‹ Histoire du Bas Empire (volume 2)Chapitre 22 sur 29 · VALENTINIEN 11, MAXIME · texte numérisé non relu

VALENTINIEN 11, MAXIME

jeune Valentinien : Maxime, qui n'avait trouvé de résistance que dans la fidélité courageuse de saint Martin, évêque de Tours , était devenu le tyran des Gaules* Grossissant son armée d'une foule de Germains et de Francs, il s'approcha des Alpes et s'efforça de tromper Justine par des assurances de paix et d'amitié.

• Ambroise découvrit le piège et en avertit l'impératrice. Elle ne voulut pas le. croire; Maxime parut aux portes de Milan avant qu'oa eût pris aucune mesure pour le repousser. La terreur fut aussi grande que l'avait été la confiance. Justine et son fils, au lieu de tenter quelques moyens de résistance, coururent à Aquilée, et de là à Thessalonique, pour implorer la protection de Théodose.

Maxime parcourut en maitre l'Italie, entra* triomphant dans Rome, et se fit un grand nombre de partisans, en protégeant l'idolâtrie et en relevant les autels des dieux.

Victoire de Dés oue Théodosc apprît l'infortune et la fuite surMaxinic. de Valentimcn, il vint trouver ce jeune prince à Thessalonique, accompagné d^une grande partie du sénat. Après avoir reproché à Justine soa hérésie, à laquelle il attribuait ses malheurs, il lui promit de rétablir son fils sur le trône et resserra les liens qui l'unissaient à lui , en épousant sa sœur Galla. Lorsqu'il eut réuni ses légions, il s'avança en Pannonie où il rencontra près- de

Googk

. EDGÈIfE ET THÉODOSE. 557

Siscie^ sur les bords de la Save, Max,ime, qui venait le combattre à la tête de toutes les forces de rOccident. Cette guerre i^e dura que deux mois ; la cavalerie formidable des Huns , des Alains et des Goths, qui servaient alors Théodose , passe intrépidement la Save à la nage, eur fonce, épouvante et met en fuite les Gertnains et les Gaulois de l'armée: de Maxime. Marcelli-r nus , son frère , rétablit le combat avec un corps d'élite; la bataille se prolonge jusqu'à la nujt, qui laisse la victoire indécise. Le lendemain, au , Mon

* 'de Maxime.

moment ou l'action recommence , une partie des troupes de l'Occident jette les armes; Maxime prend la fuite ; Théodose, lé poursuit si rapidement, qu'il arrive presqu'en même temps que lui aux portes d'Aquilée. Le peuple de cette ville se révolte , dépouillé Maxime de ses ornemens, l'enchaîne et le traîne aux pieds de l'empereur: Théodose, touché de ses prières, est tenté de lui pardonner; mais se rappelant, après quelque hésitation, qu'il doit un^ victime aux mânes d^ Gratien, il livre ce tyran aux soldats qui lui traur chent la tête. Un Franc , nommé Arbogaste, que sa bravoure et les suffrages des soldats avaiçnl; élevé de grade en grade à celui de général, pour^r suivit les débris de l'armée vaincue , et tua Vie- •

tor, fils de Maxime, qui la commandait.

Théodose , après avoir apaisé les troubles aux* triom^aïc quels la ville de Milan se trouvait en proie, et re- c^nsKomc!

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placé Vaïentini^n II sur son trône, entra en triomphe dans Romet comnle le grand Constantin. En prononçant l'éloge de l'empereur, la flat- . terie parla le langage de la vérité. L'opinion pu* blique approuvait les louanges données à un prince dont on admirait l'activité , la bravoure , rhabileté, la gloire, et dont on respectait la justice, la bienfaisance et la chasteté i mais il n'est pas de vertu sans mélange; la sienne fut souvent ternie par Iç fanatisme et par un penchant à la colère qu'il travaillait continueilement à vsuncre, mais qu'il ne put pas toujours dompter. Discussion La ferveur de ce prince pour la religion chré^ oaterThëo- tienne semblait alors augmentée par les efforts

dose. . m* . . ,

que son ennemi , Maxime , avait tentés pour relever l'idolâtrie. L'empereur, trouvant à Rome les autels parés de fleurs, les sacrifices rétablis, les statues des dieux entourées d'offrandes et d'encens, en fit de violens reproches au sénat, et plaida dans cette assemblée la cause du christianisme, avec une chaleur plus convenable peutêtre au chef de l'Église qu'au chef de l'État.

Les sénateurs, attachés à l'ancien culte, osèrent lui résister, et dans cette discussion firent entendre, pour soutenir l'erreur, un langage hardi dont on avait perdu l'habitude depuis plusieurs siècles. La liberté, muette pour les affaires terrestres , se montrait encore lorsqu'on voulait comprimer les opinions religieuses. Ils opposè-

EUGÈNE- Et THÉODOSE. 55g

rent aux volontés de Tempereur douze cents ans de coutume y la puissance de Rome fondée sur des oracles, tant de triomphes dus à la protection des dieux, et le danger, après tant de prodiges, d'embrasser une nouvelle religion qui n'offrait point le même espoir et n'était point appuyée par une si longue et si heureuse expé* rience.

