UI
• alimens dans des vases sacréit et p « bu voient dans des calicei.Ib en- « levèrent sur des chariots one infi* « nité de livres qu'ils dispersèrent « en Orient et en Occident. Ils don* n « nèrent pour un écu dix volomei « d'Aristote et de Platon. Ils ven* « dirent ou jetèrent une quantité
■ incroyable do livres des sainti « Evangiles, après en avoir arracbé « des ornemens d'or et d'argent. Il) a brûlèrent toutes les images pou
■ cuire leurs vijodes. > ( Ducas.
ch. 42* ) ^° 3 voulu évaluer le batiit fait par les Turcs : on l'estime a quatre millions de ducats. Mais il est impossible de connoîtrelavéri(t« même par approximation. On ignore
a et de butin que les vaisseaux. On et le montant de la rançon des. cap*
« voyoit au milieu des barbares des tifs qui se sont rachetés , et le prit
B évêques revêtus de leurs habits de la vente des autres. Ce qui prouve
a pontificaux : on en voyoit qui que ce bulin fut considérable, c'est
« avoient des colliers d'or, et qui s'en que pendant long-temps on »e servit
a scrvoient pour traîner des chiens de cette expression : iiaétéausie^t
a en lesse. On en voyoit d'autres qui de Constaniinople^ en parlant <ic
« employoient des tuniques, des celui qui devenoit riche tout à coupi
«ornemens, des vètemens ccclésias- soit qu'on voulût par là dé:»igaer iJ
« tiques brodés en or pour couvrir rapidité de sa fortune ou U maniert
« des chevaux au lieu de housses, dont elle étoit acquise. " D'autres se fuisoicnt servir des
ïf
UlSTOIftE DU BAS-EMl^IRC. 52g
Un spectacle douloureux est celui qu'offrit Sainte- Sophie. A mesure que la nouvelle de l'entrée des Turcs parcouroit la ville , les habitans se réfugioieut dans cette basilique , comptant non-seulement y trouver un asile inviolable, mais y recevoir Tannonce de leur délivrance. Ce temple ctoit situé derrière la colonne de Constantin , relativement au côté de la ville par où les ennemis pénétroient. D'après la prédiction dont nous avons parlé, ils ne dévoient point aller au-delà de celte colonne, et quand ils y scroient arrivés, un ange devoit paroiire, et , le glaive à la main, exterminer les Turcs. Telle fut la cause pour laquelle un peuple dont le danger augmentoit la superstitieuse crédulité se précipita dans une église qu'il regardoit comme profanée, parce que les Latins y avoicnt célébré la messe. Entassée dans cette métropole, dont elle avoit soigneusement fermé les portes , la foule attendoit son sort , se faisant une illusion qui n'eut qu'une courte durée. Des coups de hache la font cesser , les portes brisées tombent , et laissent voir ao lieu d'un ange, des flots de Turcs armés, qui, à la vue de cette population , se disposent à se la partager. Voici le tableau que présente Gibbon d'après Ducas. « N'éprouvant point de résistance, ils ne s'occupèrent TheJiii que du soin de choisir et de garder leurs prisonniers: I^a ^^^^ ^ jeunesse, la beauté, et l'apparence de la richesse déter-c. 68. minèrent leur choix , et le rang du vainqueur ^ la force personnelle , la priorité , servirent de base au droit de propriété. En moins d'une heure les hommes et les femmes furent attachés, les uns avec des cordes, les autres avec leurs voiles ou leurs ceintures. On lia le sénateur et son esclave, Tévêque et le bedeau, le jeune plébéien et la vierge d'illu^e famille qu'un voile avoit jusqu'alors dérobé à Tœil indiscret comme à l'éclat du jour. Les rangs de la société, les liens de la nature, furent confondus ou brisés. Les pleurs des mères , les
HÏST. DU BAS-EMP-. TOM. Xlf. -54
53o UISTOIEE DU BAS-*£MPIEX«
sourds gëmissemens des pères de famille , les cris des enfans truuvèrent dans les farouches soldats de Mahomet des cœurs insensibles. Celles qui se faisoieni le plus remarquer par la violence et Texpression de leur douleur, c'ëtoient les religieuses arrachées aux autels, ayant le sein découvert, les chcvmx épars et les bras tendus. Ces malheureux captifs^ rangés sur deux files, étoient conduits comme des animaux domestiques, et maltraités par leurs maîtres, qui , pressés de chercher un nouveau butin, hâtoient, en les frappant, leurs pas treinbians. Les mêmes scènes se répétèrent dans les autres églises, dans les palais , dans les maisons. Il n^y eut point d'asile contre la rapacité du vainqueur. On traîna dans le camp ou sur la flotte environ soixante mille
captifs, qui bientôt furent échangés ^ vendus ou dispersés dans les provinces, suivant le caprice ou l'intérêt du vainqueur. »
Mahomet , impatient de jouir de sa conquête, arrive bientôt en triomphe par la porte Saint- Romain. Iléloit au milieu de ses ministres, de ses généraux et de ses gardes. Il s'avance lentement , regardant avec surprise les monumens qui s'oilVent à ses yeux. En traversant THippodrome, il frappe d'un coup de sa hache d'arme la colonne des trois serpens, et brise la tête de Tun de ces animaux; soit qu'il voulut montrer sa force ou son mépris pour le culte des chrétiens, car il croyoit que c'étoient des idoles qu'ils adoroient. Il entre dans la métropole, et la trouve digne de devenir luie mosquée. Y voyant un soldat qui la dégradoit, il lui rappelle par un coup de sabre «pi il s'étoit réservé les éilîhces et les maisons. Il fit laver ^ et purifier ce temple magnifique, et voulut que, sans aucun^élai , le culte du grandprophète y remplaçât celui des Grecs.
Installé dans le palais des Césars, le premier soin du
* Vollairc prélend qur cv fui avec de l*eau rose.
HISTOIEE DU BÀS-SMPIRE. 53l
iultan fut de s'informer du sort de Constantin <>. Mais m rignoroit. Les uns prëtendoient qu'il avoit pris la liite; les autres qu'il étoit caché dans la ville. Mahomet ionna des ordres pour qu'on Ht les recherches les plus exactes. Il y avoit dans un lieu près des remparts où laction avoit été la plus chaude une multitude de corps entasses les uns sur les autres. On les visita soigneuse* ment : un eut la précaution de laver la tête de chaque mort ; mais elle eût été inutile , et , sans ses brodequins (le pourpre orné:» d aigles d'or, Constantin n'eut pas été reconnu. Mahomet ne dissimula point la joie qu'il éprouvoit de ne plus le compter au nomhre des vivans. \près avoir fait exposer sa tête ^ et reconnoître ce prince [>our constater sa mort juridiquement, il lui accorda les lonneurs de la sépulture.
Telle fut la triste destinée du dernier des Constantins. Digne de soutenir l'éclat de ce nom, il l'a couvert de gloire par une mort héroïque. L'histoire en présente peu de pareilles.
