MANUEL
Ju^iiÉRiTiEB de l'empire , que, depuis long-ter Jean Paléologue a voit fait reconnoîlre et couro en cette qualité, étoit à Pruse au moment de la 1 de son père. Bajazet voulait le retenir auprès d* comme otage. L'événement qui rendoit Manuel possesseur du trône de Cdnstantinople pouvoit m un terme à sa vie , toujours menacée par le féro capricieux fils d'Amurat. Le sultan , en effet , se fl< qu'il s'ouvriroît, par le meurtre de son prisonnier chemin facile à la ville impériale. Manuel fut assez reux pour s'échapper de Pruse et arriver sans obs à Constantinople. Le dessein perfide de Bajazet se ti par la- fureur à laquelle il se livra en apprenant 1 sion du prince; il s'en fallut peu que, dans son pélueuse rage, il n'immolât tous ceux de ses fam qui, dans sa pensée, lui dévoient répondre de cet 0 Nous verrons quel déluge de maux la colère (! barbare fit pleuvoir sur les foibles restes de I pire.
Le peuple de Constantinople crut reconnoître Manuel la plupart des qualités qui pouvoient fain blier les malheurs et la honte des précédons règne fut accueilli avec, les démonstrations du plus vif enl siasme. Dans le fait, si le nouveau prince n'avo qu'apaiser des dissensions intestines, et applique talens à un meilleur système d'administration , règne pouvoit n'être pas sans gloire. Mais l'état de
«iSTOTRE DU BAS-'EMPIRk. do5
sse et âVxtënnatioii on ëtoît tombe le colosse impë- I , la puissance et Tënorgie des barbares qui s'en piitoienl les derniers lambeaux , laissoient le fantôme mperenr expose à tous les caprices de la fortune. [Cependant Thëodore , son frère , despote de Lacëdë- »ne, avoil , par sa vigueur et son adresse, reconquise npire un territoire important. Au moment où Mathiea ntacnzène,quis'ëtoit concilie rattachement decespeas,aUi>it lui disputer le droit de les gouverner, la mort /oit dëbarrassë d*un si redoutable adversaire, et les bitans de ces contrées lui avoient reporte les serraeits ils avoient prêles à Mathieu. Il ramena Tabondance, commerce et la paix dans le Pëloponèse. La renmëe de sa sagesse et de sa justice s^ëtendit au loin. ' avoît alors si peu d'états où les princes s^occupassMt c suite comme avec succès du bonheur de leurs su- • , que Théodore vit accourir de toutes parts des 3ns qui fuyoiept les exactions des gouverneurs ou ride férocité des Turcs. Des cités depuis long-temps indonnées se repeuplèrent d'habitans ; les champs ultes se couvrirent de moissons ; enfin Taspect de sancc et de la prospérité brilla là où régnoient aupa-« ant la misère et la solitude.
^e qui nous est souvent offert comme le fruit d'une igination riante s«fc réalisa pour Théodore Paléone : des peuplades entières, quittant Tlllyrie, émirent avec leurs femmes , leurs enfans , leurs troulux , et , s'arrêtant aux frontières du Pëloponèse , nandèrent à s'y établir. C'est un trait bien saillant îs l'histoire de ces temps que la générosité et la conice avec lesquelles Théodore les accueillit , malgré efforts de ses courtisans , qui lui présageoient les iséquences les plus funestes d'un pareil abandon. La tduite de ces nouveaux sujets, au nombre de plus de mille , justifia la magnanimité du despote, auquel restèrent invîolablemeut attachés. Mais ni la vertu
2O0 SISTOIEB l>tT BlS^HtPIUl.
de Théodore ni rjinsigaîfiant appui de l'empire q^j rent ie$ garantir pins tard des malheurs anxqueb ligue judicieusement combinée et des vertus pui^U< depuis tant de siècles bannies de ces contrées, ai pu seules les faire échapper.
\u. 139a. Bajazet , donnant pour motif de sa colère quel nuei avoit quitté Pruse en fugitif et sans prendre ce cherchoit des prétextes pour lui faire la guerre* Coi tinople, qui, malgré les désordres et l'avilissemeal dernier règne , étovt encore alors une des pla< commerce les plus fréquentées, recevoit dans ses MU grand nombre de Turcs qui y faisoient des al ou s'y instruisoient dans quelques arts. Le sultan, produisant une prétention jusque > là toujours écs par les empereurs , savoir, que les musulmans eui dans la ville un juge de leur religion pour régler^ juger les différends qui surviendroient entre ^\x}i^ mode , qui , sous le nom de consulat, existe aujourd'l chez toutes les nations un peu civilisées, étoit alors par la cour de Constantinopie comme constituant «igné de servitude ou de dépendance. D'ailleurs W gueilleux sultan prétendoit l'imposer lui -^ même titre; il y joignoit ouvertement l'insulte , en di qu'en aucune circonstance un musulman ne devoit baisser jusqu'à se laisser juger par des infidèles ^. Le de Manuel s'étant assujetti à payer un tribut à la Pi Bajazet en exigeoit la continuation.
Une chose digne d'observation, c'est qu'en. V4 imposer à Manuel ces déshonorantes conditions i^ sultan ne le menaça pas , à défaut d'accomplisseï de mettre le siège devant la ville , mais il lui sij ée s'y tenir renfermé et de ne pas oser mettre les pii sur aucune partie des terres environnantes qu'il tendit faire partie de sa souveraineté. Il sembloit 9
<* Le mot de cahoutt ^ cette sîgDÎficatiQoi, avec une acceptîoD pMtlG* liùrcmeat injurieuse* i
HgrSTOIES j>v i^A%^Enn§i% J107
iinéfnpire des Constantin , des Théodose, des JosCi*pD I en imposât mime à ces barbares « et qa^uoe ville hat Amurat avoit contraint le foible- Jean i démolir I fortifications récentes fui ençpre pour euy un objet t terreur et de respect.
Manuel y qui ne se sentoit ni asses de résignation pour ^ soumettre au;K prétentions du sultan , ni la force de (résister, fit à se$ envoyés une réponse évasive « mais iplne de calme, de dignité et de modération. C'étoit Ht ce que pouvoit un prince sans armée, sans trésor, Mont les états , réduits à un petit nombre de viiloi karées les unes des autres par les territoires que Ic^ mrcs on avoient démembrés , ne pouvoit opposer à p ennemi que des considérations de justice. Sajazet n'en parut nullement touché. Il se prétendit ^tragé lui -même par le refus de l'empereur , et, «e Mtant à la tête de ses troupes , il ravagea toute la prace. Manuel vit de ses murailles ces scènes de déso* |ion. Les principaux hahitans de ces malheureuscss ^trées furent emmeMs en esclavage ; le reste fut passé I fil de Tépée, et ce qui échappa à la barbarie du nqneur fut réduit à de telles extrémités, qu'il regret- Pt presque de n'avoir point éprouvé le sort de ceux
f avoient succombé. liCs rivages du Pont-<-Euxin fut pareillement désolés par le corps de troupes sous ordres de Turacan , Tun des officiers de Bajazet ; un autre lieutenant, à la tête d'une troisième armée. Ira dans le Péioponèse , qui bientôt fut réduit au tme état dont la sagesse de Théodore Paléoiogae l'atiré. Ainsilesirifortunésillyrîensquiyétoient venus rcher un asile apprirent , mais «trop tard , que les ips étoîent revenus où la LaconiMe pouvoit se ga- Itir de l'esclavage et de Toppressiolrque par un reni- |lrl de fer.
kjLe malheureux Manuel apprenoit ces désastres an An. 1Ô9S' Nn de la ville impériale , tellement investie par 1^ ^^^'
ao8 âiflTOiiiE nb iAs-£jiPiii%.
troupes du sultan , que bientôt là famine s'j fit s< avec toutes ses horreurs : un sîége eût été moins fui à ses habitans. Depuis la conquête qu'en avoient fail François , Gonstantinople avoit toujours soutenu succès les attaques des barbares , et Taffection du pe eût assuré à Manuel une résistance courageuse qui rebuté Tennemi , et Teût peut-être contraint à faii paix. Mais de quel secours lui pouvoit être cette mense population , lorsque Bajazet avoit inondé 1 pire de troupes aguerries avec lesquelles des ar •disciplinées étoient seules capables de se mesurer? 1 cette extrémité, il tourna ses regards vers TOcciden reconnut qu'il ne lui restoit d'autre parti que d plorer le secours de ces peuples dont la valeur ; été autrefois si funeste aux ms^tres de Constantin Mais» dans les sollicitations qu'il fit parvenir auxd souverains de l'Europe , il ne se borna pas à les cher par le tableau des infortunes de son peup s'efforça de leur faire comprendreque la ville de Cor lin étoit désormais la seule barrière qui séparât le m chrétien de l'empire redoutable des Turcs; cet oh renversé , leur disoit - il , les rois d'Occident do s'attendre à voir ce géant s'avancer sur eux , et bi peut-être c'en sera fait de la foi du Christ. En supp que les infidèles ne poussassent pas plus loin leurs quêtes ( et Ton ne pouvoit raisonnablement l'espér le moindre mal qui devoit en résulter pour la relîgic roit que tons les chemins demeureroieut dès~lors fe au saint-Sépulcre ; et que les tourmens auxquels ser livrés tous les chrétiens de ces contrées y anéantir bientôt jusqu'à la tnémoire àes événemens qui av opéré le salut du^enre humain.
Une circonstance i;îen propre à donner du po ces remontrances vînt fixer l'attention des monai d'Occident. Sigîsraond, successeur de Louis au royî de Hongrie, soiliciloit de sou côlé contre les Tun
HISTOIRE BU BAS-£MPlàE; ià^
toWTS dans toutes les cours étrangères. Il avoit cru ^rd engager. Bajazet dans des négociations relativeit aux prétentions qu'il annonçoit sur quelques porde ses états, et silr la Bulgarie, dont les princes tient ses alliés. Mais le sultan , comme tant de poitats , mesuroit ses droits sur sa seule puissance ; et ^ vouloir s'engager dans aucune lutte diplomatique, [conduisit l'ambassadeur de Sigismond dans son ar« il , qui se trouvoil fourni d'armes et de munitions itoate espèce. Lui montrant cet appareil formidable : là, dit - il i mes raisons et mes droits «. Le roi de kgrie , comprenant que cette querelle ne pouvoit plus vidée que sur le champ de bataille , redonbloit d'inices auprès des cours chrétiennes pour en obtenir secours dont elles ne seroient pas sans recueillir slque fruit. Le pontife Boniface ix fut informé de la lation critique de Sigismond au moment même où frecevoit les lettres pressantes de l'empereur Manuel 4 le conjuroit d'intéresser le monde chrétien à sa cause: ;$e détermina donc à faire prêcher en faveur ^e ces princes une Croisade contre les Turcs ; mais Tesde schisme qui divisoit alors l'église d Occident, it à l'épuisement où la guerre avoit laissé toute l'Eu- , rendit cette tentative presque sans èflFèt. Sigisid , qui sentoit tout le prix dont Seroit pour lui lé îburs des François , fit auprès du roi Charles vi deî< Emarches particulières. La France étôit encore trop remise de ses précédens désastres pour que le moirqne qui la gouvernoit fût très -sensible aux dangers isi qu^aux besoins d'un prince étranger. Mais l'adroit envoyé de Sigismond fit à Thonnelir des terriers françois un appel si entraînant et si énergique ,
' « EnTÎron un siècle après, Albu- inais on sait que d'un refus de ce
Merque tint à peu près le môme genre , au droit d'en imposer, il n'y
■igage i un snlun des Indes. Il est avoit pas une grande distance pour
BTque le hëiros portugais rcpous- un conquc'rant européen. 3K ttiiM la demande d'un tribut :
niST. DU BIS-EMP. TOM. XTI. 1 \
dIO UISTOIRK DU BÀS-£MPI&fi.
il sut avec tant d'éloquence mêler à Tintërét de la : gion celui de la gloire d«feces preux, qu'il supposait a été personnellement bravés par le barbare , qu^il ë tous ces cœurs que les bulles de Tantipape n'avo que (rèsfoîblement ébranlés. Un nombre considér de seigneurs jurèrent à l'ambassadeur qu'ib iro venger Sigismond et punir l'insolent Bajazet, si le consentoit à ce qu^ils servissent sous les drapeau] Hongrie. Charles hésitoit , mais le duc Bourgogne, oncle ( Philippe le Hardi ) , parvint à fixer ses irr lutions. Il obtint même que Texpédition seroit coi au duc de Nevers , son fils. Bientôt on passa à des i de conquêtes : il fut arrêté qu'après avoir repoussé jazet des Frontières de Hongrie , et porté des secot Manuel) enfermé dans Constantinople , on se dirig< vers les lieux saints, dont on rouvriroit l'accès à les peuples de la chrétienté.
Il n est pas possible de croire que le duc de Bourg< attachât aucune importance réelle à un projet < tout démontroît l'extravagance. Comment se persu que, dans Tattitude où se trouvoient les ninsulm maîtres des contrées dont on se proposoit Tenvah ment , une poignée de François , sans secours pr niables de la part d'un peuple tombé dans le der degré d'avilissement ,' pussent même faire un pas être enveloppés et exterminés. Mais Philippe , dor par la passion de^l'avarice , ne cherchoit dans l'en avidement saisie par une jeunesse bouillante qu occasion pour puiser plus largement dans la boursi ses sujets. Armer son fils aîné chevalier , et prép ime expédition pour la Terre-sainte , étoient , con on sait ,dans le droit féodal, deux circonstances qui torisoient le seigneur à lever des contributions sur vassaux. Le duc de Bourgogne s'en prévalut et ac par là son trésor , déjà immense. Il mit néanmoir duc , son fils, en état de paroître avec une magnifiée
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. an
ritablement royale. La foule de jeunes seigneurs qui (toit rangée sous sa bannière imita son luxe , et cette etite armée 9 éf incelante d'or et de pierreries, surpas- Ht en mollesse tout ce que Thistoire «rapporte des éoples les plus voluptueux. Dans les régions qu'elle reversa , elle eût donné de la France une idée de prosrilé et de splendeur inouïes , si le bruit des malheurs ^i Taccabloient alors n'avoit d'avance prévenu cette
»on.
Xa mabon des Paléologues , que ces nouveaux croisés flattoient de venger avant peu des outrages des infiles, é(oit bien près d'être anéantie d'un seul coup par
live ottoman.
iCS historiens du temps ne nous apprennent point par Ak. 1395.
îl artifice le sultan avoit pu déterminer Manuel à
Btter ses remparts pour se livrer à la merci de son
)lacable et féroce ennemi ^. Etant venu à Phères en
[cédoine avec un grand nombre d'officiers de sa cour,
vît arriver son frère Théodore , despote de Lacé-
lône , que Bajazet avoit sommé de s'y rendre pour
cliquer sur plusieurs griefs qu'il prétendoit avoir à
imputer. Ces plaintes avoient pour'ohjet les in jus-
p qu'il supposoit avoir été commises par Théodore
îrs Paul Mammonas , petit prince de Monembasie ,
ributaire des Turcs. Les deux frères tiroient déjà de
^eux pronostics de cette réunion inopinée , lorsque
^nue de Jean Paléologue, leur neveu, fils d'Andronic,
[nel le sultan avoit également donné rendez - vous
lé même lieu, leur laissa peu de doutes sur le des-
da barbare. Bientôt il vint les joindre, et jetant sur
k. trois princes des regards furieux : On a osé , dit-il ,
^uiéter mes alliés^ et dépouiller mêmé'mes vassaux de
^Phranza donne pour motif de Manuel les avoit violéei en «'évft4«nf^
'Vb étrange démarche les ancien- et il devoit conooitre aticz Baj>xM
^ «XNiYeiitioni secundum pacta pour ne pat ae remettre i aa àUy^
^Hmua \ lÎT. 1 , chap. 19 ). Mais aition.
ai9 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
leurs domaines : je veux faire un exemple terrible^ cette audace 9 ei il les quitta à ces mots. Manuel, Tl dore , et le fils d^ Androniè , se considérèrent comi des victimes dévouées par le sort , et se disposèrei faire leur testament. Bajazet avoit en effet doilné Toi de les égorger , vodlant réparer ainsi et par ce trî| meurtre la faute qu'il croyoît avoir commise en sant échapper Manuel lorsqu^il étoit en otage a Pruse, satisfaire rimpatience qu'il avoit de faire de Consi nople la capitale de son empire. Un miracle seul voit arracher ces princes à la mort , et il s'opéra, visir auquel Bajazet avoit commandé cette boucht eut le courage de s'en abstenir; et quelque odieux doive paroître le caractère de Bajazet , il faut dire le visir désobéit parce qu'il connoissoit son maître |' qu'il voulut lui épargner des remords. Ils avoientj effet déjà atteint le cœur du sultan , qui , informé les princes avoieut été épargnés, en témoigna une table joie, et exprima sa reconnoissance'à son minû Mais, dans ces âmes sauvages, les retours à la féi sont prompts. Ne pouvant se baigner dans le sang Paléologues , Bajazet , rendu à sa première furie, accabla d'outrages; et voulant à tout prix se venger fit , en présence de ses captifs et de leur suite , arrac les yeux à plusieurs seigneurs de la cour de Manuel couper les mains à trois officiers de la marine impéri qui se trouvoient parmi eux. Honteux de nouveau ai barbarie , Bajazet rassura les princes par des pa] douces et flatteuses , et congédia bientôt après Mai et son neveu , qui sortirent de Phères comme de V\ d'une bête farouche. Le sultan , toujours capridd dans sa justice comme dans sa fui^ur, retint Théod( dans l'intention de lui faire chèrement payer sa ranj En effet , pensant quelque temps après qu'il dc?< être las de cette captivilé , Bajazet lui fit proposer condition de sa liberté la cession de la ville d'Ârgoi
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. âl3
I plusieurs autres du méifne territoire , et la renoncia- In absolue à tous droits sur la Monembasie. Théodore, ni , depuis la scène dont on vient de rendre compte ^ ^oit à chaque instant sa vie menacée , céda sans ré* Rance à tout ce qu'exigeoit le tyran. Ou ne sait ce hl doit le plus étonner de la facilité des Paléologues à ber dans les pièges qui leur étoient tendus, ou de la i6ance de Bajazet dans des concessions ainsi arras par la plus indigne violence. Théodore ne cherchoit demment qu^à endormir. le sultan : les gouverneurs villes qui reçurent de lui Tordre apparent d'en retre la possession apposèrent dans Texécution tant délaiset de lenteurs, que rieun'étoit encore terminé ne Théodore trouva moyen de s'échapper des mains Turc. D'autres soins plus pressans forcèrent celui-ci orner sa vengeance.
ans ces entrefaites. Manuel épousa Irène, fille de stantîn Dragosès , prince de cette partie de la Maine qu'arrosoit le fleuve Âxius , aujourd'hui le dar. Constantin étoit un de ceux qui , avec le desde Servie , avoient assisté à Taffreuse tragédie de s , et fait entre eux depifis le serment de punir bourreau. Le mariage de Manuel fut en quelque le sceau de cette confédération. Mais il n'étoit pas s la destinée des Grecs de ce temps de balancer la une des barbares.
'armée de Sigismoud, accrue en force et en résolu- Ah. i376< par l'adjonction de celle des François , entroit en ^^*' pagne et balayoit tout devant elle. Les Turcs furent nn instant chassés des villes de Fornie et de Bulie, dont ils s'étoient rendus maîtres. La bannière du |!IMssant fuyoit enfin dans ces contrées devant Téten- |Urd de la croix ; et sans l'obstacle que présenta Nicol^lis , Sigismond n'eut pas tardé à se trouver sous les fkirs d'Ândrinople. Nicopolis , bien fortifiée et défendue Mr une garnison déterminée , arrêta l'ardeur des con-
dl4 HISTOIRE DU BÀS-^MPIRB.
fédères, qui, se trouvèrent obligés, pour ne pas labs cet ennemi en arrière, d'en faire le siège dans \ formes.
Cet incident donnoit à Bajazet le temps de respire Il concentra toutes ses forces à Ândrinople ; et quand se crut en état de faire tête à Tennemi , il reprit VoSta sive , et s'avança vers Nicopolis. La valeur des soldi de Sigismond , une tactique supérieure et Tivresse i premiers succès, sembloient assurer la victoire auroi> Hongrie. Une rivalité de gloire compromit tous ( avantages. Les François réclamèrent le poste d'honueu les Hongrois le leur disputèrent , et ne cédèi^ent qu'api une longue et très-vive altercation. Ce noble démêlé perdre un temps précieux , laissa entre les soldats dud de Nevers et l'armée hongroise des levains de discorde moment même où il Falloit le plus d'ensemble. I François fondirent comme Téclair sur T^vant-garde Tarmée turque, qui , en se repliant , les fit tomber da une embuscade , où bientôt toute Tarmée de Bajazc animée par la présence du sultan , les enveloppa» M les Fançois soutinrent ce choc avec la plus rare intré| dite , et dans un instant 41s couvrirent le champ de il taille de plus de quinze mille turbans. Bajazet, blei lui-même, fut sur le point d'être pris. Le désordre,!] se mit dans les troupes des intidèles, eût , malgré Fini riorité de leur nombre, rendu les François complèl ment victorieux , du moins auroient-ils pu continuel lutter avec avantage jusqu'à l'arrivée du corps d'arm de Sigismond y que leur impétuosité avoit laissée asi loin en arrière; mais un fatal malentendu entre chefs de ces preux ^ leur fit perdre le fruit de leur 1 roïsme. Bajazet ^ mettant à profit ce moment d'hésil tion , ramena les siens à la charge, et enfonça les Fr< çois sur tous les points. Ces braves, dignes d'un nieilk
^ Philippe d* Artois, comte d*£u, Enguerrand, sire de Gouci,coi p^and coniifitable de France 9 et de èoissoAs.
MI5T0IEE DU BAS-BMPIRS« âl5
iprt, refusèrent de se rendre ; et , combattant jusqu'au krnier soupir ^ ils tombèrent percés.de coups sur des paonceaux d'ennemis. Trois cents à peine survécurent l,ce désastre , et restèrent dans les mains des Turcs IkHir périr bientôt misérablement.
^' Sigismond n'arriva que pour être témoin de ce car- Hige. Ses troupes , épouvantées, lâchèrent le pied ; les parcs se mirent à leur poursuite, et passèrent tout au Bide Tépée. Le camp Fournit un butin immense; tout jp qui appartenoit au duc de Nevers fut la proie du queur. Eo lisant ce que les contemporains racon-
t du faste de ce prince , de la quantité de vaisselle et d'argent qu'il trainoit après lui , de la richesse
étoffes dont ses tentes étoient formées , et des meuqai les décoroient, on croit passer en revue tous
genres de magnificence d'un satrape de Perse. Le
heureux chef des François vit égorger sous ses yeux ue tous ceux de ses compagnons d'armes « que le avoit fait tomber au pouvoir de Bajatet , qui ne rgna lui-même que dans la vue d'en obtenir une taçon considérable. En réfléchissant sur les maux dont Kurcabla dans la suite sa patrie, on est forcé de regretter iQ'il n'ait pas péri glorieusement dans lesmêmes champs pi'arrosa tant de sang François.
' Sigismond, après avoir descendu le Danube et côtoyé le ^ont-Euxin en fugitif, entra à Constantinople, où la nouille de sa défaite mit l'empereur Manuel au désespoir. lien nesembloit, en effet, pouvoir désormais le sousiDaire à la fureur du sultan. Ses lettres au roi de Hon- |rie durant l'expédition avoient été interceptées par ^azet , qui y avoit vu l'intérêt que l'empereur prenoit F cette cause. La retraite par lui donnée à Sigismond toit d'ailleurs une manifestation publique de son atta*faement au monarque vaincu.
* Au nombre .des prisonniers que qui va bientôt reparoitre sur la scène» tajazet épargna étoit Boudcaut,
9l6 UISTOIRB DU BÀS-EMPIRB.
Ces presseutimens ne tardèrent pas à se réaliser. Bi jazet renvoya sominer de lui livrer sa capitale, et bi< tôt il rassembla sous les murs de la ville une nombi armée qui dévoroit d'avance les riches dépouilles lui promeltoit une pareille conquête. Manuel avoit appris à connoître son ennemi pour prévoir quel seroiti sortdeshabitans,sileiils d'Âmurat devenoit maître del viile,soit par ruse,soit par force.il étoit livré à cette terril perplexité , lorsqu'il apprit que le roi de France envoya pour défendre les remparts de Constantinople , un coi de six cents hommes d'armes. Le duc d'Orléans , fi du roi, l'avoit même conjuré de réunir contre lesTui une nouvelle armée , qu'il demandoit l'honneur de conN mander ^. L'espérance de ce secours , le bon état de àtk fense où Constantinople étoit alors , le peu d'habildl des Turcs dans Tart des sièges, l'absence de toute mfA rine pour investir la place du càté de la ,mer, tooM ces considéi*ations réunies ranimèrent au fond du coem de Manuel ^me lueur de courage , et il fit des disposi* tions de défense. Un événement inattendu vint aloci changer la face des choses.
Le grand- visir , le même probablement qui avoit dé^ tourné son maître du projet d'assassinat médité à Fhèrei|! parvint à le persuader de se désister de la conquête de Gofr stantinople. C'étoit un de ces hommes que le hasard place rarement auprès des princes absolus ,et auxquels il donne plus rarement encore les moyens de faire entendre 11 voix de la raison au milieu des passons furieuses qui ail siègent sans cesse un despote conquérant. C'est d'aillenin
^ Les bix cents hommes d'armes dire que ce prÎDce se jeta aux ger?
accordés par le rot de France pour noux du roi pour obtenir d'aller è!
venir au secours de l'empereur de, la tête d'une armée yeoger le noi^''
Constantinople Tavoient été à la chrétien dans les champs de li|.
sollicitation de Théodore Gantacu- Thrace. Les anciens registres delà
zène, seigneur grec, qui alors se trou- chambre des comptes apprenaeit
voit à la cour de ce monarque, que le roi aToit prudemment bî^
Quant à l'intervention du duc d'Or- passer à Manuel un présent- de mitlA
léans , Juvénal des Ursins va jusqu'à pièces d'or«
n nouveau motif pour reconnoître que Bajazet n'étoît ps entièrement corrompu .par le pouvoir , et que , dans ivitervaile des orages auxquels son âme ardente étoit en Koie, il étoit capable décéder jusqu'à un certain point 1ÙX conseils de la justice , ou du moins à ceux de son Ittërêt bien entendu. Voici, si l'on eu croit Démet ri us lintemir, auteur d'une histoire ottomane ^, le lanque tint le visir au plus ambitieux des sultans; il telle assez bien cet]ue disoit le courtisan philoso- Cynéas à un prince tout aussi insatiable de contes.
