CONSTANTIN PALÉOLOGUE
suhmommb DÏIAGOSÈS.
VEAN Paléologne ^tant mort snns enfans^ le trône, en Ah. i45c ttaivaiit Tordre de succession , devoit appartenir à Paine Phmnza^ rie ses frères. La poste, qui <lé^olc)îl une paitie de la oucas^ ^rèce, venoîl d'en réduire le nombre à trois, en enle- ^^' „ , ^ant le prince Théodore. Ce prince avoit été soccessive- /iV. •• tneot despote de Sélyviée et seigneur de Sparte. Non /,vf a^^^j" -content de cet apanage, il tourmenta longtemps Tempereur pour en avoir un plus considérable, le menaçant même de lui faire la guerre. Paléologue, qui n'avoit lui-même qu'un fragment de Tempire, n'auroit pu rassasier Tambition de son frère. Elle lui causoit (\vs i iquiétudes lorsqu'il apprit que, cédant toiit à coup ses * biens à Constantin Dragosès, ii s'étoit fait moine, et relire dans un couvent. Il ne restoit donc que trois concnrrens au trône : c'étoient Constantin, Démétrius et Thomas. Quoique, dans Tordre de* naissance , Dérhétrios ne fut que le second , il prétendoit que la couronne devoit lui appartenir, parce, qu'il étoit porphyrogé- ^èie ^, c'est-à-dire né depuis que son frère éti»it monté
' Si Von est d'accord sur la signl- uns, l'enfant recevoit ie nom de
^Cation de ce mo'. , qui veut dire né Porphjrfo^énèle parce que la cham-
^itiiis la pvurfjrey aioM que sur Tin- bre destinée aux cuuclies de Tiuipé^
^«rprétaliun qu'on lui donne et l'ap- ratricc éloit tendue de poufpre :
•pllcaiion qu'on en fait , on Test suivant le» autres ( qui .adoptent la
'^^iDM sur sou origine. Suivant le» trft4itio9 d« C^Mcjèou» , bi$lW9a
45o HISTOmX DU BAS-EMPIRI^.
sur le trône. Ce prince pensoit qpe les enfans v avant cette époque dévoient être exclus*, parce qu'ils pouvoicnt avoir aucun droit sur ce qui n^appart point à leur, père lors de leur naisfiainçe. Cette opio parut spécieuse à tous ceux qui attendoieat plus de métrius que de Constantin ; plusieurs grands dignitai la soutinrent, et les Grecs , qui n^avoient jamais eu de besoin d^inion , alloient être en proie a une guerre vile , lorsque Timpératrice n^ère , le prince TboDias, sénat , la milice et le peuple proclamèrent Constant! C'étoit à peu près tout l'empire. Le prince étoit dam Péloponèse. On savoit qu'Amurat alTectionnoit Dé trius, jet Ton craigooU qu'il n'appuyât ses préteati £n consëqueuice on crut Revoir lui dépujter Phrania* Jovestialre ^, a&n de faire approuver ce choix par sultan.
Sensible à cet hommage, Amurat combla Tenvoyé préseas. Cette démarche, justifiée par une nécessité coureuse, fut blâmée par les partisans de Démétriuii qui auroient tenu la même conduite , si ce prince eèt été proclamé. C'étoit une formnlité qu'on avoit remplie à Tavéïiement des derniers empereurs, et dont l'omission eût attiré la ruine totale des Grecs , qui , l)ieB loin d'être en état d'attaquer, ne pouvoieut mêniepaJ se défendre. Quelque indispensable qu'elle fut , on n'est pas fâché de savoir qu'elle se fit à Tiusu de Constantii (qui pour ^grs étoit àSp<)rt.e, ne sachant point la morl de PaléplQgqe), parce que sa gloire fut sans ancniv
byzantin du onzième siècle) le mot minntion fut cnsuile donnée à ceu;
RÎgniGe né dan« un palais de fuir- donf Ij* père étoit «MnpiTciir n'gnan
phyre, Coo^lantin avuit tait bâtir xio lorsqu'ils vinrent au monde,
palais dans lequel il y avoit un iippnr- «* C'est plus partirulièrement «
tcna€nl pavé cl revélu d'un marbre auteur que nous cimsnllerons pou
-pcécîeux à fond rouge avec des la fin de ce! Je histoire. Acirur o»
iiiches blanches. Cet appartement ne témoin oculaire dans le» grandie»*
devoît être habité que pendant les nemens qui vonl se passer, il «'
couche» de Timpératrice ; et l'enfant fail un récit digne de foi, parceqwi
«toit Pcty/fiyrogéhèle. €eUe dého- réunit tous ica degrés de certitude
' HTSTOIRE I>U DAS-EMPTRE. 4^1
iche. Il àvoit même envoyé vers son frère , qn'îl croyoit lujours sur le trône , I^siraris et PhiLaiithrupèiie , relajl^ment à des adViîres i\\i'\l étoit lUf^ciit de teriniiier. Ébarrivèrent à Constanliiiople au Tnomeiit où l'on 4iéplloît la question de savoir lequel des frères succèdeiik à Paléologne. Lorsqu'elle eut été déridée en sa fa<jKr, on lui députa Philanlhropène, et Mmuel, sur-» immié Jagru^^ qui lui porlèrent les oruemeiis de la lyrauté. il l^s reçut dans une audience sidefuielle le 6 levier i45o, et fut couronné par eux «. Le 12 mars tvant il tit son entrée à Conslanlinople au milieu. de|5 claniations unanimes. Des fêtes, des réjouis&ancesi des Compiles, des jeux, comme dans les temps les plus 1^|>ères, eurent lieu pour son avènement. G étoit une Intime qu'on couronrioit de fleurs. Il fit son frèro ^lomas despote, et lui céda le Péloponèse, ainsi qu'à^ i^étrius. Comme le premier avoil été d'un avis confire au second dans la discussion qui s*étoit élevée à mort de Jeaii Paléologue pour le droit de succession , ^ craignoit leur mésintelligence. On les (il venir eo H^eiice de leur auguste mère, et jurer par les sermens fcpkjs horribles de ne pas troubler la paix, et de s être ciproquement fidèles : sermens , dit Phranza^ que tou» S ii€ux violèrent également.
lie premier soin de Constantin fut/de s'occuper, du loix d'une épouse. Dans les circonstance.oùse trou voit SiQipire, il failoit tâcher de contracter une alliancie Ile; mais les motifs qui la fesoient rechercher la renlient fort difficile à trouver. Il s'agissoild'étayer \\n cosse près de s'écrouler, et l'an couroil risque de s en sedir sous ses ruines. Constantin âongeji>it:à la. fille di) >ge de Venise. Cette république pouvoit être d'un puiiff Ht secours. Elle étoit disposée et le fit voîr; mais la nute noblesse de Tempire , au moment où son existencii oit mise en question , n'écouta qu'un fol orgueil , et àér
43^1 HISTOIRE DU BÀS-EMPI&E.
clara ce mariage peu convenable , parce qu'il y une grande distance entre la fille d*un magistrat et pereur des Grecs. Le magistrat , humilié , s^en se lorsqu'on eut besoin de lui. Pendant qu'on discato ce projet de mariage, lo pape Nicolas v^ succc d'Eugène iv, envoyoit au nouvel empereur uni chargé de missives dans lesquelles le saint-pèi*e e^i toit le prince à faire rigoureusement observer le d d'union , et surtout à replacer sur le trône patriai le prélat que lesschismatiquesen avoient chassé. C de maintenir Constantin Paléologue sur le sien q devoit s'occuper. Le souvenir de ce qui s'étoit pasî concile de Florence étoit encore trop récent, et la II des Grecs contre les Latins trop envenimée pour Constantin osât rien faire de ce qu'on lui deman Jl falloit être bien aveugle , ou d'un égoïsme jaél) lable , pour exiger alors de l'empereur des mesures l'exécution devoit nécessairement l'affoiblir en div son peuple. Il ne fit rien parce qu'il ne pouvoit faire. Le pape lui en sut mauvais gré. Prenant cette possibilité pour un refus, il s'en servit comme de texte pour l'abandonner à son sort. Si la raison (ei sant toujours trouver une cause à tous les événei lorsqu'on veut la chercher ) ne proscrivoit l'hypo de rinlervf ntiondu destin, on seroit tenté de Tadmi en voyant tous ceux qui avoient un si grand intérêt pousser les Turcs concourir aveuglément à favc leur invasion et leurs progrès. Depuis long-teni[ Grecs se forgeoient des chaînes ; d'une main imprm ou coupable , ils ouvraient de tous côtés la porte barbares; et lorsqu'un moment de repos ou d'oubli permettoit d'augn)enter leurs ressources, ils prodi^ en pure perte celles qui leur restent. Comment e quer, et surtout excuser le fait suivant? Dans le < des princesses à qui l'empereur vouloit offrir le pa d'une couronne chancelante, ce prince parut h<
HISTOIRE DU BÀS-EMPIttE. 4^5
k|ptre la cour de Trébisonde et celle d'Arménie* S'en Supportant au goût de Phranza, soii'am'i ^ il le chargea yk choi ir, et Teavoya dans les deux cours en qualité ^'ambassadeur.
. Le sénat voulut donner à cette ambassade plus de ^ompe et de solennité que de coutume. On forma donc m cortège nombreux, et si bizarrement composé, que, jTour y croire, il faut tout le sérieux avec lequel Thisto- ^en qui représenlpit Tempereur en fait le récit ". Un Xiélange de nobles, de moines, de médecins, dcchani'eurs, de musiciens portant ou traînant des orgues, Stoit un singulier moyen de donner une idée de la richesse , de la prospérité d'un empire, et de la grandeui^ du chef de cet empire : but qu'on se proposoit particulièrement dans cette ambassade. Elle étoit chargée de présens considérables pour les rois de Trébisonde et d'Arménici Elle dura deux ans, coûta beaucoup, et les coffres de l'état furent vidés pour une représentation qui n'eut aucun résultat. Pendant son séjour à Tré-^ :]>isonde, la nouvelle de la mort du sultan Amurat par- -^vint dans cette ville. La suite de l'ambassadeur s'en ré-
* Pour éviter le reproche d'exa- moniam effîceret, haud intellige-
^ération , nous n'avons rien de mieux bant. Ce passage peut donner unej
1Î faire qu'à présêntiT le récit môme idée de la musique des Grecs et dô
.de Phranza, traduit par le jésuite leur goût. Une ambassade composée»
Jacques Pontanus. Cuindonis spleti' de nobles, de moines ^ d'archiman-
didisy muUoque apparatu ^ cùm drites, de chanteurs, de médecins,
ifiris nobiUbus et satelliiio , cun de joueurs d'orgue» de Barbarie ,
hieroinonachis et inotiacliis ^ cum passeroit aujourd'hui pour une troupe
cantoribus et medicis , et quibus- de comédiens amhuians. Les orgues
dam or^anicis et alla muiica iiistru- étuient très-anciiilnes. Pline en dé-
menta tiactandi pemtis missus suin. crit qu'oti Taisoit jouer par le moyen
Passim cuin lœtiiid excepti sumus j du vent, et qu'il appelle ot^ana
puUatisque or^anis et t'nstrumen- 5/7iriViia//'a. Vitruvcj dans son dixiè'
tis musicis resonantibus ^ indi^enœ me livre, fait pareillement une des-
concursantés admirariac profUeri..» criptioo de l'orgue. En 767 le roi
£x vicis et oppidis ad viuendum Pcpin en reçut une des ambassadeurs
audiendumgueapproperârunt..Quo- de Constantin v. Quand Gharlema-
niam sonituin quidam aun'bus per- gne monta sur le trône ^ l'empereuf
fcipiebant ; qiiid uniein illam har- grec lui fit présent d'un jeu d'orgucs< HIST. DU BAS-ESIP. TOM. XU. a 8
jouit sans réflexion. Phranza , pUis sage et pins expé-jL| rimentë, en fut profondément afiiecté. Le sultan avo&^ ^t satisfait son ambition. Deux abdications, la retraite, kt ^ repos, le prouvoient. La prise de Constantinoplen'ajoa«< m toit rien à sa gloire. La sécurité des Grecs étoit fondée en observant la foi des traités avec un prince qui pas? soit pour ne la violer jamais; mais il n^en étoit pas de même d'un jeune homme de vingt ans, qui n'a voit core rien fait , et qui vouloit tout faire pour vivre dam la mémoire des hommes. Phranza vit sa patrie perdue et le vit avec effroi ^; il crut en retarder l'époque fat «n faisant épouser à son maître la veuve du sfiltut. Amurat. Elle s'appeloit Marie, étoit chrétienne , et filhi' du crâle de Servie. II avoit la persuasion ou plutôt l'espoir de faire ainsi une alliance utile à son pays. Le crite seroit toujours prêt à défendre son gendre; Mahomet ménageroit sans doute le mari de la veuve de son père. Telles étoient les illusions de Phranza : comme si l'ara- h bitieux connoissoit des-devoirs! comme s'il étoit susceptible d'égards ! Les princes turcs commençoient ton- ^ jours leur règne par faire étrangler leur frère, et Mahomet alloit suivre cet exemple. Quant au crâle, il devoit voir le sort qui l'attendoit après la prise de Constantinoplef 1 et sentir combien il étoit de son intérêt de réunir contre [ l'oppression des Turcs tous les moyens de résistance ■ Phranza s'attache à réfuter toutes les objections qui dis- | paroissent en effet devant la raison d'état ; c'étoit m ! degré de parenté fort éloigné avec les princes de Servie; l'ine'galité de Talliance, le préjugé fondé sur la possession antérieure d'un Turc, enfin l'âge de la douairière, qui avoit environ cinquante ans, et ne donneroit pro-
« A propos du compliment que quantisper dejecto : hic, inquanif
lui faisoit l'empereur de Trébisonde, nequaquam jucundus , sed accrixt»
i) dit : Càni audisscin , obmuLui ^ potiùs est nuntîus.... Quia demor*
tantusque dolor me incessil, ac si tuus Amurat senex crat et succcisor
de morte can'ssimorum liberum au- juvenis, el mlnitabuDdus. diawn : vuitiéijue in terram ali^^
ntSTOIRE DU BAS-EMPIRE. 4^^
iblement pas d'héritiers an trône. Comme cette dernière éjection étoit la principale, il la combat avec soin, et che de la détruire. Il veut prouver la fécondité de Marie, loiqu'elle n'en eût donné aucune preuve, et , dans son Je plus louable qu'éclairé, il prétend qu'elle est enco/e erge^, oubliant qn^une cohabitation de vingt-six ans ?ec nn Turc rend ce fait entièrement incroyable, et ae phis il présente Marie comme la plus belle prin- !sse du siècle , plus son assertion parott invraisemblable ^ridicule. Constantin, goûtant le projet de son ami, l^écha vers le prince des Serviens Manuel Paléolobe pour traiter de ce marine. La proposition fut ^çtie avec joie de la famille; mais la veuve ayant dé^ are qu'elle vouloît renoncer au monde et s'enfermer ans un cloître , ce projet fut abandonné. Phranza, Doiqu'à regret, renoua les anciennes négociations j et i détermina pour la princesse d'Ibérie * : c'est ains^ n*îl appelle la Géorgie. Le roi son père, ébloui d'une Iliauce qui plaçoit sa fille sur le trône de Constantiopie, ne dissimula point sa joie à Phran^a. Non-seuînient il ne voulut point, comme l'usage le prescrîvoit, u'on lui donnât le prix de la princesse, mais il offrit ne somme ce cinquante-ftx mille pièces d'or, une
• Jlle corpus ejus non tetigit; Europœ Hispaniu, Ibères jisiatici
uare nec liberorum <juid^uam ge^ sunt , qui hodiè Georgiani , Hispa-
ui't. Ffaraoza, 1/v. 3, cli. a. La norumcoloni ; etibena georgiana,
lison est en effet suffîsaDle ; et pour A> quis igitur in ^HSÊ^ ^^ iberis
;ux qui croient le fait, elle ck>it nominibus allucinetu^ {Notas in
Ire sans réplique. Le prince Can- ptx>louestiaiium. ) Bochard prouve
*mir , en parlant de Marie , dit que les anciens ont donné le oon|
u'elle surpassait en beauté toutes d'Ibérie aux pays situés au-delà de
's^emme^ de son siècle , et quetle ceux qui leur étoieot connus, d*ua
lait V Hélène de la Sentie, ( Hist. raot phénicien qui signifie au- «/«'M.
tloni. Amurat ii , n° 9. ) Ce qui ne Cette interprétation paroit satisfai-
rouve pas la retenue du sultan. santé ; elle explique pourquoi qu^U
^ Pontanus , commentateur de ^ ques anciens ont donné le nom
'hranza , de crainte que son lecteur d*lbérie à la Gaule, et à^Ibemie Ih.
le transporte la scène en Espagne , l'Irlande : et l'on n'est pas obligé de
1 mis celte note sur Tlbéric : Ibères mettre, comme Pontanus, une cp-
Eurqpœi 9unt Ilispani , et Ibcria lonic d'Espagnols en Gréorgie.
436 HISTOIRS DQ BÀS-EMPIRS.
|>ension de cinq mille ^ et déclara qu'elle einport 5es.dianians, ses bijoux, et tout ce qu'elle avoit de cieux. Il promit des récompenses à l'ambassadeur. '. convenu qu'au printemps suivant on viend^roit chei en pompe la future impératrice ; mais le trône ai elle sembloit destinée devoit s'écrouler bientôt, jeune princesse rester auprès de son père. Phr reçut de Constantin Taccueil le plus gracieux. On <|u'il jouissoit de toute sa confiance. Ce prince , si è d'être heureux par ses bonnes qualités y ne Tétoit Environné de courtisans auxquels il ne pouvoit corder ni son estime ni%on amitié , il cherchoit en quelqu'un qui méritât ces sentimens, et ne troi personne dans une cour corrompue. Le grand -an Luc Notaras, l'un des premiers dignitaires de !'< entêté, plein (j^rgueil, vouloit tout prévoir, tout yiner , et passer pour diriger l'empereur dans toute entreprises. On trouve ces détails dans une conversa entre l'empereur et Phrauza rapportée par ce den Constantin avoit l'intention de l'envoyer au printe auprès d'un de ses frères pour l'engager à sollicite secours des puissances de l'Occident; ensuite en M pour une mission importaÉte et secrète sur l'obji laquelle il se tait ; enfin en Géorgie pour en ramen future impératrice. Phranza fut fait grand-Iogothèl premier ministre; mais Notaras en avoit usurp fonctions. Il fallut des indemnités pour dédommage intrigant qui se faisoit craindre dans une cour où d( long-temps des favoris s'arrogeoient l'autorité so raine , et que l'empereur ne pouvoit réformer sa; plus grand danger» menacé comme il l'étoit. I même obligé de ne pas rendre la nomination de Phi publique. On connoîtra bientôt le sort de tous ces jets. Revenons au sultan Âmurat mort pendant I bassade , dont nous n'avons pas dû interrompi récit.
HISTOIRE DU BÀS-EMPIB.S. 4^7
^ Amnrat 11 mourut en 145 1, à quarante-neuf ans, sni- A*. ifSW '^ant Cantemir ; à quatre-vîngt-un , si l'on en croit Sa- ^do ; à soixante-quinze suivant d'autres. Avec un peu de réflexion, ceux qui feraient mourir ce sultan à ^ioixante-quinze ou quatre-vingt-un ans, en i45i , auroient vu qu'ils ëtoient obligés de le faire naître en iSyo ou iSyG, conséquerament avant son père Maho- ;iDet|, qui naquit en i384, et lorsque Bajazet, son aïeul , n'étoit pas encore marié «. Ihdevoit avoir environ qua-* rante-neuf ans. On varie pareillement sur les causes de la mort : les uns Tattribuent au chagrin , et les autres i une attaque d'apoplexie. Quoi qu'il en soit, cette mort Put une calamité pour les Grecs. D'après Cantemir, Cantemii K ce prince, doué de toutes les vertus civiles et mîli- J^?*'*^^"^' « taires, également juste et vaillant, eut en partage une «< grande âme ; il étoit laborieux et patient, habile et « religieux , charitable et facile à pardonner ; il aima et « encouragea les sciences , et combla de faveur^ ceux « qui excelloient en quelque art ». Quoiqu'il y ait sans doute à rabattre de cet éloge donné par les historiens turcs , cependant on convient généralement d'un fait sur lequel se fondoit la tranquillité de Tempire; c'est qu'il avoit pour principe de ne jamais tirer l'épée sans y avoir été provoqué, et d'observer les traités avec une fidélité scrupuleuse. Amurat est du petit nombre des princes qui aient présenté volontairement , et sans y être forcé par aucune circonstance , le spectacle d'un roi renonçant à la couronne pour jouir de la tranquillité. Il ab-
' Amurat i" maria fiajazet en Amurat n de Mahomet , et celai - ci
i38i à la fille de Caraman-Ogli. de Bajazet en i384i il étoit impos-
Mahomet, père d'Amurat 11, naquit sible que le premier mourût en i45i ,
en i384. Il auroit donc eu quatorze dans un âge avancé. L'«n ne peut
ans de moins que koq fils, si Ton supposer une erreur de chiffre « puis^
fixoit la naissance de celui «ci à Tan- qu'il lui met à la bouche un discours
née 1070. Ces </i:s^7vzetzo/iJ sont d'au- dans lequel il parle de son eztrémo
tant plus inconcevables , qu'en reli- Tieiilesse« ^oy. Hist. 'de Teoipiro
eant ce qu'il écrivoit , le procurateur ottoman > par Sagredo, liv. 1, p. i4j'*. jde Venise eût vu que , faisant nai(re
diqaa même deux fois ; la première en i343. De cli enfans il ne lui restoit que Mahomet. Il fait venir cet] enfant de dix à douze ans dans une assemblée composéer de ses visirs et des grands de Tétat ; il expose Tinëbraih lable résolution qu'il a prise de renoncer à la cooronoej en' faveur de son fils, adresse à celui-ci des consulta pleins de sagesse , lui prêche Tamour de la justice et de la modération , et résiste aux prières qu'on lui fait de rester sur le trône. Il se dépouille ensuite des ornemens impériaux, et de crainte que ^a présence ne nuise à l'autorité du nouveau sultan , il se retire à Magnésie, dans l'Asie mineure, pour y mener une vie privée. Cette abdication fut comme un signal qui fit reprendre les armes à tous les ennemis d'Âmurat. Son beau-frère Caraman-Ogli se hâta d'écrire au roi de Hongrie ponr V^ l'engager à violer le traité de paix. « Le tyran, lui dit- J « il, vient de résigner le sceptre à son fils Mahomet; « c'est un jeune homme sans expérience, qui ne peut « encore avoir aucune notion des affaires civiles et mi- M litaires. Voici le moment fevorable de tirer vengeance « de tout le mal que les Turcs vous ont fait ; si vons « laissez échapper l'occasion , elle ne se présentera plus. « Fondons à la fois sur les terres des barbares, vous •» du côté de l'Europe, et moi de celui de l'Asie; nous « exterminerons cette race de brigands et d'usurpa- « teurs « ». Celte lettre dut ajouter aux moyens qu'on
^ Gantemire , hist. ottom. t, i , Âmurat n*auroit assisté à la bataille
règne d'Âmurat ii. Dans les notes de Warna que comme gëeéral. D'au-
intéressantes mises à l'ouvrage de oc très historiens le font retirer à Prose,
prince , soit par M. de Joncquières , et prétendent que , lorsque le sultan
son traducteur , soit par le père sortit pour la seconde fois de sa m-
Dcsmotetz de l'oratoire, éditeur de traite , ce n'étoit point à cause delà
l'édition in-ia ( 1743), Tauteur ex- révolte des janissaires, mais parce-
prime des doutes sur cette abdica- qu'il fut alarmé des progrès d*Hu-
tioa, et combat le récit du prince niade.Enfin on a vu que Laonicclui
Cantemire par le silence de plusieurs supposoit des regrets. Gomme 00 ne
écrivains. Mais le témoignage des diffère que sur la cause ou le motif
historiens les plus dignes de foi est pour lequel Amurat reparut deux
positif. D'après celui des Turcs , fois , en étant d'accord sur U rc*
HISTOIRE DU BÀS-EMFTRE. * 4^9
employa pour engager Ladislas à trahir son serment. A peine Amiirat ëtoit-il dans sa retraite, que les grands, c]iii ne pouvoient avoir confiance dans un enfant de dix ans, vinrent chercher le sultan. Sortant à regret pour se mettre encore à la tête des armées, il bat les ennemis, et retourne à Magnésie après la victoire , remettant une seconde fois la couronne sur la tête de son fils. Bientôt les janissaires, voyant sur le trône un enfant sans barbe, se révoltèrent et pillèrent la ville d'Andrinople. Une seconde dëputation vint arracher encore une fois Amurat au repos. Dès qu'il parut tout rentra dans le devoir. Tous les historiens s'accordent sur un point, dont il n'est plus permis de douter. C'est une première abdication. La seconde est contestée , douteuse , et pourroit bien n'être que l'exécution du vœu fait à Warna dans le moment du danger , ainsi que le rapporte Laonice, dont nous avons cité le témoignage. Amurat envoya Mahomet à sa place à Magnésie, en lui donnant le gouvernement de la province. Tout ce que Tamerlan avoil enlevé aux Turcs, il le reprit. Après avoir conquis lePéloponèse, il restitua cette province à Constantin. Tout porte donc à croire que ce prince auroit laissé les Grecs tranquilles, et que sa mort fut une calamité ^. Les craintes de Phranza
traite et Tabdication , on ne peat douter que ce sultan n'ait volontairemeot renoncé à la couronne.
* Voîcî le langage que tient sur
Anourat rhislorien Oucas. « Sa ma*
m ladie fut exempte de douleurs. Il
« y a apparence qu'une mort si
« douce et si tranquille fut la lëcom-
« pense de la boulé de son naturel.
« Il a observé très- religieusement
« les traités , soit avec les mabomé-
m tans , suit avec les chrétien» ; au
« lieu que quelques chrétiens n'ont
• point eu honte de les violer. Mais
« leur pcrlidie ne s'est pas dérobée
« à l'œil pénétrant de la justice di-
« vinc, ni aux terribles châtimens
dont elle les a punis. Il faut avouer qu'Âmurat n'a jamais lâché la bride a sa colère, et qu'il s'est toujours modéré au milieu de ses pluH grandes prospérités. 11 n'a jamais souhaité d'exterminer dea nations , ni refusé la paix aux nations qui l'ont demandée. Le père de la paix lui a donné en récompense une mort paisible au lieu de ces morts violentes et cruelles que les princes trouvent dans la guerre par la fureur de leurs ennemis, ou daus la paix par la trahison de leurs sujets. Il ne fut malade que quatre jours. » Ghap. 33..
Les historiens grecs parlent ave»
t\[\0 HISTOIRE DU BAS-EMFIR2.
pefurent que trop réalisées. Quelque temps avant sa me le suhan tparia Mahomet et le renvoya à Magnésie, en I faisant gouverneur de TAsie miVieure et de la Lydie. Il y étoit à peine depuis quinze jours , que les visirs lui déptchèrent un courrier porteur d'une lettre , dans laquelle ^OTf « c, ils le prioient « de partir aussitôt (dit Thistorien Ducas) i< sur un cheval aussi vite, s'il se pouvoit, que Pégase, « afin d'arriver en Thrace avant que le bruit de la mort «< de son père ne fût répandu parmi les nations voisines, j u Une manqua pas de suivre cet avis, et de monter sur « un excellent cheval arabe, sans dire autre chose anx « grands de sa cour, que qui m'aime me suive. Il étoit « précédé par des gardes armés de traits , qui couroient « avec une agilité incroyable, et qui étoient comme des « géans. En deux jours il gagna la Chersonèse, et sVr- » réta à Gallipoli pour attendre ceux qui le suivoient. « Tous les ordres de Tétat , toutes les personnes établies « en charge, les visirs, les tribuns du peuple, les pré- « très , les docteurs , ceux qui étoient habiles dans les « sciences et dans les arts, et une multitude incroyable « de personnes de toutes conditions se trouvèrent à une it lieue d'Andrinople. Là, ils descendirent de cheval et « marchèrent à pied ; le prince et ceux de sa suite pas- « sèrent à cheval au milieu d'eux. Lorsqu'ils eurent f( marché tous ensemble l'espace de la moitié d'un mille, « ils s'arrêtèrent , serrant leurs lèvres pour garder un
humeur on colère de Mahomet, et l'on doit excuser l'expression de ce sentiment de leur part envers un homme qui fut le (lëau de leur pairie, détruisit l'empire, et commit d'inutiieg cruautés. Dans la lutte entre deux princes, dont l'un se défend pendant deux mois avec moins de dix mille hommes contre l'autre qui, d'un mot, en fait mouvoir trois ou quatre cent mille , tout l'intérêt, niéme aujourd'hui, se porte sur le
premier. Celui-ci se bat et meurt en héros. 11 a des momens sublimes; on l'admire en le plaignant : celuilà n'e>t qu'un brignnd heureux. On le hait sans l'admirer , parce que la multitude de moyens mis à mi disposition ne lui laisse d'autre mérite qu'une grande force de volonté.