Il est de notre devoir de faire connottre le sort des principaux personnages qui jouèrent un rôle au siège de Constantinople. Commençons par l'ami de l'empereur, le fidèle Phranza , chambellan et premier secrétaire d^état. Il exécutoit, comme nous l'avons dit, un ordre de Constantin lorsque ce prince disparut dans la mêlée. On te sépara de sa femme et de ses enfans : tous furent vendus. Phranza ne perdit sa liberté que pendant quatre mois. L'ayant recouvrée, il racheta sa femme, qui appartenoit au grand- maître de la cavalerie. Cet officier avoit cédé les deux enfans à Mahomet , qui, sur le bruit de leur beauté , témoigna Tenvie de les avoir. La fille
^ Phrnnza représente même Ma- circonstance. Ducas la rapporte avec
homet comme inquiet... Studiosis- beaucoup de détails, qui prouvent
simè quœsii'it : nihit enim prt'ùs sa haine contre Mabomet , et que
eraty tfitàm viueret ne y an intenis- nous omettons , parce qu'ils noun
set cognôscere, paraissent suspects.
* Phran/.a ne parle point de crWr
53a HISTOIRE DU BlS*KMt»iâË. .
mourut dansle sérail, son frère atteignit à saquîntièoM année. Le sultan le tua de sa propre main, furieux de la résistance ^ que lui faisoit ce jeune homme.
Le cardinal Isidore s'étoit signalé pendant le siëge, soit en faisant des sacri lices pour réparer les dégâts, soit en payant de sa personne. Les Turcs désiroient deTavoir en leur possession. Il ne put éviter d'y tomber; mais, ayant été averti , il prit ses précautions pour n'être pas reconnu. Il fit revêtir un cadavre de sa robe ronge et placer sur la tête de ce mort sa barrette. Les Turcs, croyant être maîtres du légat , coupent celte tête et la portent en triomphe, pendant qulsidore étoit vendo comme captif. Il s^évada bientôt.
Le troisième personnage nous fournit roccasioD de reprendre notre récit, et nous ramène à Mahomet. Cesl le grand-duc Lucas Notaras , dont la mémoire est arrivée jusqu'à nous, flétrie par ses contemporains, qui raccasent de .perfidie et de lâcheté ^. Cet homme, le premier
A Scelestùsimus et itnmanissimus premier, qui vit souvent, pendiot le
cliarissimum mihi Jilium suâ manu siège , P^^otaras, sans avoir de ditoos*
j'ugulapit. Volehat enim eo nefariè sien avec luî. Voici ce qu'il en dit:
ae twpiter ahuti. Me miserum et At Chiluca malitiœ pœnam non
infelicem paV'ein ! V\\ . "h^ chap. ai. Ci^asit qui , protinùs perditis in
Vu ressentiment trop légitime , une bel/o duobus liberis ^ alio impubère
indignation trop fondée , doivent luxui regali reservato, coràm que
faire excuser les deux épilhètt^s don- oculis tertio fiUo cœso cum celais
nées par le mallicure.uK père au tyran bar\)nibus decollatuv. Dans un lutrt
odieux contre lequel il avoit de si endroit, il le traite de meotcur.
justes sujets de plaintes. lUe miser gui semper gloviam men-
* Le désir de découvrir et faire dacii capture coftcupii^it, {Léotaad^
connoîlre la vérité nous servira d'ex- in captui. Constant.) Ducji, qui
cuse , si nous nous permettons d'exa- met à la bouche du grand-duc les
miner les témoignages des accusa- plu.^ beaux disnours avant de mourir,
leur!) et les réponse» des apologistes; dit qu'il dénonça le grandvisir avec
car îîolaras en a trouvé. Parmi les lequel il avoit des iatelligeuccs, U-
premiers, sont Léonard et Pbranza. cheté qui ne le mit point à l'abri
L'on suppose que la rivalité qui ré- des cruautés de Mahomet. Ii'oqs
gnoit entre ce dernier el le grand sommes étonnés de trouver Gibbon
duc devoit le n ndre partial. Je au nombre des apologistes , quoi-
rejette donc son témoignage ; mais il qu'il rapporte la scène que uou*
n'en est pa^. de même de celui du présentons , et qui u'est rien moi«>
le Tempire après Constantin, se présente devant Ma* loiuet , accompagné de riches présens et de bijoux du 3lus grand prix^qu^il avoit enfouis jusqu*alors, et dont il fait hommage au sultan , en se prosternant devant hii : « J'ai réservé pour vous ces richesses ( hji dît-il ). Pour- « quoi (lui répond Mahomet), puisque vous aviez des K trésors aussi considérables^ n'étes-vous pas venu au « secours de votre prince et de votre patrie? — Parce « que je vous les conservois, dans la persuasion qu'ils V dévoient vous appartenir. — Si vous aviez cette opi- « nion , pourquoi vous êtes-vous permis de les garder « si long -temps? pourquoi ne pas me leâ avoir fait «< passer avant le siège? Vous auriez évité la guerre et «< les massacres ; tous les maux qui sont arrivés doivent » vous être attribués. » Le grand -duc crut devoir se justifier aux dépens du grand-visir, qui faisoit toujours espérer que les Turcs renonceroient à leur entreprise. Par cette dénonciation, il perdit le visir sans se sauver. Quelques jours après Tentrevue, le sultan donna Tordre au grand-duc de lui livrer le plus jeune de ses enfans. Indigné d'un tel affront , Notaras refuse : la nature reprend ses droits, et lui donne cette énergie quen'avoient obtenue ni* le prince , ni la patrie, ni les devoirs qu'elle impose. Il brave Mahomet, assez barbare pour ordonner son supplice après avoir fait exécuter le fils sous les yeux du père. On peut dire de Notaras que sa mori honora sa vie.
qu'à TavaDtage de Notaras ; maU il élémens de ronspiratîoD pouroleot
paroît dispose à croire Laooice « exister dans Gonhtaolinople entière-
qui dit que le grand-duc , se fondant ment dépeuplée ( puisque trois jours
tur le secours qu'on attendoit d*l- après la prise , il n'y ^voit ni bom-
\aUey voulut demeurer à Gonstanti- mes, ni bêtes, selon Ducas), quand
lople pour y conspirer. D'abord même JNotaras auioit eu les qualités
Laonice rapporte cette version qu'exige ce rôle 7 Eufin comment
comme incertaine, et^ d'après les supposer que celui qui traliit sa pa*
détails dans lesquels il entre, et qui trie quand elle avoit besoin de son
sont conforme* à ceux que noua of- bras voulut se sacrifier pour ellu
frons dans le texte , paroît leur don- quand elle n'existoit plus f ner la préférence. Entuite quels
^4 H18TÔIRK DU 1A8-SMPIRS.
Mahomet, en abandonnant le pillage k ses troupes,!'! n'avoit fait aucune restriction ^. En les voyant chargë(i|'i d'un butin immense , il se repentit de son désintéressement, et s'occupa du soin de s'indemniser. Ponr y par- il venir, il employa deux moyens: le premier lui fournissoit l'occasion de donner une leçon qui pouvoit lui [r&/o, /. ^tre utile, il la saisit habilement. « On accuse les Grecs f« (dit un historien) d avoir sordidement épargné Tar- •> gent nécessaire pour la défense de Constantinople. Ils h « n'en furent pas blâmés par les chrétiens seulement , h « mais par Mahomet, qui en laissa un exemple mémo- ¥ rable et digne d être conservé à la postérité. Il assembla « les chefs de son armée , et fit venir les Grecs les plas « qualifiés. Il leur demanda où ils avoient caché lears « trésors: les maîtres n'ayant pas voulu le déclarer, m leurs domestiques le découvrirent. Il fit mettre en on «^ monceau toutes leurs richesses, et couper la tête à ce! « chrétiens avares. Puis se tournant vers ses pachas, il « proféra fe$ mots dignes de sortir d'une autre bouche « que de celle d'un barbare ^ : Apprenez à secourir votre « prince , à ne point ménager votre fortune quand il en « a besoin ou quand la patrie le réclame, parce qucla
• Son serment étoit positif; il ne plîquc pourquoi ron ne Iroofi k
pouvoit rîcn retenir sans courir des Iroisiièmc jour dans la ville /ii^wuw
risques de la part des janissaires , à niàéte. (Ducas.) Mahomet se montra
qui les sultans ne manquoicnt jamais «i religieux h sa parole, qu'il racheta
de parole. Voici ce serment, /iltis- de s<s dtoiers ceux d'entre le» Greck
simd voce prœconis, voluntatc f^ffis qu'il vouloil avoir en sa possewion,
urbem triduo ad saccum esse bella- tel que le grand-duc, qu'il pajafDri
toribus donatam. Juratque rex per cher.