« Vous voulez faire de Constantinople la capitale de rotre vaste empire. Nul doute qu'elle n'en augmenlât ^le lustre 9 et qu'elle ne fut aujourd'hui pour vous une iqoéte aisée. Mais ne craignez-vous pas que cette itreprise ne compromette votre puissance en éveilint les justes alarmes de tous les princes d'Occident? hS'ils paroissent avoir renoncé à relever la croix dans J'Âsie,'OÙ ilsfondèrent jadis une puissance si redoutable mv notre foi ; s'ils ont vu d'un œil presque indifférent la Grèce chrétienne subir par degrés le joug ottoman , ^c'est que leurs querelles personnelles ont absorbé toute ^leur attention et occupé toutes leurs forces. Mais ils n'ont jusqu'ici aperçu le croissant que retranchés derrière les murs de Constantinople; ils ont considéré cette cité
* 11 est boD de dire ici que le prince cerne l^s origines , mœurs , usa-
mtemir ne peut inspirer qu'une ges, etc., de la nation ottomane.
Miocre confiance quant aux évé- Son témoignage sera discuté quand
Hiens qu'il raconte , parce qu'il nous en serons au siège de Gonstan-
donoe trop aux annales turques , tinople, par Mahomet ii, et nous
ûonnues depuis long-temps pour apprécierons ^/'d/irèj /ai -même toute
te pleines de mensonges. Cette la valeur de ce témoignage. Nous ne
•fiance dans les Turcs étoit d'au- nous dissimulons point combien il
Bt plos inexplicable , qu'ayant à est peu probable que Bajazet se soit
plaindre de la mauvaise foi de la rendu aux raisons de son visir. Le
or de Constantinople , il la trahit , silence de Ducas et de Phranza sur
rabandonna pour passer au scr- ce visir peuvent motiver quelques
ee du Czar. L'ouvrage de ce prince doutes sur le rôle que lui fait jouer
(précieux pour tout ce qui con- le prince.
Sl8 HISTOIEE DU BAS-EMPIRB.
«comme une digue qui arrétoit, pour l'Europe, h « bordement des Orientaux ; une barrière enfin , coi « fixée par le destin, entre les sectateurs du Christ ( « fils du prophète. Mais cette barrière une fois abai « tenez pour certain qu'oubliant leurs animosités, « ainsi dire domestiques, ils s^uniront pour attaquer « nemi commun et le rejeter au-delà du Bosphore « alors qui pourra, d'après la connoissance des vicissil « des choses humaines , assurer que là se borneront « efforts et leurs succès? Faut-il d'ailleurs s'occuper « cesse de s'accroître , et jamais de gouverner? Les « pies sur qui pèsent depuis si long-temps le fléau <c rible de la guerre ont besoin de repos. Il est « gloire supérieure à celle de les asservir, c'est celle* « rendre heureux. Dans l'intérêt même de votre « sance, et dussiez- vous obéir plus tard à l'imprc jf qui vous entraîne,' il importe d'employer vos se « faire de votre immense domaine , composé de tai « pièces encore incohérentes, un tout qui au b » soit tout à coup mis en mouvement par une seul «< lonlé. Alors bravant peut-être la ligue entier « couronnes d'Occident , vous saisirez votre proie « nul autre d'ici là ne peut s'emparer, et qu'ai: « force alors ne sera capable de vous arracher. Il « faudra peu , du reste , que vous ne. soyez dès à pi « maître de ce chef sans corps. Dans l'extrémité < « trouve réduit Isambert - Tekkury «, il acceptera « balancer toutes les conditions que vous jugerez à K pos de lui imposer. »
L'âme, fatiguée du tissu d'horreurs sans but, e basses intrigues qui constituent l'histoire de ces tei s'exalte un instant au récit de ce triomphe de la son d'un sujet sur le farouche caprice d'un des
** Le seigneur de Constantinople, depuis long- temps adoptée
C'est ainsi que Thistorien désigne ravaler une puissance en e
l'empereur Manuel , qualification déchue, que l'orgueil des musulmans avoit
zei cëda; mais , renieltant Tépée Jhds le fourreau , renonça point à substituer la ruse à reniploi de la . Dans la ville de Sélivrée vivoit obscurément Jean ologue , fils d'Andronic « Tainé desenfans de Jean i , le celui-ci, par la plus insigne lâcheté, avoit voulu ;r de la vue, ainsi que son propre fils Ândronic» les ordres du tyran Amurat. Gomme issu du tils de Jean , il avoit au trône de Constant inople plus *oits que Manuel son oncle. Le supplice qu'il avoit ert étant encore au berceau ne Tavoit pas entièret privé de la lumière du jour ^; cependant son état, iblesse naturelle de son caractère, Tavoient fait se ;ner jusque-là à son sort. Il falloit que la sombre jale de Bajazet fût portée au dernier excès, lorsqu'il ea à Tenvelopper à Phères dans la proscription qu'il : méditée contre le sang de Paléologue. Bajazet se n jeu de réveiller dans Tâme de ce malheureux ;:e des étincelles d'ambition que sa situation semsi positivement exclure. Il lui fit parler de ses droits rintention où il éloit de lui prêter son appui. Dans onjonctures de ce genre , la volonté personnelle des :es n'est rien , il suffit que les courtisans qui les en- Mit aperçoivent ce que l'élévation de leur maître doit procurer à eux-mêmes de crédit et de puisï pour que Tart dont ils ont fait une étude anlène t6t leur pupille à se diriger sans réserve par leurs . La gloire et Tutilité de Fempire étant loin d'être et de ces négociations , on fit sans difficulté con~ r le fils d'Andronic à toutes les concessions qu'exit Bajazet pour prix de la protection qu'il lui o£Froit ^ : ut d'abord l'abandon de la ville de Sélivrée et de.
l Toyoit tm peu de côté de Tuo yii ejus latcre non discedebat , erat"
aire œil. Sod père Andronic que illi in Jamiliarissimis et l'nti*
t point aussi perdu l'usage de mis (Ut. 1 , ch. ao ). Kou» suivons
Iroit. Ducas. Du reste les résullata Êon%,
hranza présente le prince Jean les mêmes. le assidu auprès de Bajazet.
plusieurs places de ce territoire : puis Jean se soomii^ la ici que Manuel avoit repoussée avec toute Féne compatible avec sa situation , celle d'assigner à Gonstai tinople un quartier distinct pour les musulmans, et résideroit un cadi ou juge de leur nation , aix Ton tiroit une mosquée. Enfin le nouvel empereur se rec noissoit tributaire et vassal du sultan; il s'obligeoit résider aux époques convenues à sa cour pendant certain espace de temps , et devoit raccompagner dai toutes les expéditions militaires avec un corps de trouj impériales. Ce traité fut, de la part de Bajazet, im diatement mis à exécution ; il reconnut solennelleroé le prince Jean pour légitime héritier de la pourpre, bientôt le neveu de Manuel parut sous les murs de Goil^ stantinople à la tête de dix mille musulmans.
Manuel fut accablé de ce dernier coup , qui lui en! voit toute possibilité de résistance. En effet, le peupi de Gonstantinople avoit paru se résigner à tous les ma qui dévoient suivre un siège soutenu contre le c Ba jazet ; mais la terreur de sa domination et le salut leur foi auroient pu seuls décider les habitans à en fronter les horreurs. Du moment qu'il ne s'agissoit pi que d'un conflit entre deux princes du même sang, lé zèle s'attiédit par degrés. On pensa qu'il étoit facile à Ma^ nuel^de mettre fin à tous les différçnds en partageant avcl son neveu une souveraineté dont il étoit hors d'état dé soutenir le poids. On alla bientôt jusqu'à discuter son droit à la couronne; et ce peuple qui, peu de jours ao* paravant, avoit donné à Manuel le titre de père, dl juré de s'ensevelir avec lui sous les ruines de la ville im^ périale, ne voyoit plus en lui qu'an obstacle à sa séca-^ rite, et la cause unique des nouveaux malheurs qui II menaçoient : de l'indifférence il alloit passer à la hainej et même à la sédition. Manuel courba la tête sous If nouvel orage ; mais , ne pouvant sa résoudre à se dé« pouiller tout entier^ il fit dire à son neveu quUl parta-
roit sans. répugnance avec lui la souveraine puissance , qn'îi.rinvîtoît à venir s'asseoir à ses côtés. Bajazet Msta d'abord pour que la résignation de Manuel fut solne, et que le &ls d'Andronic régnât seul; mais itrevoyant qu'une puissance aussi divisée ne nianqueh)it pas d'être orageuse , et que les débats entre l'oncle fie neveu hâteroient la ruine de l'un et de l'autre, il bnna son consentement à cette transaction, sous la )ndition que Manuel ratifieroit de sa part les engaîinens pris par le prince Jean. C'est de cet abîme de ingers et d'humiliations que la valeur française vint icore le tirer.
Le maréchal Boucicaut avoit été mis à la tête des Ah. 1S99; K cents hommes d'armes envoyés par le roi de France I secours de Manuel. On y avoit joint huit cents "balétriers; et une troupe de jeunes seigneurs, sans être itimidés par le sort qu'avoient éprouvé leurs devaners à Nicopolis, avoient voulu prendre part à cette qiédition ^. Ils étoient animés du désir de tirer vensance des traitemens barbares^que les Turcs avoient lit subir à leurs compagnons d'armes. Déjà la flotte ai portoit cette jeunesse brillante , conduite par le plus fand homme de guerre de ce temps, voguoit vers onstantinople. La nouvelle de leur prochaine frrivée mima le courage des habitans. Boucicaut, outre les liens militaires qui le distinguoient , connoissoit mieux
« Boucicaut étoit un surnom qui choit pas de faire la guerre à la ma^
mit un sens, et devoit être syno- nière turque; c'est-à-dire brûler,
fme de coum^einc, d'après ce pas- piller, détruire et passer tous les
1^ de la chronique : • Jean le habitans d'une Tiile au fil de l'épée.
^ttaingre, nommé le braue , et par Son historien appelle ce?» actions de
igsbaUement Boucicaut. m La même la sévérité. Le comte de Nevers avoit
konique dit qu'il éloil jojreux ^ empêché Bajazet de le faire égorger,
hanlant et gracieux y qu'il Jesoit en lui présentant Tappât d'une ran«
bf balladef et des virelais ^ que çon. // prit à douloir la mort de
^ doux et bénin quune pucelle si vaillant homme. Boucicaut fit
lapant la dame quil choisit , toutes usage de la liberté qu'il eut avant le
\tmes serviuit y toutes kono^it pour comte pour délivrer celai -ci. *miour d'une. Tout cela ne Tempe-
i{99 HISTOIRE Btl BÀS-ElîlPIRiE.
qae personne le terrain où la lutte devoit s^engager,. les ennemis auxquels il alloit avoir aCFaire. Il avoit, 1397, passe deux mois à Constantinople^ et environ même temps à la cour du sultan. Il eût même prête ce sultan le secours de son bras et de son gënie, 31 cette époque la guerre eût existe entre les Turcs^ Le réchal connoissoit également Bajazet: il avoit étécha de traiter avec lui de la rançon du fils du duc de B gogne et des autres seigneurs faits prisonniers à fatale bataille de Nicopolis. Ainsi ki fortune sembloit complaire à réunir tour à tour pour Tempereur Maoi ^out ce que la coupe du malheur peut contenir d'à fume , et tout ce que le hasard peut offrir de moyi étonnans de sahit. La conduite de Bajazet dans circonstance n'est pas facile à expliquer. Comm lorsqu'il avoit mis enf œuvre tant de stratagèmes anéantir ce qui pouvoit rester à Manuel de moyens résistance, ne fit-il pas un dernier effort pour en cueillir le fruit ? N'étoit-ce pas le cas de concentrer t ses forces sur Constanttnople? Comment se persua qu'il n'eût aucune intelligence dans la ville après ses créatures y étoîent entrées avec le fils d'Andronic N'avoît-il nul moyen d'arrêter la marche de la flot d'où sRile dépcndoit le sort de Constantinople? Si ei abordant aux rivages de Byzance, les confédérés eus vu le croissant arboré dans la ville impériale, le expédition n'eût-elle pas été à son terme et leur retoi plein de périls ? Ce qu'il eSt naturel de croire, à défatt de faits précis sur ce point, c'est que l'espérance délit secourus, et de l'être par des François , fit prendre aux habitans de Constantinople la résolution de se défendra avec une vigueur qui retarda les progrès des assiégeans* Ainsi le nom seul de Boucicaut leur valut dès-lors une armée.
Ce que nous venons de dire des'moyens qu'avoît le sultan de disputer les passages à la flotte françoise se
ftlisoit en partie. Dix-sept galères turques stationnées pK environs de Gallipoli se présentèrent pour livrer ibat ; mais elles furent battues et obligées de chercher ige dans des anses où le maréchal ne jugea pas à >pos de les poursuivre. Arrivé à Ténédos^ Boocicant [trouva plusieurs vaisseaux vénitiens et génois dont commandans sollicitèrent la faveur de se joindre à lotte. Le maréchal en fut proclamé généralissime , et IQ nouvel obstacle n^arrétant sa marche, il arriva de jours après devant Galata, où les Turcs étoient le point d'entrer. A la vue de la flotte françoise , iU Retirèrent, et Constantinople fut délivrée. La joie des ^tans fut extrême. Manuel fit au maréchal Taccueil méritoit un si éminent service. 11 le nomma grandknétable de Tempire , titre que Boucicaut s^honora t porter toute sa vie. Le général françoîs résolut, de kicert avec l'empereur, de porter la guerre sur tous l' points du pays ennemi qui s'offriroient à découvert , imi obligeroit le sultan à disséminer ses forces. Les Pipes s'embarquèrent donc sous le commandement fBoucicaut et de Manuel, et la flotte fit voile vers là le de Naréiez^ dont on ne peut aujourd'hui déter- Der la position précise. La descente s'opéra à quelque ince de cette place , et les deux chefs pénétrèrent
È obstacle dans un pays qu'ils surprenoient sans ise. Après avoir fait un butin considérable et mblé d'immenses provisions dont Constantinople lit un extrême besoin , ils revinrent à cette capitale, [ib quittèrent de nouveau pour reprendre le cours de exploits.
se dirigea sur Diaschili , ville charmante, séjour Kori de Bajazet , et qu'il s'étoit plu à décorer avec pgnîficence. C'en fut assex pour en désirer la des-» faction ; quoiquelle n'eût fait aucune résistance, elle Pt livrée aux flammes , et le somptueux palais qn'y
âa/| HISTOIRE OU BAS-EMPIRE.
avoit fait bâtir le sultan oe fut bientôt qu'un anuo^ cendres et de mines.
De là les confédérés s'avancèrent vers Nicomëdie; Turcs, bordant le rivage , les attendirent de pied fen La sévérité récente de Boucicaut excitoit leur fiin et les animoit à la vengeance. Malgré leurs efforts, descente s'opéra sans beaucoup de perte. Les Turcs, < foncés de toutes parts, prirent la faite, et se retirèrent désordre dans la ville. Le maréchal en fit immédia ment le siège; mais, n'étant pas ^ffisarament pounrt ce qui étoit nécessaire pour le conduire avec succès surtout avec la vigueur qu'exigcoit son plan de caiB| gne , il ne put entamer aucun des ouvrages de la pli Les échelles quon avoit préparées se trouvèrent b courtes, et les moyens employés successivement p abattre les portes, toutes bprdées de fer, et sur lesqt»^ le feu ne put opérer aucun effet sensible , demeurer sans résultats. Boucicaut ne crut pas sa gloire attac à poursuivre cette entreprise. Après avoir réduit faubourgs en cendres , il porta le ravage dans les i virons , enleva tous les grains et tout le bétail qn put trouver, et laissa partout des traces terribles dei passage.
On est forcé d'avouer qu^en cela Boucicaut imita trop près Tennemi qu'il poursuivoit , et que ses exph eurent ici quelque chose de barbare. Mais il est I que dans les expéditions lointaines les chefs les | modérés n'oublient pas quelquefois leur caractère. Oi que le mélange des nations , concourant aux mèi entreprises , rend infiniment plus difficile le main! de la discipline , il peut être quelquefois nécessai quoique odieux , de frapper de stupeur un ennemi fén accoutumé à abuser lui - même de la victoire , et posé à prendre la clémence pour de la foiblesse.
C'est le jugement que l'on doit porter des actes
ntinnèrent de signaler dans ces contrées la présence s François. La ville appelée le Sérail, vers laquelle rmëe marcha de suite, eut un sort plus terrible core que celle de Diaschili; les habitans furent s^s an fil de Tépée, sans distinction d'âge ni de sexe^ tous les édifices livrés aux flammes. Les Turcs, acnrus au secours de la place, s'élancèrent comme des ^es sur les troupes impériales; mais ils furent re* »ussés avec un effroyable carnage , et à peine s'en happa-t-il quelques-uns jpour aller porter au sultan nouvelle de ce désastre. Boucicaut et l'empereur se mbarquèreut ensuite, et rentrèrent triomphans à onstantinople, où le butin dont étoient chargés les oopes ramena l'abondance.
Remplis de l'idée qu'il falloit mettre à profit la Risternation de l'ennemi et la terreur dont Tavoient appé les derniers exploits, le maréchal et Tempereur embarquèrent pour une troisième expédition, dont !S résultats dévoient être plus décisifs encore. Mon loin de Constantinople s'élevoit la ville dite Iwe droite^ , sur l'embouchure d'une rivière qui verse es eaux dans la mer Majeure. Cette place, confiée à des roupes aguerries, étoit un voisinage extrêmement in- )Oniroode par l'asile qu'elle offroit à ceux qui faisoient |p incursions autour de la capitale , on qui voiiloient
C^ ercepter les communications par la mer. La flotte périale cingla vers cette côte, et entra sans aucune Hpèce d'obstacle dans le port. Les Turcs, comptant sur l^r nombre, avoient laissé opérer paisiblement la désiste , dans Tespoir d'envelopper et d'exterminer d'uu ffjol coup l'armée des assaillans. Ils se rangèrent en effet jons les murs de la ville, présentant une troupe trois bis plus nombreuse que celle des ennemis; mais la iraleur ne tint aucun compte du nombre. Les rausulruans
i ' L'IiMtoricn du maréchal de rend quelqùefoif méconnoUsablet. loacîcaut défigure les noms , et les
BIST. DU BAS-EMP. TOM. XII. l5
fia6 nisToiEE du bas-empire*
furent culbutés au premier choc , et tous les efforts qn^il firent pour se rallier furent sans succès. Ils prirent fuite et ne reparurent plus. Sur-le-champ on décic l'attaque contre la ville. Le gparal maître de Rho( étoit dans Tarméede Bbucicaut avec un grand noni^bi de ses chevaliers, bouillans de courage et de zèle, convint que ses troupes et celles de IVIanuel resleroieol en observation pour tenir les Turcs en échec, tanifij que le maréchal donneroit Tassant à la ville. Les rei parts forent bientôt couverts d'échelles où s'élan^ Télite des François. Mais les assiégés ayant eu la pï caution d'amonceler au pied des murailles des paill humides où ils avoient mis le feu, la fumée épaisse fétide qui en sortit incommoda tellement les assiégeamj qu'ils furent contraints de se retirer. Boucicaut , auqi rien n'échappoit , remarqua un endroit des muraiU où n'existoient point de pareils amas , et de plus , moii bien gardé, parce que sans doute les assiégés le considéj^ roîent comme beaucoup plus fort. Le maréchal , ayî fait fabriquer une échelle d'une hauteur extraordinaii la dressa contre ce point ; et pour que ses soldats ne nuisissent pas par un excès d'ardeur, il resta lui-niéi au pied de l'échelle, n'y laissant monter que le nombi qu'elle étoit en état de supporter. A la vue de cette attaque inopinée les assiégés portèrent tous leurs effoi de ce côté, et ceux des François qui les premiers aûeîi gnirent les créneaux périrent accablé3 sous le nombre mais leurs compagnons, se succédant comme les flami d'un incendie qui s'accroît, s'ouvrirent un chemin travers les flots d'ennemis accourus sur ce point, précipitèrent dans la ville où ils les poursuivirent, et firent une épouvantable boucherie. Aucun Turc ne ft reçu à quartier, et les François se trouvèrent ainj maître d'une place qui, jusque-là, avoît été considéi comme imprenable. Manuel , ne pouvant se flatter de h conserver, la fit détruire de fond en comble, et la flottC|
b cette glorieijse excursion , fit voile pour Algiro , re repaire de barbares. Les habitans , certains du t qui les attendoit , mirent jeux-mênies le feu à leurs isons et se sauvèrent dans les montagnes voisines, ii'empereur, à ce moment » fut informé qu'une flotte que avoit jet^ Tancre dans le voisinage de NariUz » que les 4roupe3 qui la montoient avoient fait une cente sur cette plage. On se remit en mer pour les it joindre; mais d'aussi loin que les Turcs aperçu-^ it le pavillon impérial , ils s'enfuirent dans les terres, indonnant leurs galères et toutes les munitions qu'elles itenoient. Boucicaut en brûla une partie et emmena reste à Constantiuople.
C'est ainsi que, pendant près d'une année que l'illustre iréchal resta en Grèce, il ne cessa d'être l'effroi des isulmans. Il réussit à les déloger de toutes les places 'ils occupoient dans un assez vaste rayon autour de Htistantinople, et d'où ils pou voient chaque jour har- 1er le malheureux chef de Tempire. Avec des forces lis considérables , le grand - connétable %ût en peu tonées peut-être rendu à cette puissance un lustre H'elke avoit perdu depuis long-temps.
JL'époque du retour de ce grand capitaine étoit arrivée; .itût-il eu la faculté de prologer son séjour , %^^ troupes, laircies par tant de combats, et %^% finances épuisées, Ini auroient pas permis de différer plus long-^temps d^art. Peut-être n'étoit-il pas fâché de ne point iser à de nouveaux hasards la gloire qu'il s'étoit lise. Mais quelques services qu'il eût rendus à l'em- !, son absence alloit nécessairement replacer Couktinople dans Tétat précaire et périlleux dont il lit tirée. Telle est généralement l'issue de ces entrelointaines dans lesquelle^es chefs, quelque haet quelque vaillans qu'ils soient, ne trouvent pas la nation qu'ils viennent secourir un point d'appui (le de consolider leurs succès. Boucicaut fit tous
êèH BtStOItlE DU BAë^EMPIRE.
ses efforts pour persuader à Manuel qu'il ne tât
pas à revenir avec de nouvelles forces plus imp
que les premières, et qu'il acheveroit son ouvrage
mettant le trône de Constantinople hors cle toute
suite de la part des barbares. Mais le souvenir des
gers qu'avoit courus le foible empereur lorsqu'il
abandonné à ses propres ressources ne le laissa
douter ^e Tanéantissement de sa puissance du moi
qu'il cesseroit d'être protégé par ce brave. Dans
pensée , il prit une résolution qui atteste l'étendae
se^ frayeurs, puisqu'elle étoit dénature à ouvrir
lui une nouvelle source de dangers ; il déclara au
réchal qu'il le suivroit en France pour solliciter en
sonne auprès de Charles vi la continuation des su
d'où dépendoit désormais le sort entier de l'empire.
A travers la politique nébuleuse de ces temps il
difficile d'apercevoir la véritable cause qui décida
maréchal à encourager ce dessein , qui alloit laii
Constantinople à la garde d'un prince sans exp
comme sanapénergie, et que ses obligations envers
jazet avoient avili. Il est de fait que Boucicaut affei
Manuel dans sa détermination. Il faut croire qu'il y
pour sa patrie et pour lui-même une nouvelle oci
de gloire, et la perspective de fonder dans la Grèce
principauté dont l'importance rehausseroit l'éclat
la couronne de France : aus^i ne détuurna-t-il
Manuel de Tintention où celui-ci lui dit être de
hommage à cette cour de l'empire et de sa capitale; |
là le malheureux prince se flattoit d'intéresser di
Ynent Charles à sa conservation, le seigneur su
étant obligé de secourir ses feudâtaires contre Jes
taques du dehors. Les Génois, les Vénitiens, les
diens apprirent sans ^lousie ce projet , qui tepdpi
donner un formidable ennemi à une puissance doQtlfl
progrès menaçoient de leur ravir tout ce qu'ils av<Hel
acquis des débrb de l'empire grec. Leur active coofélfl
HISTOIRE DU BÀS-£MPIR«. àig
m à rexpëdition des François avoit déjà pronvë qu^ils étoient disposés à prendre aucun ombrage du succès !S armes de cette nation dans TOrient. Théodore, spote de Lacédémone, ne vit pas du même œil cette fmarche,qui lui parut compromettre sans retour le lot de Tempire.' Lorsque Manuel son frère alla le ouverponr conférer avec lui de son projet, Théoqre lui traça d'un pinceau énergique le sort qui atteoit Constantinople, quand le seul homme qui pouvoit core balancer ses destinées auroit mis entre cette pitale et lui une aussi grande distance. 11 lui montroit Turc étonné de avoir plus devant lui qu\in prince i lui devoit la pourpre, prendre possession de la ville, régner en son nom, ou, sur le moindre prétexte, se barrasser d^un aussi foible obstacle à un envahissement depuis si long-temps médité. Le voyage de Malel lui paroissoit d'ailleurs devoir aboutir à des résultats Qt aussi stériles que celui de Tempereur leur père; lors même que le chef de Pempire parviendroit , en diaissant devant un prince étranger , à obtenir quelques pbles secours , ils arriveroient évidemment trop tard, pensoit enfin que le courage des Grecs, raffermi par succès des expéditions récentes des confédérés, seroit |iable de maintenir, pour un temps du moins , les rantages obtenus sur les barbares.
Ces remontrances ne purent changer les résolutions i Manuel. Après avoir pris congé de sa femme et de S enfans , qui Tavoient suivi jnsqu^à Lacédémone , se rembarqua sur la flotte françoise qui entra dans (Adriatique. L'empereur s'arrêta à Venise : Boucicaut rit les devans , impatient de rendre compte à sa cour Q succès de l'expédition qui lui avoit été confiée , et (annoncer l'arrivée prochaine du monarque d'Orient. Manuel ne tarda pas à être convaincu qu'il ne tireroit aufun secours des Véoltiens , malgré les démonstrations ap* l^rentesd'intérêt qu'il en recevoit. Ses courses à Florence,^
i4oi.
S30 HISTOtRZ Dû BAS-EHPIAlU
à Ferrare, à Gênes, n'eurent pas niie nrieilleure r< site. Le duc de Milan , Galéas Visconti , fut le seul ne borna pas son zèle à des complimensdeeondoléai Sa munificence se déploya dans le don qu'il fit à h percur d'un superbe équipage et de sommes consk râbles pour le mettre à même de paroître an-( des Alpes d'une manière conforme à son rang. A| l'avoir conduit en pompe jusqu'aux frontières de états, il lui protesta, en le quittant, que, si lesaat potentats de l'Europe vouloient joindre leurs forcetj celles dont il pouvoit disposer , il marcheroit en sonne an secours de Constantînople.
Lw. î4oo- Enfin Manuel fonloit le sol de la France. Il se trt voit au milieu de ce peuple dont le sang avoit coulé deux fois pour sa cause , et dont le bras victorh :)voit purgé les rivages du Bosphore des barbares qui înfesloîent.