Donnez à Constantin la moitié de ces moyens, rétablissez U balance | et jugez !
grand silence , puis ils jetèrent un grand cri. omet descendit alors de cheval avec sa suite et )lit Pair de plaintes, de gémissemens et de sou'-
II se fit le jour suivant une assemblée beaucoup
nombreuse que de coutume, à cause de l'avënet d'un nouvel empereur sûr le trône de son père, el Dieu permit pour punir nos crimes. » Après ait rendre les derniers devoirs au sultan , qui s'ëtoit nstruîre un tombeau à Pruse, dans lequel il fut
d'après les ordres de son fils, celui-ci commença ;ne par un double fratricide. Amurat avoit laissé nfans dont Tun étoit Âgé de sept ans , et l'autre dfe lois. La mère de ce dernier étoit fille de Spintiar ,
de Sinope. Pendant quelle exposoit a Mahomet eur que lui causoit la mort d'Amurat , le prince , Dit l'air de la partager, faisoit mettre son enfant : «. On rétoufloit d'après ses ordres. Il envoyoit me temps Halim , premier janissaire , fils d'Eu- , étrangler l'ainé. Le lendemain , il fit mourir lim , et força la mère de son frère à épouser Isaac, \ sts esclaves. C'est par ces sanglantes exécutions
a des historiens qui ne pour qu'il fût passé sous silence*
|uc de l'un des deux. Sa- Voy- Sa^^redo , liv. i , règne de Ma-
lit mention des deux. Il homct ii. Gibbon paroit croire à ce
l'après plusieurs témoigna^ fait sur la foi de Guspinien, qui»
on eut pitié de l'eniant dans son commentaire de Cœsaribus
t dans le sérail, qu'on en atqite imperatoribus , parle de ce
un autre qui fut étranglé fils d'Amurat qu'il nomme Calapiu^
ce ; que dans la suite ce et qu'il dit a?oir vu à Vienne dan&
coonoissant le secret de sa un âge avancé. Guspinien étoit né
i, passa de Gonstanlinople en 1473, en Franconie, et Galapin
, et de Venise à Rome , où devoit être de i45o. Gibbon, en
Calixie le baptisa , et lui admettant ce fait dans une note,
nom de Calixte Ottoman ; semble contredire ce quil a dit dans
e l'empereur Frédéric m le texte, que la mort de ces deux
■à dans l'.i ut riche un apa- enfans étoit nécessaire pour éAkei^
ir le faire subi^ister. L'obscu- toute cause de sédition , puisque
i laquelle ce priuce- eut le Galapin ne mourut point. Il y avoil
rit de vivre peut rendre le donc un autre moyen que la mor|
teux ; mais la fautiscté ne pour éviter des séditions. Vojr^ Qih'«
oiot paru assez démontrée bon , ch. 68,
que prëludoit à ses conquêtes le plus puissant des priori
de Tenipire ottoman «. A peine étoit-il sur le trk
qu'on vit arriver de tous les côtés une multitude d'ij
bassadeurs qui venoient le féliciter de la part de Im
maîtres. Les princes dont Texistence étoient à pë
connue ou l'indépendance douteuse en envoyèra
Il en vint de Lesbos, de Tile de Chio, de rAcamani
de Rhodes, de la Yalachie, dé la Bulcharîe , de Gaiij
de la Morée, de quelques îles de l'Archipel. A juger d
près l'événement , comme il n'en est aucun dont
états ne furent attaqués ou envahis , il semble qu'o
inévitable fatalité les conduisit devant leur maître, a
que, dès ce jour, il comptât ses victimes. Parmi
ambassadeurs on distinguoit ceux de Constantin, de
deux frères Thomas et Démétrius, et de l'emper
de Trébisonde. Mahomet leur fit à tous un accueil
fable , ne parla que de la paix , de l'intention où il é
de vivre avec tous dans la plus parfaite intelligence
affecta de traiter avec plus de bienveillance les eav(
de Tempereur : c'étoit celui qu'il vouloit dévorer le
mier. Il renouvela le traité conclu par sou père, 1
compagnant de sermens solennels et des promesseï
plus flatteuses. Il assigna sur ses domaines un re^
annuel de trois cent mille aspres pour la pensioi
prince Orcan-Célébi , qui vivoit à Constantinople,
soit pour être petit-fils de Bajazet , et conséqncrar
avoit une origine commune avec Mahomet. Le ji
•prince, à la fleur de son âge, montra cette prof
dissimulation, cet art perfide de feindre , qui ne
en général que le produit ou les résultats d'une loi
étude. Le rôle qu'il joua dans cette réception d'ann
sadeurs n'est pas moins remarquable que les gra
actions de son règne , quoî(|ue moins remarqué.
doit supposer qu'alors le danger, Tintérêt, l'instin
<* Il est fâcheux d'ajouter que ces moyens ne cootribuèreat pai d crement à sa puissance.
conservation 9 éclairant tons ces princes également i^nacés, ils choisirent, pour aller épier Tennemi com* iftvn, des hommes habiles , adroits, d'un esprit fin et éiïié 9 sachant observer, deviner et prévoir, afin de ^lettre leurs maîtres en mesure de prévenir. Qu'on se ^ure un jeune prince, au milieu de vingt ou trente ^«MTimescle cette expérience, échappant à leur œil scru- Mear, à leurs regards inquiets et curieux, à leur exaàien, à leur surveillance, et non-seulement leuréchap- Mnt , mais sachant leur inspirer la sécurité la plus ^ande à Tinstant même où le plan de leur ruine est tarété par lui ^ ! Tel fut Mahomet à Tépoque de la vie ivù Ton peut commencer à apprendre Tart de feindre , ■nais à laquelle il est rare de le posséder avec tant de Iperfection : il n'avoit plus de progrès à faire. ^^Cette ■féception fut suivie d'une réforme qui méritoit de séreuses réflexions, parce qu'elle prouvoit que le nouveau <9oltan ne s'occupoit que d'augmenter ses forces déjà «ipérieures à celles de ses voisins sur lesquels il domi- |)oit , et qu'il devoit conséquemment méditer de grands f>roiets. Cette réforme fut celle de la maison de son père» Amurat aimoit le faste, entretenoit un grand nombre d^honimes qui ne servoient que pour la réprésentation ion pour les plaisirs du prince. On en peut juger par un corps de sept mille fauconniers que Mahomet enrôla 4lans ses troupes. Tout ce qui n'a voit pas un objet d'u-
« Il auroit jétë curieux d'avoir l'énumératioa complète des envoyés ide tpu8 cet priocei pour suivre l'orjAre dans lequel leur ruine devoit avoir été méditée par Mahomet , et conooitrc ceux qui échappèrent au •conquérant. 11 échoua devant Rhodes. On est étonné de voir dans le nombre un envoyé de cette Ile. On l'est pioins d'en trouver un de Galata , parce que les Génois de cette colonie n'avoient d'autre mobile que leur iatérêt« Cependant la ruine de
Gonstantinople entratnoit nécessai" reinent la leur, à moins qu'ils n'espérassent d'être tolérés par le sultan aux conditions qui leur avoient été accordées par le premier des Paléologues. Leur conduite pendant le siège autorise à le croire. £n supposant qu'ils eussent cette vaine et coupable espérance, ils ne pouvoient avoir celle de tirer des Turcs aussi bon parti que des Grecs. La pru* dence et Tintërèt exigeoîeat dono qu'ils défendifient ces 4enûert.
444 BISTOIRE DU BAS-EHPIES.
tilitérëelte fut supprimé. Leiuxe disparut , et l'on vîtd prince sobre à vingt ans^, réduisant ses passiontl deux , l'ambition et la cruauté; mais elles furent inflej| blés 9 et s'il en eut d'autres , elles n'eurent qu'une courlj durée et furent toujours modifiées par celles-là ^, qd sont la source de toutes les actions de sa vie, et le expliquent.
La conduite de Mahomet dès le commencement d son règne montre qu'il médîtoit quelque grand projd Après avoir inspiré à tous les princes voisins, par Tinta raédiaire de leurs ambassadeurs, une sécurité trompeosi il accorda aux Hongrois une trêve de trois ans. Caramai Ogii , son oncle, profitant de la mort d'Âmurat, i jugeant, d'après la jeunesse et l'inexpérience de MahonM qu'il^evoit être peu redoutable , venoit de sortir de se pays pour s'emparer de trois forts et d'tin canton nsarp
* Gantcmîre (règne d'Âmurat If, prince. Ganlemîr et Sagredo <
n*> iG ) fait oattre Mahomet en i4^49 écrit dans le même temps, et |>q
ainsi que Sagredo , M. de La Croix, dans des sources différentes ( le f
dans son H istoû^e ottomane, et d'au- mier en laliu , et le second eo i
très. Mais ces trois historiens ont lien ). Leur accord pour fixer lad
commis une singulière dutraction. dcvroit faire autorité. 11 est né<
Ils s'accordent à fixer la naissance saire de dire que Baylc fixe o
de Mahomet à Tan i4H» ^^ la date date en i43o : mais ce critique
de la mort d*Amurat au mois de exact à citer ses autorités , ne le
février lii^n ; et conséquemment à pas dans cette circonstance. Il se
faire monter son fils dans le même possible qu'admettant ce que
mois sur le trône. Tous les trois nous Sagredo, que Mahomet n'avoit
disent gravement (au mois de fé- plus de vingt -un ans quand il m
vrier i4^i ) que ce jeune prince sur le trône, il ait calculé qu'i
nauoù guère plus de vingt- un ans, Mahomet devoît être né en i43<
Gantemire, qui a long- temps se- b II versa des ruisseaux de
journé à la cour de Constantinople, pour les plus légers motifs.
et s'est appliqué à recueillir des ma« cruauté se méloit à ses débauc
tériaux pour écrire l'histoire des à ses plaisirs. La dépravation d
Turcs, auroit dû connoitre l'époque goûts n'a jamais été contcslé(
précise de la naissance de Maho- faisoit mettre sur-le-champ à
met ; et comme il la fait coïncider tout jeune homme qui repoi
avec la révolte de Caraman-Ogli, ses désirs. Cette dépravalioc
arrivée en i4^4i cette date paroi- moins une modification de l'ai
troit donc certaine, sans la contra- que de la cruauté. Toates les ac
diction dans laquelle il tombe en- de Mahomet peuvent se rapp*
«dite en donnant vingt* un ans au aux deux passions indiquées.
HISTOIRE DU HAS-EMPiar^ 44^
r le dernier snltàn. Mahomet, qui ne vouloit ni laisser éprendre les conquêtes de son père , ni conserver des IdjQets d'inquiétudes pendant qu'il exécuteroit l'entreivise à laquelle il ne cessoit de songer , indique à ses Groupes d'Orient et d'Occident un rendez-vous à Pruse, hes y précède f et s'achemine vers les frontières de Gararinan. Celui-ci, trop foîble pour attendre Mahomet, lui KMivoya faire ses soumissions, offrant de remettre ce dont Sis'étoit emparé. Le sultan, satisfait, consentit à se retirer. Cantemire donne pour motif de cette modération l'empressement du prince turc qui ne vouloit pas perdre ^n temps qu'il pouvoit mieux employer. Michel Ducas ^onne une autre cause d'après laquelle Mahomet auroit Nevancé son projet. Ce fut l'arrivée d'ambassadeurs en- *ftVoyésde Constantinople pour réclamer contre Rnsuffi- ^^nce des trois Cent mille aspres , montant de la pension Mfrh. l d'Orchan, récemment accordée. Ce fut une faute grave ^Q^/Jl^nil •commise par l'empereur, non qu'il eât pu se faire ou-/^^>c. 34« blier, comme l'ont présumé quelques historiens, mais parce qu'il aigrit un ennemi très-irritable. Ces envoyés se plaignirent avec amertume de la modicité de la somme, parlèrent avec hauteur aux visirs, et prirent même un ton menaçant. « Orchan (leur dirent-ils) des- « cend d'Othman aussi-bien que votre maître. C'est un « prince à qui de grands seigneurs font la cour. Il désire « les honorer de ses bienfaits. Comme il n'a d'autre « revenu que celui que lui donne Mahomet, et qui est « insuffisant ^ nous vous prions , ou de doubler la somme, « ou de ne pas trouver mauvais que nous mettions ce « prince en liberté. Rien ne nous oblige à nourrir à nos « dépens le fils du premier empereur des Turcs; c'est à « vous à le faire. C'est bien assez que nous ayons l'em- « barras de garder Orchan.» Hali-Bassa,à qui ce discours étoit plus particulièrement adressé, prenoit quelque intérêt aux Grecs, tant, dit l'historien, parce qu'il étoit d'un caractère doux et modéré que parce qu'ils lui faisoient
44^ I HISTOIRE DU BAS-^EMPIRt.
souvent des présens , et que quiconque lui oJftfA' targeni pouvait sans crainte lui dire les choses plus choquantes. Quand il eut entendu les demai des ambassadeurs, il ne dissimula ni sa surprise ni indignation. « Insensés que vous êtes ( leur dit*il ), f( « courez à votre perte. Je connois depuis long-temps « artifices; et comme-vous n'ignorez pas que je les « nois, je croyois que vous n'en vouliez plus faire as «c avec moi. Aveuglés par la modération d'Amurat, « sa douceur, par son amour de la paii^ , par sa scm| «< leuse exactitude à remplir ses promesses, vous croy <t trouver dans son fils la même indulgence; détrom] «c vous ; il est brave , fier , aime la guerre ; et si Constai « tinople lui échappe, c'est que Dieu vous réserve à «c plusfruelles destinées. Quelles promesses vous a fait « Mahomet? quels engagemens a-t-il*contractés a^ « vous? quelle loi peut l'enchaîner? quelle puissai «c retient son bras? répondez. Ne devez-vous pas savoir^ « que le sultan abroge, quand il le veut, tous les traitést « non-seulement conclus par ses prédécesseurs , mais w p.'ir lui, parce que les traites n'obligent que les in- « fidèles <*? A peine celui qu'il a bien voulu signer avec « vous est-ir^^^, et déjà vous traversez l'Ânatolie, la « Phrygie ; vous nous suivez partout , pour vous plaindre « de ce que Mahomet , qui ne vous devoit rien , en vons « accordant une faveur , une grâce , ne l'a pas faîte plus « eonsidérable; pour nous effrayer par un vain fan- « tome en nous menaçant d'un prince obligé de mendier
« C'est en effet la jurisprudence justice d*Amurat avoît méprisé ce
des sultans. « Les casuistcs musul- privilège immoral. Mais Tambilioa
iiians, et en particulier les casuistes fit descendre son fils, le plus orgueH*
turcs, ont décidé que ]c8 fidèles leuz des hommes, aux arli6ces les
(c'est-à-dire les Turcs) ne pou* plus bas de la dissimulalion et de la
voient êlre liés par une promesse perfidie. • Hist. de la décad. , chap.
contraire à l'intérêt et aux devoirs 68. La jurisprudence qui fit Tioler
de leur religion, et que le sultan les sermens par Julien , et perdre le
pouvoit ahropjer ses propres traités trône à Ladislus, ressemble un peu
«t ceux de bcs prédécesseurs. La ù celle des Turcs.
pies secours et qui n'a ni revenus ni soldats ! Eh bien ! âéclarez Orchan souverain indépendant : appelez les Uongrois; faîtes- leur passer le Danube; convoquez S^os rois d^Europc, implorez votre pape, comme vous ïavez fait tant de fois; courez aux armes; agissez s'il jrvoiis reste encore quelque énergie ; mais soyez certains .qn'au Heu de reprendre ce que vous avez perdu, vous -^perdrez ce qui vous reste. Je ferai un fidèle rapport ^r votre demande au maître de toute choses , et il -> en ordonnera comme il lui plaira. » Le visîr laissa les pDbassadeurs épouvantés de ce discours , et tint sa parole. kon rapport rendit Mahoi^et furieux et lui fit perdre ^ènvie qu'il açoit d'exlerminer Caraman. Les députés rent tremblans devant lui; craignant, d'après la nière dont ils avoîent été reçus par Hall , un orage as terrible encore. Rien u'égaloit leur terreur si ce est la surprise qui la remplaça bientôt, et que leur fit ll^ouver Taccueil le plus affable et le plus gracieux. IDopes de Mahomet , ces grands maîtres en Tart de Ifeindre ne doutèrent point que son ministre n'eût voulut leur f^lre une mauvaise plaisanterie , et sortirent enchantés du sultan , qui leur promit de leur rendre )ostice dès qu'il seroit de retour à Andrinople, ajoutant qa'ilalloit partir incessamment pour cette ville. De ces deux promesses il remplit la dernière avec exactitude. C'est-à-dire qu'après avoir pris des mesures pour mettre Caraman hors d'état de lui nuire , il traversa promptement le détroit , se dirigeant vers Andrinople. A peine y fut-il arrivé qu'il défendit de payer la pension d'Orchan et de prélever le montant sur les terres arrosées par le Strymon. En même temps il donna l'ordre de chasser les receveurs qui n'avoient touché qu'une année.
Constantin sentit, mais trop tard, le tort qu'il avoit An. 1453 eu d'envoyer ou de laisser partir ^ l'ambassade chargée
« L'auforilc du prand- amiral éloit Constantin. Celui -ci , nouvellement M grande, (Qu'elle balançoît c«î]c de arrivé dans une cour accoutumée a«
448 HiSTOtHÈ tV BÀS--tH]^IIlJL-
d'aller réclamer auprès de Mahomel a au de pension. Le mal étoit sans remède « vec un plus disposé, à faire naître Toccasion ^«. à Tattendi^ qui devoit être enchanté de la trooveir. L'emperevr une suite de l'habitude contractée dans sa fanuUç toujours suivie 9 quoique inutile > tourna ses regards les rois de l'Europe , si souvent et si vainement inv et s'adressa encore au chef d'une religion commai tous pour obtenir des secours contre le plus cruel nemi de cette religion. Dans ce but il envoie une bassade au saint-père. C'étoit Nicolas v« qui avoit élu en i447 pour succéder, au pape Eugène. Ce sembloit avoir prévenu les désirs de Constantin ao qu'il dépendoit de lui. Touché , disoit-on, du que couroit l'empire à la mort d'Âmurat , il exhorta princes à secourir les Grecs , et tâcha de ranimer le des peuples* Il envoya même à cet effet un légat Allemagne pour engager à donner des secours en gent à ceux que les Turcs menaçoient. Dès que les i dulgences Turent publiées, elles produisirent desqoà< abondantes. Mais, comme on apprit bientôt que Nicol les employoit non à faire des préparatifs contre kl musulmans, mais la guerre aux Milauois, ainsi qu'il roi de Naples, la charité chrétienne se refroidit. Uofc telle conduite " dans le saint-père nuisoit d'autant phi à la cause, qu'il inspiroit une juste défiance à cetixqtf anroient été disposés à secourir les Grecs , et pouvoit les en détourner. Nicolas prouva que c'étoit son inten^ tion. Le cardinal Sbignée, évéque de Cracovie, priak pontife d'accorder aux Lithuaniens , ainsi qu'aux Polonois, un jubilé, et de dispenser d'aller à Rome pour
règne des favoris, crut devoir, par sort. II ces^a de paroitre foible, ft
des motifs que les circonstances et devint sublime,
le besoin d'union rcndoicnt louables, * f^ojr, Hi»t. ecblës. de Flearfi
garder des ménagemcns qui paru- in-4°, t. aa, p. 555. Le père Fabr^i
rent être de la foiblessc. Le danger qui rapporte ce fait, cite yEneu
tendit à ce caraclcre loul son res- iiyh'ïits*
HISTOIRE DU BàS^KMPIEE. 449
igner les indulgences, à coddition qa'on donneroit Dx receveurs la moitié des frais qu^aaroit coûté Ic oyage. Le produit devoit être consacré en partie aulc iréparatifs de gtierre contre les Ottomans, Comine on fticnla que les sommes qui résulteroient de ce moyen ftroient trop considérables, on réduisit la taxe ait quart, In lieu de inoitié. C'est ici que l'intervention de Nicolas fevient désastreuse. Tous les fonds étant prêts, il ne levoit pas prendre sur lui d'en changer la destination^ Il ^mit une condition qui ne dépendoit pas plus de Conhtantin que du pape : c'est Taccèptation des décrets dii Koociie de Florence par l^s Grecs. Il leur adresse un iArmon en forme de lettré; il reproche à l'empereur son Ikanque de sincérité; lui dit que son peuple se joue Ikpuis long-temps de la patience de Dieu et des hommes ; 9* le compare au figuier qu'on détruit au bout de trois hiis quand il ne rappurte pas de fruit; menace les Grecs l'une ruine totale, si dans cet espace de temps ilsn'étoient ^s rentrés dans le giron de TËglise. Comme Mahomet fe chargea dans la troisième année d^accomplir les tlietraces de Nicolas , le père Fabre ne manque pas de faire >as8er ces mercuriales fort déplacées pour une véri- ^ble prophétie ^. Sans faire intervenir la rehgion, la H>litique exigeoit seule qu'on repoussât les Turcs. Sixte- ^uint n'eût point parlé de réunion dans ce moment ; daais Nicolas n'étoit pas un Sixte-Quint: il eut d'autres latérites. Il lui manqua celui qu'il falioit dans la cir* Constance où se trouvoit l'empire. Quand on songe que es fonds nécessaires étoient trouvés; que l'on avoitcon léqueninient ce qui assure le- succès de toutes les enlreîcrises ; qu'il ne falioit plus qu'en faire un emploi prolent et sage, c'est-à-dire lever des troupes, les armer,
^ « £!t la troisième année après cercle. D'un côté Ton disoit : CoQTer«
^cettv prédiction {dit û)i la tille tissez -vous, et nous vous «ecoar->
«de Gonstaolinople fut prise d'as- rons; de l'autre on scmbloit répoo-
^saut. » On tournoit toujours depuis dre : Secourez - nous , et nous noui
l^lus d'un demi -siècle dans le inême convertironi*
45o UISTOI&B BU BÀS-KMPIRX.
les équiper , ks exercer , assurer leurs sabsisU , approvisionner Constantinople , développer le sy de défense le plus propre à garantir cette capitale ; pouvoit obtenir tous ces résultats , et Tempire sauvé.... n'est-on pas en droit de déplorer cette fs qui remit tant de destinées entre les mains d'ui homme, d'un homme aveugle, qui savoit mieui cher qu'agir! «Tout étant disposé (dit Thistori « pour soutenir la guerre dont les Turcs mena) ce les princes chrétiens, le pape écrivit aux Grecs « exhorta à penser à leur salut , à ne point rendre ii « le secours que le ciel vouloit leur donner , enfin à « pénitence. » Ces paroles n'ont pas besoin de mentairei
Constantin, ne connoissant ni les secours qu'on préparés, ni la condition qu'on y mettoit , ni la I du pape , envoyoit à ce pontife des ambassadeurs, | qu'il ne pouvoit s'adresser qu'au saint-père. Il lui gnoit sa détresse, lui montroit Mahomet aux porti Constantinople, lui faisoit voir Timpossibilité de i ter à ce fléau sans l'aide des princes de l'Europe; le jiiroit de le secourir au nom de la religion dont il i le chef, et de l'humanité que les barbares outragée sans cesse. Prévoyant réternel refrain du pape , i faisoit un tableau de la situation dans laquelle il 2 trouvé l'état à son avènement au trône, afin de luip ver qu'il n'avoit encore eu ni le temps ni le pouvoi forcer les Grecs à reconnoître le concile de Florent lui promet toit d'employer tous les moyens possibles] y parvenir, sans lui en cacher les difficultés , et de i peler le patriarche Grégoire, qui avoit été forcé i réfugier à Rome. Enfin , pour mieux disposer le en sa faveur, et ne lui laisser aucun doute sur la c ture de ses intentions, il le prioit de lui envoyé hommes les plus éclairés , renommés en mémo te
^ Itist. ccclésiast. liv. 110, t. 22, p. 556.
HISTOIRE DU BÀS-EMPIRK. 4^1
rieur mérite et leur sainteté, afin de travailler efficacefos avec les théologiens grecs à la réduction des schisitiques. Constantin avoit si bien prévu les demandes pape , que sa lettre sembloit être* une réponse à celle e le saint- père venoit de lui écrire. Nicolas donna, bs le choix du missionnaire , une preuve de sagacité : koît Isidore , archevécpie de Kiow, qu'Eugène iv avoit |i cardinal au concile de Florence. Ce prélat réunish toutes les conditions désirables, et joignoit à rin-
fction, aux talens, aux vertus Tcsprit le plus concit. De plus , étant Grec de naissance , il avoit moins préjugés à vaincre: circonstance avantageuse, car P préventions contre les Latins étoient plus fortes que les qu'on avoit contre leur doctrine; et la question savoir d'où et comment procédoit le Saint-Esprit, nque remise sur le tapis pour la forme , disparoissoit jne eifacée par celle de la prééminence des papes ^ b des passions haineuses que les temps avoient fait i|lre, et les discussions, envenimées. Isidore partit de mue avec cinquante Italiens. Le vaisseau génois qui transportoit, ayant relâché dans Tîle de Chio, il 7^^ ^ùrna quelque temps, augmenta de plusieurs personi^ son cortège , et repartit pour Constantinople. Il y Jnon entrée dans le mois de noyembre i4^2, devant aster àTun des plus terribles spectacles dont les hom-* ^ puissent être frappés. Le cardinal reçut Taccueil le tu flatteur. Sa présence inspiroit de Tespoir^annonçoit ft secours , et ne causa que du trouble. On tint des ^{érences, dans lesquelles les esprits parurent se raptieher. L'empereur , les seigneurs de la conr,Jes di- Kitaires de Tempire, le haut clergé, consentirent à Inion , les uns de bonne foi, les autres en dissimulât ^. Mais le peuple ne sait pas feindre ; il alloit en
*, Michel Ducas croit que personne «tiques et des religieuses n'y oon*
fat sincère dans cette réconcilia- «sentirent point. Que dis -je, la
H. « La plupart des ecclésiasti- « pluptrt F Ce que j'ai reconjiii de#
4Sd HISTOIRE BU BAS-EllPIRl.
'donner la preuve. A la suite de la dernière de ces < rentes, Tempereur, le sénat, les évéques, se renc en pompé à Tëglise de Sainte-Sophie, où l'on < célébrer la messe en signe de réconciliation. Da prières, le pape fut nommé le premier, ensuite 1 triarche George Melissène. Le cardinal fit aprè fice un disèours qui fut terminé par la formule d'u à laquelle tous les assistans adhérèrent, en y ajo 4me clause remarquable, et qui doit atténuer le rep de mauvaise foi fait aux Grecs : c^est que^ quand i Toii plu à Dieu de leur rendre la paix et de les dé du danger 4fui les menaçait , le décret d^ union seroii miné par des personnes capables y et corrigé , si irouvoit h propos ^. Ainsi Tacceptation n'étoit que visoire et eonditionnelle, et le motif presque expi ment indiqué^ puisqu'on devoit reviser le d quand le danger seroit passé. Pendant cette cérénx les schismatiques s'étoient rendus en foule au nx 1ère du Pantocrator. C'étoit la retraite de George S larius qui , en prenant l'habit * monastique , ; *"'^ changé son nom pour celui de Gennadius. Celte m tude le consulte sur la conduite qu'elle devoit tenii moine garde le silence, -écrit son avis, l'affiche en hors à la porte de sa cellule , et se renferme. Cet étoit ainsi conçu : « Malheureux que vous êtes ! p •« quoi trahir la vérité ? pourquoi remettre enti
t religieuses m'oblige d'écrire que conooissaDce du cœur huma!
« personne n'y consentit , et que ne fait point ainsi le sacrifii
■ l'empereur feignit seulement d*y sentimens dont il est affecté »
« consentir. » ( Michel Ducas , chap. ces circonstances rendent eo i
36. y L'autorité des religieuses , d'à- bonne foi douteuse. Du reste
près laquelle se décide l'historien , ccptation ne fut que conditioi
pourroit être contestée , parce que ainsi qu'on va le voir,
ni l'empereur ni la cour ne les avoicnt a /^. ibid. Michel Ducas:
mises dans leur secret. Mais tout d'autant plus d'être cru , qu
ce qui avoit précédé , la manière loin d'excuser les Grecs , et
dont s'y étoient pris les papes, les justîfîe la conduite du pa|>e •
démarches humiliantes des deux em* t^u'il ne leur a poiut dooaé C
peceuffi f la nature des chose* , la cours. ffv)<* cb. S6,
HISTOIRie BU bàs-eupirh. 4^5
ains des perfides Italiens vos espérances et vos destî- R^éesy au lien de les confier à Dieu ? En perdant la ffbi , vous perdez la patrie. Ayez pitié de moi , Seifioeur! je jure devant vous que je suis innoce;it de ce p'ime. Misérables « réfléchissez sur ce que vous faites ! |ào moment où vous renoncez à la religion dç vos ■pères, vous subissez le joug honteux de la servitude. » feffet de ce placard fanatique fut prompt et désastreux, pêtres , moines , abbés , religieuses , soldats , bourgeois , yricrs , se répandirent dans la ville en criant anamecontre tous ceux qui s'étoient réunis aux Latins, qui approuvcroient cette réunion. Les tavernes furemplies de ces nombreux individus qui , dans les itales populeuses dont ils sont Teffroi, désirent et t nattre le trouble et le désordre. Deux causes diifétes donnèrent le même résultat, Tivresse et le fanae; et Coristantinople, présenta le hideux spectacle ^ne ville dont les habitans auroient perdu Tusage de l raison. Mahomet, le pape, les Latins, les Turcs, oient confondus ensemble dans les imprécations qu^on "Oféroit de tous côtés. L'on n'entendoit que ces cris: U'avons-nous besoin des azymites « et de leur culte? ans ce désordre , qui dura plusieurs mois , les religieu- & se firent d'autant plus remarquer qu'elles sembloient -rpasser les autres fidèles par la sainteté de leur vie et Mich. Du^
pureté de leur foi. Ce n'est pas sans étonnement ^*'**^'^^* l'on vit ces vierges , jusqu'alors modestes et silencieu-^ s , maudire publiquement ceux qui avoient adopté le Scret d'union. Tout ce, qui, dans l'église romaine, oit un'objet de respect et de vénération, en devint
* Asymites , qui se sert du pain appela, en io53, le pape et le clergé
ju levain. C'étoit, aux yeux des romain azymites. Pour concevoir
cecs qui inventèrent cette injure , aujourd'hui rénorraité du crime que
plus sanglante de toutes celles Ton commettoit en mangeant du
Ont il étoit possible d'accabler les pain non fermenté , il faudroit so
AlÎQg. Michel Cérularius, qui x'in- reporter au dixième siècle : nou^no
îtoloit patriarche œcuménique de pouvons plus juger, de l'importance
^onstantinoplç ^ est le premier qui de la questioe.