immorlalem />ei///«, perque quatuor * Les hislorion» ont coutamr
millia pix>phetarum , per Machine- d'appeler les Turcs iles barbares :
ium , per animam patris, per libe- ëpithète que les Romains et lesGrer*
roj, perqi.e enseni quo ciii^itur , donnoicnt à tentes les nalions, psrrr
omncm dcpopulationom , omn^quc qu'ils les nirpriaoiont, et les regar-
hnininuni ntriusque sexùs t*eiuis , doient comme non civilisées. Ce nom
oiunemque pariter itrbis ihesau- éloit encore donné aux ijinnoran».
rum atque substarUtam , Mbcrt ^ bel- Malioroet ne le méritoit poÎDt ; il
latorihus donalam , nuUoque pacto étoit cruel sians être barbare. Jurât vi'oiare. Cet engagement ex-
« perte dn prince el de l'état enlraiiie toujours celle des <« richesses 9 de la liberté, et de la vie des peuples. »
Le second moyen consista dans une spéculation que fit Mahomet, spéculation doublement lucrative, et qui prouve qu'il ne uégligeoit rien. Sachant le prix qu'attachoient les chrétiens aux reliques, il défendit de toucher à celles qui se trouvoicnt dans les églises. Il les fit ensuite recueillir avec soin, et déposer dans un magasin situé près de son propre trésor. Les princes chrétiens de Téglise romaine en olTrirent des sommes considérables; mais le sultan ne les leur vendoit que lorsqu'il ne trouvoit point d'acquéreurs parmi les schismatiques. En voici la raison: il avoit dans son sérail une favorite grecque de naissance comme de religion. E^lle avoit facilement obtenu d'un homme qui n'avoit aucune religion 4e privilège de conserver Texercice de la sienne. Elle lui promit d'obtenir des sommes beaucoup plus considérables des Grecs* que des Latins, et parvint souvent à le faire. Il en résulta une concurrence qui tint pendant long-temps à un prix très-élevé ce nouveau genre de commerce. A prix égal, Mahomet préféroit les Grecs, parce que ceux qui faisoient cette emplette avoient en même temps l'autorisation nécessaire pour pratiquer leur culte y et que le sultan, qui ne vouloit pas régner sur un désert , tâchoit d'apprivoiser des vaincus don t"il n'avoit plus rien à craindre. Ainsi les reliques lui ser* virent à remplir ses coffres, à repeupler sa capitale; et quand la provision s'épuisoit, elle étoit facilement renouvelée. Les deux marchands de reliques n'étoient pas très-scrupuleux. On finit par connoitre la source prophaiie d'où sortoient ces objets sacrés; le commerce en fiil discrédité, et les acheteurs durent conserver sur la légitimité oii la sainteté de leur acquisition des doutes qu'il étoit impossible d'éclaircir.
Il est temps d'examiner l'opinion d'un historien qui contredit tous les autres , et prétend que Constantinople
536 HISTOIRE DU lAS-EHPlRK.
a capitulé. Phranza , qui fût pris et vendu , Phranza, qui le jour de Tassaut remplissoit les fonctions d'aide decamp A auprès de Constantin, et qui n'anroit été nî vendu ni pris, si son maître eât capitulé; Michel Ducas, quiétoit à Dimotucen i453; Laonice Chalcocondyle|, qui avoit trente ans lors de ce siège fameux dont il a fait le récit ; enfin Léonard de Chio, qui fit le sien cinquanteneuf jours après l'événement, s'accordent tous les quatre dans les principales circonstances, et tous disent que la ville fut prise d'assaut et pillée, Constantin tué, confondu parmi les morts , et que Mahomet fit promener sa tête. Il est rare de trouver quatre historiens contemporains qui ne se sont point connus , qui n'ont po se concerter, qui vivoient à de grandes dbtances les uns des autres, présenter les mêmes détails ; et peut-être aocun fait ne réunit autant que.^ sac de Constantinopk tous les degrés de certitude eiàgés pour n'être point révoqué en doute. Qui donc peut détruire de pareils tëmemire^ moigtiages ? C'est Démétrius Cantemire^, qui écrivoîl , Maho-^^ 1708 un événement qui s'étoit passé en i453! '^' Il importe de l'écouter, et de ne pas le condamner sans l'entendre. « Je vois, dit-il, s'élever contre moi une
« Ego hord illd à domino mee même prince de Moldavie, il fut
aberam , quèd ejus j'ussu in aliani envoyé par le ministre ottoman, eo
urgia regionem ad eam lustrandam 1710 , dans ce pays pour le défendre
discesseram, Phr. , liv 3 , chap. 17. cçntrc le czar Pierre : on lui donnii
C'est pendant que , d*après les or- pour s'assurer de sa fidélité, l'expcc-
dres de Constantin , il cxaminoit tative de la principauté de Valadiie.
ce qui se passoit dans la ville , que Mai« il passa du côté de celui cootre
son maître fut tué. Phranza , exclu- lequel il alloit combattre. Lonqo'il
sivement chargé par Constantin fut question de paix , le grand-vl4r
dont il avoit toute la confiance , des exigea de Pierre , comme une de<
missions diplomatiques , Tauroit été premières conditions , que Démé-
de la capitulation. trius Gantemire lui fût livré; mai* le
* Cantcmire , né en 1673 , mou- czar répondit qu'il céderoit plutôt
ml en 1725. Il étoit fiig du prince une province , parce qu'il auroit l'es-
de Moldavie, qui le lit passer à poir de la reprendre , tandis quels
Gonstantinople à quinze ans pour y perte de sa foi étoit irréparable. I!
remplacer son frère comme otage, créa Cantcmire prince russe , el lui
Il y re^ta quatre ans. ?(ommé lui- donna de vastes domainci.