Charles vi avoît préparé à l'illustre voyageur réception magnifique. Toutes les villes sur son pas étoient chargées de lui rendre les plus grands honnei partout il fut défrayé aux dépens du trésor , et les pi vinces qu'il traversa, organes des sentîmens magnil ques de leur souverain , firent à Manuel l'accueil le M flatteur. Une garde formée par une grand nombre jeunes seigneurs étoit allée au-devant de lui lorsdei approche de la capitale , et une cavalcade de bourgeoii richement habillés , l'attendit à Charenton , où le lement , le chancelier , les cardinaux s'étoient réi pour le haranguer. Le roi ne tarda pas lui-même à ioître , au milieu d'une foule de courtisans qui rivaRI soient , dans leur costume , de richesse et d'éléganwl D'aussi loin que les deux monarques s'aperçurent, il mirent pied à terre, s'avancèrent l'un vers l'aulrc et s'embrassèrent. Etant remontés à cheval , ils roar chèrent côte à côte , et firent leur entrée dans Paris an mi lieu d'un concours nombreux de spectateurs. Un repi
HISTOIRE DU BAS-EMPIRI. t5r
idide âttendoit Tenipereiir an palais « dans la cilë;
soir il fut conduit au Louvre , dans les apparies qui lui étoient destinés , et qu'on avoit décorés
ie goût et la magnificence de ces temps-là. Enfin [ne ÎQor qui suivit fut un jour de fête ; et le charme e pareille réception eût étourdi Manuel sur ses inmes, si elles eussent été de nature à être onhliées.
circonstance déplorable vînt interrompre le cours is plaisirs : le roi éprouva une attaque de la frénésie [ueileil étoit sujet ^. Manuel, qui à peine avbiteu le )s d'entretenir Charles de Tobjet de sa venue , voulut re à profit cette CQnjoncture pour sonder les dispons du roi d'Angleterre, Henri iv» qui venoit de ter sur le trône. Il se rendit donc à Londres, et^
toute Téloquence et l'adresse dont il étoit doué, il a loir auprès de ce prince les motifs qui pou voient éresser en sa faveur. Mais ce fut en vain : Henri , affermi encore dans sa puissance, avoit à peine assez outes ses forces pour se maintenir lui-même , et luel revint en France sans avoir rien obtenu. Le roi : rétabli, et fit à Tempereur le même accueil qu^anivant. Celui-ci avoit gagné tous les cœurs par son >ilité et ses manières gracieuces : les François, alors 'bés sous le joug féodal, et à {>eine sortis de la bare, contemploicHt l'héritier d'un empire jadis si sant , qui se rendoit accessible à tons. Sans doute la noble résignation avec kiquelle il supportoit ses heurs ajoutoit à l'intérêt qu'il inspiroît. Le peuple ique rarement d'être touché des grandes infortunes ne sont pas son ouvrage. Deux années s'éconlèrent
)>après les historiens grecs, les expressif e qac correcte de son tra-
ues de Charles vi furent plus dacteur» prétend que le prince grec
fx's et plus longues pendant ie .trouva Charles ti grandement dé-
r de Manuel. PhranzA dit que uojré de son sens. Jamais on ne pou-
«renr échoua contre l'aliëoa- Toit venir dans de plus fâcheuses,
lu malheureux roi , menus im- circonstances. Manuel fit un voyage
tem offendit ( li?. i , ch. 20 ). inutile , et, sans Tamerbn , auquel il
ocondjle, tous la .plume plu» ne pooToil songer , ii étoit pcrda.
aSa HISTOIRE DV BAS-£MPia2«
ainsi, £t les a£Faire$ du monafqiie grec n^ëtcâent p
plus avancées que le premier jour. Tous les rappoi
qui lui parvenoient chez lui étoient extrêmement ï
quiëtans ; et , désespérant désormais de retirer auci
fruit d'une plus longue exjpatriation , il résolut d(\ retoi
ner à Constantinopte. Le roi de France le combla"
présens , et lui donna l'assurance d'une pension annoe
de trente mille écus. Il reprit la route de sa capits
Boucicaut, alors gouverneur de Gênes, laquelle ven
de se donner à Charles ^i, ne put accompagner le prir
Malgré les honneurs dont la cour de France avoit c<
vert ses refus , Manuel ne put s*empêcher de se souve
du conseil de Théodore son frère, et de regretter ar
rement d^avoir, avec tant d'inutilité, promené sesini
lunes en Europe. Ce qui s'étoit passé dans Tenii
pendant $on absence n'a voit que trop confirmé les p
nostics du despote de Lacédémone. Manuel , en ef
s'étoit à peine éloigné , et le maréchal avec lui , que
Turcs , exaspérés par les ravages dont leurs provii
avoient été le théâtre , s'étoieiit de nouveau précif
sur les pays laissés à leur tour sans défense. Lacédém
fut le point où tendit le premier effort de leur r
Théodore , moins que jamais en état de faire tête i
pareil ennemi , avoit vu sa principauté envahie, e
trouvoit réduit aux dernières extrémités. Le sentin
d'un orgueil superbe , qui préfère une chute éclatan
d'humbles compositions, étoit depuis long-temps éti
ger à cette maison, rompue, pour ainsi dire, à ton
genres de révers. Déjà Corinthe avoit été cédée
chevaliers de Rhodes. Ceux-ci proposèrent de tr«
de tout ce qui resloit à Théodore dans le Pélopon
et la position critique de celui-ci le rendit facile su
conditions. Le paieipent s'effectua en partie , et le^
quéreurs fournirent des cautions pour le surplus.
MaisBajazet, dont l'ascendant dans ces contrées t repris toqte sa puisssiuce^ déclara s'opposer à Texécti
BI«TOIRE DU BAS-EMPIRE. sSS
ce traité , qui lui donnoit des ennemis bien moins les à réduire que ne Téloient les timides Paléologues. sant céder son orgueil à sa politique , il députa des laideurs à Théodore, et lui fit faire TofFre d'une c durable , s'il vouloit rompre ses engagennens. Il 3it opter entre les habitudes du pouvoir et le lien a foi promise : le choix est rarement douteux quand eut être fait avec quelque sécurité ; mais il falloit moins sauver les apparences. Les Lacédémoniens , 'on peut donner cet honorable nom aux peuples fouloient alors cette terre glorieuse , les Lacédémois parurent se révolter , et protestèrent qu'ils ne sentiroient pas à passer sous ime autre domination, istoire ne doit néanmoins pas taire qu'à la tête de K>ulèvement étoit Tévéque même de Lacédémone, nu par sa haine pour la religion romaine, et qui eût Péré se soumettre au joug des Turcs plutôt que de voir église envahie par les ministres de cette communion, toit véritablement à quoi Ton devoit s'attendre sous jouveruement des chevaliers de Saint-Jean de Jérom. Le peuple, enflamme par le zèle du prélat, fit îaux commissaires de Tordre nommés pour prendre session du pays que , si Théodore a voit le droit de iverner le terril uire sur lequel a voient régné ses an- *es, il n'avoit pas le droit de le vendre, et que, s'ils ançoient pour heurter leur mission , on les traiteroit ennemis. L'évêque moteur de cette insurrection fut clamé chef île Télat.
l sembloit que Théodore fût enveloppé dans des difiltés inextricables : dépouillé de ses domaines par une »on volontaire, il étoit menacé, par suite de l'attie qu'avoient prise les peuples dont il avoit abdiqué légeance , de perdre le prix qu'il en avoit stipulé, ut se concilia pourtant par la générosité du prélat., , sans hésiter , se démit , en faveur de Théodore , . pouvoirs dont il veooit d'être revêtu i et par k
â34 HISTOIBK BU BAS-EMFtRE.
charme de cette même éloquence qnî avoit soustr» Rhodiens la proie dont ils se croyoient déjà maitr ramena bientôt le peuple à sa première affection son prince. Théodore rentra paisiblement dans La rnone ,^après avoir promis à ses sujets quMI ne les droit plus. Les chevaliers de Rhodes témoignèrei grand courroux de cette violation d'un traité do avoient: accompli, autant qu'il étoit en eux, tout conditions. Mais comme .Bajazet , dans sa capric perfidie , avoit été jusqcb'à promettre à Théodore • fournir des troupes pour repousser les Rhodieus,ce dévorèrent cette injure, ne voulant pas avoir en i temps affaire aux Turcs et aux Lacédémoniens. Ih rent même jusqu'à renoncer à la possession de C the,dontla conservation leur paroissoit difticil Théodore s'engagea à leur restituer en différons t -les sommes qu'il avoit touchées, et dont il ne lui i déjà plus rien.
Les rives du Bosphore avoient pareillement ép la fureur des musulmans; Constantinople étoit tîe nouveau à leurs irruptions, et ressentoît une se fois les atteintes de la famine. L'un des braves qi voient défendue avec Boucicaut , et que celui-ci laissé pour contenir les ennemis en son absent avoit tenus en échec par des prodiges de valeur. Ch morand rendoit au foible Jean Paléologneune par services que le maréchal avoit prodigués à Manu se multipliant, pour ainsi dire, il étoit présent e lieux , soutenant les derniers efforts d'une gai découragée et excédée de fatigues et de privations, n'ayant avec lui qu'une poignée de François, et de faire tête à un ennemi à qui restoient tous les tages de la position et du nombre , il devoit néce* ment succomber. Les habitans , réduits aux abo croyoient enfin quittes envers une maison dont les avoit attiré sur eux tous les maux qui peuvent a
HI8TOIBK DU BÀg-SMPIRi:. ù^5
!^pece Knmaine. Egares par le désespoir, ils appeloient ix-rnéraes les infidèles, et Tambitieiix Bajazet nVût pas irdé d'entrer en triomphe dans la ville. La Providence 1 avoit autrement ordonné : elle destinoit le tyran de Asie à être un nouvel exemple de la fragilité des randeurs.
Tamerlan avoit porté la terreur du nom mogol dans mte la haute Asie, et Samarkande étoit le centre d'un mpire immense que le glaive de ce conquérant avoit ^dé. Les provinces asservies par Bajazet n'avoient oint été atteintes par le torrent dévastateur dont le assage venoit de renverser tant de trônes. I^ fils d*Alurat, plein d'une sécurité quMl ne croyoit plus devoir Ire troublée par les ;iliiés de Manuel et de Théodore , ^noyoit dans les voluptés. Mais Tamerlan s'étoit donné t titre fastueux de réparateur des torts : un grand ombre de petits princes, auxquels Bajazet avoit ravi rurs états en tout ou en partie , portèrent leurs plaintes l'impérieux Scythe^ en le conjurant d'interposer sa istice pour faire cesser ces violences, et les rétablir ans leurs principautés. Il n'en falloit pas davantage our attirer l'attention de Tamerlan sur Bajazet, dont 'orgueil ne le cédoit guère au sien. En conséquence , il ai envoya dire qu'il eût à restituer tout ce qu'il avoit tturpé sur les croyans, et de se contenter de ses conioétessurlesinfidèles; que ce seroit un moyen de s'at* îrer les grâces du Très-haut.
Bajazet, auquel un pareil langage étoit certainement louvean , y répondit par le plus froid mépris ; et ayant ait couper la barbeaux envoyés, injure la plus sanglante jne pussent souffrir des musulmans , il les renvoya en lisant qu'il étoit trop âgé pour recevoir des leçons. Sachant cependant quel adversaire il alloit avoir à comlattre , il se prépara à le recevoir. Il eût voulu dans cette ampagne s'appuyer du côté du canal sur les murs de 3onstantinople 9 et il alloit contraindre le jeune Paléo-
â56 niSTOiaE OtJ BAS-EMPTRC^
logiie à la lui livrer , lorsque les progrès rapides^dè merlan obligèrent le snltan à porter Tëlite de ses tn If. i4o2- dans la partie orientale de son empire. Tout y plk sous Teffort du Scythe ; la place d*Assingue fvit einpoi aussitôt qu^'nvestie ; celle de Sébastc résista , et ei niéme sort ; tous les habitans périrent dans des suppi inouïs que le barbare se plut à inventer. Il passa Phénicie , poussa jusqu'à Damas , qui fut prise et.pill des richesses immenses, un peuple entier de ca| 3uivoient le char du vainqueur. II «^empara d'Âlep, met pareillement au pillage; et, sur la nouvelle quel Arabes menaçoient ses frontières , il retourna à Sai kande, résolu de revenir bientôt achever d'accal Bajazet.
Celui-ci profita de cet incident inespéré pour répi ses pertes ; mais il n'eut pas le loisir de pousser ses^i seins sur Constantinople. Il étoit à peine en état rentrer en campagne , lorsque Tamerlan s'avança nouveau sur TOccident , déterminé à accomplir sa vei geance. Il avolt fait avec les Arabes des traités qai laissoient maître de disposer de toutes ses forces. Api avoir longé le Tanaïs, il entra dans la Galatie avecnnU armée peu inférieure en nombre à celle de Xerxès quanl celui-ci forma le projet d'asservir la Grèce; mais oatlk que cette armée, jusque-là victorieuse, obéissoit à tÉi fanatisme irrésistible dans son impulsion, les tombeairi des Thermopyles , de Platée et de Marathon n'avoieri point rendu les héros auxquels ces contrées durent alon leur salut. Bajazet, à la tête de ses troupes levées dam la Thrace, en Asie et chez les Serviens, vint hardt ment à la rencontre de son ennemi. Le chef des Pav sans étoit campé aux environs d'Amire. Après pliuieofl attaques partielles, dans lesquelles le sultan, en afiectaili de mépriser son ennemi, exposa grand nonibrç dèS0 meilleurs soldats, les deux armées se disposèrent à mu bataille décisive.
Tamerlan entroit alors dans sa soixantième année; ib rage s'avoit en rien afFoibli chez lui les qualités
chef et du guerrier. Il donna à son fils le commanfueut de Taile droite de son armée; son petit-fils fut icé à la tête de Taile gauche; il se réserva le centre, ors paroissoit unecomètedontrimmense chevelure et longséjourjà Thorizon sembloient préparer de grands éoemens. Suivantson usage constant, Tamerlan haran* a ses troupes, et sut allumer dans le cœur des soldats tte ardeur de vaincre qui ne connoissoit plus aucun ril. « Ce sont des Grecs que vous" allez combattre [dit-il en finissant ) ; mais ceux-ci ne ressemblent pas plus aux demi-dieux qui résistèrent à vos ancêtres que des sauterelles ne ressemblent à un lion ». Le choc fut épouvantable et la victoire balancée quel* e temps; mais la défection de plusieui^ capitaines du Itan décida bientôt le sort de cette journée. Vainement qui resta fidèle au fils d'Amurat fit-il des prodiges de leur; le nombre l'emporta. Etienne, fils de Lazare beau-frère de Bajazet , s'ouvrit deux fois un chemin travers les épais bataillons des Perses, et , reconnoisitque toute résistance étoit désormais inutile , il plaça
milieu de ce corps de braves musulmans le fils de ijazet , et gagna Pruse sans être poursuivi. Le sultan . tailler en pièces sous ses yeux le corps des janissaii*es Qt il avoit pris le commandement , et , saisi lui-même 'squ^l continuoit à se battre vaillemment, il fut conit devant son vainqueur. ^
Tamerlan, qui avoit quitté le champ de bataille du 3ment que la victoire s'étoit déclarée pour ses enseies« étoit tranquillement assis dans sa tente, engagé ec son fils dans une partie d'échecs à laquelle il ««ni« Dit donner toute son attention. Celui i sultan captif dit en entrant : Seig v\ j jazet que le sort des combats ^ re i
' Cette biitaiile fut donnée le aS féfrier i4(^i*
â38 HISTOIRE DU BÀS-EUPIIK.
Tamerlan , après un moment de silence , assura Baji que sa vie ne courroit aucun danger. Celai»ci sentii Berté cruellement blessée par une pareille réception ; dans des termes qui ne convenoient peut-être pa^ à vaincu , il fit observer à Tamerlan que les plus grani prospérités pouvoient avoir leur retour , et qu'il çon^ uoit de se modérer dans sa puissance.
L'armée victorieuse se répandit dans la Phrygie, Bithynie , la Paphiagonie, la Carie , la Lycie et la Pai phylie, y exerça les plus effroyables ravages , et y fit butin immense. Tamerlan quitta Âncire pour se àV riger sur Pruse , qui tomba en son pouvoir, et où ^ trouva entassés tous les trésors que les Turcs avoia arrachés aux Romains. Ce seroit sortir de notre so|i que de suivre dans la marche ce fléau de rAsie, qui une effrayante «olitude de tous les lieux où son ennt avoit étendu sa domination. Les couleurs ont mai aux anciens historiens pour peindre dans leur horribi vérité les cruautés et les dévastations qui marqué] les progrès de ce Tarlare «. Bajazet, qu'il traînoit à suite, et qu41 faisoit étroitement garder depuis qu'ai]
"■ Il egt parmi ces horreurs des mes d*armes, repousses des re»
raffîoemens de cruauté qui paraissent parts , se réfugièrent dans la d(l*
à peine croyables. La prise de Se- dcUe qui communiquoit avec lamei^
bastc laissoit au pouvoir du vain- et se jetèrent dans les galères : w
queur soiiantc- dix mille personnes, population entière fte précipita sur
On prétend que Tamerlan ordonna leurs pas , et demandoit un asile nf
de creuser une fosse immense , et les vaisseaux. Mais le péril éloit troff
qu'après avoir fait lier ces infortunés pressant pour laisser place au senti-"
de manière que leur tète étoit en- ment de la pitié , les galères s'éloî*
gagée entre leurs jambes, il les fit gnèrent à force de rames : les iDi.<é-
jeter dans la fosae et couvrir de rabies liabitans s'étoient lancés daoi
planches, afin de prolonger leur le» flots pour atteindre les navires:
supplice, et d'epapôeher que la terre ils s'atlachoicnt au gouvernail, à la
qu'on rejeta sur eux ne les élouflat poupe , aux avirons , et étoient rfr
trop promptement. Le sort qu'é- plongés dans Tabîme par l'égoMOBl
prouvèrent les babitans chrétiens féroce de ceux dont ils pouvoient
d'une des villes qui tombèrent en retarder la fuite. C'est dans cette
son pouvoir , et qu'occupoient les circonstance , assure-t-on , que Ta
chevaliers de Rhodes, épouvante merlan fit couper la tète aux infof
également l'imaglnatiou^ Les hom- tunes qui étoient restés sur le rivage
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. ^Sg
ik dn snltan avoit tenté de le délivrer « , buvoit
*à la lie la coupe amère de l'adversité. La mort
fin à ce supplice prolongé ; Tarniée des Perses oc-
nt alors la haute Phrygîe. Le tyran permit que son
fât transporté à Pruse , où , par les soins de ses
fr, il fut enseveli dans le tombeau de ses ancêtres.
ibre de dix mille , et décora et les pionnien disparurent. Lt pre-
ornent de ces tôles , :)yiiiélri- niier euouque, qui fut pris avec son
lt placées, une tour qu'il fit maître, péril dans les supplices, et
comme uo mouument de sa Bajazet vit s'accroître les rigueurs
de sa détention : on lui mit les fec# 'Ce qu'on raconte de ce projet aux pieds et aux mains. D'autres circonstances qui le iireot historiens ajoutent qu'irrité an derir , figureroit mieux dans un nier point de cette sévérité , il m arabe que dans une histoire répandit en imprécations contre Tar. S*il en faut croire Cantcmir, mcilan, qui le fit enfermer dans >t étoit gardé dans une tente une cage de fer. Cette ctgc de fer a de laquelle étoit creusé un été révoquée en doute par Voltaire, profond. Cinq mille hommes Gibbon ( chap. 65 ) examine en cripicdanSy dix mille «n dehôrt* veiU tique consommé toutes les opinions, {•là U garde du prisonnier en se et finît par admettre l'existence de i%ant toutes les six heures. Ma- la cage. Phranza, qui naquit le jour bel, fils de fiajazet, qui , lors de de la bataille où Bajazct fut pris, iBaite du «ultan, s'étoit retiré dans dit que Tamerlan , irrité de l'arro- KMHitagaes voisines, conçut l'idée gance de son captif, cavtam fir* ééjoacr toutes les mesures de reamcanceUaiam fabricaricuiuvit, vcillaDce multipliées autour de la in auâ eum vinctuin calenis aureis ispnoe de son père. Ayant avec inclusù. ( Lib. i , cb. 29.) Phranza «m corps d'habiles pionniers , il passa toute sa jeunesse avec des té^ pratiquer du lieu où il étoit miré moins du fait. L'empereur Andronic^ chemin souterrain qui se diri- traînant son propre frère dans unç iit vers le camp d'Amire , et de- cage (fait non contesté), paroit $i s'ouvrir dans la tente même de bien plus odieux que le Scythe Ta- ;t. Cet ouvrage fut continué merlnn faisant éprouver le même autant de succès que de pa- traitement au Turc Bajazct ; et si , et ce héros de la piété filiale, la morale et la philosophie sufiB- Wtêle des travailleurs, déboucha soient pour faire nier l'un des deux ICb dans le lieu même où Bajazet, événemens, ce devroit être le prèle à SCS tiistcs réQexions , ne m ier. Mais si un fait n'é toit pas, parce ^ploit plus sur aucune faveur de qu'il nauroit pas dû arriver^ l'his^ ' feHune. Mali , au moment où il toire seroit réduite à quelques page». feMendoit dans le souterrain, aidé Le philosophe Tameilan et le phi- ^soo premier eunuque, les gardips, losophe Bajazet méritent à peu près meadaot un bruit confus de voix les mêmes sentimcns, et je ne vois ^Hè*^ entrèrent dans \û tente, et aucun motif pour justifier l'un aux t rtséai»Ire]it du fugitif. Mahomet dépens dç l'autre.
â38 HISTOIRE DU BÀS-EUPIIK.
Tamerlan , après un moment de silence , assura que sa vie ne courroît aucun danger. Celui»ci seotU Berté cruellement blessée par une pareille réception ; dans des termes qui ne convenoient peut-être pas à VÊ^ vaincu , il fit observer à Tamerlan que les plus graodi|'>'E prospérités pouvoient avoir leur retour, et qu'il çon noit de se modérer dans sa puissance.
L'armée victorieuse se répandit dans la Phrygie^ Bîthynie , la Paphlagonie, la Carie , la Lycie et la Paa[|«tp phylie , y exerça les plus effroyables ravages , et y fit butin immense. Tamerlan quitta Âncire pour se riger surPruse , qui tomba en son pouvoir, et où trouva entassés tous les trésors que les Turcs avoi arrachés aux Romains. Ce seroit sortir, de notre que de suivre dans la marche ce fléau de TÂsie, quifl^^ une effrayante «olitude de tous les lieux où son enn avoit étendu sa domination. Les couleurs ont ma aux anciens historiens pour peindre dans leur horrib! vérité les cruautés et les dévastations qui marqué les progrès de ce Tartare ^. Bajazet, qu'il traînoit à suite, et qu^il faisoit étroitement garder depuis qu'a
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I HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. dSg
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rer comme un monument de sa Bajazet fit s'accroître les rigueurs
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P^ans, dix mille «n dehôr» veiU tique consommé toutes les opinions,
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Ilice, et ce héroà de la piété filiale, la morale et la philosophie suffi-
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â4o HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
C'est ainsi que la fortune préparoit à Manuel « quH revenoit dans sa capitale , les moyens d^y re en maître, après en être sorti presqu'en fugitif, chute de Bajazet avoit rendu à toute sa foîblesse Paléologne, son collègue, qui tenoit du^ultan se participation a l'empire; il fut relégué dans l'ik^. Lemnos et dans sa première obscurité. Le pacte lui teux que la violence avoit arraché à reniperÈùr déchiré. On supprima le tribunal établi dans lâ pour la convenance dès Turcs ; les mosquées avoient été bâties furent démolies; enfin aucun des viléges accordés aux infidèles par ce traité ne surv^ à la puissance de celui qui Tavoit imposé.
S'il eût été dans les destinées de l'empire de r vrer sa première gloire , jamais circonstance plus rable ne pouvoit se présenter. L'ennemi du nom tien , si redoutable les armes à la main , si dange: dans les trêves par son astucieuse politique, Bai n'existoit plus; son trône étoit brisé, et sa famille alW^ se disputer avec fureur les lambeaux de sa puissa Tamerlan parut bien , il est vrai, vouloir faire p son tour un joug de fer sur les Grecs; il menaçoiti rope d'une invasion , et c'étoit à Constantinople avoit projeté de ramener ses troupes pour effectuer embarquement. Manuel reçut même de ce bar l'ordre de préparer des vaisseaux; mais cet orage, grondoit de si loin, se dissipa. Le conquérant, rapj de nouveau en Perse par les soins de son empire j nonça à ce projet, qui peut-être eût changé la face monde , et étendu sur Tunivers entier le sombre voile la barbarie ; Page et les infirmités bornèrent le cours conquêtes du redoutable Scythe, et les fils du sultan parurent dans les dilTérentes provinces qui avoied composé la souveraineté de leur père. Soliman , qwî ni trouvoit pas que ce partage fortuit Teût assez favorisé, vint à Constantinople implorer Tappui de Manuel
a41 supplia de lui tenir liea de père , protestant avoir our lui tout l'attachement et la soumission d'un fils. le coDÎura de lui laisser reprendre dans la Thrace les >ntrées qu'avoient possédées ses ancêtres. Pour garane de sa fidélité envers la cour de Byzance, il donna en tage le plus jeune de ses frères et une de ses sœurs ; il engagea à restituer à Tempire Thessaloniqne et soa srritoire ^, ainsi que les villes qui s'étendent le long û Sirymon, la Morée, les forts assis sur le Pont-Euxin , iisqu'à Varme.
L^empereur Taccueillit, charmé d*avoir à saisir cette iccasion de fomenter la discorde parmi les fils de Baazet. Les restitutions effectuées par Soliman , celles que □Dénagea sa politique , réunirent peu à peu sous soa obéissance tout ce qui constituoit le territoire de l'empire. Soliman prit possession d'Andrinople et s'y maintint quelque temps : bientôt ses frères furent en armes; et tandis que la famine et la peste, s'étendant partout cù l'armée de Tamerlan avoit passé , achevoient d'ekterminer ce que le glaive avoit épargné, les petits potentats , dépouillés par Bajazet , disputoient leurs domaines aux héritiers de celui-ci. Ce n'étoit partout que trouble et confusion ; l'astuce et la perfidie achevoient ce que la force n'avoit pas accompli.
■ Isa ou Josué , l'aîné des fils du sultan , s'étoit fait . reconnoître en Bithynie pour successeur^de son père : ' les prétentions de Soliman et la démarche que celui-ci àavoit faite à la cour de Constantinople irritèrent Josué, r et lui firent prendre les armes contre son frère. Soliman , doué des qualités les plus brillantes , attiroit la multitude des Turcs dans son parti. La loyauté que les Grecs
I ' Manuel y établit Jean Paléb- que sorte chassé lui -môme de toD
k Jogae, son neveu, et le lit procla- trône . et qui avoit fait preuve d'une
jner prince de Thessalie. Il n'est si grande incapacité. Il faut croire
: \9ê facile d'expliquer cette déter- que les droits qu'il tenoit d'Andro-
AÎnation de l'empereur en faveur nie son père prt'scrivoient à fcf
d'une personne qui l'avoit en quel- yeux cet ménagemeos.
