‹ Histoire du Bas Empire (volume 2)Chapitre 24 sur 29 · CHAPITRE. XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE. XL

HONORIUS ; STILICON, ministaé ; ALÂRIC, ATTALE, ATAULPHE, BV Ogcidbht; ARCADIUS; RUFIN^

MISUTIV, BR ObIBHT.

(An 395.)

État de Tempire romain. — * Stilicon est ministre en Occident. — Rufin est ministre en Orient. — Honorius et Arcadius sont proclamés Augastes, — Partage de Fempire entr'eux.— Grimes de Rufin. — Union d'Arcadius et d'Eudoxie. — Inimitié entre Stilicon et Rufin. — Mort de Rufin. — Eutrope est ministre en Orient. — Rigueur du sénat de Constantinople a l'égard de Stilicon, — Révolte en Afrique causée par Gildo. —Son jugement par le sénat. — Défection de Farmée de Gildo , causée par une méprise. — Mort de Gildo. — Union d*Honorius et de Marie ^ fille de Stilicon. — Exploita et élévation d'Alaric. — Ses projets d'inyasion et de conquête* — • Sa marche contre Rome. «—Alarme dans cette ville. — Préparatifs de défense de Stilicon. '— Fuite d'Honorius. — Arrivée de Stilicon à la tête d'une armée. — Défaite d'Alaric. — Retour d^Honorius à Rome. —Mort du moine Télémaque dans ie cirque. — Abolition des combats de gladiateurs. — Ravenne devient le séjour de la cour d'Occident* — Invasion de Radagaise. — Sa défaite et sa mort. — Révolte en Bretagne. — Constantin prend la ))oarpre. — Ses conquêtes dans les Gaules. — - Intrigue d'Oljrmpius ooittre Stilicon. — Mort de Stilicon. — Tyrannie d'Honorius. — Marche d'Alaric contre Rome* — • Tableau de Rome. —Sa capitulation. «— Départ d'Alaric. -^ Mort de l'eunuque Eusébe. — - Marche d'Alaric contre Rome. — • Soumission du sénat. — Élévation et disgrâce d'Attale. *— Prise de Rome par Alaric. — Mort d'Alaric. *-*Son sépulcre est creusé dans un fleuve. -^ Ataulphe, beauirérç d'Alaric , lui succède. -^ Union d'Ataulphe et de Placidie , sœur d'Honorius. — Révolte d'Héraclien en Afrique. — Marche de G>n8tance contre lui. — Défaite y fuite et mort d'Héraclien.

rS^jS UÔNORIOS

— Rërolte de Gërontins contre ConstantiD. — Trait de courage ' et mdtt de ce général, — Mort de CoQstantia et de son fils Julien. — Mutilation et exil d^Attale. — Mort d^Ataulphe par la perfidie d'un ami de Sauras. -» Usurpation et cruautë de Singerie. — Caf^tivité^et délivrance de Placidie. — Mort de Singdric. — Ayëneraent de Vallia au trône des Goths. — Ses exploits. — Hontenx triomphe d'Honoriuà à Rome. — Etat de Fempire dX)rieo t. — Révolte en Phrygié. — ilëgeuce d'Eadoxie en Orient. — Persécution exercée contre ChrjrjBdstôine. —Mort de cet évoque. — Théodose II , fils d'Eudoxie , est nommé César et Auguste. — Mort d'Eudoxie. — Mort d'Arcadius. — Régence (^Anthéme en Orient. — Régence de Pulchérie , sœdr de Théodose II. — Portrait de Théodose II. — Union de Théodose et d'Athénaïs , surnommée Eudoxie. — Disgrâce et mort dTSudoxic. — Mariage de Placidie et de' Constance. — Mort de Constance. -^ Mort dHonorius.

l^cmpire i-oniaÏD.

Éiai«i« Lorsque lès fi!» de Th^odose montèrent sur le trône de leur père, l'empire romain^ relevé par ;ce ^rand prince ^ n'avait encore perdu aucune -de ses possessions. Ses limites étaient les mêmes que du temps de Constantin* Ce colosse « imposant par sa grandeur ^ éblouissant par sa richesse , vivait encore sur son antique renomtnéie , et les roi3 des peuples barbares qui devaient bientôt le renverser, contenus par les victoires de Théodose , semblaient s'humilier devant la .^lajeslé romaine. Ils en augmentaient même -passagèrement l'éclat 9 eh courbant leurs fronts belliqueux au pied du trône impérial , et ^n ^licitant Thonneur étrange d'ajouter à leur 'titre de prince ceux de Consul, de patrice , de préfet ou de général romain,

£T;ARCÀ|>IU6. $79!

Mais il fallaU une main bien foIrCe polir se servir de soutiens si dangereux : la splendeur de l'État était illusoire;, la corruption des mœurs avait miné sa force ; les Barbares seuls le dér fendaient contre les Barbares ; ils le dominaient avant de l'avoir conquis, . Rome f sans vertu , sans esprit ptiblic , sans courage, n'était plus qu'une ombre majestueuse*. Le peuple n'offrait aux regards attristés qu'une^ foule d'étrangers , de pauvres , d'esclaves et d'affranchis. Les grande, qui peu à peu avaient concentré dans leurs mains avides le$ fortmaes des citoyens et les richesses de l'univers» fuyaient les camps, s'éloignaient des affaires , redoutaient également le poids dû travail et celui des armes. Livrés avec fureur aux voluptés, ils semblaient se hâter de consumer en festins , en spectaclea et en plaisirs , leurs immenses trésors qui devaient bientôt devenir la proie des Barbare^. .. La décadence de^ mœurs entraine toujours celle de l'esprit. En lisant les ouvrages des écri-vains de cette époque , on ne voit que pauvreté dans les pensées, exagération dans les éloges ^ servilité dans les sentimens ^ enfiui^e dans les expression» et luxe dans les images.

'. Un empire si vaste prôduisa;it cependant en^ pore quelques hommes remarquables par leur caractère , par leurs talens , - par leur amour pour la patrie; mais les courtisans^ les,euAU/[tues^

38o HOlVORItJS

le« affranchis les écartaient avec soin. Le? vices de la cour paraissaient craindre la contagion de la vertu, et, comme le dit un auteur du temps, ce ce n'étaient point les hommes de mérite qui » manquaient aux places , c'étaient les places M qui leur manquaient. »

La seule habileté que l'intrigue respectait encore, c'était Fhabileté militaire; car la tyrannie a toujours besoin des armes, puisque la force lui tient lieu de droit, et que sa main de justice n'est qu'une main de fer. Aussi l'empire , depuis Théodose, ne fut presque plus gouverné que par des généraux; et, comme la bravoure se trouvait alors chez les Barbares et non chez les Romains, nous verrons, jusqu'à la chute de Rome , des guerriers barbares régner sous le nom des successeurs de Théodose.

stiUcon Ce prince lui-même avait élevé aux plus grands enOccidenu houncurs Ic Vandale Stilicon , et lui avait donné pour femme sa nièce Serène. Effrayé des dangers qui menaçaient la faiblesse du jeune Hono* rius, il dit à Stilicon dans ses derniers momens : u Je vous lègue mon pouvoir et je vous conjure D d'hériter de mes sentimens; ch9.i^ez-vous de ») porter pour mon fils le fardeau de l'empire : » en vous le confiant , je meurs sans inquiétude ; » Honorius peut régner tant qu'il sera soutenu » par le courage de Stilicon et guidé par sa » prudence. »

En déplorant cette triste nécessité , on doit convenir que le guerrier barbare justifia le choix de l'empereur. Malgré son humeur violente ^ sa cupidité insatiable et son ambition » Stilicon , grand capitaine , politique habile ^ administra^ teur éclairé ^ défendit avec succès le dépôt qui lui était confié , contint les factieux , fit trembler les intrigans , vainquit les ennemis de l'empire et jeta sur Rome un dernier rayon de gloire.

La postérité reproche avec raison à Théodose Rufin est

I* 1 • i T% n • ministre en

un autre choix ^ celui de Aunn qui gouverna oriem. VOrieQt sous Ârcadius. Rufin n'em d'autres qualités que l'adresse et l'audace : tous les vices infectaient son âme et n'y laissaient place à aucune vertu* Il persécuta les grands talens^ proscrivit le courage^ favorisa le fanatisme^ opprima le peuple, ouvrit les frontières aux Barbares, fit haïr Théodose, mépriser Arcadius, et devint une des causes les plus immédiates de la chute de l'empire.

On peut sans injustice attribuer à ses funestes conseils quelques actes d'intolérance et de tyran* nie qui souillèrent la gloire du beau règne de Théodose. Far un édit, il déclara les magistrats coupables des crimes qu'ils négligeraient de poursuivre, et rendit la justice cruelle en la rendant craintive.

L'idolâtrie, que la persuasion seule devait détruire ^ fut rangée par un édit au premier rang

S8à HOtiORi0s :

des crimes. Les pontifes paiens et les vestales se Tirent dépouillés de leurs biens, dont on dota les églises chrétiennes.

. Méprisant les anciennes coutumes et un préjugéque tant de gloire rendait excusable , Théo* dose renversa la statue de la Victoire , qui , debout sur le glpbe du monde , revêtue d'une robe flottante , déployant de brillantes ailes et portant à la main une couronne de lauriers ,semblait commander aux Romains le courage et lenr promettre le triomphe.

' Il arracha du Capitole les statues de Jupiter, de Mars, d'Hercule et des autres dieux, les attacha aux roues de son chfir, et parcourut avec orgueil les rues de Rome , triomphant des divinités de rOlympe vaincues , comme l'inexorable Achille avait triomphé d^Hector. Leur défenseur Symmaque fut exilé ; les patriciens tremblans abjurèrent l'idolâtrie. Ce fut alors que le poëte Prudence, profanant son talent en louant un acte despotique , se félicita de voir « les sénateurs » romains, les flambeaux de l'univers, les mem- » bres d'une assemblée de Fabius et de Gâtons , j^ quitter leurs habits pontificaux, abandonner » avec horreur la peau dn vieux serpent pour » se revêtir de la robe l)lanche de l'innocence » baptismale , et humilier l'orgueil des faisceaux » consulaires sur la tombe des martyrs. » A la Xpix de Théodose on ferma les temples > on dé-^

ET ARGilBIUS. 385"

tniisit leCapitole, on menaça de mort les parti-** sans de Tancien culte; l'intolérance, encouragée^ par rautoriié, ne connut plus de bornes; h^ chrétiens dominans se permirent les excès qu'ils^ avaient reprochés à leurs persécuteurs. Saibt Martin, évéque de Tours, marcha à la tête desmoines, abattit les idoles^ renversa les temptes,' arracha les arbres sacrés.

En détruisant les statues y on découvrit les' fraudes pieuses des pontifes* païens qui, par des tuyaux cachés dans les idoles , faisaient entendre la voix prétendue des oracles.Par là le paganisme perdit beaucoup de partisans ; les sacrifices , même ceux où l'on n'imniolait point de victimes, furent interdits et punis comme cHme^ de haute trahison : les païens gémirent et cédèrent; ils n'avaient pas le courage des Inartyrs.

' Quelques philosophes entreprirent de réfuter )6S ouvrages de saint Augustin ; on ne permit point la publication de leurs livres. Enfin la résolution fut totale, et, trente ans après le règne de Théodose , on ne vit presque plus d'idolâtrea dans l'empire : mais pendant long -temps les Conversions furent plus apparentes que réelles; un grandi nombre de Romains déploraient la des» tructbn de leur ancienne religion, w Ce boui> leversement, disent quelques auteurs de cette » époque, changea les temples en sépulcres, M couvrit lai terre de ténèbres -, rétablit le règne

n du chaos et 4e la nuit , et substitua aux images n révérées des dieux celles de quelques malfaî^ » teurs obscurs que la superstition décorait du » nom de martyrs, n

Tels furent les derniers accens de douleur des idolâtres, qui auraient en peu de temps cédé sans murmures à la raison , mais qui ne pouvaient supporter la plus injuste des violences, celle qui opprime la pensée.

Honoriut Malgré cette violation des ancieimes coutumes MDi procia- et de la liberté des opinions , le nom glorieux de

"^i^ier Théodose était trop respecté pour que les droits

de ses fils parussent douteux : les deux sénats de

Rome et de Constantinople les proclamèrent

^ Augustes ; ils reçurent le serment de fidélité du

Partage pcuplc ct dcs soldats. On fit alors un partage d^

•nJ^euxr finitif de l'empire : Arcadius eut la Thrace , la Grèce, l'Asie -Mineure, la Syrie, FÉgypte, la Dacie et la Macédoine; Honorius régna sur l'Ita-* lie , l'Afrique , la Gaule, l'Espagne et la Grande- Bretagne. Arcadius , âgé de dix-huit ans , végéta plutôt qu'il ne régna dans son palais de Byzance.