te
HISTOIRE nu BÀS-EMPIEE. 537
/' foule d'écrivains , tant Grecs que Latins , qui déposent presque tous sur la prise de cette ville de manière à persuader qu'elle a été prise par force : leur autorité, toute respectable qu'elle est, ne m'entraîne point. J'ai *f d'autres considérations assez fortes pour mettre dans « tout son jour la vérité. Premièrement, le témoignage « des auteurs turcs, qui déclarent , comme d'une voix, " que la moitié et même la plus considérable partie de f la ville se rendit à Mahomet par capitulation ; ils nous «< en ont même transmis les articles ^. Les écrivains «c turcs sont atteints du vice d'ostentation, et ne se font « pas scrupule de grossir leurs avantages. Qui pourroit « ici leur prêter un mensonge délibéré qui ne tourne « pas à leur honneur ^ ? Tout homme instruit de la « sensibilité militaire sait qu'il y a plus de gloire à « prendre une ville de force qu'à la rendre par traité. ^ « Un second argument, plus fort que le premier ^| est «< que les chrétiens Grecs demeurèrent en possession de K leurs églises , dans la partie de la ville qui s'étoit ren- « due , sous le règne des trois sultans Mahomet ii , Bau jazet u, et Sélim i. Celui-ci l^s leur ôta. » Cantemire raconte comment Sélim enleva ces églises. Le patriarche , appuyé du muptiti , plaida sa cause , défendit ses églises contre le sultan, qui vouloit les changer en mosquées, prétendant qu'il violeroit le traité fait avec Mahomet, qui avoit garanti l'exercice du culte catholique dans cette partie de Constantinople. » C'est sous ces cou- « ditions, dit-il à Sélim, que nous avons reçu dans la " ville le grand-père de votre majesté, lui en ayant
a On verra plus bas commcat cette assertion est prouvée.
b La ville ëtoi^ tellement aux abois le cinquante-sixième jour du siège , qu'il n'y avoit pas d'honneur à la prendre d'assaut. Gomme Mahomet avoit promis le pillage , il ne pouvoit se dispenser de l'accorder. Une
capitulation eu auroîl privé les Turcs, qui ne l'avoient jamais tant mérité.
^ Sans doute quand cette ville est bien fortifiée, bien approvisionniic, bien défendue. Mais Gonstanti* noplc !
^ On verra qu'il ne vaut pa^ mieux que les autres.
53U UIBTOIEE DU BAS-lUPTAB.
« présente les clefs dans un bassin d*or. Il nôns donna a « parole royale que nous serions maintenus ditns'la poi- « session de nos églises contre tout attentat et violence, « et jusqu'à ce jour nous n'y avons point été troublëSi « demeurant sous la protection de deux empereurs , prête décesseurs de votre majesté L*avocat de Sélîm ré-
« pondit que la reddition de Constantinople lui senibloit « supposée et incapable d'être prouvée. Sur cela, le « muphti demanda au patriarche s'il pourroit produire « la pièce originale de ce traité. Elle a péri dans un in- « cendie, répliqua le patriarche; mais il mVst aisé de « produire trois témoins oculaires de celte transaction; '( ce sont des janissaires sur la bonne foi desquels je fonde « la confirmation de ce que j'avance. On fît paroilreles r « trois janissaires , âgés chacun de pi-ès de cent ans ', ' « qui n'hésitèrent point dans leur témoignage, et dirait «< au muphti qu'ils avoient été présens à la prise de « Constantinople ; qu'ils se souvenoicnt parfaitement <c de la soumission des nobles Grecs, qui vinrent trouver ce le sultan dans sa tente hors des nuirai Iles , et lui pré- « sentcrent dans un bassin d'or les clefs d(' la ville, en « lui demandant des conditions que le sultan leur ac- « corda. » Sélim , qui, probablAnent , n'étoit pas pitis persuadé que nous de la transaction , passa outre, reprit les églises, et les changea en mosquées. « J'ai jugea pro- « pos, reprend Cantemire, de coucher ici tout au long «< ce témoignage si digue d'attention de mon historien
o En Muppo9ant que caWc ave ntwr sont trouvera tous Ior trois au lacde
ait eu lien In première anoéc du GonKtuntinople ne sont pan la cir-
règne de Séliin « il y av^it soixante contttance la inuins iiicrveilleuiM: de
ans que Constantinople éloit toni- cette historieUc. Cette observatioa
bée entre le» uuiins de» Turcs. Se- est dans Tintérèt de Ganlc-niir « tt,
lim ne régna que huit ans (de loia pour ajouter encore à la i'Os>il>ilité
A i520 ). ^\>tt braves janissaires au* du fait , l'auteur à uniifur exem-
roient pu /i'/ii^oi/' que quatre-vingts /7/aiVe auroit pu rajeunir Kans innto-
ans. lis avoient environ quarante ans vénient ses témoins. Il est prubiiblc
à la prise de la capitale de l'empire que c'est par scrupule d'exactitude
grec. C'étoient dc^jà des véléian>t. qu'il les a fait tous trois ccotc-
Trois janissaires centenaires qui se naircs.
HISTOIEfi DU BAS-EMPIRE. 559
<' turc. Je rencontrai son livre chex un Grec à Philip- « popolis. Il faut qu^il soit unique , car je n^en ai vu « nulle part aucuue copie. Je le laissai à Constanti-* « nople^ lorsque je quittai cette ville. » Ainsi, comme il n'y a qu'un exemplaire de cette histoire turque , qui , par conséquent , doit être fort peu connue , tous les ar* guniens pourroient être réduits au seiÉ^ ténioi{;;nage de Cantemire. Nous l'adoptons cependant : nous admettons celui de son historien, et nous demandons: i." Si trois janissaires , âgés de cent ans , qui attestent que Mahomet accorda des conditions (sans qu'ils connussent ces con- , ditions), peuvent être sérieusement mis en parallèle avec Phranza , Ducas , Léonard et Chalcocondy le ? 2.® Si la possession des églises par les chrétiens Grecs, et Tahandon que leur en fit Mahomet , prouvent autre chose que la nécessité de ne pas dépeupler entièrement Constantinople, déjà si déserte; que ce sultan ordonna, sous peine de la vie y à cinq mille familles disséminées dans les provinces de venir habiter la capitale? Mahomet, qui viola tous les traités, ne laissa Texorrice du culte catholique que parce qu'il y étoit intéressé. S.*» Pour- €]noi Cantemire ouhlie-t-il dans son histoire la transmission des articles dont il a parlé plus haut ? 4-^ Eniin , si ce récit n'a pas toute la physionomie d'un conte dont Tenvie de se singulariser fait tirer parti à un historien pour mettre au jour une opinion nouvelle, à laquelle personne n'avoit jamab pensé? Quant aux auteurs turcs, liMir témoignage est suspect ; les compagnons de Mahomet écriçoient avec le sabre; aucun d'eux n'a transmis à la postérité les actions du conquérant; les historiens <le cette nation n'inspirent aucune confiance, parcequ'ils mêlent toujours les miracles avec lesévénemens naturels. Un voyagciu*. français , dont la véracité n'a jamais été contestée , dit que pendant son séjour à Constantinople, Toumcfort, lia souvent ouï dire que les annales turques étoientYlwu^ Ut* remplies de contes. Il en rapporte plusieurs preuves. ^'^ •'•
54o HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
