ET VALE^T1N1EM II
des Goths succédait à rarchilecture pure et no* ble des Grecs.
Graden^ forcé de combattre les Allemands, vidoirede marcha rapidement contr'eux, secmidé par Tar- i«riuêdeur du viillant Mellobaude, roi des f^rancs, qui éiait à la fois son allié et comte de ses domestiques. En vain Naniénus, général roiDain, conseillait de temporiser; Tempereur ordonna la bataille. Friarius, roi des ÂllemaQds , ne se montrait pasi moins impétueux. Les deux ar-^ juées /également pressées de combattre, se joi^ gnirent dans la plaine de Golmar^ Après une opiniâtre résistance, la tactique romaine l'em** porta sur la valeur allemande; les Barbares fu* rent enfoncés, poursuivis, massacrés. Ginq mille seuls échappèrent à la mort.
Friarius évita par un trépas glorieux le ressentiment de ses peuples, toujours soumis à leurs rois vainqueurs, toujours inflexibles pour eux lorsqu'ils étaient vaincus.
Après ce triomphe éclatant, l'empereur se mit en marche pour secourir Yalens, traversti^ le Rhin, rencontra sur sa route une autre ar^ mée d'Allemands, les battit de poste en po^te^ et les contraignit à lui demander la paix et à lui donner des otages.
Dans cette campagne , Gratien , âgé de dixneuf ans, déploya les talens d'un général et l'intrépidité d'un soldat. Il exposait sa personne sans
Ittbk dit ticti* Valentini^ w / gonverv It ironipft Teitipercurpar ^^« rapport, pn^vint sei ordres par le» conseils d( tlt périr à Cttrlhttge rUlustre Théod mottde romain pleura ce h^ros, qu plAtîèrenl au rang des dieux. Gratis iVIaIi^ I prouva son inspentir, et ex • t^rlm^i en assot^iaul sans crainte i ' lUs d^î t^ii mèmtè Thëodose. Maxin/ \^u\u l^mir ^i t&nssinglanter le i ùj ip^mp^i^W^ <^dmwi«c^luî de son pè <i)i^démtté> ^t (verdit U vie. Ce iwï4>àVt<^ d<^ <^ t<^mp$> c'e^ que d<s^ ji*Htto^> k Tiiu^ d« « :siècle .
ïH^l «fï<kHiK*r U ï>eoôn«wtfeMiW5e du <^ OixïOftiwiM «qw* déJ«^Wttuis k
\je principal mÎTiTstre d^, Gra:
<'hiis, dernier de^^Tîàant de 1; pronia; ohrélien trop z*Uc^ il fi* 1 ompepewr^n abftUant bewocou il no porsécula point le* idolâtv
L'empereur prot éçea dans la ' el lesmullipHa; mais^anmnioir ei pour les arts no put empécl du ç^oxn : on tîi dans Iç^s écri cours, raffeelalion el IVniflun (jante simplicité , comme l'arc
le commandant
réstsier à. une
'le de le suivre ,
limoin du com^-
il : Mavia^ rem-
le soldat y anima
exemple , qu'ils
s poursuivirent
iiliére semblait
ce commandant
:nent de l'affront
milieu des deux
répide et fidèle^
vaincus^ couvre
néral d'Orient.
de la reine , lui
:'da , en exigeant
ans ses États un
, qu'elle fit évê-
(lansPharan^ et^
'ans Talliance des
prit pour gendre
le comte Victor.
leur d'Orient lui
que ses fautes en
out homme faible
i étrange contraste
imait Yalens et sa
telles la crainte le
3^4 VALEN5, GRAÎlEIf
ménagement ; les gardes qui rentotiraiént itHvinrent souvent de la mêlée avec leurs armes brisées et couverts de nobles blessures. Diçraiie Tandis qu'il parcourait tant de pays en vainqueur, répandant sur 1 empire d Occident la gloire acquise par ses exploits^ et qu^il s^attirait les éloges qu'autrefois les armées y le sénat et le peuple accordaient aux empereurs triomphans ', Valens y regardé comme Fauteur des mau?; , de la honte et de la ruine de l'empire d'Orient , était accueilli à Gonstantinople par des mur- . mures qu'un long usage de servitude ne pouvait contenir. On lui reprochait les succès des Perses, là perte de l'Arménie et les ravages des Isàtire$< Expioiu Une femme même défit ses armées. M avia , Ro- Havia. maine , enlevée dans son enfance par les Sarra-^ sins, devint d'abord esclave y eitsfuite maîtresse, et peu de temps après femme d'un roi d'Éthîopie, Obédîn , prince de Pharan , qui signala son règne en battant l«s Bléminges.