^2^ HISTOIRE DU BÀS^XMFI&ll.
avoient cru reconnoître en lui les attachoit ëgalemt à sa cause ; ils redoutoient le caractère de Josotf , senibloît avoir hérité de toute la férocité de son père.
Suivant une barbare politique établie depuis ^oo^mç^ tenips dans TOrient , le successeur du monarque assUyi presque toujours sa tranquillité par le meurtre de U ceux de sa famille qui peuvent lui faire ombrage, quelque chose pou voit affaiblir Thorreur qu'inspirei pareille coutume, ce seroit sans doute le tableau de que coûte aux peuples la rivalité armée de ces red( tables compétiteurs, qui, faute d'institutions positivi puisent un droit funeste dans les liens mêmes d'oùnaii sent pour tous les autres hommes les plus tendres al tions. Tel est le spectacle que présente la famille Bâjazet, et qui s*est offert, il faut le dire, presque pli tout où les lois constitutives de Tétat ne règlent invariablement Tordre de la succession au trône.
Soliman voulut prévenir les desseins qu'annoDj Josué , et le dévouement des troupes qui se pressoii sous ses étendards ne lui laissoit aucun doute sur l'ij de cette querelle. Il marcha vers la Cappadoce , où ennemi étoit cantonné , et lui présenta la bataille. J( fut vaincu et pris. Le vainqueur lui fit trancher la téte^ et réunit à sa souveraineté le territoire que son ri^ avoit soumis. Ainsi les Grecs , en prêtant le secours leurs armes | cet envahissement , sembloient refoi déjà les fers dont les Turcs les avoient accablés Bajazet , et que sa chute , précipitée par les évëneoK les plus inattendus , avoit pu seule briser. Soliman vint en triomphe à Pruse, où il fut proclamé graoi sultan. Bientôt une nouvelle tempête se forma contre lai
Quatre autres fils de Bajazet restoient pour dispnti à Soliman la souveraine puissance. Deux de ceux-ci |i Mustafa et Orchan , ne figurent point d'une manière re-j|| niarquable dans les événemens de cette époque ; les deux^ autres , Musa et Mahomet , vont occuper tour à tour la
HISTOIRE DU BÂS-EHf^IEM. ^4'
loe et la remplir d'ëvënemens. Après tous les fléaux Kavoient pesé sur cette population , on se demande
de nouveaux Cadmus avoient fait sortir de terre des
mées pour s'entre-détruire encore.
Dans le nombre de ceux qui cherchoient à tirer parti
cette anarchie, le fils du gouverneur de Smyrne , néis , se fit remarquer par l'activité de son ambition la fécondité de ses ressources. . ^
Ephèse, cette capitale de TAsie mineure , rivalisoit ec Gonstantinople en étendue , en richesses ; les iê et les sciences contînuoient d'y fleurir. Ginéis ^ ftsitôt après la retraite de Tamerlan , avoit pris pos* Ksion de cette ville au nom de la famille de Bajazet; y joignit bientôt tout le territoire possédé auparavant rr les fils d'Atiré. Mahomet , Tun des fils du sultan, qui feiit resté à Ancyre , prit ombrage de ces succès, qui «ttoient dans peu Ginéis en état de se déclarer indé-* rndant. Les envoyés du prince trouvèrent ce serviteur Kouré d'une espèce de cour et aflectant le faste d'un vQveraîn. Mais Ginéis , ne se croyant pas encore assez hte affermi dans sa puissance , reçut ces émissaires ■ite la soumission apparente d'un sujet ; il protesta de 1^ sincérité et de la loyauté de ses vues , et réussit à 1er persuader qoiîl ne faisoit toutes ces conquêtes que IMs rintérét de leur maître et pour les lui remettre llliitAt qu'un plein succès auroit couronné ses efforts. Fécrivit au prince une lettre pleine de soumission et fc dévouement.
* -Quelles que fussent ses intentions , que sa conduite ^érieure a suffisamment mises au jour , un événelient vint le dispenser pour le moment de réaliser ses promesses. L'un des fils d'Atiré avoit repris les armes ; A, profitant de la sécurité de son ennemi , il se présenta feiis les murs de la ville avec un corps d'armée suffisant pBor en faite le siège. Ginéis , dont les forces étoient oc-
d44 HISTOIRE DU BÂS-EirP
: cupées alors à une assez grande distance , se trouva d'étal de faire tête à cet orage; il s'échappa d'Ëp! où le fils d'Àtiré entra en triomphe.
Cynéîs parvint à. gagner le Heu où ses troupes et' rassemblées ; son génie actif, ses talens militaires , qu'il possédoit de se faire aimer du soldat , le m bientôt en état d'aller arracher au fils d'Atîré une quête que les intelligences qu'il avoit dans la ville doient plus facile encore. Atiré , reconnoissant le qu'il couroit , se détermina à composer. Les deux signèrent un traité par lequel Atiré reçut les comp lions qu'il pouvoit exiger dans l'état des choses, el néis reprit possession d'Ephèse.
Soliman alors rassembloit les débris épars du trôi son père. Cinéis se crut assez puissant pour secou joug de l'obéissance , et il proclama son indépendî Soliman , indigné de cette audace dans un sujet , i cha à la tête d'une armée contre Ephèse. Ginéi trouvoit renfermé plus étroitement que la première dans cette ville , qui, témoin naguère de sa gloii de son élévation , alloit Tétre de sa honte ; car il n'i aucune transaction à espérer d'un maître justet irrité. Il étoit en proie à cette cruelle anxiété, lors pour comble d'effroi , il apprit que des officiers de armée, voulant se ménager la faveur du sultan, av( résolu de le lui livrer la nuit même. Cinéis, ne nant alors conseil que de son désespoir , sortit le de son palais en habits de deuil , et , s'étant pré aux avant-postes des assiégeans, il demanda à être duit au sultan ^ et parut en sa présence la corde au Se jetant alors aux pieds du prince , il confessa crime , et avoua qu'il avoit mérité les châtimen plus rigoureux.
L'âme de Soliman n'étoit pas étrangère aux s mens de générosité. Il se laissa fléchir par les supf
HiSTOtEE DU BÂS-EMPIRE. sê^S
OS de Ginëis, et le renvoya saiit et sauf. Ephèse rensoiis son obéissance. Mais il fallut se préparer à de iveaux combats.
klasa , compa^on d'infortune de son père, lui avoit më les yeux. Pour prix de ce dévouement, Bajazet ivestit de la souveraineté, et , chose étrange, Tarlan avoit confirmé son tîlre, soîl qu'il reconnût 15 Bajazet le droit de disposer d'nn empire dont il le Ipuilloit , soit qu'il se jouât de ce droit. MLais Musa n'avoit pour lui qu'un vain titre sur des maines dont la possession échappoit au conquérant i-même du moment qu'il s'éloignuil du théârre de i sanglans exploits. Ce titre cependant suffit au une sultan pour fixer dans son parti le chef des Bulires et le prince de Servie, qui grossirent sur le-champ tt armée par l'adjonction de toutes les forces qu'ils voient à leur disposition. Les Turcs, dont les circon- Lances favorisoient la légèreté par le choix d'un maître^ ^eurent pas plus tôt vu Musa en état de soutenir ses préentions par les armes , qu'ils accoururent dans son ■inp et le mirent en état d'entrer en campagne. Il ne Upas plus tôt entré dans la Thrace, qu'il reprit tout le que Soliman lui avoit abandonné. Il entra ensuite tu souverain dans Andrînople, où son titre fut reconnu fct proclamé , et , sans donner à Soliman le tenips de N! remettre de Tétonnement où l'avoit jeté cette marche , pour ainsi dire triomphale , il passa rapidement en ksie , où s'étoient rassemblées le plus grand nombre des troupes de son frère depuis la victoire obtenue par celoi-ci sur leur aîné Josué.
Soliman , moins propre par caractère à prendre de lui-même une résolution , et fidèle d'ailleurs à son atlachement pour Manuel , dont les secours lui avoient usure l'avantage dans la première agression, s'étoit rendu en hâte à Constantinople pour conférer avec l'empereur sur le plan de défense. Les liens d'affection
9/^6 HISTOIllLE BV BAS-BMPIIll.
qui unissoient les deux princes furent resserrëg pu mariage du prince ottoman avec la fille de Thëodi despote de Lacédémone. Ce fut pendant les réjouissa' de ces noces qu'on apprit les progrès de * l'armée Musa , qui , comptant envelopper facilement son fr< se dirigeoit sur la capitale de l'empire , qu'il étoit le point d investir. Celte ville se trouvoit de nou' exposée au plus grand danger. Le chef de l'empire voit depuis long -temps d'autres armes que la voie négociations. Les troupes que renfermoit Constantin et le petit nombre de soldats qui coniposoient la g. du prince turc ne pouvoient être opposés ave moindre apparence de succès à l'arfnée nombreas JVLisa. La ruse vint balancer cette inégalité de foi JVlanuel , que la rigueur de sa fortune avoit contr de niettre Tintrigue au nombre de ses plus solides sources , fit manœuvrer avec tant d'habileté des et saires dans le camp de l'assiégeant , qu'il détacha son parti le roi des Bulgares et le craie , ou prina Servie. L'action qui alloit s'engager sembloit prome à Musa une victoire facile , et probablement l'honn de soumettre le premier à Tempire du croissant une* qui jusque-là avoit résisté à toutes ses attaques; n au nioment même où sonna la charge, les bataill serviens et bulgares se réunirent aux troupes de Solin et de Manuel. Ce qui restoit du côté de Musa ne soutenir le choc , et se débanda. La fuite seule s2 leur chef du sort qu'avoit naguère subi l'aîné A maison. L'empereur recueillit aussitôt le fruit de victoire. Toute la Thrace rentra sous son obéisse Soliman , auquel les villes de cettç province ouvC leurs portes , les rendit à son protecteur.^ Thessalo^ même n'en fut pas exceptée. Il ne borna pas là J moignage de sa reconnoissance : toutes les places r^ dues sur la côte de l'Asie mineure furent par son ^ livrées aux lieutenans de Manuel; et, dans le no
BISTOIRl DU BA9-X1IFIRI. i^'J
f il s'en trouvoit plusieurs qui avoient cessé lis une longue suite d^dnnées de faire partie du terre de l'enipirei
falloit que la constitution politique de cette pnise fût parvenue au dernier degré de foiblessé pour lie ne reçût pas une nouvelle et brillante existence
changement de fortune aussi important qu'inat- 11. On voit les ennemis qui l'entouroient renaître r ainsi dire de leurs cendres , et , se substituant de ps à autre dans la haine qu'ils portoient aux Grecs, "éer en peu de temps des forces redoutables, et dé* T à chaque Jnstant par le glaive les combinaisons Ites de la ruse. Les Grecs seuls , timidement renoés dans leurs murailles, ne tentoient plus rien de nd ni d'utile , et abandonnoient l'avenir entier au ard.
k une époque où le monarque de Constantinople eût réveiller chez son peuple le sentiment de Thonneur de rindépendance , les concessions du facile Soliman Ment donné à l'empire les moyens les plus précieux mettre un terme aux progrès des barbares. La posssion des rivages étoit un puissant obstacle à l'invasion » Turcs d'Asie. C'étoit le moment de recréer une ma- De capable de compléter ces moyens de sécurité. Une ^He du territoire reconquis ainsi , sans presque coup Tir , ofifroit des ressources immenses pour arriver à ce cit.Eufin une attitude mâle et fière , la formation d'une 'n^e qu'eût animée une seule étincelle du courage et ''â vertu qui immortalisèrent les légions de Thèbes ^^ Rome , eussent relevé la Grèce de la profonde hu~ '^ation où elle étoit tombée. Mais il n'est donné qu'ail 1^ seul de dominer son siècle. Ce qu'auroit à peine ^Kiter dans cette conjoncture un prince dans la fleur *âge, formé par de grands exemples, avide d'un ^^ nom , ponvoît-il être l'œuvre d'un monarque chargé d'années , brisé par une longue isuite d'ad-
9^ HISTOtEE BU BÂS-£HPIftK*
versitës, et maîtrisé pins qu'obéi par une popolat sans énergie , d'une population qui préféroit un re précaire à la gloire d'une régénération ?
Manuel , réduit à n'avoir que le choix des protectet fonda toutes les espérances de Tempire sur la généro de Soliman , qui lui montroit TafFection d'un fils € plus scrupuleuse loyauté dans l'accomplissement de promesses. Mais c'étoit de part et d'autre un établi ment purement viager, que laissoit le trône de Consi tinople , exposé à de nouveaux périls du moment où c de Pruse seroit occupé par un prince qui reprendroi habitudes et les préjugés féroces des précédens mai de l'Asie «.
Le caractère personnel de l'allié de Manuel n'< que trop propre à hâter cet événement. La for! l'avoit en quelque sorte pris par la main pour le m< en possession d'une vaste portion de l'héritage des 0 mans. L'énergie, la vigilance et l'activité, si nécess< pour conserver une pareille conquête , ne faisoient p partie de ses qualités, d'ailleurs aimables et brillan et, sans songer que Musa avoît survécu à sa défait pouvoit lui susciter de nouveaux ennemis , il usoi sa puissance comme si elle lui fût échue par le c
« C'est à celte année qu'il faut rapporter deux acquisitions importantes que fit la république de Venise : savoir, la ville de Lépantc ( ancienne Naupacte ) , et la ville de Fatras. Depuis long -temps les habitans de ces deux cités sentoient de quel foible secours étoit pour eux Tappui de l'orapire grec contre les Turcs. Les Vénitiens, de leur côté, saisirent avec avidité cette occasion d'étendre leur domination dans l'Ârchipel. Fatras, riche, florissante et pourvue d'un excellent port , étoit pour l'intérêt de leur commerce une possession inappréciable. Ils se hâtèrent d'autant plus d'accepter les
offres qui leur étoient faites .
leurs rivaux , les Génois , ai fait proposer aux chefs de ces places maritimes des condition avantageuses , et qu'il y avoil blemcnt à perdre pour les Vén à en voir Gènes devenir pr taire. L'intervention de l'em] dans cette négociation ne fut c vaine formalité. On ne peut x ce qu'on ne sauroit défendre, moins les parties contractante:
de considérer comme superi ratification du chef de l'cinpi désirèrent comme assurant la v du traité. Manuel , par les letti le sanclionnoient, affecta d'is
HISTOIRE DU BÂS-EMPIRK. ^49
rel àes choses; en un mot Tindolence et les vos reprenoient sur lui «tout leur empire dès que ciger présent a voit cessé. IVIanuel, qui seStoIt tout ce le pareille disposition pouvoit avoir de funeste l^empire, cherchoit à employer l'ascendant qu'il sur le jeune sultan pour faire germer dans son une plus noble ambition; il s'efTorçoit de lui faire ^rendre qu'il n'y avoit de sécurité possible pour pouvoir et son existence même qu'autant que ses mis seroient tout-à-fait hors d'état de lui nuire , ae, par une attitude imposante, il leur ôteroit le ' ou l'espoir de le troubler. Soliman paroissoit aîncii de cette vérité , et vouloir s'arracher à une lie dégradante autant que périlleuse ; mais, peu touché Tond de ces avertissemens salutaires, il retomboit oédiatement dans l'oubli de ses devoirs et dans son àSerence habituelle sur l'avenir. Les plaisirs de la le consommoient toutes ses journées. Sans cesse enré des compagnons de ses débauches, les distinctions les faveurs étoient le prix des plus exti^vagans excès, voix du sage mentor étoit bientôt étouffée dans le Qulte des orgies qui ruinoient les fonds du jeune ince en même temps qu'elles achevoient d'éteindre en i toute espèce d'énergie. Ainsi le sort des Paléolugucs
Vénitiens Vobligation de ga" Denis l'aréopagiste. Le frontispico
Ur ces villes de toute insulte de portoit l'image de J . C. et de la
part des infidèles y clause qui sainte Vierge , et ttur le revers se
sourire quand on réfléchit à la Toyoient le:( portraits de Manuel, de
lilé dont étoit pour ces places la' Timpératrice et de leurs filii» Jean
tection de Gonstantinople , et à Théodore et Andronic. (îes ijf^urrs t
lérét évident qu'aToient les ac- gravées depuis par Du Caoge dans
ireurs à ne pas se laisser dépouil- son ouvrage des familles Lyumtine»,
de cette importante conquête. sont curieuses en ce qu'elles olTrcol:
ielui qui perdoit ainsi des villes les costumes de la cour dcConttaa-
ichissoit la bibliothèque de Saint- tinople à cette époque. Ce marius-
lis d'un manuscrit précieux, crit ne se trouvoit déjà plus a la
npereur, se rappelant la récep- bibliothèque de Satrit-litmii lors di* la
que lui avoient faite les moines révolution , qui a dispersé et anéanti
cette abbaje , leur envoya un tant d'autres ricbesits de c; genre* t qu'on attribuoit alors à saint
a5o HISTOIRE DU BÀS--EMPIEB.
alloit dépendre de Topinion que les rivaux deSoti preiidroient de l'état vérîtaiblement méprisable où ploiigeoît ih yenx ouverls. Musa son frère y vît le assuré d'un meilleur sort pour lui-même; et, me à proBt un temps que son vainqueur employoit si il rechérchoit de nouvelles alliances, et se prépai de nouveaux combats.
Ce prince, après sa défaite, avoit cherché un r chez les ValaqueS. Il étoit parvenu à les intéresseï cause. Il y recruta bon nombre d'excellens soldat: tandis qu'il arnioit en sa faveur des peuplades aguei il se ménageoit des intelligences et des appuis da contrées soumises à son frère , et jusque dans la co celui*-ci.
Les débauches auxquelles se livroit Soliman ne voient lui faire des partisans hors du cercle des plices mêiues de sa honteuse conduite. Ses sujets lui voyoient négliger tous les moyens de consolic puissance , passèrent graduellement de l'indifféreii mépris; disposition d'autant plus formidable dai contrées où pèse le despotisme, que, long-temps primée et aigrie dans le silence , elle éclate , elle in qtiand la mesure est cc^mblée.
Les véritables musulmans ne voyoient d'ai qu'avec une profonde indignation la dépendance ^ taire où leur prince s'étoit mis vis-à-vis le foibl pereur desGrecs; l'accomplissement en faveur dec de promesses que les souverains considèrent con rarement obligatoires décéloit à leurs yeux une pacité qui les délioit à leur tour de leur obéij Ils souhaitoient en outre que le sort suscitât ur geur contre les infidèles , auxquels ils imputoient ( appelé la colère de Tamerlan sur Bajazet et atl Asie les fléaux qui l'avoient désolée; ils ne pou oublier l'état de foiblesse auquel ce sultan avoit Vempire grec, et l'espoir dont il les avoit flattés
HISTOIRE DU BÀS-IMPIRE. l5l
jb€r enfin les ennemis du prophète de cette ville, le idez-vons des chrétiens d'Occident, toujours avides 1^ dépouilles de l'Asie, et dont cette cité étoit le reire. Li^alliance de Soliman avec une chrétienne leur roissoit un sacrilège , et ils ne croyoient pas qu'après oir ainsi abdiqué en partie son titre de musulman, le û eût , sous aucun rapport, favorisé ses armes, lors Ime qu'il eût pris quelque soin de sa gloire. Enfin le ophète avoit été honoré à Constaii^inople , et le sncsseur de Bajazet avoit laissé violer, avec une indiffémot ivnpie, le culte des croyans, en souffrant que les iMquées fussent changées en églises. Chez un peuple Bossier, insolent et superstitieux, il n'en falloit pas avantage pour saper la puissance d'un souverain dépQÎllé à ce point de toute popularité.
r-Musa s'avançoit, à la tête d'une armée formidable» ||^ un pays où l'on faisoit tant de vœux secrets pour
E'; et c'est par le bruit des trompettes ennemies que iiman fut averti de son danger, et réveillé de son (ourdissement. Il ne sortit de son palais que pour Eprendre la trahison de Taga des janissaires , qui venoit s'enfuir avec le corps qu'il commandoit pour se ndre à l'armée de Musa. Le chef des saphis suivit imédiatement cet exemple, et de tant de soldats qui lère l'avoient proclamé héritier du trône de son !i il ne s'en trouva pas un seul pour lui servir de lide quand il prit en hâte le chemin de Constanti- Je* Tel étoit le soutien qui restoit à Manuel. Soliman , fuyant à toute bride vers la ville impériale, rencontré par une troupe de jeune gens ^ qui furent ippés de la richesse de $es vétemens , ainsi que de la (Buté du cheval qu'il montoit, mais qui cependant ne |e reconnurent pas. Soit que sa dépouille tentât leur Aypidité, soit qu'ils le prissent pour im officier de sa |ropre cour dont la mort leur sembloit devoir être
* 0 L'bbtqire dit qu'iU étoient frères , et au nombre de cinq.
d5a HISTOIRE BV BàS-ÉMPIRt*.
agréable à Musa , ils Taltaquèrent avec une lâche fare*'- Sollman en tua deux de sa main , mais , accablé par autres, il succomba. Les assassins lui coupèrent lai et allèrent la présenter à leur nouveau mattre. Celai comme le héros de Pharsale, en détourna les yeux»' versa un torrent de larmes. Cette mort , qui melto prince en possession du sceptre des Ottomans, n'en pas moins vengée par lui avec la plus épouvantable barie. Non-seulemi^nt les meurtriers, mais encore les habitans de la ville à laquelle ils appartenoi hommes , femmes , enfans, sans exception , furent damnés à périr par le. plus horrible supplice. On renferma dans leurs maisons après leur avoir lié mains derrière le dos , et on mit le feu à la ville, retentit des hurlemens de ses infortunés citoyens, rant au milieu des flammes.
Après avoir ainsi fait expier un crime dont il n*i pas hésité à se souiller lui-même, si le sort des a avoit remis Soliman entre ses mains , Musa fit faire celui-ci des funérailles magnifiques; et telle étoit férocité des moeurs de ces contrées , qu'on loua au le vainqueur de sa sévérité que de sa piété fraternelle.
Le nouveau souverain, à beaucoup d'égards digne de Bajazet, suivit un plan de conduite diamétralem opposé à celui qu'avoit adopté son frère. Sa haine les Grecs en fut le constant mobile. L'image de son précipité du trône et expirant dans les fers étoit cesse présente à sa pensée. 11 jura la perte de Mana qu'il considéroit l'allié du mogol , par cela seul ^ Constantinople étoit encore debout. Mais son resseiM timent Tentrainoit d'abord à punir les Serves, dont it défection avoit fait échouer sa première entreprise. Dèl qu'on lui eut conféré solennellement à Pruse le titre d les honneurs de grand sultan, il marcha sur la Serviei et mit tout à feu et à sang sur son passage. Imitant daiM sa fureur le tyi^an de la Perse aux sanglantes expéditioitf
quel il avoît plus d'une fois et contre son gré assisté , il se >nlra tout aussi altéré de sang humain et tout aussi iplacable. Les détails de ces boucheries font frémir. osa les répéta avec une rage que rien ne pouvoit asivir. On voudroit pouvoir couvrir d'un voile impénéible ces horribles vengeances , qui font de l^horame I animal sauvage et féroce.
Après un court séjour à Andrinople, où il vint se poser des fatigues de cette première campagne , il archa sur Thessalonique , oiis'étoit réfugié Orchan aj s de Soliman, et qui y combattoit pour son salut. La imison , animée par la présence d'un rejeton de la faillie ottomane, se défendit avec un grand courage; sais , forcée de subir la loi du sultan , elle lui livra le rone prince , auquel il fit crever les y^ux.
Pendant ce temps la fortune , qui sembloit ne pro- |K>ncer qu'à regret Tarrét de l'entière destruction de jlcmpire grec , ménageoit à ftlanuel des succès propres ^ balancer jusqu'à un certain point ceux que le tyran iHasa obtenoit dans la Thrace. Le sultan avoit équipé ^e flotte qui étoit destinée à appuyer et seconder du côté Ae la mer les opérations de ses troupes contre les difféjtutes places qui bordoiont les rivages. L'empereur avoit hhisen mer, pour dissiper cet armement, un nombre
tesque égal de vaisseaux qui, dans leurs croisières ren- Dtrèrent le pavillon turc. Les deux flottes s'attaquèrent, hit les Grecs, conduits par un fils naturel de Jean Paléo- ^ûgne, auquel on avoit donné le nom d'Emmanuel , IpHDportèrent sur les Turcs une victoire complète. Elle ilhtdue au courage et aux talens de l'amiral. Cet avantage ii*égara-t-il pas l'ambition du jeune prince? et l'empire |kCQt-il à redouter de voir ajouter aux maux dont il étoit
• On «e rappelle que sous ce nom ici question éloit le frère, et non le
^it aussi désigne un des plus jeunes neveu du barbare vainqueur : mais
.. fide Bajasct, qui n'avoit pas suivi Tun ou l'autre* de cv.h litres dévoient
Hû père à Tarmée. il est vraisem- exposer cet ini'uttuaë «au sort qu'il
^ïe même que celui dont ii est éprouva.
làSfl HISTOIHÊ DÛ BlS-kMPflli.
déjà accable les malheurs d\ine guerre civile ? C est certain , c*est qu'à son retour à Consfantinopl il rapportoit les trophées de sa victoire , Emmanu jeté dans une prison , où sa famille s'enferma ave< et dont il tie sortit que treize années après , loVs mort de l'empereur. Si l'on pouvoit croire à ce qu dît de Manuel , qu'il fit éprouver à son frère cet ii traitement, parce qu'il étoit jaloux de la gloire venoit d'acquérir, il faudroit rabattre de l'opinion tégrité et de modération que ce prince a laissée lui. La douleur qu'il avoit paru ressentir de la nie Théodore son frère démentiroit ces bruits injurie sa mémoire , si l'éloquence d'un panégyrique étoîl jours une preuve de sincérité. *
Jean Théodoi» Paléologue Porphyrogénète laisse cante par sa mort une principauté qui , par ses soins toit de nouveau rétablie des calamités dont la fure Bajazet avoit accablé ses habitans. Lacédémoiie e territoire, quoique possédés par Théodore durai vie, n'en étoient pas moins un fief amovible dôl'emp Aussitôt que le prince eut terminé une carrière l'ascendant des Ottomans dans ces contrées auroit due très-orageuse , Manuel se rendit à Lacédém autant pour donner à son propre fils la possessio PéJoponèse que pour rendre à son frère les der devoirs. Il prononça en présence d'un nombreux a toire l'éloge funèbre de celui-ci, et cette pièce d quence , qui nous a été conservée , fait , comme on le croire, plus d'honneur au cœur du monarque q goût de son siècle. La prétention d'exceller dai style quand l'empire ne pouvoit chercher son salut dans les armes est un signe de décadence. On ne voit sans doute refuser à Théodore des qualités
* La cession qu'en avoit voulu de l'empire de le protéger faire Théod6re ne s'explique que contre les entreprises de» i par rimpossibililé où étoit le chef mans.