L'unanimité (les Turcs sur la capitulation de Constâfitinople est une assertion hasardée , pour ne rien diredt L plus; et ce qu'il y a de remarquable, c'est que Gant^ mire n'en cite aucun, et s'appuie d'un livre dont il œ reste qu'un exemplaire.  l'époque où il écrivoit son Histoire ottomane ^ Léunclavius et SagréJo faisoientla leur sur les hist^iens turcs en grande partie ( et surtout le premier) : or, tous les deux font prendre Constantinople A' assaut y d'après la tradition et les autorité turques. Je n'imiterai point ceux qui ont accusé Voltaire de mensonge ou de mauvaise foi ; je le trouve au contraire toujours exact dans ses citations; mais je contesterai quelquefois les autorités sur lesquelles il s'appuie et le choix qu'il en fait ^. La passion ou le désir de justifier une opinion adoptée d'avance influent souvent sur ce choix. Ainsi , préférant Mahomet à Constantin , il rejette le témoignage des historiens grecs , passant soigneusement sous silence celui de Phranza , le plus imposant de tous , comme seul acteur dans l'événement, et finit par adopter la version de Cantemire. C'est la première fois qu'on voit préférer le témoignage d'un
• Cachons soigneusemt dans une « goeur , la confirmation de b di-
note quelques observations sur le < gnîté impériale. » On diroit que ce
quatre-vingt-onzième chap. de r£55ai fut le premier qui se soumit à cette
sur les mœurs , dans lequel l'auteur humiliante formalité. Les trois der-
Uaite de la prise de Constantinople; niers empereurs Tavoient rempUCf et
car c'est moins un récit que le déve- Jean Paléologue i^'^'rétablit pour aiasi
loppement d'une opinion dont on dire et la rendit obligatoire pour ses
cherche des preuves. !Nous faisons successeurs , en s'ollraot comme
a l'article du canon/ameux , à celui vassal au sultan Amurat , en recevant
de la prétenddc capitulation , les rc- de Bajazet l'ordre d'instalcr un juge
marques nécessaires. Mais ce cba- mahométan dans. les murs de la ca«
pitre contient encore des erreurs pilale, en obéissant à cet ordre , ea
qu'il importe derelever. L'intention payant untribut àcclui qui Iclui don-
d'écarter de Mahomet tout ce qui noit. La formalité fut reiuplic^ou/'
peut nuire à sa gloire est sensible. Constantin pendant qu'il étoitencoa-
1° Voltaire dit : « Telle fut la foi- dansi»on gouvernement, et ocsacbant
« blesse de Tempire, que Gonstan- pas qu'il succédoit ù son frère;
« \\iïfut obligé de recevoir du Turc Amurat fut d'autant plus flatté de
s Amurat ii , comme de son soi- cette démarche des miaistrcs de
HISTOIRE BU BAS-EMPIRE. 54l
homme qui fait un récit deux siècles et demi après l'événement , à ceux de quatre contemporains, acteurs ou témoins de cet événement. Il semble que ce grand écrivain sentît la faiblesse de cette autorité, quand il termine «es réflexions par celle-ci : Taboue que Démétrius Can^ ^ **"* ternir e a rapporté beaucoup de fables ; mais il ne peut ^' 7 s'être trorfipé sur les monumens modernes qu'il a vus de ses yeux. Aussi nous gardons-nous bien de nier qu'il ait vu Tunique exemplaire du livre dont il parle, et nous bornôus-nous à faire apprécier la valeur de cette autorité.
Nous avons omis à dessein une circonstance qui précéda de peu de jours celui de Tassant général , et conséquemment de la prise de la ville, parce qu'elle est racontée de tant de manières , qu'on n'a que Tembarras du choix. Le résultat de cet embarras est de faire naître le doute. Cette circonstance a quelque rapport avec Topinion de Cantemire , que nous venons de réfuter. Il s'agit d'une négociation entamée avant le siège. Laonice dit qu'elle le fut par Mahomet, qui «voulant connoitre les dispositions et les ressources des Grecs , envoya, sous
Tempire , qa'il ne «y attendait pas, ce priace fut tué dans la Joule après %^ Gonstanlinopleyàt mal dtfen- VenV'ée des ennemis. Qui soupçoodue. L'empereur^ accompagné tfun neroit daas celte mort celle de Goncardinal y suii^oit le rit romain. Il staotin s'^laoçant à travers la brèche j a plus que de l'inexactitude dani au milieu des eanenûs , et donnant la cette assertion. Représenter Gonstan- mort avant de la recevoir f 4» On tin à réglise pendant qu'il étoit à tua ijfuelifues Grecs dans le parvis de se battre , qu'il ne prenoit aucun Sainte-SopIUeyet l*onfit le reste es' repos, que lui-même faisoit réparer claves. Maliomet eut Vhumanité ou la nuit les brèclies faites le jour, la politique d'offtir aux chrétiens enfin qu'il étonnoit même Mahomet des églises pour célébrer leur culte. par son activité , c'est , disons - le Uhumanité de Mahomet cgaio un franchement, trahir la vérité ; c'est peu la narration. Gibbon a fait reparler contre les autorités que l'on marquer d'autres écarts ( chap. 78 ) cite. Gantemirc , sur lequel s'appuie du grand homme. Il le:» explique Voltaire, dit que Constaulin ie/7or« d'un mot, en disant : l'oltaire , toit partout où le danger V appelait ^ selon son usage , préjhfe les Tutvs Jaisant l'office tantôt de général^ et aux chrétiens, tantôt ds soldat. 3» Suivant Voltaire ,
54^ HISTOiaS Dtr BAfl-SMPIHS;
le titre d*ambassadear , des espions charges de fairiedej propositions à Constantin , et de prendre avec exactitude tous les renseignemens que le sultan vonloit « procurer ; et Ducas prétend que ce fut Tempereur qoi fit demander à Mahomet les conditions qu'il exigfoit pour lever le siège ^. Les autres historiens , en adoptant l'une ou l'autre version, varient dans quelques détaik, mais tous s'accordent sur le point essentiel , c'est-à-dire sur le refus de Terapereur, qui déclara préférer la mort à des couditions humiliantes. Cette négociation est li^
avec le sujet dont s'occupa le divan, d'après les ordres de Mahomet, c'est-à-dire, l'examen de la question sur laquelle il consultoit son conseil pour savoir s'il falloit lever ou continuer le siège. Le grand- visir Hali-Pacha étoit pour le premier parti; Zogano , qui désirott le f visirat , pour le second. Ce dernier, connoissant l'o- \ pinion de Mahomet 9 étoit trop bon courtisan pour en avoir une autre. Il l'emporta. Hali paya de sa vie sa franchise ou sa trahison, car on le représente comroe favorisant les Grecs et les avertissant de ce qui se passoit au divan. Nous avons même vu que le grand -dnc le dénonça. Cependant quelques historiens* prétendent que Mahomet défestoit ce ministre , qui avoît joui de la faveur ù'Amurat. Il l'accusoit même d'avoir engagé son père à remonter sur le trône. Nous croyons donc avoir des raisons suffisantes pour présenter ces faits comme douteux.
Notre intention n'est pas de suivre Mahomet dans ses conquêtes, mais de connoître le sort de l'empire grec dont nous écrivons Thistoire. Quoique la capitale soit dévastée par les barbares; quoique le chef ait trouvé
« La principale condition éloil la dyle, qui dit que de longue main
cession de Constantinople , pour la- // auoit lu dent sur lui , et. /imposé
quelle M. ihomet offroit à Constantin en son esprit de. le faire mourir,
la souvcrainclé du Pt^loponèse. Jean mars qn il avoit dissimulé jusqu'à'
Paléologue n*auroit pas refusé. lors, ( Liv. 8. ) * Entre autres. L:'onice Chaloocnn-
tous ses mines une mort glorieuse , tout n Vst pas sounis au féroce conquérant. Il reste des parties de cet .empire dont le sultan ne s^est point encore emparé. JD*ailieurs, les résultats de la prise de Constantinopie ^ne peuvent être séparés de Thistoire de cette capitale. Un coup-d'œil sur les suites de cet événement semble donc nécessaire. La chute du trône grec a dû retentir jusqu'aux extrémités de l'Europe , et faire trembler pour le leur les princes de cette partie du monde.