Après la mort de son époux , Mavia hérita de son trône , commanda elk-même les troupes > et déclal!*a la guerre aux Romains. Cette nouvelle Zénobie envahit la Palestine, la Phénicie, rehaporte une victoire sur le gouverneur de ces provinces , poursuit ses succès , et porte ses armes jusqu'aux frontières d'Egypte.
Le général qui commandait en chef les légions de l'Orient réunit toutes ses troupes , marche
£T yALE^TlNIEIf II. SsS
eq^ti*e la reine ; et ^ pour punir le comittandant de Phénicien qui n'avait pii résister à, une femme ^ il le dégrade ^ lui ordonne de le suivre , çt de rester , sans combattre ^ témoin du com«bat. La fortune châtia cet orgueil : Mavia, remplissant le devoir de général et de soldat , anima tellement ses Africains par son exemple, qu'ils enfoncèriçnt les Romaines , et les poursuivirent si vivement que leur perte entière semblait inévitable , quand tout à coup ce commandant de Fhénicie , se vengeant noblement de Taff'ront qu'il avait reçu , s'élance au milieu des deux armées, suivi d'une troupe intrépide et fidèle^ arrête les vainqueurs, rallie les vaincus, couvre la retraite , et sauve ainsi le général d'Orient.
Valens , effrayé des succès de la reine , lui demanda la paix : Mavia l'accorda , en exigeant c|u'on lui permit d'emmener dans ses États un pieux solitaire,, nommé Moïse, qu'elle fit évé-* que. Moïse détruisit l'idolâtrie dans Pharan , et, par son influence , maintint dans Talliance des Romains la reine Mavia , qui prit pour gendre un des généraux de Valens , le comte Victor.
L'administration de l'empereur d'Orient lui faisait encore plus d'ennemis que ses fautes en politique et que ses revers^ Tout homme faible est inconséquent : il existait un étrange contraste entre les principes que proclamait Valens et sa conduite ; les cruautés auxquelles la crainte le
526 YALËNSy 6KATIEN
porta étaient d'autant plus odieuses qu'elles s'accordaient moins arec ces belles paroles qu'on citait de lui : ce C'est à 1^ peste et aux autres » fléaux de la nature à détruire les hommes^ » et aux princes à les conserver. »
Proscrip- Trois devins ayant prédit que le nom de
tion occa- , ni
sioDéepar gou successcur commencerait par ces syllabes, tion. iheba , un secrétaire de 1 empereur , qui s appelait Théodose , trompé par ce présage , conspira, et périt avec ses coiïiplices.Âlors la rigueur de Valens contre les devins et les sorciers re-* doubla* Pour perdre ceux qu'oa baissait, il suffisait de les accuser de magie. Héliodore, ancien vendeur de marée et impudent délateur, prit un funeste crédit sur l'espri t de l'empereur , dont il corrigeait, dit-on, les lettres et lesbarangueSi Cet infâme favori fit périr plus de pa-* triciens qu'une invasion de Barbares n'aurait pu en moissonner. Dénoncés par lui, les plusopulens succombèrent; les pbilosopbes étaient envoyés au supplice comme sorciers ; Maxime , l'ancien ami de Julien , fut la première de ces victimes.
Tous les citoyens dont le nom commençait par les lettres tkéod furent mis à mort , et , par un sort étrange , le seul qui écbappa à cette persécution fut Théodose , qui remplaça Valens sur le trône d'Orient.