Théodose leur déclara solennellement que Valentinien et lui avaient en horreur le culte du mensonge et des vices déifiés, et que, s'ils voulaient persister dans cette croyance sacrilège, le trésor public tie paierait plus les frais du culte dcandaleux des idoles. « L'empire, ajouta- t-îl , » environné de périls , menacé de tous côtés par » les Barbares, a plus besoin de soldats que de » victimes. »

On avait répondu à ses argumetis, on se tut dés qu'on entendit ses ordres; et^ comme le nombre de ceux qui ne mêlent aucun intérêt humain à leurs opinions est toujours et partout le plus faible, lorsque le trésor fut fermé les sacrifices cessèrent.

Cependant en Egypte l'autorité éprouva plus de résistance. Le peuple défendit ses temples ; il poussa des cris de rage lorsqu'on porta la hache sur la statue deSérapis; mtais, dés que l'idole fut tombée, la multitude mobile l'insulta : inconstante pour les puissances du ciel comme

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pour celles de la tçrre, elle méprise bientôt ce qu'elle cesse de craindre.

Re'roîre L'cmpcreur, pour réparer les malheurs de Va- "**" ' lens, pour vaincre les Goths, pour affranchir l'Orient et pour rétablir la tranquillité dans l'Oc^' cident, s'était vu forcé de lever partout des imr pots dont une si évidente nécessité pouvait seule faire supporter le poids*. Partout on s'y soumit avec résignation, excepté à Antioche.

Cette ville, par la licence de ses mœurs, se ^ montrait toujours portée à la séditioii ; son peu-ple léger, frondeur et corrompu , prodiguant ses trésors avec joie pour les fêtes, pour les jeux, pour les pantomimes et les bateleurs, éclatait en murmures lorsqu'il fallait contribuer aux charges publiques et à la défense de l'État.

Quand les commissaires de l'empereur se présentent pour lever la taxe de guerre, tous les citoyens, riches ou pauvres, se plaignent, résistent, s'attroupent, s'animent, se soulèvent, menacent les magistrats, se répandent en invectives contre l'empereur : des injures la multitude emportée passe bientôt à la violence , et dans sa fureur elle brise les statues de Théodose , de sa mère et de ses enfans, les outrage et les traîne avec mépris dans les rues.

Plus l'empereur avait montré jusque-là de pré" dilection pour la ville d' Antioche, plus son ingratitude l'irrita : dans le premier mouvement

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de sa colère, il envoya des troupes contre les séditieux avec des commissaires chargés de sa vengeance, armés d'un pouvoir sans limites, et qui devaient châtier les habitans et raser la ville.

Le peuple rebelle , revenu de son emporte- constemament, en considérait avec effroi les suites fu- pènûr lîa'qs nestes; la consternation succédait à la fureur; on attendait les commissaires dans un silence morne , semblable au calme effrayant qui pré-^ cède et annonce souvent la tempête; les plus riches habitant prenaient la fuite. Saint Chry- '

sostôme, qui s'était opposé à leur délire, qui les consola dans leur douleur, et qui les soutint dans leurs périls, présente ainsi l'image de leur terreur.

<c Cette cité florissante, dit -il, est devenue » tout à coup déserte; une frayeur mortelle w nous chasse tous et nous éloigne, comme la i) fumée chasse les abeilles ; notre ville , rappew lant ce que le prophète dit de Jérusalem, est >) comme un chêne dépouillé, comme un jardin n privé de ses eaux salutaires , qui n'offre aux » regards que des arbres desséchés, sans fleurs » et sans fruits. Le courroux du prince, ainsi » qu'un incendie fatal, menace de venir bientôt » fondre sur nous; chacun l'évite et s'empresse » de sauver ses jours avant que le feu n'arrive » jusqu'à lui. Étrange calamité! sans qu0 l'en-^ )) nemi nous poursuive, nous fuyons; sans avoir

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» livré de combats^ nous abandonnons nos foyers; » sans avoir soutenu les assauts des Barbares , » nous éprouvons les mêmes maux que les cap- » tifs d'un vainqueur superbe. »

Ces craintes n'étaient que trop fondées ; les troupes approchent ; les envoyés de l'empereur arrivent î ils montent sur leur tribunal; insen* sibles aux larmes , sourds aux prières, environnés de soldats farouches, ils commencent des informations rigoureuses ; les prisons se rem-*plissent ; on emploie sans pitié lies verges , les chaînes , la torture pour forcer les accusés à conférer leur crime, à dénoncer leurs complices; l'air retentit des cris de la doulçur, des accens de la colère, des gémissemens de la nature et de l'amitié ; les femmes et les enfans éplorés entourent, pressent et supplient vainement les magistrats, les soldats, les bourreaux. Les ombres de la nuit redoublent la terreur du jour ; frappée par un juge insensible, toute cette ville coupable semble menacée d'une entière destruction. Tc'me'rité Dcs citoycus en foule étaient traînés de leurs Macëd^ne! foycrs daus les cachots , de là aux tortures et à l'échafaud. Us y marchaient; soudain un homme, couvert des lambeaux de la misère, s'avance, saisit par son manteau le premier des magistrats , et lui ordonne impérieusement de l'écouter. Cette témérité excite l'indignation des juges; mais elle se change en respect, lorsqu'ils entendent pro-