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. Il55
entes pour le temps et les circonstances où le sort t fait nattre. Mais Toratenr impérial élève la {*loire ispote de Lacëdémone au dessus de celle de tons les ( de rantiquitë , sans en excepter ceux dont la ! seule a garanti les prodiges. «* Encore (dit le pngyriste) Achille et d'autres héros de ceJte trempe Mot iQvuhiérables , et le bienfaiteur du Péloponèsé itna presque dès sa naissance une vie douloureuse languissante. » Pour justifier le fameux traité conclu i l'ordre des chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem , ant la cession du Péloponèsé, on le voit épuiser es les ressources d'une souple dialectique: mais c'est rail de la vie du prince que tous les talens du monde louvoient guère éclaircir à son avantage. Manuel , larrassé de trouver des raisons satisfaisantes , aux I surtout de ceux de ces mêmes chevaliers qui assis- |it à la pompe funèbre, va jusqu'à dire que Théo- I, par je ne sais quel don de prescience, avoit entrevu Jes choses auroienten définitive Tissue que ménagea ipérieuse intervention du sultan. Mais comme cette iication même n'étoit pas propre à flatter les chevaide Rhodes, il s'étendit comme par une espèce decomlation sur la gloire de cet ordre , qu'il proclama le plus perempart de la religion chrétienne contre l'ambition pitable des Ottomans ; il y joignit un éloge pompeux ta sainteté de leurs moeurs, sans parler néanmoins iKir orthodoxie, dont le chef schismatique de l'em- I d'Orient ne pouvoit convenir. Ces flatteries étoient ijUeurs dans le besoin de sa politique; il lui importde ne pas s'aliéner, de s'attacher même par tous les iMns possibles des guerriers qui , sous tous les antres Pbrts, faisoient cause commune avec lui , et qui pient rendus fameux par une audare devenue trop Mgère aux défenseurs de la ville impériale. Mainiel, Ils s'être longuement occupé du soin de rappvl<*r les ios privées de son frère ; après eu avoir souvent in-
déjà accablé les malheurs ^' . t-^n par des san|
est certain , c'est qu'à s^ . . >» de l'assemblée «,
il rapportoit les tro- .■/i''V'c '^ jeune prince
jeté dans une p»' >• rênes du gouvernei
et dont il ne fll^ttà composition , originale
mort de Ter .'KU'? V^^ ^^ peinture naïve dei
dit de M? .. "^t >''5 l't^njpire de Constantinople,]
traitem - ;,'^/'^;''/¥ioponèse , dont le sort à cha
venoî' . ^-iH^' histoire ne peut cesser d'être Tobjel
tégr ' ,*/'/^ V^/. L'orateur y fait en outre, en comi
Iv /'.»''"!i.,ïi des devoirs d'un souverain enven
' .////' '''^'/ /'on peut croire qu'il fil ici sa propre |
/""' tie f^^' ^® cours de son règne en effet a pro(|
^'^^"^.'[\ pi\y'à le tribut aux erreurs de son siècle, ilq
^" 1755 moins une foule de qualités proprés à fain
1 nheo^ de ses sujets, si le vaisseau de l'état , brisé
tant àe furieuses tempêtes, n'a voit été dèslors cond
à s'engloutir bientôt sans retour. Manuel, après a
ainsi salisfail à ce qu'il devoit à la mémoire de sonfii|
et installé son fils dans le gouvernement, étoit relouii
à Constantinople, dont la force consistoit moins aM
dans le nombre et le courage de ses soldats que dans!
foibicsse, les fautes ou les discordes des musulmans. ;
Nous avons vu quels furent les tristes fruits cjue l'ai
de l'empire, ou plutôt sou unique soutien, SolinUi
avoît recueillis lie sou imprévoyance. Musa, son siicOi
seur, brûlant do se venger de Téchec qu'il venoit d'6
suyer sur mer, marcha vers Constantinople. Il comptl
réduire bientôt celle ville à la situation désespérée (
l'avoit mise Bajazet au moment où le fier sultan élc
tombé du sommet des grandeurs. Maïs , trouvant quel
longueurs d un blocus ne s'accordoient pas avecfi
« L'oraleur célèbre avec cntliou- tune, bien qu'Ândronic lui oi
siasme le relus que Cl Théodore pour dédomnia^eineDt de ses m
( )or.s'.|u'll parlaj^eult 1:1 caplivité de le gouvernement de la Macédo
fctn père cl de son frère) de se II est fâcheux que ce soit un méi «épari'r de ses compagnoDS d'infor*
te soif de vengeance, il se décida à en faire le
les formes. Il mit à la tête de ses opérations
'ircs les plus braves et les plus expérimentés,
toute hâte les machines alors employées
cs d'attaques : elles commencèrent avec une
.igueur, et les Grecs les repoussèrent avec la
ande intrépidité. Manuel ne se borna pas à cette
e purement défensive , il ordonna des sorties dans
les l'ennemi fut constamment battu et ses tra-
létruits aussitôt que commencés. Mais , quelque
IX que fussent ces exploits, la situation des assié-
;n étoit guère moins critique, chaque avantage de
re entraînant toujours la perte d'un certain nom*
soldats ; la garnison , hors d'état de se recruter ^ ^lissolt par degrés, tandis que les assiégeans, res un instant des murailles, revenoient bientôt, et s grand nombre, à la charge. Ainsi Manuel, re-
de nouveau dans une situation dont il a voit tant ; ressenti les angoisses , songeoit à-ci^ituler pour ler son peuple à une inévitable destruction. Tout > Musa leva le siège. Un ennemi plus redoutable arboré l'étendard du pouvoir, et s'avançoit à la une nombreuse armée pour disputer au vainqueur [iman un trône déjà deux fois ensanglanté par sa e. Cet ennemi étoit le plus jeune de ses frères « met, qu'il croyoit tranquille à Amasie, où il Taelégué. Du moment que le glaive étoit entre les s de Bajazet , chacun a voit le même droit, et de* ;nter le sort des combats. Manuel vit dans Mahomet ge de salut envoyé par la Providence elle-même» une homme a voit à peine annoncé son dessein, s'étoit vu entouré d'une foule de mécontens , tounorobreux sous lui gouvernement arbitraire fondé 1 violence, et dans lequel les fauteurs de chaque ition ne trouvent jamais leur dévouement asset
Plusieurs villes même lui avpicnt déjà oyvert
256 HISTOIRE BU BÀS-EHPIRE. I
terrompu Temphatique énumération par des $an| auxquels se mêlèrent les larmes de rassemblée', commanda à Taffection du peuple le jeune prince, alloit prendre en maîii les rênes du gouvernei Malgré les défauts de cette composition , originale soq genre , elle attache par la peinture nsuve di situation où étoit alors l'empire de ConstantinoplCi^ en particulier le Péloponèse , dont le sort à chi période de son histoire ne peut cesser d'être Tobjet plus vif intérêt. LWateur y fait en outre, en comi çant, le tableau des devoirs d'un souverain env< peuples, et Ton peut croire qu'il fil ici sa propre fession de foi. Le cours de Son règne en efifet a pi que, s'il paya le tribut aux erreurs de son siècle, il eut pas moins une foule de qualités propre% à fiiii bonheur de ses sujets, si le vaisseau de l'état , brii tant de furieuses tempêtes, n'avoit été dès«lorscon< à s'engloutir bientôt sans retour. Manuel, après ainsi satisfait à ce qu'il devoit à la mémoire de son et installé son fils dans le gouvernement, étoit retoi à Constantinople, dont la force consistoit moins dans le nombre et le courage de ses soldats que foiblesse, les fautes on les discordes des musulmaii8.i Nous avons vu quels furent les tristes fruits queFl de l'empire, ou plutôt sou unique soutien, Solii avoit recueillis de sou imprévoyance. Musa, son seur, brûlant de se venger de l'échec qu'il venoit suyer sur mer, marcha vers Constantinople. Il com| réduire bientôt cette ville à la situation désespérée* l'avoit mise Bajazet au moment où le fier sultan tombé du sommet des grandeurs. Mais , trouvant qai longueurs d'un blocus ne s'accordoient pas av(
« L*orateur célèbre avec cnthou- tune, bien qu'Andronic Iffl
siasmc le refus que Gt Théodore pour dédommagement de sçt
( lorsqu'il parlageoit la captivité de le gouvernement de la
eon père et de son frère ) de se II est fâcheux que ce foitaB] •éparer de ses compagnons d'infor*
Tipaliente soif de vengeance, il se décida à en faire le iége daos les formes.- Il mit à la tête de ses opérations es officiers turcs les plus braves et les plus expérimentés» il fit venir en toute hâte les machines alors employées |par ces sortes d'attaques : elles commencèrent avec une pxtréme vigueur^ et les Grecs les repoussèrent avec la plus grande intrépidité. Manuel ne se borna pas à cette attitude parement défensive , il ordonna des sorties dans lesquelles Tennemi fut constamment battu et ses tralux détruits aussitôt que commencés. Mais , quelque deux que fussent ces exploits, la situation des assién'en étoit guère moins critique, chaque avantage de genre entraînant toujours la perte d'an certain nom* de soldats; la garnison , hors d'état de se recruter^ biblissolt par degrés, tandis que les assîégeans, reun instant des murailles, revenoient bientôt, et plus grand nombre, à la charge. Ainsi Manuel, rede nouveau dans une situation dont il a voit tant fois ressenti les angoisses, songeoit à-ci^ituler pour liracher son peuple à une inévitable destruction. Tout |.coup Musa leva le siège. Un ennemi plus redoutable fÊpit a^oré l'étendard du pouvoir, et s'avançoit à la Ste d'iine nombreuse armée pour disputer au vainqueur le Solioian un trône déjà deux fois ensanglanté par sa imille. Cet ennemi étoit le phis jeune de ses frères, Bahoniet, qu'il croyoit tranquille à Amasie, où il Tarait relégué* Du moment que le glaive étoit entre les flifans de Bajazet , chacun a voit le même droit, et deroit tenter le sort des combats. Manuel vit dans Mahomet ^ auge de salut envoyé par la Providence elle-même» Cie îeune homme avoil à peine annoncé son dessein, to'il s'étoît vu entouré d'une foule de méconlens , teneurs nombreux sous un gouvernement arbitraire fondé l^r la violence, et dans lequel les fauteurs de chaque Folution ne trouvent jamais leur dévouement assel ré. Plusieurs villes même lui avoient déjà ouvert
ilIST. DU BAS'EMP. XOM. XII. ^7
leurs portes. L'empereur, délivré de ses frayeurs, n^eo pas plus tôt vu Musa s'éloigner pour aller ctiercber soi rival ir qu'il envoya féliciter Mahomet et Finviter i réunir ses forces à celles de Tempire. Il lui faisoit seotii qu'il lui iroportoit de se ménager un asile en cas de revers, et que Constantinople lui foumiroit une retraite^ si la fortune lui devenoit contraire. Le jeune prince^ an milieu du rassemblement tumultueux qui faisoit encore sa seule force, sentit de quelle importance étoAj pour lui ralliance du chef des Grecs, et l'espèce déj sanction qu'elle donnoit à son entreprise. 11 vint trouve Manuel à Scutari, où celui-ci étoit allé l'attendre, et, conduit à la ville impériale, il y fut reçu avec tomk honneurs dus à un sultan. Musa, qui épioit les déniai ches de son frère, étoit revenu pour l'investir, et occu| diverses positions aux environs de la ville. L'empereorij voyant sa garnison fortifiée des troupes nombreuses y étoient entrées avec Mahomet, prit la résointk d'aller attaqifler son ennemi, comptant sur une défectic pareille à celle qui avoit fait échouer les premières tenlatives de Musa contre Soliman. Mais son attente fut] trompée; les troupes restèrent fidèles au fils <;^éri leur ancien sultan; et après plusieurs engagemens Manuel et son allié perdirent beaucoup de monde, il fallut rentrer dans la ville. l
Mahomet ne se laissa pas abattre par ce pren)i€r| échec. Il réussit à rassembler de nouvelles troupes, et' Manuel y ayant joint quelques secours tirés de la gar-^ nison de sa capitale, le jeune prince présenta la batailte à son frère, et fut défait une seconde fois. Il rentra dan» la ville , convaincu du foible appui que pouvoient lue* prêter les secours de Manuel , dont il apprécioit d'ailleurs l'amitié et le dévouement. Il résolut de tenter one troisième fois la fortune, mais sans compromettre davantage les intérêts de son ami. « Mon père (dit-il a ,« Manuel), demain je sortirai de voire ville pouf l^y
; rentrer que les palmes de la victoire* à la main, es destins me sont encore opposés , vomn'enten- : plus parler de rinfortuné Mahomet ; la mort ou retraite profonde le déroberont à tous les regards. iort des mortels est d'avance arrêté là-haut dans les rets du Tout-puissant ; si mon arrêt fatal y est procès c'est en vain que j'invoqucrois l'assistance de :e amitié, qui déjà n'a que trop partagé le poids mes malheurs. S il est décidé, au contraire, que le le de mon père doit bientôt m'appartenir , tous efforts de mon ennemi ne pourront réussir à m'en ousser. Quel que soit le sort qui m'est réservé, yez que je ne cesserai de vous révérer comme n père , et d'adresser au Tout*puissant les vœuK plus ardens pour votre prospérité et votre gloire» iez de votre côté pour moi comme^ pour le plus mis el le plus tendre des fils. » A ces mots les deux :es tombèrent dans les l»ras l'on de Tautre et courent leurs larmes. Tel étoit le besoin qu'avoit iiel d'espérer, que le ton prophétique du jeune me lui sembla dicté par une véritable inspiration. )ie fit place au mtrne abattement ou le sentiment urs communs désastres les avoit jetés. Ils passèrent ste de la journée à s'entretenir avec effusion d'un leur avenir , et à combiner ensemble des projets dpnt alors ne permettoit de supposer l'exécution possible, indemain, au leverdusoleil, Mahomet, suivi du peu oupes qui lui rcstoient, quitta la ville impériale, se ;eant vers Andrinople/sans résolution fixement arï, et s'abandonnant tout entier à la fortune. Ile venoit réellement au-devant de lui. Etienne, & de Servie, dont le pays avoit été saccagé par >a, chcrchoit toutes les occasions de s^n venger; prétentions de Mahomet lui en fournissoient une it il se saisit avidement. Ayant appris que le frère ion ennemi s'étoit retiré auprès 4e r«nipereor , U
afio tIISt01«;£ DU «A9-^EIiPIliif.
lui envoyoït des troupes sur le courage et la fidélité dei* quelles il pouvoit compter. Mahomet avoit à peine perdu <de vue les tours de Constantinople , qu'il rencontra ce secours, dont la venue inespérée lui parut otl signe manifeste de la faveur du ciel , et remplit ses propre^ soldats de ridée que la Divinité s'intéressoit au sort de leur maître.
r. i4i5- Mahomet divisa ses forces en deux corps. Il dirigea l'un sur Andrinople ; et, se mettant à la tête du se-* cond, il tourna vers les rivages du Pont-Euxin poar s'emparer des villes qui le bordoient. Musa , sans s'oc* cuper du sort d'Andrinople , courut chercher son en* nemi; ilpensoit que, s'il réussissoit à le vaincre, toutes les entreprises dirigées sur d'autres points resteroient sans efiét. Sa marche fut si rapide , qu'il se trouva en vue de l'armée de Mahomet lorsqu'à peine on poiH voit soupçonner qu'il eût été informé de son existence^ Cette apparition subite jeta quelque effroi parmi les troupes de son rival ; et c'est dans cette position , déjà critique, que* Mahomet alloit tenter pour la dernière fois le SQrt des combats. Tout sembloit assurer l'avantage à son frère ; un emportement farouche de Musa compromit toutes les espérances que celui-ci avoit fondées sur le nombre de ses troupes, sur ses victoires précédentes , et sur l'avantage du terrain. L'aga des janis^ saires qui , comme on l'a vu plus haut , avoit abandonné Soliman pour passer du côté de Musa , excitoit depnb quelque temps les soupçons de son nouveau maître. Un traître est toujours redoutable pour celui-là même qui a profité de sa perfidie, parce qu'elle peut d'un instant à l'autre se tourner contre lui. Des mécontentemens survinrent dans son armée au moment même où le sort des combats alloit décider de l'empire; et l'aga ayant osé laisser échapper quelques murmures , Musa l'étendit mort à ses pieds d'un coup de cimetère. Cet exemple devoit en imposer à ceux qui chanceloient dans leur
HISTOIRE DU BÀS-EMPlRE. s6b
devoir, mais ii ne fit qu'accroître leur aversion pour lo Ijran. Au moment' où Ton en vint aux mains, tpae partie des troupes de Musa passa du càté de son frère , qui, devenu invincible par ce nouveau secours, n'eût pas de peine à mettre en fuite ce qui étoit resté fidèle au sultan. Musa, entraîné dans la déroute des siens, et poursuivi de près , se cacha dans un marais où un soldat , l'ayant découvert, le perça de son épée. La blessure D'étoit pas mortelle, mais le sang qu'il perdit et le manque de secours mirent fin à son existence. D'autres rapportent qu'il fut pris vif , et conduit à son frère , qui le fit étrangler.
Ainsi se termina cette lutte terrible entre les «fils de Bajazet, et dans laquelle les ennemis naturels de l'empire prenoient soin d'éloigner sa chute en trempant leurs mains dans le sang des uns et des autres. Ce temps d'anarchie est considéré par les historiens turcs comme im- interrègne ; et Mahomet , vainqueur de Musa , est seul compté au rang des sultans. Le malheur des autres s fait leur illégitimité.
Mahomet se rendit à Andrinople , où il fixa le siège de la puissance ottomane. En caressant tous les partis, qai d'ailleurs se trouvoient désormais dans l'impuis* Mnce de lui nuire, il se concilia l'affection du peuple. Il s'en falloit qu'il eût perdu le souvenir des précédens services que lui avoit rendus l'empereur de Constanti- Dople; il s'étoit empressé de lui annoncer sa victoire, et ^l'assurer que l'une des choses qui le flattoient le plus ilans ce succès si peu espéré, c'étoit le pouvoir d'accomplir ses promesses envers un ami qui l'avoit si généreuse-^ ment secouru et deux fois recueilli au comble de L'adversité. Il reçut avec la plus grande pompe les ambassadeurs que Manuel lui envoya pour le féliciter de son bonheur, et qui, au nom de leur maître, réclamoient plusieurs places situées sur la mer Noire, et en différens autres lieux, ^n congédiant les envoyés i il. se plut à ré?
û6^ âïSTOlUE hV BAS-£MPtRlï;
f)ëfer, ààM les termes de la plus affectueuse franchis ce4|uc ses lettres avoient dëjà exprimé à son ancien pi tecteur : « Il m*a adopté pour fils (leur dît-il) dans i <( temps où fëtois abandonné, errant et proscrit; je I « donne avec orgueil le nom de père aujourd'hui qu « plaît à la Providence de me prodiguer ses faveurs ; «r lui resterai toute ma vie soumis à ce titre, et j*< n remplirai tous les devoirs qui seront compatibles a« « ceux que m'impose le trône où il m'a aidé kii-mér « à monter ». Le sultan accueillit également avecbor les ambassadeurs de Bithynie, de Yalachie , de l'Achai et principalement ceux du prince de Servie , auxqni si avott de si grandes obligations; enfin il chargea sr ié-^hah)p des commissaires de donner à Manuel toul lés satisfactions qu'il réclàmoit.
Un jour plus serein se levoit donc pour cet empî que nous avons vu tant de fois pencher vers sa ruine ne devoir son salut qu'à des hasards si étonnans, qii semble plutôt qu'on suive les écarts ingénieux d'u imagination vagabonde que le fil d'une histoire.
L'avenir promettoit urte longue paix à rextérîeii Manuel voulut corriger une foule de désordres qui reproduisoient chaque fois que Constantinople, învesi et menacée , voyoit toutes ses communications coupe avec les portions épàrses de sa foible domination. ! Péloponèse étoit dans la plus grande confusion. Grai nombre de petits princes qui s'en parlageoient les difl rentes bontrées avoient secoué ouvertement le joug h\ métropole. Manuel crut nécessaire de s'y montrer ■personne pour y rétablir son autorité. La promej d'ôuWîer le passé et ses sages avertissemens firent re trer dan^s le devoir la plupart de ces vassaux turbuleri quelques-tins résistèrent. L'empereur, appuyé dans: tournées par des forces capables de le faire respecter, saisit dé ces rebelles , et les fit conduire sous escorte Constantinople. Après avoir ramené l'ordre dans cei
BISTOIEE DU fiÀS-£MPIE8. l6?
vaste péninsule , il appliqua ses soins à tout ce qui pouvoit l'y maintenir , et mettre le pays à l'abri des invasions extérieures. L'isthme de Corinthe étoit un point facile à forlitiersous ce dernier rapport. C'est dans cette vue qu'avoit été construite cette fameuse muraille ^ qui le fermoit d'une mer à lautre. Cet ouvrage avoit considérablement souffert de Teffet du temps et des attaques éft l'ennemi. L'empereur le fit réparer , et en outre ^rder par des troupes sûres.
Lorsque les galères qui ramenoient Manuel passèrent devant Gallîpoii , il y relâcha pour avoir une conférence avec Mahomet , qu'il n'avoit pas revu depuis le }our où celui-ci quitta tristement Constantinople poqr s'a- Jbaudonner à sa destinée. Les deux princes se donnèrent là de nouvelles marques de leur attachement mutuel. Après que Mahomet eut fait à son ami la réception la plus magnifique et la plus cordiale en même temps, il l'accompagna jusqu'à sa galère, dans laquelle il monta, et où il passa avec lui tout le reste du jour dans des entretiens dont les souvenirs de leurs anciennes infortunes firent alors le plus grand charme.
Manuel , en rentrant à Constantinople , y fut reçu tn triomphateur. Le peuple se croyoit redevable à ce prince du changement inappréciable qui s'étoit opéré 4laos sa situation. Il sentoit chaque jour davantage le prix de l'alliance qui subsistoit entre le chef de l'empire et celui de la puissance ottomane , et consjdéroit Maf nuel comme un libérateur. La population entière courut assister à son débarquement , et, se pressant sur ses pas , le reconduisit jusqu'à sop palais. Les plus vives acclamations remplissoient les airs* ; on lui donnoit ' le nom de sauveur , de père de la patrie. Un pareil
• Elle portoit le nom à'Hexa- milium , sic nominatur iithmiu ,
MiUi^ parce «jue i'i»lhin« avoit en- à sex mUliarium Longitudine ( pag.
»iroo six mille. Fontanus , dans une a6o ). Clialcocondyle lui donne (a
de les notes sur la chroniqnc de môme étymologîe ( Hv. 4 )• ^^bnoia, «'exprime lû^ii : //«jr«*
^64 BISTÔtllE' DIT BàS^EMPTKE.
monnent paie des années entières de contrariétés et sonfirances.
L'emperenr voulut alors s^occuper du soin â*étabH^ sa famille. Il demanda et obtint pour son fils Jean fille du grand-duc de Moscovie , quoiqu'elle n^eût aloi que onze ans. Cette princesse fiit conduite à Constaol nople , où elle prit le nom à' Anne. Ses fiançailles fti rent pour le peuple de Constantiuople une nouvelkj occasion de donner à son souverain des témoignages son affection et de sa reconnoissance.
Mais une calamité terrible vint troubler le cours ces joies. La ville impériale fut en proie à une maladi contagieuse qui moissonna une partie des habitans : tool porte à croire que cette épidémie étoit la peste. La jeoi épouse du prince impérial en fut atteinte ; elle y sue«! comba en peu de jours. Cet événement plongea tOQti la ville dans le deuil ; la mort attendoit une autre vie time.
Un des fils de Bajazet , que Soliman avoit donné ett^ otage à Manuel , étoit élevé avec soin à Constantiuople, et y recevoit la même éducation que le prince Jean. Ge^ jeune homme , qui fit dans les lettres grecques de ra«' pides progi'ès , se sentit entraîné vers la religion chré- ' tienne , et s'y fit secrètement instruire. Ne pouvant plus ' commander à son zèle , il supplia Manuel de permettre ^ qu'il reçût le baptême et embrassât publiquement la ^ foi que suivoit celui qui depuis si long-temps lui tenoit^ lieu de père. L'empereur , tout en approuvant en luî-1 même sans doute une pareille résolution , crut cependant devoir s'opposer aux vœux de Néophyte. Il eût craint , non sans raison , que la cour d'Andrinople ne l'accusât d'avoir employé la séduction pour arracher le jeune prince à la croyance de sts pères , et ainsi abnsé d'une manière odieuse de l'hospitalité. Ce refus mit le jeune prince au désespoir ; il déclara qu'il étoit chrétien et ne cesseroit d'en confesser la foi jusqu'à son de^^
HISTOIRE DU BAS-EMPiaS. â65
(V soupir. Ce fut dans ces temps-là même que la con- ^on l'attaqua. Lorsqu'il sentit que son heure dernière il proche , il renouvela sa prière avec une telle llaiice, que Manuel eût cru être barbare en refusant • Texancer i le catéchumène fut donc baptisé en pré- Ifoe même de Manuel , qui figura à la cérémonie en ittUté de parrain. La mort Tenleva peu d'instans après , 41 fut inhumé dans une église de Conslantinople. ■i^liii érigea un magnifique tombeau de marbre. Vi'empereur songeoit à réparer dans sa famille la perte fel venoit d'éprouver ^ns la jeune princesse mosco- (jl. Jean épousa en secondes noces la fille du marquis i'^Montferrat, et Théodore celle du comte de Rimini. |U et Tantre furent proclamés empereurs et collègues l^leur père. Ces deux alliances ne se formèrent pas |k les mêmes auspices. Jean conçut pour sa femme |te insurmontable aversion. Nous ne pouvons juger |a'à quel point cet éloignement de sa part se justifioit. historiens nous font de la princesse un portrait dont détails sont si contradictoires, qu'il est difficile de si elle avoit pu raisonnablement inspirer un padégoût à son époux ^. Elle s'ennuya de Tisolement elle se Irouvoit à la cour de Constantinople » et prit résolution de retourner dans sa patrie. Elle trouva reo de sortir en secret du palais. Le capitaine d'un \%i génois la reçut à son bord et fit voile aussitôt. princesse se consoloit des déplaisirs qu'elle avoit es- ^és dans son nouvel état en songeant qu'elle emporit une couronne. Cet honneur parut la dédommager la perte de tous les autres biens; et elle se retira dans monastère pour s'y consacrer entièrement à des rices dé piété.
