CHAPITRE VIIL
VALENTINIEN II, MAXIME ; ARBOGASTE , ET EU- GÈNE SON SECRETAIRE , USURPATEURS , EN OcCIDENT ;
THÉODOSE , EN Orient ; THÉODOSE dans tout l'empire.
(An 383.)
Ambassade de Maxime à Thëodose. — Prédilectîoa de Thëodose pour le christianisme. — Son sage gouvernement. — Vertus de l'impératrice Flaccilla. — Querelles religieuses. — Installation et retraite de saint Gîrëgoîre de Nàzianze. — Rigueurs de Théo-
■ dose. — Prédilection de Timpératrice Justine poiir Tarianisme.
— Installation de saint Ambroise. — Marche de Maxime contre Valentinien. — Victoire de Thëodose sur Maxime. — Mort de
• Maxime. — Entrëe triomphale de Thëodose dans- Rome. — Discussion entre le sénat et Thëodose. — Rëvolte à Antioche.
— Consternation et repentir dans cette Tille. — Tëmëritë de Termite Mace'done. — Clëmence de Thëodose. — Rëvoîte à
• Thessalonxquc. — Rigueur de Thëodose^ — Son repentir et sa pënitenee. — Mort de l'impëratrice Justine. — Usurpation d'Arbogaste.— Mort de Valentinien^ — Eugène est nomme Auguste. — Guerre entre Thëodose et Arbogaste. — - Bataille entre les deux armëes. — Victoire de Thëodoâe. —Mort d'Eugène et d' Arbogaste. -^ Arcadius et Honorius sont nommes Augustes. •— Mort de The'bdose.
Ambassade Maxime y proclamé par l'armée de Gratien, et à ThéîdoTe! maître sans obstacle de la Gaule, de la Bretagne et de l'Rspagne, craignait Théodose et méprisait la jeunesse de Valentinien 11. Il envaya,
celle
une ambassade à l'empereur d'Orient; et, dans le dessein de justifier son élévation qu'il lui demandait d'approuver, il lui représentait que toutes les légions, indignées de se voir livrées par Gratien à l'ambition des officiers barbares, avaient déposé ce prince, et qu'il s'était trouvé contraint par elles de se revêtir de la pourpre.
Théodose, dissimulant son courroux et ses projets, fit aux ambassadeurs une réponse vague et les renvoya chargés de présens.
Peu de temps auparavant. Théodose, attaqué ^réù\u d'une maladie grave,' s'était fait baptiser. Un '^^^"^**J'** édit solennel qu'il publia prouva bientôt son zèle «'v"' trop ardent pour son culte. Par cet acte il ordonnait à tous ses sujets, comme si la foi pouvait se commander, d'embrasser la religion enseignée par saint Pierre, professée par le pape Damase et parle patriarche d'Alexandrie. Il voulait qu'on reconnût un seul Dieu en trois personnes, donnait le litre de catJwUcfues à ceux qui se conformaient à cette loi , et flétrissait les autres du nom Ôl insensés et dH hérétiques , privait leurs assemblées des privilèges accordés aux églises , les accusait de sacrilège, et les menaçait, s'ils persistaient dans leur erreur, de la vengeance divine et de la sienne.
Par un autre décret il suspendit toute procédure criminelle pendant le carême, et, pour honorer la fête de Pâques^ fit* grâce à tous les
348 VALENT IfiilEZf 11^ MAXIME ^
crimineU^ hors aux adultères, aux homicides; aux magicienSy aux faux-monnayeurs et aux cou* «pirateurs. Cette amnistie^ annulée^ comme tant d'autres y par un si grand nombre d'exceptions , excita cependant la reconnaissance publique. Tout adoucissement, après une odieuse tyrannie, est reçu comme un bienfait.
Son Thëodose , naturellement luste lorsqu'il ne se
sage gou- ... o . X
veraemoni. ]aissait poiut cntraïuer par la colère ou égarer parle fanatisme, mérita, par plusieurs actes de son règne , l'affection de ses peuples et les éloges de la postérité.
Ennemi des proscriptions , il parlait avec autant de haine que de mépris de Marins, de Sylla, et des cruels triumvirs ; il publia une loi sévère contre les délateurs, prescrivit aux geôliers la douceur et l'humanité, ordonna aux juges, sous peine de fortes amendes, de visiter fréquemment les prisons, de recevoir les plaintes des prisonniers, et de garder des notes exactes sui^ les causes de leur détention.
Attentif à tout ce qui pouvait intéresser l'ordre, la tranquillité et la sûreté publiques, il maintint et releva les mui^icipes , répara les anciens édifices, en fit construire de nouveaux, rendit pendant quinze ans les entrepreneurs responsables de la solidité de ces bâti mens, et défendit d'enterrer les morts dans l'enceinle des villes.
Trop éclairé pour ne pas sentir que le luxe et
la corruption des mœurs étaient les principales causes dé la décadence de l'empire , il publia des lois somptùaires que son pouvoir ne put faire exécuter, et nota vainement d'infamie toute veuve qui se remarierait avant une année de deuil révolue.
