VALENTINIEN II, MAXIME
Ud conducteur de char, insolent et débauché , a'était livré à des désordres scandaleux; le gouverneur de la ville le fait jeter en prison : le peuple, qui favorisait cet homme, veut le délivrer, se révolte,, et,» dans sa fureur, assassine le général et les officiers qui l'entourent.
Rigueur de Lc rcsseutiment dc Théodose éclate; vainepaent les évêques de la province le supplient de pardonner; il ne veut rien entendre : par^son. ordre tous les habitàns de cette ville infortunée sont rkssemjjlés dans le cirque, sous le prétexte perfide d'y assister à des jeux. Les soldats goths y qui servaient dans l'armée impériale , entoureni ces malheureux et les massacrent tous, sans dis* tinction d'âge ni de sexe.
Son repcn- Effrayé de sa propre cruauté , Théodose, lour-
tir et sa né- . • i • i • i
nitence. mcute par sa conscience, qui lui parla trbp tard^ écrivit à saint Ambroise, lui demanda d'implorer en sa faveur la clémence divine; et, danë l'espoir d'adoucir le pontife irrité , il se rendit à Milan, voulut se justifier, et se présenta, suivi de son cortège aux portes de l'église. L'ine^^orable Ambroise lui en défendit l'entrée, et, rappelant dans cette circonstance l'exemple de David : « Vous avez, dit -il à l'empereur, imité ce roi » dans son crime, imitez-le dans son repentir. » Il lui imposa la pénitence publique ; Théodose s'y soumit , et le maître du monde, dépouillé de ses ornemens, prosterné au pied de l'autel^ s'humt-
Ua devant Dieu en présence de son peuple. Ce ne fut qu'après huit mois de prières et de douleurs qu'il rentra dans la communion des fidèles.
On ne peut qu'admirer la fermeté d'un ministre de l'Évangile qu'aucun danger n'effraie , lorsqu'il doit soutenir la cause de la morale outragée, et faire craindre à la puissance terrestre la justice divine ; mais trop de prêtres ambitieux, interprétant mal ce grand exemple, abusèrent, depuis, de la parole sacrée pour servir un orgueil proftine, et, sous prétexte d'abaisser les princes devant Dieu , s'efforcèrent d'élever le sacerdoce au-dessus de l'empire.
. Ambroise lui-même, si sévère lors du massacre de Thessalonique, ne parut point animé du même esprit de justice lorsqu'une populace séditieuse, excitée par des moines fanatiques, s'emporta au point de brûler une synagogue. L'empereur voulait châtier les incendiaires : Ambroise s'y opposa, et, par son influence, obtint que lesf moines coupables resteraient impunie.
Tel est l'esprit de secte et de parti ; il égare la vertu même; il la rend inflexible pour l'erreur qui lui nuit, et indulgente pour le crime qui le sert.
. Peu de temps après la défaite de Maxime et Mon de le rétablissement de Valentinien II &ur son trô- iii"/'ju8*ne, la mort de l'impératrice Justine enleva aux ariens leur plus ferme appui.
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Valentinien, par reconnatesance pour Théodose, et par soumission pour Ambroise, devint, orthodoxe. Ce jeune prince se montrait chaste, tempérant, appliqué, ennemi de l'injustice; mais ces belles qualités n'étaient accompagnées d'aucune force ; la faiblesse a le danger de tous le8 vices qu'elle n'autorise pas, mais qu'elle ne sait pas réprimer.
Usurpa- L'empereur d'Occident laissa prendre trop de
lion d'Ai- , *^ ^, * ^
bogasje. crédit dans sa cour, trop d'influence sur les troupes, a un Franc distingué p&r ses exploits, tnais dont l'ambition coupable ne connaissait aucune borne.
Arbogaste, élevé au grade de général par Gratien, et qui, sous les ordres de Théodose, venait de contribuer si efficacement à la chute' de Maxime, commandait alors les légions dç la Gaule. Ce guerrier intrigant , perfide , hautain , avide de pouvoir et de richesses, était regardé par Valentinien comme le soutien de son trône.