Pendant que ces événemens troubloient à Constanti-
' Docas dit qu'elle avoit let^e- médiocre ; qu'en tomme elle res-
roux et très -frisés » les doigts semblait par devant au carême , H
blaociieur transparente » la par derrière à Pâques, élevée 9 la taille droite mais
a66 HISTOIRE DU BAS-EHPIKS.
nople la tranquillité de Mannel , son allié ti beaucoup d'occupation en Asie.
' On se rappelle que Soliman, touché des^u] lions de Cinéis , usurpateur d^Ephèse , lui avo: donné sa rébellion et sa déloyauté. Mais cet ami sujet n^eut pas plus tât appris Tembarras où la rév Musa jetoit son généreux ennemi , qu'il s'en! Thrace , où il étoit gardé à vue , pour passer en et de là se rendre à Smyrne, où il leva des tr Ayant de suite marché sur Ephèse, il réussit à parer de la ville , fit tranch||r la tête au gouv établi par Soliman , et contraignit les habitans à connoitre une seconde fois pour maître. Sa domi s^étoit de la sorte établie dans ces contrées ava Mahomet , vainqueur à son tour de Musa , fût en Thrace.
'Un nouveau champ s'ouvroit aux artifices perfidies de ce rebelle du moment que Mahomet quille possesseur du sceptre des Ottomans , song venger un pareil attentat. Mais un devoir pins p appeloit le fils de Ba}azet. A Tépoque de ses pn entreprises contre Musa , Caraman , gouverneur dye , et dont le père étoit mort de la main de E avoit dirigé subitement une attaque contre la ^ Pruse; l'ayant emportée d'assaut, il la livra au Tirant de son tombeau le corps dçBajazet, il l'o et le fit brûler. Mahomet , pressé par le sentin la piété filiale, se rendit à Pruse, fit rétablir le cipaux édifices et relever le tombeau de son pè attendant qu'il pût infliger au violateur un chs digne de son crime.
Etant passé en Asie, et trouvant Cinéis insolei investi dans Ephèse de la souveraine puissance, sommer de quitter cette ville, «et de rentrer dad modeste dont il n'auroit jamais dû sortir. Mais < ne tint aucun compte de cet ordre , et se pr^ar
niSTO'lRE DU BAS-EMPIRE. 9G7
liit à la résistance. L(i vîllc de Cime, qui s'étoit dér^ pour le rebelle, arrêta 1111 instant la marche de phomet : elle fut bientôt en son pouvoir; la garnison HÎDt passée an fil de Tëpée. Quant aux habitans , le IlÉce , par TeSet d'une clémence dont les annules de Mcmps nous offrent si peu d'exemples, mais que nous tarons sous ce règne poussée au plus haut degré de l^iianimilé , d'imprudence même , permit qu'ils se Iprassent où ils voudroient.
BHahometse rendit maître de plusieurs autres places <<, Ikrriva sous les murs de Smyrne, où Cinéis avoit Item blé d'immenses munitions, ainsi que des provil|Kde bouche, et qu'il avoit considérablement forti- |fe Une garnison aguerrie étoit chargée de la défense de l|^lace, où se trouvoient la mère , les enfans et le frère U rebelle.
Hflahomet mit le siège devant Smyrne; et telle étoit
fc[)ommëe de bonté , de justice et d'affabilité qu'il t acquise , que tous les princes des iles voisines trarent dans son camp pour lui renouveler leur !nt de fidélité , amenant avec eux tous les secours pouvoient faciliter l'attaque ou en abréger la durée.
fie ce nombre étoit Nvmpliée , scnce de Tenvoyé du vit»îr« fit venir
ouvrit ses perles au vidir de un de ses c«claves nommé Adula» ,
iSunet. Adulas , {gendre, et aupa- originaire aussi d'Albanie, qui avoîL
it esclave de Cinéis , se trou voit pareillement quitté la foi de ses pères,
inder. Ce visir le fit mutiler II lui demanda s'il étoit esclave :
satisfaire une vengeance pcr- à quoi l'autre répondit humblement
fclle , dont on Tacontc ainsi Fo- par l'affirmative. S'il aroit ëlé caboMr
t. Le visir aroit fait demander \ infidèle ) : même réponse. Alors
sa fille en mariage. Celui-ci, Cinéis lui dit : Je te donne la liberté,
caractère capricieux et bizarre, et ma fille pour femme. Et se tour-
it qu'audacieux et entrcpre- nant vers l'envoyé du visir : Dite? ù
I) M tint offensé de cette propo- votre maître que j'ai marié ma fille
ly parce que ce visir étoit un à un Aibanois, comme lui un cs-
lois qui 9 tombé en esclavage, clave, comme lui un cabour , mais
dit circoncire pour obtenir sa plus jeune et plus sage que lai.
[é, et qne ses talens avoient Adulas étant tombé au pouvoir du
Nte éXt^é à . la dignité dont il visir à Njmphée, comme on vient
Wt alors révéla. Cinéis, en pn$* de te Toîr» cdui-ci bftt cead^m^
^68 ^ HISTOIRE Btr BAS-EtfPt&r.
Cînëi$ s'en ëloit fait abhorrer par ses perfidies, aspiroient à être débarrassés du voisinage d'an tyra les accabloit d'outrages et d'humiliations. A peine jours s'étoient écoulés, et la place et oit hors de C'est alors qu'on vit s'ouvrir une des portes de la v; et'la mère de Cinéis , s^avançant en suppliante, implorer son pardon pour le crime d'avoir défendu l'intérêt de son fils une ville soustraite par lui à 1' sance du sultan. Mahomet la reçut en grâce ainsi les enfans et le frère du rebelle , et pardonna aux bitans. Toutes les fortifications de la ville furent r Sur les bords de la mer se trouvoit une tour qu'y £ii rebâtir le grand-raaitre de Rhodes, et qui étoit p achevée ; Mahomet la fit démolir en entier pendant seule nuit.'
Le grand -maître osa lui faire à ce sujet de vives représentations : il entra dans un toug détail les anciens droits de l'ordre de posséder un fort cette partie de la côte, et sur les frais qu'avoit nés celui que le sultan venoit de détruire. Il alla ) qu'à dire que les princes d'Occident s'en tiendroient offensés, et que, s'il s'opposoit a son i¥tablisseraeotJ| devoit s'attendre à entrer en hostilités avec eux. ^^
Un pareil discours n'eût pas été impunément tennsd doute au fier et bouillant Bajazet ;mais, comme l'obtl vent les annalistes de ces temps , l'irruption des MogoN| les adversités récentes de la famille ottomane avoient al gulièrement modéré l'orgueil de cette maison. Mahoil écouta jusqu'au bout les itidiscrètes remontrances i grand-maître, sans même témoigner d'impatience i d'humeur ; et quand celui-ci eut fini , il lui répond « que, lorsqu'il avoit reçu de la main de Dieu le scepi de ses ancêtres , il s'étoit promis à lui-même de nèp faire la plus légère injustice au plus foible de ses voisB ni au plus humble de ses sujets ; qu'il avoit souhaité i
f Cette tour avoit été déjà démolie une fois par Tamerlan.
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. arj
ivre. Mustapha , le plus jeune des fils de Bajazet , et fae d'autres ont prétendu être un imposteur, cherchoit se faire un parti dans la Valachie. Cinëis accourut Vy oindre ; et , lui faisant valoir le nombre des partisans ecrets qui lui restoient encore , les ressources fécondes le sa politique , et son expérience et sa valeur dans les combats, iriui présageoit une puissance qui, après ivoîr embrassé tout l'Orient , s'étcndroit au loin dans ^Occident. Mustapha , que ses premières démarches réiluisoient à la nécessité de vaincre ou de périr, s'ab.^nlonna à la direction du turbulent Albanien , qui bientôt SQt rassemblé des troupes nombreuses autour des éten-. dards du prétendant.
Mahomet sentit combien il lui importolï d'éteindre celte révolte dès son origine. Il se porta rapidement de *rhrace en Macédoine. Ayant appris que Mustapha et* Cinéis avoient passé le Danube , et se dirigeoient sur la ' Thessalie avec un renfort de Turcs et de Valaques , il ne tarda pas à les joindre , les attaqua , et les défit complètement. Mustapha et son ministre prirent la fuite, el furent poursuivis sans relâche. Ils étoient sur le point d'être pris, lorsqu'ils atteignirent les portes de Thessalonique , où ils se précipitèrent et se perdirent dans la foulé.
Là commandoit Démëtrius Lascaris, qui, dans xmfi coDjoncture si délicate, ne \j3ulut rien prendre sur lui: ea méoie temps qu'il refusoit aux officiers de Mahomet de leur livrer les deux fugitifs, il donnoit avis à Manuel de leur retraite dans Thessalonique, k priant de lui tracer la régule de sa conduite à leur égard.
Le ^oltan, de son côté, écrivoit à l'empereur dans les termes les plus pressans pour qu'on lui livrât le traître Cinéis et l'inoposteur qu'il vouloît faire servir de marchepied à son ambition. « Il ne pouvoît croire qu'ini mo- «( narque aussi sage que Manuel hésitât à rendre la «< paix à l'Orient en remettant à la disposition de la
iUST. DU BAS-EMP. TOM. XII. l8
2J0 UlSTOIft£ DU BAS-EMPI1.S.
intéréUde cette puissance, qui jusque-là n^aVoit «n lui qu'un traître, et presqu^in rival.
Mahomet , parvenu au comble de la prospéritéf la gloire, faillit les compromettre en payant un à la foiblesse humaine. Il a voit été blessé de ce duc de Naxos et des autres îles de l'Archipel ne pas trouvé dans la foule des petits princes qui venus lui rendre hommage : il lui déclara la {çueri celui-ci invoqua Tappui des Vénitiens. Le sultan un nombre de galères suffisant pour cette expédi où il imaginoit devoir rencontrer si peu de diffic En effet, sa flotte parcourut long-temps .sans ol tous les parages de TArchipel, ravageant les petite sans défense, brûlant les villes , et emmenant eoi tivité une multitude de paisibles habîtans. Là sel nèrent ses triomphes. Les Yénitiens avoient galères, qui , réunies aux troupes du duc de Nj «près avoir cherché la flotte turque dans tous lesdf de r Archipel , se dirigeoient vers THeliespont , k l'amiral apprit que cette flotte venoit d'entrer danslej <ie Gallipoli. II ne douta pas que les ennemis ne vii sa rencontre, et il donna Tordre de se préparer an bat. Les Turcs ne tardèrent pas en effet à s^avai bon ordre, et le combat s'engagea avec une valeur i de part et d'autre. Mais les Vénitiens, ayant dirigé] attaque combinée sur la galère amirale, y pénétre tuèrent le commandant , et massacrèrent Téquipi ce moment le désordre se mit dans la flotte ti qui , ne sachant ni fuir ni combattre , fut en un il accablée par les Vénitiens. Le carnage fut horriblej les Turcs tomboient sous les coups des assailians presque faire de résistance , et à la vue de leurs fei et de leurs enfans, qui pouvoieot du rivage a| cette scène d'horreur. Vingt - sept galères turques retit emmenées à Ténédos, comme trophée de la toire. Mais elle devuit être de nouveau souillée p<
«ISTOIES BU BAS-£MPIR£. II7I
horrible <;roaatë. Tous les prisonniers turcs furent itoyablement égorgés : on n'épargna pas même les :(iens à leur solde; ils périrent tous par la corde; et la o^ofFroit , sur une vaste étendue, que des potences où loieot des cadavres les uns au*dessous des autres» r coroble d'inhumanité , les chrétiens qui se trount sur ces galères comme captifs n'obtinrent pas liberté , et furent dispersés dans les différentes iles r y servir comme forçats. Ainsi les sectateurs du ifit donnoient aux barbares l'exemple de la férocité a plus outrageant mépris pour leurs frères au mont nriéfne où un fils de Bajazet étonnoit et charmoit monde par une douceur de mœurs et une mainimité presque inconnues dans le^iupays où il éten-^ P 83 domination. La cruauté des Vénitiens fut vengée pe manière terrible sur Tile d'Eubée, qui leur appar-^ loit alors. Les Turcs y firent une descente à Timpro- |e, mirent tout à feu et à sang , et emmenèrent en pBiirant plus de deux mille habitans , qui furent rém% en esclavage. Ainsi les Vénitiens , par leur froide
Eiarie, firent en un jour un mal irréparable. \e pareilles représailles amenèrent le repentir : sans ndre le résultat du concile de Constance , où Ton At la question d'une nouvelle croisade contre les luloians, les Vénitiens, dont les possessions restoient ies au ressentiment des Turcs , souhaitèrent de la paix avec le sultan. Ils prirent pour médiateur ipereuril^ Constantinople. Mahomet se montra d'ainflexible; i^répondoit aux sollicitations de Manuel c'étoit autant la cause des chrétiens que la sienne proqu'il vengeoit dans ses rigueurs contre les Vénitiens* son ami insista avec tant de persévérance , qu'il termina un accommodement , qui ne fut pas de longue rée : la vertu des républiques n'est pas la riecounoispfce. Le prince de Morée , Azamy , s'étant mis sous la ^tfctlou des Vénitiens, protection qu'il avoit achetée
HistoitiE DtJ liÀS*Èif^ik&
par la cession de plusieurs places maritimes « exigèrent qu^ le fils de Manuel, despote de Lacédéj retirât du territoire d'Âzamy les troupes qui j é\i cantonnées. Théodore n'en ayant voulu rien faii république se plaignit à Manuel i et lui fit enti que , du moment où le prince de Morée étoit d< Tallié de la seigneurie, celle-ci étoit dans Tobligatii lui prêter son appui ; en sorte que le refus de Vé\ tion désirée par Âzamy mettroit la république ds nécessité de lui faire obtenir satisfaction par tonl voies. Le foible monarque , avide de repos , tie pas se brouiller avec la seigneurie , parvenue nloi plus haut degré de sa force et de sa puissance. Il à son fils Tordre de rappeler ses soldats. On le i montrer moins de condescendance pour les du sultan , et , rompant ouvertement les liens Fattachoient à la Porte , la rendre de nouveau sa cruelle et sa plus implacable ennemie.
Sans doute qu'on n'envisagera pas comme d'où digressions ce que nous avons dit et ce qu'il noos encore à dire des singuliers événemens qui ont si h tenips fait flotter le sceptre ottoman entre les descei de Bajazetw L'empire romain d'Orient n'étoit plus,^ les contrées où s'étoient resserrés les foibles débris domination , qu'un arbre sans racines , qui ne se maintenir debout que par les liens que la polit versatile de ses souverains alloit fixant çà et là* Lai sensions civiles qui déchirèrent à cette époque les vinces turques ont eu trop d'influencer sur les desl de Tempire grec pour qu'il soit possible de sépai connoissance des révolutions subies par celles-là des niers mouvemens de celui-ci.
Cineïs, que Mahomet avoit chargé de la défense Nicopole, languissoit dans une inaction qui ne tardai à lui devenir insupportable. La révolte et la perfidie] roissent avoir été un élément hors duquel il ne pooi
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. a;;5
Mustapha , le plus jeune des fils de Bajazct , et autres ont prétendu être un imposteur, chcrchoit ire un parti dans la Valachîe. Cinëis accourut l'y ! ; et , lui faisant valoir le nombre des partisans qui lui restoient encore , les ressources fécondes politique , et son expérience et sa valeur dans les ts , iriui présageoit une puissance qui, après embrassé tout l'Orient , s'étendroit au loin dans lent. Mustapha , que ses premières démarches dient à la nécessité de vaincre ou de périr, s'abc^nà la direction du turbulent Albanien , qui bientôt semblé des troupes nombreuses autour des étendu prétendant.
lomet sentit combien il lui importoft d'éteindre 'évolte dès son origine. Il se porta rapidement de :e en Macédoine. Ayant appris que Mustapha et' s avoient passé le Danube , et se dirigeoient sur la alie avec un renfort de Turcs et de Valaques , il da pas à les joindre , les attaqua , et les défit cpmnent. Mustapha et son ministre prirent la fuite , *ent poursuivis sans relâche. Ils étoient sur le d'être pris, lorsqu'ils atteignirent les portes de alonique , où ils se précipitèrent et se perdirent a fonlè.
commandoit Démëtrius Lascaris, qui, dans unie acture si délicate , ne \j3ulut rien prendre sur hii : Ime temps qu'il refusoit aux officiers de Mahomet ir livrer les deux fugitifs, il donnoit avis à Manuel or retraite dans Thessalonique, k priant de lui * la régule de sa conduite à leur égard. "
sultan, de son côté, écrivoit à l'empereur dans les is les plus pressans pour qu'on lui livrât le traître s et l'inoposteur qu'il vouloit faire servir de marche- I son ambition. « Il ne pouvoit croire qu'un moque aussi sage que Manuel hésitât à rendre la s à l'Orient en remettant à la disposition de la jt. du bas-emp. tom. xir. i8
^^4. HISTQIAE DU I^AS-SMPIftS^
« Porte les auteurs d'une révolution dont le r& tf seroit d'inonder encore de sang cette terre qui « avoit ëlë que trop arrosée. Il croyoit inutile de reti <c les perfidies inouïes de l'ancien gouverneur de Smi « les actes de clémence sans exemple dont il avoi « r^bjet , et qu'il venoit de payer par de nouveau: « tentais. Quant à son complice, il usurpoit audaci <c ment le nom. d'un fils de Bajazet , lequel étoit i <f en bas âge «.Et fût-il même celui qu'il se prétei « être , un ami tel que Manuel s'empresseroit de do « toute satisfaction au fidèle allié des Grecs. En p « cas, lui, Mahomet, se croiroit coupable de ladif u d'un seul jour envers le monarque grec. »
Il est difficile de déterminer ce qu'il convenoi plus à la politique de Manuel de faire dans cette oc rence. Nous disons à sa politique , car tel étoit l'ét] foiblesse de la puissance byzantine , qu'on ne peu peut-être pas que le souverain fût tenu de consulte aveuglément les devoirs de l'homme , et de faire pr loir les droits de Tamitié sur ceux de l'état. ft'Ianoc à Mahomet une réponse où son refus étoit motivé des considérations tirées du droit des gens, et adouci tout ce que la bienveillance pouvoit y apporter de t( péramens et de garanties pour la sécurité du sultan. « mon frère devenu mon ennemi ( lui disoit-il ) s'étoit « jeter dans vos bras, et que je vous le demandasse p « le faire périr, mêle lîvreriez-vous ? Ne croiriez-voos « en le sacrifiant à ma colère , vous couvrir de hont « d'infamie aux yeux de tous les hommes? Ce quel « ne feriez pas sans encourir le blâme du monde ent « pouvez-vous exiger que je le fasse ? Ce n'est pas à '< qu'il appartient d'examiner jusqu'à quel point Ci « est coupable envers vous, ni le droit que vousdom
a I\ien ne prouve que Mahomet paroit avoir étc un prétexte crut réellement que Mustapha fût discréditer le prétendant, étranger à la famille. Cette assertion
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. ^'jS
victoire snr celai qui partage aujonrd^hui sa fortune, jjeurs droits à l'un et à l'autre sont ceux dn malheur, is sont inviolables partout où l'homme s'élève aulessos de la brute. D'ailleurs, en vous refusant ces ^iclimes, il est loin de ma pensée que vous deviez ivoir a f avenir rien à craindre de ce côté. Soyez cerain que ces êtres, dangereux pour votre repos , seront Tiis hors d'état de vous nuire, et que, tant que vous lureE un soufle de vie , leur liberté sera constamment immolée à votre sûreté. Reposez-vous à cet égard sur le zèle et l'attachement d'un prince qui depuis longtemps a confondu ses intérêts avec les vôtres, et qui peut tout y sacrifier , excepté votre gloire et l'honneur de sa propre couronne. » «
■ Au même instant l'empereur manda au gouverneur ^ Thessalonique de lui envoyer sous bonne escorte les prisonniers. Mustapha fut relégué dans Tile de inos , et Ctnéis enfermé dans un monastère, où les lines furent chargés de sa garde. Il y a tout lieu de que Mahomet fut vivement offensé de la déterlination prise par Manuel. Il y perçoit le dessein ^fâire au besoin, des deux captifs, un sujet d'épouktail pour la Porte, et pour ainsi dire de mettre en JMberve ces brandons, qui à la première occasion pour«- |Kent rallumer l'incendie. Le sultan balança s'il n'iroit |itàla tête de ses troupes arracher à Tempereur de BenitantiDople une proie qu'il croyoit lui être acquise. I^ne telle résolution auroit replacé l'empire dans la itoation même dont Vavoit tiré Tavénement de Ma- 'Niinet au trône des Ottomans , ou tout au moins coni^int Manuel de faire ce que dans cette négociation le Nince turc demandoit de son amitié. L^vénement tlstifia la polilftiue du monarque grec. Mahomet, enilaîné d'un côté par le respect qu'il portoit a Manuel, *de l'autre arrêté par son caractère pacifique , n'insista !>as davantage , et se contenta des mesures que Manuel
a'jG HISTOIRE DU BAS-EMPIEE.
avoit prises à l'égard île Mustapha et cle Cinéîs. Oi régla les frais de la garde et de l'entretien des de prisonniers, qui furent à la charge do Mahomet, payés trè^-cxaclemcnt par celui-ci , comme on peut le croire.
Rien ne prouve mieux la grandeur d'âme de Mahoro et Tasscntiment qu'il finit par donnera la détennin lion de Manuel , que ce qui se passa peu de temps ap La présence du sultan étoit devenue nécessaire en Aûe, \ })our y réprimer quelques désordres qui s'y étoient m
iiifestés. Il en fit part à rempcreur, en Tinformant qi^': passeroit par Constantinople pour jouir encore unefi de son entrelien et de ses cmbrassemens. Manuel I prépara une réception magnifique. Deux superbes tri rèmes furent équipées dans le port pour conduire sultan jusqu'à Scutari , place de l'autre côté du Bospho sur le rivage d'Asie. Mahomet monta dans l'une, M nuel se plaça dans l'autre, et, en voguant sur le canal ils étoient si proches, qu'ils pouvoient s'entretenir sai presque élever la voix. Débarqués à Scutari , le suit irouva un riche pavillon dressé sur le rivage et un re splendide qui ratteudoit. Les deux monarques nes'as» reiit ])as à la incnie table; mais une autre tente s'élevoil pour INlaniiel et sa famille à peu de distance » et Toi pouvoit facilement de Tune apercevoir tout ce qui passoit dans Tautre. On dit que, pour marque fami lié de leur mutuelle affection, ilss'envoyoient réciproque^ ment les mets les plus délicats de ceux qui leur étoieolS servis. *
A peine Mahomet avoît-il pris affectueusement cong^ de son hôte, que le conseil de-Manuel lui fit remarqaeRT la faute qu'il avoit faite de ne s'être pas rendu nialtrttjl de la personne du Turc pendant <|ue celui-ci étoit ctf'r sa puissance; et le sultan devant repasser par Coostan- ^ tinople en retournant dans sa capitale, on jugeoil qui! r ne falloit pas laisser perdre cette occasion comme oa
IliSTOIRK DU BAS-FMPTllE. ^77
voîl faît de la pn^niiore. Rli.i^ jM.inml nj^'la ot le roirociie et le conseil avec la plus {i^raiulc indignation. A Dieu ne plaise (dit -il) cpie je me souilla d'une pareille perfidie : tout nie f.dl un devoir de respecter et de chérir dans ce chef <Ies infulèles un prince loyal et généreux, qui s'est montré si scrupuleux ohservateiir de ses sermons. El lors nieme que j'aiirois la r preuve qu'il a dessein de les trahir, et qu'il médite f de me renverser de mon trâne, je préférerois courir ' tons les hasards des combats et m'exposer à toutes les » vicissitudes de la fortmie plutAt que de violer à son ■ égard les droits sacrés de Thospitalité.,» IManuel , au- |uel sa famille ne cessoit de représenter Mahomet comme lecrètement occupé de la destruction de Tempire grec, le borna a lui envoyer, après son retour à Andrinopic , Dëmftrius Lascaris Léontaire, pour résider a la Porte ■n qualité d'ambassadeur. Le choix de ce ministre >rive combien peu le sultan avoit conservé de resitiment du refus de livrer Mustapha et Cinéîs, puisic Démétrius étoil le premier qui , pressentant la Volonté de Tempereur, avoit soustrait les deux fugitifs |px recherches des agens de Mahomet.
Toutsembloit annoncer que la fin du règne de Mail seroit aussi paisible que le commencement en avoit lé orageux; mais désormais le calme ou la tempête tvoient lui venir de la cour d'AndrinopIc; tous les ingemens que les révolutions ou le cours naturel des losesamenoient dans rempircdesOUomans iulliiuionl bien ou en mal sur les destinées de celui ilc.s Grecs. I^D jour que Mahomet prcnoit le plaisir de la chasM* sanglier aux environs d'Andrii^opIe , il fut frappé Vapoplexic , et ne revint un instant à lui que pour Kntîr que sa tki étoit proche. Il conjura son ministre ftvorî ( le visir Bajazet ) *', de rester fidèle à son fils
* Bajizct, dfpuii rcnfance fidèle tagô toutes ta inrorlunci, comme il ^mpagoon de Maliomct , avoit par- partaj^ca dcpuii toutes ses pruspc-
fàjS HISTOIRE DU BAS-EHPlkE.
Âmurat, qu'il désignoit pour son successeur, et d\ ployer tous ses talens et son crédit à lui assurer la veraine puissance. Il mit sous la tutelle de l'empereur Gonstanlinople ses delix autres fils, Tun âgé de sept ai et Tautre de huit , voulant par là les soustraire a( violences de leur aine.
Mais la fin du sultan et ses dispositions dernières
furent connues qu'après un assez long intervalle. Le
qui vouloit tout préparer d'avance pour que la transi
sion du trône se fit sans secousses , cacha même
esclaves du palais la mort de leur maître. Secondé parj
médecinsdu prince, ilfitsecrèlementembaumersoDi
et comme on le laissa sur le même lit où il avoitexpii
ceuxrqui, par la nature de leur service, pouvoient l'a|
voir , le croyoient convalescent. Cette erreur put se
tenir pendant quarante jours, temps qu'emplSya
courrier dépêché vers Âmurat , qui alors étoit à Ams
sur les frontières de la Perse. Le jeune sultan doi
Tordre à tous les grands de Tempire de se trouver
Pruse pour y rendre avec lui les derniers devoirs I
Mahomet , et reconnoitre son successeur.