Au milieu de ces proscriptions , on vit briller
ET VALEIlTlNIEÎf lï. $2J
quelques^antiques vertu»; saint Basile protégea les opprimés^ secourut les malheureux, et résista fermement aux lieutenans de rémpereur. Comme l'un d'eux le menàçatt , il lui répondit : « Que puis-je craindre ? la fierté de mes bieiis? .») je ne possède que mes vétemens et quelques }} livres. En voulez-vous à ma vie ? je n'estime >} que la vie éternelle. M'annoncez- vous^ l'exil ? M ma patrie est partout où Dieu est adoré. » w Mais, dit le gouverneur, personne ne m*a » jamais bravé ainsi ! » « C'est sans doute , re- » prit B^Ile^ parce que , jusqu'à présent, vous I) n'ayez pas rencontré d'évêques. »
La haine que la tyrannie de Yalens inspirait aux habitans d'Ântioche était si forte , que presque tous l'exprimaient par cette imprécation : w Puisse Valens être brûlé vif 1 »
L'empereur , détesté en Syrie , méprisé à Marcbo de
. Valens con-
Constantinople , blessé des reproches et des sar- tre ie« Barcasmes du peuple , et jaloux de la gloire de Gratien, sortit de sa timidité habituelle ; et , comme c'est le propre de la faiblesse , il passa subitement de l'excès de la circonspection à celui de la témérité. Informé d'un succès remporté par Sébastien , maître général de l'infanterie , contre un corps de Goths qu'il avait surpris et taillés en pièces, il voulut présomptueusement, sans attendre Gratien, attaquer la redoutable armée des Barbares.
528 YALENS, GRATIEN
Vainement Victor, Trajan , ettouslesgénéranx expérimentés /voulaient le détourner de ce dessein, en lui représentant que la défaite de Tennemi était certaine , si Ton attendait les légions victorieuses de l'Ocïfcident , et qu'en voulant au contraire vaincre seul, il comipromettait l'armée et l'empire. Les courtisans , flattant la vanité du prince, lui persuadèrent qu'il ne fallait point partager la gloire de ce triomphe avec un collègue; l'orgueil l'emporta sur la prudence*
Valens, à la tête de son armée , vint camper sous Andrinople, près des Barbares* Fritigeme , pour se donner le temps de réunir ses forces , envoie au camp romain un prêtre chrétien, chargé d'exposer à l'empereur les griefs des Goths et de lui offrir la paix.
Les généraux: conseillent encore de négocier; dans ce moment Ricomer arrive et annonce l'approche des légions triomphantes de l'Occident. Valens , aveuglé par la jalousie , semble moins craindre la possibilité d'une défaite que le partage d'un triomphe.
Victoire Le 9 août 678, il fait prendre les armes, sort sur ictRo. du camp, et marche si précipitamment avec sa cavalerie , qu'elle se trouve en face de l'ennemi avant que l'infanterie ait pu la joindre. Les soldats , fatigués par l'excès de la chaleur et par une i^arche rapide, se forment lentement. Au mo-^ fnent où le signal du combat est donné, Friti-
ET TALENTINIEir II. 329
gerne^ feignant la crainte , trompe Valens par des offres de soumission ^ gagne quelques heures, et achève, parce retard , d'épuiser les forces des Romains, exposés aux tourmens de la faim et aux ardeurs d'un soleil brûlant. Enfin , à l'instant où le comte des domestiques s'avançait vers le camp ennemi pour conclure le traité , Fritigerne, voyant descendre des montagnes les escadrons de Saphraxetd'Alathée, ses alliés, dont il attendait impatiemment l'arrivée, cesse de feindre, et commence l'attaque. La cavalerie romaine, surprise , est chargée de front et en flancs ; elle prend la fuite. L'infanterie, privée de son appui, se voit resserrée sur un terrain étroit où toute manœuvre devient impossible. Sa masse résiste quelque temps au grand nombre de Barbares qui l'entourent; mais enfin elle est entamée , écrasée , et les Goths en font un carnage affreux.
Yalens , blessé , voyant tomber àses pieds toute Mon sa garde, court rejoindre deux légions qui combattaient encore intrépidement et se retiraient en ordre; mais une nuée innombrable d'ennemis les enveloppe bientôt : les généraux Victor et Trajan, ayant rallié quelques cohortes d'élite, s'éqrient : « Si nous he sauvons l'empereur, tout » est perdu ! » Ils s'élancent au milieu des Barbares, renversent tout ce qui s'oppose à leur passage, mais arrivent trop tard pour secourir
35o VALf»S, GRATIGN
les deux braves légions que venait d'accabler toute Farmée ennemie. Us ne trouvèrent sur le champ de bataille qu'un monceau de cadavres sanglanSy parmi lesquels on ne put découvrir celui de l'empereur.
