de Tomocastre, port de* mer du golfe Adriatique, d'où ces rebelles envoyèrent! demander à Catherine de Valois le jeune Nicéphore, qu'ils vouloient mettre à leur tête, et des secours. Catherine promit à ce prince une de ses filles en mariage , et le fit partir avec des troupes. Audronic entra dans l'Acarnanie , précédé d'une nombreuse armée , qu'il partagea en trois corps pour assiéger les trois villef occupées par les révoltés. Il se chargea de celle d'Arta;! " -mais elle opposa une résistance opiniâtre. Le prince ue fut pas plus heureux en employant la voie des négocia^ tions. Cabasilas ne vouloit rien écouter. Enfin Cantacuzène , qui jadis avoit eu des liaisons avec ce rebelle, ! parvint à triompher de sa haine. Il rendit la place de Roge, et celle d'Arta suivit cet exemple, après plusieurs conférences entre Basilitze et le grand - domestique. I Cabasilas fut fait connétable. On donna aux autres de l'argent ou des dignités. Tomocastre bravoit encore l'empereur. La présence de 'Nicéphore encourageoit les habitans et la garnison. Maîtres de la mer, les assiégés recevoient des secours. Cantacuzène, habile dans l'ai^t de négocier, en fit usage et réussit. Il accorda des conditions avantageuses et honorables, et présenta Kicé-|
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phore à l'empereur , qui fit à ce jeune prince l'accoeil le pins gracieux, et lui conféra la dignité d'hypersébaste. Ainsi finit la révolte de l'Acarnanie. îl est probable qu'on employa pour l'apaiser des moyens plus puissans que l'éloquence de Gantacuzène, qui est à la fois le héros et l'historien de l'entreprise; mais comme il n'en parie pas, on peut, sans blesser la vraisemblance, croire qne l'offre des dignités et des présens donnèrent à cette éloquence beaucoup de poids et la rendirent victorieuse.
Pendant l'hiver suivant, l'empereur, qui le passa An. \ô\o, dans la ville de Thessalonîque, maria Mathieu, fils aîné de Gantacuzène, avec la fille du despote Démétriiis , l'un des enfans dlrène et du vieil Andronic. Après les fêtes données à cette occasion , le protovestiaire Apocauque arriva de Gonstantinopie ; il pria le granddomestique d'obtenir d' Andronic la continuation des faveurs dont il jouissoit pour ses enfans, et pour lui la permission de se faire moine. Gantacuzène voulut ie détourner de ce projet; mais le protovestiaire insista avec de si grandes démonstrations de piété, que le grand - domestique crut devoir en conférer avec ie prince. Gelui-ci lui dit que le meilleur moyen de retenir Apocauque étoit d'accepter sa démission et de condescendre au désir qu'il exprimoit de vouloir se retirer du monde. Andronic ne se trompa point , et le protovestiaire abandonna son projet dès qu'il vit qu'il alloit être adopté. Gelte conduite paroissant être sans but comme sans motif, on suppose qu'Apocauque vouîoit sonder les dispositions d Andronic à son égard. Il revint à la charge auprès de Gantacuzène, mais pouf une autre proposition. Il offrit d'équiper une fia' te à ses frais pour chasser les Turcs qui iîifestoient les mers et pilloient les côtes de Tempire. Il demandoit le gouvernement de Gonstantinopie et des îles, ainsi que quelques secours. Le prince , à qui le grand-domestique