454 HISTOtftE DU BÀS-EHPiàiu
un de scandale pour les Grecs. La forme des habits ; dotaux I les cérémonies , le chant , exci toien t de leur d'indécenles risées. La langue même leur parut barb quoiqu'elle fût originairement celle du peupledont les Grecs prétendoient être les descendans , et server la gloire et le nom. Tous les casuistes de rent que la vue d'une cérémonie suivant le rit roi faisoit contracterauxassistans une souillure qui ne voit s'effacer que par des pénitences rigoureuses, donner une idée de la puissance du fanatisme, d que ce temple magnifique qui faisoit Forgueil des G que Sainte-Sophie n'échappa point à la condartim Pour avoir reçu le cardinal Isidore , on la re{ comme étant profanée ; on s'en éloigna comme ( synagogue ; elle resta déserte , et sa voûte hardi fut plus ni parfumée d'encens , ni frappée de sons monieux. Le grand-duc, premier ministre, se mi tête des mécontens, préludant ainsi par cet acte cheté à rinfamie dont nous le verrons bientôt se coi Tels furent les préparatifs des Grecs pour facili Mahomet la prise de leur ville , la chute de Teir et leur propre ruine.
Il est bien certain que, si la réunion eût eu qu'on l'eût opérée avec franchise, elle n'auroît al( d'aucun résultat pour les Grecs. Les princes de 1 dent, divisés entre eux, occupes de leurs intérêts culiers , n'en prenoient aucun à celui de Con. nople ,et ne sentoient point l'influence que pouvoi sur eux la prise de cette ville par les Turcs. L éloîent trop éloignés pour envoyer des sccour'i,
« Ce n'ëtoit peut -être pas sans grande qu'entre la littérati
raison : mais elle se rapprorboit plus langue du siècle d'Augnitc
de celle des Itomains, dont les Grecs des dixième ou Ireîzlème
vouloicnt descendre , que leur lan- De la langue romaine , le
gue. 11 est à croire qu'il y avoit pro- formé celle de Pétrarque, d
bablement entre la langue et la lit- et d'Alfiéri , tandii que I
téruture d'Homère et celles des Con- d'Homère et de Sophocle i
fiantinopolitains une différence aussi subi d'aussi heureuMiiiétav
HISTOIRE DV BAS*SMfIRE. 4^^
nirop foibles: tous voyoient approcher la catastrophe itec une indifférence qu'ils ne dévoient perdre que DTsqu'il seroit trop tard. Mais la réunion n'étoit presque plus possible, tant le temps et les circonstances navoient augmenté les difficultés. Elles s'étoient acmes en raison des démarches infructueuses faites par N Grecs. Rome désiroil plus cette union que Constan-» Phranza, ioople, qui n*avoit d'autre motif que le vain espoir c.i3.* ^
'être secourue contre les Turcs. Les Grecs n'ont jamais
\é sincères, et n'ont jamais pu l'être. Phranza le fait
t>îr en rendant compte d'un entretien que l'empereur
tannel eut en sa présence avec son fils Jean Paléolo-
iie. I-.e premier démontre au second qu'il est nécessaire
e feindre pour obtenir des secours de la part àes priu-
Ks latins; il lui conseille d'entrer en négociations, de
reposer un concile , mais en même temps d'éluder
^ujours la convocation d'une pareille assemblée , qui
e pourroit jamais avoir d'utilité pour les Grecs. Ce
rince prétendoit avec raison qu'aucun des deux partis
e voudroit ni se rétracter, ni modifier son opinion.
/orgueil des Latins et l'entêtement desGrecs en éloient ,
îloii lui, la cause. Un empereur qui voudroit franche-
lent opérer cette réunion aliéneroit de luises peuples^
ins plaire aux Latins. Jean écouta ces avis avec dé-
ain, et sortit sans répondre un mot à son père. Ma-
oel, affligé, fit à Phranz»des réflexions qui prouvent
n'il ne s'abusoit pas sur la situation de l'empire. « Mon
fils (lui dit-il tristement) croît qu'il va devenir un
empereur célèbre , un grand homme. Mais , hélas !
dans ce siècle un Romain ne peut plus acquérir de
grandeur ni d'héroïsme «. Au lieu d'un guerrier, il
faut à l'empire un administrateur économe et sage. »>
- « GoDstanlin fera voir que Ma-' tat des choses. Les paroles de Phranza
iMf-l se trompe, car Conslanlin doit mëritcnt d'ôtrc rapportées, f^idetur
lotirir en héro». Mais Manuel ne sibi filius incut prœclarus impera-
e trompoit guère dans le point de tor ; at non hâc CBtate prcBclaro
ue soa« lequel U cnvisageoit Té- impêrutori loeu$ nî. Nom ut hodiè
456 HISTOIRE DU BAS-^EMPiaX*'
Le projet de rénnion étoit donc illusoire. Il falloil
armëe , et non un cardinal avec cinquante tant pr
qu'officiers d'ambassade, et le pape Nicolas v combatl
par le fait pour Mahomet ii, en envoyant à Constantiii! 1
Isidom qui, sans le vouloir, fit soulever contre reinpfttllM
raur la majeure partie de la population de Constaihlà
tînople. Il n'en pouvoit être autrement avec lesGreaiL
à qui il ne falloit pas alors parler de schisme , etqoîL
devinrent plus insolens quand ils eurent à leur téteb|ii4
seconde personne de Tempire, le traître Notaras , grand*
duc, qu'on entendoit répéter sans cesse qu'il anroil
rpieux aimé voir à Constantinople le turban de Mah(h|)
met qu'un chapeau de cardinal. II vit les deux, et l'ia^
devoit l\(i être plus funeste que l'autre. L'ambassade
D'eut d'autre résultat que de priver Tinfortuné ConstaiK
tin de l'affection de ses sujets , conséquemment de leur
appui , çt de leqr inspirer un esprit de résignation quif
en les empêchant de défendre leur ville et leur prince,ne
fut qu'une honteuse préparation à l'esclavage.
Pendant que les Grecs, par leur conduite imprudente et leurs funestes divisions, diminuoient ainsi le nombre et la force des obstacles qu'auroit pu rencontrer Mahomet , celui-ci multiplipit de son côté ses moyens de conquête et d'invasion. Il ordonne dans toute Tétendue de ses états des préparatifs de guerre extraordinaires. D'une extrémité dei'empire turc à l'autre, les troupes sont en mouvement; des munitions , des approvisionnemens se font dans les environs d'Andrinople; de nombreux convois se dirigent vers cette ville. Une grande entreprise se médite dans le cabinet du sultan ; quoique , grâces à la terreur de son nom , un voile épais couvre ses projets. Tous les yeux se tournèrent
fessuniinonimperatorem principo" dent qui s'occupât de i'admioiitn'
tus noster y sed œconomum , «ire tion et du gouvernement. Mais ceU
adniinistratorem quœrit. Phranza , ne suffisoit pas avec un ennemi coa*)
Chronic. lib. ii,ch. i3. Sans doute quéraot à la porte de la capitale\
^l falIo^t un empereur sage et pru- Une armée étoit indispen«al}jk<.
HISTOinE BU BAS-EMPIRE. 4^7
rs Gonstantinople. Phranza suppose que, du moment ice prince monta sur le trône, il fut animé du désir de rpasser tout ce que ses ancêtres avoient fait d'éclatant , de faire oublier leurs victoires. La prise de la capitale I Tempire grec lui parut l'action la plus propre à parve^ r à ce but. Il se la propose, ne la perd point de vue , i fait Tunique objet de ses méditations. Il réunit un jour s plus anciens généraux, et leur demande qujçls motifs 'oient empêché ses prédécesseurs de faire cette conléte importante. Les plus expérimentés prétendent en ouver la raison dans la nécessité de se rendre niaitre i détroit pour assurer l'entreprise <». C'est d'après ces incipes de prudence que l'aïeul de Mahomet avoit fait instruire un château du côté de l'Asie, dans le passage roit du Bosphore ; mais c'étoit une précaution insufsante tant que le passage pourroit être avantageuselent défendu sur la rive opposée. Ce fut pour Mahomet n trait de lumière. Le projet d'élever une citadelle est issitôt adopté que conçu. Dans toutes les provinces , fait publier l'ordre d'envoyer, dans un lieu nommé ir les uns Phénée, par hss autres Asomaton , mais silé à cinq milles de Constantinople , mille ouvriers ^ , lunis des instrumens nécessaires. La volonté du sultn 9 énoncée avec précision , étoit toujours suivie d'une béissance ponctuelle. Il avoit désigné le 26 mars pour \ jour de la réunion, et le 26 mars on commençoit les
* Cette observation étoit fondée ; ne dépnsse mille. Ce nombre, intais cependant on a vu que, sous diqué par Duoas, Phranza, Gbalcoean Paléologue, Amurat auroit pu cond^le , adopté par Gibbon , a pu e rendre aisément maître de Gon- paroitrc peu considérable : mais il taotinople. Ge prince n'auroit pas fa"* faire attention à deux» circonrième tenté , avec une armée nom- stances. Les maçons n'ëloicnt pas Meuse, la défense que fit Gonrttantin chez les Turcs une classe ouvrière >eDdant près de deux mois avec nombreuse ; ensuite , sur un espace me poignée d'hommes. circonscrit, comme l'é toit nécessai- * L'auteur de V Abrégé de l'hist. rement une citadelle, on pouvoit» '^niv, ^ dans le dixième vol. publié pour éviter la confusion , mettre eq 'n 1819, ^" ™^^ ( P' ^^^ ) ^'''V rapport le nombre de maçons et ligA J^lle, Aucun des anciens historiens con-structions è Caûe^
458 nisTomiB on Mk$^%mfïMM.
triivmix. Lr» rtiiii(^ii;tux ('«Mivroii*ril li*'ftol;on nvoitippurlé lit i'IiHiix il«* PliivKi««, lt*« bou de NicoiDi^ilii! H 4j'll4^n«rl(<i*, leM |mi*i'I'i*« Hi» TAiialolii*. MiiliofiiH parut mi joîir iii(li(|iii^. Liii-iiM^iiii« il iinçii la pliii't^ ili* an furier(*M(*, H lui lioiiiiH lit luriiKî il'iiii IrijHiKJi*. Il apprU crllit crilH(l«*lle JitiHênréi f nuit qui »if;tiiii(« coupi-iit$. U . cliri^rlicMi iIi«a Inivniix lui coiil'iiu* i\ %t^% |»riiiri|miix ufficicTA. llHli-liansM eut ci'lli! de la luuf la plua i^levi^e et la |ilua voiniue delà fuer, aur la(|Ui'lle elle dcittitttuit. Sa* gaue etSai'ilxe dévoient eu laiie roiistruire deux aulrtf aux aiiK^a o|)|mim<«. Ou leva uii iui|i6l pcuir cea Iruti toura. Mahoiiiet l'ouruit la dc^peiue iit^reaaairi* pour le rekte de» travaux. Chaque rtia^'oii avoit pour aa tAfbe deux i'oucMea à l'aire par jour. Tant rpie Mahonief re«la aur lei lieux, le% f;rauda de l'dlat M^abaiMMohnf h porter DucMi, e, de» matériaié.r, \a\ ftullait fit enlever lea eoluiineîi d^iine ëiflifte de aaiut Michel pour aervir h c^ê euitalrnetioitf, et quetc|ue« (jrees ayant voidu b'oppo«er à IVnlèvemeat de eea coloinuta, tout le villit^e lut pa«ai^ au lîl iHtn lépét, On piMit M* liKurer rartiviti^ den travaux en aachant que la nioifidre ui^^li^tMice tHtt'ïï punie de mort.
Ku voy.'uit ttVh'vrr au d<*HikU.*> di* (!on')lanliuople , pièi de te qu'iU appt'idieni l t'nihnu('hure stiirée ^ une riladélie luiMta^iuile, Icfi <«r(*rii ilei |H'nvinr(«« lureni at-ealiU* di* douleur et d ellroi. L'on iiNMiliMidoil qiu* de4 plaiiilei et di'« ^(^niiii^eruenft d;uiJi la Thiare et lejî tleit. (^Ile fur* tere»M* ixdoil \i*h piMiple» de la nuMropole. Kl le iuti^rceploil le roiiuuern* de» lialiim kVmm la uu*r Noire \ nWt douiioil ht htrilih^ d'a(lauM*r la e.t|tilale. (!*iMoil luie (Mriaraliou (h* (guerre phn tcnilile qut* (ouai les niafiile^tt^i. (jon.*>t;uiliu envoya drti aud^i'^oadrurti au «ultati pour hli faire di'S ri*|U'<^MMi(;t(ion». •< || y :t pjuii d'uu feirele (lui « dirent il.*)) qu'Aunuat , liUd Oit han, prit Audriuopli*. «* Auruu de su*» di'MWMnlan.s n'eut Titli^e de hâlir ile fur- «« ter(*iihe aux «'uviroifi «ht la eapitale. Voire aïeul vou* «« hutl eu cguatruire une aur la i ivc orientale du d<iirait,
HISTOIRE BU BAS-EKPIRK. 4f%
« il en demanda la permission à Manuel ; elle lui fut « accordée parce qu^l possëdoit les provinces situées de « ce càté. Mais le terrain sur lequel vous bâtissez la « vôtre n'est point à vous ^. Nous vous Mippiions de « renoncer à votre projet , qui viole les traités conclue « avec le loyal Amurat ; traités que vous-même avez «r confirmés. » A ce discours , que les aifibassadeurs terminèrent par ToiTre de payer un tribut au sultan pour le dédommager de ses frais , Mahomet fit une réponse où se méloient Tarrogance et l'ironie. « Vous n'avez « point à vous plaindre, puisque l'empire grec ne s'é- « tend point au-delà des fossés de Constantinople , et que « je n'entreprends rien sur cette ville. Si Tenvie me « prend de construireHin fort sur l embouchure sacrée j « qui peut m'en empêcher? Les terres du côté de l'orient « sont habitées^par les Turcs : celles sur la rive occiden- « taie leur appartiennent , puisque les Grecs n'y peuveût « demeurer en sûreté. Je n'ai point oublié l'embarras « dans lequel se trouva mon père dans le temps où « votre empereur, ligué avec les Hongrois, voulut loi « interdire le passage du détroit. Il étoit enfant alors, « et je me rappelle l'insolente joie des cabours 6. Mon m père, ayant échappé aux dangers, jura de faire con- « struire en Occident un fort pareil à celui qu'il possë^ « doit en Orient. J'accomplis son vœu. Qui donc a le m droit de le trouver mauvais? Ne m'est-il pas permis « de faire chez moi ce qu'il me plaît ? et ne suis-je pas m chez moi ? Allez; dites à votre maître que le sultan
* Le prince Gantemire a renou- donnerons bientôt une preuve, et vêlé des Pbénici{;ns le conte de la Tourncfort nous éclairera sur la vapeau d'un bœuf , et, supposant que leur des sources dans Icbquellea a Mahomet fit la même demande que pui^é le prince moldave. Didon , part de cette fable pour ^ Terme de mépris dont se serlouer le goût de ce prince pour l'an- vent les Turcs quand ils parleot dea tiquité^ la lecture des auteurs ^ la cbréliens. D'Herbelot le fait ▼enir littérature. L'éloge de ce goût , qui de gluber , mot persan qui veut •emble adoucir les mœurs, produit dire adorateur du Jeu ^ «t que lei un singulier effet. La partialité de musulmans ont adopté pour désigoer Cantemire est révoltante. Ifous en les adorateurs de la crois.
46o BlâTOI» OIT. BAS-lHMmB*' 1
« d'aïqoord^hai ne renemble point aux soUan§ i|oi l^omfc « préofdë ; ditet-lni qa'ii ezëcatera ce que kÂ. notre» « n'ont pu faire , et qu'il veut ce que le« autres n'ont pas «voulu; enfin sonvenes-vous que le premier qu'il « m'enverra en ambaiiade pour le même iu|et sera « sur-le-champ écorcbé tout vif. » Constantin , indigné de ce traitement, vouloit se mettre à la tète de la garnison et fondre sur les ouvriers ; mais le sénat et le clergé lui firent les plus vives instances pour l'engager à renoncer à une résolution qu'on regardoit comme déat^ pérèe ' ; et le prince , éprouvant une douleur amère , fat obligé d'abandonner le projet quand il eut acquis la triste certitude du découragement de ses sujets , sur les* quels il ne pouvoit plus compter4Ps anroient encore été susceptibles d'enthousiasme, sans la lâcheté des grands» qui f en détournant l'empereur, effrayoient son peuple^ Rjésignés au plus ignoble des esclavages, s'ils avoi^Dt so qu'une spoliation entière de leurs biens, des traitemens cruels ou la mort leur étoient réservés , ils auroient peut-être trouvé dans le fond de leur cœur quelque courage; ou rinstinct de leur conservation et l'amour de la vie , en y suppléant , eussent produit les mêmes effets. Fhranza verse sur eux les expressions d*un mépris mérité ; il espéroit , ainsi que son maître , les ramener à de plus nobles sentimens ^, croyant que le lendemain il les tronveroit moins lâches que la veille , et que l'entreprise leur paroitroit moins dangereuse en combinant une attaque maritime ; mais ils se trompoient , et les
« II y avoit tout au plus trois lieues triste destinée « on regrette que son
de Consiantinople à la forteresse , projet n'ait point été tenté, qu'on appelle aujourd'hui le Vieux- ^ Dicebamusque inter noa « tè
Château. Mahomet, pretssant les tra- hodih et cvas videamus^ et quiaper
vaux, n'avoit point son armée. Il le/Tarn propter periculum non corf
se fioit à la foi blesse des Grecs. Trois uenit , per undas viam invenieunus,
lieues sont sitdt parcourues i Une Mais les grauds ( proceres cum tacri
garnison bien déterminée , le brave tum prqfani ) ne se soucioîeot pas
GonstRntfn à la télé... Quand on plus d'aller attaquer les ouvriers d«
connott ensuite sa glorieuse mais Blahomct par n^er que pat terre.
tflSTOIKÈ bu BAS-KMPIRS. 4^1
grands demeurèrent dans leur apathique indifférence. Comme la guerre n'étoit point dëclaréç, Constantin, voulant protéger les moissons , envoya prier le sultan de donner des ordres eu conséquence « et lui demanda une garde turque. Afin de l'obtenir plus facilement , il fit passer à Mahomet des présens «. Le perfide sultan accorda la garde, mais en lui donnant secrètement Tordre de ne pas empêcher les Turcs de mener paître les chevaux et les mulets dans les champs de blé, et dft tomber sur les Grecs qui voudroient Pempêcher. ht lendemain , Cagiapeg, beau- frère de Mahomet , se rendant auprès du sultau pour travailler au fort , se reposoit prèsd'Epibate, pendant que ses gensmettoient leurs chevaux dans un champ. Un Grec , voyant que son blé alloit être dévasté, voulut arrêter le dégât, et fut frappé. Ses parens et ses amis accourent pour le venger. On en vient aux mains : des deux côtés il y eut des gens blessés ou tués. Le sultan , instruit de cette aventure par Cagiapeg , envoie, sans prendre aucun renseignement, pas-
• Le Mul Ducas parle de ce ca- de ce fait. Que de fou on peut rè* dcaa Tait à Mahomet , maii à Ma- péter ce mot: ywtà comme on écrit bomet *«i/, el pour tlatter /<; <//«• t histoire ! L'enroi des vivres aux gon. Ce n'est doue pas sans surprise ouvriers construisant une forteresse ou'on voit un auteur moderne re- qui rend Mahomet maître du détroit, prësentant Goostantin envoyant au «' conséquemmcnt de GonstanlinosoUan des r»VnP5 pour srs ouvriers, pie, suppose dans Tcmpereur qui l'a Il cite Phraoca , qui nVn dit mot. fait un état d'abjectiM continue. Cottstantin êtoit incapable d'une pa- Constantin se scroit mis au-dessous reiUelâchelé. En la lui faisant com. des grands, qui refusèrent d*aller mettre gratuilemcnt , sans preuve , avec lui chasser ces ouvriers ; circontre la vérité des faits cl le» té- constance que le même auteur rapmoignage- de tous les historiens sans Porte cependant , offrant ainsi dans eaception , le même auteur peint *» même page deux faits qui se décependant l'empereur comme un truisent. I<lous citons comme lui le héros tel qu'il est , et tel qu'il n'au- septième chap. du troisième liv. roil jamais été , «'il eût nourri les de Phranra , qui, témoin de toutes ouvriers. C'est une contradiction les actions du prince, garde le sîcboquante , que de mêler une ac- lence ; et Ducas , qui parle du cation tâche dans une scrie d'actions deau fait à Mahomet pour empêcher héroïques; c'e>t en 1811 que, pour de détruice les mois^oas. Ch. S4 9 im première Jijts , il a clé question n* ia«
travanx. Les maléiianx convroient le'sol; on avoîtifll porté la chaux de Phiygie, les bois de Nicomëdie A*^ d'H^raclée, les pierres de i'Aiiatolie. Mahomet parol|(c au jour indiqué. Lui-même il traça la place de sa fb]i^|^ resse, et lui donna la forme d'un triangle. Il appdi|>c^ cette citadelle Basesce , mot qui signifie coupe- téii.lAW^ direction des travaux fut confiée à ses principaux offi-p ciers. Hali-Bassa eut celle de la touf la plus élevée et It plus voisine delà mer, sur laquelle elle dominoil.Si-H gane et Saritze dévoient en faire construire deux aotm aux angles opposés. On leva un impôt pour ces trub tours. Mahomet fournit la dépense nécessaire ponrk reste des travaux. Chaque maçon avoit pour sa tâdx deux coudées à faire par jour. Tant que Mahomet resUif sur les lieux, Ie4 grands de Tétat s^abaissoieni à porlitwî des matériaux. Le sultan fit enlever les colonnes d'nne h église de saint Michel pour servir à ces constructions, et quelques Grecs ayant voulu s'opposer à renlèvcmenl de ces colonnes, tout le village fut passé au fil de Tépée. On peut se figurer l'activité des travaux en sachant que la moindre négligence étoit punie de mort.
En voyant s'élever au-dessus de Constantinople,près de ce qu'ils appeloienl 7Vméoi/r/ri/r^ ,v/7rr^V, une citadelle menaçante, les Grecs des provinces furent accablés de douleur et d'effroi. L'on n'entendoît que des plaintes et des gémissemens dans la Thraee et les îles. Celte forteresse isoloît les peuples de la métropole. ¥a\\q interceptoil le commerce des Latins dans la mer Noire ; elle donnoit la facilité d'affamer la capitale. C'étoit une déclaration de guerre plus terrible que tous les manifestes. Constantin envoya des ambassadeurs au sultan pourlni faire des représentations. « Il y a plus d'un siècle (loi «f dirent- ils) qu'Amurat, filsd'Orchan, prît Andrinople. « Aucun de ses descendans n'eut l'idée de bâtir defur- « teresse aux environs de la capitale. Votre aïeul vou- « lant en cpnstruire une sur la rive orientale du détroit.
■ISTOIKE DIT BAS-KXPIftK. 4f^
' il en demanda la permission à Manuel ; elle lui fnt accordée parce qu'il possédoit les provinces situées de ce cAté. Mais le terrain sur lequel vous bâtissez la v6tre n'est point à vous ^. Nous vous Supplions de renoncer à votre projet , qui viole les traités conclue avec le loyal Amurat ; traités que vous-même avezr confirmés. » A ce discours , que les aifibassadeurs terminèrent par ToiTre de payer un tribut au sultan pour e dédommager de ses frais , Mahomet fit une réponse à se méloient l'arrogance et l'ironie. « Vous n'avez point à vous plaindre, puisque l'empire grec ne s'ér tend point au-delà des fossés de Constantinople , et que
• je n'entreprends rien siur cette ville. Si Tenvie me k prend de construirellto fort sur t embouchure sacrée ,
> qui peut m'en empêcher? Les terres du côté de l'orient K sont habitées^par les Turcs : celles sur la rive occident taie leur appartiennent , puisque les Grecs n'y peuvent t demeurer en sûreté. Je n'ai point oublié l'embarras K dans lequel se trouva mon père dans le temps où
> votre empereur, ligué avec les Hongrois, voulut lui I interdire le passage du détroit. Il étoit enfant alors, K et je me rappelle l'insolente joie des cabours h. Mon
* père, ayant échappé aux dangers, jura de faire conir struire en Occident un fort pareil à celui qu'il possé^ K doit en Orient. J'accomplis son vœu. Qui donc a le R droit de le trouver mauvais? Ne m'est-il pas permis K de faire chez moi ce qu'il me plaît ? et ne suis-je pas « chez moi? Allez; dites à votre maître que le sultan
' Le prince Gantemire a renou- donnerons bientôt une preuve, et velé des Phéniciens le conte de la Tournefort nous éclairera sur la vapeau d'un bœuf , et , supposant que leur des sources dans IcbqueUea a Mahomet fit la même demande que puisé le prince moldave. Bidon , part de cette fable pour ^ Terme de mépris dont se serlouer \egout de ce prince pour l'an- vent les Turcs quand ils parleot des tiquité^ la lecture des auteurs ^ la cbréliens. D'Herbelot le fait ▼enir littérature. L'éloge de ce goût , qui de gheber , mot persan qui veut semble adoucir les mœurs, produit dixe adorateur du Jeu, «t que lei Un singulier effet. La partialité de musulmans ont adopté pour désigner Cantemire est révoltante. Ifoua en les adorateurs de la crois.
46o BISTOIRE BU BA8-EMPIRK.
« d'au)oard*hui ne ressemble point aux sultans qui Font ff précédé ; dites-lui qull exécutera ce que les antm « n'ont pu faire , et qu il veut ce que les autres n'ont pttlnl « voulu ; enfin souvenez-vous que le premier qu'il yi « m'enverra en ambassade pour le même sujet sera « sur-le-champ écorché tout vif. » Constantin , indigné de ce traitemen^, vouloit se mettre à la tête de la garnison et fondre sur les ouvriers ; mais le sénat et le clergé lui firent les plus vives instances pour l'engager à renoncer à une résolution qu'on regardoit comme déseï' pérée ^; et le prince, éprouvant une douleur amère,fut obligé d'abandonner le projet quand il eut acquis la triste certitude du découragement de ses sujets, sur les* quels il ne pouvoit plus compterj^ls auroient encore été susceptibles d'enthousiasme, sans la lâcheté des grands, qui , en détournant l'empereur, effrayoient son peuple. Riésignés au plus ignoble des esclavages, s'ils avoientsa qu'une spoliation entière de leurs biens, des traitemens cruels ou la mort leur étoient réservés , ils auroient peut-être trouvé dans le fond de leur cœur quelque courage; ou rinstinct de leur conservation et l'amour de la vie , en y suppléant , eussent produit les mêmes effets. Phranza verse sur eux les expressions d'un mépris mérité; il espéroit, ainsi que son maître, les ramener à de plus nobles sentimens *, croyant que le lendemain il les trouveroit moins lâches que la veille, et que l'entreprise leur paroîtroit moins dangereuse en combinant une attaque maritime ; mais ils se trompoient , et les
<> II y avolt tout au plus trois lieues triste destioëe, on regrette que son
de CoDstanlinopIc à la forteresse , projet n'ait point été tenté, qu'on appelle aujourd'hui le Vieux- * Dicebamusqiie inter nos , rt
Château. Mahomet, pre^•sant les tra- hodiè et cras videamus^ etquiaptr
vaux, n'avoit point son armée. Il lerrani ptr>pter periculum non con^
«e fioit à la foiblesse des Grecs. Trois venil , per undas viam inveniamus,
lieues sont sitôt parcourues l Une Mais les grands ( ;>rocc/r5 ci/ot ««'»
garnison bien déterminée , le brave ium proj'ani ) ne se soucicient pM
Constantin à la têle... Quand on plus d'aller attaquer les ouvrien de
counoît ensuite sa glorieuse mais Mahomet par mer que par terre*
(rands demeurèrent dans leur apathique indifférence, [îoinme la guerre n'étoit point déclaré^, Constantin, N>olant protéger les moissons , envoya pHer le sultan le donner des ordres en conséquence, dt lui demanda me garde turque. Afin de Tobtenir plus facilement , il it passer à Mahomet des présens «. Le perfide sultan iccorda la garde , mais en lui donnant secrètement 'ordre de ne pas empêcher les Turcs de mener paître es chevaux et les mulets dans les champs de blé, et de omber sur les Grecs qui voudroîent Tempêcher. Le endemain , Cagiapeg, beau-frère de Mahomet , se reniant auprès du sultan pour travailler au fort, se repolît près d'Ëpibate , pendant que ses gens mettoient leurs :hevaux dans un champ. Un Grec, voyant que son blé iUoit être dévasté , voulut arrêter le dégât, et fut frappé. Ses parens et ses amis accourent pour le venger. On en vient aux mains : des deux côtés il y eut des gens blessés ou tués. Le sultan , instruit de cette aventure par Ca* giapeg , envoie, sans prendre aucun renseignement, pas-
• Le seul Ducas parle de ce ca- de ce fait. Que de fou on peut rédcau Tait à Mahomet , mais à Ma- péter ce mot: f^oilâ comme on écrit homet seul, et pour ihticr le cira^ l'histoire! L*envoi des rivres aux gon. Ce n'est donc pa» sans surprise ouvriers construisant une forteresse ^u'on Toit un auteur moderne re- qui rend Mahomet maitre du détroit, présentant Constantin envoyant au c' conséqucmment de Constanlinosultan des vit^res pour ses ous^riers, plts suppose dans Tcmpereur qui l'a Il cite Phraoea , qui nVn dit mot. fait un état d'abjection continue. Constantin étoit incapable d'une pa- Constantin se scroit mis au-dessous rcille lâcheté. En la lui faisant corn- des grands, qui refusèrent d'aller mettre gratuitement , sans preuve , avec lui chasser ces ouvriers ; circoDtre la vérité des faits et le^ té- constance que le même auteur rapmoignages de tous les historiens sans Porte cependant, offrant ainsi dans exception , le même auteur peint la même page deux faits qui se dé» cependant l'empereur comme un truisent. Nous citons comme lui le héros tel qu'il est , et tel qu'il n'au- «eptièrae chap. du troisième liv. toit jamais été , s'il eût nourri les de Phranza , qui, témoin de toutes ouvriers. C'est une contradiction les actions du prînce, garde le sîchoquante , que de mêler une ac- lence ; et Ducas , qui parle du cation lâche dan» une scrie d'actions deau fait à Mahomet pour empêcher héroïques; c'eAt en 1811 que, pour de détruice les moissons. Ch. 54 ^ ^ prenfière Jois , il a été question n* la.