Quelque temps après ^ on raconta que ce prince^ transporté par des paysans dans une ca«« banè , s'y était vu dé nouveau attaqué par des Barbares y qui^ las de son opiniâtre résistance , mirent le feu à la chaumière. Un jeune Romain , qui s'échappa seul de ce désastre ^ apprit aux Goths que l'empereur venait de périr dans les flammes^ accomplissant ainsi le vœu funeste des habitans d'Antioche.
La victoire des Goths fut complète, et Ton compara la défaite d'Andrinople à celle de Cannes. Les Romains perdirent deux maîtres gêné*raux, deuxgrands-officiers et trente-cioq tribuns. Le général Sébastien , qui avait conseillé le com-bat, paya cette imprudence de sa vie. Quarante mille hommes restèrent sur le champde bataille. Victor et Ricomer sauverait par leur courage un tiers de l'armée vaincue.
Libanius, l'ancien ami de Julien, l'appui des philosophes qu'on persécutait, le soutien du polythéisme qu'on détruisait, ne démentit point son caractère dans ce grand désastre. Pour relever l'honneur de sa patrie vaincue , il célébra dans un discours éloquent la mémoire des quarante
ET VALEKTINIEII II. 53 1
mille Romains tombés dans cette fatale journée, et fît le panégyrique de l'empereur , qui , par une mort coui^geuse, venait en quelque sorte de réparer la honte de sa vie.
Les Goths, vainqueurs, croient, après avoir sifgea^Ananéanti Tarmée , renverser facilement l'empire j l'wSotiS*/ ils forment le siège d'Ândrinople : de lâches transfuges leur promettent de leur livrer la ville, et s'y introduisent. Leur tirahison est découverte et punie. Fritigerne cherche en vain à détour^ ner ses guerriers du dessein de prendre d'assaut une ville si forte. Les Barbares méprisent ses conseils , ils s'élancent avec impétuosité sur lès murailles ; le courage des habitans les repousse : une pierre énorme, lancée du haut des remparts , écrase un grand nombre de Goths. Ils sont frappés d'épouvante, leu^s chefs lés ramènent au combat. Le désir de délivrer leurs femmes et leurs enfans retenus en otages , et l'espoir dte piller lés trésors de Valens , enflamment leur ardeur : on recommence l'assaut avec fureur j mais après de longs , d'inutiles et de sangkns efforts, renversés, écrasés, ils s'éloignent et se repentent tardivement de n'avoir point écouté les avis du sage Fritigerne,
Ce général marche à leur tête sur Gonstanti-^ d^^ou*-
" ^ ^ mentdeDo-
nople , espérant que la surprise et la terreur lui "i'^i^i en ouvriront les portes ; il dévaste les environs Vaicw. de la ville , où régnait cette constellation^ pré-
532 YALENS, GRAT1£N
sage ordinaire de la chute des États. Une femme sauva Tempire. ,
Dominiça^ veuve de Yalens^ au milieu de rabattement universel , montre seule un courage romain : elle arme les habitans, les rassure^ et leur prodigue ses trésors. Son exemple réveille les braves et fait rougir les lâches. Un corps auxiliaire de Sarrasins se trouvait alors à Cpnstantinople; Dominica les fait sortir de la ville; leur nombreuse et vaillante cavalerie charge les Goths et les étonne par l'impétuosité de son attaque. Ces féroces Sarrasins poussaient des cris lugubres : dédaignant les armes qui fmppent de loin^ ils ne se présentaient au combat armés que d'un poignard ; altérés do sang , ils buvaient celui de leurs ennemis terrassés. Cette troupe furieuse répandit l'épouvante dans l'armée de Fritigeme.
Vengeance Les Goths prircut la fuite , et portèrent toutes Juie», leurs forces en Illyrie; les Romains se vengèrent par un crime atrocede la défaite d'Andrinople : le comte Jules , gouverneur d'Asie , fit massacrer tous les enfans que les Visigoths avaient laissés en otages^ dans le temps du traité conclu avec Yalens. Cet acte d'une lâche férocité ac-^ crut la fureur des Barbares et les malheurs de l'empire.