Crime* Lc Gaulols Rufin gouvernait l'empire et l'empereur ; le massacre de Thessalonique n'avait que trop prouvé son penchant à la cruauté. Ce caractère féroce perdit son frein en perdant Théodose. On trouvait en lui un ami perfide et un ennemi implacable ; son ambition était gênée par le mérite et par le crédit de Tatien , préfet de

de «ntr*

ET ÀRCiDIUS. S85

FOrient, et par la prudence de Proftiotus^ maître général de l'inlanterie, dont, le courage avait plus, d'une fois contribué au salut de Tempire^ Un jugement inique le délivra du premier ; il exila le second ^ et^ peu de temps après ^ le' fit assassiner par ses àgens dans un combat qu'il livrait aux Bastarnes,

La vertu de Lucien , comte d'Orient , offrait un contraste trop dangereux avec les vices du ministre; oa le fit périr ^ et Rufin> héritant de la fortune de ses victimes, fut revêtu de toutes leurs chiarges . La terreur que son nom i^andait dans tout L'empire lui soumettait le. peuple et l'armée; mais, ^i le courage ne lui résistait nulle part, l'intrigue travaillait dans l'ombre à miner son crédita " ' ^

Pour resserrer plus étroitement la chaîne dont UniondUr. il liait le faible Arcadius , il voulut lui faire a^ùjox^e. épouser sa fille. Le prince en avait même pris l'engagement ; mais, tandis que l'ambitieux ministre parcourait TAsie pour y jouir de la éouveraine puissance qu'il exerçait seul dans l'Or rient, Eutrope, grand -ohambellan, vanta en présence du jeune empereur les charmes d'Ëudoxie, fille du comte Bauto> général des Francs auxiliaire^ Arcadius voulût voir cette belle Française^ en devint épris et résolut de l'épouser. Rufin, revenant à Constantinople, trouva la ville occupée des fêtes préparées pour le mariage :

386 HONORius

il croyait que saiille était l'objet de ces préparatifs pompeux f et sa fureur fut égale à sa surprise lorsqu'il vit l'empereur conduire Eudoxie au temple. Cette princesse, digne de son élévation pat* sa beauté, mais plus encore par ses talens et par son courage, soutint habilement la lutte pé^ rilleuse qui s'établit, dés ce moment, entr'elle et ce ministre aussi vindicatif que puissant.

Tandis que ces intrigues de cour occupaient seules les premières années d'Arcadius dans l'CXrient , le tuteur du jeune Honorius , plus digne de la confiance de Théodose, se livrait à des soins plus importans, et gouvernait Rome en Romain. Stilicon^ le héros du poète Claudien, et né parmi les Vandales , surpassait , dit-on , la taille qu'on attribuait aux demi-dieux. Dans sa jeunesse il se distingua parmi les plus belliqueux par sa bravoure et par son adresse. Les suffrages publics prévinrent à chaque grade son élévation. Comte des domestiques , maître général de la cavalerie et de l'infanterie d'Ckscident , époux de la princesse Serène , il était seul maître de l'empire sous le nom d'Honorius, qui n'a*vait point encore atteint sa douzième année.

Les Bastames , excités par Rufin , avaient battu un corps de Romains orieiftaiu, et assas* sine Promotus; Stilicon prit les Knes pour venger son ami ; il vainquit ces Barbares et en tua un grand nombre. Tournant ensuite ses

ET AKCADros. SSy

aitnes contre le» Germains que la mort de Théodose avait enhardis , il les chassa de la Gaule et les poursuivit au-delà du Rhin.

Après avoir délivré l'ompire de ses ennemis , il garantit les citoyens , par une sévère disci*pline f de la licence des soldats.

Sa gloire excitait l'envie de Rufin , et bientôt i„i„iiie'en. ces deux fiers rivaux devinrent ennemis* *7i Rufin?

Les dangers auxquels la discorde devait expo- * merles deux empires effrayaient l'esprit généreux de StilicoUy mais ne pouvaient faire impre^ion sur l'àme basse de Rufin , qui aurait sacrifié sans scrupule aux Barbares les trois quarts de l'empire p pour avoir la certitude de régner sur le reste*

On le vit exciter lui-même deet tribus de Huns et de Scythes à piller l'Asie, pour effrayer Arca* dius et pour conserver prè^ de lui son pouvoir.

Les Goths , reprenant les armes , venaient de franchir le Danube pour attaquer l'Orient : Stilicon , qui s'occupait alors du partage des trésors et des armées de Théodose entre les deux empereurs , marcha contre les Goths, sous pré* texte de conduire à Arcadius les troupes orien^ taies qui étaient restées en Italie ; il arriva près de Thessalonique , et ^ par des mouvemens habiles , resserra les Barbares dans une position désavantageuse qui devait rendre leur défaite certaine.

Rùfih redoutait plu8 Stîlicôn tjue les Goths. Un ordre d'Arcadius rappela près de lui ses troupes , et défendit à Stilicon d'avancer avec elles. Le général obéit ^ s'arrêta et retourna en Italie ; mais il était certain du dévouement des légions qu'il renvoyait à l'empereur d'Orient : ces légions et Gainas le Goth , leur chef , détestaient RuGn et promirent sa mort à Stiliconl Le secret de lejir dessein fut gardé avec prudence, et pendant lÂir marche ) depuis Thessa- Jonique jusqu'à Constantinople , aucune parole inconsidérée ne trahit leur projet.

A leur arrivée même ils cachèrent leur haine sbus l'apparence de la flatterie ; et Rufin , trompé par leurs hommages^ leur prodî|;ua ses trésors , espérant, avec leur appui^ se délivrer d'Eudoxie et se faire élire empereur.

ju;,rt Arcadius était trop faible pour qu'on osât lui faire connaître soti danger; on le sauva en le trompant. Gainas ayant sollicité pour ses légions l'honneur d'être passé en revue par l'empereur , ce prince èe rendit avec son ministre dans là plaine que ces troupes occupaient; il salua , sui-^ vant l'usage , avec respect > les aigles romaines, tandis que Rufin, qui avait déjà fait frapper des médailles où il était représenté avec la couronne sur la tête , contemplait orgueilleusement les soldats sur lesquels il fondait son espoir ; mais , lorsqu'il arrive avec le prince au milieu de la

de Rufin

ET ARCADIUS. * SSg

ligne y les deux ailes s'avancent rapidement et les entourent; Gainas donne le signal^ et soudain un soldat se jette sur l'ambitieux ministre et lui plonge sçn épée dans le sein. Ce malheureux gémit y tombe et meurt aux pieds de Te^ipereur.

La nouvelle de sa chute se répand ; la populace^ aussi furieuse contre les tyrans morts qu'elle est basse pour eux lorsqults vivent , se saisit du corps de Rufin y le déchire et le traîne dans les ru^. On avait planté sa tête sur la ^ pointe d^une pique ^ et sa main droite coupée , qu'on montrait aux passans^ semblait encore demander au peuple des contributions.

Sa femme et sa fille ne purent échapper à la mort que par la fuite ; un couvent à Jérusalem fut leur asile ; on confisqua leurs biens au profit du trésor impérial. Par ce funeste exemple , l'autorité des empereurs devint moins sacrée, celle des généraux plus redoutable, et le g[laive apprit à braver le sceptre,

Si , en perdant l'odieux Rufin , le projet de Eutropc est Stilicon était de gouverner les deux empires , "orieutr son espoir fut trompé. Arcadius , qui le craignait , donna sa confiance à l'eunuque Eutrope, son grand-chambellan. Gainas lui-même se déclara contre Stilicon ; tous 1 es favoris ligués pour perdre ce héros tentèrent de l'assassiner. Un du sénat de décret du sénat de Constajitinople le déclara nopie à ivennemi public , et confisqua les biens qu'il pos- li^o"-

SgO ' HONORItS

sédait dans rOmnt. Ainsi les deux empires se divisèrent dans le temps où le danger commun devait leur faire sentir le plus vivement la né^ cessitë de l'union , et , depuis cette époque , chacun d'eux regarda comme ses alliés les Bar* bares qui attaquaient l'autre»

La discorde des deux cours fit renaître l'ancienne rivaltté des deux peuples} les Grecs avaient toujours haï la grossièreté romaine , et ' les Romains méprisaient la moUess» et la finesse des Grecs.

Stilicon, .plus grand que ses rivaux , ne voulut point , pour l'intérêt d^ son orgueil , exposer les deux empires aux malheurs d'une guerre civile. Il abandonna le faible Ârcadius à ses nouveaux favoris. D'ailleurs une révolte formidable en Afrique semblait alors devoir occuper tous ses soins.

RëvoUe L'indulgence de Théodose avait laissé , dans

en Afrique • i i

causée par ccttc coutrée , Qc vastes possessions dans les mains de Gildo, frère du tyran Firmus. Cet ambitieux se servit de ses richesses pour soulever les Africains, Quelques troupes romaines , trahissant leur devoir, contribuèrent au succès de Bon usurpation. Parvenu au pouvoir suprême, Gildo, qui se disait le libérateur de son pays, n^'en fut que le tyran ; il signalait ses jours par d^s assassinats, et ses nuits par des débauches qui déshonoraient les plus illustres familles; les

Gildo.

ET ARCADIUS. '3gi

femmes les plus distinguées ^ victimes de sa lubricité ^ après avoir perdu l'honneur^ étaient ensuite livrées par ce monstre aux nègres fa^ rouches du désert , qui composaient sa garde.

Gildo régnait despotiquement sans avoir cependant osé ceindre le diadème : il pay)Eiit même un tribut à Rome ; mais^ comme il craignait la rigueur de Stilicon , il implora là protection d'ÂrcadiuSy qui prit sa défense dans Tespoir de réunir l'Afrique à Tempire d'Orient.

Stilicon^ pour résister avec plus de succès aux son juge-

, * mcnl par

prétentions de ia cour de Byzance^ crût néces- le sénat. saire de fortifier son pouvoir, en l'entourant de la majesté des anciennes lois. Faisant donc ap«* paraître l'ombre de la république depuis longtemps oubliée , il décida l'empereur Honorius à • soumettre au sénat le jugement de Gildo. La . cause de ce rebelle y fut jugée suivant les formes antiques , et les suffrages unanimes de tous les sénateurs le déclarèrent ennemi de*la république. On chargea Stilicon de veiller à l'exécu-* tion du décret. Un seul sénateur, Symmaque , avait paru craindre que cette guerre, empêchant l'arrivée des grains d'Afrique, ne produisit là famine dans Rome et n'excitât un soulèvement* L'habile activité de Stilicon prévint le danger; il fit venir des Gaules de grands approvisionnemens de blé , et pendant toute cette guerre le Rhône nourrit le Tibre.

392 HONORras

GildOy qui lie respectait pas plus la nature que la justice ^ avait proscrit son f rére'Mascérel , qui s'était réfugié à Milan. Stilicon , certain qu'il ne pouviait choisir un chef plus ardent pour servir k vengeance publique ^ plaça Mascérel à la tête des vétérans gaulois , des joviens, des herculiens et des deux légions nommées la Fortunée et l'Invincible. On peut juger de la décadence des forces romaines/ en voyant que tous ces corps d'élite , réunis /ne formaiçnt que cinq mille honlmes.

L'armée de Gildo étaât composée de soixante-

« dix^toille combattans : fier de leur nombre^ il se

vantait de fouler aux pieds de ses chevaux et

d'enièvelir dans des tourbillons de sable cette

poignée de Gaulois et de Romains qui venaient

. attaquer le maître de l'Afrique.

Cependant peu de cohortes romaines composaient sa force réelle. Le reste des Africains lie porlaient qtke des javelots pour armes et des manteaux pour boucliers.

di'ïrrmJ'e ^^^^ cralndrc cette multitude indisciplinée ^ de Gildo» Mascérel. avec ses cinq mille braves, s'avance

causée par ' j. '

""ruT" îîitrépidement près des rangs ennemis^ et offre aux rebelles le pardon s'ils se soumettent. Un porte -étendard africain menace de le frapper; Mascérel, d'un coup de sabre, lui abat le bras; l'étendard qu'il portait tombe; les autres enseignés des cohortes romaines, qui servaient dans

ET ^GADIUS. . 593

l'arméede l'usurpateur/voyant dé loin la chute de cet étendard, la prennent pour un acte de soumission , suivent oit exemple , jettent^eurs armes et proclament le nom d'Houorius.

Cette défection répand la crainte et le désor- Mort dre parmi les Maures : après un léger combat, ils fuient dans le désert. Gildo, sans espoir et sans armée, s'embarqua pour chercher un asile dans l'Orient; mais, rejeté sur la côte par les Yents contraires et cerqé par les Romains , il échappa au supplice en se donnant la mort. ^

Le sénat de Rome jugea ses complices avec cette excessive rigueur qui accompagne toujours la crainte et là faiblesse. La crédulité du temps prétendait quesaint Ambroise, mort un an auparavant, avait, dans ses derniers jours, prédit cette victoire.

Mascérel, conquérant de TAfrique et reçu en triomphe à Milan, excita la jalousie de Stilicon : quelques jours après son arrivée, comme le prince maure se promenait avec le général de l'Occident , son cheval fit un écart et le jétà dans la rivière; on s'empressait de voler à son secours; mais Stilicon, souriant, arrêta par un signe le zèle des courtisans, qui laissèrent le prince périr dans le fleuve.