Abusant de sa confiance et disposant de ses trésors, il séduit les troupes, distribue toutes les places à des Barbares qui lui sont dévoués; sous dilïerens prétextes il éloigne du prince ses plus fidèles serviteurs, l'environne de ses agens, l'entoure de ses satellites, cesse bientôt de feindre, commande au lieu de conseiller, et r^ne au lieu de servir.
L'empereur n'est plus qu'un captif couronné :
. BUGÈNE ET THÉODOSE. SÔg
il ouvre tardivement les yeux ^ frémit de sou danger^ et, secrètement y écrit à Théodose que son palais n'est plus qu'une prison dont il le supplie de le tirer. Cependant son péril s'accroit, son humiliation devient insupportable. Trop inopatient pour attendre le secours qu'il avait invo-que, il veut tenter un coup d'État, et compromet son autorité.
Environné de toute sa cour, assis sur son trône. ^ îf»/^ . espérant que son sceptre fera tomber l'épée du ~*°- Barbare , il fait venir devant lui le fier Ârbo^ gaste, et lui ordonne de lire un décret qui le destitue. « Mon autorité, répond l'audacieux » guerrier, est fondée sur mes services, et n« » dépend point des caprices d'un faible prince. » Après ce peu de mots , il jette l'édit à terre et le foule aux pieds. Yalentinien , transporté de fureur, tire son glaive et veut frapper Te Barbare ; mais les amis nombreux d' Arbogaste l'eu-* tourent et désarment l'empereur. Peu de jours après on trouva ce malheureux prince étranglé dans son lit *. Arbogaste, voulant se laver de ce crime, s'efforça de faire croire que Yalentinien , dans un accès de désespoir, s'était tué : il fit conduire en pompe à Milan les restes de l'em^ pereur. Saint Ambroise prononça son panégy-* rique , et , dans l'intention de consoler les sœurs de ce prince, s'écartant cette fois de la sévérité
* An 39».
^7^ YALENTUflEIl H, MAXlMS^
erdinaire. de ses mpjcimes , il leur fit espérer quij Valentinien serait reçu dçins le ciel par la démence divine, Quoiqu'il n'eût pas encore reçu le baptême* Eugène 691 " Arbogastè, par sa trahison, liiaitre de l'Ocei-* Au^^l dent, excepté de l'Afrique, pouvait disposerait trône; mats il n'osa ou ne voulut pas s'y placer :> préférant un pouvoir réel à un vain éclat, ou' , craijgpnant peut-être l'indignation des Romains s'ils voyaient la, couronne impériale sur la téte^ d'un Barbare ,' il se omtenta de régner sous le nom d'un fantôme d'empereur, et décora du titré d^Auguéte ËUgèjQe, son ancien secrétaire.- Ge nouveau prince, par sèti mérite et par la fa-f veur d'Arbogaéte, était parvenu de l'emploi très inférieur de professeur de rhétorique à la haut^ digùité de moitre des offices.
. On estimait son érudition , son ^oquepce; on aimait sa douceur et sa modestie. Né pouvant r^ister à la puissance d^Ârbogaste, il obéit en gémissant, et accepta le sceptre avec regret. Ses ambassadeurs, chargé^ par lui de demander à IThéodose la confirmation de son élection , n'obtinrent que dés réponses évasives. L'empereub d'Orient était doublement disposé à la vengeant» ce^ par l'intérêt de sa couronne et par la douleur de sa femme Gallà, sœur de Yaléntinien» ?r^^ë^' '. Il réunit toutes ses forces pour cpmbattre £u^ b^gilrte/'géne, ou plutôt Arbogaste; mais, avant de.cpm-
DUGÈNÈ ET THÉODOSE. ' 5jl
mencer la guerre , cédant à la superstition^ qui* «hez les hommes ne fait que changer d'objet, au défaut d'oracles et d'aruspices , il consulta uà moine égyptien de la Thébaïde, et la réponse favorable de ce solitaire augmenta la coniiance de l'armée.
Cette armée, exercée par Timasius, Promotns, Stilicon, généraux habiles, présentait un spectacle imposant. On en admirait la force, la discipline; mais en même temps il était impossible d'y voir sans douleur une foule d'Arabes, de Goths, d'Âlains, de Huns, et à leur tête ce célèbre Âlaric , qui semblait alors apprendre à Téçole de Théodose l'art qu'il employa depuis à la destruction de Rome.