Ravage doe Lcs Sarmatcs . les Quades. les Marcomans,
Sarbares. ' ^ '
les Huns , les Alains, réunis aux Goths par la
ET VALENTJKIKN II. 3dD
même haine contre Rome, par la même soif du sang^ par le même amour du pillage^ ravagèrent, dépeuplèrent, dévastèrent la Thraee, la Macédoine , la Dacie , la Moesie et une partie de la Pannônie; on brûlait les bois, on démolissait les maisons, on changeait les églises en écu^ ries, on déterrait les martyrs, on chargeait les citoyens de chaînes, on outrageait lès femmes , on immolait les prêtres. Le comte Maufus défendit faiblement le pas de Suques, dans les Alpes Juliennes.
M L'imprudence des Romains m'étonne, disait » Fritigerne; ils se prétendent maîtres de ces » vastes contrées qu'ils ne savent pas défendre : » ils les habitent , mais ne les possèdent pas plus » que les troupeaux qui y paissent. »
L'or seul arrêtait quelquefois les Barbares ; les églises rachetèrent beaucoup de captifs; saint Ambroise vendit, pour leur^livrance> les ornemens et les vases sacrés de sa cathédrale.
Cependant Gratien^ informé par le comte Amvire Victor de la défaite et de la mort de Valens ; 4 coi'ii^ accourt avec des troupes délite, et, a travers mille obstacles, arrive à Gonstantinople, que sa présence rassure. Les grands malheurs font sen-^ Rappel do tir le besoin des grands talens : l'empereur rap- ïu^oj^ê. pela près de lui le jeune duc Théodose, qui^ depuis la mort de son père, s'était retiré dans l'Espagne sa pairie.
354 VALEKS, GRAÏIEN
Théodose avait reçu le jour dans les lieux où jiaquit Trajan; la flatterie le faisait descendre de ce grand prince ^ auquel ses exploité le firent <;omparer avec justice. Ce jeune guerrier, vaillant ^t modeste, puissant et soumis aux lois^ riche et laborieux, sévère et généreux, a^ait été élevé pour, une grande fortune à l'école du malheur; dans le temps même où la proscription le privait d'autorité , il secourait par de sages conseils ses amis malheureux et sa pro-^ vince opprimée , que bientôt,, revêtu du pouvoir suprême , il était destiné à protéger.
Un heureux choix lui avait donné pour femme Flaccilla , digne de lui par sa naissance et par ses vertus. Il ne connut jamais d'autre amour; Honorius et Ârcadius , ses fils , partagèrent seuls avec elle ses affections. Rappelé par l'empereur, il quitta sa retraite avec peine, regrettant son repos, et j$e prévoyant pas son élévation *. sesexpioiu. Graticu lui confia les débris de l'armée de Valens. Théodose ne tarda p^s à justifier ce choix : réunissant les troupes vaincues , il les rassure , réveille leur courage , resserre les liens de leur discipline, les exerce, ^distribue avec discernement et justice les peines et les récompenses , fait publier les revers , prédit les éuc**çès, trompe l'ennemi par de faux. avis, Qiarcbe avec célérité , surprend près du Danube l'armée
* An 378.
ET VALENTIKIEN îl. 335
desGoths ^ les attaque ^ les enfoace^^ les met en fuite^ ]es poursuit et en fait un si grand carnage^ que peu d'entr'eux purent repasser le fleuve.
Après ce triomphe il distribue ses troupes dans*tous les postes fortifiés de la frontière ^ et porte lui*-mème à l'empereur la nouvelle de sa victoire. Elle avait été si complète , si prcmiptc^ si imprévue ^ que l'envie la traita de fable» Gratien iui-^méme ne voulut y croire qu après le retour de quelques officiers qu'il envoya sur les lieux pour s'en assurer. On était arrivé à ce point de décadence , qu'aux yeux des Romains un héros semblait un phénomène y et la victoire un prodige.