La fortune de Stilicon s'accrut encore par le union

^ ^ * dHonorius

mariage de sa fille Marie avec le jeune empereur et de Marie, Honorius. La muse de Claudien chanta en beaux i'co°*

3g4 HONoaius

vers cet hyménée; il n'était plus permis d'ado^ rer les faux dieux dans les temples , mais on laissait les poètes les encenser dans leurs ouvra^ ges. L'imagination ne pouvait renoncer aux in-^ génieuses fictions du paganisme, et les fables de la Grèce, proscrites par la religion chrétienne, furent sauvées par la poésie.

Le mariage d'Honorius ne donna point d'héri-^ tiers à l'empire. Marie mourut vierge dix ans après l'époque où elle monta sur le trône. Ho^ norius, faible d'àme et de corps, ne pouvait être ni père ni prince. Dans les premières années on le vit quelquefois essayer de se livrer avec les jeunes Romains aux exercices militaires; mais, s'amoUissant de jour en jour, il se renferma dans son palais, ne s'occupa que des détails puérils de sa maison, de ses jardins, de sa basse-cour, confia son sceptre à Stilicon, et resta spectateur indifférent de l'agonie et de la ruine de son empire *.

Avant de mourir, Rufin, pour maitriser l'empereur d'Orient par la crainte, avait, dit -on, appelé les Goths à son secours. Le nouveau fa-^ vori d'Ârcadius, Eutrope, mécontenta ces Bai^ bares en refusant de leur payer les subsides convenus, et irrita le jeune Âlaric en ne lut ac^ cordant pas les dignités militaires que ce prince croyait dues à ses exploits et aux services qu'il avait rendus à Théodose.

♦ An 395.

ET AKCADItlS. 5g5

Alaric^ de la race de^Balthes^ surpassait en Exploits

. . .. •!•.•. . et élévation

génie ^ en science militaire et en courage, tous d^Aianc. les guerriers de sa nation. Sa supériorité subjugua l'envie : tous les chefs des Goths le reconnurent pour leur général, et cet implacable ennemi de Rome se servit, pour la détruire, de Texpërience qu'il avait acquise dans les armées du grand Théodose.

La cour d'Orient, qu'il attaqua la première, ne lui opposa que des généraux incapables de lutter contre lui. Antiochus et Gérontius ne su-* rent ni maintenir la discipline dans leurs troupes ni défendre la frontière. Alaric les battit en plusieurs rencontres, livra au pillage la Thrace, la Dacie, pénétra sans obstacles dans la Grèce , et s'avança rapidement jusqu'au pied du mont Œta«

Peu de forces auraient pu l'arrêter aux Thermopyles, mais les troupes qui défendaient ce passage prirent la fuite. Les Goths se répandirent comme un torrent en Béotie, massacrant les hommes , enlevant les femmes , dévastant les villes , incendiant les villages. De nos jours , le voyageur peut encore reconnaître, de ruine en ruine, les traces de la marche d' Alaric. Argos, Sparte et Corinthe devinrent la proie des Goths; Athènes évita sa destruction par une capitulation; Alaric entra dans cette ville et l'épargna; mais il ravagea TAttique et démolit ce célèbre temple d'Eleusis , dernier asile du paganisme.

La Grèce était.. détriiite^ les monumens des arts étaient renversés. : Stilicon , qfui n'avait pu arriver à temps pour sauver les Grecs^ accourt pour les venger. Il débarque près de Corinthe, livre aux Barbares plusieurs combats longs et sanglant V et 9 après une opiniâtre résistance , remporte une victoire complète. Il force lesGoths de se retirer sur une montagne prés des sources du Fénée; là, il les entoure 4e reiranchemens, les assiège , leur coupe toute communication ^ et se croit certain qu'ils n'auront plus d'autre choix que celui de la servitude ou 4e la mort.

Mais une trop grande confiance dans le succès fait souvent qu'il échappe. Stilicon commit la faute de s'éloigner momentanément de son a.rmée pour assister à des fêtes et à des jeux publics que les Grecs célébraient toujours, suivant leurs anciennes coutumes, et au milieu des plus grands désastres.

Fendant son absence la discipline des Romains se relâcha; leurs chefs se livrèrent à la débau-* che ; les retranchemens furent gardés, avec négligence : au milieu d'une nuit sombre, Âlaric sortit de son camp avec toutes ses troupes, força les lignes romaines, gagna les montagnes d'Épire et les fortifia.

Stilicon voulait le poursuivre ; mais le roi des Goths, aussi adroit que brave, profitant habilement de la méfiance qui existait entre les deux

ET ARCÀDIUS. 597

cours impériales, conclut la paix avec Arcadîus^ qui accepta ses services et le nomma maître général des armées de Tlllyrie orientale.

Ce fut ainsi* que Stilicon vainqueur se vit obligé de se retirer et de respecter, sous lenou-»veau titre de général d'Arcadius, Fennemi et le dévastateur des deux empires. Au milieu des esclaves de l'Orient, il se trouva cependant un homme courageux , Synnésius, qui osa dire la vérité à l'empereur. Il lui représenta qu'au lieu de courber la majesté romaine sous le joug de» Barbares, le fils de Théodose devait chasser ces auxilfaires féroces, les bannir de sa cour^ les éloigner de ses camps, rétablir l'antique discipliné, réformer le luxe, faire des levées, rappeler aux armes lès patriciens , les chevaliers , les laboureurs, les marchands, et, à la tête de cette armée de citoyens , détruire la race des Goths et sauver l'empire.^

Ce discours vraiment romain fut généralement applaudi ; mais on n'y répondit que par lin décret qui publiait la {promotion d'Alaric.

Le roi des Goths se servit de l'autorité qu'on lui confiait pour approvisionner ses troupes d'armes de toute espèce, et l'on vit, dans toutes les cités de l'Orient, lesi Romains occupésjour et nuit à forger des casques , des boucliers , des lances et des glaives pour en armer leurs destructeurs.

Tandis que la division affaiblissait journelle-

398 HOVORIU9

ment la puissance romaine^ Funion augmentait celle des nations barbares» Tous leurs princes ^ étouffant leurs jalousies ^ se rangèrent sous les drapeaux d'Alaric , maître général de l'empire d'Orient > l^élevélrent sur un bouclier et le pro* clamèrent rôi des Yisigoths.

Se* projets Cc priiice, par. son invasion, avait épuisé les *tde con- ressources des provinces orientales de 1 Eul^ope; il ne pouvait plus piller celles de l'Asie, dont sa nouvelle dignité lui confiait la défense. D'ail*leurs Constantinople était trop fortifiée pour qu'il pût espérer de s'en rendre le maître. Tous ces motifs le décidèrent à porter sur l'Occident ses vues ambitieuses^ et, pour satisfaire sa soif de gloire et de richesses, il résolut d'envahir l'Italie 9 et de conquérir dans Rome les riches dépouilles que, depuis tant de siècles, trois cents triomphes y avaient amassées.

Dès que ce grand dessem fut conçu, il en commença l'exécution. Nul n'était plus hardi dans le conseil et plus rapide dans l'action. Sa marche La renomméc annonce sa marche et rénaml

contre *

Rome, la terreur; il franchit les Alpes : au bruit de son approche , une partie des sénateurs se retire en Sicile; d'autres fuient en Afrique. Honorius, nourri dans la mollesse , n'avait jamais cru qu^ le péril put approcher du palais d'un successeur

Alarme d' Augustc. Lc bruit de la trompette l'épouvante ;

"^uc. * la crainte générale augmente son effroi; les Ro-

ET ARCADIUS. SgQ

mains dégénérés qui l'entourent conseillent la fuite; aucun ne prend les armes : l'empereur déclare qu'il veut se retirer dans la Gaule.

Stilicon seul s'oppose, à ce lâche dessein ; il Pr^naraiifs ne veut pas qu'on livre Rome aux Barbares; il desau^n. promet une artnée et la victoire^ si on veut l'attendre dans les murs de Milan.

Dès que la faiblesse entrevoit an appui ^ elle passe rapidement d'une peur sans mesure à une •confiance sans bornes. L'empereur^ rassuré , court en Lombardie, et fait , au pied des au* 4els de Milan ^ d^ardentes prières pour obtenir du ciel le salut d'un empire qu'il n'a pas le courage de défendre.

Cependant Stilicon parcourt l'Occident, ra{>pelle et réunit des soldats tirés des garnison^ de la Gaule y de l'Espagne , de la Bretagne, et y joint quelques corps auxiliaires de Germains.

Les légions romaines étaient alors tellement affaiblies par de longues guerres , que pour dér fendre l'Italie il fallait épuiser les provinces et Regarnir les frontières.

Stilicon avait pensé que FAdige, le Mincio et TAdda arrêteraient quelque temps Alaric;^mais la sécheresse trompa son espoir : les Goths trayersèi^nt facilement ces fleuves et s'approchèrent de Milan.

Honorius ^ trop lâche pour soutenir un siège. Faite prit la fuite , passa le Pô , et voulut se réfugier

400 HDNOftlUâ

en Gaule dans la villa d'Arles ; niais ^ cbùpé dan& sa route par un corps de Goths, il changea de dessedn et s'enferma dans la ville d'Asti , où il se vit investi promptement par les Barbares. Arrivée de Commc la pcrtc de l'empire et de Thonneur têti d;une lefFrayait moins que cf lie de la vie , il parlait

armée.

déjà de capituler^ iDrsqye Stilicon pari^à latéte d'une partie de son armée^ passa une rivière à la nage^ força les r«tranchemens ennemis et entra victorieux dans Âsti. Ce grand homme avait or^ donné à d'autres corps de déboucher en ibéme temps j^ar tous les passages dés Alpes : ils exé*cutent ses ordres , inondent la plaine > la font retentir de leurs cris et enveloppent Alaric, qui d'assiégeant devient assiégé.

Défaite Tous les diefs barbares conseillaient la re-^

il' Alaric.

traite ; Alàric seul persista dans son dessein dé coiiquérir l'Italie. 11 s'éloigne d'Asti ; Stilîcon le suit et l'attaque près de Potentia. La bataille fut sanglante 9 et la victoire disputée^ Les Goths enfoncèrent d'abord la cavalerie romaine } Stilicon vint à son secours av«c un corps d'élite; l'infanterie des Goths ^ battue à son tour^ se retira dans son camp. Les Romains , les {poursuivant sans relâche, forcent leurs lignes, s'em* parent de leur camp, délivrent une foule de prisonniers, se rendent maîtres de la femme d'A*laric, et reprennent les riches dépouilles enlevées par les Barbares dans Argos et dans CorinthCé

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ET ARCÂDIUS. 4^1

Ce triomphe éclatant fit comparer alors Sti* Hcon à Marius,

Alaric , vaincu, s'était retiré à la tète de toute sa cavalerie; maïs, loin d'être découragé et de fuir, il marcha audacieusement sur Rome; il espérait que la terreur, produite par un mouvement si hardi, lui ouvrirait les portes de 1^ capitale du monde; mais Stilicon, aussi actif quW lui, le devança, et, par cette rapidité, rompit toutes ses mesures. Les grands courages se c6m« battent, mais s'estiment; Stilicon, admirant l'audace d'Alaric après une défaite, et sa fermeté dans le malheur, se sentit plus disposé à rechercher Tamitié qu'à consommer la ruine d'un si brave ennemi. Il traita avec ce prince, et lui accorda un subside à condition qu'il évacuerait sur-le-champ l'Italie.

Alaric, en se retirant, voulut s'emparer de Vérone , dans le dessein d'envahir ensuite la Gaule. Les espions de Stilicon pénétrèrent ce projet, et, au moment où le roi des Goths investissait la ville, il se vit lui-même enveloppé et forcé de combattre à la fois la garnison de Vérone et l'armée romaine. Trahi, surpris, enfoncé, vaincu, il échappa à la mort par des prodiges de valeur, etparvintàse sauver de rochers en rochers avec quelques débris de son armée.

Les grands, le peuple et le clergé d'Italie, qui

tous avaient tremblé au seul nom d'Alaric, re- I. 96

403 HONORIDS

prenant leur orgueil après sa défaite^ et mon* trant cette ingratitude toujours inséparable de la lâcheté 9 accablèrent Honorius d'éloges et Stilicon de reproches* Ils faisaient un.crimë à leur libérateur d'avoir laissé fuir Alaric, et, prodiguant au pied du trône la plus basse adula- J^on, invitaient le fugitif Honorius à venir dans Vome pour y jouir des honneurs du triomphe y et pour y célébrer la destruction des Goths, qui avait signalé son sixième consulat.

d'Ho*noriu Peu de temps après, l'empereur, cédant au à Borne, vœu public, se rendit dans la capitale; sa faiblesse ne pouvait lui attirer l'estime, mais sa douceur et sa piété lui* concilièrent l'affection populaire. Pour se conformer aux anciennes cou-* tûmes, il assista aux jeux du cirque, et ce fut alors que les Romains jouirent pour la dernière fois du plaisir barbare que leur donnaient les combats de gladiateurs. Déjà le poète Prudence s'était élevé contre cette passion si opposée à la Mort morale et à la («harité chrétienne. Un moine Téiëoiaque uommé Télémaque osa davantage : au' moment cirque. QU Ics gladiateurs commençaient leurs jeux sanglans, ce .moine descend dans l'arène, sépare les combattans, et reproche avec violence au peuple cette soif du sang humain. La multitude, troublée dans ses plaisirs, déçue dans son espoir^ répond à ses paroles par des cris d'indignation, s'éjneut, s'anime, se préeipite sur lui et le met

en pièces. Le$fi;ladiateurs se dispersent, la cour Abolition consternée se retire ; le clergé fait entendre sa degiadia-

, ^ tours.