Un exposé rapide de la conduite de Mahomet immédiatement après la prise de Constantinopie prouve que 'agrandissement de sa puissance et Téclat de sa gloire Orent le mobile de ses actions. Tontes tendent vers ce ^ut, auquel tout fut sacrifié. Si quelques-unes, en très- ^tit nombre'^, paroissent louables en elles-mêmes , on te tarde pas à découvrir un motif d'intérêt. Suivons sa Harche tant qu'elle a pour objet de consommer la ruine le Tempire, ou de disposer de ses débris.
Cinq jours après son entrée dans la capitale, il visita Ducas, c. oralata, et fit faire le dénombrement de ses habitans.^^' Da trouva plusieurs maisons fermées, dont les maîtres, poar plus de sâreté , s'étoient embarqués pour Gênes. [1 ordonna que les portes en seroient ouvertes , et*qu*on dresseroit un inventaire des meubles, déclarant que , li les propriétaires revenoient dans un délai de trois mois, ils leur seroient rendus. Passé ce terme, ils dévoient être confisqués *.
^ Tels furcDt l'abandon qu'il fit louer. Celui qui admiroit les actions
M^» Grecs de plusieurs églises pour d'Alexandre songeoit aux moyens de
la célébration de leur culte et l'em* transmettre à la postérité le souvenir
ploî de quelques chrétiens. Le prc- des conquêtes de Mahomet. mier acte aToit pour motif la néces- * Galata passoit pour une ville ,
lité d'arrêter in désertion et de tant les empereurs grecs avoient
rappeler ceux qui s'exiloient ; le laissé les Génois s'agrandir. Après
second , l'intérêt de son administra* la prise de la capitale , elle resta
lion et celui de sa gloire. Les Turcs, peuplée en jurande partit), iandis
en générai, étoient fort mauvais ad- que Constantinopie fut pendant
ninislrateurs , et , quoique hum- quelque temps entièrement dé-
blcmcnt soumis^ ne savoient pas sertc.
peJ'C
544 illSTOIRE BU BÀS-EHPI&È.
Il fit démolir tontes' les fortifications de cette ville', même les murailles , profitant des leçons que tes Gén(m avoient données aux Paléologues, qui laissèrent élever près d'eux puissance contre puissance.
Il ordonna qu'on préparât de la chaux en quantité suffisante pour réparer les murs de Const£*ntinople; ensuite il s'occupa des moyens de renouveler la population de cette capitale, ou plutôt d'y en mettre une, car l'ancienne avoit entièrement disparu. Le premier et le plus efficace étoit de tolérer la religion des Grecs, car, en leur enlevant leur patrie, leur liberté, leurs princes, il sentoit qu'il falloit leur laisser plus que la vie.
Ce qui le distingue , et l'un des traits les plus remarquables de sa politique^ est la conduite qu'il tintdaus cette occasion. C'est dans cette conduite qu'on voit éminemment briller la prudence , l'adresse , la dissimulation , le génie calculateur de l'homme puissant qui, voyant qu'il ne parviendra point par la force au but qu'il se propose , y substitue l'artifice et la ruse. Comme Mahomet ne mérite pas moins notre attention sous ce rapport que sous celui de ses conquêtes , et qu'il est curieux d'observer comment le moins flexible des hommes sait devenir souple à propos, nous allons offrir les détails qui nous ont été transmis par les contemporains. Nous les prenons dans un historien moderne non suspect.
« Le sultan étant extrêmement adroit, ne voulant
^ Les Génois de Galata obtiarent
de MaliOinct une cupilulatioa. Le
iurmulaire dont il t:e servit se trouve
dans l'ouvrage instructif et agréable
publié par M. Fertuhicr sous le titre
\{c Promenades pittoresques de Con-
biantinople. Voici ce formulaire :
« Je jure par Dieu ^ qui a créé ic
«i ciel et la terre , par notre grand
1 propbèle Moubamed , i)ar les sept
- li\r<«!« des lois que nous reconnois-
« 8OQ8 , par les âmes des cent vingta quatre mille prophètes , p:tr b « vérité de la religion que je prom fesse , par Tâme du feu empereur, « mon père, el par la mienne, dr « ne porter aucun prujudicc à t(>i<> a les Géooi» et Galaliotes, ni aui a endroits de leur dépendance, ni > m leurs princes , seigneurs et jn- «mats. » Promenad. pittor. t. ■• p. 3o3.
BtSTOTRE DU BAS-EMPIRE. 5/|5
pas perdre avec les chrétiens les principales forces et Matmiourg, le plus grand revenu de son nouvel empire, fit \m ju schisme trait de politique très- habile pour les rassurer, eû^"^'*^'* leur faisant voir qu'il les vouloit traiter très- favora* blement , en bon maître , et leur laisser Texei^cice libre de leur religion. Car, ayant appris que le siège patriarchal étoit vacant, par la renonciation volontaire de Grégoire, protosy ncèle , qui s' étoit retiré à Rome, il voulut qu'il y en eût un; et aussi pour agir d'abord en'empereur , il ordonna qu'il se fît à la manière accoutumée sous les derniers princes. II fit assembler quelques évéques qui se trouvèrent alors aux environs de Gonstantinople, avec si peu d'ecclésiastiques qui y ëtoient restés, et les principaux d'entre les bourgeois. Ceux-ci élurent, selon ses ordres, le célèbre sénateur George Scholarius, celui-là même qui s'étoit déclaré si hautement pour la foi catholique au concile de Florence <* , et que Mahomet, qui aimoit les habiles gens , avoit épargné quand il fit mourir tant de personnes de qualité, ayant su que c'étoit le plus savant et le plus éloquent de tous les Grecs ^. Il fut donc choisi sous le nom de Gennadius ^ et le sultan <t voulut observer en cette occasion toutes les mêmes u cérémonies que les empereurs de Constantir^ople gar- « doienten installant les patriarches. AussitAt l'élection , «c on conduisit Gennadius, par l'ordre de Mahomet , en «c grande pompe au palais, où le sultan le reçut avec
m toutes sortes d'honneurs et de témoignages de bien-
« J'ignore pourquoi le père Maim- pas que la religion des Grecs et celle
bourg n'ajoute pas, ce/£it-/^ même ^lii des Latins étoient deux religions ea<
se rétracta cl fit rétracter les Grecs; tièrement diOercute^i ? circonstance qui probablement ne * Cet amour de Mahomet pour
fut pas oubliée de Mahomet. Le ceux qui peuvent trans nt-ttre le récit
choix de Gennadius montre la tac- des actions des princes prouve qu'il
tique du sultan donnant au peuple n'étoit pas îndifl'érent dur la ma-
un homme qui devoit ne plaire niére dont on parleroit des siennes.
m'ou peuple. Quand le père Maim* Mais tous ces meurtres , crojoit-ii
bourg parle de la Joi ^ ne diroit-on qu'on lc5 passcroit sous silence?
H12)T. DU BAS-OLP. TOH. XII. 35
S/fG HISTOIRE DU BÀ8-1KPI&1.