Les alarmes de Constantinople étaient dissi--- son pées , les Goths repoussés, la réputation de l'ar- Ti^pire. mée rétablie; cependant l'empire se voyait encore de toutes parts menacé. De nombreuses hordes de Barbares se préparaient à franchir le Danube; les Allemands, le Rhin; les Perses, TEuphrate et le Tigre. L'univers , si long-temps vaincu , semblait vouloir , après avoir brisé le joug de Rome, la charger des mêmes fers dont elle l'avait accablé depuis tant de siècles : au milieu de ces périls, Gratien , âgé de vingt ans, ne se voyait , pour supporter le poids de l'empire, d'autre appui, d'autre collègue que son frère Valenlinien, à peine sorti du. berceau. Sans écouter ni les flatteries de ses eourtisans ,
536 YALERS , GRATIëN
ni le8 illusions de sa vanité, n» la jalousie que le génie inspire trop souvent au pouvoir, il fut assez sage et assez grand pour préférer l'intérêt public au sien ; dans l'espoir de rendre son trône plus ferme, il y fit asseoir à ses côtés le «i^ain*queurdes Goths, et nomma Théodose empereur.
Tout Tempire çpnsulté l'aurait choisi pour chef. A trente-trois ans , cet heureux guerrier joignait Tactivité de la jeunesse à la prudence de rage mur. Plus Théodose se montrait digne de régner, plus il était loin d'y prétendre. Hé* ritier de la gloire de son père , il croyait hériter aussi de ses malheurs : né souâ de cruels tyrans, une longue connaissance des intrigues de la cour lui faisait croire que ses exploits ne seraient payés que par le supplice ou par l'exil. Mandé au palais, il attendait la mort^ lorsque l'empereur lui offrit la.couronne.
Loin d'être ébloui par son éclata il n^en vit que le poids, la refusa; et ce qui fut peut^tre plus honorable pour lui que ce refus, c'est que tout le monde, même la cour, crut à sa sincérité. Gratien insiste, ordonne ; le dernier acte de soumission de Théodose fut son acceptation , et, par obéissiance, il régna. Les Romains applaudirent universellement à son élévation , qui , réveillant de glorieux souvenirs, leur rappelait Trajan élu par Nerva.
Théodose eut en partage les provinces d'O-
ET VALENTINIEN H. SSy
rient; on y ajouta la Daciç^ la Mœsie, toute la Grèce et les îles de l'Arohipel. Attirés par sa gloire, Ricomer et Majorien s'attachèrent à lui, quoique jusque-là ils eussent toujours commandé les légions de rOçcident.
Le nouvel empereur, à peine assis sur le trône, déploya dan$ Tadministration le même caractère et la même activité qui^ dans les camps, avaient fondé sa réputation et assuré ses succès.
Après avoir affermi le sceptre d'Orient, il redressa les balances de la justice, éloigna les déla^ teurs, écarta de la cour la faveur sans talens, et y rappela le mérite disgracié ou dédaigné. ; Pour réparer les pertes des légions, il. arma, ses les paysans de la Thrace , enrôla les ouvriers des victoires. mines , marcha de nouveau coiitre les Goths , les ^ Huns et les Alains , remporta sur eux plusieurs victoires , et contraignit Fritigerne à se «etireré
Dans cette campagne on vit naître la renom- Premiers
Vfc 1 . 1 • • exploits
mée.dun jeune Barbare qui devait un jour d^Aiaric. ^'immortaliser par la prise de Rome. Alaric commença ses premiers exploits sous les ordres de Fritigerne : avec une troupe de cavaliers avides de dangers et de renom , il surprit un jour et •enveloppa Théodose, qui, dans cette action, ne dut son salut qu'à des prodiges de valeur. Ailleurs ce prince avait combattu pour défendre l'empire, là il combattit pour sauver sa vie. Ce fut dans le même temps qu'un autre Bar-*
^558 VAtENS, GRATIEN
bare, destiné à jouer un grand rôle dans l'empire^ Stilicon^ se fit connaître par un courage ardent y uni à une rare prudence. .
Un guerrier de la même nation, qui servait dans l'armée romaine , contribua brillamment au triomphe de Théodose : ce Goth se nommait Modacre ; il était chrétien et ami du célèbre Grégoire de Nazianze : à la tête d'un corps nombreux , pénétrant hardiment dans les quartiers des Barbares y il surprit une de leurs divisions, et la détruisit presque entièrement.