46â HISTOIRE DU BIS-EMPIRE^
ser ail fil de Tëpëe les.habitans d'Epibate. On ne que quarante moissonneurs qui commençoient h coite ; ils furent impitoyablement massacrés. A nouvelle, Constantin , indigné , fit fermer les porlesdeJ ville, car jusqu'alors elles avoient toujours été oavi aux Turcs , que Tattrait du plaisir ou Tintérêt do merce conduisoit dans cette capitale. Ceux qui s'y voient en ce moment n'en purent donc sortir. Dam nombre étoient des pages du sultan ; ils conjni Constantin de leur rendre la liberté de manière à c^l qu'il leur fût possible d'arriver au camp avant le cher du soleil, ou de les faire mettre sur-le-champ ij mort , aimant mieux ce traitement cruel que Thoi châtiment ( le pal ) auquel ils seroient exposés s'ils fcnp' troient trop tard. L'empereur leur fit aussitôt ouvrir kf\ portes. XjC troisième jour il relâcha les autres Turcs. Ensuite il envoya des ambassadeurs à Mahomet pour loi faire cette déclaration ferme et touchante. « Puisque rien « n'est sacré pour vous, ni la foi des traités, ni lasain- « teté des sermens, ni la soumission du foible, suivez « les raouvemens d'une fureur aveugle que rien ne pcat « désarmer. Je mets en Dieu toute ma confiance. S'il « entre dans ses desseins que vous soyez maître de cette « ville , je n'ai pas plus le pouvoir de Tenipécher que le « droit de m'en plaindre. S'il vous inspire l'amour de « la paix , je m'en réjouirai. Reprenez vos traités , vos « promesses , je vous les rends. Soyez mon ennemi <( sans être parjure, et ne joignez point la perfidie à la « force. Mon devoir m'est tracé : c'est de défendre Cons- « tantinople et de m'ensevelir sous ses ruines. » A cette noble expression d'un prince résigné qui fait le sacrifice de sa vie, Mahomet répondît par une déclaration de guerre. Sa forteresse fut achevée peu de temps après. Les murs avoient vingt-deux pieds d'épaisseurs, et les tours trente de diamètre. Tout l'édifice fut couvert d'une lame de plomb. Avant de retourner à Andrinople pour ache-
93^ tous ses préparatifs , le sultan confia le gouvernement . "" g[ cette citadelle à Phérons Âga, en lui donnant quatre nits jeunes gens pour y rester en garnison. Il ordonna ^fexiger un tribut de tous les vaisseaux qui passêroient ■%r le détroit , sans en exempter les Turcs, et de tirer 3IT ceux qui refuseroient de payer. Une batterie d^ K^nons pouvant chasser des boulets du poids de sia: cents f^^s, donnoit le moyen défaire obéir à cet ordre, qui re- |çat une prompte exécution. Un vaisseau de Venise ayant f&fiisé d'abaisser pavillon , fut coulé bas par le jet d'une »ïerre d'une grosseur extraordinaire. Ritzy, capitaine, ■ trente matelots se sauvèrent dans une chaloupe ; mais, ^ant été pris, ils furent conduits à Dldymotique, où Mahomet se trouvoit alors. Il fit empaler Ritzy , décalàter ses compagnons d'infortune, et jeter leurs corps à 9i voirie. Ducas les vit exposés aux bétes féroces.
Cet historien nous représente le sultan comme sans Ducas ^ aesse occupé de Constautinople. Cétoit une idée fixe. ^^' ** II ne songeoit, dit-il , à autre chose jour et nuit , dans k son lit , dans son cabinet, en se reposant, en mar- « chant , en public , en particulier. Souvent le soir il se « promenoit en habit de simple soldat dans les rues K d'Andrinople à dessein d'écouter ce que l'on disoit. «'Malheur à Timprudenl qui, par des marques de res- « pect, lui faisoil voir qu'il le reconnoissoit ; il étoit « puni sur Theure. » Voici un trait raconté par plusieurs historiens, et qui prouve combien le sultan mettoit de prix à la possession de la capitale, combien il étoit tourmenté par le désir de s'en emparer. Au milieu d'une nuit, ne pouvant dormir, il se lève et mande son premier visir. Cétoit Calil-Bascha , qui passoit pour favoriser les chrétiens au point d'avoir reçu des Turcs le surnom de frère nourricier des infidèles ^. On peut en
A Gibbon , à propos de cette dé- cuse d'appeler Galîl père nourricier^ Bomioation , fait une querelle d*Al- au lieu défibre nourricier ; ce qui lei^and au président Cousin. Il Tao- ne seroit pas un si grand délit. Mais
tNÉMMt mfXtiir^ft^^^ n'ait |il8tà&^
téité r emidneB ''#é^ IMni probable qu'on ^%oiïiili cbràctiferi^^ à la tfitêâe lîM)
msfutmtél tm initiUârtf atni de êcê ennemis , et Mdd de cet infidèles quHl inmloit eitei'ininer. Être çtinh< da snhan , e'ëtoit être coupable. Lt tôlénu Mathpmet ne peut s'expliqoer qd^en sii(ii^osànt Tft tionddoiiiniease, on dans Calil de grands talebi à son mattre. Qooi qfi'il en soit , celui-ci fit venir 1 nistre poidant la nnit. Dès qae Calil voit parotlr nuque charge du naessage , il se croit perdu. L indue » le caractère du prince , le silence de Teii ptut^fire un nemordÉ^^ augmentent sa terreur. C< Tusage prescrit en Orient de ne jamais se présent vaut le souverain sans un hommage de soumissloi respect, Calil remplit une coupe de pièces d'or, em sa famille , qu'il croit ne plus revoir , et suit reui Il trouve Mahomet tout habillé , se prosterne à ses et lui présente la coupe. « Qu'est-ce ? lui dit le { « Seigneur, répond le ministre, comme les ol « n'ont jamais été accoutumés de pâroître les maim «( en présence du grand-seigneor, lorsqu'il les m; « des heures extraordinaires , je vous apporte x « mes biens , mais une partie des faveurs dont voi «< vez comblé. Je n'en ai pas besoia, reprit 1 *i tan ; bien loin de te retirer mes faveurs , je t'e
il ne se sert ni de l'une ni de l'autre soin de remords pour être
expression. Il était , dit-il ^ U noitr- terreur au moment où , au
ricier 'et le. défenseurm ( f^vjr* édit^ indue , un souverain qui a
in^4" t. 8 ^ p. 537. ) vie et de mort sur ses 8u|el
a Je ne puis croire qtie 9 dans le chercher l'un d'eux au milj
moindres docrto y Mahomet se fût nuit. La terreur ne prouve
servi de Calil ou Halj pour le siège le remords d'Haly que sa m
de Gonstantinople. Quoique cette roit prouvé sa trahison. M
anecdote soit admise comme vraie , probable que Mahomet cq
telle que nous la racontons » je se- dans l'opéralion la plus im
rots disposé à en retrancher tout ce à ses yeux » un homme qt
qui est relatif au boupçon qu'on sup- posoit traître , et qui pOuTt
pose au sultan. 11 n*^ avoit pas be* î^îre manquer P
HI8T0IB.E DU BAS-^EMPIRBi 4^5
ipecabler ; mais j'y mets an prix : c'est Constantinople* 1^1 faut que tu me donnes cette ville. » Calil , ajournant payeur, lui protesta de son zèle, et lui dit qu'ayant M le reste de Tempire, îl ne devoit pas douter, heu* Ipx comme il Tëtoit « que le grand prophète ne remit Mtàt entre ses mains cette ci le, l'objet de ses désirs. ^ois-tu cet oreiller? lui dit Mahomet, je ny trouve lys aucun repos ; il est brûlant. Dans l'agitation de mes ||B?s , je le repousse , je le ramène à moi pour le jeter l^nouvean, et le reprendre encore. Je me suis levé, re- |uché, appelant vainement le sommeil, qui fuit de mes Inpières; la possession de Constaiitinople peut seule m le rendre. Défie-toi des Grecs; ne te laisse pas séiure par eux; ils ne sont pas aussi vaillans que nous. » jJÉli , fort content de n'avoir eu d'autre mal que la peui^, ^ourna chez lui. Tous les soirs Mahomet traçoit le m de la ville, le montroit à ses ingénieurs, les conl^toit sur les points les plus accessibles ou les plus foi-' Its; sur les endroits où les batteries produiroient le |j|ns d'i flet ; sur ceux où Ton appliqueroît les échelles ; 1^ le côté de la place où l'on donneroit Tassant ; sur les Bioyens de pratiquer la mine pour entrer dans Tinté* ||(Hr « ; sur tous les moyens enfin de.s'emparer pVomppinent de cette capitale, objet de son envie. Le jour il siiâoit souvent exécuter les rêves de la nuit : c'est-à-dire, l|s manœuvres qu'il avoit imaginées, et les plans qu'il ivoit conçus.
.Quelque préparé que Ton soit par les événemens à a chute d'un empire, ce n'est pas sans un sentiment )énible qu'on approche du moment fatal. Voir la plus selle ville de l'univers, la mieux située, celle qui, par 1^ position , semble commander à TEurope, à TAsie, à la mer ; que la nature a comblée de ses dons, que lei arts
• Non pont Jaire jouer ta mine , 83 ) convient qu'on n avoit pas en^ OOiBBie le dit if traducteur de Gib- rofe imaginé de remitbr de poudre ^^^ ( p. 66, t. i3 ) Gibbon ( id. p. à canon ces passages souUirain»,
aiST. DU BAS-EMP. TOM. XII. ' 3o
ont embellie ; voir la nouvelle Rome enfin tomber ei les mains d'un peuple étranger aux arts, ne sachant les seconder, ni créer, ni réparer; voulant en jot comme s'il en sentoit le prix , et les négligeant coiui s'il les dédaignoit ; tel est le spectacle offert à nos y( Qu'il soit permis de se recueillir un peu pour assister! cette sanglante catastrophe , à laquelle le lecteur peut rester inditïérent , puisqu'il s'agit de la destruction^ dans le plus beau pays de l'ancien monde, de tout les institutions qui servent de base à la société, conn des arts qui en font le charme. Lois, institutions civile «t religieuses, culte, gouvernement, arts, tout va dis paroître en un jour.
Il faut examiner nn moment la situation à laquell nous sommes réduits , nos ressources , notre ennemi, moyens d'attaque , les nôtres pour résister ou retarder] notre perte. Nous allons maintenant combattre à c6l^ d'un héros , n'ayant plus à rougir comme nous l'avoi fait avec les empereurs qui le précédèrent et nous cau-1 scrent plus d'ime fois une si juste indignation. Nous ne] verrons plus un Paléologue tendre la main, se prosterner pour demander des secours, ou courber devant un Turc une tête humiliée. Un autre Paléologue va bientôt effacer cette honte, et laver dans son sang les taches de sa famille.
Avant de commencer, pour ne plus l'interrompre, le récit du siège de Constantinoplc ^ , il est nécessaire,
A Beaucoup d'historiens ont dé- sentant son rtîcit , répéter le mot
dit le sîéj;e de Conslantinople. Gib- de Verlot, mon sieste estjait, bico
bon est, sans aucun douJe, celui 8Ûr de ne pas déplaire au lecteur,
qui a le mieux trailé cet t'vénèment ^ Mail» c'ctoit mal remplir son devoir
parce qu'il l'a l'ait à la fois en crili- sans avoir le mérite d'éluder la dif*
que et en peintR*. Il réunit tout: ficulté; avec l'amour de la vérité , te
80n austère raison , la sûreté de son désir de la découvrir , et le couragt
tact, laissent arriver réinolion , et de la dire , on peut toujours .<c
mémo il occupe les deux premières flatter d'avoir quelque rapport avrc
farullés de l'homme, le jugement Gibbon. Comme lui je me suis ca-
cl riiua{{ina(iuu. Jcpouvois, en pré- tourc des auteurs originaux. Je lui
HISTOIRE I)U BAS-ÉMPIRC. 4^'?
de bien se représenter celte vîlle i !.• de tonnôîtré Itiemî qui veut s'en emparer, et le guerrier qui lui iste ; 3.*» les moyens réciproques d'attaque et de dése. Telle est la marche que nous devons suivre polir n juger du mérite de la victoire.
i .^ Situation de Constantinople. Il y a pi*ès de trois ries qu'un voyageur François *», envoyé par lé gouVer- Voyage aU ment pour recueillir en Orient dés nianuscrits, étant f^^lJ^^^Vs,! *' ppé de l'incomparable situation dé cette capitale, Id trivit avec une exactitude admirable , suivant le cé- ►re Tournefort, qui l'a vérifiée sur les lieux. Souvetit ée, jamais traduite, cette description , écrite en laliri, îsl qu'imparfaitement connue. Un homme d'état, dont •
is les momenssont consacrés à d'importans tt'avàux ^ at lettres qu'il cultive, aux arts qu'il encourage, M. le mte d'Hauterive , membre de l'académie des inscrip- Hïs et belles- lettres, a jadis, pour se distraire, pris aisir à traduire cette descriptions II a bien voulu nous rmetlre d'en taire usage. Son étendue ne nous permet %s d'insérer ici ce fragment remarquable, parce que ids ne devons point perdre de vue Tévéhement qui Mis occupe; mais nous l'offrons en entier à la suite de Ite histoire *. Notre ouvrage seroit moins imparfait, si
robligallon de m'avoir indiqué la ftt grande partie des sources où je tvoiif puiser , et l'usage qu'il en doit faire ; j'avois à proliler de n cxeiàple et d'e ses leçons, en itant de rimitcr où de suivre sa txcbe 9 parce que je vbulois un Dal , et non pas un modèle. Cettti If lication éloit nécessaire pour ceux BÎ pourroient supposer des prétenbns ridicule.<7. Je srrois trop Iieu- Hix de n'avoir que des lecteurs qui Lttouveroienl inutile. Ceux-là, dis- Baés à l'indulgence^ me la pardonieront. Il a paru récemment un ■*W récit du même siège évidem- ^^t calqué sur celui de Gibbon.
L'auteur vise à l'effet et lé produit : sa narration , rapide et spirituelle , est entraînante et pleine de cliarnie; mais des inexactitudes , des omissions , des transpositions de faits , en l'ont plutôt le roman que l'histoire du siège.
« Pierte GylU , dont Collctet a défiguré le nom éii l'appelant Gilles^ II naquit en 1 490, dans la ville d'Alby. C'est vers i54o qi/'il fut envoyé dans l'Orient.
* Voyez Vappendice du siège à lA fin de ce volume. La description de Constantinople est inséparable de ce) le du Bosphore dC Thiâce , pai^ le même auteur. Toutes deux ser-»
468 HISTOiaC BU BÀS-SMPI&S.
noas avions eu couvent dç pareils secours. Nous j forcé dans, ce moment de nous borner à la. positi litaire de Constantinople , qu'il s'agit d'assiégc défendre.
La langue de terre sur laquelle est construi ville a la forme d'un triangle dont les côtés so gaux ^; deux des côtés de ce triangle s'étendent de la mer : ils étoient inaccessibles à l'ennemi côté , la Propontide formoit une défense natnrell l'autre f le port une défense artificielle. La bas triangle étoit couverte de deux murs séparés l'autre par un fossé lar^e et profond, et flanc tours de distance en distance. Ce fut là que les Ok formèrent leur principale attaque.
Telle étoit la situation militaire de Constant Défendue par une garnison armée pour en tirei elle suffisoit pour rendre la place imprenable. N< rons à l'article des moyens de résistance si cette g; se trouva : passons à l'ennemi , qui veut s'en em
2.° Mahomet ii. Bayle est peut-être celui qui très-peu de mots, a le mieux exprimé l'opinioi doit se faire de Mahomet. « Ce sultan (dit-il à i « ticle) a été l'un des plus grands hommes don « toire fasse mention, si l'on se contente des quai « cessaires aux conquérons ; car, pour celles des h « de bien, il ne les faut pas chercher dans s?
▼ent à faire connoître les avantages *» « Elle est ( dit Tautea
de la position de cette capitale , et « lation d'un voyage à Goi
con.<équeniment lis motifs qu'avoit « p|c ) reconnue pour ô
Mahomet pour 8*en emparer, quand « scrupuleuse exactitude (
il n'auroit pas eu la âoifdes conquêtes. « lot ), assez semblable ài
M. le comte d'Uauterive , ayant Ira- « dont le haut est attaché
duit Tune et Tautre , et de plu» celle « ferme , et les deux au
qu'a faite Plicétasdesmonumensen- « sont baignéfi des eaux di
levés ou mutilés à la prise de cette « la mer JVoirc et de cel
TÎilc par les croisés en 1 2o4 , nous « Propontide > P'oy. t.
a donné l'occasion d'offrir avec ouvrage, p. 237 et «u<V., 1
quelque confiance un morceau plein que donne M. Le Beau sur
d'intérêt. tinople.
âlSTOIKE DU BAS-ÈHPikfe. 4^
Itte la conduite de Mahomet justifie et confirtnè ce (Èmeiit : elle le représente comme un homme înëinldble dans sa résolution, et qui, par tous les moyens, it arriver à son but. C'est par cette force de volonté ^I est principalement remarquable, en ce que sa puis- Ice la rendit irrésistible. Toujours heureux, il ne fut bais placé dans une de c^$ circonstances où la vérilie grandeur est éprouvée, et ne lutta jamais contré Sversité.
Nous croyons utile dé reproduire le portrait qu'en \ fait quelques historiens d'après Tétudé des actions soifi règne.
It Mahomet reçut de la nattire un corps extrêmement robuste, et capable de toutes les fatigues de la guerre; Ibssi fut -elle Toccupation de toute sa vie. Il àvoit un Ibnpéramment tout de feu et un naturel impétueux : Ibû esprit étoit vif, subtil, adroit, fin, dissimulé, et iPone très- grande étendue. Il étoit hardi, entrepre- Élnt, insatiable de gloire; il ne dut pas ses conquêtes Isôn seul courage; quelque grand qu'il fût, sa pru- Pnce et sa politique y eurent beaucoup de part : et ce Ibt par là qu'il renversa deux empires ; qu'il conquit Aiize royaumes, et prit plus de deux cents villes. « Il étoit savant au-delà de tout ce qu'on pouvoit raiiHtnablement attendre d'un mâhométan , auquel il icrbble qu'il ne soit pas permis d'apprendre quelque Kbose. Il parloit cinq langues, outre la sienne ; savoir , ^grecque, la latine, l'arabe, la chaldéenne, et la périme. Il possédoit les mathématiques, l'astrologie, et Wt militaire , dans lequel il se rendit célèbre. Il savoit *hfistoire des plus grands hommes de l'antiquité , jac^UX qu^il étoit de leur gloire. Mais toutes ces connois- Hntces ne le rendirent pas plus honnête, homme. Il fiafdoroit que sa bonne fortune, qu'il regardoit commet ^ seule divinité à laquelle il dût tout sacrifier. Il se tioqtioitde toutes les religions , de celte des chrétiens ,
« qii^il traitoit de superstition , comme de celle ( « prophète , qu'il regardoit comme un bandit. <( il s'entretenoit avec ses intimes ^ , il se mot; <c gens qui croyolent qu41 y avoit une autre pn « que celle que chacun doit §voir pour soi-méi a intérêt, sa grandeur et son plaisir étoient <v règle de ses actions; il ne gardoit ni foi , ni pa f serjiiient, ni traité, qu'autant qu'ils lui serv « moyens pour arriver à son but. Son cœur et' f( corrompu que son esprit. Ses débauches et « effroyable de ses vices ternirent toute la gloii « plus belles actions. Tel éloit Mahomet ii , ft Turcs ont nommé Bojuc , c'est-à-dire legran «f qui ne lui convient qu'en ce qu'il n'y eut jan <( en lui de médiocre en orgueil, en ambition, « rîce, en brigandage, en perfidie, en cruauté, e « sortes de dissolutions, et surtout en impiété
a II est douteux que Mahomet eût des familiers. Mais il aimoit quelquefois à converser avec les sayans, et s'exprimoit avec une liberté dont on a droit d'être surpris à cause de sa profonde dissimulation.
^ Ce portrait , que le continuateur de Fleury a copié de Maimboug sans le citer , semble en général assez exact. Il n'est aucun trait auquel on ne puisse appliquer l'une des actions de sa vie. Son mépris pour toutes les religions s'explique par une circonstance assez singulière :
Milizza, sa mère , fille du despote de Servie , Téleva dans la religion chrétienne. Ceu^ auxquels il fut ensuite confié relevèrent dans la religion des Turcs. « Quand il fut « imbu de celle-ci ( dît Sagrédo ) il f n'eut plus de foi ni pour l'une « ni pour l'autre. » L'on est oblige d'avouer que la fumeuse lettre que lui écrivit le. pape Pie ii n'étoit pas propre à lui donner une grande idée de la
nôtre. « Si tu veux ( lui c « life) étendre ton empin « chrétiens , tu n'as que fa o ni d'armes. Une petite ( « te rendre le plus gran( « célèbre. Tu demandes ' « est ; elle n'est pas • € trouver ; elle se trouve € C'est un peu d'eau « baptiser et te faire era « religion des chrétiens.
« cela , nous t'appellerons « des Grecs et de l'Orient % tu occupes maintenant « lenceet injustice, tu le « de droit et avec équité, homet eût reconnu un i que celui de son épée , trouvé cette jurisprudence qui le rendoit possesseu de toutes ses spoliations qu'il se fit baptiser. Il ai mander au saint- père c( concilioit sa morale avec des restitutions. Aulieud
isloriens grecs, #nt en pleurant leur patrie, paroîssent
Qcères dans le langage qu'ils tiennent sur celui qui en
oît le fléau. Ducas est celui qui le méhage le moins, et
bi toujours, en parlant de lui , emploie les expressions
bplus violentes *, en rapportant cependant les mêmes
iîts que les autres. Phranza, celui qui avoît le plus à se
laindre de Mahomet , parce qu'il voulut outrager dans
i qu'il avoit de plus cher ce père malheureux, et tua
Éî-même sous ses yeux l'un de ses enfans; Phranza, qui
^soît des larmes ^mères sur le sort de Constantin , dont
I ëtoit l'ami , sur la chute du trône ; Phranza , captif
jl maltraité, parle du conquérant avec une sorte de
iodération et d'impartialité, si l'on songe à sa cruelle
fcdsition. Il le représente comme étant plein d'ardeur et
k courage, aimant l'étude et les hommes instnûts,
Ichant plusieurs langues ^, et d'un talent précoce pour
irt militaire. Laonice Chalcocondyle lui rend les
lémes témoignages ; son traducteur le fait exprimer
nsi : «Mahomet, arrivé incontinent après la mort, ^'w/c<mic,
d'Amurat, se mit à remuer ménage en toutes sortes.
Comme aspre, diligent et ingénieux qu'il étoit, s'il
en fut oncques. » Le bon archevêque de My tilène ,
ofermé pendant le siège, peint le sultan plein d'au-^
^ce et d'ambition, mais ne lui prodigue pas des in-^
res comme Ducas, qui voyoît le danger de loin; seu-
ruent il le regarde comme envoyé par Dieu dans sa
1ère ^.
tuhenlicîté de cette lettre, ce qui ^ terminé toute discussion, les con- 'Persistes protesta ns et catholiques 'Ivirent pour ea attaquer la convc- Oce et pour la défendre. Maho- -t n'j répondit point , ne se lit tDt baptiser , garda ce qu'il avoit t4 , et continua de prendre. Les liieoi disoient à ce sujet la penna n toglie iljîlo alla spatla , et par lie opposition de l'épce à la plume
faîsoîcnt voir le résultat qu'on de« voit attendre de la démarche du pape.
« Telles que , héiejèroce , le ty* ran, etc.
* In acte quidem ovdinandd puer senex et ad summum perilus videhatur. Jppat'elmt etiam industrius et acer in omnibus, Phranza, Ub. v,.
ch. a3.
c Excitatusinjurorem Deusmisit Mehmet rcQem poientisiimum TçU'
499 lM#«oiiL» 0u BAf*tif nm»
0a doit rejeter avec y oitaire les t |piilioo$ tfoi \ . mfk\m\ J^lahumet faiaant ouvrir qi \ ve pages poai werreloiqai avoit roangé un melon, abattant deis janissaires la tête de sa maîtresse Irèiie pour leur pr qa^il savoit dompter ses passions; nous les rejeton qoement parce qu'elles ne sont point assez proofé non parce qu'elles serpient inutiles on même invia Uiables; %Br Bliihomet a commis d'autres cruauté n'tiffrent pas plus de vraisemblance « qu'elles n'a? d^utilitë. Voltaire. tf^rave uu^oAi/ m/riV« à Msk lorsqu*!! rendit. i^ii^yoi^ le trône à son pire eirn Usai sur J^ag fois, sujet sons eMiier le moindre trouble :
mœurs et-. , < ,',. , . , . -.
ifrit des Yoltaire iHiblie que ftlahomet n a voit que neuf si
'^ ' ^' premier? abdication ^ et onze à la seconde ^ ; qu'Ai
joe^ramontoil que forcément sur un trône dont i
•volontaifement descendu « ; qu'enfin tous les dei
.doic^t à une cause irrésistible plus puissante qi
crorum , adoUsc^tUmquidemaUdo' « révolta en effet l'aanée m
. cem y ambiiiosum , temulentum 9 € naquit ce béros , qui fb
christianorum capilaleui hosiem* « derhégireet la i434*de 1
Ij^ooard. Cbi. « tienne* > L'iadicatiua et
^ On peut ,' entre autres Ifaits, cidence des deux dates et
citer sa conduite envers le grand-duc événeniens sont remarqua
lîotarias , qui , du re^te « fut cruel- retrouve ci'lte coïncidence
ïement puni de la sienne. Le fils de brégé de l'histoire otta
ce Grec plaisait à Mabomet , qui, M. Delacruiz* Lavraîsenibl
parce que le père ne Touloit pas lo faire préférer l'opinion d<
lui /iVivr, fit tuer l'enfant »ous les maii» il est étonnant qu'il «
jeus du père. Getta cruauté est citer son autorité.
moins motivée que le meurtre d'I* c Quoique nous ayons
rêne , qui dcvoit produire un grand l'opinion de Lacnice , qui
effet sur les janissaires. qu'Amurat se repentit et r
^ Ou treize et quinze , si la nais- trône , nous suivons cepei
sance de Mahomet doit être fixée à pinion contraire , unitjuem
]43o. 11 est diflScile de mieux indir qu'elle a plun de léiooign
4]uerla*daic de cette naissance que toriques. Dans toute hypoi h
ne l'ont fuit Sagrédo et Démétrius puissance de Mabomet est I
Cantemir, qui s'exprime ainsi : «Il et peut donner la^nesure c
« semble que Garaman Ogli eut des- dération. Si Mabomet coni
« sein de sonner le tocsin à la nais- que vertu , ce n'est pas cd
« sance de celui qui devoit être un primer ses désirau
« jour la terreur de l'aoiverst II se
HISTOIHE DU BAS-E'MPIUE. 47^
l^s sultans, puisqu'elle fait leur puissance; à la force ^s janissaires révoltes, qui ne vouloient pas d'un enfant M redeniancioient le père, accoutumé à les mènera la irîctoire quand il les conduisoit au combat. Le mérite le Mahomet consista donc à faire ce qu'il lui étoii im- ^ssible de ne pas faire. Car on est obligé de convenir ion-seulement que ce prince ne pouvoit sans impruence prendre les armes contre son père , mais qu'il t*en avoit pas les moyens, c'est-à-dire un parii à la t^ête luqiiel il pût se mettre; puisque le seul parti qui dérône les empereurs turcs ne vouloî! pas de lui. Ainsi Mahomet , <|ui d'ailleurs n'étoit alors qu'un enfant , recevoit la loi et ne la faisoit pas. Il s'en dédonmiagea
tar la suite. Il ne paroit pas qu'il ait donné de bonne eure aucun indice qui fit rien présager de grand sur son compte , excepté cependant à la guerre. Peut-être la grande habitude qu'il avoit de dissimuler en est-elle cause. Celte conjecture eSt autorisée par Phrapza, qui raconte que, lorsque Amurat voulut abdiquer , les visirs lui firent des représentations sur la grande jeunesse et Pinexpérienre de son fils, et ne lui dissimulèrent pas le flanger de fiiire supporter ^or ûfe sifoibles épaules le Phranu Fardeau de l'étal. Mahomet, témoin de ces représenta- •*> ^ -^ Lions, les écoutoit silencieusement en concentrant sa fiireur. Taciius furebai^ dit l'historien , qui prétend que dans la suite il se vengea de ces donneurs de conseils.
La vertu par excellence aux yeux de Mahomet étoît la dissimulation, et c'est la seule qu'il ait constamment pratiquée. Mais on ne peut nier qu'il n'ait eu de grands talens pour gouverner les hommes, et le désir de les bien gouverner. C'est le beau côté de ce sultan. Ëcoutons un moment Crusius, qui paroît l'avoir bien jugé. « Ce « sultan , formidable aux grands comme aux citoyens » ^ les confondoil tous, et n'avoit jamais de préférence. Il <t faisoit toujours marcher de pair la conception et le' w projet ; administrant avec une rare pi^udencei il voor
« loil connoîire tons les besoins pour y ponrvoir ; souveiAV^êt\\ « pendant la nnit il crroit dans les rues pour savoir ce\ s^ « qui se passoit. Il entroit avec les négocians dans les VvA « détails de leur commerce, voulant avoir des nolions|.. « sur leur manière d'agir, leurs pertes et leur gain. Il « avoîl sous ses ordres des chrétiens qu'il chargeoit d'une « partie de l'administration «. »
Ainsi l'ennemi des Grecs est un jeune prince ardent; ambitieux , cruel , implacable , exerçant sur son armée une influence active et continue , la faisant marcher à la mort par l'enthousiasme ou l'y poussant par la terreur : les deux moyens les plus puissans de disposer des hommes.