L'empereur pouvait par son exemple , par ses grandes actions, par le respect qu'il inspirait , ralentir la chute dé l'empire romain , mais non l'empêcher. La liberté perdue , l'habitude d'obéir au glaive, les grands sentimens éteints, les grands souvenirs effacés, le titre de citoyen prodigué , avili , le nom àe patrie oublié , le mélange honteux des Goths , des Francs et des Koinains dans tous les emplois civils et militaires, le dégoût des travaux, l'amour des richesses et des plaisirs , tels étaieiit les maux incurables qui minaient le colosse romain : un grand h(»nme pouvait les pallier, mais non les guérir.
Théodose, le dernier des empereurs qui tint' d'une main ferme les rênes de l'État, fit non ce qui était désirable, mais ce qui était possible. Il réleva les armes romaines , rétablit momentanément la discipline > effraya les vices, réprima les crimes par là justice de son administration^ et rendit quelques années de repos aux peuples si long'^temps opprimés par de faibles tyrans et par leurs vils favoris. Veitusde
• -r-ii «Il /»ii If 1 l'impératri-
L impératrice Flaccula, fille d un consul nom- ccFUceui»,
[ 35o ' VILENTINIEN II, MAXIME,
1 mé Antoine , secondait Théodose dans ses nobles
} travaux ; on la regardait comme un modèle de
I piété, de modestie, de tendresse, de chasteté,
I et jamais on ne citait d'elle que des actes de
j bienfaisance et de générosité. Attentive à calmer
son époux naturellement prompt à s'irriter, elle ini répétait souvent ces paroles : « Rappelez- » vous toujours ce que vous êtes, et n'oubliez » jamais ce que vous avez été. »
querelles L'cmpcrcur parvint plus difficilement à faire igieuses. çggggj. jgg troubles religieux qu'à repousser les Barbares. Dans ce temps ce n'était plus le partage des terres, l'égalité politique, l'élection d'un consul, d'un tribun, ou même celle d'un empereur^ qui réveillait les citoyens de leur indolence; ils souffraient toute tyrannie, et ne reprenaient leur fureur et leurs armes que pour le choix d'un évêque ou pour l'interprétation d'une formule inintelligible.
Les Orientaux surtout se livraient avec passion aux disputes religieuses; à Constantinople elles étaient devenues les seuls objets d'intérêt public et privé, et, parmi toutes les classes, comme le remarquait un voyageur du temps , on ne s'occupait que de controverses. « Priez-vous un mar- #) chand, disait- il, de vous changer une pièce » d'argent, il vous dira quelle différence existe » (entre le Père et le Fils. Questionnez un boulan- » ger sur le prix du pain, il vous prouvera que
» le Fils est inférieur au Père. Demandez au » baigneur si le bain est prêt, il vous dira que » le Fils a été tiré du néant. »
Toutes ces querelles d'opinions n'eussent été insiaiiation que ridicules , si l'esprit de parti ne les avait sou- de saint vent changées en combats sanglans. L autorité Natianse. du prilice semblait encore, en s'en mêlant, accroître leur animosi té; et lorsque Théodose, décidé à terrasser l'arianisme , rétablit saint Grégoire de Nazianze sur le siège patriarcal, si nous en croyons cet évéque, Gonstantinople, le jour de son installation , présentait le spectacle d'une ville prise d'assaut par les Barbares : tant fut opiniâtre la résistance des ariens, qui s'opposaient à son retour !
Ce vertueux évéque, fatigué de ces dissensions, chargé d'honneurs et d'années, révéré par la vertu, persécuté par l'envie, vint, peu de temps après, trouver Théodose, et lui adressa, au milieu de sa brillante cour, ce langage noble et modeste, digne d'un apôtre de l'Évangile : « Prince, » vous aimez à donner, je vous demande une » grâce : ce n'est pas de l'or pour moi , ni des » omemens pour mon église, ni des gouverne- I) mens pour mes amis ; tous ces biens n^ont point >» de prix à mes yeux, je les abandonne à ceux » qui les estiment; mon ambition s'élève plus » haut que la terre : accordez-moi la permission » de céder à ta haine qui me poursuit. Je res-
553 VALEUTINIEN II, MAXIME,
» pecie le trône épiscopal, mais je ne veux le » voir que de loin; je suis las de déplaire aux M hommes en cherchant à plaire à Dieu : puis- » siez-vous rétablir la concorde entre les évê- » ques ! Dieu veuille qu'ils terminent leurs que^ » relies en écoutant votre voix, s'ils ne veulent j) pas entendre celle de la justice I Je désire que^ ,-» vainqueur des Barbares, vous le soyez aussi » de ceux qui troublent et ensanglantent FÉ- » glise ; mais vous voyez mes cheveux blancs : » j'ai consumé, pour servir le Seigneur, les for- » ces qu'il m'avait données; je succombe sous le » fardeau dont vous m'avez chargé malgré moi , w et la seule faveur que je vous demande est de » me laisser terminer mes jours en liberté. » ^jucuwaè Théodose lui permit de se retirer; mais^ irrité de l'opiniâtreté des sectes, il n'écouta que çon ressentiment» et donna par une loi despotique un funeste exemple à ses successeurs. Il défendit les sacrifices, priva les hérétiques et les apostats du droit de tester, publia un décret qui menaçait de mort les manichéen», fit poser à deux pieds de terre, dans la place publique, les bustes de Sahellius, d'Ârius et de Macédonius, pour les exposer à la risée et aux outrages du peuple.