Victoire de Grallcn, après quelques mois de séjour à SirdeVhê'c^ mium, où il s'occupait à seconder les efforts de son collègue , marcha en Pannonie et défit en plusieurs rencontres les Quades et leurs alliés. Il revint ensuite à Milan, et, se laissant diriger par les conseils de saint Âmbroise, il déjoua les intrigues de l'impératrice Justine, mère de Valentinien II , protectrice de l'arianisme, et assura en Italie le triomphe complet des orthodoxes contre les hérétiques. >
Une nouvelle invasion des Allemands le rappela dana les Gaules ,^ et l'obligea de passer l'hiver à Trêves. Dans ce temps les contrées septentrionales de l'Europe, quoique incultes et couvertes de forêts , inondaient sans cesse l'Occident d'une foule de peuples armés qu'on parvenait quelquefois à vaincre, jamais à subjuguer. Après les plus sanglantes défaites, ils reparaissaient
ET VALENTIKIEN II. SSg
plus ardens , plus nombreux, et leur sang versé semblait féconder cette terre sauvage qui enfantait chaque jour de nouvelles armées.
Les GothSy battus tant de fois, reprirent les armes, et entrèrent eh Pannoni« sous les ordre» de l'infatigable Fritigeme. Gratien et Théodose unirent leurs forces pour les combattre, et, après les avoir vaincus, concertèrent ensemble > à Sirmium le& mesures nécessaires pour assurer la tranquillité des deux empires.
Théodose dut à ses grandes qualités un triom- Pacification phe plus flatteur que celui qui n'est obtenu que * ^^^tH" par les armes ; il conquit l'estime des Barbares, les força au respect , et leur inspira une confiance que jusqu'alors la mauvaise foi des Romains avait toujours éloignée. On vit même l'inflexible Âthanaric, abjurant son antique haine, venir à Constantinople demander un asile contre les rigueurs de Fritigeme. Théodose l'accueillit honorablement, le logea dans son palais , et jouit de l'admiration que ce Barbare, né dans les forêts et nourri dans les camps, éprouvait à la vue des monumens de la grandeur romain^ , des chefs-d'œuvre de la civilisation et des prodiges des arts réunis dans la capitale de l'Orient.
Ce prince, après avoir paciGé le monde, vaincu Guerre
. r T. 1 ,11. !.. déclarrf.
une partie des Barbares, établi, par une politi- aux paieui. que dont on sentit plus tard le danger , de nombreuses colonies de Goths en Thrace, et incor-
pore dans les légions quarante mille de leurs guerriers, déclara une guerre opiniâtre aux idolâtres et aux hérétiques.
■ Il mérita par son* zèle ou tré les éloges des prêtres et les reproches des philosophes. L'histoire, en respectant la piété , ne pieut louer des actes d'intolérance. La plus injuste persécution est celle qui veut se placer entre le ciel et la terre, comprimerlapenséeettyranniserles consciences. Démolition Graticu , entraîné par l'exemple de Théodose
tlePauteldc / *^ *^, *,.
la Victoire et cxcité uàr le zèle ardent de saint Aihbroise,
à Rome. „ . ; 1 .
attaqua 1 ancien culte dans son sanctuaire, et, cessant de montrer à Rome les ménagemens que ses prédécesseurs avaient cru devoir garder pour de si antiques coutumes et pour des préjngés associés à tant de gloire, il ordonna la démolilion de l'autel de la Victoire.
Symmaque, au nom d'une partie du sénat, défendit cette divinité si chère aux Romains, et , après avoir cité l'eî^emple de Constantin et de Jovien qui avaient épargné ce monument, supposant, par une figure hardie, que Rome entière se lève et adresse ses plaintes à l'empe-* reur, il la fait parler en ces termes : w Prince » généreux, père de la patrie, respectez ma M vieillesse, respectez mes principes; je leur » dus ma grandeur et ma liberté; ces dieux, » dont vous brisez les autels, ont armé nos bras, » inspiré nos courages, précipité les Gaulois du
ET VALENTINIEW II. S4l.