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transmît Tome d'Ândronic, répondit que ce ministre n'ayant acquis d'expérience que dans les opérations financières , étant étranger aux armes, il seroit imprudent de lui confier une expédition de ce genre. Gantacuzène ayant répliqué qu'avec d'habiles marins Apocauqrse pourroit avoir des succès, Andronic, non sans qîseique humeur, le laissa maître de faire ce qu'il voudroit , souhaitant que l'événement ne justifiât point ses craintes. Apocauque fat donc nommé gouverneur de la capitale et des iles do domaine de l'empire. Des sommes considérables pour compléter celles dont il annonçoit devoir faire le sacrifice furent mises à sa disposition, ii retourne à Constantinople , transporté de joie, prend des arrangemens pour toucher en secret les sommes du trésor public, laisse croire au peuple que l'expédition doit se faire à ses frais, et recueille partout des louanges et des bénédictions. Tous ces préparatifs n'eurent d'autre issue qu'une promenade du nouveau gouverneur sur mer, et la prise de neuf galères turques, avec lesquelles il entra triomphant dans le port de Constantinople. Le grand-domestique fut bientôt obligé de reconnoître que l'empereur avoit mieux jugé que lui du protovesliaire. â^. i54i- Pendant l'absence d'Andronic, on avoit tramé plusieurs complots contre lui. On instruisit le procès des conjurés. Dans le nombre étoient des seigneurs de haute distinction, et même des parens du prince. Au moment GÙ l'on s'attendoit à les voir punir il leur pardonna, se contentant de leur adresser des reproches. Phrantzès, ce sénateur, assassin de Syrgiane , avoit trempé dans l'une des conspirations. Son rôle eût été de faire soulever les troupes qu'il commandoit; mais il mourut avant de pouvoir exécuter son projet.
Pendant les intervalles d'une guerre à l'autre , Andro- ^ nie se livroit à son goût pour les constructions. Il a fait bâtir un grand nombre de forteresses, et se proposoit
de relever Arcadiopolis , vilie fondée en Thrace pat Arcadius, fils de Théodose le grand; mais ia mort l'en empêcha.
Bariaam, ce moine caîabrois dont nous avons parlée et qui de la religion romaine, dans laquelle il fut élevé, étoit passé à celle des Grecs, s'éloit fait pardonner son apostasie dans son ambassade auprès du pape. Soit qu'il eût, pendant son séjour dans la ville dWvignon, pris du goût pour les discussions théologiques, soit que la superstition des moines grecs lui causât une juste répugnance, il écrivit contre eux après avoir écrit pour défendre leur doctrine , et particulièrement les attaqua sur la procession du Saint-Esprit , sujet éternel de disputes. Les religieux du mont Athos , livrés à la contemplation , prétendoient goûter d'ineffables béatitudes en courbant la tête sur la poitrine , et voir sortir de leur nombril un rayon lumineux en fixant la région de l'estomac. Ils renouveloient la secte des omphalop-* syques. Bariaam dénonça cette folie. C'eût été pour le vieil Andronic une belle occasion en même temps qu'une grande jouissance qu'il n'eût point laissé échapper. Son petit-fils, plus raisonnable ou plus indiiïérent , ne se mêloit point de cette querelle, lorsqu'il ne put cependant se dispenser de convoquer un synode sur la demande qui lui en fut faite. Paiamas, archevêque de Thessaionique, s'étoit chargé de la défense des moines. Les deux athlètes se distinguèrent par une égale loquacité. Bariaam parut avoir l'avantage dans cet assaut de sophismes, si l'on en juge par le résultat. Des cris menaçans poussés par les moines, qui, par le nombie^ dominoient dans cette assemblée^ interrompirent l'orateur, et lui firent prendre le parti de garder un silence prudent. On interpréta ce silence comme un aveu tacite de sa défaite. Il se réfugia peu de temps après en Italie,
Le pape, pour récompenser son zèle, le fit évêque de
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Gîéraci en Calabre. D'autres prétendent qp'îl obtînt cet évêché à la sollicitation de Pétrarque , à qui , pendant son voyage d'Avignon , il avoit appris le grec. Un des disciples de Barlaam ayant renouvelé la querelle , on assembla un second concile, dans lequel furent contiamnés la doctrine et celui qui la défendoit.