VOIX menaçante, et l empereur, par un décret, abolit pour toujours ces ^spectacles inhumains.

Les dangers qu'Honorius avait courus dans R«vennc

,- , . - . devient le

Milan ne sortaient pas de sa mémoire; et, seséjourdeu croyant même peu en sùceté dauB les murs de dent. Rome, il vint s'établir à Ravenne, ville forte, située sur la mer Adriatique, près de l'émbouchure du Pô , bâtie, comme Venise , sur pilotis, entourée pa Aies marais, défendue par de nom-» breux canaux, €Wiont le port, qui contenait deux cent cinquante vaisseaux, offrait toujours à la faiblesse l'espoir d'une fuite facile. Les timides #

successeurs d'Honoriussuiviren^t son exemple, et Ravenne devint le séjour de la cour d'Occident.

Depuis un grand nombre d'années, les con- invasion de trées du nord de l'Asie et de l'Europe, de la mer Glaciale, et celles de la grande muraille de la Chine , jusqu'aux rives d\i Danube et du Rhin , ressemblaient à une mer orageuse soulevée par de continuelles tempêtes. Des flots de Barbares , roulant les uns sur les autres, étendaient chaque, jour leurs ravages sur les contrées populeuses et civilisées de l'Occident.

Les Tartares , après avoir vaincu les Hunç , subjuguèrent les hordes sauvages du désert. Leur chef, Normartarpa(ce qui signifiait, dans leur langue, maître de la terre) envahit la Chine,

4o4 HOnORIUS

et y fonda le régne d'une dynastie qui dura deux siècles. Elle fut ensuite vaincue et détruite par d'autres Tartares de* la race de Toulun, qui rangea sous son joùg les nations situées au nord de la mer Caspienne. Bientôt ces Tartares, réunis' avec les Huns , poursuivant leurs conquêtes , chassèrent devant eux les Sarmates^ qui poussèrent à leur tour, hors de leur pays, les Suèves, les Bourguignons et les Vandales. Radagaise, prince puissant parmi les Vandales, descendit des côtes de la mer Baltique, à laAéte de quatre cent mille combattans , et% précipita sur le Danube , dans le dessein d'envahir l'Italie.

Pour repousser cette formidable invasion, Stilicon réunit toutes les troupes dont il pouvait disposer, ordonna de nouvelles levées, promit la liberté aux esclaves, prodigua le trésor public pour réveiller le courage par la cupidité, et, malgré lés efforts prodigieux de son génie infatigable, ne put rasseûibler que quarante mille hommes , faibles troupes que Rome seule, dans son berceau, aurait armées. .

Cinq cent mille combattans se levèrent à la voix de Marins quand les Cimbres parurent en Italie, et la crainte de la mort ou de l'esclavage ne pût, dans ce temps de décadence, décider les Romains à braver les périls de la guerre pour défendre leur indépendance , leur honneur et leur vie.

Le roi vandale , ne rencontrant point d'obstacles^ s'avance avec rapidité, tourne prés de Favie le camp de Stilicon, et vient assiéger Florence.

La terreur régnait dans Rome; le sénat, ayant plus de richesses à perdre que le peuple» loin de l'encourager, se montrait plus effrayé et plus consterné que lui.

Alaric , chrétien éclairé , pourri dans les camps romains, respectait au moins quelques droits de l'humanité au milieu des horreurs de la guerre ; mais les mœurs de Radagaise étaient féroces : aucun frein ne le retenait; aucune lumière n^adoucissait le caractère de ses guer-. riers saA^ages. Il avait juré de raser la ville de Rome et de sacrifier les sénateurs à ses idoles.

Au milieu de ce terrible danger, on vit éclater cet esprit funeste de parti qui divisa Jérusalem au moment de sa ruine; sorte de fanatisme qu'au* cune raison ne ramène, et dont les plus près-» sans intérêts ne peuvent vaincre l'opiniâtreté. Au moment où Rome était menacée d'une ruine totale , les adorateurs de Jupiter et de Mars leur adressaient hautement des vœux pour le succès des armes de Radagaise ; ils se réjouissaient de voir ce. Barbare, adorateur de Vodda ou Odîn, prêt à renverser les églises chrétiennes et à faire disparaître la croix.

D'un autre côté, les catholiques attribuaient les malheurs de l'État à l'indulgence coupable

4o6 HONORICS

des empereurs y qui n'avaient pas exterminé les idolâtres et les hérétiques.

Sa défaite L^ fauatisme et la peur égaraient ce peuple ei^amort. ^^^^^ et corrompu. Stilicon seul, ferme appui de l'empire et inaccessible à la crainte , suivait les m'ouvemens des Barbares avec une prudence vigilante; sans les fuir, il enhardissait habilement leur témérité par sa circonspection. Radagaise tomba dans le piège que lui tendait cet habile général : entré dans un défilé étroit, il se vit tout à coup enveloppé par les Romains, qui en occupaient toutes les hauteurs et toutes les issues. En vain les Barbares opposèrent la fureur du désespoir à la savante tactique deHeur en* nemi, une partie de leur troupe périt, l'autre rendit les armes; Ràdagaise fut pris, enchaîné et décapité dans Rome. Le sénat décerna, pour la seconde fois, à Stilicon, le titre de libérateur de VltaUe^ et le triomphe à l'indolent Honorius, qui n'avait pas entendu le bruit des armes.

Le clergé, qui ne tremblait plus, attribua ce grand succès à ses prières, et, douze ans après, saint Augustin s'eflForça de prouver que la victoire de Stilicon était du^.à un miracle.

L'Italie se voyait sauvée par le génie d'un grand homme; mais d'affreux malheurs menaçaient encore le reste de l'empire. Cent mille guerriers de Ràdagaise, restés entre les Alpes et les Apenuins, envahirent la Gaule. Les Allemands de-

ET AROÀDIUS. 4^7

meurèrenttieutres. Les Francs seuls défendirent le pays où il^ devaient un jour régner. Marcomir^ un de leurs rois y moins fidèle à ses engagemenSy fut accusé par un magistrat romain , condamné^ exécuté ^ et ses sujets punirent de mort son frère qui voulait le venger.

Les Francs défirent les Vandales , et furent , peu de temps après, vaincus par les Alains; la suite de cet échec devint terrible pour la Gaule; les Barbares y entrèrent de toutes parts et n'en sortirent plus *.

Dans ce temps les bords du Rhin, lessives de la Garonne, de la Loire , du Rhône et de la Seine, jouissaient de toute la prospérité d'une longue civilisation. On y voyait répandues autant de lumières qu'à Rome; ils offraient aux regards le même luxe, la même élégaAce, la même industrie.

Partout on ne voyait que bâtimens somptueux, écoles savantes, spectacles magnifiques; les frontières seules retentissaient du choc des armes, et rien ne troublait la tranquille mollesse des champs et des cités de l'intérieur de ce beau pays.

Soudain un cri sauvage se fait entendre : les hordes belliqueuseis du Nord entrent dans les villes saris défense , parcourent les villages désarmés; les propriétés sont dévastées, les monumens détruits, les hommes égorgés, les femmes'

* An 4o6. '

4o8 noNORius

outragées et captives. Le fer disperse Yor, les ténèbres remplacent la lumière^ la barbarie détruit la civilisation : tels on pourrait supposer les malheurs effroyables qui accableraient TEurope moderne^ si^ au milieu de son éclatante prospérité, les féroces babitans des déserts de l'Afrique , fondant sur elle avec trois millions de guerriers y faisaient disparaître en un instant le fruit de tant de siècles de travail, d'industrie^ de lumières et de génie.

La cour de Raveime ne pouvait opposer aucuB obstacle à ce torrent, aucun remède à ces désastres. Un moins de deux ans, les Barbares pé* nétrèrent jusqu'aux Pyrénées^

BéTotie en LaBrctaguc , ne voulant plus reconnaître une puissance qui la dominait sans la protéger, se révolta et proclama son indépendance. Le pre*mier roi qu'elle se donna , nommé Marcus , fut bientôt tué par ses troupes. Gratien, son suc-

ConttaDtin cesseuf, éprouva le même sort : enfin l'armée

id la

^tTrprJ! donna la couronne à un simple soldat qu'elle en crut digne, parce qu'il se noipmait Constantin. sesconqn^ Cclui-H^i, plus habilc , sentit que, pour sou*- ^Gauics. mettre des esprits si turbulens , il fallait les occuper s^ns relâche. (1 s'embarqua, descendit près de Boulogne, battit quelques corps allemands, et parcourut la Gaule en conquérant.

Honorius mit sa tète à prix, et envoya contre lui des troupes qui l'attaquèrent sans succès près

ET ARCADIUS. ^Og

devienne. L'Espagne reconnut Constantin comme empereur. Honorius n'avait plus de forces nationales à lui opposer; l'appui d'autres Barbares fut son seul espoir. Par les conseils de Stilicon, il négocia avec Âlaric. Le roi desGoths quitta le service d'Arcadius, accepta le titre de maître général de la préfecture d'Illyrie occidentale ,. et promit de rendre la Gaule à l'empire. L'accord désirable^ et qui devrait toujours exister entre la politique et la morale^ n'est que trop rare dans tous les pays^ à toutes les époques; mais c'est surtout dans l'enfance des peuples et dans leur vieillesse qu'on les voit le plus désunies. La grossièreté des sauvages du Nord, et la corruption des Romains dégradés méprisaient également la bonne foi» et ne connaissaient d'autres règjes que celles de. l'intérêt. Aucune promesse n'était sacrée, aucune paix n'était stable; les uns trompaient pour satisfsûre leur cupidité» les autres pour se préserver du pillage et pour éloigner le péril.

Alaric ne remplissait aucun de ses eugagemens» et réclamait» avec menaces» les récompenses promises. Stilicon» ne trouvant aucun appui dans le caractère faible de l'empereur» voulut s'étayer de l'autorité du sénat. Pour la première fois» depuis long- temps» on y délibéra sur les grands intérêts de l'empire.

Stilicon» après quelque résistance» parvint à

licon.

4lO HOHORIUS

persuader à cette timide assemblée qu'il fallait prodiguer Tor pour sauver TÉtat, quand on n'avait plus le courage nécessaire pour employer le fer à se défendre. D'après son avis on acheta l'alliance d'Âlaric^ en lui payant quatre mille livres d'or.

Un seul sénateur, vraiment Romain, Campa* dius, protesta contre cette humiliation, et s'écria : « Ceci n'est point tin traité de paix, mais » un pacte de servitude, m d o/'m "ius Stilicon ne jouit pas long-temps du repos que, contre sii- pg^r SCS négociatious comme par ses exploits, il avait cru donner à l'empire. Vainqueur des Barbares, il ne put résister aux intrigans : Olympîus, courtisan adroit et servile, n'ignorait pas que les princes qui ont le plus besoin d'être gouvernés sont souvent ceux qui craignent le plus qu'on ne les croie dans la dépendance; il excite la jalousie de l'empereur contre l'homme qui était son plus ferme appui, et lui persuade que Stilicon aspire au pouvoir suprême.

Honorius, effrayé , n'écoute plus les avis de ce grand homme; il court à Pavie, sous prétexte de passer en revue les troupes qui s'y trouvaient; c'étaient des Goths, dont la plus grande partie haïssaient Stilicon. L'empereur harangue ces Barbares , implore leur secours, enflamme leur courroux. Entraînés par ses paroles, par ses menaces, par ses promesses, ils se jettent sur

Slilicun.

les officiers attachés à Slilicon et les massacrent.

La nouvelle de ce soulèvement parvient promptement à l'armée de Bologne. Indignée de cette perfidie, elle veut venger son général, et demande à grands cris qu'il la conduise contre le traître Olympius. Stilicon arrête imprudemment leur ardeur; il méprisait trop ses ennemis pour les craindre ; sa temporisation refroidit çt découragea ses soldats.

Au milieu de la nuit, un Goth audacieux, Mortâ« nommé Saurus, à la tête d'un corps de sa nation, entre dans le camp, le livre au pillage, et passe au fil *de l'épée la garde de Stilicon. Ce général , la veille si puissant, maintenant abandonné, se sauve à Ravenne, trouve cette ville peuplée de ses ennemis, et se réfugie dans une église, asile qu'on croyait alors inviolable. Le comte Héraclien, obéissant aux ordres infâmes de l'empereur, trompe lâchement cet illustre et malheureux guerrier, lui promet la vie au nom de son maître, l'engage à se rendre près de lui , et, dès qu'il est en sa présence, lui montre son arrêt de mort. Le héros, accablé d'injures par des soldats qu'il avait si souvent conduits à la victoire , et par un peuple qu'il avait tant de fois sauvé, n'oppose à ces outrages qu'un froid et silencieux mépris, présente sa gorge au glaive sans dire ime parole^ et meurt en Romain , eomme il avait vécu.