Qu'opposer à ce chef redoutable? un prince dans la maturité de l'âge , doué de qualités précieuses et de | vertus rares; ce qui, dans une lutte où la force décide, lui donne un grand désavantage contre un rival pour qui tous les moyens d'arriver au but sont également légitimes; un prince désespérant, non sans raison , da sort de Tempire ; n'ayant plus au lieu d'une nation déjà conquise en partie, qu'une population corrompue , lâche, efféminée , avilie , divisée d'opinion , comme s'il lui restoil encore quelque énergie , et n'en conservant que pour se détruire.
3.^ Examinons maintenant les moyens réciproques d'attaque et de défense. Ils se réduisent au nombre des combattans , aux armes dont ils se servent , à l'esprit qui les anime ; car , en faisant connoitre l'emploi de ces
^ ToicI quelques traits de Tau- chabatur. ffoctumo temporel per
leur « qui s'exprime beaucoup plus viaiigndtutahernabat^utùmnttei'
énerglqucment que son traducteur, vium action€ê dÎMtxvtt, Voy. TVitdd-
I^iillu apiid illum intio personœ «/- Gre^ia, p." 99. Pour étn hcarem
iius. Celer qffector omnium rerum , seul uo tel monarque » j) faUoî(
i/uas volebat et in animo habebat. %irre loin de lui et eaclier «c» ea-
Multa indaqare, muUa cogrtoMcere : faon aTec toîii 1 ^tfM «ir proie, won
.^iihil, ne minimorum (fuidem quœ Jeminœ *'"^'^'' '^^"^'^^^fli tUitk
VI ur/te ffcrcSantur finexploraturr * ^■'' -79^ rdinqucrc. Ceinte etiam w'—'U"
vnoyens, le récit du siège mettra dans tout son jour le talent des deux rivaux.
A Texception d'un seul dont nous discuterons Topî- J^^cas, nion, tous les contemporains conviennent que Parmée chalrot lie Mahomet éloit de plus de trois cent mille hommes ^. '^phiân: Laonice la porte à quatre cents. Ducas, qui partage cet '• 8. avis, le motive parles détails dans lesquels il entre ;^i>£or. c sur les mesures que prit le sultan pour obliger tous ceux , . f^^tu qui étoient en état de porter les armes, à venîi; rejoindre son armée. Phran7.a la compare au sable de la mer, et dit qu^elle couvroit un espace de six milles ^. Dans ce calcul n'entrent point la flotte composée de deux à trois cents vaisseaux chargés de monde , ni soixante-dix mille hommes de cavalerie campés près de.Galata. Quand les témoignages de ces contemporains , qui tous furent acteurs ou témoins de celte catastrophe , «ne seroicnt point aussi positifs ni d'une conformité /l'autant plus remarquable qu'ils ne se connurent point , et que leurs relations ne furent publiées que long-temps après eux , on ne sauroit révoquer en doute la grandeur et l'étendue des préparatifs de Mafiomet. Il vouloit s'emparer de Constantinople , assurer sa conquête et la défendre contre les puissances de l'Europe qui tenteroient de la reprendre. U lui falloit donc une armée, et une arn)ée considérable. U est question d'une ville de seize milles de circonférence , dont la population s'élève à plusieurs centaines de mille hommes , protégée d'un côté par la mer, et de l'autre par des fortifications. On ne doit point oublier que le but du jeune conquérant n'est point de faire une entreprise passagère, de rançonner un peuple , et de piller. U se choisit une capitale : quelque vaste que soit son empire, il cherche à l'agrandir encore,
* Citm tercentis et uUrà millibus * ExetTilus ut arena maris , segc
pi^gnatorum^ in§yro levrœ castvapu' milUaviajJcr terrain au uno MariuA*
pilionesque conjîxit : milites majore que ad alterum occupant, Phif. l\Vi
(ii^mero équestres. ( Léonard. Ghi. } 3 , ch. 8,,
47^ HISTOIRE DU BAS-SlfPIRE.
à rétablir sur les ruines d'un autre empire dont il vent détruire jusqu^au nom; cette capitale est située sur les frontières de ses états; il veut qu'elle soit au centre, et conséquenmient poursuivre dans PEurope le cours de ses conquêtes. Prétendre que Mahomet n'avoîl pour Tex^cution de ces vastes projets que vingt mille hommes d'infanterie, ce seroit , il semble, le taxer de folie, où plutôt courir le risque d'être accusé de parler sans réflexion ou de trahir la vérité. Un contemporain a cependant mérité ce reproche. On croiroit, et non sans raison , qu'il n'y a rien à opposera Phranza , qui pendant le siège transmettoit les ordres de Constantin ; à Léonard de Scio, qui, renfermé dans cette ville avec le légat, y recueillqit les renseignemens qu'il nous a transmis ; à Ducas, à Laonice cntin qui tous deux, témoins de la chute de l'empire, étoient à peu de distance du lieu de la scène. C'est le grammairien Philelphe qui réduit à vingt mille hommes l'armée de siège. Philelphe «, néà Tolenlino en iSgS, accompagna le bayle de Venise à Constantinople en i4i9- Jean Paléologne le chargea d'une mission pour l'empereur Sigîsmoiid. Ce prince étant mort en i438, Philelphe, qui avoil mené avec lui à Milan la fille de Chrysoloras, dont il étoit gendre, perdit sa femme dans cette ville. Il trouva dans Tétude des distractions à sa douleur, et parcourut Tltalie en enseignant les lettres et l'éloquence. C'est en 1327 * qu'il
« Philelphe étoit aussi présomp- la conspiration contre cette famille;
tueùx que savant. Voici avec quelle ce qui le força de sortir de Florence,
modestie il parle de lui-même : in H y revint cependant , après avoir
omni dicendi f^enere et versu pari- tenu auprès deê Visconti la même
ter, et solutâ oratione ^ tiim latine, conduite. Il eut une grande répula-
tum eiiain grœcèy omnia quœ vel- tion , et la mérita par l'étendue de
leni quàmjacilè et scriùere et loqni. ses connoissances ^ et des écrits dont
(Ep. 1 , lib. 2^. ) D'un caractère in- le mérite < st reconnu, constant, Phiiilphc passa de Venise ^ GabrielJNaudé nous fournit celte
à Bologne , de Bologne à Florence, date, en disant qu'il oe resta que
pour y professer les leltres. Après neuf ans à Constantinople. f^o^. i^<f-
s'ôtre attaché pendant quelque temps dilinn à Chisloire du roi Louis xi »
à Cosmc de Médicis , il prit part à p. 8a , dao» le supplémeot aux mé-
HISTOIRE DU BÀS-EMPIB.S. 47?'
partit de Constantinople pour n'y plus retouraer. Il mourut à Florence en i4Hi. A Tépoque du siège ^ Philelphe en ëtoit donc loin, et se livroit à des occupations étrangères aux travaux d'un historien qui veut recueillir et transmettre des renseigneraens. Gibbon suppose qu'en réduisant comme il le fait à vingt mille hommes l'infanterie turque, Philelphe ne parloit que de la garde de Mahomet , et dans cette h)/^othèse explique , par les milices et les autres troupes que les pachas amenoient de leurs gouvernemens respectifs, le témoignage de ce pro-* fesseur. Mais comme Philelphe accuse les Grecs de lâcheté, il paroit avoir eu l'intention de diminuer les forces des Turcs pour faire mieux ressortir cette lâcheté. Quoique ces forces aient été en rapport avec le but de l'entreprise , le reproche n'en est pas moins fundé , comme on le verra bientôt, et Ton n'avoit pas besoin, de dissimuler la vérité.
Il étoit difficile d'enchérir sur l'assertion hasardée de Philelphe sans s'exposer au danger de proférer une absur- ^
dite. Cette crainte n'a point arrêté le mrince Cantemir. Voici le début de son histoire de Mahomet ii, « Nous ffîstoîn « sommes parvenus au règne du sultan Mahomet , le plus ntani l « glorieux prince qui ait été assis sur le trône des Olto-^' ^* « mafls, et que nous pouvons aussi appeler le plus heureux « qui ait été dans l'univers. Il fit la conquête de Constan- « tinople (plus hardi et plus fortuné que ses prédécesseurs, « qui souhaitèrent d'en être les maîtres et n'osèrent le « tenter) , ville célèbre et fortifiée par l'art , et qui , « malgré ses deux ports et une armée plus nombreuse « que celle des assiégeons ^ fut forcée par le sultan y à la « honte du nom chrétien. » Ainsi Cantemir , qui écrivoît en 1700 sur un événement arrivé en i453, prétend que'
moires de Philippe de Comineg. Sîgismood par Tempereur Jean Pâli. Schœl, dans 9on Histoire de la léologue. Mais Jean ne fut empereur littérature grecque ( t. 1 , p. 34i ) , qu'en i4a5, le^i juillet. Ainsi Ifaud^ le fait envoyer en i4a3 auprès de doit être offx ie préférence.
478 Histoire dû BÀS-ËMi'iieLE.
l'armée des Grecs étoît supérieure en nombre à celle des assiégeans; il énonce ce fait sans aucune espèce deJ preuye ^ , et le dit en passant comme un fait convenu qui ne fut jamais contesté.
Nous avons donné sur les troupes de Mahomet des détails certains ; voyons maintenant cette belle armée des Grecs supérieure en nombre à celle des Turcs i.
On se rappelle la situation de Cotist an tinople, séparée des provinces que l'ennemi vient de conquérir , et depuis plusieurs mois isolée entièrement et cernée par les Turcs et par une forteresse construite pour empêcher l'arrivée des secours, pour maintenir ou surveiller cette capitale et remplissant parfaitement ce double objet. On n'a point oublié que depuis long-temps les Grecs n'ont plus d'armée. C'est pour en avoir une que Jean Paléologue étoit allé, sept ans avant l'époque où nous sommes, passer deux ans en Italie. Lorsque Constantin Dragosès monta sur le trône, il y eut, ainsi que nous l'avons rapporté , des réjouissances dans la capitale. Dans la description qu'ejj ont faite les historiens , ils ont soia de parler des grands, du clergé, du peuple , mais au lieu de troupes, qui jouoient pour l'ordinaire un rôle dans ces sortes de fctes, il n'est question que de la milice de Constantinople. Elle étoit probablement* plus nombreuse à Tavénement de Constantin qu'elle ne le fut quand on eut besoin d'elle, et ses rangs s'éclaircirent au moment critique : on en va juger.
L'empereur, voulant connoître le nombre de défenseurs sur lesquels il pouvolt compter, donna des ordres en conséquence. Des tribuns parcoururent les quartiers
« On verra plus lard que le prince dues par la mer , par des fortifica-
Gantemîre n'est pas heureux en preu- tions , soutenues d'une populatioa
ves : nous rapporterons celle qu'il a nombreuse, et le» faire prendre par
Id bonne foi de donner à l'appui de moins de trois œnt raille assiégeans,
fion opinion sur la prise de Constan- ce seroit un fait qui ne se trouvtroit
linople, qu'il prétend avoir capitulé, que d;ins l'histoire du prince Cantc-
2» F;;ire prendre tiois cent mille mire. C'est cependant le résultat n«
hommes de troupes véglêt-s délen- i^ounux de hoîï assertion.
de la capitale, entrant de maison en maison pour ia- Bcrire les noms de ceux qui ëtoient en état de prendre les armes. Quoique la patrie fût en danger^ on ne forçpit personne. La honte pouvoit suppléer au sentiment du ■ievoir, et l'instinct de la conservation à Thonneur. Que Caire de soldats sur qui ces deux mobiles si puissans ne 3produîsent plus d'effet? L'empereur avoît cru devoir, par "întérêl pour Thonneur des Grecs, prendre quelques précautions, aiîn que les tribuns ne communiquassent point le résultat de leur recensement. Chacun remit le sien au prince, qui confia ces divers contrôles au fidèle Phranza «. « Cette affaire vous concerne, lui dit-il, réunissez ces dé- « fenseurs, faites distribuer à chacun les armes qu'il sait « le mieux manier; soyez discret et prudent». Le ministre obéit. Ce n'est pas sans une surprise douloureuse que le malheureux prince apprit que Constantinople ne renfermoit plus que quatre mille neuf cent soixante et dix Romains, auxquels se joignirent deux mille étrangers, tant Géngis que Vénitiens. Uempereur et moi^ dit Bhranza , restâmes dépositaires de ce triste secret. Ainsi b garnison chargée de défendre la capitale étoit composée de sept mille hommes. Ce qui prouve la véracité de l'historien , c'est la conformité du rapport des contemporains, qui, ne connaissant point le fatal secret,
* On ne peut lire sans intérêt l'ez- mm diligenter militum ^ et (juibus
pression de Phranza peignant sa sur* armis instructi sint. Ego Jussisper-
|>rise et sa douleur. Qui ad urbem Jiinctus , eidein taàellas cxhibuî y
UuUœ magnitudinis dejendendcon non absque dolore et mœstitiâ haud
^htùs erant , reperd non anipliùs mediocri : mansitque prœter nos
^oater mille nongenti sepluaginta duos aliis occultus numerus. Sut-
l^raeter extraneos, cosque vix duûm Tant Léonard ^ Graeci ad sez millia
ikiilUam. Hoc ita fuisse scio y idque bellatorum non cxccdcbant. ^c/i^ui
^x tali causa. Il rapporte les ordres sive Genuenses, siwe Feneti^ cumhis
donnes par l'empereur, la Uanièrc qui ex Perd clkm ad prœsidium accès-
iâb>nt ces ordres furent exécutés , et seront, vix sumniam trium millium
1« résoltat du recensement. Con- œquabant. Clàm est remarquable.
Ktantin lui dit : Hic labor ad te res- Ou ne permettoit donc pas, dans
^icii i et cautione silentio<jrue opus le faubourg de Péra , de venir di-*
^abet, jiccipe igitur catalogos et fendre Gonstaniinopîe 1
^t domum ac sedens subdtic nume-
m,Chalc. Laonice Chalcocondyle rapporte qu'Amurat fit 'du canon en 14^0. Comme cet historien aime beam les digressions, il en' fait une sur la poudre à canon. « «( ne pense pas, dit-il , que ce soit une invention ai <« cienne, comme quelques-uns Tont prétendu; quoique! « je ne puisse rien dire sur son origine et ses progrès, « je crois que les premières pièces furent d'abord « fer ; qu'ensuite on trouva le moyen de les faire et « cuivre allié avec de l'étain , par certaines préparaiionh <c II est inutile de décrire une de ces pièces, attendu qi» « tout le monde en a sous les yeux. » Cet historico écrivoit peu de temps après le siège (en 1460). Son témoignage est remarquable, en ce que les détails qo^il donne prouvent, i.° que depuis long-temps on sese^ voit de canons, puisque la substitution du bronze)» fer n'a pu se faire qu'insensiblement; et 2.® qu'ils étoieat assez communs pour que chacun put en voir. htcasy c. Si nous passons maintenant au récit de Ducas, coD' ^'*^ ' * temporain de Laonice , et qui même devoit écrire quelques années après ce dernier, nous voyons qu'il en sait beaucoup moins , quoiqu'il écrivît sur un événement postérieur à celui dont parle Chalcocondyle. II est question du siège de Belgrade par Amurat 11 , en i435. Il est nécessaire de rapporter ses propres paroles. « Aniural, « dit-il, perdit un grand nombre des plus braves de «son armée, non-seulement par la maladie, mais « aussi par lés machines avec lesquelles on tiroit de de- « dans la ville. On tiroit sur eux des balles de plomb
icroit plus facile de multiplier des ]>rous ne nous chargeons poiot de
citalioDS que d'en tirer des con- * concilier ces contradictions , mai» |
rlusions incontestables. Comment nous en revenons à Du Gange, parct |
concilier la rc^ciamalion des Ita- qu'il suflit d'une autorité semblable
liens, qui suppose l'usage delà pour avoir une opinion. Nous ferons
poudre comme nouveau en i58o , cependant remarquer qu'en Italie,
ut blessant le droit des nalions, avec où Ton apprenoit l'usage de la pou-
l'extrait du registre de la chambre dre en i3Ho, le célèbre Pc'trarque
des comptes, qui suppose cet usage avoit , en i34i, maudit l'iaveutioo
devenu preacptc coiuinuu en iôCb? désarmes à Icu.
istn
3e la grosseur d'une noisette, avec une machine de fer qni en tenoit cinq on dix. Cette machine ëtoit tsiite en forme de tuyau ou de canne ; on la remplissoit d^ine poudre composée de nitre, de sonfre et de *diarbon. Quand on approche cette poudre dn nez , ^€lle sent le bitume et Tétincelle ; elle est d'an tempetament fort disposé à prendre feu , et ce feu , étant resserré et comme contraint par tes balles, pousse ta pins proche, et celle-là la suivante, et ainsi succèsliveraent jusqu'à la dernière ». La ditTérence qu'il y oit entre les connoissances de ces deux historiens, sur niéme fait, est sensible. Il est singulier qu'Amurat - fait usage du canon au siège de Cons^antînople, en 23 , et qu'à celui de Belgrade, en i^'iS , il ait à peine Eina l'usage des armes à feu. Quoi qu'il en soit, ou e à l'an i/!^2i l'introduction de ces armes dans TOïnt ^. Ce sont les Génois qui eu apprirent l'usage aux lires. Il sont accusés A^^vo\r fondu et dirigé les canons ^t se servit Amurat ^. Si l'on pouvoit admettre la pposition , très>invraisemblable , qu'il leur fût pos- ^le d'en faire un secret et de le conserver pendant lelqne temps, on auroit un moyen de concilier Ducas Chalcocondyle ; mais le caractère du sultan , qui 'f>it tant de moyens de se faire obéir, ne permet guère tte hypothèse. Dans les trente ans qui s'écoulèrent ktre le siège de Constantinople par Amurat, et la prise » cette ville par Mahomet , l'artillerie dot faire des "Ogres, mais plus chez les Turcs que chez les Grecs.
« L'abbé Lenglet Dufresnoy , dans toutes les armea de jet , anciennes et
tt Tables chronologiques de l'his- modernes; on tit usage des bali&tes,
■ re moderne, 8*ex prime ainsi à l'an- des catapultes, comme des canons.
ft«i4a3: «Amural II assiège Constan- Si l'on eût bien su manœuvrer et
tîoople , et fait usage contre cette diriger cette dernière arme, si le tir
-ville de canons qui jusqu'alors eût été perfectionne , Ton eût aban-
étoientpoinC connus dans l'Orient, donné, comme gênantes , les mtt«
m qui prouve qu'à la prise de cette chines des anciens,
ipitale par Mahomet l'art avoît fait * f o/-. Gibiîon , chap 65. eu de progrès , c'est le mélange de
A défaut de renseigneraens directs sur cet objet , tirons des inductions certaines de la situation respe des deux nations dans cet espace de temps. En effet voit Tempereur grec , au lieu de ranimer son peu, de préparer ses ressources et ses moyens de résistai ne s'occuper qu'à chercher des alliés en Europe rintermédiaire du pape , envoyer au saint-père ami sade sur ambassade , se rendre enfin lui-même auf de sa sainteté) et revenir, après s'être expatrié pend; plus de deux ans, moins avancé qu'auparavant , pu\ss\ le résultat de cette démarche désespérée fut d'aliéner lui son peuple. L'aumône qu'il avoit reçue ignoblemc pendant son séjour en Italie prouve qu'il étoit ( pourvu de l'argent nécessaire pour s'approprier l'osi de la nouvelle artillerie , qui commençoit à se répaodi et conséquemment familiariser les Grecs avec ce terril moyen de destruction. Les sultans, au contraire, H jours agresseurs, toujours en guerre , et songeants cesse à s'emparer de Gonstantinople , eurent , corn dit Gibbon , assez de bon sens pour adopter , assti richesses pour payer les ialens des ingénieurs chrétien. Leur goût pour la guerre les força de se tenir toujo au niveau , dans Temploi des armes et de la tactit militaire , avec des voisins qu'ils vouloient conque Cette observation nous ramène au fameux canon Mahomet.
Un des premiers soins de cet ambitieux sultan l'étude particulière de l'artillerie nouvelle ; et la siei surpassa bientôt tout ce qu'on açoit vu /usqu*alors. qui prouve la pénurie des Grecs, c'est l'impossibi dans laquelle ils étoient de payer un habile fonde nommé Orbirt , venu de Hongrie pour leur offrir services. Ils lui donnèrent une modique pension , d le paiement fut bientôt interrompu. Il passa du côté Turcs, et Mahomet lui donna de grandes récompen
• f^oy. Gibbon, ch. 65.
HISTOIRE BU B18-EMPIRK. 4^5
ft qnestion qai lui fut faite prouve que rimagination t mettoit point encore de borne à la puissance da pojen nouvellement découvert. Le sultan lui demanda Il pouvoit lui faire un canon en état de lancer une ■erre capable de renverser les murailles de Constantin 0ple. En véritable artiste, Orbin répliqua sur-lelamp que, quelle que fût l'épaisseur de ces murailles» ssent-elles aussi solides que celles de Babylône, il ^ omettoit de les mettre en poudre au moyen du ca-' tu ^ qu'il fabriqueroit. Pour mettre à couvert Tart et n talent, il ajouta qu'il ne répondoit point de la pors. « Fais-moi la pièce , lui dit Mahomet , le reste me regarde ». Le sultan établit une fonderie à Andri- ^ple. On mit tous les matériaux nécessaires à la dispo* tioii d'Orbin, qui , dans Tespace de trois mois, fon^ M, un canon d'une grandeur époiwantabU , suivant ^pression de Ducas , qui n'en a pas trouvé de plus lergiqne. « On attacha, dit cet historien, soixante o^coi c: bœufs à trente chariots pour le transport. Deux cents ^^« hommes marchoient aux côtés pour le tenir en équilibre. Il y. avoit devant cinquante ouvriers et deux cents manœuvres pour aplanir les chemins, et pour faire des ponts de bois aux endroits les plus rompus: Les mois de février et de mars se passèrent avant qu'il
fût traîné à cinq milles près de Constantinople
Quand on tiroit cet épouvantable canon, le canonnier avoit deux pierres, l'une desquelles étoit fort grosse , et l'autre plus petite. Il tiroit la petite la première pour reconnoitre s'il avoit bien visé, et ensuite
la seconde L'inventeur de cette' détestable ma-
chine avoit un secret pour l'empêcher de crever ; c'étoît de verser de l'huile dedans ». Voltaire * a voulu
« Léooard sem ble , dans son récit , matione mille ducentarum libramm
ooterver l'impretision qu'il avoit coUidit , coUisum concutit , conr
pft>u%ée dans le temps : Bombarda cussum exterminât. ^Ja horribitit. . . lapida in ed œsti- ^ MaJgré kf doutes et let pUmu
lltl
486 HISTOIRE Sir BA8-KMPIAK.
révoquer en doute les dimensions données par les riens à cet énorme canon. Des faits postérieurs en constaté la possibilité. Deux observations peavent'( montrer que cette pièce dut être telle qu'on nous la présente. La première est tirée de Tétude des arts, c sidérés dès leur origine et dans leurs progrès. Un résoluf constant des efforts de l'artiste , lorsque Fart est son enfance, est de dépasser toutes les proportions, ne revient aux véritables qu'après un grand nomb...., d'essais. L'expérience prouve qu'il faut presque toujoQnf épuiser les combinaisons les plus compliquées pour ar river aux plus simples. La seconde observation, esthi" situation d'Orbin, qui promettoit à Mahomet de lai fondre un canon assez fort pour lancer un boulet ca\ pable de rençerstr les murs de Consiantinople. YoyoDir Orbin au milieu d'un peuple qui attend un miracle à lui ; devant un prince à qui rien ne résiste ; entre l'ci* poir jdes récompenses et la crainte du supplice ; enfia animé par l'ambition , par l'amour de l'art , par le désir de répondre à Tidée qu^on se fait de son talent, et dooi| ne serons pas surpris du résultat. Il est ce qu'il devoit être, c'est-à-dire , un canon d'une grandeur démesurée, fort incommode , fort difficile à manœuvrer^ ifua usage lent, dangereux pour celui qui remploie, et dont enfin on ne voudroit pas être condamné à se servir au« jourd'hui. La possibilité de cette pièce gigantesque est démontrée par le fait. Aux Dardanelles , on voit encore im canon plus grand que celui de Mahomet , qui exige un boulet de pierre de onze quintaux, et trois cents
leries de Voltaire, le fait est attesté autetîam quinquagenta jugU ioÊm
de tant de témoignages , qu'on ne trahi singulœ non passent. Vollaiif
peut raisonnablement le nier. Léo- oubiioit le canon qui existe encore
nard et Phranza ont vu et mesuré aux Dardanelles , et celui qui est i
]es boulets de pierre. HorribiUm Saint-Pétersbourg. Ab actu adffO^
bombardam. . , palmis undecim ex valet consecutio , Ces deux ctoMi
mois , dit le premier. Le second sont d'une dimension plus gnadt (
parle de plusieurs, ex quibus aliquot que celle de l'hortihle bomèttnk» fantœ vastitatisj ut à quadraginta ^
^vres de pondre a. Toiirnefort , qui a visite ces châteaux, à^exprime ainsi : « L'artillerie turque , quelque mons- ^cy^g^ «
1 A f 11 • • ■ •>. 1 • Leuantf Ut
« trueuse qii elle paroisse , incommoderoit peu les vais- tre lu
« seaux qui défileroient avec un bon vent. Les embra-
« sures des canons de ces châteaux sont comme des portes
* cochèrcs ; mais les canons, qui sont les plus gros que
» j'aie vus de ma vie , n'ayant ni afiFôl , ni reculée , ne
' saiiroient tirer plus d'un coup chacun. Qui seroit
^ rhommc assez hardi pour oser les charger en présence
des vaisseaux de guerre, dont les bordées renverse-
roîent en un instant les murailles des châteaux qui
ne sont pas terrassées, et qui enseveliroient les canons
et les canonniers sous leurs ruines? six bombes seroient
capables de démolir ces forteresses. »
Ce canon d'Orbin , épaulé de deux autres presque
nssl grands, ne pou voit tirer que sept fois par jour.
fais quatorze batteries, pointées contre les endroits les
las accessibles, produisirent beaucoup plus d'effet^
arce qu'élant d'un moindre calibre, elles pouvoient être
lieux dirigées. On verra qu'elles le furent bien, grâce
lUX perfides conseils d'un chrétien.
Qu'avoit Constantin à opposer à cette formidable arillerie? une artillerie bien moins nombreuse, que la lisetle de poudre réduisit presqu'an silence. C'est ici 'occasion d'examiner un passagequeGibbon, sans Texpli- |uer, recommande à l'attention du lecteur^. Léonard leChio, qui se trou voit à ce siège, dont il a fait le récit ^
' Voyez-en la description dans le riebu* alveisque tectos rwnpolerant*
laron de Toit, t. 3; il en fit faire Namti guœma^nx eranCfnemums
'expérience. Gomme ses fanfaron- concuteretur noster , quiescehant
lades le rendent suspect, nous pré- (LconardusChiensis). Le doute peot
(ërons le témoignage de Toumefort. être moins expUciie que dans notre
^ Voici ce passage : jlt in dies traduction, et l'on devroit peul-étre
ioctiores nostrijacti paravére contra dire le peu de canons : mais, en mel-
koites machinamenta , cjuœ tamen tant textuellement le passage sous
ivarè dabanlur, Pulvis erat nitri les yeux du lecteur, nous lui donnons
modica^ exigua ; tela modica ; bom- le moyen de modifier notre ioter-
hardœ, si adcrant, incommoditate pré talion. loci p rimùm hosles qffendere macc"
488 HISTOIRE t>U BAS-EMPIES,
enaploie des expressions remarquables lorsquHl fie Tartillerie des Grecs. «Ils avoient ( dit^il ) pea fit pondre : quoiqu'ils fussent devenus plus habiles ^.ne leurdonnoit des armes à feu qu'à regret; le vice «K du terrain annuloit TefTet des canons qui pouiHiwA « exister, et s"// y en ayoit d'un gros calibre , on ëloil « obligé de les laisser ei^ repos, de peur d'ébranler nof f murailles, » Cette forme de doute est singulière dans pn historien qui , par les détails qu'il donne , prouve qu'il obs^rvoit avec soin tout ce qui se passoit. La con-' fluite du grand-duc, que Léonard appelle Chirluco; peut répandre quelque jour sur ce passage. Ce dignitaire, à qui Justiniani demanda des canons, les lin ayant refusé, le Génois lui dit : A quoi tient -il, traître, que je ne te passe mon épée au traders i» €orps^?\j^ trahison était manifeste; et dès-lors les maOf yaises intentions de celui qui disposoit de l'artillerie peuvent expliquer le doute de l'historien ; et l'exprei- ^ion ù' avare indique la cause de cette parcimonie. Le grand-duc ne dolina qqe ce qu'il ne pouvoit refuser sans courir des risques,
Vénumération des machines de siège employées à jcelui de Constantinople seroit fatigante ^ Il est prcH bable que Mahomet mit un soin parlicuHer, non-sen-^ \ lement à réunir toutes celles dont on faisait usage, on dont l'invention étoit récente, maïs encore à en provoquer de nouvelles. Ce soin fit partie des préparatifs \
* Cette querelle entre le grandduc et le général génois eut lieu dans un des instans les plus critiques du siège. !Nous en rendrons compte.
Mais , pour appuyer notre opinion , nous dcvonjt ici rappeler le passage.
Petivitejue sibi à Chirlucâ mas^no duce^ communes urbis bombardas , tjuas contra hostes qffîgerel, Quas àum superbe denegasset : Quis me , inquitf ô proditor, tepct, ut gladio
non occumbas meo ? (Id. ibi^.) L'expression de communes urhis bùtn' bardas prouveroit que Gonstanti* nopleavoitordiivkirement descanoin; et la demande qu*en 6 1 JustiDianifait voir que le perfide graud-duc aroit eu Teirronterie de les mettre en nia« gasin , ou , s'ils y ëtoieot , de ne pas vouloir les en faire sortir aumomeiil où Ton en avoit le plus de besoin.