On voit avec peine le célèbre Bossuet accorder des éloges à ces actes tyranniques : tant l'esprit de corps égare ceux qui, plus que tout auU^e,
EUGÈNE ET TUÉODOSE. 553
devraient être remplis de l'esprit de tolérance et de charité I
Théodose, entraîné par les prêtres hors de son caractère lorsqu'il croyait soutenir la cause de Dieu, se montrait bien différent quand il n'était question que d'injures contre sa personne.
« Si quelqu'un parle mal de nous ou de notre » gouvernement, écrivait-il à Rufin, préfet du >i prétoire, nous ne voulons pas qu'on le punisse : » s'il l'a fait par légèreté , il faut le mépriser; si » c'est par erreur, il faut le plaindre ; si c'est par » dessein de nous faire une insulte, il faut lui » pardonner. Au reste, quels que soient les délits » dont les citoyens se trouvent accusés, en tout >r ce qui peut concerner la sûreté du gouverne- M ment, avant de prendre aucune décision, vous » nous en donnerez connaissance, afin que nous » jugions la gravité de Toffensé par là moralité » des personnes , «t que nous examinions avec » sagesse si nous devons la tolérer ou la soù- » mettre au jugement des tribunaux. »
Malgré son zèle trop emporté pour favoriser tout ce qui était empreint d'un caractère religieux , il voulut mettre Ai frein aux intrigues des moines, qui devenaient déjà nombreux et dangereux. Il leur défendit de sortir de leur re^ traite et surtout de paraître au milieu des cités; mais, obsédé par^^ux , deux ans après il révoqua son édit. Celte faiblesse rendit ces corporations
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plus hardies et plus puissantes; leur ambition, si opposée à leur état, ne contribua que trop dans la suite aux troubles et aux désordres de rOrient; et , par leurs intrigues , ils y acquirent un tel crédit, qu'il devint presque impossible de parvenir à Tépiscopat sans être entré dans leurs communautés.
Prcdiicc. Tandis que Théodose faisait triompher dans pcrairice gçs Etats 1 Ëgusc orthodoxc sur les ruines de
Justine
pour l'aria- Tarianisme, les ariens, en Italie , depuis la mort de Gratien, se voyaient protégés par Justine, mère et tutrice de Valentinien II. Un tel appui ranimait leur espoir et senlblait devoir relever leur parti ; mais ils rcDcontrèrent près de la cour d'Orient un ennemi formidable dont rien ne
insiaiiaiion put ébranler la fermeté. Saint Ambroise, né à brcuc. Rome de race patricienne, devait le jour à un personnage consulaire ; il surpassa son père en talens, en fortune, en dignités. Il se trouvait gouverneur de la Ligurie, au moment où la fureur des sectes, portant le peuple à la sédition, allait faire de la ville de Milan un champ de carnage. Dans -ce moment de danger tous les vœux cherchaient un pacifteateur, et Ambroise inspirait tant de respect à toutes les classes de citoyens, que, quoiqu'il fut laïque et n'eût pas même encore reçu le baptême, il se vit porté par les suffrages unanimes au siège épiscc^al, justifia le choix du peuple, apaisa^les troubles.
Dlgitized
et devint le conseil et le guide dea empereurs.
Ce fut pour l'instruction de Gratien qu'il com'« posa son traité sur la foi chrétienne.
Quand Justine se déclara en faveur de Varia-* nisme et voulut donner une église aux partisans de cette secte ^ Ambroise résista opiniâtrement à ses ordres ; il osa méme^ dans les transports d'un zèle exagéré, comparer l'impératrice à Jésabel. {< On peut disposer de ma vie, disait-il , mais non » de ma foi ; je souffrirai tout, hors les offenses » faites à la religion; je n'exciterai point la fu<* » reur du peuple , mais je la prévois : la cour » nous prépare de grands malheurs, mais j'es- » père ne pas survivre à la ruine de ma patrie. »
L'impératrice l'exila; il refusa d'obéir; une partie du peuple prit sa défense , s'enferma avec lui dans l'église, l'y garda et l'y nourrit : un nombreux corps de soldats goths voulut vainement forcer cet asile.
Ce fut pendant ce siège que, pour garantir de l'ennui le peuple qui l'entoui^it , et pour entretenir son zèle , il introduisit l'usage de chanter des psaumes. Âmbroise, profitant habilement de quelques 'circonstances imprévues , prétendit que le ciel signalait par des prodiges la protection qu'il lui accordait. Justine se moqua de ses miracles supposés, mais la multitude y crut, et la puissance se vit forcée de céder à la crédulités iie Maxime
Un danger plus pressant menaçait le trône du lemTnicn.'