4l3 HONORIUS

Sa mémoire fut diffamée; son amitié, qui avait si long-temps été un titre d'honneur, devint un titre de proscription. Le clergé, dont il n'avait pas servi l'ambition, célébra sa mort; les païens l'abhorraient, parce que, méprisant leurculte^ il avait brûlé les livres sibyllins, et donné à sa femme Seréne le collier de la déesse Vesta. Us triomphèrent de sa chute comme d'une victoire.

Le célèbre Claudien, qui avait chanté avec enthousiasme ses vertus, ses talens, ses actions, n'eut pas le courage de rester fidèle à sa mémoire.

Enfin Rome, frappée d'aveuglement, regarda comçie un bonheur la ruine du seul général qui pouvait retarder la sienne.

Tyrannie Houorius , H vré à ses nouveaux favoris , donna sa confiance à des généraux sans capacité. Il exclut de tout emploi les hérétiques, et, cruel parce qu'il était faible, il fit massacrer tous les Goths partisans de Stilicon ^ ainsi que leurs familles. Trente mille de ces Barbares, échappés à la proscription, se réfugièrent près d'Alaric, qui, délivré de son redoutable rival ^ se déclara son vengeur.

Marcbed'A- La cour de Ravenne voulut calmer son cour—

laric contre , ,

Rome. roux. Lc roi des Yisigoths consentit a négocier,, et demanda deux grands officiers de l'empire pour otages ; mais, comme il apprit que l'imbécile Honorius, passant subitement de la crainte à la présomption, traitait sa modération de fai-

de Roiuc.

blesse, il franchit les Alpes, pilla la ville d'Aquilée, s'empara de Crémone, marcha jusqu'à Ravenne sans obstacles, dédaigna de l'assiéger, s'avança jusqu'à Rimini, traversa les Apennins, parcourut l'Ombrie, et arriva enfin aux portes de Rome.

Elle contenait alors douze cent mille habitans, TaWcaa et ne trouvait pointde citoyens pour la défendre.

Lorsque Annibal, après avoir détruit tant de légions, se présenta aux portes de la capitale, il y fut arrêté par deux cent mille Romains armés.

Ce temps n'était plus. On n'y voyait que l'ombre d'un^énat : les riches patriciens qui le" composaient prétendaient avec orgueil descendre des anciens héros de la république. Les Anitiens , les Pétroniens , les Olibriens le démontraient par leur filiation ; mais aucun d'eux ne le prouvait par son courage.

Une immense richesse leur tenait lieu de vertus et de gloire. Plusieurs possédaient dans leurs domaines des villes entières; on en comptait un grand nombre dont les revenus s'élevaient à deux ou trois millions. Oisifs et voluptueux, leur ostentation et leur mollesse excitaient l'indignation ; elles rappelaient le courage et la pauvreté de leurs ancêtres,

Leurs maisons étaient des palais; ils commandaient à des légions d'esclaves : l'or et les diamans éclataient sur leurs robes; ils enfer-

4l4 DONOHIUS

niaient dans leurs jardins des lacs^ des plaines, des forêts ; leurs exploits se bornaient à visiter leurs vastes domaines; ils y tuaient, sans- fa-tigue et sans dangers, des troupes d'animaux paisibles.

Ammien Marcellin, en nous retraçant l'inconcevable tableau de leur luxe et de leur corruption, nous en donne des détails qui feraient croire vraisemblable tout ce qu'on a dit de plus exagéré sur les habitans efféminés de Sybaris.

Ces indignes descendans des Scipions , des Fabius, des Cincinnatus, traversant Tltalie, comme des feitimes, en litière, comparaient, #ans leurs lettres, leurs dispendieux voyages et leurs voluptueuses promenades, aux travaux et aux marches d'Alexandre et de César. « Vous les enten- » dez, dit leur satirique historien, se plaindre » si une mouche traverse la gaze qui les couvre, M et se lamenter si leurs rideaux ouvrent un » passage aux rayons du soleil. L'inconstance du » temps est pour eux Une calamité dont ils gé- » missent; leur cortège, à la fois pompeux et » ridicule, ressemble, par le nombre, à une » armée composée d'artisans, d'esclaves et de >> Barbares. >5

Il n'étaîl resté de l'anciennp liberté que la licence. La multitude exigeait et recevait toujours les distributions accoutumées. Sa passion pour le cirque était la même : on comptait dans

BT ARGADIUS. 4'^

la capitale trois mille danseurs et autant de chanteuses^ et, au moment où Alaric parut, lorsque Rome demandait en vain des soldats, quatre cent mille spectateurs passaient les jours et les nuits au théâtre *.

Le roi des Visigoths investit la ville et intercepta la navigation du Tibre. Le sénat et le peuple, humiliés par l'approche des Barbares^ fai^ saient éclater une indignation sans courage. Leur fureur se réduisit à commettre un crime inutile et aussi lâche qu'atroce. Ils étranglèrent Serène, nièce de Théodose , femme de Stilicon , qu'ils soupçonnèrent de correspondre avec les Goths.

Une affreuse disette répandit bientôt la désolation dans la ville. La générosité de Lœta, veuve de Gratien, ne put soulager que pendadt peu de jours les souffrances du peuple. Les Romains^ qui n'osaient sortir de leurs murs pour combattre les Goths, se battaient entr'eux pour s'arracher * quelques alimens. On vit des enfans servir de pâture à leurs mères. La peste, se joignant à la famine, remplissait les rues de cadavres. Honorius promettait des secours et n'en envoyait pas,

La fermeté trouve ses ressources dans les prodiges du courage; la faiblesse a recoui^s à ceux de la magie. Le préfet de Rome, Pompéianus, consulta des sorciers qui lui^romirent, par des charmes, des évocations et des sacriGces, d'ex-

* An 4o8. ,

4l6 HONORIUS

traire la foudre des nuages , et de la lancer sur les Barbares.

Le pape Innocent fut accusé^ sans doute à tort, d'avoir toléré ces pratiques superstitieuses; la majorité chrétienne du sénat s'y opposa , et chargea Basilius et Jean de se rendre dans le camp du roi des Visigoths pour lui demander la paix.

Ces députés, s'exprimant avec une hauteur, très déplacée quand les armes ne la soutiennent pas, proposent au roi de conclure un traité, ou plutôt une capitulation honorable , et lui déclarent en même temps que , s'il refuse d'y souscrire, il doit se préparera combattre cinq cent mille guerriers exercés aux armes et animés par le désespoir,

« Plus l'herbe est serrée, et plus la faulx y M mord. » Telle fut la réponse d'Alaric. . Siatf'* Il exigea , pour la rançon de Rome, la délivrance de tous les captifs. Barbares de naissance ou d'origine, tout l'or et tout l'argent de l'État et des particuliers, et tous les meubles de prix qui décoraient le palais de la capitale, w Que lais- » serez- vous donc aux Romains?» répondirent les envoyés. « La vie , » répliqua le vainqueur.

On convint jd'une suspension d'armes; Alaric se radoucit et consentit à lever le siège , moyennant cinq mille livres d'or, trente mille d'argent, quatre mille robes de soie, trois mille pièces de drap écarlate, trois mille livres de

d*Alaric.

ET ARCiDIUS. 4^7

poivré» trèai rare alors z enfin il exigea la liberté de quarante mille captifs ; on souscrivit à tout*

Âtaric exécuta loyalement le traité; maintenant une discipline rigoureuse dans ses troupes, il punit sévèrement quelques Goths qui avaient insulté des citoyens.

Dés qu'il eut reçu ce qui lui avait été promis, De-part il s'éloigna de Rome et se retira en Toscane, où il troiiva un renfort considérable de Gotbs et de Huns. Ainsi se termina cette campagne qui fit évanouir les antiques prestiges dont le nom de la capitale du monde était encore entouré. On peut dire que , dès qu'elle eut capitulé, Rome n'exista plus.

Les Romains ne s'étaient vus délivrés que par une trêve ; il fallait conclure la paix définitive. Alaric demandait la dignité de maître général des arniées d'Occident, un subside annuel , et de plus exigeait qu'on ajoutât à son royaume des Visigoths, laDalmatie, laNoriqueetlaVénétie.

Le sénat envoya des députés à Ravenne, chargés d'appuyer les propositions du roi ; mais le ministre Olympius, qui n'avait fait aucuh effort pour soutenir Rome, rejeta les demandes d' Alaric, et renvoya les députés du sénat avec une escorte de six mille Dalmatiens qui formaient alors l'élite des légions. C'était trop pour un cortège , trop peu pour un secours.

Us furent attaqués en route par une division

4l8 BQMORIUS

des Goths qui lea tailla en pièces. lie général Yalens , qui les oommandait > ne put sauver avec lui que cent soldats. Cet échec renversa le crédit d'Olympius; il fut exilé , se releva dans la suite de cette chute , retomba de nouveau dans la disgrâce ^ et périt frappé de vergés. Mort de Hottoriuà donna sa confiance à Jovius . peu

)*euniMia6

EuBèbe. connu par ses aciions ; à Gaméride , qui rétablit momentanément la discipliné dans lea troupes ; enfin ^ les intrigues honteuses ^ que la faiblesse de l'einpereur encourageait , investirent du plus grand pouvoir l'eunuque Eusèbe.

Celui-ci 9 vain de sa iUveur^ rompit audacieu<^ sèment toute négociation avec Âlaric; quelques officiers /indignés de voir ce lâche courtisan exposer l'empire à des périls qu'il ne partage^ rait pas, l'égorgèreat en présence de l'empereur* Alaric avait intercepté une lettre d'Honorius , H qui ne voulait plus , disait^il , prostituer les » dignités de l'État » en les prodiguant à un » Barbare, w MaVciicd'A- Le roi des Yisigolhs ne tarda pas à se venger

la rie coatre • • • • i

Rome, de cette injure ; il marcha , ne rencontra pas d'ennemis , s'empara du port d'Ostie , reparut devant Rome et somma les Romains de se ren*« dre à discrétion.

Soumission Le séuat voulait résister ; mais , intimidé par les clameurs du peuple qui craignait de se voir encore en proie aux horreurs de la famine , il

ET ÀBCADHJS. 4<9

céda et se 80uii|ît aux conditions que le vain-* queur voudrait lui dicter.

Alaric demanda la déposition d'Honorius^ et voulut qu'on le remplaçât par un fantôme de prince , sous le nom duquel il régnerait.

Conformément à ses ordres^ Âttalê^ qu'il avait tuv^won désigné, fut élu par le sénat , par le peuple , et d^Aïuie. donna le titre de maâtne des années de VOccident à son protelbteur Alaric. Il nomma comte des domestiques un autre prince des. Goths , appelé Ataulphe, beau-<frère d'Alaric.

Après cette élection, la viUe ouvre ses portes. Attale, escorté par les Barbares, vient au sénat, lui promet de rétablir la majesté de l'empire^ et d'y réunir l'Orient ainw que TÉgypte. Il se rend ensuite au palais d'Auguste , suivi par les acclamations d'une vile populace , qui se pas-^ sionne toujours pour ce qui est nouveau , même pour le déshonneur. Le peu d'hommes qui avaient conservé une âme romaine se cachaient el gémissaient.

Les ariens fanatiques, les païens opiniâtres, espéraient la chute du parti catholique, qui devait les consoler de leur humiliation. Ces rêves de vengeance furent aussi courts que le règne du nouvel empereur. Alaric conduisit son protégé près de Ravenne ) toute l'Italie était soumise : le faible Honorius offrit à son rival de partir avec lui le pouvoir suprênie. Attale ne lui

promit que 4a vie , à condition qu'il abdiquerait.

JoTius et Valens avaient abandonné leur mai* tre 9 et s'étaient rangés du côté d'Âttale. Rien ne semblait pouvoir sauver Honorius;,mais Tin* constante et aveugle fortune vint à .son secoure. Quatre çiille vétérans , débarqués à Ravenne , assurèrent sa défense.

On apprit que les troupes d'Attale avaient été surprises et massacrées en Afrique par celles du parti contraire. Enfin^ Alaric lui-même^ irrité contre ce prince qui lui devait tout , et qui conspirait contre lui pour régner seul, le fait venir en sa présence dans le camp de Rimini , le dépouille de la pourpre dont il l'avait revêtu , * et envoie son diadème à l'empereur Honorius, lui promettant son amitié , s'il veut souscrire au traité conclu à Rome.

Tout devait faire espérer une paix solide; mais un ^hef des Goths , SauriiS' , meurtrier de Stilicon y ennemi d'Alaric et de la . famille des Baltes^ Voppose à cette négociation , séduit Honorius par ses promesses , Tiiitimide par ses men9.ces, surprend avec sa troupe une division d'Alaric, la détruit presque totalement , et ren-> tre en triomphe à Ravenne.

Prise de AlaHc, Dour la troisième fois, marche sur

Rome p«r i • i» «• i >

Aiaric. Rome : la cramte d une affreuse vengeance décide enfin les Romains à se défendre ; mais les esclaves qu'ils avaient armés les. trahissent, <(m-

£7 AmciDIU9. '4^1

rtentf la Buit^ aux Barbares la porte Saharienne; une foule de Qoths^ de Scythes, de Germains, entrent en ennemis dans cette antique et riche cité , et la livrent au plus affreux pillage.