On eût dit que les Romains, frappés alors d'aveuglement, conduisaient avec eux des légions de Barbares pour les aider à faire la reconnaissance de toutes les parties de l'empire qu'ils devaient bientôt conquérir et ravager.
Arbogaste, informé des préparatifs de Temperçur d'Orient, réunit, pour lui résister, toutes les légions de l'Occident.
Eugène et lui tentèrent un dernier effort pour relever le polythéisme ; ils entrèrent dans Rome, et, à la grande satisfaction des idolâtres et de la miiltitude avide de changemens^ ils rétablirent momentanément le culte des dieux.
Si l'on en croit Claudien, qui, dans ses descrip-
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tions poétiques, donne plus de détails sur cette courte guerre que les historiens du temps, Théodose étendit sa ligne et dissémina ses troupes^ dans le dessein d'envelopper et de tourner Tennemi. Arbogaste, suivant un plan contraire, concentra ses forces près d'Aquilée , pour opposer aux Orientaux une masse plus redoutable, et les enfoncer par son poids. Ces deux systèmes, soutenus , dans tous les temps , par des hommes de génie, ont fait alternativement la gloire ou causé la ruine de ceux qui les ont suivis, selon <|ue la fortune Fa voulu.
Bataille en- * Théodosc , marchant avec sa rapidité ordi-
Ire les deux , 1 Tk • *, 1 •
armées, uairc , travcrsa la Pannonie; Arbogaste, qui voulait l'affaiblir en divisant ses moyens , le laissa passer les Alpes Juliennes et s'étendre dans la plaine. Les deux armées se trouvèrent en présence près d'Aquilée.
Toutes deux étaient animées, l'une par le désir de venger Valentinien et de punir le crime , l'autre par l'espérance de couvrir de lauriers les coupables et de légitimer l'usurpation par la victoire.
Le signal est donné : Théodose marche contre l'ennemi et charge les Goths d'attaquer le camp retranché. Son dessein était d'obtenir le succès par leur courage bouillant , et d'affaiblir eu même temps leur nombre par un combat meurtrier. Il n'atteignit que ce dernier but. Dix mille
EUGÈNE Et THéoDOSE. S7S
de ces Barbares , et leur chef Baccurlus , périrent sur le champ de bataille, sans pouvoir franchir les fossés et les rempart» du eatnp.
Théodose , repoussé , se retire sur une montagne escarpée; Eugène , fier de cet avantage , le regarde comme une victoire- complète : sa garde partage son erreur et se livre à la débau-? che. Cependant Thabile Arbogaéie , qu'un premier succès ne pouvait endormir, fait occuper tdus les défilés par des corps nombretix, Théodose se voit cerné , pressé , sans vivres*; sa perte parait inévitable ;- mais ee qui devait achever sa ruine causa son salut.
Les chefs des corps qui l'entouraient confèrent avec ses officiers, écoutent ses propositions, traitent avec lui , quittent le parti des rebelles et se rangent sous ses drapeaux. Fortifié par ces nouveaux auxiliaires*, Tfaéodbse s'élance de nouveau contre l'ennemi , et l'attaque avec ses propres forces. Le»élémens, ditClaudien, semblèrent alors conspirer en faveur de Théodose ; une tempête venue de l'Orient soulève contre les Gaulois, des tourbillons de poussière qui les aveuglent et qui les épouvantent. Les païens', pour défendre leurs montagnes , y avaient pla* ce les statues des dieux. La superstition fut appelée des deux côtés au secours du courage.
L'empereur, après un premier choc sans succès , répondit à ceux qui lut conseillaient la re*
^74 VALENTINIEli il, HfAXIMBf
traite : u Mon, la croix de Jésu^hrist ne reculera » pas devant les images d^Hercule et de Mars» n Victoire de H se jctte à genoux en présence de Tarmée , déclare qu il voit dans les nuages saint Jean 1 Evangéliste et Tapôtre Philippe qui combattent pour lui. Cette fable , répandue , est adoptée par les soldats Crédules; ils marchent avec une confiance nouvelle , comme autrefois les Ro-i mains couraient à la victoire , se croyant guidés par Castor et PoUux.
a FÎ^'ène Après une vive résistance , les Germains et et ciAibo- igg Gaulois sont enfoncés ; leur camp est pris. Eugène , dépouillé de la pourpre , est conduit aux pieds de l'empereur ; il fléchit le genou , et cherche par son éloquence à toucher le cœur et à Calmer le courroux de Théodose. Mais les soldat^ qui l'écoutaient interrompent sa harangue et lui tranchent la tète sans attendre les ordres de l'empereur.