^ Machinas innumerasy cnuicii^
immenses dont il s'occupa pendant deux années, d'après le témoignage unanime de tous les historiens, qui 'ftous s'accordent sur la grandeur et le nombre de ces préparatifs. Jamais on ne vit une réunion aussi complète d^nstrumens de destruction. Il est permis de le croire, «l'après ce passage déjà rapporté : « c'est ce siège fameux « qui a mérité l'admiration de l'univers , à cause des Cantem « machines inouïes jusqu'alors que Mahomet mit en « oeuvre ». Il y a voit une si grande disproportion entre les moyens d'attaque et de défense , qu'on auroit droit d*étre étonné de la durée du siège, si le courage de huit mille hraves qui ont fait le sacrifice de leur vie ne changeoit la surprise en admiration ; sentiment qu'ils semblent mériter mieux que le nombre et la grandeur des machines ^.
Aux préparatifs immenses faits par Mahomet si nous opposions ceux de Constantin , nous trouverions ce malheureux prince s'épuisant en efforts, vidant ses coffres pour approvisionner la ville, armant sa petite troupe , conduit enfin de sacrifice en sacrifice jusqu'au dernier de tons, celui de la vie ! Il en étoit à celui-là le premier jour de Tattaque ; et jusqu'à ce qu'il le consommât, il ne se passa pas d'instant qu'il ne s'exposât aux fatigues , et ne partageât les travaux de la garnison. « Son courage, dit Gibbon, étoit égal à ses dangers ; (^"'- «^ « mais ses forces ne Tétoient pas à la lutte qui se pré-/*emp. c « paroit. » Au nombre des moyens d'attaque et de dé-
lasque ex virf^tiltis viminilusque grœcttm : omne demùin machinœ
coniextas... scioppis y spingardis , genus quodhiimana mens excogittwe
larlmtlianis f Jundis , sagittis\ nos- ^o/est. ( Phranza et Leooardu^.)
tros vexabant : ex heUbolis , helebo- » Celui qui ne trouTe d'admirable
liscisy balistis , arcubiiSt aliisque dans le siéj^c de Gonstanlinople que
instrumentisspectatudignisyfunera les machines iViOMÎw dcvoit oublier
ingeminabantur : numerabantur les trois cents Spartiates aux Thcr-
onerarii dix>mones ^ lignis , mola^ mopyles, pour donner toute son at-
ribus, aliisque machinis ad ttrbium tention au nombre ainsi qu'au faste
expugnationem idoneis stipati: bel- des Perses. Que Léoaidas dcToitlui
Uca tçrmcnta : pyribolcs : ignem paroître petit l
490 HISTOIKE DU BA9-KMPIRS.
fense mtre essentiellement Tesprit national de eha^t^ parti. Passons donc; anx dispositions morales des deuxl" nations. L'une est jeune, énergique, robuste, accontoméil'^ à la victoire ; l'autre est vieille , énervée , et ne sait plos ll'^ que se soumettre. La guerre est pour les Tnrcs un de* V voir de religion. Voici comme leur grand-prophète s'est 1^ exprimé dans l'Alcoran : « Quand vous vous rencon« r « trerez avec des infidèles, coupez leurs tètes, tnez-les; l' « à moins quc^ vous n'aimiez mieux les lier, les enchst- '* « ner, pour leur faire payer rançon , et ne cessez point « de les persécuter jusqu'à ce qu'ils aient mis bas les «t armes , et qu'ils se soient soumis à vous. » ^ LesTorci prétendent que toutes les guerres qu'ils entreprennent, quelque injustes qu'on les «suppose, deviennent justes parce qu'elles sont fondées sur l'Alcoran. Ils doivent contraindre par la force des armes ceux qui ne sont pas de leur religion à suivre la loi du prophète. Ils ne respirent donc que la guerre ; ils y sont poussés par l'enthousiasme, parTamour du pillage, par la crainte d'un chef farouche et terrible.
Quelle étoit dans Constantlnople la disposition des esprits an moment du siège? Il suffiroit peut-être de dire qu'on ne trouva dans la capitale de l'empire qoe quatre mille neuf cent soixante-dix Romains, ainsi qu'on Ta vu. Mais il n'est pas inutile de parler des causes pour lesquelles ils étoient réduits à ce nombre. Higt^Jot « Les Grecs ( dît un historien ) ne songeoient de- ;. t-wo"»' „ pujg long-temps qu'aux plaisirs, à l'oisiveté, aux « moyens de s'enrichir; et l'on pouvoit dire qu'ils a voient « entièrement oublié leur ancienne valeur, et renoncé « à l'exercice des armes. La Grèce étoit devenue Tem- « pire des lettres, qui rendent l'homme efféminé, teni-
* De tous les préceptes de sa reli- version de l'Alcoran , qui prescrit
gîon , c'est (c seul que Mahomet ait en même temps aux Turci loblif»-
•uivi avec une (Idcilté scrupuleuse, lion de convertir* Le sabre est le seul moyen de con«
« përé, pacifique; au lieu que les armes le rendent fier, •f violent et sanguinaire. C'est pourquoi les Turcs , dès «K le commencement de leur domination , ne négligèrent « pas seulement les sciences , mais même toutes sortes « d^arts , pour ne s'appliquer uniquement qu'aux armes « et aux exercices de la guerre , dont la fin est de vaincre « et de conquérir. Dans les premiers accroissemens de « leur grandeur , ils se noircissoient la main avec de « Tencre, et Timprimoient ensuite sur le papier : c'est « ainsi qu'0(hman et Orcan signoient leurs traités. Il « en existe encore, et les Turcs les conservent avec au- < tant de vénération que si c'étoient des reliques ». L'amour des richesses , et l'avarice , qui en est la compagne inséparable, étouffent entièrement l'amour de la patrie, et l'on en eut, à l'époque dont nous nous occupons, une preuve frappante. Constantin , qui s'étoit dépouillé de fout pour les besoins de son peuple pendant le siège; Constantin, à qui il ne restoit plus d'autre sacrifice à faire que celui de sa vie , demanda vainement des secours aux grands de l'empire pour payer ses soldats. Prières, larmes, tout fut inutile. Tous se disoient ruinés par le malheur du temps ; et lorsque l'ennemi fut maître de la ville, il trouva le moyen de leur faire mettre au jour leurs richesses enfouies; et l'on vit sortir de terre des trésors qui auroient suffi pour sauver Tétai et payer des armées considérables ^.
On a dû remarquer dans le cours de cette histoire que, sous le dernier règne, l'empire n'a voit plus d'armée , et que depuis qu'on isoloit la capitale , il ne poQvoit plus en avoir. Une cour corrompue, un prince foible , qui laissa usurper son pouvoir par des favoris ; QQ peuple tellement abâtardi, que le danger ne lui
« Léonard et Phranza raconteat imperator rogâsset , ut pro militi'
ce Cait avec «ne énergique indigna- bus conducendis pecuniam mutua-
tioo. O patiiœ direp tores ! dit le J^nt , jurabant se inopes exhaustos"
premier^ d avaros , (juos cùm sœpè' cjue penuriâ temporum , cfuos posl'
numéro lacrymis profusus inopt hac^àl^mt^hQstUinytniu
4ga HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
rend aucune énergie , telle ëtoit la situation de Constant tinople au moment où Constantin monta sur le trône* Une cause qui eut sur le sort de Tétat une influence directe , ëtoit le schisme , qui éloignoit la nation da prince , et donnoit aux lâches un prétexte pour ne pas prendre les armes. Les effets de ce schisme paroitroient incroyables, si nous n'avions vu renouveler quelquesunes des scènes auxquelles il donna lieu. Sachons d'on témoin oculaire à quelles occupations se livroient les Grecs pendant que les Turcs cernoient Constantinople*. « Les prêtres demandoient aux fidèles s'ils avoient corn- « muniqué avec quelqu^un qui eût consenti à TunioD. « Quand ils avouoient l'avoir fait, ils lui imposoient « des satisfactions très-rigoureuses. Ensuite ils leur dé- « fendoient , sous les plus grandes peines , d'entendre la « messe d'un prêtre réuni, parce que, disoient -ils, il ] « n'est pas prêtre, et que ses sacrifices ne sont pas de « véritables sacrifices. S'ils étoîent mandés ou pour la « sépulture d'un mort, ou pour les prières que l'Eglise « fait en sa f^weur, et qu'ils apprissent qu'il avoit « consenti à l'union, ils ôtoient aussitôt leur étole et « fnyoient. Après la prise de la capitale, un jour que je «< me Irouvois avec une dame d'une illustre naissance, *< qui étoit en prison , elle me dit que, se sentant pressée « par les douleurs de l'enfantement , le quatrième joiip « de la semaine sainte, elle envoya quérir son père spi- « rituel, nommé Jacques; qu'elle se confessa à lui, et « qu'il lui conseilla de communier. Elle demanda à ce « bon vieillard s'il y avoit difficulté de recevoir la cora- « munion de la main d'un prêtre qui disoit d'ordinaire « la messe dans sa maison , et qui avoit été présent une « seule fois dans la grande église le douzième du mois « de décembre, dans le temps que les prêtres qui apte prouvoient Innion célébroient , bien qu'il n'eût point « communié avec eux, et que, n'ayant point été choisi
f G*e6t Ducas qui nous transmet ces détails.
^ftf'""' voulait punir ou clé- ,|M4Mi4<i icOuiiirent à si pc» de ■^£'' liuiotire a peiil-étre « nous songeons mieal avoir d'in-
jW «wm^MÉii
knô lit-
bid-n
D> du I
le manièie précise époque du siëge , ^'__ unv multitude — lan augnienla en rai- ' flïie lorsqu'il fut inipos- 'imher entre les mains ruent comparé tons "l'ÎPt ; « Constanli- c I f'tal de décadence,'''^ niiHi- hahîlans; m.iis ce ■*caplifj,et non sur celle ■Tr(» |)Iu[>;ir| des ouvriers, des lionimca donnés de lli^-niômes ont déployé ''iriKKi. Je conçois , j'cx- ■'f- de» sujets à servir "Htrgliéir à la volonté iii II ose pas exposer sa ' tH'rdti dans la socielé ' !.i plus énengiquetiv la
494 UISTOIRE DU BAS-EHPIEl.
contre ceux qui aimoient la paix, Noos verrons ThabiU Mahomet le récompeuser dignement. Terminons par un trait à Tappui de la conjecture que nous avons faite, et qui, en démontrant qu'il n'y avoit aucune sincérité, prouve que le zèle servit de prétexte anx Grecs pour '* rester dans une honteuse inaction. « J'ai vu de mes « propres yeux , s'écrie Ducas , des religieuses instrui- « tes dans les saintes Ecritures , non-seulement manger « de la viande et s'habiller à la façon des barbares, « mais sacrifier au faux prophète , et faire profession « publique de son impiété exécrable avec une impa- « dence non pareille. »
A voir l'activité des schismatiques contre ceux qni avoient adopté l'union, ou même contre ceux qui conservoient des relations avec ces derniers, on auroit pu croire que, cette activité changeant d'objet à l'arrivée desTarcs, ilsseseroient armés. Mais ils restèrent immobiles, continuant seulement de déclamer contre les partisans de la réunion. Le canon de Mahomet les fit taire. Gennadîus et le grand-duc étoîent à leur tête ; et celui-ci , disant publiquement qu'il aimeroit mieux voir un Turc qu'un cardinal, laissoit Isidore, cardinal et légat du pape, réparer à s^s frais les fortifications de Constantinople. A ces exemples , qui dévoient entraîner le grand nombre , se joîgnoit une autre cause propre à paralyser les bras. C'étoient deux prophéties contradictoires, et qu'on auroit dû rejeter, parce qu'elles se détruisoient mutuellement. Mais toutes deux annonçoient un résultat qui rendoit la défense inutile, et motivoient conséquemment l'inaction. Par la première de ces prophéties, la fin de l'empire d'Orient éloit prédite; d'après la seconde, un ange devoit exterminer l'armée turque dès qu'elle seroit entrée à Constantinople, et parvenue à la colonne Justinien. L'une inspiroit la confiance, l'autre la résignation ; toutes deux faîsoient un crime de la résistance, parce qu'en se défendant on s'opposoit
HISTOI&E DU BAS-KMPI&I. 49l^
^Sulemenl aux décrets de Dieu qui vooloit panir oo dé* 'Mvrer, Telles sont les caases qui réduisirent à si peu de Kionde le nonobre des braves. Ce nombre a peut-être encore de quoi nous surprendre ^ si nous songeons rombien , de leur nature , elles dévoient avoir d'in* 3aeuce.
Il seroit difficile de déterminer d'une manière précise Histoire </« ^ population de Constantinople à Tépoque du &i«ge » 1^1. ^/"^ parce que , dès qu'elle fut menacée , une multitude 3'habitans désertèrent. La désertion augmenta en raison du danger , et ne s'arrêta que lorsqu'il fut impossible de sortir de la ville sans tomber entre les mains âes Turcs. Gibbon, qui a soigneusement comparé tous les récits , s'exprime ainsi snr cet objet : « Constantin Gibhon^e.'' ■■ nople ( dit-il) dans son dernier-état de décadence,^*** ^ avoit encore plus de cent mille habitans; mais ce V compte est pris sur la liste des captifs, et non sur celle « des combattans; c'étoient pour la plupart des ouvriers, ^ des prêtres , des femmes et des hommes dénués de « ce courage que les femmes elles-mêmes ont déployé ^ quelquefois pour le salut commun. Je conçois , j'ex- • ^^ cuserois presque la répugnance des sujets à servir « snr une frontière éloignée ppur obéir à la volonté « d'un tyran ; mais l'homme qui n'ose pas exposer sa « vie pour défendre ses enfans a perdu dans la société "« la disposition la plus active et la plus énergique de la « nature humaine. »
Nous terminons ces détails par un moyen qui semble ^'être qu'accessoire , mais dont la valeur dépend des nrconstances , au point de devenir le moyen principal, 'puisque tous ies autres sans celui-là sont encore quel- ^efois inutiles, quel que soit leur nombre et leur Iforce. Je parle de la trahison^; elle est attestée par les "contemporains. Celle du grand-duc transpire dans plu-
4» * Léonard deCbio, témoin du i'iége nard, dont noug invoquons souvent I« ;iprèt lequel il fut pris et vendu ; Léo- témoiguage , s'exprime ainsi : Testia
JW
496 HISTOIRE DÛ BAS-ÉHPlllE.
sieurs circonstances du siëge ; celle des Génois de lata est déniontrëe par Timpunité, ou plutôt par la dlitë avec laquelle Mahomet fit transporter ses vaisseaai|fl par terre dans le port , dont il n'avoit pu briser chaîne. L'historien Ducas nous mettra cette trahUoi dans tout son jour. Un témoin oculaire « tâche en vail de résister à l'indignation que lui cause la conduite dei Génois : il voudroit se taire ; mais cette indignation léfurfait parler malgré lui ; il s'écrie : « Que sont devénds Ht ces antiques Génois qui firent le sacrifice de leur forfc tune et de leur vie? Avares de votre sang^ de voirt « 6r, vous, pour conserver l'un et l'autre , vous avd, <c autant qu'il dépendoit de vous, livré honteusement <c aux Turcs cette merveille du monde ! » Comme 3 étoit Génois ^ ce reproche lui échappe, parce qu'il voudroit couvrir d'un voile épais la conduite de ses compatriotes; il s'impose silence et condamne à Toubli des^ faits qui lui causent une vive douleur; mais il en dit assez , et d'un mot fait voir quelle étoit l'opinion générale ^.
fin
te
s\iïaqu6dGrœ€{,qubdLaiin{<,qu6d * Genuenses jam auodammoib
Pûnnonesj Bœotes , Teucris com- cicutati , cfUo s exlcr m cum vtrilatt
itoîxti , opéra eorum fidemque didi' dijudicanl. Si, comme le portent
cerunt , qui, fidei chrislianœ obliti , les diverses éditions que j'ai coiuut*
urbem expUgnabant. Le bon évoque lées , il faut lire cicutati au lieu de ^
les appelle satellites Antechrislik cicuraH\ on en doit conclure que ;-
f^id. Hist. eaptœ Constantinopolis, Léonard [créoit des mois. Alors il
a- 0 Genuenses ! sileo, ne de meis auroil probablement voulu dire qoe ■"
loquar , quos externi cùm veritate les Génois étoient eu quelque sorte c
dijudicant. 'Ubi sunt pnsci incljrti empoisonnés , engourdis. £a liiaot ,
Genuenses , qui Galatam , accincti cicutati, qu'on peut traduire p«[
gladio, uti qui reparabant Hierosoli- façonnés à la servitude , appriToiséi, ''}
mam, condiderunt ? llli ciim ef- séduits < on a ua sens naturel réàul-
Juso cruure et aëre vos ne œs ves- tant d'un mot connu. J'auroi* pt
trumcupidi et sanguinem ejj'unde- supposer une faute, et conséqucn-
retis, cùm vecordid illain mundo ment rétablir le mot latin ; miii
decoramteucro7'rxididistis;sitam€n ceux qui écrivoient à l'époqof ««
tradere potuistis ! ( Id. ibid.) Léo- Léonard cemposoit son récit [x^]
nard, né dans l'île de Cbio, étoit forgeoient des mots, et faîsoieol
Génois, puisque celte île apparie- pour la langue latine ce que Roa«r4
uoit à la république. iit ensuite pour la nôtre.
BI8T0IEE DU BAS-KMPIRE. 497
Eo rësamë, Consfantinople est assiégée par une ar- \ée de trois à quatre cent mille hommes , et défendue ir huit mille. On a réuni contre elle tous les moyens attaque : le plus terrible de tous n'est point à sa disssition autant qu'à celle de rennerai. Elle ne peut en servir sans danger pour elle , parce que la détonnaon de ce nouvel instrument de mort fait tomber ses luraîlles. La division s'est mise dans ses citoyens. Elle *a plus pour hahitans ce que, dans son orgueil, elle ppeloit des Romains ; elle a des esclaves qui préfèrent I servitude aux dangers , et la honte à la mort. Ses rincipanx dignitaires n'ont qu'une fidélité douteuse , t le premier de tous , second de l'empire a, appelle IVIalomet de ses vœux. Ses enfans, ses alliés la trahissent; lie voit des Gif es sous les bannières turques; Galata econde son ennemi. Il lui reste cinq mille Romains, lignes de ce nom, et trois mille alliés. Mais ces huit nille braves, guidés par un héros dont la fin rappelle entes les vertus antiques, vont tenir en échec pendant près de deux mois quatre cent mille hommes conduits jar un jeune guerrier qui les précipite sur celte capitale par la crainte de la mort ou l'espoir des récompenses.
C'est avec cette inégalité que vont commencer les scènes sanglantes dont nous allons offrir le récit. On :onnoit la position de la ville considérée sous le point je vue militaire, les deuxchefs^ leurs moyens respectifs. Voyons remploi qu'ils en ont fait , Tun pour attaquer, l'antre pour se défendre. Mahomet est campé levant Constantinople. A la gauche de cette capitale il I placé les troupes d'Europe, commandées par le bé- ^lierbey Saratia ; les troupes d'Asie sont à la droite, séparées des autres par les janissaires et les volontaires : Mahomet commande ces deux corps. Il est au centre, pour mieux iissurer ou surveiller l'exécution des ordres
* Le graod-ducNotarias.
IIIST, DU BAS-EMP. TOM. XII. 3a
498 HlflTOmK BU BAS-tMinmi.
qu'il donne. Zogano , son bean- frère , cerne Gnlàla soixante-dix mille chevaux. Vis-à-vis du port est a flotte que Tarrivëe successive de plusieurs galères ques ou flûtes doit porter à plus de deux cents bltw ' mens. Elle a pour objet de prendre ou de détruire idg' secours qu'on puurroit envoyer à Coustantinople, tâcher de forcer Tentrëe dû port , et de combiner eoh' ses opérations avec Tarmée de terre.
Le siège commença dans les premiers jours d'avri ' 1453 «• Constantin voyant que Mahomet dirigeoit b principale attaque contre la muraille la plus avancée , li*«ut pas besoin de diviser sa valeureuse garnison. Tranquille du côté du port, suffisamment garanti laotT'' que/ les Turcs n^en seroient pas mattres, il la rëuaM fi sur le point menacé, règle le service , confie aux plui braves les postes les plus périlleux , et dirige toutes kf opérations de concert avec Jean Justiniaiii , noble génois. Il étoit entré dans le port peu de jours avant h siège, avec deux vaisseaux chargés d'armes et de jeumi gens qui ne rcspiroient que la guerre. S'il réussissoit à faire lever le siège , la souveraineté de Lesbos devoit être sa récompense; mais comment pouvoit-ii y parvenir avec huit mille hommes (car dans ce nombre ses cornpagnons d'armes sont compris)? Constantin loi donna le commandement général. Justiniani répondit à ce choix pendant le siège ; mais nous le verrons perdre . courage au moment où le courage étoit le plus néces-
' Le 9 , suivant les uns ; le 6, 8ui< louanges produit un singulier tÊst,
Tant d'autres. Ducas dit que Naôu- A son humeur, i son emportemcat»
chodonosor parut aux portes de Je- ou sent qu'il est fAché de ny*
rusafem le vendredi de la semaine porter des faits glorieux pour WB
de Paque, sixième jour d'jvril. Ce mortel ennemi ; qu'il est désoU
qui montre la bonne ibi do cet his- que ces fait» aient eu Heu , et chi-
torien , c'est qu'il n'omelh aucune griu de dire la yérité. A#/#i> »7 /n fft;
des grandcti actions de Mahomet et sa haine contre Mahomet est telle»
pendant le siège , tout en ne parlant qu'on doit lui savoir gré de m sinoé-
de lui qu'avec colère, et remplaçant rite. D'après le discour* de Goa»tiB«
son nom par une dénomination in- tin , la date du siège doit étie fixét
jurieuse. Ce mélange d'injures et de au a avril.
fre. Il fit des prodiges avec ses liuîC raille hommes* 'émissant d'une impatiente ardeur, cette troupe dé-^ e demande au prince à faire une sortie pour attaquer s bataillons nombreux qui s'approchoient du mur térieur. Constantin le permet. Ses braves soldats fraà« tissent le fossé , s'élancent au-devant des Turcs, que ^tle audace étonne , et qui se replient sans oser fuir ^ tenus par la terreur que leur inspire un maître qui ï pardonne jamais. lisse défendent en reculant et perïRt beaucoup de monde. Ces sorties se répétèrent penint quelques jours; mais Tempereur s'aperçut bientôt le la mort d'un seul homme étoit plus désastreuse pour iî que celle de vingt Turcs pour Mahomet, qui pou-» )it facilement réparer ses pertes , et qui donna bientôt I effet des ordres pour faire arriver de nouvelles troupes* 'inégalité du nombre força Constantin à défendre ces ijrties. Les Grecs furent donc contraints à se battre du aqt de leurs murailles. Les Turcs, n'étant plus attaqués^ avancent avec prudence ; creusent des fossés pour se lettre à couvert, forment des palissades, et peuvent leiitôt placer leurs canons. En peu de temps quatorze atterîes sont disposées et pointées contre les endroits où I mur d'enceinte étoit le plus accessible. La grande pièce ontnous avons parlé, ainsi que deux autres d'un Yonne moindre , mais encore trop considérable pour être isénieiit servies, sont placées après beaucoup de diffiiltés. L'une des trois creva bientôt, et tua plusieurs 'urçs. Peu familiarisés avec ces nouveaux instrumens e mort ^ les artilleurs musulmans ne causoient aucun ommage , et leurs boulets faisoient plus debruit!^uê de lal. Un ambassadeur de Jean'Huniade auprès de Maomet, voyant leur maladresse, leur donna des leçons. ktix reproches qu'on .lui fit ^ar la suite de ce qu étant brélien il avoit appris aux Turcs à battre lesch^tiens, l.répondit qu'il y avoit été déterminé par la prophétie /j^^^, ^ l'un vieillard qui lui avoit prédit que la fin de leurs ^S-
SOO JIISTOUIE DU BAS-EMBimS.
malheurs dëpendroît de la prise de Constantinoplc que, souhaitant que révënenieiit s'accomplit, il a^ dans ce but , donné des conseils aux cannoniers do tan. Dans la chute de Tempire, les prophéties )oni uo grand rôle. On.ne sait si. c'est le même homme leur donna les élémens de l'art des mines, maïs les 'sulmans en firent usage. Les galeries souterraines, tribuées avec une intelligence. dont ils étoient alors i pables, pénétroient .sous les remparts, et, se divisai plusieurs rameau;», auroient introduit les assiégeans plusieurs quartiers.de l'intérieur; mais un ingëi allemand ^ contre*mina et chassa bientôt les Turc précipitation avec laquelle ils s'enfuirent leur fit oq de mettre le feu aux poutres qui soutenoient la galei qu'ils avoient frottées de matières inflammables.
Cette attaque souterraine étoit soutenue par un lange d'artillerie ancienne et moderne , dont les iasi rhistoire ne donnent aucun antre exemple. Le bel le canon frappoient les mêmes murs, la baliste et quebusc lançoient les mêmes traits ^, et le feu gr^ secondolt encore les ravages du boulet. Des tours en mobiles au moyen de cylindres , garanties par un t
^ Lëooard le nomme Grand. Et les* il faut supposer néoessaîr
cum àJUndamenlis ( ô l'^m mitxibi' qu'il éloit hors dé la direct
Um) mùxmdo cum silentio subca- canoo , conséquémment qo'
%fâssenty Johannis grande Aleinaniy servoit de ces différcutes aroM
* îngeniosi mililis , indusLriâ et saga- Jois^ mais noa dans le foêant
citate opus detecLuin est, La sur- Un journal de ce sié^, tel ^
prise de rUîstorieo , Tinter veotion ont fait Vaubao et Mareseot» •
de rAUemand , prouvent que )%rt précieux. Quoiqu'on n'ait pM
du miiM|ur étoit inconnu des Grecs, ronseignemens précis , il est li
et consequemment devoit l'être des de présumer qu'il dut y avoir
Turcs. Il est donc permis de croire grande confusion. A l'eiceptioi
que ceux-ci furent aidén par les Eu- /et d'une flotte par-desaus une
ropéens. Il le sera bientôt de soup- line, conception hardie et jtx'c"
çooner qu'ils avoient des intelligeA- admirée, Mahomet est pluif"
CCS daA la ville. quable dans ce siège pirli*
^ On vit en effet la réunion de tude des moyens que par M
toutes les machines. Gomme le bé- la sagesse de leur emploi ; il ^
|icr devoit être très-près des muraii- câbla les Grecs.
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. ' Sof
ng (le peaux de buflles , reiifermoient des soldats , qnî, ir des ouvertures bien calculées, tiroient sans aucun sqne. Une de ces tours, plus grande que les autres d'une construction nouvelle, ëtolt munie de portes ir lesquelles les Turcs faisoient des sorties, et termine par une plate-forme garnie de poulies qui servaient hisser des échelles et des planches, avec lesquelles on rnioit un pont dont le second point d'appui étoit le m part des Grecs «. Mahomet vouloit se servir de cette * orme machine pour renverser la tour de Saint-Romain, irce que Tassant étoit de ce côté plus facile et plus sûr; ais elle étoit garantie par le fossé. Mahomet ordonne Phranza ,
le combler, et surveille lui même cette opération. " '^'^' »us ses yeux tout s'anime d'une ardeur nouvelle;, et m peut juger de l'effet de sa présence en voyant les urcs arracher leurs tentes, les précipiter dans le fossé, jeter tous les objets qu41s pouvoient saisir, enfin enrrer leurs cai^narades, qui, dans l'empressement avec quel on obéissait au sultan , glissoient dans cette tombe. s étoient à l'instant couverts de terre, de branches 'arbres, de pierres , et bientôt ensevelis tout vivans' *. )uand ce fossé fut comblé , l'on approcha la tour après ivoir eu soin de diriger sur ce point toute rartillerie, ilin d'en éloigner la garnison ; mais elle se mettoit à l'abri ^ans cesser de surveiller et d'agir. Dès que la tour fut placée , elle parait , et le combat s'engage. Il fut horrible , dit Phranza , et dura depuis le lever de Taurore
' L'emploi de cette tour prouve plus propres à rendre la destructîoa
Q^ 'es Grecs manquoient de canons , aussi prompte qu'inévitable.
9***ori perieclionooit Tancienne *. ConvuUa tentoria sua projicie^
li/erie. La nouvelle rendit bien- bant : plures muUimdinem insian-
^^l te machine inutile. La poudre tiumcompressietcoarctaticadebantf
•*»»on étoit le me plus uUrà dé quiquesequêbantur cligna et humum
^ç détruire les hommes, qui ne effossani cvudeliur dejicientes , eos
^^' oient plus faire de progrès que miserandum in modum cooperiC'
^* l'application de ce moyen ter- bantyviuosqueadinjhrosmiuebant»
^^^ > et dans ies combioaisons les Phranztr, jtémoii^ oculaire.
)(o4 HTiToimi nu iAs-iiiFns.
Byauioce, ainsi qae la nouvelle Rome, Ini durent plni d'une fois lenr talat. On ne citoit qo'nne occasion où k choc des assaillans la rompit. Ce fut en iio4f à rallaqoi des croisés, qui la brisèrent, et remportèrent en triomphe. -La flotte de Mahomet fit d'inutiles efforts pour obtenir le m^e résultat. Une circonstance lui parut favorable. C*ëtoit l'arrivée de cinq grands vaisseaux msrchandsi armés pour défendre Conslantinople.lls venoient des ties de l'Archipel , ou l'empereur avoit, dès le printemps, négocié pour obtenir des secours. Quatre de ces ▼aisseaux étoienf montés par des Génois, et le cinquième par des Grecs. Chargés de soldats , de froment et de munitions, ik ramenoieut Tespérance avec eux. Dis qu'on les signale, ConstanCinople éprouve une joie trompeuse, et Mahomet frémit. Sortir du camp avec ses janissaires, faire avertir Zogano, campé près deGalata, donner à Tamiral de sa flotte des ordres qui circulent rapidement de navire en navire, se transporter enfin le long de la grève pour veiller à leur exécution, telles sont les mesures que prend celui <]ui n'attend jamais, et qui d'un signe est obéi.