Ce fut le 24 d'août. Tan 410 de notre ère, onze oent soixante-^trois ans après la fondation de Rome , que cette maîtresse du monde devint la proie des sauvais du ?lord, . Âlaric, qui n'aurftit pu sans péril s'opposer à leur avidité , se contente de leur donner Tordre d'épargner les citoyens désarmés , et de respecter les églises des apôtres. La crédulité seule arrêtait ces Barbares que la nature ne pouvait attendrir ; et , au moment où ils. livraient aux flammes les palais des grands, l'asile du pauvre même, et massacraient sans pitié la vieillesse et l'enfance , une vierge enchaîna leur fùreup, et arrêta leur cupidité, en leur disant qu'un trésor , dont ils voulaient Vemparer , apparia nait à saint Pierre^

Ce qui rendit ce désastre plus affreux , ce fut le ressentiment trop naturel de quarante mille captifs délivrés , qui remplirent les rues de cadavres , et se vengèrent par mille outrages de leurs longues humiliations*

Orose prétend que le feu du ciel se joignit au fer des^ Barbares pour réduire en poudre quelques ,staj;ues des dieux que l'on voyait encore' sur le Forum. Saint Augustin | dans la Cité de

4^9 BOKORIUS

Dieu y attribut le* malhfeurs de fi6m% à la jus* tioe de la Providence , irritée de son opiniat^té pour le culte des idoles. Tant il est rrài (fue dans les plus cruels revers ^ Tesprit 'de parti ^ étranger au bien public , ne voit que ce qui flatte ou ce qui blesse ses intérêts I

Un grand nombre de sénateurs tombèrent dans les fers^ plusieurs furent exilés.^ d\iutre9 se sauvèrent en Afrique^ ou se dispersèrent en Egypte f et jusqu^au foud même de l'Asie. • Beaucoup de citoyens cherchèrent asile dans une petite ile nommée Igilum; ils s'y défmdi^^ rènt en Rpmains ^ et durent à cette intrépidité leur salut et leur liberté.

Après avoir détruit la gloire de trois centé triomphes I anéanti les monumens que le temps ^vait respectés^ et renversé la gmndeur de douM siècles, Alaric^ chargé dés trésors enlevés à tout l'univers, s'éloigna^ dédaignant dé régner dans Rome avilie. Ilgouvema lltalie jusqu'en 412.

Son camp , par un étrange contraste ^ offrait aux regards surpris un effrayaïit tableau deé vicissitudes de la fortune. On y voyait -les fiers patriciens de Rome, ces anciens dominateurs du monde , et leurs femmes , jadis si respectées , servir en esclaves leurs (aroucheSryainqueurs, et présenter le vin de Falerne, dans des vases enrichisde pierreries, à ces guerriers sauvages, couchés tout nus en plein air à l'ombre des platanes.

ET ARCÀDIIJS. 4^^

Les joùîssahces de la victoire ne potiTaieUt re« Mon tenir long- temps ces hordes belnqtieuses qui regardaient les villes comme des prisons ^ et lé repos comme une honte. Âlaric, cédant à leurs vteux, voulut Conquérir la Sicile j la première divisionde sa flotte fut dispersée par une tempête^ et, lorsqu'il s'occupait de réparer ce déaçistre, la mort vint terminer le cours de ses exploits.

Ses compagnons et ses soldats célébrèrent sa son

,, ».'. «^puïcre est

-gloire par des hymnes, seul monumeîit histon- creusé daas

" *^ • ' un fleuve.

que de leur nation; et, craignant que les restes de ce roi célèbre ne fussent un jour exposés par l'inconstance de la fortune à la vengeance et aux outrages de ses ennemis, ils détournèrent le ^ cours du Buientin , mirent son lit à sec, y creusèrent le sépulcre d'Alaric , le remplirent dé trophées conquis par lui dans Rome , firent rentrer ensuite' les eaux dans leur ancienne routé, et tuèrent enfin tous lès captifs employés à ce travail , afin que jamais on ne pût décou** vrir le lieu où ils avaient déposé les dépouille^ mortelles de ce héros.

Son beau^frére Âtaulphe fut élU par euit pour ^"^j'^^Jl^ lui succéder. Ataulphe était chrétien : ses ac- d'AUriciui

succède*

tions prouvent qu'il avait plus de lumières et d'humanité que ses compatriotes. A peine monté sur le trône , il déclara son intention de sauver l'empire, au lieu d'en achever la ruine.

Rien n'était plus facile pour lui, dès ce mo«

4^4 HONORIOS

ment y que d'effacer le nom roniam ^ de distribuer à ses guerriers les terres d^talie^ et d'y établir solidement leur domination ; mais, soit que sa conduite fût dirigée paF des sentimens plus généreux i soit qu'il craignit le mélange de l'esprit turbulent et féroce de ses sujets avec la corruption italienne , soit enfin qu'il cédât à l'influence de l'amour que lui inspirait une illustre captive , Placidie , fille du grand Théodose, et que le sort des armes avait mise dans ses chaînes; ce qui est certain, c'est qu'il négocia avec Honorius, pron^it de le maintenir sur le trône, de le défendre contre ses ennemis , et lui demanda la main de sa sœur.

Il faut connaître le puéril orgueil des princes

faibles, nés sur les marches du trône, pour

concevoir le dédain avec lequel Honoriua reçut

eette proposition , et la répugnance que aumtra

cet empereur, lâche et vaincu, pour l'alliance

d'un guerrier qu'il nommait Barbare , et qui

lui rendait Rome et l'empire.

a'Aiâiuie Plstcîdie, moins vaine et plus politique, sauva

%ïc war" ^^ ^^^^ malgré lui > et accepta la main du roi

d'HJuoriui. des Goths.

Les historiens racontent avec détail les cérémonies d,e ce mariage , et la magnificence des présens qu'Ataulpbe fit à la nouvelle reine. Le pillage de tjant d'États , et surtout celui de Rome^ pouvait seul rendre un pareil luxe con-

ET ÀRGADIUS. 4^5

çevable. Nou9 ne citerons parmi ces dons que celui d'un plat d'or qui pesait cinq cents livfes ; et que le hasard fit retrouver depuis dans le trésor de Dagobert. Une table, d'une seule éme^ raude , entourée de trois rangs de perles et appuyée sur soixante-cinq pieds d'or massif, pourra faire juger de l'opulence des vainqueurs, ou de l'exagération des historiens.

Ce fut à cette époque qu'on publia les lois de Théodose; elles doivent faire . remarquer que partout , et dans tous les temps, les lois se multiplient à mesure que les mœurs se dépravent. C'est le nombre croissant des maux qui fait seur tir la nécessité des remèdes.

La paix , conclue entre Honorius et Ataulphe , B^voit« rendit la tranquillité à l'Italie , mais ne la rétablit en Afrique. pas dans l'empire. Le qomte Héraclien , alors consul , et qui commandait en Afrique , y leva l'étendard de la révolte, prit le titre d'empereur, fit 4^ nombreuses levées , et parvint à équiper une flotte que les auteurs du temps comparaient à celle de Xercès. /

Constance, général aussi estimé par ses talens Marche de

Constaace

que par ses vertus, marcha contre lui, dispersa contre lui. ses vaisseaux et battit ses troupes en Sicile. Hé- Défaite,

, fuiteelmort

rachen vaincu se sauva avec un seul bâtiment, dHéracUen. trouva l'Afrique soumise aux lois d'Honorius, et fut livré par ses complices aux lièutenans de l'empereur, qui lui firent trancher la téte^

Le brave Constaiice , son rainqueùir , qui de* pufs parvint à l'empire , reçut pour récompense de sa victoire les biens confisqués sur Héraclien. Après avoir terminé si heureusement cette guerre , il fut envoyé par Tempereur dans la Gaule narbonnaise **• RrfroUe de L'usurpatcur Constantin régnait toujours de^ coirtreCoa- puîs Tcxtrémité de l'Ecosse jusqu'à Cadix , et s^unissait aux Barbares pour piller là Gaule. L'inconstant Houorius , qui fuyait tous ses ennemis et trahissait tous ses alliés , conclut uû traité avec Constantin , qui lui promit de le délivrer de la domination des Goths ; car il les regardait plutôt comme ses maîtres que comme ses protecteurs. Mais de nouvelles révolutions détruisirent bientôt son espoir. Gérontius, général de Constantin, se révolta contre lut , assassina son fils Constant y l'assiégea lui -méine dans Arles, et revêtit de la pourpre Maxime, son compagnon d'armes et son ami. Cotiètance, vainqueur de l'Afrique , arrivant sur ces entrefaites dans la Gaule , attaqua Gérontius et Maxime, les défit complètement et les força de prendre la fuite.

Trait . l)ans ce chaos de guerres civiles , d'invasions ,

de courage » * » • t >

ei mort de dc troucs auâsi promptement renversés qu usur- ^'''^ ° " ' pés , une foule d'exploits et de crimes sont tombés et ont dû rester dans l'oubli ; mats l'histoire

" An 4i3.

BT ARCADIUS. 4^^

a comervé le jpou venir de la dernière action de Gérontius ^ demi le courage éternisa le nom.

Poursuivi jusqu'aux frontières d'Espagne ^ il se vit ^entouré , dans la maison qui lui servait d'asile , par un corps nombreux de Romains ; il n'avait avec lui que sa femme! ^ un Alain et quelques esclaves. Leur communiquant son io^ trépidité , et décidé à vendre chèrement les der* nières heures d'une vie qu'il ne pouvait sauver , il se barricade , se défend avec opiniâtreté , et, se servant adroitement d'un tas de flèches qu'il avait ainàssées, ilprobnge ^ute la nuit cet étrange combat , et fait tomber trois cents as-saillané sous ses coups/

Lorsqu'il n'eut plus d'autres armes que soa glaive ^s ses esclaves lé quittèrent , en ftranchis-^ sant les murailles; il resta seul près de^a femme qu'il ne voulait pas abandonner. Le soldat alain se déf oùa aussi à là mort avec lui. Au point du jotir leSvaasiégeans mettent lé feu à la mânon; GérontiUs alors ^ cédant aux voeux de son épouse et de l'Alain^ les poignarde et s'enfonce ensuite son épée dans le sein.

L'usurpateur Maxime , atteint dans sa fuite , fut conduit à Rome et décapité.

Cependant Ataulphe , indigné de la trahison d'Honorius y avait rendu la pourpre à cet Attale , jouet du sort et des Barbares. Honorius , que tout péril faisait changer de résolution , rompit

4^8 BOKomius

son aUianoe avec Omslantin , eC ordonna an général Constance de le lui livrer. Leà Francs prirent alors les armes, et accoururent près d'Arles pour défendre G)nstantin. L'hl^nreux Constance les vainquit : Ébôdis , leur général , périt victime d'une conjuration. Constance récompensa le courage de ses soldats vainqueurs, profita de la trahison et punit le traître par un juste supplice; Mort â« Constantin et son fils Julien , sans armée , sans eideMD fiu appui , se livrèrent eux-mêmes à Constance , qui les envoya près de l'empereur. Le vil Honorius les fit mourir.

Un autre guerrier lui disputa encore la couronne : Jovinus fut revêtu de la pourpre par les Alaîns et par les Bourguignons. Leurs forces nombreuses obligèrent Constance à se retirer; mais Ataulphe , qui sacrifiait tous ses ressenti'mens à son amour pour Placidie , ayant abandonné Attale, vainquit et tua Saurus, révolté contre lui , marcha contre les Alains et les Bour* guignons, les battit et chassa de la Gaule Jovinus et Sébastien son frère.

MaiiiaUoa . Attalc , Uvré àHonorius , fut exposé dansRome aVùie. aux outrages de la populace ; on lui coupa deux doigts pour qu'il ne pût ni signer ni combattre, et l'empereur l'exila à Lipari. C'est ainsi que les caprices de la fortune firent triompher l'imbécile Honorius de sept usurpateurs ^ dont la plu*

ET ARCAOIUS. 4^9

part étaient des hommes habiles et des guerriers courageux.

Depuis prés de quatre siècles , TEspagne était tranquille , et jouissait ^ à la faveur d'une si longue paix , de toutes les prospérités de la civilisation. Elle défendit long-teYnps ses montagnes contre les Barbares; mâis^ lorsque Honorius^ dix ans avant le'sac de Rome^ voulut remplacer dans.ee pays les milices nationales par des légions, ces belles contrées devinrent la proie des plus affreuses calamités.

Ces légions corrompues n'avaient depuis longtemps d'autre patrie que leur camp» d'autres lois que leur intérêt : infidèles à leur prince , elles reconnurent l'usurpateur Constantin , dès que la fortune l'eut favorisé , et ensuite Maxime , . lorsqu'il parut le plus fort. Ouvrant enfin.les frontières qu'elles devaient garder , elles y laissèrent pénétrer les Suèves, les Sélinges, les Alains , les Vandales. Ce torrent destructeur dévasta , dépeupla l'Espagne , depuis les Pyré* nées jusqu'à la mer d'Afrique. Ces Barbares ^ insatiables de sang et de pillage , massacraient sans distinction les Romains et les Espagnols , ravageaient les champs et n'épargnaient pa| plus les hameaux que les cités. Le fléau de la famine se joignit à celui de la guerre, et la peste en devint la suite inévitable.