« veillance, le faisant même manger à sa table^ 8*entK« « tenant longtemps avec lui, comme sHI eût ëtë le plm « intime de ses confîdens. Après quoi, Tayant mené « dans la grand'salle , il lui mit en cérémonie le bâtoa « pastoral entre les mains, en préselice des Turcs et dei « chrétiens accourus à un spectacle aussi surprenant que <c celui où Ton voit le sultan, ennemi mortel du christiaff nisme, donner Tinvestiture du patriarchat de Con- « stnntinople, et remettre lui-même la crosse. Il fit plos; « car, quoique le nouveau patriarche fît tout ce qu^il put « pour s'y opposer, alléguant l'exemple des empereurs M grecs qui n'avoient jamais porté la bonté et la civilité « si loin, il le voulut conduire jusqu'à la porte du paie lais, où , l'ayant fait monter sur le plus beauche\alde « son écurie, superbement enharnaché de satin blanc « tout brodé d'or, il ordonna à tous ses visirs et à ses « pachas de l'accompagner, comme ils firent , en mar* « chant en bel ordre, à pied , les uns devant et les autres « après lui , dans une longue et superbe suite, au tra- «( vers de toute la ville, jusqu'à la célèbre église des « douze ApAtres, qu'il lui avait assignée pour être sa « patriarchnle , au lieu de celle de Sainte-Sophie, dont « il avoit fait la grande mosquée. Il l'alla même visittr « quelques jours après dans le nouveau palais patriar- « chai, et là il le pria de lui expliquer les principaux « points de la religion chrétienne; ce que ce graïul « homme fit avec tant de jugement , de force , de netteit^ « et tant d'approbation ^ du sultan, qu'il en voulut «f avoir Texposilion par écrit , qui se \oit encore aujour- « d'hui en grec, en latin et en arabe demi-turc. Voilà « ce que fit cet habile prince pour obliger les chrétiens « grecs à supporter plus doucement un jong qu'ils ne « trouvoiont pas si dur qu'ils l'ont depuis expérimenté » jusqu'à maintenant. »
" CVsr dans cck traits de pntîcncc fougueux et du moins patîcot de» que ftC montre rtiubilclu du plut coQ(]ut*rani.
HISTOIRE OU BAS-EMPtnt. 5/|^
Ces (kMnils curieux prouvent que Mahomet savoit comment il falloit s'y prendre pour gouverner les hommes, et -que, s'il connoissoit l'art funeste de iU^ truire les empires et de renverser Tëdifice social, il n'é* toit rien moins qu'étranger a celui de le reconstruire. GVst ici le^liou de faire remarquer la grande dilTérehce qui se trouve entre Ie5 récits des historiens grecs et ceux des historiens latins, lorsqu'il est question du conquC'* rant. Les premiers, tout en laissant échapper l'expression du ressentiment , de l'indignation , d'une douleur amère, racontent des faits à la gloire de leur mortel enncnti. Les seconds, ou lui donnent des loua0Î^*s évi« demment dénuées de fondement, ou le chargent sans preuve <«.
Après avoir installé le patriarche de CoffStantinoplei il permit le rétablissement de plusieurs autres métropo« litairis. Il di faire par ses cadis des règlemens , pour autoriser et protéger le culte des chrétiens. A mesure qu'il s'emparoit dHine ville grecque, il en tiroit des familles chrétiennes qu'il envoyoit h Constantinople. Les moines €lu mont Athos conservèrent leurs privilèges.
Mahomet ne pouvoit goûter dans une ville inhabitée « et qui n'avoit Tair que d'un vaste et lugubre tombeau ^ les honneurs du triomphe. Il quitta donc Constantinople, dans laquelle il n'auroit eu que sc!S propres sol* dats pour témoins de sa gloire. Après avoir pris les mesures nécessaires pour changer la face de cette capi-
* Ti'l rjit le fameux «crment de qu'il avoit h'icn âvn purifiralianf à
ne prendre ni rvpnn ni repos qu'il l'iiirc' quand , û la lôt<; dt; don année,
n'ait extermine la relijîion clir«!- il en rencontroil une dr H<>ixanl«
lîenue; Nennent qu'il viololt chaque mille chréiienH. l/e m-uI Isidore rap-
jour par leu priviU'pi'H qu'il accordoit porte ce l'ai» ; telle est eiiiin la mort
aux chrétifMUi. (3e fait ne le trouve d'Irène, dont il auroit abattu la f£te
que danM le» Annale<t «Ju continua* devant ses j:ini)4>airfs. O trait rfc M
' l«ur de Baroniurt : telle c»t encore trouve c{\%v (inn>i\rê Nôuuellesi^alau'
ratiiuliun qu'il fainoit toutes li^» fuis fe.9 du dominicain Handelli, Italien ,
qu'il renconlroil un chrétien , parce qui vivoit dans le »(i/.iime ««ièele.
qu'il Mc eroyoit souillé ; ce qui a fuit C'eut là que nos hiiloriens Toot
dite k M. Guillct , son historié ti , prise*
548 HISTOI&E DU BAS^XMPttt/ '
taie et la faire renaître de 9^ cendres , il prit , le 18 jwtk 1453, la route d'Andrinople y emmenant sur des dia^ riots les dames de la noblesse grecque qu'il a^oit rachetées ; traînant des esclaves, et tout ce qui pouvoit contribuer à Téclat d'une pompe triomphale. Dès qu'ils le surent d^ retour dans cette capitale ( qui dei«nt bientAl cesser de l'être ) , les princes grecs se rendirent en pe^ sonnes auprès de lui, n'osant pas lui envoyer des ambassadeurs, parce que ce seroit supposer la prétention de traiter de puissance à puissance avec un conquérant qni ne reconnoissoit que la sienne Mahomet les reçut assis sur un trône trèsnélevé , tandis qu'ils étoient debout et dans une attitude respectueuse , attendant ses ordres en tremblant. Il ne tarda point à faire connoître ses intentions. Ce fut d'imposer au prince de Servie un tribut de douze mille écus par an ; de six mille à celui de l'tle de Chio, de trois mille au souverain de Lesbos , enfin de dix mille au despote de la Morée, ainsi qu'à V empereur de Trébisonde, avec l'obligation, pour ces deux derniers , de se présenter eux-mêmes tous les ans pour rendre hommage an sultan. Tous les petits princes voisins de la mer eurent le même devoir à remplir, probablement parce que la position de leurs états leur donnoit plus de facilité qu^aux autres pour échapper à sa puissance. Telles furent les conditions sous lesquelles il les laissa vivre et régner provisoirement , et jusqu'à ce qu'il lui convînt de confisquer leur trône. Il commença par le prince de Servie , à qui , Tannée suivai^e , il tint ce
* Ducas s'exprime sur cette dé- « avec quel cœur , avec quel front et
marche avec une indignation d'au- « avec quelle bouche y venoient-ils !
tant plus singulière, qu'en i454 il «Ils agissoient en cela contre leur
fut envoyé de Lesbos pour payer le t inclination ; mais enfin ils se pro»*
tribut à Mahomet, qu'il salua^ selon « ternoient devant lui et lui offroieiit
la coutume, en lui baisant la main. « des présens » ! Quand Ducas viat
« Les princes chrétiens, dit-il^ ne- à son tour, ce fut probablement
« noient , soit de près , soit de loin, contre son inclination. ( f^a»; ck 4»
« lui témoigner la joie qu'ils avoicnt et 440 ^« de 6a victoire. Avec quel esprit ,
HISTOIRE DU BÀS-EICPIRE. 54^
langage : « L'ëtat où vous régnez n'est point à vous, et « ne vous vient point de la succession de votre père. Il « est à Etienne, fils de Lazare, et par conséquent à rooi. « Sortez - en donc promptement ». Pour réfuter une logique aussi pressante, ilfalloit une armée de cent mille hommes. Le prince, qui ne Tavoit pas, se réfugia dans la Hongrie. Mahomet entra dans la Servie, la ravagea « et fit partir de ce pays quatre mille familles pour repeu* pler les bourgs des environs de la capitale.