La flotte turque éloît composée d'environ deux cents bâtimens de dilTérente grandeur <<. Elle croisoit devant le port , d^autant plus honteuse de n'avoir pu franchir cette chaîne qu'elle lui paroissolt une ignoble barrière. Comme elle devoit s'ouvrir pour laisser entrer les cinq vaisseaux, les Turcs pouvoient en profiter pour entrer avec eux ; ils savent qu'aux yeux de Mahomet tout ce qui est possible doit être fait. D'un coup-d'œil il a saisi cette double opération ; il compte sur sa fortune, qui ne l'a point encore trahi , sur le courage de ses marins, et sur l'adresse et les talens de sou amiral. L'ordre est donné d'attaquer le convoi , d'épier le moment où la chaîne doi t s'ouvrir, et de surgir dans le port avec sa proie.
« ?hran7.a n'en met que cent- quantc et troiv ccnti, JVouf preoofli foixante} les auUci) deux cent-cin* le. terme raoyca.
HISTOIRE DU BÀS-EMPIRK. 5o3
rnison «. En apprenant cette conduite ,, Mahomet s'é* a , que n'ai je à mon service Justiniani ! de combien lonnenrs ne le comblerois-}e pas ! Il lui fit faire les res les plus avantageuses; mais il vit avec dépit qu'il >iivoit enfin un homme qui résistoit à la séduction. Que faisoient alors les Génois de Galata? Ducas va us rapprendre. « Ilsavoien^ , dit-il , envoyé des am^ >assadeurs au sultan pour l'assurer de leur fidélité, >our renouveler même leur ancieime alliance. Il Jeur >roniit sa protection , après avoir exigé d'eux l'engagement de ne pas donner de secours à la ville ; mais ils nanquèrent secrètement à leur parole. » Ils n'y man- '?rent, comme on le verra, ni pendant long-temps» pour des objets împorfans.
Zlonslantin avoit établi un ordre d'après lequel le pain ^oit être régulièrement distribué dans toutes les falies , voulant garantir son peuple de la Faim. Mais des irnisseurs avides exigeoient un prix plus élevé que ui dont on é(oit convenu. L'empereur n'avoit aucun >yen coërcitif , la garnison étant toujours sur piedk fut donc obligé de dissimuler *.
Mahomet, voyant que le siège n'avançoit pas, que s brèches étoieut anssilôt réparées que faites, et les ssés déblayés, rouloil mille projets dans sa tête. Un cident fixa son attention du côté de la mer. Le port fil depuis le commencement du siège, barré par une "^Uie tendue depuis la pointe du triangle jusqu'à l'autre - ^. Cette chaîne fiiisoit la sûreté du port^ et l'antique
^«Sonard ne dit poiat de qaellc tV/e, dissimulart maUbat injurias.
*^**e. Força- t-il l'arsenal avec Léonard.
^onl il parle? Achcla-til de <? A la tour de Phroyrion, dans
'^ «ire au moyen d*un sacrifice' le faubourg de Galata. L'on doit snp-
*^îaire que chacun auroit fait ? poser que les Grecs y avoient une
^onne aucun éclaircissement, garnison sûre ; car ils ne pouroient
^^llexion de Mahomel prouve se fier aux Génois. Pour bien com-
^ Hvoil des espions dans la ville, prendre- toutes les opération^ du
^ conduite du grand-duc en dé- siège, il faudroit une carte et des dé-
^e assez clairement le chef. lafls que nous n'avons pas. ' DeUtsus improbè à suis, bonus
5o4 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
Byzance, ainsi que la nouvelle Rome, lui durent pinsi d'une fois leur salut. On ne citoit qu'une occasion oàk|^ choc des assaillans la rompit. Ce fut en 1204* à l'atta des croisés , qui la brisèrent , el l'emportèrent en triom phe. La flotte de Maliomet fît d'inutiles efforts pour obtenir le m^me résultat. Une circonstance lui parut favorable. C'étoit l'arrivée de cinq grands vaisseaux marchandsi armés pour défendre Constantinople.Ils venoîcDl des îles de l'Archipel, 011 l'empereur avoit,dès le priatemps, négocié pour obtenir des secours. Quatre de ces vaisseaux étoient montés par des Génois, et le cinquième par des Grecs. Chargés de soldats, de froment el ile n>unitions, ils ramonoîeut l'espérance avec eux. Dès qu'on les signale, Constantinople éprouve une joie trompeuse, et M;iht)met frémit. Sortir du camp avec ses janissaires, fiûre avertir Zogano, campé près deGalata, donner à Tamiral de sa flotte des ordres qui circulent rapidement de navire en navire, se transporter ■ enfin le long de la grève pour veiller à leur exécnlion, telles sont les me.sures que prend celui cjui n'attend jamais, et qui d'un signe est obéi.
La flolle turque éloit composée d'environ deux cents bâlimens de ditïérente grandeur «. Elle croisoit devant le port, d'autant plus houleuse de n'avoir pu franchir celte chaîne qu'elle lui paroissoît une ignoble barrière. Comme elle devoît s'ouvrir pour laisser entrer les cinq vaisseaux, les Turcs pouvoient en profiter pour entrer avec eux; ils savent qu'aux yeux de iNIahomet tout ce qui est possible doit être fait. D'un coup-d'œil il a saisi cette double o|)ératîon ; il compte sur sa fortune, qui ne Ta poîot encore trahi , sur le courage de ses niarlns, et sur l'adresse et les talens de son amiral. L'ordre est donné (Taltaquer le convoi , d'épier le moment où la chaîne doit s'ouvrir, el de surgir dans le port avec sa proie.
a IMuan/a n'en met que conl- quante cl trois cents. Kous prcooni foixaule; ks autics, deux cent-ciu- le tenue moyen.
HISTOIRE DU BÀS-EHPIRE. 5o5
La flotte des Turcs se place à Tentrée du Bosphore, étend en demî-cercle d'un rivage à Taiitre » et dans cette itîon se prépare au combat , attendant l'arrivée des vaisseaux auxiliaires des Grecs. Mahomet, «ur la 'ève , anime les siens de sa présence, qui vaut une ^^Mrmée. Il est nécessaire de se rappeler qu'à cette époque Jfes vaisseaux génois étoient beaucoup plus grands, mieux construits que ceux des autres nations, et que ceux des Turcs, qui n'avoîrnt , à proprement parler, point de marine, étoient les plus petits et les moins bous voiliers; ils différoient même dans leurs formes et dans leurs di-* inensions. Qu'on se figure maintenant cinq navires^ bien armés , bien équipés , pavoises comme au jour du combat, s'avançant majestueusement, et paroissant sur le Bosphore, comme les rois de la mer, au milieu de cette niuititude de navires , débarques et de saïques. Les rives de l'Europt! et de I Asie sont inondées de spectateurs; le siège est suspendu ; le canon se tait ; les Grecs sont sur leurs remparts , partagés entre l'espérance et la crainte.
• Un deg liiiitorieng du siëgc place Thrace. • On monte ( dit Tourne- Mahomet à Péra. Ce faubourg ctit • fort ) de Galala à Fera , qui en de l'autre côte du port, au-dessuii « et»t comme le ^aubour^^ Péra est de Galala, à l'cntriic de 1^ mer a un mot grec qui veut dire ai/ t/c/i. Ifoire. Les t:inrj vuiKhcaux arrivolent « On se sert même de ce mot quand par le Bosphore de Thrace ou canal «on veut, de Conslantinople, pas« de Constantinople. La Hutte turque a ser au-delà du port. On descend ^toit en partie à la portée de la voix a de Fera à Top-hana, faubourg suc i du sultan , qui pouvoit se faire en- • le bord et à l'entrée du canal de la ^ tendre de l'endroit où il se tenoit. « mer !Nuirc, où Ton s'embarque { .Cet circonf tances , prouvées par les a quand on veut aller se promener ^ tëmoignages de Fhranza, de Laonice « sur l'eau. » Il est diflficile de pla* «t de Ducas, qui font tous d'accord , cer Mahomet à Fera avec le rôle que ne pourroient avoir lieu si l'on sup- nous lui verrons jouer. Cette position pose Mahomet à Fera , et sa flotte ne pouvoit convenir qu'à un curieax vif* à- vis. C'est les placer au-delà qui ne veut qu'assister à un ipecdu port^ dont ils dévoient défendre tacle*
l'entrée ; c'est supposer que les * Les historiens grec» varient sur
cinq vaisseaux envoyés des ile« de leur noiubre. Duc:>8 en indique cinq.
l'ArchifX'l arrivent par la mer Ivoire JNous choisissons cette veision pour
au lieu de venir par le Bosphore de ajoutcràia vraisemblance du résultat.
5o8 HISTOIRE BIT BA8-EMPIR1.
dii temps pour faire réparer les brèches avec plas de sok C'dloit pour la sixième fois. La pierre et le ciment remplaçoient les tonneaux^ les ballots de laine que le.dé&ak de temps avoit forcé de mettre d'abord; la lourde Saint- Romain étoit relevée , le rempart en partie revêtu, le fossé entièrement déblayé. A cette vue , le sultan ne se possède pas /il se tord les mains , il frappe du pied la terre ^ il est agité (le mouvemensconvulsifs. Sombre, inquiet, rêveur, il se lient à Tccart^il médite sur les moyens d'achever une entreprise à laquelle il ne peut renoncer sans déshonneor. Il voit qu'il ne s'emparera point de Constantinople tant qu'il n'attaquera pas cette ville des deux côtés , tant qu'il ne sera pas maître du port. I^ moyen de le devenir l'occupe uniquement ; la résistance de cette chaîne le désespère ; l'idée d'un pareil obstacle l'humilie. Tout à cuup il conçoit un de ces grands projets , un de ces projets audacieux faits pour'en immortaliser rautenr* Ce fut de faire hisser le long de la colline de Galata une partie de sa flotte, et de la lancer dans le port.
Arrêtons- nous un moment pour jeter les yeux sur cette entreprise , qui parut merveilleuse , qui n'éloit que hardie , et qui prouve que Mahomet pensoit qu'avec des hommes dévoués ou serviles les bornes du possible peuvent être reculées. L'idée de faire franchir à des vaisseaux une colline pour les transporter d'une mer dans l'autre est celle d'un homme de génie , pour peu qu'elle soit susceptible d'exécution; car, sans cette condition rigoureuse, celte idée qu'on a tant louée «, et qai
^ Particulièrement les historiens nent sur le transport des vaisseaux*
grec» , qui purlent toujours avec « Ce projet ( dit Ducas, le plusexai-
amerlurac du fléau de leur pairie , « péré de tous ) étoit d'une gno-
en racontant cependant tout ce qui « deur et d'une générosité tout ex-
eèt à sa gloire ; trail qui prouve leur « traordinaire. Ce jeune Alexandre
bonne loi. Us bonl siîîcères dans leur « a conduit sa flotte sur terre comme
rc'cit comme dann ieurti injures. Il y • sur mer : il a surpassé Xerxèi. •
a de l'injustice à leur reprocher , Laonice appelle ce projet me/vfiA
comme on l'a fait , leur ressenti- /euxyPhranza le traite de op us mi-
ment. Voici U langage qu'ils tien- rabile et nawiMchiœ sVaUgem
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 5og
nërîloît de Télre , n'eût été qu'un tiiiît do folîe. Ponr •îen apprécier celle entreprise , il faudroit connoître vec exactitude les obstacles et les moyens dont on fit isage. Phranza nous donne des détails assez satisfaisans , t réduit le miracle à sa juste valeur , au moyeu des nadriers , des planches enduites de suif, des rouleaux , les poulies et des bras. Mais deux circonstances seront t devront être toujours niées hardiment. Ce sont le einpset l'espace : il faut nécessairement allonger Tun, 'acconrcir l'autre. Pour en bien juger, il importe de ronnoître le récit exact de l'événement ; et , pour y par- /enir, nous n'avons rien de mieux à faire qu'à mettre ;ous les yeux du lecteur le récit de Gibbon , qui a comparé les différentes versions des contemporains. <» Ma- ,^'*^• ^^J. ^ homet ( dit-il ) résolut de faire transporter par terre « de la rive du Bosphore à 4'extrémilé du Havre ses « vaisseaux et ses munitions. La distance est d'environ « dix milles; le terrain inégal et couvert de buissons. « Des milliers de bras suppléèrent à Tinsuffisance de « l'art. Il fit aplanir le sol et le couvrit d'une large « plate-forme, au moyen de planches forlement liées « ensemble , sur lesquelles on répandit des substances « grasses pour les rendre glissantes. Il fit tirer. du détroit « et placer sur des rouleaux , à force de bras et de poutt lies , quatre - vingts galères de trente et cinquante « rames. Deux guides ou pilotes étoient au gouvernail » ainsi qu'à la proue de chaque navire : les voiles flotce toient au gré des vents ; des chants et des acclama-
singulare. Il cite deux exemples çois par la montagne du fort de
analogues. Gibbon conteste Tun des Bard , et le transport des canons par
deux , et fait observer qu'on a peut- le mont Saint-Bernard. L'inspection
c^/'c exécuté de nos jours des entre- du terrain après ^V événement ren-
prises aussi merveilleuses. S'il eût doit incrédules les acteurs de l'opéra-
vécu dix ans plus tard, il en auroit tion. Il est facile de comparer l'es-
eu la certitude. Entre plusieurs , carpement de» Alpts â celui de la
entre^un grand nombre, il en est colline de Galata, maïs il l'est moins
qu'on croit à peine quand on les a de faire un parallèle entre les saïquei
vues. Telles sont le passage des Fran- turcs et le train d'artillerie.
5lO HISTOIRE BU BAS-EMPIRK*
« lions égayoîeiit ce grand travail. Dans le cours ifi « seule nuit ^ la flotte des Turcs gravit la colline, tn^ « versa la plaine, et fut lancée dans le port. •
G îbbon demande avec raison plus dune nuii et n de dix milles. C'est beaucoup que d'accorder le itwiri port de suixante-dix galères en une nuit ; mais il estim-l possible d'ailmetlre que les préparatifs et Tactiôn eoroÉl lien dans le même espace de temps. Aplanir le terraÎDJ le couvrir de planches et de madriers taillés et endalii de suif , dresser des poulies et transporter soixante-dix 1 bâtimens, sont des opérations qu'on ne peut exécuta dans liiitervalle indiqué. Il me semble qu'il non manque encore un renseignement essentiel. C'est la £niensH)n <les vaisseaux. Aucun des quatre historicof ne la désigne. Il y ^n avoit de différentes grandeurs. L'entreprise n'en est pas moins audacieuse ; oiais encore faut-il s'arrêter aux bornes du possible. Les contemp(h rains ont uiianimemcnt exprimé l'admiration qu'il! éprouvoient , et cette admiration doit faire présumer que, si les vaisseaux n'étoient pas du premier ordre, ils n'étoient pas du dernier. Gibbon le suppose cependant , et décide la question ( the lighter vessels ). Nous jugeons par comparaison : il est .probable que le fait nous paruitroit njoîns étonnant, si nous pouvions voir les vaisseaux qui ont été jetés d'une nier dans 'l'autre par -dessus une montague ^. Il faudroit donc savoir deux circonstances que nous i{i;norerons toujours, la forme ou les dimensions de ces vaisseaux, et le degré d'inlerventi'jn des Génois de Galata. Leur inaction étoit une
« Léunclavius s'exprime avec ré- peut douter, suppose les vaitfêeaux
fCrve sur la hauteur de cette monia- !«•» plus legem ( et cependant il en
goe. Hinc juxia Ga/atam uitra désigne de dllTêrentes grandeur» ) ;
coLLem ijutnuiam moiilî siiuikm ensuite il dit qu'ils furent lancés
transporiari nastes, m Ijrceo cura- dans un lieu où ceux dea Grecs o'a-
pu , explicatisvelîs , ut sic in mari voient point assez d'eau. Ce sont
progrederentirr, ( llisl. niusulm. p. deux conjectures probables. Mais au-
.^r4* ) Gibbon , sans doute pour la cun historien n'est entré dans ces
vraiscmblaoce d'un fait dont on ne détails.
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 5ll
kriietë, leur participation un crime odieux. Ils ne peu* Sut , dans aucun cas, être exempts de reproches <<. Kien n*égale la surprise du peuple à la vue d'un pa« ^il spectacle , si ce n'est sa terreur. La garnison ne vit ^us de nouveaux dahgers que des deVoirs do plus , et ^ttc action audacieuse l'étontia sans Taballre. Le cou<- ^Se de Constantin croissoit avec le péril : il ne s'occupa, ^ concert avec Justiniani, que des mesures à prendre, «s points d'attaque se mulfipliant , il fallut diviser acore une garnison déjà trop divisée. Constantin rasînihle aussitôt son conseil. Les hait mille braves sont Ipartis de nouveau ^ dans les' différens quartiers en aiison des besoins. L'empereur donnoit Texeuiple de la aleur et de l'activité; parcourant tous les postes, il se lontroit partout, se réservant l'endroit le plus périlleux. l'étoit la tour de Saint-Romain, contre laquelle Malomet avoit réuni le plus d'efforts. Depuis quarante ours elle étoit attaquée sans relâche. On voyoit devant elle tour la grosse artillerie des Turcs, et particulier ement le canon dont il a été parlé. Plus loin se dessinoit i rhorizon la tente de Mahomet, qui par là sembloit lésigner le chemin par lequel il vouloit entrer à Conitantinople.
En lançant dans le port les galères qu'il avoit fait Phran% :ransporter par - dessus la colline de Galata , le sultan ' * ' ' ivoit donné des ordres pour qu'on agit sans délai du côté du port. On construisit aussitôt un pont volant,
* Ba parlant de la prise de Goil- « Marc de Franchi avec Tiotcrprète
Itantinople , Sagrédo dit qu'on en « Nicolas Fallazzoni , aon-seulement
rejeta particulièrement la cause sur « le wiltan les reçut et len traita bien ,
les Gënois de Galata « qui ( dit il ) « mais il leur accorda même toulci
« eurent la négligence ou la malice « le<grâcet> qu'ils lui dcmandèrenf.»
« de bisser librement transporter ( Hist. de l'emp. ottom. liv. i. )
« par terre l'armée navale ; et môme ^ Phranza entre dans les détailg
« ils donnèrent ensuite avis aux Turcs de celte répartition. Léonard reprë-
« du projet forijaë de brûler cette sente Constantin toujours exposé.
« flotte. Ce qui confirme ces justes Ubi trta^is urqebat pu^na , dit-il t
« soupçons , ce fut qu'ayant envoyé imperator sUlil, [De capti^it, Con-
« à Mahomet Bailano Falavicino et stantin, )
5ld HISTOIRE DU BÂS-SX»tâi«
*oa plutôt un radeau compose d'un assenibbgê^di|| , neaux , de petites barques , qu'on recouvrit de pbs et de madriers. Ce pont s^appuyoit d'un c6të sur làta, de l'autre sur la rive, au jpied des murs de la et traversoit Je gdife dans sa largeur. Afin que ce ti fut moins interrompu , Mahomet multiplioit sf taques de terre pour y attirer la garnison. Il est pro même que sa flotte répétoit en même temps ses t tives contre la chaîne qui fermoit le port^», et fi les cinq vaisseanx récemment entrés à la défendre batteries de canons furent placées sur ce pont , a Phranza donne cinq coudées de large ^ et cent He Les soixaiide- dix galères, munies de troupes e chelles , dévoient assaillir le point par où les c avoient en 1204 emporté la ville d'assaut.
Le danger étoit imminent. Constantin et Justi se cbnsnltent et forment un projet hardi , dont le i pouvoil sauver la ;h^ille. Ce fut d'incendier pend< nuit et la flotte et le radeau. L'exécution de ce | est confiée au Vénitien Cocha, qui^^iV mieua: agi parler ^, Prendre et disposer les trois esquifs le:
* Les modernes sont accoutumés le pont , établir les batterie
à se rendre compte des événcroens, On ne peut suppléer au silei
et les historiens du siège de Gon- historiens que par des coDJi stanlinople se taisent sur beaucoup b Homo erat factis quàn
de circonstances qu'il seroil cepen- celerior. (Phranza). Dansl
dant nécessaire de bien connoilre breuses transpositions de ù
pour le comprendre. C'est ainsi gg permet Tauteur du récit q
qu'il n'est plus question des cinq appelons le roman du
vaisseaux arrivés au secours de la nous eu ferons seulement reii
place dont il ne paroit pas qu'ils une , parce qu'elle est rek
aient retardé la prise , puisqu'elle projet d'aller incendier la flo
eut lieu douze jours environ après radeau. Il place celte tentatif
leur entrée. Qu'on se figure dans ce le transport des soixante-dii
port les cinq navires réunis à ceux par-dessus la colline de Gak
qui y étoient depuis le commence- manière que les quarante
cernent du siège , et qui suflBsoicnt gens partirent la nuit pour io
pour empêcher les Turcs de rompre une flotte , et un pont î
la chaîne : on se demande ce qu'ils avant l'arrivée de la premi«
firent , comment ils laissèrent agir construction du second, les soixante-dix galères , construire
HIStOt&E DU BAS'«*EMPrKE. 5lS
v^Sers , les plus faciles à manœuvrer ; les charger de fea Ss'égeois et de matières inflammables; choisir parmi les Krecs et les Italiens les jeunes gens les plus déterminés, 9^11 nombre de quarante ; les exercer ; les instruire dans t^art de diriger leurs mouvemens ; les familiariser avec L'usage du feu grégeois : telles sont les occupations auxquelles se livre le Vénitien, dans la soirée du jour même où le plan fut arrêté. Quand l'obscurité permit d'agir Bans être aperçu, les jeunes gens, intrépides, s'avan-* cèrent en silence. Parvenus au pont flottant , ils y met* toient le feu ; mais ils étoient trahis , et les Turcs avertis. Xiaissons parler Thistorien Ducas. « Les Génois de Ga^ Ducom, tr lata , connoissant le projet ^ , en avertirent les ^ ' « musulmans, qui veillèrent toute la nuit, et se tinrent « prêts pour recevoir les Grecs. Ceux-ci, ne sachant « rien de leur trahison, levèrent Tancre sur le minuit, &t et s'approchèrent sans bruit de la flotte ennemie. Les « Turcs , qui étoient éveillés , mirent le feu à leur tt canon , et tirèrent un grand coup qui submergea Tun « des esquifs. » Les deux autres furent pris , conservés^ et le lendemain Mahomet fit décapiter , à la vue de Coustantinople, tous les jeunes gens dont on s'étoit emparé. Dans Texcès de sa douleur et de son indignation , Constantin ordonna qu'on pendît aux créneaux des remparts deux cent cinquante prisonniers turcs.
Phranza ne désigne point de quelle nation étoit le traître qui découvrit le projet aux ennemis : le Génois Léonard indique ses compatriotes par une réticence
* Les Turcs n*empècboicnt point € vres^ mais la nuit ils passoient
les Génois de Galata de commuoi- « secrètement dans la ville, et com*
quer avec les Grecs, 11 est probable € battoient le jour suivant ; le len*
qo'ils 8*en servoient pour savoir ce « demain ils retournoienl au camp f
qui se passoit. Quelques-uns cepen- « et ceux qui avoient été au camp
dant se battoient pour Constantin. « rcvenoient dans la ville. » Ils pou^
« Des Génois de Galata ( dit le même voient ain» servir d'espions aux deuiË
« historien ) sortoient librement et partis ; mais il paroit qu'ils n'en ser'
« entroient dans le camp des Turcs , virent fianchement qu'un seul.
k auxquels ils Iburnbsoient des vi-
5l4 HISTOiaE DU BAS-EMPIRE.
accusatrice << ; Diicas seul est précis, et les détails qtfl Uicaïf c. donne changent le soupçon en certitude. « Lorsque U « jour parut , la joie redoubla la confiance des Turcs; « et , ayant mis encore le feu à leur canon, ils tirèrent ir sur un vaisseau génois chargé de marchandises et prêt |> M à faire voile pour Tltalie; ils le brisèrent et le firent « couler à fond. Voilà la manière dont les musulmans (I «< reconnurent Tamitié des Génois. Ceux-ci allèrent se ti <r plaindre le même jour au visir, et lui dirent : Si nous M n'eussions été vos amis , les soixante-dix galères qoe (( vous avez traînées par terre avec un travail si surpre^ » liant eussent été réduites en cendre par les Grecs. ' « Est-ce ainsi que vous reconnoissez le service impor- «< tant que nous vous avons rendu ? Le visir répondit « en protestant qu'il ignoroit que ce vaisseau leur ap- <t partint b ^ qu'il le cçoyoit aux Grecs. Souhaitez w ( a}outa*t-il ) que nous prenions bientôt Constant!- «< nople , et nous vous rendrons alors tout ce que vous « aurez perdu. Ils s'en retournèrent, apaisés de cespa- «< rôles , sans songer qu'ils seroient bientôt enveloppés « dans le malheur commun. »
Le jour même qui vint éclairer le désastre des Grecs, il s'éleva une querelle à ce sujet entre les Vénitiens et les Génois. Ils s'accusoient mutuellement de trahison et d'ineptie. On alloit en venir aux mains , et la guerre civile étoit au moment d'éclater au sein de la capitale, lorsque l'empereur, prévenu à temps, se transporte au
* Accusare ne cjuempiaTn licet?
mUndum mihi est. ( De cupt. Gonilant. )
^ Ainsi le port de Constantinople conlenoit les soixante -dix galères des Turcs , des vaisseaux génois , qui ëtoient considérés comme neutres ou alliés des musulnaans, et quelques bâiimens grecs. Il lest vrai* M-mblable que les quatre navires frt'nois furent sous l'inCucnre de Ga-
lata dès leur entrée dans le port. C'est la seule manière d'expliqué r leur inaction. On voit que , dao< la prise de Constantinople, il faut f/ire une prtrt considérable à la trahison.
11 est présumable que s*îl n'y en eût pas eu , si les princes de l'Europe eussent envoyé un léger secours, et si les habitans de Gala la se fussent conduits comme ils dévoient le fairCi l'empire eût été sauvé.
ntSTOIHE DU BAS-EMPIRE. 5l5
nîllen cVeiix, se place entre les chcFs des deux partis, L«a âhiiation de ce inalhoiireiix piince, son air pruFon- Jéffiient afHigë, Testinie et radiniralioii quinspiroil sa ^Oficliiîte , |iru(iiilsriit leur elTet. «c N avons -muis point B a^cz ( leur tlil-il en montrant Tarmée de Mahomet ), ■r n'avons • nous puiiii assez dr* cet ennemi commun? « Faut- il que nous nous déchirions nous-méme5?Qncl m sera le résultat de votre dispute , sinon d'être pins tôt «c -la proie de ce barbare? Quelle joie il en épronveroit , « s'il la connoissoit ! Nf croiroit-il pas que vous vous «t disputez rhonneur de tond>er les premiers entre ses m mains ? Amis , je vous en conjme , faites la paix , « ajournez vos débats ; ne cessez poin*. de faire cause « avec nous. >* Apaisés par cette exhortation touchante , les deux partis se réimirent.
Pressée par terre et par nier , la ville éloîl aux abois « quoique la garnison fît des prodiges. Distribuée avec intelligence par postes iledenx, trois, quatre, et cinq cents, elle suffisoit à tout. En vain Rl;diomet multiplioit ses attaques, partout il Inmvoit de la résii^tance. L'intrépide activité de iVnipereur inspiroit de Tenthonsiasfiie , et faisoit de ses soldats autant de héros. On vit même des prêtres passer de l'autrl à la brèche. Le cardinal Isidore se chargea di* la défense d'un quartier , et fit réparer à ses frais les remparts que le boulet endommageoit de ce côté. Mais ses fonds s'épuisèrent bientôt : Constantin , ayant fait anx riches un appel inutile, prit les vases sacrés, en s'engageant à restituer quatre fois leur valeur^ si la ville étoit sauvée. Quoiqu il ne se fût déterminé à cet emprunt que d'après le consentement da clergé, la populace, aigrie par le schi>me et la guerre, lui en faisoit publi<]uement des reproches.
Ce fut ilans ces circonstances et %ers la fin du sîége que Jusiiniaui se disputa vivement avec le graud-iiuc. Ayant besoin d'armes et île canons pour ctj(»uter à la défense de la porte Saint - Romain , il en envoya de-:
5l6 HiStOt&E DU ÉAS-^ÊHPI&S.
mander à Luc Notaras, qui le§ lui refusa. JasliniaDij dans son indignation , le traita d'ennemi de la patrie'. Ils seroient passés des injures aux voies de fait, sans Penh pereur, qui parvint à les rëboncilier ^ en les exhortant à ne pas perdre de vue Tennemi quUU avoient sow les yeux.
Ce. prince devoit avaler le calice jusqu^à la lie, et .passer alternativement de l'espoir à la crainte, de la douleur à la joie. On répandit le bruit qn'nn secours considérable étoit en route sous la conduite crHuoiade; d'autres annonçoient l'arrivée de Scanderberg à la tête .d'une armée de croisés. La valeur de ce dernier, 5a haine bien connue contre les Turcs, accréditoient en .quelque sorte cette nouvelle. Elle fut remplacée par celle du découragement de Mahomet, qu'on prélendoit fatigué d'une résistance à laquelle il ne s'étoit pas attendu. Mais on sut bientôt que le sultan faisoit arriver des troupes fraîches et des machines de guerre ; que l'on devoit livrer proehaînement <^ un assaut ; enfin un héraol d'armes parut et dissipa le doute et Tespérance. Il apporyucasf €. toit des dépêches ainsi conçues : « Tout est prêt pour une « allaqne générale , et je vais exécuter le projet que j<; « médite depuis long -temps. Quelle est votre inlen- « tion ? Consentez- vous à vous rendre? Je vous offre « la vie ainsi qu'aux grands de votre état ; et voire « peuple ne recevra aucun madivaîs traitement. Per- « sistez - vous à vouloir vous défendre ? Vous et l« ' «« vôtres perdrez vos biens et la vie ; et votre peuple,
* Àc Justinianus Notaram homi- tirer det griffes du dragon. Jfait nem ineptuin , peslijèrum , et patriœ cihiis hujus nutissimt\ <fuemque anti iniinicum apellare. Aotaïas vicis- ociilos videmits , draronts libtrari. situ alias contiimeltas plenâ manu <^ EJînibusturcici imptrii mililti re^erere, (Pliranza, vU. 12.) Kous récentes qiiotidiè adventabant,.. avons r.ip[)orlé le témoigrtage de Phranza, lîv. 5,ch» la. Comme il Léonard, qui s'exprime avec plus en arriva pendant tout le sié^<it d'éncTgie. est impossible d'évaluer au juste k*
* U leur dit, en leur par];;nt de forces de Mahomet. / JM-homet, qu'il i'ailoit tâcher de SC
HISTOIRE DU BÀS-EMPIRE. * SlJ
» captif , sera di^)ersé par toute la terre. » Voîcî la réponse de Constantin : « Si vous voulez vivre en paix « avec nous comme vos ancêtres vécurent avec les nôtres, « nous en rendrons grâces à Dieu. Votre aïeul honoroit ' « le mien comme un père. Constantinople lui parut « être un asile assuré dans sa disgrâce. Possédez en paix « vos injustes conquêtes ; imposez-nous un tribut , vous « userez du droit du plus fort. Peut-être serons -nous « vengés ; peut-être serez -vou^ pris au moment où « vous croirez nous prendre. La reddition de Constan- « tinople ne dépend ni de moi ni des habitans. Nous « avons tous résolu de mourir pour sa défense ^. >» Ea recevant cette réponse, Mahomet s'écria que Constantinople seroit son trône ou son tombeau.