Les obsèques se firent avec la plus grande poi Amurat, que nous nommerons Amurat 'ii, fut, par soins du visir Bajazet , proclamé sans contradicM héritier du sceptre des Ottomans. Etranger aux homi et aux choses, et à peine sorti de l'enfance, le princei pouvoit manquer de laisser diriger son inexpéric
rites. Il avoit essuyé des fatigues inouïes et affronté les plus grands périls , lorsque son jeune maître , poursuivi par Tamcrlan après la bataille d'Ancire, s'étoit enfui dans les montagnes. Les pieds de celui-ci étant enflés de lassitude , il Tavoit porté sur ses épaules pendant des jours entiers à travers les buis et les précipices , jusqu'à ce qu'il Teùt lamené saia et sauf dans les états de
son père. Pcn^toit celte ftiitC) 1 avoit supporté les plus cruelleipR* valions pour apaiser la faim de Ml maître ; et quand toutes les ta sources lui manquoient à la fob)) alloit en habit de moine meodic son pain dans lib bourgs et hamOQ écartés. Mahomet , parvenu aatfâv avoit accordé à ce serviteur la ph grande autorité danâ son euipice..
ir l'ancien ministre de son père, qui de fait gousrna sons le nom d*Amu rat. L'empereur de Constannople dépota des ambassadeurs à la cour du nouveau iltan, pour présenter ses complimens de condoléance ir la mort de Mahomet^ et ses félicitations sur lé ouvél avènement. Ces envoyés demandèrent ensuite, D nom de leur souverain , Texécution de la volonté derière de Mahomet, qui mettoit sous la tutelle de IVIam1 les deux jeunes frères du sultan régnant. Ils sajDÎent que le visir, passionné pour la gloire et les inté- |hs de son jenne maître, n'étoit en aucune manière jiiposé à remettre entre les mains du monarque grec , f&é temporaire , mais ennemi naturel de la puissance Iprqae, deux princes qui ne s'élèveroient que dans la Irine du pouvoir de leur frère , et tôt 00 tard s*arme- ■rient pour le renverser. Mais, cachant ses motifs véripbles sons des apparences imposantes, le visir répondît
El ambassadeurs de Manuel que toutes les convenances soient une loi de s'écarter ici des ordres du défunt ; 'il étoit contraire à tontes les idées reçues chez le ^ple musulman que l'éducation des membres de la jftaille ottomane fût confiée à des mains chrétiennes. 6'étoit la seule chose que le devoir commandât de relier au monarque grec ; mais il pouvoit compter que ^ foi des traités existans seroit religieusement gardée , et iHe le jeune souverain n'avoit rien' de plus à cœur que d'entretenir avec la cour de Constant! nople les relations l^amitié qui, pendant le règne précédent , avoient fait la éiicitédes deux empires sans en compromettre la gloire. Les a|;ibassadeurs grecs ne se payèrent point de ces aisons, obéissant à leur mandat, ils déclarèrent au dltan , c'est-à-dire au visir qui régloît toutes les olontës de celui-ci , que Tempereur insîstoît sur la émise des deux jeunes princes , et qu'à défaut d'acooYplissement de cette disposition du testament de AahoAet , il considéroit comme rompus tous les rap-
iiSo HISTOIRE BU BAS-EMPIRE.
ports établis entre les deux puissances; que, dansifl^'. ëtat de choses , Manuel envisageroit comme vacant' trône de Mahomet, dont les volontés dernières étoû ainsi mëprisëes; qu'il se voyoit par là dégagé de toi ses obligations envers la Porte; que bientôt elle vei reparoitre un héritier de Bajazet, qui , s^avançant de Macédoine dans la Thrace et la Chersonèse, ne tai roit pas à se rendre maître d'une grande partie deVi (Ils entendoient parler du prisonnier qu« Manuel av( sous sa garde. )
Cette menace, dont le visir croyoit avoir à redoi
peu les elTets, n'ébranla point sa résolution , et les envo]
de Manuel quittèrent Pruse sans avoir obtenu au<
sntisfaction. L'empereur, comprenant qu'une pai
déinaixhc replaçoit la cour ottomane dans les dû
sitions les plus hostiles à son égard , se hâta de déchai
le UoQ qu'il ne tenoit en réserve que pour le lancer
besoin contre ses ennemis. Il envoya DémétriuB
caris Lconlaire chercher Mustapha dans l'île de Leroi
j)our le mettre en possession de la Thrace ; il tira Cii
du cloître où il étoit confiné, pour punir Amuratdcâ
résistance. Les révolutions rapides que nous avons vufli
bouleverser si souvent ces contrées depuis la mort ôl!
Bajazct ont assez appris avec quelle facilité les TutO*
chongeoient de maîtres. Il suffisoit d'appartenir à W
famille ottomane pour exercer sur eux un pouvoir e!ï
quelque sorte magique, qui leur mettoit de suite le
armes à la main, et les portoit à verser leur sang pou
celui qui , revêtu de ce titre, imploroit leur foi et !«
appui, jusqu'à ce qu'un nouveau prétendant fit chang
leur zèle d'objet. Mustapha alloit trouver tous lèse
prits prévenus en sa faveur; mais, avant de lui laiss
faire usage de sa liberté , Manuel lui avoît fait jurer
ne s'opposer jamais à ses volontés; de livrer à l'empi
Gallipoli , toutes les places voisines du Pont-Euxin,
les contrées qui s'étendoient jusqu'en Valachie f il i
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. sSl
il y joindre plusieurs villes de Thessalie. Pour gailie de ses engagemens , Mustapha avoit donné son fils
otage. C'est à ce prix qu'il lui éloit permis de dis* ter le trône au fils de Mahomet ; c'est sous la foi d'un reil engagement que la cour de Byzance alloit raviver iites les anciennes inimitiés qui avoient mis si souvent ; Tares à ses portes.
Les premiers efibrts du prétendant et de son ministre
dirigèrent contre Gallipoli. Quoique Amurat Teût is en état de défense, les secours fournis par Manuel OQtoient tellement aux forces de Mustapha , qu'on ne &t douter du succès de l'epf reprise. Les galères parumt s'approcher du rivage, et les troupes furent débarjB^surla plage. Dans cette première attaque Cinéis BOQtra une grande intrépidité; Mustapha combattoit ■Irrésolution à ses côtés; le soir ils remontèrent sur pirs navires. La galère du prince s'étant approchée trèspvis des murailles, de manière à ce qu'il pût être entendu ikshabitans qui se pressoient sur les remparts pour le BBosidérer , il leur fit une harangue pathétique, dans la- Itielle il cherchoit à les séduire par tous les livantagcs ^'iloffroit à ceux qui suivroient sa bannière. Un grand ^bre furent ébranlés; et, se répandant dans la ville, ils Plièrent les promesses du prince. Le lendemain^ lors- |Qe Cinéis fut redescendu sur le rivage et se préparoit à lonner l'assaut, tous les habitans, comme par un monument spontané , se déclarèrent pour lui , et les portes e la place s'ouvrirent pour Mustapha , qui y fit solenellement son entrée au milieu des plus vifs transports allégresse. Du moment que cette nouvelle se fut rémdne au^ environs, on vit arriver des villages et >orgs voisins une foule de peuples qui accouroient inr le voir, et se soumettre à sa puissance. Un petit imbre de soldats, restant seuls fidèles au sultan Âmu- [ , se retirèrent dans la citadelle. Les événejpens posieurs la mirent bientôt au pouvoir de Mustapha,
sSft HISTOIRE DV BAS'^EMPIRC.-
Âmurat apprit à Prose la prise de*GalIipoIi. Ce une occasion pour les grands de sa cour de cherci éloigner le grand- visir, dont le pouvoir lesoffnsquoit, qui méditoient sa perte. « Combien (dirent-^ils au ji « prince) la puissance qui vous a été léguée par fc père est déjà déchue ! A peine il a fermé les yeux, et^ « territoire est envahi, et d^nsolens rebelles vous « putent le trône! -Les infidèles ont levé le masque y et •< tent en oeuvre Tinstrument qu'ils tenoient en K pour troubler de nouveau Tempire , déjà ébranlé jai « dans ses fondemens. Quelle est cette timide politi « de votre ministre qui négocie* lâchement quand « faudroil agir ! Â-t-il pu ignorer que toute allh « avec les Grecs n'est qu'une trêve pendant laquelle <c éternels ennemis de notre foi préparent de noavi « embûches ? Est-ce dans l'oisiveté d'une capitale « votre visir devroit couler des jours inutiles, qasDd « terre de vos aïeux est foulée par un imposteur et « un traître perfidement armés, et soutenus par « cour que Mahomet a comblée de ses bienfaits, et W « doit cesser de souiller les rivages du Bosphore dnmo^j Y ment qu'une résolution ferme aura prononcé l'afittl « de sa dispersion ? Que du moins votre ministre se Vtk\ « d'aller éteindre l'incendie que son imprévoyance I « laissé s'allumer , et qu'il ne se présente devant voQl « que les têtes de Mustapha et de Cinéis à la main. »
Ces insinuations firent impression sur le jeune soltan , qui, bien qu'incapable encore de tenir les réneséi gouvernement sans l'assistance de cet ancien serviteoi de sa maison , le chargea d'aller arrêter les progrès d'oiv invasion menaçante dès son commencement.
Bajazet ( c'est, comme nous Tavons dit, le nom à visir ) accepta avec joie une mission qui lui foumissoi de nouveaux moyens de développer ses talens et de ser vir son j|^ine maître. Déterminé à vaincre ou à cher cher dans les rangs une mort glorieuse , il s'ioquiétoi
IffSTOiaE DU BAS-EMPIRE. ^83
sa des attak|ues qui pouvoient être portées en son abpce contre lui, certain, en revenant victorieux, de Nr tomber tous ses ennemis à ses pieds. 'Bientôt il est ib tète d'une puissante armée et se dirige sur la Cherknèse. Il est instruit en chemin que Mustapha s'appro- |M)it d'Andrinople; il s'avance de ce côté, et ne tarde pê à être en présence de Tennemi. Alors il harangue l|i troupes, les fait souvenir de la bonté et de l'affabilité lu sultan Mahomet, et des sermens qu'ils ont prêté à |to fils, héritier des mêmes vertus. " Quelle honte (leur |k.dit-il ) si un esclave, rejeté au milieu de vous par les içhrétiens , et qui est né dans la fange , ceignoit jamais l^le turban de Bajazel, et acquéroit le droit de vous Ijgoavemer ! »
1^ Mustapha , de son côté, jie négligeoit aucune précau- |oq. Sachant combien de fois déjà les soldats que com- «andoit le visir avoient changé de maîtres, et tourne VQrs armes contre ceux qui les leur avoient mises à la hain , il fit adroitement répandre dans le camp ennemi QHS les bruits qui pouvoient les détacher de leurs dra- ><eaux. Il promettoit à ceux qui Taideroi^nt de partager Omvafi avec des frères tous les biens que la victoire dettroit en sa possession. Les plus immenses largesses mr étoient assurées sans distinction , et en proportion salement des services : les bienfaits surpasseroient leurs (pérances et combleroient leurs vœux. Cinéis, le plus lillaot et le plus habile capitaine de son siècle , faisant !S meilleures dispositions pour s'assurer la victoire , roclaraoit de son côté qu'il ne vouloit point ravir le 'Ane au fils de Mahomet ; mais que Mustapha , fils de ^ajazet, pouvoit sans injustice prétendre à la Thrace , t que c'étoii là que se boraoit son ambition. « Quel sera ( disoit-il ) le sort de ceux qui se font les instruxnens de la puissance du visir ! Si celui-ci obtient la victoire , ils doivent s'attendre à voir appesantir |>lus r que jamais sur eux le joug de b tyramiie ». Enfin le
d84 HISTOIRE DU BÀS-EMPIRS*
signal (lu combat est donné; et quel fut Teffroi et confusion du visir quand il vit le commandant Taile. droite de son armée passer avec toutes ses troa| du côté de Mustapha en le proclamant vrai snll L'aile gauche suivit immédiatement cet exemple: chefs et les soldats se jeloient aux pieds de Mustapl et lui juroient une inviolable fidélité. Le visir et frère Camzas , entraînés eux-mêmes dans ce moi •ment, se trouvèrent bientôt face à face avec leur enn( ils étoient encore incertains de leur sort , lorsque le rouche Cinéis, ivre de fureur et de vengeance a^ et jetant sur le visir des regards furieux : « Perfide (1 « dit-il) tu ne pensois pas que le crime de N] « phée « seroit jamais expié. Tu te flattois qne ta « sance n'auroit point de terme; mais la fortune n^ « pris plaisir à élever un être aussi vil et aussi méci « que pour le précipiter de plus haut dans TabiiDe.! Â ces mots il le fit traîner hors du camp , et décapiteri sa présence. Camzas s'attendoit à éprouver le mi sort ; mais Cinéis prit en pitié sa jeunesse, et lui la'u la vie.
Lorsque le bruit de ces événemens fut parvenu à Gallipoli , le peu de troupes qui s'étoient renferniéa dans la citadelle capitula , et Mustapha se trouva entière' ment maître de cette place. Cinéis revint en hàtepoQ ajouter à ses fortifications de uouveaux ouvrages qoib missent dans un meilleur état de défense; il arriva ai moment où Démétrius Léontaîre alloit prendre pos session du fort au nom de rempereur, auquel la vill avoit été promise par le traité fait avec Mustapha. Le Turcs murmuroient hautement de ce que tant d'efforl et de sang répandu paroissoient devoir tourner au prof des chrétiens y et de ce qu'une ville toute musulman tomboit ainsi en leur puissance. Mais Cinéis , abordai
' C'est après s'être emparé de de Cioéis , que le visir avoit h cette ville, défendue par le geadre mutiler Adulas.
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. â85
rius lorsque celui-ci étoit occupé à faire transde ses galères dans la citadelle des niuoitious et mes : « Sans doute ( lui dit-il ) vous ne vous êtes sérieusement flatté que nous ferions pour vous^ aussi importante conquête, et qu'huntbies servis des chrétiens, nous n'avions tiré le glaive que r accroître leur puissance, et mettre à leurs pieds lépouilles de nos eunemis; ce scroit un trop maique salaire du traitement que Mustapha et moi ^ ns reçu de la cour de Constantinople , et des soins ^Ile a pris de notre personne pendant une ignolieuse captivité. Nous ne nions pas les services que e maître nous a rendus; mais nous ne sommes assez aveugles pour ne pas voir qu'il n'a eu que intérêt en vue^ et qu'il ne nous a relâchés que mie les ennemis de ses ennemis. Si vous exigez un Ire, on peut s'entendre sur les indemnités que iportent d'aussi mincesycours; mais ce n'est point : des villes et des places que nous nous croyons gés de nous acquitter. Pensez-y , c'est déjà beaup que des gens odieux au prophète et les éternels émis de ses enfans se retirent sains et saufs d'entre maiifs. N'attendez pas qu'un peuple justement rroucé de vos prétentions s'en fasse justice par des ences. Mettez à la voile, le vent est bon : sî Ma- I a sincèrement désiré nos succès , il se réjouira ^prendre que le prisonnier de Lemnos est glorieuent remonté sur le trône de ses ancêtres. » iiétriusput à peine retenir son indignation; mais, issant à qui il avoit affaire, il se contint, et rét simplement qu'il ne pouvoit croire que tels fus- !S sentimens et les résolutions de Mustapha , et qu'il Iroît qu'ils lui fussent manifestés par lui-même : étira sur sa galère. Mustapha étoit sur les pas de s. Instruit par lui des détails de sa conférence avec itrius , il alla le trouver en prenant toutes les pré-
qo'aucnne espèce de relations sincères pussent se rei jamais avec Tun ni avec Pautre. Mustapha , seci fanatique de la loi musulmane, et dirigé d'ailleurs plus ambitieux -€t le plus perfide des ministffs, de\ pour Tempire un adversaire d'autant plus redout que le souvenir de son humiliation irritoit encc haine contre les chrétiens. Âmurat, sur qui on 1 déchaîné pour le punir d'un refus que justifioient to principes de la politique turque, et que ne conda roit pas même aujourd'hui le droit des gens perfec né 9 devoit envisager Constantinople comme le d'une basse et odieuse intrigue qui armoit sans ce frère contre le frère, et ne pou voit acheter sa sé( que par les discordes qu'elle fomentoit entre ses vo
Mustapha ne borna pas ses soins à fortifier Galli dont il confia la défense à des troupes dévouées. Il son attention sur la marine, et fit équiper dans le une flotte capable de faire respecter son autorité ces parages. Il avoit trouvé dans le palais de son à Ândrinople des richesses immenses, dont il^avoi tribué une partie à ceux qui Tavoient le mieux, Tout lui sembloit garantir une suite de succès , progrès de sa puissance , si dans ces temps et dar contrées quelque chose de cette nature eût pu ctrc tain. Mais allant pour ainsi dire au-devant de sa tinée, Mustapha, rentré à Andrinople, y perdit t coup de vue ses projets de défense et d'agrandisser A l'exemple de Soliman , il s'assoupit dans les vohi laissant au sultan Araurat tout le loisir et les me de réparer l'échec que la défection la plus impi avoit fait éprouver à sa puissance.
Mettant à profit le ressentiment que l'ingratitu les outrages de Mustapha avoîent excités dans l'âm empereurs grecs , il envoya à Constantinople le Ibrahim , qui avoit succédé dans la confiance de maître à l'infortuné Bajazet. Cet adroit négociatei
BI8T0IEE DU BAS-EMPlAf. JàSo
I parottre aticnn mécontentement de l'appui donné
tkr Manuel à Mustapha : il sembla convaincu que le
M de l'Asie et des contrées peuplées par les musulmans
ISiit dans les mains de Tempcreur. <f Vous êtes maître
*( dit- il ) dé diriger à l'avenir les événemens à votre
gré; et si vous usez de cette prépondérance avec la
sagesse et la modération qui vous ont jusqu'ici attiré
la vénération de tous les peuples, vous pouvez rendre
^an trône de Mahomet une splendeur dont Tempire
Hm-méme ne peut recueillir qu'avantage et sécurité.
-"N'exigez point d'Amurat, toujours soumis à votre
^autorité paternelle, les deux choses qu'il ne peut ac-
''corder sans déshonneur, la cession de Gallipoli et
k^la remise de ses deux trères. Quelque autre condition
>'qne vous lui imposiez , il est prôt à y souscrire. Mais
^reportez sur lui une partie de l'attachement que vous
l^aviez pour son père, et les nœuds qui réuniront les
lideux empires redeviendront indissolubles. »
luette démarche d'Amurat releva les espérances des
Ênces byzantins. Croyant y voir la preuve d'une détse absolue, ils ne voulurent se départir en rien de rs prétentions, et Ibrahim, qui ne pouvoit s'ima* er qu'une puissance si foible persistât à imposer de illes conditions, conlinuoit de négocier un accomement. Amurat trouvoit ailleurs des secours qui ai- Kent l'affranchir de toute dépendance de l'empire grec, lies Génois qui avoient fondé la nouvelle Phocée ^yoient àlaPf»rteottomane un tribut assez considérable Hir raison de l'exploitation d'une mine d'alun , dont le *oit exclusif leur étoit concédé. Jean Adorne étoit alors >destat de la ville de Phocée. La situation critique on se Duvoit le sultan Ini parut une circonstance favorable lur accroître le crédit des Génois dans ces contrées, et Mir étendre ses relations avec la porte. Amurat étoit sans nsseaox , et la pénurie de son trésor le mettoit hors 'état de s'en procurer. La flotte équipée par Mustapha
continuoit à lui causer de vives alarmes par le pi qu'elle donnoit à son ennemi de faire des iriruptioi bitessur les points qui étoient restés sans défense. Ac fit au sultan des offres de services qui furent acce avec empressement , et de suite une flotte se prc pour attaquer et détruire celle de Mustapha. LU. i4a5. Celui-ci, pour prévenir le coup qu'on lui réser résolut de ruiner les forces de son ennemi avant pût faire usage des secours qu'on lui destinoit ; Adorne n'abandonna pas son nouvel allié dans la tion difficile où se trouvoit Amurat ; ses forces f grossies de bon nombre d'Italiens aguerris et coi de fer, que le Génois lui amena. Le jeune sultan, dans toutes ces circonstances , Tiiontra plus de fei et de constance qu'on n'eût dû s'y attendre après la de son fidèle visir , se mit à la tête de son armée laissant Pruse derrière lui, marcha sur Lopadion environs duquel Mustapha étoit campé. Une r profonde séparoit les deux armées ; Amurat , s'a|: vant que les forces de son ennemi étoient supéri aux siennes, et désirant que divers corps de tr qui étoient en marche pour le joindre fussent an fit rompre le pont qui existoit sur cette rivière , < fendre avec adresse les différens passages. Mett profit le temps pendant lequel les deux camps éi ainsi en observation , il ne crut pas devoir néglig moyen dont le succès avoit si souvent changé la fa< affaires dans le cours des différentes guerres dont ce étoit le théâtre depuis vingt années. Le sort de M pha étoit dans les mains de Cinéis, qui seul dir ses conseils et les opérations de la campagne. Qu odieux que dût être au sultan ce chef, dont la liarbare avoit tranché les jours du visir Bajazet, I cossité, rincertitude des résultats d'une bataille, fièrent le sultan à faire agir auprès de lui pour le dét; du parti de Mustapha. On l'y trouva tout dU
&I9T0IRE BU BÀ8-EMPIKE. SQl
^ ^^^ part , l'indolence , rinça pacîlé et la bassesse de ^Tr^^^ri l'avoîent dégoûté de son service ; de Tantre , il y^Q't pas homme à se consacrer long- temps aux întéjP'id'un autre. En effet, le matin du jour où le sultan 'P^tlai-mêrae fait réparer le pont , Cinéis, à la faveur tin stratagème y quitta le camp, se faisant suivre par i ce que Mustapha avoit de meilleures troupes ; et , ^^m^ dirigeant sur Smyrne , il surprit le fils d' Atiré , qui étoit renfermé , le prit et levfit égorger : de là il coqà Ephèse » où il rentra en triomphe pour la troîe fois ; mais il y trouva bientôt le châtiment de ses crimes.
A peine se ftu-on aperçu dans le camp de Mustapha la désertion de Cinéis, que le découragement s'emra du reste de ses troupes ; et comme passer du côté nemi étoit un moyen fort connu^ de mettre fin à de blables incertitudes , les troupes de Mustapha firent ire au sultan qu^elles entroient sous son obéissance. Le ot qui avoit été préparé pour son armée servit à passer son côté tous les soldats de son rival , qui , pour em* nter le langage des historiens grecs, se trouva comme geai dépouillé de toutes ses plumes. Il s'enfuit à mpsaque, et , se jetant dans une barque , il fit voile pour Gallipoli. Mais alors la flotte promise au fils de homet par le Génois Adorne étoit prête. Le sultan int s'y embarquer avec le nombre de troupes nécessaires ur assiéger la ville , et Mustapha ne tarda pas à voir er vers Gallipoli les voiles qui portoient l'armée 1^ victorieuse. Lorsque les galères étoient encore au large , ^il envoie offrir au Génois Adorne des sommes considéfin râbles, ainsi qu'une principauté dans la Thrace , s'il ^ vonloit se désister de son entreprise, et lui livrer Amurat ; mais le géuéreux podestat rejeta ces offres avec mépris , et peu s'en fallut qu'il ne fît jeter à la mer le porteur de cette injurieuse dépêche. Gallipoli ne tint pas longtemps contre les efforts du sultan et d' Adorne. Mustapha
^gli
2192 UISTOIRIS DU BAS-EMPIRK.
s^échappa , courut à Ândrinople pour y prendre t qu'il pourroît emporter des trésors qui y étoieni fermes, et se dirigea vers la Valachie. Les cavalie voyés à sa poursuite Tatteiguirent et le ramem Amurat , pour confirmer Topinion que ce rebelle uç imposteur qui usurpoit impudemment le no fils de Bajazet , le fit pendre comme un vil fuinel.
La reconnoissance du vainqueur envers sen br fidèle allié éclata dans les honneurs qu'il lui fit r et les présens dont il le combla. Il y ajouta la o du fort de Péril héorion , et le commerce exclui la Phocée pendant sa vie. Tous les soldats et n génois eurent chacun une abondante part à sei gesses «.
La cour de Constantinople , qui suivoit pend< temps la route étroite et fausse qu'elle s'étoit si adroitement tracée , eut la mortification d'appr qu' Amurat étoit sorti, par Tassistance d'autrui , ( bîme où Tavoit fait tomber ce qu'il pouvoit appe perfidie des Grecs. La délivrance de Mustapha Cinéis n'avoit attiré à Manuel et à son fils que h et le résultat amoncela sur eux de nouvelles ten Le degré de puissance auquel Amurat étoit bi
« La conduite d'Adorne a c-lé tre d'autres partis musulma
censurée avec amertume par les his- toit ne iuire que ce que la
toricos grecs , qui ont considéré Bjzancc avoit i'ail tant de
l'aide qu'il donna à Amurat comme même , selon le besoin ou
un acte de haute Impolitique, et seils de sa politique. 11 est |
d'impiété même. Mais évidemment que, sans le secours du poc
ici les critiques étoient égarés par Phocée, le fils de Muhumt
leur partialité pour les princes de succombé; or, quel avani
Constantinople. Sans doute il eût recueilli la chrétienté du g<
été honteux à des chrétiens de pré- ment d'un Mustapha et d'ui
ter le seeours de leurs armes et de que les bienfaits des chré;
-leurs vaisseaux à des infidèles con- voient que plus irrités cou
tre des peuples suivant la loi du INous répétons qu'il est dil
Christ. Mais favoriser une puis.'nnc'» Jétermincr si la conduite de
turque reconnue pour légitime par et de sou fils envers le su!
les sujets de cette domioation con- se justifier aux yeux de la i
BÎSTOIRE DU BAS-EMPinE. 2q5
Qent remonté replaçoît le malheureux empire grec is la situation iVoù l'iivoient tiré de plus heureuses rigues et tant de singuliers hasards. Aux haines natales, qui n'avoient pas cessé 'Ae couver, durant me les temps de calme et d'intelligence entre les souains des deux empires , se joignoient alors des ressenlens profonds excités par la conduite récente de la tr de Constantinople envers le sultan, ^e parti qu'elle avoit pris auroit eu une couleur exmement honorable , si son objet direct eût été le salut deux jeunes princes confiés par Mahomet à la foi de nuel. Le danger qu'ils couroient étoit attesté par tant dangers précédens, que les faux-fuyans auxquels avoit recours le visir n'a voient pu en imposer à personne. ?alôt en effet le plus âgé de ces rejetons subit le sort il réservé aux princes de cette maison ; et le plus ne n'échappa alors à la même catastrophe que parce ; le serviteur qui prenoit soin de sa personne réussit 3 dérober à tous les regards et à le cacher dans une évince éloignée.
Vlais loin que les Paléologues fussent mus dans cette (H)nstance par un motif de bienveillance et de gênéitéf ils ne se prévaloient des derniers ordres de Mamet que pour se ménager les moyens de susciter contre
e la justice. L'embarras de leur moyen de force et d'agrandissement
ation s*explique du moins. Tous pour leurs ennemis » le rôle qu'ils
■essorts de cette puissance étoieni avoient à jouer tis-à-vis la maison,
i : le dénouement de ce drame ottomane déchirée par ses dissen-
tique s'approchoit avec une ef- sions politiques , ou tranquillement
ante rapidité. Les incidens qui assise sur le trône de TOrient, étoit
etardoient un instant ne le reu- bêris»é de difficultés et de dangers.
mt que plus inévitable , puis- On ne peut donc pas dire qu'Adorne
la avoient pour résultats d'aguer- fut infidèle à la cause des chrétiena.
de plus en plus les peuplades qui pour avoir secouru Amurat, auquel
toient depuis un demi- siècle sur Manuel et Jean eussent tendu eux-
rille sainte, des regards avides, mêmes une main protectrice, s\^
)s un état de choses où la guerr-i par une lâcheté inouïe, il eût sous-
it pour les Grecs un commence- crit aux conditions qu'on lui vouloir.
nt de destruction , et la paix un imposer.