Les Suèves et les Vandales s'établirent en Ga-

lice et dans la Tieîlle Castille^ îeê Alains a Caiw thagéne et en Lusitanie, les Sélinges en B^tique. Dé» qu'il n'y eut pluarien à détruire ni à piller, les besoins se firent sentir aux féroces con-«quérans^ et l'impérieuse loi de la nécessité les eiTilisa. Ils prirent aux habitans une partie de leurs terres, leur laissèrent le reste, et les eor» couragèrent à les cultiver. Ces indomptables en-» fans du Nord soumirent leur bouillant courage au règne des lois, et bientôt l'Espagne, rendue à la tranquillité, redevint fertile et peuplée. . Mort Âtaulphe, dont la volonté de Flacidie avait pariâperfi-fait un Ueuteuant fidèle d'Honorius, après sed desaurus. victoircs dans ra Gaule, entra en Espagne, re-^ prit Barcelone et la rendit à l'empereur. Il voulait faire pour lui la conquête entière de la pé* ninsule, mais la mort l'empêcha d'exécuter ce vaste dessein.

Il avait imprudemment pris à son service un ancien compagnon d'armes de Saurus. Cet homme , ennemi implacable de la famille de3 Baltes, conspira contre lui , l'assassina dans la ville de Usarpafîoii Barcelonc "^ , et plaça sur le trène Singerie, frère a«sîngë'ric. de Saurus. Le premier acte du nouveau roi fut d'égorger six enfans , fruits du premier mariage d' Ataulphe, et de jeter dans les fers la fille du capiiviié et grand Théodose.

dcPil^iàï'c. Flacidie , mémorable exemple de» vicissitudes

* An 4i5*

ET AUGAPIOS. 4^1

de la fortune, tombée à Rome dans les mains d'ÂlariiCy élevée au trône par Ataulphe^ se vît une seconde fois enchaînée comme une esclave^ el fo/cée de marcher à pied , pendant Tespace de douze milles^ devant le cheval de. son nouveau maître.

Ce règne ^ qui annonçait une affreuse tyran^ Monae nie, ne dura que sept jours. LesGoths^ indi- ^^°^'^"*'* gnés de Forgueil et de la eruauté de Singerie^ le tuent y rendent la liberté à Flaçidie ^ et élisent pour roi Vallia, digne de remplacer Alaric et Âv^^nement Ataulphe. Pour aifermir son pouvoir^ ce prince trône de." habile conduisit à de nouveaux combats ses su* *

jets turbulenS) et traversa toute l'Espagne en vainqueur.

Depuis la mort d'Ataulphe^ la paix était rom^ pue entre les Goths et les Romains. Le général Constance marcha contre Vallia; mais, lorsqu'il^ furent en présence y au lieu de combattre ils négocièrent. Placidie fut envoyée avec honneur à Ravenne, etf Yallia jura de ne se servir de ses armes que pour défendre Honorius et l'empire.

L'Espagne devint le théâtre d'une foule de s« combats sanglans que ses ennemis se livrèrent; Vallia y acquit une grande célébrité ; il extermina les Sélinges qui avaient ravagé l'Andalousie (ou Bé tique) y défit les Alaml, et tua de sa main leur roi. Les Vandales et les Suèves, effrayés de ses succès, se soumirent à liti; enfin

45a HOi^oRius

il remit toute la péninsule sous l'obéissance de Tempereur. Les historiens du temps prétendent que l'injustice et les vexations des officiers ro-r mains firent regretter aux Espagnols le joi\g des Barbares.

nonteox Honorius, qu'on avait toujours vu tremblant

triomphe ' » ••

^rSîTe"* ^ Ravenne, reçut les honneurs du triomphe dans Rome qu'il avait abandonnée. On lui décerna des couronnes de lauriers pour les conquêtes d^Ataulphe ^ de Constance et de Vallia ; et y si l'histoire nous avait transmis les harangues des orateurs et les vers des poètes de cette

* honteuse époque, nous y verrions le lâche Ho-

norius célébré par la servilité romaine comme le meilleur 9 le plus courageux, le plus illustre des princes.

Vallia, fidèle à ses promesses, sortit de l'Espagne, et s'établit dans le roysuime d'Aquitaine que l'empereur lui avait cédé. Il régnait sur tous les pays situés entre la Loire et la Garonne. Bordeaux était sa capitale; ses successeurs fixèrent leur résidence à t'oulouse.

Honorius céda aux Bourguignons la partie orientale , et aux Francs la partie septentrionale de la Gaule. La fermeté de Théodose avait réuni toutes les parties de l'empire dans ses mains; la faiblesse de sônftls le démembra.

Les Barbares , établis dans ces provinces, forcèrent ks habitans à leur abandonner les plus

ET ARCADIDS. 4->3

belles de leurs maisons^ et un tiers de leurs terres situées sur le meilleur sol. Ceux-ci conser- Yèrent le reste de leurs propriétés ^ ainsi que la vie, moyennant une rançon. Les Yisigoths, dans le Midi, se montrèrent plus humains, et accordèrent des indemnités pour les biens qu'ils enlevèrent aux habitans.

Paulin, de Bordeaux, nous en a laissé la preuve dans ses lettres , et fait connaître le prix que lui paya le Barbare qui s'était emparé de sa maison;

Ces guerriers sauvages se montrèrent au fond plus généreux qu'Auguste et que les triumvirs, qui donnèrent aux vétérans de leurs armées les possessions de plusieurs villes d'Italie, et celles d'une foule de Romains, dépouillés sans dédommagemens.

L'habitude d'un long respect pour Rome, et le souvenir de la majesté de l'empire, conservèrent encore une telle influence sur les esprits, qu'on entendait les conquérans du Nord , loin de parler en maîtres dans les pays envahis par leurs armes, prendre le titre achètes des Ro^ mains y et se dire soumis à l'empereur.

Il était démontré aux provinces éloignées que la cour de Ravenne ne pouvait plus ni les protéger ni les contenir dans l'obéissance. L'Armorique déclara son indépendance, qui fut confirmée par Honorius.

La Grande-Bretagne se souleva; ses habitans

chassèrent des hordes de Barbares qui étaient débarquées. L'émancipation de cette contrée fut suivie long-temps des plus violons orages; on y vit quatre-vingt-dix cités affranchies^ formées en républiques^ et gouvernées chacune par un sénat. Les nobles , mécontens de ce mouvement populaire y regrettaient le gouvernement impérial qui leur distribuait ses faveurs. Parcourant en armes les camps^gnes^ ils voulaient tous , comme les princes des tribus barbares , se faire reconnaître rois ou chiefstams, et, à la tète des hommes qui leur étaient dévoués, ils soutenaient éontre les républiques des guerres continuelles. L'autorité de trente ou de quarante évêques, qui prenaient parti dans ces dissensions, en augmentait Tanimosité.

État d« L'empire d'Orient, sans être mieux gouverné,

Tempire . . 1 1 « d* •

aoricnt. éprouvait moms de pertes; et, malgré 1 ineptie de la plupart de ses chefs et les crimes qui ensanglantèrent leur trône, il subsista pendant dix siècles, depuis Théodose jusqu'à la prise de Constantinople, et conserva le nom d'empire romain , même après la perte de Rome et de l'Oc^ cident.

Les Grecs, autrefois dépouillés par les Romains, s'enrichirent à leur tour par la ruine de ritalie.LorsquelesBarbares envahirent la Gaule, l'Espagne, Rome et l'Afrique, tous ceux qui purent dérober une partie de leurs richesses à

ces dévastateurs les portèrent à Byzance. Les savanSy les orateurs, tous les hommes qui ne pouvaient supporter le joug de l'ignorance et de la brutalité, se réfugièrent dans la Grèce. Les ténèbres se répandirent sur l'Occident; la lumière se retira vers l'Orient. Gonstantinople devint le centre de la civilisation et le dernier asile des sciences et des arts. Tout le reste du monde se voyait en proie aux grossiers conquérans du Nord, qui s'étaient emparés des ricbesses du peuple -roi, sans apprendre de lui Fart d'en jouir, et qui ne connaissaient d'autre passion que celle de la guerre.

• On ne voyait briller chez eux que le fer, tandis que l'or, la pourpre et le luxe des pierreries éclataient de toutes parts dans le palais des empereurs d'Orient. Les plus riches métaux ornaient leur couronne, leurs vêtemens, leur trône, ainsi que les lances, les boucliers, les chars de leurs soldats, et les harnais de leurs coursiers.

Le règne d' Arcadius offrit aux regards attristés l'image de la funeste dégradation qu'éprouvent nécessairement les mœurs sous un long despotisme, et au milieu d'un peuple amolli par tous les genres de voluptés. Les eunuques mêmes osèrent exercer des fonctions publiques. Eutrope présida les tribunaux et commanda les armées, à la grande satisfaction des Goths. Us se félici-

436 BONORIUl^

taient de voir les Romains, leurs ennemis , corn* mandés par im général qui, loin d'être un rival redoutable, n'était pas mêine un homme.

Ce choix d'Arcadius excita le mépris des gens de bien ; mais leur voix n'est pas bruyante , et part trop souvent des lieux éloignés du palais. Les flatteurs encensèrent le favori; la cour lui prodigua ses hommages; il fut créé consul, et le sénat d'Orient lui éleva des statues. L'Occident , quoique vaincu par les Barbares , ne put supporter l'opprobre d'un pareil consulat, et le sénat de Rome refusa d'inscrire son nom sur ses registres.

Claudien vengea de cet affront la première dignité romaine par une 'satire, et peignit en vers mordans le caractère de ce ministre, à la fois vil et insolent, qui, « étant autrefois escla- » ve , avait , disait-il , prélude , par de petits lar- » cins dans le coffre de son maître, au pillage >» . qu'il devait faire un jour des richesses de l'eni* » pire. i>

!Eutrope vendit plusieurs provinces aux ennemis : encourageant les délateurs et grossissant sa fortune par les confiscations , il fit périr les généraux ^qui s'étaient le plus distingués sous le règne de Théodose, et dont il craignait le courage et le crédit.

. Suivant là doctrine de tous ceux qui abusent du pouvoir et qui redoutent l'opinion publique.

il fit publier une loi tyrannique pour menacer M la mort tous ceux qui attaqueraient les ministres de l'empereur^ ainsi que les officiers et les domestiques de sa maison. Cette loi prononçait des peines infamantes contre toute personne qui solliciterait la grâce des coupables. De tels actes y loin de prévenir les révoltes, les excitent: ^'est le signal de détresse de la tyrannie. ,

Un général ostrogoth , Trébigilde , leva en BëroHe Phrygie l'étendard de la rébellion. Eutrope en- *'' *^^** voya contre lui des troupes commandées par Léo, ancien cardeur de laine, qu'on nommait VJjax de V Orient. Ce chef, qui devait son surnom à sa force physique plus qu'à son courage et à son habileté , se laissa surprendre et vaincre.

Le fameux Gainas, ce Goth qui avait autrefois fait périr Kufin , remplaça Léo dans le commandement de l'armée; mais, loin de chercher à combattre les Ostrogoths, il appuya leurs réclamations, et força, par la crainte, le timide Ârcadius à négocier.

Gainas et Trébigilde demandèrent, pour condition de la paix, 4a tête d'Eutrope : l'empereur hésitait; l'impératrice Eudoxie, se jetant à ses pieds , se plaignit d'un outrage qu'elle avait reçu de ce ministre. Arcadius signa son arrêt.

La même cour et le même peuple qui flattaient sa puissance, l'accablèrent d'injures dès qu'il fut condamné. Us voulaient le mettre %JX

458 HONORins

pièces. Saint Ghrysostôme seul^ qui ne Tavait point ménagé quand il était maître de l'empire , lui offrit un asile dans sa disgrâce , le protégea ouvertement, et, par un éloquent discours sur l'instabilité des choses humaines, parvint à calmer la fureur de la multitude. On promit la vie à Eutrope : il fut envoyé en exil dans File de Chypre ; mais depuis, au mépris de cette promesse, le consul Aurélien le fit périr.

Trébigilde et Gainas méprisaient l'empereur, depuis que, par leur rébellion, ils l'avaient forcé de suivre leur volonté. Continuant à lui parler en maîtres, ils le contraignirent de leur livrer Aurélien et Saturnin , qu'ils épargnèrent quand ils furent en leur pouvoir.

L'empire se trouvait ainsi gouverné par les Barbares; mais leurs excès les perdirent. Gainas, nommé commandant général des armées, exigeaqu'on donnât une église aux ariens. L'empereur refusa d'y consentir. Les Goths , irrités de ce refus, veulent brûler le palais impérial. La garde , instruite dé leur projet , les surprend au milieu de la nuit, les attaque et en tue sept mille. Gainas fuit en Thrace et rassemble des troupes pour revenir en Asie; mais un autre Goth, Fravitta, qui commandait les galères romaines, disperse et détruit sa flotte.

Gainas, à la tête d'un corps nombreux de cavalerie , voulait reprendre la vie errante qui,

ET ÀRCÂDIUS. 4^9

dans sa jeunesse, avait commencé sa réputation et sa fortune ; mais , dans ses courses , il rencontra Huldin, roi des Huns, qui lui livra bataille. Gainas, vaincu, périt, et Huldin envoya sa tête à Arcadius.