» CapijLole, vaincu Annibal, terrassé Carthage, *i dompté la Gaule, subjugué la Grèce, conquis >» l'Asie, soumis l'univers ! N'ai-je vécu si long^ w temps que pour me voir méprisée ? Ah I si vous » voulez que j'adore une autre divinité, laissez^- » moi le temps de connaître ce nouveau culte » qu'on nous apporte de la Palestine; songez » qu'après tant de siècles, vouloir changer ma » reKgion, violer mes coutumes et réformer mes » mœurs, sous prétexte de m'éclairer, c'est traiter » mon grand âge sans égard et sans vénération. De longs souvenirs' donnaient un grand poids à ces paroles. Gratien hésitait, ce Prince, lui dit » Ambroise , de vaines considérations politiques » et les argumens d'une superstition opiniâtre » ne sauraient justifier votre désobéissance au » maître du ciel et de là terre; et d'ailleurs à » quel titre les idolâtres peuvent-ils exiger qu'on » respecte leurs privilèges, eux qui n'ont ja-- » mais, lorsqu'ils étaient puissans, respecté la » vie des chrétiens? Une décision prise par vous H en faveur des idoles serait un acte d^aposta- » sic. D'ailleurs la majorité du sénat est chré- » tienne , et c'est la persécuter que de 1^ con- )) traindre à délibérer en présence d^une folle » divinité , entourée de la fumée des sacrifices. » Craignez de prendre un tel parti sans consul- » ter la ptudence de Théodose, et, puisqu'il » faut vous dire la vérité tout entière, âppre-
34 3 VÀLENSy i:^RATI£N
» nez que/si l'on vous arrache ce décret impie^ » les évêques abandonneront Féglise ou TOUS en n défendront l'entrée. >>
Gratien céda aux menaces du prélat; Rome vît renverser l'autel de la Victoire. ' Prédiction Au mépris des anciens usages, suivis jusquedc Maxime. ]à par tous Ics cmpcrcurs , Gratien refusa la robe de grand-pontife qu'on lui apporta : c'était la première fois qu'on séparait ainsi l'empii^e du sacerdoce, dont l'union avait paru si importante pour la tranquillité publique. Le prêtre auquel on rendit ce vêtement sacré s'écria, dit-on : « Si » Gratien ne veut plus être grand -pontife, » Maxime le sera bientôt. »
L'événement ne tarda pas à vérifier cette prédiction ; la violence que Gratien faisait aux préjugés des païens, aux mœurs de Rome , aux opinions des ariens, le rendit odieux aune nombreuse partie de ses sujets, et prépara sa ruine.
Ce prince, qu'on avait vu, au commencement de son règne, actif, laborieux, attaché constamment à remplir les devoirs du trône, se livrait, depuis quelque temps, avec une inconcevable passion, au plaisir de lâchasse, consumait ses jours dans les forêts , et laissait le soin des affaires à des prêtres et à des favoris , qui , abusant de son nom pour servir Jeurs intérêts privés et l'esprit de secte ou de partie eflacèrent dans te cœur des Romains le souvenir des ex-
ET VALENTIHIEN H. 345
plolts guerriers et des douces vertus qui avaieut mérité à Temperear uu si juste tribut de respect et d'affectiôD.
Enfin ce prince^ naturellement belliqueux ^ témoignant trop sou estime pour le courage des Barbares^ et son mépris pour la mollesse des Romains énervés , acheva d'aigrir les esprits en prenant le costume des Alaips , et en leur accordant de hautes dignités dans sa cour etd'impolîtiques préféi»ences*
. Clémens Maximus commandait ^lôrs tes lé- son gions de la Bretagne ; cet homme, né dans une condition obscure , cachait son invincible penchant pour l'idolâtrie sous un voile hypocrite qui ne trompani s^int Martin nisaintAmbroise^ Son esprit était vaste y son amhition sans bornes ; ses principes se pliaient au gré de ses intérêts ; s^n easactère changeait suivant les circonstance&; il se portail à la cruauté ou inclinait vers la douceur, selon que l'un^ou l'autre devenait favorable à ses desseins :. parvenu au plus haut grade par ses intrigues^ plus que par son courage^ il avait vu avec jalousie l'élévation de Théodbse , son compatriote , et couvrait sa haine sous l'apparence du dévouement. Il voulait même faire croire qu'il était uni à cet empereur par les liens du sang.
Maxime,, instruit du mécontentement que la sonusurconduite de Gratien et sa partialité pour les ***^**'''