Arbogaste, vaincu et perdant l'espoir de rallier ces troupes^ se jette sur son épée. Ce fiarbare mourut en Romain.
Saint Ambroise , qui avait cru devoir céder à l'usurpation de Maxime , s'était montré plus ferme contre celle d'Eugène^ et, malgré ses instances , il avait fui les regards de ce nouveau maître. Théodose, vainqueur, suivit les conseils de ce vertueux pontife , et traita avec clémence les partisans d'Eugène.
' Mkître paisible de tout l'eiiipire, îl d^côra de Arcadia.
. el Honorius
la pourpre Arcadius et Hoûorhis *ôs fiU. L'his^ somnom-
tôire a conservé les paroles qu'il adressa a 1 un g»»»»*».
<reux . « Si vous aviez reç« le jour dans la Perse ^
» lui dit-il y votre naissance serait un titre suffi- »
» sant pour assurer votre trône ; mais ^i vou«
» voulez que les Romains vous trouvent dign^
^> de régner sur eux , vous dev^z apprendre ^
^> régner 8ia.rvous*-méme. Un simple citoyen n*a
w pour but que son propre bonhe^rj celui -de
•» Punivèrs doit être le vôtre. Si les vices 80n|
»' vos maîtres , vous ne serea qu'un esolave'dé^
M côré du diadème. Tehez-*-v^us en gardé contre
» les passions ; les autres hommes les suivent j^
» elles viennent au devant^des princes. Si voua
w désirez qu'on vous regarde comme l'image d6
n Dieu^ imitez sa clémence*. Suivez toujours la
» vojx de ïa justice ^ san& vous inquiéter des
» louanges on du blâme d^tan monde léger.
M Soiyez par votre? vertu une loi vivante j votre
» exemple aura plus «de force que votre auto-
*) rite. Ce n'^est point Torgueil , c'^èst la bonté
*> qui peut rendre les Romains dociles. Laisser
» le luxe aux rois d'Asie. L'éclat qui convient
)> aux empereurs romains > c'est celui des talèfts.
» et des vei'tus. Si vous faites ki guerre , mon-
» trez , pour 4tre obéi , que vous savez com-
n mander. Partagez tous les périls avec les sol-'
» dat^^ alors ils ne le» -craindront plus. Mais
Monde Tkëodoce.
S76 TALEUTINIBIf II ^ MAXIME ^ ETC.
» surtout étudiez Thistoire de vos prédéces- N seurs f leurs succès et leurs revers , leur gloire » ou leur infortune : ils vous apprendront ce que Il vous devez faire ou ce que vous devez éviter.)»
L'empereur n'était alors âgé que de cinquante ans ; sa puissance , sa gloire , ses vertus ^ son exn périence, donnaient l'espoir d'un règne long et paisible; mais son corps ^ épuisé par ses travaux^ et, selon quelques historiens^ par les plaisirs ^ succomba aux fatigues de cette dernière camrpagne. Des symptômes d'hydropisie firent prérvoir sa fin prochaine.
Conformément à la politique du temps , il partagea l'empire entre ses deux fils. Honorius gouverna l'Occident^ Areadius régna dans TO-rient. L'empereur, ayant voulu célébrer à Milan les jeux du cirque , fit un dernier efiR)rt pour y assister y et mourut la nuit suivante , respecté par les Barbares et regretté par ses sujets. Les eitoyens louaient sa justice , les guerriers son courage, l'Église sa [^été. <
On reproche justement à sa mémoire des a<^e» d'intolérance , de fanatisme et de cruauté ; mais ses qualités surpassaient ses défauts. Il se rendit justement célèbre par de grandes victoires , pair de sages lois, et ^arrêta sur le bord de l'abîme « par sa main puissante, la chute de l'empire qui vit disparaître avec lui sa grandeur et sa gloire.
HONORI0S IT AHCADIUS. 377