Après ces évéuemens, l'empereur,, qui de- B^gence vait être toujours gouverné, laissa les rênes de enOnent. Tempire dans les mains de Tambitieuse Eudoxie. Cette princesse persécuta Chrysostôme. Persëcntion Ce saint évéque , l'un des plus éloquens orateurs contrechryde l'Église , méritait la vénération publique par sa vertu. Mais cette vertu se montrait peut-être trop ardente et trop sévère pour atteindre à son but dans un temps de corruption. Il déposa treize évêques en Lydie et en Phrygie , et s'attira de nombreux ennemis, en déclarant publiquement que la débauche et la simonie infectaient tout l'ordre épiscopal.

L'inSignation que lui inspirait la corruption dé la cour l'emporta au point de donner à l'impératrice le nom de JézaheL Pour venger la majesté impériale outragée, l'empereur convoqua un synode, qui condamna Chrysostômeà l'exil.

Au moment du départ d'un pontife révéré, le peuple se révolte , s'attroupe , s'arme et fait retentir le palais de ses menaces. Eudoxie, effrayée, se prosterne devant l'empereur, avoue son erreur, et déclare qu'elle ne voit de remède au dangerde l'Étatquele rappel de Cbrysostome,

44p HoivoRins

L'évéque victorieux revient; son retour est un triomphe. On illumine les côtes d'Europe et d'Asie. Il monte dans la chaire où Von ne devrait entendre que des paroles de paix; mais, l'orgueil ecclésiastique li^ faisant oublier l'humilité de l'Évangile , il déclame avec violence contre les vices des femmes^ contre les honneurs presque idolâtres rendus aux statues de l'impératrice, (c Voyez, dit-il dans son exorde , » voyez cette vindicative Hérodias! Hérodias » retombe dans ses fureurs, Hérodias recom- H mence à danser; elle demande une seconde n fois la tète de Jean. »

Quelque mérités que pussent être de pareils reproches , et quelque faible que fût alors la puissance temporelle , on ne pouvait supporter une pareille audace et régner. Un concile rassemblé confirma la première sentence du Synode. ' Le peuple s'opposait encore à son ex^ution; mais des troupes de Goths^, introduites la veille de Pâques dans la ville, assiégèrent l'église. La cathédrale et le lieu où se rassemblait le sénat furent livrés aux flammes; et, malgré la fureur populaire, on enleva Chrysostôme.

MoHâe II avait demandé d'être exilé à Nicomédie;

cet ëTéqne. , i • • • i i rw^

mais on le conduisit au pied du mont Taurus , où il resta trois ans, et de là il fut envoyé dans les déserts du Pont, près d'une petite bourgade nommée Cumana^ où il mourut âgé de

ET ARGADIUS. 44 <

soixante ans. Cette excessive rigueur produisit son effet ordinaire; ses fautes furent oubliées, on ne se souvint que de ses talens et de ses vertus. Trente ans après sa mort, sa mëmoire fut réhabilitée; on transporta ses reliques à Constantinople, et Théodose II, qui vînt à Chalcédoine les recevoir, prouva, en se prosternant devant les restes de cet homme célèbre, plus de dévotion que de politique. Il devait , en honorant une des lumières de l'Église chrétienne, ne pas oublier ce qu'il devait à sa mère et à la majesté du trône offensée»

Il est vrai qu'Eudoxie , par sa conduite , excusait en partie l'audace peu convenable du pontife. Elle méprisait son mari , trahissait ses devoirs, et traitait avec une si imprudente confiance le comte Jean, son favori, qu'il passait pour étresonamant et le père dujeune Théodose.

Arcadius , qui ne la croyait pas coupable , Th^odoseii prouva sa tendresse à son fils, en lui donnsgilà doue, est la fois, contre l'usage, les titres de César et cësaret ^Auguste. Eudoxie mourut : les ariens la pieu- Mon rèrent ; les catholiques regardèrent sa mort commeunarrètducielquivengeaitChrysostôme.

Les années suivantes furent marquées par des calamités publiques. ^Plusieurs villes furent in* . cendiées ; de fréquens tremblemens de terre en renversèrent d'autres ; les plaines furent ravagées par des nuées de sauterelles; les Isauriens

44^ HONOBIUS

Mort dévastèrent les provinces de l'Orient depuis le Pont jusqu'à la Palestine. Enfin Arcadius mourut après treize ans de règne, ou plutôt de servitude ; car on l'avait toujours vu l'esclave de sa femme ou de ses favoris.

Procope prétend que ce prince, avant de mourir, donna, par un testament, la tutelle de son fils à Ildesgerde , roi de Perse. Cet historien vante la sagesse de cette mesure que Zozime condamne comme très impolitique. Avant de la louer ou de la blâmer, il fallait en démontrer l'existence, et tout porte à croire que le récit de Procope est sans fondement, puisque aucun fait ne prouve que le roi de Perse ait élevé, en vertu de cet acte, la moindre prétention à la régence.

Régence Suivaut Ics lols aucienncs , cette régence deen Orient, vait appartenir a Honorius ; mais les grands de l'empire s'y opposèrent , et cette oligarchie confia, sous le nom du jeune empereur^ le pouvoir suprême au préfet d'Orient, Anthème, patricien riche, puissant, et dont on estimait généralement les talens et la probité.

Eégence de "Il uc couscrva pas long-temps cette régence , «œurdT et, préférant la tranquillité publique à sa grande II. deur personnelle , il laissa sans obstacles la célèbre Pulchérie , sœur de Théodose , s'emparer du trône. Cette princesse, dont les talens justifièrent l'ambition , n'était âgée que de seize ans

ET ARCAMUS. 44^

lorsqu'elle prit, avec audace, les rênes du gouvernement» Le sénat lui déféra le titre ^Aur gustUy et, sous le nom du faible Théodose son frère, elle gouverna, près de quarante ans, l'empire avec gloire.

Cette princesse semblait avoir hérité des vertus courageuses du grand Théodose. Sa justice rétablissait Tordre, sa bonté lui attirait l'afFec* tion, sa fermeté imposait aux factieux. Sous $0^ administration on ne vit point de révolte, et rinvg.sion d'Attila fut la seule calamité qui troubla le repos de l'empire.

Pulchérie protégeait les sciences , et parlait ,avec une égale facilité le grec et le latin. Lqin de tenir son jeune frère Théodose dans l'ignorance pour être certaine de le gouverner plus long-temps , elle lui donna les plus habiles maîtres en tout genre.

Ce prince se faisait remarquer par une phy- Ponrau sionomie grave , par un mamtien majestueux., dose u. Il n'était pas dénué d'esprit, mais il n'avait pas de caractère. On vantait sa chasteté, sa sobriété, sa douceur; mais aucune de ces belles qualités^ ne mérite le titre de vertu lorsqu'elle manque de force. Sa vie fut une longue enfance. Il s'entourait de femmes, d'eunuques, et ne s'occupait qu'à graver, à peindre ou à chasser. La beauté rare de son écriture lui mérita le surnom de Calligraphe. Il était si indolent qu'il lisait rare-

ment les papiers qu'on présentait à sa signature. Un jour, pour lui faire sentir les graves inconvéniens d'une telle paresse , Pulchérie lui montra qu'elle lui avait fait signer sa propre abdication. Le commencement du règne de Théodose fut signalé par des succès : les Huns étaient entrés en Thracej Huldin , leur roi^ sommé de se retirer, jura que ses conquêtes n'auraient de borhes que l'Océan, qui terminait, selon l'opinion du temps , la oourse du soleil. Le sucoès ne jus-* tifia point sa présomption : ses alliés l'abandonnèrent; les généraux de l'empereur le défirent, le forcèrent à repasser le Danube, et détruisirent presque entièrement la tribu des Scyrres qui composaient son arrière-garde.

Union de Pulchéric, Youlaut marier son frère, cherd'Athënaïl!cha plus, dans cette union, les talens que la '^T^^Te/ naissance. Léonce, philosophe d^ Athènes , était père d'une fille nommée Athénaîs. EUe éclipsait la beauté des autres Grecques, et se montrait, en savoir et en éloquence, l'égale des philosophes et des rhéteurs les plus distingués. Léonce la déshérita , et donna tout son bien à y ses deux fils, prévoyant qu' Athénaîs, rfvec tant de grâces et de talens , n'aurait pas besoin de fortune. La jeune Grecque ne pensait pas comme lui; après la mort de son père, elle réclama une part de son héritage, et porta ses plaintes à Pulchérie.

ET ÂRGÂDIUS. 44^

Cette princesse , frappée de ses charmes et de son esprit, la cfut digne du trône. Théodose, curieux de la connaître , vint déguisé chez sa sœur, y vit la belle Athénienne, s'enflamma pour elle, ^t l'épcAsa. Elle se fit baptiser, et prit avec le sceptre le nom âHEudoxie. Ses frères, apprenant son élévation, et craignant sa vengeance , se cachèrent vainement. Athénaîs les fit chercher ave(îs«in. On les lui amena, et, loin de leur marquer aucun ressentiment, elle les éleva aux premières dignités de Tempire.

Conservant dam la grandeur les habitudes de sa jeunesse, elle n'abandonna point l'étude, fit en vers la paraphrase de l'Ancien-Testament, écrivit la légende de saint Cyprien, et composa un panégyrique du grand Théodose.

Z!élée pour son nouveau culte, elle entreprit le pèlerinage de Jérusalem, prononça un discours éloquent en présence du sénat d'Antioche, et, si l'on en croit les auteurs ecclésiastiques, elle rapporta de la Palestine les chaines de saint Pierre, le bras droit de saint Etienne , et le véritable portraitdé la Vierge, peint par saintLuc. '

Dans une maison privée, l'union de deux; Disgrâce femmes est rare ; cet accord est bien plus difficile d'EJdoxie. dans, un palais. Eudoxie, devenue ambitieuse, youlut gouverner l'empereur et l'empire. Pulchérie défendit son pouvoir; leurs discordes partageaientlacour; la sœur l'emporta. surTépouse,

446 HONORICS

Pulchérie Irionipha, La vertu d'Eudoxie fut soupçonnée; la mort de Paulin, maitre des offices, et l'exil de Cyrus, préfet du prétoire d'Orient, annoncèrent la disgrâce de rimpératrice, qui les admettait dans son ^timité.

Elle demanda la permission de se retirer à Jérusalem; l'empereur la lui accorda. Poursuivie par la même inimitié, par le même genre de soupçons qui Tavaientéloignée du trône, elle vit condamner au supplice deux ecclésiastiques dont son amitié faisait le seul crime.

Irritée de cet affront, elle vengea leur mort par l'assassinat du comte Saturnin leur meurtrier. Cette violence justifia l'accusation intentée contr^elle. Après seize ans d'exil, elle mourut, protestant toujours qu'elle était victime de la calomnie.

La guerre recommença entre la Perse et l'empire; le désir de venger un grand nombre de chrétiens massacrés arma l'empereur. Après deux campagnes qui ne furent marquées par aucun événement décisif, quoique célébrées par des relations fastueuses, les deux cours conclurent un traité de cent ans.

L'histoire n'a conservé de cette guerre que le souvenir d'un seul trait, plus digne d'être retenu que beaucoup d'actions héroïques. Acasse, évêque d^Amyde , employa les vases d'or de son église au rachat de sept mille captifs persans,

ET ARGADIDS. 44?

et les renvoya au roi de Perse, pour montrer à ce prince la différence qui existait entre une religion sanguinaire et une religion charitable. Une condition de la trêve conclue fut le partage de TArménie entre les Romains et les Persans.

Honorius s'était toujours montré Tequemi d*Ârcadius son frère et de Théodose son neveu ; ainsi, par un étrange aveuglement, Constantinople semblait jouir des malheurs de Rome. Il était réservé à la célèbre Placidie, qui avait déjà sauvé sa patrie , de rétablir la concorde entre les deux empires.

Après le meurtre d'Ataulphe et le supplice de Mariage

«. , . . -«1.1. 1 1.1 de Placidie

Smgéric son assassm, Placidie, devenue libre, etdeCon-'

" stance.

épousa le brave Constance. En faveur de cet hymen , Honorius décora du titre à' Auguste ce général, jugeant avec raison que le guerrier qui avait raffermi le trône était le plus digne d'y monter. Constance ne jouit pas long -temps de Mon de son bonheur et de sa gloire j il mourut, laissant à sa femme deux enfans, Honoria et Valentinien.

Le crédit de Placidie sur l'esprit de l'empereur, son frère, fut bientôt renversé par la jalousie des eunuques et des affranchis. Placidie ne put résister à ces intrigues f elle fut exilée , et chercha un refuge à Constantinople, avec ses enfans.

Peu de temps après , Honorius termina sa mé- Mon prisable vie. Asservi par les esclaves de son pa- ' °""""*"

448 HONOKIUS ET ARCADIUS.

lais f témoin indifférent de la ruine de l'empire , il consumait ses jours dans les plus puérils amusemens. On prétend que^ lorsqu'on vint lui apprendre que Rome était perdue, il répondit froidement : i< Cela est impossible, je viens de » lui donner à manger. » Il parlait d une poule favorite, à laquelle il avait donné le nom de Rome. Il faut convenir que de tels princes, s'ils étaient moins rares, ne justifieraient que trop les déclamations des républicains contre la mo* narchie.

VALENTINÏEN Ilî, ETC. 449

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