L'empereur, que l'ennui et la longueur de la séance avoient fatigué, sortit malade, et se retira dans le monastère des Hodéges : le mal fit de rapides progrès; eu peu de jours on désespéra de la santé d'Andronic. Les médecins grecs et persans, les astrologues furent consultés. L'amour de la vie fit payer par Andronic le tribut à son siècle, il pria Nicéphore Grégoras d'interroger les astres. Pendant qu'il luttoit contre la mort , Apocauque se présenta chez Cantacuzène pour l'exhorter à se revêtir de la pourpré impériale, prétendant que , le prince ayant voulu l'associer à l'empire, cette action n'étonneroit personne. La manière dont fut reçu cet intrigant, l'indignation qu'on lui témoigna, ne le découragèrent point. Il alla trouver la mère du granddomestique, qui lui imposa silence, lui défendant de donner à son fils des conseils aussi pernicieux.
Voyant qu'il n'y avoit aucun espoir de conserver Andronic, Cantacuzène se rendit auprès de l'impératrice, afin de l'engager à pourvoir à sa propre sûreté, ainsi qu'à celle de ses enfans. Elle le laissa maître de prendre les dispositions nécessaires. Il conduisit les deux enfans dans le palais, dont il doubla la garde, et mil auprès d'eux des gens qu'il savoit leur être dévoués. Le^ conspirations précédentes justifioient ces précautions. L'empereur mourut le mercredi i5 juin i34i , dans la quarante-cinquième année de son âge, et la quinzième de son règne, en prenant pour époque celle de son sacre. Marié deux fois, il avoit pris ses femmes parmi les princesses d'Allemagne et d'Italie, La première éloil
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fille du duc de Brunswick, tige de la maison de ce nom, et alors très-petit souçerain dun pays indigent tt samagey On ignore comment Andronic découvrit Agnès, qui, pour plaire aux Grecs, changea son nom en celui ^ïrene; comme Jeanne de Savoie, îa seconde femme du prince, prit celui à' Anne, par le même motif. Irène mourut sans enfans. Anne en avoit six lorsqu'elle perdit Andronic : Jean, Manuel, Théodore, prmces, dont le premier succéda à son père, et trois filles : l'une épousa le fils du roi de Bulgarie; la seconde fat mariée à Gattélusio, noble génois et seigneur de l'île de Lesbos. On ne sait rien sur le sort de la troisième.
Les historiens ont, en général, jugé trop sévèrement Andronic le jeune; ils n'ont point assez oublié les orages de sa jeunesse. Ce prince n'avoit conservé des passions de cet âge qu'un goût trop vif et trop dispendieux pour la chasse. Les reproches que lui fait Nicéphore Grégoras, celui qui le traite le plus mal, quoiqu e sa mort il ait prononcé son oraison funèbre , ne supportent pas une discussion sérieuse et disparoissent à l'examen. Une des accusations les plus graves concerne l'indifférence avec laquelle Andronic laissa chacun s'habiller à sa guise, tandis que son aïe^il avoit mis une grande importance à cet objet et fait les règlemens les plus sévères sur la forme des vétemens et des coiffures. Sous le petitfils on vit dans les rues de Constantinople des costumes a la bulgare, à l'italienne, des vêtemens de toutes les ormes et de tous les pays, et les jeuûes gens quittèrent le costume national. C'est ainsi que, passant d'un excès a l'autre, et d'une intolérance insupportable à l'indifférence la plus complète, on tomba dans les inconvémens qui en étoient inséparables.
Les fait^ prouvent qu Andronic eut de l'activité ;
Gibbon, t. 12 , ch. 65.
3ll2 HISTOIRE DU BÂS-EMPÏRE.
ï'intention de corriger ies nombreux abus qui s'étoïent glissés dans l'administration; de la générosité, puisqu'il pardonna presque toujours et trop souvent; enfio qu'il parut à la tête de ses armées, et paya de sa personne ; bien différent de son aïeul , qui , pendant \m triste et long règne de plus d'un demi-siècle, ne se montra que dans les conciles et dans les^ cérémonies poblique^d
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 2i3
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