^Ip4 HISTOIRE l>n BAS-EMPIRE.
le monarque turc des ennemis pris dans sa propre fil
mille , pensant que le seul moyen d*arréter les progrl
de ces infidèles , si on âvoit perdu Pespérance de 1
détruire , étoit le partage de leur domination. Touse
projets avoient échoué par l'adresse du visir, et s'étoiei
tournés contre leurs auteurs , lorsque Mustapha a?(i
fait une fin digne de son caractère et de son ingratitad
De Texigence et des menaces Tempereur passa de soi
aux apologies, et chercha par ce moyen à conjnr
la tempête qu'il avoit lui - même excitée. Instruits i
préparatifs formidables qu'Amurat faisoit contre la vi
impériale , il lui envoya des ambassadeurs pour I
proposer des accommodemens. Ils étoient chargés
représenter au sultan que Tamitié qui avoit subsi
entre Mahomet , son père , et l'empereur Manuel, av
fait pour celui-ci un devoir de réclamer Tàccomplisi
ment d'unedisposition pour ainsi dire sacrée, puisqoV
avoit été f.tite au lit de mort , et qu'elle eoncemoit
objets des plus chères affections du sultan ; que d'aillé
les précautions relatives à Mustapha et Cinéis n'étol
prescrites que durant la vie de Mahomet; et que,
moment qu'il avoit cessé d'être, la cour de Constan
nople ne s'étoit pas crue en droit de prolonger l(
captivité.
Âmurat ne voulut pas même écouter ces ambassaden il les retint néanmoins jusqu'à ce qu'il eût achevé dispositions d'attaque. Alors, en les congédiant , il borna à leur dire : Assurez voire maître que j'irai bù tôt le trousser. Il ne tarda pas en effet a se présenter s< les ïxwws de Constantinople avec une armée qui en c vrit tous les environs, et que les historiens font mer à plus de deux cent mille hommes.
Nous avons dit que Tâge et les infirmités avoient c train! Manuel à abandonner presque entièrement rênes du gouvernement à son fils. Succombant sous difficultés sans cesse renaissantes, et qui rendoiea
HISTOIRE l)U BAS-EMPIUE. agS
IPkidnt le sceptre impérial, il avoit senti le nëant des lÉpandeurs, et s'ëtoit enseveli an foud du monastère de Biriblepte , où il se consacroit presque entièrement à |i méditation àes saintes Ecritures. Les dangers immi- Hms où son peuple se trouvoit de nouveau exposé Tarjljlchèrent pourtant à sa solitude , et il fut résolu , par jpfen conseil , qu'on enverroit faire au sultan irrité de HlMivelles propositions et de plus humbles soumissions. h On envoya dans son camp un homme dans les res«- ^porces duquel la cour mettoit les plus grandes espérances. Borax , dit le théologien , né à Philadelphie , avoit aban- Plonné son pays lors de Tirruptio^ desMogols. Il s'établit p Constantinople où , par son adresse, il s'étoit insinué Mans la conâance des princes. Versé dans la langue des MTurcs, au milieu desquels il avoit long- temps vécu, Instruit de leurs coutumes et de leurs mœurs, il avoit mvenf figuré dans les ambassades précédentes en quaië de secrétaire et d'interprète. Mais en même temps passoit pour un homme profondément dissimulé et l'une moralité très- suspecte. Corax, en rentrant dans IJa ville , assura n'avoir pu rien obtenir. Le bruit se ré- >^t>8ndit aussitôt qu'il avoit été séduit par Âmurat, et que, ii&oyennant la promesse d'un gouvernement, il s'étoit ' ^og^gë à livrer la ville au sultan dans la nuit prochaine. = Une des personnes qui Tavoient accompagné au camp affirmoit avoir entendu former ce complot. L'indignation publique éclata contre Corax , dont on demanda à grands cris le supplice. Les empereurs doutoient encore de son crime, et vouloient éclaircir la chose; mais le peuple , excité par les gardes impériales , devint si menaçant , que Manuel fut contraint de livrer Corax. La torture qu'on lui fit souffrir arracha quelques aveux ; et dans le même moment la visite de ses papiers fit découvrir des lettres où tout le complot et oit détaillé. Alors la rage de la multitude fut à son comi)le : après avoir épuisé sur le traître toutes sortes de taurmens>
396 HISTOIRE DU BAS-EHPIRJEf
on fit venir le bourreau, qui lui arracha les yen: orbites avec tant de violence , que sa figure n'eut après rien crhnniain. Il mourut en prison dans les leurs les plus atroces. On avoit trouvé chez lui quantité immense de vases précieux , de riches ét( et d'objets somptueux et rares qu'il avoit étéchargi de ses diverses missions de remettre aux princes mans, ainsi qu'à leurs visirs , et qu'il av(»il gardés lui. Sa maison fut livrée au pillage et réduite en cer S il eûl pu rester quelques doutes sur le crime de C le ressentiment que m^nift-sta le sultan en appn sa fin tragique les auroit totalement dissipés. Un no Michel Pilles, natif d'Ephèse, et qui se trouvait le camp du sultan , quoiqu'il proffs^ât le christiani fut soupçonné d'avoir trahi le secret de la négocia dont la découverte avoit coûté la vie au Philadelp Les Turcs se saisirent de sa personne ; et , aprè avoir fait toutes sortes d'outrages, ils alloient le périr dans les flammes, lorsque Pilles eut recours nio^on qui a sauvé la vie à plus d un chrétien ei reîlle circonstance; il déclara qu'il cnd)rassoit la 1 M;ihomet. Aiissitôl ses bourreaux respectèrent en I nouvel enfant du (irophèle; et Pilles se fit circo pour échapper à la mort.
Pendant ce temps Anuira^ contînuoîl de presi siège de Constanliuople. Une immense qtianliléd< chines de g- erre men.içoit ses nnuaillcs sur ton point^, et le n(»nd>re des troupes turques perinetl( les a>saillir de plusieurs côtés en même temps; les assiégés faisoient bonne contenance. lU avoien repoui,sé avec un tiè.s-grand avantage diverses al ta quoique ilirigées par Anuuat eu personne. Ton noiiçoil donc <pie, nuilgié la vigueur avec laque conduisoit les opérations, le siège traineroit en long La dil.iculté de faire sul):ibler une armée au>si con rable, et que les maladies commencèrent à entamer
HISTOIRE DU BÀS-EMPIRC» 2gj
an sultan un moyen qui lui parut prupreà triompher 1 instant de toutes les rësi>lances : il fit annoncer tout son empire qu'il ahan(ioiinert>it la ville rhrëe au pillage de ceux qui i'aideroient à s'en rendre re , et qu'il ne se lëder vernit rien des rirhe>sps le contenait. Aussitôt on vit des troupes de bri- ( fondre de toutes parts comme des nuëes de vau- «demandant qu'on les menât à Tassant. Lt*s niaiîux habitans de (^onstantinople purent entendre les le joie féroce qtie faisoit pousser à ces barbares Tance prochaine d une si riche proie. Il sembloit fet que l'heure fatale alloit sonner pour la ville de tant in. Des espèces de prophètes , parcourant les nées turques , annonçoient partout la chute proe de la foi! de puissance grecque , et l'établissement domination des Oitomans sur les rivages délicieux osphore. Un de ces prétendus inspirés, qui parut I hy nie , osa envoyer dire au sultan de ne pas donner uit général avant qu'il fût arrivé dans le camp , où lâta en etfet de se rendre. Ou le vit s'avancer à la le quatre à cinq cents derviches ou moines turcs. )it monté sur une mule, annonçant par la fierté contenance qu'il se croyoit certain tlu succès. Tout iip le reçut avec les témtngnages du plus grand et : on fléchissoit le genou devant lui; et le sultan téme s inclina , soit qu'il partageât Terreur com- S soit qu'il voulût la ménager pour en tirer parti. Élite (c'étoit le nom de ce fanati(|ue) recevoit ces eurs avec un air d'ifidiiTérence. On peut dire qtie, oinent de son arrivée, lui seul conunanda dans le . Il expliquoit aux soldats sa mission, disant qu il chargé par leTiès haut d'exterminer les infidèles , tinter l'étendard du croissant dans la ville de Con- Inople , et de mettre en servitude tout ce (]ue le e y auroit épargné. « Tenez - vous prêts ( leur i-t-il ) : le moment approche , mais il ua clé
âp6 HISTOIRE BIT BAS-EMPIRt.
«' révélé qu'à moî. >» Les Turcs , se croyant àsstît la victoire , attendent avec impatience l'heiîte .devoit leur livrer la ville. Us însultoient d'avanc chrétiens , en leur faisant le tableau de tous les oii1 et de toutes lés profanations dont ils alloient être le times et les témoins. Mersaîte, entouré de ses derv paroîssoit plongé dans une méditation extatique : détournoit les yeux du Koran , qu'il avoit ouverts d lui, que pour les porter sur le ciel , où il semblo Tarrèt de la destruction des chrétiens. EnBn , le 2t ( 1423 ), Mersaite se fit amener un cheval qn*îl ni et rangeant autour de lui ses derviches armés ,c< firent retentir les airs des plus bruyantes acclama qui furent suivies du son des trompettes et des cl; dont chacun d'eux étpit muni. Cette musique guc enflamma le courage des soldats turcs. Mersaite ti cimeterre du fourreau , et donnant le signal du bat , il s'élança vers les fortifications extérieures ville , où les Turcs firent d'abord pleuvoir une gr traits. L'effet en fut terrible pour les Grecs , qui leur effroi , abandonnèrent ces premiers ouvraj se retirèrent promptement dans la ville , où ils por le trouble et la terreur. Mais cette impression de( ragement ne dura qu'un instant ; bientôt la popii entière , comme ébranlée par un mouvertient é que , se porta vers les murailles pour accabi assîégeans de toutes les armes meurtrières qui fournirent Taudace et le désespoir. Les femmes ï partagèrent dans cette journée les périls et la glo leurs maris : on en vit , s'exposant aux flèches et aux armes des Turcs , lancer sur eux , du haut d( neaux, des pierres et des matières enflammées; d apportoicnt aux soldats des vivres et des râfraîi mens ; d'autres enfin se dévouoient pour soula blessés. Plusieurs trouvèrent la mort en accomp cette lâche héroïque. Les Turcs , qui se flattoi
er à une conquête facile, reculèrent i^pouvantés : iés étoient en quelque sorte comblés de leurs et le camp rempli de leurs blessés. L'abat temeni I au fanatique enthousiasme qui lesavoit rassem- »us les murs de la ville, et bientôt on les vit e la fuite avec autant de précipitation qu'ils t mis d'assurance dans leurs premières attaques. [^recs, profitant du désordre qui s'étoit mis parmi rent une vigoureuse sortie, qui acheva de hs r : ils s'emparèrent d'une grande quantité d'armes lachines que les ennemis ne purent détruire ni 1er «. Le magicien Mersaite , entraîné dans la *s siens, eut recours à une autre espèce d'impo9mr couvrir la honte de cette défaite : il prétendit moment où, suivi d'une troupe d'élite , il alloit !r dans la ville , un fantôme, vêtu d'une longue 'avoit repoussé. Comme il est rare que de pareils es ne trouvent pas bon nombre de témoignages *s accréditer, plusieurs Turcs de la suite de Merttestèrent avoir vu le personnage surnaturel qui >aralysé ses efforts. Ce conte , répandu daps la r prit une autre couleur. Une foule de personnes *rent avoir effectivement vu une dame d'une niaiestueuse , et vêtue d'une robe violette , qui se noit sur les remparts : il n'y eut plus aucun doute
ai ces armes se trouvèrent et foarni ft Amurat cet instrument
pièces de canon dont Amu- meurtriers, ^ai, habilement roanocu-
fait usage contre la ville vrëi , cuisent pu produire plu» d'eflVt
siège. Ce moyen d'attaque que toutes les anciennes machines
Sfense, quoique connu en ensemble. Manuel s'en étoit aussi
; depuis plus d'un siècle , procuré pour la défense de la ville :
oint jusque- là été pratiqué mais également mal dirigés départ
guerres continuelles entre et d*autre, ces foudres, qui dëci-
et les Turc» : l'incurie des dent si souvent aujourd'hui du sort
atalisme des autres , a voient des combals » et toujours du destin
qu'on ne perfectionnât des places de guerre , firent en ré*
ention, qui a fini par opë- sultat plus de bruit que de mal.
l'art militaire une si grande Jifous reviendrons sar ce sujet à pro«
n. On a soupçouné les Véni- pot dtt fameux canon 4e Mahomet u.
les Génois d'avoir indiqué
3oO HISTOIRE DIT HÀS-EMPIRS.
que ce ne fût la sainte Vierge , protectrice de Cons tinople, qui étoit venue au secours de sa ville chérii moment d'un s! pressant danger.
Manuel , quoique près de s^éleindre , trouva dami génie , fertile en expédiens , un moyen d'accroître] embarras où cet échec venoit de mettre le sultan, plus jeune des frères d'Amurat étoit retiré en Pa| gonie , où Tavoît conduit Eliez , un des échansons) Mahomet, pour le soustraire au fatal cordon. Ce j< homme , que les Greca appellent Mustaphopule poi distinguer de Mustapha , dont Amurat s'étoit précède! ment défait , pouvoit reporter dans la maison otjj maiie le flambeau des discordes qui avoient si souvi donné le temps aux Grecs de respirer. Manuel , mail Tépuisement de son trésor, fit passer à Eliez des soma assez considérables pour le mettre en état de leveri corps (le troupes , et de déclarer les prétentions M<i>taphopule à Tempire. Eliez et son pupille vinren Pruse, où un assez grand nombre de Turcs le reconi reiit pour sultan; les uns séduits par les largesses (F liez ^ d'autres entraînés par la nouveauté, parce qu croyoient trouver dans les traits du jeune prince v grande ressemblance avec ceux du prophète Mahorn Le parti du protendant grossissoit chaque jour; il dirigea vers Nicée, qui lui ouvrit ses portas. C'est qti'Eliez établit le quartier-général de ses troupes.
Amurat ne parut pas s'inquiéter de cette révolte î tant que Manuel s'y étoit attendu. Après avoir levé siège de Constantinople, il s'étoit rendu à Andrinop ce qui Téloignoit du point où son ennemi faisoit d'as rapides progrès; mais cette marche n'avoit d'autre 1 que d'inspirer à celui-ci une fausse sécurité. En efl dans le temps même où l'on jugeoit qu'il n'étoit oca qu à oublier dans le sein des plaisirs la honte de sa d nière expédition contre les Grecs, il partit sécrétera avec un petit nombre de gardes dévoués , et, après av
HISTOIRE DU BÀS-£MPia£* 3oi
Pie détroit, il gagna Nicée avec la rapidité d'nn Il s'y étoit à l'avance ménagé des intelligences, et :mroupe entoura sans obstacle le palais où reposoieat iquillement Mustaphopule et son gouverneur, quilyoient encore au fond de la Thrace. Il fit étrandevantlui le jeune infortuné qui se trouva Tinstruit passif d'une ambition étrangère. Eliez eut le même ; et comme les gardes du prince avoient montré ir lui le plus vif enthousiasme , Âmurat les fit tous *ger. Ainsi se rompoit sans efforts le dernier fil aur la cour de Constantinople avoit rattaché sa des- •
s'en fallut pourtant que Tissue de cette entreprise pour l'empereur des conséquences aussi funestes et ^immédiates qu'il y avoit lieu de le craindre. Âmurat, irrassé du dernier concurrent qui pût lui disputer :eptre , remit le glaive dans le fourreau , et fit aux icesde Constantinople des propositions de paix, que. inel s'empressa d'accueillir ;, mais la ratification put être de suite obtenue, en raison de Tabsence ^l'empereur Jean , dont la résidence étoit même alors |orée. La situation critique de l'empire, et la divergence les opinions sur les moyens de salut , avoient alla bonne intelligence qui subsista d'abord entre les IX princes. Il paroit que Jean , fatigué de ce peu d'u- 1, s'étoit éloigné du conseil, où l'expérience et la cirispection de Manuel dirigeoient de nouveau les affaires opposition aux vues de son collègue , dont la hardiesse 'mpestive pouvoit passer pour téxiiérité. 11 couvrit sa traite d'un prétexte : c'étoit d'aller secrètement solliler du secours de la cour de Hongrie. Mais il cessa ^nlôt de donner de ses nouvelles , et au moment de ^signature du traité conclu avec Âmurat , on ne savoit Constantinople ce qu'il étoit devenu. Des bruits siistres avoient couru sur son compte , et la famille inijériale étoit dans la plus grande inquiétude à son sujet.
5ofl HISTOIRE DU BÀS-EHPIRr.
On ne tarda pas d'apprendre qu'il étoit dans nne ville sur le Danube, et qu'il se disposoit à s'emba sur la mer Noire pour revenir à Constantinople. nouvelle, apportée par un étranger qui, pour s'acq de sa mission , avoît affronté dfes dangers de ton pèce , remplit de joie le cœur de son père et i épouse , en proie à tant d'autres genres d*inquié Le messager reçut une somme considérable poa de son zèle et dfe son dévouement. Toutes les pen de la cour le comblèrent à Tenvi de présens.
C'étoit une fatalité attachée à la destinée des p chrétiens de ces temps- là que les controverses reli{ vinssent ajouter aux causes déjà trop nombreus précipitoient leur décadence ou compromettoiei bonheur. Le projet de la réunion des églises grec latine a voit presque continuellement occupé les pendant le règne de Manuel. Cette fusion , si pc ramment sollicitée par le saint-siége, trouvoil ci capitale de l'empire de nombreux et puissans c dicteurs. L'opinion générale même les reponssoit les ménagemens que n'avoit cessé de commander les princes d'Occident l'état malheureux où se tr réduit l'empire, prescrivoient à Manuel de dissi cette répugnance. Dans les intervalles de repos < laissoient les Turcs, la cour de Rome ne manqu de renouveler ses instances; en sorte que l'empei voyoit engagé dans des négociations fatigantes av du moment que Constantinople voyoit l'ennemi gner de ses murailles. La chaire de saint Piern alors occupée par Martin v, qui souhaitoit arder d'illustrer son pontificat par cette conquête spiri Pour y préparer les esprits , il a voit d'avance cl à aplanir lui-même tout ce qui, dans la disci marquoit plus visiblement la séparation des deux i Enfin, prenant à la lettre ce que les envoyés de W et de Jean lui disoient de conciliant et de flattei
HISTOIRE DU BÀS-EMPIRE. 3o5
rijigara que la révolution qu'il vouloit opérer dans nent étoit déjà faite , et que le patriarche de Conppitinople , d'accord avec les princes comme avec le Pple » aspiroit.à se confondre dans la communion ro^ pnae. Il s*empressa donc d'envoyer à Manuel des nonces pir le féliciter des dispositions dans lesquelles il le jpposoit , mais qui le frappèrent du plus grand éton- Ipient quand ils lui expliquèrent sans détour quel pM Tobjet de leur mission. L'empereur leur répondit pUl ne croyoit pas que , dans aucun de ses rapports avec ntife , rien eût pu avoir donné lieu à une semblable on ; qu'il désiroit sans doute avec la plus grande srité qu'un pareil rapprochement pût avoir lieu , qu'il ne pouvoit être que le résultat d'un examen soel dans lequel les princes de la foi pèseroient les droits prétentions de chaque église ; qu'un concile enfin it seul valablement résoudre d'aussi importantes ions ; que c'étoit à Constantinople qu'il devoit se ir; qu'il falloit attendre que l'empire fût entièrement iuré contre les entreprises de ses ennemis pour se r à des discussions de ce genre avec le calme qu'elle9 ;eoienl. Le pape» jugeant que le moment opportun oit pas venu , parut se contenter de ces raisons , et négociation resta dans ces termes pour être reprise
de temps après.
Xtfs dispositions pacifiques d'Âmurat ne pouvoient raer une sécurité entière dans l'âme du vieil emper, qui avoit suivi les progrès de la puissance des nlmans autour de la ville capitale. Il calcuioit avec oi les courts instans d'existence qui restoient à Temgrec Y horriblement dévasté par tant de guerres, lémerobré à chaque paix , séparé par d'immenses in- Srvallesdes contrées amies , trop imposant encore pour t pas exciter la jalousie et la cupidité des barbares, rop foible , trop réduit pour soutenir plus long-temps tne lutte si inégale. C'est au milieu de cas tristes pen-
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sées qu'il termina sa longue et orageuse carrièrf la soixante - dix - septième année de son règne , un règne de cinquante- deux ans, qu'on doit n à trente - quatre, si Ton compte seulement dn de Jean Paléologue, son père ^. Son fils Jea riva pour recevoir son dernier soupir et lui fern yeux.
L^ tontbe de Manuel fut arrosée de larnnes sir
Il avoitaimé son peuple, et s'étoit constamment d
à ses intérêts et à son salut. Doué de toutes les qi
qui peuvent rendre recommândable âané la vie p
il n'étoit pas dépourvu de celles qui font hono
aimer le souverain. Il donna dans les premières s
un admîrîible exemple de pîoté filiale , et monti
suite pour ses enfans une tendresse éclairée, san;
lange de foi blesse. Son caractère , naturellement
impétueux, dut se plier de bonne heure à la né
des temps où il étoit appelé à régner : livré en
à une cour barbare, il avoit f^it dans le palais d\
rat I" Tapprentissage d'une prudente circonspe<
et on l'a vu, durant les violons conflits qui depuis
vèrent dans la maison de Bajazet , subordonner
une rare sagacité sa conduite et ses mesures au <
tère et à la position de chacun des princes qui pori
tour à tour un sceptre ensanglanté. Mais il fit l'en
faute de ne pas agir en même temps avec la vij
que la circonstance commanJoit. Il sembloit que
doutable Tamerlan eût été envoyé par le ciel r
pour anéantir une puissance qui menaçoit d engl
tout ce qui restoit en Orient de la grandeur romai
de la civilisation des Grecs. L'irréconciliable enner
nom chrétien , renversé p»>ur ainsi dire d'un
coup, restoit éfendu sur la poussière; et les Grecs,
la retraite des Mogpls , n'avoierit qu'à se lever
purger la contrée de ses débris. Deux causes grave
o II mourut rcYÔtu d'un habit de mciac.
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ipsent néanmoins avoir interdit à la cour de Constanlople Tespoir de rétablir sa domination sur les ruines . trône de Bajazet. Le zèle religieux qui animoit alors nation turque étoit ce qu'il avoit paru dans sa naisace , un fanatisme conquérant. La chute épouvantable son chef n'avoit point éteint cette ardeur qui , partae par une foule de peuples ( que des nuances seules paroient des nations puissantes et guerrières de TAsie ), [roit , au premier appel , sortir des armées entières du pi d'une population en apparence soumise et abattue. ^tre un ennemi renaissant en quelque sorte de ses ludres , le foible monarque de Constantinople n'avoit lire marcher que des forces toujours les mêmes et iposëes en majeure partie de mercenaires , qui ne reivoîent une certaine resolution qu'à Tabri de leur^ irailles. Il suffit de jeter les yeux sur la carte de cet ipire, tel qu'il existoit à cette époque, pour voir compeu chacune des parties qui le constituoient alors ivoit seconder les efforts de la métropole , et dans dénAment chaque province se trouvoit lors d'une ique et d'une invasion. Le cœur seul de l'empire, si peut s'exprimer ainsi , battoit encore : tous les membres en étoient paralysés. Telle étoit Timpssance du centre pour porter aux extrémités un reste vie* que des provinces entières alloient au-devant du étranger, trop heureuses de trouver secours et protion sous d'autres étendards. L'Occident , occupé de propres intérêts et de ses querelles domestiques , avoit initivement abandonné Tempire grec à sa destinée, malheurs qu'un peuple doit à sa propre foiblesse !nt bientôt par ne plus inspirer qu'un stérile in- : quoi qu'en pussent dire les négociateurs des princes ttiecs, les autres nations de l'Europe ne croyolenl guère 6iir salut attaché à celui de Constantinople , et le iHivenir des désastres qu'avoient attirés sur elles les ifues saintes refroidissoit totalement leur zèle. Comme
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nous ra¥ons plus d'une fois fait observer , c^étoit eux - méfnes que les Grecs dévoient chercher des sources. Mais c eût été demander à un corps débit caduc la vigueur et l'énergie d'une mâle virilité. Il faux que les nations ne meurent pas ; noas suivons les tristes progrès de la dissolution d'un empire «près avoir offert toutes les phases de la puissance et la gloire « et lentement parcouru tous les degrés de décadence , se trou voit réduit à un foible point lu neux près de disparottre pour toujours dans l'océan siècles. S'il est dans l'histoire des peuples quel exemples d'une heureuse régénération à ce degré de crépitude , elle a été due à une révolution subite en agitant violemment les esprits , a retrempé les 4i par Lfenthousiasme et confondu tous les sentiméns l'instinct même dans l'amour de la patrie. Telle n'éi en aucune manière la situation des Grecs à l'époque Manuel àvoit été appelé à les gouverner. Le genre courage qui reste à une société vieillie au mHieu ruines de son ancienne grandeur peut bien faire priser la mort , comme préférable à la douleur et à honte , mais ne peut rendre le sacrifice de chacun utl au salut de tous.
Manuel possédoit une grande partie des coiyioissan de son temps. Il s'exprimoît avec facilité et même a grâce ; il savoit en certaines circonstances prendre les esprits une assez grande autorité. Ses princi comme souverain sont dignes des plus grands élog il s'est plu à les consigner dans les écrits qu'il a cooi' posés pour l'instruction de son fils Jean Paléologue, l'on peut dire qu'il s'en est rarement écarté lui-même dan le cours de son long règne. Les ouvrages qu'il a compo» honorent sa plume, et, dans ce nombre, ceux qui traiteflt de controverse sont estimés des théologiens.
Il eut de l'impératrice Irène, fille du prince Cot\^ 6tantiu Dragosès , six fils , savoir : Jean Paléologtiei
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, avant de lui succéder , étoit , comme on Ta vu , icîé à Tempire; Théodore, d'abord prince deSélîe, et ensuite despote de Lacédénorone ; Andronic , nce de Thessa Ionique; Constantin, appelé Dragosès, nom de sa mère; Démétrius Porphyrogénète ; et lomas , qui s'établit à Messène.
L'historien Phrantzès fut son ministre , et il eut dans fidèle serviteur une confiance sans bornes. C'est à lui ^\\ dicta $es dernières volontés , et il lui donna une !rt honorable dans ses largesses* Manuel expira le 2t Ulet 1425,
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