Bientôt un bruit sinistre se répand dans la ville.
L'heure est marquée où doit se consommer la ruine de
Tempire. Comme tous les conquérans , le fils d'Amurat se
croit sous rinfluence des astres , et les consulte : des
charlatans qui se jouent de sa crédulité lui prédisent
son triomphe ; annoncent que le 29 mai le soleil doit
éclairer pour la dernière fois le trône des Césars; que
de ce jour dateront et la chute de ce trôno et le règne du
sultan sur Constantinople. Pour se mettre en mesure
d'accomplir celte prédiction, Mahomet a rassemblé ses
généraux , ses officiers : profnesses flatteuses, récompenses
magnifiques, menaces terribles , rien n'est oublié. Il a
pareillement harangué ses j^anissaires. Celui qui , le pre-
nnier, plantera lecroissant sur les remparts de la nouvelle
Rome, doit avoir le plus. beau gouvernement de Tem-
pire. Le pillage est garanti; les trésors des Grecs sont
* Il y a des historiens qui croient noissance de la situât ion des assiégés»
qve Tempereur négocia pour obtenir Ifous rapporterons la version de Du^
la paix. Phranza se t^it ; Léonard cas. On verra plus tnrd l'opinion
mconie que Mahomet feignit de le singulière de Cantemirc. Laonicefait
"vouloir, et qu'il envoya des espions rejeter les conditions par Gonstantii^ sous ce prétexte , pour pcendre coa-
548 HISTOIRE DU BÀS-EHPIRt:.
aux Turcs; la beauté leur appartient ; «les plaisirs sâml nombre seront le prix de la victoire. W
Des cris, des chanfs d'allégresse, ont confirmé cet' affreux présages. Des milliers de voix ont répélé ces mois : Dieu est Dieu, sera toujours Dieu, et Mahomti est son prophète «/ Les rives d Kuropc et d\\sie eu tti tentisseiit, et le silence de la stupeur règne dans Constantinople. Des feux allumés de toutes parts prolongent Téclat du jour. La capitale de Tempire, la nonvelle Rome seule, est dans les ténèbres, ceinte d'un réseau de lundère. Bientôt on apprend que les musulmans implorent leur dieu; que, pour se préparera paroitre devant leur prophète (car tous veulent vaincre ou nu>urir),ils purifient leur esprit par la prière , leur corps par sept ablutions , et qu'ils doivent s'abstenir de toute nourri- j lure jusqu'au soir du lendemain.
A celte nouvelle, les Giecs saisis, muets, tremblans, respirant à peine, se f)récipiteut dans les temples. Les pontifes seuls font entendre leurs voix: on n'y réponH que par de sourds gémissenïens. Jamais prières ne fnrenl plus ferventes. Ces premiers momens passés, le clergé, le peuple, parcourent lentement les rues chantant des hynmes de douleur poiu* désarmer le dieu qne la veille ils onirageoîent encore. Deux nations ennemies imploroient à la fois ce dieu, chacune dans sa religion ; l'une pour obtenir le pillage, le viol, tous les maux de la guerre, et l'autre pour en être à Tabri.
Le 28 mai, dans la soirée , Constantin ^ mande auprès
* Lronard et Phranza ont con- gamola dans sa lettre à Cru«ioi
serve k'» luûmcs mois, O si uudivis- ( Turco-Graccia, p. 96). Il prélcod
ses vaces ad ctiiluin elalas ^'\\\ixV\\\ y qu'on disait que Gonstnntin Dr»-
ill.'tlah, Miihomc't ru89ollaTà,5c/7/C6£- gos»ès nvniu l.i veille de la |)ri>cde
que , Deus est et semper erit , et Consliintinople , rcuoi sa femme 1
IVfaclimelus est servus ejus, quidem ses enl'aiis et kcs parrns, el que*
obslupuihsi's. pour eixipê( lier qu'iln ne loinb«.«t«Dt
^ Il eiit néecssuire de dire un mot vivaos entre les mainn des Turc«t>'
du t'ait que rapporte The'odose Zy- les fît décapiter (V/eco//ariyuii/0'^
HISTOIRE BU BAS-EMPIRE. SlQ
^àe lui ses grands digolt^ires , ses officiers , les princi-
panx d'entre ses alliés , ses magistrats, et leur adresse ce
discours, qu'un auteur moderne appelle éloquemment
/'oraison funèbre de l'empire «: « Généraux, tribuns,
« citoyens, compagnons d'infortune , l'instant fatal est
« arrivé. Mahomet a couvert la terre et les eaux des
« Instrumens de destruction. Il va faire un dernier
« effort, un effort terrible. Continuez, je vous en con-
« jure, comme vous l'avez fait jusqu'à présent, d'op-
« poser à sa fureur insensée un courage inébranlable.
« Je vous livre, je vous confie la première ville du
« monde comme la plus célèbre, votre patrie, la reine
« des cités. Notre vie , vous le savez, est due à la défense
« de la foi, de la patrie, du trône et de nos familles.
« Quand l'un de ces objets chers et précieux est menacé,
« nous devons le défendre au péril de nos jours. Tous,
« à l'heure où je vous parle , le sont également : combien
« grand doit être notre courage, quand tous réclament
« à la fois ce sacrifice ! Cette religion qui nous console
« dans nos maux et nous aide à les supporter; cet em-
« pire qui jeta tant d'éclat ; cette patrie si célèbre; cette
« liberté à laquelle nous attachons un si juste prix; ces
moyen étoit sans doute efficace , 1 58 1 , plus d*ua siècle après leTéae-
mais d'une exérulion difficile , car ment.
Constantin n'avoit ni femme ni en- ^ Celte heureuse expression est
fans. Zygomala convient qu'il a fait de Gibbon, thejuneral oration of
des recherches inutiles pour con- t^c /Y)iwa/i e//i^i/«/ son traducteur a
Doitre le nom de l'impératrice. !Nous eu le bon esprit de la reproduire
avons vu que la princesse qui devoit littéralement dans notre langue : cet
épouser l'empereur ne quitta point exemple a été suivi par l'auteur de
la cour de son père, Mahomet ayant V Histoire universelle (t. aS, p. i85).
cerné b capitale au moment où Ton Je n'ai rien de mieux à faiçe qu'à m'y
devoit l'aller chercher. Phranza , co/i/ô/v/icr à mon tour, en rendant
chambellan cl ami de Constantin , à chacun ce qui lui appartient, et
dit que Thomas, frère de ce prince, de plus en ajoutant que Pontanus a
eut le malheur d'avoir un fils en quelque droit à la restitution , puis-
i45a , dernier Iiénlier fie la dernière qu'il s'étoit servi des mots in/unera
étincelle de l'empire. ( Liv. 3, ch. 7.) iniperii , qui ont pu être à ceux de
. Xie fait rapporté par Z}gomala est Qibbon ce que son expression est à
donc un conte. Sa lettre est datée de celle de ses traducteurs ou imitateurs*
5â6 HISTOIRE BIT BAS'-EHPIRE.
« familles 9 tendre objet de nos affections.... Tout, tort « ce qui nous est cher et sacré court les mêmes risques. « Depuis cinquante^deux jours ,' Mahomet rtous presse f inutilement. En vain il a rassemblé pour notre perte « tout ce que les hommes ont inventé pour se détruire, « il a jusqu'à présent échoué. Que les brèches ne vous « inspirent aucune crainte. Ne nous avez-voriis pas vus •f réparer celles qui ont été faites? Vous n'avez poînl « oublié rimpiété de Mahomet, le mépris qu'il a pour f€ notre religion , sa cruauté qui laisse partout des traces u sanglantes. Il a dévasté nos champs, nos vergers, nos «« récoltes. Nos frères ont été tués ou vendus comme des <rr esclaves. La mort ou la servitude, tel est notre partage. « Il avance Tépée d'une main , le bouclier de l'antre. Il 1 « cherche à nous dévorer «. Tous Ie3 efforts de sa rage « sont venus se briser contre vous. Vous vous êtes cou- « verts d'une gloire immortelle; de nouveaux lauriers « vous attendent. » Après avoir remercié Justiniani, les Génois et les Vénitiens de la manière la plus touchante, il adresse encore la parole aux Grecs; il dépose la couronne en leur présence « Quoique j'aie (leur dit-il) le « cœur plein des sentimens que je vous porte , je ne puis « vous parler plus long- temps.... Voici ma couronuerje « la tiens de Dieu ; je la dois à votre choix; je la remets ft en vos mains; je vous la confie à; je vais combattre
* Le rapport entre les expressions nemcnt, qui eut lieu le 29 mai, puis-
de Ph^nzaet de Lëonard est rcniar* qu'elle est du 16 août suivant ; mai*
quable. Ore aperto , dit le premier, elle est moins détaillée que celle de ]
hiat ar/ deglutiendos nos. Quasi ad Phrnnza : aucun des deux n'a conna
vorandum /705, dit le second. Tous celle de l'autre. Léonard fixe la durée
les deux s'accordent dans les idées du siège en disant la veille de la prise:
principales , comme dans les circon- Duos et quinquaginta dies, Htances les plus importantes. Tous b L'idée de conGer sa ccuroone
deux, vendus comme captifs , ne se aux braves qui l'aident si bien à la
«ont plus revus depuis la prise de dërendrc n'est exprimée que dam
Constantinople. Ils ont décrit le siège le discours rapporté par Pbranza.
étant éloignés l'un de l'autre, et Tanlummodo sceptrumnostrumhur
dans des temps dilFérens. La rela< miliaium manibus vestris^ commeo*
tien de Léonard suivit de près i'évé- datum cupio*
« pour la mériter encore 9 ou mourir en la défendant. » Pour se faire une idée de l'effet que produisit ce discours , il faut se rappeler que Torateur étoit le chef de Teropire romain ; que les braves qui Tentendoient se montroient dignes de ce nom ; qu'il parloit la veille de sa chute, et qu'aucun ne se faisoit illusion.
L'émotion générale Tavoit intjerrompu. Quand elle lui permit de reprendre la parole , il leur dit : « Camarades , « demain soyez prêts avant le lever du soleil ; demain « c'est notre plus beau jour ^ » Il expliqua bientôt le sens de ce mot par une démarche expressive ; ce fut en remplissant les devoirs que lui prescrivoit sa religion. Il avoit trop de fois bravé la mort pour qu'on pût supposer qu'il la craignit '. Après la cérémonie religieuse, dans laquelle il acheva le sacrifice qu'il alloit consommer, il se tourna vers le peuple ; il exprima les regrets qu'il éprouvoit d'avoir été dans l'impossibilité défaire son bonheur, le priant d'en rejeter la cause sur les circonstances plus encore que sur ses intentions, parce qu'il avoit la consolation d'être , sous ce rapport, à l'abri du reproche; il finit par inviter ceux qui croyoient avoir ' à se plaindre de son administration de lui accorder le pardon et l'oubli de ses fautes. Les larmes coulèrent de tous les yeux. Il auroit fallu , dit un témoin oculaire , être de marbre pour résister à cette scène déchirante *.
L'empereur monte ensuite à cheval, et sort du palais pour n'y plus rentrer. Accompagné du fidèle Phranza, qui remplit auprès du prince les fonctions d'aide-de-camp,
^ Ce qui n'a pas empêché qu'on de son côte, l'on ne se doutoit pas que
ne l'ait tourné en ridicule dans le les Grecs seuU dussent être accusés
inême chapitre où MahonÊt et les d'une superslùion détestable.
Turcs criant illa/ah, se lauant sept ^ Phranza la décrit avec une tou-
yoû^jcûnant vingt-quatre heures, sont chante simplicité. Quis lamenta
Joués. Il semble qu'illaiah russollala tune audita per palatium fando
aToient autant de droits à la critique explicet? nisi tjuis U»neus etset aut
p6u respectueuse du philosophe que saxeus , non potuisset temperar^. à
le kyrie eleison y et certes, en voyant lacrymis* Constantin et Mahomet prier chacun
fft!
la
5âa HISTOIRE BU BAS-EMPIRE. *
il fait le tour des remparts avant de se rendre à la poikl Saint-Romain , dont il s'étoit réservé la défense , commel le point le plus exposé. Chacun étoit à son poste aveckliEl courage et la résignation dont le chef de l'empire don» |jf: noit l'exemple. Les feux allumés par les Tores sembloient couvrir d'une ombre plus épaisse l'intervalle qui les séparoit de la ville. On ne distinguoit rien^ et l'œil ri'apercevoit que ces feux; mais on entendoitde tous les côtés un mélange confus de voix basses, étouffées, de sons divers, produits par des causes qu'on ne pouvoit s'expliquer. Ce bruit, que la circonstance rendoit peut-être plus extraordinaire , se faisoit entendre depuis le commencement de la nuit , d'après le rapport unanime de tous les sentinelles. Il étoit causé par le déplacement des machines que Mahomet faisoit approcher des murs à la faveur de l'obscurité. Le mouvement des rames, la manœuvre des matelots^ les ordres donnés et répétés dans le port et le long des murs que baigooit la mer, prodiiisoient, malgré toutes les précautions, d« sons qui se prolongeoîent le long du rivage. Mahomet avoit ordonné le silence sous peine de mort; mais la nature n'étoit pas soumise aux lois de Mahomet, et ne suspendoit pas les siennes. Ce silence, si rigoureusement prescrit , éloit rompu par le choc et le frolteraenl des machines de guerre.
L'attaque commença bien avant le point du jour: par une tactique habile , mais cruelle , celui qui se jouoit de la vie des hommes avoit placé devant son armée une multitude d'individus de tout âge, de toutes conditions , de paysans, de vagabonds , attirés par l'espoir du pillage de Coustantinople, et qui dévoient combattre les premiers. Une fois placés entre l'armée et les murs de la capitale, la retraite étoit impossible. Mahomet ne comptoit point sur le secours de ces volontaires , arrivés de la veille, et qui ne pouvoient que se battre sans ordre et sans discipline ; mais il calçuloit qu'en les exposant aux
-|ppcmîers coups de celle valeureuse garnison , qui ile- :pnis près de deux mois résisloil à tous ses efforls^ ils lui serviroient toujours à la fatiguer, à coutribuer à répuisenionl de ses munitions, enfin à diminuer le nombre des braves. Celte troupe inexpérimentée fut perçue comme elle devuit Têlre, et paya cher sa témérité. Sienlôt ^ elle eut rempli sa destinée. Au lever de Taurore .raniiée parut. Phranza la compare^ à une corde tressée, qui enveloppoil la ville des Césars dans sa totalité. Le cri de guerre, prélude du condiat , se fait entendre suç toute la ligne. L'attaque commence sur tous les points. Une grêle de flèches, de pieri-es, de belles, tombe sur la ville. La garnison lance à son tour des flots de feu grégeois, verse de rhuilebouillanle, détache de ses remparts des blocs de marbre, des nteules, qu'elle y avoit *^.portés la veille, fait enfin des décharges d'artillerie qui toutes sont meurtrières, parce qu'elle avoit acquis de l'expérience. Le désordre se met parmi les Turcs, dont les rangs sont éclaircis. Ils font un mouvement rétrograde; mais le su>tan, qui prévoit tout , fait tenir derrière eux des ministres de sa vengeance, impitoyables % comme lui , qui frappent de mort ceux qui veulent fuir.
* Voici la description qu'il en Tait: port , et cinquante raille jusqu'à la
U6i lux diei slellas abscoiidil , et hauteur du paiaii!. Les vaisseaux
ab oriente roseum matie appaïuit , éloient couverts de troupes. L«m>-
iotœ copicp^ periiidè ut Junis ab nard n'entreprend point de faire l'é-
und parte ad altérant ductus , urbi . nunaéralion de l'armée d« s Turcs , il
incubnerunt , or^anis beliicis, ut la représente comme innombrable.
ijrmpanis et tubis cornets et aliis II ajoute à la description que lait
demwn perstrepentes , et Iceiisonis Phranza de la musique le cri i//<i&A ,
vocibus Jremente&y atque in omnes illalak , prononcé spontanément au
Iteleboles i^nem indentes , omnes- même instant par les musulmans ,
auc concorditer, uno tempore et qui attaquent aussitôt, après et tous
horâ y à terni marique irruentes^et à la Tols, sur tous les points. Omneni
pu^nam lacesscnles. ( Liv. m chap. terrd et mari urbem invadurU, Il
i5.) D'après Ducas^ Muhcmet corn- présente, ainsi qife Phranza, un ta-
baltoil sur un point avec dit mille bleau très-animé, fait de souvenir, et
janissaires, ayant plus de cent mille non d'imagination. On sent que le
iiommes à côté de lui ; cent mille peintre dot être acteur ou témoin.
«Méircs s'étendoieat de là joaqo'aa
52A HISTOIRE DIT BÀS-EMPIRf.
Placés entre deux dangers , dont Tun peul avoir pont m issue la fortune et la gloire, tandis que Tantre n'offre 1^ que la honte et la mort, ils remontent à Tassaut. Ne faire aucun progrès , dans la situation des niusiilmanSf c'étoit être battu. Pendant plusieurs heures les Grecs conservent un avantage qui rendît peut-être quelque espoir à Constantin. 11 envoie Phanza d'un côté pour encourager ceux qui le défendoîent ; de l'autre , il se charge de ce soin. « Mes amis, leur dit-il, niesfrèrest mes braves camarades, ne perdez- pas courage; celui de nos ennemis n'est plus le même ; ils n'ont plus cette ardeur qui égaloit presque la vôtre : leurs bataillons ne se présentent plus ni dans le même ordre , ni avec la même confiance : je les vois plier. Encore quelques et forts, et la victoire est a vous ; et le salut de l'empire, la délivrance de Constantinople, la gloire» seront voire récompense. »
Au moment où ce vaillant prince se flattoit d'une espérance trompeuse, il partoit des rangs ennemis un trait qui devoit la détruire. Justiniani , qui combat toit à quelque distance, est atteint d'une flèche à la janibe «. A la vue de son sang, celui qui tant de fois avoit affronté la mort, perd courage, oublie ses actions héroïques, sa valeur première, et sans prononcer un mot, sans mettre quelqu'un à sa place, se retire honteusement pour se faire panser. Constantin, averti; paroit , et lui adresse en vain les paroles les plus touchantes. « Que fais tu , mon « frère (lui dit-il)? où vas-tu? Demeure, je t'en con- « jure, ta blessure est légère; reprends ton rang, je t'ai- « nierai ^; tu fuis au moment le plus critique ». Mon-
« Nous suivons Phranza, qui dit : c'est-à-dire sur la foibicsse de Juiti»
Sagittd allapsd dexterum crus vul- niani.
neratur. Léonard place la blessure * Je traduis littéralement : Mi
dans l'aisselle; Laonice, à la main; /rater, qiiid agis? répète Incum
Ducas , au poignet ; Gibbon suit ce tuum ; modica est plaga , rrdi ,
dernier. Tous s'accordent sur les amabo. Ce sont les paroles que
fàcbeux résultats de celte blessure ; Pbranza met à la bouche deCoDSlaa»
HtSTOmS DU BÀ8^E1I1KIRB# 5a5
^ant anlant de posillan imité qu'il avoit josqu^alors fait voir de liravonre , Justiniani garde le silence, et se rend à Galata. Il mourut , peu de temps après ^ de honte et de doulfur^.^
Ou vît en ce jour que le sort d'un empire dépend quelquefois d'un seul homme. Les Génois et les Italiens , découragés par la retraite de leur général, imitent son exemple. Les Turcs s'aperçoivent de ce mouvement; c'étuit au poste contre lequel Mahomet avoit réuni le ■plus de moyens d'attaque, et qui demandoit le plus de résistance. Voyant qu'elle étoit moindre , un janis* saire, nommé Hassan , d'une taille gigantesque, lecajK que en tête, tenant d'une main son bouclier, de l'autre son cimeterre , s'élance sur le rempart , suivi de trente janissaires. Les Grecs les accablent , en tuent dix-huit , et bientôt précipitent les douze autres et leur chef dans le fossé. Hassan tombe, se relève, et retombe sous une grêle de traits. Mais il avoit montré le chemin. En le voyant sur le haut des murs, les Turcs s'étoient spontanément élancés de son côté » l'impétuosité de leur mouvement n'est point arrêtée par sa chute ; ils ont franchi tous les obstacles , et le rem part est couvert de musulmans. Les Grecs reculent, se pressent pour rentrer dans la ville , se culbutent à la porte Carsias , y sont atteints par les Turcs, qui bientôt arrivent en foule. La porte étoit tellement encombrée de cadavres , qu'il étoit impossible d'y passer. La brèche étant plus praticable, l'ennemi s'y présente, escalade, inonde le rem-
tîn. Voici'cellcs de LéoDard : Sisle, au fait tel quil est conté par Léo-
precor^ctipitanee^namtuaju^aalios nard et Phraoza , témoios dignes de
incitât adjugiendum, Non est mor- foi. La blessure n'étoit point mortelle^
taie vulnus , patere dolorem , et et ôe général pouvoit et de?oit ajour-
aiste virUUer , ut spopondisti. Ces ner «on pansement. deux historiens s'accordent sur le « Phranza le f7U mourir à Galata,
silence du Génois, qui ne répondit Léonard à Chio: tous deux mettent
rien à l'empereur. On a fait une au nombre des causes de sa mortl^
lonfpie et prolixe apologie de JiiHli- cbagrin de s'âtre déshonoré. lûani. Mais il n'y a lico à rcplitjucr
5ft6 MtlTOtlIV DO Bil-BUrflli
piirl Int^rlnir. Umiii ce mimiftil ftarolt CrniffAirtln; nionli* Mir «tii rltcviil roiiKiifiix. Il a vu qnil fi*y Avok plii« ilVfipi>ir ; il âV»t i^infirri roiiire Ifi Tiircif il en i prc^ripiic* nu Knitiil nombre du hiiul Jei nMiraillitlil rhi*irlt«* In nmrt, ri Ia donne iivHut il« lu rerevoir | Il •Aug coulti le louK (Ir ion Artnnrr. Friinç«>!« île TolUi contbAt kê^êiàéê i Th(^o|ihyle PntëuluKur , fipercrvimi iun roi au ntiliiMi ilei rnuc^niti, i>*l ëcrië (|it*il ne ven* I loi! pu» lui turvivrr. Tous li'i Iroti te betlenl cuntm des liouA. Ou a vu Con»tAul{n ir it*lrr ft Irâveri un bitAillon rnurttii ; on Ta nt^me nilr uthi ê^ëcrirr «(«uileiH rruifihiMif : Né trouverai je fiont ptii un chrétien f/nl Veuille me couper iu lite? 'Ha dliperu....
Airi i4Ji3- I^n tAc d'uiio vAâle rApilAle pri«e d^Aiient par lu
i4làf fpi,|.^| III, pri>«rnlAnt qui? dri trèneê horriblee et lAn-
glAulri, dont In ecieuri eux-m^mei ne peuvent iefoiit
une idée exActe, pArre qu*ili nVn fAbieirnl piiint IW
' lemble » nom nVnIrrprrndron* pirfnl dr let décrire. Le
meurlreel leviol,iutvfi ou précéJéAdupillAgtypréMiitenl dei imegei qu'on doit voiler i et ne peuvent lift qu1udiqu^«.
IVcflcnduc* (h* CouAtAntinoplo iftoit lellr, que , pendtnt qn\)U »>n rnipAroit d'un cAtd, de TAutro THtlAqueet
' Lm lilulorleiii qui* iidiM nniii* « rofArt* tNnlûl Am g^n^ral « ft tinlôt
Itlftlndtm il dti'r Mimtii(« Im |iIim ili' « de mittlitl , il f<i»l tué , v\ «vro M
gfinfi lit* (oi| tri qui* IMtrMttxH, fhirtti « loirifit* rluti^ U poUMi4'rti tutt(« W
' ri Moniri*f n'ncronlrtil tiir cr grnru « gluin* ilv ri*itt|ûf« dm Orniw. »(Hl^
(Ir mort. Hponilnfitifi « li l'oriitiiion vutit Nugrédo i « ContlMiilin, voy^tl
(l«fi*di*rtiU'ri«i pHroli'H, mp''''"'^ '*" * '*** <''"»"'» *lA»*'*f>éré#^» olicnilNill
MngiilirrM*nipulr. Il irninf «lunClrin- « i|ti('lf|(i'uit (|ui luiôlAt lu vir figiif
flMitlin nr ROll rmipNtitr «IrunitMc^ • i*r pitN Pitrvivrn à «ntt infiffltintt
rt t'icitt (Ir'M tH^iihmfn inimiUm» ■ in<iiii« n'uyAnl pu trouvrrptrtKffiiM*
t'Mir rr innlhiMirriui prinrr, (Miilri*' «il ituiila le» tiubh» {rtipifrtMU» « tt
roil ^«oiivoir t'ulMouilrr «Id rr pt^^tlA. ■ IVp/*!* ii U mnitt mi* loin «ym \n\té*
Onhlctiiir (K'rril fictlcuirirlnlni'ii <r«- • |>'Mlil<'t nu fhilif*u dm (itfnrmU. Il
fir^M Iro ntiiidlrii turqurN. « Mn vmîii « Icn rombullit itvrr d'*iuti«nl piiifd*
• IVftipi'mii («otinlunlinromlml viiil- • vnlrnr « qu'rll(< éloit ■ufjmrnl^t « litmitM'fir,f'l «(• fturlr pNrliHil ofi le «pur iHin di<«f*fip<9ir, «t ftidtirul Iri
• dmigrr l'npprltr « pour («nrouriixrr « «iriue» à U tuMlti, «
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la dëfense continuoient toujours. Entre plusieurs traits qui prouveroient que, si Justinianî ne se fût pas conduit comme une femme , la capitale eût résisté plus long^ temps, et eût peut-être été sauvée, citons ceux-ci. Des matelots Cretois défendoient les tours de Basile, de Léon et d'Alexis. Les Turcs qui osoient en approcher rece- Phrama^ voient à Tinstant le prix de leur témérité. Heureux dans '• ^^^- '"• leur adresse, et prudens dans leur désespoir, les Cretois portoient des coups certains: aucun n'étoit perdu. Uu grand nombre de musulmans étendus sans vie attestoient leur intrépidité. Quand la prise de la ville fut consommée, ils déclarèrent qu'ils préféroient la mort à la servitude, et conservèrent leur position hostile, prêts à tirer sur ceux qui tenteroient d'approcher. Mahomet ordonna qu'on les laissât s'embarquer sur leurs vaisseaux avec tous leurs effets. Soit que tant de générosité leur inspirât de la défiance , soit qu'ils eussent résolu de ne pas survivre à l'empire, ils hésitèrent long-temps, ^
et l'on eut beaucoup de peine à leur persuader d'accepter cette honorable capitulation. Deux frères. Italiens, unis par une étroite amitié autant que par les liens du sang , se défendirent pendant long - temps dans une maison voisine des remparts. Ils avoient inspiré leur enthousiasme à plusieurs Grecs, et changé par leur bravoure leur demeure en forteresse inexpugnable. Les Turcs n'en approchoient que pour recevoir la mort. Quand ils eurent la triste certitude de la prise de la ville, ils prononcent quelques paroles qui expVimeat Icurdésespcrtr *», et tons deux se préd|jipilent à travers les bataillons ennemis. Ces exemples suffisent pour faire voir que , malgré Tinfériorilé de ses moyens de défense, Constantinople eut pu trouver son salut dans le courage de ses habitans. Mais depuis long-temps, ce courage n'existoit plus.
• O sol , horresce ! inquit\ • tellus^ tngtmisce ! cmtas capta êstf
(Léonard. )
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Hâtons nous de^ dire que le pillage dora deox )ûi avec des circonstances qui prouvent l'avidité des con rans ^ ; que le même sentiment arrêta les massacra^ parce qu'on fit grâce à tous ceux qui pouvoient seTahl'' cheter , ou conservoient assez de vigueur pour être avantageusement vendus ; enfin que cette même avidité qû suspendit les assassinats faisoit mettre à la torture les malheureux à qui Ton supposoit des trésors enfouis dans la terre. Ce fut alors que parut au grand )our tonte la Lennard. de turpitude dcs Grccs. « Ils tirèrent en gémissant des encap . ons . ^^ jj.j|ji|gg jg i^ terre des monceaux d'or qui , accordés
<c aux larmes de leur prince , eussent rangé devaat leur «c ville des nations entières de soldats. »
^ On viola même les tombeaux pour en arracher les oroemens iotcrieurs. Ducas fait une description animée du butin que remportèrent les Turcs : elle mérite d'être rapportée. « Trois jours après la prise « de Gonstantioople (dit-il) les vais- « seaux mirent à la voile tellement « chargés, que peu s'en fallut qu'ils « ne coulassent à fond. Mais de quoi « étoient-ils donc chargés ? De riches « habits , de vases d'or , d'argent , ,« de cuivre et d'ëtain , d'une multi- « tude infinie de livres , de prison- « niers de toutes conditions, de prè- « très, de laïques , de moines et de « religieuses. Les tentes n'étoicnt « pas moins remplies de prisonniers
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