Les Turcs s'emparèrent ensuite du duché d'Athènes. Av. i45S* Démétrius et Thomas,, frères de Constantin , se firent la "
guerre, au lieu de se réunir contre celui qui devoit finir par les dépouiller tous les deux. Mahomet en profita pour entrer dans la Morée. Démétrius eut la^ lâcheté de joindre ses troupes aux siennes pour tomber sur son frère, qui se réfugia en Italie. Il reçut le prix qneméritoit sa conduite. Le sultan lui dit qu'il étoit trop foible pour conserver le Péloponèse, qu'il devoit songer à passer le reste de ses jours dans la tranquillité. Ce con*seil charitable fut terminé par la demande de sa fille , célèbre pour sa beauté. Démétrius obéit , et livra sa fille et ses états. Mahomet, devenu son gendre,, lui fit ua apanage dans la Thrace.
L'invasion de la principauté de Sinope suivit de près celle de la Morée. Ce pays étoit riche en productions de toute espèce , et particulièrement en mines de cuivre* Il garantissoit le petit empire de Trébisonde^ dont le tour étoit arrivé. David Comnène , après quelque résistance , consentit à remettre son empire au vainqueur. Jjcs conditions étoient que Mahomet épouseroit Taînée de ses filles , et lui accorderoit un revenu égal à celui dont il jouissoit. Ces conditions étant acceptées, Comnène se rendit à Constantinople avec sa nombreuse famille , sur la foi des traités. Le sultan , en prenant possession de Trébisonde, en divisa la population en trois parties. Les jeunes gens de l'un et de Tautre sexe furent
55o HISTOIRE DU BÀ8-KUPIA1.
le lot du conquérant : oné des deux autres portions fut expatriée; et la troisième, coraposëô du bas peuple, reléguée dans les faubonrgs de la ville, dont le centre fut donné aux nmsulmans. Quant à Gomnène, il apprit bientôt la valeur des promesses de Mahomet. Au moyen d'une correspondance feinte entre ce prince et le roi de Perse, il fut condamné à mort, et ses eufans furent immolés avec lui ^.
La conquête de la Yalachie coûta plus à ce sultan par la résistance du vaivode , qui , dans sa défense , employa les armes dont se servoit le vainqueur; c'est-à-dire la •cruauté, Mahomet faisoit impitoyablement empaler tous ceux qui lui résistoient et qui tomboient entre ses mains. Il avoit député vers Usadus, prince des Valaques, des envoyés pour en réclamer le tribut, auquel il l'avoit arbitrairement condamné. Ces envoyés, n'ayant pas voulu se découvrir , parce que c'étoit contre la dignité d'un musulman, Usadus leur dit que, puisque ce cérémonial leurdéplaisoit, il alloit les en dispenser pour toujours. Il leur fit clouer leur turban sur la tête. Mahomet, furieux, envoya des troupes qui furent battues, et le féroce vaîvode fit empaler tous ceux qui tombèrent entre ses mains *. Le sultan parut à la tête de cent cinquante mille houïmes; mais Usadus, après avoir ravagé son propre pays, détruit les troupeaux, les maisons, et fait retirer ses sujets dans les bois, se plaça dans des lieux inaccessibles, de manière que les Turcs se trouvèrent dans un désert. Mahomet , accoutumé à voir tout ployer devant lui, n'abandonna point son entreprise. Il finit par s'emparer de la Valachie.
* Ducange assure que toute la fa- *. Ce prince sanguinaire fit mourir
mille des Cooimène fut exterminée, de ce supplice six mille de ses sujets
Sous Louis XV , un capitaine de ca- pour une bagatelle. Son peuple io
Valérie, appelé DéniétriusComnène, nomma Cazîkla ( faiseur de pieux }•
«I publié un mémoire dans lequel il 11 faut avouer que les Valaquet
prétend descendre d*un des cnfana avoicnt l'esprit bien fait, de Pavid»
niSTOIKE BU BAS-EMPIRE. 55l
Nicolas Gatéliisio avoit usurpé sur son frère Dominique la principauté de Lesbos. Mahomet , qui faisoit la police chez les autres, prit la défense du prince dépouillé de ses états ; et , moitié force , moitié ruse , réussit à s'emparer de l'île. Pour mettre d'accord les deux frères et s'approprier leur bien , il leur donna l'ordre de venir à sa cour , et les accusa tous les deux d'avoir converti un Turc au christianisme. Avec Mahomet une
accusation n'avoit jamais besoin de preuves « quand elle convenoit à ses intérêts; mais Dominique et Nicolas se justifièrent complètement en offrant de se faire circoncire et d'embrasser l'islamisme , offre qui ne pouvoit jamais être repoussée d'après la loi du grand-prophète. Ils ne firent cependant que retarder leur mort. Le sultan, quelques jours après l'opération, et pendant qu'ils étoient dans la plus grande sécurité, les fit prendre et jeter dans un cachot, où bientôt ils furent étranglés ^«
La conquête de la Bosnie et la prise d'Argos, qui appartenoit aux Vénitiens, suivirent de près la confiscation de Lesbos. L'île de Négrepont fut enlevée aux mêmes. Enfin l'invasion del'Acarnanie et de la Crimée achevèrent la réunion des parties de l'empire grec situées sur le continent. La conquête des îles de TArchipel ne fut consommée que sous les successeurs de Mahomet.
Il seroit peut-être de notre devoir de dire un mot sur les dernières années de ce fameux conquérant , qui mourut vieux ^ à cinquante-un ans, le 3 mai i48i. Mais le lecteur y gagnera , si nous laissons parler un de nos meilleurs historiens qui vécut de son temps, et qui , dans le nôtre , n'a rien perdu de son mérite : c'est Comînes. Voici le langage qu'il tient sur Mahomet ii : « 11 étoit sage et vaillant prince ^ , plus usant de sens et
« Laonice ne dît point pour quel * Mém. de Pbîl. de Cominct, délit , ou sous quel prétcxte.*( Uist. liv. G , t, i, p. 44^» édit. de Godc« des Turcs, U?. lo. } froj.
55a «isToïKE or bis-empirb.
'•• de caulellc que de vaillance et h^irdicsse. Il prit CoH' <■ «tniiliiiuplc. C<- lut iiiic grande honte à tous les chrt^- ! " lieiii de la laisser perdre, II la prit d'assaul ; et fui tué ■• â U lirèrhe l'empereur Conslanlin. J'ai ouï dire qu'il " avoil conquis deux empires , quatre royaumes et deux u cents cités.,.. I.<<1 pluspnrt de ses œuvres, il les condui- •' soit de lui et de son sens.... Quant aux plaisirs du « monde, ce Turc en a pria à cœur saoul. En nul vice ■ île la rhair ne faillnït , ne d'être gourmand outre nie* •' sure. Aussi les maladies lui sont venues lût et selon la * vie; car il lui pril nue enflure de jambes auxquelles « jamais t:hirurgien ne sçut entendre ce que c'otoil. Mail « bien disuit-on que la gourmandise y aidoit bien. Et •• ce qu'il se laissoit si peu voir et se tenoit tant clos en " son chariot, cloit à fin qu'on ne le connût si défait. « Il fil testament , lequel j'ai veu , et fil conscience d'un - inipAl que nouvellement il avoit mis sur ses su- « jets. Or , regardez que doit faire un prince chrétien, « qui n'a aulhorifd fondée en rien, de rien imposer, t saps le congé et permission de son peuple ! »