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clamer le nom de Macédone^ ermite saint et révéré, qu'on voyait suivi de plusieurs autres pieux solitaires ; Tautorité s'abaisse devant sa vertu : (c Portez mes paroles au prince, s'écrie » cet homme courageux ! Vous êtes homme, vous » commandez à des hommes; ils s^t l'image de » Dieu, et Dieii ne veut pas qu'on la détruise* » Insulter l'ouvrage, c'est irriter l'ouvrier. Quel » est le crime commis ? On a offensé des figures » inanimées; cet égarement justifie- t-il votre n colère? Pour une statue détruite, nous poun vous vous en rendre vingt; mais songez que M VOUS ne pouvez reproduire un seul cheveu » d'une tète que vous aurez fait tomber. » Ce langage noble et fier, qui semblait inspiré, étonne et touche les ministres de l'empereur; le glaive s'arrête, les supplices sont suspendus, on permet au peuple d'implorer la clémence de Théodose. Ce prince était alors revenu à Constantinople.

Cézaire court lui pbrter les vœux d'Antiocbe ; ^|f ^f,"^^ l'évêque Flavien, malgré son âge, retrouve des '^°^°forces pour l'accompagner et pour désarmer le courroux du prince offensé.

Les Syriens respirent, mais né démentent point, dans de si graves circonstances, la légèreté de leur caractère; ils passent subitement d'une lâche terreur à une joie folle et licencieuse, et se livrent à la débauche à la vue des échafauds encore dressés.

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Ce fut alors que Chrysostôme^ remplissant avec éclat les devoirs d'un saint ministère, déploya centime leur coupable ivresse la même éloquence qu'il avait opposée à leur désespoir, et prononça ces homélies célèbres que le temps a respectées.;

Cézaire , v^ivé dans la capitale de l'Orient > se jette aux pieds de Théodose, s'efforce de réveiller sa générosité, lui peint les malheurs, le repentir des coupables, ébranle son cœur, mais ne le fléchit pas. L'empereur rappelle sa munifficence et sa prédilection pour Ântioche , et il se plaint avec emportement de l'ingratitude d'un peuple comblé par lui de bienfaits. .

Le. vénérable Flavien s'avance alors 2 loin de prétendre justifier les coupables, il avoue, il exagère même adroitement leurs délits, et, après avoir déclaré que les châtimens les plus sévères pour de tels crimes seraient conformes à la justice humaine, il ajoute : « Dieu fbt, comme vous, » outragé par les hommes; il leur a ouvert les » cieux, imitez son exemple. Si nous devons ho- » tre salut à votre clémence , vous devrez à nos » erreurs une gloire nouvelle. Gratien ne vous a » transmis qu'une couronne passagère ,. et vous » pouvez > par votre vertu, en mériter une im- » mortelle. Vous n'avez perdu que des statues » muettes, remplacez 1- les en élevant dans nos » cœurs des monumens parlans et éternels.

» Lorsque les courtisans de Constantin, of-

» fensé comme vous , l'excitaient à venger les » injures faites à ses images^ il leur répondit : » Rassurez-^)ou$ , je ne me sens pas blessé. On » a déjà oublié plusieurs de ses victoires, mais » les siècles répéteront ces paroles généreuses, » comme ils n'oublieront pas ce mot qui vous » échappa.lorsque, pardonnant un jour àquèl- (( ques condamnés, vous vous écriâtes : Que >} n^t-je aussi le pouvoir de ressusciter les morts! )) Une seule parole peut vous donner la plus n belle conquête , caille de l'amour de tous vos » sujets. Vous avez résisté aux prières de voa » magistrats , à la voix de vos généraux ; cédez à » celle d'un vieillard qui vous présente l'Évan- » gile pour vous rappeler que Dieu ne vous » pardonnera pas vos ofFenses si vous êtes in- » flexiWe pour les nôtres. Au lieu de détruire » Antioche, effacez le souvenir de ses crimes, » et j'irai bénir votre nom au milieu du peuple » que vous aurez sauvé. »

^ Théodose ne put résister à ces nobles accens de la vieillesse , de la vertu et de la piété; il pardonna, et ce triomphe sur un juste ressentiment fut célébré comme la plus belle de ses victoires;

Une autre révolte, qui eut lieu à Thessaloni- Révoiie que , produisit de plus grands malheurs; rien ne " nique"*/" put calmer le courroux de l'empereur, et la vengeance qu'il en tira devint une tache éternelle pour sa gloire.

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